Saint Thomas d’Aquin - Somme Théologique

2a 2ae = Secunda Secundae = 2ème partie de la 2ème Partie

Question 51 : Des vertus qui sont unies à la prudence

 

            Après avoir parlé des parties subjectives de la prudence nous avons à nous occuper des vertus qui lui sont unies et qui en forment en quelque sorte les parties potentielles. — A ce sujet quatre questions se présentent : 1° Le bon conseil est-il une vertu ? — 2° Est-ce une vertu spéciale distincte de la prudence ? — 3° Le discernement est-il une vertu spéciale ? (Nous avons traduit par le mot bon sens le mot grec σύυεσις que saint Thomas a traduit en latin par le mot benè judicativa ; ce qui correspond à ce qu’on appelait une bonne judiciaire.) — 4° Le jugement en est-il une aussi ? (Le bon sens est la vertu qui juge parfaitement d’après les lois communes ; le jugement juge bien aussi, mais d’après des principes plus élevés, qui font qu’on s’écarte des lois communes.)

 

Article 1 : Le bon conseil est-il une vertu ?

 

Objection N°1. Il semble que le bon conseil ne soit pas une vertu. Car, d’après saint Augustin (De lib. arb., liv. 2, chap. 19), personne ne fait mauvais usage des vertus. Or, on abuse quelquefois de la faculté de donner de bons conseils, soit parce que l’on invente des ruses pour arriver à des fins mauvaises, soit parce qu’on emploie des moyens coupables pour arriver à de bonnes fins, comme celui qui vole pour faire l’aumône. Le bon conseil n’est donc pas une vertu.

Réponse à l’objection N°1 : Le conseil n’est pas bon, quand on lui donne pour but une fin mauvaise ou quand on indique pour une bonne fin de mauvais moyens ; comme dans les sciences spéculatives un raisonnement ne vaut rien, si la conclusion est fausse ou si elle est vraie, mais déduite de prémisses fausses, parce que dans ce cas, on a eu recours à un mauvais moyen. C’est pourquoi ces deux hypothèses sont contraires à l’essence du bon conseil, comme le dit Aristote (Eth., liv. 6, chap. 9).

 

Objection N°2. La vertu est une perfection, comme le dit Aristote (Phys., liv. 7, text. 18). Or, la faculté de donner de bons conseils implique le doute et la recherche, ce qui est une marque d’imperfection. Cette aptitude n’est donc pas une vertu.

Réponse à l’objection N°2 : Quoiqu’une vertu soit essentiellement une perfection, il n’est cependant pas nécessaire que tout ce qui est la matière d’une vertu soit parfait. Car il faut que les vertus perfectionnent toutes les choses humaines et qu’elles se rapportent non seulement aux actes de la raison, parmi lesquels se trouve le conseil, mais encore aux passions de l’appétit sensitif qui sont beaucoup plus imparfaites. — Ou bien on peut dire que la vertu humaine est une perfection proportionnée à la nature de l’homme, qui ne peut percevoir avec certitude la vérité des choses simples par une pure intuition, surtout quand il s’agit des choses pratiques qui sont contingentes.

 

Objection N°3. Les vertus sont connexes entre elles, comme nous l’avons vu (1a 2æ, quest. 65, art. 1). Or, le bon conseil n’est pas nécessairement uni avec les autres vertus ; car il y a beaucoup de pécheurs qui sont de bons conseillers, et il y a beaucoup de justes qui sont peu capables de donner de bons avis. Donc le bon conseil n’est pas une vertu.

Réponse à l’objection N°3 : Dans aucun pécheur considéré comme tel, on ne trouve le bon conseil. Car tout péché est contraire à la bonne voie que l’on doit suivre. En effet, le bon conseil n’exige pas seulement qu’on découvre ou qu’on imagine ce qu’il y a d’avantageux pour arriver à une fin, mais il embrasse encore d’autres circonstances, telles que la convenance du temps, de manière qu’on ne soit ni trop lent, ni trop prompt adonner son avis ; le mode d’exprimer son sentiment, de sorte qu’on soit ferme dans le parti qu’on propose, et d’autres circonstances légitimes que les pécheurs n’observent pas quand ils pèchent. Mais tout homme vertueux est un bon conseiller à l’égard des choses qui se rapportent à la vertu comme à leur fin, quoiqu’il puisse ne pas donner de bons avis à l’égard de certaines affaires particulières ; comme le commerce, la guerre ou d’autres choses semblables (Pour ces choses, l’habileté n’est pas ordinairement du côté des gens vertueux, d’après l’Evangile, qui dit que les enfants de ce siècle sont plus prudents que les enfants de lumière.).

 

Mais c’est le contraire. Le bon conseil est la rectitude du jugement, comme le dit Aristote (Eth., liv. 6, chap. 9). Or, la droite raison perfectionne l’essence même de la vertu. Donc le bon conseil est une vertu.

 

Conclusion Le bon conseil ayant pour fonction de suggérer de bons avis, il est sans contredit une vertu de l’homme.

Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (quest. 47, art. 4), il est de l’essence de la vertu humaine de rendre bon l’acte de l’homme. Or, entre toutes les actions de l’homme, une de celles qui lui sont propres, c’est de bien conseiller, parce que le conseil implique une recherche de la raison à l’égard des choses pratiques qui constituent la vie humaine. Car la vie spéculative est au-dessus de l’homme (Cette vie ne convient naturellement qu’aux sages et aux esprits purs.), comme le dit Aristote (Eth., liv. 10, chap. 7). L’habitude dont il est ici question (εύϐουλη) impliquant la bonté du conseil, puisque son nom vient du mot εύ qui signifie bien et du mot βουλη qui signifie conseil, comme si l’on disait bon avis ou plutôt bonne conseillère, il s’ensuit évidemment qu’elle est une vertu humaine.

 

Article 2 : La vertu du bon conseil est-elle distincte de la prudence ?

 

Objection N°1. Il semble que le bon conseil ne soit pas une vertu distincte de la prudence. Car Aristote dit (Eth., liv. 6, chap. 5) qu’il appartient à l’homme prudent de donner de bons conseils, et c’est là précisément ce qui est propre à la vertu dont nous nous occupons ici (art. préc.). Elle ne se distingue donc pas de la prudence.

Réponse à l’objection N°1 : L’acte de bien conseiller appartient à la prudence par voie de commandement, mais il appartient au bon conseil comme à l’habitude qui le produit (Il émane directement de cette habitude, mais la prudence le commande, comme elle commande tous les actes de vertu.).

 

Objection N°2. Les actes humains auxquels les vertus humaines se rapportent tirent principalement leur espèce de leur fin, comme nous l’avons dit (1a 2æ, quest. 18, art. 4). Or, le bon conseil et la prudence se rapportent à la même fin, comme le dit Aristote (Eth., liv. 6, chap. 2), et cette fin n’est pas une fin particulière, mais c’est la fin générale de la vie entière. Donc le bon conseil n’est pas une vertu distincte de la prudence.

Réponse à l’objection N°2 : Les divers actes se rapportent suivant une certaine hiérarchie à une seule fin dernière, qui consiste à vivre honnêtement. Car le conseil précède, le jugement suit, et le commandement qui se rapporte immédiatement à la fin dernière vient en dernier lieu. Les deux autres actes s’y rapportent d’une manière éloignée. Toutefois ils ont des fins prochaines. Ainsi le bon conseil a pour fin de découvrir ce que l’on doit faire, et le jugement de produire la certitude. Il ne résulte donc pas de là que le bon conseil et la prudence ne soient pas des vertus diverses, mais que le bon conseil se rapporte à la prudence, comme une vertu secondaire se rapporte à une vertu principale.

 

Objection N°3. Dans les sciences spéculatives, il appartient à la même science de faire des recherches et de prendre des décisions. Par conséquent, pour la même raison, dans la pratique, c’est la même vertu qui doit faire ces deux choses. Or le bon conseil fait les recherches, et la prudence arrête les déterminations, il ne forme donc pas une vertu distincte de la prudence elle-même.

Réponse à l’objection N°3 : Dans les sciences spéculatives la dialectique (D’après Aristote la dialectique devait partir de propositions probables, sans doute dans le but d’arriver à quelques découvertes, en partant ainsi de certaines hypothèses.) qui a pour objet de découvrir la vérité est une autre science que la démonstration qui l’établit.

 

Mais c’est le contraire. La prudence commande, comme le dit Aristote (Eth., liv. 6, chap. 9). Or, il n’en est pas ainsi du bon conseil. Donc le bon conseil est une autre vertu que la prudence.

 

Conclusion Le bon conseil est une autre vertu que la prudence, parce qu’il donne de bons avis et qu’il dispose à la prudence qui est une vertu impérative.

Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (art. préc.), la vertu se rapporte, à proprement parler, à l’acte qu’elle rend bon. C’est pourquoi il faut que, selon la différence des actes, il y ait différentes vertus, et surtout quand ces actes n’ont pas la même raison de bonté. Car s’ils avaient la même raison formelle de bonté, malgré leur diversité (Cette diversité ne serait que matérielle, mais elle ne serait pas formelle.), ils appartiendraient à la même vertu. Ainsi la bonté de l’amour, du désir et de la joie dépendant du même objet, il s’ensuit que toutes ces choses appartiennent à la même vertu de charité. Mais les actes de la raison qui se rapportent à l’action sont divers, et ils n’ont pas la même nature de bonté. Car ce n’est pas la même chose qui fait que l’homme est bon conseiller, qu’il juge bien et qu’il commande parfaitement ; ce qui est manifeste, puisqu’il arrive quelquefois que ces habitudes sont séparées les unes des autres (Ainsi un homme peut être excellent pour le conseil et incapable de commander.). C’est pourquoi il faut que le bon conseil, qui a pour objet d’inspirer à l’homme de bons avis, soit une autre vertu que la prudence, qui le rend apte à bien commander. Et de même que le conseil se rapporte au commandement, comme à l’acte le plus important, ainsi l’habitude qui le produit se rapporte à la prudence comme à la vertu principale, sans laquelle elle ne serait pas une vertu. Car les vertus morales ne peuvent pas plus exister sans la prudence que les autres vertus (Les vertus surnaturelles ou infuses.) ne peuvent exister sans la charité.

 

Article 3 : Le bon sens est-il une vertu ?

 

Objection N°1. Il semble que le bon sens ne soit pas une vertu. Car les vertus ne sont pas naturellement en nous, comme le dit Aristote (Eth., liv. 2, chap. 1). Or, il y en a qui ont naturellement du bon sens, selon la remarque du même philosophe (Eth., liv. 6, chap. 11). Le bon sens n’est donc pas une vertu.

Réponse à l’objection N°1 : La droiture du jugement consiste en ce que la faculté cognitive perçoit une chose telle qu’elle est en elle-même, ce qui provient de la bonne disposition de la puissance qui perçoit. C’est ainsi que les formes des corps se reflètent telles qu’elles sont dans un miroir, s’il est bien disposé, tandis que s’il l’est mal, les images paraissent défigurées et absolument dissemblables à leur objet. Mais pour que la puissance cognitive soit bien disposée pour recevoir les choses telles qu’elles sont, ceci dépend radicalement de la nature ; ensuite le travail et les dons de la grâce peuvent perfectionner cette disposition de deux manières : 1° directement par rapport à la faculté cognitive elle-même ; par exemple, lorsque cette puissance n’est pas imbue d’idées fausses, mais qu’elle n’en a que de vraies et que de droites ; ce qui appartient au bon sens, considéré comme une vertu spéciale ; 2° indirectement d’après la bonne disposition de la puissance appétitive, qui fait que l’homme juge bien de toutes les choses qui sont l’objet de l’appétit (Il faut que la passion ne détourne pas la volonté du bien et ne suscite pas d’obstacle à l’acte propre de la raison.). Ainsi la droiture de jugement résulte des habitudes de toutes les vertus morales, mais elle se rapporte à leurs fins, tandis que le bon sens a plutôt pour objet les moyens.

 

Objection N°2. Le bon sens, d’après Aristote (Eth., liv. 6, chap. 10), se borne à bien juger. Or, le jugement seul, sans le commandement, peut exister dans les méchants. Par conséquent puisque la vertu ne se trouve que dans les gens de bien il semble que le bon sens ne soit pas une vertu.

Réponse à l’objection N°2 : Les méchants peuvent avoir le jugement droit en général, mais dans les choses pratiques en particulier leur jugement est toujours corrompu (Ils s’égarent en faisant leur fin générale de certaines fins particulières, comme ceux qui s’arrêtent à la richesse, aux plaisirs sensuels, ou bien en se trompant sur le choix des moyens.), comme nous l’avons vu (quest. 47, art. 13).

 

Objection N°3. Le commandement n’est défectueux qu’autant que le jugement l’est, du moins dans les actions particulières à l’égard desquelles les méchants pèchent. Si donc le bon sens est une vertu qui nous porte à bien juger, il semble que nous n’ayons pas besoin d’une autre vertu pour bien opérer. Par conséquent la prudence sera superflue, ce qui répugne. Donc le bon sens n’est pas une vertu.

Réponse à l’objection N°3 : Il arrive quelquefois que l’on diffère l’exécution de la résolution qu’on a prise, ou qu’on l’exécute négligemment, ou même à contretemps. C’est pourquoi indépendamment de la vertu qui règle les jugements, il est nécessaire qu’il y ait une vertu finale principale, qui règle le commandement, et c’est la prudence.

 

Mais c’est le contraire. Le jugement est plus parfait que le conseil. Or, le bon conseil, qui est la faculté de donner de bons avis, est une vertu. Donc à plus forte raison le bon sens qui nous porte à bien juger en est-il une aussi.

 

Conclusion Indépendamment du bon conseil qui inspire à l’homme de bons avis, il y a encore la vertu de discernement qui doit régler les jugements de l’homme à l’égard de ce qu’il doit faire.

Il faut répondre que le bon sens implique un jugement droit, non par rapport aux choses spéculatives, mais par rapport aux choses pratiques qui sont l’objet de la prudence. Ainsi ceux qui ont cette vertu sont appelés en grec σύνετοι, c’est-à-dire sensés, ou εύσύνετοι, c’est-à-dire hommes de bon sens, tandis qu’au contraire ceux qui n’ont pas cette vertu sont appelés άσύνετοι, ou insensés. — Mais il faut qu’il y ait différentes vertus selon la différence des actes qui ne se rapportent pas à la même cause. Or, il est évident que la bonté du conseil et la bonté du jugement ne se rapportent pas à la même cause. Car il y en a beaucoup qui sont bons conseillers et qui cependant n’ont pas le jugement et le sens très droit ; comme dans les sciences spéculatives il y en a qui sont bons pour faire des recherches, parce que leur raison est prompte à discourir diversement, ce qui paraît provenir de la disposition de l’imagination qui peut facilement former des images différentes ; et cependant quelquefois ces mêmes individus n’ont pas un jugement très sûr, parce que leur intelligence est défectueuse, ce qui résulte surtout de la mauvaise disposition du sens commun qui ne juge pas sainement (Le sens commun désigne ici le sens général qui embrasse tous les autres et qui compare et juge toutes les perceptions particulières.). C’est pourquoi il faut qu’indépendamment du bon conseil, il y ait une autre vertu qui règle le jugement, et c’est à cette vertu que nous donnons le nom de bon sens.

 

Article 4 : Le jugement est-il une vertu spéciale ?

 

Objection N°1. Il semble que le jugement ne soit pas une vertu spéciale distincte du bon sens. Car le bon sens porte à bien juger. Or, on ne peut pas être apte à bien juger, si l’on ne juge pas bien de tout. Donc le bon sens s’étend à toutes les choses que l’on doit juger, et par conséquent il n’y a pas une autre vertu qui dirige nos jugements.

Réponse à l’objection N°1 : Le bon sens juge véritablement de tout ce qui se fait selon les règles communes, mais il y a d’autres choses à juger et qui échappent à ces règles, comme nous l’avons dit (dans le corps de cette question.).

 

Objection N°2. Le jugement tient le milieu entre le conseil et le précepte. Or, il n’y a qu’une seule vertu qui soit bonne conseillère, c’est la vertu du bon conseil, et il n’y en a qu’une qui commande bien, et c’est la prudence. Donc il n’y a qu’une vertu qui se rapporte au jugement, et c’est le bon sens.

Réponse à l’objection N°2 : Le jugement doit se porter d’après les principes propres de la chose (Ces principes sont de deux sortes ; les uns sont communs et les autres plus élevés. C’est pour cela que l’on distingue à leur égard deux vertus, le bon sens et le jugement.), tandis que la recherche se fait au moyen de principes généraux. Ainsi dans les sciences spéculatives la dialectique qui a pour objet les recherches procède de principes généraux, au lieu que la démonstration, qui a pour objet le jugement, procède de principes propres. C’est pourquoi le bon conseil auquel appartient la recherche est un pour toutes choses, tandis qu’il n’en est pas de même du bon sens qui préside au jugement. Mais le commandement n’a pour but en toutes choses qu’un seul genre de bien, et c’est pour cela qu’il n’y a qu’une seule prudence.

 

Objection N°3. Les choses qui arrivent rarement et dans lesquelles il faut quelquefois s’écarter des lois générales paraissent être principalement des choses fortuites, dont la raison ne s’occupe pas, d’après Aristote (Phys., liv. 2, text. 48 et 57). Or, toutes les vertus intellectuelles appartiennent à la droite raison. Il n’y en a donc aucune qui règle ces choses fortuites.

Réponse à l’objection N°3 : Il n’appartient qu’à la providence divine d’embrasser toutes les choses qui peuvent arriver en dehors de l’ordre commun des êtres. Mais parmi les hommes celui qui a le regard le plus pénétrant, peut au moyen de la raison en connaître un certain nombre, et c’est là précisément l’office du jugement qui implique une certaine perspicacité d’intelligence.

 

Mais c’est 1e contraire. Aristote dit (Eth., liv. 6, chap. 11) que le jugement est une vertu spéciale.

 

Conclusion Indépendamment du bon sens qui nous fait bien juger de ce que nous avons à faire d’après des principes généraux, il y a le jugement qui est une vertu qui règle nos décisions en dehors des voies ordinaires.

Il faut répondre que les habitudes cognitives se distinguent d’après l’élévation plus ou moins grande de leurs principes. Ainsi dans les sciences spéculatives, la sagesse considère des principes plus élevés que la science, et elle en est pour cela distincte. Il en doit être de même dans les choses pratiques. Or, il est évident que ce qui ressort de l’ordre d’un principe inférieur ou d’une cause, se rapporte quelquefois à l’ordre d’une cause supérieure. C’est ainsi que les monstres qui se produisent dans le règne animal en dehors de l’ordre de la vertu active qui se trouve dans la semence génératrice, sont néanmoins compris dans l’ordre d’un principe supérieur, tel que le corps céleste, ou, en remontant plus haut, dans l’ordre de la providence divine. C’est pourquoi celui qui considérerait la vertu active dans le sperme ne pourrait pas juger certainement de ces monstres (On les croirait impossibles.), et cependant on peut en juger en s’élevant jusqu’à la providence de Dieu. Or, il arrive quelquefois que l’on doit passer dans la pratique par-dessus les règles communes, par exemple on ne doit pas rendre aux ennemis de la patrie le dépôt qu’on en a reçu (On ne devrait pas leur rendre ce dépôt, s’il consistait en armes ou en d’autres choses dont ils pourraient faire usage contre l’Etat.). Il faut donc dans ces circonstances juger d’après des principes plus élevés que ne le sont les règles communes sur lesquelles se guide le bon sens, et par rapport à ces principes il faut aussi une force d’intelligence supérieure, et c’est cette vertu qu’on appelle jugement, et qui implique une certaine pénétration d’esprit (La vertu qui y correspond, c’est l’épikie, d’après laquelle on suit l’esprit de la loi, au lieu de se conformer à la lettre, et cela dans l’intérêt d’un plus grand bien).

 

Copyleft. Traduction de l’abbé Claude-Joseph Drioux et de JesusMarie.com qui autorise toute personne à copier et à rediffuser par tous moyens cette traduction française. La Somme Théologique de Saint Thomas latin-français en regard avec des notes théologiques, historiques et philologiques, par l’abbé Drioux, chanoine honoraire de Langres, docteur en théologie, à Paris, Librairie Ecclésiastique et Classique d’Eugène Belin, 52, rue de Vaugirard. 1853-1856, 15 vol. in-8°. Ouvrage honoré des encouragements du père Lacordaire o.p. Si par erreur, malgré nos vérifications, il s’était glissé dans ce fichier des phrases non issues de la traduction de l’abbé Drioux ou de la nouvelle traduction effectuée par JesusMarie.com, et relevant du droit d’auteur, merci de nous en informer immédiatement, avec l’email figurant sur la page d’accueil de JesusMarie.com, pour que nous puissions les retirer. JesusMarie.com accorde la plus grande importance au respect de la propriété littéraire et au respect de la loi en général. Aucune évangélisation catholique ne peut être surnaturellement féconde sans respect de la morale catholique et des lois justes.

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