Saint Thomas d’Aquin - Somme Théologique

3a = Tertia Pars = 3ème partie

Question 64 : De la cause des sacrements

 

            Nous avons maintenant à considérer la cause des sacrements, c’est-à-dire celui qui en est l’auteur ou le ministre, et à cet égard dix questions se présentent : 1° N’y a-t-il que Dieu qui opère intérieurement dans les sacrements ? (Cet article est une réfutation des hérétiques qui prétendaient que l’homme pouvait de lui-même donner l’Esprit-Saint.) — 2° N’y a-t-il que Dieu qui les ait établis ? (Le concile do Trente a décidé que tous les sacrements avaient été institués par Jésus-Christ (sess. 7, can. 1) : Si quis dixerit sacramenta novæ legis non fuisse omnia à Jesu Christo institutaanathema sit. Mais il n’a pas décidé s’ils l’avaient été immédiatement ou médiatement. Hugues de Saint-Victor et le Maître des sentences ont pensé que l’Extrême-Onction n’avait été établie par les apôtres qu’après l’ascension du Christ, et, d’après Alexandre de Halès et saint Bonaventure, la Confirmation n’aurait été instituée que longtemps après les apôtres. C’est par ménagement pour ces théologiens, que le concile a évité le mot immédiatement.) — 3° De la puissance que le Christ a eue dans les sacrements. (Cet article est une réfutation de l’erreur d’Arnauld de Villeneuve, qui prétendait que la nature humaine prise par le Verbe divin était en tout égale à Dieu, de telle sorte que l’humanité du Christ égalait sa divinité.) — 4° A-t-il pu communiquer aux autres cette puissance ? — 5° Est-il convenable que les méchants aient le pouvoir d’administrer les sacrements ? (Il est de foi, contre les donatistes, les vaudois et les wicleffistes, que les sacrements conférés par de mauvais ministres sont valides ; c’est ce que le concile de Trente a défini en ces termes (sess. 7, can. 12) : Si quis dixerit ministrum in peccato mortali existentem, modò omnia essentialia, quæ ad sacramentum conficiendum aut conferendum pertinent, servaverit, non conficere aut non conferre sacramentum ; anathema sit.) — 6° Pèchent-ils en les conférant ? — 7° Les anges peuvent-ils être les ministres des sacrements ? — 8° L’intention du ministre est-elle requise dans les sacrements ? (Il est de foi que l’intention du ministre est requise pour la validité du sacrement. C’est ce qu’expriment positivement le concile de Florence (Décret. sup. armenianos, chap. 1) et le concile de Trente (sess. 7, can. 2).) — 9° Est-il nécessaire que l’on ait la vraie foi, de telle sorte qu’un infidèle ne puisse pas conférer les sacrements ? (Cet article est une réfutation de l’erreur des donatistes, des vaudois, des pauvres de Lyon et des wicleffistes, qui exigeaient la foi dans le ministre pour la validité du sacrement. Cette erreur a été expressément condamnée par le concile de Florence et par celui de Trente.) — 10° Est-il nécessaire que l’intention soit droite ?

 

Article 1 : Ny a-t-il que Dieu qui opère intérieurement leffet du sacrement ?

 

            Objection N°1. Il semble qu’il n’y ait pas que Dieu qui opère intérieurement l’effet du sacrement, mais que le ministre y contribue aussi. Car l’effet intérieur du sacrement consiste à purifier l’homme de ses péchés et à l’éclairer par la grâce. Or, il appartient aux ministres de l’Eglise de purifier, d’illuminer et de perfectionner, comme le dit saint Denis (De cœlest. hier., chap. 5). Il semble donc qu’il n’y ait pas que Dieu qui opère intérieurement l’effet du sacrement, mais que les ministres y contribuent aussi.

            Réponse à l’objection N°1 : La purification, selon qu’on l’attribue aux ministres de l’Eglise, ne délivre pas du péché ; mais on dit que les diacres purifient dans le sens qu’ils chassent de l’assemblée des fidèles ceux qui sont impurs, ou qu’ils les disposent par de saints avis à recevoir les sacrements. De même on dit aussi que les prêtres illuminent le peuple saint, non en répandant la grâce en lui, mais en lui administrant les sacrements qui la confèrent, comme le dit saint Denis (ibid.).

 

            Objection N°2. Quand on confère les sacrements, on fait des prières. Or, les prières des justes doivent être plutôt exaucées devant Dieu que celles de tous les autres d’après ces paroles (Jean, 9, 31) : Si quelqu’un honore Dieu et fait sa volonté, Dieu l’exauce. Il semble donc que l’effet du sacrement soit plus grand quand on le reçoit d’un ministre qui est saint, et que par conséquent le ministre contribue à son effet intérieur, et qu’il n’y ait pas que Dieu qui l’opère.

            Réponse à l’objection N°2 : Les prières qu’on dit dans l’administration des sacrements sont adressées à Dieu, non de la part d’une personne en particulier, mais au nom de toute l’Eglise, dont Dieu doit exaucer les prières, d’après ces paroles de Jésus-Christ (Matth., 18, 19) : Si deux d’entre vous se réunissent sur la terre et demandent une chose quelconque, mon Père la leur accordera. Cependant rien n’empêche que la dévotion d’un homme qui est juste n’opère quelque chose à cet égard. Toutefois ce qui est l’effet du sacrement ne s’obtient pas par les prières de l’Eglise ou du ministre, mais par le mérite de la passion du Christ dont la vertu opère dans les sacrements, comme nous l’avons dit (quest. 62, art. 5). C’est pourquoi l’effet du sacrement n’est pas meilleur quand il est conféré par un ministre plus saint (Nous verrons plus loin (art. 5) qu’il est de foi que de mauvais ministres confèrent validement les sacrements.). Néanmoins la dévotion du ministre peut obtenir pour celui qui reçoit le sacrement quelque grâce particulière ; mais le ministre n’opère point cette grâce ; c’est par impétration qu’il obtient que Dieu l’opère.

 

            Objection N°3. L’homme est plus noble qu’une chose inanimée. Or, la chose inanimée concourt à l’effet intérieur ; car l’eau touche le corps et purifie le cœur, comme le dit saint Augustin (Sup. Joan., tract. 80). L’homme opère donc quelque chose pour l’effet intérieur du sacrement, et il n’y a pas que Dieu qui agisse.

            Réponse à l’objection N°3 : Les choses inanimées ne contribuent à l’effet intérieur du sacrement que d’une manière instrumentale, comme nous l’avons dit (dans le corps de l’article.). De même les hommes n’opèrent quelque chose relativement à cet effet qu’à titre de ministres, comme nous l’avons vu (ibid.).

 

            Mais c’est le contraire. L’Apôtre dit (Rom., 8, 33) : C’est Dieu qui justifie. Par conséquent, puisque l’effet intérieur de tous les sacrements est la justification, il semble qu’il n’y ait pas que Dieu qui l’opère.

 

            Conclusion Quoique Dieu seul opère l’effet intérieur des sacrements, comme agent principal, néanmoins l’homme peut aussi y coopérer comme ministre.

            Il faut répondre que l’on peut opérer un effet de deux manières : 1° comme agent principal ; 2° comme instrument. De la première manière il n’y a que Dieu qui opère l’effet intérieur des sacrements ; soit parce que seul il pénètre dans l’âme dans laquelle l’effet du sacrement existe, et que l’on ne peut pas opérer immédiatement quelque chose où l’on n’est pas ; soit parce que la grâce qui est l’effet intérieur du sacrement ne vient que de Dieu (Puisqu’elle est une participation de l’essence divine.), comme nous l’avons dit (1a 2æ, quest. 112, art. 1). D’ailleurs le caractère, qui est un effet intérieur de certains sacrements, est aussi une vertu instrumentale qui découle d’un agent principal qui est Dieu. De la seconde manière l’homme peut contribuer à l’effet intérieur des sacrements, selon qu’il agit comme ministre. Car le ministre et l’instrument ont la même nature ; puisque l’action de l’un et de l’autre s’applique extérieurement : mais l’effet intérieur résulte de la vertu de l’agent principal qui est Dieu.

 

Article 2 : Les sacrements sont-ils uniquement une institution divine ?

 

            Objection N°1. Il semble que les sacrements ne soient pas uniquement d’institution divine. Car les choses qui ont été établies par Dieu nous sont transmises par l’Ecriture. Or, on fait dans les sacrements des choses dont il n’est fait dans l’Ecriture aucune mention, comme le chrême par lequel on continue, l’huile dont les prêtres sont oints ; ainsi que beaucoup d’autres paroles et d’autres actions dont nous faisons usage dans les sacrements. Les sacrements ne sont donc pas seulement d’institution divine.

            Réponse à l’objection N°1 : Les choses qui se font dans les sacrements et que les hommes ont établies ne sont pas nécessaires au sacrement, mais elles y ajoutent une certaine solennité qu’on aime à déployer pour exciter la dévotion et le respect dans ceux qui les reçoivent ; tandis que les choses qui sont nécessaires au sacrement, ont été établies par le Christ lui-même qui est Dieu et homme. Et quoiqu’elles ne soient pas toutes contenues dans l’Ecriture, l’Eglise néanmoins les a reçues oralement de la tradition des apôtres (Indépendamment des traditions écrites, le concile de Trente reconnaît qu’il y a des traditions orales qui remontent aux apôtres, et il anathématise ceux qui ne les respectent pas : Si quis autem traditiones prœdictas sciens et prudens contempserit, anathema sit.). C’est ainsi que saint Paul dit (1 Cor., 11, 34) : Je réglerai les autres choses quand je serai arrivé.

 

            Objection N°2. Les sacrements sont des signes. Or, les choses sensibles ont naturellement une certaine signification. Cependant on ne peut pas dire que Dieu soit réjoui par certaines significations, et qu’il ne le soit pas par d’autres ; parce qu’il approuve toutes les choses qu’il a faites. Mais il semble que ce soit le propre des démons d’être attirés vers certaines choses par des signes. Car saint Augustin dit (De civ. Dei, liv. 21, chap. 6) : Les démons sont attirés pour habiter en elles par des créatures qu’ils n’ont pas faites, mais que Dieu a créées, et ils sont séduits par des agréments divers selon la diversité de leur nature, non comme les animaux le sont par les aliments, mais comme les esprits le sont par les signes. Il ne semble donc pas que les sacrements aient besoin d’être d’institution divine.

            Réponse à l’objection N°2 : Les choses sensibles ont une certaine aptitude pour signifier des effets spirituels d’après leur nature ; mais cette aptitude est déterminée à une signification spéciale d’après l’institution divine. C’est ce qui fait dire à Hugues de Saint-Victor (Lib. 1 de sacr., p. 9, chap. 2) que le sacrement tire sa signification de son institution. Cependant Dieu a choisi certaines choses plutôt que d’autres pour la signification des sacrements, non parce qu’il a pour elles une certaine affection, mais pour que cette signification fût plus convenable.

 

            Objection N°3. Les apôtres ont tenu la place de Dieu sur la terre. D’où l’Apôtre dit (2 Cor., 2, 10) : Ce que je vous ai accordé, si j’ai accordé quelque chose, je l’ai fait à cause de vous dans la personne du Christ ; c’est-à-dire, comme si le Christ vous l’eût accordé lui-même. Par conséquent il semble que les apôtres et leurs successeur puissent établir de nouveaux sacrements.

            Réponse à l’objection N°3 : Les apôtres et leurs successeurs sont les vicaires de Dieu par rapport à l’administration de l’Eglise établie par la foi et les sacrements. Par conséquent, comme il ne leur est pas permis d’établir une autre Eglise, de même il ne leur est pas permis de transmettre une autre foi, ni d’instituer d’autres sacrements (Le concile de Trente le reconnaît, en décidant (sess, 21, chap. 2) que l’Eglise a le pouvoir de changer les rites dis sacrements, pourvu qu’elle respecte ce qu’il y a en eux de substantiel : Salvâ eorum substantiâ.). D’ailleurs on dit que l’Eglise a été formée par les sacrements qui sont sortis du côté du Christ attaché à la croix.

 

            Mais c’est le contraire. Celui qui établit une chose, c’est celui qui lui donne de la force et de la vertu, comme on le voit à l’égard de ceux qui font des lois. Or, la vertu d’un sacrement vient de Dieu seul (art. préc., et quest. 62, art. 1 et 5). Il n’y a donc que lui qui puisse établir un sacrement.

 

            Conclusion Puisque la vertu des sacrements ne vient que de Dieu, il n’y a que lui qui les ait établis.

            Il faut répondre que, comme on le voit d’après ce que nous avons dit (ibid.), les sacrements contribuent instrumentalement à produire des effets spirituels. Un instrument tire sa vertu d’un agent principal. Par rapport aux sacrements il y a deux sortes d’agent : celui qui établit le sacrement et celui qui se sert du sacrement établi, en l’appliquant pour lui faire produire son effet. Or, la vertu du sacrement ne peut venir de celui qui en use, parce qu’il n’opère que comme ministre. Il faut donc que la vertu du sacrement vienne de celui qui l’a établi ; et puisqu’elle ne vient que de Dieu, il s’ensuit qu’il n’y a que lui qui ait institué les sacrements.

 

Article 3 : Le Christ, comme homme, a-t-il la puissance d’opérer l’effet intérieur des sacrements ?

 

            Objection N°1. Il semble que le Christ, comme homme, ait eu la puissance d’opérer l’effet intérieur des sacrements. Car saint Jean Baptiste dit (Jean, 1, 33) : Celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, celui-là m’a dit : Celui sur qui vous verrez descendre et demeurer l’Esprit, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit-Saint. Baptiser dans l’Esprit-Saint c’est conférer intérieurement sa grâce. Or, l’Esprit-Saint est descendu sur le Christ considéré comme homme, et non comme Dieu, parce que comme Dieu il donne l’Esprit-Saint lui-même. Il semble donc que le Christ, comme homme, ait eu la puissance de produire l’effet intérieur des sacrements.

 

            Objection N°2. Le Seigneur dit (Matth., 9, 6) : Sachez que le Fils de l’homme a le pouvoir de remettre sur la terre les péchés. Or, la rémission des péchés est l’effet intérieur d’un sacrement. Il semble donc que le Christ, comme homme, opère cet effet intérieur.

 

            Objection N°3. L’institution des sacrements appartient à celui qui opère comme agent principal leur effet intérieur. Or, il est évident que le Christ a institué les sacrements. C’est donc lui qui opère leur effet intérieur.

 

            Objection N°4. Personne ne peut conférer l’effet du sacrement sans le sacrement, à moins qu’il ne l’opère par sa vertu propre. Or, le Christ a conféré l’effet du sacrement sans le sacrement, comme on le voit à l’égard de Madeleine, à laquelle il a dit (Luc, 7, 48) : Vos péchés vous sont remis. Il semble donc que le Christ, comme homme, opère l’effet intérieur du sacrement.

 

            Objection N°5. La cause en vertu de laquelle le sacrement opère est l’agent principal qui produit son effet intérieur. Or, les sacrements tirent leur vertu de la passion du Christ et de l’invocation de son nom, d’après ces paroles de l’Apôtre (1 Cor., 1, 12) : Est-ce que Paul a été crucifié pour vous ? ou bien avez-vous été baptisés en son nom ? Le Christ, comme homme, opère donc l’effet intérieur du sacrement.

 

            Mais c’est le contraire. Saint Augustin dit (implic. Tract. 80 in Joan, et Cont. Donat., liv. 3, chap. 10, sed expres. Isid., liv. 6, chap. 18) que dans les sacrements la vertu divine opère plus saintement le salut. Or, la vertu divine appartient au Christ, comme Dieu, mais non comme homme. Le Christ n’opère donc pas l’effet intérieur du sacrement comme homme, mais comme Dieu.

 

            Conclusion Le Christ, comme Dieu, a eu dans les sacrements une puissance d’autorité, mais comme homme il a eu la puissance d’excellence ou celle de ministre principal, en tant que c’est lui qui a opéré par sa passion, d’une manière méritoire et efficiente, le salut de tous les hommes et qui a mérité que les sacrements fussent sanctifiés et institués en son nom, et qu’il a pu seul justifier les hommes sans les sacrements.

            Il faut répondre que le Christ opère l’effet intérieur des sacrements comme Dieu et comme homme, mais non de la même manière. Car, comme Dieu, il opère dans les sacrements par son autorité, au lieu que comme homme il opère leurs effets intérieurs comme cause méritoire et efficiente, mais d’une manière instrumentale. En effet, nous avons dit (quest. 48 et 49) que la passion du Christ, qui lui convient selon la nature humaine, est cause de notre justification d’une manière méritoire et efficiente, mais non à titre d’agent principal ou par autorité, mais à la façon d’un instrument, en tant que l’humanité est l’instrument de sa divinité, comme nous l’avons vu (quest. 13, art. 1 et 3). Cependant, comme cet instrument est uni à la divinité en personne, il a une certaine supériorité et une certaine causalité par rapport aux instruments extrinsèques, qui sont les ministres de l’Eglise, ainsi qu’on le voit d’après ce que nous avons dit (art. 1). C’est pourquoi, de même que le Christ, comme Dieu, a une puissance d’autorité dans les sacrements ; ainsi, comme homme, il a une puissance de ministre principal ou une puissance d’excellence qui consiste en quatre choses : 1° en ce que le mérite et la vertu de sa passion opèrent dans les sacrements, comme nous l’avons dit (quest. 62, art. 5). Et parce que la vertu de la passion nous est communiquée par la foi, d’après ces paroles de saint Paul (Rom., 3, 25), qui dit que Dieu a destiné le Christ pour être la victime de propitiation, par la foi qu’on aurait en son sang, et que nous protestons de notre foi en invoquant son nom, il s’ensuit : 2° qu’il appartient à la puissance d’excellence que le Christ possède dans les sacrements qu’ils soient sanctifiés en son nom. Et parce que les sacrements tirent leur vertu de son institution, il en résulte : 3° qu’il appartient à l’excellence de sa puissance qu’ayant donné aux sacrements leur vertu, il ait pu les instituer. Et enfin parce que la cause ne dépend pas de l’effet, mais que c’est plutôt le contraire, il arrive 4° qu’il a pu conférer l’effet des sacrements sans le sacrement extérieur (Comme on voit dans l’Evangile qu’il a remis les péchés d’un grand nombre, et qu’il a ainsi conféré la grâce par sa seule parole.).

            La réponse aux objections est par là même évidente. Car les objections faites dans les deux sens contraires ont quelque chose de vrai, comme nous l’avons dit (dans le corps de cet article.).

 

Article 4 : Le Christ a-t-il pu communiquer à ses ministres la puissance quil a eue dans les sacrements ?

 

            Objection N°1. Il semble que le Christ n’ait pas pu communiquer à ses ministres la puissance qu’il a eue dans les sacrements. Car, comme le dit saint Augustin (Maxim., liv. 3, chap. 7), s’il l’a pu et qu’il ne l’ait pas voulu, il a été un envieux. Or, l’envie a été loin du Christ, qui a eu en lui la plénitude souveraine de la charité. Par conséquent, puisque le Christ n’a pas communiqué sa puissance à ses ministres, il semble qu’il n’ait pas pu le faire.

            Réponse à l’objection N°1 : Ce n’est pas par envie, si le Christ n’a pas communiqué sa puissance d’excellence aux ministres de l’Eglise ; mais il ne l’a pas fait dans l’intérêt des fidèles, dans la crainte qu’ils ne missent leur espérance dans un homme et qu’il n’y eût divers sacrements qui introduisissent une division dans l’Eglise ; comme ceux qui disaient : Moi je suis à Paul, moi à Apollon, moi à Céphas, selon le langage de saint Paul (1 Cor., 1, 12).

 

           Objection N°2. Sur ces paroles (Jean, chap. 14) : Majora horum faciet, saint Augustin dit (Tract. 72 in Joan.) : Je considérerais cela, c’est-à-dire la justification de l’impie, comme une chose plus grande que la création du ciel et de la terre. Or, le Christ n’a pas pu communiquer à ses ministres le pouvoir de créer le ciel et la terre. Il ne leur a donc pas communiqué celui de justifier l’impie. Par conséquent, puisque la justification de l’impie est produite par la puissance que le Christ possède dans les sacrements, il semble qu’il n’ait pu communiquer cette puissance à ses ministres.

            Réponse à l’objection N°2 : Cette objection repose sur la puissance d’autorité qui convient au Christ, comme Dieu ; quoique la puissance d’excellence puisse aussi recevoir le nom d’autorité par rapport aux autres ministres. Ainsi sur ces paroles (1 Cor., chap. 1) : Le Christ a été divisé, la glose dit (ord. sup. illud : Ego vero Cephæ) : qu’il a pu donner l’autorité de baptiser à ceux à qui il a conféré ce ministère.

 

            Objection N°3. Il convient au Christ, comme chef de l’Eglise, que la grâce découle de lui sur les autres, d’après ces paroles de l’Evangile (Jean, 1, 16) : Nous avons tous reçu de sa plénitude. Or, ce titre n’a pu être communiqué aux autres, parce que, dans ce cas, l’Eglise serait monstrueuse, ayant beaucoup de têtes. Il semble donc que le Christ n’ait pu communiquer à ses ministres sa puissance.

            Réponse à l’objection N°3 : Pour éviter l’inconvénient qui résulterait de la multiplicité de chefs dans l’Eglise, le Christ n’a pas voulu communiquer à ses ministres sa puissance d’excellence. Toutefois, s’il l’eût communiquée, il aurait été le chef principalement et les autres ne l’auraient été que secondairement (Il est à remarquer que les apôtres ne prennent jamais que le titre de ministres (1 Cor., 3, 4-5) : Qu’est-ce donc qu’Apollo ? et qu’est-ce que Paul ? Des serviteurs de celui en qui vous avez cru ; (Ibid., 4, 1) : Que les hommes nous regardent comme les ministres du Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu.).

 

            Mais c’est le contraire. Sur ces paroles (Jean, 1, 31) : Je ne le connaissais pas, saint Augustin dit (Tract. 5 in Joan.) qu’il ne savait pas que le Seigneur aurait la puissance de baptiser, et qu’il la conserverait. Or, Jean ne l’aurait pas ignoré, si cette puissance n’était pas communicable. Le Christ a donc pu communiquer à ses ministres sa puissance.

 

            Conclusion Le Christ n’a pu conférer à personne sa puissance d’autorité, pas plus que son essence divine, mais il a pu communiquer à ses ministres sa puissance d’excellence, en leur donnant une telle plénitude de grâce que leur mérite opère l’effet des sacrements, et que par leur seul commandement, sans le rite des sacrements, ils en produisent l’effet.

            Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (art. préc.), le Christ a eu dans les sacrements une double puissance : l’une d’autorité, qui lui convient comme Dieu : celle-là ne peut être communiquée à aucune créature, pas plus que l’essence divine ; l’autre d’excellence, qui lui convient comme homme. Il a pu communiquer cette puissance à ses ministres, en leur donnant, par exemple, une telle plénitude de grâce, que leur mérite opère les effets des sacrements, de manière qu’à l’invocation de leurs noms, les sacrements soient sanctifiés, qu’ils puissent les instituer, et que, sans avoir recours au rite des sacrements, par leur ordre seul ils en confèrent les effets. Car, plus l’instrument uni a de puissance, et plus il peut communiquer de vertu à l’instrument séparé, comme la main au bâton.

 

Article 5 : Les sacrements peuvent-ils être conférés par de mauvais ministres ?

 

            Objection N°1. Il semble que les sacrements ne puissent pas être conférés par de mauvais ministres. Car les sacrements de la loi nouvelle ont pour but de purifier du péché et de donner la grâce. Or, les méchants, puisqu’ils sont immondes, ne peuvent pas purifier les autres du péché, d’après ces paroles de l’Ecriture (Ecclé., 34, 4) : Comment ce qui est impur peut-il rendre pur ? et d’ailleurs puisqu’ils n’ont pas la grâce, il semble qu’ils ne puissent pas la conférer, car personne ne donne ce qu’il n’a pas. Il semble donc que les sacrements ne puissent être conférés par les méchants.

            Réponse à l’objection N°1 : Les ministres de l’Eglise ne purifient pas de leurs fautes ceux qui s’approchent des sacrements et ils ne leur confèrent pas la grâce par leur propre vertu. Mais le Christ le fait par sa puissance, en se servant d’eux comme d’instruments. C’est pourquoi l’effet produit dans ceux qui reçoivent les sacrements, ne les rend pas semblables aux ministres, mais il leur imprime la ressemblance du Christ.

 

            Objection N°2. La vertu entière des sacrements découle du Christ, comme nous l’avons dit (art. 3). Or, les méchants sont séparés du Christ, parce qu’ils n’ont pas la charité par laquelle les membres sont unis au chef, d’après ces paroles de saint Jean (1 Jean, 4, 16) : Celui qui demeure dans la charité, demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. Il semble donc que les sacrements ne puissent pas être conférés par les méchants.

            Réponse à l’objection N°2 : Par la charité les membres du Christ sont unis à son chef pour qu’ils en reçoivent la vie ; parce que selon l’expression de saint Jean (1 Jean, 3, 14) : Celui qui n’aime pas reste dans la mort. Mais on peut opérer par un instrument inanimé et séparé de soi quant à l’union du corps, pourvu qu’on lui soit uni d’une certaine manière : car l’artisan opère par la main autrement que par la hache. Ainsi le Christ opère donc dans les sacrements au moyen des bons comme par des membres vivants, et au moyen des méchants comme par des membres morts.

 

            Objection N°3. S’il manque quelqu’une des choses qui doivent avoir lieu dans les sacrements, le sacrement est nul ; comme quand la forme ou la matière qu’ils doivent avoir fait défaut. Or celui qui doit être le ministre du sacrement c’est celui qui n’a pas de tâche, d’après ces paroles de la loi (Lév., 21, 17) : Tout homme de votre race dans la suite des générations qui aura quelque défaut, ri approchera point de l’autel pour offrir l’aliment consacré à Dieu. Il semble donc que si le ministre est méchant il ne puisse conférer un sacrement.

            Réponse à l’objection N°3 : Une chose est exigée pour les sacrements de deux manières : 1° Selon qu’elle est nécessaire aux sacrements ; alors si une chose de cette nature manque il n’y a pas de sacrement. C’est ce qui arrive quand la forme ou la matière qui doit exister fait défaut. 2° Une chose peut être exigée dans les sacrements sous le rapport de la convenance ; c’est dans ce sens qu’il faut que les ministres des sacrements soient bons.

 

            Mais c’est le contraire. Saint Augustin dit à l’occasion de ces paroles de saint Jean (Jean, chap. 1, Super quem videris Spiritum, etc., tract. 5) : Qu’est-ce que Jean ne savait pas dans le Christ ? c’est que le Seigneur aurait la puissance du baptême et qu’il la conserverait, mais que le ministère passerait certainement dans les bons et les méchants. Car, ajoute-t-il, que vous fait un mauvais ministre, dès que le Seigneur est bon ?

 

            Conclusion Puisque les ministres de l’Eglise opèrent instrumentalement dans les sacrements, ils peuvent les conférer, soit qu’ils soient bons, soit qu’ils soient mauvais.

            Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (art. 1 et 3), les ministres de l’Eglise opèrent instrumentalement dans les sacrements, parce qu’il en est en quelque sorte d’un ministre comme d’un instrument. Or, comme nous l’avons vu (quest. 62, art. 1 et 4), l’instrument n’agit pas selon sa propre forme ou sa propre vertu, mais selon la vertu de celui qui le meut. C’est pourquoi il arrive que l’instrument, considéré comme tel, a une forme ou une vertu quelconque, indépendamment de ce qui est exigé pour sa nature d’instrument. C’est ainsi que le corps du médecin qui est l’instrument de l’âme qui possède la science est sain ou infirme, et que le tuyau par lequel l’eau passe est d’argent ou de plomb. Les ministres de l’Eglise peuvent donc conférer les sacrements, quand même ils seraient mauvais.

 

Article 6 : Les méchants pèchent-ils en administrant les sacrements ?

 

            Objection N°1. Il semble que les méchants ne pèchent pas en administrant les sacrements. Car comme on est le ministre de Dieu dans les sacrements, de même on l’est par les œuvres de charité qu’on fait. D’où l’Apôtre dit (Héb., 13, 16) : N’oubliez pas de faire part de vos biens aux autres ; car c’est par de semblables hosties qu’on se rend Dieu favorable. Or, les méchants ne pèchent pas, s’ils se rendent les ministres de Dieu pour des œuvres de charité, et même on doit le leur conseiller, d’après ces paroles de Daniel (Dan., 4, 24) : Suivez mon conseil, rachetez vos péchés par des aumônes. Il semble donc que les méchants ne pèchent pas en administrant les sacrements.

            Réponse à l’objection N°1 : Les œuvres de charité ne sont pas des choses qui aient été sanctifiées par une consécration ; mais elles appartiennent à la sainteté de la justice, comme des parties de cette vertu. C’est pourquoi l’homme qui se rend le ministre de Dieu pour des œuvres de charité, s’il est juste, se sanctifie davantage ; mais s’il est pécheur il est par là disposé à la sainteté : au lieu que les sacrements ont en eux-mêmes une sanctification qu’ils doivent à leur consécration mystique. C’est pourquoi la sainteté de la justice est préalablement exigée dans le ministre, pour qu’il remplisse convenablement ses fonctions : par conséquent il fait une mauvaise action et il pèche si, étant dans le péché, il se présente pour un semblable ministère.

 

            Objection N°2. Celui qui communique avec quelqu’un pour un péché en est lui-même coupable, d’après ces paroles de saint Paul (Rom., 1, 32) : Ils sont dignes de mort non seulement ceux qui font le péché, mais encore ceux qui approuvent ceux qui le font. Or, si les mauvais ministres pèchent en administrant les sacrements, ceux qui les reçoivent d’eux communiquent avec eux dans le péché. Ils seraient donc coupables ; ce qui semble répugner.

            Réponse à l’objection N°2 : Celui qui s’approche des sacrements les reçoit du ministre de l’Eglise, considéré comme tel, mais non comme individu. C’est pourquoi, tant que l’Eglise le tolère dans son ministère (On doit croire que le ministre qu’il doit être, tant qu’on n’a pas de preuves certaines du contraire, et on peut demander les sacrements à son curé, quand même on le saurait en état de péché mortel, si on ne peut commodément les recevoir d’un autre prêtre, parce qu’on a, à son égard, un droit dont on peut user.), celui qui reçoit de lui les sacrements ne communique pas avec son péché, mais avec l’Eglise qui le présente comme son ministre. Mais si l’Eglise ne le tolère pas, et qu’elle le dégrade, ou l’excommunie, ou le suspende, celui qui reçoit de lui les sacrements pèche, parce qu’il communique avec son péché.

 

            Objection N°3. Personne ne parait être perplexe ; parce qu’alors l’homme serait obligé de désespérer, comme étant incapable d’échapper au péché. Or, si les méchants péchaient en administrant les sacrements, ils seraient perplexes ; parce qu’alors ils pécheraient quelquefois en ne pas les administrant, comme quand ils v sont contraints par devoir ; car il est dit (1 Cor., 9, 16) : Malheur à moi si je n’évangélise pas, puisque c’est pour moi une nécessité ; d’autres fois ils pécheraient encore parce qu’il y aurait péril ; comme si l’on présentait à un pécheur un enfant qui est en danger de mort pour le baptiser. Il semble donc que les méchants ne pèchent pas en administrant les sacrements.

            Réponse à l’objection N°3 : Celui qui est dans le péché mortel n’est pas absolument perplexe, si par devoir il est chargé de dispenser les sacrements, parce qu’il peut se repentir de son péché (S’il y a nécessité d’administrer un sacrement, il faut qu’il s’excite à la contrition parfaite, et qu’il prenne la résolution de se confesser le plus tôt possible.) et les administrer licitement. Mais il ne répugne pas qu’il soit perplexe, si l’on suppose qu’il veuille rester dans le péché. Cependant, il ne pécherait pas en baptisant à l’article de la mort, dans le cas où un laïc pourrait aussi le faire (Ce sentiment est controversé. L’opinion de saint Thomas a pour elle un très grand nombre de docteurs, mais il nous semble qu’elle doit être restreinte au cas où l’on serait tellement pressé, qu’on croirait n’avoir pas le temps de s’exciter à la contrition parfaite (Voy. saint Alphonse, Théol. morale, liv. 7, n° 52).) ; car il est évident qu’alors il ne se montrerait pas ministre de l’Eglise, mais il subviendrait à celui qui serait dans un besoin extrême. Cependant il n’en est pas de même des autres sacrements qui ne sont pas aussi nécessaires que le baptême, comme nous le verrons (quest. 67, art. 3).

 

            Mais c’est le contraire. Saint Denis dit (De cœlest. hier., chap. 1) : qu’il n’est pas permis aux méchants de toucher les symboles, c’est-à-dire les signes sacramentels ; et dans son épitre à Démophile, il ajoute (Ep. 8) : Le pécheur paraît audacieux en mettant la main aux choses sacerdotales, il ne craint pas et il n’a pas honte d’exécuter les choses divines contrairement à la divinité, et pensant que Dieu ignore ce qu’il voit lui-même au fond de son âme, il croit le tromper en lui donnant faussement le nom de Père, et il ose prononcer, je ne dirai pas des prières, mais des paroles impures et infâmes sur des signes divins tout en tenant la place du Christ.

 

            Conclusion Puisque les ministres doivent ressembler au Seigneur, les méchants pèchent en se faisant les ministres de Dieu et de l’Eglise dans l’administration des sacrements ; leur péché se rapportant à l’irrévérence envers Dieu, est mortel dans son genre.

            Il faut répondre que l’on pèche en agissant par là même qu’on n’agit pas de la manière qu’il faut, comme le prouve Aristote (Eth., liv. 2, chap. 3 et 5). Or, nous avons dit (art. préc. ad 3) qu’il convient que les ministres des sacrements soient justes ; parce que les ministres doivent ressembler au Seigneur, d’après ces paroles de la loi (Lév., 19, 2) : Vous serez saints parce que je suis saint. Et ailleurs (Ecclé., 10, 2) : Tel est le juge du peuple, tels sont ses ministres. C’est pourquoi il n’est pas douteux que les méchants qui se rendent les ministres de Dieu et de l’Eglise, dans la dispensation des sacrements, pèchent. Et parce que ce péché est une irrévérence envers Dieu et une profanation des sacrements, du moins de la part du pécheur (car les sacrements ne peuvent pas en eux-mêmes être profanés), il s’ensuit que ce péché est, dans son genre, un péché mortel (C’est ce qu’exprime ainsi le catéchisme du concile de Trente : Sacramenta impiè ea ministrantibus mortem æternam afferunt (De sacram., §. 8), et le Rituel romain dit : Impurè et indignè sacramenta ministrantes in æternæ mortis reatum incurrunt.).

 

Article 7 : Les anges peuvent-ils administrer les sacrements ?

 

            Objection N°1. Il semble que les anges puissent administrer les sacrements. Car tout ce que peut un ministre inférieur, un ministre supérieur le peut aussi, comme tout ce que peut le diacre, le prêtre le peut, mais non réciproquement. Or, les anges sont, dans l’ordre hiérarchique, des ministres supérieurs à tous les hommes, comme on le voit (De cœlest. hier., chap. 9). Par conséquent, puisque les hommes peuvent administrer les sacrements, il semble qu’à plus forte raison les anges.

            Réponse à l’objection N°1 : Ce que les hommes font d’une manière inférieure, c’est-à-dire par des sacrements sensibles qui sont proportionnés à leur nature, les anges le font comme ministres supérieurs d’une manière plus élevée, c’est-à-dire en purifiant, en illuminant et en perfectionnant invisiblement.

 

            Objection N°2. Les saints ressemblent aux anges dans le ciel, comme on le voit (Matth., chap. 22). Or, il y a des saints dans le ciel qui peuvent administrer les sacrements, car le caractère sacramentel est ineffaçable, comme nous l’avons dit (quest. préc., art. 5). Il semble donc que les anges puissent aussi les administrer.

            Réponse à l’objection N°2 : Les saints qui sont dans le ciel ressemblent aux anges quant à la participation de la gloire, mais non quant à la condition de la nature, et par conséquent ils ne doivent pas leur ressembler non plus relativement aux sacrements.

 

            Objection N°3. Comme nous l’avons dit (quest. 8, art. 7), le diable est le chef des méchants et les méchants sont ses membres. Or, les méchants peuvent administrer les sacrements. Il semble donc que les démons le puissent aussi.

            Réponse à l’objection N°3 : Les méchants n’ont pas le pouvoir d’administrer les sacrements, parce que leur malice les rend membres du diable (S’ils administrent validement les sacrements, c’est comme ministres du Christ, et non parce que leur malice les rend membres du démon.). C’est pour cela qu’on ne peut pas dire que le diable qui est leur chef le peut à plus forte raison.

 

            Mais c’est le contraire. Saint Paul dit (Héb., 5, 1) : Tout pontife étant pris d’entre les hommes est établi pour les hommes en ce qui regarde le culte de Dieu. Or, les anges bons ou mauvais ne viennent pas des hommes. Ils ne sont donc pas établis comme ministres en ce qui appartient à Dieu, c’est- à-dire à l’égard des sacrements.

 

            Conclusion Puisqu’il n’y a que les hommes qui ressemblent au Christ, il n’appartient qu’à eux et non aux anges d’administrer les sacrements, quoique le pouvoir de les conférer puisse être accordé aux anges.

            Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (art. 3), toute la vertu des sacrements découle de la passion du Christ, qui appartient au Christ comme homme, auquel les hommes ressemblent par leur nature, tandis qu’il n’en est pas de même des anges par rapport auxquels l’Apôtre dit que par sa passion il est descendu un peu au-dessous d’eux, ainsi qu’on le voit (Héb., chap. 2). C’est pourquoi il appartient aux hommes de dispenser les sacrements et de les administrer, tandis que cela n’appartient pas aux anges. Cependant il faut savoir que comme Dieu n’a pas attaché sa vertu aux sacrements au point de ne pouvoir sans eux produire leur effet, de même il n’a pas non plus enchaîné sa vertu aux ministres de l’Eglise, de manière qu’il ne puisse pas donner aux anges la puissance de les administrer. Et parce que les bons anges sont les messagers de la vérité, s’ils remplissaient un ministère sacramentel, on devrait croire le sacrement valide (Nicéphore rapporte (Hist. eccles., liv 2, chap. 20) que saint Amphiloque fut consacré évêque par des anges, et que les autres évêques considérèrent son ordination comme valide. Dans la bulle de canonisation de sainte Agnès de Montepulciano, on lit qu’un ange lui a souvent donné l’eucharistie.), car il devrait être constant que cet acte s’est fait par la volonté de Dieu. C’est ainsi qu’on dit qu’il y a des temples qui ont de consacrés par le ministère des anges (On rapporte que la basilique de Saint-Michel fut ainsi consacrée.). Mais si les démons qui sont des esprits de mensonge remplissaient un ministère semblable, on ne devrait pas croire à sa validité.

 

Article 8 : Lintention du ministre est-elle requise pour la confection du sacrement ?

 

            Objection N°1. Il semble que l’intention du ministre ne soit pas requise pour la confection du sacrement. Car le ministre opère dans les sacrements d’une manière instrumentale. Or, l’action n’est pas rendue parfaite selon l’intention de l’instrument, mais selon l’intention de l’agent principal. L’intention du ministre n’est donc pas requise pour la confection du sacrement.

            Réponse à l’objection N°1 : L’instrument inanimé n’a pas d’intention par rapport à l’effet qu’il produit, mais à la place de l’intention se trouve le mouvement que l’agent principal lui communique. Mais un instrument animé, comme l’est le ministre, n’est pas seulement mû, il se meut encore lui-même d’une certaine manière, en ce sens que par sa volonté il meut ses membres pour qu’ils opèrent. C’est pourquoi il faut qu’il ait l’intention de se soumettre à l’agent principal, c’est-à-dire de faire ce que font le Christ et l’Eglise (Ce sont les expressions qu’emploie le concile de Trente : Si quit dixerit, in ministris, dum sacramenta conficiunt et conferunt, non requiri intentionem saltem faciendi quod facit Ecclesia ; anathema sit.).

 

            Objection N°2. L’intention d’un individu ne peut être connue d’un autre. Si donc l’intention du ministre était requise pour la confection du sacrement, celui qui s’approche d’un sacrement ne pourrait savoir s’il l’a reçu, et par conséquent il ne pourrait être certain de son salut, surtout quand il s’agit de sacrements qui sont de nécessité de salut, comme nous le dirons (quest. 65, art. 3 et 4).

            Réponse à l’objection N°2 : Il y a deux sortes d’opinion. Car les uns disent qu’il faut dans le ministre une intention mentale ; que si cette intention fait défaut le sacrement est nul ; mais que pour les enfants qui n’ont pas l’intention de s’approcher du sacrement, le Christ qui baptise intérieurement y supplée ; au lieu que dans les adultes qui ont l’intention de recevoir le sacrement, c’est la foi et la dévotion qui suppléent à ce défaut. Cette opinion serait assez plausible quant au dernier effet qui est la justification des péchés ; mais quant à l’effet qui est la chose et le sacrement, c’est-à-dire quant au caractère, il ne semble pas qu’il puisse être suppléé par la dévotion de celui qui reçoit le sacrement ; parce que le caractère n’est jamais imprimé que par un sacrement. — C’est pourquoi d’autres disent avec plus de raison que le ministre du sacrement agit au nom de toute l’Eglise qu’il représente ; et que dans les paroles qu’il prononce se trouve exprimée l’intention de l’Eglise, qui suffit pour la perfection du sacrement (Cette opinion est controversée. Plusieurs docteurs pensent que le sacrement est valide quand on fait extérieurement ce que l’Eglise fait, quand même on dirait intérieurement qu’on ne veut pas conférer le sacrement. Mais le sentiment contraire est suivi par un plus grand nombre de théologiens, et il paraît plus probable, surtout d’après cette proposition, condamnée par Alexandre VIII : Valet baptismus collatus à ministro qui omnem actum externum formamque baptizandi observat, intùs verò in corde suo apud se revolvit : Non intendo quod facit Ecclesia.), si le contraire n’est exprimé extérieurement de la part de celui qui l’administre ou de celui qui le reçoit.

 

            Objection N°3. L’intention de l’homme ne peut se porter sur une chose à laquelle il n’est pas attentif. Or, quelquefois ceux qui administrent les sacrements ne sont pas attentifs à ce qu’ils disent, ni à ce qu’ils font, mais ils pensent à d’autres choses. Par conséquent d’après cette doctrine le sacrement ne serait pas conféré à cause du défaut d’intention.

            Réponse à l’objection N°3 : Quoique celui qui pense autre chose n’ait pas d’intention actuelle, il a néanmoins l’intention habituelle (Par l’intention habituelle, saint Thomas entend ici ce que les théologiens appellent l’intention virtuelle.) qui suffit pour la perfection du sacrement. Par exemple, quand le prêtre se présente pour baptiser, il a l’intention de faire à l’égard de celui qui doit recevoir le baptême ce que fait l’Eglise. Par conséquent si dans le cours de l’action sa pensée est emportée ailleurs, le sacrement est néanmoins conféré en vertu de l’intention première. Cependant celui qui administre les sacrements doit faire tous ses efforts pour avoir l’intention actuelle ; mais cela n’est pas totalement au pouvoir de l’homme, parce que, contre son intention, quand il veut beaucoup s’appliquer, il commence à penser à d’autres choses, d’après ces paroles (Ps. 39, 13) : Mon cœur m’a abandonné.

 

            Mais c’est le contraire. Les choses qui sont en dehors de l’intention sont éventuelles ; ce qu’on ne doit pas dire de l’opération des sacrements. Ils requièrent donc l’intention du ministre.

 

            Conclusion Puisque les choses qui se font dans les sacrements peuvent être faites de différentes maniérés et par des causes différentes, l’intention du ministre ou de l’Eglise est nécessaire dans l’administration des sacrements.

            Il faut répondre que quand une chose se rapporte à plusieurs autres, il faut qu’elle soit déterminée par quelque moyen à une seule, pour que celle-ci soit faite. Or, les choses qui se font dans les sacrements peuvent être faites de différentes manières. Ainsi l’ablution de l’eau qui a lieu dans le baptême peut avoir pour but de purifier le corps, d’être utile à la santé, de servir d’amusement et de produire beaucoup d’autres effets semblables. C’est pourquoi il faut qu’elle soit appliquée à une fin, c’est-à-dire à l’effet sacramentel par l’intention de celui qui en fait usage : et cette intention est exprimée par les paroles que l’on prononce dans les sacrements, comme quand on dit : Au nom du Père, etc.

 

Article 9 : La foi du ministre est-elle nécessaire pour le sacrement ?

 

            Objection N°1. Il semble que la foi du ministre soit nécessaire pour le sacrement. Car, comme nous l’avons dit (art. préc.), l’intention du ministre est nécessaire pour la perfection du sacrement. Or, la foi dirige l’intention, comme le dit saint Augustin (implic. Cont. Jul., liv. 4, chap. 3 ad fin., et expres. in præfat. ad Psalm. 31). Par conséquent si la vraie foi manque dans le ministre, le sacrement n’est pas conféré.

            Réponse à l’objection N°1 : Il peut arriver que l’on manque de foi sur un point, mais qu’on n’en manque pas à l’égard du sacrement que l’on confère, comme si par exemple on croyait que le serment est illicite dans tous les cas et qu’on crût néanmoins que le baptême est efficace pour le salut. Un défaut de foi semblable n’empêche pas qu’on ait l’intention de conférer le sacrement. Mais si on manque de foi à l’égard du sacrement lui-même qu’on administre, quoiqu’on croie que l’acte extérieur que l’on fait ne doive avoir aucun effet intérieur, cependant on n’ignore pas que l’Eglise catholique se propose par ce que l’on fait extérieurement de donner un sacrement. Par conséquent, malgré ce manque de foi, on peut se proposer de faire ce que l’Eglise fait, quoiqu’on pense qu’il n’en résulte rien. Cette intention suffit pour le sacrement : parce que, comme nous l’avons dit (art. préc. ad 2), le ministre du sacrement agit au nom de toute l’Eglise, dont la foi supplée à ce qui manque à la foi du ministre.

 

            Objection N°2. Si le ministre de l’Eglise n’a pas la vraie foi, il paraît être hérétique. Or, les hérétiques, comme il le semble, ne peuvent pas conférer les sacrements. Car saint Cyprien dit (Epist. 12, liv. 1) : Toutes les choses que les hérétiques font sont des choses charnelles, vaines et fausses, et par conséquent nous ne devons rien approuver de ce qu’ils ont fait. Le pape saint Léon dit (Epist. 45, chap. 5) : Il est évident que par la démence cruelle et folle qui a souillé le siège d’Alexandrie, toutes les lumières des sacrements célestes ont été éteintes, l’oblation du sacrifice a été interrompue ; la sanctification du chrême n’a plus existé, et tous les mystères ont échappé aux mains parricides de ces impies. La vraie foi du ministre est donc nécessaire pour le sacrement.

            Réponse à l’objection N°2 : Il y a des hérétiques qui en conférant les sacrements n’observent pas la forme de l’Eglise ; ceux-là ne confèrent pas le sacrement, ni la chose du sacrement. D’autres observent la forme de l’Eglise, et ceux-là confèrent le sacrement, mais non la chose du sacrement (C’est-à-dire la grâce sanctifiante et la rémission des péchés.). Et je parle ainsi s’ils sont manifestement séparés de l’Eglise, parce que par là même qu’on reçoit d’eux les sacrements, on pèche ; et c’est là ce qui empêche de recevoir l’effet du sacrement. D’où saint Augustin dit (Fulgentius, Lib. de fid. ad Pet., chap. 36) : Croyez très fermement et ne doutez nullement que pour ceux qui ont été baptisés hors de l’Eglise, s’ils ne rentrent pas dans son sein, leur baptême a ajouté à leur perte. Le pape saint Léon dit dans ce sens que sur le siège d’Alexandrie la lumière des sacrements a été éteinte, c’est-à-dire par rapport à l’effet du sacrement, mais non quant au sacrement lui-même. Saint Cyprien croyait que les hérétiques ne pouvaient conférer les sacrements d’aucune manière (Ce qui excuse saint Cyprien, c’est que ce point n’était pas alors défini. Il l’a été en ces termes par le concile de Trente (sess. 7, can. 4) : Si quis dixerit : Baptismum qui datur ab hæreticis in nomine Patris, et Filii, et Spiritûs sancti, cum intentione faciendi quod facit Ecclesia, non esse verum baptismum ; anathema sit.), mais son sentiment n’est pas suivi sur ce point. C’est ce qui fait dire à saint Augustin (Lib. de unico bapt. cont. Petil., chap. 13) : Saint Cyprien n’a pas voulu reconnaître le baptême conféré par les hérétiques ou les schismatiques, mais les mérites qu’il a acquis jusqu’au triomphe du martyre sont si grands qu’il a effacé cette ombre par la lumière de la charité qui excellait en lui, et s’il était resté en lui quelque chose à purifier, le glaive de la mort l’aurait effacé.

 

            Objection N°3. Ceux qui n’ont pas la vraie foi paraissent avoir été séparés de l’Eglise par l’excommunication. Car il est dit (2 Jean, 1, 10) : Si quelqu’un vient vers vous et ne fait pas profession de cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison et ne le saluez pas. (Tite, 3, 10) Evitez celui qui est hérétique après l’avoir averti une première et une seconde fois. Or, un excommunié ne parait pas pouvoir conférer les sacrements de l’Eglise, puisqu’il en a été séparé et que c’est au ministère de l’Eglise que la dispensation des sacrements appartient. Il semble donc que la vraie foi du ministre soit nécessaire pour le sacrement.

            Réponse à l’objection N°3 : La puissance d’administrer les sacrements appartient au caractère spirituel qui est indélébile, comme on le voit d’après ce que nous avons dit (quest. préc., art. 5). C’est pourquoi de ce qu’on est suspendu par l’Eglise, ou excommunié, ou même dégradé, on ne perd pas la puissance de conférer les sacrements, mais on perd la faculté d’user de cette puissance. C’est pour cela que celui qui en est là confère les sacrements, mais il pèche en les conférant ; et il en est de même de celui qui reçoit de lui un sacrement ; par conséquent il ne perçoit pas l’effet du sacrement, à moins que son ignorance ne l’excuse.

 

            Mais c’est le contraire. Saint Augustin dit (Cont. Petilianum, liv. 2, chap. 47) : Souvenez-vous que les mœurs des méchants ne nuisent point aux sacrements de Dieu, et qu’elles ne peuvent faire qu’ils ne soient pas ou qu’ils soient moins saints.

 

            Conclusion Comme les mauvais ministres qui ne sont pas en état de grâce peuvent administrer les sacrements, de même aussi ceux qui n’ont pas la foi, pourvu qu’ils n’omettent pas ce qui est nécessaire au sacrement.

            Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (art. 5 et quest. 62, art. 1 et 4), le ministre opérant dans les sacrements d’une manière instrumentale, n’agit pas par sa vertu propre, mais par la vertu du Christ. Or, comme la charité appartient à la vertu propre de l’homme, de même aussi la foi. Par conséquent comme il n’est pas nécessaire pour la perfection des sacrements que le ministre ait la charité, et que les pécheurs peuvent aussi les conférer, ainsi que nous l’avons vu (art. 5), de même il n’est pas nécessaire qu’il ait la foi pour que le sacrement soit valide, mais un infidèle peut conférer véritablement un sacrement, pourvu qu’il n’omette rien de ce qui est nécessaire pour ce sacrement.

 

Article 10 : Est-il nécessaire pour la perfection du sacrement que le ministre ait une intention droite ?

 

            Objection N°1. Il semble que l’intention du ministre doive être droite pour la perfection du sacrement. Car l’intention du ministre doit être conforme à l’intention de l’Eglise, comme on le voit d’après ce que nous avons dit (art. 8, Réponse N°2). Or, l’intention de l’Eglise est toujours droite. L’intention droite du ministre est donc nécessairement requise pour la perfection du sacrement.

            Réponse à l’objection N°1 : L’intention de l’Eglise est droite et quant à la perfection du sacrement et quant à son usage ; mais la première droiture rend le sacrement valide et la seconde produit le mérite. C’est pourquoi le ministre dont l’intention est conforme à l’Eglise quant à la première droiture et non quant à la seconde, confère validement le sacrement, mais il ne le fait pas d’une manière méritoire pour lui.

 

            Objection N°2. L’intention perverse paraît être pire que l’intention moqueuse. Or, l’intention moqueuse rend nul le sacrement, par exemple, si on ne baptisait pas quelqu’un sérieusement, mais par plaisanterie ; à plus forte raison l’intention perverse rend-elle nul le sacrement, par exemple, si on baptisait quelqu’un pour le tuer ensuite.

            Réponse à l’objection N°2 : L’intention bouffonne ou moqueuse exclut la première espèce de droiture qui rend le sacrement valide. C’est pour cela qu’il n’y a pas de parité.

 

            Objection N°3. L’intention perverse rend toute œuvre vicieuse, d’après ces paroles de l’Evangile (Luc, 11, 34) : Si votre œil est mauvais, tout votre corps sera dans les ténèbres. Or, les sacrements du Christ ne peuvent pas être souillés par les méchants, comme le dit saint Augustin (Cont. Petil., liv. 2, chap. 47, ad fin. et liv. 3 Cont. Cresc., chap. 5 et 6). Il semble donc que si l’intention du ministre est perverse, le sacrement ne soit pas véritable.

            Réponse à l’objection N°3 : L’intention perverse corrompt l’œuvre de celui qui a cette intention, mais non l’œuvre d’un autre. C’est pourquoi l’intention perverse du ministre corrompt ce qu’il fait dans les sacrements, comme son œuvre, mais non ce qu’il fait comme l’œuvre du Christ, dont il est le ministre. Il en serait de même si le ministre d’un homme portait aux pauvres avec une intention perverse l’aumône que son maître lui aurait commandée avec une intention droite.

 

            Mais c’est le contraire. L’intention perverse appartient à la malice du ministre. Or, la malice du ministre ne détruit pas le sacrement. Son intention perverse ne le détruit donc pas non plus.

 

            Conclusion L’intention perverse et mauvaise du ministre par rapport au sacrement en détruit la vérité ; mais si elle est mauvaise par rapport à ce qui suit le sacrement, il n’en est pas de même.

            Il faut répondre que l’intention du ministre peut être pervertie de deux manières : 1° Par rapport au sacrement lui-même, comme quand on n’a pas l’intention de conférer un sacrement, mais d’agir par dérision (Parmi les propositions de Luther condamnées par Léon X, on trouve celle-ci : Si sacerdos non seriò, sed joco absolverit, si tamen credat se esse absolutum, verissimò absolutus est.). Cette perversité détruit la vérité du sacrement, surtout quand on manifeste extérieurement son intention. 2° L’intention du ministre peut être perverse, quant à ce qui suit le sacrement ; comme si un prêtre avait l’intention de baptiser une femme pour en abuser ; ou si on se proposait de consacrer le corps du Christ pour s’en servir pour des maléfices. Et, comme ce qui est avant ne dépend pas de ce qui vient après, il s’ensuit que cette perversité d’intention ne détruit pas la vérité du sacrement ; mais le ministre pèche grièvement par suite de cette intention.

 

Copyleft. Traduction de l’abbé Claude-Joseph Drioux et de JesusMarie.com qui autorise toute personne à copier et à rediffuser par tous moyens cette traduction française. La Somme Théologique de Saint Thomas latin-français en regard avec des notes théologiques, historiques et philologiques, par l’abbé Drioux, chanoine honoraire de Langres, docteur en théologie, à Paris, Librairie Ecclésiastique et Classique d’Eugène Belin, 52, rue de Vaugirard. 1853-1856, 15 vol. in-8°. Ouvrage honoré des encouragements du père Lacordaire o.p. Si par erreur, malgré nos vérifications, il s’était glissé dans ce fichier des phrases non issues de la traduction de l’abbé Drioux ou de la nouvelle traduction effectuée par JesusMarie.com, et relevant du droit d’auteur, merci de nous en informer immédiatement, avec l’email figurant sur la page d’accueil de JesusMarie.com, pour que nous puissions les retirer. JesusMarie.com accorde la plus grande importance au respect de la propriété littéraire et au respect de la loi en général. Aucune évangélisation catholique ne peut être surnaturellement féconde sans respect de la morale catholique et des lois justes.

 

 

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