livre 1
Chapitre 52
Paroles de bénédiction
de la Mère de Dieu à son Fils, afin
que ses paroles
fussent dilatées et épandues
par le monde, et prissent
racine dans les cœurs
de ses amis. Comme elle
est merveilleusement signifiée
par la fleur qui
naît dans le jardin.
Paroles de Jésus-Christ envoyées par
son épouse sainte
Brigitte au pape et aux autres
prélats de son Église.
La bienheureuse Vierge Marie parlait
à son Fils, disant :
Soyez béni, mon
Fils, vous qui êtes mon Dieu,
le Seigneur des anges et le
Roi de gloire ! Je
vous en prie, que les paroles que
vous avez prêchées
prennent racine dans
les cœurs de vos amis, et qu’elles
soient fixées et
collées en leurs
esprits, comme l’était la
poix dont l’arche de Noé était
enduite, que les
vents ni les orages n’ont pu dissoudre
; qu’elles se
dilatent et s’épandent
aussi parmi le monde comme des rameaux
et des fleurs
suaves et douces, dont
l’odeur s’exhale et se répand
; en outre, qu’elles
fructifient, et
deviennent douces comme la datte,
dont la douceur délecte
l’âme.
Son cher Fils lui répondit
: Soyez bénie, ma chère Mère !
Mon ange Gabriel
vous dit : Marie, soyez bénie
par-dessus toutes les femmes
; et moi, je
porte témoignage assuré
que vous êtes bénie et que vous
êtes très sainte
par-dessus tous els chœurs des anges.
Vous êtes comme la
fleur épanouie qui
est dans le jardin, laquelle, bien
qu’elle soit environnée
de fleurs de
diverses odeurs et senteurs, toutefois
les surpasse toutes
en odeur, en
beauté et en vertu.
Ces fleurs, qui sont plantées dans le
jardin du monde,
ont fleuri et relui par diverses
vertus, lesquelles sont
toutes élues et
choisies d’Adam jusqu’à la
fin du monde. Mais entre
toutes celles qui ont
été et qui seront
et qui seront, vous avez été la plus
excellente en odeur
de bonne vie et d’humilité,
en la beauté gracieuse de
votre virginité et en
la vertu de votre abstinence.
Certes, je porterai
témoignage de vous, que
vous avez été plus
que martyre en ma passion, plus sobre
qu’aucun des
confesseurs, et plus qu’un ange
en votre miséricorde et en
votre bonne
volonté. C’est pourquoi,
à cause de vous, j’enracinerai
mes paroles comme
de la poix très forte dans
les cœurs de mes amis ; elles
se dilateront et
s’épandront comme des fleurs
odoriférantes, et
fructifieront comme la datte
très douce et suave.
Après, Notre Seigneur parlait
à son épouse sainte
Brigitte, lui disant :
Dites à votre Père
confesseur, qui est mon ami et est
selon mon cœur, qu’il
déclare diligemment ces paroles
écrites à l’archevêque ;
et ensuite, il les
laissera par écrit à
un autre évêque : lesquels étant
diligemment informés,
qu’il les envoie ensuite au troisième
évêque.
Dites-lui aussi de ma part : Je suis
votre Créateur et le
Rédempteur des
âmes ; je suis ce Dieu que
vous aimez par-dessus tout.
Considérez et voyez
que les âmes que j’ai rachetées
par mon sang, sont comme
les âmes de ceux
qui ignorent Dieu, lesquelles sont
si horriblement
captives du diable, qu’il
les afflige furieusement en tous
leurs membres, comme dans
un pressoir
étroit, à cause de
quoi, si vous goûtez et connaissez mes
plaies en votre
esprit ; si ma flagellation vous
est présente, et si vous
avez douleur de la
réputation de quelqu’un,
montrez à vos pauvres combien
vous m’aimez, et
déclarez en public les paroles
que j’ai dites de ma propre
bouche, et les
annoncez personnellement au chef
de l’Église. Certes, je
vous donnerai mon
Esprit. En quelque lieu que
ce soit, quand il y aura
dissension entre deux
personnes, si elles croient en mon
nom, vous pourrez les
rallier et les
réconcilier par la vertu
qui vous est donnée. De plus,
pour une plus grande
évidence de mes paroles,
vous porterez avec vous leur
témoignage au pontife
: ils les goûtent et se délectent
en elles, car mes
paroles sont comme de la
graisse qui se fond et qui se liquéfie
d’autant plus tôt
qu’elle a plus de
chaleur au-dedans ; mais lorsque
la chaleur lui manque,
elle est rejetée et
ne parvient pas jusqu’au-dedans.
Il en est de même de mes
paroles, parce
que, plus l’homme est enflammé
de ma charité, plus il les
médite et les
dévore, et plus il s’engraisse
de ma douceur, de la joie
céleste et de celle
de mon amour, et partant, plus il
s’embrase en mon amour.
Mais il y en a
qui n’aiment pas mes paroles, mais
qui les ont en leur
bouche comme de la
graisse, qu’ils rejettent dès
qu’ils l’ont goûtée, et la
foulent aux pieds :
de la sorte mes paroles sont méprisées
de quelques-uns,
d’autant qu’ils ne
goûtent pas la douceur des
choses spirituelles. Or, le
prince de la terre,
que j’ai élu et choisi pour
mon membre et que j’ai fait
vraiment mien, vous
aidera virilement, et dans ce pèlerinage,
vous
administrera ce qui est
nécessaire de ses biens justement
acquis.
Chapitre 53
Paroles de bénédiction
et de louange que la Mère de Dieu
et son Fils se
disaient. Comme la Vierge
est figurée par l’arche, où
étaient la verge
d’Aaron, la manne, et les tables
de la loi. Dans cette
figure sont
contenues plusieurs choses admirables.
La Vierge Marie parlait à
son très cher Fils, disant :
Soyez béni, mon Fils,
vous qui êtes mon Dieu et
le Seigneur des anges ! Vous
êtes celui dont les
prophètes ont entendu la
voix, dont les apôtres ont vu le
corps, et que les
Juifs et vos ennemis ont ressenti.
Vous êtes un Dieu avec
la Divinité,
l’humanité et le Saint-Esprit,
car les prophètes ont
entendu votre Esprit,
les apôtres ont vu la gloire
de votre Divinité, et les
Juifs ont crucifié
votre humanité. C’est
pourquoi soyez béni, ô mon Fils,
sans fin et sans
commencement !
Son Fils lui répondit, disant
: Soyez bénie, vous qui êtes
vierge et mère
tout ensemble ! Vous êtes
cette arche qui était en la loi,
dans laquelle il
y avait trois choses, savoir : la
verge, la manne et la
table.
Trois choses ont été
faites avec la verge : 1° elle a été
changée en
serpent, qui était sans venin
; 2° la mer a été divisé par
elle ; 3° par
elle l’eau est sortie de la pierre.
Je suis cette verge
en figure, moi qui
suis resté dans votre sein
et ai pris de vous mon
humanité.
Je suis, en premier lieu, terrible
et épouvantable à mes
ennemis, ainsi que
le serpent l’était à
Moïse ; car ils me fuient, comme ils
fuient le regard
du serpent ; ils ont peur de moi,
et m’ont en horreur et
en abomination
comme un serpent, bien que toutefois
je sois plein de
toute miséricorde, et
que je sois sans venin de malice.
Je souffre qu’ils me
tiennent et me
touchent, s’ils veulent me tenir
et me toucher ; s’ils me
cherchent, je me
trouvent vers eux ; s’ils m’invoquent
et m’appellent à
leur secours, je
cours à eux, comme la mère
court à son fils qu’elle avait
perdu et qu’elle
retrouve ; s’ils me demandent pardon
de leurs fautes, je
leur fais
miséricorde et pardonne leurs
péchés. Je leur fais toutes
ces choses, et
ils m’ont encore en horreur comme
un serpent.
Secondement, par cette verge, la
mer a été divisée par la
mer de mon sang,
et par les torrents de ma douleur,
j’ai ouvert le chemin
pour aller au ciel,
lequel était fermé
par le péché. Certes, alors la mer a
été rompue et
divisée, et un chemin a été
fait où il n’y en avait point,
quand la douleur
de tous mes membres s’est jointe
à mon cœur, qui s’est
brisé et divisé, à
cause de la violence de la douleur.
Après, le peuple
étant passé par la
mer, Moïse ne le mena pas tout
aussitôt en la terre
promise, mais il le
conduisit au désert, afin
qu’il y fût instruit et éprouvé
: de même mon
peuple, ayant maintenant reçu
la foi et mon commandement,
n’est pas tout
aussitôt mis et introduit
dans le ciel, mais il est
nécessaire que les
hommes soient éprouvés
au désert, c’est-à-dire, dans le
monde, pour voir et
éprouver de quel amour ils
aiment Dieu.
Mais le peuple provoqua et irrita
Dieu, au désert, par
trois choses : 1°
parce qu’il se fit une idole et
l’adora ; 2° parce qu’il
regretta et
souhaita les viandes qu’il avait
eues en Égypte ; 3° par
la superbe,
lorsqu’il voulut monter et combattre
avec ses ennemis,
sans la volonté de
Dieu. De même aussi
l’homme pèche maintenant contre moi
en ce monde : 1° il
adore l’idole, d’autant qu’il aime
plus le monde et toutes
les choses qui y
sont, que moi qui suis son Créateur.
Oui, le monde est
son Dieu, et moi je
ne le suis pas. Certes, j’ai
dit, dans mon Évangile, que
là où est le
trésor de l’homme, là
est son cœur : mais le trésor de
l’homme, c’est le
monde, d’autant qu’il a son cœur
en lui et non en moi ;
c’est pourquoi,
ainsi que ceux-là sont tombés,
au désert, par le glaive en
leur corps, de
même ceux-ci tomberont en
leur âme par le glaive de
l’éternelle damnation,
en laquelle ils vivront sans fin.
2° Il a péché
par la concupiscence des viandes, car j’ai
donné à l’homme
toutes les choses nécessaires
pour l’honnêteté et par
mesure, mais il veut
avoir toutes choses sans mesure
et sans discrétion, car
sui la nature
pouvait y satisfaire, il voudrait
s’adonner sans cesse au
péché de volupté,
voire sans relâche et désirer
outre mesure les choses
vaines. Car tant
qu’il aurait le moyen et la commodité
de pécher, il ne
s’en abstiendrait
jamais, c’est pourquoi il leur arrive
comme il arriva à
ceux-là du désert,
qui y moururent d’une mort subite
et inopinée. Qu’est-ce
en effet que la
vie de ce temps, sinon un certain
point passager, au
regard de l’éternité
?
Pour cela, leur corps mourra comme
d’une mort subite à
raison de la brièveté
de cette vie, et leur âme
vivra dans une peine
insupportable et dans un
tourment sans fin.
3° Il péchait au désert
par la superbe, parce qu’il
voulait monter au combat
sans la volonté de Dieu :
de même les hommes veulent
monter au ciel par leur
superbe, et ne se fient point en
moi, mais en eux, faisant
leur volonté et
laissant la mienne. C’est
pourquoi, de même que ceux-là
ont été défaits
et
tués par leurs ennemis, de
même seront-ils défaits et tués
par les diables
en leurs âmes, et leur tourment
sera éternel. Ils me
haïssent donc comme
ils haïssent un serpent, et
en mon lieu et place, ils
adorent une idole ;
ils ont plus en recommandation leur
concupiscence que moi,
et au lieu de mon
humilité profonde, ils aiment
leur superbe exécrable.
Toutefois, je suis
encore si miséricordieux,
que, s’ils se convertissent à
moi avec un cœur
contrit, je me tournerai vers eux
et les recevrai comme un
père pieux reçoit
son enfant.
Troisièmement, par cette verge,
la pierre donna de l’eau.
Cette pierre,
c’est le cœur endurci de l’homme,
car s’il est une fois
frappé par la
crainte et par mon amour, tout aussitôt
les larmes de
contrition et de
pénitence en coulent.
Il n’y a personne, quelque méchant
qu’il soit, qui
n’éprouve un tressaillement
dans tous ses membres qui le
presse à la
dévotion, et qui verse un
torrent de larmes, s’il se
tourne vers moi ; s’il
considère ma passion du plus
profond de son cœur ; s’il
jette les yeux sur
ma puissance ; s’il pèse
et considère avec soin ma bonté,
qui fructifie
comme la terre et les arbres.
Ensuite, la manne a demeuré
dans l’arche : de même le pain
des anges, des
saintes âmes et de ceux qui
sont justes sur la terre,
auxquels rien ne
plaît, sinon ma douceur, et
à qui tout le monde est mort,
et qui, si c’était
ma volonté, voudraient être
sans aucune viande corporelle,
a demeuré en
vous, qui en vous, qui êtes
vierge et mère tout ensemble.
En dernier lieu, les tables de la
loi étaient en cette
arche : de même en
vous, ô ma Mère ! était
le Seigneur, le législateur de
toutes les lois.
Pour cela, ô ma Mère
! soyez bénie par-dessus toutes les
choses qui sont
créées au ciel et
sur la terre.
Ensuite, Notre Seigneur parlait à
son épouse sainte
Brigitte, disant : Dites
à mes amis trois choses :
Je conversais au monde avec mon
corps ; j’ai
tempéré mes paroles
de telle sorte que les bons devenaient
d’eux-mêmes plus
forts et plus fervents, et les méchants
devenaient
meilleurs, comme il
paraît en sainte Magdeleine,
en saint Matthieu et en
plusieurs autres. J’ai
aussi tellement tempéré
mes paroles que mes ennemis ne les
pourraient
affaiblir, à cette cause,
que ceux-là travaillent avec
ferveur, auxquels mes
paroles sont envoyées, afin
que, par mes paroles, les bons
deviennent plus
ardents pour le bien, et que les
méchants se retirent du
mal et qu’ils
prennent garde que mes paroles ne
soient empêchées par mes
ennemis. Certes,
je ne fais point une plus grande
injure au diable qu’aux
anges qui sont dans
le ciel, car si je voulais, je pourrais
parler que tout le
monde
m’entendrait : il me suffirait aussi
d’ouvrir l’enfer,
afin que tout le
monde vît les supplices qu’on
y endure ; mais cela ne
serait pas juste,
d’autant que l’homme me servirait
alors avec crainte, au
lieu de me servir,
comme il le doit, avec amour et
charité, car personne
n’entrera au royaume
des cieux, sinon celui qui a la
charité. Alors, certes,
je ferais injure au
diable, si je recevais de lui, sans
bonnes œuvres, celui
qui lui est obligé
de droit ; je ferais injure à
l’ange qui est dans le ciel,
si l’esprit de
l’homme immonde était égal
et pareil au sien, qui est pur
et très fervent en
charité. Partant, personne
n’entrera dans le ciel, sinon
celui qui aura été
éprouvé comme l’or
dans le feu du purgatoire, ou par les
bonnes œuvres, et
qui s’est exercé de telle
sorte dans le monde par une
épreuve journalière,
qu’il n’y a tache en lui qui ait
besoin d’être nettoyé et
effacée.
Si vous ignorez à qui mes
paroles doivent être envoyées,
je vous dirai que
celui-là est digne de les
avoir, de les concevoir et de
les goûter (afin
qu’il arrive au royaume des cieux),
qui veut mériter et
bien faire par
œuvres, ou celui qui les avait méritées
par de bonnes
œuvres précédentes
:
ou, c’est à ceux-là
que mes paroles doivent être déclarées
; elles doivent
entrer dans leurs cœurs, car ceux
qui goûtent mes paroles,
qui espère
humblement que leur nom soit écrit
au livre de vie,
ceux-là ont mes paroles
; mais ceux qui ne les goûtent
point, certes, ils les
considèrent, et tout
aussitôt, ils les rejettent
et les vomissent.
Chapitre 54
Paroles de l’ange à l’épouse
sainte Brigitte, touchant
l’esprit de ses
pensées, savoir, s’il
était bon ou mauvais ; et comme il y
a deux esprits,
l’un incréé et
l’autre créé, et de leurs qualités.
Il y a deux esprits, disait l’ange
à l’épouse sainte
Brigitte, l’un incréé,
l’autre créé.
L’incréé contient en soi trois choses : 1°
il est chaud ; 2°
il est doux ; 3° il est pur
et net. 1° Il échauffe, non
par le moyen de
quelques choses créées,
mais de soi-même, d’autant qu’il
est avec le Père et
le Fils tout-puissant et créateur
de toutes choses, mais
il échauffe, quand
l’âme brûle en l’amour
de Dieu. 2° Il est doux, quand rien
ne plaît à l’âme
que Dieu, et qu’elle n’a autre douceur
ni ne goûte autre
que lui et le
souvenir de ses bienfaits et de
ses œuvres admirables. 3°
Il est pur et net,
de sorte qu’il ne peut se trouver
en lui aucun péché, rien
de difforme, rien
de corruptible, rien de changeant.
Mais il échauffe, non
pas comme le feu
matériel ni comme le soleil
visible, qui fond et ramollit
quelque chose,
mais sa chaleur, c’est l’amour intérieur
de l’âme, qui
remplit son désir
l’abîme en Dieu. Il
est aussi doux à l’âme, non pas comme
le vin désirable,
ou la misérable volupté,
ou quelque autre chose mondaine ;
mais la douceur
de cet esprit surpasse toutes les
douceurs temporelles, et
personne ne peut
atteindre à la connaissance
et au sentiment de cette
douceur. Enfin, cet
esprit est pur et net ainsi que
les rayons du soleil,
auxquels on ne peut
trouver aucune tache ni souillure.
Le second esprit, qui est créé,
contient pareillement en
soi trois choses :
1° il brûle ; 2° il
est amer ; 3° il est impur. 1° Il
brûle et consume le
feu, parce qu’il possède
l’âme, qu’il enflamme toute par
le feu de la luxure
et de la convoitise dépravée,
de sorte que l’âme ne peut
penser ni désirer
autre chose, sinon que de se rassasier
de ces choses, dans
lesquelles elle
perd la vie temporelle, tout son
honneur et toute sa
consolation. 2° Il est
amer comme du fiel, d’autant qu’il
embrase en telle sorte
l’âme par sa
délectation, que les joies
futures lui semblent être
nulles et vaines, et
les biens éternelles, des
sottises. Toutes les choses
aussi qui sont et
proviennent de la source divine,
et qu’il est obligé de
faire, lui semblent
amères et abominables comme
du fiel. 3° Il est impur,
d’autant qu’il fait en
telle sorte l’âme vile et
encline au péché, qu’il ne
rougirait d’aucun et ne
le quitterait, s’il ne craignait
plus la honte des hommes
que celle de Dieu,
attendu que cet esprit est ardent
comme du feu, d’autant
qu’il brûle à
raison des feux de l’iniquité,
et allume avec soi tous les
autres. Il est
amer aussi, parce que tout bien
lui est amer, et veut que
les autres soient
amers avec lui ; mais il est impur,
d’autant que tout son
contentement et
tout son plaisir ne sont que dans
l’impureté, et il
cherche d’avoir avec soi
des personnes qui lui soient semblables.
Mais vous pouvez maintenant me demander
et me dire :
Pourquoi donc
n’êtes-vous pas tel ? Je vous
réponds que je suis vraiment
créé par le même
Dieu que lui, d’autant qu’il n’y
a qu’un seul Dieu : le
Père, le Fils et le
Saint-Esprit, et ces trois ne sont
pas trois dieux, mais
un seul. Et nous
sommes tous deux créés
pour le bien, d’autant que tout ce
que Dieu a créé
est bon. Mais moi, je suis comme
une étoile, parce que je
suis demeuré en la
bonté et en la charité
de Dieu, en lesquelles j’ai été
créé ; mais lui, il
est comme un charbon, parce qu’il
s’est retiré de l’amour
de Dieu. Donc,
ainsi qu’une étoile n’est
point sans clarté ni sans
lumière, ni un charbon
sans noirceur, de même un
bon ange, qui est comme une
étoile, n’est pas sans
le Saint-Esprit, car tout ce qu’il
a, il l’a de Dieu,
c’est-à-dire, du Père,
du Fils et du Saint-Esprit, par
l’amour duquel il
s’échauffe par sa
splendeur, et lui est continuellement
attaché, et se
conforme entièrement à
sa volonté, ni ne veut jamais
autre chose que Dieu, c’est
pourquoi il brûle
et est pur et net. Mais le
diable est difforme et laid
comme un charbon,
plus laid que toutes les créatures,
d’autant que, tout
ainsi qu’il était la
plus belle des créatures,
il est devenu aussi la plus
laide de toutes, parce
qu’il s’est opposé à
son Créateur. Et tout ainsi que
l’ange brille par la
lumière de Dieu et brûle
incessamment de son amour, de
même le diable brûle,
étant détenu, serré
et affligé continuellement par le feu
de sa malice
enragée, de laquelle il est
insatiable, comme sont
inénarrable la bonté
de
l’Esprit de Dieu et sa grâce.
Car il n’y a personne au
monde, quelque
enraciné qu’il soit avec
le diable, que le bon Esprit ne
visite quelquefois,
et ne lui excite et émeuve
le cœur. Il n’y aussi
personne, quelque bon
qu’il soit, que le diable ne tourmente
par quelque
tentation. Certes, il y
a plusieurs bons et plusieurs juges
qui sont tentés par le
démon, enragé par
la permission de Dieu, et non pour
leurs maux, mais pour
la plus grande
gloire de Dieu, car le Fils de Dieu,
un en Divinité avec
le Père et le
Saint-Esprit, après avoir
pris notre humanité, fut tenté :
combien à plus
forte raison le seront davantage
ses élus, pour leur plus
grande récompense.
Quelquefois aussi, plusieurs
bonnes personnes tombent en
des péchés, et
leur conscience est obscurcie par
la fallace du diable ;
mais elles se
relèvent courageusement,
et se tiennent vaillamment debout
par la vertu du
Saint-Esprit. Mais toutefois, il
n’y a personne qui ne
sache en sa
conscience, s’il veut l’examiner
avec soin, si la
suggestion du diable
conduit, ou à la difformité
du péché ou au bien. C’est
pourquoi, ô épouse
de mon Seigneur, vous ne devez douter
de l’esprit de vos
pensées, savoir,
s’il est bon ou mauvais, car votre
conscience vous dicte
clairement les
choses qu’il faut laisser et celles
qu’il faut choisir.
Mais que fera celui qui a le diable
avec lui ? Certes, le
bon esprit ne peut
pas entrer en lui, parce qu’il est
rempli du méchant
esprit. Il faut qu’il
fasse trois choses : 1° une
pure et entière confession de
ses péchés,
laquelle, bien qu’elle soit dans
un cœur contrit, il ne
pourra tout aussitôt
mettre à exécution,
à raison du cœur endurci ; elle lui
sert toutefois, en
tant qu’à cause d’elle, le
diable donne quelque relâche et
entrée au bon
esprit. 2° Il faut qu’il
aie l’humilité, savoir, qu’il se
propose de
corriger les péchés
qu’il a commis, et de faire de bonnes
œuvres autant
qu’il pourra : alors, le diable
commence de sortir d’une
telle personne. 3°
Afin qu’il obtienne de nouveau le
bon esprit, il doit,
avec une humble
prière, faire requête
à Dieu, et se repentir avec une
vraie charité, des
péchés qu’il a commis,
d’autant que la vraie charité en
Dieu chasse le
diable : car le diable aimerait
cent fois mieux mourir,
avant que l’homme
fit à son Dieu le moindre
bien de charité ; et ainsi, il
est envieux et
malicieux.
Après, la bienheureuse Vierge
parlait à l’épouse sainte
Brigitte, disant : O
épouse nouvelle de mon Fils
! revêtez-vous de vos
vêtements ; mettez votre
collier à votre cour, c’est-à-dire,
la passion de mon
Fils. Sainte Brigitte
lui répondit : Mettez-le
moi, ô Vierge sainte ! Et la
Vierge lui dit :
Certes, je le ferai de bon cœur,
et je vous dirai commemnt
mon Fils était
disposé, et pourquoi il était
désiré des Pères avec tant
de ferveur.
Il se tenait debout comme un homme
entre deux villes ; et
une voix de la
ville où il était
né, criait à lui, disant : O homme qui
êtes debout au
milieu du chemin qui est entre les
deux villes, vous êtes
sage, car vous
savez vous garder des périls
qui se penchent sur votre
tête. Vous êtes
pareillement fort à endurer
les maux qui arrivent
inopinément. Vous êtes
aussi magnanime et généreux,
d’autant que vous ne craignez
rien. Certes,
nous vous avons désiré,
et maintenant nous vous attendons.
Ouvrez donc
notre porte, de peur qu’elle ne
soit ouverte à nos ennemis
et qu’ils ne
l’assiégent.
On entendait une voix de la seconde
ville ; cette vois
disait : O homme très
débonnaire et très
fort, entendez notre complainte et
notre gémissement.
Nous sommes assis dans d’épaisses
ténèbres, et nous
endurons la faim,
enragés et la soif insupportable.
Considérez donc notre
misère et notre
pitoyable disette. Certes,
nous sommes frappés comme le
foin qu’on coupe
avec la faux ; nous sommes privés
de tout bien, et notre
force nous manque.
Venez à nous, ô Seigneur
! et sauvez-nous, parce que nous
n’avons attendu
que vous, et nous n’avons espéré
notre affranchissement et
notre délivrance
que de vous seul. Venez donc,
et pourvoyez à notre
disette ; changez notre
complainte en joie, et soyez notre
secours et notre salut.
Venez, ô corps
très digne et béni,
qui est venu de la Vierge pure et
immaculée.
Mon Fils a entendu ces deux voix
de deux villes, savoir,
du ciel et de
l’enfer : c’est pourquoi, étant
saisi de compassion, il
ouvrit, par sa
passion très amère
et par l’effusion de son sang, la porte
de l’enfer, et
délivra ses amis ; il ouvrit
le ciel, réjouissant tous les
anges ; il y mit
ceux qu’il avait délivrés
des limbes. Pensez à toutes ces
choses, ma fille,
et ayez-les toujours devant les
yeux.
Chapitre 55
Jésus-Christ est comparé
à un puissant seigneur qui édifie
une grande cité
et un très beau palais,
par lesquels sont signifiés
l’Église et le monde.
Comment les juges et les défenseurs,
et ceux qui
travaillent en l’Église
de
Dieu, sont changés en
un méchant arc.
Jésus-Christ disait : Je suis
semblable à un puissant
seigneur qui, édifiant
une cité, la nomme de son
nom propre, puis bâtit un palais
dans cette cité,
où il y avait diverses demeures
pour serrer les choses
nécessaires. Ce
palais étant bâti et
toutes ses affaires disposées, il
range son peuple en
trois parties et le met par ordre.
Mes voies, dit-il, sont dans les
lieux et dans les
demeures les plus
éloignées. Travaillez
courageusement pour mon honneur,
car je vous ai
ordonné et assigné
les choses qui vous sont nécessaire et
ce qui est de
votre vivre. Vous aurez des
juges qui vous jugeront ;
vous aurez des
défenseurs qui vous défendront
de vos ennemis. Je vous ai
aussi constitué
des personnes pour travailler, qui
vous nourriront, et me
payeront de leur
travail la dixième partie,
qu’ils réserveront à mon
honneur et utilité. Mais
quelque temps s’étant écoulé,
le nom de la cité s’est
oublié, et alors les
juges ont dit : Notre maître
et seigneur s’en est allé en
des lieux fort
éloignés. Rendons
un jugement droit, et faisons la
justice, afin que nous
ne soyons pas repris lorsqu’il sera
de retour, mais que
nous en remportions
de l’honneur et de la bénédiction.
En même temps, les
défenseurs dire :
Notre maître et seigneur se
confie en nous et nous a
laissé la garde de sa
maison ; abstenons-nous donc de
trop boire et de trop
manger, de peur que
nous ne soyons inaptes au combat
; abstenons-nous aussi du
sommeil
désordonné, de crainte
que nous ne soyons déçus à
l’improviste et faute
d’avoir été sur nos
gardes ; soyons bien armés et veillons
continuellement,
de peur que nous ne soyons prêts
quand nos ennemis
viendront pour nous
assaillir, car l’honneur de notre
maître est en nous, et
le salut de son
peuple dépend entièrement
de nous.
Alors aussi ceux qui travaillent
dirent : C’est la plus
grande gloire de
notre maître et seigneur,
et la récompense qu’il nous
garde est glorieuse.
Travaillons donc vaillamment, et
donnons-lui non seulement
la dixième partie
de notre labeur, mais offrons-lui
tout ce qui sera
superflu à notre vie, car
notre récompense sera d’autant
plus glorieuse qu’il verra
que notre charité
sera fervente.
Après ces choses, derechef,
quelque temps se passant, le
maître de la cité
et du palais a été
mis en oubli ; et alors les juges
dirent en eux-mêmes :
Notre maître demeure longtemps
en son voyage ; nous ne
savons s’il reviendra
ou non ; jugeons donc selon notre
volonté, et faisons ce
que nous trouverons
bon de faire.
Après, les défenseurs
dirent : Nous sommes bien insensés,
attendu que nous
travaillons, et nous ne savons quelle
récompense nous en
aurons : faisons
plutôt paix et alliance avec
nos ennemis, et nous
dormirons et boirons avec
eux, et nous n’aurons point de souci
de savoir quels
auront été nos ennemis.
Puis ceux qui travaillent dirent
: Pourquoi gardons-nous
pour un autre notre
or, notre trésor, et nous
ne savons pas qui est celui qui
l’emportera après
nous ? Il vaut mieux donc que nous
nous en servions
nous-mêmes et que nous
en disposions à notre volonté
; certes, donnons-en la
dixième partie aux
juges ; quand ils seront apaisés
et adoucis, nous pourrons
faire ce que nous
voudrons.
Vraiment, je suis semblable à
ce puissant seigneur, dit la
Sagesse infinie :
je me suis édifié
une cité, c’est-à-dire le monde, où j’ai
bâti mon palais,
c’est-à-dire, mon Église.
Le nom du monde a été ma divine
sagesse, parce
que, dès le commencement,
il a eu ce nom, d’autant qu’il
était fait par ma
main toute-puissante et par ma sagesse
infinie. Ce nom
était profondément
révéré et honoré
de tous, et Dieu était loué
merveilleusement, publié
et
annoncé par ses créatures,
à cause de l’insondable abîme
de ma sagesse.
Mais maintenant, le nom de la cité
est déshonoré et
changé, et on a joint à
elle un nom nouveau, c’est-à-dire,
l’humaine sagesse ; car
les juges, qui
auparavant jugeaient en la justice
et en la crainte du
Seigneur, sont
maintenant changés et convertis
en superbe, et trompent
les hommes simples.
Ils désirent d’être
éloquents afin d’obtenir la louange
des hommes ; ils
disent des choses qui plaisent à
l’oreille des auditeurs,
afin d’avoir de la
faveur et du support ; ils sèment
des paroles douces et
emmiellées, afin
d’être appelés doux
et débonnaires ; ils reçoivent des
présents et
pervertissent le jugement ; ils
sont sages pour leur
profit temporel et pour
leur propre volonté, mais
ils sont muets à ma louange ;
ils marchent sur le
pied des simples et les rendent
muets ; ils étendent leur
convoitise sur
tous, et d’une bonne cause, ils
en font une mauvaise.
Maintenant, cette
sagesse est aimée et chérie,
mais la mienne est mise en
oubli.
Or, les défenseurs de l’Église,
qui en sont les gardiens
et les soldats,
voient mes ennemis et les persécuteurs
de mon Église, et
le dissimulent ;
ils entendent les paroles de reproches
qu’ils me font, et
ne s’en soucient
pas ;ils entendent et sentent les
œuvres de ceux qui
contreviennent à mes
commandements, et toutefois, ils
le supportent patiemment
; ils regardent
tous les jours ceux qui commettent
librement tous les
péchés mortels, et
n’en sont point touchés ;
mais ils dorment et conversent
avec eux, et par
serment, ils se lient à leur
compagnie. Mais ceux qui
travaillent (qui sont
tout une communauté), rejettent
mes commandements,
retiennent mes dons et
mes décimes ; ils offrent
des dons à leurs juges pour les
corrompre, et leur
portent de l’honneur, afin qu’ils
les trouvent faciles et
bienveillants.
Vraiment, je puis dire hardiment
que le glaive de ma
colère et de mon église
est méprisé dans le
monde, et qu’à sa place, on a pris
l’argent.
Chapitre 56
Sentence que Notre Seigneur prononce
contre telles
personnes. Comme Dieu
soutient les méchants
pour quelque temps, à cause des
bons.
Moi, la Sagesse éternelle,
je viens de vous dire que le
glaive de mon Église
était mépris, et qu’à
sa place on a pris la bourse
d’argent qui, d’une part,
est ouverte, et de l’autre, est
tellement profonde, que
tout ce qui y entre
ne touche jamais le fond et qu’elle
n’est jamais remplie.
Ce sac, c’est la
convoitise qui surpasse toute règle
et mesure, et a eu
tant de force et de
vertu, que le Seigneur en étant
méprisé, on ne désirait
rien autre chose que
l’argent et la propre volonté.
Mais toutefois, je suis
comme le Seigneur,
qui est Père et juge, à
qui les assistants disent,
lorsqu’il va au jugement
: Seigneur, précipitez vos
pas, hâtez-vous et jugez. Le
Seigneur leur
répondit : Attendez jusqu’à
demain, parce que d’aventure
mon fils se
corrigera encore derechef. Or, venant
le jour suivant, le
peuple lui dit :
Avancez-vous, Seigneur, et jugez
les coupables. Jusques à
quand
différerez-vous le jugement
? Le Seigneur leur répondit :
Attendez encore un
peu pour voir si mon fils ne se
corrigera point, et alors,
s’il ne revient à
lui et s’il ne se corrige, je ferai
ce qui est juste. De
même, je souffre
patiemment l’homme jusqu’au dernier
point, parce que je
suis Père et juge.
Mais toutefois, parce que ma justice
est immuable, et bien
qu’elle soit
différée longtemps,
toutefois, ou je punirai les pécheurs,
s’ils ne se
corrigent point, ou je ferai miséricorde
à ceux qui se
convertissent.
Je vous ai déjà dit
que j’ai divisé le peuple en trois
parties, savoir : en
juges, en défenseurs et en
personnes de travail. Certes,
ces juges ne
signifient autre chose que les clercs,
qui ont converti la
divine sagesse en
une vanité d’espérance.
Ces clercs ont coutume de faire
comme ceux qui
entendent beaucoup de paroles, les
mettent et assemblent
en peu, et ce peu
signifie autant que toutes ensemble.
De même les clercs
de ce temps ont
reçu mes commandements et
les ont mis et colligés en une
parole. Que veut
dire cette parole : Étendez
la main et donnez de l’argent
? C’est là leur
sagesse, que de parler avec des
paroles choisies et hors
du commun, et de
faire mal ; et sous prétexte
de faire quelque chose pour
mon service, ils
agissent méchamment contre
moi. Enfin ceux-là, à cause
des présents,
endurent librement les pécheurs
en leurs péchés, et ils
précipitent les
simples par leur exemple dépravé.
De plus, ils haïssent
ceux qui marchent
par ma voie ; secondement, les défenseurs
de l’Église,
c’est-à-dire, les
gardiens, qui sont infidèles,
parce qu’ils ont rompu et
faussé leur promesse
et leur serment, tolérant
et souffrant librement ceux qui
péchaient contre
la foi de mon Église et la
constitution. En troisième
lieu, les personnes de
travail, c’est-à-dire, la
communauté, sont comme les
taureaux indomptés qui
ont trois choses : 1° ils fouissent
la terre avec leurs
pieds ; 2° ils se
remplissent jusqu’à ce qu’ils
soient saouls ; 3° ils
mettent en effet leur
volupté selon leur désir
: de même la communauté ne se
remplit maintenant
que de toutes sortes d’affections
temporelles ; elle se
remplit par la
gourmandise immodérée
et de la vanité du monde ; elle
accomplit sans raison
la délectation de sa chair.
Mais bien que j’aie plusieurs ennemis,
toutefois, parmi
eux, j’ai beaucoup
d’amis, bien qu’ils soient cachés.
Comme il est dit
d’Élie, qui pensait
qu’il ne m’était resté
aucun ami que lui seul, j’ai dit :
Il y a sept mille
hommes qui ne fléchissent
point les genoux devant Baal :
de même, bien que
j’aie plusieurs ennemis, j’ai toutefois
parmi eux
plusieurs amis occultes
qui pleurent tous les jours, voyant
que mon nom est
méprisé et que mes
ennemis l’aient prévalu :
c’est pourquoi, à cause de leurs
prières, comme un
roi bon et charitable qui sait les
œuvres méchantes de sa
cité, tolère et
supporte patiemment les habitants,
et envoie des lettres à
ses amis, les
avertissant de leur péril,
de même j’envoie mes paroles à
mes amis, qui ne
sont pas aussi obscures que l’Apocalypse,
laquelle j’ai
montrée avec
obscurité à saint
Jean, afin qu’en son temps, lorsque je
le trouverais à
propos, elle fût expliquée
et déclarée par mon Esprit ; et
elles ne sont pas
tellement cachées qu’elles
ne doivent être annoncées,
comme ce que saint
Paul voyait de mes mystères,
desquels il n’était loisible
de parler ; mais
elles sont si claires et si manifestes,
que tous, petits
et grands, les
entendent ; elles sont si faciles,
que tous ceux qui
veulent y porter leur
esprit, peuvent les comprendre.
Donc, que mes amis annoncent mes
paroles à mes ennemis,
afin que si
d’aventure ils se convertissent
et qu’ils connaissent leur
péril et leur
jugement, ils se repentent de leurs
faits, autrement, le
jugement de la cité
se donnera ; et de même qu’un
mur s’écroule, lorsqu’on n’y
laisse pierre sur
pierre, et qu’au fondement deux
pierres ne se trouvent
jointes ensemble, de
même il en arrivera à
la cité misérable, c’est-à-dire, au
monde. Mais les
juges brûleront d’un feu très
ardent. Or, il n’y a pas de
feu plus ardent
que celui qui est nourri par quelque
graisse. Ces juges
ont été gras et
replets, parce qu’ils ont eu plus
d’occasion d’accomplir
leur volonté que
pas un ; ils surpassaient de beaucoup
les autres en
honneurs et en abondance
des choses temporelles ; ils abondaient
aussi plus que les
autres en malice
et en iniquité. Partant,
ils brûleront dans des flammes
très ardentes, mais
les défenseurs seront pendus
en un infâme et haut gibet.
Certes, le gibet est composé
de deux pièces de bois, c’est
leur peine très
cruelle, qui est composée
comme de deux pièces : la
première est qu’ils
n’espéraient pas que mon
prix fût éternel et infini, et
qu’ils ne
travaillaient pas pour l’acquérir.
La seconde pièce est
qu’ils se défiaient
sans sujet de ma puissance et de
ma bonté, et disaient que
je ne pouvais pas
toutes choses ; et si je les pouvais,
que je ne leur
voulais donner et
départir toutes choses suffisamment.
Mais la pièce qui
est en travers,
c’est leur conscience dépravée,
fondée en ce que, sachant
certainement le
bien, ils faisaient le mal, et n’avaient
point de honte de
le faire contre
leur conscience, qui s’y opposait.
Or, la corde du gibet,
c’est le feu
éternel, qui ne s’éteint
jamais ; et ils seront, comme des
traîtres, remplis
de confusion ; et ils éprouveront
des supplices
insupportables, d’autant
qu’ils ont été infidèles.
Ils entendront des opprobres et
des injures,
parce que mes douces et attrayantes
paroles leur ont
déplu. Malheur sera
en
leur bouche, d’autant que leur honneur
propre leur a été
doux et agréable.
Les corbeaux vivants, c’est-à-dire,
les diables cruels,
les déchireront et
les mettront en lambeaux sur ce
gibet ; et ces diables ne
se lasseront
jamais, bien qu’ils les aient mis
en pièces. Les pendus
vivront sans fin,
et sans fin les bourreaux vivront
pour les tourmenter. Là
sera le plus
grand des malheurs, qui ne finira
jamais, une misère sans
miséricorde, qui
ne s’adoucira jamais. Malheur
à eux d’avoir vécu dans le
monde ! Malheur à
eux parce que leur vie a été
prolongée !
En troisième lieu, la justice
de ceux qui travaillent est
semblable à celles
des taureaux, qui ont une peau et
une chair très dure :
c’est pourquoi leur
jugement est un fer très
aigu. Ce fer, c’est la mort
horrible et effrayante
de l’enfer, laquelle tourmentera
ceux qui m’ont méprisé,
et qui, au lieu de
me chérir et d’obéir
à mes commandements, ont aimé leur
propre volonté.
L’Écriture donc, c’est-à-dire,
ma parole est écrite, que
mes amis
travaillent, afin qu’ils viennent
sagement et discrètement
à mes ennemis,
pour voir si par hasard ils veulent
les entendre et se
corriger. Or, si
quelques-uns, après avoir
entendu mes paroles, disent :
Attendons encore un
peu ; le temps n’est point encore
venu ; l’heure n’est pas
arrivée ; je jure
en ma Divinité, qui a chassé
Adam du paradis, qui a envoyé
à Pharaon dix
plaies, je jure que je viendrai
à eux plus tôt qu’ils ne
pensent. Je jure
en mon humanité, que j’ai
prise sans péché pour le salut
des hommes, dans le
sein de la Vierge, humanité
dans laquelle j’ai eu des
tribulations en mon
cœur et en ma chair, j’ai enduré
la peine et souffert la
mort pour la vie
des hommes, et dans laquelle je
suis ressuscité, je suis
monté au ciel, et
me suis assis, vrai Dieu et vrai
homme en une personne, à
la droite de mon
Père, je jure que j’accomplirai
mes paroles. Je jure en
mon Esprit, qui a
été envoyé
le jour de la Pentecôte sur les apôtres, et les
a enflammés afin
qu’ils parlassent toute sorte de
langues, que, s’ils ne
reviennent à moi
avec amendement, comme des serviteurs
fragiles, je me
vengerai sur eux en ma
colère et en mon indignation.
Alors, malheur sera sur
eux, en leur corps et
en leur âme ! Malheur à
eux, d’autant que j’ai vécu dans
le monde, et qu’ils
y sont venus et y ont vécu
sans m’imiter ! Malheur à eux,
d’autant que leur
plaisir a été petit
et vain ! Mais leur tourment sera
perpétuel ; ils
sentiront à cette heure-là
ce qu’ils dédaignent de croire
maintenant ; ils
verront que mes paroles ont été
des paroles de charité.
Alors, ils
entendront que je les ai avertis
comme père et qu’ils
n’ont pas voulu
m’écouter. S’ils ne
veulent de bon cœur ajouter foi à ces
paroles, qu’ils y
croient à tout le moins par
œuvres lorsqu’ils viendront.
Chapitre 57
Paroles de Notre Seigneur à
son épouse sainte Brigitte.
Comment il est,
dans les âmes des chrétiens,
une viande abominable et
méprisée ; et au
contraire, comment le monde se
plaît aux mauvaises œuvres
et les aime. Du
jugement terrible rendu contre
telles personnes.
Le Fils de Dieu parlait à
l’épouse sainte Brigitte, disant
: Les chrétiens
me font maintenant ce que les Juifs
m’ont fait. Ceux-là
m’ont jeté hors du
temple, et ils avaient une parfaite
volonté de me faire
mourir ; mais parce
que mon heure n’était pas
encore venue, je me suis échappé
de leurs mains.
Les chrétiens m’en font maintenant
de même : ils me
jettent hors de leur
temple, c’est-à-dire, de
leur âme, qui devrait être mon
temple, et me
feraient volontiers mourir, s’ils
pouvaient. Je suis en
leur bouche comme
de la chair pourrie et puante, et
je leur semble comme un
homme qui dit des
mensonges ; et ils ne se soucient
pas de moi ; ils me
tournent le dos ; et
moi je leur tournerai le derrière
de la tête, parce qu’il
n’y a en leur
bouche que cupidité et convoitise.
En leur chair, ils
s’adonnent comme des
juments à la luxure puante.
Seule, la superbe a pris lieu
et place en leur
ouïe. En leur vue, ils
prennent plaisir et se délectent
grandement aux
choses du monde, mais ma passion
et ma charité leurs sont
abominables, et ma
vie leur est insupportable.
A cette cause, je ferai comme cet
animal qui a plusieurs
tanières, lequel,
après avoir été
poursuivi en une par les chasseurs,
s’enfuit en l’autre :
j’en ferai de même, parce
que les chrétiens me poursuivent
par mauvaises
œuvres, et me mettent hors de la
tanière de leur cœur.
Pour cela, je veux
entrer dans le cœur des païens,
en la bouche desquels je
suis maintenant
amer et sans goût, où
je serai plus doux que le miel.
Néanmoins, je suis
encore tellement miséricordieux
que quiconque me demandera
pardon et dira :
Seigneur, je connais que j’ai grièvement
péché. Je veux
librement me
corriger par votre grâce.
Ayez pitié de moi, par le
mérite de votre amère
passion : je le recevrai joyeusement.
Mais ceux qui
persisteront en leur
mal, je viendrai à eux comme
un géant armé de trois
choses, savoir : la
frayeur, la force et la rigueur.
Je viendrai aux
chrétiens, tellement
épouvantable, qu’ils n’oseront
pas même mouvoir contre moi
leur petit doigt
; je viendrai tellement fort qu’ils
succomberont et seront
comme culbutés
devant moi ; en troisième
lieu, je viendrai à eux
tellement rigoureux,
qu’ils sentiront leur malheur dès
à présent et
éternellement.
Chapitre 58
Paroles de la Mère de Dieu
à l’épouse. Doux colloque de
la Mère et du Fils.
Comme Jésus-Christ
est amer, plus amer, très amer aux
méchants, et comme
il est doux, plus doux, très
doux aux bons.
La Mère de Dieu disait à
l’épouse sainte Brigitte :
Considérez, ô épouse
nouvelle, la passion très
douloureuse de mon Fils, passion
qui a passé en
amertume celle de tous les saints
; car tout ainsi qu’une
mère serait très
cruellement troublée, si
elle voyait son fils vif, j’étais
de la sorte
troublée en la passion de
mon Fils, ayant vu toute son
amertume.
Et puis, elle parlait à son
Fils, disant : Vous, soyez
béni, ô mon Fils,
parce que vous êtes saint,
comme on le chante : Saint,
saint, saint, le
Seigneur, Dieu des armées
! Vous, soyez béni, parce que
vous êtes, non
seulement doux, plus doux, mais
très doux ! Vous étiez
saint au-delà du
monde et avant l’incarnation, saint
en l’incarnation et
saint après
l’incarnation. Vous avez aussi
été doux avant la création
du monde, plus
doux que les anges, et m’avez été
très doux en
l’incarnation.
Son Fils lui répondit, disant
: Ma Mère, vous, soyez bénie
par-dessus tous
les anges, car ainsi que vous avez
dit maintenant que j’ai
été très doux,
de
même je suis aux mauvais,
non seulement amer, plus amer,
mais très amer. Je
suis amer à ceux qui disent
que j’ai créé plusieurs choses
sans causes, qui
blasphèment et disent que
j’ai créé l’homme pour la mort
et non pour la vie.
O misérable et folle
pensée ! N’est-il pas vrai que je
suis très juste et
très vertueux ? et toutefois,
ils disent que j’ai créé les
anges sans raison
! Si j’eusse créé
l’homme pour la mort, l’eussé-je enrichi
et orné avec une
si grande bonté ? Certes,
j’ai fait toutes choses bien et
en considération
de ma charité. J’ai
donné à l’homme tout le bien qui se
pouvait désirer,
mais il change et tourne ce bien
en mal, non que j’aie
fait quelque chose
mal, mais parce que l’homme meut
autrement sa volonté que
selon l’ordonnance
et disposition divine. Mais
je suis plus amer à ceux qui
disent que j’ai
donné le libre arbitre pour
pécher, et non pour faire du
bien ; qui disent
que je suis injuste, parce que je
justifie les uns et
réprouve les autres ;
qui mettent la faute sur moi, de
ce qu’ils sont méchants,
parce que je
retire d’eux ma grâce.
Mais je suis très amer à ceux qui
disent que ma loi
et que mes commandements sont très
difficiles et que
personne ne les peut
accomplir ; qui disent que ma passion
ne leur a servi ni
profité de rien,
c’est pourquoi ils n’en font aucun
état. Partant, je jure
par ma vie, comme
je jurais autrefois par mes prophètes,
que je m’excuserai
devant les anges
et en la présence de tous
les saints, lesquels prouveront
à ceux à qui
je
suis amer, que j’ai créé
toutes choses bien à propos et
avec raison, pour
l’utilité et la science de
l’homme, que même un petit ver
ne subsiste pas
sans cause. Or, ceux qui me
tiennent plus amer
approuveront que j’ai
sagement donné aux hommes
le libre arbitre pour le bien.
Ils savent aussi
que je suis juste, moi qui donne
à l’homme bon et pieux le
royaume éternel,
et à l’homme méchant,
l’éternel supplice. Car il ne
serait pas à propos que
le diable, qui a été
créé bon par moi et qui est tombé par
sa malice, eût
compagnie avec le bon. Les
méchants prouveront aussi que
ce n’est pas par
ma faute qu’ils sont méchants,
mais à raison de leur
propre malice ; car
s’il était possible, je prendrais
librement une telle
peine pour chaque
homme en particulier, telle que
j’ai reçue une fois sur la
croix pour tous
les hommes en général,
et cela, afin qu’ils revinssent à
l’héritage promis.
Mais l’homme a toujours sa volonté
contraire à la mienne,
lui à qui pourtant
j’ai donné la liberté
de me servir ou de ne me servir pas
; que s’il voulait
me servir, il aurait une récompense
éternelle, mais que,
s’il ne voulait
pas, il aurait un supplice éternel
avec le diable difforme
et horrible, la
malice duquel, et le consentement
volontaire qu’il y a
donné, ont été
cause
que l’enfer a été
justement fait. Certes, d’autant que je
suis très
charitable, je ne veux pas que l’homme
me serve par
crainte ou contrainte,
comme l’animal irraisonnable, mais
je veux qu’il me serve
par ma divine
charité, parce qu’une personne
qui me sert à regret ne
peut voir ma face à
cause de la peine. Or, ceux
auxquels je suis très amer
verront en leur
conscience que ma loi a été
très facile et mon joug très
suave, et seront
fâchés d’avoir méprisé
ma loi, de lui avoir préféré le
monde, dont le joug
est beaucoup plus lourd et plus
difficile que le mien.
Alors sa Mère lui répondit
: Vous, soyez béni, mon Fils,
mon Dieu et mon
Seigneur ! comme vous m’avez été
très doux, que les autres
soient
participants de ma douceur, je vous
en prie.
Son Fils lui dit : Vous, soyez bénie,
ma très chère Mère !
Vos paroles sont
douces et pleines de charité
: c’est pourquoi votre
douceur servira
grandement quiconque l’aura reçue
en sa bouche et l’aura
goûtée parfaitement
; mais celui qui l’aura reçue
et rejetée, aura un supplice
d’autant plus
amer.
Alors, la Vierge lui répondit
: Vous, soyez béni, mon
Fils, en toute
l’étendue de votre amour
!
Chapitre 59
Paroles de Jésus-Christ
dites en la présence de l’épouse,
lesquelles
expliquent comment Jésus-Christ
est désigné et figuré par
un rustique ;
comment les bons prêtres
sont désignés par un bon pasteur,
les mauvais, par
un mauvais pasteurs, et les bons
chrétiens par une femme.
Il est ici traité
de plusieurs choses utiles.
Je suis la Vérité,
qui n’ait jamais dit un mensonge. Je
suis regardé dans
le monde comme un rustique méprisable
; mes paroles sont
censées fade, et ma
maison est regardée comme
une vile loge.
Un rustique eut une femme qui ne
voulut jamais rien que
selon la volonté de
son mari ; tout ce qu’elle avait,
elle le possédait en
commun avec lui, et
elle l’a regardé et honoré
toujours comme son seigneur,
lui obéissant en
tout comme à son maître.
Cet homme rustique eut aussi plusieurs
brebis, pour la
garde desquelles il
loua un pasteur à cinq écus
de gages, afin qu’il eût ce
qui était nécessaire
à sa vie, d’autant que ce
pasteur était bon, usait de l’or
pour le seul
profit, et des vivres pour les nécessités
de sa vie.
Après ce pasteur quelque temps
s’étant écoulé, vint un
autre pasteur, qui
était plus méchant
que lui, qui acheta avec l’or une
femme, à laquelle il
apporta tous ses vivres, prenant
continuellement ses
plaisirs avec elle, ne
se souciant pas des brebis, qui
furent misérablement
éparses çà
et là par la
cruauté des bêtes farouches.
Alors le rustique, voyant ses brebis
égarées s’écria et
dit : Mon pasteur
m’est infidèle ; mes brebis
sont toutes dispersées çà et
là, quelques-unes
dévorées, et j’ai
perdu leurs corps et leur laine par les
bêtes farouches ;
quelques autres sont mortes, mais
leurs corps n’ont pas
été dévorés.
Alors la femme dit à son mari
: Il est certain que nous
n’aurons jamais les
corps qui ont été
mangés ; portons donc à la maison les
corps qui sont
demeurés entiers, et servons-nous
en, bien qu’ils soient
morts, car il nous
serait intolérable d’être
frustrés de tout.
Le mari lui répondit : Que
ferons-nous ? car les animaux
qui les ont tuées
ont leurs tents envenimées
; leurs corps sont infectés
d’un poison mortel ;
la peau en est corrompue, la laine
entassée en un monceau.
La femme repartit : Si tout est infecté,
tout est ôté. De
quoi vivrons-nous
?
Le mari répliqua : Je vois
en trois lieux des brebis
vivantes ;
quelques-unes sont comme mortes,
qui n’osent respirer de
crainte ; quelques
autres sont dans le bourbier profond
et ne peuvent en
sortir ; quelques
autres sont dans des tanières,
et elles n’osent en sortir.
Venez donc, ma
femme, aidons à sortir celles
qui s’efforcent, et qui ne
le peuvent sans
secours, et servons-nous d’elles.
Je suis ce rustique seigneur, qui
suis réputé des hommes
comme celui qui est
curieusement nourri en son lit,
conformément à ses
manières et à ses
mœurs.
Mon nom est la disposition de la
sainte Église : elle est
réputée vile,
attendu qu’elle reçoit comme
par dérision les sacrements,
le Baptême,
l’Ordre, l’Extrême-Onction,
la Pénitence et le Mariage, et
les donne aux
autres par ambition. Mes paroles
sont estimées comme des
fadaises, d’autant
que j’usais de similitudes sensibles
pour faire entendre
les choses
spirituelles. Ma maison leur
semble méprisable, parce
qu’on aime et qu’on
choisit les choses terrestres pour
les choses célestes.
Par ce premier pasteur que j’ai eu,
j’entends les prêtres
qui sont mes amis,
que j’ai eus autrefois dans mon
Église : car par le mot
qui est au
singulier, j’entends plusieurs.
A ceux-ci j’ai commis mes
brebis,
c’est-à-dire, le pouvoir
de consacrer, de gouverner et de
défendre les âmes
de mes élus, auxquels aussi
j’ai donné cinq biens plus
précieux que l’or,
savoir : 1° l’esprit de discerner
le bien du mal, le vrai
du faux, et de
connaître tout ce qui est
irraisonnable ; 2° je leur ai
donné
l’intelligence, la sagesse des choses
spirituelles, qui
est maintenant en
oubli, et la sagesse humaine est
aimée en son lie ; 3° je
leur ai donné la
chasteté ; 4° je leur
ai donné la tempérance en toutes
choses, et
l’abstinence, pour modérer
et pour retenir le corps ; 5°
je leur ai donné la
stabilité dans les bonnes
mœurs, dans les paroles et dans
les œuvres.
Après ces pasteurs, qui étaient
mes amis et qui étaient
autrefois dans mon
Église, d’autres s’y sont
maintenant glissés, qui, au lieu
de l’or de la
chasteté, ont acheté
une femme ; et au lieu de ces cinq
dons, ils ont épousé
un corps efféminé,
c’est-à-dire, l’incontinence, à raison
de quoi mon Esprit
s’est retiré d’eux.
Car quand ils ont assouvi les désirs
du péché et
satisfait pleinement leurs voluptés
infâmes, mon Esprit se
retire d’eux,
attendu qu’ils ne se soucient pas
du dommage que mon
bercail souffre, pourvu
qu’ils puissent se plonger et se
vautrer dans leurs sales
voluptés.
Or, les brebis qui sont entièrement
dévorées, sont celles
dont les âmes sont
en enfer et les corps dans les sépulcres,
attendant la
résurrection pour
être damnés avec les
âmes. Mais les brebis dont l’esprit
s’en est allé et
dont le corps demeure, ce sont celles
qui ne m’aiment ni
ne me craignent,
qui n’ont ni soin ni dévotion.
De ceux-là mon Esprit est
grandement éloigné,
car leur chair, étant déchirée
par les dents envenimées
des bêtes, et tout
empoisonnée, c’est-à-dire,
leur âme et les pensées de leur
âme désignées
par
la chair et par les intestins des
brebis, m’est tellement
amère et
abominable, que je ne me puis non
plus plaire en eux qu’en
une chair
envenimée. Leur peau,
c’est-à-dire, leurs corps est aride
et sec à tout
bien, à tout amour, et ne
sert à mon royaume pour autre
usage que pour jeter
dans le feu éternel après
le jour du jugement. Leur
laine, c’est-à-dire,
leurs bonnes œuvres sont partout
inutiles, de sorte qu’on
ne trouve en elles
rien qui soit digne de ma grâce
ni de mon amour.
Qu’est-ce donc, ô ma femme,
c’est-à-dire, ô bons chrétiens
? Que ferons-nous
? Je vois en trois lieux des brebis
vivantes :
quelques-unes sont semblables
aux mortes, qui de crainte n’osent
respirer : celles-là
sont les Gentils,
qui voudraient librement avoir une
foi droite, s’ils en
savaient la manière,
mais ils n’osent respirer, c’est-à-dire,
n’osent
abandonner la foi qu’ils
ont ni prendre la foi droite.
Les autres sont des brebis
qui sont dans les
tanières et n’osent sortir
: celles-là sont les Juifs qui
sont comme sous
des voiles, d’où ils sortiraient
librement s’ils savaient
que je fusse né.
Or, ils se cachent comme sous des
voiles, d’autant qu’ils
attendent leur
salut dans les figures et dans les
signes qui prédisaient
autrefois ce qui
est maintenant accompli. Et
à raison de cette vaine
espérance, ils
craignent de venir à la vraie
et droite voie. En
troisième lieu, les brebis
qui sont plongées dans le
bourbier, ce sont les chrétiens
qui sont en péché
mortel, car ceux-là, pour
la crainte du supplice, en
sortiraient librement,
aidés par ma grâce
; mais ils ne le peuvent, à cause de la
gravité de leurs
péchés, et parce qu’ils
n’ont point d’amour pour moi.
Donc, ô bons chrétiens,
aidez-moi, car comme la femme et
le mari ne sont
qu’une chair, de même le chrétien
et moi ne sommes qu’un,
d’autant que je
suis en lui et qu’il est en moi.
Partant, ô femme,
c’est-à-dire, ô bons
chrétiens, courez avec moi
à ces brebis qui ont encore la
vie ; tirons-les
de là, et fomentons-les par
l’amour. Compatissez avec
moi, car je les ai
achetées fort chèrement
; recevez-les avec moi, et moi
avec vous, vous sur
le dos, moi sur la tête, et
ainsi je les conduirai
joyeusement entre mes
mains. Je les ai portées
une fois sur mon dos, quand
j’étais tout blessé,
lié et attaché à
la croix. O mes amis, j’aime si
tendrement mes brebis,
que, s’il était possible,
j’aimerais mieux mourir autant
de fois pour
chacune d’elles de la mort que je
souffris sur la croix
pour la rédemption
de toutes, que d’en être privé.
Je crie à mes amis qu’ils
ne s’épargnent
point, mais qu’ils travaillent pour
l’amour de moi ;
qu’ils fassent de
bonnes œuvres. Que si on vomissait
contre moi des
opprobres et des
calomnies, pendant que j’étais
au monde, lorsque je disais
la vérité, qu’eux
aussi ne cessent de dire la vérité
pour moi. Je n’ai pas
eu honte de subir,
pour l’amour d’eux, une mort ignominieuse
: j’étais nu
devant les yeux de
mes ennemis comme le jour où
je naquis ; je fus frappés
aux dents d’un coup
de poing ; je fus tiré par
les cheveux ; je fus frappé de
leurs fouets ; je
fus attaché au bois par leurs
clous et par leurs
instruments, et fus pendu
en la crois avec les larrons.
Ne vous épargnez donc pas,
ô mes amis, puisque l’amour m’a
tant fait
souffrir pour vous. Travaillez
généreusement, et aidez
aux brebis
souffreteuses et indigentes.
Je jure par mon humanité que
je suis en mon
Père et que mon Père
est en moi, et par ma Divinité, qui
est en mon Esprit,
et l’Esprit en elle, et le même
Esprit en moi et moi en
lui, et ces trois un
Dieu en trois personnes, que tous
ceux qui travailleront
et porteront avec
moi mes brebis, j’irai au-devant
d’eux au milieu du chemin
pour les
secourir, et je leur donnerai une
récompense très
précieuse, c’est-à-dire,
moi-même en joie éternelle.
Chapitre 60
Paroles du Fils de Dieu à
son épouse, par lesquelles il
traite de trois
sortes de chrétiens, préfigurés
par les Juifs qui étaient
en Égypte, et
comment il faut publier et prêcher
ce qui a été révélé à
cette épouse, aux
amis de Dieu qui les ignorent.
Le Fils de Dieu parlait à
son épouse, disant : Je suis le
Dieu d’Israël et
celui qui parlait avec Moïse,
quand il était envoyé à mon
peuple. Il
demanda un signe, disant : Autrement
on ne me croira pas.
S’il était envoyé
au peuple de Dieu, pourquoi se défiait-il
? Mais vous
devez savoir qu’en ce
peuple, il y avait trois sortes
de personnes.
Quelques-uns croyaient à
Dieu
et à Moïse ; les autres
croyaient à Dieu et se défiaient
de Moïse, pensant
que Moïse peut-être ne
présumât de dire et de faire telles
choses, poussé à
cela par vanité ou de sa
propre invention. Les derniers
ne croyaient ni à
Dieu ni à Moïse ; et
de la sorte, il y a entre les
chrétiens trois sortes de
personnes marquées par les
Hébreux : quelques-uns croient
à Dieu et à mes
paroles. Les autres croient
à Dieu, mais ils se défient
de mes paroles,
attendu qu’ils ne savent discerner
le bon du mauvais
esprit. Ceux qui sont
de la troisième sorte ne
croient ni à moi ni à vous, bien
que je leur aie
parlé. Mais comme j’ai
dit, bien que quelques Hébreux se
défiassent de
Moïse, néanmoins, tous
passèrent la mer Rouge avec lui et
allèrent au
désert, où ceux qui
s’en défiaient honoraient les idoles,
et provoquèrent
l’ire et l’indignation de Dieu ;
et partant, ils furent
consommés par une
mort misérable. Mais
ce malheur ne fut commis que par
ceux qui avaient une
mauvaise foi ; et d’autant que l’esprit
humain est tardif
à croire, mon ami
transporta ma parole à ceux
qui croyaient, et eux
s’épandirent après
en ceux
qui ne savent discerner le bon esprit
du mauvais. Que si
les auditeurs
demandent quelque signe, qu’on leur
montre la verge, comme
le fit jadis
Moïse, c’est-à-dire,
qu’on leur explique mes paroles : car
comme la verge de
Moïse était droite et
terrible, parce qu’elle se changeait
en serpent, de
même mes paroles sont vraies,
et il ne se trouve en elles
aucune fausseté ;
elles sont terribles, d’autant qu’elles
portent un
jugement droit et
équitable ; qu’ils leur proposent
et certifient que le
diable s’est retiré
de la créature de Dieu à
sa seule parole, le diable est si
fort que, si je
ne le retenais, il pourrait changer
les montagnes. Quelle
était alors la
puissance que Dieu lui permettait
? Quelle qu’elle fût, il
s’enfuyait à sa
seule parole. Partant, comme
ces Hébreux qui n’ont ni cru
à Dieu ni à
Moïse, passèrent avec
les autres, comme en le
contraignant, de l’Égypte
en
la terre promise, de même
plusieurs chrétiens vont avec
mes élus comme
contraints, car ils ne se confient
point en ma puissance,
et ne pensent pas
qu’elle les puisse sauver ; ils
ne croient aucunement à
mes paroles ; ils
ont une vaine espérance en
ma vertu. Néanmoins, mes
paroles s’accompliront
sans leur volonté, et ils
seront comme contraints d’être
parfaits, jusqu’à
ce qu’ils arrivent où il
me plaira.
fin du Livre I des Révélations
[apparitions] de Sainte Brigitte de Suède
édition réalisée
par www.JesusMarie.Com et Martin Vandal décembre 2001