Livre 6
Chapitre 11 Manque
par Suzie Daigle et Valérie Pajerski
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La Mère de Dieu parlait à
l'épouse, disant : Je suis la Reine du ciel. Mon Fils vous aime
de tout son cœur. Partant, je vous conseille de n'aimer rien que lui, car
il est si désirable, il est si beau que la beauté des éléments
et de la lumière comparée à son éclat, n'est
qu'ombre, d'où vient que, quand je nourrissais mon fils, je le voyais
être si beau que même ceux qui le regardaient, étaient
soulagés de leurs douleurs
et consolés en leur tristesse.
C’est pourquoi les Juifs disaient, quand ils étaient plongés
en quelque tristesse : Allons voir le Fils de Marie, afin que nous soyons
consolés. Et bien qu’ils ignorassent qu’il fût Fils de Dieu,
néanmoins, ils recevaient une grande consolation de le voir. Son
corps était si pur que jamais vermine ne s’y trouva, car les vermisseaux
rendaient l’honneur et le respect à leur auteur, et il ne se trouva
jamais en ses cheveux aucune crasse, aucun immondice.
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par Valérie Pajerski et SuzieDaigle
II.
Le Fils de Dieu parle à son épouse, disant : Celui qui est maintenant infirme, pour lequel vous priez, a été fort lâche à mon endroit, et toute sa vie a été contraire à la mienne. Mais maintenant, faites-lui dire que, s’il a volonté de s’amender s’il évite la mort, je lui donnerai la gloire. Qu’on l’avertisse donc de s’amender, d’autant que je compatis à lui avec une grande miséricorde.
Or, lorsque ce malade mourait avant
le premier chant du coq, Notre-Seigneur apparut derechef à l’épouse
et lui dit : Considérez combien juste je suis en mon jugement :
celui-ci, qui était infirme, est venu à mon jugement, et
bien qu’à raison de sa bonne volonté, il ait été
jugé à la grâce,
néanmoins, avant qu'il soit entièrement purifié;
son âme endurera en purgatoire un supplice si cuisant, qu'il n'y
a mortel qui le puisse comprendre. Hélas! qu'est-ce que ceux-là
qui ont leurs volontés liées au monde, et ne sont affligés
par aucune tribulations?
par Suzie Daigle
III
Manière dont Sainte Brigitte voyait quelque démon s'enfuyant avec confusion d'un homme qui priait, lequel le démon avait fort troublé par ses tentations, et en quelle manière le bon ange déclare la vision à l'épouse.
L'épouse voyait un démon auprès d'un homme qui priait ; et ayant demeuré là une heure les mains liées, soudain ce démon s'écria d'une voix horrible et épouvantable, et tout confus, se retira de celui qui priait, duquel le bon ange parla à Sainte Brigitte, disant : Ce démon a troublé quelque temps cet homme ; et d'autant qu'il ne l'a pu vaincre, il paraît les mains liées, car cet homme avait généreusement résisté au diable, de sorte que c'était un juste jugement de Dieu que le démon n'ait pu faire ce qu'il voulait. Le démon pourtant a encore quelque attente de la surmonter ; mais à cette heure, il a été vaincu en choses faciles, mais jamais il ne sera surmonté. Or, depuis, la grâce de Dieu de jour en jour, et partant, le démon criait de toutes ses forces, disant qu'il avait perdu celui qu'il avait tant de fois combattues pour le vaincre et le supplanter.
L'homme dont il est parlé en ce chapitre fut un Frère tenté douze ans sur le saint Sacrement, et sur le nom de la Sainte Vierge, qu'il ne pouvait prononcer sans quelque sale pensée. Par les prières de Sainte Brigitte, il fut délivré de la tentation, en telle sorte qu'il ne pouvait se réjouir qu'au jour où il communiait, et le nom de la Sainte Vierge lui fut à l'avenir très doux à la bouche et au cœur.
D'ailleurs, un prêtre, ensorcelé par une enchanteresse, concernant les mauvais désirs charnels, priait Sainte Brigitte de vouloir prier Dieu pour lui, laquelle étant ravie en esprit, ouït : Vous admirez, ô ma fille, pourquoi le diable domine en l'homme : Il fait cela par l'inconstance de la volonté des hommes, comme vous pourrez le voir en ce prêtre qui a été ensorcelé et charmé par une femme.
Sachez donc que cette femme a trois choses, savoir, l'infidélité, l'endurcissement, les désirs et les cupidités de l'argent et de la chair. C'est pourquoi le diable, s'approchant d'elle, lui fournit de la lie amère de son poison. Sachez aussi que la langue de cette femme sera sa fin, ses mains seront sa mort, et le diable sera le conducteur de son testament.
Toutes ces choses arrivèrent de la sorte, car la troisième nuit, cette sorcière fut furieuse, et ayant pris un couteau, elle se frappa en l'aine, criant à la présence et audience de tous : Venez, ô diable ! Suivez-moi. Et soudain, elle finit la vie avec une horrible voix. Mais le prêtre susdit fut affranchi des tentations de la chair, et soudain il entra en religion, où il fit un fruit agréable à Dieu.
par Suzie Daigle
IV
Jésus-Christ dit à l'épouse que tout homme vertueux et sage prêche généreusement les paroles contenues en ce livre, et la grâce aux peuples qui la désirent, ne la refusant tant aux pauvres qu'aux riches, et de cela, il aura Dieu pour prix éternel.
Celui qui a l'or de la sapience divine
est tenu de faire trois choses :
Le distribuer à tous ceux
qui le veulent et à ceux qui ne le veulent pas ;
Il doit être patient et modéré
;
il doit être raisonnable et
équitable en la distribution,
Car l'homme qui a ces excellentes vertus, a mon or, c'est-à-dire, ma sagesse. Qu'y a-t-il en effet de plus précieux entre les métaux que l'or ? De même, en mes écritures, il n'y a rien de si digne que la sagesse. Je remplis de cette sagesse celui pour lequel vous me priez, et partant, il doit :
par Suzie Daigle
V
Ici Notre Seigneur
menace grandement les religieux hypocrites et superbes qui troublent en
se moquant la simplicité des simples et innocents, par les cornes
de médisance et des mauvaises œuvres. Il les avertit néanmoins
pieusement qu'ils se convertissent, et que, sans délai, ils s'adonnent
à la vertu, autrement ils seront punis très grièvement.
Je suis le Créateur de toutes choses, qui ne suis point créé, mais je suis l'auteur des créatures. Il y a longtemps que j'ai détourné mes yeux de ce lieu-ci, à raison de l'iniquité des habitants ; car comme les premiers fondateurs se hâtaient d'aller de vetu en vertu, de même maintenant ces modernes vont de mal en pis ; un chacun tâche de perdre l'autre et se glorifie de son péché. Or, maintenant, les prières de ma Mère très-chère me fléchissent à miséricorde ; mais il demeure encore quelque racine de cett méchante race, comme vous l'entendrez mieux par quelque simitude.
Il y avait un pasteur qui dit à son Seigneur, son Dieu : Mon Seigneur, en votre bercail, il y a peu de brebis, et encore, entre celles-là, il y en a bien peu de douces. Il y a encore des béliers colères qui troublent les bonnes, tête desquels n'est utile à rien ; leur peau est corrompue ; leur chair est pourrie, et leurs intestins sont puants.
Le maître répondit : Que mes brebis douces ne se troublent point ! Je couperai la tête des béliers avec un couteau tranchant ; je leur ôterai la peau, qui ne porte point de laine ; la chair (page 198 ) et les intestins seront jetés aux champs comme pourris et puants, et on les donnera aux oiseaux qui ne savent discerner ce qui est pur de ce qui est impur.
Je suis le Seigneur qui ai en ce lieu des brebis simples, entre lesquelles il y a comme des béliers affreux en leurs cornes, qui, déchirant les brebis, arrachant la laine, et les poussant avec leurs cornes, les jettent à terre : De même eux, se moquant de la simplicité des innocents, les troublent et les jettent par terre avec les cornes de la médisance et des mauvaises œuvres. Partant, leur tête, c'est-à-dire, leur intention, élevée par les cornes de l'arrogance et de la présomption, leur sera coupée par mon jugement sévère, qui est un glaive très aigu ; leur peau, c'est-à-dire, leur hypocrisie, de laquelle ils sont revêtus au lieu de la simplicité religieuse, leur sera ôtée, et pour l'hypocrisie, le diable déchirera leur âme et les privera de toute sorte de biens. Aussi ils étaient une chose et en montraient une autre sous un masque emprunté et dissimulé ; Ils me servaient de bouche et me contrariaient par œuvres. Leur chair voluptueuse, qui, devant moi, est comme une vilaine femme, sera brûlée et consommée par le feu sans miséricorde ; leurs intestins, c'est-à-dire, leurs pensées et leurs affections qu'ils ont au monde et non à moi, lesquelles affections mes ennemis sont fomentés, et non moi, seront ruinées par les démons, de sorte qu'il n'y aura point méchante affection pour laquelle ils ne soient grandement tourmentés.
Partant, pendant qu'il en est temps encore, que leur tête, c'est-à-dire, que leur volonté déréglée et leur superbe soient changées en humilité d'une peau simple ; Que la chair soit retenue des voluptés ; que les intestins, c'est-à-dire, les pensées monstrueuses, soient guéris par la pénitence salutaire, de peur que je n'exige avec rigueur et justice les peines de leurs démérites, et que ne les soumette à la puissance de Satan, de sorte qu'ils ne pourraient faire que ce qui plaira aux diables, et seraient par eux poussés d'un mal à un autre.
ADDITION
Notre Seigneur parle encore sous la parabole du père de famille sur cette maison, les habitants de laquelle disent : Pourquoi Dieu a-t-il fait cette maison de la sorte ? On répond : D'autant qu'on n'a pas voulu faire les paroles de celui qui avertissait, car je leur donnerai des gardes regardant d'en haut, et la terre de leur volupté sera mise en servitude, et le pain leur sera donné en mesure, et on les pourra nombrer à cause de leur petit nombre.
par Suzie Daigle
VI
Jésus-Christ reprend l'épouse de quelque impatience qu'elle eut, l'instruisant qu'elle ne doit plus se fâcher à l'avenir, ni répondre un seul mot à ceux qui la provoquent à cela, jusqu'à ce que l'émotion soit pacifiée, et qu'elle voie qu'elle peut profiter par ses paroles.
Je suis votre Créateur et votre Époux ; et vous, ma nouvelle épouse, vous avez maintenant péché en quatre manières en la colère.
VII
Jésus-Christ commanda par son épouse à un certain diacre fort dévot, de prêcher la parole de Dieu avec ferveur et courage à ses compagnons et aux autres pécheurs, instruisant les infirmes, reprenant les déréglés, et exposant son âme à la mort pour le salut des âmes.
Je suis votre Dieu et le Créateur de toutes choses, bien que je sois méprisé. Vous direz à celui pour lequel vous priez, et qui m'aime, vous le savez : Quand on vous a fait diacre, on vous a donné la charge de prêcher ; vous en avez reçu l'autorité, afin d'instruire les infirmes et de reprendre les déréglés. Je n'ai pas refusé de faire cela pour moi-même ; cela même ont fait mes apôtres et mes disciples, qui, pour acquérir une âme à Dieu, ont parcouru divers lieux, cités et villes, et ont donné leurs âmes pour le salut des âmes. D'autant donc que votre office est de prêcher, il n'est pas décent ni expédient que vous vous taisiez, car mes ennemis sont autour de vous, et vous marchez au milieu d'eux. En vérité leur maudite gueule m'est aussi odieuse que si on mangeait même de la viande le vendredi saint. Ils sont comme des vases ouverts de chaque bout, qui si on y versait toute la mer, ne seraient pas pourtant remplis, ni ne pourraient être rassasiés, la gourmandise desquels est augmentée par le péché de lasciveté.
Ils chassent et éloignent d'eux mes anges, qui sont destinés à leur garde, et appellent les démons, qui sont maintenant plus proches d'eux que les bons. Ils assistent au chœur, non pour me plaire, mais afin qu'ils ne soient repris des autres et afin de ne leur déplaire. Ils se montrent imitateurs des Pères anciens, mais ils sont devant moi menteurs et dissimulés pipeurs, car ils m'ont faussé la foi qu'ils m'avaient promise, et trompent les âmes, du bénéfice desquelles elles vivent, sans en être reconnaissants ni par la vie ni par les prières.
Partant, je jure devant les anges et les saints, qu'en vérité je suis la vérité et que de ma bouche il n'est jamais sorti que la vérité. Que s'ils s'amendent, je permettrai que peu de temps ils marchent par la voie de leurs volontés, et après, je les conduirai par la voie semblable aux épines et à des pointes aiguës ; et afin qu'ils ne puissent s'en écarter, je mettrai à droite et à gauche mes serviteurs, qui les empêcheront de s'en détourner, et ils les contraindront d'aller ; et de là, comme un corps mort tombe à terre, de mpeme promptitude leurs âmes toonberont dans les précipices de l'enfer, si profondément que jamais ils n'en sortiront.
par Suzie Daigle
VIII
Notre Seigneur donne courage à l'épouse, qui craignait de reprendre fidèlement quelques religieux plongés en des péchés abominables, chez lesquels elle était logée, lui assurant que sa répréhension ne lui serait point imputée à péché, mais à mérite, bien qu'ils s'en scandalisassent et s'en endurcissent.
O épouse, vous avez pensé à part vous ce qui suit : Puisque mon Dieu Seigneur de toutes choses, tout-puissant, et a patiemment souffert le traître, pourquoi ne souffrirai-je sa créature, ceux qui demeurent avec moi, de peur que, de mon avertissement et répréhension, ils ne deviennent pires ?
Je réponds maintenant à cette pensée, qu'elle était en partie pieuse mais moins fervente, car un bon soldat qui est entre les mauvais, voyant l'offense de son seigneur, s'il ne peut corriger par œuvre la faute, parle pour le moins de la bonté de son maître, et souffre patiemment les contumélies qui résultent de là : de même vous, parlez-leur fidèlement de leurs excès, qui, à raison de la diuturnité des péchés dans lesquels ils croupissent, me sont rendus abominables ; et bien qu'ils s'endurcissent en quelque manière que ce soit, à raison de votre répréhension, il ne vous sera pas imputé à péché, mais bien à plus grande récompense. Car comme les apôtres, qui prêchaient à plusieurs, et tous ne se convertissaient pas, n'étaient pas pour cela privés de la récompense, de même vous en arrivera-t-il, car bien que tous ne vous écoutent point, néanmoins, il y en aura quelques-uns qui seront édifiés par vos paroles et qui seront guéris.
Dites-leur donc que, s'ils ne s'amendent, il viendra promptement et sévèrement à eux, et tous ceux qui l'oiront en gémiront de crainte et d'effroi, et tous ceux qui goûteront ma sévérité, défaudront. Je les jugerai comme des larrons, par des confusions inexprimables devant les anges et tous les saints, et ce, d'autant qu'ils ont reçu l'habit de religion, non pour bien vivre. C'est pourquoi ils sont devant moi comme des larrons qui possèdent les biens qui ne leur appartiennent pas, mais sont à ceux qui vivent bien, et comme défraudateurs, je les jugerai et les condamnerai à mon glaive, qui coupera leurs membres de la tête jusqu aux pieds. Je les remplirai encore d'un feu bouillant qui ne s'éteindra jamais. Je les en ai avertis, comme un père plein de pitié, et ils n'ont point voulu m'écouter ! Je leur ai montré les paroles de ma bouche plus que jamais je n'avais fait auparavant, et ils m'ont méprisé ! Si j'eusse envoyé mes paroles aux païens, peut-être se fussent-ils convertis et eussent fait pénitence. Partant, je ne leur pardonnerai point, ni ne recevrai point les prières ni celles que ma Mère et mes saints, font pour eux, mais ils seront tout autant dans la peine que je serai dans la gloire qui sera sans fin. Néanmoins, tant que leur âme sera dans leur corps, ma miséricorde leur sera ouverte.
par Suzie Daigle, Ambroisine et www.JESUSMARIE.com
IX
Jésus-Christ révèle à son épouse combien il est abominable devant Dieu qu'un prêtre célèbre en péché mortel, et en quelle manière les diables y assistent. Il traite aussi de la célébration de la messe, et de sa très horrible peine, s'il ne s'amende.
Le prêtre pour lequel vous me priez est comme une pincette avec laquelle il attire l'or de ma vertu ; il est comme un souffle dégénéré qui ne se soucie d'entendre la voix de la mère. Quand il vient à l'autel, deux diables assistent à ses deux côtés, l'âme duquel ils possèdent, d'autant qu'elle est morte devant moi.
Quand il met le surhuméral, les démons couvrent son âme et l'occupent ailleurs, afin qu'elle ne pense et n'entende combien il est horrible d'approcher de mon autel, et combien pur doit être celui qui s'approche de moi, qui suis très pur.
Quand il s'habille de l'aube, il se revêt de la dureté du cœur et de l'indévotion, d'autant qu'il croit que son péché n'est pas grand, que le supplice éternel ne sera pas si dur, et il ne lui arrive jamais à l'esprit qu'elle est la joie des bienheureux.
Quand il met l'étole, le diable pose un grand joug lourd et pesant sur son col, d'autant que la douceur du péché lui plaît grandement ; et ainsi, il charge son âme, ne la laisse pas gémir ni considérer son péché.
Quand il prend la manipule, toutes les œuvres divines lui sont à charge, à honte, et les œuvres terrestres lui sont faciles.
a
Quand il prend la
ceinture, lors sa volonté est liée au diable, de sorte qu’il
propose aucunement de mourir en son péché ; et lors, ma charité
se retire de lui, d’autant que sa volonté se porte à tout
ce que le diable veut et lui suggère, excepté quand les jugements
effroyables de ma juste indignation le retiennent.
Quand il prend la chasuble, lors le diable le revêt de perfidie.
Quand il dit le Confiteor, les diables répondent et disent : Tu as menti ! Nous en sommes témoins : ta confession est semblable à celle de Judas, d’autant qu’il a une chose au cœur et une autre à la bouche.
Quand il s’aproche de l’autel, lors je détourne ma face de lui.
Quand il dit la messe, soit de ma Mère ou de quelque’autre saint, il m’est aussi agréable que si une méchante femme offrait un vase immonde à quelque seigneur, ou si quelqu’un disait à son ennemi :Donnez vous garde, je cherche votre mort.
Quand il consacre mon cœur et dit : : Ceci est mon corps, lors les diables s’enfuient de lui, et son corps demeure comme un tronc, car son âme est morte devant mes yeux.
Quand il approche mon corps de sa bouche, de la présomption qu’il a de le recevoir sans craindre, toute la troupe des démons retourne à lui, d’autant qu’il ne m’aime point. En vérité, je suis si miséricordieux que, s’il disait d’un cœur contrit et avec résolution de s’amender : Seigneur, je vous en supplie, pardonnez mes péchés par le mérite de votre passion et de votre amour, je le prendrais, et les diables ne retourneraient point à lui. Mais hélas ! il n’a que la méchanceté du monde en la bouche ; dans son cœur grouillent les vers à troupes, qui l’empêchent de goûter ma parole ; les paroles inutiles de son cœur le rongent incessamment et l’occupent, afin qu’il ne pense point à moi. Voilà pourquoi il n’arrivera jamais à mon autel.
Or, quel est mon autel, si ce n’est la table céleste et a gloire dans les cieux, dont les anges et les saints se réjouissent ? Cela est représenté par l’autel de pierre qui est dans l’église, et sur lequel est sacrifié le corps qui fut autrefois crucifié en la croix. Les sacrifices signifiaient jadis ce qui se fait maintenant et l’Eglise. Or, que marque la table céleste, si ce n’est la jubilation et la joie des anges ?
Or , ce prêtre ne goûtera jamais cette joie indicible en la gloire éternelle ; il n’assistera jamais devant ce mien autel, ni ne verra jamais ma face. Je suis comme le vrai pélican, qui leur donne mon propre sang, et les réfectionne, en cette vie et en la vie future, jusqu’à rassasiement. Or, cet aigle abominable les repaîtra, l’aigle dont la coutume est de ravir à ses petits quelquefois les choses nécessaires, de sorte que la maigreur de la faim paraît en eux tout le temps de leur vie : de même le diable repaît de ses délectations quelque temps, afin qu’après, il ressente la famine de la joie, faim qui durera éternellement en lui. Néanmoins, je lui ferai miséricorde, s’il se convertit pendant qu’il vit.
DECLARATION.
Ce prêtre fut avocat et collecteur d’argent. Il fut déposé de sa charge à la persuasion de sainte Brigitte. Etant furibond, il lui dit : Vous m’avez privé de mon honneur et de mon office : quel gain en avez-vous ? Il vous eût été meilleur de demeurer en votre maison, et non pas de semer des discordes.
Elle répondit : Tout ce que le roi a fait, je lui ai conseillé pour le salut de votre âme et pour votre honneur, car un prêtre peut faire une telle charge sans le danger de son âme.
Il lui répondit : Qu’avez-vous à faire de mon âme ? Laissez-moi passer en ce monde comme je pourrai, car mon âme se contentera bien en l’autre.
Elle lui repartit : C’est pourquoi je vous dis, et cela sans doute comme je l’ai ouï dans les jugements de Dieu, que si vous ne vous amendez et ne vous corrigez, vous n’esquiverez point le jugement et la mort effroyable, aussi vrai que je m’appelle Brigitte !
C’est pourquoi aussi, peu de temps après, l’évêque l’ayant privé de l’église, il mourut d’une mort inouïe, car lorsqu’on fondait une cloche, le métal fondu sortit du fourneau, l’environna et le brûla tout à l’entour.
X.
La Mère de Dieu raconte à l’épouse sa grandeur et sa dignité, et les bienfaits que tout le monde reçoit d’elle. Elle enseigne aussi la manière et es suffrages pour lesquels l’âme d’un grand prince décédé, pour lequel sainte Brigitte priait, pouvait être affranchie du purgatoire. Ce document est très bon.
Je suis la Reine du ciel et la Reine de miséricorde. Je suis la voie et l’entrée des pécheurs vers Dieu, car il n’y a peine au feu du purgatoire qui ne soit, pour l’amour de moi, plus légère, plus soulagée et plus facile à porter. Il n’y a pas homme si maudit qui ne puisse avoir ma miséricorde tandis qu’il vit ,d’autant qu’il n’est pas si rudement tenté qu’il le serait, si je ne l’empêchais ; pas un n’est si éloigné de Dieu, à moins qu’il ne soit tout à fait maudit, qui, s’il m’invoque, ne puisse retourner à Dieu et sentir les effets de ma miséricorde, car moi qui suis miséricordieuse et qui ai obtenu miséricorde de mon Fils, je veux vous montrer comment votre ami défunt, duquel vous êtes affligée, pourra être sauvé des sept plaies que mon Fils vous a manifestées.
En premier lieu, il sera sauvé du feu qu’il souffre à raison de sa luxure, si quelqu’un veut, pour l’amour de lui, faire trois biens selon les trois ordres de l’Eglise, des mariés, des veuves et des vierges : marier une pauvre fille, mettre l’autre en religion, et nourrir une pauvre veuve, et ce, d’autant qu’il a excédé, 1° au péché de luxure, même dans le mariage ; 2° à raison de sa superbe et ostentation, en méprisant plusieurs ; 3° pour avoir trop demeuré à table et laissé Dieu.
En deuxième lieu, que celui qui voudra colliger et loger trois pauvres à l’honneur de Dieu un et trine, pour cette triple gueule, un an entier, leur administrant et servant de tels de tels mets qu’il avait accoutumé de manger, ne mange pas qu’il ne voie manger les pauvres, afin que, par ceci, le long temps qu’il a demeuré à table soit récompensé ; et d’ailleurs, qu’il leur donne des vêtements et des lits, comme il verra leur être expédient et convenable.
En troisième lieu, pour la superbe dont il a été bouffi en plusieurs sortes, doit, qui voudra, assembler sept pauvres chaque semaine pendant un an, le jour qu’il voudra ; il leur lavera les pieds humblement, s’entretenant, en cette première demande : Seigneur Jésus-Christ , qui avez été pris par les Juifs, ayez miséricorde de lui.
En cette deuxième : Seigneur Jésus-Christ, qui avez été lié à a colonne, ayez miséricorde de lui.
En cette troisième : Seigneur Jésus-Christ, qui avez été jugé, étant innocent, par les coupables, ayez miséricorde de lui.
En cette quatrième : Seigneur Jésus-Christ, qui avez été dépouillé de vos propres habits, et avez été revêtu de vêtements de dérision, ayez miséricorde de lui.
En cette cinquième : Seigneur Jésus-Christ, qui avez été fouetté si cruellement qu’on voyait les côtes et qu’il n "’y avait point de santé en vous, ayez miséricorde de lui.
En cette sixième : Seigneur Jésus-Christ, qui avez été souffleté et couvert de crachats, ayez pitié de lui.
En cette septième : Seigneur Jésus-Christ, qui avez été étendu sur un gibet, les pieds et les mains cloués, la tête meurtrie de la couronne d’épines, vos yeux pleins de sang, ayez miséricorde de lui.
Et ayant lavé les pauvres, qu’il leur donne la réfection le mieux qu’il pourra et le plus convenablement, et qu’il les prie afin qu’ils prient pour l’âme du décédé.
En quatrième lieu, il a péché en paresse en quatre manières : 1° à aller à l’église ; 2° à gagner des indulgences ; 3° à visiter les lieux saints. Qui voudra donc satisfaire pour le premier, qu’il aille à l’église une fois par mois pendant un an pour son âme, et qu’il fasse dire une messe pour les défunts. Pour le deuxième, qu’il aille autant de fois qu’il pourra commodément aux lieux où sont données des indulgences, et où il verra pratiquer plus de dévotion. Pour le troisième, qu’il envoie, par quelque homme juste et fidèle, des offrandes aux saints principaux de ce royaume de Suède, et là où le peuple a accoutumé de s’assembler pour gagner des indulgences comme à Saint-Erice à Saint-Sigfride, et autre semblables, et qu’il récompense celui qui porte les offrandes.
En cinquième lieu, d’autant qu’il a péché en vaine gloire et joie déréglée, qu’il assemble, s’il lui plaît, tous les pauvres de la cour, ou lieux circonvoisins, une fois chaque mois pendant un an, et iceux assemblés en une église, qu’il leur fasse dire une messe des défunts, et que le prêtre, avant de commencer, les avertisse de prier pour l’âme du défunt. La messe étant dite, que tous les pauvres soient réfectionnés en sorte qu’ils sortent contents de la table, afin que l’âme du défunt se réjouisse de leurs prières, et que les pauvres se réjouissent de la réfection.
En sixième lieu, que jusques à la dernière maille, il paiera et demeurera dans la peine jusques à ce que tout soit récompensé et payé. Vous devez savoir qu’à la fin de sa vie, il fut en bon état et avait une bonne volonté, non certes si fervente qu’il payât tout, mais il fut pourtant du nombre des sauvés. Donc, l’homme doit considérer combien grande est la miséricorde de mon Fils, qui, pour si peu d’amour, donne un repos éternel ; et s’il n’eût eu une si bonne volonté, il eût été condamné éternellement. Partant, ses parents, qui ont hérité de ses biens, doivent avoir la volonté de payer pour lu ; et de fait, ils doivent payer ses dettes à tous ceux à qui il devait, et en les payant, ils doivent leur demander pardon, de peur qu’ils n’aient été incommodés par la longue attente, autrement, les parents du défunt porteront son péché. Après, qu’ils envoient à un chacun des monastères de ce royaume une offrande telle qu’ils voudront, et qu’on y fasse dire une messe ; et avant qu’on dise la messe, qu’on prie Dieu pour cette âme, afin que Dieu soit apaisé. Après, qu’on dise la messe pour les défunts en chaque église paroissiale en laquelle il a eu des biens, et le prêtre dira avant de célébrer : On dit cette messe pour l’âme du défunt. S’il vous a offensé par parole, fait ou commandement, je vous supplie de lui pardonner. Et après, qu’il s’approche de l’autel.
Pour le septième, il était juge, et il a commis le jugement à des lieutenants iniques, c’est pourquoi il est affligé par les mains des diables. Mais parce que ses lieutenants faisaient mal contre leur volonté, néanmoins, parce qu’il n’en eut pas le soin qu’il devait, il peut être affranchi de cette peine, si on l’aide par prières, et surtout par le saint et auguste sacrement de l’autel, qui est le corps immolé de mon Fils tous les jours sur l’autel ; car le pain qui est mis en l’autel avant es paroles : CECI EST MON CORPS, n’est que pain ; mais les paroles étant prononcées, il se transubstantie en corps de mon Fils, qu "’il a pris de moi et qui a été cloué au gibet. Lors le Père est honoré et doré en esprit par les membres de mon Fils. Le Fils se réjouit en la puissance et la majesté du Père. Moi, sa Mère, qui vous parle, je suis honorée de toute la cour céleste qui se tourne vers celui que j’ai engendré et l’adore, et les âmes des justes me rendent grâces de ce qu’elles ont été rachetées par lui. Oh ! combien est horrible aux misérables de toucher avec des mains indignes un si grand Seigneur !
Ce corps donc, qui est mort d’amour pour l’amour, il le peut délivrer. Partant, qu’on dise une messe de chaque solennité de mon Fils, savoir, une de la Nativité, une de la Circoncision, de l’Epiphanie, de la Fête-Dieu, de la Passion, de la Pâques, de l’Ascension et de la Pentecôte. Et d’ailleurs, une messe pour chaque solennité à mon honneur et gloire, et encore neuf messes en l’honneur des neuf ordres des anges. Et quand on kles dira, on donnera le vivre et le vêtement, afin que les anges gardiens qui ont été offensés, soient apaisés par cette petite oblation, et qu’ils puissent offrir son âme à Dieu. Après, qu’on dise une esse généralement pour tous les défunts, afin que, par icellen ils obtiennent le repos,et qu’elle soit seulement avec un digne repos.
DECLARATION.
Cet homme-ci fut un gentilhomme miséricordieux qui apparut à sainte Brigitte, disant : Il n’y a rien qui me soulage tant des peines que l’oraison des justes et le saint Sacrement de l’autel. Mais d’autant que j’ai été juge et ai commis mes jugements à d’autres qui n’aimaient guère la justice, c’est pour cela aussi que je suis encore détenu en cet exil.. Mais je serais bientôt affranchi, si ceux qui m’appartiennent avaient pitié de moi avec plus de douceur. Il sera parlé du même en ce livre, chapitre XXII.
Chapitre 11 Manque
Edition par Valérie Pajerski et JesusMarie.com
XII.
La Mère de celui
qui est engendré de toute éternité, dit qu’elle est
semblable à un essaim d’abeilles, d’autant que son Fils, comme une
abeille bénie, a rempli tout le monde de son miel très-doux,
quand il descendit en son ventre, de sorte que tout venin a été
ôté.
La bienheureuse Vierge parle à l’épouse, disant : O épouse de mon Fils, vous me saluez et me comparez à un essaim d’abeilles. Certainement, j’ai été une ruche, car mon corps fut au centre de ma Mère comme un bois avant que l’âme y fût infuse. Mon corps fut aussi comme un bois, quand l’âme en fut séparée jusqu'à la Divinité. Ce bois a été fait en essaim d’abeilles, quand cette bienheureuse mouche, mon Fils, sortit du ciel, et descendit Dieu vivant dans mon sein. En moi enfin fut quelque très-doux et très-pur rayon de miel, qui était préparé en toutes manières pour recevoir le très-suave miel de la grâce du Saint-Esprit. Ce rayon a été lors rempli, quand le Fils de Dieu éternel vint en moi avec sa puissance, son amour et son honnêteté.
Il vint avec sa puissance, d’autant qu’il est mon Dieu et mon Seigneur. Il vint avec amour, car l’amour lui a fait prendre chair humaine et la mort sur un gibet. Il vint avec l’honnêteté, car toute la vilenie du péché d’Adam fut éloignée de moi, d’où vient que le Fils de Dieu très-pur prit la chair très-pure. Mais il a l’aiguillon avec lequel néanmoins il ne pique pas, s’il n’y est provoqué : de même l’aiguillon de la justice sévère de mon Fils ne pique point, s’il n’est provoqué par les péchés. On a mal récompensé cette abeille, car sa puissance a été donnée aux mains des iniques, son amour aux mains des cruels ; son honnêteté a été dépouillée et fouettée très-cruellement. Bénie soit donc cette abeille qui a fait de mon bois une ruche, et l’a remplie de son miel avec tant d’abondance, que, par sa douceur qui m’a été communiquée, l’amertume du venin a été ôtée de la bouche de tous !
Edition par Valérie Pajerski et JesusMarie.com
XIII.
Jésus-Christ avertit son épouse de ranger tout son temps selon la volonté de Dieu, et de ne rien faire, si ce n’est ce qu’elle croit plaire à Dieu, et qu’elle conserve toujours la volonté de persévérer toujours en la volonté de Dieu, et qu’elle élève toujours on esprit au ciel, et qu’elle mortifie tellement son corps en cette vie, qu’il puisse ressusciter en l’autre.
Le Fils de Dieu parle à son épouse : Vous devez avoir trois choses : la première, n’allez qu’à mes volontés ; la deuxième, ne vous arrêter que pour mon honneur ; la troisième, ne vous asseoir que pour l’utilité de votre époux. Or, Vous allez lors à mes volontés, quand vous ne mangez, dormez, ni faites quelque autre chose, sinon comme vous connaissez qu’il plaît à Dieu. Or vous vous arrêtez, quand vous avez une volonté constante de demeurer et persévérer à mon service. Or, vous êtes assise, quand vous élevez incessamment votre esprit aux choses célestes, considérant quelle est la gloire des saints et la vie éternelle.
Vous devez ajouter à ceci trois autres choses : 1-vous devez être disposée et préparée comme une fille qu’on veut marier, qui pense en cette sorte : J’amasserai pour mon époux tout ce que je pourrai des biens de mon père, puisque je dois être en adversité et nécessité. Vous en devez faire même, car votre corps est comme votre père, duquel vous devez exiger toute sorte de travail et toute sorte de biens pour les départir aux pauvres, afin que vous puissiez vous réjouir en moi comme en votre époux, car votre corps mourra, et il ne faut pas l’épargner en cette vie, afin qu’en l’autre il ressuscite à une vie meilleure.
En second lieu, considérez à part vous comme une épouse : Si mon époux m’aime, pourquoi m’inquièterais-je ? S’il est pacifique avec moi, pourquoi craindrais-je ? Partant, afin qu’il ne se courrouce point, je lui rendrai toute sorte d’honneur et ferai toujours sa volonté.
En troisième lieu, pensez que votre époux est éternel et très-riche, avec lequel vous aurez un honneur perpétuel et des richesses éternelles ; et partant, ne liez point vos affections aux richesses périssables, afin qu’éternellement vous puissiez acquérir les richesses permanentes.
Edition par Valérie
Pajerski et JesusMarie.com
XIV.
Notre-Seigneur déclare à l’épouse comment il l’a fait nourrir en la vie spirituelle et dans les vertus, par un ange à la façon d’un enfant. Il la recommande encore à la Vierge. Il raconte encore comment, par une subtile ruse, il l’a arrachée au monde et l’a conduite au port du salut, et lui commande de déclarer toutes ses tentations aux pères spirituels, et qu’elle fera une bonne fin.
Un des anges parlait à Jésus-Christ, disant : Louange vous soit, O Seigneur, de toute votre troupe, pour l’amour que vous nous portez ! Vous avez commis cette épouse à ma garde : je vous la recommande aussi, car je l’attirais comme une petite fille à vous, en lui donnant des pommes ; et après les pommes, je lui disais : Suivez-moi encore, et je vous donnerai du vin très-doux, d’autant qu’en la pomme, il n’y a qu’un peu de saveur, mais au vin, il y a une grande douceur et un sujet de joie à l’âme. Or, ayant goûté le vin, je lui ai dit derechef : Avancez encore plus avant, car je vous dispose ce qui est éternel et en quoi est tout le bien.
Ces choses étant dites, Notre-Seigneur dit à l’épouse : Il est vrai que mon serviteur me parlait de vous, vous l’entendant ; il vous attirait à moi comme avec des pommes, lorsque vous pensiez que toutes choses venaient de moi et me rendiez grâces de tout ce que vous aviez reçu de moi ; car comme en la pomme, il n’y a qu’une petite saveur et un médiocre rassasiement, de même mon amour ne vous était pas alors à grand goût, si ce n’est que quelque suavité fût en votre cœur de penser à moi. Mais lors vous avez passe plus outre quand vous pensiez ceci : La gloire de Dieu est éternelle, et la joie du monde fort courte et trop inutile à la fin du monde. Que me sert-il d’aimer de la sorte les choses temporelles ?
Après avoir eu cette pensée, vous commençâtes de vous abstenir courageusement des délectations du monde, et faire les biens que vous pouviez à l’honneur de mon nom ; et lors vos désirs furent plus grands à mon endroit. Après que vous eûtes pensé que j’étais tout-puissant et Seigneur, duquel, comme de la source, dépendent toute sorte de biens, et renonçâtes à vos volontés, faisant miennes, lors de droit vous été faite mienne ; je vous ai acceptée et ai fait que vous fussiez mienne.
Cela étant dit, Notre-Seigneur dit à l’ange : Mon serviteur, vous êtes riche en moi ; votre honneur est éternel ; le feu de votre amour est inextinguible ; ma vertu est indéficiente ; vous m’avez recommandé mon épouse, mais je veux que vous la gardiez encore jusqu'à ce qu’elle soit arrivée à l’âge ; gardez-la bien, afin que le diable ne lui présente à l’inconsidéré quelque chose mauvaise. Ayant soin de la vêtir des robes des vertus, vêtements de toute sorte d’éclat et de beauté ; entretenez-la de mes paroles, qui sont comme de la chair fraîche, par lesquelles le sang est amélioré, la chair infirme s’en porte mieux, et une sainte délectation est excitée en son ame, car j’ai fait à cette mienne épouse comme quelqu’un à accoutumé de faire à son ami, lequel il attire et allèche par amour, lui disant : Mon ami, entrez en ma maison, et voyez ce qui s’y fait et ce que vous y devez faire à l’entrée. Celui qui l’a attiré dans la maison ne lui montre pas d’abord les serpents et les lions farouches qui sont en la maison, afin que son ami ne soit épouvanté ; mais pour la consolation de son ami, il lui fait voir les serpents comme des brebis douces, et les lions comme des ouailles très-belles, disant à son ami : Mon ami, sachez que je vous aime et que je vous ai attiré pour votre bien. Partant, dites à vos amis tout ce que vous verrez, car ils vous consoleront et vous garderont, de sorte que ma captivité vous sera plus agréable que votre propre liberté.
De même en ai-je fait à votre égard, O ma fille bien-aimée ! Je vous ai comme attirée et captivée, quand je vous ai retirée de l’amour du monde et vous ai liée au mien ; quand je vous ai retirée des dangers du monde dans ce port de salut, dans lequel ceux que pensez être vierges par continence, sont vraiment des lions par malice, ceux que vous croyez des brebis par la contemplation divine, sont comme des serpents rampants à terre, et par la ventre de la gueule et cupidités insatiables. Partant, ne rapportez point ailleurs ce que vous verrez et oirez, mais bien à mes amis qui vous gardent et vous instruisent, car l’Esprit qui vous a conduite au port, celui-là même vous conduira à la patrie ; et celui qui vous a conduite à un bon principe, celui-là vous dirigera à une meilleure fin.
Edition par Valérie Pajerski et JesusMarie.com
Chapitre 15
Notre-Seigneur Jésus-Christ dit à son épouse que les prélats, les grands et savants qui se glorifient et s’enrichissent de leur savoir et en vivent mal, sont comparés aux courtisanes et aux ivrognes, qui précipitent les autres et eux-mêmes dans les abîmes des péchés. Bien que pourtant ils eussent obligations d’être meilleurs que les autres, ma miséricorde néanmoins ira au-devant de celui qui se convertira, comme un père ayant recouvré son fils qui s’était perdu.
Ce prélat pour lequel vous priez détourne ses yeux de moi et se convertit au monde avec l’ornement et l’éclat de la dignité. S’il voulait être à moi, il me regarderait tous les jours ; il lirait mon livre avec plus d’attention, et considérerait non avec tant de soin du monde ma loi, qu’est ce qui est dit à l’Église.
Elle lui répondit : La loi de l’Église n’est-elle pas votre loi ?
Notre-Seigneur répondit. Elle était ma loi, tant que les miens l’ont lue et observée pour l’amour de moi. Or, maintenant, elle n’est point à moi, d’autant qu’on la lit en la maison des dés qui jettent trois points sur un dé, qui, pour une petite justice qu’ils trouvent en la loi de l’Église, en acquièrent une grande somme d’argent. On ne la lit plus pour mon honneur, mais pour acquérir des richesses.
Aux maisons des joueurs de dés se trouvent les courtisanes et les ivrognes : tels maintenant sont ceux qui lisent les lois de mon Église ; tels maintenant se nomment savants et sages, quoiqu’ils soient vraiment fous : car qu’est-ce qu’une courtisane a accoutumé de faire ? certainement, elle est babillarde, légère en ses mœurs, belle de face par le plâtre, et bien vêtue : tels sont maintenant ceux qui apprennent mes lois : ils sont babillards en plaisanteries, muets à prêcher ma parole et à me louer, si légers en leurs mœurs, que même les séculiers ont honte du dérèglement de leurs mœurs ; et non-seulement ils se perdent , mais ils ravagent et précipitent les autres par leurs pernicieux exemples ; ils n’affectionnent ni n’affectent rien tant que d’être vus du monde, d’être honnêtes et honorés , et d’aller pompeux en leurs vêtements , d’acquérir richesses et honneurs. Mes paroles et mes préceptes leur sont fort amers ; ma vie et ma voie leur sont abominables. En vérité, leur conversation et leur vie sont aussi puantes devant moi qu’une courtisane, qui est la plus vile et la plus abjecte des femmes. De même ceux-là me sont odieux par-dessus les autres ; ils disent et se glorifient de savoir mes lois, mais c’est pour décevoir et tromper les simples, pour assouvir leurs voluptés.
En la maison où ma loi se lit, il y a des ivrognes et des incontinents, la gloire desquels est d’exceller, voire excéder les autres, et de pousser leur nature aux superfluités : tels sont maintenant les maîtres de la loi, qui se réjouissent des superfluités, qui ont bien peu honte de leur excès, et qui ne s’affligent nullement des offenses et des péchés d’autrui. Néanmoins, s’ils lisaient vraiment ma loi, ils trouveraient qu’ils doivent être plus continents que les autres, et qu’ils sont plus obligés de vivre plus parfaitement.
223
Or, je suis comme un seigneur puissant,
aimant les brebis de plusieurs cités, lequel, bien qu’il soit puissant,
n’usurpe point les brebis des cités circonvoisines ; il n’en veut
d’autres que celles que la justice l’oblige d’avoir. De même moi,
qui suis Créateur de toutes choses et suis très-puissant,
je ne reçois pas pourtant, sinon ceux que je dois avoir par justice,
et qui se connaissent être à moi par amour. En vérité,
quiconque se sera retiré de moi, voudra retourner à moi et
voudra ouïr ma voix, pourra être sauvé. Une brebis errante
de son propre bercail, si elle oyait la voix de sa mère, ne retournerait-elle
pas soudain à sa mère ? Et semblablement, quand la mère
entend la voix de celui qu’elle a enfanté, elle court de toute sa
force au-devant de lui, de sorte que, s’il est en sa puissance libre, il
n’y a ni labeur ni peine qui l’empêche de courir : de même,
moi, Créateur de toutes choses, je reçois librement ceux
qui oient ma voix, et je leur vais au-devant avec joie, et je me réjouis
d’avoir retrouvé l’enfant perdu, et comme une mère, je me
réjouis du retour de mon agneau.
DÉCLARATION.
L’homme dont il est ici parlé fut prévôt de l’Église de Saint-Pierre, puis cardinal. Plusieurs qui sont le sort de Dieu et aumôniers de Dieu, thésaurisent au autres les dons de Dieu, car le clerc, qui est le sort de Dieu, n’a point d’autres biens hors le vivre et le vêtir, mais est des pauvres tout ce qui est par-dessus cela, d’où vient que celui-là est heureux qui amasse en l’été ce dont il puisse vivre en hiver.
Car voyez comme ses parents ont évidemment dispersé ce que celui-ci avait amassé, ne se souciant point de son âme ; mais néanmoins, d’autant qu’il a eu une bonne volonté de distribuer ses biens, il est parvenu à ce qu’il désirait ; néanmoins, il eût été plus heureux s’il les eût dispensés pendant sa vie.
Edition par Valérie Pajerski et www.JESUSMARIE.com
Chapitre 16
Quelque saint dit à
l’épouse que, si l’homme mourait chaque jour pour Dieu, il ne saurait
assez remercier et reconnaître Dieu pour la gloire éternelle
qu’il lui réserve. Il raconte aussi des peines terribles qu’une
femme endurait pour les délectations de la chair qu’elle avait eues
en sa vie.
Un des saints parlait à sainte Brigitte, disant : Si j’avais souffert pour l’amour de Dieu autant de morts qu’il y a d’heures au monde, et que je fusse à toute heure ressuscité, je ne pourrais pourtant avec tout cela reconnaître Dieu pour l’amour qu’il m’a porté ; sa louange ne se retire jamais de ma bouche, sa joie de mon cœur ; sa gloire et son honneur ne sont jamais cachés de ma vue, ni ses concerts de mon oreille.
Lors Notre-Seigneur dit au même saint : Dites à cette épouse assistante ce que mérite celui qui se soucie plus du monde que de Dieu, qui aime plus la créature que le Créateur, et quel supplice cette femme endure, qui, pendant qu’elle à vécu, a cherché les plaisirs de la chair.
Ce saint répondit : Son supplice
est très-cruel, car pour la superbe qu’elle a eue en tous ses membres,
sa tête, ses mains, ses bras et ses
Pieds, sont allumés comme
d’un foudre horrible. Sa poitrine est piquée comme d’une peau de
hérisson, les épines duquel percent sa peau comme des épines,
et l’affligent sans consolation. Ses bras et le reste des membres, qu’elle
étendait pour embrasser avec douceur les hommes, sont comme deux
serpents qui l’environnent, la rongent et le déchirent sans cesse
avec désolation continuelle ; son ventre est misérablement
tourmenté, comme si, avec une grande force, on s’efforçait
d’y planter un pal. Ses cuisses et ses genoux sont comme de la glace dure
et inflexible, n’ayant point de repos ni de chaleur.
Ses pieds aussi, avec lesquels,
elle se portait aux délices, avec lesquels elle a attiré
les autres à soi, sont comme des rasoirs aigus que la taillent incessamment.
DÉCLARATIONS.
Cette dame abhorrait fort les confessions et suivait ses volontés ; étant atteinte d’une tumeur à la gorge, elle est morte sans confession. On l’a vue être au jugement de Dieu, laquelle tous les diables accusaient, disant et criant : Voici cette femme qui a voulu se cacher de vous et être connue de nous.
Le juge répondit : La confession est une bonne lavandière ; et d’autant qu’elle ne s’est pas voulu laver en temps et saison, elle sera maintenant noircie de vos immondices ; et d’autant qu’elle n’a pas voulu se confondre devant peu de gens, il est juste qu’elle soit confondue de tous devant tous.
par Valérie Pajerski
XVII
Lors le démon dit à la Sainte Vierge : Vierge, donnez-moi puissance sur celle-ci.
La Vierge lui dit : Pourquoi ne la recevez-vous en votre puissance ?
Le démon lui dit : Je ne puis pas, d’autant que je ne puis pas séparer le sang du sang étant dans un vase pèle mêle : le sang de la charité de Dieu est mêlé avec le sang de la charité de son cœur.
La Sainte Vierge Marie lui dit derechef : Pourquoi ne la laissez-vous en repos ?
Le diable dit : Je ne le ferai jamais, car si je ne puis la faire tomber en péché mortel, je ferai en sorte qu’elle soit fouettée pour le péché véniel. Et si je ne puis encore faire cela, je jetterai en son esprit plusieurs pensées qui l’inquiéteront.
Lors la Vierge dit
: Je veux l’aider, car toutes les fois qu’elle chasse ces pensées
et les jette à votre front, tout autant de fois les péchés
lui seront pardonnés, et son prix et sa couronne s’augmenteront.
DÉCLARATION.
Un jour, sainte Brigitte était tentée de gourmandise ; et lors, ravie en esprit, elle vit un Éthiopien qui avait en la main comme une bouchée de pain, et un jeune homme qui avait un vase d’or.
Lors le jeune homme dit à l’Éthiopien : Pourquoi la sollicitez-vous et la tentez-vous, elle qui est commise à ma garde ?
L’Éthiopien répondit : Je la tente, d’autant qu’elle se glorifie de l’abstinence qu’elle n’avait pas eue : c’est pourquoi je lui présente mon pain, afin que le pain le plus bis lui soit à goût. Jésus-Christ n’a-t-il pas jeûné quelque temps sans manger ? Les prophètes n’ont-ils pas mangé le pain et bu à mesure ? D’où ils ont mérite ce qui est excellent et sublime. Et comment donc celle-ci méritera-t-elle, qui est toujours saoule ?
Le jeune homme répartit : Jésus-Christ à enseigné de jeûner, non pas à débiliter notablement son corps : il ne demande pas ce qui est impossible à la nature, mais la modération ; et il ne demande pas compte de la quantité et de la qualité des viandes, mais il considère l’intention et l’amour avec lequel on les prend, car il faut garder la coutume de la bonne éducation avec action de grâces, afin que la chair ne soit débilitée plus qu’il ne faut.
Lors le diable disparut, et elle fut affranchie de la tentation.
par Valérie Pajerski
XVIII.
Notre-Seigneur dit
que les religieux et les personnes spirituelles qui reçoivent des
consolations du Saint-Esprit, s’ils n’en remercient très-humblement
Dieu, mais négligent la grâce et s’enorgueillissent, se délectant
au monde, sont semblables au pauvre ingrat qui, après avoir bu,
jette la boisson avec mépris devant les yeux de celui qui lui avait
donné à boire.
Quelques-uns sont comme un homme pauvre, indigent, qui souffre la soif, ce que le père de famille sachant, il lui donne la meilleure boisson qu’il a. Or, ayant reçu la boisson et l’ayant goûtée, il dit : Ce breuvage ne me plaît point, et je ne vous en rends point grâces ; et il jette la boisson en présence de celui qui la lui a donnée, lui rendant contumélie pour charité. Le père de famille, ayant reçu une telle injure d’icelui, étant tout plein de douceur et de bénignité, pense à part soi : Voici que mon hôte m’a fait une grande injure, mais je ne veux pas pourtant me venger de lui avant de venir au jugement et que le temps en soit arrivé, car lors les taches, les notes et les injures seront ôtées de sa face.
De même m’en font plusieurs religieux, car en leur pauvreté et humiliation, ils crient à moi et disent : Seigneur, nous sommes accablés de mépris et de tribulations ; donnez-nous quelque consolation. Lors, j’en ai compassion, et leur donne pour consolation le meilleur vin que faire se peut, c’est-à-dire, mon Esprit, la douceur duquel remplit les âmes, et l’ardeur duquel fait qu’ils ne se soucient point ni du mépris ni de la pauvreté. Or, ayant goûté le vin du Saint-Esprit et l’ayant eu quelque temps en leur cœur, ils le négligent et ne me remercient point, mais le jettent en ma présence, lorsqu’ils choisissent les délectations du monde, et quand ils se rendent orgueilleux de mes grâces et de mes faveurs.
Celui que vous connaissez s’est comporté de la sorte avec moi, lequel étant pauvre et délaissé, mon Saint-Esprit le consolait ; quand il était méprisé et qu’il n’avait point la joie de son cœur, je le réjouissais, car bien que je ne lui parlasse point d’une voix corporelle et qu’il ne l’ouît pas sensiblement, néanmoins, mon Saint-Esprit l’avertissait de faire bien, et je l’excitais, en le réjouissant, à ce qui était le meilleur. Mais lui, ayant goûté mon Esprit et ayant reçu les grâces de mes consolations, répute à néant ce que je lui ai donné, et délibère en son esprit de jeter devant ma face les divines et amoureuses liqueurs ; Il ne les a pas pourtant jetées encore.
Voyez et considérez
en ce fait combien je suis patient et miséricordieux, car je ne
le souffre pas seulement avec patience, mais je lui distribue des biens
pour ses ingratitudes ; car il est maintenant plus honoré et plus
estimé des hommes, et les biens qu’il avait accoutumé de
recevoir, lui arrivent avec plus d’abondance qu’auparavant, mais lui me
sert moins pour cela qu’auparavant. Il répute mes grâces pour
néant et ma dilection à nulle estime. Or, il s’arrête
comme un homme qui délibère de jeter les faveurs devant la
face de celui qui l’en a enrichi, et ce, d’autant que le monde qu’il aime
lui plaît plus que moi ; la vie spirituelle qu’il avait embrassée
lui est onéreuse et à dégoût, et afin que vous
éprouviez ceci, expérimentez que l’odeur qui sortait de ses
vêtements pendant qu’il me servait, n’est plus, ni n’est pas de merveilles,
car les anges tous pleins de force et de vertu, protégent mes amis.
Or, maintenant, sa volonté étant changée, l’odeur
l’est aussi, et cette odeur montre aujourd’hui quelles sont son intention
et sa volonté. Or, qu’est-ce que je dois faire, quand on jette devant
ma face, mes grâces et mes faveurs ? Véritablement, je le
souffrirai patiemment comme un homme débonnaire, jusqu'à
ce que le jour de jugement arrive et sentence générale, afin
qu’alors apparaissent l’ingratitude et la présomption de ce présomptueux,
et la patience du Seigneur qui l’a souffert.
DÉCLARATION.
L’homme dont il est ici parlé fut moine du monastère de Saint-Paul, qui , ayant eu contrition de ses fautes, mourut heureusement.
par Valérie Pajerski
XIX.
Notre-Seigneur se plaint des hommes qui se plaisent dans les délices temporelles, méprisant la gloire future et les bénéfices de sa passion, l’oraison desquels est comparée à la voix d’une canne et au cliquetis des pierres ; tels seront damnes, et lors ils ne verront pas la gloire de Dieu dans le ciel, hors, dessous et en tout lieu, à leur confusion.
Celui que vous connaissez chante : Seigneur, délivrez-moi de l’homme mauvais. Cette voix est à mes oreilles comme la voix d’un flageolet, comme l’harmonie d’une canne et comme le son du cliquetis des pierres. Or, qui pourra répondre à leur son, vu qu’on ignore ce qu’il signifie ? car son cœur crie à moi comme par trois voix.
La première dit : Je veux avoir les volontés. Je dormirai et me lèverai quand il me plaira ; je prendrai plaisir en mes paroles. Ce qui me plaît et délecte entrera en ma bouche. Je ne me soucie point de la sobriété, mais je cherche l’assouvissement de la nature ; je lui donnerai à suffisance ce qu’elle désire : je désire avoir de l’argent en ma bourse, la douceur et la mollesse des vêtements. Quand j’aurai toutes ses choses, je serai content, et je répute à félicité d’avoir ce que je désire.
La deuxième voix crie et dit : La mort n’est pas si dure qu’on le dit ; le jugement n’est pas si sévère qu’il est écrit. Les prédicateurs nous menacent de plusieurs choses dures pour nous faire prendre garde à bien vivre, mais elles seront plus douces à raison de la miséricorde divine. Mais pour que je puisse accomplir ici mes volontés, faire ce qui me plaît et jouir du meilleur, que l’âme aille où elle pourra.
La troisième voix criait et disait : Dieu ne m’aurait pas créé, s’il ne voulait me donner le ciel ; il n’aurait pas souffert, s’il ne voulait m’introduire dans la patrie des vivants. Et pourquoi aurait-il voulu endurer une mort si cruelle ? Qui l’y a contraint ? Ou bien quelle utilité en résulterait-il ? Je ne puis entendre ni comprendre que par l’ouïe ce qu’est le royaume céleste ; je ne vois pas sa bonté ; je ne sais si je le dois croire ou non. Je sais et tiens pour royaume céleste ce que je tiens.
Voilà quelles étaient ses pensées et ses volontés ; c’est pourquoi aussi sa voix m’est comme le cliquetis des pierres.
Mais je veux répondre à la première voix de son cœur. Mon ami, votre voix ne tend point au ciel ; la considération de ma passion ne vous est pas à goût : c’est pourquoi l’enfer vous est ouvert, d’autant que votre vie désire les choses basses et les aime.
Je réponds à la deuxième voix : Mon fils, la mort vous sera très-dure ; le jugement vous sera intolérable ; il est impossible que vous les fuyiez ; vous aurez une peine très-amère, si vous ne vous amendez pas.
Je réponds à la troisième voix de votre cœur : Mon frère, tout ce que j’ai fait par amour, je l’ai fait pour l’amour de vous, afin que vous me fussiez, et que, vous étant retiré de moi, vous puissiez revenir à moi. Or, maintenant, ma charité été éteinte en vous ; Mes œuvres vous sont pesantes et onéreuses ; mes paroles vous semblent des fadaises, mes voies vous paraissent difficiles : c’est pourquoi il vous reste un supplice amer et la compagnie des diables, et cous ne changez votre cœur en mieux, si vous me tournez le dos, à moi qui suis votre très-débonnaire Seigneur et Créateur ; vous aimez mon ennemi en me méprisant ; vous foulez aux pieds mes trophées et dressez ceux de mon ennemi.
Hélàs ! Voici comment ceux qui semblent être à moi sont contre moi ; voyez en quelle sorte ils s’en sont retirés. Je vois ces choses et les souffrances, et encore, ils sont si endurcis qu’ils ne veulent prendre garde à ce que j’ai fait pour eux et comme j’ai été devant eux.
1- J’ai été devant eux comme un homme dont un couteau aigu perçait les yeux ; 2- comme un homme dont un glaive transperçait le cœur ; 3- comme un homme dont tous les membres ont été roidis à raison de l’amertume et de la douleur de ma douloureuse passion : C’est de la sorte que j’ai été devant eux.
Or, qu’est-ce que mon œil signifie, sinon mon corps, auquel le ressentiment de ma passion fut aussi amer que la douleur en la prunelle de l’œil ? Néanmoins, je souffrais tout cela patiemment avec un grand amour. Mais le glaive signifie la douleur de ma très-chère Mère, qui affligea plus mon cœur que la douleur même.
En troisième lieu, tous mes membres et toutes les parties intérieures se roidirent en ma passion, et c’est ce que j’ai pâti pour eux. Mais hélas ! Les misérables ! Ils méprisent tout cela comme un fils qui méprise sa mère. Eh quoi ! Ne leur ai-je pas été comme une mère qui, ayant dans le ventre son enfant, désire l’heure de l’enfantement, afin que l’enfant naisse vivant ? Que s’il peut être baptisé, la mère n’a pas tant de peine de la mort qu’elle en aurait autrement. J’en ai fait de même : j’ai enfanté comme une mère, par ma passion, l’homme des ténèbres de l’enfer au jour éternel. Je l’ai porté et nourri comme dans mon sein avec de grandes difficultés, lorsque j’ai accompli les prophéties qui parlaient de moi ; je l’ai nourri de mon lait, quand je lui ai montré les paroles saintes et lui ai donné les préceptes de vie. Mais lui, comme un méchant fils, méprisant les douleurs de sa mère, me rend haine pour amour ; pour la douleur, des sujets de pleurs, et surajoute à mes plaies de nouvelles infirmités ; il donne à ma faim des pierres, et pour étancher ma soif, il me donne de la boue.
Or, quelle est cette douleur que l’homme me cause, vu que je suis sans changement, impassible et Dieu éternel ? En vérité, lors l’homme me fait comme endurer, quand il se sépare de moi par le péché, non pas que je sois sujet à quelque douleur, mais seulement d’une manière ineffable, comme un homme a compassion d’un autre. Or, l’homme me causait alors de la douleur, quand il ignorait la gravité et la laideur du péché, lorsqu’il n’avait ni prophètes ni loi, ni n’avait encore les paroles de ma bouche. Or, il me cause maintenant une double douleur comme un pleur, bien que je sois impassible, quand, ayant connu mes volontés, ressenti mon amour, il s’agit contre mes commandements, et pèche impudemment contre la raison de sa conscience ; et c’est pourquoi plusieurs sont plus profondément précipités dans l’enfer, ayant la connaissance de mes volontés, que s’ils ne l’eussent pas eue et n’eussent reçu mes commandements ; et certes, lors l’homme faisait en moi quelques plaies, bien que je sois invulnérable, lorsqu’il ajoutait péché sur péché.
Or, maintenant, ils ajoutent sur mes plaies quelque malheur vénéneux, lorsque, non-seulement ils multiplient les péchés, mais lorsqu’ils s’en glorifient et ne s’en repentent point. Or, quand l’homme me donne encore des pierres au lieu de pain, et de la boue au lieu de boisson, remarquez que, par le pain, sont entendus le profit des âmes, la contrition du cœur, le désir divin et l’humilité fervente en charité : au lieu de ces choses, l’homme me donne des pierres, savoir, par l’endurcissement de son cœur. Il me donne de la boue par l’impénitence et vaine confiance. Il méprise de revenir à moi par les avertissements salutaires ; et par les adversités, il dédaigne de me regarder, et de peser et considérer la grandeur de mon amour. Partant, je puis me plaindre à juste sujet, car je les ai enfantés comme une mère en la lumière par la douleur de ma passion ; mais ils aiment mieux être plongés dans les ténèbres palpables. Je les ai repus et je les repais du lait de ma douceur, et ils me méprisent, et ajoutent impudemment la boue de leur malice à la douleur de l’ignorance. Ils me rassasient du péché, bien qu’ils me dussent arroser des larmes de leurs vertus. Ils me présentent des pierres, bien qu’ils soient obligés de me présenter leur cœur plein de douceur. Partant, ayant patience comme un juste juge en la justice, et en la justice miséricorde, et en la miséricorde sagesse, je me lèverai contre eux en leur temps, et leur rendrai selon leurs mérites ; et ils verront ma gloire dans le ciel, dedans, dehors, de toutes parts, dans les vallées, sur les collines ; et ceux qui seront damnés seront confus et honteux de leur propre honte et confusion.
DÉCLARATION.
Celui-ci fut religieux, moine du monastère de Saint-Laurent, dissolu et dissipé, qui fut occis par ses ennemis et enseveli en l’Église de Saint-Laurent.
Saint-Laurent a été vu parler au juge, disant : Qu’est-ce que ce volage fait avec les élus, lesquels ont répandu leur sang ? Ce moine a aime les voluptés. Et cela étant dit, son corps a été jeté du sépulcre puant et infect.
Après, le juge dit à l’âme qui était la présente : Allez, maudite, aux incirconcis et abortifs que vous avez suivis, d’autant que vous n’avez voulu ouïr la voix de votre Père ! Et la vision disparut de la sorte.
par Valérie Pajerski
XX.
La Mère de miséricorde dit que l’homme qui a la contrition et la volonté de s’amender, et qui néanmoins est froid en la dévotion et en l’amour de Dieu, doit impétrer de Dieu une bluette de feu divin, par la fréquente méditation de la passion de Jésus-Christ ; et de là, elle échauffera son âme par le divin amour, et elle sera allaitée des mamelles virginales, c’est-à-dire, de la vertu, de la crainte divine et de l’obéissance.
La Vierge Marie dit : Je suis comme une mère qui a deux enfants ; mais ils ne peuvent atteindre aux mamelles de leur mère, d’autant qu’elles sont trop froides et sont en une maison trop froide. Néanmoins, la mère les aime tellement qu’elle les couperait volontiers, s’il était possible, pour leur utilité.
Je suis en vérité Mère de miséricorde, d’autant que je fais miséricorde à tous ces misérables qui me la demandent. J’ai deux enfants : l’un s’appelle la contrition de ceux qui faillent contre Dieu, mon Fils ; le second est la volonté de se corriger des fautes commises. Mais les deux enfants sont trop froids, et ils n’ont aucune chaleur d’amour, et ne ressentent aucun plaisir divin, et la maison de leur âme est si froide des flammes des consolations divines, qu’ils ne peuvent s’approcher de mes divines mamelles.
Lors, mon Fils me répondit : Ma Mère bien-aimée, j’enverrai pour l’amour de vous une scintille de feu en leur maison, de laquelle on pourra allumer un grand feu. Qu’on garde, fomente et nourrisse La scintille, et qu’on en chauffe vos enfants, afin qu’ils puissent recevoir vos mamelles.
Après, la Mère parlait à l’époux, disant : celui-là pour l’amour duquel vous me priez eut une spéciale dévotion envers moi ; et bien qu’il se soit plongé en des misères infinies, il se confiait néanmoins en mon secours, et eut quelque amour envers moi, mais point envers mon Fils, ni crainte ; et partant, s’il eût été alors appelé du monde, il eût été tourmenté éternellement. Mais d’autant que je suis pleine de miséricorde, c’est pour cela aussi que je ne l’ai pas oublié ; mais il y a encore quelque espérance du bien à ma considération. S’il se voulait aider soi-même, car il a maintenant contrition des péchés commis, et volonté de s’en amender ; mais il est trop froid en la charité et dévotion ; partant, afin qu’il puisse être chauffé et recevoir mes mamelles, on doit envoyer ma scintille en son âme, c’est-à-dire, la considération de la passion de mon Fils, qu’il doit assidûment méditer.
Et de fait, qu’il considère ce que le Fils de Dieu et le Fils de la Vierge, qui est un Dieu avec le Père et le Saint-Esprit, a souffert et enduré ; comment il a été lié, souffleté ; comment on lui a craché au visage ; comment il a été fouetté jusqu’au dedans, de sorte qu’on arrachait la chair avec les fouets ; comment ayant tous les os désemboités et tous les nerfs étendus, il était pendu au gibet avec grande douleur ; comment, criant en la croix, il rendit l’esprit.
S’il souffle souvent cette bluette, il s’échauffera, et je l’appliquerai à mes mamelles, c’est-à-dire, à deux vertus que j’ai eues, savoir : la crainte de Dieu et l’obéissance ; car bien que je n’aie jamais péché, je craignais toutefois à toute heure afin que, ni par parole ne par démarche, je n’offensasse mon Dieu. Par cette crainte, j’allaiterai mon fils, savoir, la contrition de celui qui m’est dévot, pour lequel vous priez, afin qu’il se repente de ce qu’il a fait, mais encore il craindra le supplice et craindra d’offenser désormais mon Fils Jésus-Christ. J’allaiterai aussi sa volonté à la mamelle de mon obéissance, car de fait, je suis celle qui n’a jamais été désobéissante à Dieu. Je ferai donc que celui qui a été échauffé de la charité de mon Fils, obéira en tout ce qu’on lui commandera.
DÉCLARATION.
Celui-ci fut allié de sainte Brigitte et était grandement mondain ; il se convertit, et eut contrition de ses péchés par un avertissement divin. Il avait coutume de dire : Tant que j’ai eu horreur de la pénitence, je me suis senti chargé comme d’un grand et pesant faix de chaînes ; et lorsque je commençai de fréquenter les confessions, je me suis senti fort allége, et mon esprit a été fort paisible, de sorte que je ne me souciais point des honneurs et des ambitions mondaines, mais rien ne m’était si doux que de parler ou d’ouïr parler de Dieu. Celui-ci, ayant reçu les sacrements et ayant en la bouche le nom vénérable de Jésus, dit : O doux Jésus, ayez miséricorde de moi ! et s’endormit en Notre-Seigneur.
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Chapitre 21
La Sainte Vierge priant pour un défunt, son ami, Jésus-Christ lui dit que les biens que ses successeurs ont faits pour son âme, lui ont peu profité, d’autant qu’ils l’avaient fait, plus par vanité que par charité et amour de Dieu, et que néanmoins, sa peine était soulagée par les prières de la Vierge.
p.240
La Sainte Vierge Marie parle, disant
: Béni soit votre nom, ô mon Fils ! Vous êtes le Roi
de gloire et le Seigneur tout-puissant, ayant la miséricorde avec
la justice. Votre corps, qui a été engendré et nourri
en mon ventre sans péché, a été aujourd’hui
consacré pour cette âme. Je vous prie donc, ô mon très-cher
Fils ! Qu’il profite à son âme et que miséricorde lui
soit faite.
Le Fils répondit : Béni soyez-vous, ô ma Mère, bénie de toute créature, d’autant que votre miséricorde est infinie ! Je suis semblable à l’homme qui a acheté à grand prix un petit champ de cinq pieds dans lequel était caché le bon or. Ce champ est l’homme qui a cinq sens, que j’ai acheté et racheté par mon sang, dans lequel il y avait un or précieux, c’est-à-dire, l’âme créée par ma Divinité, laquelle est maintenant séparée du corps et demeure seule en terre. Ses successeurs sont semblables à un homme puissant qui, allant au jugement, crie au bourreau : Séparez avec le couteau la tête de son corps ; ne permettez point qu’il vive plus ; ne pardonnez point à son sang. De même en font-ils, car ils vont comme au jugement, quand ils prient pour l’âme de leur père ; mais on crie au bourreau : Séparez leur tête du corps. Qui est ce bourreau que le diable, qui sépare de son Dieu l’âme qui consent à ses suggestions ? Ils lui crient : Séparez, quand, ayant méprisé l’humilité, ils font par superbe le bien pour l’âme ou pour l’honneur du monde, plus que par charité et amour de Dieu.
Par la superbe, Dieu est séparé de l’homme et est uni à lui par l’humilité, car ils crient : Ne souffrez pas qu’ils vivent longtemps, quand ils ne se soucient point de bien faire pour le mort ; ils crient qu’il ne faut pardonner au sang, quand ils ne se soucient point de soulager sa grande peine, ni ne se soucient du temps qu’il y demeurera, pourvu qu’ils puissent accomplir leurs volontés ; ils ne se soucient de rien plus, tant ils sont liés aux honneurs du monde et réputent à peu ma passion.
Lors la Sainte Vierge répondit : J’ai vu votre justice, ô mon Fils, grandement sévère, à laquelle je ne m’adresse point, mais bien à votre infinie miséricorde. Partant, pour l’amour de mes prières, ayez miséricorde de celui-ci : il disait tous les jours les heures pour mon honneur, et n’imputez point à superbe les biens que ses successeurs font pour lui : ils se réjouissent, et celui-ci pleure et est puni sans consolation aucune.
Le Fils répondit : Bénie soyez-vous , ma Mère très-chère ! Vos paroles sont toutes pleines de clémence et sont plus douces que le miel ; vos paroles procèdent et sortent d’un cœur tout plein de miséricorde, c’est pourquoi vos paroles ne prêchent que miséricorde.
Celui pour lequel vous priez aura
trois sortes de miséricorde pour l’amour de vous : 1- Il sera affranchi
des mains des démons, qui l’affligent comme des corbeaux, car comme
les oiseaux, oyant quelque grand son, laissent la proie qu’ils tiennent,
à cause de la peur qu’ils ont, de même les diables quitteront,
à cause de la crainte qu’ils auront de vous, et ils ne la toucheront
désormais ni ne l’affligeront. 2- Cette âme sera transférée
d’une peine plus ardente à une moins ardente ; 3- mes anges la consoleront
; elle n’est pas entièrement affranchie ; elle a encore besoin de
secours, car vous savez et voyez la justice qui est en moi, et que personne
ne peut entrer en la béatitude, s’il n’est purifié comme
de l’or par le feu ; partant, en son temps, pour l’amour de vos prières,
elle sera entièrement affranchie.
par Valérie Pajerski
XXII.
p.242 à 245
Notre-Seigneur Jésus-Christ reçoit à miséricorde quelque évêque par les prières de sa Mère, bien qu’il fût dénué de bonnes œuvres ; mais s’étant depuis peu converti à la contrition et à une sainte résolution de mieux vivre, il l’a prévenu de miséricorde et de douceur, montrant comme il devait vivre humblement, sans cupidité et de la manière dont il doit corriger ses sujets défaillants, avec miséricorde et justice.
Le Fils de Dieu parle : Ce prélat pour lequel vous me priez, ô mon épouse ! est déjà revenu à moi en trois manières : 1- comme un homme nu ; 2- comme ayant en sa main un glaive ; 3- comme étendant la main et demandant pardon ; et moi, pour l’amour des prières de ma Mère, je me tourne vers lui, et je lui irai au-devant comme une mère à son enfant qui avait été perdu ; et bien que mes apôtres, par leurs prières, me l’aient recommandé, ils avaient néanmoins obtenu peu, d’autant que celui-ci me fut contraire, lorsqu’il eut la dignité de l’Église, ni ne se comporta pas envers elle comme prélat. Or, je l’ai revêtu maintenant, afin qu’il ne soit plus nu. Quelle est sa nudité, sinon le peu de bonnes œuvres, lesquelles, certes, doivent revêtir de l’éclat des vertus son âme qui, hélas ! paraît nue devant ma face, bien qu’elle pense être habillée ? Je lui donnerai secours maintenant par les prières de ma très-chère Mère et de mes saints, afin qu’il puisse être touché et revêtu, car il s’en venait autrement tout nu devant moi. Or, c’est lorsqu’il venait nu qu’il s’entretenait en ces pensées : je n’ai rien de bon de moi ; je ne puis rien de bien sans Dieu ; je ne suis pas digne de quelque bien, car si je savais comment je puis plaire à Dieu et qu’est-ce qui lui plaît, bien que je dusse mourir ; je le ferais franchement. Par une telle pensée, il vient nu à moi. C’est pourquoi je lui irai au-devant et je le revêtirai.
Il eut aussi le glaive en ses mains, quand il considérait la rigueur et la fureur de mes jugements, disant à part soi : Le jugement de Dieu est intolérable, et il est impossible de l’éviter ; partant, tout ce que Dieu veut de moi, je le veux librement, et ma volonté est disposée à faire la sienne ; je n’ai point de bonnes œuvres.
Que sa volonté soit faite et non la mienne. Cette pensée et cette résolution arrachèrent de mes mains le glaive de ma fureur, et lui attirèrent ma miséricorde.
En troisième lieu, il étendit sa main, quand il s’occupait en ces pensées : Je sais que j’ai péché outre mesure, et que je suis digne de la rigueur du jugement ; néanmoins, me confiant en votre bonté, j’espère secours, car vous n’avez pas méprise saint Paul persécuteur, ni rejeté Magdelène pécheresse. C’est pourquoi j’ai mon recours à
votre secours, afin que vous me fassiez selon votre grande pitié et miséricorde.
Pour cette pensée et désir, je lui donnerai ma main miséricordieuse, et je lui augmenterai ma douceur, s’il accomplit généreusement ces trois choses, car il doit : 1- chasser de lui tout orgueil et toute ostentation, et embrasser l’humilité ; 2- qu’il arrache de son cœur toute sorte de cupidités, afin qu’il se gouverne dans les choses temporelles comme un bon dispensateur qui doit rendre raison à son maître ; 3- qu’il ait soin que les péchés propres et les siens ne soient négligés, mais qu’il les corrige avec miséricorde et justice, considérant mes œuvres, de moi qui ai pardonné et fréquenté les publicains et les courtisanes, qui ai néanmoins méprisé les superbes.
N’est-il pas écrit que quelqu’un, venant à moi et disant : Maître, je vous suivrai où vous irez ? Il répondit : Non, car les renards ont des tanières ? Et pourquoi l’ai-je méprisé, si ce n’est que j’ai vu son cœur et sa volonté qui désiraient la gloire et la nourriture sans rien faire ? et partant, ma justice a voulu qu’il fût repoussé. Qu’il en fasse de même, car quiconque viendra à lui, s’humiliant et promettant de s’amender, demandant pardon, il est tenu de lui faire miséricorde. Mais celui qu’il attrapera en la volonté de croupir dans son vice ni ne voudra se convertir, il le châtiera avec modération et avec des verges ; on le changera avec de l’argent.
Qu’il prenne néanmoins garde qu’il ne fasse pas le châtiment pour assouvir sa cupidité, mais par amour et pour l’amour de la justice, et qu’il convertisse l’argent qu’il a en tels usages qu’il en puisse rendre compte à Dieu un jour, savoir, qu’il ait pris l’argent du délinquant par droit et justice, et qu’il soit employé en de bons et divins usages. Que si, ayant été puni une fois en la bourse, il ne s’amende point, qu’il le prive après du bénéfice et du plus haut degré d’honneur, afin qu’étant ainsi confus, il demeure là comme un âne, qui, portant auparavant une selle dorée, était en grande réputation et en grand mépris, et qui, quand elle lui a été ôtée, a été regardé comme s’il était insensé : de même en fais-je, moi qui suis le Créateur de toutes choses : je châtie l’homme, 1- par la tribulation temporelle ; 2- par les infirmités de corps et d’esprit, par les résistances et contradictions de sa volonté ; et si lors, il ne veut se convertir, je le laisse et l’abandonne aux peines qui lui sont dues de droit et de justice.
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Chapitre 23
p.246 manque
247 [...]
3ème para 8ème ligne:
peu de droit et de justice en votre endroit de la part du larron, et
que je voie que, de ce côté-là, il ne sera pas sauvé
si votre grande miséricorde n’y intervient, il est certainement
semblable à un enfant qui, bien qu’il ait la bouche, les yeux, les
mains et les pieds, ne peut pas pourtant parler de la bouche, ni discerner
de ses yeux entre le feu et la clarté du soleil, ni ne peut marcher
de ses pieds, ni travailler de ses mains :
de même en est-il de ce larron : il a accru, depuis sa naissance,
en œuvres du diable ;
ses oreilles ont été endurcies pour ouïr le bien
;
ses yeux ont été obscurcis pour entendre les
248:
choses futures ; sa bouche a été close à votre
louange, et ses mains ont été tout à fait débiles
aux bonnes œuvres, en sorte que toute vertu et toute bonté étaient
comme éteintes en lui ; néanmoins, il s’arrêtait sur
un pied comme en un chemin fourchu.
Or, ce pied n’est autre que son désir, qui attendait que quelqu’un
lui dît en quelle manière il pourrait s’amender, comment il
pourrait apaiser Dieu, car encore que je dusse mourir pour lui, je le ferai
franchement, disait-il. Le premier de ses pas était la crainte et
la considération de la peine éternelle ; le deuxième,
la douleur de la perte du royaume des cieux. Partant, ô mon Fils
très-débonnaire ! je vous en conjure, par votre bonté
et par mes prières, et parce que je vous ai porté en mon
sein, ayez miséricorde de lui.
Le Fils répondit : Bénie soyez-vous, ô Mère
très-débonnaire ! Vos paroles sont pleines de sapience et
de justice ; et d’autant qu’en moi sont toute justice et toute miséricorde,
je donne au larron trois biens pour trois autres qu’il m’a offert ; car
d’autant qu’il a eu un bon propos de s’amender, je lui ai montré
mon ami, qui lui montrera la vie. Pour le deuxième, c’est-à-dire,
pour la connaissance sérieuse du supplice éternel, je lui
ai augmenté la connaissance de la gravité du supplice éternel,
afin qu’il entende et ressente en son cœur combien dure et amère
est la peine éternelle. Pour le troisième, savoir, pour la
perte du royaume des cieux, j’ai illuminé son espérance,
afin qu’il fût maintenant plus sage qu’il n’avait été,
et afin qu’il eût une crainte plus discrète. Lors derechef
la Mère de Dieu parla :
249:
Béni soyez-vous, mon Fils, de toute créature, au ciel
et en la terre, que vous ayez donné ces trois choses à ce
larron par votre justice ! Maintenant, je vous supplie de lui donner aussi
votre miséricorde, car aussi vous ne faites rien sans miséricorde.
Donnez-lui donc une grâce de miséricorde en considération
de mes prières et une autre pour l’amour de votre serviteur, qui
me sollicite de prier pour ce larron ; mais donnez-lui la troisième
grâce pour les larmes de ma fille, votre épouse sainte Brigitte.
Le Fils lui répartit :
Béni soyez-vous, ô ma Mère très-chère,
Dame des anges, Reine de tous les esprits !
Vos paroles me sont très-douces et délectables comme
un vin très-bon, voire par-dessus tout ce qui se peut penser et
qu’on peut trouver en la sapience et justice.
Bénies soient votre bouche et vos lèvres, desquelles
toute miséricorde s’écoule sur les pécheurs ! Vous
êtes publiée Mère de Miséricorde, et l’êtes,
attendu que vous considérez les misères de tous, et me fléchissez
à miséricorde ; demandez donc ce que vous désirez,
car votre charitable demande ne peut être vaine.
Lors la Mère répondit : Ce larron, ô mon Fils et
mon Seigneur, est trop exposé aux dangers ; il ne se soutient que
d’un pied :
donnez-lui la grâce de pouvoir s’arrêter plus ferme ;
donnez-lui votre saint et auguste corps que vous avez pris du mien
;
votre corps est un très-salutaire secours aux infirmes ; il
rend la vue aux aveugles, l’ouïe aux sourds, redresse les boiteux
; il est le très-doux et très-fort emplâtre avec lequel
les malades guérissent souvent.
Donnez-lui cette faveur qu’il ressente en soi ce secours, qu’il se
plaise avec la fer-
fin p.249.
manque 2 para p.250 pour clore le chapitre)
par Valérie Pajerski
Chapitre 24
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est avec discrétion et que votre volonté tend à la miséricorde. C’est pourquoi je ferai miséricorde à ce larron.
La Mère répondit : Donnez-lui donc ce qui m’est si cher, savoir est votre corps et votre grâce, car ce larron en est affamé, et il est privé de tout bien. Donnez-lui donc la grâce, afin que sa faim soit rassasiée, sa faiblesse affermie, et sa volonté enflammée au bien, qui a jusques à maintenant croupi dans les ordures sans charité.
Le Fils répondit : Comme l’enfant à qui on ôte la viande meurt bientôt, de même celui-ci qui, dès son enfance, a été nourri du diable, ne pourra point revivre, s’il n’est repu de ma viande. Partant, s’il désire prendre et recevoir mon corps ; s’il désire être rafraîchi de ses fruits, qu’il s’approche de moi avec ces trois vertus, savoir, contrition des fautes commises avec volonté de s’amender et de persévérer à bien faire. Je réponds aux prières de ceux qui les font pour lui. Il faut que le larron fasse ce que je lui dirai, s’il cherche son salut : premièrement, d’autant qu’il a osé résister au Roi de gloire, pour amendement de ce forfait, il doit défendre la foi de mon Église sainte, et donner sa vie pour sa protection, s’il en est besoin, et que, comme il a auparavant travaillé pour les commodités mondaines, il en fasse de même, maintenant, afin que ma foi augmente, que les ennemis de la foi soient opprimés, et qu’il attire à la foi tous ceux qu’il pourra, par sa parole et par son exemple, comme auparavant il a retiré plusieurs du droit chemin. Je vous jure pour certain que, quand il n’aurait fait que prendre
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le bouclier pour mon honneur, avec intention de défendre la foi, il lui sera réputé pour la foi, s’il est appelé en ce point même que si les ennemis s’approchent de lui, pas un ne lui nuira.
Partant, qu’il travaille généreusement, car il a un maître puissant quand il me possède ; qu’il combatte virilement : les stipendes sont très-grandes, savoir est la vie éternelle. Pour ce qu’il a offensé les anges et tué des hommes, qu’il fasse dire tous les jours une messe de tous les saints, un an entier, où il lui plaira, donnant au prêtre qui les dire aumône pour vivre, afin que, par ses sacrifices, les anges soient apaisés et qu’ils tournent leurs yeux vers lui. Certes, un tel sacrifice les apaise, savoir, quand on prend mon corps, qui est un royal sacrifice, avec charité et humilité. Après, d’autant qu’il a ravagé le bien d’autrui, fait injure aux veuves et aux orphelins, il doit rendre humblement tout ce qu’il sait avoir injustement, priant ceux qu’il a injuriés de lui pardonner miséricordieusement ; et d’autant qu’il ne saurait satisfaire à tous ceux qu’il a injuriés et à qui il a dérobé, qu’il fasse bâtir en quelque église un autel, où il lui sera plus convenable, auquel il laisse de quoi célébrer une messe jusques au jour du jugement. Et afin que ceci demeure ferme et stable, il donnera autant de revenu qu’un chapelain puisse être entretenu. Mais d’autant qu’il n’a point eu d’humilité, il doit maintenant s’humilier autant qu’il pourra, et rappeler à la paix et concorde tous ceux qu’il a offensés autant convenablement que faire se pourra. Et quand il entendra louer ou vitupérer les péchés qu’il a commis, qu’il ne les défende jamais, ni ne se justifie, ni ne s’en glorifie jamais, mais qu’avec humilité
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il dise : Hélas ! que le péché m’a trop plu ! Hélas ! que m’a-t-il profité ? J’ai excédé trop en présomption, et si j’eusse voulu, je m’en fusse donné garde.
Partant, ô mes frères, priez Notre-Seigneur qu’il me donne l’esprit de m’en repentir, de me convertir et de m’amender. Quant à ce qu’il m’a offensé par les excès de la chair, qu’il règle son corps par une tempérance modérée. Que s’il écoute mes paroles et les accomplit par œuvres, il sera lors sauvé et aura la vie éternelle. S’il fait autrement, j’exigerai de lui jusques à la dernière maille de ses péchés, et il aura une peine plus amère de ce que je lui fais dire ceci, et il n’en a rien fait.
par Valérie Pajerski
Chapitre 25
Après trois ans, sainte Brigitte eut la suivante révélation concernant ledit larron.
Le Fils de Dieu, parlant à son épouse, lui dit : Je vous ai dit autrefois une plaisante chanson du susdit larron ; mais maintenant, je vous dis, non un cantique, mais une lamentation et malheur : S’il ne se convertit soudain de l’autre côté, il sentira horriblement les fureurs de ma justice, car ses jours seront abrégés, sa semence ne fructifiera pas ; les autres dissiperont ses richesses, et lui sera jugé comme un larron pernicieux, et comme un fils rebelle qui a méprisé les avertissements de son père.
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par Valérie Pajerski
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XXVI.
Notre-Seigneur dit à son épouse priant pour un roi, qu’il s’efforce, pour le conseil des hommes spirituels et sages, de réparer les murs de Jérusalem, c’est-à-dire, l’Église et la foi catholique, qui sont comme perdues, les murs de laquelle sont signifiés par la communauté des chrétiens, et les vases par le clergé et par les religieux.
Le Fils de Dieu parle : Que celui, dit-il, qui, de membre du diable, a été fait membre de Dieu, travaille comme ceux qui édifient les murs de Jérusalem, qui travaillaient pour le rétablissement de la loi, qui remettaient les vases qui avaient été écartés de la maison de Dieu.
Mais je me plains de trois choses : 1- que les murailles de Jérusalem sont détruites. Quelles sont les murailles de Jérusalem, sinon les corps et les âmes des chrétiens ? car de celles-la, mon Église doit être bâtie, les murailles de laquelle sont maintenant tombées, d’autant qu’elles ont fait leur volonté, et non la mienne ; elles détournent maintenant leurs yeux de moi, et ne veulent ouïr ma parole ; mes paroles leur sont insupportables, mes œuvres vaines, et ma passion leur est abominable à méditer, ma vie intolérable, et ils disent qu’il est impossible de l’imiter.
2-Je me plains que les instruments de ma maison sont transportés en Babylone. Quels sont les instruments de ma maison et mes vases divers, si ce n’est la disposition et la conversation des prêtres et des religieux ? Leur bonne
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disposition et ornement ont été transportés de mon temple en la superbe du monde eu aux volontés et plaisirs propres. Ma sapience et ma doctrine leur sont vaines, mes commandements onéreux ; ils ont enfreint mes promesses ; ils ont profané ma loi et les constitutions de leurs prédécesseurs, mes amis, et ont pour lois leurs inventions.
3- Je me plains que la loi de mes dix commandements est perdue. Eh quoi ! Ne lit-on pas en l’Évangile que, quand quelqu’un m’interrogeait, disant : Maître, que ferai-je pour avoir la vie éternelle ? Je lui répondis : Gardez mes commandements, qui sont maintenant perdus et négligés. C’est pourquoi ce roi pour lequel vous priez, doit assembler des hommes spirituels, sages de ma sagesse, s’enquérir de ceux qui ont mon esprit, et leur demander comment les murs de Jérusalem doivent être réédifiés emmi les chrétiens. Il faut que l’honneur soit rendu à Dieu, que la foi droite fleurisse, que l’amour divin soit fervent, et que ma passion soit imprimée dans les cœurs des hommes. Qu’il considère aussi comment il pourra rétablir les vases en leur premier état, c’est-à-dire, comment les prêtres et les religieux, ayant quitté la superbe, pourront embrasser l’humilité ; que les innocents aiment la chasteté, et comment les mondains pourront quitter les appétits désordonnés du monde et être lumière aux autres. Qu’il s’efforce aussi de faire aimer l’observance de mes commandements, et le tout avec force et sagesse. Qu’il assemble les chrétiens qui sont justes, afin qu’avec eux il réédifie ce qui a été détruit. En vérité, mon Église est trop éloignée de moi, de sorte que si les prières de ma Mère
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n’y intervenaient, il n’y aurait point espérance de miséricorde. Or, entre tous les états des laïques, les soldats ont plus apostasié que toute leur apostasie et supplice, comme il vous a été montré ci-dessus.
par Valérie Pajerski
XXVII.
Notre-Seigneur défend à son épouse d’ouïr des choses nouvelles, des œuvres des mondains et guerres des illustres. Hélas ! pourquoi vous occuperiez-vous de choses si inutiles et si vaines, puisque je suis le Seigneur de toutes choses, et qu’aucune délectation ne doit être chérie que la mienne ?
Que si vous vouliez ouïr les faits des seigneurs et considérer les actions magnifiques, vous devriez occuper votre esprit en la considération de mes faits, qui sont incompréhensibles et prodigieux à la pensée des hommes, et admirables à l’ouïe. Or bien que le diable meuve les grands du monde à sa volonté ; bien qu’ils prospèrent par un mien juste jugement, néanmoins, je suis leur Seigneur, et ils seront jugés par mon juste jugement. Ils ont entrepris et formé une nouvelle loi contre ma loi, et ils emploient tout leur soin à être honorés du monde, à savoir comment ils pourront acquérir des richesses, en quelle manière ils pourront accomplit leur volonté, dilater leur race. C’est pourquoi je jure en ma Divinité et humanité que, s’ils meurent en tel état, ils n’entreront point en cette terre qui était promise en figure aux enfants d’Israël, terre où découlaient le lait et le miel ; mais il arrivera comme à ceux qui désiraient les pots de
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viandes, qui mouraient d’une soudaine mort ; car comme ceux-là mouraient d’une mauvaise mort corporelle, de même ceux-ci meurent d’une mort de l’âme. Mais ceux qui font mes volontés entreront en la terre où découle le miel, c’est-à-dire, en la gloire, en laquelle il n’y a point de terre dessous ni dessus, ni de ciel plus haut ; mais moi-même, Seigneur et Créateur de toutes choses, je suis au-dessous, au-dessus, aux côtés, dehors et dedans, d’autant que je remplis toutes choses de ma gloire, et rassasie mes amis d’une gloire, non de miel, mais d’une admirable suavité, de sorte qu’ils ne désirent que moi, n’ont besoin que de moi, en qui est tout le bien. Mes ennemis ne goûteront jamais ce bien, s’ils ne se convertissent de leur méchanceté, car s’ils considéraient ce que j’ai fait pour eux ; s’ils pensaient à ce que je leur ai donné, ils ne me provoqueraient jamais de la sorte à ire et à indignation. Certes, je leur ai donné tout ce qui était nécessaire, utile et désirable, avec la due tempérance ; je leur ai permis d’avoir des honneurs avec modération.
Quiconque penserait à part soi : Puisque je suis en honneur, je veux avoir avec modération et honnêteté ce dont j’ai besoin, selon mon état. Je rendrai à Dieu honneur et révérence ; je n’opprimerai personne ; je fomenterai les moindres ; j’aimerai tout le monde : un tel, certes, me plaît en son degré d’honneur. Mais celui qui a des richesses et s’entretient en ces pensées : Puisque je suis riche, je ne prendrai rien injustement ; je ne ferai injure à pas un ; je me donnerai garde des péchés mortels, j’aiderai les pauvres : celui-ci m’est agréable en ses richesses. Mais celui qui est plongé dans les voluptés,
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s’il pense : Ma chair est fragile, ni ne pense pas me pouvoir contenir : c’est pourquoi soudain que j’aurai une femme légitime, je ne désirerai point la femme de mon prochain et me préserverai de la turpitude, celui-là me peut aussi plaire. Mais d’ordinaire, tous ceux-là préfèrent leur loi à la mienne, d’autant qu’en leurs honneurs, ils ne veulent point avoir de supérieurs ; ils ne se peuvent jamais rassasier de leurs richesses ; ils excèdent en leurs voluptés par-dessus les manières louables. Partant, s’ils ne s’amendent et ne commencent une autre voie, ils n’entreront point en ma terre, en laquelle le lait et le miel sont spirituels, c’est-à-dire, ma douceur et l’admirable assouvissement ; ceux qui les goûtent ne désirent rien de plus et n’ont besoin de rien.
par Valérie
Pajerski
XXVIII.
Une âme damnée pour de grands péchés et pour n’avoir eu douleur des plaies que Jésus-Christ souffrit en sa passion. Cette ame est damnée comme un enfant abortif. Ceux qui gardaient le sépulcre sont marques par ceux qui poursuivaient malicieusement Jésus-Christ en ses prédications, et par ceux qui le crucifiaient.
Une grande troupe paraissait être devant Jésus-Christ, à laquelle il parlait, disant : Voilà que cette âme n’est plus à moi. Elle ne s’est non plus souciée de mes plaies et de la blessure de mon cœur que si on eût percé le bouclier de son ennemi ; elle s’est autant souciée des trous de mes mains que si un drap fripé était rompu; elle a eu autant en estime les plaies de
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mes pieds que si on eût coupé une pomme pourrie.
Lors Notre-Seigneur parlait à elle, disant : Vous avez souvent en votre vie demandé pourquoi j’avais voulu mourir : Or, maintenant, je vous demande pourquoi vous êtes morte.
Elle répondit : D’autant que je ne vous ai point aimé.
Vous m’avez été, dit-il, comme un enfant abortif est à sa mère, pour lequel elle endure tout autant que s’il était vivant. De même je vous ai rachetée avec tant de prix et d’amertume comme un des saints, bien que vous vous en soyez souciée bien peu. Mais comme l’enfant abortif ne goûte point la douceur des mamelles de sa mère, ni consolation de ses paroles, ni n’est échauffé en son sein, de même vous ne jouirez jamais de la douceur ineffable de mes élus, d’autant que vous n’avez recherché autre douceur que le vôtre. Vous n’oyez jamais ma parole pour votre avancement. Les paroles de votre bouche et celles du monde vous plaisaient trop, et les paroles de ma bouche vous étaient amères. Vous ne ressentirez jamais les effets de mon amour ni de ma bonté, d’autant que vous avez été froide à faire toute sorte de biens. Allez donc au lieu où on a accoutumé de jeter les abortifs, où vous vivrez en votre mort éternelle, car vous n’avez pas voulu vivre en la lumière et en ma vie.
Après, Dieu parlait à la troupe : O mes amis, si toutes les étoiles et planètes étaient changées en langues ; si tous les saints me priaient, je ne lui ferais point miséricorde, d’autant qu’elle oblige ma justice à la damper.
Cette âme fut semblable à trois sortes de
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gens : 1- à ceux qui suivaient de malice mes prédications, afin de pouvoir trouver occasion en mes paroles et en mes faits de m’accuser et de me trahir ; ils ont vu mes bonnes œuvres et mes merveilles qu’autre que Dieu ne pouvait faire ; ils ont ouï ma sapience, ont approuvé ma vie louable et néanmoins, ils enrageaient d’envie contre moi, et ils conçurent de la haine ; mais pourquoi cela ? d’autant que mes œuvres étaient bonnes et que leurs œuvres étaient mauvaises, et parce que je n’approuvais, mais je reprenais aigrement leurs péchés : de même cette âme me suivait avec son corps, non pas par le mouvement et l’attrait du divin amour, mais icelle était traînée à me suivre encore pour paraître devant les hommes ; elle oyait mes commandements et les voyait de ses yeux ; elle prenait de là sujet de se fâcher et s’en moquait ; elle ressentait ma bonté, et elle n’y croyait point ; elle voyait mes amis profiter, et elle les envoyait, mais pourquoi ? d’autant que mes paroles et celles de mes élus étaient contre sa malice, mes préceptes et mes avertissements contre sa volupté, mon amour et mon obéissance contre sa volonté ; néanmoins, sa conscience lui dictait que je devais être honoré par-dessus tout. Par les mouvements des astres, elle entendait que j’étais son Créateur, et par les fruits de la terre et par le bel ordre et la disposition de toutes les choses, elle savait que j’en étais l’auteur ; et bien qu’elle le sût, elle s’en fâchait et abhorrait mes paroles, d’autant que je reprenais ses mauvaises œuvres.
En deuxième lieu, il était semblable à ceux qui me tuèrent, et qui disait ensemble : Fai-
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sons-le mourir sans crainte ; il ne ressuscitera point le troisième jour. Or, moi, j’avais prédit à mes disciples que je ressusciterais le troisième jour ; mais mes ennemis, les amateurs du monde, ne croyaient point que je ressuscitasse avec ma justice, et ce, d’autant que les Juifs me virent comme homme pur, et ne percèrent point jusques à la Divinité, qui était en moi : c’est pourquoi ils péchèrent, non avec tant de gravité, car s’ils eussent su que j’étais Dieu, ils ne m’eussent jamais occis.
Cette âme pensait en elle-même : Je fais ma volonté comme il me plait. Je le ferai mourir sans craindre par mes volontés et par les œuvres qui me plaisent et lui déplaisent ; elles ne me nuisent en rien : pourquoi ne les ferai-je donc ? car il ne ressuscitera pas pour juger ; il ne jugera pas selon les œuvres des hommes, car s’il voulait juger si rigoureusement, il nous eût pas rachetés ; et s’il avait tant de haine contre le péché, il ne supportait pas les pécheurs avec tant de patience.
En troisième lieu, il est semblable à ceux qui gardaient ma sépulture, qui s’armèrent et environnèrent de soldats mon tombeau, afin que je ne ressuscitasse point, disant : Gardons diligemment de peur qu’il ne ressuscite et qu’il faille le servir. De même en faisait cette âme : elle s’armait de l’endurcissement du péché, car elle gardait diligemment le sépulcre, c’est-à-dire, la conversation de mes élus, sur lesquels je me repose ; elle les gardait avec grand soin, afin que mes paroles et leurs avertissements n’entrassent en son cœur, pensant en soi-même : Je prendrai garde de n’entendre point leurs discours de peur qu’étant piqué de quelque juste
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ressentiment, je ne vienne à laisser mes voluptés, et que je n’entende ce qui déplairait à ma volonté ; et de la sorte, par la malice, il se sépara d’eux, avec lesquels la charité le devait unir.
DÉCLARATION.
Cette personne damnée fut noble et se souciant peu de Dieu. Un jour, étant à table, blasphémant les saints, éternuant, elle mourut soudain sans les sacrements, et son âme a été vue comparaître en jugement, à laquelle le Juge disait : Vous avez parlé comme vous avez voulu, et avez fait comme vous avez pu : il est donc raisonnable que vous gardiez le silence maintenant et que vous écoutiez. Répondez-moi donc, sainte Brigitte l’entendant.
Bien que je sache toutes choses, n’avez-vous pas ouï ce que j’ai dit ? Je ne veux point la mort du pêcheur, mais sa conversion. Pourquoi donc, le pouvant, n’êtes-vous pas revenue à moi ?
L’âme répondit : Certes, je l’ai ouï, mais je ne m’en suis pas souciée.
Le Juge lui dit derechef : N’avez-vous pas ouï : Allez au feu, maudits ! et venez, mes élus ! Pourquoi ne veniez-vous donc pas ?
Je l’ai ouï, dit-elle, mais je n’en croyais rien.
Le Juge lui dit encore : N’avez-vous pas ouï que j’étais juste Juge et éternellement formidable ? Pourquoi donc ne m’avez-vous pas eu en crainte ?
Je l’ai ouï, dit-elle, mais je m’aimais trop, et j’ai clos mes oreilles, afin de n’ouïr le jugement ; j’ai endurci mon cœur, afin de ne pas y penser.
Le Juge dit : Il est donc juste que la tribula-
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tion et l’angoisse ouvrent votre esprit, puisque vous n’avez pas voulu entendre quand vous le pouviez.
Lors l’âme a été rejetée du jugement, gémissant et criant : Hélas ! Hélas ! Quelle récompense ! Mais aura-t-elle fin ?
Soudain une voix a été ouïe qui disait : Comme le premier principe de toutes choses n’aura point de fin, de même votre misère n’en aura point.
par Valérie
Pajerski
XXIX.
Il est commandé à sainte Brigitte de recevoir souvent le corps de Notre-Seigneur, figuré par la manne du désert et par la farine dont la veuve rassasia le prophète. Il raconte aussi les grandes vertus, grâces et faveurs qui arrivent à l’âme qui communie comme il faut.
Je suis votre Dieu et Seigneur, la voix duquel Moïse ouït au désert au buisson, et Jean au Jourdain. Dès ce jour, je veux que vous receviez souvent mon corps, car il est le médicament et la viande qui affermit l’âme : celui qui est infirme d’esprit et débile en l’exercice de l’esprit, en est guéri et affranchi. N’est-il pas écrit que le prophète était envoyé à la femme qui le nourrissait d’un peu de farine, et que la farine ne diminuait point jusqu’à ce que la pluie tombât sur la terre ?
Je suis ce prophète en figure, et mon corps est figuré par la farine. Cette nourriture de l’âme ne se consomme point et ne diminue point, mais nourrit l’âme, et demeure sans être con-
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Sommée, car la viande corporelle a trois choses : 1-étant mâchée, elle se rend liquide ; 2-elle s’anéantit ; 3- elle nourrit pour quelque temps ; mais ma viande est, 1-mâchée quant aux accidents, et n’est point mâchée quant à la Divinité et humanité ; 2-elle n’est point anéantie, mais elle demeure la même ; 3- elle ne rassasie point pour un temps, mais éternellement.
Cette viande est préfigurée en la manne, que les anciens Pères ont mangée dans le désert ; elle est cette viande que j’ai promise en mon Évangile, et qui rassasie éternellement. Donc, le malade croît en force par la viande corporelle ; de même aussi tous ceux qui reçoivent mon corps dignement et avec bonne intention, croissent en force spirituelle. Elle est ce fort médicament qui, entrant en l’âme, l’affermit et la rassasie. Ceci est caché aux sens, et la foi le découvre à l’esprit demis. Cette viande est à dégoût aux méchants et à ceux qui goûtent les douceurs du monde, à ceux dont les yeux ne voient que cupidité, dont l’esprit ne discerne ni n’estime que les propres volontés.
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XXX.
Jésus-Christ commande à son épouse sainte Brigitte de conformer entièrement sa volonté à la volonté de Dieu, tant en prospérité qu’en adversité, car la volonté est comparée à la racine de l’arbre : que si elle est bonne, c’est-à-dire, si l’âme est bonne, elle produit de bons fruits ; que si elle est inconstante, alors elle est rongée par la taupe, c’est-à-dire, par le diable, et l’âme est lors remplie des vents des adversités, ou bien elle se sèche sous les chaleurs du soleil, c’est-à-dire, de l’amour vain du monde.
Le Fils parlait à son épouse : Bien que je sache toutes choses, dites-moi néanmoins en votre langage quelle est votre volonté.
Soudain l’ange répondit pour l’épouse, disant : Sa volonté est comme on lit : Votre volonté soit faite en la terre comme au ciel.
C’est ce que je demande, dit Notre-Seigneur, c’est ce que je veux, et c’est ce qui m’est une obéissance très-agréable. Vous devez donc, ô mon épouse, être comme un arbre bien enraciné, qui ne craint point trois sortes d’accidents : 1- Si l’arbre est bien enraciné, les taupes ne l’arracheront point ; 2- Il n’est point ébranlé par l’impétuosité des vents ; 3- Il ne sèche point par l’ardeur du soleil. Votre âme est un arbre dont la principale racine est la bonne volonté de Dieu. En vérité, de cette bonne racine pullulent autant de vertus qu’il y a de racines en l’arbre. Or, la racine de laquelle les autres dépendent, doit être forte, grosse et plus profondément enfoncée en la
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terre : de même votre volonté doit être forte en patience, grosse en la divine charité, et profondément abaissée en la vraie humilité ; et si votre volonté est ainsi enracinée, elle ne doit point craindre les taupes.
Mais qu’est-ce que signifie la taupe fouillant sous la terre, sinon le diable, qui va invisiblement, trompant et troublant l’âme ? Le diable, par sa morsure, fend la racine de la bonne volonté, si elle est constante à pâtir, et en la fendant de sa morsure, il la dissipe quand il suggère de mauvaises affections au cœur, tire votre volonté à diverses choses, et fait désirer ce qui est contre votre volonté, dit Jésus-Christ à sainte Brigitte. Mais la première racine étant empoisonnée, toutes les autres le sont, et le tronc se sèche, c’est-à-dire, la volonté et l’affection sont corrompues ; toutes les autres vertus sont empoisonnées et me déplaisent, si on ne s’amende par pénitence ; l’âme est digne d’être sujette à la domination de Satan, bien que sa volonté ne parvienne à l’effet extérieur. Que si la racine de la volonté est forte et grosse, la taupe le peut ronger, mais non pas la fendre, et lors, par la morsure, la racine devient plus forte : de même, si votre volonté est toujours forte dans les adversités et les prospérités, le diable la peut bien ronger, c’est-à-dire, il peut lui suggérer de mauvaises pensées, mais si elle y résiste et n’y consent point de volonté, lors elles ne seront point adjugées à supplice, mais bien à plus grand mérite, si on les souffre avec patience, et à plus grande sublimité de vertu. Que s’il arrive que vous tombiez par impatience ou à l’improviste, relevez-vous soudain par la pénitence et contri-
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tion, et lors je remets le péché, et donne patience et force contre les suggestions de Satan.
En deuxième lieu, si l’arbre est bien enraciné, il ne doit point craindre les impétuosités des vents. De même si votre volonté est conforme à la mienne, vous ne devez point vous soucier des adversités du monde, qui sont comme un vent, pensant en vous-même que peut-être il vous est expédient que les tribulations du monde vous fassent souffrir. Vous ne devez pas aussi vous troubler du mépris du monde ni des affronts car j’exalte et j’abaisse ceux que je veux. Vous ne devez pas vous plaindre des douleurs du corps, car je le puis guérir et blesser, et je ne fais rien sans raison et sujet. Or, celui qui a une volonté contraire à la mienne, celui-là est affligé maintenant, d’autant qu’il ne peut accomplir ce qu’il désire, et il sera encore puni en l’autre vie, à raison de sa mauvaise volonté ; que s’il résignait et consignait sa volonté en moi, il pourrait souffrir facilement toutes les adversités.
En troisième lieu, un arbre bien enraciné ne craint point les chaleurs excessives, c’est-à-dire, ceux qui ont une volonté accomplie ne se dessèchent point de l’amour de Dieu par les excès de l’amour du monde, ni ne sont pas retirés de l’amour de Dieu par l’homme corrompu. Mais ceux qui sont inconstants, leur âme est bientôt ébranlée de leur suggestion du diable, ou par les contrariétés du monde ou de l’amour vain, désirent ce qui est inutile. Partant, cet homme n’est pas un bon arbre, duquel vous pensez maintenant : La principale racine d’icelui est coupée, savoir : Votre volonté soit faite en la terre comme au ciel, car il a embrasse l’austérité de la vie con-
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Déclaration.
Une âme était présentée au juge ; elle était suivie de quatre Éthiopiens, qui dirent au juge : Voici la proie : suivons-la, et nous marquerons tous ses pas ; et étant une fois tombée en nos mains, qu’en ferons-nous ?
Le juge leur dit : Qu’avez-vous à intenter contre elle ?
Le premier Éthiopien dit : Vous, Dieu, avez dit : Je suis juste et miséricordieux par-dessus les péchés. Or, cette âme s’est en telle sorte comportée comme si elle avait été créée pour la damnation éternelle.
Le deuxième Éthiopien dit : O Seigneur, vous avez dit que l’homme devait être juste avec son prochain et ne le tromper en rien. Or, cette âme a fraudé et trompé son prochain, a changé ce qu’elle a pu, et a pris ce qu’elle a voulu, sans dessein d’en restituer rien.
Le troisième Éthiopien dit : Vous avez dit que l’homme ne doit point aimer la créature par-dessus son Créateur. Or, cette âme a aimé toutes choses fors vous.
Le quatrième Éthiopien dit que pas un ne peut entrer dans le ciel, si ce n’est de tout son cœur ; mais cette âme ne désirait rien de bon, ni les choses spirituelles ne lui plurent jamais. Mais tout ce qu’elle faisait qui avait quelque apparence que c’était pour l’amour de vous, elle le faisait afin de n’être marquée des chrétiens qu’elle n’était pas chrétienne.
Lors le Juge dit à l’âme : Que dites-vous de vous-même ?
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Elle répondit : Je vous désire toute sorte de maux, bien que vous soyez mon Créateur et mon Rédempteur, et mon cœur est entièrement endurci ; néanmoins étant contrainte, je dirai la vérité. Je suis comme un avorton aveugle et boiteux, méprisant les avertissements du père. Ma conscience profère mon jugement : il faut que je suive aux peines ceux-là dont je suivis les mœurs et les conseils en la terre.
Ces choses étant dites, l’âme est sortie de devant Dieu avec de grandes larmes. Lors la vision disparut.
A la fin de cette révélation, il est fait mention de frère Algotte, prieur et docteur en théologie, qui, ayant été trois ans aveugle et tourmenté de la pierre, finit ses jours heureusement ; car sainte Brigitte, priant pour lui afin qu’il le guérît, ouït en esprit cette réponse : Il est une étoile luisante. Il n’est pas expédient que, pour le désir de la santé, son âme soit noircie, car elle a déjà combattu, vaincu et consommé sa course. Il ne reste que la couronne, et cela ne lui sera enseigné que de cette heure ; les douleurs de la chair lui seront soulagées, et l’âme sera enflammée des feux de mon amour.
Valérie Pajerski
XXXII.
Paroles de Jésus-Christ à son épouse, lui marquant comment les parents qui élèvent leurs enfants dans les mœurs mondaines, à acquérir les honneurs et la gloire mondaine, sont désignés par les serpents qui, nourrissant leurs petits, leur enseignent à combattre avec l’aiguillon et venin mortifère.
Quand le mâle et le femelle des serpents s’ac-
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couplent, ils se communiquent le venin, et de leur nature, ils engendrent un serpent vénimeux ; mais le serpent, étant conçu, ne peut avoir vie que par ma faveur, car rien ne peut être sans moi, ni recevoir l’esprit sans ma puissance et ma vertu. Mais le serpent étant né, la mère, n’ayant point de lait pour le nourrir, se pose en telle sorte sur lui et l’échauffe tellement que peu s’en faut qu’elle ne l’étouffe. Ce serpenteau, sentant au-dessus un trop grand chaud, et au-dessous un grand froid, poussé par la nécessité, applique sa bouche à la terre, et commence à sucer et à manger peu à peu la terre. Après, sa mère le pique à la queue, pour lui enseigner de serpenter, le poussant et le retirant. Après, la mère considère le lieu où l’ardeur du soleil est, et là, elle traîne son serpenteau, allant devant lui lentement, afin qu’il apprenne à aller et à suivre ; et le voyant au soleil, la mère pense si son petit a du venin pour empoisonner, et connaissant qu’il en a, elle lui enseigne à piquer. Mais parce qu’il a l’aiguillon tendre encore, la mère pense : Si je lui donne quelque chose de dur, son aiguillon tendre sera bientôt rompu ; c’est pourquoi la mère lui apporte quelque chose de mou devant lui, et puis sa mère l’excite à la colère et à la fureur, jusques à ce que son petit serpenteau pique le corps mou, et que de la sorte il apprenne à piquer et à renforcer son aiguillon ; et l’ayant après fortifié, il pique les pierres et les corps durs, et la mère, l’ayant de la sorte instruit, le laisse.
De telle trempe est l’homme que vous connaissez : il est de fait comme un serpenteau nouveau-né, d’autant qu’il est né d’un père et d’une mère qui imitent la nature du serpent, car tous
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deux conviennent en la nature du serpent, c’est-à-dire, en la superbe damnable, qui nuit à l’âme plus que nuit au corps le venin corporel. Or, enfin, ce serpent, ayant une grande affection aux ambitions et d’inextinguibles feux de volupté, brûlait en l’amour impur de sa femelle, et elle brûlait d’une pareille volupté en lui, c’est pourquoi ils s’approchèrent ensemble, bouffis d’orgueil, ayant oublié la crainte de Dieu, et engendrèrent un serpent vénimeux d’une semence vénéneuse. Et moi, parce que je suis miséricordieux, ma justice l’exigeant de la sorte, j’ai créé l’âme. Mais d’autant que la mère n’avait point, pour nourrir son fils, les mamelles de la dilection divine, elle nourrit dessous soi, c’est-à-dire, selon l’amour du monde, et le fit élever avec les plus superbes, désirant d’une passion insatiable comment il le pourra rendre fameux parmi les grands du monde ; et l’incitant à sa ruine, il lui parle, disant : Si vous aviez ce domaine ou cette principauté, vous pourriez être semblable à votre père. Un tel honneur vous est convenable, et pour l’acquérir, vous devez faire tous vos efforts.
Un tel serpenteau, étant ainsi nourri par sa mère, échauffé aux choses terrestres, refroidi du divin amour, commence de désirer les choses terrestres, de s’y attacher, de s’y échauffer de plus en plus. Après, afin qu’il apprenne à remuer les membres et à dresser la tête, la mère le pique lors à la queue, quand elle le pousse à attirer les autres à soi par promesses, et à se les associer par paroles et faveurs ; quand elle lui commande de ne point pardonner aux bons, afin qu’il soit appelé bon, ne pardonner à sa vie, et afin qu’il soit appelé généreux, n’avoir
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point de repos, et enfin elle lui enseigne d’éterniser son nom. Elle lui enseigne de ramper et de serpenter, le conduisant aux ardeurs du soleil, quand elle l’incite à vivre superbement et dissolument, lui disant en particulier et en public : C’est de la sorte qu’ont vécu votre père et vos prédécesseurs. C’est ainsi que les grands doivent faire ; c’est une honte de vouloir être plus saint qu’eux, et c’est un déshonneur de vouloir être plus humble qu’ils n’ont été, eux, par leurs discours doux, flatteurs et emmiellés, se sont acquis les faveurs des hommes, et en se conformant à leurs mœurs, ils ont été grandement renommés. Par ces funestes avertissements, le serpent né, attiré par les vanités et les allèchements de la mère, la suit d’un péché à un autre, jusqu’à ce qu’il soit arrivé aux ardeurs de la lubricité, comme aux ferveurs du soleil ; et là où il pensait commencer ses plaisirs, là il a trouvé ses douleurs, et de là sont sortis les inquiétudes, les fureurs et les combats, qui lui ont été enseignés par la mère. Mais d’autant que la mère considérait ses infirmités et ses faiblesses en ses forces, elle commença de lui persuader ce qui est mol, savoir, l’acquisition des choses temporelles de moindre réputation, afin de là faire progrès aux honneurs médiocres qui semblent au commencement des choses douces et molles ; après, acquiesçant aux conseils envenimés, il afflige les pauvres misérables, ravissant leurs biens ; voyant qu’ils sont faibles pour leur résister, il injurie les uns, il pique par la haine les autres, il tue ses ennemis. Après, ayant affermi son aiguillon ès choses basses, étant soufflé par les ambitions de la
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mère, il commence de monter plus haut, portant envie aux plus grands, tendant aux trahisons, suscitant des querelles, semant des discordes, de sorte qu’il ne doute point d’étendre son aiguillon jusques aux injures de l’Église, si on ne s’en donne garde soigneusement et sagement.
Pour arracher la malice de cet aiguillon, il n’y a qu’un seul remède, savoir : il faut couper la langue du serpent. Or, les sages doivent discerner cette langue et la manière dont il la faut couper.
Après, Notre-Seigneur dit : Comme on transperce le drap sans qu’il s’en sente, et comme la pomme est écorchée sans que le maître s’en sente, de même ma passion et mes peines sont au cœur de ce serpent, bien qu’il ne les considère jamais, car il met sa foi en la prédestination, disant : Si Dieu a prévu que je serais damné, pourquoi ne travaillerai-je plus ? S’il a prévu que je serais sauvé, facilement il acceptera ma pénitence. Malheur à lui, s’il ne s’amende promptement, car aucun n’est damné par ma présence ! Sachez aussi que la mère de ce serpent n’aura jamais ce qu’elle désire follement, ni même ses enfants, ni sa génération ne prospérera point, voire elle mourra en l’amertume et dans le chagrin, et sa mémoire sera éteinte.
ADDITION.
Le Fils de Dieu parle,
disant : Qu’on se donne bien garde de cette espèce de serpent, et
qu’on ne se confie point à ses inventions, car le jugement de Dieu
approche, et ses jours ne seront point prolongés.
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Une autre fois, Notre-Seigneur
apparut, disant : Sachez pour certain que ces diables n’obtiendront point
ce qu’ils désirent, ni ses enfants ne prospèreront point,
ni sa mémoire ne sera point provignée en générations.
Valérie Pajerski
XXXIII.
Dieu le Père parle à son Fils, montrant comme il est semblable à l’époux, qui a tant aimé l’épouse qu’il a été crucifié pour l’amour d’elle ; mais elle a aimé l’adultère et a tué l’époux. En quelle manière sont signifiés l’âme par l’épouse, le lit nuptial par l’Église, les portes du cabinet par la volonté, l’adultère par les délectations de la chair. Il prédit aussi que l’épouse sera l’épouse de Jésus-Christ.
Le Père parle à son Fils, lui disant : Vous êtes semblable à l’époux qui a épousé une épouse belle de face et honnête en ses mœurs, l’a introduite en son lit nuptial et l’a aimée comme soi-même. De même vous, ô mon Fils, vous avez épousé une épouse nouvelle, quand vous avez brûlé de tant d’amour et de charité envers les âmes, que vous avez voulu être déchiré et mourir au gibet de la croix pour l’amour d’elles, et les avez introduites en votre sainte Église, que vous avez dédiée par votre sang, comme en un lit nuptial. Mais hélas ! son épouse est maintenant adultère ; les portes du cabinet nuptial sont closes, et au lit de la vraie épouse. L’adultère est couchée très-méchamment, qui s’entretient en ces pensées : Quand mon mari sera endormi, dépouillé dans son lit, lors je lui mettrai le poignard au sein et le tuerai, car il ne me contente point.
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Or, qu’est-ce que l’âme signifie, sinon les âmes que vous avez rachetées de votre sang, lesquelles, bien qu’elles soient plusieurs en nombre, ne sont néanmoins qu’une épouse à raison de l’unité de la foi et de la charité, et plusieurs d’icelles sont maintenant adultères, d’autant qu’elles aiment le monde plus que vous, ô mon Fils ! Elles cherchent le plaisir d’autrui, et non le vôtre. Les portes de votre cabinet nuptial, c’est-à-dire, de l’Église, sont closes. Qu’est-ce que signifient les portes, sinon la bonne volonté, par laquelle Dieu entre dans les âmes ? Elle est close comme ne contentant rien de bon, mais elles font la volonté de leurs ennemis, car tout ce qui leur plaît, tout ce qui est délectable à leur corps, c’est tout ce qu’elles désirent, honorent et poursuivent, et c’est ce qu’elles estiment être bon et saint. Mais votre volonté, qui est ce que les hommes devaient choisir avec ferveur, désirer avec ardeur et donner tout pour vous, est négligée et méprisée ; et aussi quelques-unes, par aventure, entrent quelquefois en dedans des portes de vos cabinets nuptiaux, mais ce n’est pas pour accomplir vos volontés, pour vous y aimer de tout leur cœur, mais seulement par honte des hommes, de peur d’être estimés iniques, et afin qu’elles ne soient reconnues publiquement ce qu’elles sont devant Dieu.
Si donc la porte de votre lit nuptial est mal close, et il y a plus de plaisir à fréquenter les adultères que vous, elles conspireront de vous tuer quand vous serez couché en votre lit : en vérité, c’est lorsque vous leur avez paru tout nu, quand vous avez reçu le corps des pures entrailles de la Sainte Vierge sans laisser l’humanité ; et lorsqu’ils vous voient au saint et au-
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guste sacrement, ils pensent qu’il n’y a que le seul pain, bien que vous y soyez vrai Dieu et vrai homme, que les yeux obscurcis des ténèbres du monde ne peuvent voir ne pénétrer.
Vous leur semblez encore endormi quand vous les souffrez sans les punir, et c’est ce qui les fait entrer impudemment dans votre temple, pensant en eux-mêmes : J’entrerai et je recevrai le corps de Jésus comme les autres ; néanmoins, je ferai ce que bon me semblera quand je l’aurai reçu, car que me profite ou nuit-il de le recevoir ou de ne le recevoir pas ? Hélas ! qu’ils sont misérables ! car lors ils vous tuent en quelque manière dans leurs cœurs, afin que vous ne régniez pas en eux, bien que vous soyez immortel, et en tout lieu, par la puissance de votre Divinité.
Mais parce qu’il n’est pas décent que vous soyez sans une bonne épouse, c’est pourquoi j’enverrai mes amis, afin qu’ils vous amènent une épouse très-pure, belle, nouvelle, honnête en mœurs, désirable, et qu’ils l’introduisent en votre lit nuptial. Or, ces miens amis seront aussi prompts que des oiseaux, d’autant que mon Esprit les conduira ; ils seront forts comme ceux devant les mains desquels les murailles sont renversées. Ils seront magnanimes comme ceux qui ne craignent point la mort et sont prêts à donner leur vie. Ceux-ci vous amèneront une épouse nouvelle, c’est-à-dire, les âmes de mes élus, et ce avec grand honneur, éclat, dévotion et charité, avec labeur et persévérance invincible. Je suis celui qui parle maintenant, qui ai crié au Jourdain et au désert : Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Mes paroles seront bientôt accomplies.
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XXXIV.
La Mère de Dieu déclare à l’épouse par une similitude comment la Sainte Vierge impétra de son Fils les paroles de ce livre, pour servir de prière, et s’applique aux élus qui sont au monde. Ces paroles promettent malédiction aux superbes, miséricordes aux humbles. Ce livre contient encore des paroles par lesquelles il est donné pouvoir à certaines personnes de chasser les démons, et d’accorder ceux qui ont dissension, spécialement les rois de France et d’Angleterre.
La Sainte Vierge Marie dit : Mon Fils est semblable à un roi qui a une cité en laquelle il y a soixante-et-dix princes. En tout ce domaine, il n’y en avait qu’un seul qui était fidèle au roi. Lors les fidèles, voyant que les infidèles n’attendaient que la mort et la damnation, écrivirent à une dame très-familière au roi, la priant de prier Dieu pour eux, et qu’elle dît au roi qu’il leur écrivît quelques avertissements par lesquels ils retournassent à leur devoir. Elle parla au roi de l’importance du salut des infidèles ; le roi lui dit : Il ne leur reste que la mort, et ils en sont dignes. Néanmoins, en considération de vos prières, je leur écrirai deux mots.
Au premier sont trois choses : La damnation qu’ils méritent ; 2- la pauvreté et la confusion ; 3- la honte et la confusion comme à des pourceaux.
Le deuxième mot est que celui qui s’humiliera aura la grâce et jouira de la vie.
Mais quand la lettre où étaient ces deux
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paroles, fut parvenue à ces infidèles, quelques-uns d’entre eux dirent : Nous sommes aussi forts que le roi, et partant, défendons-nous. Les autres dirent : Nous ne nous soucions point de la mort ni de la vie, nous en négligeons l’évènement. Les autres dirent : Aussi, tout ce que nous avons ouï est faux et controuvé ; cette lettre n’a jamais été de la bouche et de l’intention du roi.
Ayant donc ouï ces réponses, ces fidèles écrivirent à ladite dame familière du roi, disant : Ces infidèles ne croient point aux paroles du roi ni aux nôtres, c’est pourquoi demandez au roi qu’il leur envoie un signe signalé, afin qu’ils croient que la lettre est du roi.
Ce que le roi oyant, dit : Deux choses appartiennent spécialement au roi, la couronne et le bouclier. Personne ne peut porter la couronne royale que le roi. Le bouclier du roi pacifie et réconcilie ceux qui ont débat entre eux. Je leur enverrai donc ces deux choses, pour voir s’ils se convertiront de leur malice et s’ils croiront à mes paroles.
Ce roi ne signifie que mon Fils, qui est Roi de gloire, Fils de Dieu éternel et le mien. Il a le monde auquel il y a soixante-dix langues comme autant de domaines, et en chaque langue, un ami de mon Fils, c’est-à-dire, il n’y a point langue en laquelle mon Fils n’ait quelque ami, qu’on signifie néanmoins en un, à raison de l’unité de foi et d’amour. Mais moi, je suis la Dame très-familière au roi, et mes amis, voyant les misères du monde, m’ont envoyé leurs prières, me suppliant d’apaiser mon Fils irrité contre le monde, mon Fils qui, étant fléchi par mes paroles et celles des saints, a envoyé au monde ces
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paroles de sa bouche, qui étaient presçues de toute éternité ; et afin que la cruauté et mécréance des hommes ne pensassent que c’étaient des paroles controuvées, j’ai impétré la couronne et le bouclier du Roi, en signe, la couronne pour la puissance qui sera donnée à un sur les esprits immondes ; le bouclier pour les ouvrages de la paix, qui seront donnés à un autre, savoir, réformer et pacifier les cœurs à un cœur, et la mutuelle charité. Or, les paroles de mon Fils ne sont quasi que deux mots, savoir, malédiction contre ceux qui s’endurcissent, et humilité à ceux qui s’humilient.
Ces choses étant dites, le Fils parlait à la Mère : Bénie soyez-vous comme une mère qui est envoyée afin de prendre une épouse pour son Fils ! C’est aussi ainsi que je vous envoie à mes amis, afin qu’ils unissent les âmes à moi par un mariage spirituel, tel qu’il est décent et convenable à Dieu. Partant, en considération de votre grande miséricorde et du fervent amour dont vous aimez les âmes, je vous donne autorité sur cette couronne et ce bouclier, afin que, non-seulement vous la puissiez communiquer à deux, mais à ceux auxquels vous voudrez. Vous êtes pleine de miséricorde, et partant, vous attirez toute ma miséricorde sur les pécheurs. Bienheureux soit celui qui vous servira, car il ne sera délaissé ni en la vie ni en la mort !
Après, la Mère de Dieu parla à l’épouse : Il est écrit que saint Jean-Baptiste alla au-devant de la face de mon Fils, lequel tout le monde ne vit pas, d’autant qu’il était retiré dans les déserts : de même je vais au-devant du jugement effroyable de mon Fils avec miséricorde et clémence. Dites donc de ma part à celui qui a la
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couronne que toutes fois et quantes qu’il ressentira en soi l’Esprit d’amour et de ferveur de mon Fils, et que le mauvais esprit le vexera, il dise ces paroles :
Dieu le Père, qui êtes avec le Fils et le Saint Esprit, Créateur de toutes choses et Juge d’icelles ; qui avez envoyé votre Fils au sein de la Vierge pour notre salut. Je te commande, ô esprit immonde ! je te commande de sortir, pour sa gloire et pour les prières de la Sainte Vierge, de cette créature de Dieu, au nom de celui qui est né de la Vierge, Jésus-Christ, un Dieu, qui est Père, Fils et Saint-Esprit.
Après, on dira de ma part à l’autre qui a le bouclier : Vous m’avez envoyé souvent comme votre messager à Dieu, et j’ai prié souvent mon Fils pour vous. Or, maintenant, je vous prie d’aller, vrai messager, au souverain chef de l’Église, car bien que Lucifer y soit, néanmoins, les paroles de mon Fils y seront accomplies selon da volonté. Mais quand il sera arrivé en France, ayant assemblé les princes, qu’il leur dise devant eux ces paroles : Que Dieu, qui est avec le Père et le Saint-Esprit, Créateur de toutes choses, qui a daigné descendre dans les entrailles de la Sainte Vierge, et unir l’humanité au Verbe, sans se séparer de la Divinité ; qui a eu un si grand amour envers la créature, que, voyant la lance, les clous aigus et tous les instruments de mort devant soi, il aima mieux mourir, souffrir toutes les peines horribles, avoir les nerfs déchirés, les mains et les pieds percés, que de se départir de l’amour qu’il portait à l’homme ; que Dieu, par sa passion, vous réunisse tous en un cœur, dont vous êtes depuis si longtemps séparés ; enfin qu’il lui propose les pei-
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-nes horribles de l’enfer, les joies indicibles des justes, et les supplices des mauvais, comme mon Esprit le lui a inspiré.
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XXXV.
Notre-Seigneur montre à l’épouse la manière dont un moine était purifié en cette vie par les infirmités du corps, et sa gloire était manifestée sous espèce d’une étoile. En quelle manière l’âme damnée d’un autre religieux était attendue par neuf démons devant le prince des démons ; et il lui est rendu raison pourquoi les mauvais religieux sont tolérés de Dieu.
Le Fils de Dieu parlait à l’épouse : Vous avez vu, dit-il, l’âme de ce moine rayonnante comme une étoile, et à bon droit, car il était luisant et ardent en sa vie comme une étoile, et il m’a aimé par-dessus toutes les créatures. Il a vécu en l’observance et en la fidélité de ses résolutions. Cette âme aussi vous était montrée avant qu’elle mourût en cet état, où elle était avant qu’elle fût arrivée au dernier période de sa vie, et quand les signes évidents de la mort commençaient à paraître.
Cette âme donc, s’approchant du dernier période de sa vie, vint en purgatoire, et ce purgatoire était son corps, dans lequel elle était purifiée par le feu de ses douleurs et de ses infirmités. Et c’est pourquoi elle vous était montrée comme une étoile enclose dans un vase, et cela, pour montrer comme elle avait brûlé des feux de mon amour ; c’est pourquoi elle est mainte-
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nant en moi et je suis en elle ; car si une étoile venait en un feu très-lumineux, elle ne paraîtrait pas plus éclatante, de même ce religieux enclos en moi et moi en lui d’une manière ineffable, se réjouira de cette joie qui n’a point de fin. Or, étant en purgatoire, il brûlait d’un si grand amour en mon endroit, et moi envers lui, qu’il réputait la véhémence de la douleur très-légère. Sa joie a commencé en tristesse et a fait son progrès en l’éternité. Ce que le diable regardant, et voulant trouver en elle quelque formalité de droit pour l’amour qu’elle m’avait porté, il eût volontiers donné toutes les âmes pour celle-ci.
Une autre âme vous était montrée, que le diable possédait par neuf sortes de droits. Je vous ai montré son jugement ci-dessus ; maintenant, je vous veux montrer son supplice, et comme toutes choses se sont passées en un point devant Dieu, bien que, pour votre intelligence, elles ne puissent être représentées que corporellement.
Cette âme donc étant parvenue au supplice, soudain sept démons allèrent au-devant de leur prince, disant : Cette âme est à nous. Le démon de superbe disait en premier lieu : Elle est mienne, d’autant qu’elle n’a réputé personne être légal, et a autant voulu être sur les autres que je le suis.
Le démon de cupidité disait : En deuxième lieu, elle n’a jamais pu être assouvie comme moi : partant, elle est à moi.
Le troisième démon de rébellion disait : Cette âme était liée et obligée à l’obéissance ; mais elle a été en tout rebelle à Dieu et obéissante à la chair : partant, elle est à moi.
Le quatrième démon de la gourmandise di-
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-sait : elle a excédé à manger ès heures illicites, comme je lui suggérais, et n’a point voulu l’abstinence : partant, elle est à moi.
Le cinquième démon de vaine gloire disait : Elle a chanté pour la vaine gloire et ostentation ; et lorsque la voix lui manquait, elle se fâchait, et lors, j’élevais sa voix et l’aidais à chanter plus haut : partant, elle est à moi.
Le sixième démon de propriété disait : Elle devait être pauvre au monde et n’avoir rien de propre ; mais au contraire, elle amassait comme une fourmi tout ce qu’elle pouvait, et le possédait sans l’avoir demandé à son supérieur : partant, elle est à moi.
Le septième démon, qui est le mépris de la religion, disait : Elle était obligée d’observer en certain temps, et toutes ses actions, les temps ordonnés ; mais au contraire, elle avait tout déréglé : elle mangeait et buvait quand elle voulait ; dormait, veillait, parlait quand il lui plaisait, et le tout sans discipline régulière : partant, elle est à moi.
Lors, le prince des démons disait : Par exemple, vous, ô esprit de superbe ! d’autant que vous l’avez possédée dedans et dehors, entrez en elle ; et partant, entrez en elle, et serrez-la si fortement que, si elle avait le corps, le cerveau et la moelle des os, les yeux, les os et les jointures, tout s’écoulât et se fracassât.
Il dit au deuxième démon : Esprit de cupidité, vous l’avez possédée selon votre désir, et elle n’était jamais rassasiée : partant, entrez en elle avec un venin très-ardent, et comme un plomb fondu, brûlez-la si misérablement qu’elle en soit et tout et partout affligée sans fin et sans repos.
Il dit au troisième diable : Esprit de rébellion,
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Vous l’avez possédée en tout, et elle vous a plutôt obéi qu’à Dieu : partant, entrez en elle comme un glaive très-aigu, et demeurez en elle sans en sortir, comme un glaive qui perce le cœur, qui ne peut sortir.
Il dit au quatrième démon, c’est-à-dire, à l’esprit de gourmandise : Elle a consenti à toutes les intempérances : partant, brisez-la de vos dents et déchirez son cœur, afin que les sept esprits ci-dessus mentionnés en aient chacun sa part, et qu’ils l’affligent sans cesse et sans la consommer.
Il dit au cinquième démon de vaine gloire : Entrez en elle, et ne permettez pas qu’en toute sa vie, elle jouisse tant soit peu de quelque repos ; et pour la vanité du chant, ne sortez jamais de sa bouche. Toute la joie qu’elle cherchait au monde sera changée en pleurs et misères éternelles.
Il dit au sixième diable : Esprit de propriété, entrez en elle avec l’amertume, et faites qu’elle ne jouisse jamais d’aucun contentement ; mais en son lieu, elle sera riche des confusions éternelles, des damnations horribles, et des malheurs qui n’auront jamais de fin.
Il dit au septième diable, c’est-à-dire, à l’esprit de mépris de religion : D’autant qu’elle a aimé et pratiqué le dérèglement, qu’elle ait un temps tout déréglé, où la rigueur du froid et l’ardeur du chaud ne finiront jamais.
Lors soudain en un moment apparurent deux démons devant le prince des diables, disant : Nous avons aussi part en cette âme. Le premier dit : Cet homme fut un prêtre, et il n’a pas vécu comme un prêtre, et partant, il est ma part.
Le deuxième démon dit : Il avait en sa tête
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quelque lieu où la couronne de gloire devait être posée, et il ne l’a pas eue, et partant, il est à moi.
Le prince des démons répondit et dit : Qu’on lui change le nom de prêtre et qu’il soit appelé Satan. Et d’autant qu’il a négligé d’avoir la couronne de gloire, qu’on pose en sa place l’opprobre de malédiction et de déjection éternelle.
Après, Notre-Seigneur parlait à son épouse : Voici, mon épouse, quelle est cette récompense et combien elle est différente de l’autre : ces deux âmes ont été d’une même profession, mais bien inégales en leur récompense. Ne savez-vous pas pourquoi je vous montre ces choses ? Certainement, c’est afin que les bons soient récompensés, et que les mauvais, sachant cet horrible jugement, ses convertissent. En vérité je vous dis que les hommes de cette profession se retirent grandement de moi, comme vous le pourrez entendre par un exemple.
Je suis semblable au père de famille qui a pris des ouvriers auxquels il a commis le fossoir pour cultiver la terre, la pelle pour nettoyer les fossés, et le vase pour transporter la boue. Mais les ouvriers, méprisant le commandement de leur maître, rapportèrent les ustensiles à leur Seigneur, et dirent : Le fossoir n’est point aigu et la terre est trop sèche, et nous ne pouvons point travailler en icelle ; le balai est trop faible et le vase trop pesant : nous ne le saurions porter.
Ces professeurs en font de même, car je leur ai commis comme à ceux qui cultivent la terre, la parole pour la prêcher, et la puissance de cultiver les cœurs par la terreur de mes jugements ; mais hélas ! ils ne s’en servent point, mais ils les méprisent et en prennent d’autres, d’au-
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tant qu’ils emploient mes paroles et mon institution au soulagement du corps, à plaire aux hommes et à s’enrichir de plus en plus ; les cœurs des hommes sont maintenant trop durs, et les paroles de Notre-Seigneur moins aiguës pour exciter la dévotion : et partant, ils proposent aux hommes des sujets agréables ; ils cachent ma justice ; ils dissimulent de reprendre les péchés, en quoi ils font que les pécheurs croupissent confidemment en leurs péchés, et s’en repentent avec moins de douleur.
En deuxième lieu, je leur ai commis le balai pour nettoyer la terre du fossé, c’est-à-dire, je voulais qu’ils aimassent l’humilité et la pauvreté, mais elle est maintenant trop faible, car ils disent : Si nous ne voulons rien avoir, comment vivrons-nous ? Si nous sommes entièrement humiliés, qui nous retirera ? Trompés donc et déçus de ce faux prétexte, ils sont autant superbes sur les autres qu’ils devraient être humbles.
Je leur ai encore donné un vase pour porter la terre, c’est-à-dire, afin qu’ils pratiquassent l’abstinence des choses corporelles ; mais ils ont jeté ce vase à mes pieds, disant : Si nous voulons vivre en mêmes labeurs que nos pères, nous défaudrons et seront méprisés du tout en cette abstinence, de sorte donc que tout ce qu’il y a de bon dans la religion leur est pesant, et ils font ce que bon leur semble.
Or, qu’est-ce que je dois faire, mes instruments étant jetés par terre, et eux refusant de travailler ? Certainement je leur dirai : Vivez selon votre volonté, faites vos œuvres propres, et vous trouverez votre fruit ; ayez l’honneur du monde pour l’honneur éternel, ses richesses et son amitié pour les choses célestes,
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les voluptés du siècle pour les délices qui n’auront jamais de fin. Je jure en ma vérité que si je n’avais égard à deux biens qui me les font souffrir, une maison de ceux-là ne demeurerait pas sur pied : le premier est la prière de ma très-chère Mère, qui me prie incessamment avec leur patron ; le second est ma justice, car bien que je sois tenu de leur faire aucune miséricorde à raison de leur malice, néanmoins, pour les offrandes qui me sont agréables, je les tolère, car elles sont comme des instruments qui profitent aux autres ; car de leur chant et prédication, les autres sont excités de plus en plus à la dévotion, et prennent sujet et occasion de profiter ; mais ceux-là s’abaissent jusques aux fondrières infortunées, d’autant que, non pour l’éternité, mais véritablement pour le lucre, ils sont serviteurs ; et peu s’en trouvent d’autres, et si peu qu’à peine s’en trouve-t-il un sur cent !
DÉCLARATION.
Une âme apparut, revêtue du scapulaire et horriblement difforme en tout. Lors Jésus-Christ dit : Quelque peuple ouït le peuple d’Israël remporter la victoire partout, et craignant de lui être sujet, envoya des légats ayant aux pieds de vieux souliers, et du pain fort dur en leurs sacs, afin qu’en mentant, ils feignissent d’être des terres les plus lointaines. Mais la vérité étant connue, ils furent réduits en perpétuelle servitude.
De même plusieurs religieux, feignant de ne l’être pas, servent le monde sous l’habit de religion, sont exclus de l’héritage éternel, du nombre desquels est celui-ci, dont l’âme est possédée du diable par neuf sortes de droits.
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1-D’autant qu’étant superbe, il se préfère aux autres, faisant semblant d’être vertueux, étant néanmoins tout plein de vices.
2-D’autant qu’il désirait ce qu’il voyait, n’étant pas content du nécessaire.
3-D‘autant qu’il obéit seulement à ce qui le contente ; le reste, il le fait par contrainte, ou il cherche l’occasion de fuir.
4- D‘autant qu’il se plaît à l’intempérance, compagne de ceux qui font un Dieu de leur ventre.
5- D‘autant qu’il cherche à être loué de tous, et non de Dieu ; c’est pourquoi il prêche des choses sublimes, chante les hauts accords, fait des choses signalées.
6- D‘autant qu’il se glorifie dans les choses superflues et a un habit étranger, la propriété duquel devait être la vraie pauvreté.
7- D‘autant qu’il ne se réglait pas aux heures, mais suivait en tout les désirs de la chair.
8- D‘autant qu’il allait à l’autel impudiquement et effrontément, sanctifiant et absolvant les autres, et lui, croupissant dans les liens du péché, et étant en tout digne de répréhension.
9- D‘autant qu’indignement il porte le signe de gloire en sa tête, ayant confédération et alliance avec mon ennemi : partant, s’il ne s’amende, il boira et sentira les rigueurs de ma justice.
Elle répondit : O mon Dieu ! Il dit les messes, il prêche, et ses prédications agréent à plusieurs : Peut-il donc être ailleurs qu’en votre Esprit ?
Notre-Seigneur répondit : Ses prédications sont de mon Esprit ; mais quand il ne prêche point avec charité ni avec la pure intention avec lesquelles un prédicateur doit prêcher, il n’a pas
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l’effet de la prédication ; et lors mon Esprit n’opère point en lui ; il mâche le fourrage, il suce la queue du serpent et cherche les fleurs périssables.
Lors elle repartit : O Seigneur, je n’entends pas ce que vous dites : partant, expliquez-le moi, je vous en supplie.
Notre-Seigneur lui dit : Lors il mâche le fourrage, quand pain éternel ne lui est point à goût, quand la divine sapience n’entre point dans son cœur, ma sapience qui dit : Venez à moi, humbles, et je vous réfectionnerai. Or, lors il suce la queue du serpent, quand la boisson de la divine intelligence ne lui est point à goût, mais bien la prudence du diable, qui dit : Mangez, et vos yeux vous seront ouvert. Il cherche les fleurs périssables, quand il ne se soucie point du fruit de la divine et éternelle douceur, mais a incessamment en la bouche les paroles du monde et de la chair.
Valérie Pajerski
XXXVI.
Notre-Seigneur Jésus-Christ révèle à son épouse comment, à raison de trois biens qui étaient aux cœurs vides et purs des apôtres, le Saint-Esprit y a été envoyé en trois manières. Comment le Saint-Esprit n’entre point dans les cœurs des hommes pleins de cupidité et de superbe. Notre-Seigneur veut que le vin des paroles de ce livre soit communiqué à ses amis, lesquelles paroles seront ensuite publiées aux autres.
Pour le jour de la sainte Pentecôte.
Je suis celui qui vous parle à vous, qui, un
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tel jour, ai envoyé à mes apôtres le Saint-Esprit, qui est venu à eux en trois manières : 1-comme un torrent ; 2-comme un feu ; 3- en espèce de langues.
Or, il est venu à eux, les portes étant closes, d’autant qu’ils étaient retirés, et ils avaient trois sortes de biens, car 1-ils avaient la volonté de garder la chasteté et de vivre chastement en tout ; 2- ils avaient une profonde humilité ; 3- tout leur désir était envers Dieu, d’autant qu’ils ne soupiraient qu’après lui. Ils étaient comme trois vases purs et vides, c’est pourquoi le Saint-Esprit descendit en eux et les remplit. Il vint comme un torrent, les remplissant entièrement de sa douceur et de sa divine consolation. Il vint comme un feu, car il enflamma tellement leurs cœurs des ferveurs du divin amour, qu’ils n’aimaient et ne craignaient que Dieu. En troisième lieu, il vint en espèce de langues, car comme la langue est dans la bouche, et que néanmoins elle ne nuit point la bouche, mais est utile pour parler, de même le Saint-Esprit, étant dans leurs âmes, ne leur faisait désirer autre que lui-même ; la sapience divine les avait rendus éloquents, la vertu du Saint-Esprit, faisant l’office de la langue, disait toute vérité.
Donc, ces vases, étant vides, et d’ailleurs, grandement désireux, furent dignes de recevoir le Saint-Esprit, car il n’entre point en ceux qui sont remplis et pleins. Or, ceux-là sont remplis qui ont leur cœur rempli de péchés et de vilenies, et ceux-là sont comme trois vases sales : le premier est plein de fiente si puante des hommes que personne n’en peut souffrir la puanteur ; le deuxième est plein comme de la corruption et pollution très-vile, que personne ne peut
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goûter ; le troisième est plein de sang très-corrompu et pourri, que pas un ne peut regarder à raison de l’abomination. De même les méchants sont pleins des abominations et des cupidités du monde, qui sont puantes devant ma face et devant celles de mes saints, bien plus que la fiente des hommes, car que sont les choses temporelles, sinon fiente ? Les misérables se plaisent en cette méchante vilenie.
Au deuxième vase, il n’y a que luxure et incontinence en toutes ses œuvres ; cette incontinence m’est plus amère que la corruption. Je ne souffrirai point cela, et encore moins entrerai-je en eux par ma grâce. Comment pourrais-je, moi qui suis la pureté même, entrer en ces corrompus ? Comment moi, qui suis le vrai feu de la vraie dilection, enflammerais-je ceux qu’un grand feu de luxure enflamme ?
Le troisième est de superbe : elle m’est comme un sang corrompu, car c’est elle qui corrompt les hommes au-dedans et au dehors, ôte la grâce que Dieu donne, et rend l’homme abominable devant Dieu et le prochain. Or, celui qui sera rempli de la sorte, ne pourra être rempli de la grâce du Saint-Esprit.
Or, je suis comme un homme qui a du vin à vendre, lequel, en voulant boire, en donne plutôt à ses amis et à ses familiers pour le goûter, et après, le fait crier par les carrefours, disant que ce vin est bon, que qui en voudra vienne : de même, j’ai un vin très-bon, c’est-à-dire, une douceur ineffable, laquelle j’ai fait goûter à mes amis, qui ont ouï les paroles qui procèdent de ma bouche. Entre tous ceux qui croyaient que le vin était bon, était celui qui est venu à moi ce jourd’hui, ayant comme trois vases à
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remplir, car il est venu ayant la volonté d’être continent, de se retirer de la vanité, de s’humilier profondément et de désirer tout ce qui me plaît. C’est pourquoi j’ai aujourd’hui rempli ses vases, car 1-il sera plus éclatant par ma sapience divine, plus éclairé pour comprendre mes mystères, et plus prompt à la contemplation qu’auparavant. 2-Je l’ai rempli de charité, et il sera plus fervent que jamais à tout bien. 3-Je lui ai donné une crainte discrète, de sorte qu’il ne craint que moi et ne cherche que ce qui me plaît. Afin donc qu’il sache appeler les autres à goûter mon vin, qu’il écoute les paroles que j’ai prononcées, qui sont écrites, afin qu’ayant oui combien je suis charitable et juste, il ait autant de soin d’appeler les autres à goûter la douceur de mon vin incomparable.
DÉCLARATION.
Ce frère suivait sainte Brigitte au voyage de Saint-Jacques. Il vit en esprit sainte Brigitte comme couronnée de sept diadèmes, et vit le soleil comme tout noirci ; de quoi s’étonnant, il ouït une voix qui lui disait : Ce soleil obscurci signifie le prince de votre terre, qui ayant relui comme un soleil, sera méprisé par l’opprobre des hommes ; et cette femme que vous voyez aura l’épi d’une grâce de Dieu septuple, laquelle est signifiée par la couronne septuple que vous avez vu, et ceci vous sera en signe que vous serez guéri de cette infirmité. Vous retournerez aux vôtres et serez élevé à une plus grande dignité.
Etant retourné, il fut fait abbé, faisant progrès de vertu en vertu.
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XXXVII.
La Sainte Vierge parle à l’épouse. En quelle manière la Sainte Vierge est saluée de quatre sortes d’hommes : des vrais amis par amour, des autres par crainte de la peine, des autres pour être riches, des hypocrites par la présomption d’obtenir pardon. Les deux premiers sont récompenses entre les spirituels, le troisième temporellement, le quatrième abominablement.
La Sainte Vierge Marie disait : Il y a quatre sortes de gens qui me servent : les premiers sont ceux qui laissent en mes mains leur volonté, leur conscience et tout ce qu’ils font pour mon honneur ; leur salutation m’est agréable comme une boisson très-douce.
Les deuxièmes sont ceux qui craignent la peine, et par la crainte, péché. Je leur donne, s’ils persévèrent, la diminution de la mauvaise crainte, l’accroissement de la vraie charité, et la science par laquelle ils apprennent à aimer Dieu avec raison et sagesse.
Les troisièmes sont ceux qui élèvent éminemment mes louanges ; mais ils n’ont autre affection ni intention, sinon que les richesses et les honneurs temporels leur soient accrus. Et partant, comme un seigneur à qui on envoie quelque don, et qui en renvoie un égal, de même, d’autant qu’eux demandent des choses temporelles ni ne désirent rien si chèrement, je leur donne ce qu’ils demandent, et je les récompense en cette vie présente.
Les quatrièmes sont ceux qui feignent d’être
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Bons, et néanmoins, ont le péché en délectation, car ils pêchent en secret quand ils peuvent, de peur qu’il ne semble aux hommes que soudain qu’on implore la Sainte Vierge, on obtient soudain le pardon ; leur voix me plaît comme le son d’un vase argenté par dehors, et qui, au dedans, est plein de fiente très-puante que personne ne peut souffrir. Tels sont quelques-uns par la mauvaise volonté qu’ils ont de pécher.
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XXXVIII.
Notre-Seigneur Jésus-Christ dit à son épouse qu’il y a deux esprits, l’un bon et l’autre mauvais. Or, les signes du Saint-Esprit sont la douceur de l’esprit et la gloire ; et les signes du mauvais esprit sont l’anxiété et l’inquiétude de l’esprit procédant de la cupidité ou de la colère.
Le Fils de Dieu parle à son épouse, disant : Le bon esprit est au cœur de l’homme. Or, quel est ce bon esprit, sinon Dieu ? qu’est Dieu sinon la gloire et la douceur des saints ? Dieu est en eux, ils sont en lui ; et lors ils ont tout le bien quand ils ont Dieu, sans lequel rien n’est bon. Partant, celui qui a l’Esprit de Dieu a Dieu, et toute la milice céleste et tout bien ; Semblablement, quiconque a le mauvais esprit en soi, a tout le mal en soi. Or, quel est cet esprit mauvais, sinon le diable ? Or, le diable n’est que peine et tout mal. Celui donc qui a le diable a en soi la peine et tout le mal. Or, comme l’homme de bien ne ressent point d’où ou comment est versées en soi la douceur du Saint-Esprit, ni ne la peut goûter parfaitement, bien
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qu’en partie, de même
l’homme mauvais, quand il est angoissé par les cupidités,
quand il soupire après les ambitions, quand il est blessé
de colère, ou corrompu par la luxure ou d’autres vices, a une peine
du diable et un indice de l’éternelle inquiétude, bien qu’en
cette vie, on ne puisse la comprendre comme elle est. Malheur à
ceux qui adhèrent à cet esprit !
Valérie Pajerski
XXXIX
L’épouse voyait que le démon présentait au jugement divin sept livres contre l’âme d’un soldat décédé ; mais le bon ange présenta pour lui un livre où l’âme n’était point damnée éternellement, d’autant que, le diable l’ignorant, elle s’était repentie intimement à la fin de ses jours. Elle est néanmoins condamnée, dans le purgatoire, à sept peines, à raison de ses péchés, jusques au jour du jugement, car elle avait autant désiré de vivre. Mais Jésus-Christ révèle trois remèdes par lesquels elle pourrait être affranchie plus tôt ; et de fait, soudain trois peines lui ont été remises par les prières de la Sainte Vierge et des saints. La supplication du bon ange ne fut pas soudain exaucée, mais différant à quelque temps, Jésus-Christ la met en délibération.
Un démon apparut au jugement divin, qui tenait une âme d’un décédé toute tremblante comme un cœur pantelant. Ce démon dit alors au Juge : Voici de la proie. Ton ange et moi avons suivi cette âme depuis sa naissance jusques à la fin de ses jours, mais lui pour la con-
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-server, et moi pour la ruiner. Tous deux nous la guêtions comme des chasseurs ; mais néanmoins, elle est à la fin tombée en mes mains, et pour la gagner à moi, je me suis comporté avec toute sorte d’impétuosité, comme un torrent quand la brêche est faite, à qui rien ne résiste, sinon quelque digue, c’est-à-dire, votre justice, laquelle n’est pas encore éprouvée contre cette âme ; c’est pourquoi je ne la possède pas encore assurément. Je la désire aussi avec autant d’ardeur qu’un animal affamé, voire si enragé de faim qu’il mange ses membres. Donc, d’autant que vous êtes juste Juge, pourquoi est-elle plutôt tombée en mes mains qu’en celles de son ange ?
Le Juge répondit : d’autant que ses péchés sont en plus grand nombre que ses bonnes œuvres.
Puis le Juge demanda : Montrez lesquelles.
Le démon répondit : J’ai un livre tout plein de ses péchés.
Le Juge lui dit : Quel est le nom de ce livre ?
Le démon répondit : Son nom est Désobéissance. En ce livre sont sept livres, et chacun a trois colonnes, et chaque colonne a plus de mille paroles, mais non moins de mille ; quelques-uns en ont plus.
Le Juge répondit : Dites les noms de ces livres, car bien que je sache toutes choses, néanmoins, dites-les, afin que votre volonté et ma bonté soient connues.
Le démon répondit : Le nom du premier livre est la Superbe, et en icelui sont trois colonnes : la première est la superbe spirituelle en sa conscience, d’autant qu’il s’enorgueillissait de la bonne vie, qu’il croyait avoir meilleure que les
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la ruiner. Tous deux nous la guêtions comme des chasseurs ; mais
néanmoins, elle est à la fin tombée en mes mains,
et pour gagner à moi, je me suis comporté avec toute sorte
d’impétuosité, comme un torrent quand la brèche est
faite, à qui rien ne résiste, sinon quelque digue, c’est-à-dire,
votre justice, laquelle n’est pas encore éprouvée contre
cette âme ; c’est pourquoi je ne la possède pas encore assurément.
Je la désire aussi avec autant d’ardeur qu’un animal affamé,
voire si enragé de faim qu’il mande ses membres. Donc, d’autant
que vous êtes juste Juge, pourquoi est-elle plutôt tombée
en mes mains qu’en celles de son ange ?
Le Juge répondit : d’autant que ses péchés sont en plus grand nombre que ses bonnes œuvres.
Puis le Juge demanda : Montrez lesquelles.
Le démon répondit : J’ai un livre tout plein de ses péchés.
Le Juge lui dit : Quel est le nom de ce livre ?
Le démon répondit : Son nom est Désobéissance. En ce livre sont sept livres, et chacun a trois colonnes, et chaque colonne a plus de mille paroles, mais non moins de mille ; quelques-uns en ont plus.
Le Juge répondit : Dites les noms de ces livres, car bien que je sache toutes choses, néanmoins, dites-les, afin que votre volonté et ma bonté soient connues.
Le démon répondit : Le nom du premier livre est la Superbe, et en icelui sont trois colonnes : la première est la superbe spirituelle en sa conscience, d’autant qu’il s’enorgueillissait de la bonne vie, qu’il croyait avoir meilleure que les
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autres ; il s’enorgueillissait encore de son esprit et de sa conscience, qu’il estimait plus sages que les autres.
La deuxième colonne était d’autant qu’il s’enorgueillissait des biens qui lui avaient été donnés, des vêtements et des autres choses.
La troisième était d’autant qu’il s’enorgueillissait de la beauté de ses membres, de sa noble race et de ses œuvres. Et en ces trois colonnes, il y avait des paroles infinies comme vous connaissez mieux.
Le deuxième livre était la Cupidité. Ce livre avait trois colonnes : la première était spirituelle, d’autant qu’il a cru que ses péchés n’étaient pas si grands qu’on le disait, et indignement a-t-il désiré le royaume céleste, qui ne se donne qu’aux purs.
La deuxième, d’autant qu’il a plus désiré d’être au monde qu’il n’était nécessaire, et que sa volonté ne tendait qu’à rendre recommandables son nom et sa race, afin de nourrir ses héritiers, non à l’honneur de Dieu, mais à l’honneur du monde.
La troisième fut qu’il désirait l’honneur du monde et d’exceller par-dessus les autres, et en ces choses, comme vous connaissez, il y a des paroles innombrables par lesquelles il recherchait les faveurs et bienveillances, par lesquelles il acquérait des biens temporels.
Le troisième livre est l’Envie. Celui-ci a trois colonnes : la première fut en l’esprit ; il enviait ceux qui excellaient sur lui et avaient plus que lui.
La deuxième, d’autant qu’il a reçu par envie les biens de ceux qui en avaient plus besoin que lui.
La troisième, que, par envie, il a nui secrète-
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Ment au prochain par ses conseils, tant par lui que par les siens, et aussi publiquement, tant par paroles que par faits, tant par soi que par les siens, et a aussi incité les autres à des choses semblables.
Le quatrième livre est l’Avarice, dans lequel il y avait trois colonnes : la première était l’avarice dans son esprit, car il ne voulut jamais enseigner ce qu’il savait, dont les autres eussent pu prendre quelque consolation ou profit, pensant à ce qui suit : Quel profit m’en reviendra-t-il, si je donne tel ou tel conseil ? Quelle récompense en aurai-je, si je lui profite, en lui donnant conseil ? Et ainsi, celui qui lui demandait conseil, s’en retournait grandement affligé, pouvant être instruit de lui et ne l’étant point, le pouvant édifier et ne le faisant point.
La deuxième colonne est que, pouvant purifier ceux qui étaient en dissension, il ne le voulait point faire, et pouvant consoler ceux qui étaient en trouble, il n’en voulait rien faire.
La troisième colonne était l’avarice en ses biens, d’autant que, s’il lui fallait donner un denier pour Dieu, il s’en affligeait grandement, et il en eût donné cent pour l’honneur du monde. Or, en ces colonnes sont des paroles infinies, comme vous le savez très-bien. Vous savez toutes choses, et rien ne vous peut être cache ; mais vous me contraignez de parler par votre puissance, afin que les autres profitent.
Le cinquième livre est la Paresse ; il a aussi trois colonnes : la première : il était fainéant aux bonnes œuvres pour votre honneur et pour accomplir vos préceptes, car pour avoir repos ne son corps, il a perdu son temps. L’utilité et la volupté de son corps lui étaient très-chères.
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La deuxième colonne : il était oisif en ses pensées, car quand vous lui inspirez quelque pensée, la contrition ou quelque connaissance spirituelle, elles lui semblaient trop longues, et il en retirait son esprit, et le portait aux joies du monde, qui lui plaisaient beaucoup.
La troisième : il était lâche à parler, à prier pour son utilité et celle d’autrui, et surtout pour votre honneur, et fervent à dire des paroles de gausserie et cajolerie. Or, combien grand en est le nombre et la quantité, vous seul le connaissez.
Le sixième livre était la Colère ; il avait trois colonnes : la première : d’autant qu’il se colèrait contre son prochain des choses qui ne lui étaient point utiles.
La deuxième : d’autant qu’il a laissé le prochain par sa colère en ses œuvres, d’autres fois en aliénant le sien.
La troisième : d’autant que, par sa colère, il troublait son prochain.
Le septième livre était la Volupté ; il avait aussi trois colonnes : la première : d’autant qu’il était impudique dans ses paroles et dans ses actes.
La deuxième : il était trop pétulant en ses paroles impures.
La troisième était qu’il nourrissait trop délicatement son corps, se préparant des superfluités de mets délicats pour contenter sa sensualité et pour être estimé grand. En cette colonne, il y a plus de mille paroles. Il demeurait à table plus longtemps qu’il ne devait, ne considérant pas le temps qu’il y restait, non pour cajoler ni pour recevoir plus que la nature ne requérait mais bien pour prier ou travailler. Voici,
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ô Juge, que mon livre est rempli. Adjugez-moi donc cette âme.
Or, le Juge ne disant mot, la Mère de miséricorde, qui semblait être fort loin, s’approchant, dit : Mon fils, je veux disputer de la justice contre ce diable.
Le Fils répondit : Ma chère Mère, si la justice n’est pas déniée au diable, pourquoi vous serait-elle déniée, à vous qui êtes ma Mère et la Reine des anges ? Vous pouvez aussi et savez toutes choses en moi, mais vous parlerez, afin que les autres connaissent combien je vous aime.
Lors la Mère parlait au diable, disant : Je te commande de répondre à trois choses que je te demande ; et bien que tu le fasses à regret, tu y es obligé par la justice, d’autant que je suis ta maîtresse. Dis-moi, ne sais-tu pas toutes les pensées des hommes ?
Le diable dit : Non, sinon celles-là qui se manifestent par l’œuvre extérieure, et ce que j’en puis conjecturer de sa disposition, celles que je suggère dans le cœur, car bien que j’aie perdu ma dignité, néanmoins, par la subtilité de ma nature, il m’est demeuré tant de sagesse que par la disposition de l’homme, j’entre dans l’état de l’esprit, mais je ne puis pas connaître les bonnes pensées des hommes.
La Sainte Vierge lui dit encore : dis-le-moi, ô diable, bien que contraint : qu’est-ce qui peut effacer les écrits de ton livre ?
Le diable répondit : Une seule chose, qui est la charité, car quiconque l’obtient dans son cœur, soudain l’écriture de mon livre est effacée.
La Sainte Vierge lui dit pour la troisième fois : Dis-moi, ô diable ! quelqu’un peut-il être si
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méchant et si corrompu qu’il ne puisse venir à résipiscence pendant qu’il vit ?
Le diable répondit : Il n’y en a pas un qui, s’il veut, ne le puisse avec la grâce, car quand quelque pécheur que ce soit change sa mauvaise volonté en une bonne, est atteint des feux de la charité divine et veut demeurer ferme en icelle, tous les démons ne sauraient le retenir.
Ces choses étant ouïes, la Mère de miséricorde dit à ceux qui étaient à l’entour d’elle : Cette âme, à la fin de sa vie, s’est convertie à moi et m’a dit : Vous êtes Mère de miséricorde et faites miséricorde aux misérables. Je suis indigne de prier votre Fils, d’autant que mes péchés sont trop grands et ne trop grande quantité ; j’ai trop provoqué sa colère, aimant plus mes voluptés et le monde que Dieu, mon Créateur : partant, je vous supplie d’avoir miséricorde de moi, car vous ne la refusez à pas un qui vous la demande ; et partant, je me convertis à vous, et je vous promets que, si je vis, je veux m’amender, convertir ma volonté à votre Fils, et n’aimer autre chose que lui. Mais je suis surtout marri de n’avoir rien fait pour l’amour de votre Fils, mon Créateur : partant, je vous prie, ô très-clémente Dame, d’avoir compassion de moi, car je n’ai mon refuge qu’en vous. Par telles pensées et paroles, cette âme vint à moi à la fin de ses jours ; et ne la devais-je pas exaucer ? car qui est celui-là qui, priant un autre de tout son cœur et avec résolution de s’amender, ne mérite d’être exaucé ? Combien plus dois-je ouïr ceux qui crient à moi, qui suis Mère de miséricorde !
Le diable répondit : Je n’ai rien su d’une telle
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volonté ; mais si cela est comme vous dites, prouvez-le par des raisons évidentes.
La Mère répondit : Tu es indigne que je te parle. Néanmoins, parce que cela peut servir au prochain, je te répondrai : O misérable, tu as dit ci-dessus qu’en ton livre rien ne peut être effacé que par la divine charité.
Et lors la Sainte Vierge, s’étant tournée à lui, dit au Juge : O mon Fils, que le diable ouvre donc maintenant son livre, qu’il le lise, et qu’il voie si toutes choses sont là entièrement écrites, ou s’il y a quelque chose d’effacé.
Lors le Juge dit au diable : Où est ton livre ?
Et le diable dit : En mon ventre.
Ma mémoire, dit le diable, car comme dans le ventre sont toutes immondices et toute puanteur, de même en ma mémoire sont toute malice et toute méchanceté, qui sont puantes devant moi comme une corruption ; car quand je me suis retiré de vous et de votre lumière par la superbe, lors j’ai trouvé en moi toute sorte de malice, et ma mémoire a été obscurcie ès biens divins, et en cette mienne mémoire est écrite toute l’iniquité des pécheurs.
Lors le Juge dit au diable : Je te commande de voir diligemment ce qui écrit dans ton livre, ce qui est effacé des péchés de cette âme, et de le dire publiquement.
Le diable répondit : Je vois dans mon livre être écrit des choses que je n’ai jamais pensées, car je vois que ces sept choses sont effacées, et il ne demeure rien de plus en mon livre que moquerie.
Après, le Juge dit au bon ange qui était là présent :Où sont les bonnes œuvres de cette âme ?
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Elles sont en votre présence, dit le bon ange. Tout vous est connu. Nous voyons toutes choses en vous, de sorte qu’il ne nous est pas nécessaire d’en parler. Mais d’autant que vous voulez montrer votre charité, c’est pourquoi vous marquez votre volonté à ceux qu’il vous plaît, pourquoi, depuis que cette âme fut jointe à son corps, j’ai été toujours avec elle. J’ai écrit aussi un livre de ses biens : si vous voulez ouïr ce livre, il est en votre puissance.
Le Juge répondit : Je ne puis juger sans les avoir ouï d’avance ; et ayant connu les biens et les maux, lesquels étant bien considérés, la justice demande alors qu’il soit jugé ou à la mort ou à la vie.
L’ange répondit : Mon livre est son obéissance par laquelle il vous a obéi, et en icelle, il y a sept colonnes : la première est le baptême ; la deuxième est l’abstinence, au jeûne, des œuvres illicites, péchés, et aussi des voluptés et des tentations de la chair. La troisième est l’oraison et le bon propos qu’il a eu. La quatrième est les bonnes œuvres en aumônes et autres œuvres de miséricorde. La cinquième est l’espérance qu’il avait en vous. La sixième est la foi qu’il a eue comme chrétien. La septième est la divine charité.
Ces choses étant dites, le Juge lui dit encore : Où est votre livre ?
En votre vision et amour, ô mon Seigneur ! dit l’ange.
Alors la Sainte Vierge, détrônant le diable : Comment, dit-elle, avez-vous gardé votre livre ? Comment s’est effacé ce qui y était écrit ?
Lors le diable dit : Malheur ! Malheur ! vous m’avez déçu !
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Après, le Juge dit à sa très-bénigne Mère : Vous avez avec raison, obtenu en ce fait absolution et avez avec justice gagné cette âme.
Le diable cria après : J’ai perdu ! je suis vaincu ! Mais dites-moi, ô Juge, combien de temps tiendrai-je cette âme pour les moqueries et cajoleries qu’elle a faites.
Le Juge lui dit : Je te le montrerai. Les livres sont ouverts et lus. Mais dis-moi, ô diable ! bien que je sache toutes choses, si cette âme doit entrer au ciel selon la justice, ou non. Je te permets de voir et savoir maintenant la vérité de la justice.
Le diable dit : La justice est en toi. Que si quelqu’un décède sans peche mortel, qu’il n’entre point en enfer, et quiconque a la divine charité de justice, doit avoir le ciel. Cette âme donc, n’étant point morte en péché mortel et ayant eu la divine charité, est prête à entrer dans le ciel, après qu’elle aura été purifiée.
Le Juge répondit : Puisque donc je te permets de dire la vérité de ma justice, dis, ceux-ci l’oyant, qu’est-ce qui me plaît et quelle doit être la justice de cette âme.
Le diable répondit : Qu’elle soit purifiée en telle sorte qu’il n’y reste aucune tâche, car bien qu’elle soit à vous, pourtant elle ne peut arriver à vous avant qu’elle ne soit purifiée. Et d’autant que vous, ô Juge, m’avez demandé, je vous demande maintenant, comment elle doit être purifiée et combien de temps elle sera en mes mains.
Le Juge répondit : Je te demande que tu n’entres point en elle et que tu ne l’absorbe pas en toi, mais tu la dois purifier jusqu’à ce qu’elle
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Soit pure, et qu’elle ait enduré la peine selon la grandeur de la faute, car elle a péché en trois manières : trois en la vue, trois en l’ouïe, trois en l’attouchement, et partant, elle doit être punie triplement en la vue :
Lors le diable demanda derechef combien de temps cette âme serait en cette peine.
Le Juge répondit : Tout autant de temps que sa volonté était de vivre au monde ; et d’autant qu’elle aurait voulu vivre en son corps jusques à la fin du monde, elle est obligée d’endurer
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cette peine jusques à la fin du monde, car telle est ma justice que quiconque a ma charité et me désire ardemment, souhaitant d’être avec moi et d’être séparé du monde, celui-là mérite d’avoir le ciel sans peine, d’autant que l’exercice de cette vie présente est sa purification. Or, celui qui craint la mort pour la peine de la mort et pour la peine qui suit la mort, et voudrait à raison de cela vivre plus longtemps afin de s’amender, celui-là aurait une peine plus légère dans le purgatoire ; mais celui qui a volonté de vivre jusques au jour du jugement , bien qu’il ne péchât mortellement, mais seulement pour l’amour qu’il a à cette vie, celui-là doit souffrir les peines du purgatoire jusques au jour du jugement.
Lors la Sainte Vierge Marie, pleine de miséricorde, dit : Béni soyez-vous, ô mon Fils, pour votre justice, qui est en toute miséricorde ! car bien que nous voyions et sachions toutes choses en vous, néanmoins, pour l’instruction des autres, dites-nous quel remède on peut appliquer pour diminuer un si long temps de peine, et quel pour éteindre un feu si ardent, et comment aussi cette âme peut être affranchie des mains des diables.
Le Fils répondit : Rien ne peut vous être refusé, car vous êtes la Mère de miséricorde, et vous cherchez et procurez la consolation à tous. Il y a trois choses qui diminuent un si long temps de peine, qui éteignent ce feu et délivrent des mains des démons : la première, si on rend par quelque peine ce qu’il a pris injustement ou devait rendre aux autres justement, car ma justice veut que cette âme soit purifiée, ou par les prières des saints, ou par aumônes, bonnes œuvres des
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amis, ou par quelque purification digne pour cela. La deuxième est par des aumônes très-grandes, car par elles, le péché est éteint comme le feu par l’eau. La troisième est par les messes et sacrifices, et par les prières des amis. Ce sont ces trois choses qui la délivreront de ces trois peines.
La Mère de miséricorde répondit derechef : Qu’est-ce que lui profitent maintenant les bonnes œuvres qu’il a faites pour vous ?
Le Fils répondit : Vous ne le demandez pas parce que vous l’ignorez, puisque vous savez toutes choses et les voyez en moi, mais vous le demandez afin que mon amour soit manifesté aux autres. Certainement, il n’y aura pas la moindre parole ni la moindre pensée pour mon honneur, qu’elles n’aient leur récompense, car toutes les choses qu’il a faites pour l’amour de moi, sont maintenant devant lui, et en sa peine, elles lui servent de soulagement, et moindres sont les rigueurs du feu qu’elles ne seraient.
Après, la Sainte Vierge dit à son Fils : Pourquoi est-ce que cette âme demeure immobile, ne bougeant ni remuant contre ses ennemis, bien qu’elle soit vivante ?
Le Juge répondit : Le prophète a écrit de moi que je fus comme un agneau muet devant le tondeur : véritablement, je garde silence devant mes ennemis, et ma justice veut que, comme cette âme se soucia peu de ma mort, elle soit maintenant comme un enfant qui ne sait crier contre ses ennemis.
La Mère répondit : Béni soyez-vous, ô mon doux Fils, qui ne faites rien sans justice ! Vous avez déjà dit que vos amis pourraient secourir cette âme, et vous savez que cette âme m’a ser-
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Vie en trois manières : 1- par abstinence, jeûnant les vigiles de mes fêtes, et, et le faisant pour mon nom ; 2- elle disait mes heures ; 3- elle chantait de sa propre bouche pour mon honneur. O mon Fils ! puisque vous exaucez ceux qui vous prient en la terre, daignez exaucez aussi ma prière.
Le Fils répondit : Plus quelqu’un est ami de quelque seigneur, plus ses prières sont exaucées et le plus tôt ; et d’autant que vous m’êtes la plus chère par-dessus tous , demandez ce que vous voudrez, et il vous sera donné.
La Mère répondit : Cette âme souffre trois sortes de peines en la vue, trois en l’ouïe et trois en l’attouchement : je vous supplie donc, ô mon Fils très-cher, 1- de lui vouloir diminuer une peine de la vue, savoir, qu’elle ne voie point les diables horribles, mais qu’elle souffre les deux autres peines, puisque votre justice l’exige de la sorte, et à laquelle je ne puis aller contre, selon la justice de votre miséricorde. 2- Je vous supplie de lui diminuer une des peines de l’ouïe, savoir, qu’elle n’entende l’opprobre et la confusion. 3- Je vous supplie de lui diminuer une des peines de l’attouchement, savoir, qu’elle ne ressente pas un froid si rigide qu’elle mérite de ressentir, d’autant qu’elle était froide en votre charité.
Le Fils répondit : Bénie soyez-vous, ma Mère très-chère ! Rien ne peut vous être refusé. Que votre volonté soit faite.
La Mère répondit : Béni soyez-vous, ô, mon très-cher Fils, pour l’amour et la miséricorde que vous portez aux âmes !
Puis, on vit soudain un des saints avec une grande milice, qui disait : Louange vous soit,
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Seigneur Dieu, Créateur et Juge de tous ! Cette âme dévote m’a servi en sa vie ; elle a jeûné pour mon honneur ; elle m’a loué, moi et tous les amis qui vous environnent. Partant, de leur part et de la mienne, je vous en supplie, Seigneur, faites-lui miséricorde pour l’amour de nos prières. Donnez-lui le repos en une des peines, savoir, que les démons n’aient point puissance d’obscurcir sa conscience, car leur malice obscurcit tellement son âme, s’ils n’en sont empêchés, qu’elle n’attendrait point la fin de sa misère ni l’acquisition de la gloire, si ce n’est que vous jetiez les yeux de votre grâce sur lui, et cela lui sera le plus grand supplice des supplices. Donnez-lui, ô Seigneur plein de miséricorde, en considération de nos prières, la grâce de savoir certainement que sa peine finira, et qu’il possédera un jour la gloire éternelle.
Le Juge répondit : Ma justice veut que les démons obscurcissent son âme, d’autant que, quand elle vivait, elle retirait son esprit et sa pensée de la contemplation spirituelle, les tournait aux choses corporelles, et ne se souciait d’être sans connaissance et d’agir contre moi. Mais d’autant que vous, ô mes amis ! avez ouï et reçu mes paroles et mes inspirations, et les avez accomplies par œuvres, il n’est pas raisonnable que je refuse et rejette vos demandes, mais je ferai ce que vous demanderez.
Or, lors tous les saints répondirent : Béni soyez-vous, ô Dieu, en votre justice, qui jugez justement, qui ne laissez rien d’impuni !
Après, l’ange gardien dit au Juge : J’ai accompagné cette âme des que l’âme fut unie à ce corps, et le suivais comme votre providence charitable l’avait ordonné, et elle faisait quel-
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quefois ma volonté. Partant, je vous en prie maintenant, ô mon Seigneur, ayez miséricorde d’elle.
Lors Notre-Seigneur dit : Nous voulons délibérer sur ce sujet.
Et Lors la vision disparut.
DÉCLARATION.
L’homme dont il est parlé en ce chapitre fut un soldat doux et ami des pauvres. Sa femme fit de grandes aumônes pour l’amour de lui, qui mourut à Rome, comme il avait été prédit d’elle au livre III, chapitre XII.
par Valérie
Pajerski
XL.
Quatre ans après que sainte Brigitte, épouse, eut eu la susdite vision, où on voyait une âme condamnée à être au purgatoire jusques au jour du jugement, elle vit derechef la même âme être présentée au jugement divin par l’ange, comme à demie revêtue, pour laquelle il priait Notre-Seigneur avec la milice céleste, et laquelle Notre-Seigneur affranchit entièrement des peines, et la transporta en la gloire comme une étoile reluisante, par les prières des anges et des saints, et par les larmes et les prières de ses amis vivants.
Pour le jour des morts.
Après que quatre ans se furent écoulés, sainte Brigitte vit derechef l’âme susdite comme un jeune enfant très-beau à demi vêtu. Or, lors elle dit au Juge, qui était assis sur un trône éminent, assisté de mille millions des saints, qui tous l’adoraient à raison de sa patience et de son
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amour [? ce mot à vérifier] : O juge souverain, cette âme, pour laquelle je priais, vous me dites que vous l’affranchiriez. Or, maintenant, nous tous assemblés vous prions et demandons miséricorde pour elle ; et bien que nous sachions que tout est en votre dilection, néanmoins, à raison de votre épouse ici présente, nous parlons d’une manière humaine, bien que cela ne soit en nous de même manière.
Le Juge répondit : Si un chariot était plein de gerbes et qu’un chacun en prît une poignée, le nombre et le poids diminueraient : de même en est-il maintenant, car plusieurs larmes de charité m’ont été présentées pour cette âme : partant, le jugement veut qu’elle vienne à votre garde ; et vous, apportez-la au repos que l’œil n’a vu, que l’oreille ne peut ouïr, qu’elle-même ne saurait comprendre, si elle était en la chair, là où il n’y a point de ciel au-dessus ni de terre au-dessous, où la hauteur est incompréhensible, la longueur indicible, la largeur admirable et la profondeur incompréhensible ; où Dieu est sur toutes choses au delà et entre toutes choses, régit, contient toutes choses, sans être contenu par aucune.
Or, après, on vit que cette âme montait au ciel aussi reluisante que l’éclat d’une étoile.
Et lors le Juge dit : Le temps viendra bientôt où je proférerai mes jugements et ferai ma justice contre la famille de ce défunt, car cette race monte avec superbe, mais elle descendra par la récompense de la superbe.
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édition numérique réalisée par Valérie Pajerski et www.JesusMarie.com
Notre-Seigneur Jésus-Christ reprend un roi et les hommes temporels qui attribuent les victoires, non à Dieu, mais à leur industrie et à la grandeur de leur armée, et leur force corporelle, disant : Nous allons à la guerre contre les ennemis, à l’exemple de David contre Goliath, mettant notre espérance en Dieu, avec néanmoins la discrétion humaine, car celui qui a Dieu pour coopérateur, vaincra très-facilement.
Le Fils de Dieu parle à
son épouse et lui dit que ce roi est un enfant. Vous le pourrez
conjecturer en sa conduite et en son armée innombrable. David, étant
pasteur, ne vainquit-il pas le géant ? Mais comment ? Fut-ce par
la sagesse et la puissance ? non, certes, mais par la vertu divine, car
si Dieu n’eût étonné l’audace du géant et n’eût
animé l’esprit de David, comment un enfant aurait-il assailli un
géant, et comment une pierre aurait terrassé un si fort et
eût touché un si docte et expert, si , en cette pierre, il
n’y eût pas eu la vertu de Dieu ? Certainement, celui qui combat
avec Dieu vainc facilement, et celui qui s’appuie en la vertu divine n’a
pas besoin de tant de force corporelle, mais bien de foi et de charité.
Les hommes du monde pensent vaincre par la force corporelle, et mettent
l’heureuse issue de leur combat et l’industrie des hommes, et quand ils
ont vaincu, ils attribuent plus la victoire à l’industrie des hommes
qu’à la vertu divine, bien que ni les bons ni les mauvais ne
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Puissent être vainqueurs sans
la permission divine et sans sa justice, car souvent on voit les bons qui
prospèrent sur les mauvais, et quelquefois, par un juste et occulte
jugement de Dieu, les mauvais sur les justes ; et d’autant qu’il y a peu
d’hommes qui considèrent la patience et la justice de Dieu, à
raison de leur grande négligence, c’est pourquoi, c’est pourquoi
la vertu divine est peu
estimée dans les combats,
mais on attribue tout a l’homme comme puissant.
Je n’ai pas dit sans sujet
que ce roi est un enfant, car quand l’enfant voit deux pommes, l’une toute
dorée à l’extérieur, mais très-bonne et fraîche
au-dedans, il choisit plutôt celle qui est belle à l’extérieur
et corrompue à l’intérieur, d’autant qu’il ne sait considérer
que l’extérieur. De même en fait ce roi : il lui est avis
qu’il est beau et excellent de marcher avec une grande armée, mais
il ne considère pas la misère qui est au-dedans ; il ne considère
pas combien de famines, de douleurs et d’angoisses s’ensuivront, et combien
de misérables mourants de faim y sont entrés et s’en retourneront
plus misérables. Or, il lui semble vil et abject de marcher avec
une petite armée, mais une grande utilité y est cachée.
Qu’il aille donc avec une petite armée et avec humilité :
je remplirai sa conscience de la divine sapience ; je fortifierai son corps
de la force divine, car je puis faire d’un infirme un fort, un sublime
d’un humble, un honorable d’un abject. Partant, dites-lui qu’il ne craigne
point, qu’il mette son espérance en moi, et qu’il fasse ce qu’il
pourra avec la sapience divine et la considération humaine : ce
qu’il pourra de la sorte, où la sagesse humaine manquera, la charité
et la bonne volonté l’excuseront.
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ADDITION.
Le Fils de Dieu parle : Celui qui désire visiter les terres des infidèles, doit avoir cinq choses : 1- il doit décharger sa conscience par la contrition et vraie confession, comme s’il devait mourir soudain. 2- Il doit déposer toutes les légèretés de ses mœurs et de ses vêtements, ne prenant point garde aux modes nouvelles, mais aux modes louables que ses prédécesseurs ont instituées ; 3- ne vouloir avoir autre temporel que ce qui est nécessaire pour vivre et pour l’honneur de Dieu, et que, s’il sait qu’il ait acquis quelque chose d’injuste, lui ou ses parents, qu’il le restitue, bien qu’il soit grand ou petit. 4- Qu’il s’efforce que les infidèles viennent à la vraie foi, ne désirant point leurs richesses ni chevances, si ce n’est ce qui est nécessaire à leur corps. 5- Vouloir franchement mourir pour l’honneur du Dieu, et de la sorte se disposer afin qu’il mérite d’arriver à une mort louable.
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Chapitre XLII. [42]
La Mère de Dieu se loue du soin qu’elle a eu de plaire à Dieu. Elle dit aussi qu’en cela, elle ne cherche pas sa propre louange, mais l’honneur de Dieu. Elle demande à son Fils, pour l’épouse, les vêtements célestes des vertus, la viande sacrée de son corps, et un esprit plus fervent que son Fils donnera, si son épouse a l’humilité, la crainte et l’action de grâce.
La Mère de Dieu parle
: Dès ma jeunesse, j’ai pensé à l’honneur de mon Fils,
et j’ai été
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toujours soigneuse de lui plaire.
Bien que l’honneur soit moindre en la bouche propre, néanmoins,
je ne parle pas à la façon du monde, qui cherche sa propre
louange, mais je cherche en ceci l’honneur de Dieu, mon Fils, qui a d’une
manière admirable attaché le soleil à la poudre ;
il a enclos le feu non consumant, mais enflammant en l’aridité ;
il a produit le fruit très-digne et très-doux sans humidité.
Après, se tournant
vers le Fils, elle dit : Béni soyez-vous, mon Fils ! Je suis quasi
comme cette femme qui est exaucée devant Dieu pour les coupables,
et demande miséricorde pour les plus faibles : de même je
vous prie pour ma fille, car elle est honteuse ; elle est votre épouse,
l’âme de laquelle vous avez rachetée de votre sang ; vous
l’avez illuminée et échauffée de vos feux d’amour,
excitée par votre bonté et épousée par votre
miséricorde. Mon Fils, je vous supplie humblement de lui donner
trois choses : 1- des vêtements convenables à la fille et
à l’épouse du Roi des rois, car si l’épouse du roi
n’est point revêtue des vêtements royaux, elle est méprisée
; si elle est trouvée moins décente, elle est en opprobre.
Donnez-lui des vêtements non terrestres, mais célestes, non
de ceux qui sont reluisants au dehors, mais ceux qui reluisent de charité
et de chasteté au-dedans. Donnez-lui l’habitude des vertus, afin
qu’elle ne mendie point l’extérieur, et faites qu’elle ait au-dedans
l’abondance, afin qu’elle puisse reluire au-dedans par-dessus les autres.
2- Donnez-lui la viande très-délicate,
car votre épouse est accoutumée aux viandes grossières,
et maintenant elle est accoutumée à vos viandes, car c’est
cette viande qui touche et
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N’est point vue ; on la tient et
on ne la sent pas ; elle rassasie, et les sens n’en savent rien, elle entre
et elle est partout où les hosties sont consacrées. Cette
viande est votre précieux corps, que l’agneau rôti préfigurait,
car l’humanité que vous avez prise de moi a accompli cela. La Déité
avec l’humanité montre que cela est heureusement accompli. Donnez
donc, ô mon très-cher Fils, cette viande à votre épouse,
car sans elle, elle défaut, et par elle et avec elle, elle est renouvelée
comme un malade à toute sorte de biens.
3- Donnez-lui, ô mon Fils,
un esprit plus fervent, car il est un feu qui ne s’éteint jamais,
qui nous rend vil tout ce qui est délectable en ce monde, et nous
fait espérer les joies futures. Donnez-lui donc cet esprit, ô
mon Fils !
Lors le Fils répondit,
disant : Ma très-chère Mère, vos paroles sont très-douces,
mais comme vous savez, il est nécessaire que celui qui cherche les
choses sublimes, fasse les fortes et les humbles. Partant, trois choses
lui sont nécessaires : 1- l’humilité, par laquelle on obtient
la sublimité, afin qu’il sache qu’il a les biens de la grâce,
et non de ses mérites ; 2- qu’il rende le service qu’il doit à
l’auteur de la grâce ; 3- la crainte qu’il ne perde la grâce
donnée. Afin donc qu’il obtienne et possède les trois choses
que vous avez demandées ; qu’il ne néglige les trois précédents
avis, car il ne lui sert de rien d’avoir obtenu, s’il ne sait posséder
ce qu’il a obtenu ; et plus douloureusement afflige d’avoir perdu ce qu’on
avait obtenu, que si on ne l’avait jamais possédé.
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Chapitre 43
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XLIII.
L’épouse se troublait de ce qu’elle n’obéissait point au Père spirituel avec patience et joie. Jésus-Christ dit que si elle prend la résolution de parfaitement obéir, bien que quelquefois la volonté y résiste, elle a néanmoins, obéissant de la sorte, un grand mérite, et les péchés passés en sont purifiés. Notre-Seigneur donne aussi les armes spirituelles du combat, c’est-à-dire, les vertus par lesquelles les justes combattent et surmontent, et les injustes sont terrassés et vaincus.
Le Fils de Dieu parle à
son épouse, lui disant : Pourquoi vous troublez-vous ? Et bien que
je sache toutes choses, néanmoins je le veux comme connaître
par votre dire, afin que vous sachiez aussi qu’est-ce que je vous réponds.
L’épouse répondit
: Je crains deux choses et me trouble de deux choses : 1- d’autant que
je suis trop impatiente à obéir et moins joyeuse à
pâtir ; 2- que vos amis sont assaillis de tribulations et que vos
ennemis les surmontent.
Notre-Seigneur répondit
: Je suis celui à qui vous vous êtes donnée pour obéir,
et partant, à toute heure et à chaque moment que vous consentez
à obéir et que vous voulez obéir, bien que la chair
y résiste, il vous sera imputé à mérite et
à purification de vos péchés. Au deuxième,
savoir, que vous vous troublez de la contrariété de mes amis,
je réponds par un exemple. Deux hommes combattent, l’un deux jette
ses armes et l’autre s’en munit. Celui qui a jeté ses armes ne sera-t-il
pas vaincu plus facilement que celui qui les amasse ?
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Il en est de même maintenant,
car mes ennemis jettent leurs armes tous les jours.
Trois sortes d’armes sont
nécessaires pour combattre : la première est ce qui porte
l’homme, comme un cheval, etc. La deuxième, ce par quoi l’homme
se défend, comme le glaive, etc. La troisième, ce qui munit
le corps, comme la cuirasse, etc. Mais mes ennemis ont perdu, en premier
lieu, le cheval de l’obéissance, par lequel ils étaient portés
à toute sorte de biens, car c’est celle-là qui conserve l’amitié
avec Dieu et garde à Dieu la foi promise. Ils ont encore jeté
le glaive de la crainte divine, par lequel le corps est retiré des
voluptés, et le diable se sépare de l’âme et n’ose
s’en approcher. Ils ont encore perdu la cuirasse, qui les défendait
des dards, c’est-à-dire, ils ont perdu la divine charité,
qui réjouit dans les choses adverses, protége dans les prospères,
purifie dans les tentations et adoucit les douleurs. Leur cuirasse, qui
est la sagesse divine, croupit dans la boue. Les armes du col, c’est-à-dire,
les pensées divines, sont aussi tombées, car comme par le
col la tête est mue, de même, par les divines pensées,
l’esprit doit prendre mouvement à tout ce qui concerne la gloire
divine. Mais hélas ! les divines pensées sont maintenant
tombées, c’est pourquoi la tête est maintenant gisante avec
les infirmes et est agitée des vents. Les armes aussi de sa poitrine
sont oubliées et négligées, c’est-à-dire, la
contrition avec la résolution de s’amender n’est plus. Ils
se réjouissent dans leurs péchés, et désirent
être plongés en eux tant qu’ils vivent. Les armes de leurs
bras, c’est-à-dire, les bonnes œuvres leur sont vaines et odieu-
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ses, car ils font audacieusement
ce qu’ils veulent, et n’en ont point de honte.
Mais mes chers amis se munissent
de plus en plus des armes, car ils courent sur le cheval de l’obéissance,
comme de fidèles serviteurs, laissant l’empire de leurs volontés
à Dieu. Ils combattent contre les vices en la crainte de Dieu, comme
de bons soldats. Ils souffrent avec amour toutes les rencontres fâcheuses,
comme de généreux combattants, attendant le secours de Dieu,
se munissent de la sapience divine et de la patience contre les médisants
et criminateurs, comme ceux qui se sont retirés et éloignés
du monde. Ils sont prompts et agiles aux choses divines, comme l’air qui
va partout. Ils sont fervents vers Dieu plus que l’épouse aux embrassements
de son cher époux. Ils sont prompts comme des cerfs, et forts pour
fouler aux pieds toutes les délectations du monde, soigneux au travail
comme des fourmis, vigilants comme des sentinelles.
Tels sont mes amis, et ils
se munissent chaque jour des armes des vertus, lesquelles les ennemis méprisent,
et partant, ils sont vaincus facilement. Donc, le combat spirituel qui
est avec patience et amour divin, est plus noble et plus éminent
que le combat corporel, et plus odieux au diable, car le diable ne s’efforce
point d’ôter les choses corporelles, mais bien de corrompre les vertus,
et de ravir la patience et la constance ès vertus. Partant, ne vous
troublez pas, si quelques choses contraires assaillent mes amis, car il
leur revient de là de grandes récompenses.
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Chapitre 44
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XLIV.
Notre-Seigneur dit à son épouse qu’il est semblable au vitrier qui replace les vitres cassées, c’est-à-dire, les âmes, jusqu’à ce que le royaume céleste soit plein. Il se dit aussi semblable à l’abeille, qui convertit en miel les herbes, c’est-à-dire, qu’il convertit les païens, desquels il tirera de grandes douceurs, c’est-à-dire, plusieurs âmes.
Je suis comme un bon vitrier
qui fait de cendres plusieurs vases ; et bien que plusieurs se gâtent,
il ne cesse pas pourtant d’en faire de nouveaux, jusques à ce que
le nombre des vases soit rempli. J’en fais de même, d’autant que,
d’une infime matière, je fais une créature excellente, savoir,
l’homme ; et bien que plusieurs se soient retirés de moi par leurs
mauvaises œuvres, je ne cesse pas pourtant d’en former d’autres, jusqu’à
ce que le chœur des anges et les lieux vides du ciel soient remplis.
Je suis aussi semblable à
une bonne mouche à miel qui, sortant de sa ruche, vole sur les belles
herbes qu’elle a vues de loin, sur lesquelles elle cherche les belles et
odoriférantes fleurs ; mais quand elle s’en approche, elle les trouve
sèches et trouve l’odeur évaporée. Mais après
cela, elle cherche une nouvelle herbe plus âpre, dont la fleur est
plus petite, dont l’odeur n’est pas trop forte, dont la suavité
est plaisante, mais elle est petite. La mouche à miel fiche son
pied en cette herbe, en tire de la liqueur, et la porte à sa ruche
jusqu’à ce qu’elle l’ait emplie.
Or, je suis cette mouche
à miel, moi, Créateur
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Et Seigneur de toutes choses, qui
sortis de la ruche, lorsqu’étant né, j’apparus en forme humaine
visible. Or, je cherchai une herbe fort belle, c’est-à-dire, le
genre humain, qui est beau par la foi, doux par la charité et fructueux
par la bonne conversation ; mais maintenant, il dégénère
et déchoit de son premier effet, semble seulement beau de nom, mais
paraît difforme d’effet, fructueux pour le monde et pour la chair,
et stérile à Dieu et à l’âme, très-doux
pour soi et très-amer à moi, c’est pourquoi il tombe et s’anéantit.
Or, moi, je suis comme une mouche à miel, qui élis une autre
herbe en quelque manière âpre, c’est-à-dire, les païens
rebutés de moi par leurs mœurs, quelques-uns desquels ont des fleurs
petites et quelque peu de douceur, c’est-à-dire, la volonté
par laquelle ils se convertiraient franchement et me serviraient, s’ils
savaient comment et s’ils avaient qui les ouît. De cette herbe j’en
tirerai autant de douceur que j’en aurai besoin pour remplir ma ruche,
et je ne veux autant approcher d’eux qu’il ne leur manquera point de suavité,
afin que la mouche à miel ne soit frustrée de son travail
; et ce qui est vil et abject croîtra à merveille et parviendra
à une grande beauté, mais ce qui semble beau diminuera et
se rendra laid et difforme.
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Chapitre 45
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XLV.
Jésus-Christ dit à sa Mère que les hommes aveugles d’esprit peuvent recouvrer la vue, de sorte qu’ils pourront voir Dieu et l’aimer par-dessus tout en trois choses : en la considération de la justice temporelle, de la bonté, savoir, par la beauté des créatures, et de la toute-puissance et sapience. Or, tous ceux qui croient que le mal et le bien viennent des constellations des astres, se trompent.
La Sainte Vierge Marie parle
: Béni soyez-vous, ô mon Fils, mon Dieu et mon Seigneur !
Bien que je ne puisse m’attrister, néanmoins, j’ai compassion du
genre humain, de trois choses : 1- d’autant que l’homme a des yeux et est
aveugle, car il voit sa captivité et la suit ; il se moque de votre
justice, et il rit quand il satisfait à sa cupidité ; il
tombe en un point dans les peines éternelles, et il perd la gloire
qui n’a point de fin.
2- J’ai compassion de l’homme,
d’autant qu’il affecte et regarde avec joie la monde, ne considère
point votre miséricorde, cherche ce qui est petit et rejette tout
ce qui est grand.
3- Je compatis, d’autant
que vous étant Dieu de tous, néanmoins votre honneur est
oublié et négligé de tous, et vos œuvres sont mortes
devant eux : partant, ô mon Fils très-doux, ayez miséricorde
d’eux.
Le Fils répondit
: Tous ceux qui sont au monde et qui sont de bonne conscience voient qu’au
monde la justice règne, par laquelle les pécheurs sont punis.
Si donc les excès corporels
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Sont punis des hommes par la justice,
combien plus il est juste que l’âme immortelle soit punie de Dieu
immortel ! L’homme pourrait voir et entendre ceci, s’il voulait ; mais
d’autant qu’il tourne ses yeux vers le monde et ses affections à
ses voluptés, c’est pourquoi il suit la nuit, comme l’homme suit
les biens fugitifs et a à haine les biens permanents.
En second lieu, l’homme peut
voir et considérer, s’il veut, que, s’il y a de la beauté
dans les plantes, les arbres ; que si, en ce qui est au monde, il y a quelque
chose désirable, combien plus Dieu est beau et désirable,
le Seigneur et Créateur de toutes choses ! Que si la gloire temporelle,
passagère et périssable, est désirée avec tant
d’ardeur, combien plus est désirable la gloire éternelle
! Cet homme pourrait voir cela, car il a bien l’intelligence pour comprendre
que ce qui est plus grand et plus excellent doit être plus aime que
ce qui est moindre et ce qui ne vaut guère. Mais d’autant que l’homme
penche toujours aux choses inférieures, comme les animaux irraisonnables,
bien qu’il doive tendre et regarder toujours en haut, c’est pourquoi toutes
ses œuvres sont comparées à la toile d’araignée. Il
laisse la beauté des anges ; il suit les choses passagères,
c’est pourquoi il fleurit comme le foin pour peu de temps, et tombe aussi
bientôt comme le foin.
En troisième lieu,
ils savent en conscience, et certes, ils ont créé afin de
connaître qu’il y a un Dieu, créateur de toutes choses, car
s’il n’y avait pas un créateur d’icelles, tout ce qui est
réglé serait en désordre, quoique toutes choses soient
bien réglées, excepté celles que l’homme déréglé
; et bien qu’il semble aux hommes qu’en
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l’ordre de la nature, il y a du
dérèglement, d’autant qu’il ignore le cours des planètes
et le cours du temps, d’autant que Dieu les leur a cachés
à raison des péchés. Si donc, il y a un seul Dieu,
et celui-là bon, d’autant que tout bien dépend de lui, pourquoi
l’homme ne l’honore-t-il pas par-dessus tous, puisque la raison lui dicte
qu’il doit être honoré par-dessus tous, puisque tout dépend
de lui ? Mais l’homme, comme vous avez dit, a deux yeux, et il ne voit
rien, voire lui-même s’aveugle par les blasphèmes malheureux,
d’autant qu’il rapporte aux étoiles la bonté ou le malheur
des hommes, ou bien au destin et à la fortune, l’évènement
des choses prospères ou adverses, comme si en eux, il y avait quelque
chose de divin qui pût engendrer ou faire quelque chose, bien que
le destin ou la fortune ne soit rien pour tout, car la disposition de l’homme
et de toutes choses a été prévue en la prescience
divine, et est conduite constamment selon l’exigence de chaque chose ;
certainement les étoiles ne font pas que l’homme soit bon ou mauvais,
bien qu’on voie en icelles plusieurs choses raisonnables, savoir est, selon
les conditions et qualités de la nature et l’exigence des saisons.
Les hommes pourraient-ils, s’ils voulaient, prévoir ces choses ?
La Mère de Dieu répondit
: Tout homme qui a bonne conscience entend fort bien que Dieu est plus
aimable que toute autre chose, et qu’il doit témoigner cela par
œuvres ; mais d’autant qu’une membrane a couvert ses yeux, bien que la
paupière soit saine, c’est pourquoi ils n’y voient pas tous. Mais
qu’est-ce que cette membrane signifie, sinon la considération des
choses futures, qui a couvert la connaissance de plu-
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-sieurs. Partant, je vous supplie,
ô mon très-cher Fils, de vouloir manifester à quelqu’un
quelle est votre justice, non pas afin que sa honte et sa misère
s’accroissent, mais afin que la peine qu’il mérite soit diminuée,
et afin qu’on connaisse et qu’on craigne votre justice ; car là
où le sac est plein de quelque chose, et où le vase est plein
de lait, l’homme ne saura ce qui y est contenu, s’il ne le vide, de même,
bien que votre justice soit grande, si vous ne la manifestez par
un manifeste jugement, elle sera crainte de peu, d’autant que vos œuvres
admirables se sont avilies par la longueur du temps et par la grandeur
des péchés.
En deuxième lieu,
je vous supplie qu’il vous plaise manifester votre miséricorde par
quelqu’un de vos chéris pour la dévotion des autres et pour
la consolation des misérables.
En troisième lieu,
je vous supplie que votre nom soit honoré, afin que les diligents
le connaissent et que les tièdes en soient allumés.
Le Fils répondit :
Où plusieurs amis entrent et prient, ils sont dignes d’être
exaucés : combien plus quand une très-chère dame entre
! Qu’il soit donc fait comme vous désirez. Ma justice sera si évidemment
manifestée, que les membres de ceux qui l’expérimenteront,
et desquels les œuvres viendront en public, trembleront.
En deuxième lieu,
je donnerai à une personne miséricorde, autant qu’elle en
pourra prendre et qu’elle en aura besoin ; son corps sera exalté
et son âme glorifiée, en sorte que ma miséricorde en
sera manifestée.
Après, la Mère
de Dieu parla, disant : Les lieux des religieux sont éloignés
du bien ; ils sont
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Fondés sur la glace ; leur
fondement était autrement d’or très-pur. Dessous ces lieux,
il y a une cave très-vaste. Quand la chaleur du soleil sera en vigueur,
la glace fondra, et ce qui a été édifié tombera
dans l’abîme. Partant, ô mon Fils, ayez miséricorde
d’eux. La chute est horrible ; les ténèbres et les peines
y sont sans fin.
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Chapitre 46
XLVI.
Sainte Brigitte prie la Sainte Vierge d’obtenir de Dieu son parfait amour. Elle lui répondit : Pour l’obtenir, qu’elle suive six paroles de l’Évangile contenues en ce chapitre.
Sainte Brigitte prie la Sainte
Vierge disant : Oh ! que Dieu est doux ! Ceux qui le prient ressentent
de la consolation en toutes leurs douleurs. Partant, ô très-bénigne
Mère, je vous supplie d’arracher de mon cœur toutes les affections
des choses du monde, en sorte que votre très-cher Fils soir mon
très-cher et bien-aimé jusques à la mort.
La Mère répondit
: D’autant que vous désirez avoir chèrement mon Fils, suivez
les paroles que lui-même a proférées en l’Évangile
: Matthieu 18. V. 21
1- Ce que j’ai dit au riche : Vendez
ce que vous avez, donnez-le aux pauvres et suivez-moi.
2- Ne soyez point soigneux du lendemain.
3- Voyez comme les passereaux sont
repus : combien plus le Père céleste repaîtra les hommes
!
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4- Rendez à César
ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à
Dieu.
5- Cherchez en premier lieu le royaume
de Dieu.
6- Vous tous qui avez faim,
venez à moi, et je vous réfectionnerai.
Certainement, celui-là
semble vendre tout, qui ne se conserve que la substance nécessaire
pour la nourriture de son corps, et distribue le reste aux pauvres pour
l’honneur de Dieu, et non pour l’honneur du monde, à l’intention
d’avoir l’amitié avec Dieu, comme il apparaît en saint
Grégoire, et en autres rois et princes qui ont été
aimés de Dieu, bien qu’ils eussent des richesses et en donnassent
aux autres, comme ceux qui ont laissé toutes choses tout d’un coup
pour servir Dieu, mendiant après les autres ; car ceux qui ont eu
les richesses seulement pour l’honneur de Dieu, s’en fussent librement
privés, si la volonté de Dieu eût été
telle. Or, les autres ont embrassé une autre sorte de pauvreté,
laquelle ils désiraient pour la gloire de Dieu. C’est pourquoi à
tout homme qui a des biens justement acquis, ou bien des pensions, il est
permis d’en recevoir les fruits pour son entretien, pour sa famille et
pour la gloire de Dieu, et qu’il donne le superflu aux amis de Dieu.
En deuxième lieu, il ne doit se soucier du lendemain, car bien que
vous n’ayez que le corps nu, espérez en Dieu, et celui qui nourrit
les passereaux vous nourrira, puisqu’il vous a rachetée de son sang.
Je lui répondis :
O Dame très-chère, qui êtes belle, riche et vertueuse
: belle, d’autant que vous n’avez jamais péché ; riche, d’autant
que vous êtes très-aimée de Dieu ; vertueuse, d’au-
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Tant que vous êtes parfaite
en toutes vos œuvres : partant, oyez-moi, ô ma Dame, moi qui suis
riche de péchés et pauvre de vertus. Nous avons ce jourd’hui
le vivre et ce qui nous est nécessaire ; demain nous ne manquerons.
Comment donc pourrions-nous être sans soins, quand nous n’avons rien
? car bien que l’âme ait ses consolations de Dieu, l’autre néanmoins,
qui est le corps, désire et appète sa vie.
La Sainte Vierge répondit
: Si vous avez quelque chose de superflu et dont vous vous puissiez passer,
vendez ou engagez-le, et vivez sans soins.
Je lui répondis :
Nous avons des vêtements dont nous nous servons la nuit et le jour,
et peu de vaisselle pour notre table. Le prêtre a trois livres, et
avons pour la messe un calice et les autres ornements.
La Sainte Vierge repartit
: Le prêtre ne doit pas être sans livres, ni vous sans messes,
ni on ne doit dire la messe sans ornements très-purs. Votre corps
ne doit point être nu, mais revêtu pour les hontes et pour
éviter le froid, partant, vous avez besoin de toutes ces choses.
Sainte Brigitte répondit
: Ne dois-je pas emprunter de l’argent pour quelque temps ?
La Mère répondit
: Si vous êtes assurée de la rendre à temps fixe, empruntez-en,
et non autrement, car il vous profite beaucoup plus de ne manger de tout
un jour que d’exposer votre foi à l’incertitude.
Et moi, je lui dis : Ne dois-je
pas travailler pour gagner ma vie ?
La Mère lui repartit
: Qu’est-ce que vous faites tous les jours et maintenant ?
J’apprends la grammaire,
j’écris et je prie.
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Lors la Mère dit : Il ne
faut laisser tel travail corporel.
Et moi, je lui dis : Et qu’aurons-nous
pour vivre demain ?
La Mère dit : Demandez-en
au nom de Jésus, si vous n’avez autre chose.
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Chapitre 47
XLVII.
La Mère de Dieu dit de l’homme qui parle de Dieu, que, s’il est méprisé et moqué à raison de cela et qu’il prenne patience, son âme est alors rendue belle. Celui qui afflige son corps pour l’honneur de Dieu, ressentira les divines douceurs et sera enrichi des faveurs divines. Si l’on médit de lui et qu’il ne porte point de haine, son âme sera revêtue de vêtements précieux et agréables à Dieu. Les amis de Dieu s’affligent afin d’attirer les âmes.
La Mère de Dieu dit
à sainte Brigitte : Ne vous troublez pas, s’il vous faut parler
de Dieu à ceux qui ne vous entendent pas franchement, car quiconque
est confus et le supporte franchement pour l’amour de Dieu, cela rendra
belle son âme, d’autant que l’âme de l’homme qui entend la
détraction faite contre soi, et néanmoins ne hait point le
médisant, est ornée comme de vêtements très-riches,
de sorte que l’Époux, qui est un Dieu en trois personnes, désire
que cette âme soit plongée dans les dilections éternelles
de la Déité.
Que les amis de Dieu donc
tâchent avec peine de convertir ceux qui aiment mieux les cupidités
et l’orgueil que Dieu, car ils gisent comme sous une montagne, voilà
pourquoi il faut tâcher de
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les arracher aux dépends
mêmes de leur vie ; car comme celui qui voit ses frères gisants
sur la pente d’une montagne, souvent frappe la montagne pour en arracher
des pierres, quelquefois les coupe doucement, afin que, tombant au-dessous,
elles ne se brisent, quelquefois frappe plus fort, afin qu’il se retire
du danger, de même les amis de Dieu travaillent, afin que les âmes
soient sauvées. Partant, comme il y en a peu qui aient eu la foi
droite quand mon Fils monta au ciel, de même maintenant ceux qui
accomplissent ce commandement : Vous aimerez Dieu sur toutes choses et
le prochain comme vous-mêmes, c’est-à-dire, les amis de Dieu
vont maintenant à la conversion des chrétiens, qui autrefois
allaient aux païens ; car comme il est impossible que ceux-là
puissent obtenir le ciel, qui, ayant reçu la foi, ne l’ont point
gardée, de même il est impossible que les chrétiens
qui meurent sans charité jouissent de la gloire.