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XLVIII.
Jésus-Christ se compare à un médecin. Des médecines et des malades.
Notre-Seigneur Jésus
parle à son épouse : Je suis comme un bon médecin,
auquel courent tous ceux qui savent que sa potion est douce. Or, ceux qui
goûtent la douceur de sa médecine, considérant qu’elle
est salutaire, soudain vont à la maison de l’apothicaire ; mais
ceux qui la trouvent aigre, s’en retirent.
Il en est de même de
la médecine spirituelle, qui est le Saint-Esprit, car l’Esprit de
Dieu est doux au goût, affermit tous les membres et s’é-
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Coule dans le cœur, afin de le réjouir
et de le fortifier contre les tentations.
Moi, Dieu, je suis ce médecin,
qui suis prêt à donner ce breuvage à tous ceux qui
le désirent avec amour. Or, celui-là est sain et propre à
le recevoir qui n’a pas volonté de croupir dans le péché
; mais ayant goûté une fois cette divine potion, il s’y plaît
toujours ; au contraire, ceux qui ont désir de demeurer dans le
péché, ne se plaisent point à avoir l’Esprit de Dieu.
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Chapitre 49
XLIX.
La Mère de Dieu montre qu’elle a été conçue sans péché.
La Mère de Dieu parle
: Si quelqu’un, voulant jeûner, avait le désir de manger,
mais que la volonté résistât au désir, que le
supérieur à qui il doit obéir lui commandât
de manger, et qu’il mangeât par obéissance, manger serait
alors de plus grand mérite que le jeûne : de même manière
arriva en la conjonction de mes parents, quand je fus conçue. La
vérité est que je fus conçue sans péché
originel, car comme il n’y a que mon Fils et moi qui n’ayons péché,
aussi il n’y a pas eu de mariage plus honnête que celui de mes parents.
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Chapitre 50
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L.
La Vierge Marie dit à l’épouse qu’il n’y a rien qui plaise tant à Dieu que d’être aimé des hommes, et le montre par un exemple d’une femme païenne qui aima fort son Créateur.
La Mère de Dieu
parle à sainte Brigitte, lui disant qu’il n’y a rien qui plaise
tant à Dieu que quand l’homme l’aime sur toutes choses. Je vous
en donnerai une similitude d’une femme païenne : ne sachant rien de
la foi catholique, elle s’entretenait en ces pensées : Je sais de
quelle manière je suis, et je connais mes parents. Je crois aussi
qu’il est impossible que j’eusse le corps, les membres, les entrailles,
les sens, si quelqu’un ne me les eût donnés ; et partant,
il y a quelque Créateur qui m’a faite une si belle créature,
et non une créature difforme, comme les vermisseaux et les serpents.
Il me semble aussi que, bien que j’eusse plusieurs maris, et que, si tous
m’appelaient, je courrais plutôt à mon Créateur qui
m’appelle qu’aux voix de tous ceux-là. J’ai aussi plusieurs fils
et filles : néanmoins, si j’avais de la viande en ma main et savais
que mon Créateur en désire, je l’ôterais franchement
à mes enfants et la présenterais à mon Créateur.
J’ai aussi plusieurs possessions dont je dispose selon mes vouloirs : si
je savais néanmoins que la volonté de mon Créateur
est autre, je les laisserais, renonçant à ma volonté,
et en disposerais à l’honneur de mon Créateur.
Mais voyez, ma fille, ce
que Dieu a fait avec
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Cette femme païenne, car il
lui a envoyé un de ses amis qui l’a instruite en la foi sainte,
et Dieu a visité son cœur de lui-même, comme vous le pourrez
entendre des paroles de la susdite femme, car quand cet homme de Dieu lui
prêchait qu’il y avait un seul Dieu sans commencement et sans fin,
créateur de toutes choses, elle lui dit : Il est bien croyable que
celui qui m’a créée et qui a créé toutes choses,
n’a pas par-dessus soi de créateur, et il est vraisemblable que
sa vie est éternelle, puisqu’il m’a pu donner la vie.
Mais quand cette femme ouït
que le même Créateur avait pris l’humanité d’une Vierge,
qu’il avait prêché lui-même, elle dit : Il est bien
fait de croire que Dieu fait de bonnes œuvres. Mais vous, ô mon ami
! dites-moi quelles furent les paroles qui furent proférées
de la bouche du Créateur, car je veux renoncer à ma volonté
et lui obéir selon qu’il a parlé.
Or, l’ami de Dieu prêchant
et lui parlant de la passion, de la croix et de la résurrection,
la femme, ayant les larmes aux yeux, lui dit : Béni soit Dieu qui
a manifesté son amour en la terre tel qu’il l’avait au ciel ! Partant,
comme je l’aimais auparavant, je suis maintenant obligée de l’aimer
comme voie droite et comme Rédempteur, me rachetant de son propre
sang. Je suis encore obligée de l’aimer de toutes mes forces et
de le servir de tous mes membres. D’ailleurs, je suis obligée d’arracher
de moi tous les désirs que j’ai eus en mes passions, fils et parents,
et seulement aimer et désirer mon Créateur en la gloire et
en la vie qui ne finissent jamais.
La Mère de Dieu dit
: Voyez, ma fille, que cette femme a eu une grande récompense, à
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raison de la dilection : de même
la récompense est donnée à un chacun selon qu’il aime
Dieu pendant qu’il vit au monde.
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Chapitre 51
LI.
Il est traité d’une doctrine
fort utile contre les ennemis de l’âme, et contre les envieux qui
désirent aux hommes la confusion, le dommage et la vie courte.
Cet homme que vous reconnaissez
a trois ennemis : le premier est auprès de lui ; il est là
où il est ; il dort et veille avec lui, et il ne le voit point.
Le deuxième lui est familier, il est près de lui quand il
veille, et il ne l’oit point. Le troisième ne lui est pas familier
; il ne le connaît pas, et celui-ci le hait.
Le premier ennemi est le
diable, qui le tente de superbe, de cupidité, et de plusieurs autres
choses ne plusieurs manières. Contre cet ennemi, il doit se munir
d’un fouet, pensant : O diable, vous ne donnez rien de bon : pourquoi me
rendrai-je superbe ? Vous me cherchez aussi pour me perdre, et Jésus-Christ
me donne la vie. Partant, il est raisonnable que je fuie ta volonté
et que je suive la volonté de Dieu et ses préceptes. Partant,
quiconque veille ou dort avec une telle intention, menace de son fouet
le diable, qui, en étant épouvanté, s’enfuit.
Le deuxième ennemi,
ce sont ses familiers et ses serviteurs qui lui disent : Vous encourez
de grands dommages, si vous êtes trop juste ; vous pourrez faire
votre profit en dissimulant plusieurs choses ; si vous êtes trop
humble, vous serez méprisé : c’est pourquoi amassez des
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richesses, et faites-nous riches
tous ; désirez les honneurs du monde, et nous nous réjouirons
avec vous. Cet ennemi se fait ouïr tous les jours, et partant, il
faut édifier un grand mur contre cet ennemi, afin qu’on ne l’entende
: ce mur est la bonne volonté, savoir, qu’il désire embrasser
plutôt la pauvreté avec la justice que les richesses avec
l’injustice, et plutôt avoir la confusion avec l’humilité
que l’honneur avec la superbe, et qu’il réponde à son ennemi,
mauvais conseiller : Si je fais contre Dieu, priez et avertissez-moi, car
lors je me réjouirai plutôt que je ne m’en attristerai. Qu’on
mette donc entre l’ennemi et lui un tel mur, de sorte que le vent de ses
paroles flatteuses frappe contre le mur, et non contre le cœur, afin qu’il
ne s’éloigne de l’amour divin.
Le troisième ennemi
est celui qu’il ne connaît pas. Ceux-là désirent sa
honte et confusion, son dommage et sa vie très-courte, afin qu’ils
jouissent des prospérités et obtiennent ses richesses. Partant,
qu’il ait contre cet ennemi une corde forte, c’est-à-dire, l’amour
de Dieu et du prochain, désirant souffrir tout ce que Dieu veut
qu’il pâtisse, ne voulant endommager personne ; et lors l’opprobre
et la confusion que ses ennemis voulaient jeter en son front, lui réussira
à honneur, le dommage à utilité, la vie courte à
longs jours, et l’ennemi est tellement lié qu’il ne peut plus nuire.
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Chapitre 52
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LII.
L’épouse admire et se répute indigne devant Jésus-Christ de la grâce qu’elle a de voir et d’ouïr en esprit ce qui se fait au ciel, en purgatoire et en enfer, et plusieurs autres choses excellentes qui sont déclarées en ce chapitre.
Louange vous soit, ô
mon Dieu ! pour toutes les choses créées, dit sainte Brigitte,
et honneur pour toutes vos vertus ! Que tous vous servent pour l’amour
que vous leur portez. Moi, indigne et pécheresse dès ma jeunesse,
je vous rends grâces, ô mon Dieu, d’autant que vous ne refusez
la grâce à ceux qui vous la demandent, quoique pécheurs,
mais vous leur faites miséricorde et pardon, ô Dieu très-doux
! Ce que vous faites avec moi est admirable : quand il vous plaît,
vous endormez mon cœur d’un sommeil spirituel, et excitez et relevez mon
âme pour voir, ouïr et sentir les choses spirituelles. O mon
Dieu, que vos paroles sont douces à mon âme ! Elle les avale
comme une douce liqueur, et elles entrent dans mon cœur avec grande joie,
car quand j’entends vos paroles, je suis rassasiée, et même
je suis famélique : rassasiée, d’autant qu’il n’y a rien
qui me plaise que vos paroles ; famélique, d’autant que je désire
de les ouïr avec ferveur. Partant, ô mon Dieu ! donnez-moi la
grâce de faire toujours votre volonté.
Jésus-Christ répondit
: Je suis sans commencement et sans fin, et tout ce qui est est créé
par ma puissance, disposé par ma sagesse et gouverné par
mon jugement ; toutes mes œuvres sont aussi rangées par la charité
: partant, rien
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Ne m’est impossible. Mais ce cœur
est trop dur, qui ne n’aime ni ne me craint, bien que je sois gouverneur
et juge de toutes choses, mais fait plutôt la volonté du diable,
qui est son bourreau, qui donne à boire largement le venin par le
monde, qui ne peut donner la vie aux âmes, mais bien la mort de l’enfer.
Ce venin est la péché, qui est doux au goût, bien qu’amer
à l’âme, et tous les jours, il est répandu par les
mains du diable sur plusieurs. Mais qui a ouï de telles choses, que
la vie soit offerte aux hommes et qu’ils choisissent la mort ? Néanmoins,
moi, Dieu de tous, je suis patient et je compatis à leurs misères.
Je fais certainement comme le roi qui, envoyant du vin à ses serviteurs,
leur dit : Buvez-en en quantité, car il est bon et salutaire : il
donne aux malades la santé, aux tristes la joie, un cœur généreux
à ceux qui se portent bien, et ce vin n’est envoyé que dans
les grappes mêmes. De même j’envoyai mes paroles, qui sont
comparées au vin, à mes serviteurs, par vous, qui êtes
mon vase. Certainement, mon Saint-Esprit vous enseignera où il vous
faut aller et ce qu’il vous faut dire : c’est pourquoi parlez courageusement,
et faites sans crainte ce que je vous commande, car pas un ne me surmontera.
Lors je lui répondis
: O Roi de toute gloire et celui qui verse la sagesse et qui donne toutes
les vertus, pourquoi m’employez-vous à un tel office, moi qui ai
consommé ma jeunesse en péchés ? Je suis certainement
comme un âne insensé, et suis défectueuse en toute
sorte de vertus. J’ai manqué en tout, et ne me suis amendée
en rien.
Le Saint-Esprit répondit
: Qui serait étonné
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Si quelque seigneur faisait de la
monnaie ou du métal qu’on lui offrirait, des couronnes, des anneaux,
ou des coupes pour son usage ? De même, il n’est pas de merveilles
si je choisis et reçois les cœurs de mes amis qui me sont offerts,
et si je fais en eux ma volonté. Et d’autant que l’un a plus petit
entendement que l’autre, de même je me sers de la conscience et de
l’esprit d’un chacun, selon que je vois expédient pour mon honneur,
car le cœur du juste, c’est ma monnaie : c’est pourquoi soyez prompte et
constante à faire mes volontés.
Ensuite la Mère de
Dieu me parla : Qu’est-ce que les femmes superbes disent en votre royaume
?
Je suis une d’icelles, c’est
pourquoi je suis confuse de parler en votre présence.
Et la Mère de Dieu
dit : Bien que je sache cela mieux que vous, néanmoins je le veux
ouïr de votre bouche.
Quand on nous prêchait
l’humilité vraie, nous disions que nos parents possédaient
des possessions très-amples et de mœurs très-excellentes.
Pourquoi ne les imiterons-nous donc ? Notre mère allait de pair
avec les premiers ; elle était excellemment et noblement vêtue,
et avait plusieurs serviteurs ; elle nous a élevés avec honneur
: pourquoi mes filles ne doivent-elles hériter de telles choses,
auxquelles j’appris de se comporter noblement et de vivre avec joie corporelle
? Je leur ai enseigné de mourir avec de grandes dignités.
La Mère de Dieu dit
: Toute femme qui suit cette route et ces discours par œuvres, va par une
voie droite dans l’enfer ; et partant, une telle réponse est dure
et amère, car que profite tout cela, puisque le Créateur
de toutes cho-
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ses n’a jamais porté une
robe superbe, tant qu’il a demeuré en terre ? Certainement, telles
femmes ne considèrent point la face de Jésus, quelle elle
était en la croix, sanglante et pâle de peines et de tourments,
et ne soucient point des opprobres qu’il a ouïs, ni de la mort ignominieuse
qu’il a choisie et soufferte pour nous, ni ne se souviennent point du lieu
où il a rendu l’esprit ; car là où les larrons reçurent
les supplices qu’ils méritaient, c’est là que mon Fils a
été crucifié ; et moi, la plus chère de toutes
les créatures, et qui suis la vraie humilité, j’assistai
là. Et partant, ceux qui se gouvernent superbement et pompeusement,
et donnent aux autres sujets de les imiter, sont semblables à un
aspersoir qui, étant plongé dans une liqueur ardente, brûle
et tache tous ceux qui en sont aspergés : de même quand les
superbes donnent sujet de mauvais exemple et de mauvaise édification,
ils brûlent les âmes ; et partant, je veux faire maintenant
comme une bonne mère qui, déterrant ses enfants, leur montre
les verges, lesquelles les serviteurs voient aussi ; mais les enfants,
les voyant, craignent d’offenser la mère, la remerciant de les avoir
menacés pour éviter les coups. Mais les serviteurs craignent
d’être fouettés, s’ils manquent, et de la sorte, par cette
crainte, les enfants font plusieurs biens, et les serviteurs moins de mal
qu’ils ne faisaient.
Partant, d’autant que je
suis Mère de miséricorde, je veux vous montrer la peine du
péché, afin que les amis de Dieu soient fervents de l’amour
de Dieu, et les pécheurs, sachant de danger, fuient pour le moins
le péché par la crainte ; et de la sorte, je fais miséricorde
aux bons, afin qu’ils obtiennent une plus grande
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couronne au ciel, et au mauvais,
afin qu’ils endurent moins de peines, et il n’y a pas pécheur si
grand que je ne sois toute prête à lui aller au-devant et
que mon Fils ne soit disposé à lui donner la grâce,
s’il demande miséricorde avec amour.
Et après cela apparurent
trois femmes : la mère, la fille et la nièce ; mais la mère
et la nièce apparurent mortes, et la fille apparut vive. Or, la
susdite mère apparaissait morte, semblait ramper par terre dans
un lieu fort obscur et boueux, le cœur de laquelle semblait arraché,
et les lèvres semblaient coupées. Le menton tremblait, et
les dents, blanches et longues, grinçaient en la bouche. Les narines
étaient rongées, et ses yeux arrachés pendaient aux
joues avec deux nerfs. Son front semblait creux et avalé, et au
lieu du front était un grand et ténébreux abîme.
En la tête, il n’y avait point de crane, et son cerveau bouillait
comme du plomb fondu et de la poix échauffée. Son col était
aussi secoué comme un bois qui tourne autour, lequel un fer très-aigu
coupé sans cesse. Sa poitrine ouverte était pleine de vermisseaux
longs qui grouillaient l’un sur l’autre, et ses bras ressemblaient à
un manche d’un tailleur de pierres ; ses mains étaient comme des
clous à nœuds et longs, et toutes les jointures étaient désemboitées,
de sorte que quand l’une montait, l’autre descendait sans cesse. Un serpent
long et grand était du plus haut de l’estomac jusques en bas, qui,
baissait sa tête avec la queue envenimait ses entrailles, et tournait
incessamment comme une roue. Ses cuisses et ses jambes ressemblaient à
deux bâtons épineux pleins de pointes très-aiguës.
Ses pieds étaient comme des pieds de crapauds.
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Lors cette mère, qui
était comme morte, parlait à sa fille qui était vivante,
lui disant : Oyez, lézarde et fille pleine de venin. Malheur à
moi que j’aie été votre mère ! Je suis celle qui vous
ai mise au nid de superbe, où vous croissiez, y étant échauffée,
jusqu’à ce que vous avez atteint l’âge ; et elle vous a tellement
plu que vous avez consommé en icelle tout votre temps. Partant,
je vous dis que tout autant de fois que vous tournez les yeux superbement
sur quelqu’un, comme je vous ai enseigné, tout autant de fois vous
jetez à mes yeux du venin tout bouillant avec une intolérable
ardeur ; et toutes fois et quantes que vous proférez des paroles
orgueilleuses que vous avez apprises de moi, tout autant de fois j’avale
des breuvages très-amers ; toutes fois et quantes que vos oreilles
sont remplies de vent de superbe, qui excite les orages de l’arrogance,
qui sont : ouïr les louanges de votre corps bien proportionné,
désirer les honneurs du monde, ce que vous avez appris de moi, tout
autant de fois frappe en mes oreilles un son horrible qui m’étourdit
avec un vent brûlant. Malheur donc à moi qui suis en l’extrême
pauvreté et misère ! Je suis pauvre, d’autant que je n’ai
rien de bon ni n’en ressens ; misérable, parce que je suis assaillie
de toute sorte de maux.
Mais vous, ma fille, vous
êtes semblable à la queue de la vache, qui va par les lieux
boueux, qui toutes les fois qu’elle meut la queue, salit tous ceux qui
sont auprès d’elle. De même en faites-vous, ma fille, vous
qui n’avez point la divine sagesse, et allez selon vos désirs et
les mouvements de votre corps. Partant, toutes les fois que vous imitez
les coutumes que j’ai fait
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Couler en votre esprit en la jeunesse,
savoir, les péchés que je vous ai enseigné de faire,
tout autant de fois ma peine est renouvelée et mes feux brûlent
avec plus d’ardeur. Partant, ma fille, pourquoi vous enorgueillissez-vous
de votre sang ? Quel honneur avez-vous d’avoir été en mon
ventre auprès de l’ordure et nourrie d’ordure ? Votre sortie a été
honteuse, et les immondices de mon sang étaient votre robe en la
naissance. Or, maintenant, mon ventre, qui vous a portée, est rongé
par les vers.
Mais pourquoi me plaindre
de toi, ma fille, puisque j’ai plus de sujet de me plaindre de moi-même
? car il y a trois choses qui affligent le plus mon cœur : 1- étant
créée de Dieu pour la gloire céleste, j’abusais de
ma conscience, et me suis disposée pour les peines de l’enfer ;
2-Dieu m’ayant créée belle comme un ange, je me suis rendue
difforme moi-même, de sorte que je suis plus semblable au diable
qu’à l’ange de Dieu ; 3- j’ai mal changé le temps qui m’était
donné ; j’ai préféré le moment c’est-à-dire,
la délectation du péché, pour lequel je ressens maintenant
des maux infinis dans l’enfer, à l’éternité glorieuse
!
Et lors, elle dit à
l’épouse : Vous qui me voyez, vous ne me concevez que par similitudes.
Certes, si vous me voyiez comme je suis, vous mourriez d’effroi, car tous
mes membres sont comme des démons. Et partant, l’Écriture
est vraie quand elle dit que, comme les justes sont membres de Dieu, de
même les pécheurs sont membres du diable. J’en fais maintenant
l’expérience. Les démons sont comme cloués à
mon âme, d’autant que moi-même je me suis disposée à
une si grande difformité.
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Mais écoutez
encore davantage. Il vous semble que mes pieds sont comme des crapauds
: cela est d’autant qu’opiniâtrement je me suis arrêtée
dans le péché ; c’est pourquoi aussi les diables sont toujours
avec moi, me rongeant sans jamais se rassasier ; mes jambes et mes cuisses
sont comme des bâtons épineux, d’autant que ma volonté
a suivi les concupiscences de la chair et les voluptés. Mais les
os de mon dos sont tous désemboités, et l’un s’émeut
contre l’autre, d’autant que mon esprit se plaisait trop aux consolations
mondaines, et s’affligeait trop des adversités et des fâcheries
du monde. Et comme le dos s’émeut selon le mouvement de la tête,
de même ma volonté ne devait se mouvoir que selon les volontés
de Dieu, qui est l’origine de tout bien. Mais d’autant que je n’ai pas
fait cela, je pâtis justement ce que vous voyez. Mais d’autant qu’un
serpent se glisse du bas de l’estomac jusques en haut, et étant
comme un cercle, environne mon ventre, cela est d’autant que mes voluptés
ont été déréglées, et voulaient tout
posséder, pour pouvoir dépendre beaucoup avec indiscrétion
; c’est pourquoi le serpent court incessamment par mon intérieur,
sans me donner trêve ni repos.
Quant à ce que ma
poitrine est ouverte et rongée des vers, cela montre la vraie justice
divine. Certes, j’aimais la pourriture plus que Dieu, et mon cœur était
lié aux choses passagères ; et partant, comme de petits vermisseaux
s’engendrent les grands, de même mon ame est remplie de démons,
comme engendrés de l’amour que j’avais pour la pourriture et l’ordure.
Mes bras semblent aussi comme démanchés, d’autant que mon
désir tendait à la longue vie et à vivre longtemps
dans le péché.
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Je désirais aussi
que le jugement de Dieu fût plus doux que l’Écriture ne dit
; et néanmoins, la conscience me disait bien que mon temps était
court et que le jugement de Dieu était effroyable ; mais au contraire,
les désirs des voluptés et des péchés me dictaient
faussement que ma vie serait longue, et que le jugement de la fureur divine
ne serait pas si effroyable ; et de telles suggestions renversaient ma
conscience, et après, ma volonté et ma raison suivaient mes
délectations et mes voluptés. C’est pourquoi aussi le diable
s’émeut en mon ame contre ma volonté, et ma conscience entend
et ressent que le jugement de Dieu est juste.
Mes mains sont comme une
massue longue, d’autant que je n’ai pas gardé les commandements
de Dieu ; et par la même raison, mes mains me servent à la
pesanteur et non à l’usage.
Mon col tourne comme un bois
au tour et qui est taillé avec un ciseau, et c’est parce que les
paroles divines n’ont point été à goût à
mon cœur, mais lui étaient amères, d’autant qu’elles reprenaient
ses délectations et ses voluptés : c’est pourquoi un fer
aigu est toujours fiché à mon gosier.
Mes lèvres sont coupées,
d’autant qu’elles étaient promptes à parler de la vanité
et superbe et de la cajolerie, mais grandement lâches à parler
de Dieu. Ma joue paraît tremblante et les dents me grincent, d’autant
que je donnais de la viande à mon corps, afin que je parusse belle,
désirable, saine et forte à toutes les délices du
corps ; et mes dents sont en continuel grincement, d’autant que tout leur
ouvrage a été inutile pour le bien de l’âme. Mes narines
sont coupées, d’autant que même vous punissez de
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telle peine ceux qui sont atteints
des crimes dont celui-ci est atteint, afin qu’il ait de la honte, et moi,
j’en ai la confusion éternelle !
Quant à ce que les
yeux sont pendus par deux nerfs jusques aux joues, cela est juste, car
comme les yeux se plaisaient en la beauté des joues par ostentation
de superbe, de même maintenant ils sont arrachés par trop
pleurer, et pour confusion, pendant aux joues. Justement aussi mon front
est avalé, et à sa place sont des ténèbres
palpables, d’autant que j’ai couvert mon front du voile de superbe, et
j’ai voulu me glorifier et paraître belle ; mon front est maintenant
obscur et difforme ; mais d’autant que le cerveau bout et s’écoule,
comme le plomb s’émeut et est flexible selon la volonté,
qui était en mon cerveau, allait selon les mouvements de mon cœur,
bien que je susse fort bien ce qu’il fallait faire. Mais même la
passion du Fils de Dieu n’était point gravée dans mon cœur,
mais s’enfuyait et s’en écoulait comme chose que je savais bien,
et m’en souciais bien peu. D’ailleurs, j’étais autant attentive
au sang qui coulait des membres du Fils de Dieu qu’à la poix, et
je fuyais les paroles de charité comme de la poix, de peur qu’elles
ne me détournassent des délices corporelles, et qu’elle ne
me troublassent quand j’en jouissais. Quelquefois néanmoins, j’oyais
la parole de Dieu pour le respect des hommes, mais elle sortait avec la
même facilité de mon cœur qu’elle y était entrée.
C’est pourquoi aussi mon cerveau s’écoule comme une poix ardente.
Mes oreilles sont aussi bouchées avec des pierres fort dures, d’autant
que les paroles de superbe entraient en elles avec joie, et de là
s’écoulaient doucement
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Dans mon cœur. Et d’autant que j’ai
fait toutes choses pour l’amour du monde et pour la vanité, mes
oreilles n’entendront jamais les concerts et les agréables mélodies.
Mais vous me pourriez demander
si je n’ai fait aucune bonne œuvre. Je vous réponds : J’ai fait
comme celui qui rogne la monnaie et la rend à son maître,
car je jeûnais , je faisais des aumônes et d’autres bonne œuvres,
mais tout cela par crainte de l’enfer et pour éviter les douleurs
corporelles. Mais d’autant que la charité n’était point en
mes œuvres, elles ne m’ont point servi pour obtenir le ciel ; elles n’ont
pas été pourtant sans récompense.
Vous pourriez encore vous
enquérir quelle je suis intérieurement en ma volonté,
puisque je suis difforme au-dedans. Je vous réponds : Ma volonté
est comme l’homicide et le parricide : de même je désire toute
sorte de maux à mon Créateur, qui m’a été néanmoins
très-bon et très-doux.
Après, la nièce
morte de la susdite bisaïeule, morte aussi, parla à la mère
qui vivait encore : Oyez, ô scorpion, ma mère ! Malheur à
moi, d’autant que vous m’avez déçue, car vous m’avez montré
un visage doux, mais vous m’avez cruellement percé le cœur. Vous
m’avez donné trois mauvais conseils ; j’ai appris trois autres choses
de vos actions, et vous m’avez montré trois voies en votre procédé.
Le premier conseil a été d’aimer charnellement pour obtenir
les amitiés charnelles ; le deuxième, de dépenser
prodigalement les biens pour l’honneur du monde ; le troisième,
d’avoir le repos pour les plaisirs de la chair. Certainement, ces conseils
m’ont été grandement dommageables, car d’autant que
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J’ai aimé charnellement,
j’ai maintenant la honte et l’envie spirituelle ; et parce que j’ai prodigalement
dépensé les biens, je suis privée des dons de Dieu
en la vie, et après la mort, j’ai été remplie de confusion
; et d’autant que je me plaisais aux délices charnelles, à
l’heure de la mort, les ingratitudes et les chagrins de l’esprit me saisirent
sans considération aucune.
J’ai aussi appris trois choses
de vos œuvres, savoir :1-d’en faire quelques bonnes sans quitter le péché
qui me plaisait, comme celui qui, mêlant le venin avec le miel, n’offrait
que du venin au juge qui, étant justement irrité, l’épandit
sur celui qui le lui offrait ; de même j’expérimente le même
avec beaucoup de douleur et de tribulation ; 2-une façon et mode
admirable de m’habiller, savoir des souliers mignons à mes pieds,
des gants façonnés à mes mains, montrer ma gorge toute
nue.
Ce linge délié
marquait l’éclat de mon corps, qui a tellement offusqué l’éclat
de mon âme que je ne me souciai de sa beauté. Mes souliers
ou sandales, découverts au-dessus, signifiaient ma foi sans les
œuvres, qui ont laissé mon âme toute nue. Les gants aux mains
signifiaient la vaine espérance que j’ai eue, car j’appuyais mes
espérances en mes œuvres, dont j’attendais miséricorde, sans
que j’aie jamais considère la justice divine, ni n’ai point ressenti
sa fureur, ce qui me donna le libertinage au péché. Mais
quand la mort s’approchait, mon linge tomba de mes yeux sur terre, c’est-à-dire,
sur mon cœur, lors l’âme se connut et se vit toute nue, voyant que
mes péchés étaient grands et mes œuvres fort petites,
et j’en avais tant de honte et de
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confusion que je ne pus entrer dans
le palais du Roi des cieux. Or, lors les démons me trouvèrent,
et me donnèrent de grandes peines et douleurs, où j’étais
moquée avec confusions insupportables.
La troisième que j’appris
de vous, ma Mère, c’est de revêtir le serviteur des habillements
du maître, et le maître, des habillements du serviteur. Ce
maître est l’amour de Dieu ; le serviteur est la volonté de
pécher. Partant, la charité devant régner dans mon
cœur, j’ai posé la volonté de pécher, laquelle j’ai
lors revêtue des vêtements du Seigneur, quand je me suis servie
des créatures pour l’assouvissement de mes voluptés, et j’ai
donné au Seigneur quelques restes, et encore iceux par crainte et
non par amour. Mon cœur donc se réjouissait du succès de
mes voluptés, d’autant que le Seigneur en était chassé
et banni, et le serviteur bien reçu et caressé.
J’ai appris de vous ces trois
choses. Vous m’avez aussi montré trois voies en votre démarche
: la première était éclatante, en laquelle étant
entrée, je fus aveuglée de sa splendeur. La deuxième
fut courte, et labile comme la glace, en laquelle je tombais pas à
pas. La troisième était trop longue, et quand j’y marchais,
un torrent impétueux m’emporta sur une montagne en une fosse profonde
qui était là.
En la première voie
est marqué le progrès de ma superbe, qui fut trop brillante,
car l’ostentation, fille de la superbe, donna tant d’éclat à
mes yeux que je ne considérai point la fin, et partant, je fus aveugle.
En la deuxième voie
est marquée la rébellion.
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Le temps de rébellion
n’est pas long en cette vie, car après la mort, l’homme est contraint
d’obéir. En vérité, il m’a été fort
long, car quand je passai par un pas, c’est-à-dire, par l’humilité
de la confession, soudain je retombai à mes péchés
; c’est pourquoi je n’ai point été constante en l’obéissance,
mais je tombais soudain dans mes péchés comme celui qui chemine
sur la glace. Ma volonté était froide, d’autant que je ne
quittais les délectations du péché, de sorte que quand
j’avançais un pas à la confession, confessant mes péchés,
je retombais en un autre pas, d’autant que je voulais le péché
et je me plaisais à me confesser souvent.
La troisième voie
fut que je m’attendais à pouvoir pécher sans avoir une grande
peine, pouvoir vivre longtemps et ne m’approcher point de l’heure de la
mort. Et ayant avancé chemin par cette voie, un torrent impétueux,
savoir, la mort, qui donne à un autre, m’enleva et me chargea de
peines, renversant mes pieds. Or, quels sont ces pieds, si ce n’est que,
les infirmités m’accablant, je ne pouvais avoir soin des utilités
de mon corps, et moins de celles de l’âme ? C’est pourquoi je tombai
en une profonde fosse, quand le cœur, qui était haut et superbe,
endurci dans le péché, creva, et l’âme tomba en la
fosse de la peine du péché. Et partant, cette voie a été
trop longue commençait. Malheur donc à moi, ô ma mère
! car tout ce que j’appris de vous avec joie, je le pleure maintenant avec
amertume !
D’ailleurs, cette fille morte
parlait encore à l’épouse, qui voyait ceci : Oyez, vous qui
me voyez. Il vous semble que ma tête et ma face
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sont comme un tonnerre qui
fulmine au-dedans, et mon col est mis comme dans une presse garnie de clous.
Mes bras et mes pieds sont comme des serpents très-longs ; mes jambes
et mes cuisses sont comme deux canaux d’eau coulants du toit tout glacés.
Mais encore une peine m’est la plus amère de toutes : car comme
si une personne avait tous les canaux des esprits vitaux bouchés,
et comme si toutes les veines pleines de vent se serraient dans le cœur
et crèveraient à raison de la violence du vent, de même
je suis disposée au-dedans misérablement, à raison
du vent de la superbe qui m’a été très-agréable.
Néanmoins, je suis en la voie de la miséricorde, car lorsque
j’étais accablée d’infirmités, je les louai
le mieux qu’il me fut possible, mais néanmoins avec un esprit de
crainte. Mais la mort s’approchant, la considération de la passion
de Jésus-Christ me vint en l’esprit, savoir, qu’elle était
beaucoup plus douloureuse que la douleur que je méritais à
raison de mes fautes, et par une telle considération, j’ai obtenu
les larmes, gémissant, voyant que Dieu m’avait tant aimée,
et que je l’avais aimé si peu ; car lors je le regardai des yeux
de l’esprit et lui dis : O Seigneur, je crois que vous êtes mon Dieu.
Ayez miséricorde de moi, ô Fils de la Vierge, pour l’amour
de votre amère passion. J’amenderais maintenant ma vie, si j’en
avais le temps. Et en ce point-là, je fus soudain allumée
d’une scintille de charité en mon cœur, de sorte que la passion
de Jésus me semblait plus amère que ma mort. Et lors mon
cœur creva, et mon âme vint ès mains des démons, pour
être présentées au jugement de Dieu, car il était
indigne que les anges d’un grand éclat et d’une grande beauté
portassent
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une âme si difforme. Or, au
jugement de Dieu, les démons criant que mon âme fût
condamnée à l’enfer, le Juge répondit : Je vois une
scintille de charité en son cœur, qui ne doit être éteinte,
mais qui doit être devant moi, et partant, je juge l’âme à
être purifiée jusques à ce qu’étant dignement
purifiée, elle mérite de me posséder.
Vous pourriez encore vous
enquérir si je serai participante de tous les biens qu’on fait pour
moi. Je vous réponds par similitude : car comme si vous voyiez une
balance, et s’il y avait en l’un des bassins du plomb qui l’abaissât,
en l’autre une chose légère qui l’enlevât en haut,
plus on la chargerait, voire emporterait le poids du plomb : de même
en est-il de moi, car d’autant plus ai-je hanté le péché,
d’autant plus suis-je descendue en peine. Et partant, tout ce qu’on fait
à l’honneur de Dieu pour moi, cela m’enlève de la peine,
et spécialement l’oraison, et les biens que font les hommes justes
et amis de Dieu et les charités qu’on fait des biens bien acquis.
Telles choses m’approchent de Dieu de jour en jour.
Après cela, la Mère
de Dieu parla à l’épouse : Vous admirez comment moi, qui
suis Reine du ciel, et vous, qui vivez au monde, et cette âme, qui
est en purgatoire, et l’autre en enfer, parlent ensemble. Je vous dirai
cela. Je ne me retire jamais du ciel, d’autant que je ne serai jamais séparée
de la vision de Dieu, ni l’âme qui est en enfer ne sera jamais séparée
des peines, ni l’autre du purgatoire, qu’elle ne soit entièrement
purifiée, ni vous ne viendrez à nous avant la séparation
du corps ; mais votre âme et votre intelligence sont élevées
dans le
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ciel, pour y entendre les paroles
de Dieu, et il vous est permis de faire savoir quelques peines de l’enfer
et du purgatoire aux mauvais, afin qu’ils prennent garde à eux et
aux bons, pour consolation et avancement. Or, sachez que votre corps et
votre âme sont unis en terre, et le Saint-Esprit vous donne
l’intelligence, afin que vous connaissiez ses saintes volontés.
DÉCLARATION
Il est parlé en ce chapitre de trois femme, l’une desquelles entra dans un monastère, faisant pénitence tout le temps de sa vie avec grande perfection.
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Chapitre 53
LIII.
Notre-Seigneur reprend la superbe des prélats, etc. Ils doivent corriger leurs sujets, de peur qu’à l’exemple d’Héli, ils ne soient damnés.
Le Fils de Dieu parle à
son épouse, lui disant : C’est une grande chose, voire c’est un
monstre horrible que là où le Roi de gloire s’est humilié,
là l’homme obligé à rendre compte, s’enorgueillisse,
car si quelqu’un est supérieur aux autres, il ne doit s’enorgueillir
d’être prélat, mais plutôt craindre, car tous sont égaux
en nature et toute puissance est de Dieu. En vérité, si celui
que Dieu fait supérieur est bon, il profite à son salut et
à celui des autres ; s’il est mauvais, c’est la permission de Dieu,
pour la correction des sujets et à sa plus grande condamnation,
ni n’est point de merveille, mais digne et juste, que l’homme qui a négligé
de se soumettre à son Créateur, expérimente la domi-
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nation de l’inférieur et
ses conseils. Donc, quand quelqu’un est contraint d’être supérieur
ou désire l’être, qu’il se montre tel à ses sujets,
qu’il soir désirable à raison de ses mœurs et de sa bonne
vie, utile en la justice et équité. Enfin de sa nature, celui
qui est prélat doit s’humilier et ses mesurer par sa propre mesure,
afin qu’il ne s’élève par-dessus soi-même, et qu’il
apprenne en soi d’avoir compassion des autres. Qu’il craigne aussi que,
de la même mesure qu’il mesure les autres, on ne le mesure (Matt.4.Luc.
16.), car moi, Dieu et homme, je me suis tellement tempéré
que, bien que je connusse les défauts des hommes par ma science
infaillible, je les ai voulu connaître par les peines, par les croix,
en les expérimentant ; et enfin, pour me donner en exemple à
eux, j’ai commencé plutôt par faire que par commander et enseigner
; j’ai voulu servir, et non être servi. De même en a fait ma
très-chère Mère, car bien qu’elle fût maîtresse
des apôtres, elle a été la plus humble de tous, et
elle a été quasi un des moindres : c’est pourquoi aussi elle
a monté à la souveraine félicité.
Que le prélat donc
apprenne en ses propres infirmités à supporter les défauts
des sujets, et qu’il prenne garde qu’il ne donne sujet ou occasion aux
autres de péché et de ruine par ses paroles et ses exemples,
en abusant de sa puissance, car il n’y a rien qui provoque tant l’ire de
Dieu, attire, entraîne même les hommes à pécher,
que la lasciveté des prélats, car si Héli, le grand-prêtre,
fût demeuré en la vigueur du sacerdoce et eût aimé
ses enfants spirituellement, comme jadis Phinées et Moïse,
toute sa génération eût été sauvée
; mais d’autant qu’il
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voulut plaire charnellement à ses enfants, il laissa sa mémoire en tribulation et sa postérité en confusion.
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Chapitre 54
LIV.
Jésus-Christ dit que
le monde était comme une solitude, et il a illuminé le monde
et a montré le chemin du ciel. Il a envoyé ce livre ; ceux
qui le recevront et le garderont par œuvre, seront sauvés.
La Sainte Vierge Marie
parle à sa fille, disant : Béni soyez-vous, ô mon Fils
! Vous êtes le principe, sans principe du temps, et puissance sans
laquelle nul n’est puissant. Je vous en prie, mon Fils, achevez puissamment
ce que vous avez sagement commencé.
Le Fils répondit : Vous êtes
comme un boisson douce à celui qui a soif, et comme une fontaine
arrosant les choses arides, d’autant que, par vous, tout grâce fleurit.
C’est pourquoi je ferai ce que vous demandez.
Le Fils parle encore : Le
monde, avant mon incarnation, était comme une solitude en laquelle
il y avait un puits dont l’eau était fort trouble et immonde. Tous
ceux qui en buvaient avaient plus de soif, et ceux qui avaient mal aux
yeux s’en trouvaient pis. Auprès de ce puits, il y avait deux hommes,
l’un desquels criait, disant : Buvez en assurance, car le médecin
est venu qui ôtera toutes les langueurs. L’autre disait : Buvez joyeusement.
Il est vain et inutile de désirer ce qui est incertain.
Sept voies conduisaient à
ce puits, c’est pourquoi ce puits était désiré de
tous. Ce monde est semblable à la solitude, où sont
les bêtes, les
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arbres infructueux et les eaux immondes
; car l’homme désirait comme une bête épandre le sang
de son prochain ; il était infructueux ès œuvres de justice,
et immonde par l’incontinence et cupidité. Les hommes cherchaient
un puits trouble en cette solitude, qui était l’amour du monde,
et son honneur, qui est haut en orgueil, trouble en la sollicitude et soin
de la chair, et par les sept péchés capitaux. L’entrée
était ouverte à ce puits. Les deux hommes qui étaient
auprès du puits sont les docteurs des Gentils et des Juifs, car
les docteurs des Juifs étaient orgueilleux de leur loi qu’ils avaient
et qu’ils n’observaient pas ; et d’autant qu’ils étaient infatigables
en leur cupidité, ils incitaient le peuple à chercher les
richesses temporelles, disant : Vivez assurément, car le Messie
viendra, et il restituera toutes choses. Les docteurs des Gentils disaient
: Usons des créatures que vous voyez, d’autant que le monde fut
créé pour nous réjouir. L’homme demeurant ainsi plongé
en son aveuglement, et ne considérant pas la grandeur divine ni
les choses futures, lors moi, un avec le Père et le Saint-Esprit,
suis venu au monde, et m’étant revêtu de l’humanité,
je prêchai, disant que ce que Dieu avait promis et que Moïse
avait écrit, était accompli. Aimez donc les choses célestes,
car les choses mondaines passent, et je donnerai les choses célestes.
J’ai aussi montré
sept voies par lesquelles l’homme se retire de la vanité, car j’ai
montré la pauvreté et l’obéissance ; j’ai enseigné
les jeûnes et l’oraison ; je fuyais quelquefois les hommes et demeurais
seul en prière. J’ai embrassé les opprobres ; j’ai choisi
les douleurs et les labeurs ; j’ai soutenu les peines et la mort ignominieuse.
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Or, j’ai montré par
moi-même cette voie par laquelle mes amis marcheraient dès
longtemps ; mais maintenant cette voie est ruinée. Les gardiens
dorment, les passants se plaisent aux vanités et nouveautés,
c’est pourquoi je me lèverai et ne me tairai pas. J’ôterai
la voix de la joie, et je louerai ma vigne à d’autres, qui rendront
les fruits en son temps. En vérité, selon la commune maxime,
entre les ennemis se trouvent des amis : partant, j’enverrai à mes
amis mes paroles plus douces que le miel, plus précieuses que l’or,
et ceux qui les auront et les garderont, auront un trésor qui ne
s’épuise jamais et qui s’augmente jusqu’à la vie éternelle.
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Chapitre 55
LV.
La Mère de Dieu explique
en ce chapitre de grandes choses touchant sa Conception.
Pour le jour de la Conception
de la Vierge Marie.
La Mère de Dieu dit
: Quand mon père et ma mère s’unirent par le lien du mariage,
l’obéissance eut plus de pouvoir que la volonté ; plus opéra
là la charité divine que la volupté charnelle, car
l’heure en laquelle je fus conçue se peut bien appeler heure dorée
et précieuse, d’autant que les autres mariés s’unissent par
volupté charnelle, et mes parents s’unirent par obéissance
et par le commandement divin. Donc, ma conception a été à
bon droit dorée, car lors le principe de salut prit en quelque manière
quelque commencement, et les ténèbres s’allaient rendre à
la lumière, car Dieu a voulu faire en son œuvre une chose rare et
signalée, qui a été cachée aux siècles,
comme il fit jadis en la verge
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fleurissante. Mais sachez que ma
conception n’a pas été connue de tous, car Dieu a voulu que,
comme devant la loi écrite, la loi naturelle procédât,
et le choix libre du bien et du mal, et qu’après, la loi écrite
vînt, qui retiendrait le frein à tous les mouvements effrénés,
de même il a plu à Dieu que ses amis aient douté pieusement
de ma conception, afin qu’un chacun montrât son zèle jusqu’à
ce que la vérité parût au temps que la sagesse avait
ordonné
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Chapitre 56
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La Sainte Vierge montre
que sa Nativité est la porte des vraies joies, etc. Elle se plaint
des femmes qui ne considèrent cela avec dévotion.
Pour le jour de la Nativité.
La Sainte Vierge Marie parle : Quand ma mère m’engendra, je sortis par la porte commune, car aucun ne doit naître par autre manière, excepté Jésus-Christ, qui, étant le Créateur de tout le monde, a voulu aussi naître admirablement et d’une manière tout ineffable. Mais quand je fus née, les diables le surent et pensèrent en eux-mêmes : Voici qu’une Vierge est née, qu’est-ce que nous ferons, car il arrivera en elle quelque chose de grand ? Si nous lui appliquons tous les rets des finesses de notre malice, elle les rompra comme des étoupes. Si nous regardons son intérieur, nous la trouverons grandement munie, ni on ne trouve en elle aucune tache où on puisse mettre la pointe du péché : C’est pourquoi il est à craindre que sa pureté nous donnera de la peine, sa grâce dissipera toute notre force, sa constance nous foulera à ses pieds.
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Or, les amis de Dieu, qui attendaient
depuis longtemps, disaient, Dieu les inspirant : Pourquoi nous affligerons-nous
davantage ? Il nous faut plutôt réjouir, car la lumière
qui illuminera nos ténèbres est née ; nous désirs
sont accomplis. Les anges se réjouirent aussi, bien que leur joie
soit toujours en la vision divine, disant : Quelque chose de désirable
est né en la terre, et c’est une merveille d’amour par laquelle
la paix du ciel et de la terre sera affermie, et nos ruines seront réparées.
De vrai, ma fille, je vous
dis que ma naissance fut le commencement des joies, car lors apparut cette
verge d’où est éclose la fleur que les rois et les prophètes
désiraient voir. Après que j’ai été plus âgée
et que j’ai pu comprendre mon Créateur, j’ai été intimement
touchée d’un amour indicible, et je désirais Dieu de tout
mon cœur. J’ai été aussi conservée d’une grâce
admirable, en sorte qu’en mes jeunes et tendres années, je ne consentais
pas au péché, d’autant que l’amour de Dieu, le soin des parents,
la nourriture et honnête éducation, la conservation des faveurs
et la ferveur de connaître éminemment Dieu, persévéraient
en moi.
Or, maintenant je me plains
que les femmes qui sont engendrées et engendrent avec horreur, naissant
avec immondices, se délectent en icelles, et ne considèrent
point la pureté de ma naissance, mais sont pires que les juments,
d’autant qu’elles vivent sans raison ; elles vivent de vrai selon la chair
: c’est pourquoi leur volupté passera ; l’esprit de pureté
se retira ; les joies éternelles s’enfuiront d’elles ; l’esprit
d’impureté qu’elles suivent les enivrera.
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Chapitre 57
La Vierge Marie dit à sainte Brigitte pourquoi elle se purifia, etc. et elle parle aussi du glaive qui transperça son cœur.
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La Sainte Vierge Marie dit à
l’épouse de son Fils : Ma fille, sachez que je n’avais point besoin
de purification comme les autres femmes, car mon Fils, qui est né
de moi, m’avait purifiée, et je n’avais pas contracté une
des plus petites taches, lorsque j’engendrai mon Fils, qui est la pureté
même. Mais néanmoins, afin que la loi et les prophètes
fussent accomplis, j’ai voulu vivre en la loi, ni je ne vivais pas selon
les apparents du siècle, mais je conversais humblement avec les
humbles. Je n’ai voulu avoir en moi quelque chose de particulier, tant
j’aimais tout ce qui touchait l’humilité !
Un jour, comme aujourd’hui,
ma douleur prit accroissement, car bien que je susse par l’inspiration
divine que mon Fils pâtirait, néanmoins, lorsque Siméon
dit qu’il me serait le glaive de douleur et qu’il me serait le signe que
l’on contredirait, cette douleur perça mon cœur avec plus d’amertume,
douleur, certes, qui ne se retira jamais de mon cœur, jusqu'à ce
qu’en corps et en âme je montai au ciel, bien qu’il fût tempéré
par les consolations du Saint-Esprit. Je veux que vous sachiez que, ce
jour-là, ma douleur fut en six manières :
1- En ma connaissance, car autant
de fois que je le regardai, que je l’emmaillotai, que je voyais ses mains
et ses pieds, tout autant de fois mon
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esprit était comme plongé
en une nouvelle douleur, car je pensais comment on le crucifierait.
2- En mon ouïe, car tout autant
de fois que j’oyais les opprobres qu’on vomissait contre mon Fils, les
mensonges et les embûches, mon esprit était comme emporté
par la douleur, de sorte qu’à grand peine il se pouvait tenir ;
mais la vertu divine donna la manière et l’honnêteté,
afin qu’on ne remarquât en moi rien d’imparfait.
3- En la vue, car quand je
vis qu’on fouettait mon Fils, qu’on le clouait, qu’on le pendait en un
gibet, je tombai comme morte ; mais prenant courage, je demeurai auprès,
debout et souffrant tout cela si patiemment que mes ennemis ni autres ne
trouvaient en moi que douleur.
4- En l’attouchement, car
moi et les autres descendîmes mon Fils de la croix ; je l’enveloppai
et le mis dans le sépulcre, et de la sorte, ma douleur augmentait
tellement qu’à peine mes mains et mes pieds avaient-ils la force
de me soutenir. Oh ! que volontiers j’eusse voulu alors être ensevelie
avec mon Fils !
5- Je souffrais à raison
du désir véhément que j’avais d’aller au ciel, après
que mon Fils y fut monté, car la longue demeure que je fis en terre
après son départ augmentait grandement ma douleur.
6- Je souffrais de la tribulation
des apôtres et des amis de Dieu, la douleur desquels était
ma douleur, craignant toujours qu’ils ne succombassent aux tentations et
tribulations, et dolente, d’autant que les paroles de mon Fils étaient
contrariées par tout. Or, bien que la grâce de Dieu persévérât
toujours avec moi et que ma volonté fût selon la sienne, néanmoins
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ma douleur fut continuelle, mêlée
avec la consolation, jusqu’à ce que je fusse au ciel, en corps et
en âme auprès de mon Fils. Partant, ô ma fille, que
cette douleur ne se retire jamais de votre cœur, car sans les tribulations,
peu de gens seraient sauvés.
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Chapitre 58
La Sainte Vierge parle à sainte Brigitte des douleurs qu’elle eut quand il fallut fuir en Égypte.
La Sainte Vierge Marie parle
à l’épouse de son Fils, disant : Je vous ai parlé
de mes douleurs ; mais la douleur que j’avais quand il fallut fuir en Égypte
avec mon Fils ne fut pas des moindres, ni quand j’ouïs qu’on tuait
les enfants innocents, qu’Hérode poursuivait mon Fils ; et bien
que je susse ce qui était écrit de mon Fils, néanmoins
mon cœur, à raison de la grandeur de l’amour que j’avais envers
mon Fils, était rempli de douleur et d’amertume. Or, maintenant,
vous me pourriez demander qu’est-ce que fit mon Fils tout ce temps-là
avant sa passion. Je réponds comme l’Évangile : Il était
soumis à ses parents, et il se gouverna comme les autres enfants,
jusqu’à ce qu’il fût arrivé à un grand âge.
Il fit des merveilles en sa jeunesse, montrant comment les créatures
servaient leur Créateur. Comment les idoles se turent et comment
plusieurs idoles tombèrent à son arrivée en Égypte
; comment les Mages prédirent que mon Fils serait le signe de grandes
choses futures ; comment aussi le ministère des anges apparut ;
comment il n’apparut jamais en son
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corps ni en ses cheveux aucune immondice,
il n’est pas besoin que vous sachiez toutes ces choses, puisqu’en l’Évangile,
il y a des signes de la Divinité et humanité qui peuvent
édifier vous et les autres.
Or, quand il eut atteint
un plus grand âge, il était continuellement en la prière
et obéissance. Il monta avec nous aux fêtes ordonnées
en Jérusalem et en autres lieux ; sa vue et sa parole étaient
agréables et admirables, de sorte que plusieurs qui étaient
affligés disaient : Allons voir le Fils de Marie, afin que nous
soyons consolés. Et augmentant en âge et sagesse dont il était
plein dès le commencement, il travaillait de ses mains tout ce en
quoi décence n’était point lésée ; il nous
parlait, nous disait en particulier des paroles de consolation et des discours
de Dieu, de sorte que nous étions remplis continuellement de joies
indicibles. Mais quand les craintes de la pauvreté nous assaillaient,
il ne nous faisait point de l’or ni de l’argent, mais il nous exhortait
à la patience, et il nous défendit et nous protégea
des envieux. Quant aux nécessités, les gens de bien et notre
propre travail nous y aidaient, de sorte que nous étions seulement
secourus pour la seule nécessité sans superfluité
aucune, car nous ne cherchions qu’à servir Dieu. Après cela,
il conférait familièrement en la maison avec ceux qui venaient
voir pour les difficultés de la loi et signification des figures,
et disputait publiquement quelquefois avec les sages, de sorte qu’ils admiraient
et disaient : Voici que le fils de Joseph enseigne les maîtres :
quelque grand esprit parle en lui.
Un jour, j’étais plongée
en la considération
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De sa passion ; j’en étais
saisie de tristesse. Il dit : Ne croyez-vous pas, ma Mère, que je
suis en mon Père et que mon Père est en moi ? Quoi ! avez-vous
été polluée en mon entrée et en ma sortie ?
avez-vous été triste ? Pourquoi donc vous affligez-vous ?
car la volonté de mon Père veut que je souffre la mort, voire
ma volonté est telle avec celle de mon Père. Ce que j’ai
de mon Père ne peut pas pâtir, mais bien la chair que j’aie
reçue de vous, afin que la chair d’autrui soit rachetée et
que l’esprit soit sauvé. Il était aussi si obéissant
que quand Joseph lui disait quelquefois sans y penser : Faites cela ou
cela, il le faisait, et de la sorte, il cachait la puissance de sa Divinité,
que Joseph et moi étions seuls à connaître, d’autant
que nous l’avons vu souvent entouré d’une lumière admirable,
et avons ouï les voix et concerts des anges qui chantaient sur lui.
Nous avons aussi vu les esprits immondes qui n’avaient pu être chassés
par les exorcistes approuvés en notre loi, sortir à la vue
de mon Fils.
Que ces choses soient continuellement
en votre mémoire, et remerciez Dieu d’avoir voulu manifester par
vous son enfance.
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Chapitre 59
La Sainte Vierge raconte
à sainte Brigitte ce qui arriva en la visitation de sainte Élisabeth,
etc.
La Mère de Dieu
dit à sainte Brigitte : Quand l’ange m’annonçait que le Fils
de Dieu naîtrait de moi, soudain que j’eus consenti, je ressentis
en moi quelque chose d’admirable et d’inaccoutumé ; et partant,
admirant cela, soudain je
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montai, afin de la consoler, à
sainte Élisabeth, ma cousine, qui était enceinte, et pour
parler avec elle de ce que l’ange m’avait dit ; mais m’étant venue
au-devant auprès d’une fontaine, et nous étant baissées
et embrassées, son enfant se réjouit en son ventre d’une
manière admirable. Je fus alors touchée en mon cœur d’un
nouveau ressentiment de joie, de sorte que ma langue proférait des
paroles de Dieu incompréhensibles, et à grand peine mon âme
les comprenait-elle, tant elle était dans les ressentiments de la
joie !
Or, Élisabeth admirant
la ferveur de l’Esprit qui parlait en moi, et moi admirant semblablement
en elle la grâce de Dieu, nous demeurâmes quelques jours ensemble,
bénissant Dieu. Après cela, une pensée commença
à solliciter mon esprit avec quelle dévotion et comment je
me devais gouverner après avoir reçu une si grande grâce
; qu’est-ce que je devais répondre à ceux qui me demanderaient
comment j’aurais conçu, ou qui était le père de l’enfant
qui devait naître, ou que dirais-je à Joseph, si l’ennemi
le tentait et entrait en soupçon de moi.
Pendant que ces pensées
roulaient en mon esprit, un ange, semblable à celui qui m’était
apparu auparavant, me dit : Notre Dieu, qui est éternel, est avec
vous et en vous : ne craignez donc, car lui vous donnera la grâce
de parler ; il dirigera vos pas et vos lieux ; il accomplira son œuvre
avec vous puissamment et sagement. Or, Joseph, à qui vous êtes
recommandée, s’étonnera quand il apprendra que vous êtes
enceinte, et se réputera indigne d’habiter avec vous.
Et comme Joseph était
en anxiété et ne savait ce qu’il fallait faire, l’ange lui
dis dans son som-
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meil : Ne vous retirez pas de la
Vierge qui vous est recommandée, car comme vous l’avez ouï
d’elle, ainsi est-il, car elle a conçu de l’Esprit de Dieu, et elle
enfantera un Fils qui sera le Sauveur du monde. Servez-la donc fidèlement,
et soyez témoin et gardien de sa pudeur.
Depuis ce jour-là,
Joseph me servit comme sa maîtresse, et moi je m’humiliai aux plus
petites de ses œuvres. Après, j’étais en continuelle oraison,
étant rarement vue, voyant rarement, et sortant très-rarement,
si ce n’était aux fêtes principales. J’étais fort attentive
aux vigiles et leçons que nos prêtres disaient, ayant quelque
temps destiné aux œuvres manuelles. Je fus discrète au jeûne,
selon qui ma nature le pouvait supporter pour le service de Dieu. Tout
ce que nous avions de superflu, nous le donnions aux pauvres, contents
de ce que nous avions. Mais Joseph me servit si fidèlement qu’on
n’ouït jamais de sa bouche une parole de cajolerie murmure, jamais
courroux, car il était très-patient en la pauvreté,
soigneux en son labeur où il était nécessaire, doux
à ceux qu’il reprenait, obéissant à mon service, prompt
défenseur de ma virginité, très-fidèle témoin
des merveilles de Dieu. Il était aussi tellement mort au monde et
à la chair qu’il ne désirait que les choses célestes.
Il était aussi si croyant aux promesses de Dieu qu’il disait incessamment
: Plût à Dieu que je vive, et que je vive, et que je voie
les volontés de Dieu accomplies ! car rarement venait-il aux assemblées
des hommes et a leurs conseils, car tout son désir fut d’obéir
aux volontés divines, c’est pourquoi sa gloire est maintenant grande.
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Chapitre 60
La Mère de Dieu dit à l’épouse de son Fils que saint Jérôme ne douta point de son assomption au ciel, etc.
La Mère de Dieu parla
à sainte Brigitte : Que vous a dit ce docteur, inventeur de paroles,
que l’épître de saint Jérôme qui parle de mon
assomption ne doit être lue en l’Église de Dieu, d’autant
qu’il lui semble que saint Jérôme douta de mon assomption
au ciel, d’autant qu’il dit qu’il ne sait pas si je suis montée
au ciel en corps et en âme, ou par qui j’ai été portée,
moi, Mère de Dieu ?
Je réponds à
ce docteur et dis que saint Jérôme ne douta point de mon assomption
; mais d’autant que Dieu ne lui avait point déclaré ouvertement
la vérité, il voulut plutôt en douter pieusement que
la définir, Dieu ne l’ayant point montrée. Mais souvenez-vous,
ma fille, de ce que je vous ai dit ci-dessus, que saint Jérôme
aimait les veuves, imitateur des moines parfaits, asserteur et défenseur
de la vérité, qui vous a aussi mérité l’oraison
avec laquelle vous me saluez. Partant, j’ajoute maintenant que saint
Jérôme fut une trompette fléchissante par laquelle
parlait le Saint-Esprit, et la flamme embrassée de ce feu qui vint
sur moi et sur les apôtres le jour de la Pentecôte. Heureux
donc sont ceux qui oient cette trompette et la suivent !
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Chapitre 61
La Mère de Dieu montre en ce chapitre pourquoi elle vécut longtemps après l’ascension de son Fils.
La Mère de Dieu parle,
disant : Souvenez-vous, ma fille, que quatre fois j’excusai saint Jérôme
discourant de mon assomption. Or, maintenant, je vous montrerai la vérité
de mon assomption.
J’ai vécu longtemps
après l’ascension de mon Fils, et Dieu l’a voulu, afin que les âmes
fussent converties à Dieu, ayant vu ma patience invisible et le
règlement de mes mœurs, que mes apôtres et mes élus
fussent affermis. Et de fait aussi, la naturelle disposition de mon corps
requérait que je vécusse durement, afin que ma couronne fût
augmentée, car tout le temps que j’ai vécu après l’ascension
de mon Fils, j’ai visité les lieux où il a pâti et
où il a manifesté ses merveilles, aussi sa passion était
empreinte dans mon cœur. Mes sens aussi étaient abstraits et retirés
de ce qui est du monde, d’autant que j’étais incessamment enflammée
de nouveaux désirs, et réciproquement exercée par
des douleurs ; mais néanmoins, ma douleur et ma joie étaient
si tempérées que je n’omettais rien de ce qui touchait le
service de Dieu. Je conversais aussi parmi les hommes, et je prenais bien
peu de ce qui plaisait aux hommes. Mais d’autant que mon assomption n’a
été connue à plusieurs et prêchée de
par Dieu, qui est mon Fils, il l’a voulu de la sorte, afin que la foi de
son ascension fût enracinée dans les cœurs des
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hommes, car les hommes étaient
endurcis en la créance de son ascension, combien plus si mon assomption
eût été prêchée dès le commencement
!
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Chapitre 62
La Sainte Vierge narre à sainte Brigitte l’annonciation que l’ange lui fit de sa mort, et ce qui advint après.
La Mère de Dieu parle,
disant : Un jour, après que quelques années se furent écoulées
de l’ascension de mon Fils, je m’affligeais beaucoup à raison du
désir que j’avais d’arriver dans le ciel pour voir mon Fils. Je
vis un ange reluisant, comme je l’avais vu auparavant, qui me dit : Votre
Fils, qui est Dieu et notre Seigneur, m’envoie pour vous annoncer que le
temps est arrivé où vous devez venir corporellement à
votre Fils, pour recevoir la couronne qui vous est préparée.
Je lui répondis
: connaissez-vous le jour et l’heure où je dois m’en aller de ce
monde en l’autre ?
Et l’ange répondit
: Les amis de votre Fils enseveliront votre corps.
Ces choses étant dites,
l’ange disparut, et moi, je me préparai à l’issue, visitant
tous les lieux, à mon accoutumée, où mon Fils avait
souffert. Un jour, mon esprit étant suspens en l’admiration de la
divine charité, lors mon âme fut remplie, en cette contemplation,
de tant de plaisirs, qu’à grand peine mon âme les pouvait
soutenir, et en cette contemplation et joie, mon âme fut séparée
de mon corps. Mais hélas ! que
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de choses magnifiques mon âme
vit alors, et de quel honneur le Père, le Fils et le Saint-Esprit
l’accueillirent, et de quelle multitude d’anges elle fut élevée,
vous ne le pouvez comprendre, et moi, je ne le puis exprimer, sans que
votre âme soit aussi séparée de votre corps, bien que
je vous en aie montré quelque chose en cette oraison que mon Fils
vous a inspirée.
Or, ceux qui étaient
lors avec moi en la maison quand je rendis l’esprit, comprirent fort bien,
par la lumière non accoutumée, quelles choses divines agissaient
lors en moi. Après cela, les amis de mon Fils, envoyés divinement,
ensevelirent mon corps en la vallée de Josaphat, avec lesquels il
y avait une infinité d’anges comme des atomes du soleil. Mais les
malins esprits n’osaient s’en approcher. Mon corps demeura quelques jours
en terre, et après, il fut ravi et emporté au ciel par une
grande multitude d’anges. Ce temps n’est pas sans grand mystère,
d’autant qu’à la septième heure sera la résurrection
des morts, et à la huitième, la béatitude des âmes
et des corps sera accomplie.
La première heure
fut depuis le commencement du monde jusques à ce temps où
la loi était donnée par Moïse.
La deuxième, depuis
Moïse jusques à l’incarnation de mon Fils.
La troisième fut quand
mon Fils institua le baptême et adoucit la rigueur de la loi.
La quatrième, quand
il prêchait par la parole et confirmait son dire par exemple.
La cinquième,
quand mon Fils voulut pâtir et mourir, et quand il ressuscita et
prouva sa résurrection par plusieurs miracles.
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La sixième, quand
il monta au ciel et envoya le Saint-Esprit.
La septième sera quand
il viendra en jugement, et que tous sortiront pour aller au jugement.
La huitième, quand tout ce qui a été promis et prophétisé sera arrivé ; et lors la béatitude sera parfaite ; lors on verra Dieu en sa gloire, et les saints resplendiront comme des soleils, et il n’y aura plus de douleurs.
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Chapitre 63
En ce chapitre, Notre-Seigneur donne des paroles à son épouse, pour les envoyer au pape Clément, pour faire la paix entre le roi de France et d’Angleterre.
Le Fils de Dieu parle à
l’épouse sainte Brigitte, lui disant : Ecrivez de ma part au pape
Clément (sans doute Clément VI, l'an 1352) ces paroles :
Je vous ai exalté et vous ai fait monter par-dessus tous les degrés
d’honneur : sortez donc pour faire la paix entre le roi de France et le
roi d’Angleterre (Philippe de Valois et Edouard III), qui sont des bêtes
périlleuses et les pertes des âmes. Venez après en
Italie, et annoncez là la parole et l’an de salut et de la délectation
divine, et voyez la place et les carrefours arrosés du sang de mes
martyrs, et je vous donnerai la récompense qui ne finit jamais.
Considérez aussi le temps passé, où vous m’avez provoqué
à la colère avec effronterie, et je l’ai tu, où vous
avec fait ce que vous avez voulu et ne deviez pas faire, et moi, comme
ne jugeant point, j’ai eu patience, car mon temps s’approche, et je demanderai
vos négligences
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et l’audace de votre temps ; et
comme je vous ai fait monter par tous les degrés, de même
descendrez-vous par tous les degrés spirituels, lesquels vous expérimenterez
au corps et en l’esprit, si vous n’obéissez à mes paroles
; et votre langue gardera le silence des grandes choses, et votre nom,
qui est grand en terre, sera en oubli devant moi et en opprobre devant
mes saints.
Je demanderai encore de vous
combien indignement vous êtes monté à tous ces degrés
d’honneur, quoique j’aie permis ce que je sais et ce que votre conscience
négligente a oublié. J’exigerai encore de vous combien froid
vous avez été à former la paix des rois, et combien
vous avez penché en la partie contraire. D’ailleurs, je n’oublierai
point combien l’ambition a été grande et la cupidité
insatiable en l’Eglise, et a augmenté de votre temps, ce que vous
pouviez beaucoup réformer et amender ; mais vous, qui aimez la chair,
n’avez voulu.
Sortez donc, avant que la
dernière heure qui s’approche, vous surprenne, et éteignez
en ce temps, par le zèle, les négligences du passé.
Que si vous doutez de quel esprit ces paroles sont, le royaume et la personne
vous sont connus où ont été opérés les
merveilles et les prodiges. La justice et la miséricorde s’approchent
par toute la terre. Votre conscience dit que ce que je vous dis est raisonnable,
et charité ce que je vous conseille ; et si ma patience ne vous
eût conservé, vous fussiez descendu plus bas que vous prédécesseurs.
Partant, fouillez au livre de votre conscience, et voyez si je vous dis
la vérité.
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Chapitre 64
Jésus-Christ menace les pécheurs qui, ayant oublié les péchés passés et les voies de Dieu, vivent avec trop d’assurance. Dieu leur pardonne, s’ils s’amendent.
Le Fils de Dieu parle, disant à sainte Brigitte : Ne vous attendez pas à ces débauchés, car je viendrai bientôt à eux, non comme ami, mais comme celui qui prendra vengeance d’eux. Malheur à eux, car en leur temps de paix, ils n’ont pas voulu chercher le bien éternel ! Je vois que de leur race sont sortis des hommes d’amertume, qui ont moissonné le fruit de vanité et de leur cupidité, c’est pourquoi ils descendront maintenant. La pauvreté, la captivité, la honte, l’humiliation et la douleur, vous assailleront, mais ceux qui s’humilieront trouveront grâce devant mes yeux.
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Chapitre 65
Notre-Seigneur donne en ce chapitre à sainte Brigitte les enseignements de la vie active et contemplative.
Le Fils de Dieu parle, disant : Il y a deux vies qui sont comparées,
l’une à Marthe, l’autre à Magdelène : celui qui les
voudra imiter et suivre doit faire premièrement une pure confession
de tous ses péchés, s’excitant à une vraie contrition
et résolution de ne plus pécher à l’avenir.
La première vie que je témoigne que Marie a embrassée,
conduit à la contemplation des cho-
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ses célestes, car celle-là est la meilleure part de la
vie éternelle. A celui donc qui désire tenir la vie de Marie,
il lui suffit d’avoir seulement les nécessités corporelles,
savoir, des vêtements sans ostentation, le boire et le manger avec
sobriété, et non en superfluité, la chasteté
sans aucune mauvaise délectation, et qu’il garde les jeûnes
selon les constitutions de l’Église. Or, que celui qui jeûne
prenne garde de n’être malade par l’excès de quelque jeûne,
et que ce jeûne ne lui fasse diminuer l’oraison ni les prédications,
ou bien qu’il n’omette quelque autre bien à raison de cela, qui
puisse profiter à soi ou à son prochain ; qu’il prenne encore
prudemment garde que le jeûne ne le rende lâche à la
rigueur de la justice, ou paresseux aux œuvres de piété,
car la force de corps et d’esprit est requise pour punir les rebelles et
pour assujettir les infidèles. Partant, tout infirme qui voudrait
mieux jeûner pour l’honneur de Dieu que manger, aura égale
récompense à raison de sa bonne volonté, comme celui
qui jeûne, ému de charité : semblablement celui qui
mange par obéissance, voulant plus jeûner que manger, aura
la même récompense que celui qui jeune.
En deuxième lieu, Marie ne doit se réjouir de
l’honneur du monde ni de ses prospérités, ni s’affliger
des adversités, mais qu’elle se réjouisse seulement en cela
que les impies deviennent dévots, que les amateurs du monde aiment
Dieu, que les bons avancent au bien, et combattant pour le service de Dieu,
deviennent plus dévots. Qu’elle soit encore marrie de ce que les
pêcheurs tombent de pis en pis, que Dieu ne soit point aimé
de sa créature et que le commandement de Dieu soit méprisé.
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En troisième lieu, Marie ne doit point être oisive,
ni Marthe, mais que le sommeil étant achevé, elle se lève
et remercie Dieu de bon cœur, d’autant que, par sa bonté et son
amour, il a créé toutes choses, montrant, par sa passion
et par sa mort, l’amour qu’il portait à l’homme, amour si grand
qu’il n’eut jamais d’égal.
Que Marie rende encore grâces à Dieu pour tous
ceux qui ont été sauvés, pour tous ceux qui sont au
purgatoire et pour ceux qui sont au monde, priant humblement Dieu qu’il
ne permette qu’ils soient tentés par-dessus leurs forces.
Que Marie soit aussi discrète en l’oraison et dans les louanges
de Dieu, afin que tout soit réglé, car si elle a les nécessités
de la vie en la solitude, elle doit faire les oraisons plus prolixes ;
que si elle se dégoûte en priant et que les tentations s’accroissent,
elle peut travailler de ses mains à quelque ouvrage honnête,
utile pour soi ou pour les autres. Que si elle se dégoûte
en l’un et en l’autre, elle pourra lors avoir quelque occupation honnête
ou écouter des paroles d’édification avec toute honnêteté,
sans aucune cajolerie, jusques à ce que le corps et l’âme
se rendent plus habiles à l’œuvre de Dieu.
Que si Marie n’a point ce qui est nécessaire pour sustenter
son corps, si elle ne travaille, lors qu’elle fasse une plus courte oraison,
à raison de l’œuvre nécessaire, et ce labeur sera perfection
et accroissement d’oraison. Que si Marie ne sait travailler ou qu’elle
ne le puisse, qu’elle n’ait point honte de mendier, mais qu’elle se réjouisse
de m’imiter, moi qui suis Fils de Dieu, qui me suis fait pauvre pour enrichie
l’homme. Que si Marie est sujette à l’obéissance, qu’elle
vive selon l’obéissance de son
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prélat, et sa couronne lui sera redoublée plus que si
elle était en liberté.
En quatrième lieu, Marie ne doit point être avare,
ni aussi Marthe, ni aussi elle ne doit être trop prodigue, car comme
Marthe donne le temporel pour l’amour de Dieu, de même Marie
doit distribuer le spirituel, car si Marie a chèrement Dieu dans
son cœur, qu’elle se donne garde de cette maxime : Il me suffit. Si je
puis aider mon âme, que m’importent les œuvres du prochain ? ou si
je suis bien, que m’importe la vie d’autrui ? O ma fille, si ceux qui pensent
et disent telles choses voyaient leur ami être déshonoré
et affligé, ils y courraient jusques à la mort, afin de l’affranchir
de la tribulation. Marie en doit faire de même, car elle doit être
marrie que Dieu soit offensé, que son frère, qui est le prochain,
soit scandalisé ; ou si quelqu’un tombe en péché,
que Marie, s’efforce autant qu’elle pourra de l’en arracher, avec discrétion
néanmoins ; que si, pour cela, Marie est poursuivie, qu’elle cherche
un autre lieu plus assuré, car moi, Dieu, j’ai dit : Quand on vous
poursuivra en une cité, fuyez en une autre, car Paul en fit de même,
d’autant qu’il était nécessaire pour un autre temps, c’est
pourquoi, il a été mis dehors en une corbeille par la muraille.
Afin donc que Marie soit universelle et pieuse, cinq choses
lui sont nécessaires : 1. la maison en laquelle dorment les hôtes
; 2. les vêtements pour vêtir les nus ; 3. la viande pour les
malades, c’est-à-dire, paroles de consolation avec la charité
divine.
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La maison du Marie est son cœur, les mauvais hôtes duquel sont
tout ce qui trouble ce cœur, savoir, ire, tristesse, cupidité, superbe
et autres choses semblables qui entrent par les cinq sens. Tous ces vices
donc doivent être ou gisants ou dormants, comme ceux qui sont en
un profond repos, car comme l’hospitalier reçoit les bons et les
mauvais hôtes avec patience, de même Marie doit tout supporter
avec paix pour l’amour de Dieu, et ne consentir en la moindre chose aux
vices ni se plaire en eux, mais bien les repousser de son cœur autant qu’elle
pourra avec la grâce de Dieu. Que si elle ne les peut chasser, qu’elle
les souffre patiemment contre sa volonté, comme des hôtes,
sachant pour certains qu’ils lui profitent à de plus grandes couronnes,
et non à damnation.
Marie a des vêtements pour couvrir les hôtes, savoir, l’humilité
intérieure et extérieure, et la compassion de l’esprit en
l’affliction du prochain. Que si Marie est méprisée des hommes,
elle revienne soudain en son esprit, pensant comme moi, Dieu, était
content, et étant méprise, je souffrais patiemment, et comme
étant juge, je me tus, comment je ne murmurais point quand j’étais
fouetté et couronné d’épines. Que Marie considère
aussi qu’elle ne montre point signe d’ire et d’impatience à ceux
qui la reprennent aigrement, mais qu’elle bénisse ceux qui la poursuivent,
afin que ceux qui la voient bénissent Dieu. Que Marie imite, et
Dieu lui donnera bénédiction pour la malédiction.
Que Marie se donne encore garde qu’elle ne médise ou impropère
ceux qui lui sont fâcheux, car c’est une chose damnable de médire
et d’écouter les médisants et d’injurier le pro-
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chain par impatience. Partant, que Marie donne de bons exemples d’humilité
et de patience parfaite ; qu’elle tâche d’avertir ceux qui médisent
d’autrui, et leur marque le danger dans lequel ils se précipitent,
et qu’avec charité, elle les porte à la vraie humilité,
employant à cela sa parole et son bon exemple. D’ailleurs, le vêtement
de Marie doit être la compassion, car si elle voit que son prochain
pèche, elle en doit avoir compassion, priant Dieu qu’il lui pardonne
; que si elle voit qu’il souffre les injures, dommages, mépris,
qu’elle en ait douleur avec lui ; qu’elle l’aide par ses prières,
secours, et de soin, même parmi les puissants du siècle, car
la vraie compassion ne cherche point ses intérêts, mais bien
ceux de son prochain. Que si Marie est telle que les princes ne l’écoutent
point et qu’elle ne profite de rien de leur parler, qu’elle prie lors Dieu
pour les affligés, et Dieu, qui est celui qui regarde le cœur, convertira
le cœur des hommes pour la paix de l’affligé, pour l’amour de celle
qui le prie, ou bien il l’affranchira de la tribulation, ou Dieu lui donnera
la patience pour la supporter, et afin que sa couronne soit redoublée.
Telle doit donc être la robe d’humilité au cœur de Marie,
car il n’y a rien qui attire tant Dieu dans le cœur que l’humilité
et la compassion du prochain.
3. Que Marie ait du pain et du vin pour les hôtes, car dans le
cœur de Marie sont logés de grands hôtes, savoir : quand le
cœur est ravi au dehors et appète des choses délectables,
avoir les choses terrestres, posséder les temporelles ; quand l’oreille
désire ouïr ses propres louanges ; quand la chair désire
ses appétits charnels ; quand l’esprit s’excuse sur sa fragilité
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et diminue ses fautes ; quand le dégoût des choses bonnes
la saisit ; l’oubli du futur ; quand elle a grande estime de ses bonnes
œuvres ; quand elle croit que ses maux soient petits, ou qu’elle les oublie.
Contre tels hôtes, elle a besoin de conseil et de ne point dormir
en dissimulant. Que Marie donc, animée par la foi, se lève
fortement, et qu’elle réponde en cette sorte à ces hôtes
: Moi, je ne veux rien posséder du temporel, mais je me contente
de ma petite nourriture ; je n’en veux point ; je veux employer jusques
au moindre moment du temps à l’honneur de Dieu ; je ne veux point
occuper mon esprit à ce qui est beau ou laid, utile ou inutile à
la chair, ce qui est à goût ou à dégoût,
si ce n’est autant que cela plaît à Dieu et touche à
l’utilité de l’âme. Certes, je ne me saurais plaire à
vivre un seul moment que pour l’honneur de Dieu : une telle volonté
est la viande des hôtes, et une telle réponse éteint
les délectations déréglées.
4. Que Marie ait du feu pour chauffer les hôtes et pour les éclairer.
Ce feu est l’amour du Saint-Esprit, car il est impossible que quelqu’un
puisse entièrement renoncer à ses propres volontés,
ou aux affections charnelles de ses parents, ou à l’amour des richesses,
sans l’inspiration et le mouvement du Saint-Esprit ; ni même Marie,
bien qu’elle soit parfaite, ne peut commencer ni continuer la vie bienheureuse
sans la dilection et l’inspiration du Saint-Esprit.
Afin donc que Marie reluise aux hôtes qui arriveront, qu’elle
pense à ceci : Dieu m’a créée afin que je l’honorasse
sur toutes choses, et qu’en l’honorant, je l’aimasse avec crainte. Il est
aussi né de la Vierge, afin de m’enseigner la voie du ciel, laquelle
je devais suivre, en l’imi-
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tant avec humilité. Par sa mort, il a ouvert le ciel, afin que
je soupirasse là en y allant. Que Marie examine encore toutes ses
œuvres, pensées et affections, savoir, comment elle a offensé
Dieu, combien patiemment Dieu supporte les hommes, et en combien de manières
Dieu appelle l’homme à soi.
Telles ou semblables pensées sont les hôtes
de Marie, qui sont quasi en ténèbres, s’ils ne sont illuminés
par les feux du Saint-Esprit. Ces feux viennent lors au cœur, quand Marie
considère qu’il est raisonnable de servir Dieu, quand elle voudrait
plutôt souffrir toute autre peine que provoquer à dessein
Dieu à la colère, par la bonté duquel l’âme
est créée et rachetée de son précieux sang.
Lors aussi le cœur reçoit la lumière de ce bon feu, quand
l’âme considère et discerne pour quelle intention l’hôte
vient, c’est-à-dire, une chacune des pensées, quand elle
examine si sa pensée tend à la joie éternelle ou à
la joie passagère, si elle n’admet aucune pensée sans l’avoir
reconnue, et nulle sans punition.
Afin donc qu’on obtienne ce feu, et que, l’ayant obtenu, il
soit conservé, il est besoin que Marie y porte du bois sec pour
le nourrir, c’est-à-dire, elle doit prendre garde aux mouvements
de la chair, afin que la chair ne se rende insolente et qu’elle apporte
toute sorte de diligence, afin que les œuvres de piété et
les oraisons dévotes s’augmentent, esquelles le Saint-Esprit se
plaît et se délecte. Mais il faut prendre garde et considérer
que là où le feu est allumé en un vase bouché
sans issue, soudain il s’éteint et le vase se refroidit : de même
en est-il quand il est expédient à Marie, si elle ne veut
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Vivre pour autre chose, si ce n’est pour l’honneur de Dieu, d’ouvrir
la bouche, et que la flamme de l’amour en sorte. Or, on ouvre lors la bouche,
quand, en parlant, poussé par l’amour divin, on engendre des enfants
d’amour à Dieu. Mais que Marie prenne diligemment garde que là
elle ouvre la bouche de sa prédication, où les bons deviennent
fervents et où les mauvais se rendent bons, où la justice
peut être augmentée et où les coutumes dépravées
peuvent être abolies, car Paul, mon apôtre, voulant parler
quelquefois, mon Esprit le lui défendit, qui le fit parler et se
taire à propos, qui lit fit user de paroles douces et rudes, qui
proféra toutes ses paroles pour la gloire de Dieu et pour l’affermissement
de la foi.
Que Marie, si elle ne peut prêcher, en ayant néanmoins
la volonté et la science, fasse comme le renard, qui, voyant plusieurs
montagnes, fait sa tanière là où il trouve le plus
de repos : de même que Marie prenne garde à ses paroles, à
ses exemples et aux oraisons du cœur de plusieurs, et quand elle trouve
des cœurs disposés à recevoir la parole divine, qu’elle demeure
là, persuadant et conseillant tout ce qu’elle pourra.
Que Marie travaille aussi afin qu’une issue convenable soit
donnée à sa flamme, car plus grande est la flamme, plus plusieurs
en sont illuminés et enflammés. Or, lors l’issue est convenable,
quand Marie ne craint point le blâme ni ne cherche sa propre louange,
quand elle ne craint point l’adversité ni ne s’attache point à
la prospérité ; et lors elle est plus acceptable à
Dieu, quand Marie fait plutôt les bonnes œuvres en public qu’en particulier,
de
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Sorte que ceux qui les voient glorifient Dieu.
Nous devons savoir qu’il faut que Marie envoie deux flammes,
une en public, l’autre en cachette, c’est-à-dire, elle doit avoir
deux sortes d’humilité : l’une intérieure, dans le cœur,
l’autre extérieure.
La première consiste à ce que Marie s’estime indigne
et inutile à tout bien, et qu’elle ne se préfère à
pas un, ni ne veuille être louée ; qu’elle ne désire
être vue et qu’elle fuie l’arrogance, désirant et aimant Dieu
sur toutes choses et imitant toutes choses. Or, si Marie jette telles flammes,
signes de bonnes œuvres, lors son cœur sera illuminé, et elle surmontera
toutes les adversités et les supportera facilement.
En deuxième lieu, que sa flamme soit en public, car si
elle a la vraie humilité dans le cœur, elle doit paraître
dans le vêtement, être ouïe en la bouche et être
accomplie en l’œuvre. Or, c’est lorsque la vraie humilité est dans
les habits que Marie choisit la robe de moindre valeur, de laquelle elle
reçoit plus d’utilité et de service que d’une autre qui a
plus d’éclat, de superbe et d’ostentation, car la robe qui est de
peu de valeur est appelée vile et abjecte devant les hommes, et
belle devant Dieu, d’autant qu’elle aide à l’humilité ; mais
la robe qui est de grand prix est appelée belle devant les hommes
et vile devant Dieu, d’autant qu’elle ôte la beauté des anges,
qui est l’humilité. Que si Marie est obligée d’avoir une
meilleure robe pour quelque chose raisonnable contre sa volonté,
qu’elle ne se trouble pas pour cela, car de là ses récompenses
s’augmentent. D’ailleurs, Marie doit avoir l’humilité en la bouche,
savoir, parlant humblement et de choses humbles, évitant les cajoleries,
se
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gardant de trop parler, ne subtilisant ses paroles, ne les préférant
aux autres.
Que si Marie oyait se louer pour quelque bonne œuvre, qu’elle
ne s’élève point, mais qu’elle dise : Louange soit à
Dieu, qui a donné toutes choses ! car que suis-je autre chose que
poudre devant la face du vent ? Ou bien : Quel bien peut-on attendre de
moi, qui suis une terre sèche et sans eau ? Que si elle est blâmée,
qu’elle ne s’afflige point, mais qu’elle dise : Je suis digne de cela,
car j’ai tant de fois péché contre Dieu et n’en ai point
fait pénitence, que je mérite de plus grandes afflictions
; partant, priez pour moi, afin que, tolérant les opprobres temporels,
j’évite les éternels.
Que si Marie est provoquée à colère par
la méchanceté du prochain, elle se garde de dire des paroles
d’indiscrétion, car la colère est souvent accompagnée
de la superbe : partant, le conseil veut que, la colère la pressant,
elle contienne sa langue jusques à ce qu’elle puisse demander à
Dieu la grâce de pâtir, et de délibérer avec
paix sur ce qu’elle doit répondre et comment, afin qu’elle puisse
se surmonter elle-même, car lors la colère est adoucie dans
son cœur, et lors l’homme répond sagement aux fous.
Sachez aussi que le diable envie grandement Marie : que s’il
ne la peut empêcher par l’infraction des commandements de Dieu, lors
il l’excite à la colère, ou à s’épandre et
dilater en vaine joie, ou aux paroles dissolues et provoquant le rire :
partant, que Marie demande toujours à Dieu le secours ; que toutes
ses paroles et ses œuvres soient gouvernées par lui et dirigées
vers lui. D’ailleurs, que Marie ait l’humi-
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lité en ses œuvres, afin qu’elle ne fasse rien pour la louange
mondaine, qu’elle n’entreprenne rien de nouveau, que l’humilité
ne lui soit point honteuse, qu’elle fuie la singularité, qu’elle
défère à tous, qu’elle se répute indigne de
tous. D’ailleurs, que Marie élise plutôt d’être avec
les pauvres qu’avec les riches, d’obéir plutôt que de commander,
de se taire que de parler, d’être plutôt solitaire que d’être
avec les grands, et de converser avec ses parents. Que Marie ait aussi
en haine se propre volonté ; qu’elle médite toujours sa mort
; qu’elle ne soit point curieuse murmurante ni oublieuse de la justice
de Dieu et de ses affections. Que Marie se confesse souvent aussi ; qu’elle
prenne garde à ses tentations, ne désirant vivre pour autre
chose que pour l’honneur de Dieu et le salut des âmes.
Marie donc, étant telle que nous avons dit, pourra être
élue en Marthe ; et étant obéissante par l’esprit
d’amour, qu’elle entreprenne le gouvernement des âmes de plusieurs,
car elle aura une double couronne, comme je vous le montrerai par une similitude.
Il y avait un seigneur qui était grandement puissant,
qui avait un navire chargé de marchandises précieuses. Il
dit à ses domestiques : Allez à un tel port ; là je
dois gagner beaucoup et recevoir quasi un fruit inestimable. Si les vents
s’élèvent, travaillez généreusement, et ne
perdez point courage ; gardez-vous de la lâcheté, car votre
récompense sera grande.
Or, les serviteurs cinglant en la mer, les vents les assaillirent,
les orages s’élevèrent, les flots s’enflèrent, et
le navire fut brisé en plusieurs lieux. Lors le pilote eut grande
peur, et tous désespéraient de leur vie. Ils résolurent
d’abor-
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der à un autre port, où les vagues les portaient, et
non à celui où le maître leur avait recommandé
d’aller ; ce qu’oyant, un des plus fidèles serviteurs, étant
marri de cette résolution, prit courageusement le gouvernail, et
de ses forces pourra le navire au port que son maître désirait.
On doit donc donner à ce domestique une plus grande récompense.
De même en est-il d’un bon prélat qui, pour l’amour
de Dieu et pour le salut des âmes, a reçu le gouvernement
des âmes, ne se souciant de l’honneur. Or, celui-là aura une
double récompense : la première, d’autant qu’il sera participant
de tous les biens de ceux qu’il a conduits au port de salut ; la deuxième,
parce que sa gloire augmentera sans fin. Le contraire sera de ceux qui
briguent les charges, honneurs et dignités : ils seront participants
de toutes les peines et de tous les péchés de ceux dont ils
ont entrepris le gouvernement. En deuxième lieu, leur confusion
sera sans fin, car les prélats qui ambitionnent les honneurs, sont
plus semblables aux prostituées qu’aux prélats, d’autant
qu’ils déçoivent les âmes par leurs mauvais exemples
et par leurs paroles, et sont indignes du nom de Marie ou de Marthe, s’ils
n’en font pénitence.
5. Marie doit donner des médecines à ses hôtes,
c’est-à-dire, les réjouir par de bonnes paroles, car en tout
ce qui lui peut arriver de triste ou de joyeux, elle doit dire : Je veux
tout ce que Dieu veut que je veuille, et je suis prête à obéir
à ses volontés, quand même j’irais en enfer. Une telle
volonté est la médecine du cœur, et cette volonté
est la délectation ès tribulations et le tempérament
ès prospérités. Mais d’autant que Marie a plusieurs
ennemis, c’est pourquoi
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Elle se doit confesser souvent, car tandis qu’elle demeure sciemment
en péché, ayant temps de se confesse, le néglige ou
ne le considère, lors elle doit être plutôt appelée
apostate devant Dieu que Marie. D’ailleurs, sachez, quant aux actions de
Marthe, que, bien que la part de Marie soit la meilleure, la part de Marthe
n’est pas mauvaise, mais louable et agréable à Dieu ; c’est
pourquoi je vous dirai maintenant comment elle doit être formée.
Elle doit avoir, aussi bien que Marie, cinq sortes de
biens : 1. une foi droite en l’Église de Dieu ; savoir, 2. les commandements
de Dieu et les conseils de la vérité évangélique,
et elle doit les accomplir par amour et par œuvre ; 3. elle doit retenir
sa langue de toute mauvaise parole, et doit contenir l’esprit des cupidités
insatiables et des plaisirs déréglés, se savoir contenter
de ce qu’on lui donne, sans vouloir le superflu ; 4. accomplir avec raison
et humilité les œuvres de miséricorde, afin que, s’appuyant
en ses œuvres, elle n’offense Dieu ; 5. aimer Dieu sur toutes choses et
plus que soi-même.
C’est de la sorte que Marthe se comporta, car elle se donna
à moi fort joyeusement, suivant mes paroles et mes œuvres ; et puis,
elle donna tous ses biens pour l’amour de moi, et elle se dégoûta
des choses temporelles et recherchait les célestes ; c’est pourquoi
elle souffrait toutes choses patiemment, et avait autant de soin des autres
que de soi-même ; elle considérait incessamment l’amour que
je lui avais porté et les douleurs que j’avais souffertes, et se
réjouissait en ses prières, et comme une mère, elle
aimait tout le monde. Marthe me suivait aussi tous les jours, ne désirant
qu’ouïr la parole de vie ; elle compatissait avec les affligés
; elle consolait les
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infirmes ; elle ne disait mal de personne, mais elle semblait ne voir
les méchancetés du prochain ; n’y pouvant remédier,
elle priait Dieu pour leur conversion. Celui donc qui désire avoir
la charité en la vie active, doit suivre Marthe, aimant le prochain
pour obtenir le ciel, mais non pas en entretenant ses vices, fuyant la
louange propre, toute superbe, duplicité, ire, envie.
Mais remarquez que Marthe, priant pour le Lazare, son frère
mort, vint la première à moi ; mais soudain son frère
ne ressuscita pas. Mais Marie vint après, étant appelée,
et lors, pour l’amour de toutes les deux, le Lazare ressuscita. De même
en est-il dans la vie spirituelle, car celle qui désire être
parfaitement à Marie, doit être premièrement Marthe,
travaillant corporellement pour l’amour de moi, et elle doit plutôt
savoir résister aux désirs charnels et aller au-devant des
tentations du diable, que monter franchement au degré de Marie,
car celle qui est éprouvée et tentée et qui n’a pas
vaincu les mouvements charnels, comment pourra-t-elle s’unir continuellement
ès choses célestes ? car souvent une bonne œuvre se fait
avec un intention indiscrète et d’un esprit indéterminé
; et partant, en son progrès, elle est avec lâcheté
et froideur ; mais afin que la bonne œuvre me soit agréable, elle
ressuscité et revit par Marthe, c’est-à-dire, quand le prochain
est sincèrement aimé et désiré sur toutes choses
; et lors toute bonne œuvre est agréable à Dieu ; c’est pourquoi
je dis en mon Evangile que Marie avait choisi la meilleure part, car la
part de Marthe est lors bonne, quand elle
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est dolente des péchés du prochain, et lors la part de
Marthe est meilleure, quand elle travaille, afin que les hommes vivent
sagement et honnêtement, et lorsqu’elle fait cela pour la seule dilection
et amour divin ; mais la part de Marie est meilleure, quand elle contemple
le ciel et le gain des âmes. Lors Notre-Seigneur entre en la maison
de Marthe et de Marie, quand le cœur est rempli de bonnes affections et
qu’il est en repos du tumulte du monde ; quand il considère toujours
Dieu présent, et non seulement contemple l’amour divin, mais travaille
nuit et jour pour posséder Dieu.
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Chapitre 66
En ce chapitre, Jésus-Christ montre à sainte Brigitte les devoirs d’une épouse, ses ornements, etc ; puis il y est parle d’une âme condamnée en purgatoire, etc.
Le Fils de Dieu parle, disant
: Un seigneur épousa une fille à laquelle il édifia
une maison, lui donnant des serviteurs et des filles de chambre, et tout
ce qui était nécessaire pour la nourriture, et lui après
s’en alla fort loin. Or, revenant, il ouït que sa femme était
une infâme, que ses serviteurs étaient rebelles, que ses filles
étaient impudiques. Courroucé de cela, il mit sa femme en
jugement, les serviteurs à la torture et les servantes au fouet.
Je suis ce seigneur-là,
qui, ayant, par ma toute-puissante main, fait éclore du néant
l’ame de l’homme, l’ai prise en épouse, désirant prendre
avec elle les plaisirs indicibles. Or, je l’ai épousée en
foi, dilection et en persévérance de
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vertus. J’ai bâti une maison
à cette âme, quand je lui ai donné le corps mortel,
dans lequel elle devait être éprouvée et exercée
de vertus.
Cette maison a quatre propriétés
: la noblesse, la mortalité, mutabilité et corruptibilité.
Ce corps est noble, d’autant que c’est l’œuvre de Dieu, et il participe
à tous les éléments, et ressuscitera au dernier jour
pour vivre éternellement ; mais l’âme surpasse sa noblesse,
d’autant qu’il est terrestre et que l’âme est spirituelle. Mais d’autant
qu’il a quelque espèce de noblesse, il doit être orné
de vertus, afin qu’au jour du jugement, il puisse être glorifié.
Le corps est mortel, d’autant qu’il est de terre, c’est pourquoi il doit
s’opposer fortement aux plaisirs au milieu desquels, s’il succombe, il
perd Dieu. Le corps est encore changeant, et partant, il doit être
constant par la raison, car s’il suit ses mouvements, il n’est point différent
des bêtes brutes ; il est corruptible : partant, qu’il se tienne
en pureté, car le diable le pousse à l’immondicité,
afin d’éloigner de lui la garde des anges.
Que celui donc qui habite
en cette maison de ce corps, qui est l’âme, dans lequel elle est
enfermée comme dans une maison, vivifie ce corps, car sans l’union
de l’âme, il est puant, horrible et affreux à regarder. L’âme
a aussi cinq serviteurs qui la servent pour le soulagement de la maison
: le premier c’est la vue, qui doit être comme une bonté échauguette
qui discerne les amis et les ennemis. Or, lors les ennemis viennent, quand
les yeux désirent de voir des faces belles, ce qui est délectable
à la chair et ce qui est nuisible et déshonnête. Or,
lors les amis viennent, quand l’âme se plaît à voir
et à
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Contempler ma passion, les œuvres
de mes amis et ce qui touche à l’honneur de Dieu.
Le deuxième serviteur
est l’ouïe, qui est comme un bon portier qui ouvre la porte aux amis
et la ferme aux ennemis ; or, il ouvre lors aux amis, quand il prend plaisir
a ouïr la parole divine, et la ferme ; quand il n’écoute point
les médisantes et les paroles excitant au rire.
Le troisième serviteur
est le goût au manger et au boire, et celui-là est comme un
bon médecin qui range et ordonne la réfection pour la nécessité,
non à la superfluité et volupté, car on doit prendre
les aliments comme des médicaments. Partant, on doit considérer
deux choses au goût, savoir, qu’on n’en prenne plus grande ni plus
petite quantité qu’il ne faut, car la quantité nous cause
l’infirmité, l’abstinence téméraire nous engendre
le dégoût au service de Dieu.
Le quatrième serviteur
est l’attouchement qui doit être comme un bon laboureur gagnant sa
vie de ses propres mains pour sustenter le corps, travaillant avec discrétion
pour les délices de la chair, travaillant avec amour pour obtenir
la béatitude éternelle.
Le cinquième serviteur
est l’odorat de ce qui est délectable ; celui-ci se peut mortifier
en plusieurs choses pour la gloire éternelle : partant, que ce serviteur
soit comme un bon dispensateur ; qu’il veille à ce qui est expédiant
à son âme, à ce qu’elle mérite, si le corps
pourra subsister avec cela ou cela ; que si l’âme considère
que le corps peut subsister sans ces parfums, qu’elle s’en prive pour l’amour
de Dieu, et ainsi elle méritera une
Grande récompense devant
Dieu, car la mortification est grandement agréable à Dieu,
quand
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l’âme s’abstient même
de ce qui lui est licite.
Or, puisque l’âme a
tels serviteurs, elle doit avoir aussi cinq servantes bien ornées,
qui la gardent et la défendent des dangers et plaisirs :
Que la première soit
la crainte affectueuse, afin que l’époux ne soit en rien offensé
ou que l’épouse ne soit trouvée négligente.
Que la deuxième soit
la dévote, afin qu’elle ne cherche que l’honneur de l’époux
et l’utilité de sa maîtresse.
Que la troisième soit
la modestie et la constance, afin que l’épouse ne s’écoule
en joie ni qu’elle succombe en adversités.
Que la cinquième soit
la pudeur et la chasteté, afin qu’on ne trouve en elle quelque chose
d’indécent ou de dissolu en la parole ou en l’action.
Que si donc l’âme a
une telle maison que dessus, des servitudes si vertueux, des servantes
si honnêtes, il serait déshonnête si l’âme, qui
est la maîtresse, était déshonnête et n’était
belle. Partant, je vous veux montrer l’ornement de l’âme et son éclat
: elle doit être raisonnable à discerner ce qu’elle doit au
corps et à Dieu, car elle participe avec la raison et en la dilection
: partant, 1. qu’elle traite la chair comme un âne, lui donnant avec
modération les nécessités de la vie, l’exerçant
par le travail, la corrigeant par la crainte et par l’abstinence, prenant
garde à ses mouvements, afin qu’elle ne condescende aux infirmités
de la chair, en telle sorte que Dieu en soit offensé.
2. Que l’âme soit céleste,
puisqu’elle a l’image
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de Dieu : c’est pourquoi elle ne
doit jamais chercher ses plaisirs ni ses goûts en la chair, de peur
qu’elle ne se conforme à l’image du diable.
3. Qu’elle soit fervente
en l’amour divin, d’autant qu’elle est sœur des anges, immortelle et éternelle.
4. Qu’elle soit belle et enrichie
en toute sorte de vertus, car elle verra la beauté éternelle
du Dieu vivant.
Que si elle consent au corps,
elle sera éternellement difforme. L’âme a aussi besoin des
viandes, qui sont la mémoire des bienfaits de Dieu, la considération
de ses terribles jugements, et la délectation en l’amour et commandements
divins ; et partant, que l’âme prenne diligemment garde qu’elle ne
soit jamais gouvernée par la chair, car lors tout sera déréglé
: oui, lors les yeux veulent voir les objets plaisants, les oreilles ouïr
les cajoleries ; le goût cherche les choses douces, et le corps veut
travailler pour l’honneur du monde. Lors aussi la raison est séduite
; l’impatience domine ; la dévotion diminue, la lâcheté
s’y glisse ; les fautes sont rendues légères, et on ne considère
point les choses éternelles. Lors aussi la viande spirituelle est
rendue vile et tout le service de Dieu est onéreux, car comment
pourrait être agréable la continuelle mémoire de Dieu,
là où règne la délectation de la chair ? ou
comment pourrait se conformer l’âme à la divine volonté,
là où sont seulement les plaisirs de la chair ? ou comment
le vrai peut-il être discerné du faux, là où
tout ce qui est de Dieu est chargé ? De telle maison on peut dire
qu’elle est péagère et tributaire de Satan.
Telle est l’âme du
défunt que vous voyez,
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car le diable la possède
par neuf sortes de droits : 1. d’autant que volontairement elle a consenti
au péché. 2. D’autant qu’elle a méprisé la
qualité et la dignité de son baptême. 3. D’autant qu’elle
ne se soucia point de la confirmation que l’évêque lui avait
donnée. 4. D’autant qu’elle n’a point considéré le
temps qui lui était donné pour faire pénitence. 5.
D’autant qu’elle ne m’a point craint en ses œuvres, ni mes jugements, mais
à dessein elle s’est retirée de moi. 6. D’autant qu’elle
a méprisé ma patience, comme si je n’étais ou comme
si je ne voulais point juger. 7. D’autant qu’elle se souciait moins de
mes conseils et de mes préceptes que des hommes. 8. D’autant qu’elle
ne rendait point grâces à Dieu de cœur des bienfaits dont
Dieu l’avait enrichie, d’autant que son cœur était tout au monde.
9. D’autant que ma passion était comme morte dans son cœur.
C’est pourquoi elle souffre
aussi neuf sortes de peines : 1. tout ce qu’elle pâtit, elle ne le
pâtit pas par amour, mais avec une mauvaise volonté. 2. D’autant
qu’elle laisse le Créateur et suit les créatures, toutes
les créatures l’auront en abomination. 3. La douleur d’avoir perdu
tout ce qu’elle aimait, et tout cela est contre elle. 4. Une ardeur et
soif, d’autant qu’elle désirait plus les choses périssables
que les choses éternelles. 5. Une terreur et puissance des démons,
parce qu’elle n’a pas eu, quand elle devait, la crainte de Dieu. 6. La
privation de la vision divine, d’autant qu’en son temps, elle n’a point
considéré la passion de Dieu. 7. Un désespoir de pardon,
d’autant qu’elle ne sait pas si elle sera sauvée ou non . 8. Un
remords de conscience, d’autant qu’elle a perdu le bien et a fait le mal.
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9. Le froid et les larmes, d’autant
qu’elle ne désirait point l’amour de Dieu.
Mais d’autant que cette âme
a eu deux sortes de biens, l’un est que cette âme a eu une grande
foi à ma passion, et résista autant qu’elle put à
ceux qui en médisaient ; l’autre qu’elle aimait ma Mère et
mes saints, et les honorait par des jeûnes : partant, pour l’amour
des prières des saints qui prient pour elle, je vous dirai comment
elle pourra être sauvée : 1. par ma passion, car elle a eu
la foi de l’Église ; 2. par le sacrifice de mon corps, qui est l’antidote
des âmes ; 3. par les oraisons des saints qui sont au ciel ; 4. par
les bonnes œuvres qui se font continuellement en l’Église ; 5. par
les prières de ceux qui vivent au monde ; 6. par les aumônes
faites des biens bien acquis ; 7. par le travail des justes qui sont en
pèlerinage en ce monde pour le salut des âmes ; 8. par les
indulgences concédées par les souverains pontifes ; 9. par
les pénitences des vivants.
Voilà, ma fille, que
saint Ericus, que cette âme a servi autrefois, vous a mérité
cette révélation. Viendra le temps où le zèle
des âmes s’excitera dans les cœurs de plusieurs et où la malice
se refroidira.
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Chapitre 67
Jésus-Christ compare le monde à un navire. De la naissance de l’Antéchrist.
Le Fils de Dieu dit à
sainte Brigitte : Ce monde est comme un navire qui, étant plein
de sollicitude, est assailli par les orages de la mer, et qui ne laisse
jamais l’homme en paix qu’il ne
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soit arrivé au port de repos
; car comme le navire à trois parties, la proue, le milieu et la
poupe, je vous décris aussi trois ages au monde : le premier depuis
Adam jusques à mon incarnation. Cet age est signifié par
la proue, qui est haute, admirable et forte : haute en la piété
des patriarches ; admirable en la science des prophètes ; forte
en l’observance de la loi. Mais cette partie commença à déchoir,
quand le peuple judaïque, ayant méprisé mes commandements,
se plongea dans les iniquités et méchancetés, c’est
pourquoi il a été rejeté de l’honneur et de la profession.
Or, le milieu du navire commença de paraître, lorsque le Fils
de Dieu vivant eut pris la nature humaine ; car comme le milieu de la mer
est le plus profond, de même, quand je fus incarné, l’humilité
commença d’être prêchée, et l’honnêteté
que plusieurs avaient embrassée commença à être
manifestée. Mais maintenant, l’impiété et la superbe
règnent, et ma passion est comme oubliée et négligée
: c’est pourquoi la troisième partie commence à monter, qui
durera jusques au jour du jugement, et en cet age, j’ai envoyé mes
paroles au monde par vous : ceux qui les ouïront et les suivront seront
sauvés, car comme saint Jean dit de l’Évangile, non du sien,
mais du mien : Bienheureux sont ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru !
j’en dis maintenant de même : Bienheureux seront certainement ceux
qui ouïront ces paroles et les suivront !
En la fin de cet age l’Antéchrist
naîtra d’une femme infâme et maudite, qui feindra de savoir
les choses spirituelles, et d’un homme maudit, et d’eux le diable formera
son ouvrage par la permission divine. Mais le temps et la venue de
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l’Antéchrist ne seront pas
comme ce Père, dont vous avez vu les livres, a écrit, mais
il viendra au temps que je connais, quand l’iniquité abondera outre
mesure et que l’impiété augmentera grandement. Partant, sachez
que la foi sera ouverte à quelques Gentils, avant que l’Antéchrist
vienne. Après, quand les chrétiens aimeront les hérésies
et que les méchants fouleront le clergé et la justice, lors
ce sera un signe que l’Antéchrist viendra bientôt.
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Chapitre 68
D’un moine trompé en ses révélations et des signes. Dieu le fait avertir de se corriger.
Le Fils de Dieu parle à son
épouse sainte Brigitte : Je vous dis que le moine dont vous
doutez a quitté le premier monastère par impatience, et est
entré avec mensonge dans le second ; et étant excommunié,
il est venu en Jérusalem, ma sainte cité, c’est pourquoi
il a mérité d’être déçu et trompé,
d’autant qu’il a eu honte d’être un moine humble et de demeurer constamment
en la vocation en laquelle je l’avais appelé. Lisez donc les livres,
et vous n’y trouverez qu’ambition et propre louange, car vous y trouverez
que saint Pierre et saint Paul lui ont dit qu’il était digne de
la souveraine prêtrise ; qu’il serait semblablement pape et empereur,
eu qu’étant en nécessité, il avait trouvé à
sa tête de l’or et quelque monnaie inconnue ; que saint Michel archange
lui avait apparu en un corps de quelque marchand, et comment il avait ramassé
toutes ses prophéties. Sachez que
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Tout cela est du diable qui
le
trompe et le déçoit. Partant, dites-lui qu’il ne sera ni
pape ni césar, que même, s’il ne retourne soudain à
son monastère et s’il ne se comporte comme un humble moine, il mourra
en peu de temps comme un apostat, indigne de la communion des saints et
de la compagnie des moines.
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Chapitre 69
Il est ici traité d’un frère trompé sous espèce de vertu, ne mangeant rien en carême, etc..
Le Fils de Dieu dit : Je dis
en l’Évangile qu’on peut obtenir le ciel par deux choses : la première,
si l’homme s’humilie comme un petit enfant ; la seconde, si l’homme se
fait violence contre soi-même. Or, celui-là est donc humble
qui bien qu’il avance et qu’il fasse force biens, les réputes comme
rien, ne se confiant point en ses mérites. Celui-là se fait
violence qui, résistant aux mouvements charnels, se châtie
avec discrétion, afin qu’il n’offense Dieu, et croit obtenir le
ciel, non par les œuvres de sa justice, mais par la miséricorde
divine. Mais ce Frère qui ne mangeait rien en carême et qui
faisait d’autres jeûnes indiscrets, désirait, par ses jeûnes,
obtenir le ciel. Tous ces jeûnes provenaient de la superbe, et non
de l’humilité ; c’est pourquoi il sera justement jugé avec
ceux qui jeûnaient et payaient les dîmes et méprisaient
les autres. L’humilité de ce pécheur qui n’osait lever les
yeux au ciel était meilleure, car moi, Dieu et homme, conversant
avec les hommes, je mangeai et je bus ce qu’on me donnait, bien que j’eusse
pu subsister sans viandes, afin de donner
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aux hommes l’exemple de vivre, afin
qu’ils prennent humblement les nécessités de leur vie et
qu’ils en rendent grâces à Dieu.
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Chapitre 70
Notre-Seigneur montre à
sainte Brigitte la damnation horrible d’un cardinal, et ses causes.
Avertissements aux prélats.
Sainte Brigitte voyait comme
la personne d’un cardinal défunt qui était assise sur une
porte de bois, à qui quatre Éthiopiens préparaient
quatre chambres par lesquelles il fallait que l’âme de ce cardinal
passât.
En la première, il
y avait des vêtements de diverses manières que cette âme
avait aimés en sa vie. En la deuxième, il y avait des vases
d’or, d’argent, et divers autres ustensiles, esquels cette âme s’était
plue pendant qu’elle vivait. En la troisième étaient des
viandes et des parfums aromatiques esquels elle se plaisait. En la quatrième,
il y avait des chevaux et autres animaux desquels elle se servait autrefois.
Mais quand l’âme passait
par la chambre, elle endurait un froid rigoureux, et elle était
accablée d’un grand poids, et criant, elle dit en pleurant : Malheur
à moi, d’autant que j’ai plus aimé ce qui est beau que ce
qui est utile ! J’ai aimé d’être aimée, d’être
exaltée et louée : il est donc raisonnable que je sois déprimée
sous l’escabeau du diable.
Et passant par la deuxième
chambre, elle ressentit un torrent de poix et une flamme qui s’épandait
et s’étendait partout. Et lors l’âme s’écria : Malheur
à moi ! malheur éternelle-
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ment, d’autant que j’ai vu,
revu et cherché ce qui reluit et éclate, et partant, je suis
abreuvée des torrents des voluptés du diable !
Et quand l’âme passait
par la troisième chambre, elle sentit une puanteur insupportable
et des serpents envenimés ; et lors elle cria horriblement, disant
: Hélas ! hélas ! j’ai aimé la servante et j’ai méprisé
la maîtresse. J’ai aimé les douceurs, il est raisonnable que
j’endure les amertumes.
Mais passant par la quatrième
chambre, elle ouït un son terrible comme un tonnerre, et elle cria
de peur : Oh ! que digne est ma récompense !
Après, on ouït
une voix qui disait : Qu’est ce que l’homme pense en terre ? ou le Fils
de Dieu mentira-t-il, que l’homme rendra raison de la moindre maille ?
voire je vous dis de plus qu’il rendra compte de tous les moments, de chaque
denier, viande, boisson, des pensées en détail et des paroles,
s’il ne les amende par contrition et par la pénitence. Eh quoi !
les cardinaux et les évêques croiront-ils ne rendre pas compte
de mes aumônes, qu’ils ne mangent pas avec crainte et dévotion,
mais qu’ils dévorent sans fruit ? ou bien pensent-ils que les âmes
desquelles ces biens étaient, et desquels ils s’enorgueillissent,
n’en demandent vengeance devant Dieu ? Véritablement, ma fille,
j’en ferai exact jugement, et sonderai en quelle manière ils prennent
mes oblations ; et les anges les jugeront, car moi et mes amis avons doté
l’Église, afin que les ecclésiastiques ne vivent point comme
mes amis ni ne prient pour être exaucés. Partant, je secourrai
et pourvoirai les âmes dont les biens étaient de la table
de
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ma grâce et de ma passion,
et je leur ferai miséricorde.
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Chapitre 71
Il est ici traité d’absoudre, l’an de jubilé, tous les pénitents, hormis les sentences.
Le Fils de Dieu dit : Que
le bon confesseur absolve tous les pécheurs qui viennent à
lui avec contrition ; je veux qu’il les absolve tous ; qu’il prenne seulement
garde des sentences de l’Église, qui sont claires.
DÉCLARATION.
On croit que ce confesseur
était celui de sainte Brigitte (1), docteur, car il écrit
en une sienne épître à Nicolas d’heureuse mémoire,
évêque du royaume de Suède, de la cour de Rome, disant
: Un certain prêtre étranger à qui le vicaire du pape
enjoignit de confesser tous ceux qui parlaient sa langue, lui donna autorité
d’absoudre de tous les cas qu’il pouvait, entre lesquels vint un pénitent
riche et grand, disant qu’il avait péché avec quatre paires
de sœurs, qui toutes n’étaient pas d’un même père et
d’une même mère, mais chaque paire était d’un différent
père et mère. Après il dit qu’il avait péché
avec deux-cents femmes, et que, sur cela, il n’avait jamais acquis note
d’infamie, et qu’il n’en avait jamais été accusé devant
aucun ecclésiastique ou séculier.
Le prêtre susdit,
quand il ouït des crimes si
(1) Lincompensem
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abominables, en eut horreur et s’éloigna
autant qu’il put du pénitent. Mais le pécheur, enflammé
des feux divins, ne se désespérait point, mais poursuivait
l’absolution dudit prêtre, et
s’approchant de sainte Brigitte,
se plaignait, d’autant que ce prêtre ne voulait l’absoudre ; c’est
pourquoi elle se mit en oraison pour le prêtre et pour le pécheur,
et en même temps, elle ouït la voix du Père qui disait
des cieux : Dites au prêtre que, de ma part, il absolve tous ceux
qui viendront à lui de sa nation, leur enjoignant pénitence
selon la grâce qui lui sera donnée, selon que la droite raison
lui suggéra, et selon aussi que le pénitent la pourra supporter,
et qu’il l’absolve avec assurance jusqu’à ce qu’un semblable pécheur
se présente et que je lui dise : Il ne faut pas l’absoudre. Qu’il
prenne néanmoins garde aux censures ecclésiastiques et aux
crimes notoires qui doivent être juges publiquement par les prélats
de l’Église.
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Chapitre 72
Jésus-Christ commande qu’on se donne garde qu’on ne reçoive de l’argent pour l’absolution des péchés. Les prêtres de paroisse peuvent absoudre de tous les péchés occultes.
Le Fils de Dieu dit : Il y
a deux taches ès ecclésiastiques : l’une que peu sont absous
sans que l’on donne de l’argent ; l’autre que les prêtre des paroisses
n’osent absoudre de tous les péchés occultes ; mais ils assurent
ne pouvoir les absoudre en certains cas réservés à
l’évêque, pour lesquels ils les envoient à l’évêque
; et on les examine si longtemps que les occultes sont ma-
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nifestés à tous. Partant,
ceux qui ont le zèle des âmes doivent obvier à tels
accidents, de peur que les âmes ne meurent en péché
mortel, ou par honte, ou par obstination.
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Chapitre 73
Notre-Seigneur dit que l’absolution
d’un mauvais pénitencier qui était à Rome est bonne.
Il prédit sa mort soudaine.
Ce pénitencier de Rome était lépreux, hardi comme un milan, superbe comme un lion, et partant, il tombera à terre comme un papillon, qui a les ailes grandes et le corps petit. Sachez néanmoins que son absolution est bonne de l’autorité de l’Église, aussi bien que l’absolution d’un prêtre juste. Dites-lui : Vous aurez ce que vous désirez, mais vous ne le posséderez pas, voire les étrangers emporteront ce que vous avez amassé. Il obtint un archiépiscopat et mourut le même jour.
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Chapitre 74
Ici est une vision des bâtiments qui devaient être pour les cardinaux et conseillers du Pape.
Je vis à Rome, du palais
du pape jusques au Château Saint-Ange, et de ce château jusques
à la maison du Saint-Esprit et jusques à l’église
de Saint-Pierre, comme s’il y avait une plaine ; et cette plaine était
entourée d’un mur où il y avait diverses loges. Lors j’ouï
une voix qui me disait : Ce pape-là, qui aime son épouse
d’une
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Telle dilection de laquelle moi
et mes amis nous l’aimons, possédera ce lieu avec ses successeurs,
afin qu’il puisse facilement convoquer son conseil.
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Chapitre 75
Jésus-Christ commande à un docteur en théologie que les âmes purifiées voient Dieu, et que ceux qui désirent toujours vivre pour pécher toujours seront tourmentés éternellement.
Un docteur en théologie,
de Suède, qui a composé le prologue de ce livre, prêchant
un jour, un soldat s’écria, comme furieux, disant : Si mon âme
ne va point au ciel, qu’elle s’en aille comme une bête, mangeant
la terre et l’écorce des arbres. La demeure jusques au jour du jugement
est trop longue, car avant ce jour-là, pas un ne verra la gloire
de Dieu.
Ce qu’oyant, l’épouse
sainte Brigitte, qui assistait à ce sermon, pleura et dit : O Seigneur,
Roi de gloire, je sais que vous êtes miséricordieux et fort
patient, car tous ceux qui taisent la vérité et dissimulent
la justice, sont loués au monde ; mais ceux qui ont votre zèle
et le montrent, sont méprisés ; partant, ô Seigneur,
donnez, donnez à ce docteur la constance et la ferveur de parler.
Lors l’épouse
vit en un excès d’esprit le ciel ouvert, l’enfer ardent, et une
voix lui disait : Voyez le ciel ; voyez de quelle gloire les âmes
sont revêtues. Dites donc à ce maître : Dieu, Créateur
et Rédempteur, dit ces choses : Prêchez assurément
; prêchez constamment ; prêchez importunément et opportunément
que les âmes
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Purifiées voient Dieu ; prêchez
avec ferveur, car vous en serez récompensé, comme un enfant
qui ouït la voix de son père. Si vous doutez qui je suis, moi
qui parle, sachez que je suis celui-là qui vous retire des tentations.
Or, ayant ouï ces choses,
elle vit encore l’enfer, de la part duquel tremblant d’effroi, elle ouït
une parole disant : Ne craignez point les esprits que vous voyez : leurs
mains, c’est-à-dire leurs puissances, sont liées et ne peuvent
rien sans ma permission. Qu’est-ce donc que les hommes présumant
d’eux pensent ? Ne prendrai-je pas vengeance d’eux, moi qui assujettis
même les démons à ma volonté ?
L’épouse répondit
: O Seigneur, ne vous indignez pas si je parle. Vous qui êtes tout
miséricordieux, le punirez-vous éternellement, lui qui ne
peut pécher perpétuellement ? Les hommes ne peuvent
croire que cela soit convenable à votre Divinité, vous qui
surexaltez la miséricorde par le jugement, ni les hommes ne punissent
point perpétuellement les hommes qui les ont offensés.
L’esprit répondit
: Je suis la vérité et la justice, qui donne à chacun
selon ses œuvres, qui sonde les cœurs et les volontés ; et comme
le ciel est distant de la terre, de même mes voies et mes jugements
sont éloignés des conseils et conceptions des hommes. Partant,
puisque l’homme ne se corrige point pendant qu’il vit et qu’il peut, qu’est-il
de merveilles s’il est puni où il ne peut rien ? ou comment peuvent
demeurer en mon éternité très-pure ceux qui veulent
éternellement vivre et éternellement pécher ? Et partant,
celui qui corrige son péché quand il peut, doit demeurer
éternellement
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