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Livre 6 Chapitres 76 à 122 sur une seule page
Ste Brigitte Livre 6 page 415- 464 Valérie Pajerski
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avec moi, qui puis tout et vis de
toute éternité.
DÉCLARATION.
Cet homme était marié, qui tenait une concubine publiquement en sa maison ; et quelqu’un l’en avertissant, poussé de colère, il la tua, et lui, mourut le quatrième jour, endurci, sans sacrements et enseveli ; et pendant plusieurs nuits fut entendue une voix qui disait : Malheur ! Malheur ! Je brûle ! Je brûle ! Cela ayant été rapporté à sa femme, on ouvrit en sa présence la sépulture, où l’on ne trouva qu’un petit haillon de son suaire et de ses souliers. La sépulture étant derechef couverte, on n’entendit plus la voix.
LXXVI.
Il est ici parlé des corrections que Jésus-Christ fait à son épouse, etc.
L’épouse sainte Brigitte
étant logée en une ville, il advint que ses vêtements
et ce qu’elle avait de plus précieux fut brûlé, et
encore ce qui était de ses amis. Notre-Seigneur lui dit pendant
qu’elle priait : Il est écrit que le prince des cuisiniers brûla
le temple de Jérusalem. Or, qui est ce prince, sinon ceux qui cherchent
les délices de la chair plus que les amertumes de ma passion ? De
même vous cherchez en votre famille, et les y tolérez, les
beautés, l’éclat des habits, et vous ne reprenez point les
mœurs dépravées, de peur qu’ils vous trouvent fâcheux
; c’est pourquoi vous recevez maintenant le dom-
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mage que vous voyez, afin que vous
compreniez qu’il ne suffit point, pour aller à la perfection, de
se corriger soi-même, mais encore les autres, et principalement ceux
de la famille, les attirant à l’honnêteté de la vie,
car ce que vous pouvez corriger, et ne le faites pas à raison de
quelque considération humaine, cela vous sera imputé à
jugement et à péché. D’ailleurs, sachez que l’habitant
de cette maison a deux vices, savoir, 1. d’infidélité, d’autant
qu’il croit que toutes choses sont régies par le destin ; 2. il
use des enchantements et de quelques paroles diaboliques, afin qu’il prenne
une grande multitude de poissons d’un étang ; et d’autant qu’il
est de votre famille, avertissez-le afin qu’il s’amende, autrement vous
verrez de vos yeux que le diable qu’il est prévaudra sur lui.
Celui-là oyant l’avertissement
de l’épouse de Jésus-Christ et le méprisant, on le
trouva mort subitement ayant le col renversé.
LXXVII
Jésus-Christ reprend un religieux à raison de quelque dispute.
Le Fils de Dieu dit à
son épouse : Que vous dit ce frère babillard ?
Elle répondit : Que
les Gentils qui n’ont été appelés à la vigne
ne jouiront pas du fruit de la vigne.
Notre-Seigneur lui dit :
Dites-lui que le temps viendra que tout sera un bercail et un pasteur,
une fois et une claire connaissance de Dieu. Et lors plusieurs qui ont
été appelés à la vigne seront reprouvés,
et ceux qui n’y sont appelés
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et qui ont fait tout ce qu’ils ont
pu, auront quelque miséricorde et quelque soulagement en leurs supplices,
bien qu’ils n’entrent en ladite vigne. D’ailleurs dites-lui : Il vous serait
plus profitable de dire le Pater avec simplicité que de disputer
sophistiquement et avec tant de subtilité des vanités du
monde. Partant, pensez que vous êtes entré en religion, et
sachez que bientôt vous mendierez le pain ailleurs. Néanmoins,
si vous changez votre volonté, Dieu modifiera sa sentence.
LXXVIII.
De l’expulsion du diable d’une maison par les paroles de Jésus-Christ, etc.
L’épouse sainte Brigitte
était logée une nuit en une maison où le diable parlait
ouvertement, donnait les réponses et prédisait plusieurs
choses. Or, cette sainte étant présente, le diable ne dit
mot, et elle ouït, étant en l’oraison, une voix qui lui disait
: En cette maison ont été faits quelques maux par les habitants
du passé et du présent, car ils honorent les dieux tutélaires
et ne fréquentent point les églises, si ce n’est pour la
honte des hommes, ni ils n’entendent jamais la parole divine ; c’est pourquoi
le diable domine en ce lieu.
Partant, que votre confesseur, ayant
assemblé tous les habitants de cette maison et les voisins, leur
dise ces paroles : Dieu est un et trine, par qui toutes choses ont été
faites, et sans lui rien ne peut être fait. Or, le diable est sa
créature qui ne peut pas mouvoir un de vos pieds sans que Dieu le
permette. Mais d’autant plus vous aimez et cher-
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chez les créatures et le
monde plus que Dieu, et cherchez d’être riches contre les volontés
de Dieu, lors le diable commence de posséder vos âmes, vous
faisant (la justice de Dieu le permettant de la sorte), prospérer
ès choses temporelles. Partant, croyez en Dieu, et chassez les serpents
desquels vous sucez le lait, et ne donnez point des prémices d’aucune
chose à vos dieux tutélaires. Ne dites jamais que la fortune
a fait cela ou cela, mais que Dieu l’a permis ainsi. Ne dites pas aussi
qu’à l’autel n’est immolé autre chose qu’un gâteau,
mais croyez fermement que là est vraiment le corps de Jésus-Christ
qui a été crucifié en la croix, et croyez vraiment
aux sacrements de baptême, confirmation et extrême-onction,
et lors le diable s’enfuira de vous. Nous croyons, dirent-ils en criant,
et promettons de nous amender.
Soudain on ouït le diable
dans une fournaise, d’où il donnait les réponses, disant
: Je n’aurai jamais plus ici de lieu. Et ainsi, il se retira tout confus,
et désormais on n’entendit point de voix ni terreur.
LXXXIX.
D’un homme qui avait dit la messe sans avoir reçu les ordres.
Un certain homme qui n’avait
jamais été ordonné prêtre, célébrait
et disait la sainte messe, lequel, étant présente au Juge,
fut condamné au feu. Sainte Brigitte priant pour lui, Notre-Seigneur
lui dit : Voyez ma miséricorde : si cet homme eût demeuré
impuni, il serait damné. Or, maintenant, il a obtenu la contrition
: c’est pourquoi, par le supplice qu’il souffre mainte-
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nant, il s’approche de ma grâce
et du repos.
Mais maintenant, vous me pouvez
demander si le peuple qui entendait les messes et qui recevait les sacrements
de cet homme, péchait mortellement.
Je vous réponds que,
pour cela, il n’est point damné, mais la foi l’a sauvé, car
il croyait que l’évêque l’eût ordonné et
que je fusse à l’autel en ses mains. La foi des parents a aussi
profité à ceux qui ont été baptisés
par lui, car la foi croit de Dieu des choses dignes par la charité
des œuvres. Il ne sera pas sans récompense, et son désir
ne sera pas frustré.
LXXX.
D’une femme tourmentée d’un diable incube.
Une femme étant vexée
par le démon, son ventre s’enfla soudain, de sorte qu’il semblait
qu’elle enfanterait à l’instant, et soudain il se désenfla,
comme si elle n’eût rien eu au ventre. Or, étant ainsi longtemps
tourmentée du malin esprit et son ventre s’enflant comme le ventre
de celles qui sont prêtes à enfanter, sa maîtresse consulta
sur cela sainte Brigitte, épouse de J.C., qui lui dit : Comme entre
les esprits, il y en a un plus subtil que l’autre, de même entre
les malins, il y en a un plus malicieux que l’autre, car en ce royaume,
il y a spécialement trois sortes de démons : les uns sont
de feu et de flamme, qui dominent les gourmands et les gloutons ; le deuxième
est diabolique, qui possède les corps et les âmes des hommes
; le troisième est le plus abominable de tous, qui excite les hommes
à luxure contre nature. Et parce que cette femme a été
incon-
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tinente et infidèle, le démon
domine en elle ; et d’autant que, par honte, elle n’a pas confessé
un péché et s’est approchée du saint Sacrement, le
diable domine en elle. Partant, qu’elle confesse le péché
celé depuis longtemps et que les amies de Dieu prient pour elle,
et après, qu’elle communie, car je veux qu’elle soit affranchie
par les larmes et les prières de mes amis. Et cela étant
fait, cette femme fut délivrée.
LXXXI.
D’un enfant et de sa mère affranchis des vexations du diable.
Un enfant de trois ans n’avait
jamais repos, sinon lorsqu’on l’aspergeait d’eau froide ; ce que voyant,
sainte Brigitte admira grandement. Jésus-Christ lui dit : Voyez
la justice et la permission de Dieu. La mère de cet enfant a été
longtemps tourmentée d’un diable incube, car le diable, qui est
un esprit, se fait et s’applique un corps d’air, dans lequel se faisant
luxurieux, il se montre visible, exerçant avec cette femme sa malice
et sa méchanceté. Et bien que l’enfant soit né du
père et de la mère, le diable néanmoins a grande puissance
sur lui, d’autant qu’il n’est point baptisé, sinon à la manière
dont baptisent les femmes qui ignorent les paroles de la sainte Trinité.
Partant, que l’enfant soit baptisé Au nom du Père, du Fils
et du Saint-Esprit, et il sera guéri. Que la mère confesse
son péché, et qu’elle dise, quand le diable approchera d’elle
: Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui êtes né de la Vierge
Marie pour le salut des hommes.
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Mes, qui avez été
crucifié et qui maintenant régnez au ciel, ayez miséricorde
de moi.
Cela étant fait, la
femme fut guérie.
LXXXII.
Notre-Seigneur reprend les hommes qui vont à la pythonisse.
Un soldat consulta un jour
la pythonisse (1), à savoir, si les sujets se devaient rebeller
contre le roi de Suède ou non, et l’effet arriva comme la pythonisse
l’avait prédit ; ce qu’étant fait, le soldat racontait au
roi, en la présence de l’épouse, ce que la pythonisse avait
dit, et elle, s’étant un peu détournée du roi, ouït
la voix de Jésus-Christ qui lui disait : Vous avez ouï
comment ce soldat a consulté la pythonisse et comment ce soldat
a consulté la pythonisse et comment elle lui a prédit la
paix future : partant, dites au roi que ces choses se font par ma permission
à raison de la mauvaise foi des peuples, car le diable, par la subtilité
de sa nature, peut connaître plusieurs choses futures, lesquelles
il manifeste à ceux qui croient en lui, afin de les décevoir.
Partant, dites encore au roi qu’il chasse telle sorte de gens de la compagnie
des gens de bien, car ils sont ceux qui déçoivent les âmes
qui se donnent au diable et lui rendent hommage pour le bien temporel,
afin que, par eux, plusieurs soient perdus ; ni n’est pas de merveilles,
car d’autant que l’homme désire savoir plus que Dieu ne veut, et
être enrichi contre les vouloirs de Dieu, lors le diable, tentant
son esprit et le voyant penché
1.( Pythonisse est celle qui a le
diable dans le ventre.)
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Et enclin à ses suggestions,
envoie ses coadjuteurs, savoir, les pythonisses et autres adversaires de
la foi, pour le tromper, et acquérant quelque peu du temporel, il
perd ce qui est éternel.
LXXXIII.
De la dévotion des païens à la fin des jours.
Le Fils de Dieu parle à son épouse, disant : Sachez que les païens auront tant de dévotion que les chrétiens ne seront que leurs serviteurs en la vie spirituelle ; et lors les écritures seront accomplies, que le peuple, ne l’entendant point, me glorifiera ; et lors les déserts seront édifiés, et tous chanteront : Gloire soit au Père, au Fils et au Saint-Esprit, et honneur à tous les saints !
LXXXIV.
Ici Notre-Seigneur reprend ceux qui prennent plusieurs vêtements pour le froid et la vanité.
L’épouse sainte Brigitte,
étant arrivée au royaume de Suède au milieu des rigueurs
du froid en une île en naviguant, et tous ceux qui étaient
dans le navire dormant, et elle, ne voulant les inquiéter, demeura
jusques au jour dans le navire avec un domestique qui pâtissait de
froid outre mesure, et elle avait un grand chaud, et eux, la touchant et
l’expérimentant, l’admirèrent. Et elle priant Dieu à
l’aurore, Notre-Seigneur lui dit : Oh ! que les hommes se défient
de moi, qui se chargent de vêtements comme un érinacé
de pommes, et comme un paon de plumes, et s’enorgueillissent tout au-
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tant que le paon s’enorgueillit
de ses plumes, vu qu’ils ne peuvent échauffer sans moi ni être
beaux sans qu’ils soient de moi. Or, s’ils mettaient leur espérance
en moi, je leur donnerais la chaleur du corps et de l’âme, et les
rendrais beaux devant mes saints. Or, maintenant, ils sont difformes, d’autant
qu’ils ne se contentent du nécessaire et aiment avec plus de ferveur
la créature que le Créateur.
LXXXV.
Du bien mal acquis ; des peines et des aumônes d’iceux.
Il y avait un homme qui était
demeure quarante ans en purgatoire et qui apparut à l’épouse,
disant : A raison de mes péchés et pour les biens que vous
savez, j’ai souffert longtemps en purgatoire, car j’ai ouï souvent
en la vie que ces biens étaient mal acquis par mes parents, mais
je ne m’en souciai pas ni ne les restituai pas. Or, Dieu, l’inspirant à
quelques-uns de mes parents ayant bonne conscience, les restituèrent
après mon décès à ceux à qui il s’appartenaient,
et lors, par les oraisons de l’Église, je fus délivré
du purgatoire.
Après, Notre-Seigneur
dit à son épouse : Qu’est-ce que les hommes croient, en détenant
le bien d’autrui injustement et sciemment ? Eh quoi ! entreront-ils en
paradis ? Certainement non, pas plus que Lucifer ; ni les aumônes
des biens mal acquis ne leur profiteront de rien, mais passeront en la
consolation de ceux auxquels ils appartiennent. Mais ceux qui ont ignoramment
les biens mal acquis en seront pas
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punis, ne ceux-là ne perdent
point le ciel, qui ont la volonté parfaite de restituer, et font
en cela tout leur possible, car lors Dieu supplée à leur
bonne volonté en cette vie ou en l’autre.
LXXXVI.
Comment sainte Brigitte vit le feu descendre du ciel, et en la main du prêtre, un agneau.
Un prêtre célébra,
le jour de la Pentecôte, sa première messe en monastère
; Lorsqu’il élevait l’hostie, sainte Brigitte vit que le feu descendait
du ciel sur l’autel, et elle vit entre les mains du prêtre les espèces
du pain, et en icelles, un agneau vivant, et en l’agneau, une face comme
d’un homme fort reluisante ; Et lors elle ouït une voix qui lui disait
: Comme vous voyez maintenant que le feu descend du ciel en l’autel, de
même le Saint-Esprit descendit sur mes apôtres en ce même
jour, enflammant leurs cœurs. Le pain, par paroles sacramentelles, est
transsubstantié en l’agneau vivant, c’est-à-dire, en mon
corps ; et la face est en l’agneau, et l’agneau en la face, d’autant que
le Père est dans le Fils, le Fils dans le Père, et le Saint-Esprit
en tous deux. Et elle vit encore en la main du prêtre, à l’élévation
de la sainte Eucharistie, un enfant d’une beauté admirable, qui
lui dit : Je bénis les croyants et je serai juge des mécréants.
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LXXXVII.
Il est ici parlé d’un excommunié.
Sainte Brigitte, étant
un jour assise avec un évêque et autres seigneurs, sentit
une puanteur insupportable, comme si elle sortait des écailles d’un
poisson pourri ; et les autres admirant qu’elle seule sentît cette
odeur, soudain entra en la maison un homme qui était excommunié
; mais à raison de sa grandeur, il ne se souciait du lieu de l’excommunication.
Le propos étant fini,
Notre-Seigneur dit à sainte Brigitte : Comme la puanteur des écailles
des poissons pourris est plus dangereuse au corps que les autres, de même
l’excommunication est une infirmité spirituelle plus dangereuse
à l’âme que les autres, car non-seulement elle nuit à
l’excommunié, mais aussi à ceux qui conversent avec lui et
qui consentent à ses desseins. Partant, que l’évêque
fasse en sorte qu’un tel soit puni, de peur que, par sa participation,
les autres ne soient marqués et tachés.
LXXXVIII.
Notre-Dame enseigne à sainte Brigitte ce que signifient les mouvements du cœur.
La nuit de la Nativité
de Notre-Seigneur, sainte Brigitte fut touchée d’une si grande et
si extraordinaire joie intérieure, qu’à grand’peine elle
la pouvait soutenir ; et soudain elle sentit dans son cœur un grand mouvement
si admirable qu’il semblait qu’elle avait en son
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corps un petit enfant qui s’émouvait
; et ce mouvement durant assez longuement, elle le montra à son
Père spirituel et à ses amis spirituels, de peur que ce ne
fût quelque illusion, lesquels, ayant vu et touché, en admirant
l’effet.
Le même jour, à
la messe, la Mère de Dieu lui apparut et lui dit : Ma fille, vous
admirez le mouvement que vous ressentez en votre cœur : sachez qu ce n’est
point une illusion, mais bien une manifestation aucunement semblable à
la joie, exultation et miséricorde qui me furent faites en ce soir
; car comme vous ignorez comme une exultation et joie sont arrivées
si soudainement à votre cœur, de la même manière l’arrivée
de mon Fils au monde fut soudaine et admirable, car quand je consentis
à l’ange, lorsqu’il m’annonçait la conception du Fils de
Dieu, soudain je sentis en moi quelque chose d’admirable et de vivant,
et naissant de moi, il sortait d’une admirable vitesse, d’une joie indicible,
sans léser le cloître virginal. Partant, ma fille, ne craignez
point l’illusion, mais réjouissez-vous, parce que les mouvements
que vous sentez sont les signes de l’avènement de mon Fils en votre
cœur. Partant, comme mon Fils vous a imposé le nom d’une nouvelle
épouse sienne, de même maintenant je vous appelle ma bru,
car comme les pères et mères vieillissants mettent la charge
sur la bru et lui disent tout ce qu’il faut faire en la maison, de même
Dieu et moi, comme vieillis et refroidis ès cœurs des hommes, voulons
marquer à nos amis et au monde par vous notre volonté. Ce
mouvement de votre cœur croîtra selon la capacité de votre
cœur.
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LXXXIX.
Notre-Seigneur certifie à sainte Brigitte, par saint Jean, que l’Apocalypse est de lui, et que la glose du docteur Mathias sur la bible est du Saint-Esprit.
Quand le docteur Mathias,
du royaume de Suède, gloseur de la bible, glosait sur l’Apocalypse,
il priait une fois l’épouse de Jésus qu’elle sût en
esprit le temps de l’Antéchrist, et lui demandait si l’Apocalypse
avait été écrite par saint Jean l’évangéliste,
d’autant que plusieurs tenaient le contraire. Elle fut donc ravie en esprit,
et lors elle vit comme une personne ointe d’huile, mais grandement éclatante,
à qui Jésus-Christ parlant, dit : Dites qui est celui qui
a composé l’Apocalypse.
Il répondit : Je suis
Jean, à qui vous avez recommandé votre Mère, lorsque
vous étiez en croix. O Seigneur, vous m’avez inspiré les
mystères qui y sont, et je l’ai écrite pour la consolation
de la postérité, afin que vous fidèles ne fussent
renversés à raison des divers accidents.
Et Notre-Seigneur dit à
l’épouse : Ma fille, je vous dis que comme Jean a écrit de
mon Esprit les choses futures qu’il a vues, de même Mathias, votre
confesseur et Père, a entendu et compris, inspiré du même
Esprit, et écrit les vérités spirituelles de la sainte
Ecriture. D’ailleurs, dites au même docteur que j’ai rendu docteur,
qu’il y a plusieurs antéchrists ; mais comment et quand il viendra,
ce malin Antéchrist, je le lui montrerai par vous.
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XC.
Il est ici traité d’une répréhension et punition d’un religieux trop babillard.
Ce docteur Mathias parlant
avec un religieux de grande autorité et familiarité, de la
grâce des visions célestes qui était divinement donnée
à sainte Brigitte, le religieux dit : Il n’est pas croyable ni ne
s’accorde point avec l’Écriture que Dieu se retire de ceux qui se
contiennent et ont abandonné le monde, et qu’il manifeste ses secrets
à des femmes magnifiques. Or, le docteur alléguant plusieurs
choses là-dessus, l’autre ne consentit point.
Or, l’épouse, oyant
ceci, vit que le docteur en était troublé ; elle se mit en
oraison, et lors, ravie en esprit, elle ouït Notre-Seigneur
qui lui disait : Cette périlleuse infirmité en a assailli
plusieurs ; et à celui qui se rend malade du remède, il ne
faut pas lui en donner davantage, de peur qu’il ne soit pis. Or, je suis
la médecine des infirmes, la vérité des errants. Mais
ce religieux babillard ne désire point de médecine, d’autant
que la fiente et l’ordure de la science vaine sont dans son cœur. Partant,
je lui donnerai de ma main un soufflet, et tout le monde saura que je suis,
non un Dieu babillard, mais puissant et redoutable.
Ce religieux, après
la tribulation, s’humilia et mourut paralytique.
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XCI.
Jésus-Christ commande à son épouse d’affermir le corps, afin que l’âme ne soit empêchée des choses divines.
L’épouse sainte Brigitte ayant un jour trop jeûné et veillé, la tête et le corps lui défaillaient, et Jésus-Christ lui parlant, elle ne comprit pas bien, parce qu’elle était débile. Lors Notre-Seigneur lui dit : Allez, donnez au corps avec modération ce qui lui est nécessaire, car c’est mon plaisir que la chair ait modérément le nécessaire, et que l’âme ne soit empêchée des choses spirituelles par faiblesse.
XCII.
Jésus-Christ reprend un moine qui disait devant un roi que sainte Brigitte était trompée.
Un moine porta un jour, le
livre des Vies des Pères devant le roi de Suède et ses conseillers,
lisant en icelui que plusieurs Pères avaient été trompés
à raison des excessives et indiscrètes abstinences ; et partant,
il dit qu’il craint que cette sainte ne le soit aussi. Sainte Brigitte,
priant, ouït Jésus-Christ qui lui disait : Qu’est-ce que ce
moine dit que plusieurs de mes saints furent trompés ? Véritablement,
ce sac de paroles a parlé comme il a voulu, mais non pas comme il
devait, car aucun de mes amis n’a été trompé, car
ils m’ont aimé sagement ; mais ceux qui, s’enorgueillissant de leur
abstinence
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et de leur justice, se préféraient
aux autres, et qui n’ont voulu obéir aux hommes, ceux-là
certes ont été trompés ; et d’autant que ce moine
a porté contre moi le livre des saints Pères, desquels il
n’est pas imitateur, je porterai aussi le livre de justice et de
fureur contre lui ; et celui qui est loué en sa sagesse viendra
devant la mienne, et lors il verra que la vraie sapience n’est pas en la
sublimité de la parole, mais en la conscience pure et en la vraie
humilité. Oh ! que les professeurs de cet ordre se sont retirés
loin des vertiges de leurs pères ! car il a été comme
l’édificateur de la haine dissipée, et comme un homme qui
a suivi les pas des parfaits.
XCIII.
D’une vision remarquable d’une dame que Notre-Dame et saint Pierre soutenaient, afin qu’elle ne tombât, etc.
Sainte Brigitte vit en esprit
une femme assise sur une corde, l’un des pieds de laquelle soutenait un
homme merveilleusement beau, l’autre une vierge d’une beauté incomparable.
Et lors la Sainte Vierge, lui apparaissant, lui dit : Cette femme qui vous
est connue étant embrouillée dans les soins et sollicitudes
de la chair, a été conservée des chutes d’une manière
admirable ; certainement elle a eu plusieurs fois la volonté de
pécher, mais elle n’a trouvé ni le lieu ni le temps, et ce
bien lui a été donné par l’oraison de saint Pierre
et de mon Fils, que cette femme aime ; quelquefois elle en a eu le lieu
et le temps, mais non pas la volonté et cela par ma
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Charité, de moi qui suis
Mère de Dieu ; et d’autant que son temps s’approchait, saint Pierre
lui conseilla de faire quelque austérité en l’habit, déposant
ses habits glorieux à son exemple, qui, dans les prisons, avait
enduré la nudité et la faim, bien qu’il fût puissant
au ciel et sur la terre. Mais moi, Mère de Dieu, qui n’ai pas passé
une heure sans quelque tribulation et angoisse de cœur, je vous conseille
de n’être point honteuse de vous humilier et d’obéir aux amis
de Dieu.
Après cela, saint
Pierre l’apôtre apparut, disant à l’épouse : Vous êtes
nouvelle épouse de mon Seigneur. Allez, et demandez à cette
femme si elle voulait être entièrement ma fille, puisque je
l’aime et la conserve.
Elle répondit qu’elle
le voulait être de tout son cœur.
J’en aurai soin, dit-il,
comme de ma fille Pétronille, et la recevrai en ma garde.
Et soudain cette dame changea
sa vie, et après, elle fut malade tout le temps de sa vie, jusques
à ce qu’étant purifiée, elle rendit l’esprit. Mais
étant quasi au dernier période de sa vie, elle vit saint
Pierre l’apôtre revêtu pontificalement, et saint Pierre, martyr
de l’ordre des Frères prêcheurs, car elle les avait aimés
tous deux. Et lors elle dit clairement : Qu’est cela, O mon Seigneur ?
Et ceux qui étaient auprès d’elle lui demandant si elle avait
vu quelque chose : Des merveilles, dit-elle, car je vois saint Pierre revêtu
en pontife, et saint Pierre le martyr en l’habit de prédicateur,
lesquels j’ai toujours aimés et ai espéré en leurs
prières. Et soudain elle cria et dit : Béni soyez-vous, ô
mon Dieu ! Je viens à vous . Et ainsi elle décéda.
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XCIV
La Mère de Dieu révèle où demeurèrent les âmes que Jésus-Christ affranchit de l’enfer, et les corps qui ressuscitèrent à sa mort, etc.
La Mère de Dieu dit
: Mon Fils ressuscita un tel jour qu’aujourd’hui, fort comme un lion, car
il brisa la puissance du diable, et affranchit les âmes de ses élus,
qui montèrent avec lui aux joies célestes. Mais vous pourriez
demander où étaient ces âmes (1) qu’il avait délivrées
de l’enfer jusqu’à ce qu’il monta au ciel.
Elles étaient,
dit la Sainte Vierge, en un lieu connu de mon Fils, car là étaient
la joie et la gloire, comme il dit au larron : Vous serez aujourd’hui en
paradis avec moi. Plusieurs saints aussi ressuscitèrent en Jérusalem,
lesquels nous avons vu, et les âmes desquels montèrent au
ciel avec mon Fils ; mais leurs corps attendent encore avec les autres
le jugement et la résurrection. Mais quant à moi, qui suis
Mère de Dieu, étant plongée en la douleur après
sa mort, mon Fils m’apparut avant qu’aux autres, et se montra sensiblement
à moi, me consolant et me disant qu’il monterait visiblement avec
moi dans le ciel. Et bien que cela ne soit écrit par mon humilité,
néanmoins cela est véritable que mon Fils apparut à
moi la première. Or, d’autant que mon Fils m’a consolée un
jour comme celui-ci, je veux aussi diminuer vos tentations et vous enseigner
le moyen d’y résister.
(1) Saint Thomas dit qu’elles étaient
dans les limbes pleines d’éclats. ( 3. p. q. 52. a. 4.)
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Vous admirez pourquoi
croissent en la vieillesse les tentations que vous n’avez eues ni en la
jeunesse ni dans le mariage. Je vous réponds que cela se fait, afin
que vous sachiez que vous n’êtes rien et que vous ne pouvez rien
sans mon Fils ; et si mon Fils ne vous avait gardée, il n’y a péché
dans lequel vous ne fussiez plongée.
Partant, je vous donne trois
remèdes contre vos tentations : quand vous êtes assaillie
des tentations sales, dites : Jésus, Fils de Dieu, qui connaissez
toutes choses, aidez-moi, afin que je ne me délecte en la vanité
de ces pensées. Quand vous êtes tentée de parler, dites
: Jésus, Fils de Dieu, qui vous êtes tu devant le juge, tenez
ma langue jusqu’à ce que j’aie pensé ce que je dois dire
et comment. Quand vous vous plaisez à faire quelque œuvre, manger
ou reposer, dites : Jésus, Fils de Dieu, qui avez été
lié, gouvernez mes mains, tous mes membres et mes œuvres, afin qu’elles
tendent à une bonne fin : cela vous
sera en signe de ce que je dis,
que désormais votre corps ne prévaudra point sur votre esprit.
ADDITION.
Sainte Brigitte fut tentée
en son oraison. La Sainte Vierge Marie lui dit : Le diable est comme un
explorateur envieux cherchant sujet d’accuser et d’empêcher les bons,
afin qu’ils ne soient exaucés en leurs oraisons. Partant, quoique
vous soyez assaillie en l’oraison de quelque tentation que ce soit, ne
désistez point, et efforcez-vous de mieux faire, car cet effort
et ce désir seront réputés devant Dieu pour l’effet
de l’oraison ; et si vous ne pouvez rejeter les pen-
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sées sales, l’effort vous
sera des couronnes, pourvu que vous n’y consentiez et qu’elles soient contre
votre volonté.
XCV.
D’un prince juste qui craignait d’accepter la royauté, et ce que la Mère de Dieu lui dit.
Au royaume de Suède,
un grand et illustre, qui s’appelait Israël, étant souvent
prié par le roi de prendre le gouvernement du royaume, le refusa,
tant il brûlait de désir de combattre contre les païens,
de mourir pour la foi au service de Dieu, et de n’avoir inclination aucune
à la dignité royale ! Lors la Sainte Vierge dit à
sainte Brigitte, qui était en oraison : Si ceux qui ont et savent
la justice, qui la désirent, qui la peuvent faire, refusent d’entreprendre
la charge et la peine pour l’amour de Dieu, comment le royaume demeurera-t-il
en sa vigueur ? Malheur ! Il ne sera pas royaume, mais une volerie, une
caverne de tyrans où les méchants commandent et où
les justes sont foulés aux pieds. Et partant, l’homme juste et bon
doit être attiré par l’amour de Dieu et par le zèle
au gouvernement, afin qu’il profite à plusieurs. Et ceux qui ambitionnent
les dignités pour l’honneur du monde, ne sont pas de vrais princes,
mais des tyrans très-méchants. Que donc Israël, mon
ami, entreprenne le gouvernement pour l’honneur de Dieu, ayant en la bouche
les paroles de vérité, et en la main le glaive de justice,
ne regardant ni inclinant aux faveurs du monde, ni aux alliés, ni
ayant acception de personnes.
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Je ne vous dis pas ce qui
se dira de celui-ci de la bouche des hommes. Il est sorti généreusement
de sa patrie ; il a honoré sincèrement : partant, sachez
que je le conduirai à ma patrie par une autre voie.
Ces choses arrivèrent
ensuite en même manière, car quelques années s’étant
écoulées, ce seigneur alla contre les fidèles et vint
aux Allemagnes, où il fut grandement malade ; et sentant que la
mort s’approchait, il monta avec quelques-uns à l’église
cathédrale, et là, il mit son anneau au doigt d’une image
de Notre-Dame qu’il avait tant aimée, et qui était là
honorée avec une très-grande révérence ; et
laissant là son anneau, il dit : Vous êtes ma Dame et me l’avez
été toujours très-douce, sur quoi je vous appelle
à témoin. Je vous laisse moi et mon âme à votre
providence et miséricorde. Et ayant très-dévotement
pris les sacrements, il mourut.
Après, l’épouse
priant pour lui, la Mère de Dieu parlait de lui, disant : Il m’a
donné l’anneau de son amour, me désirant pour épouse.
Sachez, ma fille, qu’en vérité il m’a aimée de tout
son cœur, et il a craint mon Fils en toutes ses œuvres et jugements : c’est
pourquoi je le conduis par la grâce et coopération de Dieu,
mon Fils, par les voies les plus nécessaires et à lui
plus utiles, et l’ai présenté à la troupe des saints
et des anges, desquels il était aimé, afin que, s’il fût
mort en la main de ses parents, les consolations temporelles ne l’eussent
empêché de plus grands biens. En vérité, sa
bonne volonté a autant plu à Dieu que s’il fût mort
parmi les païens, combattant contre eux pour la sainte foi catholique.
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DÉCLARATION.
Ce Seigneur était frère
de sainte Brigitte.
XCVI.
Pourquoi, un jour, les cloches
de l’église de Saint-Pierre de Rome brûlaient.
Peu avant la mort d’un pape,
les cloches brûlaient d’une manière admirable, ce que l’épouse
voyant, s’en étonnait, et Jésus-Christ lui apparut en cet
étonnement, disant : Ma fille, ceci est un grand signe, car il est
écrit que tous les éléments comme compatissaient à
ma mort, quand ils retirèrent leur splendeur accoutumée et
leurs effets : de même les éléments et les créatures
combattent souvent et jugent les jugements de Dieu, et manifestent en leurs
cœurs l’ire et l’indignation divine, et les signes évidents des
évènements futurs. Or, maintenant, les cloches brûlent,
et quasi toutes crient que le seigneur est mort. Le pape est décédé.
Que ce jour soit béni, mais non pas ce seigneur. O chose admirable
! Là où tous devaient crier : Qu’il meure et qu’il ne ressuscite
point ! Il n’est pas de merveilles, car celui qui devait leur dire : Venez,
et vous trouverez le repos de vos âmes, criait et disait :
Venez, et voyez-moi en ma pompe et en mon ambition plus que Salomon. Venez
à ma cour et videz vos bourses, et vous trouverez la perdition de
vos âmes. C’est de la sorte qu’il criait par paroles et par exemples
: et partant, le temps de l’ire s’ap-
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proche, et je le jugerai comme
un dissipateur du troupeau de saint Pierre. Hélas ! Hélas
! Quel jugement lui reste-t-il ? Véritablement, s’il voulait encore
se convertir à moi, je lui irais au-devant au milieu du chemin comme
un père clément.
XCVII.
Comment Dieu veut que le pêcheurs soient avertis de confesser leurs fautes.
Un grand seigneur selon le
monde n’avait pas été à confesse depuis longtemps,
et tant qu’il différait d’y aller, il était malade. L’épouse,
en ayant compassion, priait pour lui. Mais Notre-Seigneur, apparaissant
lors à l’épouse, lui parlait, disant : Dites à votre
confesseur qu’il visite ce malade et qu’il oie sa confession. Le confesseur
étant arrivé auprès du malade, le malade lui
dit qu’il n’avait point besoin de confession, disant qu’il s’était
souvent confessé. Le lendemain, Jésus-Christ commanda que
le confesseur y retournât. Il y retourna, et le malade lui dit comme
dessus. Le confesseur y retournant le troisième jour par la révélation
qui en avait été faite à sainte Brigitte, lui dit
: Jésus-Christ, Fils de Dieu, vous parle aussi et le diable en cette
manière : Vous avez en vous sept démons : l’un est au cœur,
le liant afin que vous n’ayez contrition de vos péchés. L’autre
est aux yeux, afin que vous ne voyiez ce qui est plus utile à votre
âme. Le troisième est en votre bouche, afin que vous ne disiez
des paroles à l’honneur de Dieu. La quatrième est ès
parties inférieures, c’est pourquoi vous aimez toute sorte d’impuretés.
Le cinquième est en vos pieds
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et en vos mains, c’est pourquoi
vous ne craignez point de tuer et de dépouiller les hommes. Le sixième
est dans votre intérieur, c’est pourquoi vous êtes adonné
à l’ivrognerie. Le septième est en votre âme, où
Dieu devrait être, et est son ennemi. Partant, faites au plutôt
pénitence, car Dieu vous sera encore propice.
Lors ce malade dit, les larmes
aux yeux : Comment me pourriez-vous persuader que Dieu me pardonnera, à
moi qui suis enveloppé en tant et tant de crimes publics ?
Le confesseur répondit
: Je vous le jure, et je l’ai expérimenté, qu’encore que
vous eussiez commis les plus grands crimes du monde, vous pouvez être
sauvé par la sainte confession et la contrition.
Il dit encore en pleurant
: Je désespère du salut de mon âme, d’autant que j’ai
fait hommage au diable qui m’apparut souvent ; c’est pourquoi je ne me
suis jamais confessé, bien que j’aie soixante ans, ni n’ai jamais
reçu le corps de Jésus-Christ, mais je feignais d’avoir des
affaires, quand il y fallait aller. Or, maintenant je confesse que je ne
sache jamais avoir eu des larmes de cette manière.
Ce jour-là il se confessa
quatre fois, et le lendemain il communia, après s’être encore
confessé. Après cela, il mourut le sixième jour.
Jésus-Christ, parlant
de ce pécheur à son épouse, lui dit : Cet homme
servait un larron, le péril duquel je vous ai montré ci-dessus,
et le diable se retire maintenant de lui à qui il faisait hommage,
et cela à raison de la contrition qu’il a eue, et maintenant il
va se purifiant, et le signe de son affranchissement fut la contrition
finale.
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Mais vous me pouvez demander
comment pouvait mériter la contrition celui qui était plongé
en tant de crimes. Je vous réponds : Ma dilection l’a fait et voulu
ainsi, car j’attends la conversion des hommes jusques au dernier point
de leur vie, et le mérite de ma Mère y a aidé ; car
bien que cet homme ne l’ait pas aimée de cœur, néanmoins,
d’autant qu’il avait accoutumé d’avoir compassion de sa douleur,
tout autant de fois qu’il l’oyait nommer et la considérait, c’est
pourquoi il a trouvé le salut et il est sauvé.
XCVIII.
D’une abbesse qui, par la propriété et autres crimes, était pour ses Sœurs un exemple de perdition.
Pour les Bénédictins.
Le Fils de Dieu parle : Cette
abbesse est comme une des vaches grasses, qui plongeant et trempant sa
queue dans les ordures, en salit les autres : en effet, elle scandalise
ses Sœurs par son exemple pernicieux ; son habit plissé et affecté
montre bien qu’elle n’est pas fille de saint Benoît ni épouse
humble, d’autant qu’elle a mis en oubli ses saintes épousailles,
car sa règle dit qu’elle doit avoir la plus rude et la plus vile,
et elle en porte des plus molles, des plus belles et des plus délectables.
La règle commande
aussi de manger ce qui est nécessaire avec sobriété
et crainte, et défend d’avoir quelque chose de propre ; mais celle-ci
a du propre, du quel elle s’engraisse com-
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me une vache du diable, suivant
sa propre volonté.
La règle dit aussi
que toutes choses sont ès mains de l’abbesse, ne considérant
par l’intention de mon saint Benoît, qui a tout mis en la main de
l’abbé, afin qu’il fût discret, l’exemple des vertus et celui
qui suit de plus près la règle.
Mais cette abbesse a reçu
le nom et la parole de puissance pour sa dissolution et se ruine, ne considérant
point qu’elle me rendra raison de toutes les âmes de ses Sœurs. Partant,
sachez que si elle ne corrige ses mœurs et celles de ses Sœurs, elle s’en
ira en enfer avec les vaches grasses, et les corbeaux de l’enfer la déchireront
toute, puisqu’elle n’a pas voulu voler dans le ciel avec les humbles et
avec les sobres.
DÉCLARATION.
Cette abbesse, étant
morte, apparut à sainte Brigitte un peu blanche, mais comme enveloppée
dans un rets de fer ; sa langue semblait de feu ; ses mains et ses pieds
semblaient de plomb et ses yeux remplis de larmes ; et elle dit à
sainte Brigitte : Vous vous étonnez pourquoi je parais si difforme
: telle est la rétribution de la justice divine. Ma blancheur signifie
la virginité de mon corps, mais le filet de fer marque que je n’ai
pas gardé les observances régulières et le bien de
la patience ; car comme aux rets plusieurs anneaux sont enlacés,
de même j’endure plusieurs tourments pour l’omission de tant de bonnes
œuvres que je ne faisais pas, quand j’en avais le temps.
Quant à ce que ma
langue paraît de feu, j’en suis digne, d’autant que, contre ma profession,
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je la lâchais en paroles de
vanité et de cajolerie.
Mes mains et mes pieds apparaissent
de plomb, et à bon droit, d’autant que mes œuvres, qui sont désignées
par mes mains qui devaient être éclatantes comme de l’or,
sont molles et dissolues comme du plomb.
Mes pieds aussi, par lesquels
je devais aller donner à mes Sœurs de bons exemples et de saintes
conversations, se glissèrent ès façons mondaines,
et étaient paresseux à tout bien spirituel.
Mes yeux vous apparaissent
tout éplorés, et à juste raison, d’autant que je me
gardais de pleurer quand je devais laver les crimes de ma vie. Je suis
néanmoins en état de miséricorde et en attente d’une
bonne espérance, pour les prières qui se font en l’Église
par les saints et par le sang de Jésus-Christ.
XCIX.
D’un diable qui induisait des moniales à la propriété pour faire des aumônes.
On voyait un épouvantable
et horrible Ethiopien en un monastère, entre les religieuses voilées,
revêtu d’un habit noir, en forme de moine, sur quoi l’épouse
admirant, Jésus-Christ lui dit : Il est écrit dans mon Évangile
qu’il se faut donner garde de ceux qui vont revêtus de vêtements
de brebis, et qui, au dedans, sont des loups ravissants : je vous en dis
de même maintenant : cet Ethiopien, qui paraissait entre les moniales
avec l’habit de moine, est un diable de cupidité qui suggère
aux filles d’amas-
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Ses des richesses et des métairies,
afin d’en vivre avec plus de largesse et d’en faire des aumônes,
afin que, sur ce prétexte de religion, se retirant de la pauvreté,
qui m’est tant agréable, elles soient peu à peu en entière
dissolution, et prévariquant contre la règle, et s’éloignant
de la première observance, elles perdent les âmes. Partant,
sachez que, si elles ne se donnent garde de ce loup de cupidité,
savoir, se contentant de ce qu’elles ont en commun et ne voulant en rien
accroître en possessions ni richesses passagères, elles seront
toutes gâtées, même les plus saintes à leur damnation,
et après, elles seront déchirées sans miséricorde
par les loups, car je prends plus de plaisir qu’elles vivent en leur pauvreté
pacifique et sainte qu’elles professent, que s’intriguant dans les soins
temporels, elles se glorifient en vain de la distribution de leurs aumônes.
C.
Jésus-Christ assure de ce qui est révèle en ses œuvres, etc.
L’épouse craignait
que les paroles de ses livres divinement révélées
ne fussent infirmées et calomniées des envieux et des méchants.
Notre-Seigneur lui dit : J’ai deux bras : avec l’un j’embrasse le ciel
et tout ce qui y est ; avec l’autre j’embrasse la terre et la mer. J’étends
le premier à mes élus, les honorant et les consolant en la
terre et au ciel. J’étends le second sur les malices des hommes,
les souffrant miséricordieusement, les retenant afin qu’ils ne fassent
autant de mal qu’ils voudraient. Partant, ne craignez point, d’autant que
pas un ne pourra infirmer mes pa-
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role, mais elles parviendront aux
lieux et aux nations qui me sont agréables. Néanmoins, sachez
que ces paroles sont comme de l’huile, c’est pourquoi elles doivent être
mâchées, considérées et expliquées, maintenant
par les envieux, maintenant par ceux qui veulent savoir, maintenant par
ceux qui cherchent occasion que mon honneur et ma patience soient employé.
CI.
Notre-Seigneur commande à
sainte Brigitte de mettre par écrit tout ce qu’il lui a dit.
Le Fils de Dieu parle à son épouse, disant : Je suis comme un seigneur dont l’ennemi tellement enchanté et opprimé les enfants qu’ils le glorifient même dans les captivités, qu’ils ne veulent par même lever les yeux ni à leur père ni à leur héritage. Partant, écrivez ce que vous oirez de moi, et l’envoyez à mes enfants et à mes amis, afin qu’eux sèment cette doctrine parmi les nations, afin qu’elles connaissent leur ingratitude et ma patience, car je veux montrer aux nations ma justice et ma charité.
CII.
Notre-Seigneur avertit une infirme d’être patiente. Grandeur des indulgences.
Une dame de Suède,
étant malade depuis longtemps à Rome, dit à sainte
Brigitte comme en riant : Le bruit est qu’en ce lieu, il y a absolution
des coulpes et des peines, mais il n’y
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a rien d’impossible à Dieu,
car j’expérimente pour le moins la peine.
Le matin suivant, l’épouse
ouït en esprit une voix qui lui disait : Ma fille, cette femme m’est
agréable, d’autant qu’elle a vécu dévotement et a
nourri ses filles pour mon honneur ; mais elle n’a pas tant eu de contrition
en ses peines qu’elle en eût eu en ses péchés, si mon
amour ne l’eût retenue et conservée. Mais d’autant que je
pourvois à chacun en la santé et en l’infirmité, comme
je vois être expédient à un chacun, je ne dois être
fâché de pas un ni jugé, mais être craint et
révéré partout. Dites-lui aussi que les indulgences
de Rome sont plus grandes que les hommes ne le croient, car ceux qui viennent
à Rome pour gagner les indulgences avec les dispositions requises,
pénitents et confès, non-seulement obtiennent la rémission
de leurs péchés, mais obtiennent aussi la gloire éternelle,
car si l’homme endure mille morts pour l’amour de Dieu, il ne serait pas
digne de la moindre gloire qui est donnée aux saints ; et bien que
l’homme en puisse vivre tant de milliers d’années, néanmoins,
d’autant qu’il a des péchés infinis en malice et en objet,
sont dues peines infinies auxquelles l’homme ne saurait satisfaire en cette
vie ; c’est pourquoi les maux sont relaxés à raison des indulgences
; les peines dures et longues sont changées en courtes, et ceux
qui ont gagné les indulgences avec une charité parfaite et
qui décèdent, non-seulement sont délivrés des
péchés, mais encore de la peine due aux péchés,
d’autant que moi, Dieu, je ne donnerai pas seulement à mes saints
et à mes élus ce qu’ils demandent, mais je le doublerai et
le
multiplierai avec amour. Partant, avertissez
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cette malade qu’elle prenne patience
et qu’elle soit constante, car je ferai ce qui sera le plus utile à
son salut.
DÉCLARATION.
Sainte Brigitte vit que l’âme
de cette dame montait comme tout embrasée, vers laquelle accoururent
plusieurs Éthiopiens, de la vue desquels l’âme fut étonnée
et effrayée ; et soudain elle vit comme une Vierge très-belle
venir à son secours, qui dit aux Éthiopiens : Qu’avez-vous
affaire avec cette âme, qui est de la famille des nouvelles épouses
de mon Fils ? Et soudain les Éthiopiens, s’enfuyant, la suivaient
de loin.
Or, l’âme étant
arrivée au jugement de Dieu le Juge lui dit : Qui répondra
pour cette ame et qui est son avocat ?
Et à l’instant, on
vit saint Jacques là présent : Je suis tenu, ô mon
Seigneur, de parler pour elle, car elle s’est souvenue de moi en ses grandes
angoisses. O Seigneur, ayez miséricorde d’elle, car elle a voulu
et n’a pu.
Le Juge dit : Qu’a-t-elle
voulu qu’elle ne l’ait pu ?
Elle vous a voulu servir
de tout son cœur, mais elle n’a pas été si forte, d’autant
que les infirmités l’en ont retardée.
Lors le Juge dit à
l’âme : Allez, car votre foi et votre volonté vous ont sauvée.
Et soudain l’âme est
sortie de la présence du Juge avec une grande joie, et était
reluisante comme une étoile ; et ceux qui étaient là
présents dirent : Bénie soyez-vous, ô Dieu ! qui étiez,
êtes et serez, qui ne retirez jamais votre miséricorde de
ceux qui espèrent en vous !
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CIII.
Comment saint Nicolas apparut à sainte Brigitte, et des merveilles.
Sainte Brigitte, visitant les
reliques de saint Nicolas de Baro en son sépulcre, commença
à penser à la liqueur de l’huile qui coulait de son corps,
et lors ravie hors de soi en esprit, elle vit une personne ointe d’huile
et parfumée, qui lui dit : Je suis Nicolas, évêque,
qui vous apparais en telle forme que j’avais, avec les dispositions que
j’avais en l’âme quand je vivais, car tous mes membres étaient
tellement habitués au service de Dieu, comme les choses qui sont
ointes, qui sont flexibles à ce qu’on veut ; et partant, mon âme
louait Dieu avec une joie indicible, et ma bouche prêchait la parole
divine, et en mes œuvres on trouvait la patience, outre les vertus d’humilité
et de chasteté que j’ai aimées singulièrement ; mais
d’autant que maintenant il y a plusieurs os aride de l’humeur divine, c’est
pourquoi ils donnent le son de vanité et font du bruit ; ils sont
inhabiles pour produire les fruits de justice, et sont en abomination devant
Dieu. Or, sachez que comme la rose donne l’odeur et le raisin la douceur,
de même Dieu donne à mon corps d’épandre et de distiller
de l’huile et une singulière bénédiction, d’autant
qu’il n’honore pas seulement les saints au ciel, mais les réjouit
et les exalte en la terre, afin que plusieurs soient édifiés
et participent aux grâces qui me sont données.
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CIV.
Sainte Anne enseigne à sainte Brigitte une oraison pour l’honorer et pour impétrer de Dieu des enfants.
Le sacristain du monastère
de Saint-Paul hors les murs de Rome, donna à sainte Brigitte des
reliques de sainte Anne, mère de la Mère de Dieu ; or, elle,
pensant comment elle pourrait les enchâsser et les honorer, saint
Anne lui apparut, disant : Je suis Anne, la dame de tous les mariés
fidèles qui sont après la loi, d’autant que Dieu a voulu
naître de ma race : partant, vous, ma fille, honorez Dieu en cette
manière :
Béni soyez-vous, Jésus,
Fils de Dieu et Fils de la Vierge, qui vous êtes choisis une Mère
du mariage d’Anne et de Joachim ! Partant, ayez miséricorde de tous
les mariés pour l’amour des prières de sainte Anne, afin
qu’ils fructifient à Dieu. Dirigez aussi tous ceux qui tendent au
mariage, pour que Dieu soit honoré en eux. Les reliques que vous
avez de moi seront en soulagement aux bien-aimés, jusques à
ce qu’il plaise à Dieu d’honorer plus hautement le jour de la résurrection
dernière.
CV.
La Mère de Dieu exhorte à visiter les saints lieux de Rome, etc.
La Mère de Dieu dit
à l’épouse sainte Brigitte : pourquoi vous troublez-vous
?
Elle répondit : Je
me trouble d’autant que je
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ne visite pas les saints lieux qui
sont à Rome.
La Mère lui repartit
: Il vous est permis de les visiter avec l’humilité, révérence
et dévotion, car à Rome, il y a de plus grandes indulgences
que les hommes ne croient, lesquelles les saints et amis de Dieu ont mérité
d’impétrer de mon Fils par leur sang et par leurs prières.
Néanmoins, ma fille, ne quittez point l’étude de la grammaire
ni la sainte obéissance de votre Père spirituel.
CVI.
Il est traité d’un dissimulateur qui, feignant d’avoir quitté le monde, demandait à sainte Brigitte en quel état il pourrait servir Dieu.
Un homme disait qu’il voulait
servir Dieu et voulait savoir en quel état il plairait plus à
Dieu : il consulta pour cela sainte Brigitte, désirant avoir en
cela la réponse divine ; duquel Notre-Seigneur parlant, dit à
son épouse : Celui-ci n’est point encore arrivé au Jourdain,
et moins, l’a-t-il passé, comme on écrit d’Élie qu’ayant
passé le Jourdain et étant arrivé au désert,
il ouït les secrets divins. Mais quel est ce Jourdain, sinon
le monde, qui s’écoule comme de l’eau, d’autant que les choses temporelles
montent tantôt avec l’homme, tantôt descendent ; maintenant
l’élèvent en honneur et prospérités, ores l’oppriment
par l’adversité, de sorte que l’homme n’est jamais sans soin et
tribulation ? il est donc nécessaire que celui qui désire
les choses célestes retire de son esprit toutes les affections terrestres,
car celui à qui Dieu est doux, les choses caduques et passagères
lui son véritable-
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ment viles. Mais cet homme n’est
pas encore parvenu à ce point qu’il méprise toutes choses,
voire il a encore sa volonté en ses mains. Partant, il n’ouïra
point les secrets du ciel, jusques à ce que plus parfaitement il
méprise le monde et qu’il résigne sa volonté en la
main de Dieu.
CVII.
Notre-Seigneur dit qu’il garde ses élus comme l’aigle ses petits. Il conseille à sainte Brigitte de visiter le corps de saint André.
Le Fils de Dieu parle à
son épouse, disant : L’aigle voit d’en haut celui qui veut nuire
à ses petits, et le prévient par son vol très-prompt,
les défendant : de même je prévois tout ce qui vous
est de plus salutaire. C’est pourquoi je dis souvent : Attendez. Et derechef
je dis : Allez. Mais d’autant qu’il est maintenant temps, allez maintenant
à la cité d’Amaphre à mon apôtre André,
le corps duquel a été mon temple très-orné
de toute sorte de vertus ; c’est pourquoi il a été là
le dépositaire des fidèles et le secours des pêcheurs,
car ceux qui vont là d’une âme fidèle, non-seulement
seront déchargés des péchés, mais auront la
vie éternelle ; ni n’est pas de merveilles, car lui n’a pas eu honte
de ma croix, mais il la porta joyeusement ; et partant, je n’ai pas honte
d’ouïr et de recevoir ceux pour lesquels il prie, car sa volonté
est la mienne. Quand vous serez chez lui, tournez soudain à Naples
pour ma Nativité.
L’épouse dit : O Seigneur,
notre temps et notre âge se passe, les infirmités s’approchent,
et le soutien temporel se diminue.
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Notre-Seigneur lui dit : Je suis
l’auteur de la nature, le Seigneur et le réformateur. Je suis aussi
aide dans les nécessités, protecteur et distributeur ; car
comme celui qui a un cheval qui lui est char n’épargne point son
pré, bien qu’il soit agréable, afin que là ce cheval
paisse, de même moi, qui ai toutes choses et ne manque de rien, qui
regarde l’esprit de tous, j’inspirerai aux cœurs de ceux qui m’aiment de
faire du bien à ceux qui m’aiment, car j’avertis même ceux
qui ne m’aiment point, afin qu’ils fassent du bien à mes amis et
qu’ils deviennent meilleurs par leurs prières.
CVIII.
D’une apparition faite à sainte Brigitte à Rome de saint Etienne, etc.
Pour le jour de saint Etienne.
Sainte Brigitte, épouse,
priait au sépulcre de saint Etienne à Rome hors les murs,
disant : Béni soyez-vous, ô saint Etienne ! qui êtes
du même mérite que saint Laurent, car comme il prêchait
aux infidèles, de même vous prêchiez aux juifs ; et
comme saint Laurent a souffert le feu avec joie, de même cous avez
enduré les pierres : C’est pourquoi vous êtes loué
le premier des martyrs.
Lors saint Etienne lui apparut,
disant : J’ai commencé dès ma jeunesse d’aimer Dieu chèrement,
car j’ai eu des parents soigneux du salut de mon âme. Or, quand Notre-Seigneur
Jésus-Christ fut incarné et qu’il commença de prêcher,
lors je l’écoutais de tout mon cœur, et soudain après son
ascension, je m’unis avec les apôtres, servant avec humilité
en la charge qui
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m’étais enjointe. Je prenais
joyeusement occasion de parler constamment avec les Juifs qui blasphémaient
Jésus-Christ. Je reprenais l’endurcissement de leur cœur, étant
prêt à mourir pour la vérité et à imiter
mon Seigneur. Mais il y avait trois choses qui coopéraient à
ma couronne, dont je me réjouis maintenant : la première
fut ma bonne volonté ; la deuxième l’oraison des apôtres
; la troisième la passion et l’amour de Dieu. C’est pourquoi je
possède aussi trois sortes de biens : le premier est que je vois
incessamment la face et la gloire de Dieu ; la deuxieme est que je peux
tout ce que je veux, et je ne veux sinon ce que Dieu veut ; le troisième
que ma joie sera sans fin, et d’autant que vous vous réjouissez
de ma gloire, mon oraison vous aidera pour avoir une plus grande connaissance
de Dieu, et l’Esprit de Dieu persévérera avec vous. Vous
irez en Jérusalem, lieu de ma passion.
CIX.
Répréhension et avis que la Sainte Vierge Marie donne à un spirituel.
La Mère de Dieu parle
: Là où est une très-bonne viande, si on y verse quelque
amertume, elle est soudain vile et méprisée : de même
quelqu’un pourrait avoir toutes les vertus ; s’il se plaît en quelque
péché, il ne plaît point à Dieu : partant, ô
Brigitte, dites à ce mien ami que, s’il désire plaire à
mon Fils et à moi, il ne se confie point en sa vertu ; qu’il contienne
sa langue d’une grande quantité et vanité de paroles provoquant
le rire ; qu’il garde qu’en ses mœurs on ne trouve point de légèreté,
car
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Il doit porter les fleurs à
la bouche, afin d’attirer les autres aux fruits. Que si on trouve quelque
chose d’amer entre les fleurs, les fleurs sont méprisées
et on ne désire pas les fruits, quoique bons : partant, dites-lui
que comme l’homme et sa femme s’aiment quelquefois pour la seule sustentation
du corps, et que comme quelquefois on est dans le monastère pour
le seul bien du corps, de même cet homme que vous connaissez désire
être dans le monastère pour le bien corporel, afin de ne souffrir
rien de contraire ; il désire aussi d’être pauvre à
condition que rien en lui manque : partant, qu’il laisse donc sa propre
volonté, car Dieu aime plus qu’on vive au monde justement et qu’on
travaille de ses propres mains, que dans le désert ou religion sans
l’amour de Dieu.
CX.
Jésus-Christ dit à l’épouse ce que signifient les sept tonnerres.
Un docteur demanda une fois
à sainte Brigitte ce que signifiaient les sept tonnerres. Elle,
étant ravie en esprit, ouït de Jésus-Christ ce qui suit
:
Ne croyez pas, ma fille,
qu’il faille pense qu’en ma Divinité il y ait quelque chose temporelle,
ni qu’il y ait des tonnerres, des vents, ou des créatures sensibles
ayant une voix humaine. Mais Jean vit par mon inspiration les dangers futurs
de l’Église sous des espèces corporelles, lesquelles choses,
s’il les eût écrites devoir venir en un certain temps, les
auditeurs les eussent eues en horreur, et les attendant, ils se fussent
séchés de crainte et d’effroi. Partant, il lui fut
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Commandé de marquer ce qu’il
vit, mais non pas de l’écrire, car là où quelque chose
est marquée, c’est un signe qui porte de la crainte et de l’effroi,
comme nous voyons aux hurlements des tonnerres, des foudres et des vents,
car ils signifiaient les menaces furieuses des tyrans qui troublaient mon
Église, lesquelles Jean voyait si véhémentes par esprit
de prophéties qu’il fallait plutôt les marquer que les déclarer
par écrit ; car comme celui qui écrit ou dit une petite parabole
qui signifie beaucoup, afin que les auditeurs aient sujet de craindre les
choses futures, de même j’ai montré les choses futures, mais
je ne les ai point exposées, afin que les hommes en eussent crainte
; et d’autant que le temps n’était pas arrivé qu’on cassât
la noix et qu’on en retirât le noyau, je les ai voulu montrer fort
obscurément, car on doit plutôt préparer le vase qu’y
verser la liqueur. Sachez aussi que de si grands tonnerres et foudres viendront
en mon Eglise que plusieurs de ceux qui vivent maintenant le verront avec
une si grande douleur qu’ils désireront la mort, et elle s’enfuira
d’eux.
CXI.
L’obéissance est préférée à la chasteté, et elle introduit à la gloire.
Le Fils de Dieu dit à
saint Brigitte : Que craignez-vous ? Bien que vous mangeassiez dix fois
le jour par le commandement de l’obéissance, certainement il ne
vous serait point imputé à péché, car la virginité
mérite la couronne, la viduité s’approche de Dieu, mais l’obéissance
les introduit tous en la gloire.
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CXII.
De la peau qui fut ôtée à la circoncision à Notre-Seigneur, et du sang, qui furent donnés en garde à saint Jean.
La sainte Mère de Dieu
dit : Lorsque mon Fils fut circoncis, je gardai la membrane avec un grand
honneur partout où l’allais, car comment eussé-je pu la remettre
en la terre, ayant été engendrée de moi sans péché
? Quand le temps de mon départ du monde s’approchait, je la donnai
en garde à saint Jean, mon gardien, avec le sang précieux
qui était demeuré dans les plaies quand nous l’eûmes
descendu de la croix. Après cela, saint Jean et ses successeurs
étant morts, la malice et la perfidie des infidèles croissant,
les fidèles qui restaient lors la cachèrent en un lieu très-pur
sous terre, où elle fut longtemps inconnue, jusqu’à ce que
l’ange de Dieu la révélât à ses amis.
O Rome ! ô Rome ! si
vous saviez, vous vous réjouiriez ! Certainement si vous saviez,
vous pleureriez même incessamment, d’autant que vous avez un trésor
qui m’est très-cher, et vous ne l’honorez pas !
CXIII.
De l’état des frères d’Alvastre.
Sainte Brigitte, étant
ravie en prière, vit en esprit une grande maison, et sur la maison
le ciel grandement serein ; et le regardant, elle l’admirait. Elle vit
aussi deux colombes qui
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Montaient et pénétraient
dans le ciel, lesquelles quelques Éthiopiens tachaient d’empêcher,
mais ils ne pouvaient pas. Au-dessus de la maison, on voyait un cahos dans
lequel il y avait trois ordres de frères : les premiers étaient
simples comme des colombes, c’est pourquoi aussi ils montaient fort facilement
; les deuxièmes venaient en purgatoire ; les troisièmes sont
ceux qui avaient un pied dans la mer, et l’autre dans un navire, le jugement
desquels s’approche maintenant ; et afin que vous sachiez et que vous éprouviez
que l’un passera après l’autre, selon que je vous en exprime les
noms, ce qui arriva, car la mortalité en ravagea trente-trois.
CXIV.
Du péché véniel, qui est fait mortel par le mépris.
Un jour sainte Brigitte se
confessant, son confesseur fut appelé par quelque prêtre,
et y allant, il oublia de donner l’absolution à sainte Brigitte.
Elle, se voulant aller coucher et s’agenouillant, le Saint-Esprit lui dit
: Humiliez-vous, ma fille pour recevoir l’absolution, le Saint-Esprit lui
dit : Ceux qui ne prennent garde aux choses petites tombent dans
les grandes, car même le péché véniel dont la
conscience remord, si on le continue avec mépris, sera mortel et
sera rudement puni.
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CXV.
La bonne volonté suffit au pénitent, quand il ne peut trouver un confesseur.
Un certain homme était
venu d’un diocèse à Rome ; ignorant l’idiome et la langue,
ne trouvant à Rome pas un qui l’entendit et ne pouvant avoir de
confesseur, il se conseilla avec sainte Brigitte afin de savoir ce
qu’il ferait. Lors Jésus-Christ lui dit : Cet homme qui vous a consultée
pleure d’autant qu’il n’a personne qui l’oie en confession. Dites-lui que
la volonté lui suffit, car qu’est-ce qui profita au larron en la
croix ? ne fut-ce pas la bonne volonté et les affections déréglées.
Lucifer n’a-t-il pas été bien créé ? ou moi,
qui suis la bonté et la vertu même, aurais-je créé
quelque mal ? non certes, aucun. Mais après que Lucifer eut abusé
de sa volonté et la porta au dérèglement, il a été
lui-même déréglé et mauvais par sa mauvaise
volonté. Partant, que le pauvre homme demeure stable et qu’il ne
se retire point de ses bonnes résolutions ; quand il sera en son
pays, qu’il cherche et qu’il oie ce qui est salutaire à son âme
; qu’il soumette sa volonté et qu’il obéisse plutôt
au conseil des sages et des justes qu’à sa volonté, ou autrement,
s’il meurt par le chemin, il en sera comme du bon larron : Vous serez ce
jourd’hui en paradis.
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CXVI.
Combien la simplicité est agréable à Dieu.
Un certain homme ne savait
pas à grand’peine le Pater noster ; il demanda un conseil pour son
âme à sainte Brigitte, à laquelle Notre-Seigneur dit
: Plus me plait la simplicité de ce pauvre homme simple que la prudence
des superbes, d’autant que leur superbe les éloigne de Dieu, et
en celui-ci, l’humilité introduit Dieu dans son cœur, partant, dites-lui
qu’il continue comme il a fait, et il aura la récompense avec ceux
dont j’ai dit : Venez, vous qui avez travaillé, et je vous soulagerai
avec le pain éternel ; car si je lui dis comme j’ai dit à
Judas quand il me demandait conseil trompeusement : Gardez les commandements
et vendez ce que vous avez ; il ne pourra le souffrit, d’autant que la
vieillesse fuit la reforme et que la pauvreté n’a rien à
vendre. Néanmoins, les commandements de Dieu sont nécessaires
à ceux qui tendent à la vie éternelle, car sans eux
l’homme ne peut être sauvé, s’il peut en être instruit.
Mais quant à cet homme, sa docte folie et sa bonne volonté
me plaisent en telle sorte comme les deux deniers de la veuve que j’ai
préférés aux présents des rois, car en sa folie,
il a toute la sagesse, car il m’aime de tout son cœur. Mais d’où
vient cet amour, sinon de mon Esprit ? et ceci semble folie aux sages du
monde de n’aimer les richesses et de ne savoir parler des grandes choses
; Partant, je l’appelle docte folie, d’autant qu’il puise de moi la sagesse,
qui consiste à aimer Dieu. Ne vous semble-t-il pas sage, celui qui
ne sait qu’une
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parole : aimer ? Par cette délection,
il garde tous les commandements de la loi de Moise ; par icelle, il donne
à Dieu ce qu’il lui faut donner ; par icelle, il garde tous les
conseils ; par icelle, il garde tout le droit et les lois ; par icelle,
il aime son prochain, ne désirant point le bien d’autrui, ne trompant
point son prochain ; par icelle, il se souvient incessamment de la mort
et du jugement, dont je le dois juger : et partant, celui qui veut venir
à moi ne se doit inquiéter de l’ignorance de la loi, pourvu
qu’il veuille se servir de sa conscience, qui dit qu’il veut pâtir
ce qu’elle voudrait faire à autrui. Car pourquoi l’homme feuillette-t-il
tant et tant de livres ? n’est-ce pas pour me servir ? n’est-ce pas plus
pour sa curiosité, ostentation et pour être appelé
docte ? Véritablement, chacun sait en sa conscience et chacun est
jugé par icelle. Partant, ma fille, celui qui dit d’une foi parfaite
et d’une bonne volonté ces paroles : Jésus, ayez miséricorde
de moi, me plaît plus que celui qui dire cent versets sans attention.
CXVII.
Du grand bien qu’il y a d’invoquer la Sainte Vierge Marie.
Pour les Bénédictions.
La Sainte Vierge Marie dit
: Il n’y a pas si grand pécheur plongé en des crimes si sales,
qui, s’il m’invoque, ne soit par moi secouru. Car qu’y a-t-il de plus vil
que de soigner une tête galeuse ? Si quelqu’un m’invoque, je le guérirai.
Qu’y a-t-il de plus sordide que l’instrument avec lequel on nettoie les
ordures ? Néanmoins, si celui-là qui
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est aussi souillé m’invoque,
je le nettoierai. Qu’y a-t-il de plus vil que de laver les pieds à
un lépreux ? et néanmoins je laverai ce lépreux-là.
L’épouse répondit
: O très-sainte Dame, je sais que vous êtes très-humble,
très-puissante et très-bénigne. Aidez cette âme
pour laquelle je vous ai priée si souvent.
La Mère répondit
: Cette âme a eu trois choses en sa vie : 1. elle a voulu avoir le
monde, mais le monde ne l’a pas voulue ; 2. elle a aimé la chair
par l’incontinence, d’autant qu’elle n’a pas voulu se marier ; 3. elle
a aimé Dieu moins qu’elle ne devait, bien qu’elle fut constante
en la foi ; elle est maintenant affranchie de ces choses-là, et
elle participe à la table de ma piété. Quelques choses
encore lui restent, desquelles étant purifiée, elle sera
délivrée des peines.
CXVIII.
Jésus-Christ conseille
à sainte Catherine, fille de sainte Brigitte, de ne s’en retourner
point au pays, car son mari mourra bientôt.
Le Fils de Dieu parle à
sainte Brigitte : Consultez cette dame, et priez-la de demeurer quelque
temps avec vous, car il vous est plus utile de vous en retourner, car je
lui ferai comme le père fait à sa fille, qui est aimée
de deux et est demandée en mariage, l’un desquels est pauvre et
l’autre riche, et tous deux sont aimés de la fille. Le père
donc, qui est sage et prudent, voit l’affection de la fille se porter vers
celui qui est pauvre ; il donne au pauvre des vêtements et des dons,
et donne au riche sa fille : j’en veux faire de même. Celle-là
m’aime et aime son mari ;
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partant, puisque je suis plus riche
et le Seigneur de toutes choses, je le veux combler de mes dons, qui lui
seront utiles pour son âme. Il me plaît de l’appeler bientôt,
et la maladie dont il est atteint est un signe de son décès,
car il est très-décent que celui qui tend à
un très-puissant soit connu en ses raisons, et qu’il soit dépêtré
des choses charnelles. Je la (1) veux conduire et réduire en son
pays jusques à ce qu’elle soit propre à l’œuvre à
laquelle je l’ai appelée de toute éternité et que
je veux manifester.
Un peu de temps s’étant
écoulé après que sainte Catherine eut fait vœu de
demeurer à Rome avec sa mère, étant ébranlé
de l’horreur d’une vie inaccoutumée et étant mémorative
de la liberté passée, étant en anxiété,
demanda à sa mère qu’elle put retourner en Suède.
Sa mère priant pour cette tentation, Notre-Seigneur lui dit : Dites
à cette fille vierge qu’elle est veuve, et que je lui conseille
de demeurer avec vous, car ma providence en doit avoir le soin.
CXIX.
Des trois états de mariage, viduité et virginité.
Jésus-Christ parle
: L’état commun et louable m’a été agréable,
car Moise, conducteur de mon peuple, m’agréa, bien qu’il fût
marié. Saint Pierre a été appelé à l’apostolat
pendant le vivant de sa femme, et en cela il me plut, car il faut monter
aux choses parfaites des moins parfaites, et il fallait que le peuple charnel
fût instruit par des choses sensibles, signes et œuvres, afin qu’il
comprît les choses spirituelles.
(1) Sainte Catherine, fille de sainte
Brigitte.
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De même Judith, à raison
de sa viduité et pour le bien de la viduité, trouva grâce
en ma présence, et elle fut digne, à raison de la continence,
de délivrer son peuple. Mais Jean, à la garde duquel je commis
ma mère, ne m’a point déplu pour avoir été
vierge, voire il me plut grandement, car la vie très-parfaite en
la chair est de ne vivre point charnellement et d’être semblable
aux anges, c’est pourquoi il mérita d’être gardien de la chasteté
et de lui montrer des signes signalés de charité. J’en dis
de même maintenant : la viduité de cette dame me plaît
plus que son mariage, d’autant qu’une veuve humble m’est plus agréable
qu’une vierge superbe ; et plus mérita Magdelène en son humilité
et ses larmes que si elle eût demeuré en ses propres volontés.
CXX.
La charité est comparée à un arbre entre les vertus ; l’obéissance tient le premier rang entre les morales.
Jésus-Christ, Fils
de l’Éternel, parle : Comme sur un arbre à plusieurs rameaux,
ceux qui sont plus hauts participent plus aux ardeurs du soleil et des
vents, de même en est-il des vertus. La charité est comme
un arbre ; d’elle procèdent toutes les vertus, entre lesquelles
l’obéissance tient le premier rang, pour l’amour de laquelle je
n’ai pas hésité de subir la mort et la croix : c’est pourquoi
l’obéissance m’est très-agréable comme le fruit qui
m’est très-doux, car comme la paix est très-paisible, de
même cet homme m’est très-bon ami, qui se soumet aux
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autres par humilité, et met
et consigne ses vouloirs aux vouloirs des autres. Partant, il me plaît
que cette dame (1) obéisse, renonçant à sa volonté
pour sa plus grande couronne et pour avoir un plus grand amour. Abraham,
renonçant à sa volonté, a été plus aimable,
et Ruth a été plus chère à Dieu en son peuple,
d’autant qu’elle n’obéit pas à sa propre volonté.
Notre-Seigneur parla derechef
: Cette dame ne mourra point, comme le médecin dit, mais elle vivra
un temps convenable, car je la veux nourrir sous la protection de ma main
droite, et je lui donnerais la sapience, afin qu’elle me donne des fruits
amoureux et qu’elle vive pour mon honneur.
CXXI.
De l’excellence de l’obéissance, etc.
Notre-Seigneur Jésus-Christ
dit : L’obéissance est une vertu par laquelle les choses imparfaites
sont parfaites, et toutes les négligences sont éteintes ;
car moi, Dieu, la perfection même, j’ai obéi à mon
Père jusques à la mort de la croix, afin de montrer par mon
exemple combien il est agréable à Dieu de renoncer à
ses propres volontés. Mais plusieurs, ne considérant point
l’excellence de l’obéissance ni n’ayant un zèle discret,
suivent la conception de leur esprit, et ainsi, en peu de temps, ils affligent
indiscrètement leur chair et sont après longtemps inutiles
à eux-mêmes et aux autres, de quoi ils plaisent moins à
Dieu et sont à charge aux au-
(10 Sainte Catherine de Suède.
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Très ; et ceux-là
considérant après leurs défauts et voulant rétracter
les choses passées, soudain la confusion les saisit de laisser ce
qu’ils avaient commencé, et adhurtés à leur vanité,
ils n’osent reprendre la première vie. De telle condition est cet
homme que vous voyez, qui ne considère point les conseils des hommes
éprouvés ni ne pense aux paroles que j’en ai dites : Je ne
veux point la mort de la chair, mais du péché : partant,
il faut craindre qu’il ne tombe en de plus grandes tribulations, voire
en défaut d’esprit. Néanmoins, s’il obéit aux sages,
et s’il soumet et démet son esprit de ses propres pensées,
la couronne lui sera redoublée, et la dévotion s’augmentera
en lui ; autrement, il lui sera fait comme il est écrit : L’homme
est venu et a surmené la zizanie, et les épines naissantes
ont suffoqué la bonne semence.
CXXII.= 122
Le Fils de Dieu montre par son exemple la modestie à l’oraison, etc.
Jésus-Christ parle
: Moi, étant en l’humanité, j’ai tellement tempéré
mes oraisons, mes labeurs et mes jeûnes, que ceux qui me voyaient
n’en étaient scandalisés ni les absents n’en étaient
point offensés, mais tous ceux qui voulaient, pouvaient imiter mes
paroles, mes œuvres et suivre mes exemples. Or, cette dame que vous voyez
a des gestes admirables ; elle n’est pas sans un grand remords de conscience
: c’est pourquoi le conseil veut qu’elle modère avec
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plus de tempérance ses façons
de faire, et qu’elle fasse ce qu’elle fait plus en cachette qu’en public,
autrement son labeur sera vain et son oraison lui réussira moins
à sa couronne.
Fin du Tome Troisième et fin
du Livre 6 des Révélations célestes.