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Saint Pierre Canisius
Le Grand Catéchisme
Tome 4
ou Précis de la Doctrine Chrétienne appuyée de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères
traduction par l'abbé A.-C. Peltier, Besançon et Paris, 1856-1857, 6 volumes, in-8.
édition numérique par JESUSMARIE.com
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DEUXIEME PARTIE.

PRINCIPES DE LA JUSTICE CHRETIENNE.
 
 

SECTION I.

DU MAL QU’IL S’AGIT D’EVITER.

Article III. - DES PECHES D’AUTRUI QUI PEUVENT NOUS ETRE IMPUTES.


Question I

Quels sont les péchés appelés spécialement péchés d’autrui ?

On appelle particulièrement de ce nom les péchés qui, quoique commis par d'autres que nous, nous sont cependant imputés à juste titre, et nous feraient encourir notre condamnation au tribunal de Dieu. C'est pourquoi on peut entendre de cette sorte de péchés cet avis de l'Apôtre : Ne vous rendez point complice des péchés d'autrui ; aussi bien que cette parole du Roi-prophète : Purifiez-moi de mes péchés cachés, et pardonnez à votre serviteur les péchés d'autrui. Saint Basile-le-Grand applique encore à cette espèce de péché ce que saint Paul écrit aux Ephésiens : Ne prenez point de part aux œuvres infructueuses des ténèbres, mais au contraire condamnez-les ; et ces autres paroles du même Apôtre : Nous vous ordonnons de vous séparer de tous ceux d'entre vos frères qui se conduisent d'une manière déréglée, et non selon la tradition et la forme de vie qu'ils ont reçue de nous.

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TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

I Tim., V, 22 ; Psaume XVIII, 13 ; Ephésiens, V, 11, et II Thessalon., III, 6. Voir pour tous ces textes le corps de la réponse.
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. BASILE-LE-GRAND, Lib., de verâ virginitate : " De même que Paul, cet admirable apôtre, a été dès son vivant précédé en partie par ses œuvres, c’est-à-dire par ceux qui, sanctifiés par ses leçons et ses exemples, sont entrés avant lui dans la vie éternelle, et lui ont préparé auprès du juste juge la récompense des sueurs qu'il avait essuyées pour leur salut ; et qu'en partie aussi il a été suivi par ses œuvres depuis même qu'il a terminé sa vie mortelle et qu'il est avec Jésus-Christ, ceux qu'il n'a cessé jusqu’à ce jour d'instruire par la doctrine contenue dans ses épîtres appelant sur lui de siècle en siècle les louanges et les bénédictions du divin maître : ainsi par la raison contraire il y a des péchés qui précèdent ceux qui en portent la responsabilité, savoir, ceux par lesquels ils ont causé la perte de quelques-uns morts avant eux, et dont à leur tour ils auront à subir le châtiment dans l'enfer ; d'autres aussi qui les suivent, savoir, les péchés dont ils sont la cause même depuis leur mort par la perversité qu'ils ont semée de leur vivant dans le monde. Ainsi jusqu’à nos jours le saint roi David ne cesse de porter les hommes à la connaissance et au service de Dieu, et ceux qui profitent des instructions contenues dans ses psaumes sont par la sainteté de leur vie un éloge permanent qui s'attache à sa mémoire ; tandis que dans le sens opposé Marcion et les autres hérésiarques ne cessent de faire du mal par leurs erreurs, et par un juste retour doivent subir dans l'enfer des châtiments plus rigoureux, à proportion des maux dont, quoique morts depuis longtemps, ils continuent à être la cause. Car si celui qui, pour me servir des paroles de l’Evangile (MATTH., XVIII, 6), scandalise un seul petit enfant, mérite dès-lors le feu de l'enfer, celui qui scandalise des milliers de personnes, soit par le dérèglement de ses mœurs,

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soit par la perversité de sa doctrine, devient justement responsable, non-seulement de la mort qu'il se cause à lui-même, mais encore de la perte éternelle de tous ceux qu'il aura entraînés dans sa ruine, de sorte que, autant il y aura d'âmes qu'il aura perdues, autant de fois il méritera d'être condamné à la mort éternelle dans le siècle à venir. Si donc il y a des actions qui nous précèdent, et d'autres qui nous suivent ; et si, de même que les péchés dont un premier a été la cause doivent ajouter au châtiment, de même les vertus que l'exemple ou l'instruction fait éclore doivent ajouter à la récompense, une vierge, soit vertueuse soit vicieuse, peut avoir aussi quelques-unes de ses œuvres qui la précèdent et d'autres qui la suivent ; et autant sera malheureuse dans l'éternité celle qui, outre le châtiment que lui auront mérité ses propres fautes, aura encore à subir celui que méritent les fautes qu'elle aura fait commettre à d'autres par l'exemple de ses désordres, autant sera bienheureuse au contraire la vierge qui, outre la couronne que lui auront méritée ses propres vertus, aura de plus à en recevoir autant d'autres dans le ciel, qu'elle aura engagé de ses compagnes à marcher à sa suite (Cf. S. Basili opera omnia, t. III, p. 619-620, Paris, 1730). "

2. EUTHYME, in Ps. XVIII : " Pardonnez-moi les péchés d'autrui, puisqu'il est, hélas trop certain que les rois, les pontifes, les pères de famille, les maîtres, tous les supérieurs enfin, sont responsables des péchés de leurs sujets ou de leurs peuples, de leurs enfants ou de leurs serviteurs, toutes les fois que ces péchés ont l'effet de leur propre négligence. "

3. S. AUGUSTIN, Lib. III de libero arbitrio, c. 10 : " Il y a deux principes de tous les péchés : nous les commettons, ou par un dessein volontaire et libre, ou à la persuasion d'autrui. C'est cela, je pense, que se rapporte ce qu'a dit le Prophète : Seigneur, purifiez-moi de mes péchés cachés, et pardonnez à votre serviteur ceux des autres. L'un et l'autre à la vérité est volontaire : car, comme en péchant par sa propre détermination, on ne pèche point malgré soi, ainsi quand nous consentons au mal qu'un autre nous suggère, c'est toujours volontairement que nous y consentons. Il y a néanmoins plus d'énormité à pécher non-seulement sans que personne nous y porte, mais en persuadant encore par envie et par artifice à d'autres de le faire, que de n'être porté à pécher que par la suggestion d'autrui (Cf. Les livres de saint Augustin sur le libre arbitre, p. 228). "

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4. S. BASILE, Lib. II de Baptismo, c. 9 : " Instruits maintenant de ce qui ferait que nos œuvres seraient infructueuses, gardons-nous bien de rien omettre de ce que Dieu demande de nous dans le combat engagé à son service, mais faisons au contraire tous nos efforts pour nous montrer en tout ses dignes ministres. Et non contents de nous conserver nous-même purs, prenons garde aussi de participer à l'impureté d'autrui, et conformons-nous à cet avis que nous donne l’Apôtre, de nous abstenir de toute participation aux œuvres infructueuses de ce siècle ténébreux (Ephes., V, 44). En ajoutant ensuite, " condamnez-les plutôt, " MAGIS AUTEM REDARGUITE, l’Apôtre nous fait voir jusqu'où nous devons porter notre attention à ne pas nous rendre complices ou responsables de ces sortes d'œuvres. "

" Mais qu'est-ce que participer aux œuvres de ténèbres et de combien de manières peut-on y participer ? C'est ce qu'il nous reste à dire maintenant. Me remettant donc à la pensée ces paroles des Proverbes (I, 11) : Venez avec nous, faites-vous complice de la mort de notre ennemi ; ces autres paroles de l’Apôtre (Philip., I, 7) : Vous êtes tous associés aux grâces que j'ai reçues de Dieu ; ces autres encore (Philip., IV, 14) : Participant à mes tribulations ; ces autres aussi (Gal., VI, 6) : Que celui qui reçoit l'instruction fasse part de ses biens à celui qui la lui donne ; ces autres du Psalmiste (Ps. XLIX, 18) : Si tu voyais un voleur, tu courais avec lui, et tu te faisais complice des adultères ; ces autres du Lévitique (XIX, 17) : Vous reprendrez votre frère quand vous le verrez pécher pour ne pas vous faire complice de sa faute ; ces autres enfin du Psalmiste (XLIX, 21) : Voila ce que tu as fait, et je me suis tu ; tu as pensé que je te ressemblerais ; je te citerai à mon tribunal, et je te mettrai en face de toi-même : en me rappelant ces passages et d'autres semblables, je dis qu'il y a participation dans les œuvres, quand on agit de concert pour atteindre un même but, et participation dans la volonté, quand celui même qui n'agit pas consent et applaudit à celui qui agit. Il est une autre sorte de participation, qui ne semble pas participation à plusieurs, mais à laquelle l’Ecriture sainte bien comprise donne ce caractère : c'est celle qui a lieu lorsque, sans coopération effective ni même consentement positif de la volonté on se tait sur le mal qu'on voit faire, au lieu de le condamner ouvertement ; c'est ce que font bien voir plusieurs des passages que je viens de citer, et de plus ce que l’Apôtre disait aux Corinthiens ( I Cor., V, 6 ) : Vous n'avez pas demandé avec larmes qu'on ôtât

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du milieu de vous celui qui a fait cette action ; et ces autres paroles ajoutées à ces dernières : Un peu de levain suffit pour aigrir toute une masse de pâte. Soyons donc saisis de crainte, et obéissons à celui qui a dit : Purifiez-vous du vieux levain, afin que vous soyez une pâte toute nouvelle (ibid., 7). Mais si quelqu'un coopère à une action bonne en elle-même, et qu'il ignore l'intention mauvaise de celui qui fait cette action, il ne sera pas coupable de participation au mal, mais il recevra sa récompense pour ce qu'il aura fait, parce que, sans partager en rien la mauvaise disposition de l'autre, il se sera conservé lui-même dans l'amour de Dieu, comme Notre-Seigneur Jésus-Christ nous le déclare de ceux qui seront sauvés, quoique travaillant au même moulin ou couchant dans le même là avec ceux qui périront. Or, la distinction à faire entre ceux qui sont confiés à ma charge et ceux qui ne me sont pas confiés, consiste dans les soins que je dois donner aux premiers, mais non dans la participation que je pourrais apporter aux péchés, soit des uns, soit des autres. Car je ne dois un soin particulier qu’à ceux dont je me trouve spécialement chargé ; au lieu qu'il m'est défendu indistinctement à l'égard de tous de participer aux œuvres infructueuses des ténèbres. "

5. S. AUGUSTIN, Serm. XVIII de verbis Domini : " Soyez toujours séparé de cœur des méchants quand même vous pourriez, en usant de précaution, vous mêler de corps momentanément avec eux ; toutefois ne soyez pas négligent à reprendre ceux qui sont soumis à votre conduite, et n'épargne à leur égard ni les avis, ni les conseils, ni les exhortations, ni les menaces. Usez de tous vos moyens pour cela, et que les exemples que vous pouvez trouver dans l'Ecriture et dans l'histoire des saints qui ont vécu, soit avant, soit depuis Notre-Seigneur, et qui semblent prouver que les bons peuvent vivre au milieu des méchants sans en contracter de contagion, ne vous rendent pas négligent à reprendre les méchants. Pour n'être pas souillé par le contact de ces derniers, il faut deux choses : ne pas consentir au mal qu'ils font, et de plus les en reprendre, c’est-à-dire en deux mots, n'y apporter ni participation ni consentement. Il y a participation, lorsque la volonté est complice et qu'elle approuve le mal ; et c'est contre ce vice que nous prémunit l’Apôtre lorsqu'il dit : Ne participez point aux œuvres infructueuses des ténèbres, mais plutôt condamnez-les (Ephés., V, 11). Comme ce ne serait pas assez de ne pas consentir, si l'on négligeait la correction, c'est pour cela que l’Apôtre ajoute : Mais plutôt con-

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damnez-les. Voyez comme il joint ensemble ces deux devoirs : Ne participez point, mais plutôt condamnez. Que veulent dire ces mots : Ne participez point ? Cela veut dire : Ne consentez pas, ne louez pas, n'approuvez pas. Que veulent dire ces autres paroles : Mais plutôt condamnez ? Elles signifient : Reprenez, corrigez, réprimez. Vous ne devez donc ni consentir au mal en l'approuvant, ni négliger de reprendre ceux qui s'y livrent, ni cependant exercer cette correction avec orgueil, ou d'une manière insultante pour ceux qui la subissent. "
 
 

Question II

Combien compte-t-on de ces péchés dits d’autrui ?

On en compte neuf, comme il y a à peu près le même nombre de manières de commettre ces péchés eux-mêmes, savoir : par conseil, par injonction, par consentement, par provocation, par adulation ou flatterie, par réticence, par connivence ou indulgence, par participation au crime, et enfin par protection donnée au mal.
 
 

Question III

Quand est-ce qu’on participe par conseil aux péchés d’autrui ?

C'est lorsqu'on se fait l'auteur ou l'instrument d'un mauvais conseil que d'autres ensuite mettent ou pourraient mettre à exécution. Nous en trouvons un exemple dans Caïphe (JEAN, XI,

47-53), qui, par le conseil qu'il donna aux sénateurs juifs, les détermina à voter la mort de Jésus-Christ. L'exemple opposé nous est fourni par Joseph d'Arimathie, que l'Ecriture appelle bon et juste, pour n'avoir pas consenti à ce conseil et aux actes des princes des prêtres et des pharisiens, quand ceux-ci conspirèrent la mort, de Jésus-Christ. Tel fui aussi le péché de ce Démétrius qui, mû par un vil motif d'intérêt, et de concert avec les autres ouvriers, souleva presque toute la ville d'Ephèse contre saint Paul et contre la doctrine que prêchait cet apôtre. Tel fut encore le crime de l'infâme Hérodiade avec laquelle le roi Hérode vivait dans l'adultère. Car ce fut par son conseil et

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sa persuasion que sa fille la danseuse demanda et obtint la tête de saint Jean-Baptiste.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Ecclésiastique, XXVII, 28-30 : " Si un homme jette une pierre en haut, elle retombera sur sa tête ; et la blessure que fait le traitre, rouvrira les siennes propres. - Celui qui creuse une fosse y tombera ; celui qui met une pierre dans le chemin pour y faire heurter son prochain s'y heurtera, et celui qui tend un filet à un autre s'y prendra lui-même. - L'entreprise concertée avec malice retombera sur celui qui l'aura formée, sans qu'il sache d'où ce malheur lui sera venu. "

2. Ibidem, VI, 6-10 : " Ayez beaucoup d'amis qui vivent en paix avec vous, mais choisissez pour conseiller un homme entre mille. - Si vous cherchez un ami, ne le prenez qu'après l'avoir éprouvé et ne vous fiez pas sitôt à lui. - Car tel ami ne l'est que tant qu'il y trouve son avantage, et il cessera de l'être au jour de la tribulation. - Il y a tel ami qui se change en ennemi, et tel autre qui tout-à-coup manifeste sa haine, et se répand en injures et en outrages. - Tel est ami, qui ne l'est que pour la table, et qui ne le sera plus au jour de l'affliction. "

3. Ibidem, VIII, 20-22 : " Ne délibérez point au sujet de vos affaires avec des fous ; car ils ne peuvent aimer que ce qui leur plaît. - Ne traitez rien de secret devant un étranger ; car vous ne savez ce qu'il enfantera un jour. - Ne découvrez point votre cœur à toutes sortes de personnes, de peur que celui à qui vous vous fiez ne soit un faux ami, et qu'il ne médise ensuite de vous. "

4. Ibidem, XXXVII, 7-17 : " Ne prenez point conseil de celui qui vous tend un piège et cachez vos desseins à ceux qui vous portent envie. - Tout homme que l'on consulte donne son conseil ; mais il y en a qui ne regardent qu'eux-mêmes dans ce

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qu'ils conseillent. - En demandant conseil à un homme, veillez à la garde de votre âme. Sachez auparavant quels sont ses intérêts ; car il vous donnera conseil selon ce qui lui sera le plus utile. - Craignez qu'il ne plante un pieu dans votre chemin, et qu'il ne vous dise : Votre voie est bonne, pendant qu'il se tiendra à l'écart pour voir ce qui vous arrivera. Allez, consultez un homme sans religion sur les choses saintes, un homme injuste sur la justice, une femme sur une autre dont elle est jalouse, un poltron sur la guerre, un marchand sur le trafic de vos marchandises, un acheteur sur ce qui est à vendre, un envieux sur les bienfaits que vous avez reçus, un impie sur la piété, un homme sans honneur sur l'honnêteté, celui qui travaille aux champs sur tout autre travail, - un ouvrier à l'année sur ce qu'il doit faire pendant un an, et un serviteur paresseux sur l'assiduité au travail : vous ne devez point attendre de bons conseils de ces personnes sur toutes ces choses. Mais tenez-vous sans cesse auprès d'un homme saint, lorsque vous en aurez connu quelqu'un qui craigne véritablement Dieu, - dont l'âme ait du rapport avec la vôtre, et qui, lorsque vous aurez fait un faux pas dans les ténèbres, en gémisse avec vous.- Affermissez votre cœur dans la droiture d'une bonne conscience ; car vous n'aurez point de plus fidèle conseiller. "

5. JOB, V, 13 : " (Dieu) qui surprend les sages dans leur propre finesse, et qui renverse les desseins des hommes injustes. "

6. Ibid., XVIII, 5, 7-10 : " La lumière de l'impie ne s'éteindra-t-elle pas, etc.? - Avec toute sa force il ne marchera qu’à l’étroit, et ses conseils le feront tomber dans le précipice - Car il a engagé ses pieds dans les rets, et il marche au milieu des pièges. - Son pied sera pris dans ce filet, et la soif le dévorera. - Le piège qu'on lui a préparé est caché sous terre, et on lui tend un appât le long du sentier. "

7. Ibid., XII, 16-17 : " Près de lui (Dieu) sont la force et la sagesse, il connaît, et celui qui trompe, et celui qui est trompé. - Il fait tomber ceux qui donnent conseil en des pensées extravagantes, dont la fin est malheureuse, et il frappe d'étourdissement les juges. "

8. ISAIE, XIX, 11-14 : " Les princes de Tanis ont perdu le sens ; ces sages conseillers de Pharaon ont donné un conseil plein de folie. Comment osez-vous dire à Pharaon : Nous sommes les fils des sages, les descendants des anciens rois ? - Où sont maintenant ces sages, ô Pharaon ? Qu'ils vous apprennent les desseins

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du Dieu des années sur l'Egypte. - Les princes de Tanis sont dans le délire ; les princes de Memphis, dans l'abattement ; ils ont séduit l’Egypte, et perdu la force de ses peuples. - Dieu a répandu sur elle un esprit de vertige, et ses chefs ont laissé les peuples errer dans leurs œuvres comme un homme ivre qui ne va qu'en chancelant, et qui rejette ce qu'il a pris. "

9. Psaume VII, 13-14 : " Il a ouvert une fosse, et l'a creusée, mais il tombera lui-même dans son propre piège - Ses noirs projets se tourneront contre lui, et son iniquité retombera sur sa tête. "

40. Ps. IX, 14-15 : " Les nations sont tombées dans la fosse qu'elles avaient creusée - leurs pieds se sont engagés dans les lacs qu'elles avaient tendus. "

11. Proverbes, XXVI, 27 : " Celui qui creuse une fosse y tombera, et la pierre retournera contre celui qui l'aura roulée. "

12. Ecclésiaste, X, 8-9 : " Celui qui creuse une fosse y tombera, et celui qui renverse un mur en ruine sera mordu par les serpents. - Celui qui roule des pierres en sera meurtri, et celui qui fend le bois en sera blessé. "

13. JEAN, XI, 47, 49, 50, 53 : " Les princes des prêtres et les pharisiens tinrent donc -conseil, et ils disaient : Que faisons-nous ? Cet homme opère beaucoup de miracles. - Mais l'un d'eux, nommé Caïphe, qui était grand-prêtre cette année-là leur dit : Vous n'y entendez rien, - et vous ne considérez pas qu'il est de votre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple, et que toute la nation ne périsse point, etc. - Ils ne pensèrent donc plus depuis ce jour-là qu’à le faire mourir. "

14. LUC, XXIII, 50, 51-52 : " Cependant, voici qu'un sénateur, appelé Joseph, homme vertueux et juste, - qui n'avait point consenti au dessein des autres, et à ce qu'ils avaient fait, qui était d'Arimathie, ville de Judée et attendait aussi le royaume de Dieu, vint trouver Pilate, et lui demanda le corps de Jésus. "

15. Psaume I, 1 : " Heureux l'homme qui ne suit pas les conseils de l'impie, etc. "

16. Genèse, XLIX, 5-6 : " Siméon et Lévi tous les deux frères ; la fraude les a faits des instruments de violence. - Mon âme n'est point entrée dans leurs conseils, mon cœur ne s'est point uni à leur troupe, quand dans leur fureur ils ont tué des hommes, quand dans leur vengeance ils ont renversé une ville. "

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17. JOB, XXI, 46 : " N'ont-ils pas les biens en leur puissance ? Néanmoins, que le conseil de ces pervers soit loin de moi. "

18. JEAN, XI, 33 : " Ils ne pensèrent plus depuis ce jour-là qu’à le faire mourir. "

19. MATTHIEU, XXVI, 3-4 : " En ce même temps, les princes des prêtres et les anciens du peuple s'assemblèrent dans la salle du grand-prêtre, appelé Caïphe - et tinrent conseil ensemble pour se saisir de Jésus par ruse et le faire mourir. "

20. Actes, XIX, 24, 26, 28, 29 : " Un orfèvre nommé Démétrius qui faisait en argent de petits temples de Diane, donnait par-là beaucoup à gagner aux ouvriers de sa profession. - Les ayant donc assemblés avec d'autres qui travaillaient aux mêmes ouvrages il leur dit : Mes amis, vous savez que c'est de ce genre d'ouvrages que vient notre gain ; - cependant vous voyez vous-mêmes, etc. - Ayant entendu ces choses, ils furent transportés de colère, et s'écrièrent : La grande Diane des Ephésiens ! - Et toute la ville fut aussitôt remplie de confusion ; et ces gens-là coururent en foule au théâtre, etc. "

21. II Rois, X, 2, 3, 4, 6, 7, 18, 19 : " Alors David dit : Je veux témoigne ma bienveillance à Hanon, fils de Haas, comme son père m'a témoigné la sienne. Il lui envoya donc des ambassadeurs, pour le consoler de la mort de son père. Mais lorsqu'ils furent arrivés sur les terres des enfants d'Ammon, - les plus puissants du pays dirent à Hanon, leur maître : Croyez-vous que ce soit pour honorer votre père et pour vous consoler, que David vous a envoyé ici des ambassadeurs, et ne voyez-vous pas qu'il l'a fait pour reconnaître l'état de la ville, et pour la détruire ? - C'est pourquoi Hanon fit saisir les serviteurs de David, leur rasa la moitié de la barbe, et coupa la moitié de leurs vêtement jusqu'au haut des cuisses, et puis les renvoya. Or les Ammonites, voyant qu'ils avaient offensé David, envoyèrent une députation aux Syriens de Rohob et de Soba, et levèrent chez ces peuples, à leurs propres dépens, vingt mille hommes de pied ; ils prirent aussi mille hommes du roi de Maacha et douze milles d'Istob. - David en ayant été averti, envoya Joab avec toutes ses troupes. . . . . - Israël les mit en fuite, et David leur enleva sept cents chariots et leur tua quarante mille cavaliers, et il fit à Sobach, général de l'armée ennemie, une telle blessure, que celui-ci en mourut sur-le-champ. - Tous les rois qui étaient venus au secours d'Adarezer, se voyant vaincus par les Israélites, furent saisis de frayeur et s'enfuirent

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devant eux avec cinquante-huit mille hommes. Ils firent ensuite la paix avec les Israélites et leur restèrent soumis ; et depuis ce temps-là, les Syriens n'osèrent plus donner des secours aux enfants d'Ammon. "

22. II Samuel, XVI, 20-23 : " Absalom dit alors à Achitophel : Délibérez sur ce que nous avons à faire. - Achitophel dit à Absalom : - Entrez chez les femmes de votre père qu'il a laissées pour garder son palais, afin que, lorsque tout Israël saura que vous aurez déshonoré votre père, il s'attache plus fortement à vous. - On dressa donc une tente pour Absalom sur la terrasse du palais, et il abusa des femmes de son père devant tout Israël. - Or, les conseils que donnait Achitophel étaient regardés en ces jours-là comme les conseils de Dieu ; on les considéra toujours ainsi, et du temps qu'il était avec David, et quand il fut avec Absalom. "

23. II Samuel, XXVII, 1-8, 14-23 : " Achitophel dit donc à Absalom : Si vous l'avez pour agréable je m'en vais prendre avec moi douze mille hommes d'élite et me mettre à la poursuite de David dès cette nuit ; - et fondant sur lui et sur ses gens qui sont tout harassés et hors de défense, je les battrai sans peine, tout le monde fuira, et le roi se trouvant seul, je m'en déferai ; - et je ramènerai tout le peuple comme si ce n'était qu'un seul homme, car vous n'en voulez qu'à un seul, et après cela, tout sera en paix. - Cet avis plut à Absalom et à tous les anciens d'Israël. - Absalom dit néanmoins : Faites venir Chusaï d'Arach, afin que nous sachions aussi son avis. - Chusaï étant venu devant Absalom, Absalom lui dit : Voici le conseil qu’Achitophel vient de nous donner ; devons-nous le suivre ? Que nous conseillez-vous ? Chusaï répondit à Absalom : - Cette fois, le conseil qu'a donné Achitophel n'est pas bon. - Vous n'ignorez pas, ajouta-t-il, quelle est la valeur de votre père. . . - Alors Absalom et tous les principaux d'Israël dirent : L'avis de Chusaï d'Arach est meilleur que celui d'Achitophel. Or, ce fut par la volonté du Seigneur, que le conseil d'Achitophel, qui était utile, fut ainsi rejeté, afin que le Seigneur fît peser la ruine sur Absalom. - Alors Chusaï dit aux grands-prêtres Sadoc et Abiathar : Voici l'avis qu’Achitophel a donné à Absalom et aux enfants d'Israël et voici celui que je lui ai donné. - Envoyez donc en diligence quelque exprès à David pour lui en donner nouvelle, et faites-lui dire qu'il ne demeure point cette nuit dans les plaines du désert, mais qu'il passe au plus tôt le

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Jourdain, de peur qu'il ne périsse, lui et tous ses gens. - Jonathas et Achimaas étaient près de la fontaine de Rogel, n'osant se montrer ni entrer dans la ville ; mais une servante vint les trouver, et les avertir de tout cela. Ils partirent en même temps, pour porter ce message au roi David. - Il arriva néanmoins qu'un enfant les vit, et en donna avis à Absalom. Mais hâtant le pas, ils entrèrent chez un homme de Bahurim, qui avait un puits à l'entrée de sa maison, et ils y descendirent. - Et la femme de cet homme étendit une couverture sur la bouche du puits, comme pour faire sécher de l'orge mondé. Ainsi la chose demeura cachée. - Et quand les gens d’Absalom furent venus dans cette maison, ils dirent à la femme : Où sont Achimaas et Jonathas ? Elle leur répondit : Ils ont pris un peu d'eau, et s'en sont allés. Ainsi ceux qui les cherchaient ne les ayant point trouvés, s'en revinrent à Jérusalem. - Après qu'ils s'en furent retournés, Achimaas et Jonathas sortirent du puits, continuèrent leur chemin, et vinrent dire à David : Décampez et passez le fleuve au plus tôt, parce qu’Achitophel a donné tel conseil contre vous. - David se mit donc aussitôt en marche avec toute sa troupe, et ils passèrent le Jourdain avant la pointe du jour, en sorte qu'il n'en resta pas un seul en-deçà du fleuve. - Achitophel, voyant que son conseil n'avait point été suivi, fit seller son âne, s'en alla à la maison qu'il avait en sa ville, et après avoir mis ordre à toutes ses affaires, il se pendit. "

24. I Rois, XII, 12-19 : " Jéroboam vint donc avec tout le peuple trouver Roboam le troisième jour, - de même que Roboam leur avait dit : Revenez me trouver dans trois jours. - Et le roi répondit durement au peuple, et abandonnant le conseil que les vieillards lui avaient donné, - il leur parla selon que les jeunes gens lui avaient conseillé de le faire, et leur dit : Mon père vous a impose un joug pesant, mais moi je le rendrai encore plus pesant ; mon père vous a châtiés avec des verges, mais moi je vous châtierai avec des verges de fer. - Et le roi ne se rendit point à la volonté du peuple, parce que le Seigneur s'était détourné de lui dans sa colère, pour mettre à effet la parole qu'il avait dite à Jéroboam, fils de Nabath, par Ahias Silonite. - Le peuple voyant donc que le roi n'avait point voulu lés écouter, commença à dire : Qu'avons-nous de commun avec David ? Quel héritage avons-nous à partager avec le fils d'Isaï ? Israël, retire-toi dans tes tentes ; et toi, David, pourvois maintenant à ta maison. Et Israël se retira dans ses tentes. - Cependant Roboam

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continua de régner sur tous les enfants d'Israël qui demeuraient dans les villes de Juda. - Le roi Roboam envoya ensuite Aduram, qui avait la surintendance des tribus ; mais tout le peuple le lapida, et il mourut. Le roi Roboam monta aussitôt sur son char, et s'enfuit à Jérusalem. - Et Israël se sépara de la maison de David, et il en est resté séparé jusqu’à ce jour. "

23. I Rois, XXI, 25-26 : " Achab n'eut donc point son semblable en méchanceté, vendu qu'il était pour faire le mal aux yeux du Seigneur : car il y était encore excité par Jézabel sa femme. - Et il devint tellement abominable, qu'il adorait les idoles des Amorrhéens que le Seigneur avait exterminé à l'entrée des enfants d'Israël. "

26. II Chroniques, XXII, 2-5 : " Il (Ochosias) avait [quarante-deux] ans quand il commença à régner et il ne régna qu'un an à Jérusalem. - Sa mère se nommait Athalie, petite-fille d'Amri. - Ce prince suivit aussi les voies de la maison d'Achab : car sa mère le porta à l'impiété. - Il fit donc le mal en présence du Seigneur, comme la maison d'Achab où il choisit ses conseillers après la mort de son père, et ce fut là la cause de sa perte. - Il se conduisit selon leurs conseils, et il alla à Ramoth de Galaad avec Joram fils d'Achab, roi d'Israël, faire la guerre à Hazaël roi de Syrie. "

27. II Chroniques, XXV, 14-18, 19-24 : " Et Amasias, après avoir frappé du glaive les Iduméens et avoir emporté les dieux des enfants de Séïr, en fit ses propres dieux, les adora et leur offrit de l'encens. - Cette action irrita le Seigneur contre Amasias, et il lui envoya un prophète lui dire : Pourquoi avez-vous adoré des dieux qui n'ont pu délivrer leur peuple de vos mains ? - Le prophète ayant ainsi parlé, Amasias répondit : Est- ce à vous à donner conseil au roi ? Taisez-vous, de peur qu'il ne vous en coûte la vie. Alors le prophète se retira en lui disant : Je sais que Dieu a résolu de vous perdre, parce que vous avez commis un si grand crime, et que, de plus, vous n'avez pas voulu vous rendre à mes avis. - Amasias, roi de Juda, prit donc une funeste résolution, et envoya des ambassadeurs à Joas fils de Joachas, fils de Jéhu, roi d'Israël et lui fit dire : Venez, et voyons-nous l'un l'autre. Sur quoi Joas lui fit cette réponse par ses ambassadeurs : Le chardon qui est sur le mont Liban, envoya vers le cèdre du Liban, et lui dit : Donnez votre fille en mariage à mon fils. Et voilà que les animaux de la forêt du Liban passèrent et foulèrent aux pieds le chardon. - Vous avez

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dit : J'ai défait Edom ; et votre cœur s'est enflé d'orgueil de ce succès. - Demeurez en paix chez vous : pourquoi cherchez-vous votre malheur pour périr, vous et tout Juda avec vous ? - Amasias ne voulut point l'écouter, parce que la volonté du Seigneur était de le livrer entre les mains de ses ennemis, à cause des dieux d'Edom. - Joas, roi d'Israël, s'avança donc, et les deux armées se mirent en présence. Amasias, roi de Juda, était campé à Bethsamès, en Juda. - Et Juda plia devant Israël, et s'enfuit dans ses tentes. - Or Joas, roi d'Israël, prit Amasias, roi de Juda, fils de Joas, fils de Joachas, à Bethsamès, et l'emmena à Jérusalem ; et il fit abattre quatre cents coudée des murailles de cette ville, depuis la porte d'Ephraïm jusqu’à la porte de l'Angle. - Il emporta même à Samarie tout l'or et l'argent, et tous les vases qu'il trouva dans la maison de Dieu, chez les descendants d’Obédédom, et dans les trésors du palais royal. - Il emmena aussi à Samarie les fils de ceux qui étaient en otage. "

28. Esdras, IV, 4-5 : " Ainsi tout le peuple du pays arrêtait autant qu'il le pouvait les travaux du peuple de Juda, et l'inquiétait pendant qu'il bâtissait. - Ils gagnèrent aussi par argent des ministres du roi, pour renverser le dessein du peuple de Juda pendant tout le règne de Cyrus, roi des Perses, et jusqu'au règne de Darius, roi des Perses. "

29. Esther, V, 10-14 : " Et dissimulant sa colère, il retourna chez lui et fit assembler ses amis, avec sa femme Zarès. - Et après leur avoir représenté quelle était la grandeur de ses richesses, le grand nombre de ses enfants, et cette haute gloire où le roi l'avait élevé au-dessus de tous les grands de sa cour et de tous ses officiers, - il ajouta : La reine Esther n'en a point aussi invité d'autres que moi pour être du festin qu'elle a fait au roi, et je dois encore demain dîner chez elle avec le roi. - Mais, malgré tout cela, je croirai ne rien avoir, tant que je verrai le juif Mardochée assis devant la porte du palais du roi. - Zarès sa femme et tous ses amis lui répondirent : Commandez qu'on dresse une potence fort élevée qui ait cinquante coudées de haut, et dites au roi qu'il y fasse pendre Mardochée, et vous irez ainsi plein de joie au festin avec le roi. - Ce conseil lui plut, et il commanda qu'on préparât cette haute potence. "

30. Esther, VII, 9-10 : " Alors Harbona, l'un des eunuques qui servaient d'ordinaire le roi, lui dit : Il y a une potence de cinquante coudées de haut dans la maison d'Aman, préparé par

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ses ordres pour Mardochée celui-là même qui a donné un avis très-salutaire au roi. Le roi dit : Qu'Aman y soit attaché. - Aman fut donc pendu à la potence qu'il avait préparée pour Mardochée et la colère du roi s'apaisa. "

31. DANIEL, VI, 5, 12, 16, 23, 24 : " Ils dirent donc entre eux : Nous ne trouverons point d'occasion d'accuser Daniel, si nous ne la faisons naître de la loi de son Dieu. - Alors les princes et les satrapes surprirent le roi en cette manière et lui dirent : O roi ! vivez éternellement. - Tous les princes de votre royaume, les principaux officiers, les sénateurs, les juges, sont d'avis qu'il soit porté par votre autorité souveraine un édit qui ordonne que tout homme qui, d'ici à trente jours, demandera quoi que ce soit, à quelque dieu ou à quelque homme que ce puisse être, sinon à vous seul, ô roi, sera jeté dans la fosse aux lions. - Confirmez donc maintenant, ô roi, cet avis, et faites publier le décret, afin qu'il demeure stable, comme ayant été établi par les Mèdes et par les Perses, sans qu'il soit permis à personne de le violer. - Le roi Darius fit donc publier cet édit et cette défense. - Lorsque Daniel eut appris que cette loi avait été portée, il entra dans sa maison, et ouvrant les fenêtres de sa chambre du côté de Jérusalem, il fléchissait les genoux chaque jour à trois heures différentes, adorait son Dieu et lui rendait ses actions de grâces. - Ces hommes donc, qui épiaient soigneusement sa conduite, le trouvèrent qui priait et adorait son Dieu. - Et ils vinrent aussitôt trouver le roi pour lui représenter son édit et lui dirent : O roi, n'avez-vous pas ordonné, etc. - Alors Daniel fut emmené par le commandement du roi, et ils le jetèrent dans la fosse aux lions. . . . . Alors le roi fut transporté de joie, et il commanda qu'on fit sortir Daniel de la fosse aux lions, et quand il en eut été tiré, on ne trouva sur son corps aucune blessure, parce qu'il s'était confié en son Dieu. - En même temps, le roi commanda qu'on fît venir ceux qui avaient accusé Daniel, et ils furent jetés dans la fosse aux lions avec leurs femmes et leurs enfants, et ils n'étaient pas encore au bas de la fosse, que les lions les saisirent et brisèrent leurs os. "

32. I Machabées I, 12-16 : " En ce temps-là, il sortit d'Israël des enfants d'iniquité qui donnèrent ce conseil à plusieurs : Allons, et faisons alliance avec les nations qui nous environnent, parce que, depuis que nous nous sommes séparés d'elles, une multitude de maux sont tombés sur nous. - Et ce conseil parut bon à leurs yeux. - Quelques-uns d'entre le

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peuple furent donc choisis pour aller trouver le roi, et Antiochus leur accorda l'autorisation de vivre selon les coutumes des gentils. - Et ils bâtirent dans Jérusalem un gymnase à la manière des nations. Ils cachèrent dans leurs personnes les marques de la circoncision ; ils se séparèrent de l'alliance sainte, et ils s'unirent aux nations, et se vendirent pour faire le mal. "

33. II Machabées, I, 11-17 : " Nous que Dieu a délivrés de très-grands périls, nous lui rendons aussi de très-grandes actions de grâces, pour la force qu'il nous a donnée de combattre contre un tel roi. - Car c'est lui qui a fait sortir de Perse cette multitude qui combattit contre nous et contre la ville sainte. - Mais ce chef de nos ennemis, étant lui-même en Perse avec une armée innombrable, a péri dans le temple de Nanée, trompé par le conseil perfide des prêtres de cette idole. - Car Antiochus étant venu avec ses amis au temple de cette déesse pour l'épouser et pour y recevoir de grandes sommes d'argent à titre de dot, - les prêtres de Nanée lui montrèrent tout cet argent, et après qu’Antiochus fut entré dans le temple avec une faible escorte, ils le refermèrent sur lui ; - et ouvrant une porte secrète qui donnait dans le temple, ils l'assommèrent à coups de pierres, lui et ceux qui l'accompagnaient, et mettant leurs corps en pièces, ils leur coupèrent la tête, et les jetèrent dehors. - Que Dieu soit béni en toutes choses, lui qui a livré ainsi les impies. "

34. Ibidem, IV, 52-30 : " Ménélaüs, croyant que cette occasion lui était favorable, déroba du temple quelques vases d'or, et en donna une partie à Andronique, après avoir vendu les autres dans Tyr et dans les villes voisines. - Onias l'ayant su, adressa des reproches à Ménélaüs d'Antioche, où il était dans un lieu sûr près de Daphné. C'est pourquoi Ménélaüs alla trouver Andronique, et le pria de tuer Onias. Andronique étant donc venu au lieu où était Onias, et lui ayant donné la main droite avec serment de ne point lui faire de mal, Onias, quoiqu'il le tint pour suspect, sortit de l'asile où il était et Andronique le tua aussitôt, au mépris de toute justice. Aussi non-seulement les Juifs, mais même les autres nations en furent indignées, et elles ne pouvaient supporter l'iniquité de la mort d'un si grand homme. - C'est pourquoi, le roi étant revenu de Cilicie, les Juifs et les Grecs à la fois allèrent le trouver à Antioche, et lui firent leurs plaintes de ce meurtre si injuste d'Onias. - Antiochus fut contristé de cette mort au fond de son cœur et touché de compassion, il répandit des larmes, en se souvenant de la

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sagesse et de la modération d'Onias. - Et plein de colère contre Andronique, il commanda que, dépouillé de la pourpre, il fût conduit à travers toute la ville, et que cet homme pervers fut tué au même lieu ou il avait commis cette impiété contre Onias, le Seigneur rendant ainsi à ce misérable la punition qu'il avait méritée. - Or, Lysimaque ayant commis plusieurs sacrilèges dans le temple par le conseil de Ménélaüs et le bruit s'en étant répandu lorsqu'il en avait déjà emporté une grande quantité d'or, le peuple s'assembla contre Lysimaque. - Comme ceux de la ville se soulevaient, et se montraient animés d'une grande colère, Lysimaque arma environ trois mille hommes, qu'il mit sous les ordres d'un certain Tyran, homme avancé en âge et consommé en malice, et commença à employer la violence. - Mais quand le peuple vit que Lysimaque recourait à ces moyens, les uns prirent des pierres, les autres de gros bâtons, et quelques-uns jetèrent de la cendre contre lui. - Il y eut beaucoup de ses gens blessés, quelques-uns tués, et tous furent mis en fuite, et le sacrilège lui-même fut tué près du trésor. - On commença aussitôt à accuser Ménélaüs de tous ces désordres. - Et le roi étant venu à Tyr, trois députés envoyés par les anciens de la ville vinrent se plaindre à lui. - Ménélaüs, voyant qu'il succombait sous cette accusation, promit à Ptolémée une grande somme d'argent, s'il voulait parler au roi en sa faveur. - C'est pourquoi Ptolémée alla parler au roi, qu'il trouva retiré dans un vestibule comme pour prendre le frais, et lui fit changer sa résolution. - Et ce prince déclara Ménélaüs innocent, quelque coupable qu'il fût de toutes sortes de crimes, et condamna en même temps à la mort ces pauvres députés qui auraient été jugés innocents par des Scythes mêmes, s'ils avaient plaidé leur cause devant ces barbares. - Ainsi furent punis d'une manière inique ceux qui avaient soutenu les intérêts de la ville et du peuple, et le respect dû aux vases sacrés. - C'est pourquoi les Tyriens mêmes, touchés d'indignation, se montrèrent fort généreux pour leur sépulture. - Cependant Ménélaüs conservait l'autorité, à cause de l'avarice de ceux qui étaient puissants auprès du roi, et il croissait en malice, ne s'occupant qu’à tendre des pièges à ses concitoyens. "

35. Actes, XIV, 18 : " Il survint alors quelques Juifs d'Antioche et d'Icône, qui gagnèrent le peuple, et ayant lapidé Paul, ils l’entraînèrent hors de la ville, persuadés qu'il était mort. "

36. MARC, VI, 23-28 : " Je vous donnerai tout ce que vous

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me demanderez, quand ce serait la moitié de mon royaume. - Elle, étant sortie, dit à sa mère : Que demanderai-je ? Sa mère lui répondit : La tête de Jean-Baptiste. - Et étant rentrée aussitôt en grande hâte là où était le roi, elle lui fit sa demande, en disant : Je demande que vous me donniez à l'instant même dans un bassin, la tête de Jean-Baptiste. - Le roi en fut contristé ; cependant, à cause du serment qu'il avait fait, et de ceux qui étaient à table avec lui, il ne voulut pas la refuser. - Et ayant envoyé un de ses gardes, il commanda qu'on apportât la tête de Jean dans un bassin. Et le garde coupa la tête à Jean dans la prison. - Et il l'apporta dans un bassin, et la donna à la jeune fille, et la fille la remit à sa mère. "

37. MATTHIEU, XIV, 8 : " Or celle-ci, instruite auparavant par sa mère, lui dit : Donnez-moi, à l'instant même, dans un bassin, la tête de Jean-Baptiste, etc. "
 
 

Question IV

Quand est-ce qu’on participe par injonction aux péchés d’autrui ?

On participe par injonction aux péchés d'autrui, lorsqu'une injustice se commet, ou qu'un mal quelconque se fait en conséquence d'un ordre qu'on a donné de le faire. C'est ainsi que le roi David fut cause de la mort du vertueux Urie, non qu'il ait trempé ses mains ou celles de ses officiers dans son sang, mais parce que les lettres qu'il envoya à son sujet devaient avoir pour effet, comme elles avaient pour but, de le faire périr au milieu du combat. De même Pilate, ce gouverneur de la Judée pour les Romains, se rendit coupable de la mort de Jésus-Christ, parce que, pour complaire aux Juifs, il employa son autorité quoique en quelque sorte malgré lui, à le faire mettre en croix. De même encore Pharaon, et plus tard Hérode, se rendirent coupables de crimes énormes en ordonnant par des lois tyranniques le meurtre des enfants des Hébreux. Or, malheur à ceux qui font des lois injustes.

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TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. II Rois, XXII, 16-19 : " Le roi Saül lui dit : Vous allez mourir, Achimélech, vous et toute la maison de votre père. - Il dit ensuite aux archers qui l'environnaient: Tournez-vous contre les prêtres du Seigneur, et mettez-les à mort ; car ils sont d'intelligence avec David : ils savaient bien qu'ils s'enfuyaient, et ils ne me l'ont pas dit. Mais les officiers du roi ne voulurent point porter leurs mains sur les prêtres du Seigneur. - Alors le roi dit à Doëg : Vous, allez, et jetez-vous sur ces prêtres. Et Doëg l'Iduméen alla, et se jeta sur eux, et mit à mort en ce jour-là quatre-vingt-cinq hommes vêtus de l'éphod de lin. - Il alla ensuite à Nobé qui était la ville des prêtres et fit passer au fil de l'épée les hommes et les femmes, et les enfants, et ceux qui étaient encore à la mamelle, et les bœufs et les ânes et les brebis. "

2. Judith, II, 1-6 : " Dans la treizième année du règne de Nabuchodonosor, le vingt-deuxième jour du premier mois, on tint conseil dans le palais de Nabuchodonosor, roi des Assyriens, sur le dessein qu'il avait de se venger. - Il appela les plus anciens, tous ses généraux et ses officiers de guerre, et leur communiqua le secret de son dessein. - Il leur dit que sa pensée était d'assujettir toute la terre à son empire. - Et comme cette parole plut à tous, le roi Nabuchodonosor fit venir Holopherne, général de ses troupes, - et lui dit : Allez faire la guerre à tous les royaumes d'occident, et surtout à ceux qui ont méprisé mon empire. - Votre œil n'épargnera aucun royaume, et vous me soumettrez toutes les villes fortifiées. "

3. Esther, III, 8-15 : " Alors Aman dit au roi Assuérus : Il est un peuple dispersé dans toutes les provinces de votre royaume, divisé en lui-même, soumis à de nouvelles lois et à des cérémonies nouvelles, et qui méprise les ordonnances du roi ; et vous savez très-bien qu'il est de l'intérêt de votre royaume que la licence ne le rende pas plus insolent. - Ordonnez donc, s'il vous plaît, que ce peuple périsse et je payerai aux trésoriers de votre épargne dix mille talents. - Alors le roi tira de son doigt l'anneau dont il se servait, et le donna à Aman, fils d’Amadath, de la race d'Agag, ennemi des Juifs, - et lui dit : Gardez pour vous l'argent que vous m'offrez, et pour ce qui est de ce peuple, faites-en ce que vous voudrez. - Au premier mois appelé Nisan, le troisième jour du même mois, on fit venir les secrétaires du

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roi, et l'on écrivit des lettres au nom du roi Assuérus, ainsi qu’Aman l'avait ordonné, à tous les satrapes du roi, aux juges des provinces et des diverses nations, en autant de langues différentes qu'il était nécessaire pour qu'elles pussent être lues et entendues de chaque peuple : et les lettres furent scellées de l'anneau du roi, - et envoyées par les courriers du roi dans toutes les provinces, afin qu'on tuât et qu'on exterminât tous les Juifs, depuis l'enfant jusqu'au vieillard, et jusqu'aux femmes et aux plus petits enfants, en un seul jour, c'est-à-dire le treizième jour du douzième mois appelé Adar, et qu'on pillât tous leurs biens. - Et ces lettres enjoignaient aux provinces de se préparer pour ce même jour. - Les courriers envoyés par le roi allaient en grande hâte de tous côtés, pour exécuter ses ordres. Aussitôt cet édit fut affiché dans Suze, dans le même temps que le roi et Amant faisaient festin ; et tous les Juifs qui étaient dans la ville fondaient en larmes. "

4. DANIEL, III, 4-8 : " Et un héraut criait à haute voix : Peuples, tribus, et gens de toute langue, on vous ordonne, - qu'au moment où vous entendrez le son de la trompette, de la flûte de la harpe, du hautbois, de la lyre, et des concerts de toutes sortes de musiciens, vous vous prosterniez en terre, et que vous adoriez la statue d'or qu'a dressée le roi Nabuchodonosor. - Si quelqu'un ne se prosterne, et n'adore pas cette statue, il sera jeté sur l'heure au milieu des flammes de la fournaise ardente. - Aussitôt donc que tous les peuples eurent entendu le son de la trompette, de la flûte de la harpe, du hautbois, de la lyre, et des concerts de toutes sortes de musiciens, tous les hommes, de quelque nation, de quelque tribu, et de quelque langue qu'ils fussent, adorèrent la statue d'or qu'avait dressée Nabuchodonosor. - Aussitôt, et dans le même moment, les Chaldéens s'approchèrent et accusèrent es Juifs. "

5. DANIEL, VI, 11-16 : " Ces hommes donc, qui épiaient avec grand soin toutes les actions de Daniel, le trouvèrent qui priait et adorait son Dieu. - Et ils vinrent aussitôt trouver le roi pour lui représenter son édit, et lui dirent : O Roi ! n'avez-vous pas ordonné que, pendant l'espace de trente jours, tout homme qui ferait quelque prière à quelqu'un des dieux ou des hommes, sinon vous seul, ô Roi ! serait jeté dans la fosse des lions ? Le roi leur répondit : Ce que vous dites est vrai, et c'est une ordonnance des Perses et des Mèdes qu'il n'est permis à personne de violer. - Alors ils dirent au roi : Daniel, un des

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captifs d'entre les enfants de Juda, sans avoir égard à votre loi, ni à l'édit que vous avez porté, prie son Dieu chaque jour à trois heures différentes. - Quand le roi eut entendu cette parole, il fut extrêmement affligé ; il prit en lui-même la résolution de délivrer Daniel, et, jusqu'au coucher du soleil, il fit ce qu'il put pour le sauver. - Mais ces hommes, voyant bien quelle était l'intention du roi, lui dirent : O Roi! sachez que c'est une loi des Mèdes et des Perses, qu'il n'est permis de rien changer à tous les édits que le roi a portés. - Alors Daniel fut emmené par le commandement du roi, et ils le jetèrent dans la fosse aux lions ; et le roi dit à Daniel : Votre Dieu que vous adorez toujours vous délivrera. "

6. I Machabées, I, 43-67 : " Alors le roi Antiochus écrivit des lettres à tout son royaume, afin que tous les peuples n'en fissent plus qu'un, et que chaque peuple abandonnât sa loi particulière. - Toutes les nations obéirent à cette ordonnance du roi Antiochus. - Et plusieurs des Israélites consentirent à cette servitude qu'il leur imposait ; ils sacrifièrent aux idoles, et violèrent le sabbat. - Et le roi envoya des lettres par des exprès à Jérusalem et à toutes les villes de Juda, afin que partout on suivît les lois des nations de la terre, - et pour empêcher que les holocaustes, les sacrifices et les oblations pour l'expiation du péché ne fussent offerts dans le temple de Dieu, - et qu'on n'observât le sabbat et les fêtes solennelles. - Et il commanda qu'on souillât les lieux saints et le peuple saint d'Israël,- qu'on bâtit des autels et des temples, qu'on dressât des idoles, qu'on fit des sacrifices de pourceaux et d'autres bêtes immondes ; - qu'ils laissassent leurs enfants mâles incirconcis, et qu'ils souillassent leurs âmes par toute sorte de viandes impures et d'abominations, en sorte qu'ils oubliassent la loi de Dieu, et qu'ils fissent le contraire de toutes ses ordonnances ; - et que si qui que ce fût n'obéissait à cet ordre du roi Antiochus, il fût aussitôt puni de mort. - Il écrivit en ces mêmes termes dans tout son royaume, et il établit des officiers pour contraindre le peuple d'obéir à cet édit. - Ils commandèrent donc aux villes de Juda de sacrifier. - Et plusieurs du peuple vinrent se joindre à ceux qui avaient abandonné la loi du Seigneur, et ils firent beaucoup de mal dans le pays. Ils contraignirent le peuple d'Israël de s'enfuir dans des lieux écartés et de chercher des retraites où ils pussent se cacher dans leur fuite. - Le quinzième jour du mois de Casleu, en la cent quarante-cinquième année, le roi Antiochus dressa l'abomi-

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nable idole de désolation (la statue de Jupiter Olympien) sur l'autel de Dieu, et on bâtit des autels de tous côtés dans toutes les villes de Juda. - Et ils brûlaient de l'encens, et ils sacrifiaient devant les portes des maisons et au milieu des rues. - Ils déchirèrent les livres de la loi de Dieu, et les jetèrent au feu. - Et si l'on trouvait chez quelqu'un des livres de l'alliance du Seigneur, ou que quelqu'un observât sa loi, il était tué aussitôt, selon l'édit du roi. - C'est ainsi qu'ils traitaient avec violence tout le peuple d'Israël qui s'assemblait chaque mois dans toutes les villes. Et le vingt-cinquième de chaque mois, ils sacrifiaient sur l'autel qui était placé vis-à-vis de l'autel de Dieu. Les femmes qui avaient circoncis leurs enfants étaient mises à mort, selon le commandement du roi Antiochus. - Ils pendaient les enfants au cou de leurs mères dans toutes les maisons où ils pouvaient les trouver, et ils tuaient ceux qui les avaient circoncis. - Alors plusieurs du peuple d'Israël résolurent en eux-mêmes de ne rien manger de ce qui serait impur, et ils aimèrent mieux mourir, que de se souiller par des viandes impures. Ils ne voulurent point violer la loi sainte de Dieu, et ils furent tués. - Et une grande colère tomba alors sur le peuple. "

7. Livre II des Machabées, VI, 1-9 : " Peu de temps après, le roi envoya un certain vieillard d'Antioche pour forcer les Juifs à abandonner les lois de Dieu et de leur pays, pour profaner le temple de Jérusalem en le consacrant à Jupiter Olympien, et pour donner au temple de Garizim le nom de temple de Jupiter Hospitalier, à cause de la qualité d'étranger des habitants de ce lieu. - Ainsi se répandit tout d'un coup sur tout le peuple comme un déluge terrible de maux. - Car le temple était rempli de dissolutions et de festins des gentils, d'hommes impudiques mêlés avec des courtisanes, et de femmes qui entraient insolemment dans ces lieux sacrés, y portant des choses qu'il était défendu d'y porter. - L'autel était plein de viandes impures et interdites par nos lois. - On ne gardait point les jours de sabbat, on n'observait plus les fêtes solennelles du pays, et nul n'osait plus même avouer qu'il était juif. - Ils étaient obligés sous peine de mort, de se rendre aux sacrifices profanes le jour de la naissance du roi ; et lorsqu'on célébrait la fête de Bacchus, on les faisait aller par les rues couronnés de lierre en l'honneur de ce faux dieu. - Les Ptoléméens suggérèrent aussi et furent cause qu'on publiât un édit dans les villes voisines des gentils, pour les obliger d'agir de la même sorte contre les Juifs,

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et de les contraindre à sacrifier, - ou de tuer ceux qui ne voudraient point embrasser les coutumes des gentils : ainsi on ne voyait partout qu'affliction. "

8. MARC, VI, 27 : " Hérode ayant envoyé un de ses gardes, commanda qu'on apportât la tête de Jean-Baptiste dans un bassin. Et le garde coupa la tête à Jean dans la prison. "

9. Actes, XXIII, 2-3 : " En même temps Ananie, grand-prêtre commanda à ceux qui étaient près de lui de frapper Paul au visage. - Alors Paul lui dit, etc. "

10. II Samuel, XI, 14-17 : " Le lendemain matin David envoya à Joab, par Urie même une lettre conçu en ces termes : - Mettez Urie à la tête d'un bataillon, à l'endroit où le combat sera le plus rude, et faites en sorte qu'il soit abandonné et qu'il y périsse. - Joab continuant donc le siège de la ville, mit Urie vis-à-vis du lieu où il savait qu'étaient les plus vaillants hommes. - Les ennemis ayant fait une sortie, chargèrent Joab, et tuèrent quelques-uns des gens de David, entre lesquels Urie Héthéen demeura mort sur la place. "

11. JEAN, XIX, 16 : " Alors il leur livra Jésus pour être crucifié. "

12. LUC, XXIII, 23 : " Ainsi il accorda à leur demande la délivrance de celui qui avait été mis en prison pour crime de sédition et de meurtre, et il abandonna Jésus leur volonté. "

13. Exode, I, 15-17, 22 : " Le roi d'Egypte parla aux sages-femmes des Hébreux, dont l'une se nommait Séphora, et l'autre Phua, - et leur fit ce commandement : Quand vous recevrez les enfants des femmes des Hébreux au moment de l'enfantement, si c'est un enfant mâle, tuez-le ; si c'est une fille, laissez-la vivre. - Mais les sages-femmes furent touchées de la crainte de Dieu, etc. - Alors Pharaon fit ce commandement à tout son peuple : Jetez dans le fleuve tous les enfants mâles qui naîtront et ne préservez que les filles. "

14. MATTHIEU, II, 16 : " Alors Hérode, voyant, qu'il avait été joué par les mages, entra dans une grande colère, et envoya tuer tous les enfants âgés de deux ans et au-dessous, qui étaient dans Bethléem et dans tout le pays d'alentour, selon le temps qui lui avait été indiqué par les mages. "

15. ISAIE, X, 1-4 : " Malheur à ceux qui établissent des lois d'iniquité, et qui font des ordonnances injustes, - pour faire succomber les œuvres dans les jugements, pour opprimer par la violence les plus faibles de mon peuple, pour dévorer la veuve

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comme leur proie, et pour mettre au pillage le bien des orphelins ! - Que ferez-vous au jour où Dieu vous visitera, au jour des calamités venues des régions lointaines ? A qui aurez-vous recours ? A qui recommanderez-vous le soin de votre gloire, - pour n'être point accablés sous le poids des chaînes, pour ne pas tomber parmi un monceau de corps morts ? - Après tous ces maux, la colère du Seigneur n'est point encore apaisée et son bras est toujours levé. "

16. MATTHIEU, XV, 3-6 : " Mais Jésus leur répondit : Pourquoi vous-mêmes violez-vous le commandement de Dieu pour votre tradition ? Car Dieu a dit : - Honorez votre père et votre mère, et : Que celui qui dira des paroles outrageuses à son père ou sa mère soit puni de mort. - Et vous, au contraire, vous dites : Quiconque dira à son père ou à sa mère : " Tout don que je fais à Dieu, vous est utile, " satisfait à la loi, encore qu'après cela il n'honore et n'assiste point son père ou sa mère : et ainsi vous avez rendu vain le commandement de Dieu par votre tradition. "

17. MARC, VII, 9-13 : " Et il leur disait : Ainsi donc vous rendez vain le commandement de Dieu pour garder votre tradition. - Car Moïse a dit : Honorez votre père et votre mère, et : Que celui qui dira des paroles outrageuses à son père ou à sa mère, soit puni de mort. - Vous, au contraire, vous dites : Si un homme dit à son père ou à sa mère : Tout don que je fais à Dieu, vous est utile, il satisfait à la loi, et vous lui permettrez de ne rien faire de plus pour assister son père ou sa mère - et ainsi vous rendez inutile le commandement de Dieu par une tradition que vous-mêmes avez établie. "
 
 

Question V

Quand est-ce que nous participons par consentement aux péchés d’autrui ?

Nous participons par consentement aux péchés d'autrui toutes les fois que nous donnons notre suffrage au mal que font les autres, ou que nous l'approuvons au moins par notre silence. C'est le péché que commit Saul, lorsqu'il consentit au supplice du premier martyr saint Etienne. C'est aussi le péché que commirent ces Juifs, au nombre de plus de quarante, qui se lièrent par un vœu et s'armèrent dans le dessein de mettre saint Paul à mort. Enfin, c'est le péché que commirent les habitants de Jéru-

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salem, lorsqu'ils appuyèrent de leurs suffrages la demande que firent leurs magistrats de la mort de Jésus- Christ, comme saint Pierre leur en fit le reproche par ces paroles : Vous avez mis à mort l’auteur de la vie. C'est pourquoi il est bon de retenir cette maxime de saint Paul, que ce ne sont pas seulement ceux qui font le mal qui sont dignes de mort, mais que ceux-là en sont dignes aussi, qui donnent leur consentement à ceux qui le font : et on peut encore rapporter à ce sujet ce que nous lisons dans saint Cyprien, " qu'ordonner le crime c'est y participer, et que le lâche a beau dire qu'il n'a pas prévariqué en personne ; il est apostat, dès qu'il a autorisé la lecture publique de son apostasie. "
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Lévitique, XX, 4-5 : " Que si le peuple du pays, faisant paraître de la négligence et comme du mépris pour mon commandement, laisse aller cet homme qui aura donné quelqu'un de ses enfants à Moloch, et ne veut pas le tuer ; - j'arrêterai l'œil de ma colère sur cet homme et sur sa famille, et je le retrancherai du milieu de son peuple, lui et tous ceux qui auront consenti à la fornication par laquelle il se sera prostitué à Moloch. "

2. Nombres, XVI, 20-35 : " Le Seigneur parla à Moïse et à Aaron, et leur dit : - Séparez-vous du milieu de cette assemblée, afin que je les détruise en un moment - Moïse et Aaron se jetèrent la face contre terre, et dirent : O Dieu tout-puissant des esprits, qui animez toute chair, votre colère éclatera-t-elle contre tous pour le péché d'un seul homme ? - Le Seigneur dit à Moïse : - Commandez à tout le peuple qu'il se sépare des tentes de Coré de Dathan et d’Abiron. - Moïse se leva donc, et s'en alla aux tentes de Dathan et d'Abiron, et les anciens d'Israël le suivirent ; - et il dit au peuple : Retirez-vous des tentes de ces

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hommes impies, et ne touchez à rien de ce qui est à eux, de peur que vous ne soyez enveloppés dans le châtiment de leurs péchés. - Lorsque tout le monde se fut retiré de leurs tentes, Dathan et Abiron sortirent, et parurent à l'entrée de leurs pavillons, avec leurs femmes et leurs enfants et toute leur troupe. - Alors Moïse dit : Vous reconnaîtrez à ceci que c'est le Seigneur qui m'a envoyé pour faire tout ce que vous voyez, et que je ne le fais point de mon propre chef. - Si ces gens-ci meurent d'une mort ordinaire aux hommes, et qu'ils soient frappés d'une plaie dont les autres ont coutume d’être aussi frappés ce ne sera point le Seigneur qui m'aura envoyé - mais si le Seigneur fait par un prodige nouveau que la terre ouvrant ses abîmes les engloutisse avec tout ce qui est à eux, et qu'ils descendent tout vivants en enfer, vous saurez alors qu'ils ont blasphémé contre le Seigneur. - Aussitôt qu'il eut cessé de parler, la terre se fendit sous leurs pieds ; - et ouvrant ses abîmes elle les engloutit avec leurs tentes et tout ce qui leur appartenait. - Et ils descendirent tout vivants dans l'enfer, la terre les ayant recouverts aussitôt, et ils disparurent du milieu du peuple. - Tout Israël qui était là autour, s'enfuit au cri des mourants, en disant : Prenons garde que la terre ne nous engloutisse aussi. - En même temps le Seigneur fit sortir un feu qui fit périr les deux cent cinquante hommes occupés à offrir l'encens. "

3. Judith, VIII, 9-14 : " Judith ayant donc appris qu’Osias avait promis de livrer la ville dans cinq jours, fit demander à Chabri et Charmi, anciens du peuple, - qui vinrent la trouver, et elle leur dit : Quel est ce bruit qui court qu'Ozias a consenti à livrer la ville aux Assyriens, si dans cinq jours il ne vous vient aucun secours ? - Et qui êtes-vous, vous autres, pour tenter le Seigneur ? - Ce n'est pas là le moyen d'attirer sa miséricorde mais plutôt d'exciter sa colère et d'allumer sa fureur. - Vous avez fixé un terme à la miséricorde du Seigneur, et vous lui avez marqué un jour selon votre volonté. - Mais comme le Seigneur est patient, faisons pénitence de cette faute même, etc. "

4. Esther, XIV, 3, 15-19 : " Esther fit ensuite cette prière au Seigneur Dieu d'Israël : Mon Seigneur, qui seul êtes notre roi, etc. - Vous savez que je hais la gloire des méchants et que je déteste l'alliance des incirconcis et des étrangers. - Vous n'ignorez pas la nécessité où je me trouve, et combien aux jours où je parais dans la magnificence et dans l'éclat, j'ai en horreur le signe brillant de ma gloire que je porte sur ma tête, mais que

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je déteste comme un linge souillé, et que je me garde bien de porter dans les jours de mon silence. - Vous savez que je ne mange point à la table d'Aman, et que je ne prends aucun plaisir aux festins du roi ; que je ne bois point du vin offert sur l'autel des idoles, - et que, depuis le temps que j'ai été amenée en ce palais jusqu'aujourd'hui, jamais votre servante ne s'est réjouie qu'en vous seul, ô Seigneur Dieu d'Abraham, ô Dieu tout-puissant et au-dessus de tous, etc. "

5. Lue, XI, 47-48 : " Malheur à vous qui bâtissez des tombeaux aux prophètes après que vos pères les ont fait mourir. - Vous témoignez par-là que vous consentez à ce qu'ont fait vos pères, puisque, si ce sont eux qui ont tué les prophètes, c'est vous qui avez creusé leurs tombeaux. "

6. Actes, VII, 59 : " Or, Saul avait consenti à la mort d'Etienne. "

7. Ibid., XXIII, 12-13 : " Le jour étant venu, quelques Juifs s'assemblèrent et firent serment, avec imprécation contre eux-mêmes de ne boire et de manger qu'ils n'eussent tué Paul. - Ils étaient plus de quarante qui étaient entrés dans cette conjuration. "

8. MATTHIEU, XXVII, 20 : " Mais les princes des prêtres et les sénateurs persuadèrent au peuple de demander Barabbas, et de faire périr Jésus. "

9. MARC, XV, 11, 18 : " Mais les prêtres excitèrent le peuple à demander qu'il leur délivre plutôt Barabbas, etc. - Et Pilate, voulant contenter le peuple, leur délivra Barabbas, et ayant fait fouetter Jésus, il le leur livra pour être crucifié. "

10. Actes, III, 13-15 : " Dieu a glorifié son fils Jésus que vous avez livré et renié devant Pilate, qui avait jugé qu'il devait être renvoyé absous. - Mais vous, vous avez renié le Saint et le Juste, vous avez demandé qu'on vous accordât la grâce d'un homicide, - et vous avez fait mourir l'auteur de la vie. "

11. Ibid., II, 22-23 : " O Israélites, écoutez les paroles que je vais vous dire : Vous savez que Jésus de Nazareth a été un homme que Dieu a rendu célèbre parmi vous par les prodiges, les merveilles et les miracles qu'il a faits par lui au milieu de vous. - Ce Jésus vous ayant été livré dans la profondeur des desseins de Dieu, et dans l'ordre de sa prescience, vous l’avez fait mourir, et vous l'avez crucifié par les mains des méchants. "

12. Romains, I, 28-32 : " Comme ils n'ont pas fait usage de la connaissance qu'ils avaient de Dieu, Dieu aussi les a livrés à

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un sens dépravé, en sorte qu'ils ont fait des actions indignes. - Remplis de toute sorte d'injustice, de méchanceté, de fornication, d'avarice, de malignité, ils ont été envieux, meurtriers, querelleurs, trompeurs ; ils ont été pleins de malignité, semeurs de faux rapports, - calomniateurs, ennemis de Dieu, outrageux, superbes, altiers, inventeurs de crimes, désobéissants à leurs parents, - sans prudence, sans modestie, sans affection, sans foi, sans miséricorde - et quoiqu'ils connussent bien la justice de Dieu, ils n'ont pas compris que ceux qui font ces choses sont dignes de mort, et non-seulement ceux qui les font, mais aussi ceux qui approuvent ceux qui les font. "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. IRENEE, Lib. IV adversùs hæreses, c. 46 (al. 27) : " De même que sous l'ancienne loi ceux qui se livraient à l'iniquité et au meurtre de leurs frères étaient châtiés et retranchés de la société du peuple, ainsi maintenant l'œil, le pied ou la main, quand ils sont un objet de scandale, doivent être retranchés, de peur qu'ils n'entraînent la perte du reste du corps. D'ailleurs l’Apôtre nous l'enseigne, quand il nous dit : Mais quand je vous ai écrit que vous n'ayez point de commerce avec eux, j'ai entendu que s'il y a parmi vos frères quelqu'un qui soit impudique, ou avare, ou idolâtre, ou médisant, ou ivrogne, ou ravisseur du bien d’autrui, vous ne mangiez pas même avec celui-là (I Cor., V, 11). Et il dit encore dans un autre endroit : Que personne ne vous séduise par de vains discours ; car c'est là ce qui attire la colère de Dieu sur les incrédules. N'ayez donc rien de commun avec eux (Ephés., V, 6). L'état de damnation où sont ceux qui pèchent se communique à ceux qui les fréquentent, parce que cet état même finit par leur plaire ; c'est pour cela que saint Paul disait aux Corinthiens : Ne savez-vous pas qu'un peu de levain suffit pour aigrir toute une masse de pâte (I Cor., V, 6) (Cf. Les Pères de l’Eglise, trad. Genoude, t. III, p. 423) ? "

2. Le clergé de Rome écrivant à saint Cyprien, inter Epistolas S. Cypriani 31 (al. 30) : " Nous nous sommes déclarés dans nos lettres précédentes, non-seulement contre ceux qui ont apostasié publiquement par des billets criminels. . . . . , mais aussi contre les autres qui, pour n'avoir pas comparu quand le parjure se consommait, n'en sont pas moins coupables de ce parjure même puisque la demande faite par eux d'inscrire leur apostasie équi-

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valait à leur présence. Ordonner le crime, c'est y participer. Le lâche a beau nous dire qu'il n'a pas prévariqué en personne ; il est apostat, dès qu'il a autorisé la lecture publique de son apostasie. "
 
 

Question VI

Quand est-ce qu’on participe par provocation au péché d’autrui ?

C'est ce qui a lieu toutes les fois que, soit par paroles, soit par actions ou de toute autre manière nous poussons sciemment quelqu'un à se mettre en colère, à se venger, à proférer des blasphèmes, à user de violence, ou à quelque autre chose semblable. Comme quand la femme de Job, en insultant à la patience de son mari, le portait autant qu'il était en elle à blasphémer contre Dieu. De même la femme de Tobie, non moins agaçante que celle de Job, par les reproches irritants dont elle ne se lassait pas de harceler son époux, forçait en quelque sorte celui-ci de déplorer devant Dieu les maux de sa maison en mêlant ses prières de soupirs et de larmes. L'Ecclésiastique nous donne au contraire cet avertissement : Evitez les disputes, et vous diminuerez les péchés. Car l'homme colère allume les querelles ; le pécheur jettera le trouble parmi les amis, et il sèmera l'iniquité au milieu de ceux qui vivaient en paix. Salomon a dit de même : Le méchant cherche toujours des querelles ; le ministre de la vengeance sera envoyé contre lui.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. I Samuel, I, 6-7 : " Phenenna jalouse affligeait Anne et la tourmentait, jusqu’à lui faire reproche avec insulte de ce que le Seigneur l'avait rendue stérile. - Elle en usait de même tous les ans, lorsque le temps était venu de monter au temple du Seigneur. "

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2. Psaume CV, 15-16 : " Le Seigneur leur accorda leur demande, et les rassasia jusqu’à l'excès. - Leur envie éclata contre Moïse dans le camp, et contre Aaron, pontife du Seigneur. "

3. II Machabées, XIV, 23-27 : " Nicanor demeura ensuite à Jérusalem où il ne fit rien contre l’équité et il congédia les grandes troupes qu'il avait levées. - Il aimait toujours Judas d'un amour sincère et il sentait une inclination particulière pour sa personne. Il le pria même de se marier, et de songer à avoir des enfants. Ainsi Judas se maria, et continua de vivre en paix et en amitié avec lui. - Mais Alcime voyant la bonne intelligence qui était entre eux, vint trouver Démétrius et lui dit que Nicanor favorisait les intérêts de ses ennemis, et qu'il lui avait destiné pour successeur Judas, qui trahissait le roi et son royaume. - C'est pourquoi le roi, irrité par le rapport criminel de ce méchant homme, écrivit à Nicanor qu'il trouvait fort mauvais qu'il eût fait ainsi amitié avec Machabée et qu'il voulait qu'aussitôt Machabée fût amené prisonnier à Antioche. "

4. Galates, V, 26 : " Ne nous laissons point aller à la vaine gloire, nous piquant les uns les autres, et nous portant envie les uns aux autres. "

5. Ephésiens, VI, 4 : " Et vous, pères, n'irritez point vos enfants, mais ayez soin de les bien élever en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur. "

6. Colossiens, III, 21 : " Pères, n'irritez point vos enfants, de peur qu'ils ne tombent dans l'abattement. "

7. JOB, II, 9 : " Alors sa femme lui dit : Quoi ! vous demeurez encore dans votre simplicité ? Maudissez Dieu et mourez. "

8. Tobie, II, 15-23 : " Comme des rois insultaient au bienheureux Job, ainsi ses parents et ses alliés se raillaient de son genre de vie, en lui disant : - Où est votre espérance pour laquelle vous faisiez tant d'aumônes et ensevelissiez les morts ? - Mais Tobie les reprenant, leur disait : Ne parlez pas ainsi : - Car nous sommes enfants des saints, et nous attendons cette vie que Dieu doit donner à ceux qui ne violent point la fidélité qu'ils lui ont promise. - Pour ce qui est d'Anne, sa femme, elle faisait tous les jours de la toile, et elle apportait du travail de ses mains ce qu'elle pouvait gagner pour vivre. - Il arriva donc qu'ayant reçu un jour un chevreau, elle l'apporta à la maison. - Son mari ayant entendu ce chevreau crier, dit à sa femme : Prenez garde que ce chevreau n'ait été dérobé ; rendez-le à ceux à qui il est : car il ne nous est pas permis de rien manger ou

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toucher de ce qui est dérobé. - Alors sa femme lui répondit en colère : Il est aisé de voir combien toutes vos espérances étaient vaines, et à quoi ont abouti toutes vos aumônes. C'est par ces discours et d'autres semblables que sa femme l'insultait journellement. "

9. Tobie, III, 1-2, 7-11 : " Alors Tobie jetant un profond soupir, commença à prier avec larmes, en disant : - Seigneur, vous êtes juste ; tous vos jugements sont pleins d'équité et toutes vos voies ne sont que miséricorde, vérité et justice, etc. - En ce même jour, il arriva que Sara, fille de Raguel, à Rages, ville des Mèdes fut ému d'un reproche que lui fit une des servantes de son père. - Elle avait épousé sept hommes l'un après l'autre, et un démon nommé Asmodée les avait tués aussitôt qu'ils s'étaient approchés d'elle. - Comme elle reprenait cette servante pour une faute qu'elle avait commise, celle-ci lui répondit : Que jamais nous ne voyions de toi ni fils, ni fille sur la terre, meurtrière de tes maris ! - Ne veux-tu pas me tuer aussi, comme tu as déjà tué sept maris ? A cette parole, Sara monta dans une chambre haute de la maison, et y demeura trois jours et trois nuits sans boire ni manger ; - et persévérant dans la prière, elle demandait à Dieu avec larmes qu'il la délivrât de cet opprobre. "

10. Ecclésiastique, XXVIII, 10,12-19 : " Evitez les disputes, et vous diminuerez les péchés, etc. - Le feu s'embrase dans la forêt selon le bois qui s'y trouve, et la colère de l'homme s'allume à l'égard de son pouvoir, et il la porte plus haut à proportion qu'il a plus de richesses. - La promptitude à disputer allume le feu ; la querelle précipitée répand le sang, et la langue qui rend un faux témoignage cause la mort. - Si vous soufflez sur l'étincelle, il en sortira un feu ardent ; si vous crachez dessus, elle s'éteindra et c'est la bouche qui fait l'un et l'autre. - Celui qui médit en secret et l'homme à deux langues sera maudit, parce qu'il jettera le trouble parmi plusieurs qui vivaient en paix. - La langue d'un tiers en a renversé plusieurs, et elle les a dispersés de peuple en peuple. - Elle a détruit les villes fortes et opulentes, et elle a fait tomber les maisons des grands. - Elle a taillé en pièce les armées des nations, et elle a défait les peuples les plus vaillants. - La langue d'un tiers a fait expulser les femmes fortes, etc. "

11. Proverbes, XV, 18 : " L'homme colère éveille les querelles ; celui qui est patient apaise celles qui étaient déjà allumées. "

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12. Ibid., XVIII, 6 : " Les lèvres de l'insensé s'embarrassent dans des disputes, et sa bouche s'attire des querelles. "

13. Ibid., XXII, 10 : " Chassez le railleur, et les disputes s'en iront avec lui ; alors les plaintes et les outrages cesseront. "

14. Ibid., XXVI, 17-22 : " Celui qui, en passant par un endroit, se mêle dans une querelle qui ne le regarde point, est comme celui qui saisit les oreilles à un chien furieux. - Comme celui qui lance des flèches et des dards pour en tuer un autre est coupable de sa mort, - ainsi l'est celui qui use d'artifices pour nuire à son ami, et qui dit, lorsqu'il est surpris : Je ne l'ai fait qu'en jouant. - Quand le bois est consumé le feu s'éteint ; et les querelles s'apaisent, quand il n'y a plus de semeurs de rapports. - Le feu rallume le charbon, la flamme le bois ; l'homme querelleur allume de même les disputes. - Les paroles du semeur de rapports paraissent simples et innocentes ; mais elles pénètrent jusqu'au fond des entrailles. "

15. Ibid., XXIX, 22 : " L'homme colère provoque les querelles, et celui qui se fâche aisément sera plus enclin à pécher. "

16. Proverbes, XXX, 33 : " Celui qui presse trop la mamelle, en fait sortir un lait épais ; celui qui se mouche trop fort tire le sang ; et celui qui excite la colère amène les querelles. "

17. Proverbes, XVII, 11 : " Le méchant cherche toujours querelle, etc. "

18. Ibid., III, 30-35 : " Ne faites point de procès à un homme sans sujet, et lorsqu'il ne vous fait aucun tort. - Ne portez point envie à l'homme injuste, et ne marchez point dans ses voies : - Car le Seigneur déteste les pervers, et il communique ses secrets aux simples. - Le Seigneur frappera d'indigence la maison de l'impie ; au lieu qu'il bénira les maisons des justes. - Il se moquera des moqueurs, et il répandra ses faveurs sur ceux qui sont doux. - Les sages posséderont la gloire ; l'élévation des insensés sera leur confusion. "

19. ISAIE, XXIII, 1 : " Malheur à vous qui pillez ; ne serez-vous pas aussi pillé ? Malheur à vous qui méprisez ; ne serez-vous pas aussi méprisé ? Lorsque vous aurez achevé de dépouiller, vous serez dépouillé ; lorsque vous serez las de mépriser, vous tomberez dans le mépris. "

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Question VII

Quand est-ce qu’on participe par flatterie au péché d’autrui ?

C'est ce qui a lieu, toutes les fois que nous louons quelqu'un du mal qu'il a fait, ou du mauvais caractère qu'il a déployé et que, le voyant engagé dans une voie criminelle, nous l’encourageons par nos éloges à y avancer de plus en plus. Mais malheur, comme dit le Prophète, à ceux qui préparent des coussinets pour les mettre sous tous les coudes, et qui font des oreillers pour y appuyer la tête des personnes de tout âge, afin de surprendre ainsi les âmes. C'est dans ce défaut que tombent certains prédicateurs et ces magistrats qui flattent inconsidérément les passions populaires, et fomentent par une lâche complaisance les désordres publics. Que de sagesse dans ces paroles d'Isaïe : O mon peuple, ceux qui vous disent heureux vous séduisent et ils pervertissent la voie où vous devez marcher ! C'est pourquoi saint Paul exhorte les fidèles à se mettre en garde contre ces faux docteurs qui, par des paroles flatteuses, séduisent les âmes simples. Car le pécheur est loué dans les désirs de son âme et le méchant est béni ; mais en cela même le pécheur irritera le Seigneur, comme l'atteste le Prophète royal.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Proverbes, XXIV, 24-28 : " Ceux qui disent au méchant : Vous êtes juste, seront maudits des peuples et détestés des nations. - Ceux qui le reprennent en seront loués ; et la bénédiction descendra sur eux. - Répondre avec droiture, c'est donner un baiser à la bouche. - Préparez votre ouvrage au dehors, et remuez votre champ avec grand soin, pour bâtir ensuite votre

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maison. - Ne soyez point un faux témoin contre votre prochain, et que vos âmes ne séduisent personne. "

2. Ibid., XXVII, 2, 5, 6 : " Qu'un autre vous loue, et non votre bouche ; que ce soit un étranger, et non vos propres lèvres. - Une réprimande ouverte vaut mieux qu'une amitié qui se cache. - Les blessures que fait un ami sont la preuve de son amitié ; Dieu nous garde des baisers d'un ennemi ! "

3. Ibid., XXVIII, 23 : " Celui qui reprend un homme trouvera grâce ensuite auprès de lui, plutôt que celui qui le trompe par des paroles flatteuses. "

4. Psaume CXL, 5 : " Que le juste me frappe, et qu'il me châtie ; mais que les parfums du péché ne coulent jamais sur ma tête. "

3. ISAIE, V, 20 : " Malheur A vous qui appelez mal ce qui est bien, et bien ce qui est mal ; qui donnez aux ténèbres le nom de lumière et à la lumière le nom de ténèbres ; qui faites passer pour doux ce qui est amer, et pour amer ce qui est doux. "

6. EZECHIEL, XIII, 1-23 : " Le Seigneur me parla encore en ces termes et me dit : - Fils de l'homme, adresse tes prophéties aux prophètes d'Israël qui se mêlent de prophétiser et tu diras à ces hommes qui prophétisent, de leur chef : Ecoutez la parole du Seigneur. - Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Malheur aux prophètes insensés qui suivent leur propre esprit, et ne voient rien. - Vos prophètes, ô Israël, ont été parmi vous comme des renards dans des lieux ruinés. - Vous n'êtes point allés à la rencontre de l'ennemi, et vous ne vous êtes point opposés comme un mur pour la maison d'Israël, pour tenir ferme dans le combat, au jour du Seigneur. - Ils n'ont que des visions vaines, et ils ne prophétisent que le mensonge, en disant : Le Seigneur a dit ceci, quoique le Seigneur ne les ait point envoyés ; et ils persistent à assurer ce qu'ils ont dit une fois. - Les visions que vous avez eues ne sont-elles pas vaines, et les prophéties que vous publiez ne sont-elles pas pleines de mensonges ? Et après cela vous dites : C'est le Seigneur qui a parlé, quoique ce ne soit point moi qui aie parlé. - C'est pourquoi voici ce que dit le Seigneur Dieu : Parce que vous avez publié des choses vaines, et que vous avez eu des visions de mensonge, je viens à vous, dit le Seigneur Dieu. - Ma main s'appesantira sur les prophètes qui ont des visions vaines, qui prophétisent le mensonge. Ils ne se trouveront point dans l'assemblée de mon peuple ; ils ne seront point écrits dans le livre de la maison d'Israël ; ils n'en-

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treront point dans la terre d'Israël : et vous saurez que c'est moi qui suis le Seigneur Dieu. - Parce qu'ils ont séduit mon peuple, en lui annonçant la paix, et il n'y avait point de paix ; et comme mon peuple bâtissait une muraille, ils l'ont enduite de boue sans y mêler de paille. - Dis à ceux qui enduisent une muraille sans y rien mêler, qu'elle tombera : car voici que j'enverrai une forte pluie, de grosses pierres tomberont du ciel, et un vent de tempête la jettera par terre. - Et en voyant la muraille tombée, ne vous dira-t-on pas : Où est l'enduit dont vous l'avez enduite ? - C'est pourquoi, voici ce que dit le Seigneur Dieu : Je ferai souffler dans mon indignation un vent de tempête ; une pluie inondante se débordera dans ma fureur, et des pierres énormes tomberont dans ma colère pour renverser tout ce qui se rencontrera. - Et je détruirai la muraille que vous avez enduite de boue sans mélange de paille ; je la réduirai au niveau du sol, et ses fondements seront mis à nu ; elle s'écroulera, et vous serez enveloppés dans sa ruine ; et vous saurez que c'est moi qui suis le Seigneur. - Mon indignation s'assouvira sur cette muraille, et sur ceux qui l'enduisent sans y mêler ce qui l'aurait affermie. Je vous dirai alors : La muraille n'est plus, et ceux qui l'avaient enduite ne sont plus ; - Ils ne sont plus, ces prophète d'Israël qui se mêlaient de prophétiser à Jérusalem et qui avaient pour elle des visions de paix ; et il n'y avait point de paix, dit le Seigneur Dieu. - Et toi, fils de l'homme, tourne-toi contre les filles de mon peuple, qui se mêlent de prophétiser de leur propre chef, et prophétise contre elles, - et dis : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Malheur à celles qui préparent des coussinets pour les mettre sous tous les coudes, et qui font des oreillers pour en appuyer la tête des personnes de tout âge, afin de surprendre les âmes ; et lorsqu'elles ont surpris les âmes de mon peuple, elles assurent de ces âmes qu'elles sont pleines de vie. - Elles m'ont déshonoré dans l'esprit de mon peuple pour un peu d'orge et pour un morceau de pain, en annonçant la mort aux âmes qui ne devaient point mourir, et la vie à celles qui ne devaient point vivre, et abusant par leurs mensonges de la crédulité de mon peuple. - C'est pourquoi voici ce que dit le Seigneur Dieu : Je détruirai ces coussinets au moyen desquels vous surprenez les âmes, comme des oiseaux qu'on prend dans leur vol ; je les enlèverai de dessous vos bras, et je délivrerai les âmes que vous avez prises, ces âmes faites pour être libres. - Et je renverserai à terre vos oreillers, et je

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délivrerai mon peuple d'entre vos mains, et ils ne seront plus à l'avenir en vos mains comme une proie, et vous saurez que c'est moi qui suis le Seigneur. - Parce que vous avez attristé par vos mensonges le cœur du juste, que je n'avais point attristé moi-même et que vous avez fortifié le bras de l'impie pour l'empêcher de revenir de sa voie inique et de trouver la vie ; - c'est pourquoi vous ne raconterez plus vos visions vaines, et vous ne débiterez plus vos oracles trompeurs, parce que je délivrerai mon peuple d'entre vos mains, et vous saurez que c'est moi qui suis le Seigneur. "

7. JEREMIE, XIV, 13-17 : " Les prophètes leur disent : Vous ne verrez point le glaive ; la guerre et la famine ne seront point parmi vous ; mais le Seigneur vous donnera en ce lieu une véritable paix. - Le Seigneur m'a répondu : Ces prophètes prophétisent faussement en mon nom ; je ne les ai point envoyés ; je ne leur ai rien ordonné de ce qu'ils disent, et je ne leur ai point parlé. Les prophéties qu'ils vous débitent ne sont que des visions de mensonges, des divinations pleines d'impostures, de vaines illusions de leur propre esprit. - C'est pourquoi voici ce que dit le Seigneur : Quant à ces prophètes qui prophétisent en mon nom, quoique je ne les aie point envoyés, et qui disent : Le glaive et la famine ne visiteront point cette terre ; par le glaive et par la famine ces prophètes eux-mêmes seront consumés. - Et les cadavres de ceux à qui ils prophétisent, consumés par la famine et par le glaive, seront jetés sur les places de Jérusalem sans qu'il y ait personne pour les ensevelir ; ils y seront jetés, eux et leurs femmes, leurs fils et leurs filles, et je ferai déborder sur eux les maux dont ils sont les auteurs. "

8. JEREMIE, XXIII, 13, 40 : " Je n'ai vu que folie parmi les prophètes de Samarie : ils prophétisaient au nom de Baal, et séduisaient mon peuple d'Israël - J'ai vu les prophètes de Jérusalem semblables à des adultères. Je les ai vus marcher dans la voie du mensonge ; ils ont affermi le bras des méchants pour que personne ne se convertisse du dérèglement de sa vie ; ils sont tous devenus pour moi comme Sodome, et le peuple de cette ville comme Gomorrhe. - C'est pourquoi, voici ce que dit aux prophètes le Seigneur des armées : Je les nourrirai d'absinthe, et je les abreuverai de fiel, parce que c'est des prophètes de Jérusalem que la corruption s'est répandue sur la terre. - Voici ce que dit le Seigneur des armées : N’écoutez pas les paroles de ces prophètes qui vous prophétisent et qui vous trompent ; ils

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publient les visions de leur cœur et non ce qu'ils ont appris de la bouche de Jéhovah. - Ils disent à ceux qui me blasphèment : Le Seigneur l'a dit, vous aurez la paix ; et à tous ceux qui suivent la corruption de leur cœur : Il ne vous arrivera point de mal. - Mais qui d'entre eux a assisté au conseil de Dieu, et l'a vu, et a entendu ce qu'il a dit ? - Voici que le tourbillon de la colère du Seigneur va éclater, et la tempête, après avoir rompu la nue, va se décharger avec fracas sur la tête des méchants. - La fureur du Seigneur ne retournera point en arrière jusqu’à ce qu'elle ait réalisé et accompli les pensées de son cœur. Vous comprendrez plus tard quels auront été ses desseins sur vous. - Je n'envoyais point ces prophètes et ils couraient ; je ne leur parlais point, et ils prophétisaient. - S'ils eussent assisté à mon conseil, ils auraient fait entendre mes paroles à mon peuple, et ils l'auraient retiré de sa voie perverse et du dérèglement de ses pensées. - Ne suis-je Dieu que de près ? dit le Seigneur ; ne le suis-je pas aussi de loin ? N'est- ce pas moi qui remplis le ciel et la terre ? dit le Seigneur. - J’ai entendu ce qu'ont dit ces prophètes qui prophétisent le mensonge en mon nom, en disant : J'ai eu un songe, j'ai eu un songe. - Jusqu’à quand cette imagination sera-t-elle dans le cœur des prophètes qui prophétisent le mensonge, et donnent pour des vérités les séductions de leur cœur - qui veulent faire oublier mon nom à mon peuple par les songes qu'ils débitent à qui les consulte, comme leurs pères ont oublié mon nom pour celui de Baal. - Que le prophète qui a eu un songe raconte le songe qu'il a eu, et que celui qui a entendu ma parole annonce ma parole dans la vérité ; car, qu'y a-t-il de commun entre la paille et le blé ? dit le Seigneur. - Mes paroles ne sont-elles pas comme le feu, dit le Seigneur, et comme le marteau qui brise la pierre ? C'est pourquoi me voici, dit le Seigneur, tout prêt à éclater contre ces prophète qui dérobent mes paroles chacun à leurs frères ; - contre ces prophètes, dit le Seigneur, qui aiguisent leurs langues et qui disent : Voici ce que dit le Seigneur ; contre ces prophètes, dit le Seigneur, qui ont des visions de mensonge et les racontent à mon peuple, et le séduisent par leurs mensonges et leurs prestiges, quoique je ne les aie point envoyés et que je ne les aie chargés de rien. Aussi ces faux prophètes n'ont nullement servi à ce peuple, dit le Seigneur. - Si donc ce peuple, ou un prophète ou un prêtre t'interroge et te dit : Quel est le fardeau du Seigneur ? tu lui diras : C'est vous-même qui êtes ce fardeau ; aussi vous re-

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jetterai-je, dit le Seigneur. - Chacun de vous dira désormais à son prochain et à son frère : Qu'a répondu le Seigneur ? Qu'est- ce que le Seigneur a dit ? - Et on ne parlera plus de fardeau du Seigneur ; car la parole de chacun sera son propre fardeau, parce que vous avez perverti les paroles du Dieu vivant, du Seigneur des armées, notre Dieu. - Tu diras aux prophètes : Que vous a répondu le Seigneur ? Qu'est-ce que le Seigneur a dit ? - Que si vous dites encore : La parole du Seigneur est pesante, je vous déclare, dit le Seigneur, que, parce que vous avez dit : La parole du Seigneur est pesante, quoique je vous eusse envoyé dire : Ne dites point que la parole du Seigneur soit pesante ; - je vous prendrai moi-même, et je vous emporterai comme un fardeau, et je vous abandonnerai, et je vous rejetterai loin de ma face, vous et la ville que j'ai donnée à vos pères et à vous. - Je vous couvrirai d'un opprobre éternel, et s'une ignominie dont la mémoire ne s'effacera jamais. "

9. JEREMIE, XXVII, 9-10, 14-15 : " Vous donc, n'écoutez pas vos prophètes ni vos devins, ni vos inventeurs de songes, ni vos augures, ni vos magiciens, qui vous disent : Vous ne serez point assujettis au roi de Babylone. - Car ils vous prophétisent le mensonge, pour vous envoyer bien loin de votre terre, pour vous perdre et vous faire périr. - N'écoutez point les paroles des prophètes qui vous disent : Vous ne serez point assujettis au roi de Babylone ; car ce qu'ils vous disent n'est que mensonge. - Je ne les ai point envoyés, dit le Seigneur, et ils prophétisent faussement en mon nom, pour vous chasser de votre terre et vous faire périr, vous et vos prophètes qui vous annoncent l'avenir. "

10. Id., XXVIII, 15-17 : " Et le prophète Jérémie dit au prophète Hananias : Ecoute, Hananias, le Seigneur ne t'a point envoyé et tu as fait que ce peuple a mis sa confiance dans le mensonge. C'est pourquoi, voici ce que dit le Seigneur : Je t'exterminerai de dessus la terre, et tu mourras cette année même pour avoir parlé contre le Seigneur. - Et le prophète Hananias mourut cette année-là même, au septième mois. "

11. JEREMIE, XXIX, 8-10 : " Voici ce que dit le Seigneur des armées, le Dieu d'Israël : Ne vous laissez point séduire par vos prophètes, ni par vos devins qui sont au milieu de vous, et ne faites point attention aux songes que vous avez songés ; - parce qu'ils vous prophétisent faussement en mon nom ; ce n'est point moi qui les ai envoyé, dit le Seigneur. - Car voici ce que dit

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le Seigneur : Lorsque les soixante-dix ans, que vous devez passer à Babylone seront accomplis, etc. "

12. Lamentations de Jérémie, II, 14, 18 : " Vos prophètes ont eu pour vous des visions fausses et extravagantes, et ils ne vous découvraient point votre iniquité pour vous exciter à la pénitence ; mais ils ont eu pour vous des rêveries pleines de mensonges, ils ont rêvé la fuite de vos ennemis. - Tous ceux qui passaient par le chemin ont frappé des mains en vous voyant. Ils ont sifflé, et secoué leurs têtes sur la fille de Jérusalem. "

13. MICHEE, III, 5-7, 11-12 : " Voici ce que dit le Seigneur contre les prophètes qui séduisent mon peuple, qui le déchirent à belles dents, et qui ne laissent pas de prêcher la paix ; et si quelqu'un ne satisfait pas à leur avidité, ils mettent leur piété à lui déclarer la guerre. - C'est pourquoi vous n'aurez pour vision que la nuit, et pour révélation que des ténèbres, le soleil sera sans lumière pour ces prophètes et le jour deviendra pour eux d'une profonde obscurité. - Ceux qui ont des visions seront confondus. - Leurs princes rendent des arrêts pour des présents ; les prêtres enseignent pour un vil salaire ; leurs prophètes prophétisent pour de l'argent ; et après cela ils se reposent sur le Seigneur, en disant : Le Seigneur n'est-il pas au milieu de nous ? Nous serons à couvert de tous maux. - C'est pour cela même que vous serez cause que Sion sera labourée comme un champ, que Jérusalem sera réduite en un monceau de pierres, et que la montagne où le temple est bâti deviendra une forêt. "

44. I Rois, XXII, 4-30, 34-38 : " Et le roi d'Israël dit à Josaphat : Viendrez-vous avec moi à la guerre que je vais porter a Ramoth en Galaad ? - Josaphat répondit au roi d'Israël : Vous et moi ne sommes qu'un ; mon peuple et votre peuple ne sont qu'un même peuple ; ma cavalerie et la vôtre sont une même cavalerie. Et il ajouta, en parlant au roi d'Israël : Consultez aujourd'hui, je vous prie, quelle est la volonté du Seigneur. - Le roi d'Israël assembla donc ses prophètes au nombre d'environ quatre cents, et leur dit : Dois- je aller combattre à Ramoth en Galaad, ou me tenir en paix ? Ils lui répondirent : Allez, et le Seigneur livrera la ville entre les mains du roi. Mais Josaphat dit : N'y a-t-il point ici quelque prophète du Seigneur, afin que par lui nous consultions le Seigneur ? - Le roi d'Israël répondit à Josaphat : Il y a encore un homme par qui nous pouvons consulter le Seigneur ; mais je hais cet homme-là, parce qu'il ne me

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prophétise jamais rien de bon, et qu'il ne me prédit que du mal : c'est Michée fils de Jemla. Josaphat lui répondit : O roi ! ne parlez pas ainsi. - Le roi d'Israël appela donc un eunuque et lui dit : Faites venir tout de suite Michée, fils de Jemla. - Le roi d’Israël et Josaphat, roi des Juifs, étaient dans la cour, près de la porte de Samarie, assis chacun sur leurs trônes avec des habits d’une magnificence royale, et tous les prophètes prophétisaient devant eux. - Sédécias, fils de Chanaana, s'était fait faire des cornes de fer, et il dit : Voici ce que dit le Seigneur : Avec ces cornes vous frapperez la Syrie, jusqu’à ce que vous l'ayez toute détruite - Tous les prophètes prophétisaient de même et disaient : Allez contre Ramoth en Galaad, et marchez avec confiance, et le Seigneur la livrera entre les mains du roi. - Celui qu'on avait envoyé pour faire venir Michée lui dit : Voilà tous les prophètes qui, dans leurs réponses, prédisent un bon succès au roi ; que vos paroles soient donc semblables aux leurs, et dites-lui des choses heureuses. - Michée lui répondit : Vive le Seigneur, je ne dirai que ce que le Seigneur m'aura dit. - Michée se présenta donc devant le roi, et le roi lui dit : Michée, devons-nous porter la guerre à Ramoth en Galaad, ou demeurer en paix ? Michée lui répondit : Allez, marchez avec confiance, et le Seigneur livrera cette ville entre les mains du roi. - Le roi ajouta : Je vous conjure au nom du Seigneur de ne me parler que selon la vérité. -Michée lui dit : J'ai vu tout Israël dispersé dans les montagnes, comme des brebis qui n'ont point de pasteur. Et le Seigneur a dit : Ils n'ont point de chef ; que chacun retourne en paix dans sa maison. - Aussitôt le roi d’Israël dit à Josaphat : Ne vous avais- je pas bien dit que cet homme ne me prophétise jamais rien de bon, mais qu'il me prédit toujours du mal ? - Et Michée ajouta : Ecoutez la parole du Seigneur. J'ai vu le Seigneur assis sur son trône, et toute l'armée du ciel autour de lui, à droite et à gauche. - Et le Seigneur a dit : Qui séduira Achab, roi d'Israël, afin qu'il marche contre Ramoth en Galaad, et qu'il y périsse ? Et l'un dit une chose, et l'autre une autre. - Mais l'esprit s'avança, et se présenta devant le Seigneur, et dit : C'est moi qui séduirai Achab. Le Seigneur lui dit : Et comment ? - Il répondit : J'irai, et je serai un esprit menteur dans la bouche de tous ses prophètes. Le Seigneur lui dit : Tu le séduiras et tu en seras le maître ; va et fais comme tu le dis. - Maintenant donc le Seigneur a mis un esprit de mensonge en la bouche de tous vos prophètes qui sont ici, et le Seigneur a prononcé votre

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arrêt. - En même temps, Sédécias de Chanaana, s'approcha de Michée, et lui donna un soufflet sur la joue, et lui dit : L'esprit du Seigneur m'a-t-il donc quitté et n'a-t-il parlé qu’à toi ? Michée lui dit : Tu le verras au jour où tu passeras de chambre en chambre pour te cacher. - Alors le roi d'Israël dit : Prenez Michée et qu'on le conduise chez Amon, gouverneur de la ville, et chez Joas, fils d’Amélech, - et dites-leur : Voici ce que dit le roi : Renfermez cet homme dans la prison, et qu'on le nourrisse du pain de la tribulation et de l'eau de l'angoisse jusqu’à ce que je revienne en paix. - Miché lui dit : Si vous revenez en paix, le Seigneur n'a point parlé par moi. Et il ajouta : Peuples, tous tant que vous êtes, soyez-en témoins. - Le roi d'Israël et Josaphat, roi de Juda, se mirent donc en marche sur Ramoth en Galaad. - Cependant le roi d'Israël dit à Josaphat : Prenez vos armes, et combattez avec vos habits ordinaires. Mais lui-même changea ses vêtement avant de donner la bataille. . . - Il arriva cependant qu'un homme ayant tendu son arc, tira une flèche au hasard, et elle vint percer le roi d'Israël entre le poumon et l'estomac. Il dit aussitôt à son cocher : Tourne bride, et retire-moi du milieu de l'armée, parce que je suis grièvement blessé. - Le combat dura tout le jour, et le roi d'Israël demeura dans son char en face des Syriens. Le sang coulait de sa plaie sur tout son char, et il mourut vers le soir. - Et avant que le soleil fût couché, un héraut sonna de la trompette dans toute l'armée et dit : Que chacun s'en retourne dans sa ville et dans son pays. - Et le roi mourut, et il fut porté à Samarie, où il fut enseveli. - On lava son char et les rênes de ses chevaux dans la piscine de Samarie ; et les chiens léchèrent son sang, selon la parole que le Seigneur avait prononcée. "

15. ISAIE, III, 12 : "  Mon peuple, ceux qui vous disent bienheureux, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

16. Id., IX, 15-17 : " Le vieillard, l'homme en dignité sont les premiers que Dieu menace, les prophètes menteurs sont les derniers. - Alors ceux qui appellent ce peuple heureux seront reconnus pour des séducteurs et le peuple qu'ils appelaient heureux tombera dans le précipice. - C'est pour cela que, etc. "

17. Id., XXX. 9-14 : " Ce peuple provoque sans cesse ma colère ce sont des enfants menteurs, des enfants qui ne veulent point écouter la loi de Dieu. - Ils disent à ceux qui voient : Ne voyez point, et à ceux qui prophétisent : Ne prophétise point pour nous ce qui est droit et juste ; dites-nous des choses qui

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nous séduisent ; prophétisez-nous des choses qui nous amusent. Eloignez-nous de la voie, détournez-nous du sentier, faites disparaître de devant nous le Saint d'Israël - C'est pourquoi voici ce que dit le Saint d'Israël : Parce que vous avez rejeté la parole du Seigneur, et que vous avez mis votre confiance et votre appui dans le désordre et la violence, - cette iniquité retombera sur vous comme une haute muraille qui s'entrouvre et tombe tout-à- coup, - et qui se brise comme un vase de terre qu'on casse avec effort en mille morceaux, sans qu'il en reste seulement un têt pour y mettre un charbon de feu, ou pour puiser un peu d'eau dans un fosse. "

18. Romains, XVI, 17-18 : " Je vous prie, mes frères de prendre garde à ceux qui causent parmi vous des divisions et des scandales en s'éloignant de la doctrine que vous avez apprise : ayez soin d’éviter leur compagnie. - Car de tels hommes ne servent point Jésus-Christ Notre- Seigneur, mais leurs appétits grossiers ; et par des paroles douces et flatteuses ils séduisent les âmes simples. "

19. II PIERRE, II, 1-3, 12, 14, 17, 18, 19 : " Or, comme il y a eu de faux prophètes parmi le peuple, il y aura aussi parmi vous de faux docteurs qui introduiront de pernicieuses hérésies et qui renonçant au Seigneur qui les a rachetés, attireront sur eux-mêmes une prompte ruine. - Leurs débauches et leurs impuretés seront imitées par plusieurs, qui seront cause que la voie de la voie sera blasphémée parmi les peuples. - En vous séduisant par des paroles artificieuses, ils trafiqueront de vos âmes pour satisfaire leur cupidité ; mais le jugement qui les menace depuis longtemps approche à grands pas, et la main qui doit les perdre n'est pas endormie. . . . . - Mais ceux- ci, comme des animaux sans raison, etc. - Ils attirent eux par des amorces trompeuses les âmes légères et inconstantes, etc. - Ce sont des fontaines sans eau, des nuées agitées par des tourbillons de vent ; de noires et profondes ténèbres leur sont réservées. - Car, tenant des discours d'insolence et de folie, ils amorcent par les passions de la chair et par les voluptés sensuelles ceux qui naguère s'étaient séparés des hommes infectés d'erreur. - Ils leur promettent la liberté, tandis qu'ils sont eux-mêmes esclaves de la corruption, puisque quiconque est vaincu devient esclave de son vainqueur. "

20. Psaume IX, 24 : " Parce que le pécheur est loué, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

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21. Id., LIV, 23 : " Leurs paroles coulent comme l'huile, mais ce sont des glaives perçants. "

22. Proverbes, I, 10-14 : " Mon fils, si les pécheurs cherchent à te séduire, fuis leurs caresses. - S'ils disent : Viens avec nous, dressons des embûches pour répandre le sang ; tendons en secret des pièges à l'innocent, encore qu'il ne nous ait fait aucun mal ; - engloutissons-le tout vivant, comme ferait l'enfer, et tout entier, comme on enfouit celui qui descend dans la fosse ; - nous trouverons dans sa perte toutes sortes de biens et de richesses, nous remplirons nos maisons de ses dépouilles. - Entre en société avec nous ; n'ayons tous qu'une même bourse. "

23. Ibid., XVI, 29-30 : " L'homme injuste attire son ami par ses flatteries, et le conduit par une voie qui n'est pas bonne. - Le voilà fermant à moitié les yeux pour méditer des bouleversements, et se mordant les lèvres pour consommer l'iniquité. "

24. Proverbes, XVII, 15 : " Celui qui justifie le méchant et celui qui condamne le juste, sont tous deux abominables devant Dieu. "

25. Ibid., XXIX, 5-6 : " L'homme qui tient à son ami un langage flatteur, tend un filet à ses pieds ; - le filet enveloppera le méchant qui pèche et le juste louera Dieu et se réjouira. "

26. Ecclésiaste, VII, 6 : " Il vaut mieux être repris par un homme sage, que d'être séduit par les flatteries des insensés. "

27. JEREMIE, XI, 3-9 ; " Ils ont préparé leur langue comme un arc de mensonge, et non de vérité, ils se sont fortifiés sur la terre, parce qu'ils ne font que passer d'un crime à un autre, et qu'ils ne me connaissent pas, dit le Seigneur. - Que chacun se garde de son prochain, et que nul ne se fie son frère, parce que le frère ne pense qu’à perdre son frère et que l'ami use de tromperie contre son ami. - Chacun se rit de son prochain, et ils ne disent point entre eux la vérité, car ils ont instruit leurs langues à débiter le mensonge, et ils se sont étudiés à commettre l'injustice. - Votre demeure est au milieu d'un peuple tout rempli de fourberie ; ce sont des trompeurs, et ils ont refusé de me connaître dit le Seigneur. - Voici donc ce que dit le Seigneur des armées : Je vais les faire passer par le feu, et les éprouver. Car puis- je faire autre chose à l'égard de la fille de mon peuple ? - Leur langue est comme une flèche qui perce ; elle n'articule des mots que pour tromper ; ils ont la paix sur les lèvres en parlant à leurs amis, et en secret ils leur tendent des

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pièges. - Ne punirai-je point ces excès, dit le Seigneur, et ne me vengerai- je point d'une nation si criminelle ? "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. CHRYSOSTOME, Homélie II sur David et Saül (Cf. Opera S. Joann. Chrysost., tome IV, pag. 759-760, édit. du Montfaucon ; pag. 879, édit. de Gaume ; Homélies, etc., de saint Jean Chrysostôme, trad. par l'abbé Auger, tome III, pag. 213-214) : " Ce n'est pas seulement la pratique de la vertu, mais ce sont aussi les éloges et les hommages déférés à la vertu qui méritent récompense, comme ce n'est pas seulement le parti qu'on prendrait d'embrasser le vice, mais encore les louanges qu'on donnerait aux gens vicieux qui feraient encourir une punition sévère, et je dirai même, quelque singulier que cela puisse paraître, plus sévère que si l'on vivait soi-même dans le désordre. C'est une vérité qui nous est confirmée par saint Paul. Cet apôtre, après avoir énuméré tous les genres de malice, et s'être élevé avec force contre les hommes qui foulent aux pieds les lois divines, ajoute en parlant de leurs approbateurs (Rom., I, 32 ; II, 1) : Quoiqu'ils sachent fort bien que, d'après les règle de la justice de Dieu, ceux qui font ces actions sont dignes de mort (C’est le sens du texte grec), non-seulement ils se portent à faire ces même actions, mais encore ils applaudissent à ceux qui les commettent. C'est pour cela, ô homme, que vous êtes sans excuse. Vous voyez que saint Paul parle de manière à faire entendre que le désordre où l'on tombe en approuvant le mal est plus grave que ne l'est ce mal lui-même. Oui, approuver le crime est plus punissable que de le commettre ; et cela est d'autant plus vrai, que cette approbation donnée au crime est la marque d'une âme perverse et incorrigible. Celui qui fait le mal, mais le condamne en même temps, peut changer un jour et se corriger ; au lieu que celui qui approuve le vice se prive lui-même du remède qu'offre le repentir. Je conclus que c'est avec beaucoup de raison que saint Paul déclare qu'approuver le mal est quelque chose de pire que de le commettre. Comme donc celui qui loue les méchants mérite une punition égale ou même plus rigoureuse, ainsi celui qui admire les bons participe aux couronnes qui leur sont réservées. C'est ce qu'on peut voir encore dans les saintes Ecritures. Dieu, parlant à Abraham, lui dit : Je bénirai ceux qui vous béniront, et je maudirai ceux qui vous maudiront (Gen., XII, 3). "

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2. S. CYPRIEN, Serm. de lapsis : " Puisqu'il est écrit : O mon peuple, ceux qui t'appellent heureux te trompent ; ils dérobent à tes yeux le sentier où tu dois marcher ; caresser et endormir le pécheur par de trompeuses complaisances, c'est fomenter sa malice, et nourrir son mal au lieu de le guérir, tandis qu'en reprenant et en instruisant son frère par des conseils généreux, on le relève et on le conduit au salut. Je reprends et je châtie ceux que j’aime, dit le Seigneur. Ainsi le prêtre du Seigneur ne doit point tromper le pécheur par des ménagements perfides, mais il doit recourir pour le guérir aux remèdes qui sauvent. C'est un médecin malhabile, que celui qui se borne à palper d'une main légère des plaies envenimées et qui, au lieu d'extirper l'humeur maligne infiltrée dans les entrailles du malade, en accroît l'intensité par de vains palliatifs. Imprudent ! ouvrez la plaie, enfoncez le fer, et guérissez le mal par un remède énergique en retranchant les parties viciées. Le malade frémit et se débat sous la douleur ; qu'importe ? Dans quelques jours, lorsque la santé lui sera rendue, aux plaintes succèderont les actions de grâces. "

3. S. BASILE- LE-GRANHD, Homélie sur le psaume LXI : " Ils bénissaient de bouche, et maudissaient de cœur. Beaucoup en effet s'attachent à faire l'apologie du mal, appellent facétieux le bouffon, de bonne compagnie celui qui tient des discours orduriers, veulent qu'on n'ait que de l'estime pour l'homme emporté et colère, vantent l'esprit d'économie de l'homme parcimonieux et avare, la libéralité au contraire de l'homme prodigue, les mœurs faciles de l'impudique et de l'adultère : en un mot, ils pallient tous les vices sous le couvert des vertus qui les avoisinent. Les gens de ce caractère bénissent de bouche, et maudissent de cœur. Car leurs paroles laudatives sont au fond la condamnation de ceux qu'ils louent, et l'approbation qu'ils leur donnent ne fait autre chose que sceller leur condamnation aux supplices étemels. "

4. S. AUGUSTIN, in Ps. LXXXIV, Enarrat. I : " Dans tout ce que vous louez, vous ne louez les choses que parce qu'elles sont bonnes. Il faudrait avoir perdu l'esprit pour louer ce qui n'est pas bon. Si vous vouliez louer un homme injuste de son injustice même, ne seriez-vous pas injuste ? Si vous vouliez louer un voleur en cela même qu'il est voleur, ne seriez-vous pas par cela seul coupable du même vice ? Si au contraire vous louez un juste parce qu'il est juste, en louant sa justice n'avez-vous pas vous-même part à sa justice ? Vous ne loueriez pas un juste, si vous ne sentiez que vous l'aimez ; vous ne l'aimeriez

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pas, s'il ne se trouvait déjà en vous quelque sentiment de justice (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. VII, pag. 68). "

5. S. JEROME, Lib. I adversùs Pelagianos : " Si un serviteur de Dieu doit ne laisser sortir de sa bouche aucune parole amère et n'avoir rien que de doux et d'attrayant dans son langage, ou les prêtres et les docteurs ne sont pas des serviteurs de Dieu, eux qui doivent reprendre hardiment les pécheurs, et adresser leurs réprimandes indistinctement à tous, sans flatter personne, ou, s'ils sont non-seulement dos serviteurs de Dieu, mais même au premier rang de ses serviteurs, c'est sans raison que vous avez donné aux serviteurs de Dieu pour partage les paroles doucereuses et miellées ; tandis que c'est au contraire le propre des hérétiques et de ceux qui s’étudient à séduire leurs auditeurs, selon ce que dit saint Paul : Ces hommes ne servent point Jésus-Christ Notre-Seigneur, mais leur ventre, et par des paroles flatteuses ils séduisent les âmes simples. L'adulation est toujours insidieuse, adroite, caressante. Et c'est avec esprit que les philosophes ont défini le flatteur un ennemi qui cherche à enjôler. La vérité au contraire est amère, a l'air triste, porte un front ridé et déplaît à ceux qu'elle reprend. C'est ce qui a fait dire à l’Apôtre : Vous suis-je devenu odieux, pour vous avoir dit la vérité ? Le Poète comique a dit de son côté : La complaisance nous fait des amis, et la franchise nous fait des ennemis. C'est pourquoi Dieu ordonnait de manger l'agneau pascal avec des laitues amères, et le vase d'élection nous exhorte à célébrer la pâque dans la vérité et la sincérité. Que la vérité et la sincérité soient en nous, et l'amertume ne tardera pas à se faire sentir. "

6. Le même, Lib. II adversùs Jovinianum, c. 19 (al. 6) : " Il nous reste maintenant à aborder notre Epicure, qui s'embrase du feu de la volupté dans ses jardins, parmi des jeunes gens et des femmelettes. - Des hommes bien repus, bien propres et bien blancs se déclarent pour toi. Ajoute, si tu veux, une raillerie socratique ; tous les porcs, tous les chiens en font autant ; et, comme tu aimes la viande, ajoute aussi les vautours, les aigles, les éperviers et les hiboux. La multitude qui environne Aristippe ne nous effacera jamais. Tous ceux que je verrai beaux, que je verrai frisés et bouclés, leurs cheveux artistement rangés, leurs lèvres colorées, tous ceux-là sont de ton troupeau, ils grognent parmi les tiens. Ceux de notre bande sont tristes, pâles,

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incultes, comme étrangers dans ce siècle et, bien qu'ils se taisent de bouche, ils disent néanmoins d'allure et de geste (Ps. CXIX, 5) : Infortuné que je suis ! mon exil n'a point de terme. Je suis relégué parmi les tentes de Cédar, c'est-à-dire dans les ténèbres de ce monde (C’est le sens étymologique du mot hébreu) ; car la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point comprise (JEAN, I, 5). Ne te glorifie pas de ce que tu as de nombreux disciples ; le Fils de Dieu enseigna dans la Judée et il n'était suivi que de douze apôtres. J’ai foulé seul le pressoir, dit-il (Is., LXIII, 3), et aucun d'entre les peuples n'est venu se joindre à moi. Il resta seul dans sa passion, et la constance de Pierre à le suivre se laissa effrayer, tandis que le peuple entier applaudissait la doctrine des pharisiens, et disait : Crucifiez, crucifiez cet homme : nous n'avons d'autre roi que César (JEAN, XIX, 15), c’est-à-dire, nous suivons les vices, et non les vertus ; Epicure, et non pas le Christ ; Jovinien, et non l'apôtre Paul. Si plusieurs acquiescent à ton sentiment, ce n'est en eux qu'un indice de volupté car ils approuvent ton langage bien moins encore qu'ils ne plaident en cela la cause de leurs vices. Dans les places publiques, chaque jour un devin mensonger frappe au nez les sots (qui s'arrêtent le regarder), et en tordant son bâton, leur en fracasse les dents, après le leur avoir présenté à mordre ; et malgré cela, il ne manque pas de gens qu'il réussit à amorcer. Et toi, tu te targues d'une grande sagesse, parce que tu vois courir après toi de nombreux pourceaux, que tu nourris pour qu'ils servent de pâture à l'enfer ? Après ta prédication et ces bains ou se lavent également les hommes et les femmes, toute cette ardeur de volupté, qui auparavant couvrait d'un voile de pudeur ses turpitudes, se trouve à nu et exposé à la vue ; ce qui se passait auparavant dans le secret, parait maintenant en public. Tu as mis en évidence de tels disciples, tu ne les as pas faits. Ce qu'a produit ta doctrine, c'est que les péchés ne sont pas même suivis de repentir. Tes vierges, à qui, en travestissant les paroles de l’Apôtre, tu as enseigné ce que jamais personne n'avait lu ni entendu, qu'il vaut mieux se marier que de brûler, ont changé en maris ostensibles des époux secrètement adultères. Non, l’Apôtre, ce vase d’élection, n'a point donné ce conseil. Mais c'est le conseil dont parle Virgile (Enéid., IV, 172. Sa faute dans son cœur prend le nom d'hyménée) :

Conjugium vocat, hoc præetexit nomine culpam. "

" Il y a environ quatre cents ans que la prédication du Christ

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promène son flambeau dans le monde. Depuis lors, d'innombrables hérésies ont déchiré sa tunique. Presque toute erreur était venue de la nation chaldéenne, de la syriaque et de la grecque. Après tant d'années, Basilides, maître en fait de luxure et d'impudiques embrassements, se retrouve transformé en un Jovinien, Euphorbe d'un nouveau genre, afin que le peuple latin ait aussi son hérésie. N'y a-t-il eu dans tout l'univers aucune autre province qui ait reçu la prédication de la volupté et dans laquelle se soit glissé le serpent tortueux ; n'y en a-t-il eu aucune autre que celle qui, par les enseignements de Pierre, avait été fondée sur le Christ, cette pierre principale ? L'étendard de la croix et l'austérité de la prédication avaient détruit les temples des idoles ; mais la luxure, mais les passions des basses régions du corps de l'homme s'efforcent au contraire de renverser la puissance de la croix. Voilà pourquoi le Seigneur dit par Isaïe (III, 12) : Mon peuple, ceux qui vous béatifient vous séduisent et troublent les sentiers de vos pieds ; puis encore par Jérémie (LI, 6) : Fuyez du milieu de Babylone, et sauvez chacun votre âme, et (VI, 14) gardez-vous de croire aux faux prophètes qui disent : La paix, la paix, et il n'est pas de paix ; qui (VII, 4) ne cessent de crier : Temple du Seigneur, temple du Seigneur. Les visions de tes prophètes (Lament., II, 14) ne sont que mensonge et folie ; ils n'ont point dévoilé ton iniquité pour te rappeler à la pénitence ; eux (Ps. XIII, 4-5) qui dévorent le peuple de Dieu comme on dévore un aliment, ils n'ont point invoqué l'Eternel. Jérémie, qui annonce la captivité est lapidé par le peuple ; Ananias, fils d'Azur brisait pour le moment présent des colliers de bois, et en préparait de fer pour l'avenir. Toujours les faux prophètes promettent de douces choses, et plaisent un moment. La vérité est amère, et ceux qui la prêchent sont remplis d'âpreté : car c'est dans les azymes de vérité et de sincérité que se célèbre la pâque du Seigneur, et dans les amertumes qu'elle se mange. Une parole excellente, assurément, et bien digne d'être entendue de l'épouse du Christ, parmi les vierges, les veuves et les célibataires (nom qui leur vient de ce qu'ils sont dignes du ciel), c'est la sentence suivante : " Jeûnez rarement, mariez-vous souvent " ; car vous ne pouvez bien remplir l'œuvre du mariage, si vous ne prenez du vin, et des viandes, et des noyaux. Il faut des forces pour la volupté. La chair consumée par la diète maigrit bien vite. Gardez-vous de craindre la fornication. Celui qui une fois a été baptisé dans le Christ ne peut tomber ; car, pour satisfaire les passions, il a la ressource du mariage. Que si vous

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tombez, la pénitence vous réintégrera, après avoir été hypocrites dans le baptême, vous serez d'une solide foi dans la pénitence. Ne vous troublez pas, en vous imaginant qu'entre le juste et le pénitent il y ait quelque différence, et que le pardon ménage, il est vrai, une petite place dans la maison de Dieu, mais qu'il ôte la couronne. Il n'y a qu'une même rétribution pour tous. Celui qui sera à la droite, entrera dans le royaume des cieux. "

" C'est par de tels conseils que vos porchers sont plus riches que nos pasteurs, et que les boucs entraînent avec eux nombre de chèvres. Ils sont devenus comme des chevaux qui hennissent après leurs cavales (JEREM., V, 8) ; sitôt qu'ils ont vu des femmes, une ardeur furieuse les dévore et l'impatience de leur passion, (ô horreur !) ils cherchent à la justifier par des exemples pris dans l'Ecriture. Mais les femmelettes mêmes, ces piteuses créatures tout indignes qu'elles sont de pitié, chantent par manière de refrain ces paroles de leur précepteur : " Eh ! qu'est-ce que Dieu demande, si ce n'est la multiplication du genre humain ? " Et elles ont perdu non-seulement la pudicité mais encore la honte, en plaidant pour la volupté avec encore plus de lubricité qu'elles ne l'exercent. Tu as de plus dans ton armée plus d'un lieutenant ; tu as des gardes et des vélites gras et dodus, proprets, sémillants, tapageurs, qui te défendent avec les poings et les pieds. Les nobles te cèdent le haut des rues, les riches te baisent le front ; car, si tu n'étais venu, les riches ne pourraient entrer dans le paradis. Grandis donc en vertu, ou plutôt en vices. Tu as même dans tes camps des amazones à la mamelle découverte, au bras et aux genoux dénudés, et qui provoquent au combat des voluptés les hommes qui vont à leur rencontre. Puis, comme tu es un riche père de famille, tu nourris dans tes volières, non pas des tourterelles, mais des huppes, qui volent par tous les égouts des fétides voluptés. Harcèle-moi, renverse -moi, reproche-moi quels crimes tu voudras, accuse-moi de vivre dans la luxure et les délices, tu ne m'en aimeras que davantage, si tel je suis, car je serai de ton bétail. "

" Mais je te parlerai, à toi qui, en confessant le Christ, as détruit le blasphème écrit sur ton front, Cité puissante, Cité maîtresse du monde, Cité louée par la voix de l’Apôtre (Rom., I, 8), interprète ton nom. Rome est un nom de force chez les Grecs, un nom de sublimité chez les Hébreux. conserve ton nom : que ta force te rende sublime, et que la volupté ne vienne pas t’abaisser. La malédiction dont le Sauveur te menace dans l'Apo-

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calypse, tu peux t'y dérober par la pénitence ; car tu as l'exemple des Ninivites. Prends garde au nom de Jovinien, nom dérivé des idoles. Le Capitole n'a plus son autel ; les cérémonies et les temples de Jupiter sont tombés. Pourquoi son nom et ses vices seraient-ils en honneur chez toi ? Encore sous les rois et sous Numa Pompilius, tes ancêtres adoptèrent avec moins de peine la continence de Pythagore, que sous les consuls la luxure d'Epicure. "
 
 

Question VIII

Quand est-ce que, par réticence de notre part, nous devenons cause du péché d’autrui ?

C'est lorsqu'en gardant le silence mal à propos, nous causons un dommage, soit à quelqu'un de nos subordonnés soit à tout autre de nos semblables. Par exemple, c'est ce qui arrive, si, chargé d'enseigner, d'avertir ou de reprendre un individu ou une communauté nous cessons sans un juste sujet de remplir cette fonction dans un moment où par-là nous nous serions rendus utiles. C'est pourquoi le Seigneur dans Isaïe adresse cet avis à tout prédicateur de l’Evangile : Criez sans cesse, faites retentir votre voix comme une trompette ; annoncez à mon peuple les crimes qu'il a commis, et à la maison de Jacob ses prévarications. Apprenons d'un autre côté le péril que courent ceux qui, n'ayant pas la force d'aboyer, sont appelés non sans raison des chiens muets : Si, lorsque je dirai a l’impie : Vous serez puni de mort, vous ne lui annoncez pas ce que je vous dis, et si vous ne lui parlez pas afin qu’il se détourne de la voie de son impiété et qu'il vive, l’impie mourra dans son iniquité, mais je vous redemanderai son sang. Tant il est nécessaire d'observer ce que saint Paul recommande avec de si fortes instances : Annoncez la parole aux hommes ; pressez-les à temps, à contretemps ; reprenez, suppliez, menacez, sans vous lasser jamais de les supporter et de les instruire ; comme ce qu'il dit ailleurs : Reprenez devant tout le monde ceux qui se rendent coupables de quelque crime, afin que les autres aient de la crainte.

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TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. ISAIE, LVIII, 1 : " Criez sans cesse, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

2. JEREMIE, XXIII, 21-22 : " Je n'envoyais pas ces prophètes et ils couraient ; je ne leur parlais point et ils prophétisaient - s'ils eussent assisté à mon conseil, ils auraient fait entendre mes paroles à mon peuple, et l'auraient détourné de ses voies perverses et de l'iniquité de ses pensées. "

3. Id., XXVI, 1-3 : " Au commencement du règne de Joachim, fils de Josias, roi de Juda, le Seigneur me dit ces paroles. - Voici ce que dit le Seigneur : Tiens-toi sur le seuil de la maison du Seigneur, et tu feras entendre à tous les habitants des villes de Juda, qui viennent adorer dans la maison du Seigneur, tout ce que je t'ai ordonné de leur dire. N'en retranche pas une parole. - Peut-être écouteront-ils et reviendront-ils de leur mauvaise voie ; et je me repentirai du mal que j'ai résolu de leur faire à cause de la malice de leur cœur. "

4. Id., L, 1-2 : " Paroles du Seigneur contre Babylone, et contre le pays des Chaldéens par la bouche de Jérémie prophète. - Annoncez ceci parmi les nations, et faites-le entendre ; levez l'étendard, publiez, ne cachez rien, dites : Babylone est prise, Bel est confondu, Mérodach est vaincu ; leurs statues sont brisées et leurs idoles sont renversées. "

5. JONAS, I, 1-4 : " Le Seigneur adressa sa parole à Jonas, fils d’Amathi, et lui dit : - Lève-toi, et va dans Ninive la grande ville ; là, élève la voix, parce que sa malice est montée jusqu'à moi. - Et Jonas se leva pour fuir à Tharsis, de devant la face du Seigneur. Il descendit à Joppé, et ayant trouvé un vaisseau qui faisait voile pour Tharsis, il y entra avec les autres, et paya son passage pour aller à Tharsis et fuir de devant la face du Seigneur. - Mais le Seigneur envoya sur la mer un vent furieux, etc. "

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6. I Corinthiens, IX, 16-17 : " Car si je prêche l’Evangile, ce n'est point pour moi un sujet de gloire, puisque je suis obligé nécessairement à ce ministère ; et malheur à moi, si je ne prêche pas l’Evangile ! Si je le prêche de bon cœur, j'en aurai la récompense ; mais si je ne le fais qu’à regret, je m'acquitte seulement de l'emploi qui m'a été confié. "

7. ISAIE, LVI, 10 : " Les gardiens d'Israël sont aveugles et sans intelligence ; ce sont des chiens muets qui ne sauraient aboyer, qui ne voient que de vains fantômes qui dorment et qui se plaisent dans leurs songes. "

8. EZECHIEL, III, 17-21 : " Fils de l'homme, je t'ai établi sentinelle dans la maison d'Israël, tu écouteras la parole de ma bouche, et tu leur annonceras ce que tu auras appris de moi. - Si, quand je dis à l'impie : Tu mourras, tu négliges de le lui annoncer, et que tu ne lui parles pas, pour qu'il se détourne de sa voie impie, et qu'il vive, l'impie mourra dans son iniquité mais je te redemanderai son sang. - Si au contraire tu annonces à l'impie la vérité, et qu'il ne se convertisse pas de son impiété, et ne quitte pas sa voie criminelle, il mourra dans son iniquité mais toi, tu auras délivré ton âme. - Que si le juste abandonne sa justice, et commet l'iniquité, je mettrai devant lui une pierre d'achoppement ; il mourra, parce que tu ne l'auras pas averti, il mourra dans son péché et le souvenir de toutes les actions de justice qu'il avait faites sera effacé ; mais je te redemanderai son sang. - Que si au contraire tu avertis le juste de ne pas pécher et qu'il ne pèche pas, il vivra certainement parce que tu l'auras averti, et tu auras délivré ton âme. "

9. Id., XXXIII, 1-9 : " Le Seigneur me dit encore ces paroles : - Fils de l'homme, parle aux enfants de ton peuple, et dis-leur : lorsque j'aurai amené le glaive sur une terre, et que le peuple de cette terre prenant l'un des derniers des siens l'aura établi pour lui servir de sentinelle, , - et que cet homme ensuite, voyant le glaive s'avancer sur cette terre, aura sonné de la trompette et averti le peuple ; - si celui qui a entendu le son de la trompette ne se tient pas sur ses gardes, et que l'épée survenant l'emporte et le tue, quel que puisse être cet homme, son sang retombera sur sa propre tête : - car il a entendu le son de la trompette, et il ne s'est pas tenu sur ses gardes ; il sera responsable de son sang versé ; mais s'il se tient sur ses gardes, il sauvera sa propre vie. - Si au contraire la sentinelle, voyant le glaive s'avancer, ne sonne point de la trom-

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pette, et que le peuple ne se tenant point sur ses gardes, le glaive survienne et leur ôte la vie, ils seront surpris dans leur iniquité ; mais je redemanderai leur sang à la sentinelle infidèle. Maintenant, fils de l'homme, tu es celui que j'ai établi pour servir de sentinelle à la maison d'Israël ; tu écouteras donc les paroles de ma bouche, et tu leur annonceras ce que je t’aurai dit. - Si, lorsque je dirai à l'impie : Impie, tu mourras très certainement, tu ne parles pas à l'impie pour qu'il se retire de sa mauvaise voie, s'il meurt ensuite dans son iniquité, je te redemanderai son sang à toi-même - Mais si tu avertis l'impie de se convertir, et de quitter s avoie, et que néanmoins il ne se convertisse point, ni ne quitte sa voie, il mourra dans son iniquité et tu auras délivré ton âme. "

10. Actes, XX, 17-21, 26-27 : " Etant à Milet, Paul envoya à Ephèse pour faire venir les prêtres de cette Eglise ; - Et quand ils se furent rendus et assemblés auprès de lui, il leur dit : Vous savez de quelle manière je me suis conduit pendant tout le temps que j'ai été avec vous, depuis le premier jour où je suis entré en Asie ; - servant le Seigneur en toute humilité et avec larmes, parmi les traverses qui m'ont été suscité par les Juifs. - Et je ne vous ai rien caché de tout ce qui pouvait vous être utile, rien ne m'ayant empêché de vous l'annoncer, et de vous en instruire et en public et en particulier, - prêchant aux juifs aussi bien qu'aux gentils de revenir à Dieu par la pénitence et de croire en Notre-Seigneur Jésus-Christ - Je vous déclare donc aujourd'hui que je suis innocent du sang de vous tous. - Car je n'ai point hésité à vous annoncer toutes les volontés de Dieu. "

11. ISAIE, VI, 5 : " Malheur à moi, parce que je me suis tu. "

12. Esther, IV, 13-14 : " Mardochée envoya dire à Esther : Ne croyez pas que, parce que vous êtes dans la maison du roi, vous puissiez seule sauver votre vie, si tous les juifs viennent à périr : - car si vous demeurez maintenant dans le silence, Dieu trouvera quelque autre moyen pour délivrer son peuple, et vous périrez, vous et la maison de votre père. Et qui sait si ce n'est point pour cela même que vous avez été élevé à la dignité royale, afin d'être en état d'agir dans une occasion comme celle-ci ? "

13. II Timothée, IV, 2 : " Annoncez ma parole, etc. (comme dans le corps de la réponse.) "

14. Tite, I, 7, 9, 12, 13 : " Il faut que l'évêque etc. -

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Qu'il soit fortement attaché aux vérités de la foi, telles qu'on les lui a enseignées, afin qu'il soit capable d'exhorter selon la saine doctrine, et de convaincre ceux qui s'y opposent, etc. Un de leurs compatriotes, dont ils se font un prophète a dit d'eux : les Crétois sont toujours menteurs : ce sont de méchantes bêtes qui n'aiment qu’à manger et à ne rien faire. - Ce témoignage qu'il rend d'eux est véritable. C'est pourquoi reprenez-les fortement, afin qu'ils conservent la pureté de la foi. "

15. Ibid., II, 15 : " Prêchez ces vérités : exhortez et reprenez avec une pleine autorité. Que personne ne vous méprise. "

16. I Timothée, V, 20 : " Reprenez devant tout le monde les pécheurs, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

17. Lévitique, XXIX, 17 : " Vous ne haïrez point votre frère en votre cœur, mais vous le reprendrez publiquement, de peur que vous ne péchiez vous-même à son sujet. "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. BERNARD, Serm. de Nativitate S. Joannis Baptistæ : " Que personne parmi vous, mes frères, ne flatte les vices ; que personne ne dissimule les péchés. Que personne ne dise : Est-ce que je suis le gardien de mon frère ? Que personne ne voie d'un œil indifférent l'ordre s'altérer, la discipline s'affaiblir. Car c'est consentir au mal, que de garder le silence quand on peut élever la voix, et nous savons que le même châtiment est réservé à ceux qui font le mal et à ceux qui y consentent. "

2. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Pastoral, 2e partie, chapitre IV (On trouvera ce même passage répété dans la lettre de saint Jean de Constantinople (Lib. I, Epist. 24)) : " Les évêques doivent savoir garder le silence avec discrétion et ne parler que pour dire des choses utiles, de telle sorte qu'ils ne fassent jamais connaître ce qui doit être ignoré et qu'ils ne s'obstinent point à taire ce qu'il serait utile de divulguer ; car de même qu'une parole imprudente peut induire les hommes en erreur, de même aussi un silence gardé mal à propos entretient dans l'ignorance ceux qu'on pourrait instruire par un mot. Il arrive souvent que des évêques imprévoyants, dans la crainte de perdre la bienveillance des hommes, n'osent leur donner avec franchise des avertissements utiles ; ils n'ont pas le courage de dire la vérité, ils ne gouvernent pas leur troupeau comme de vrais pasteurs ; ils ressemblent à des mercenaires ; en se cachant

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ainsi dans leur silence, c'est comme s'ils fuyaient quand le loup approche. C'est à ces pasteurs que Dieu adresse ces paroles par l'organe d'un prophète (Is., LVI, 40) : Ce sont des chiens muets qui ne sauraient aboyer. Il s'en plaint encore par ces paroles d'un autre prophète (EZECH., XIII, 5) : Vous ne vous êtes point présentés sur la brèche et vous n'avez point élevé de rempart devant la maison d'Israël afin de tenir ferme dans le combat au jour du Seigneur. Monter sur la brèche c'est parler librement contre les puissances du siècle pour la défense du troupeau ; et tenir ferme dans le combat au jour du Seigneur, c'est résister aux efforts des méchants, en soutenant avec ardeur les intérêts de la justice. En effet, ne peut-on pas dire qu'un pasteur abandonne son poste, quand il garde le silence et qu'il craint de faire entendre des paroles sages et utiles ? Mais celui qui a le courage d'exposer sa vie pour la défense de son troupeau, s'oppose comme une muraille aux ennemis de la maison d'Israël. C'est de ces pasteurs lâches, qui abandonnent leur peuple, que le Seigneur a dit encore (THREN., II, 9) : Ces prophètes n'ont eu que des visions folles et mensongères ; ils ne t’ont pas ouvert les yeux sur tes iniquités pour te porter au repentir. Les docteurs de la loi sont souvent appelés prophètes dans l'Ecriture sainte, parce qu'en enseignant combien sont fragiles les biens de ce monde, ils découvrent la solidité des biens futurs. Dieu dit qu'ils ont eu des visions mensongères parce que, n'osant blâmer la conduite du pécheur, ils l'entretiennent dans ses vices par une fausse sécurité qui le trompe, et ils n'osent lui ouvrir les yeux sur ses iniquités, en gardant le silence tandis qu'ils devraient l'exciter à la pénitence. Les réprimandes du pasteur sont semblables à une clef qui ouvre ; car de justes reproches font reconnaître des fautes que celui qui les a commises ignore souvent lui-même. C'est pourquoi Paul a dit (Tite, I, 9) : Qu'il soit fortement attaché aux maximes qui sont conformes à la foi et à la doctrine de Jésus- Christ afin qu'il soit en état d'enseigner la saine doctrine et de convaincre ceux qui la contredisent. C'est aussi ce qui a fait dire au prophète Malachie (II, 7) : Les lèvres du prêtre seront les dépositaires de la science, et on recherchera de sa bouche la connaissance de la loi, parce qu'il est l'ange du Seigneur des armées. Et le prophète Isaïe donnait cet avertissement de la part de Dieu à tous les pasteurs (LVIII, 1) : Crie, crie sans cesse, que ta voix retentisse comme la trompette. En effet, quiconque se charge du sacerdoce, prend les fonctions de héraut ; il marche pour ainsi dire devant le juge terrible qui

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doit le suivre, et il annonce son arrivée. Si donc un prêtre ne fait point annoncer la parole divine, héraut muet, comment pourra-t-il s'acquitter de ses fonctions ? Le Saint-Esprit descendit en forme de langues sur les premiers pasteurs de l'Eglise, pour montrer que ceux qu'il remplit de ses dons doivent s'empresser de les communiquer. Dieu ordonna à Moïse d'attacher des sonnettes à la robe dont le prêtre devait être revêtu lorsqu'il entrait dans le tabernacle, pour lui rappeler qu'il devait annoncer la vérité et ne point provoquer par son silence la colère du souverain juge, qui a les yeux fixés sur lui ; car il est écrit (Exode, XXVIII, 35) : Et on entendra le bruit qu'il fera avec ses sonnettes, soit lorsqu'il entrera dans le lieu saint en la présence du Seigneur, soit lorsqu'il en sortira, et à cette condition, il ne mourra point. Un prêtre qui sort et qui entre sans qu'on l'entende, c'est-à-dire qui poursuit son chemin sans prêcher la vérité, sera puni de mort, parce que son silence allume la colère du juge invisible. "

3. S. AUGUSTIN, Epist. CIX (al. 211), ad Monachas : " Si vous remarquez dans quelqu'une d'entre vous de ces regards effrontés, avertissez-la sans délai pour empêcher le mal d'empirer, et l'étouffer dès sa naissance. Que si, quoiqu’avertie, elle retombe, soit sur-le-champ, soit dans quelque autre occasion, celle qui s'en aperçoit doit en faire le rapport, afin qu'on puisse y apporter remède. Mais il faut pour cela qu'elle fasse préalablement remarquer ce qui se passe à une ou deux de ses sœurs pour que, se trouvant convaincue par la bouche de deux ou trois témoins, la coupable puisse être punie comme elle le mérite. Et ne pensez pas qu'on puisse vous accuser de malignité lorsque vous ferez de ces sortes de rapports : vous seriez coupables au contraire, si, pouvant guérir vos sœurs en les déférant, vous les laissiez périr faute de rompre le silence à leur sujet. Si une de vos sœurs avait sur son corps une plaie qu'elle voudrait tenir cachée de peur qu'on n'y portât le scalpel, ne serait-ce pas une cruauté à vous de n'en rien dire, et n'y aurait-il pas au contraire de la charité à la faire connaître ? A combien plus forte saison ne devez-vous pas découvrir les plaies de leurs âmes, qu'il est incomparablement plus dangereux de laisser s'envenimer que celles du corps ?. . . "

" Ce que je viens de dire de cette espèce de fautes, doit s'observer exactement pour toutes les autres, et il faut garder le même ordre pour les découvrir et les arrêter dès leur naissance, c'est-à-dire, déférer, convaincre et punir les coupables, ce qui doit se

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faire avec beaucoup de haine pour le mal lui-même mais toujours avec beaucoup de charité pour les personnes (Cf. Lettres de saint Augustin, t. VI, p. 46-48). "

4. Le même, Lib. L, Homiliarum, Hom. 7 : " Si vous voulez bien y faire attention, vous verrez, mes frères, que non-seulement les évêques, mais encore tous les prêtres et tous les ministres de l'Eglise, occupent des postes fort critiques pour leur salut. Car, c'est à eux que l'Esprit-Saint adresse cette injonction : Criez sans cesse, faites retentir votre voix comme une trompette ; annoncez au peuple les crimes qu'il a commis, et à la maison de Jacob ses prévarications (Is., LVIII, 1). Et cette autre encore : Si vous ne reprochez pas au pécheur son iniquité, je vous redemanderai son sang (EZECH., III, 18). C'est d'eux aussi que l'Apôtre disait aux fidèles : Obéissez à vos conducteurs, et soyez soumis à leur autorité, car ce sont eux qui veillent pour le bien de vos âmes, comme devant en rendre compte (Hébr., XIII, 7). Si chacun de vous, mes frères, peut à peine soutenir le compte qu'il aura à rendre de sa propre conduite au jour du jugement, que sera- ce des prêtres à qui le souverain juge redemandera les âmes de tous ceux qu'ils auront eus à gouverner ? A la vue donc du péril où nous sommes, priez pour nous, afin que par notre attention à procurer l'aliment spirituel au troupeau qui nous est confié, nous méritions pour le dernier jour un témoignage favorable. Observez avec attention ce que j'ai la volonté de vous dire, si je puis, avec le concours de vos prières, trouver mon appui dans celui dont la pensée seule m'inspire de la crainte. Entre autres instructions qui s'adressent aux évêques, l'Apôtre dit qu'ils doivent être capables d'exhorter selon la saine doctrine, et de convaincre ceux qui s'y opposent (Tite, I, 9). C'est là un grand honneur, mais en même temps un grand fardeau. J'espérerai toutefois de la miséricorde de Dieu que, touché des prières que vous lui ferez pour nous, il nous délivrera du piège des chasseurs, et de la parole âpre et piquante (Ps. XC, 3). Car il n'y a rien qui ralentisse plus le zèle des ministres de Dieu à reprendre les contradicteurs, que la crainte d'en être repris soi-même ou d'essuyer leur critique. En redoutant outre mesure les détractions, les railleries, les insultes des hommes superbes, en appréhendant de leur part quelque atteinte à notre bonheur d'ici-bas et à nos biens temporels, il peut arriver que nous prêchions avec moins de force qu'il ne faut les vérités éternelles. Et c'est ainsi que la peur de nous voir dépouillé par le crédit

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des méchants de quelque avantage de la vie présente, peut nous faire négliger le soin d'appliquer des remèdes convenables à leurs maux spirituels. Il est donc à craindre que nous n'ayons à rendre au jour du jugement un compte sévère, tant pour nous que pour ceux à qui nous n'aurons pas osé parler durement par un effet de notre affection pour les biens terrestres. "

5. S. PROSPER (Ou plutôt Julien Pomère, auteur de l’ouvrage cité ici), Lib. 1 de vitâ contemplativâ, c. 20 : " Quant à ce que dit l'Apôtre, que nous devons servir de modèle aux fidèles, qu'en sera-t-il, si celui qui est chargé d'encourager les bons et de reprendre les méchants, en même temps qu'il présente aux bons des exemples à imiter dans la régularité de sa vie, n'ose pas élever la voix pour réprimer les méchants ? Car si le prêtre est particulièrement obligé de bien vivre, c'est, si je ne me trompe, pour qu'il n'anéantisse pas l'effet de ses paroles par une conduite toute opposée en faisant le contraire de ce qu'il recommande publiquement, ou en osant prêcher une doctrine différente de celle qu'il pratique. S'il agit autrement, il n'aura aucun succès auprès de ceux qui connaîtront sa manière de vivre, parce qu'il est préposé à l’Eglise de Dieu non-seulement pour servir d'exemple aux autres par une vie régulière, mais encore pour représenter avec courage aux pécheurs leur triste état, leur montrer le châtiment qui leur est réservé s'ils s'endurcissent, la gloire qui les attend s'ils se convertissent ; ne désespérer du salut d'aucun, n'en rebuter aucun, pleurer sur ceux qui refusent de s'amender, à l'exemple de l'Apôtre qui disait : Je crains d'être obligé d'en pleurer plusieurs, qui étant déjà tombés en plusieurs dérèglements, n'en ont point fait pénitence (II Cor., XII, 21) ; comme il disait encore : Qui est faible, sans que je m'affaiblisse avec lui ? Qui est scandalisé sans que je sois embrasé de zèle ? (II Cor., XI, 29) ? Persuadé donc que, s'il a de la partialité pour les riches et les puissants, de la complaisance enfin pour ceux qui vivent dans le désordre, il les perdra et se perdra lui-même avec eux, il ne doit négliger, ni de mener une vie sainte pour le bon exemple, ni d'instruire les fidèles pour l'acquit de la charge qui lui est confiée dans la certitude où il est qu'il ne lui servira de rien de mener lui-même une vie irréprochable s'il n'en a pas moins à répondre de la perte des âmes, tandis qu'un autre qui ne serait point obligé d'enseigner à ses semblables la voie du salut, n'aurait du moins en se perdant à être puni que

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pour le mal qu'il aurait fait lui-même. Mais celui à qui la prédication de l’Evangile a été confiée aurait beau vivre saintement ; s'il rougit ou s'il craint de reprendre ceux qui mènent une vie criminelle, il périra avec ceux que son silence aura laissé se perdre. Et de quoi lui servira-t-il de n'avoir pas de péchés personnels à expier, s'il doit porter la peine des péchés des autres ? Ou je me trompe fort, ou c'est là ce que le Seigneur a voulu dire par ces paroles adressées figurément au prophète Ezéchiel : Fils de l'homme, je vous ai établi comme sentinelle sur toute la maison d'Israël (EZECH., III, 17; XXXV, 2-7). Et nous ne devons pas regarder comme une expression indifférente qu'il appelle le prêtre du nom de sentinelle ; car de même qu'une sentinelle doit se placer dans un lieu élevé pour que sa vue puisse embrasser plus d'objets, de même le prêtre doit se proposer ce qu'il y a de plus sublime, et s'élève au-dessus de tous les autres par sa sainteté et par sa science, pour pouvoir instruire avec fruit ceux qu'il a sous sa conduite. Voyons maintenant ce que Dieu va dire au Prophète : Vous écouterez la parole de ma bouche, et vous leur annoncerez ce que vous aurez appris de moi (EZECH, III, 17). Car le prêtre ne doit dire que ce qu'il a appris dans les livres saints, que ce que Dieu peut lui avoir inspiré et non ce qu'il aurait découvert par des moyens purement naturels. Vous leur annoncerez de ma part, lui dit-il. De ma part, et non de la vôtre ; ce sommes paroles que vous répéterez. Vous n'aurez point à vous glorifier de ce que vous aurez dit comme du produit de votre propre génie, c’est de ma part que vous l'aurez annoncé. Mais écoutons ce qu'il va annoncer. Si, lorsque je dirai à l’impie, Vous serez puni de mort, vous ne lui annoncez pas ce que je vous aurai dit, et si vous ne lui parlez pas afin qu'il se détourne de la voie de son iniquité et qu'il vive, l'impie mourra dans son impiété, mais je vous redemanderai son sang (EZECH., III, 18). Quoi de plus explicite, de plus clair que ces paroles ? Si vous ne parlez pas à l'impie pour qu'il se garde de son impiété et qu'ainsi il vienne à périr, je vous redemanderai son sang ; c'est-à-dire, si vous ne lui représentez pas ses péchés, si vous ne l'en reprenez pas, afin qu'il se convertisse de son impiété et qu'il vive, je livrerai aux flammes éternelles, et vous-même qui ne l'aurez pas repris, et lui que vous aurez autorisé à pécher par votre silence. Quel est le cœur de bronze ou de rocher qui ne s'effraierait à cette pensée ? Quel est l'esprit si incrédule que cette pensée ne rendrait croyant ? "

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6. S. ISIDORE, Lib. III de summo bono, c. 44 : " Tous les temps ne conviennent pas à l'instruction, selon cette maxime de Salomon, qu'il y a temps de se taire comme il y a temps de parler (Eccles., III, 7). Sans se laisser dominer par la crainte, mais par une discrétion que leur commandent les dispositions perverses des méchants, les bons doivent quelquefois s'abstenir d'enseigner à ces premiers les prescriptions de la loi. Quelquefois les docteurs de l'Eglise, malgré l'ardeur de la charité dont ils sont embrasés, s'imposent à eux-mêmes le silence, parce qu'ils ne voient personne qui les écoutent ainsi que le déclare le Prophète par ces paroles (JEREM., XIII, 19) : Les villes du Midi sont fermées, et il n'y a personne qui les ouvre. Que celui qui est chargé de l'instruction des autres sache au besoin dissimuler les fautes qu'il voit commettre, lorsqu'il ne croit pas pouvoir obtenir sur-le-champ qu'on s'en corrige. Car s'il peut faire cesser le mal et qu'il le dissimule néanmoins, il devient coupable comme s'il y donnait son consentement. "

7. Ibidem, c. 45 : " Ceux à qui est confiée la mission d'enseigner remplissent une fonction périlleuse, lorsqu'il s'agit pour eux de s'élever contre des contradicteurs de la vérité et c'est à ceux-là que s'adressent ces paroles du Prophète, qui nous font envisager l'accomplissement d'un tel devoir comme le plus haut degré de la justice chrétienne : Montez sur une haute montagne, vous qui annoncez l’Evangile à Sion (Is., XL, 9) ; c'est-à-dire que le prédicateur de l'Evangile doit autant surpasser les autres par son mérite qu'il les surpasse par son rang. En conséquence, pour que la crainte ne lui fasse pas négliger l'office de l'enseignement, qu'il fasse attention à ces paroles : Vous donc, ceignez vos reins, allez promptement, et dites-leur tout ce que je vous commande. N'appréhendez point de paraître devant eux, parce que je ferai que vous n'en aurez aucune crainte (JEREM., I, 17). Ces mêmes paroles nous font voir que c'est un don de Dieu que d’être exempt de crainte. Celui qui fait acception des personnes, et qui craint de dire la vérité à celui qui a la puissance en main, se rend gravement coupable devant Dieu. Trop de prêtres en effet tiennent la vérité cachée dans la crainte de s'attirer l’animadversion des hommes puissants. Et c'est se rendre criminel, que de se laisser détourner de son devoir, comme de celui d'enseigner la vérité par la crainte ou par les menaces. Mais le principe, hélas, de cette crainte, c'est ou que l'on est dominé par l'amour des commodités du siècle, ou qu'on est soi-

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même impliqué dans quelque honteux désordre. Beaucoup de pasteurs des églises, dans la crainte de perdre les bonnes grâces de la puissance séculière ou de s'attirer de fâcheuses inimitiés, ne reprennent point les pécheurs et déclinent le devoir de s’élever contre les oppresseurs des pauvres, et ils oublient qu'ils auront à rendre compte du dépôt de la vérité qui leur est confié et de ce silence qu'ils gardent devant un peuple qu'ils sont obligés d'instruire. Lorsque les pauvres sont opprimés par les hommes puissants, les bons prêtres prennent hautement la cause des premiers, et sans craindre de se faire des ennemis, ils reprennent ouvertement les oppresseurs des pauvres, réprouvent leurs actes, les séparent de la communion des fidèles, et se mettent peu en peine du mal qu'ils peuvent en essuyer : car le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis (JEAN, X, 11). De même qu'un pasteur vigilant défend ses brebis contre les bêtes féroces, ainsi le ministre de Dieu doit être plein de sollicitude pour le troupeau de Jésus- Christ et empêcher que l'ennemi n'y porte ses ravages, que la persécution n'y jette le désordre et que les pauvres ne soient mis en danger par la cupidité des hommes puissants. Les mauvais pasteurs au contraire ne se mettent pas en peine de leurs brebis, mais ils font comme ces mercenaires dont parle l’Evangile, et qui prennent la fuite quand ils voient le loup approcher. Car c'est comme s'ils fuyaient, que de se taire devant la force, et de n'oser résister aux méchants. "

8. Ibidem, c. 46 : " Les prêtre porteront la peine de l'iniquité de leurs peuples, s'ils négligent, soit de les guérir de leur ignorance, soit de les corriger de leurs vices, ainsi que le Seigneur le déclare par son prophète : Je vous ai donné pour sentinelle à la maison d'Israël. . . Si vous ne parlez pas à l'impie afin qu'il se détourne de son impiété, il mourra dans son iniquité, mais je vous redemanderai son sang (EZECH., XXXIII, 17, 18). C'est ainsi que le grand-prêtre Héli a été condamné à cause des désordres de ses fils, qu'il reprenait cependant, mais moins sévèrement qu'il ne devait. Les prêtres doivent faire attention aux désordres de leurs peuples, et examiner la conduite de chacun avec une prudente sollicitude, conformément à cet avertissement que le Seigneur donnait à Jérémie (VI, 27) : Je vous ai établi sur ce peuple pour le mettre à la dernière épreuve, pour sonder leurs voies et leurs désirs et pour les connaître. Les prêtres doivent discuter avec soin la conduite de ceux qui leur sont soumis, pour les corriger de leurs vices et faire la conquête de leurs âmes. Mais autant il convient

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de reprendre ceux qui pèchent, autant il importe de ne pas blesser ceux qui remplissent leurs devoirs. Les prêtres doivent exercer leur sollicitude sur ceux qu'ils voient se perdre, afin de les ramener au bien s'il est possible, ou s'ils les trouvent incorrigibles, de les séparer à temps du reste des fidèles. Ceux-là surtout encourent un reproche sévère qui, prenant à tâche en quelque sorte d'abuser les pécheurs, non-seulement ne leur font pas de réprimandes, mais les flattent encore dans leurs désordres, selon ce que dit le Prophète (Is., IX, 16) : Alors ceux qui appellent ce peuple heureux se trouveront être des séducteurs et ceux qu'on flatte de ce bonheur se trouveront avoir été conduits dans le précipice. Le pécheur qui ne profite pas de l'avertissement qui lui a été donné en secret, doit être repris publiquement, afin que sa plaie, que n'a pu guérir un palliatif discret, puisse être cautérisée par ce violent remède. Une réprimande secrète n'est pas ce qui convient pour la répression d'un désordre public. Ceux qui font le mal en plein jour doivent être repris de même afin que cela serve à corriger avec eux ceux qui déjà se seraient portés à les imiter. Et c'est ainsi que la correction exercée à l'égard d'un seul peut profiter à l'amendement d'un grand nombre. Car il vaut beaucoup mieux qu'un seul soit condamné pour que tous les autres soient sauvés, que d'exposer par de timides ménagements pour un seul le salut de tous. La sévérité de la réprimande doit être mesurée sur le besoin spirituel des délinquants. S'il est besoin d'assaisonner la correction de quelques paroles amères, il faut au moins que la charité règne toujours au fond du cœur. On peut reprendre durement ceux qu'on est chargé d'instruire, sans se dépouiller pour cela de l'affection qu'on a pour eux. Ceux qui ne peuvent supporter la correction taxent d'orgueil ceux qui l'exercent, et ce qui n'est qu'exactitude dans les pasteurs fidèle paraît aspérité aux méchants, dont l'esprit mal disposé ne sait qu'interpréter en mal les intentions les plus pures. "

9. S. JEROME, in Ezechielis caput III, sur ces paroles, Si dicente me ad impium, etc. : " On s'expose à un grand danger, quand on retient dans le silence les oracles de Dieu par l'un de ces trois motifs : la crainte, la nonchalance et l'adulation. C'est ce qui a fait dire a Isaïe (VI, 5) : Malheur à moi, parce que je me suis tu. Les paroles qui suivent d'Ezéchiel : Pour vous, vous aurez délivré votre âme, ont quelque rapport avec celles-ci de l'Apôtre : Si l'ouvrage de quelqu'un est brûlé, il en souffrira la perte, il ne laissera pas néanmoins d'être sauvé, mais ce sera comme en passant

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le feu (I Cor., III, 15), qui éprouvera la sentinelle placée pour avertir, soit qu'elle se trouve innocente de la mort de l'impie qui se sera perdu, soit qu'elle s'en trouve coupable. Car l'ouvrage qui appartient proprement au maître, c'est le salut de son disciple. Et il est bon d'observer qu'un juste peut tomber, et qu'un pécheur au contraire, qu'instruit un maitre habile, peut rentrer dans la bonne voie. Les bonnes actions ont donc toujours besoin d'un maître qui les encourage, de peur que celui qui s'y est d'abord porté ne vienne à tomber, et à se retirer du sentier de la vertu. "

10. Le même, in caput XXXIII, sur ces paroles, Terra cùm induxero, etc. : " Nous apprenons de là qu'un homme, quelque pécheur et quelque impie qu'il soit, s'il consent à écoute les paroles d'un maître et qu'il fasse pénitence, peut être guéri de son impiété et qu'un maître au contraire peut se perdre s'il manque au devoir qui lui est imposé d'instruire, soit par la crainte qu'il aurait d'encourir une disgrâce, soit par le désespoir qu'il concevrait du salut du pécheur ; car alors il serait coupable de la perte de celui qui aurait pu être délivré et échapper à la mort, s'il avait été averti de se relever de sa chute ; qu'ainsi l'un et l'autre reste toujours libre, l'un de se taire ou de parler, l'autre d’écouter la voix du maitre et de se sauver en faisant ce qui lui est prescrit, ou de mépriser l’avertissement qui lui est donné et de consommer sa perte par suite de ce mépris dont il se rend coupable. "

" Par cette sentinelle du pays de la Judée, on peut entendre ou un roi, ou un prophète. Par une sentinelle de l’Eglise, il faut entendre ou un évêque ou un prêtre, parce que l'un et l'autre est élu par le peuple, et que connaissant les Ecritures, et par elles les choses à venir, ils peuvent avertir le peuple et reprendre ceux qui font mal. Il est donc fort à craindre que nous n'entrions dans cette charge sans avoir les vertus nécessaires, et qu'après avoir été élevé en dignité par le peuple, nous ne nous abandonnions à la négligence et à la paresse, ou ce qui serait encore pire, que nous attachant à mener une vie sensuelle et voluptueuse, nous ne semblions avoir recherché des honneurs plutôt qu'accepter un ministère. Car le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et il a lavé les pieds de ses disciples, pour montrer que le devoir des maîtres est de purifier les disciples de leurs souillures et de les corriger de leurs vices. Et ne nous pressons pas trop d'objecter : A quoi servira

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d'enseigner, si celui qu'on enseigne refuse de faire ce qu'on lui dit ? Car chacun sera jugé d'après ses propres dispositions ou d'après la manière dont il aura rempli ou négligé son devoir : vous, si vous ne parlez pas ; lui, s'il dédaigne de vous écouter. C’est au sujet des maitres négligents que Salomon a énoncé cette maxime : Si la sagesse demeure cachée et que le trésor ne soit pas visible, quel fruit tirera-t-on de l'un et de l'autre (Ecclé., XX, 32). L'Evangile nous fait entendre quelque chose de semblable, lorsqu'il nous enseigne que, si quelqu'un est un sujet de scandale pour le moindre de ceux qui croient en Jésus- Christ, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui attache au cou une de ces meules qu'un âne tourne, et qu'on le jetât dans la mer (MARC, IX, 41), au lieu d'être nuisible à d'autant plus de fidèles qu'il peut occuper dans l'Eglise une place plus élevé. "

11. S. GREGOIRE- LE-GRAND, Hom. XI super Ezechielem : " Si, lorsque je dirai à l’impie, Vous serez puni de mort, vous ne lui annoncez pas ce que je vous dis, et si vous ne lui parlez pas, afin qu'il se détourne de la voie de son impiété et qu'il vive ; l'impie mourra dans son iniquité mais je vous demanderai son sang (Ezech., III, 18). Que faut-il remarquer, que faut il penser sur ces paroles, sinon que ni l'inférieur ne doit imputer sa perte à son supérieur, ni celui-ci se croire innocent, lorsque l'inférieur, faute d'entendre ou d'écouter la parole de vie, se perd lui-même par sa propre faute ? Car l'impie, par cela même qu'il est impie, mérite la mort. D'un autre côté, la sentinelle doit lui indiquer le chemin de la vie, et le reprendre de son impiété. Que s'il se tait au contraire, l'impie mourra bien dans sa propre iniquité parce que c'est son impiété même qui lui aura mérité d'être privé du bienfait des avertissements que la sentinelle lui avait donnés, mais Dieu redemandera son sang à la sentinelle elle-même, parce que celui-ci aura été son meurtrier, en l'abandonnant par son silence à son funeste sort. On voit par-là combien la liaison est étroite entre les péchés des inférieurs et ceux de leurs supérieurs, puisque, lors même que l'inférieur pèche par sa propre faute, le supérieur n’en est pas moins, par le seul fait de son silence, jugé digne de mort. Faites donc réflexion et considérez attentivement, mes frères, que si vos pasteurs ne sont pas ce qu'ils doivent être, ce sera votre condamnation à vous-mêmes, qui n'aurez pas mérité d'en avoir de plus dignes. Et si de votre côté vous ne remplissez pas vos devoirs, ce sera notre condamnation à notre tour, pour ne nous être pas opposés

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suffisamment vos désirs aveugles. Ainsi donc, en vous abstenant de faire le mal, vous nous rendez service autant qu’à vous-même ; comme de notre côté nous vous rendons service en même temps qu’à nous-même, quand nous blâmons sans détour ce qui nous déplaît en vous. Oh ! qu'il remplissait bien le devoir de la correction envers les peuples qui lui étaient confiés celui qui pouvait dire : Je suis pur et innocent du sang de vous tous, parce que je n'ai point reculé devant le devoir de vous annoncer toutes les volontés de Dieu (Act., XX, 28) ! C'est que, s'il ne les leur eût pas annoncées, il n'eût pas été pur de leur sang ; au lieu qu'il en est resté pur, parce qu'il a pris à cœur de leur annoncer toutes les volontés divines. Cette parole même de l'Apôtre est ce qui nous accuse, nous confond et nous condamne, nous qui, en vertu même de notre qualité de prêtres, ajoutons, prêtres indignes que nous sommes, à nos fautes personnelles la responsabilité de celles des autres, et nous rendons coupables d'autant de meurtres spirituels, que nous laissons mourir de nos ouailles par notre indifférence et notre silence. Si par ces paroles, Je vous redemanderai son sang, le Prophète entend parler de la mort corporelle, cela même doit augmenter nos craintes pour le cas ou nous garderions un silence coupable ; car si l'on doit être si sévèrement puni pour n'avoir pas empêché la mort d'un homme qui tôt ou tard doit mourir, que sera-ce de n'avoir pas empêché la mort d'une âme qui aurait pu vivre éternellement, pour peu que des paroles de correction lui eussent été adressées ? Mais il est encore mieux d'entendre sous ce nom de sang les pécheurs eux-mêmes. C'est ainsi qu'un illustre pénitent disait en gémissant sur certains péchés de la chair dont sa conscience lui faisait le reproche : O Dieu de mon salut, délivrez-moi du sang que j'ai répandu (Ps. L, 16). Dieu redemandera donc le sang de celui qui meurt à la sentinelle négligente, parce que le péché de l'inférieur devient le crime du supérieur, si ce dernier en est la cause par son silence. Il doit donc faire en sorte, lors même que son subordonné viendrait à mourir, de s’ôter la responsabilité de sa mort. Qu'il soit vigilant, qu'il ne prenne pas de repos, qu'il fasse au mal qui se commet une guerre de tous les instants, qu'il se conforme en tout point à ces paroles de l'Ecriture : Courez de tous côtés, hâtez-vous et réveillez votre ami : ne laissez point aller vos yeux au sommeil, et que vos paupières ne s'assoupissent point (Prov., VI, 3-4). De là vient qu'il est encore ajouté dans cet endroit de la prophétie : Que si vous annoncez la vérité à l'impie, et qu'il ne se convertisse point de

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son impiété et ne quitte point sa voie impie, il mourra dans son iniquité ; mais pour vous, vous aurez délivré votre âme (EZECH., III, 19). Car alors celui que vous avez sous votre conduite meurt sans responsabilité de votre part, puisque vous vous serez opposé à tout ce qui l'aura fait mourir. Il faut aussi observer avec attention quelles sont les choses que doit prêcher le pasteur obligé de remplir la fonction de sentinelle. Elles se réduisent à deux, la foi et les œuvres. Car il est dit ici : Si vous annoncez la vérité à l'impie, et qu'il ne se convertisse point de son impiété et ne quitte point sa voie impie, l'impiété est ici la même chose que l'incrédulité, et la voie impie la même chose que les mauvaises actions. Un pasteur doit donc prendre à tâche, premièrement d'inspirer la foi, secondement de persuader la pratique des bonnes œuvres. Mais puisque nous en sommes venus à parler du devoir d'exhorter dans les pasteurs, disons en peu de mots dans quel ordre et avec quelle prudence ils doivent parler aux peuples confiés à leurs soins. Ils doivent examiner ce qu'ils ont à dire, à qui ils ont à le dire, pourquoi, comment et avec quelle étendue ils ont à parler. Un discours qui pécherait par quelqu'un de ces endroits, manquerait d'à-propos par cela seul. Car il est écrit : Si votre offrande est régulière mais que le partage que vous en ferez ne le soit pas, vous serez tenu pour coupable (Lévit., II, 4. et suiv.). Or, pour que l'offrande soit régulière il faut que la chose qu'on fait soit bonne, et qu'elle soit faite avec une bonne intention. Mais le partage que nous en ferons ne serait pas régulier, si nous n'apportions pas dans la bonne action que nous ferions la discrétion nécessaire. Souvent les mêmes paroles qui rappellent un pécheur à son salut, font à un autre une blessure mortelle. De là vient que le même apôtre qui donne à Tite ce sévère avertissement : Reprenez avec une pleine autorité (Tite, II, 15), dit en termes plus doux à Timothée : Reprenez, suppliez, menacez, sans vous lasser jamais de les supporter et de les instruire (II Tim., IV, 2). D'où vient cette différence de langage à l’égard de ces deux disciples, sinon de ce que l’Apôtre connaissait l'un d'un caractère plus modéré, l'autre d'un zèle plus ardent ? c'est pourquoi l'Apôtre recommande au premier le zèle, et au second au contraire la patience, de peur qu'en s'emportant au-delà des justes bornes, il ne blessât plutôt que de guérir les âmes qui lui étaient confiées. "

12. S. CHRYSOSTOME, Hom. VI in epistolam ad Philippenses : " Je voudrais n'avoir à vous parler que du royaume céleste, du

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repos qu'on y goûte, de la félicité dont on y jouit, des verts pâturages qui y récréent la vue. Car c'est là que se vérifient ces paroles du Psalmiste (Ps. XXII, 2) : Il m'a conduit le long d'une onde calme et pure, et a fixé ma tenté au milieu de verts pâturages. Je voudrais vous parler de ce lieu fortuné où il n'est plus question ni de deuil, ni de douleur, ni de gémissements ; je voudrais vous faire part du plaisir d’être avec Jésus-Christ, si toutefois on peut trouver quelque expression qui puisse en donner une idée, si même ce bonheur n'est pas au-dessus de toute idée comme de toute expression. N'importe, je voudrais vous en parler de la manière dont j'en suis capable. Mais que ferais-je en cela? Ce n'est pas à celui que consume une fièvre brillante qu'il est à propos de parler d'un royaume à conquérir ; il faut avant tout lui indiquer les moyens de recouvrer la santé. Comment parler d'honneurs à celui qui est sous le coup d'une sentence infamante, ou de récompenses à celui qui n'attend que son dernier supplice ? Ce qu'il lui faut avant tout, c'est la révocation de la sentence qui le condamne, c'est la remise de la peine dont il est menacé. S'il n'obtient pas cela, à quoi lui servira le reste ? Si j'insiste sur ce point, c'est afin de vous amener plus vite à passer plus avant. Car Dieu nous menace de l'enfer, afin que personne de nous n'y tombe, et que tous nous parvenions au royaume des cieux. Nous de même, nous vous rappelons sans relâche les supplices éternels, pour vous engager à mériter plutôt l'éternelle récompense, pour pénétrer vos cœurs de crainte et les disposer ainsi à se tourner vers le bien. Ne vous offensez donc pas de la gravité de mes paroles. Car ces paroles graves que je vous adresse devront avoir pour effet de rendre vos âmes agiles à fuir le péché. Le fer est un métal pesant, un marteau est un outil fort lourd ; et néanmoins ils servent à faire des vases précieux d'or ou d'argent, et les redresser quand ils sont faussés en quelque manière : si ce marteau n'avait pas cette pesanteur, il ne pourrait pas non plus avoir cette vertu. C'est ainsi que la gravité de nos paroles a pour but de régler vos esprits. Ne cherchons donc point à en détourner l’effet, et ne redoutons pas les blessures qu'elles peuvent nous faire. De telles blessures sont faites à dessein, non de meurtrir et de déchirer, mais de redresser et de guérir. Nous savons, grâce à Dieu, la manière de mesurer nos coups pour ne pas briser le vase, mais simplement pour le polir, pour le rendre droit, pour le mettre en état de servir au souverain maître et de paraître brillant et parfait dans ses proportions au dernier jour, afin qu'il n'ait pas

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alors à être jeté dans l'étang de feu. Car si nous n'avons soin de vous purifier dans la vie présente, il faudra de toute nécessité que vous soyez purifiés dans le feu éternel, puisqu'il est vrai que le jour du Seigneur se révélera par le feu (I Cor., III, 13). Il vaut mieux sans doute pour vous souffrir quelques instants de l'amertume de nos paroles, que de ressentir pendant toute l'éternité l'ardeur de ces flammes (Cf. S. Joann. Chrys. opera, t. XI, p. 243, édit. de Montfaucon). "

13. S. AUGUSTIN, Serm. XV de verbis Domini : " Ces enfants indisciplinés qui redoutent le châtiment, me supplient en disant : Pardonnez-moi, j'ai péché. Je pardonne, et cet enfant pèche encore, Pardonnez, me dit-il de nouveau ; je lui pardonne encore. Il pèche une troisième fois : Pardonnez-moi, me dit-il. Je lui pardonne une troisième fois. Il pèche une quatrième fois : qu'il subisse donc enfin son châtiment. Mais quoi, me dit-il, est-ce soixante-dix fois que je vous ai fatigué de mes offenses ? Mais si le châtiment ne doit se montrer qu'après un si grand nombre de fautes, c'en est fait de la discipline, et le mal restant impuni règnera en toute sécurité. Que faire donc? User de remontrances, et châtier même au besoin, mais pardonner la faute, et n'en pas garder de ressentiment dans le cœur. C'est pourquoi le Seigneur a ajouté : Du fond de vos cœurs (MATTH., XVIII, 15-21), afin que, si la charité même fait un devoir d'user de sévérité, la douceur soit toujours le sentiment qui domine dans le cœur. Car quelle bonté plus grande que celle du médecin qui applique le fer et le feu sur une plaie ? Le malade pleure au moment de se voir opérer, et il se laisse opérer : on le taille, on le brûle ; il en frémit, mais il laisse faire. Ce n'est pas de la cruauté, tant s'en faut, que cette fermeté du médecin. Il sévit contre le mal, mais pour guérir le malade, puisqu'il le perdrait au contraire, s'il gardait des ménagements. Je vous donne cette instruction, mes frères pour nous exciter les uns les autres à aimer du fond du cœur ceux-mêmes de nos frères qui ont le malheur de pécher. Ne nous dépouillons point à leur égard des sentiments de charité et reprenons-les selon leur besoin, de crainte que le relâchement de la discipline n'accroisse celui des mœurs et que nous ne devenions coupables devant Dieu, pour n'avoir pas obéit à cet avis de l'Apôtre. Ce principe est incontestable, pourvu que dans son application nous sachions distinguer les temps. Si le péché est secret, exercez la correction en secret.

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Si le péché est public et notoire, reprenez en public, pour que celui qui est repris s'améliore et que tous les autres soient remplis de crainte. "

14. Le même, Serm. 16 : " Si votre frère a péché contre vous, reprenez-le en lui parlant seul à seul (MATTH., XVIII, 15). Si vous négligez de le faire, vous en devenez pire. En vous offensant, il s'est blessé lui-même ; il est votre frère et vous ne soignez pas sa blessure ? Vous le voyez périr, et vous ne vous en mettez pas en peine ? Vous vous rendez plus coupable en gardant le silence, que lui en vous accablant d'injures. Lorsqu'il arrive à quelqu'un de pécher contre nous, soyons en peine moins de nous que de lui-même. Il est glorieux d'oublier une injure ; mais en oubliant l'injure qui vous a été faite, n'oubliez pas la blessure que votre frère s'est faite à lui-même. Reprenez-le donc en lui parlant seul à seul, en ayant en vue sa correction, et en lui épargnant la honte. Car peut-être la honte le porterait-elle à vouloir justifier sa faute, et alors en voulant le corriger, vous le rendriez pire. Reprenez-le donc en lui parlant seul à seul. S'il vous écoute, vous aurez gagné votre frère, puisqu'il se serait perdu si vous ne l'aviez fait. Etudiez bien ces paroles : Si votre frère a péché contre vous, reprenez-le en lui parlant seul à seul. Pourquoi ? Parce qu'il a péché contre vous. Que signifie, il a péché contre vous ? Vous savez qu'il a péché, mais comme c'est en secret qu'il a péché contre vous, cherchez aussi le secret pour le reprendre. Car si vous êtes le seul qui sachiez qu'il a péché contre vous, et que vous vouliez le reprendre devant tout le monde, vous ne le corrigez pas alors, mais vous le trahissez. Il faut donc reprendre devant tout le monde les péchés commis devant tout le monde, et en secret ceux qui l'ont été en secret. Distinguez les temps, et dans l’Ecriture tout s'accorde. Voilà comment il faut agir, et non-seulement lorsqu'il s'agit d'offenses commises contre nous-mêmes mais encore quand il s'agit de toute autre faute commise en secret, et dont nous sommes les seuls qui en ayons connaissance ; nous devons ne les reprendre ou ne les relever qu'en secret, de peur qu'en rendant cette correction publique, nous ne manquions à celui qui en est l'objet. "
 
 

Question IX

Quand est-ce que nous nous rendons coupables par connivence du péché d’autrui ?

Cela nous arrive toutes les fois que nous laissons se commettre

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impunément ou même s’aggraver un mal que nous pourrions et devrions réprimer ou punir, en usant de nos moyens ou de notre autorité.

C'est le péché que commettent les magistrats qui portent le glaive sans en faire usage, et qui ne sont ministres de Dieu que de nom, ne se mettant point en peine de réprimer ceux qui commettent le crime ou excitent des séditions. Tel fut le péché du roi Saül dans l'acte de clémence dont il usa contre la volonté de Dieu, en épargnant les Amalécites ennemis de son peuple. Ce fut aussi le péché du roi Achab, qui en faisant grâce à Bénadad, roi de Syrie, s'attira cette terrible menace du prophète : Voici ce que dit le Seigneur : Parce que vous avez laissé échapper de vos mains un homme digne de mort, votre vie répondra pour la sienne, et votre peuple pour son peuple. A ce péché peut s'appliquer encore cet avis que l'Apôtre donnait aux Corinthiens : Retranchez ce méchant du milieu de vous. Ne savez-vous pas qu'un peu de levain suffit pour aigrir toute une masse de pâte ? Purifiez-vous du vieux levain. En second lieu, ce même péché est celui que commettent les pères et mères de famille, les maîtres et les précepteurs, lorsqu'ils gâtent par des ménagements pusillanimes ceux qu'ils sont chargés d’instruire et de former, et que par leur négligence et leur mollesse ils les laissent se jeter dans un péril évident de perdre leurs âmes. C'est ainsi que nous lisons que les deux fils d'Héli achevèrent de se pervertir par l'effet de l'excessive indulgence de leur père qui porta en conséquence le terrible châtiment de sa faiblesse.

On peut encore rapporter à cet objet le péché qu'on a coutume d'appeler omission de la correction fraternelle, et qui consiste à ne pas avertir ou à ne pas reprendre quand on le doit. Car Jésus-Christ veut que nous reprenions une fois, deux fois ou même trois celui que nous voyons pécher autant de fois, afin de gagner notre frère s'il consent à nous écouter. D'autres, il est vrai, distinguent ce péché d’omission de celui de connivence, et font de l'un et de l'autre deux espèces particulières.

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TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Romains, XIII, 3-5 : " Voulez-vous ne point craindre les puissances ? Faites le bien, et alors elles vous en loueront. - Car le prince est le ministre de Dieu pour vous pousser au bien ; mais si vous faites le mal, vous avez raison de craindre, parce que ce n'est pas en vain qu'il porte l'épée ; car il est le ministre de Dieu pour exécuter sa vengeance, en punissant celui qui fait de mauvaises actions. - Il est donc nécessaire de vous soumettre à elles, non-seulement par la crainte du châtiment, mais aussi par un devoir de conscience. "

2. Sagesse, VI, 1-11 : " La sagesse est plus estimable que la force, et l'homme prudent vaut mieux que le courageux. - Ecoutez donc, ô rois, et comprenez ; instruisez-vous, vous qui jugez la terre. - Prêtez l'oreille, vous qui gouvernez les peuples, et qui vous complaisez dans la multitude de vos sujets. - La puissance vous a été donnée par le Seigneur et la force par le Très-Haut, qui interrogera vos œuvres, et scrutera vos pensées. - Car étant les ministres de son royaume, vous n'avez pas jugé équitablement ; vous n'avez pas gardé la loi de la justice, et vous n'avez pas marché selon la volonté de Dieu. - Il vous apparaîtra soudain et dans un appareil effrayant ; car un jugement très-rigoureux est réservé à ceux qui règnent. - On fait miséricorde aux petits ; mais les puissants seront puissamment tourmentés. - Celui qui est le maître de tous ne fera acception de personne, et ne respectera la grandeur de qui que ce soit, parce qu'il a fait les grands comme les petits, et qu'il a également soin de tous. - Mais les plus puissants doivent s'attendre à subir le compte le plus rigoureux. - C'est donc à vous, ô roi, que j'adresse ces paroles, afin que vous appreniez la sagesse,

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et que l'ayant apprise, vous vous gardiez d'en déchoir. Ceux-là seront justifiés qui auront fait justement les actions de justice ; et ceux qui auront écouté mes leçons auront répondre. "

3. Psaume II, 10-13 : " Vous donc, ô rois ! comprenez maintenant ; instruisez-vous, vous qui jugez la terre. - Servez le Seigneur avec crainte, et réjouissez-vous en lui avec une sainte frayeur. - Embrassez la pure doctrine, de peur que le Seigneur ne s'irrite, et que vous ne perdiez pour toujours la véritable voie. - Dans peu sa colère s'allumera, etc. "

4. I Samuel, XV, 9-11, 20-24 : " Mais Saül, et le peuple avec lui, épargna Agag ; il réserva ce qu'il y avait de meilleur dans les troupeaux de brebis et de bœufs dans les béliers dans les meubles, les habits ; et généralement tout ce qui avait quelque valeur, ils ne voulurent point le détruire mais ils détruisirent ce qui était de vil prix. - Le Seigneur adressa alors sa parole à Samuel, et lui dit : - Je me repens d'avoir fait roi Saül, parce qu'il m'a délaissé et qu'il n'a pas exécuté mes ordres. . . - Et Saul dit à Samuel : Au contraire, j'ai écouté la voix du Seigneur ; j'ai marché dans la voie dans laquelle il m'avait envoyé, j’ai amené prisonnier Agag, roi d'Amalec, et j'ai porté le ravage dans Amalec. - Mais le peuple a pris dans le butin des brebis et des bœufs comme prémices de l'anathème pour les immoler au Seigneur votre Dieu à Galgala. - Samuel lui répondit : Sont- ce des holocaustes et des victimes que le Seigneur demande, et ne demande-t-il pas plutôt qu'on obéisse à sa voix ? L'obéissance vaut mieux qu'une offrande de victimes, et la docilité a plus de prix que la graisse des béliers. - Car la résistance et la prévarication est comme un péché de magie, et l'attache à sa propre opinion est une idolâtrie. Parce que vous avez rejeté la parole du Seigneur, le Seigneur vous rejette du poste de roi que vous occupez. - Saül à Samuel : J'ai péché en transgressant les ordres du Seigneur et vos propres instructions, pour avoir craint le peuple et obéi à ses clameurs. "

5. Juges, XX, 11-20, 43-48 : " Ainsi tout ce qu'il y avait d'Israélites en état de porter les armes s'assemblèrent contre cette ville comme un seul homme, n'ayant tous qu'un même esprit et une même résolution. - Et ils envoyèrent des ambassadeurs vers toute la tribu de Benjamin, pour leur dire : Pourquoi une action si détestable s'est-elle commise parmi vous ? - Donnez-nous les hommes de Gabaa qui se sont rendus coupables de ce crime infâme, afin qu'ils meurent et que le mal soit banni

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d’Israël. Les Benjamites ne voulurent point écouter la voix de leurs frères, les enfants d'Israël. - Et les enfants de Benjamin vinrent de toutes les villes s'assembler à Gabaa pour aller combattre contre les enfants d'Israël. - Et ils se comptèrent vingt-cinq mille hommes (26 000 selon l'hébreu) de la tribu de Benjamin, portant les armes, outre ceux de Gabaa, - qui étaient sept cents hommes, très-vaillant, sachant se battre de la main gauche comme de la droite, et si habiles à lancer des pierres avec la fronde, qu'ils auraient pu atteindre même un cheveu, sans que la pierre jetée se fût tant soit peu détournée de son but. - Les enfants d'Israël autres que ceux de Benjamin, se comptèrent de leur côté au nombre de quatre cent mille hommes, sachant tirer l'épée et tous hommes de guerre. - Et s'étant mis en marche, ils vinrent à la maison de Dieu (à Silo), où ils consultèrent le Seigneur, et lui dirent : Qui marchera à la tête de notre armée pour combattre les enfants de Benjamin ? Le Seigneur leur répondit : Que Juda marche à la tête de vous tous. - Et les enfants d'Israël se levèrent dès le point du jour, et vinrent asseoir leur camp près de Gabaa. - Et s'avançant de là pour combattre les enfants de Benjamin, ils commencèrent à assiéger la ville. . . - Il arriva que les Benjamites, ayant leurs ennemis en tête et en queue, furent taillés en pièces sans que rien arrêtât un si grand carnage, et jonchèrent toute la route de leurs cadavres jusque près de la ville de Gabaa, du côté qui regarde l'orient. - Dix-huit mille hommes furent tués en ce même lieu, tous hommes de guerre et très-vaillants. - Ce qui restait des Benjamites, voyant la défaite de leurs frères s'enfuirent dans le désert pour gagner le rocher appelé Remmon. - Mais comme ils étaient tous dispersés dans cette fuite, l'un d'un côté et l'autre d'un autre, ceux d'Israël en tuèrent cinq mille de plus. - Et s'étant avancé plus loin, ils en tuèrent encore deux mille. - Ainsi vingt-cinq mille hommes de la tribu de Benjamin furent tués en cette journée en divers endroits, tous gens de guerre et très-vaillants. De sorte que tous ceux de cette tribu qui purent s'échapper ne montaient plus qu’à six cents hommes, et ils se tinrent retranchés sur le rocher de Remmon pendant quatre mois. - Les enfants d'Israël, à la suite du combat, firent passer au fil de l'épée tout ce qui se trouva de reste dans la ville, depuis les hommes jusqu'aux bêtes et livrèrent aux flammes toutes les villes et les villages de Benjamin. "

6. Nombres, XXV, 1-8 : " Israël stationna à Sétim, et voilà

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que le peuple se mit à commettre la fornication avec les filles de Moab. - Elles appelèrent les Israélites à leurs sacrifices, et ils mangèrent de la chair des victimes qui y avaient été immolées et ils adorèrent leurs dieux. - Et Israël épousa le culte de Béelphégor ; et la colère du Seigneur s'enflamma contre Israël. - Et le Seigneur dit Moïse : Prends tous les chefs du peuple, et pends-les à des potences à la face du soleil, et la colère du Seigneur se détournera de dessus le peuple même. - Moïse dit alors aux juges d'Israël : Que chacun de vous tue ceux de ses proches qui ont épousé le culte de Béelphégor. - Et voilà qu'un des enfants d'Israël entra dans la tente, etc., - Et Phinées, fils d'Eléazar, fils lui-même du grand-prêtre Aaron, vit cela ; et il se leva du milieu de la foule, et ayant saisi un glaive, etc. ; - Et la plaie qui s'étendait sur les enfants d'Israël cessa aussitôt. "

7. I Rois, XX, 35-39, 42 : " Alors un des enfants des prophètes dit de la part du Seigneur à un de ses compagnons : Frappez-moi, etc. - Et lorsque le roi fut passé, il cria après lui et lui dit : Votre serviteur est sorti pour combattre, etc. . . - Voici ce que dit le Seigneur : Parce que vous avez laissé échapper, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

8. I Corinthiens, V, 6-13 : " Ne savez-vous pas qu'un peu de levain suffit pour aigrir toute une masse de pâte ? . . . - Mais pour vous, retranchez ce méchant du milieu de vous. "

9. Exode, XXII, 18 : " Vous ne souffrirez point ceux qui usent de sortilèges et d'enchantements. "

10. Deutéronome, XIII, 1-18 : " S'il s'élève au milieu de vous un prophète ou quelqu'un qui dise qu'il a eu une vision, et qui vous prédise quelque chose d'extraordinaire et de prodigieux, - et que ce qu'il aura prédit arrive en effet ; s'il vous dit en même temps : Allons, suivons les dieux étrangers que vous n'avez point connus jusqu’à ce jour, et servons-les ; - vous n'écouterez point les paroles de ce prophète ou de ce débiteur de songes, parce que le Seigneur votre Dieu vous éprouvera alors, pour qu'on sache si vous l'aimez de tout votre cœur et de toute votre âme. - Mettez-vous à la suite du Seigneur votre Dieu ; craignez-le, gardez ses commandements, écoutez sa voix, servez-le et attachez-vous à lui seul. - Mais que ce prophète ou cet inventeur de songes soit puni de mort, parce qu'il vous aura parlé pour vous faire déserter le culte du Seigneur votre Dieu, qui vous a tirés de l'Egypte et rachetés de la maison de servitude, et pour vous détourner de la voie que le Seigneur votre Dieu vous a

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ordonné de suivre ; et vous exterminerez ainsi le mal du milieu de vous. - Si votre frère, le fils de votre mère, ou votre fils ou votre fille, ou la femme même qui reçoit vos embrassements, ou votre ami que vous aimez comme votre vie, vous donne clandestinement ce conseil : Allons et servons les dieux étrangers que vous ignoriez, vous et vos pères, - de ces dieux de toutes les nations qui vous environnent, soit de près soit de loin, depuis un bout de la terre jusqu’à l'autre bout de la terre ; - ne vous laissez point aller à ses discours et n'y prêtez point l'oreille, et que la compassion ne vous porte point à l'épargner ou à lui donner retraite ; - mais tuez-le aussitôt, que votre main lui donne le premier coup de mort, et que votre exemple soit suivi de tout le peuple. - Qu'il périsse accablé de pierres, pour avoir cherché à vous faire déserter le culte du Seigneur votre Dieu, qui vous a tiré de l'Egypte, de ce séjour de servitude, afin que tout Israël, au bruit de ce châtiment, soit saisi de crainte, et qu'il n'y ait plus personne qui entreprenne rien de semblable. - Si dans quelqu'une des villes que le Seigneur votre Dieu vous aura donnée pour demeures, vous entendez dire à quelques-uns, - que des enfants de Bélial sont sortis du milieu de vous et ont perverti les habitants de leur ville, en leur disant : Allons, et servons les dieux étrangers que vous avez ignorés jusqu'ici ; - recherchez avec soin la vérité de la chose ; et après l'avoir connue, si vous trouvez que ce qu'on vous a dit soit certain et que cette abomination ait été commise, - vous ferez passer aussitôt au fil de l'épée les habitants de cette ville, et vous la détruirez avec tout ce qui se trouvera, jusqu'aux animaux. - Vous amasserez aussi au milieu des places publiques tous les meubles qui pourront s'y trouver, et vous les brûlerez avec la ville ; vous consumerez tout en l'honneur du Seigneur votre Dieu, en sorte que cette ville demeure éternellement ensevelie sous ses ruines, et qu'elle ne soit jamais relevée. - Et il ne demeurera rien dans vos mains de cet anathème afin que le Seigneur votre Dieu détourne de dessus vous sa colère, qu'il ait pitié de vous, et qu'il vous multiplie, comme il l'a juré à vos pères, - tant que vous écouterez la voix du Seigneur votre Dieu, et que vous observerez tous les commandements que je vous impose aujourd'hui, en faisant tout ce qui est agréable aux yeux du Seigneur votre Dieu. "

11. Ibid., XVII, 12-13 : " Mais celui qui s'enflant d'orgueil ne voudra pas obéir au commandement du pontife qui en ce

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temps-là sera le ministre du Seigneur votre Dieu, ou bien à la sentence du juge, sera puni de mort, et vous exterminerez le mal du milieu d'Israël ; - afin que tout le peuple entendant ce jugement soit saisi de crainte, et qu’à l'avenir nul ne s'enfle d'orgueil. "

12. Ibid., XVIII, 20-22 : " Si un prophète corrompu par son orgueil entreprend de parler en mon nom, et de dire des choses que je ne lui aie point ordonné de dire ; ou s'il parle au nom de dieux étrangers, il sera puni de mort. - Que si vous dites secrètement en vous-mêmes : Comment pourrai-je discerner les paroles que le Seigneur n'aura point dites ? - Voici le signe qui vous sera donné : si ce que ce prophète aura prédit au nom du Seigneur n'arrive point, ce ne sera point le Seigneur qui lui aura parlé, mais ce prophète qui l'aura inventé dans l'orgueil de son cœur, et vous ne craindrez point les menaces de ce prophète. "

13. I Rois, XVIII, 19-24, 38-40 : " Elie dit à Achab : envoyez maintenant vers Israël ; faites assembler autour de moi tout le peuple sur le Mont-Carmel les quatre cent cinquante prophètes de Baal s'y trouvent, ainsi que les quatre cents prophètes du bois sacré, que Jésabel nourrit des mets de sa table. - Achab envoya donc quérir tous les enfants d'Israël et il assembla les prophètes sur la montagne du Carmel. - Elie s'approchant de tout le peuple, lui dit : Jusqu’à quand boiterez-vous des deux côtés ? Si le Seigneur est Dieu, suivez-le ; ou si c'est Baal, suivez-le lui seul : et le peuple ne lui répondit pas un seul mot. - Elie dit encore au peuple : Je suis demeuré tout seul d'entre les prophètes du Seigneur, au lieu que les prophètes de Baal sont au nombre de quatre cent cinquante. - Qu'on nous donne deux bœufs ; qu'ils en choisissent un pour eux, et que l'ayant coupé par morceaux, ils le placent sur du bois sans mettre de feu en dessous ; et moi je prendrai l'autre bœuf, et le plaçant aussi sur du bois, je ne mettrai pas non plus de feu en dessous. - Invoquez le nom de vos dieux, et moi j'invoquerai le nom de mon Seigneur ; et que le Dieu qui déclarera par le feu qu'il aura exécuté les vœux qu'on lui aura faits soit reconnu pour le véritable Dieu. Tout le peuple répondit : Cette proposition est juste, etc. . . . . - Et le feu du Seigneur tomba, et dévora l'holocauste, le bois et les pierres, la poussière même et l'eau qui était dans la rigole autour de l'autel. - Et tout le peuple le vit, et tous se prosternèrent le visage contre terre, et dirent : C'est

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Jéhovah qui est le Dieu suprême, c'est Jéhovah qui est le véritable Dieu. - Alors Elie leur dit : Prenez les prophètes de Baal, et qu'il n'en échappe pas un seul. Et le peuple s'étant saisi d'eux, Elie les mena au torrent de Cison, où ils furent mis à mort. "

14. Ephésiens, VI, 4 : " Et vous, pères, ne provoquez point l'indignation de vos enfants contre vous ; mais ayez soin de bien les élever en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur. "

15. Hébreux, XII, 7-8 : " Car quel est l'enfant qui ne soit point châtié par son père ? - Ou si vous n'étiez point châtiés tandis que tous les autres l’ont été, vous seriez donc des bâtards, et non des enfants légitimes. "

16. Proverbes, XIII, 18-21 : " Misère et ignominie à celui qui repousse la correction ; celui au contraire qui se soumet à la réprimande sera élevé en gloire. - C'est haïr son fils que de lui épargner les verges ; celui qui aime son enfant, s'applique à le corriger. "

17. Ibid., XXII, 15, 6 : " La folie est comme liée au cœur de l'enfant ; la verge de la discipline, voila ce qui l'en détachera. - On dit d'ordinaire : Le jeune homme suit la voie qu'on lui a d'abord tracée ; dans sa vieillesse même il ne la quittera point. "

18. Ibid., XXIII, 13-14 : " N'épargnez point la correction à l'enfant ; car si vous le frappez avec la verge, il ne mourra point. - Vous le frapperez avec la verge, et vous délivrerez son âme de l'enfer. "

19. Ibid., XXIX, 15, 17, 21 : " La verge et la correction impriment la sagesse, au lieu que l'enfant abandonné à ses caprices couvrira sa mère de confusion. - Elevez bien votre fils, et il vous consolera, et il deviendra les délices de votre âme. - Celui qui nourrit délicatement son serviteur dès son enfance, le verra ensuite se révolter contre lui. "

20. Ecclésiastique, VII, 25-26 : " Avez-vous des fils ? - Elevez-les avec soin, et accoutumez-les au joug dès leur enfance. - Avez-vous des filles ? - Veillez à ce que leurs corps restent chastes, et ne leur montrez point un visage trop riant. "

21. Ibid., XXII, 3-5 : " Le fils mal instruit est la honte de son père ; la fille immodeste jettera la déconsidération sur sa personne. - La fille prudente sera un héritage pour son mari ; mais celle dont la conduite fait rougir sera le déshonneur de son père. - La femme hardie couvre de honte son père et son mari ;

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(elle ne cédera point aux scélérats), elle sera méprisée de l'un et de l'autre. "

22. Ibid., XXXI, 13 : " Celui qui aime son fils le châtie souvent, afin que celui-ci ait à s'en féliciter dans ses derniers jours, au lieu d'aller mendier aux portes des autres. Celui qui instruit son fils y trouvera son propre avantage, et il se glorifiera en lui parmi ses proches. - Celui qui enseigne son fils rendra son ennemi jaloux de son bonheur, et ses amis les heureux témoins de sa gloire. - Alors un père vient à mourir, et il semble qu'il soit encore-vivant, parce qu'il a laissé après lui un autre lui-même. - Il a vu son fils pendant sa vie, et la vue de ce fils l'a comblé de joie à sa mort : il n'a point été contristé et n'a point eu à rougir devant ses ennemis. - Car il a laissé à sa maison un fils pour la défendre contre ceux qui trameraient sa perte, et pour rendre à ses amis la reconnaissance qu'il leur doit. - Un père qui veut le bien de ses enfants pansera leurs plaies, et au moindre de leurs cris ses entrailles seront émues. - Un cheval indompté devient intraitable, et l'enfant abandonné à lui-même tombera dans tous les excès. - Soyez aux petits soins pour votre fils, et il sera pour vous un sujet d'épouvante ; jouez avec lui, et il fera votre douleur. - Ne vous amusez point à rire avec lui, de peur que vous n'ayez à en gémir, et qu’à la fin vous n'en grinciez les dents. - Ne le laissez point le maître de lui-même dans sa jeunesse, et ne l'abandonnez point à ses pensées. - Courbez sa tête sous le joug pendant qu'il est jeune, et châtiez-le avec la verge pendant qu'il est encore enfant, de peur qu'il ne s'endurcisse et ne veuille plus vous obéir, et que votre âme n'en soit percée de douleur. - Instruisez votre fils ; travaillez à le former, de peur qu'il ne vous déshonore par la turpitude de sa conduite. "

23. I Samuel, III, 11-14 : " Et le Seigneur dit à Samuel : Voilà que je vais faire dans Israël une chose dont personne ne pourra entendre parler sans que les oreilles en soient toutes étourdies. - En ce jour-là, j'effectuerai contre Héli tout ce que j'ai dit au sujet de sa maison ; je commencerai et j'achèverai. - Car je lui ai prédit que je porterais sur sa maison un jugement irrévocable à cause de son iniquité, parce qu'il a su que ses fils se conduisaient indignement, et qu'il ne les a point punis. - C'est pourquoi j'ai juré au sujet de la maison d'Héli que son iniquité ne sera jamais expié ni par des victimes, ni par des offrandes. "

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24. Ibid., IV, 16-18 : " Qu'est-il arrivé, mon fils ? - Cet homme qui lui avait apporté la nouvelle lui répondit : Israël a fui devant les Philistins ; une grande plaie s'est étendue sur le peuple ; vos deux fils Ophni et Phinées sont morts, et l'arche de Dieu a été prise. - Dès qu'il eut nommé l'arche de Dieu, Héli tomba de son siège à la renverse près de la porte, et s'étant brisé le crâne, il mourut. Au reste, il était vieux et cassé par les années et il avait jugé Israël pendant quarante ans. "

25. I Rois, I, 5-6 : " Cependant Adonias fils d'Haggith s'insurgea en disant : Ce sera moi qui règnera ; et il se fit faire des chariots, équipa des cavaliers, et cinquante hommes couraient devant lui. - Jamais son père ne l'en reprit, en lui disant : Pourquoi agis-tu ainsi ? "

26. Proverbes, IX, 7-9 : " Celui qui donne des leçons à un moqueur s'en fait mépriser et celui qui adresse ses réprimandes à un impie s'imprime une tache à lui-même ; - Ne reprenez point l'homme qui se moque de vos leçons de peur qu'il ne vous haïsse ; reprenez le sage, et il vous aimera. - Mettez le sage à l'épreuve et il deviendra encore plus sage ; enseignez le juste, et il recevra vos instructions avec avidité. "

27. Ibid., XV, 5, 10, 12 : " L'insensé se moque des avertissements de son père ; celui au contraire qui se soumet à la réprimande deviendra plus expérimenté. - L'intimation de la loi soulève les répugnances de celui qui abandonne la voie de la vie ; celui qui hait les réprimandes mourra. - L'homme corrompu n'aime point celui qui le reprend, et il ne va point consulter les sages. "

28. Proverbes, XXIV, 24-28 : " Ceux qui disent à l'impie : Tu es juste, seront maudits des peuples et détestés des tribus. - Ceux qui le reprennent en seront loués et la bénédiction descendra sur eux. "

29. Ibid., XXV, 8, 11, 12 : " Ne découvrez pas sitôt dans la querelle ce que vous avez vu de vos propres yeux, de peur qu'après avoir ôté l'honneur à votre ami, vous ne puissiez plus le réparer. - Les paroles dites à propos sont comme des pommes d'or sur un là d'argent. - La réprimande faite au sage et l'oreille docile est comme une boucle d'or et une perle brillante. "

30. Ibid., XXVII, 5-6 : " Une réprimande ouverte vaut mieux qu'une amitié qui n'ose se déclarer. - Les blessures que fait un ami valent mieux que les baisers perfides d'un ennemi. "

31. Ibid., XXVIII, 23 : " Celui qui reprend un homme trou-

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vera grâce dans la suite à ses yeux, plutôt que celui qui le trompe par des paroles flatteuses. "

32. Ibid., XXIX, 1 : " L'homme qui méprise avec une tête obstinée les avis qu'on lui donne, sera brisé tout-à-coup, et rien ne pourra le guérir. "

33. Ecclésiaste, VII, 6 : " Il vaut mieux être repris par un homme sage, que de se laisser séduire par les louanges des insensés. "

34. Ecclésiastique, VII, 23 : " Avez-vous des fils ? Elevez-les avec soin, et accoutumez-les au joug dès leur enfance. "

35. Ibid., X, 28 : " Un esclave doué de sagesse verra des hommes libres se mettre sous ses ordres ; un homme prudent et réglé ne murmurera point quand il sera repris ; celui qui manque d'instruction ne sera point considéré. "

36. Ibid., XI, 7 : " Ne blâmez personne avant de vous être bien informé ; et quand vous l'aurez fait, reprenez-le avec équité. "

37. Ibid., XIX, 13-15, 17 : " Reprenez votre ami sur ce qu'on l'accuse d’avoir fait, de peur qu'il ne soit calomnié à son insu, et qu'il ne vous dise : Je ne l'ai point fait ; ou s'il l'a fait, afin qu'il ne le fasse plus à l'avenir. - Reprenez votre ami sur ce qu'on l'accuse d'avoir dit, parce que peut-être il ne l'a point dit ; ou s'il l'a dit, afin qu'il ne le dise plus. - Reprenez votre ami, parce qu'on fait souvent de faux rapports. - Reprenez votre ami, avant de lui faire aucune menace. "

38. Ibid., XX, 1, 4 : " Ne vaut-il pas beaucoup mieux reprendre un homme, et lui donner lieu par-là d'avouer sa faute, que de garder sa colère contre lui ? - Qu'il est bon, lorsqu'on est repris, de témoigner son repentir ! Vous éviterez ainsi un péché volontaire. "

39. Psaume CXL, 5 : " Que le juste me reprenne dans sa bonté et qu'il me châtie ; mais que les parfums du pécheur ne coulent jamais sur ma tête. "

40. Colossiens, I, 28 : " C'est Jésus- Christ que nous annonçons, reprenant tous les hommes suivant leur besoin, et instruisant tous les hommes en tout genre de sagesse, afin de les rendre tous parfaits en Jésus- Christ. "

41. I Thessaloniciens, V, 12-14 : " Nous vous supplions, mes frères, de reconnaître les soins de ceux qui travaillent parmi vous, qui vous gouvernent selon le Seigneur, et qui vous avertissent de votre devoir ; et d'avoir pour eux une charité plus

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abondante à cause de l’œuvre à laquelle ils travaillent. conservez toujours la paix avec eux (entre vous, selon le grec). - Je vous prie encore, mes frères, reprenez ceux qui sont déréglés, consolez ceux qui ont l'esprit abattu, supportez les faibles, soyez patients envers tous. "

42. II Thessaloniciens, III, 14-15 : " Si quelqu'un n'obéit pas à ce que nous ordonnons par notre lettre, notez-le, et n'ayez point de commerce avec lui, afin qu'il en ait de la confusion. - Ne le traitez pas néanmoins comme un ennemi ; mais avertissez-le comme l'un de vos frères. "

43. I Timothée, V, 20 : " Reprenez devant tout le monde ceux qui pèchent, afin que les autres en conçoivent de la crainte. "

44. II Timothée, II, 24-26 : " Il ne faut pas qu'un serviteur du Seigneur s'amuse à contester ; mais il doit être modéré envers tout le monde, doué du talent d'instruire, patient, - sachant reprendre avec douceur ceux qui résistent à la vérité dans l’espérance que Dieu, pour la leur faire connaître, leur donnera un jour l'esprit de pénitence, - et que, revenant de leur égarement ils sortiront des piège du démon, qui les tient captifs pour en faire ce qu'il lui plaît. "

45. Ibid., IV, 2 : " Annoncez la parole ; pressez les hommes à temps et à contretemps ; reprenez, suppliez, menacez, sans vous lasser jamais de les tolérer et de les instruire. "

46. Tite, I, 3, 7, 9-14 : " Je vous ai laissé en Crète, afin que vous mettiez ordre de tout ce qui y reste à régler et que vous établissiez des prêtres en chaque ville, selon l'ordre que je vous en ai donné- Il faut que l'évêque, etc. - Qu'il se tienne attaché aux vérités de la foi, telles qu'on les lui a enseignées, afin qu'il soit capable d'exhorter selon la saine doctrine, et de convaincre d'erreur ceux qui la contredisent. - Car il y en a plusieurs, surtout parmi les circoncis, qui ne veulent point se soumettre, qui s'occupent à conter des fables et à séduire les âmes. - Il faut fermer la bouche à ces hommes, qui pervertissent des familles entières en enseignant, par un intérêt sordide, ce qu'on ne doit point enseigner. "

47. Ibid., II, 15 : " Prêchez ces vérités ; exhortez et reprenez avec une pleine autorité : que personne ne vous méprise. "

48. MATTHIEU, XVIII, 15-17 : " Si votre frère a péché contre vous, allez, et reprenez-le entre vous et lui seul ; s'il vous écoute, vous aurez gagné votre frère. - Mais s'il ne vous écoute point, prenez avec vous une ou deux personnes, afin que

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tout soit confirmé par l'autorité de deux ou trois témoins. - Que s'il ne les écoute pas, dites-le à l’Eglise ; et s'il n'écoute pas l'Eglise, qu'il soit pour vous comme un païen et un publicain. "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AMBROISE, Serm. VIII in Psalmum CXVIII, v. 2 : " Il y a une compassion qui est juste, et une autre qui ne l'est pas. Une preuve de cette vérité, c'est qu'il est écrit dans la loi au sujet d'un certain coupable : Vous n'aurez pas compassion de lui (Deut., XIX, 15, 21). Et nous lisons de même dans les livres des Rois, que Saül se rendit coupable en épargnant Agag, roi de l'armée ennemie, malgré la défense que Dieu avait faite de lui conserver la vie. Si quelqu'un faisait grâce à un brigand, en se laissant toucher par les supplications de ses enfants et par les larmes de son épouse quoiqu'il le vît disposé à reprendre le cours de ses brigandages, ne serait- ce pas livrer à la mort une foule d'innocents, que de mettre ainsi en liberté celui qui méditerait une foule d'assassinats ? S'il répugne à verser son sang ou à le tenir enchaîné, au moins pourquoi lui rendre sa pleine liberté ? Pourquoi, s'il ne peut lui ôter la volonté d’exercer ses brigandages, ne lui en ôte-t-il pas du moins la faculté, en recourant pour le faire aux moyens les plus doux ? Enfin, que placé entre un accusateur et un accusé, qui tous les deux mettent leur vie également en péril : l'accusateur, s'il ne prouve pas son accusation ; l'accusé s'il se trouve convaincu par son accusateur ; un juge, au lieu de juger selon la justice, condamne l'accusateur, malgré les preuves qu'il a fournies, par compassion pour l'accusé coupable, ou condamne l'innocent, malgré la fausseté de l'accusation, par compassion pour l'accusateur, on ne saurait appeler juste une compassion de ce genre. Car la facilité du pardon est une amorce qui invite le pécheur à pécher encore. Je dis cela, pour qu'on sache qu'il faut régler les actes de miséricorde sur la parole de Dieu et sur la raison. Si un médecin, ayant à traiter une plaie gangrenée, et obligé par les règles de son art de retrancher les parties gâtées pour conserver les parties saines, cède aux larmes du malade, et se borne à lui appliquer des palliatifs là où il devrait employer le fer, n'est-ce pas là une compassion funeste, que celle qui, pour épargner une douleur d'un instant ou une incision légère perd le corps tout entier et tarit les sources de la vie ? "

2. ORIGENE, Hom. IX in Jeremiam : " Un juge doit avoir en

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vue de procurer la tranquillité à la ville et la paix au peuple dont il a le gouvernement. Si l'on présente à son tribunal un brigand d'une taille avantageuse, parvenu à toute la force de son âge, et qu'en même temps se présentent aussi sa mère, les cheveux épars, pour supplier qu'on ait pitié de sa vieillesse, et son épouse, les yeux en larmes, pour demander qu'on lui conserve la vie de son époux et ses jeunes enfants à la veille de devenir orphelins, que fera le juge ? Aura-t-il, ou non, pitié du brigand ? Que réclame en ce cas l'intérêt commun ? Si le juge se laisse toucher, le meurtrier se couvrira bientôt de nouveaux forfaits ; si au contraire il se montre inflexible, un homme mourra, mais tout le peuple sera sauvé. De même, si Dieu épargnait toujours les pécheurs, et que par compassion pour eux il ne les punît pas, comme leurs péchés le mériteraient, qui ne s'en autoriserait pour pécher davantage ? Quel est le méchant qui, n'étant plus retenu comme on l'est présentement par la crainte des supplices, ne profiterait de toutes les occasions qui se présenteraient à lui pour assouvir ses passions et se précipiter dans le vice ? Nous pouvons en acquérir la preuve par ce qui se passe dans l’Eglise. Que quelqu'un vienne à pécher et qu'après cela il demande la communion ; si on lui accorde ce qu'il demande, cette indulgence tourne au détriment de tous les autres, et la barrière est ouverte à tous les désordres. Si au contraire le juge, consultant la prudence, et ne se laissant point amollir par la pitié, pas plus qu'il n'obéit à une dureté impitoyable, mais agissant dans l'intérêt de tous sans animosité contre aucun, voit la ruine du peuple entier dans le pardon qu'il accorderait à un seul, il n'est pas douteux qu'il ne mette hors de l’Eglise ce seul coupable, pour procurer le salut de tous les autres. Observez maintenant un médecin : s'il s'abstient de couper dans une plaie ce qui a besoin d'être coupée, ou d'y brûler ce qui a besoin d'être brûlé pour épargner les douleurs qui sont la suite de semblables opérations, n’est-il pas vrai que le mal augmentera, et que la contagion gagnera de plus en plus ? Si au contraire le médecin ne craint pas de porter le fer et le feu dans la plaie, il prendra en cela les intérêts de son malade, tout en ayant l'air de le traiter sans pitié. De même que l'aveuglement du peuple juif a profité au salut de tous les gentils, ainsi le châtiment infligé à quelques-uns sert au salut de tous les autres. "

3. S. JEROME, Epist. ad Riparium adversùs Vigilantium : " Je m'étonne que le saint évêque, dans le diocèse duquel on dit qu'il

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(Vigilance) exerce les fonctions de prêtre, souffre ses emportements, qu'il ne se serve pas de la verge apostolique, et de la verge de fer, pour briser ce vase inutile, et qu'il ne livre pas cet homme à la mort de la chair, afin de sauver son âme (I Cor., V, 6). Qu'il se rappelle cette parole : Quand tu voyais un larron, tu courais avec lui, et tu te mettais de part avec les adultères (Ps. XLIX, 18) ; et ces autres : Dès le matin, j'exterminais tous les pécheurs de la terre, afin de bannir de la cité du Seigneur tous ceux qui commettent l'iniquité (C, 8) ; et ces autres encore : N'ai- je pas haï, Seigneur, ceux qui vous haïssaient, et n'ai- je pas séché de douleur à la vue de vos ennemis ? Je les haïssais d'une haine parfaite (Ps. CXXXVIII, 20). "

" Je vous confesserai ma douleur : je ne puis de sang-froid entendre un tel sacrilège. Car j'ai lu tout ce qui est dit du poignard de Phinées et de l'austérité d’Elie, du zèle de Simon le Chananéen de la sévérité de Pierre faisant tomber morts à ses pieds Ananie et Saphire, et de la fermeté de Paul qui frappa de cécité à tout jamais le magicien Elymas, parce qu'il résistait aux desseins du Seigneur. Ce n'est pas être cruel que de prendre les intérêts de Dieu. De là vient qu'il est dit dans la loi : Si ton frère ou ton ami, ou ta femme qui repose sur ton sein, voulait te détourner de la vérité, que ta main soit sur eux, et tu ôteras le mal du milieu d'Israël (Deut., XIII, 6-8). "

4. S. AUGUSTIN, in Ps. L : " Pour vous, mes frères, tâchez dans ce déluge de maux, et dans cette détestable corruption de mœurs de régler chrétiennement vos familles : élever bien vos enfants ; conduisez sagement vos maisons. Comme il est de notre devoir de vous instruire ici dans l'église, il est du vôtre aussi de veiller sur vos familles, pour qu'un jour vous puissiez rendre un bon compte à Dieu de ceux qui vous sont assujettis. Dieu aime la règle, il aime l'ordre. C'est une indulgence bien fausse et bien criminelle, que celle qui consiste à lâcher la bride aux péchés. C’est bien sans avantage véritable, c’est bien à son grand malheur qu'un fils libertin trouve de la douceur dans son père pour trouver plus tard en Dieu une juste sévérité. Et alors ce ne sera pas seulement ce fils déréglé qui en éprouvera les effets ; ce sera aussi ce père trop indulgent qui l'aura perdu par sa mollesse. Car de quoi lui aura-t-il servi de n'avoir pas péché par lui-même, de n'être pas tombé dans les mêmes crimes que son fils, s'il n'a pas eu soin en même temps d'arrêter son fils, et de réprimer ses désordre ? Veut-il par cette douceur faire croire à son fils qu'il

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ferait les mêmes choses que lui-même si sa vieillesse ne lui en ôtait la force ? Si le péché ne vous déplaît pas dans votre fils, c'est qu'il vous plairait dans vous-même et ce n'est que la vigueur de l'âge qui vous manque, et non pas le goût du crime. Mais surtout, mes frères, veillez sur ceux de vos enfants qui sont fidèles, et que votre foi a amené aux eaux sacrées du baptême. Peut -être que votre fils déréglé méprisera vos avis, ou vos réprimandes ou vos châtiments ; pour vous, remplissez le devoir de votre état, Dieu lui fera rendre compte du sien (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. II, p. 678-679). "

5. Le même, Serm. XV de verbis Domini, comme plus haut, question VIII, témoignage 13, page 68.

6. S. CHRYSOSTOME, Orat. I (al. 2) contra Judæo : " De même que nous reprochons aux Juifs d'être violateurs de la loi, de même et à bien plus forte raison nous devons vous trouver coupables, si vous faites société avec les violateurs de la loi, ou si, pouvant vous opposer à ce qu'elle soit violée vous ne vous y opposez pas cependant. Car ne me dites pas : Qu'ai- je de commun avec cette personne ? C'est un étranger et un inconnu. Du moment où c'est un fidèle, un homme qui participe avec vous aux mêmes mystères, qui se réunit avec vous dans la même église, il doit vous être plus cher qu'un frère ou que tout autre parent. De même donc que non-seulement les voleurs, mais aussi ceux qui peuvent empêcher le vol et qui ne l’empêchent pas, sont condamnés à subir le même châtiment, ainsi non-seulement ceux qui commettent l'impiété, mais encore ceux qui peuvent la réprimer et qui, soit par faiblesse, soit par lâcheté, ne la réprime pas, doivent être également punis. Celui qui enfouit son talent, le rendit assurément tout entier à son maître ; il n'en fut pas moins puni, pour ne l'avoir pas fait valoir (MATTH., XXV, 28). Vous de même, quand vous vous conserveriez pur de tout vice, si vous ne faites pas en outre valoir votre talent, si vous ne rappelez pas dans la voie du salut ceux de vos frères qui se perdent, vous vous perdrez avec eux (Cf. D. Joan. Chrysost. contra Judæos, homil. VI, græcè nunc primùm editæ, Augustæ, 1602, p. 70-71). "

7. S. AUGUSTIN, Lib. II Retractat., c. 5 : " J'ai composé deux livres qui ont pour titre commun : Contre le parti de Donat. J'ai dit dans le premier de ces livres, que je n'aimais pas à voir

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ramener les schismatiques à l'unité par des moyens violents et avec l'aide de la puissance séculière. Tel était en effet mon sentiment à cette époque, parce que je n'avais pas encore l'expérience des excès auxquels se portent ces fanatiques quand on les laisse impunis, ni des heureux changements que peut opérer en eux l'exact maintien de la discipline. "

8. Le même, Epist. 48 (al. 93) ad Vincentium : " On ne trouve point dans l’Evangile, dites-vous, ni dans les écrits des apôtres, qu'ils aient jamais eu recours aux rois de la terre contre les ennemis de l’Eglise. Il est vrai ; mais c'est parce que cette prophétie : Ecoutez, rois de la terre, instruisez-vous, vous qui jugez les peuples, et servez le Seigneur avec crainte (Ps. II, 10-11), n'était pas encore accomplie. C'était encore le temps de ce qui est marqué au commencement de ce même psaume : Pourquoi les nations frémissent-elles ? Pourquoi les peuples forment-ils de vains desseins ? Les rois et les princes de la terre se sont assemblés, et ont comploté contre le Seigneur et contre son Christ (Ps. II, 1-2). Mais si, comme nous n'en saurions douter, les événements que nous rapportent les prophètes sont des figures des choses à venir, nous voyons dans un même roi la figure de l'état où se trouvait l'Eglise au temps des apôtres, et de celui ou elle est présentement. Quand Nabuchodonosor forçait les saints et les justes d'adorer son idole, sous peine d’être jeté dans la fournaise, il figurait ce qui s'est passé au temps des apôtres et des martyrs ; et quand, après avoir reconnu le vrai Dieu, il ordonna que tous ceux à qui il arriverait, dans toute l'étendue de son royaume, de blasphémer le Dieu de Sidrach, de Misach et d’Abdenago, seraient punis à proportion de la grandeur de ce crime, il figurait ce qui se passe aujourd'hui. Ainsi les premiers temps de ce roi représentaient les temps de ces rois infidèles, sous qui les chrétiens ont souffert ce que les impies seuls peuvent mériter et la fin de son règne représente le temps des princes devenus chrétiens sous qui les impies souffrent ce qu'on faisait autrefois souffrir aux chrétiens. . . "

" Nous pouvons vous produire non-seulement des particuliers, mais des villes entières, qui, de donatistes qu'elles étaient autrefois, sont catholiques aujourd'hui, et détestent le crime diabolique de leur ancienne séparation. Or, elles ne seraient point catholiques sans ces lois qui vous irritent, et qui ont été portées par les empereurs, à commencer par Constantin devant qui les auteurs de votre schisme avaient accusé Cécilien, jusqu’à ses

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derniers successeurs aujourd'hui sur le trône, qui ont confirmé le jugement de celui que vous aviez vous-mêmes pris pour juge, en préférant son tribunal à celui des évêques. "

" C'est par ces exemples que mes collègues m'ont fait revenir à leur sentiment. Car ma pensée était autrefois qu'on ne devait forcer personne à revenir à l'unité de Jésus- Christ ; qu'il ne fallait point employer pour cela d'autres armes que les discours et les raisons, et qu'autrement, de ceux que nous connaissions jusque-là pour hérétiques déclarés, nous ne réussirions à faire que de faux catholiques. Mais après avoir résisté à leurs raisonnements, je me suis enfin rendu à l'expérience : on m'a représenté l'exemple de la ville où je suis, qui était autrefois toute donatiste, et que la crainte des lois des empereurs a fait revenir à l'unité catholique ; de sorte qu’à voir la manière dont elle déteste actuellement votre opiniâtreté, on ne croirait pas qu'elle eût jamais partagé le même entêtement. On m'a cité beaucoup d'autres villes ou a été tenu le même résultat. . . "

" Pourquoi les rois de la terre qui servent Jésus-Christ ne feraient-ils pas des lois pour Jésus- Christ ? "

Saint Augustin avait dit dès le début de cette lettre à Vincent : " Les donatistes étant aussi turbulents qu'ils le sont, je suis persuadé qu'il est fort à propos de les réprimer par l'autorité des puissances établies de Dieu. Car nous avons la joie d'en voir plusieurs revenir par ce moyen à l'unité catholique. . . . . "

" Si un homme voyait son ennemi prêt à se précipiter, par le transport d'une fièvre chaude, ne serait-ce pas lui rendre le mal pour le mal, que de le laisser faire, plutôt que de l'en empêcher en le liant au besoin ? Pourtant ce frénétique ne prendrait cet office de bonté et de charité que pour un outrage et pour l'effet de la haine ; mais s'il revenait en santé, il verrait bien que plus ce prétendu ennemi lui aurait fait violence, plus il lui aurait rendu service. . . . . "

" En mettant en usage tout à la fois la terreur et l'instruction, afin que l'une rompe les chaîne de l'habitude, tandis que l'autre dissipe les ténèbres de l'erreur, on a la consolation que nous éprouvons présentement d’en voir un grand nombre rentrer dans la voie du salut, et rendre grâces à Dieu en le bénissant avec nous, de ce qu'ayant, selon sa promesse, fait plier les rois de la terre sous le joug de Jésus-Christ, il se sert d'eux pour guérir les malades, et faire marcher les faibles et les boiteux. "

" Tous ceux qui nous épargnent ne sont pas pour cela nos

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amis, pas plus que tous ceux qui nous châtient ne sont nos ennemis. Les blessures que nous fait un ami valent mieux que les caresses affectées d’un ennemi (Prov., XXVII, 6). La sévérité de ceux qui nous aiment nous est plus salutaire que la douceur de ceux qui nous trompent (Cf. Les Lettres de saint Augustin, t. II, pag. 311, etc.). "

9. Le même, Epist. L (al. 185) ad Bonifacium : " Le médecin paraît importun au frénétique qu'il lie, et le père à un enfant indocile qu'il châtie. Ce n'est néanmoins que l'amour qui fait agir l'un et l'autre ; et ce serait une fausse douceur et une véritable cruauté à l'un et à l'autre, que de laisser périr l’un son malade, et l'autre son fils, plutôt que de leur faire de la peine. . . "

" Comme les lois que les princes font contre la vérité pour le mensonge servent à éprouver les gens de bien, et à leur faire mériter des couronnes, quand ces derniers soutiennent la bonne cause jusqu'au bout ; de même, celles que les princes font pour la vérité contre le mensonge servent à réprimer les entreprises de ceux qui sont dans l'erreur, et à ramener ceux d'entre eux qui ont encore quelque reste de sens et de droiture. Ainsi, tandis que ceux qui refusent d'obéir aux lois que les puissances font contre la vérité de Dieu acquièrent une grande récompense, ceux qui refusent d'obéir à celles qu'elles font pour cette même vérité, s'attirent de terribles supplices. Aussi voyons-nous que l’Ecriture blâme les princes qui ont laissé subsister les institutions contraires à la loi de Dieu, et qu'elle loue au contraire ceux qui ont fait servir leur autorité à les prohiber et à les abolir. "

" Ceux qui refusèrent d'obéir aux lois sacrilèges par lesquelles Nabuchodonosor, encore idolâtre, ordonna qu'on adorât l'idole qu'il avait fait dresser, signalèrent leur piété et leur foi. Mais ensuite ce même roi, converti par un miracle de la toute-puissance de Dieu, ordonna, par une loi louable et sainte, que quiconque blasphémerait le vrai Dieu, c'est-à-dire le Dieu de Sidrach, de Misach et d'Abdenago, périrait avec toute sa maison. . . "

" Les vrais martyrs sont ceux dont Jésus-Christ parle quand il dit : Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice. Ceux donc qui souffrent persécution pour l'iniquité, et pour un schisme sacrilège qui divise l'unité de Jésus-Christ, n'ont point de part à cette gloire, mais ceux-là seulement qui souffrent pour la justice. Car Agar n'a-t-elle pas été persécutée par Sara ? Cependant celle qui persécutait était sainte, et celle qui souffrait

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persécution était méchante. . . . Quand ces gens-là, pour nous empêcher de recourir aux justes lois des puissances contre les attentats de leur impiété, viennent nous dire que les apôtres n'ont jamais rien demandé de semblable aux rois de la terre, ils ne prennent pas garde que l'état de l'Eglise était bien différent de ce qu'il est aujourd'hui, et que chaque chose vient en son temps. Car, où étaient alors les princes qui crussent en Jésus-Christ, et qui fussent en état de faire des lois pour son service et en faveur de la piété contre l'impiété ? On en était encore à l'accomplissement de ce qui est exprimé par cette parole du Prophète : Pourquoi les nations se soulèvent-elles en frémissant ? Pourquoi forment-elles de vains complots ? Pourquoi les rois de la terre se sont-ils levés et délibèrent-ils ensemble contre l’Eternel et contre son Christ ? Et le temps de ce qui suit un peu plus bas dans le même psaume : Comprenez, rois de la terre ; ouvrez les yeux, vous qui jugez le monde ; servez le Seigneur avec crainte, et réjouissez-vous en lui avec tremblement, n'était pas encore arrivé. Or, comment est-ce que les rois servent le Seigneur avec crainte, sinon en défendant et en punissant avec une sainte sévérité ce qui se fait contre ses lois ? Car autre est le service qu'ils rendent à Dieu comme hommes, et autre celui qu'ils lui rendent comme rois. En tant qu'hommes, ils le servent en vivant en vrais fidèles mais en tant que rois, ils ne le servent qu'en établissant et en faisant observer avec fermeté des lois justes, qui tendent à faire accomplir le bien, et à empêcher le mal. C'est ainsi qu’Ezéchiel servit Dieu en abattant les temples des idoles et les bois qui leur étaient consacrés et en démolissant les autels qu'on leur avait bâti sur des montagnes contre la défense de Dieu. C'est ainsi que Josias l'a servi, en se conduisant de même. C'est ainsi que le roi de Ninive l'a servi, en forçant tout son peuple à se mettre en devoir de l'apaiser. C'est ainsi que Darius l'a servi, en autorisant Daniel à briser les idoles, et en faisant jeter aux lions les ennemis de ce saint prophète. C'est ainsi que Nabuchodonosor l'a servi, en défendant, comme nous l'avons vu, et sous des peines terribles, de blasphémer le Dieu de Daniel. Les rois ne servent donc Dieu, en tant que rois, que lorsqu'ils font pour son service, ce qu'il n'y a que des rois qui puissent faire. "

" Comme donc, au temps des apôtres, les rois, bien loin de servir le Seigneur, formaient encore de vains projets contre lui et contre son Christ, afin que tout ce qui avait été prédit par les prophètes fût accompli, leurs lois, au lieu de défendre l’impiété

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ne pouvaient que porter les hommes à la commettre. Car ainsi le demandait l'ordre des temps, et que les Juifs, en croyant rendre service à Dieu, missent à mort ceux qui prêchaient Jésus-Christ, selon la prédiction de Jésus-Christ même, et que les nations se soulevassent contre les chrétiens et que la patience des martyrs triomphât des uns et des autres. Mais présentement que cette prédiction du Prophète : Tous les rois de la terre adoreront, et toutes les nations le serviront, a commencé à s'accomplir, ne faudrait-il pas avoir perdu le sens pour dire aux princes : " Ne vous mettez pas en peine si l'on attaque ou si l'on révère dans votre royaume l’Eglise de celui que vous adorez ? Quoi ! ils auront soin de faire vivre les hommes selon les lois de l’honnêteté et de la pudeur, sans que personne ose leur dire que cela ne les regarde pas, et on osera leur dire que ce n'est pas eux à prendre connaissance si dans leurs états on suit les lois de la véritable religion, ou si l'on s'abandonne à l'impiété et au sacrilège ? Eh ! si, dès là que Dieu a donné à l'homme le libre arbitre, le sacrilège doit lui être permis, pourquoi punira-t-on l'adultère ? L'âme qui viole la fidélité qu’elle doit à son Dieu est-elle donc moins criminelle que la femme qui viole celle qu'elle doit à son mari ? Et, quoiqu'on doive punir moins sévèrement les hommes des péchés qu'ils commettent par ignorance contre la religion, faut-il pour cela la leur laisser renverser impunément ? "

" Il vaut mieux sans doute porter les hommes au culte de Dieu par des instructions et des remontrances, que de les y contraindre par le châtiment ou par la crainte. Mais, bien que ceux qui se laissent mener par ces voies de douceur vaillent mieux que les autres à qui ces moyens ne suffisent pas, on ne doit pas pour cela abandonner ces derniers à eux-mêmes, car l'expérience nous a appris et nous fait voir encore tous les jours qu'il a été utile et salutaire à plusieurs d'être forcés par la crainte et même par le châtiment, et que c'est ce qui les a poussés à s'instruire, ou même à suivre et à pratiquer ce que la parole de vérité leur avait déjà appris. "

Puis donc que Jésus-Christ même a fait violence à saint Paul pour le forcer à croire, que ces gens-ci ne disent plus, comme ils font : Il est libre à chacun de croire ou de ne pas croire ; qu'ils considèrent ce qui s'est passe dans ce grand apôtre, que Jésus-Christ n’a instruit qu'après l'avoir forcé et qu'il n'a consolé qu'après l'avoir frappé. Il est même remarquable que ce même apôtre, qu’un châtiment sensible et corporel a forcé d'em-

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brasser et de suivre l'Evangile, a plus fait lui seul, pour ce même Evangile, que tous ceux qui n'avaient été appelés que par l'attrait des paroles de Jésus-Christ et que sa charité est devenue d'autant plus parfaite, et a d'autant mieux chassé la crainte, que la crainte qui l'avait forcé et qui avait servi d'entrée à la charité, avait été plus vive et plus forte. "

" Pourquoi donc l’Eglise n'emploierait-elle pas la force pour faire rentrer dans son sein les enfants qu'elle a perdus, puisque ces malheureux enfants ne craignent point de l'employer pour faire périr les autres ? "

" Maximien, évêque catholique de Bagaye, demanda justice et protection à l'empereur, non tant pour se venger, que pour mettre son église à l'abri de pareilles insultes ; et s'il y avait manqué, on aurait eu plutôt sujet de l'accuser de négligence que de le louer d'une patience semblable. Et ne voyons-nous pas que saint Paul pour l'intérêt de l'Eglise, plutôt que pour la conservation de sa propre vie, fit savoir au tribun le complot que les Juifs avaient formé de l'assassiner, ce qui obligea le tribun de le conduire avec bonne escorte, de crainte qu'ils ne lui eussent dressé des embûches dans le chemin ? Ne voyons-nous pas que le même apôtre dans une autre occasion, eut recours aux lois romaines qui défendaient de mettre à la question et de flageller un citoyen romain, et qu'en déclarant qu'il l'était, il se garantit de l'outrage qu'on voulait lui faire ? Ne voyons-nous pas enfin que, pour éviter d’être remis entre les mains des Juifs, qui voulaient le faire mourir, il implora la protection de l'empereur, tout infidèle qu'il était celui-ci : montrant assez par-là aux ministres de Jésus-Christ ce qu'ils auraient à faire dans les besoins de l'Eglise, lorsqu'ils auraient des empereurs chrétiens ? "

" Qu'ils se souviennent qu’Absalom ayant été tué malgré tout le soin que David avait pris de recommander aux siens de lui sauver la vie, afin d'avoir lieu d'exercer envers lui sa clémence paternelle, s'il fût venu à résipiscence et la maison de David n'ayant pu avoir la paix que par la mort de ce fils ingrat qui lui faisait la guerre, ce prince si débonnaire ne pouvait plus faire autrement que de pleurer la perte de son fils, et d'adoucir néanmoins sa douleur en voyant la paix rétablie dans son royaume. Il en est de même de l'Eglise catholique. "

" La multiplication des maux oblige à multiplier les remèdes (Cf. GUILLON, t. XXII, p. 315)

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10. Le même, Epist. CCIV (al. 173) ad Donatum presbyterum Donatistam : " Vous trouvez mauvais qu'on vous fasse violence pour vous faire rentrer dans la voie du salut ; mais avez-vous oublié avec quelle violence vous avez entraîné un grand nombre des nôtres dans l'erreur ? "

" On sait bien que, comme ce n'est que la mauvaise volonté qui damne les hommes, il n'y a que la bonne volonté qui puisse les sauver ; mais l'amour que nous devons avoir pour eux nous permet-il de les abandonner à leur mauvaise volonté ? N'est- ce pas une cruauté que de la laisser sans frein, et ne doit-on pas, autant qu'on peut, empêche les hommes de faire le mal, et les forcer à faire le bien ? "

" S'il faut toujours abandonner la mauvaise volonté à sa liberté naturelle, pourquoi tant de fléau et tant d'aiguillons si sensibles pour forcer les Israélites, malgré leurs murmures et leur opiniâtreté, à pousser leur marche jusqu’à la terre promise ? "

" Vous ne prenez pas garde qu'autrefois l'Eglise était comme une plante qui ne fait encore que de sortir de terre, et qu'on ne voyait pas en elle jusque-là l'accomplissement de cette prophétie : Tous les rois de la terre l'adoreront, et toutes les nations le serviront. C'est ce qui s'accomplit de jour en jour à vos yeux, et à mesure que l'Eglise va croissant, elle agit toujours avec plus d'autorité ; elle ne se contente pas de convier à bien faire, elle y force. Voilà ce que Jésus-Christ a voulu nous faire entendre dans un temps ou, sans que sa puissance lui fît défaut, il a voulu d'abord signaler son humilité. Et c'est ce qu'il nous fait voir clairement dans cette parabole (Lue, XIV) du festin, où après que les conviés eurent refusé de venir, le maître dit à un de ses serviteurs : Allez dans les rues et dans les places de la ville, et faites entrer ici les pauvres, les estropiés et les aveugles ; après quoi celui qui avait reçu cet ordre du maître étant revenu lui dire que tout était exécuté et qu'il y avait encore des places vides, le maître lui dit : Allez le long des haies et des grands chemins, et forcez à entrer tous ceux que vous rencontrerez, afin que ma maison se remplisse. Remarquez donc que, quand il n'est question que des premiers, Jésus-Christ ne dit pas, forcez-les d'entrer, mais, faites-les entrer ; parce que ceux-là marquent les commencements de l'Eglise, qui devait s'élever peu à peu, jusqu’à ce qu'elle en vint au point de pouvoir user de contrainte. Et c'est parce qu'après qu'elle se serait affermie, étendue et fortifiée, il serait temps de mettre la

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force même en usage pour faire entrer les hommes au festin de l'éternité, que l’Evangile dit que le père de famille, averti que ce qu'il avait commandé était fait, et qu'il y avait encore de la place de reste, ordonna qu'on allât le long des haies et des grands chemins, et qu'on forçât d'entrer tous ceux qu'on rencontrerait. "

" Comme donc vous êtes tout hérissés d’épines pour ainsi dire, par les cruauté et les violences que vous exercez contre les nôtres, vous êtes de ceux que l'on trouve dans les haies, et qu'on force d'entrer (Cf. Les Lettres de saint Augustin, t. V, p. 5-18). "

11. Le même, Tract. XI in Evangelium Joannis : " Quand il plaît à Dieu d'exciter le zèle des puissances contre les hérétiques et les schismatiques qui déchirent l'Eglise, qui blasphèment contre le baptême de Jésus-Christ et l'anéantissent en le réitérant, cette conduite ne doit surprendre personne : c’est Agar que Dieu livra à Sara pour en être châtié (Gen., XVI, 8-9). Qu'Agar rentre donc en elle-même et que, suivant le conseil que l'ange lui donna lorsqu'elle se plaignit à lui dans le désert, elle s'humilie et retourne à sa maîtresse car Dieu ne lui fait infliger des châtiments que pour la faire revenir. Et plaise à Dieu qu'elle prenne ce parti ! Car si elle le prend, ses enfants seront dans le cas de ceux que Jacob eut de ses servantes, et ils partageront l'héritage de leur père avec leurs autres frères, comme firent les enfants de Jacob. "

" Y a-t-il de quoi s'étonner que les puissances temporelles qui font profession de reconnaître Jésus- Christ s’élèvent contre ces brouillons détestables qui voudraient détruire l’Eglise après s'en être séparé ? N'y aurait-il pas au contraire sujet de craindre à ceux qui sont dépositaire ici-bas du pouvoir de Dieu, pour le jour où ils auront à lui en rendre compte, s'ils n'en faisaient pas un semblable usage, puisque le devoir des princes chrétiens est de s'appliquer à maintenir en paix pendant leur règne l'Eglise leur mère, qui les a engendrés selon l'esprit ? Nous lisons dans les prophéties de Daniel (III, 91), que Nabuchodonosor ayant vu les trois jeunes hébreux dans la fournaise chanter les louanges de Dieu du milieu des flammes, sans qu'elles leur fissent de mal, s'en étonna d’abord ; et que bientôt, frappé de la grandeur de ce prodige, et y découvrant la majesté de Dieu qui les protégeait, il dit en lui-même : Je ferai un édit par lequel je défendrai à

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toutes les nations assujetties à mon empire de blasphémer contre le Dieu de Sidrach, de Misach et d’Abdenago, sous peine pour ceux qui y contreviendront de la perte de leur vie, et de la destruction entière de leurs maisons (DAN., III, 9). Que si ce roi, qui n'était ni juif, ni circoncis, et qui était assez impie pour se faire adorer, a fait une loi si sévère pour empêcher qu'on ne blasphémât contre le Dieu d'Israël, parce qu'il avait été assez puissant pour protéger ces trois jeunes hébreux dans la fournaise, peut-on trouver mauvais que des rois chrétiens fassent des lois sévères pour empêcher qu'on n'anéantisse le baptême de Jésus-Christ, qui non-seulement a garanti les trois jeunes hébreux du feu de la fournaise, mais les a délivré des flammes éternelles aussi bien que les rois et les peuples qu'il a rachetés. Car c'est par lui, mes frères, que ces trois jeunes hébreux ont été délivrés du feu de la fournaise. D'où vient donc qu'il a laissé périr les enfants Machabées ? Est-ce qu'il n'était pas leur Dieu et leur protecteur, aussi bien que celui de ces trois jeunes hommes ? Il l'était sans doute ; aussi les a-t-il délivrés par une protection moins visible, mais non moins puissante, en leur donnant la force de se laisser brûler, plutôt que de rien faire contre les prescriptions de la loi judaïque. Et s'il a délivré les trois jeunes hommes par un miracle évident, il a couronné invisiblement les Machabées. Autre miracle qui marque d'autant mieux la puissance de celui qui l'opère, que le bonheur d'être soustrait aux flammes éternelles l’emporte sur celui d’échapper aux bûchers qu'allument des tyrans. Si donc, parce que Dieu avait délivré des flammes ces trois jeunes hébreux, le roi Nabuchodonosor s'est cru obligé de lui rendre gloire, en publiant un édit dans son empire, qui condamnait à mort tous ceux qui oseraient blasphémer contre le Dieu de Sidrach, de Misach et d'Abdenago, et à la destruction leurs maisons entières ; comment des rois chrétiens, qui, sans avoir besoin d'exemples étrangers, reconnaissent avoir été eux-mêmes délivrés par Jésus-Christ des flammes éternelles, bien plus à redouter que celles qui épargnèrent les trois hébreux, verraient-ils sans s'émouvoir l'outrage que font à leur Dieu ces rebaptisants, lorsque le chassant, pour ainsi dire, des cœurs dont il est le maître, ils contraignent des chrétiens à dire qu'ils ne sont pas chrétiens ? Il leur plaît de persécuter leurs frères, et ils trouvent mauvais qu'on leur fasse essuyer le même traitement. Et cependant, notez la différence du mal qu'ils font aux catholiques, d'avec celui qu'on leur fait si justement souffrir. Ils tuent les

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âmes, et la peine qu'on leur inflige n'affecte que leurs corps ; ils donnent la mort éternelle à ceux qu'ils séduisent et ils n'ont à se plaindre eux-mêmes que de supplices temporels dont on les menace (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean, tome Ier, p. 386-390). "

12. S. BERNARD, Serm. LXVI super Cantica canticorum : " Il vaut assurément beaucoup mieux que les hérétiques soient réprimés par le glaive, je veux dire par celui qui a droit de le porter, plutôt que de leur laisser répandre au loin leur erreur. Car le prince est le ministre de Dieu pour exécuter ses vengeances, en punissant celui qui fait de mauvaises actions (Rom, XII, 4). Quelques-uns s'étonnaient de voir (les hérétiques condamnés) marcher à la mort, non-seulement sans résistance, mais même avec joie ; ceux qui s'en étonnent ne considèrent pas assez quelle est la puissance du démon non-seulement sur les corps, mais même sur les âmes dont il s'est une fois emparé. Ne faut-il pas plus de résolution pour se donner la mort à soi-même que pour la recevoir d'un autre sans murmure ? Or, une expérience assez fréquente nous fait voir que le démon a pu inspirer cette résolution à plusieurs, qui ont mis fin à leurs jours, ou en se jetant à l'eau, ou en s'étranglant eux-mêmes. Enfin, qui ne sait que Judas s'est pendu, sans doute parce que le démon lui avait inspiré de le faire ? Je regarde cependant comme un acte plus forcené et plus étonnant celui qu'il lui avait inspiré de livrer son divin maître que celui dont il s'agit ici de s'être pendu lui-même. Il n'y a donc point à établir de similitude entre la constance des martyrs et l'obstination de ces hérétiques, parce que le mépris de la mort était l’effet de la piété dans les premiers, et de l'endurcissement dans les seconds. "

13. S. JEREMIE, in caput V Epistolæ ad Galatas : " Une étincelle est quelque chose de bien faible et de presque imperceptible ; mais quelque faible qu'elle soit, si elle trouve un foyer et tant soit peu d'aliment, elle pourra incendier des villes et des forêts entières. Le levain aussi, dont l'Evangile s'est servi dans un autre sens comme d'un sujet de parabole, paraît une chose de rien ; et cependant mêlez-le avec de la farine, il communiquera sa vertu à la masse entière. Ainsi encore les mauvaises doctrines commencent par un seul, puis infectent deux ou trois premiers, puis insensiblement la gangrène se répand dans

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tout le corps de la société, et comme dit le proverbe, une seule brebis galeuse suffit pour gâter tout le troupeau. C'est pourquoi il faut éteindre l'étincelle dès qu'elle commence à paraître, écarter sur-le-champ le levain du reste de la pâte, retrancher les chairs putréfiés, séquestrer du reste du troupeau la brebis galeuse, si l'on veut prévenir soit l'incendie d'une maison, soit la fermentation d'une masse de pâte, soit la gangrène pour le corps entier, soit la corruption et la perte de tout un troupeau. Arius n'était à Alexandrie qu'une étincelle ; mais cette étincelle, pour n'avoir pas été tout de suite étouffée, embrasa l'univers entier de sa flamme. "

14. S. GREGOIRE- LE-GRAND, Lib. XII, Epist. XXXI, ad Felicem episcopum Siciliæ : " Il vaut mieux en condamner un seul pour mettre tous les autres en sûreté que d'exposer par ménagement pour un seul le salut de tous. On ne s'étonnera pas que cette règle soit observée parmi les hommes, lorsqu'on réfléchira qu'on la pratique même à l'égard des animaux, parmi lesquels on a soin de mettre ceux qui sont atteints de quelque maladie à part de ceux qui sont sains, de crainte que la maladie des premiers ne soit contractée par les seconds. "

15. S. AUGUSTIN, in Ps. L ; voir plus haut, témoignage 4, p. 84 et 85.

16. S. GREGOIRE- LE-GRAND, Lib. IV Dialogorum, c. 18 : " Quoique nous devions croire que tous les enfants baptisés entrent dans le royaume du ciel s'ils viennent à mourir à cet âge de première enfance, nous ne devons pas croire pour cela que tous ceux d'entre eux qui peuvent déjà parler entrent dans le royaume céleste, parce qu'il y a de ces enfants à qui l'entrée de ce royaume est fermée par leurs parents, ou par la mauvaise éducation qu'ils en reçoivent. Citons pour exemple un petit enfant de cette ville, âgé, je crois, pour l'époque dont je parlerai tout-à-l'heure, d'environ cinq ans : son père fort connu ici, avait pour lui une affection trop tendre qui l'empêchait de le reprendre quand il faisait mal ; de sorte que cet entant, dès qu'il se trouvait contrarié en quelque chose, avait pris l'habitude de blasphémer le saint nom de Dieu. Cet enfant donc fut atteint, il y a trois ans, d'une maladie mortelle, et bientôt il toucha sa fin. Et comme son père le tenait dans ses bras, l'enfant voyant venir à lui les esprits malins, comme me l'ont attesté ceux qui étaient présents, se mit à s’écrier en jetant des regards d'effroi : Mon père, défendez-moi ; mon père défendez-moi. Après avoir crié de

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même, il détourna le visage, pour se soustraire, s'il l'eût pu, aux esprits malins en se réfugiant entre les bras de son père. Son père lui demandant alors ce qu'il voyait qui lui causait tant de frayeur, l'enfant ajouta : Ce sont des Mores qui sont venus, et qui veulent m'enlever. Puis aussitôt il blasphéma le saint nom de Dieu, et ensuite rendit l'âme. Dieu en effet, voulant faire voir pour quel crime, dont son père avait négligé de le corriger pendant sa vie, il le livrait à de tels bourreaux, permit que cet enfant retombât dans ce même crime au moment où il allait mourir, et qu'après avoir exercé la patience divine par ses blasphèmes proférés dans l'état de santé, il servît désormais d'exemple de la justice divine par la mort qui lui arriva, le dernier blasphème qu'il proféra dans ce moment indiquant suffisamment à son père la faute que ce dernier avait commise en négligeant le soin de l'âme de son enfant, pour le livrer, devenu déjà grand pécheur malgré la faiblesse de son âge, aux feux de l'enfer. "

17. S. CHRYSOSTOME, Hom. IX in I Epistolam ad Timotheum : " Ce n'est pas une œuvré d'un léger mérite, que de consacrer à Dieu les enfants qu'on a reçu de Dieu. Car une grande récompense est réservée aux parents assez heureux pour fonder l'éducation de leurs enfants sur des bases solides, comme ils doivent s'attendre à un châtiment sévère s'ils négligent ce devoir. Nous voyons en effet que le grand-prêtre Héli n'a dû qu’à ses enfants le malheur dont il fut frappé. Il devait les reprendre, et il les reprit en effet, mais sans employer la sévérité nécessaire ; et pour avoir craint de leur faire de la peine, il les perdit et se perdit avec eux. Faites attention à ceci, père qui êtes ici pour m'entendre : élevez vos enfants avec beaucoup de soin dans l'observation des préceptes et des enseignements du Seigneur. Un jeune homme est comme un animal indompté : il a besoin d'être entouré de précepteurs, d’instituteurs, de maîtres et de gouverneurs sans nombre. Et Dieu veuille qu'au moyen de toutes ces précautions vous réussissiez à le contenir ! Car il est comme un coursier qui ne connaît pas le frein, ou plutôt comme un animal sauvage. Si donc nous lui traçons dès le premier âge les limites qu'il ne devra jamais dépasser, nous n'aurons pas besoin après cela de beaucoup de peine pour l'engager à s'y tenir ; car l'habitude toute seule lui tiendra dès lors lieu de loi. Ne permettons à ceux de cet âge aucun plaisir qui puisse leur être funeste ; n'ayons point pour eux

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de molle indulgence ; mais attachons-nous surtout à les conserver dans la modestie : car rien ne nuit à cet âme comme le défaut contraire. . . Ne leur épargnons ni les exhortations, ni les avertissements, ni les réprimandes, ni les menaces, et quand un de ces moyens se trouvera us&, passons à un autre. Considérons la jeunesse comme un dépôt de prix qui nous est confié. Qu'elle soit donc l'objet de notre sollicitude, et faisons tous nos efforts pour qu'elle ne nous soit pas enlevée par l'ennemi des hommes. Mais, hélas, notre conduite à cet égard est précisément le contre-pied de ce qu'elle devrait être. Pour rendre un champ fertile, nous nous résignons à tous les sacrifices : nous avons soin de le mettre entre les mains d'un homme fidèle, nous usons de discernement pour faire choix d'un bon muletier, d'un sage économe, d’un homme d'affaires qui soit entendu ; et ce que nous avons de plus précieux, un fils, nous ne nous occupons pas de lui trouver un maître qui sache le conserver dans l'innocence. Et pourtant ce fils est ce que nous pouvons posséder de plus précieux, et tous nos autres biens n'ont de prix pour nous que par rapport à celui-là. C'est pour nos fils que nous amassons du bien ; quant à nos fils eux-mêmes, nous mettons en eux en quelque sorte notre fin dernière. Ne soyez donc plus si inconséquent : formez avant tout l'esprit et le cœur de votre fils, et ne songez qu'après cela à lui procurer le reste. Car si son âme est esclave du vice, à quoi lui serviront toutes ses richesses ? Qu'elle soit au contraire douée de vertu, elle n'aura rien à redouter même de la pauvreté. Voulez-vous le laisser riche après votre mort ? Apprenez-lui à être homme de bien. Car il pourra de cette manière amasser des richesses ; ou s'il n'y réussit pas, il ne sera pas plus à plaindre pour cela que ceux qui en auront amassé. Si au contraire il se conduit mal, vous auriez beau lui laisser des millions en héritage, vous ne lui laisseriez pas pour cela un gardien qui le préserverait de ses excès, mais vous auriez rendu sa condition pire que celle de ceux qu'on voit réduits à la plus extrême indigence. Car là pauvreté est plus avantageuse que les richesses pour tous les enfants dont l'éducation est vicieuse. En effet, elle les retient même malgré eux dans le sentier de la vertu ; au lieu que les richesses ne laissent pas même à ceux qui le voudraient la faculté de rester vertueux, mais elles les séduisent, les aveuglent, leur causent des égarements et des maux sans nombre. Mères qui m'écoutez, prenez un soin particulier de vos filles : cette occupation sera pour vous un travail facile.

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Veillez attentivement à ce qu'elles gardent la maison. Avant tout, formez-les à la piété, la modestie, au mépris des richesses et des pompes frivoles. Alors vous pourrez songer à leur procurer d'honnêtes mariages. Car en leur donnant cette éducation vertueuse, vous ne les sauverez pas seulement elles-mêmes, mais vous sauverez aussi les hommes assez heureux pour les épouser et non-seulement leurs époux, mais aussi leurs enfants ; et non seulement leurs enfants, mais encore leurs petits- enfants. Car la racine étant bonne, tous les rejetons en seront prospères, et vous recevrez la récompense de tout ce bien à la fois. En faisant l’éducation d'une seule âme, persuadons-nous donc que nous travaillons en même temps pour plusieurs. Car une vierge qui quitte la maison paternelle pour prendre le là nuptial, est comme un athlète qui sort de l'enceinte où il s'est exercé pour descendre dans l'arène ; elle doit posséder d'avance l'art de gouverner une maison, pour devenir comme un bon levain qui communiquera sa vertu à toute la masse. Que les jeunes hommes aussi se fassent remarquer par leur pudeur, leur modestie et leur chasteté, afin de mériter les louanges et de Dieu et des hommes. Qu'ils apprennent à réprimer leurs convoitises, à pratiquer la frugalité, à être économes, officieux et soumis. Ainsi seront-ils pour leurs parents une source d'avantages sans nombre ; ainsi tout se rapportera-t-il à la gloire de Dieu et à notre salut (Cf. Opera S. Joann. Chrysost., tome XI, pag. 897-898, édit. de Montfaucon). "
 
 

Question X

Qu’est-ce que se rendre complice par participation du péché d’autrui ?

On se rend complice par participation du péché d'autrui, lorsqu'on consent à partager le profit avec des voleurs ou des ravisseurs ; lorsque, de complicité avec d'autres, on revendique ou on retient une part dans un bien qu'on sait être injustement acquis ou du moins ne pas nous appartenir ; enfin, lorsqu'on ne craint pas de s'enrichir des dépouillés d’autrui. Ce péché est aussi celui qui semble être désigné par ces expressions du Psalmiste, courir avec les voleurs, prendre part aux crimes des adultères. C'est encore ce péché qu'Isaïe reprochait au peuple juif en ces termes : Vos princes sont des infidèles ; ils sont les compagnons des

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voleurs ; tous aiment les présents ils ne cherchent que le gain et l'intérêt. C’est le même péché, bien que plus criminel encore, que commettent ceux qui font commerce de l'infamie d'autrui, tels que les maîtres de maisons de prostitution, ou qui osent donner asile à des voleurs, ou d'autres gens mal noté ou dangereux, pour mettre en sûreté leurs personnes ou leur butin.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Tobie, II, 19-21 : " Pour ce qui est d'Anne, sa femme (de Tobie), elle allait tous les jours faire de la toile, et apportait pour vivre ce qu'elle pouvait gagner du travail de ses mains. - Il arriva donc qu'ayant reçu un jour un chevreau, elle l'apporta à la maison. - Et son mari l'ayant entendu crier, dit : Prenez garde que ce chevreau n'ait été dérobé, rendez-le à ceux à qui il est, parce qu'il ne nous est pas permis de manger ni même de toucher rien qui ait été dérobé. "

2. Proverbes, I, 10-11, 13-15 : " Mon fils, si les pécheurs cherchent à vous séduire, ne vous laissez point prendre à leurs caresses. - S'ils vous disent : Venez avec nous, dressons des embûches pour répandre le sang, etc.; - nous trouverons toutes sortes de biens et de choses précieuses ; nous remplirons nos maisons de riches dépouilles - entrez en société avec nous ; n'ayons tous qu'une même bourse : - Mon fils, n'allez point avec eux, détournez vos pas de leurs sentiers. "

3. Ibid., XXIX, 24 : " Celui qui s'associe avec un voleur est ennemi de sa propre vie ; il entend qu'on le prend à serment, et il ne le décèle point. "

4. Nombres, XVI, 25-30 : " Moïse se leva donc et se dirigea vers Dathan et Abiron, et les anciens d'Israël le suivirent ; - et il dit au peuple : Retirez-vous des tentes de ces hommes impies, et ne touchez rien qui soit à eux, de peur que vous ne soyez

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enveloppés dans la peine de leurs péchés. - Lorsque tous se furent retirés des environs de leurs tentes, Dathan et Abiron en sortirent aussi, et se tinrent à l'entrée de leurs pavillons, avec leurs femmes, leurs enfants et toute leur troupe. - Alors Moïse dit : Vous reconnaîtrez à ceci que c'est le Seigneur qui m'a envoyé pour faire tout ce que vous voyez, et que ce n'est point moi qui l'ai imaginé de mon propre chef. - Si ces gens-ci meurent d'une mort ordinaire aux hommes, et qu'ils soient visités comme les autres ont coutume de l'être, ce n'est point, j'y consens, le Seigneur qui m'a envoyé ; - mais si le Seigneur fait par un prodige nouveau que la terre, ouvrant ses abîmes les engloutisse, etc. "

5. Ecclésiastique, V, 1 : " Ne vous appuyez pas sur des richesses iniques, et ne dites point : J'ai tout ce qu'il me faut pour vivre ; car tout cela ne vous servira de rien au temps de la vengeance et des profondes ténèbres. "

6. II Chroniques, XX, 35-37 : " Après cela, Josaphat, roi de Juda, fit alliance avec Ochosias, roi d'Israël dont les œuvres étaient très-impies. - Et ils convinrent ensemble d'envoyer une flotte à Tharsis, et ils firent construire des vaisseaux à Asiongaber. - Et Eliézer fils de Dodaü de Maréa, prophétisa à Josaphat, et lui dit : Parce que vous avez fait alliance avec Ochosias, Dieu a renversé vos desseins, et vos vaisseaux ont été brisés, de sorte qu'ils n'ont pu aller à Tharsis. "

7. JOSUE, VII, 20-26 : " Et Achan répondit à Josué et lui dit : Il est vrai que j'ai péché contre le Seigneur Dieu d'Israël, et voici ce que j'ai fait : - J'ai vu parmi les dépouilles un manteau d'écarlate de bonne qualité et deux cents sicles d'argent, avec une règle d'or de cinquante sicles, et je me suis passionné pour ces objets, et je les ai pris, et les voilà cachés en terre au milieu de ma tente, comme aussi l'argent dans une fosse que j'y ai faite. - Et Josué envoya des exprès qui coururent à la tente d'Achan, et voilà qu'ils trouvèrent tout ce qui y était caché, avec l'argent au même lieu qu'il avait dit. - Et ayant tiré toutes ces choses hors de sa tente, ils les portèrent à Josué, et à tous les enfants d'Israël, et les jetèrent devant le Seigneur. - Or, Josué et tout Israël qui était avec lui ayant pris Achan, fils de Zaré, et l'argent, et le manteau et la règle d'or, avec ses fils et ses filles, ses bœufs, ses ânes, ses brebis, sa tente même et tout ce qui était à lui, les conduisirent en la vallée d’Achor. - Et Josué lui dit : Parce que tu nous as jetés dans le trouble, que le Seigneur te jette

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aussi dans le trouble en ce jour-ci. Et tout Israël le lapida ; et tout ce qui avait été à lui fut consumé par le feu. - Et ils amassèrent sur lui un grand monceau de pierres, qui se voit encore aujourd'hui. Ainsi la fureur du Seigneur se calma ; et ce lieu fut appelé et s'appelle encore aujourd'hui la vallée d'Achor. "

8. DANIEL, V, 1-7, 17, 20-28, 30-31 : " Le roi Balthasar donna un grand festin à mille de ses grands, et chacun y buvait selon sa force. - Le roi étant donc déjà plein de vin, commanda qu'on apportât les vases d'or et d'argent que Nabuchodonosor, son père, avait enlevés du temple de Jérusalem, pour boire dedans, lui et ses femmes et ses concubines, et les grands de sa cour. - On apporta donc aussitôt les vases d'or et d'argent qui avaient été enlevés du temple de Jérusalem, et le roi but dedans avec ses femmes et ses concubines et les grands de sa cour. - Ils étaient tout occupés à boire et à chanter les louanges de leurs dieux d'or et d'argent, d'airain et de fer, de bois et de pierre. - En ce moment même on vit paraître des doigts, et comme la main d'un homme qui écrivait vis-à-vis du candélabre, sur la muraille de la salle du roi : et le roi voyait le mouvement des doigts de la main qui écrivait. - Et le visage du roi fut tout changé et son esprit fut saisi d'un trouble violent ; ses reins perdirent toute leur force, ses genoux s'entre - choquaient. - Le roi poussa donc un grand cri, pour qu'on fît venir les mages . . . . . - Daniel, répondant, dit au roi : Que vos dons soient pour vous, et que d'autres reçoivent de vos mains les présents de votre maison : je ne laisserai pas de vous lire cette écriture et de vous dire ce qu'elle signifie. . . - Quand le cœur de Nabuchodonosor, votre père, se fut enflé, et que son esprit se fut endurci dans son orgueil, il fut expulsé du trône, et destitué de sa royauté et sa gloire lui fut ôté. - Il fut mis à part des enfants des hommes ; son cœur devint semblable à celui des bêtes ; sa demeure fut avec les ânes des forêts ; et il mangea l'herbe des champs comme les bœufs, et son corps fut trempé de la rosée du ciel, jusqu’à ce qu'il reconnût que le Très-Haut a un souverain pouvoir sur les royaumes des hommes, et qu'il les donne à qui il lui plaît. - Et vous, Balthasar, qui êtes son fils, vous-même n'avez point humilié votre cœur, quoique vous sussiez toutes ces choses ; - mais vous vous êtes élevé contre le maître du ciel ; vous avez fait apporter devant vous les vases d'or de sa maison sainte, et vous avez bu dedans, vous, vos femmes et vos concubines, avec

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les grands de votre cour ; vous avez en même temps décerné vos louanges à vos dieux d'argent, d'or, d'airain, de fer, de bois et de pierre, qui ne voient point, qui n'entendent et ne sentent point ; et vous n'avez point rendu gloire au Dieu qui tient en sa main le souffle de votre vie et toutes vos voies. C'est pourquoi Dieu a envoyé de son trône le doigt de la main qui a gravé ces caractères. - Or, voici ce qui est écrit : Mané, Thécel, Pharès ; - en voici l'explication : Mané, Dieu a compté votre règne et il en a marqué la fin. - Thécel, vous avez été pesé dans la balance, et on vous a trouve trop léger. - Pharès, votre royaume a été divisé et donne aux Mèdes et aux Perses. - La même nuit Balthasar, roi des Chaldéens, fut tué : - et Darius, qui était Mède, lui succéda dans la royauté à l'âge de soixante-deux ans. "

9. II Machabées, III, 5-15, 23-31, 35-40 : " Simon, qui avait l'intendance du temple, voyant qu'il ne pouvait vaincre Onias, alla trouver Apollonius, fils de Tharsée, qui commandait en ce temps-là dans la Célésyrie et dans la Phénicie. - Il lui rapporta que les richesses du temple de Jérusalem étaient immenses et ramassées dans un trésor ; que cet argent était destiné pour les besoins de l'Etat, et non pour la dépense des sacrifices, et qu'il était facile de le faire passer entre les mains du roi. - Apollonius ayant donné en conséquence avis au roi des grandes sommes d'argent déposés dans le temple, le monarque fit venir Héliodore, qui était son premier ministre, et l'envoya avec ordre de faire enlever tout cet argent. - Héliodore partit aussitôt, en apparence pour visiter les villes de Célésyrie de Phénicie, mais dans la réalité pour exécuter le projet du roi. - Et lorsqu'il fut arrivé à Jérusalem, après avoir été reçu dans la ville par le grand-prêtre avec toutes sortes d'égards, il lui déclara l'avis qu'on avait donné au roi au sujet de cet argent, et le véritable objet de son voyage, et il demanda si ce qu'on lui avait dit était véritable. - Alors le grand-prêtre lui représenta que cet argent était déposé dans le temple pour la subsistance des veuves et des orphelins ; - qu'une partie même de cet arpent, dont l'impie Simon lui avait parlé, appartenait à Hircan-Tobie, homme qui jouissait d'une très-grande considération ; et que toute cette somme consistait en quatre cents talents d'argent et en deux cents talents d'or ; - qu'au reste il était absolument impossible de tromper ceux qui avaient cru ne pouvoir mieux assurer leur argent qu'en le mettant en dépôt dans un temple vénéré de toute

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la terre pour sa sainteté. - Mais Héliodore insistant sur les ordres qu'il avait reçu du roi, répondit qu'il fallait, à quelque prix que ce fût, que cet argent fût porté au roi. - Il entra donc dans le temple au jour marqué pour mettre son dessein à exécution, et toute la ville était remplie d'une vive crainte. - Les prêtres, avec leurs robes sacerdotales, se prosternaient au pied de l'autel, et, les yeux élevés vers le ciel, ils invoquaient celui qui a fait une loi de garder fidèlement les dépôts confiés, etc. - Héliodore poursuivait son dessein, debout avec ses gardes à la porte du trésor. - Mais l’esprit du Dieu tout-puissant se manifesta alors d'une manière éclatante, en sorte que tous ceux qui avaient osé obéir à Héliodore, renversé par une vertu divine, furent tout d'un coup saisis d'une frayeur qui les mit tout hors d'eux-mêmes. - Car ils virent paraître un cheval, sur lequel était monté un homme terrible, habillé magnifiquement, et qui fondant avec impétuosité sur Héliodore, le frappa de plusieurs coups avec ses deux pieds de devant ; et celui qui était monté dessus semblait avoir des armes d'or. - Deux autres jeunes hommes parurent en même temps, pleins de force et de beauté, brillants de gloire et richement vêtus, et se tenant aux deux côtés d’Héliodore, ils le fouettaient chacun de son côté et le frappaient sans relâche. - Héliodore tomba donc tout d'un coup par terre, enveloppé d'obscurité et de ténèbres ; alors on le mit dans une litière et on l'emporta hors du temple. - Ainsi cet homme qui était entré dans le temple, précédé d'un grand nombre d'archers et de gardes, était emporté sans que personne pût le secourir, tant la vertu de Dieu s'était fait connaître manifestement. - Cette vertu divine le réduisit à demeurer couché par terre, sans voix et sans aucune espérance de vie. - Les Juifs au contraire bénissaient le Seigneur de ce qu'il relevait la gloire de sa maison ; et le temple qui ne présentait auparavant que frayeur et tumulte, retentit alors de chants d'allégresse et de cris de joie, en reconnaissance de cette manifestation de la toute-puissance divine. - Bientôt quelques-uns des amis d'Héliodore se mirent à supplier Onias de vouloir bien invoquer le Très-Haut pour qu'il donnât la vie à cet homme qui allait rendre le dernier soupir. . . . - Héliodore ayant offert à Dieu un sacrifice, et fait des vœux et de grandes promesses à celui qui lui avait accordé la vie, rendit grâces à Onias, alla rejoindre ses troupes, et retourna vers le roi. - Et il rendait témoignage à tout le monde de ces œuvres du grand Dieu, qu'il avait vues de ses

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yeux. - Et comme le roi lui demanda qui il croyait qu'il lui convînt d’envoyer encore à Jérusalem, il lui répondit : Si vous avez quelque ennemi, ou quelqu'un qui ait formé des desseins sur votre royaume, envoyez-le en ce lieu, et vous le verrez revenir déchiré de coups, si toutefois il en échappe ; car il y a vraiment dans ce temple une vertu divine. - Celui qui habite dans le ciel y est lui-même présent et en est le protecteur, et il frappe et perd ceux qui s'y introduisent pour faire du mal. - Voilà le traitement que subit Héliodore et la manière dont le trésor fut conservé ".

10. II Machabées, V, 13-21 : " Antiochus osa même entrer dans le temple, ce lieu le plus saint de toute la terre, ayant pour guide Ménélaüs, l'ennemi des lois et de sa patrie. - Et prenant dans ses mains criminelles les vases sacrés que les autres rois et les villes avaient placés en ce lieu saint pour en être l'ornement et la gloire, il les maniait indignement et les profanait. - Ainsi Antiochus s'égarait-il dans ses vaines pensées, et il ne considérait pas que si Dieu faisait éclater pour un peu de temps sa colère contre les habitants de cette ville, c'était à cause de leurs péchés et que c'était pour cela qu'un lieu si saint avait été exposé à cette profanation. - Car autrement, s'ils n'avaient été coupables de plusieurs crimes, ce prince, à l'exemple d'Héliodore qui avait été envoyé par le roi Séleucus pour piller le trésor, aurait été fouetté comme lui au moment de son arrivée, et puni efficacement de son audace. - Mais Dieu n'a pas choisi le peuple à cause du temple ; il a choisi au contraire le temple à cause du peuple. - Voila pourquoi ce lieu a été associé au peuple dans ses maux, comme il lui sera aussi associé dans ses succès ; et après avoir été quelque temps abandonné à cause de la colère du Dieu tout-puissant, il sera de nouveau élevé à la plus haute gloire, lorsque le Dieu souverain se réconciliera avec son peuple. - Antiochus ayant donc emporté du temple dix-huit cents talents, s'en retourna promptement à Antioche. "

11. Ibid., IX, 4-16 : " Antiochus, transporté de colère, s'imaginait qu'il pourrait se venger sur les Juifs de l'outrage que lui avaient fait ceux qui l'avaient mis en fuite. - C'est pourquoi il commanda à celui qui conduisait son char de presser ses chevaux, et de hâter son voyage, poursuivi qu'il étai lui-même par la vengeance du ciel pour cette parole insolente qu'il avait dite, qu'arrivé à Jérusalem il ferait de cette ville le tombeau commun de tous les Juifs. - Mais le Seigneur, le Dieu d'Israël

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qui voit tout, frappa ce prince d'une plaie incurable et invisible : car il n'eut pas plus tôt proféré cette parole, qu'une douleur cruelle et d'affreux tourments déchirèrent ses entrailles. - Et ce fut avec justice, puisqu'il avait lui-même déchiré les entrailles des autres par un grand nombre de tourments nouveaux, bien que cela même ne le fît pas encore renoncer à sa malice. - Plein d'orgueil, et ne respirant que feu et flammes contre les Juifs, il commanda qu'on précipitât son voyage ; mais dans l'impétuosité de sa course, il tomba de son char, et tout son corps fut froissé et ses membres meurtris. - Ainsi, celui qui tout-à-l’heure croyait, dans son orgueil satanique, pouvoir commander même aux flots de la mer, et peser dans sa balance les montagnes les plus hautes, se trouva à l'instant humilié jusqu’à terre, porté mourant dans une litière, et manifestant à tous dans sa personne la toute-puissance de Dieu par ce spectacle même. - Car on voyait des vers sortir du corps de cet impie, comme d'une source ; et tout en conservant la vie au milieu de tant de douleurs, ses chairs lui tombaient par pièces en répandant dans toute l'armée une infection que personne ne pouvait supporter. - Et celui qui naguère s'imaginait qu'il pourrait atteindre jusqu'aux étoiles du ciel ne pouvait plus trouver de serviteurs à cause de l’odeur insupportable qui s’exhalait de son corps. - Il commença donc alors à rabattre de cet orgueil dont il était possédé, et à reconnaître le peu qu'il était, ses douleurs redoublant à chaque moment sous le fouet inexorable de la vengeance divine. Ainsi ne pouvant plus lui-même souffrir la puanteur de ses plaies, il dit : Il est juste que l'homme soit soumis à Dieu, et que celui qui est mortel ne s'égale pas au Dieu souverain. - Mais en parlant ainsi, c’était en vain qu'il priait le Seigneur, de qui il ne devait point obtenir miséricorde. - Et celui qui se hâtait auparavant d'aller à Jérusalem pour la raser jusqu'au niveau du sol, et pour n'en faire qu'un vaste charnier de corps morts entassés les uns sur les autres, promettait maintenant de la rendre libre, - et d’égaler aux Athéniens ces même Juifs qu'il avait jugés indignes de la sépulture, et de qui il avait dit qu'il donnerait leurs corps en proie aux oiseaux du ciel et aux bêtes farouches, et qu'il exterminerait jusqu’à leurs plus petits enfants. - Il s'engageait aussi à orner de dons précieux le saint temple qu'il avait pillé depuis peu, à y augmenter le nombre des vases sacrés, etc. "

12. I Machabées, VI, 10-13 : " Il appela donc tous ses amis

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et leur dit : Le sommeil s'est éloigné de mes yeux, mon cœur est tout abattu, et je me sens défailli par le chagrin que j'éprouve. - Et j'ai dit dans mon cœur : A quelle affliction suis-je maintenant réduit et en quel abîme de tristesse me vois-je plongé, moi qui étais auparavant si heureux et si aimé au milieu de la puissance qui m'environnait ! - Je me souviens à présent des maux que j'ai faits dans Jérusalem d'ou j'ai emporté tous les vases d'or et d'argent qui s'y trouvaient, et fait enlever sous des prétextes frivoles ceux qui habitaient la Judée. - Je reconnais donc que c'est pour cela que tous ces maux sont tombés sur moi ; et voilà qu'affligé d'un horrible mal, je meurs misérablement dans une terre étrangère. "

13. Psaume XLIX, 16-48 : " Mais Dieu a dit au pécheur, etc. - Si tu voyais un voleur, tu courais t'associer avec lui, et tu prenais part aux crimes des adultères. "

14. ISAIE, I, 23-25 : " Vos princes sont des infidèles et les compagnons des brigands. Ils aiment les présents, tous tant qu'ils sont, et ils ne cherchent que le gain et l'intérêt. Ils ne font point justice à l'orphelin, et la cause de la veuve n'a point d'accès auprès d'eux. - C'est pourquoi le Seigneur, le Dieu des armées, le fort d'Israël a dit : Hélas ! je déchargerai ma colère sur ces rebelles, et je me vengerai de mes ennemis. - Et j'étendrai ma main sur toi, Jérusalem, etc. "

15. Deutéronome, XXIII, 18 : " Vous n'offrirez point dans la maison du Seigneur votre Dieu la récompense de la prostituée, ni le prix du chien, quelque vœu que vous ayez fait, parce que l'un et l'autre est abominable devant le Seigneur votre Dieu. "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. GREGOIRE DE TOURS, Lib. de gloriâ confessorum, c. 63 : " La fille de Léon, empereur des Romains, étant tourmentée de l'esprit impur et conduite pour cela dans les lieux saints, laissait échapper continuellement ce cri que lui inspirait l'esprit mauvais qui la possédait : Je ne sortirai de ce corps, qu’à la présence de l'archidiacre de Lyon ; il n'y aura que lui qui puisse m'expulser de ce lieu. L'empereur ayant entendu ces mots, dépêcha sans tarder des exprès vers les Gaules. Ceux-ci ayant trouvé l'archidiacre, se mirent à le supplier de se rendre avec eux à Rome pour visiter la fille du prince. L'archidiacre s'y refusa d'abord, en se déclarant indigne d'être l'instrument de Dieu pour les merveilles qu'il lui plairait d'opérer ; mais enfin, cédant aux exhor-

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talions de son évêque, il se mit en route avec les envoyés. Arrivé auprès de l'empereur, il en fut reçu avec des honneurs extraordinaires. Une fois instruit de ce que souffrait la jeune princesse, il se dirigea vers la basilique de l'apôtre saint Pierre, et là, après avoir observé un jeûne de trois jours de suite accompagné de veilles et de prières, il chassa l’esprit impur du corps de la jeune fille, en invoquant sur elle le nom de Jésus-Christ et en la marquant du signe de la croix. Pour le récompenser d'avoir opéré cette guérison, l’empereur lui offrit trois cents pièce d'or ; mais cette grande âme, regardant comme rien les biens périssables de la terre, répondit au prince : " Si vous désirez m'enrichir de vos présents, accordez-m'en un qui profite à tout le pays ; faites remise de l'impôt au peuple jusqu’à trois milles au-delà de l'enceinte des murs : ce bienfait sera avantageux à tout le monde à la fois. Mais pour votre or, il ne me servirait de rien ; distribuez-le aux pauvres pour votre bonheur et celui de votre famille. " Le prince accédant à cette proposition, fit aux pauvres la distribution de l'or, et accorda au peuple la remise de tribut qui lui était demandée. De là est venue la coutume qui dure encore dans ce pays de ne payer d'impôts qu’à trois milles en dehors de la ville. Après que le saint archidiacre se fut retiré, l'empereur dit à sa suite : " Si ce ministre aime Dieu plus que l'argent, l'église du moins à laquelle il est attaché mérité d’être honoré par nos présents. " Alors il fait faire un coffret pour renfermer le livre des saints Evangiles, avec une patène et un calice d'or pur orné de pierres précieuses. Il charge un de ses confidents de porter à l'église de Lyon cet ouvrage admirablement travaillé mais le commissionnaire, arrivé aux Alpes, s'arrêta dans la maison d'un orfèvre. Celui-ci l'ayant questionné sur le sujet de son voyage, il le lui fit connaître avec confiance et simplicité sur quoi l'orfèvre lui dit : " Si vous voulez suivre mon conseil, cette affaire va nous enrichir tous les deux. " Séduit sans doute par le malin esprit, et comme on dit parmi le peuple que, quand on a l'appétit de l'or, et qu'on cherche à tromper quelqu'un, les esprits n'ont pas de peine à s'unir, l'envoyé consentit sur-le-champ à tout ce que voulut l'orfèvre. Alors notre faussaire se mit à fondre des ouvrages d'argent tout semblables, et qu'on aurait pris pour les modèles fabriqués en or, et il fixa artistement avec des clous les pièces qui avaient auparavant pour agrafes des pierreries ou des filets d'or. Il ne toucha pas cependant au calice, à cause de la solidité avec laquelle les pièces y avaient

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été incrustées après cet échange frauduleux, le porteur poursuivit sa route et arriva à Lyon. Il fait son offrande à l'évêque qui le gratifie à son tour ; puis étant allé rejoindre l'auteur de l'imposture, il lui demande sa part dans l'or qui avait été soustrait de l'offrande ; l'orfèvre lui répond que tout n'est pas encore prêt mais il lui promet de le satisfaire quand la nuit sera venue. Après donc qu'ils eurent soupé, comme ils étaient ensemble dans la chambre où se fabriquaient les pièces voilà que tout-à-coup il se fait un tremblement de terre, et que la chambre secouée violemment tombe sur eux et les écrase. En même temps la terre s'entrouvre sous leurs pieds, et les engloutit avec leur argent, en sorte qu’après avoir poussé un cri lugubre ils descendirent tout vivants dans les enfers. Ainsi Dieu s'empressa-t-il de venger l'injure faite à son Eglise. J'ai vu moi-même bien des fois ces ouvrages dans l'église de Lyon. Que les peuples apprennent par cet exemple à ne pas envier à l'Eglise ses richesses, pas plus qu’à user de fraude dans les offrandes qu'on lui fait. Autrement, le coupable ne tarderait pas à voir éclater sur lui la justice de Dieu. "

2. Ibidem, c. 71 : " Il fut donné à la ville d'Aix un excellent athlète dans la personne de Métrias, homme d'une sainteté éminente, si l'on en croit l'histoire. Quoique de condition servile, il se montra noble par l'élévation de ses sentiments : au rapport de ceux qui ont lu le récit de son combat, quand il eut achevé ici-bas le cours de ses bonnes œuvres il se retira victorieux de l'arène, l'éclat de ses vertus ne laissant aucun doute sur la gloire et le bonheur dont il jouit dans le ciel. Du temps donc que Francon était évêque de cette église (Francon est compté pour le huitième évêque de la ville d'Aix, et n'est connu que par ce passage de saint Grégoire. Il vivait l'an 561, sous le règne de Sigebert), Childéric (Il ne faut pas confondre ce Childéric avec le roi Childéric, frère du roi Sigebert), qui était alors le premier en crédit auprès du roi Sigebert, voulut avoir sa ferme, disant qu'elle était injustement retenue par l'église d’Aix, et l’évêque fut aussitôt appelé à comparaître. Il vint en la présence du roi après avoir donné des cautions, et conjura le roi de ne pas l'obliger à se trouver à cette audience, de peur qu'il ne subît lui-même la rigueur du jugement divin. " Car je sais, dit-il, quelle est la vertu de saint Métrias qui tire promptement vengeance de quiconque entreprend d'usurper ce qui lui appartient. "

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Enfin les avocats plaident de part et d'autre la cause des parties. Childéric se lève lui-même, et reproche à l'évêque déjà fatigué de ses incriminations de retenir injustement les redevances attachées aux domaines du roi ; puis il le fait enlever par force du milieu de l'audience, oblige les juges restés présent à rendre contre lui une sentence qui l'exproprie de sa ferme, et le fait condamner en outre à payer une amende de trois cents écus d’or, tout le monde s’était mis pour lui, et personne n'osait rien dire contre sa volonté, ni résister à la puissance de son crédit. Enfin l'évêque condamné et dépouillé revint à sa ville, et prosterné en oraison devant le tombeau du saint, il dit après avoir récité le capitule du psaume : " On n'allumera point ici de lumières et on ne chantera plus de psaumes, que vous n'ayez, ô glorieux Saint, vengé vos serviteurs des injures qu'ils ont reçue de leurs ennemis, et que vous n'ayez fait rendre à la sainte église les choses qui lui ont été ôtées par violence. " Cela dit, il jeta en fondant en larmes des ronces et des épines aigües sur le tombeau. Et quand il fut sorti de ce lieu-là, il en ferma la porte, et sema d'autres épines à l'entrée. Tout-à-coup le ravisseur est envahi par une fièvre violente ; il se met au lit, ne veut plus prendre ni nourriture ni boisson, et sa respiration devient de plus en plus agitée. Si l'ardeur de la fièvre lui faisait sentir la soif, il ne buvait que de l'eau, et rien davantage. Que dirai- je de plus ? Il passa une année entière dans cet état d’agitation fiévreuse ; mais sa méchante âme ne se convertit pas pour cela. Cependant il perdait de jour en jour ses cheveux et les poils de sa barbe, et bientôt il devint tout chauve, en sorte qu'on eût cru voir un cadavre exhumé du tombeau où ses poils auraient été consumés. Abattu par tous ces maux et par d'autres encore de ce genre, ce misérable se rappelle trop tard, hélas, le mal qu'il a fait, et se dit à lui-même : " J'ai péché en dépouillant l’Eglise de Dieu et en faisant outrage à un saint évêque. Allez donc, dit-il à ses gens, allez maintenant le plus vite que vous pourrez ; et après que vous aurez restitué le domaine, remettez ces six cents écus d’or sur le tombeau du saint : car j'ai une ferme espérance que, cette restitution une fois faite, la santé me sera rendue. " Ceux à qui il donnait cet ordre n'eurent pas plus tôt l'argent entre les mains, qu'ils se hâtèrent d’exécuter la commission. Ils restituèrent le domaine, et déposèrent l'argent sur le tombeau du serviteur de Dieu ; mais ils n'eurent pas plus tôt accompli ce devoir, que le malade expira à la place où il était, et ne gagna que la perte de

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sa vie à se faire le suppôt d'une acquisition injuste. L'évêque au contraire se trouva vengé de l'ennemi de l’Eglise, comme il s'était tenu assuré de l'être par la vertu de l'athlète de Dieu (Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire, évêque de Tours, de la trad. de M. de Marolles ; Paris, 1668, t. II, p. 312-314). "

3. Le même, Lib. 1 de gloriâ martyrum, c. 58 : " Comme le cœur humain ne cesse de battre pour des jouissances dont on doit rougir, un sous-diacre ayant aperçu à travers la fenêtre les vases d'argent (renfermés dans les tombeaux des martyrs Chrysanthe et Darie), songea en lui-même comment il pourrait accomplir ce que son avarice lui suggérait. La nuit étant donc venue el déjà avancée, il se leva de son lit, entra dans l'église des saints, et de l'église passa par la fenêtre dans le caveau, où en tâtant des mains au milieu de l'obscurité, il prit quelques aiguières d'argent, puis voulut se retirer avec son butin ; mais il ne fit que tourner toute la nuit, et ne put jamais retrouver l'entré par où il avait pénétré. Enfin le jour étant venu, comme la conscience qu'il avait de son crime le portait à faire tous ses efforts pour se cacher, suivant cette parole de Notre-Seigneur : Quiconque fait le mal hait la lumière, et ne paraît point à la lumière de peur que ses œuvres ne soient manifestées (JEAN, III, 20), il se cacha tout le jour dans un coin du caveau, de peur d'être aperçu. La nuit suivante, il chercha encore l'issue pour sortir, mais jamais il ne put la trouver, et il fit de même trois nuits de suite. Enfin, le troisième jour, comme il était tourmenté de la faim, il se présente à la fenêtre devant tout le peuple, et laissant l'argenterie qu'il avait enlevée, il confessa son crime, et sortit couvert de confusion, l'action qu'il avait faite ne pouvant plus échapper aux regards de toutes les personnes présentes (Cf. Ibidem, p. 60-61). "

4. Ibidem, c. 72 : " Saint Denis, évêque de Paris, a honoré sa ville de son martyre. A l'époque où le roi Sigebert vint sous les murs de cette ville avec son armée et mit en cendres la plus grande partie de ses faubourgs, un de ses principaux officiers accourut à la basilique (L'église actuelle de saint Denis n'a été bâtie que plus tard, et sous le règne de Dagobert. La basilique dont il s'agit ne pouvait donc être qu'une chapelle bâtie sur le même emplacement, ou quelque autre église de Paris bâtie sous le vocable du saint, telle que l'église de Saint- Denis-du-Pas, ou celle de Saint- Denis-de -la-Charte, etc.) de ce saint martyr, non pour y prier dévotement, mais uniquement pour y commettre quelque larcin.

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Comme il trouva les portes tout ouvertes, et le temple laissé sans gardiens, il prit audacieusement le poêle de soie enrichi d'or et de pierreries qui couvrait le tombeau du saint, et l'emporta avec lui. De retour au camp, il se trouva forcé de s'embarquer. Le valet qu'il avait loué à son service s'étant embarqué avec lui, en portant deux cents écu d’or suspendus à son cou, tomba tout-à-coup hors du navire sans que personne l'eût seulement touché, se noya bientôt, et ne put plus être retrouvé depuis. L'officier voyant la justice de Dieu s'exercer ainsi à son égard par la perte qu'il venait de faire de son valet et de son or, demanda sans tarder qu'on le remît à terre à l'endroit même d'où il s’était embarqué et sans perdre de temps, courut restituer le poêle qu'il avait dérobé. Mais quoiqu'il eût fait cette réparation il ne put pas voir l'anniversaire du jour où il avait commis le vol (Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire, évêque de Tours, de la trad. de M. de Marolles ; Paris, 1668, t. II, p. 112-113). "

5. Ibidem, c. 79 : " L'église d'Agde, qui se glorifie de posséder des reliques de l'apôtre saint André a été plus d'une fois illustrée par d'éclatant miracles, qui sont venus confondre les usurpateurs de ses biens. En dernier lieu le comte Gomachaire envahit une terre de la dépendance de cette église. L’évêque Léon (Léon fut le quatrième des évêques d'Agde : il vivait vers l'an 540, et n'est connu que par ce passage de saint Grégoire. Baronius n'a pas oublié d'en faire mention dans ses Annales), contristé de cet attentat, vint trouver le comte et lui dit : " Laissez, mon fils, laissez le bien des pauvres, que le Seigneur a commis à mes soins, de peur qu'il ne vous porte malheur, et que les larmes des indigents, qui ont vécu jusqu’ici de son produit, n'obtiennent votre mort de la justice divine. " Mais le comte, qui était hérétique ne tenant nul compte de cet avertissement de l'évêque retient en sa possession ce bien sacrilègement enlevé. Cependant, il vint quelque temps après à être atteint de la fièvre ; et comme il ne se sentit pas seulement tourmenté par le malaise physique, mais aussi par les remords dont il était bourrelé, il députa de ses gens auprès de l'évêque pour lui faire cette prière : " Daigne le pontife adresser pour moi des prières au Seigneur, et je lui rendrai la terre qui lui appartient. " L'évêque aussitôt pria, et le malade recouvra la santé ; et une fois guéri, il dit à ses gens : " Que pensez-vous que disent maintenant ces romains (Expression remarquable dans la bouche d'un hérétique qui s'en sert ici pour désigner les catholiques) ? Ils s'imagineront sans doute que je n'aurai

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feu la fièvre, que parce que je leur avais enlevé leur domaine. Ce mal ne m'est pourtant arrivé que par une suite ordinaire de la condition humaine. Mais, quoi qu'ils fassent, ils n'auront point ce domaine de mon vivant. "

" En même temps il envoie un de ses officiers pour reprendre le bien qu'il avait rendu. L'évêque en ayant été informé, vint le trouver sur-le-champ et lui dit : " Est- ce que vous vous repentez du bien que vous avez fait, pour vouloir maintenant revenir là-dessus ? Ne faites point cela, je vous prie, de peur d'encourir la vengeance divine. " Le comte répondit à l'évêque : " Taisez-vous, taisez-vous, bon homme ; je vous ferai mettre à cru sur un âne, et traverser la ville dans cet équipage pour apprêter à rire à tous ceux qui vous verront dans cet état. " L'évêque, sans faire de réplique recourt à ses moyens accoutumés de défense. Il va se prosterner en oraison, passe la nuit sans se coucher, et s'occupe uniquement de gémir ou de chanter des psaumes. Le jour venu, il va aux lampes de l'église suspendues à la voûte et s'armant du bâton qu'il tenait à la main, il les met toutes en pièces en disant ces paroles : " On n'allumera point ici de cierges ni de lampes, jusqu’à ce que Dieu soit vengé de ses ennemis, et que les biens de sa maison lui aient été rendus. " Il n'eut pas plus tôt achevé ces mots, que l'hérétique ressentit de nouveau ses accès de fièvre. Et comme il se voyait à l'extrémité, il envoya dire à l'évêque : " Daigne le pontife supplier pour moi le Seigneur, et rendu à la santé je restituerai la terre usurpée et j'en donnerai encore une autre de même valeur. " L'évêque répliqua : " J'ai prié le Seigneur, et il m'a exaucé. " Le comte lui envoie une seconde députation, puis une troisième, pour le prier de se souvenir de lui dans ses prières ; mais l'évêque persiste dans sa réponse, et refuse de consentir à prier Dieu pour lui. L'hérétique voyant cela, se fait mettre sur un brancard, et porter vers l'évêque, pour le prier en sa propre personne et lui dire : Je vous rends votre domaine que je vous ai injustement ravi, et je vous en offre de plus une fois autant, ne demandant autre chose à votre sainteté sinon qu'elle prie pour moi. " Comme l'évêque ne voulait pas encore lui accorder ce qu'il lui demandait, il le contraignit de vive force d'entrer dans l'église où il n'eut pas plus tôt mis le pied, que le comte expira, et l'église recouvra le domaine qui lui avait été ravi (Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire, évêque de Tours, de la trad. de M. de Marolles ; Paris, 1668, t. II, p. 123-125). "

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6. Le même, Lib. II de gloriâ martyrum, c. 13 : " Comme le roi Théodoric entrait dans l'Auvergne, comme un torrent impétueux, pour ravager tout le pays, une partie de son armée s'étant séparée du reste, se jeta du côté de Brioude, en ajoutant foi au bruit qui courait que les habitants s'étaient réfugiés dans l'église, où ils avaient ramassé tout ce qu'ils possédaient de plus précieux. Arrivés à l'endroit, ils trouvèrent en effet qu'une multitude de personnes des deux sexes s'étaient renfermée dans l'église avec leur mobilier. Et comme on leur en refusait l'entrée, un des soldats rompit les vitres d'une fenêtre du côté de l'autel, et pénétrât par cette ouverture comme un voleur ; car celui qui n'entre pas par la porte est un voleur et un larron, dit l'Evangile (JEAN, X, 1). Ensuite il ouvrit les portes du temple, et donna passage à l'armée. Alors faisant main basse sur tout le bien des pauvres, sur les ministres de l'église eux-mêmes et sur tout le peuple renfermé dans le temple, les soldats mirent tout dehors, et se partagèrent entre eux tout ce butin à quelques pas de la ville même. Tout cela ayant été rapporté au roi, ce prince fit saisir quelques-uns des coupables, qu'il condamna à divers genres de supplices. Celui qui avait été le premier auteur de tous ces forfaits en forçant comme il l'avait fait l'entrée du temple, voulut prendre la fuite ; mais le feu du ciel tomba sur lui et le frappa de mort. On voulut l'ensevelir sous un tas de pierres ; mais le tonnerre et l'orage remit son cadavre à découvert, de sorte qu'il resta sans sépulture. Quant aux autres complices de l'attentat qui réussirent à échapper à la vengeance du roi, quand ils furent rentrés dans leur pays, ils furent livrés au démon et périrent plus misérablement les uns que les autres. Frappé de ce châtiment exemplaire, le roi fit rendre tous les objets qui avaient été enlevés de ce lieu : car il avait défendu d'exercer aucune violence dans l'espace de sept milles tout autour de l'église (Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire, évêque de Tours, de la trad. de M. de Marolles ; Paris, 1608, t. II, p. 190-191). "

7. Ibidem, c. 14 : " Siginald, qui était fort puissant auprès du roi, s'en alla en Auvergne, par ordre du prince, avec toute sa famille. Comme il ne craignait pas de faire de tous côtés des acquêts injustes, il envahit, sous prétexte d'échange, une ferme que Tétrade (Tétrade est marqué le quinzième dans le catalogue des évêques de Bourges. Il assista en 506 au concile d'Agde, et en 511 à celui d'Orléans où il prit la qualité de métropolitain), évêque de Bourges, d'heureuse mémoire, avait

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laissé à la basilique de Saint-Julien ; mais trois mois après cet attentat, la fièvre le prit, et perdant connaissance, il pencha la tête sur son lit. Sa femme étant inquiète de le voir en cet état fut avertie par un prêtre de le faire transporter hors de la ferme, si elle voulait sa guérison. Elle fit donc apprêter un équipage et son époux ayant été placé sur un brancard, ils n'eurent pas plus tôt franchi la limite de la ferme, qu'ils sentirent tous les deux les effets de la grâce de Dieu : l'un par la santé qu'il recouvra, l'autre par la joie qu'elle eut de le voir guéri (Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire, évêque de Tours, de la trad. de M. de Marolles ; Paris, 1668, t. II, p. 191). "

8. Ibidem, c. 15 : " Un certain Pastor Ingenuus, nommé ainsi non pas pour sa vertu, mais parce que c'était son nom appellatif, entre autres injustes usurpations qu'il commit à l'égard de la basilique du saint martyr Julien, en vint à ce point de témérité que lui inspirait sans doute l'ennemi du salut des hommes, de vouloir s'approprier et d'envahir effectivement quelques métairies de cette église, voisines de ses propres terres. Le prêtre du lieu ayant député vers lui quelques-uns de ses clercs pour l'exhorter d’entendre raison, et à se désister de sa prétention injuste, cet homme violent, comme s'il eût eu des ennemis armés à combattre, se saisit aussitôt de son carquois, et ayant mis les clercs en fuite à coups de flèches, il retint en sa possession les domaines du saint. Or, il se trouva que bientôt après devait se célébrer la fête du glorieux martyr : l'usurpateur, ne se souvenant plus des envahissements qu'il avait commis, non plus que de l'outrage qu'il avait fait aux clercs, se rendit au bourg de Brioude cinq jours avant la fête pour la célébrer avec les autres. Comme il était à table d'amis tout entier livré à la joie, tout-à-coup on vit des éclairs qui furent suivis d'un tonnerre épouvantable et les éclairs ayant redoublé, un dard de feu s'échappant du ciel vint le frapper à mort, sans qu'aucun autre que lui fût atteint. Puis, pour servir d'exemple à tout le monde, on le vit brûler vivant comme un bûcher allumé. Le peuple réuni pour la solennité fut frappé d'admiration à la vue de ce prodige et saisi de crainte, et il n'en fallut pas davantage pour l'empêcher de toucher désormais à rien de ce qui appartenait à l'église du saint. Et pour qu'on ne croie pas que ce châtiment ait été l’effet du hasard, qu'on veuille bien remarquer qu'entre toutes les personnes présentes il n'y eut de frappé que le sacrilège (Cf. Ibidem, 192-193). "

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9. Ibidem, c. 16 : " Je dirai aussi de quelle manière le bienheureux martyr confondit l'orgueil du comte Beccon. Comme ce Seigneur commettait des exactions publiques, et que, tout fier de sa puissance, il opprimait une foule d'innocents, il lui arriva, un jour qu'il était à la chasse, de perdre un épervier à qui il avait donné l'essor. Dans le même temps un des serviteurs de la basilique de saint Julien, se trouvant en route, fit la rencontre d'un autre épervier qui semblait égaré ; cet homme était au reste le sommelier de la maison. Beccon ayant appris qu'il avait trouvé un épervier se mit à l'accuser en disant : " Cet épervier était à moi, et il me l'a dérobé. " Puis, la cupidité succédant au dépit, il fit lier et jeter cet homme en prison, avec le dessein de le faire pendre dès le lendemain. Alors le prêtre désolé se rendit en toute hâte au tombeau du saint, et lui ayant déclaré les causes de son affliction, il y prit dix écus d’or, qu'il envoya à Beccon par des amis affidés. Mais le comte, peu content de cette offre, fit serment de ne rendre au serviteur sa liberté qu’à condition qu'on lui remît trente écus d'or entre les mains. Le prêtre prit encore cette somme au tombeau du saint, et la fit passer à Beccon, qui voyant sa cupidité satisfaite, rendit enfin le serviteur. Mais le Dieu infiniment puissant, qui était avant le soleil, humilia l'oppresseur de l'innocence selon les richesses de sa bonté. Car, au bout de l'année, étant venu à la fête du saint, il entra dans le saint lieu, avec la troupe de ses gardes. Mais à peine le lecteur, qui s'était avancé pour lire l'histoire du saint martyr, eut-il ouvert le livre et prononcé dès les premières lignes le nom de saint Julien, que Beccon tomba à terre en poussant un cri effroyable, et d'une bouche émanant de sang lâcha encore plusieurs cris entrecoupés. Ses gens le prenant dans leurs bras, l'enlevèrent de la basilique et le rapporteront dans sa maison. Et ils ne doutaient pas que ce ne fût là la juste peine du traitement qu'il avait fait au serviteur de cette église. Le comte fit don au saint de tout ce qu'il avait sur lui de précieux, tant en or qu'en vêtements, et lui envoya encore beaucoup d'autres offrandes ; mais il n'en resta pas moins frappé de paralysie jusqu'au jour de sa mort (Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire, évêque de Tours, de la trad. de M. de Marolles ; Paris, 1668, t. II, p. 193-194). "

10. Ibidem, c. 17 : " Il y eut aussi un certain diacre, qui ayant quitté le service de l'Eglise, se jeta dans les finances ; et se prévalant du pouvoir que lui donnaient ses protecteurs, il

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commettait tant de crimes, qu’à peine pouvait-il être supporté par ses voisins. Il arriva un jour, que se promenant autour des bois qui sont sur les montagnes, ou les moutons étaient menés paître par les grandes chaleurs de l’été, il songeait à reconnaître les pacages qui appartenaient au domaine public, pour en tirer les tributs accoutumés. Comme il avait déjà commis plusieurs spoliations à l'égard des particuliers, il découvrit tout-à-coup de loin des troupeaux, qui se gardaient en ce lieu-là sous le nom du martyr ; aussitôt il précipite sa marche, et comme un loup ravissant, disperse le troupeau. Les bergers effrayés et consternés avaient beau lui dire : " Ne touchez pas, s'il vous plait, à ces moutons, qui sont du domaine du saint martyr Julien ; " il leur répliquait avec moquerie : " Pensez-vous donc que Julien s'occupe à manger des béliers ? " Puis les ayant maltraités de coups, il emporta ce qu'il voulut, ne sachant pas apparemment, le misérable qu'il était, que quiconque enlève quoi que ce soit du domaine des saints, fait injure aux saints, ainsi que Notre-Seigneur l'a dit lui-même : Qui vous méprise me méprise, et qui reçoit le juste recevra la récompense du juste (LUC, X, 15 ; MATTH., X, 40). Il arriva qu’à quelque temps de là, étant allé à Brioude non par dévotion mais par cas fortuit, il fut renversé à terre devant le tombeau, et bientôt saisi de la fièvre, il se sentit oppressé d'une telle chaleur, qu'il ne pouvait ni se lever, ni appeler un valet pour le soutenir. Ses gens, voyant qu'il était plus long à revenir que de coutume, s'approchèrent de lui et lui dirent : " Comment êtes-vous si longtemps couché ici par terre ? Vous n'avez pas coutume d'être si long à vos prières, et votre dévotion était un peu plus courte. " Car on a dit de lui que, toutes les fois qu'il entrait dans une église, il s'y contentait de murmurer quelques paroles du bout des lèvres, puis en sortait sans même incliner la tête. Ses gens donc n'ayant pu tirer de lui aucune parole, on l'enleva à force de bras du lieu ou il était, et on le mit au là dans une chambre voisine. Mais comme sa fièvre augmentait toujours, il se mit à se désespérer et à crier qu'il était brûlé par le martyr. Alors, éclairé sur son état à la lumière des jugements de Dieu, il en vint à confesser les crimes que jusque-là il avait pris soin de cacher, et il priait en grâce qu'on jetât de l'eau sur lui. On lui apporta donc de l'eau dans une aiguière et on en jeta sur lui à plusieurs reprises ; à chaque fois une fumée épaisse s’éleva de son corps comme d'une fournaise. Son misérable corps devint noir comme du charbon,

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et il s'en exhalait une telle puanteur, qu’à peine pouvait-on le supporter. Bientôt, faisant signe de la main, il donna à connaître qu'il était allégé (Indicat se esse leviorem. Cela veut-il dire qu'il était allégé et non pas plutôt qu'il avait été trouvé trop léger dans la balance ?) ; puis, comme on se retirait, il rendit l'esprit, et nous pouvons dire sans crainte quel lieu occupe maintenant un homme qui est sorti de ce monde sous le poids d'un jugement si sévère (Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire, évêque de Tours, de la trad. de M. de Marolles ; Paris, 1668, t. II, p. 195-196). "

11. Ibidem., c. 20 : " C'était la fête de saint Julien, et voilà qu'un homme du peuple voyant l'église du saint parée de ses plus beaux ornements, conçu le désir coupable d'en enlever ce qu'ensuite il ne lui serait pas possible de tenir caché. Sur la fin donc de la journée comme le peuple se retirait de l’église après les vêpres, il se blottit dans un coin, et la nuit venue, comme tout le monde était couché et que tout était enveloppé dans les ténèbres, il sortit de sa retraite, et sans rien craindre, ayant le démon pour satellite et pour instigateur de son action abominable, il se jeta d'un bond sur les balustrades du sépulcre du saint, et ayant arraché du haut une des pierres précieuses qui brillait d'un vif éclat, il fit tomber la croix par terre, puis fit un paquet des tavaïoles et des petits tapis qui pendaient tout autour de l’église contre les murailles, et le mettant sur ses épaules avec la croix qu'il tenait sa main, il se retira au même lieu d'où il était sorti : là, il déposa le paquet qu'il mit sous sa tête, et assoupi par son péché même il s'endormit. Mais sur le minuit ceux qui avaient les clefs de l'église étant venus faire leur ronde, virent scintiller dans un coin, comme une étoile, une des pierres précieuse qui ornaient la croix. Saisis d'étonnement, ils s'approchèrent avec défiance, et ayant allumé un cierge ils trouvèrent le voleur étendu avec les objets qu'il avait pris, mais qu'il n'avait pu emporter. Toute la nuit ils le tinrent sous bonne garde, et quand le matin fut venu, il leur confessa tout ce qu'il avait fait, en leur assurant qu'il s'était endormi de lassitude, parce qu'après avoir longtemps tourné dans l’église avec son fardeau, il n'avait jamais pu en trouver la porte pour en sortir (Cf. Ibidem, p. 198-199) "

12. THEODORET, Ecclesiast. Histor., Lib. III, c. 11 (al. 8) : " Les impies idolâtres, quoique certainement instruits de ces

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laits, levèrent l'étendard de la guerre contre le souverain maître de l'univers. Le tyran (Julien) de son côté fit jeter dans son trésor les vases sacrés et condamner en même temps les portes de l’église qu'avait élevée Constantin, afin que tout accès en fût fermé à ceux qui ont coutume de s'y assembler. Cette église était occupée alors par les ariens. On vit en même temps entrer dans ce saint temple, pour en enlever les vases sacrés, et Julien préfet de l’orient, et Félix questeur du trésor royal, et Elpide intendant de la fortune privée de l'empereur, ou son comes privatus, comme disent les Romains. On dit que Félix et Elpide, qui étaient chrétiens avaient apostasié pour complaire au prince impie. Quand Julien lut dans le temple, on dit qu'il répandit de son urine contre la table sainte, et qu'il souffleta Euzoïus qui voulait l'en empêcher en lui répliquant que la Divinité ne prenait aucun souci des affaires des chrétiens. Félix frappé de la magnificence des vases sacrés que l'église devait à la libéralité de Constantin et de Constance : Voilà, s'écria-t-il avec quels vases somptueux se fait le service du fils de Marie. "

13. Ibidem, c. 12 (8 et 9) : " Mais ces monstres ne tardèrent pas à porter la peine de leurs attentats aussi insensés que criminels. Car Julien ayant été subitement atteint d'une maladie mortelle, qui lui rongeait et faisait pourrir les entrailles, périt misérablement après avoir rendu ses excréments non par les conduits naturels, mais par sa bouche même qui avait été l'instrument de ses blasphèmes On rapporte que son épouse, que recommandait la pureté de sa foi, lui dit : Cher époux vous devez bien des actions de grâces à Jésus-Christ notre Sauveur, de ce qu'il vous a montré sa puissance par ce châtiment si visible. Car vous seriez resté sans reconnaître celui à qui vous aviez la témérité de vous attaquer, si, usant de sa patience accoutumée, il ne vous avait frappé de ces maux. " Ces paroles, jointes à l'excès de son mal, lui faisant comprendre la cause de sa maladie, il supplia l'empereur de restituer à l'église les vases et les ornements qui lui avaient été enlevés ; mais il mourut sans avoir pu l'obtenir. Félix à son tour, atteint tout-à- coup d'un mal miraculeux, mourut après avoir rendu tout son sang par la bouche pendant plusieurs jours et plusieurs nuits de suite, et passa ainsi d'une mort affreuse à la mort éternelle plus affreuse encore. Voilà comment ces hommes portèrent la peine de leur impiété. "

14. VICTOR, évêque de Vite ou d'Utique, Lib. I persecutionis Wandalicæ : " Genseric, irrité contre l'Eglise de Dieu, envoie

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un certain Proculus dans la province Zeugitane, pour forcer tous les prêtres du Seigneur à lui livrer les livres et le reste qui servait au service divin, afin de les dépouiller ainsi habilement de leurs armes, et une fois désarmés, de se les assujettir avec moins de peine. Et comme ils déclarèrent ne pouvoir faire cette tradition, il se mit à enlever tous ces objets à force ouverte, et pour comble de sacrilège, il se faisait des chemises et des caleçons des linges dont il avait dépouillé les autels. Proculus exécuteur de ces ordres impies ne tarda pas à porter la peine de ses attentats : il mourut bientôt de la manière la plus misérable, en se mangeant la langue qu'il se coupait par morceaux avec les dents. " .

15. S. AUGUSTIN, In Ps. CXXIX : " Lorsque vous supportez les péchés de votre frère, ils ne sont point un fardeau qui vous accable. Mais si vous leur donniez votre consentement, ce ne seraient plus les péchés des autres qui vous écraseraient de leur poids ; ce seraient vos péchés à vous-même. Car tout homme qui consent aux désirs d'un pécheur, n'est plus sous le fardeau des péchés d'autrui, mais sous le poids de ses propres péchés. Le consentement que vous donnez au péché de votre frère devient le vôtre à vous-même. Et alors ne vous plaignez pas des autres comme si leurs péchés vous accablaient ; car on vous répondrait que ce ne sont pas les péchés des autres qui vous accablent, mais les vôtres. "

" Vous avez vu un voleur, dit l’Ecriture, et vous avez couru avec lui (Ps. XLIX, 18). Cela veut-il dire que vous ayez couru effectivement avec ce voleur ? Nullement. Mais cela fait entendre que vous vous êtes uni de cœur et d'affection avec lui. Ce qui n'était que son crime est devenu aussi le vôtre, parce qu'il vous a plu et que vous y avez trouvé du plaisir (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. VI, p. 603-604). "
 
 

Question XI

Comment se rend-on coupable du péché d’autrui en prenant sa défense ?

C'est lorsqu'on prend des malfaiteurs sous sa protection, ou qu'on ne craint pas de soutenir et de répandre une doctrine perverse ou impie dont un autre est l'auteur, ou qu'on emploie ses moyens ou son industrie à procurer le succès d'une entreprise injuste. C'est contre ces sortes de crimes que s'élève l'Esprit-

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Saint par ces paroles foudroyantes : Malheur à vous, qui dites que le mal est bien, et que le bien est mal ; qui donnez aux ténèbres le nom de lumière et à la lumière le nom de ténèbres qui faites passer pour doux ce qui est amer, et pour amer ce qui est doux ; et quand Dieu dit encore : Vous ne vous laisserez point aller au torrent de la multitude pour faire le mal, et dans le jugement vous ne vous rendrez point à l'avis du plus grand nombre pour vous détourner de la vérité.

En voilà assez sur les péchés appelés péchés d'autrui dont on peut se rendre soi-même coupable, péchés aujourd'hui très-répandu, et commis sans scrupule par une foule de personnes, surtout parmi les grands. Et telle est la licence avec laquelle on se porte à les commettre, que la plupart de ceux qui s'y livrent ne les regardent pas même comme des péchés et n'en conçoivent aucun remords, quoiqu'ils se rendent par-là dignes devant Dieu de châtiments éternels, et non-seulement eux-mêmes mais aussi les autres qu'ils entraînent avec eux dans une perte commune. Or, toutes ces espèces de péchés peuvent être réduites comme le montre saint Basile-le-Grand, à trois principales, qui les comprennent sommairement. Car nous pouvons nous rendre complices de l'erreur ou du péché d'autrui, soit par la complicité même de nos œuvres soit seulement par la disposition de notre volonté, soit enfin par une négligence coupable, si nous manquons au devoir qui peut nous être imposé d'avertir et de corriger notre prochain.

Mais de tous les péchés le plus affreux sans contredit est celui qui se commet contre l'Esprit-Saint.

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TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. ISAIE, V, 20 : " Malheur à vous qui dites, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

2. Id., X, 1-2 : " Malheur à ceux qui établissent des lois d'iniquité, et qui font des ordonnances injustes, - pour ne point faire justice aux faibles, pour opprimer dans les jugements les pauvres de mon peuple, pour dévorer les veuves comme leur proie, et pour gaspiller le bien des orphelins. "

3. Exode, XXIII, 2 : " Vous ne vous laisserez point entraîner à la suite de la multitude pour faire le mal, etc. (comme dans le corps de la réponse). "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. BASILE, Lib. II de Baptismo, q. 9 : Voir plus haut, question I, des péchés d’autrui, témoignage 4, page 4.
 
 

Article IV. - DES PECHES CONTRE LE SAINT-ESPRIT.


Question I

Qu’est-ce qu’un péché contre le Saint-Esprit ?

Pécher contre le Saint-Esprit, c'est rejeter avec mépris et par malice les dons et les grâces que Dieu nous offre, et qu'on a coutume d'attribuer particulièrement au Saint-Esprit, comme à la source des biens. Ce péché est si grand et de telle nature, qu'il est inexpiable, en sorte que, selon la parole de Jésus-Christ, on n'en obtient la rémission ni dans le siècle présent, ni dans le siècle à venir. Telle est en effet la loi de la conduite de Dieu envers nous, qu'il n'accorde sa grâce ici-bas, et sa gloire dans le ciel, qu’à ceux qui détestent le péché une fois connu pour tel, et qui de plus se proposent le bien et font choix d'un état de vie honnête et selon Dieu. Or, dans ces sortes de péchés on ne sait ni ce que c'est que détester le péché, ni ce que c'est que s'attacher au bien auquel on est obligé en même temps qu'on rejette les grâces, ou les secours au moyen desquels l’Esprit-Saint a coutume de ramener les hommes à la vertu. De là vient que ceux qui sont dans de telles habitudes, ou ne répondent jamais aux grâces de Dieu, ou n'y répondent

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que rarement et avec bien de la peine. Car on pèche alors non par une suite de la faiblesse ou de la fragilité humaine, ce qui s'appellerait pécher contre le Père et la puissance du Père, comme fit l'apôtre saint Pierre lorsqu'il renia Notre-Seigneur, ni par ignorance, ce qui s'appelle pécher contre le Fils et la sagesse du Fils, comme faisait Saul dans le temps où il persécutait l’Eglise ; mais par pure méchanceté et de dessein prémédité, ce qui est bien plus criminel, comme nous en trouvons un triste exemple dans la perversité et l'obstination des pharisiens.
 
 

Question II

Combien y a-t-il de péchés contre le Saint-Esprit ?

On en compte six, dont voici les noms, comme on a coutume de les désigner : la présomption de la miséricorde de Dieu ou de l'impunité du péché commis, le désespoir, l’entêtement à combattre la vérité connue, l'envie qui a pour objet les avantages spirituels du prochain, l'obstination et l'impénitence. Ce qui se comprendra encore mieux, si on l'exprime de la manière suivante :

1. Abuser par trop de confiance de la miséricorde de Dieu ;

2. Désespérer entièrement de la grâce de Dieu ou de son propre salut ;

3. Combattre la vérité de la religion malgré les lumières de sa propre conscience ;

4. Garder du dépit de voir ses frères faire leur salut ou avancer dans les vertus chrétiennes ;

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5. Persister sciemment et obstinément dans le crime ;

6. Persévérer dans le désordre sans songer seulement à en faire pénitence.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. MATTHIEU, XII, 31-32 : " C'est pourquoi je vous dis : Tout péché et tout blasphème sera remis aux hommes ; mais le blasphème contre le Saint-Esprit ne leur sera point remis. - Et quiconque aura parlé contre le fils de l'homme, son péché lui sera remis ; mais si quelqu'un parle contre le Saint-Esprit, son péché ne lui sera remis ni dans le siècle présent ni dans le siècle à venir. "

2. MARC, III, 28-30 : " Je vous dis en vérité que tous les péchés que les enfants des hommes auront commis, et tous les blasphèmes qu'ils auront proférés, leur seront remis ; - mais si quelqu'un blasphème contre le Saint-Esprit, il n'en recevra jamais le pardon, et il sera coupable d'un péché éternel. - Il leur dit cela, sur ce qu'ils l'accusaient d'être possédé de l'esprit impur. "

3. LUC, XII, 10 : " Si quelqu'un parle contre le fils de l'homme, son péché lui sera remis ; mais si quelqu'un blasphème contre le Saint-Esprit, cet autre péché ne lui sera point remis. "

4. MATTHIEU, XXVI, 73-74 : " Peu après ceux qui étaient là s'avancèrent et dirent à Pierre : Assurément vous êtes aussi de ces gens-là, car votre langage même vous décèle.- Alors il se mit à faire des imprécations et à jurer qu'il ne connaissait point cet homme. "

5. I Timothée, I, 13 : " Moi qui était auparavant un blasphémateur un persécuteur et un outrageux ennemi de Jésus-Christ ; mais j'ai obtenu miséricorde de Dieu, parce que j'ai fait tous ces maux par ignorance, n'ayant point encore la foi. "

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6. Actes, IX, 1-2 : " Saul ne respirant encore que menaces et qu'exécution sanguinaires contre les disciples du Seigneur, vint trouver le grand-prêtre, - et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s'il trouvait quelques personnes de cette religion, hommes ou femmes, il les amenât prisonniers à Jérusalem. "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. THOMAS d'Aquin, Summ. theol., 2a 2æ, q. 14, art. 1 : " A l'égard du péché ou blasphème contre l'Esprit-Saint, il y a trois sentiments. En effet, plusieurs anciens docteurs, savoir, saint Athanase, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Jérôme et saint Chrysostôme (S. Athanase, Tract. partic. super illud Matth., XII, Qui dixerit verbum contra Filium hominis ; S. Hilaire, can. 12 in Matth.; S. Ambroise, in Lucam, super illud cap. XII : Qui verbum in Spiritum Sanctum dixerit ; S. Chrysostôme, Hom. XLII in Matth. ; S. Jérôme, in Matth. XII), disent qu'on pèche contre l'Esprit-Saint quand on prononce un blasphème dans lequel l'Esprit-Saint est nommé, soit qu'on entende par l'Esprit-Saint Dieu lui-même pris dans son essence, ou la Trinité entière dont chaque personne est esprit et sainteté, soit qu'on prenne ce même nom pour le nom propre de l'une des trois personnes. Et de cette manière s'explique la distinction établie dans saint Matthieu (XII, 32) entre le blasphème contre l'Esprit-Saint le blasphème contre le fils de l'homme. Car parmi les actions de Jésus-Christ, il y en avait de naturelles à l'homme, telles que celles de manger, de boire, et autres semblables, et d'autres qui requéraient la puissance d'un Dieu, comme de chasser les démons, de ressusciter les morts, et de faire d'autres prodiges, qu'il opérait par la vertu de sa divinité et par l'opération de l'Esprit-Saint, dont il étai rempli quant à son humanité. Or, les Juifs avaient premièrement blasphémé contre le fils de l'homme, en l’appelant un mangeur et un buveur, un ami des publicains et des gens de mauvaise vie (MATTH., XI, 19). Mais ensuite ils en vinrent à blasphémer contre le Saint-Esprit, en attribuant au prince des démons les prodiges que Jésus- Christ opérait par la vertu de sa propre divinité et par l'opération de l'Esprit-Saint. Et c'est pour ce dernier fait qu'ils sont trouvés coupables d'avoir blasphémé contre le Saint-Esprit. Autre est l'interprétation de saint Augustin, qui dit dans son livre de verbis Dom., Serm. XI, c. 14,15 et 21, que le blasphème ou

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péché contre l'Esprit-Saint est l’impénitence finale, ce qui a lieu quand on persévère jusqu’à la mort dans le péché mortel. Or, cette sorte de blasphème ne se commet pas seulement par les paroles que profère la bouche, mais aussi par celles, ou que le cœur se dit à lui-même, ou que l'action fait entendre ; et elle se commet non par un simple acte, mais par des actes multipliés. Entendue de cette manière, la parole contre le Saint-Esprit est appelée de ce nom, parce qu'elle s'inscrit en faux contre la rémission des péchés qui s'effectue par l'Esprit-Saint, qui est l'amour du Père et du Fils. En cet autre sens, Notre-Seigneur ne faisait pas aux Juifs le reproche de pécher eux-mêmes contre l'Esprit-Saint ; car ils n'étaient pas encore réduits à l’état d'impénitence finale ; mais il les avertissait de prendre garde qu'en parlant comme ils le faisaient, ils n'en vinssent à pécher contre l'Esprit-Saint. Et c'est ainsi qu'il faut entendre ce qui est dit dans saint Marc (III, 29 et 30), où après avoir rapporté ces paroles : Quiconque aura blasphémé contre l'Esprit-Saint n'en recevra jamais le pardon, etc., l’Evangéliste ajoute : Il parlait ainsi, parce qu'ils disaient : Il est possédé de l'esprit impur. D'autres enfin (Ce sentiment était celui de Pierre Lombard) entendent encore différemment la chose, et disent qu'on pèche ou qu'on blasphème contre l'Esprit-Saint, quand on pèche contre ce qui lui est approprié ; or, ce qui est approprié à l'Esprit-Saint, c'est la bonté, comme la puissance est appropriée au Père, et la sagesse au Fils. Ils prétendent en conséquence que pécher par faiblesse, c'est pécher contre le Père, que pécher par ignorance, c'est pécher contre le Fils ; enfin, que pécher par malice, en faisant le mal par choix, de la manière que nous avons expliquée (1a 2æ, q. 78, art. 1 et 3), c'est pécher contre le Saint-Esprit. Et c'est ce qui a lieu de deux façons différentes : 1° quand on cède au penchant de l'habitude vicieuse appelée malice ; et en ce premier sens, pécher par malice ce n'est pas la même chose que pécher contre l'Esprit-Saint ; 2° quand on repousse et qu'on écarte par mépris ce qui aurait pu empêcher la volonté de faire choix du mal, comme quand on repousse l'espérance par le désespoir, la crainte par la présomption, et ainsi du reste, comme nous le dirons plus bas (art. suiv., et q. XX et XXI). Or les choses, quelles qu'elles soient, qui nous empêchent de faire choix du péché, sont encore des effets de l'Esprit-Saint ; et par conséquent pécher de la sorte par malice, c'est pécher contre le Saint-Esprit. "

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2. Le même, ibidem, art. 2 : " Suivant la troisième acception donnée tout-à-l'heure au péché contre l'Esprit-Saint, il convient de distinguer six péchés de cette espèce, savoir : le désespoir, la présomption, l’impénitence, l’obstination, la résistance à la vérité connue, et l'envie des grâces que Dieu accorde à nos frères : péchés qu'on distingue entre eux d'après le mode de répulsion ou de mépris qu'ils supposent des choses qui peuvent empêcher l'homme de faire choix du péché. Et les choses de cette nature se rapportent, soit au jugement de Dieu, soit à ses dons, soit au péché lui-même. Car l'homme est détourné de faire choix du péché par la considération du jugement de Dieu, qui réunit la justice à la miséricorde, et par l'espérance, qui résulte de la considération de la miséricorde, dont l'office est de remettre les péchés et de récompenser les vertus. Or, l'espérance est détruite par le désespoir (Le désespoir nous persuade qu'il nous est impossible d'obtenir le pardon de nos péchés). L'homme est encore détourné du péché par la crainte qui naît de la considération de la justice divine, dont l'office à son tour est de punir les péchés ; or, la crainte est détruite par la présomption ; quand on présume par exemple, qu'on peut obtenir la gloire sans les mérites ou le pardon sans le repentir. Maintenant, les dons de Dieu qui nous retirent du péché sont au nombre de deux : l'un est l'adhésion à la vérité connue, et cette adhésion a pour contraire la résistance a la vérité connue, comme quand quelqu'un combat contre la vérité de la foi connue de lui comme telle, afin de pécher plus librement ; l'autre est le secours de la grâce intérieure qui a pour contraire l'envie portée aux grâces que reçoivent les autres ; comme quand on porte envie non-seulement à la personne de son prochain, mais encore au progrès que la grâce de Dieu fait dans le monde. Relativement au péché considéré en lui-même, il y a deux choses qui peuvent en retirer celui qui l'a commis : l'une est le désordre et la turpitude de l'acte dont il s'est rendu coupable, considération qui d'ordinaire nous porte à nous repentir de nos péchés. Et elle a pour contraire l’impénitence, non pas celle qui consiste à rester dans le péché jusqu’à la mort, comme on l'expliquait plus haut (D'après le sentiment de saint Augustin, dont on a parlé dans l'article précédent pages 125 et 126) ; car prise dans ce sens, ce ne serait pas un péché spécial mais une circonstance du péché en quelque sorte ; ce qu'on entend ici par impénitence, c’est la résolution où quelqu'un serait de ne pas se

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repentir. L'autre chose qui se trouve dans le péché et qui peut servir à en détourner, c’est le peu de valeur comme le peu de durée du bien qu'on y cherche, ainsi que le témoignent ces paroles de l'Apôtre (Rom., VI, 21) : Quel fruit avez-vous retiré alors des choses dont vous rougissez maintenant ? Cette dernière considération a pour effet ordinaire de nous engager à ne pas persister dans le péché ; mais cet effet même est détruit par l’obstination, qui existe dès-lors qu'on s'affermit dans la résolution de persévérer dans le mal. Le Prophète (JER., VIII, 6) parle de l'une et de l'autre de ces deux dispositions perverses, lorsqu'il dit : Il n'y a personne qui fasse pénitence de son péché en disant : Qu'ai-je fait ? voilà pour la première et lorsqu'il ajoute : Ils courent tous où leur passion les emporte, comme un cheval qui court avec impétuosité au combat : voilà pour la seconde. "

3. Ibidem, art. 3 : " Suivant les diverses acceptions qu'on donne au péché contre l'Esprit-Saint, les manières d'expliquer comment il est irrémissible sont différentes. En effet, si l'on entend par ce péché contre l'Esprit-Saint l'impénitence finale, on dit alors qu'il est irrémissible, parce que Dieu ne le remet en aucune manière. Car le péché mortel dans lequel l'homme persévère jusqu'à la mort n'étant pas remis en cette vie par la pénitence, ne le sera pas non plus dans l'autre. - Dans les deux autres acceptions, on le dit irrémissible non parce qu'il ne peut être remis d'aucune manière (On ne pourrait avancer, sans être hérétique, qu’il y a des fautes absolument irrémissibles. Ce serait l'erreur des novatiens, qui prétendaient que l’Eglise n'avait pas le pouvoir de remettre par l'absolution certains crimes), mais parce qu'en tant qu'on le considère en lui-même, il ne mérite aucunement d'être remis. Et cela sous deux rapports : 1° sous le rapport de la peine ; car celui qui pèche par ignorance ou par faiblesse mérite un châtiment moindre à proportion, au lieu que celui qui pèche par une malice réfléchie n'a pas d'excuse qui puisse engager son juge à diminuer son châtiment. De même, celui qui blasphémait contre le fils de l'homme dans un temps où sa divinité n'avait pas encore été révélée, pouvait avoir une sorte d'excuse à cause de l'infirmité de la chair qu'il voyait en lui, et méritait par-là même une peine moins sévère. Mais celui qui blasphémait la Divinité elle-même en attribuant au démon les œuvres de l'Esprit-Saint, n'avait pas d'excuse qui pût lui mériter quelque indulgence. C'est pourquoi, d'après l'explication qu'en donne saint Jean Chrysostôme (Hom. XLII in

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Matth.), ce péché n'a été remis aux Juifs ni en cette vie ni en l'autre ; car ils ont souffert pour l'expier les châtiments que les Romains leur ont infligés ici-bas, et les peines de l'enfer dans l'autre vie. Saint Athanase (Tract. super illud Matth. XII, Quicumque dixerit verbum) cite aussi pour exemple leurs ancêtres qui d'abord s'élevèrent contre Moïse à cause de la disette d'eau et de pain qu'ils éprouvaient, premiers murmures que Dieu supporta patiemment, parce qu'ils avaient pour excuse l'infirmité de la chair ; mais qui ensuite péchèrent plus grièvement en blasphémant contre l'Esprit-Saint, lorsqu'ils attribuèrent à une idole les bienfaits de Dieu qui les avait tirés de l’Egypte, et qu'ils dirent : Voila, Israël, vos dieux qui vous ont tirés de la terre d'Egypte. C'est pourquoi non-seulement le Seigneur les fit punir temporellement, en permettant que vingt-trois mille d'entre eux périssent dans ce même jour ; mais encore il les menaça des châtiments à venir par ces paroles : Au jour de la vengeance je visiterai ce péché qu'ils ont commis (Exode, XXXII). - 2° On peut entendre que ce péché est irrémissible quant à la faute, comme on dit d'une maladie qu'elle est incurable en elle-même, lorsqu'elle neutralise ce qui pourrait la guérir ; par exemple, si le mal ôte à la nature toute sa force, ou s'il produit le dégoût de toute espèce d'aliments et de remèdes, quoique Dieu après tout puisse toujours guéri celui qui en est atteint. De même on dit que le péché contre l'Esprit-Saint est irrémissible de sa nature, en tant qu'il repousse les moyens par lesquels s'obtient la rémission des péchés, quoiqu'il ne soit pas un obstacle invincible à la toute-puissance et à la miséricorde de Dieu, qui guérit quelquefois en quelque sorte miraculeusement ceux qui se trouvent atteints de cette maladie spirituelle. "

4. S. GREGOIRE- LE-GRAND, Moralium in Job Lib. XXV, c. 16 : " Le péché se commet en trois manières, savoir par ignorance, ou par faiblesse, ou de propos délibéré. Le pèche commis par faiblesse est plus grand que celui qui se commet par ignorance ; mais celui qui se fait de propos délibéré est encore bien plus criminel. Saint Paul avait péché par ignorance quand il disait : Moi, qui étais auparavant un blasphémateur, un persécuteur et un outrageux ennemi de son Eglise ; mais j'ai trouvé miséricorde parce que j'ai fait tous ces maux dans l'ignorance, n'ayant point la foi (I Tim., I, 13). "

" Saint Pierre pécha par faiblesse, lorsque la voix d'une simple fille ébranla toute la vigueur de cette foi, qu'il avait si

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hautement confessée devant le Seigneur, et qu'il renia de bouche son Dieu, qu'il reconnaissait dans le fond de son cœur. Mais comme ces péchés d’ignorance et de faiblesse sont d'autant plus faciles à effacer que ce n'est pas d'une volonté pleine et entière qu'on les commet, saint Paul corrigea facilement par les lumières que la foi lui donna, le mal que son ignorance lui avait fait faire ; et saint Pierre raffermit bientôt par la vertu de ses larmes la racine de sa foi, devenue chancelante et comme toute desséchée par son péché. "

" Mais ceux-là péchèrent de propos délibéré, dont le Seigneur dit dans l'Evangile : Si je n'étais pas venu, et que je ne leur eusse pas parlé, ils n'auraient point de péché mais maintenant ils n'ont point d'excuse de leur péché (JEAN, XV, 22). Et un peu après : Mais maintenant ils les ont vues mes œuvres, et ils ont haï moi et mon père (JEAN, XV, 24). Or, il y a bien de la différence entre ne pas faire le bien, et haïr le docteur même qui l'enseigne ; comme il y en a aussi entre les péchés qui se font par précipitation, et ceux qui se commettent de propos délibéré. Car il arrive quelquefois qu'on commette un péché par précipitation et qu'on le condamne ensuite par le conseil et la réflexion de la volonté. Il peut se faire qu'aimant le bien, notre faiblesse nous empêche de l'accomplir ; mais pécher de propos délibéré c'est ne pas faire le bien, ni même l'aimer. Ainsi, comme c'est quelquefois un plus grand mal d'aimer le péché que de le commettre, c'est aussi un crime bien plus énorme de haïr la justice, que de manquer la pratiquer. "

" Or, il y en a dans l'Eglise, qui non-seulement ne font pas le bien, mais qui vont même jusqu’à cet excès de combattre et de détester dans les autres la vertu qu'ils négligent de pratiquer. Ces personnes ne pèchent pas seulement par ignorance ou par faiblesse, mais avec dessein et d'une volonté délibérée puisque, s'ils avaient la volonté de faire le bien, et que ce ne fût que par faiblesse ou par impuissance qu'ils manquassent de l'accomplir, ils aimeraient au moins dans les autres ce qu'ils ne font pas. Et si seulement ils s'y portaient de volonté et par leurs désirs, ils seraient bien éloignés de le haïr dans ceux qu'ils voient le pratiquer ; mais comme, malgré la connaissance qu'ils en ont reçue ils n'en tiennent nul compte dans leur conduite personnelle et le persécutent même dans les autres, l'Ecriture dit fort bien ici, en voulant désigner les gens de ce caractère : Ils se sont comme de propos délibéré retirés de lui (JOB, XXXIV, 27) ; et

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c'est encore pour cela qu'elle ajoute : Et ils n'ont pas voulu comprendre toutes ses voies (ibidem). Elle ne dit pas qu'ils n'ont pas la force de les entendre, mais qu'ils n'ont pas voulu les entendre, parce qu'on dédaigne souvent d'apprendre ce qu'on ne veut pas se mettre en peine de faire. Car, comme il est dit dans l’Evangile que le serviteur qui aura su la volonté de son maître, et qui néanmoins ne se sera pas tenu prêt, et n'aura pas fait ce qu'il désirait de lui, sera battu rudement, mais que celui qui n'aura pas su sa volonté et qui aura fait des choses dignes de châtiment, sera moins sévèrement châtié, ces malheureux s'imaginent trouver dans l'ignorance un prétexte pour pécher impunément. Comme ils sont tout plongés dans le nuage épais de l'orgueil, ils ne discernent pas la différence qu'il y a entre ne pas savoir, et ne pas vouloir savoir. Ne savoir point, c'est ignorance ; mais ne pas vouloir savoir, c'est un pur orgueil. Et ils peuvent d'autant moins alléguer pour excuse l'ignorance où ils sont de la vérité qu’elle se présent à leurs yeux même malgré eux sans qu'ils puissent éviter de la connaître. "
 
 

Question III

Quelle est la sorte de présomption qui constitue le péché contre l’Esprit-Saint ?

C'est celle qui rend l'homme confiant dans la miséricorde de Dieu au point de lui faire oublier sa justice, et qui par conséquent lui ôte là crainte de Dieu en même temps qu'elle lui inspire la hardiesse de pécher.

C'est ici le péché de beaucoup de personnes de nos jours, qui, se contentant d'avoir en Jésus-Christ une foi stérile, croupissent comme de vils animaux dans l'ordure de leurs péchés et osent non-seulement s'assurer d’eux-mêmes le salut, mais l'assurer aussi aux autres, pourvu qu'on mette sa confiance dans les mérites de Jésus-Christ et dans la grâce de Dieu appréhendée par la foi, quelque peu de soin qu'on ait d'ailleurs de produire des fruits de pénitence. C’est aux gens de cette espèce que s'adresse l’apostrophe suivante de saint Paul, ce docteur des nations dans la foi et dans la vérité : Est- ce que vous méprisez les richesses de la bonté de Dieu, de sa patience et de sa longue tolérance ? Ignorez-vous que sa douceur vous invite à la pénitence ?

C'est pourquoi le même apôtre, bien loin de préconiser la foi comme suffisant toute seule pour le salut, ordonne dans un autre endroit à tous les fidèles de travailler à leur salut avec crainte et tremblement ; et si d'ailleurs il recommande la foi, ce

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n'est pas une foi oisive et morte, comme l'appelle saint Jacques, mais une foi vive et agissante, qui opère par la charité.

C'est contre cet énorme péché que sont dirigées ces malédictions que nous lisons dans l'Ecclésiastique : Ne soyez point sans crainte au sujet de l'offense qui vous a été remise, et n'ajoutez pas péché sur péché. Ne dites pas : La miséricorde de Dieu est grande ; il aura pitié du grand nombre de mes péchés. Car son indignation est prompte, aussi bien que sa miséricorde et il regarde les pécheurs dans sa colère. C'est donc avec justice que le Prophète dit à son tour : Je chanterai, Seigneur, devant vous votre miséricorde et votre justice. Et ailleurs : La majesté du Roi éclate dans son amour pour la justice.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. JOEL, 1, 17 : " Les grains sont pourris sous la gelée qui les couvre ; les greniers ont été détruits et les magasins ruinés, parce que le froment a été frappé de stérilité par la sécheresse. "

2. II PIERRE, II, 18-19 : " Car tenant des discours pleins d'insolence et de folie, ils amorcent par les passions de la chair et les voluptés sensuelles ceux qui peu de temps auparavant s'étaient séparés des personnes attachées à l'erreur, - leur promettant la liberté, tandis qu'ils sont eux-mêmes esclaves de la corruption. "

3. Ecclésiaste, VIII, 14 : " Il y a des impies qui vivent dans la sécurité, comme s'ils avaient fait des œuvres de justice. "

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4. LUC, III, 8-9 : " Faites donc de dignes fruits de pénitence et n'allez pas dire : Nous avons Abraham pour père ; car je vous déclare que Dieu peut faire naître de ces pierres mêmes des enfants Abraham. - La coignée est déjà à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. "

5. Id., XIII, à : " Si vous ne faites pénitence vous périrez tous de la même manière. "

6. MATTHIEU, III, 8-10 : " Faites donc de dignes fruits de pénitence, etc. - Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. "

7. Actes, XXVI, 20 : " Mais j'annonçai d'abord à ceux de Damas et de Jérusalem et dans toute la Judée et ensuite aux gentils, qu'ils fissent pénitence et se convertissent en faisant de dignes œuvre de pénitence. "

8. Ecclésiastique, II, 22 : " Si nous ne faisons pénitence, nous tomberons dans les mains du Seigneur : chose tout autrement à craindre pour nous que de tomber dans les mains des hommes. "

9. Romains, II, 4-6 : " Est-ce que vous méprisez les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa longue tolérance ? Ignorez-vous que la bonté de Dieu vous invite à la pénitence ? - Et cependant, par votre dureté et par l'impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, - qui rendra à chacun selon ses œuvres. "

10. Ecclésiaste, VIII, 11-13 : " Parce que la sentence de condamnation n'est pas immédiatement portée contre ceux qui font le mal, les enfants des hommes commettent le crime sans aucune crainte. - Mais cette patience même avec laquelle le pécheur est souffert après avoir cent fois prévariqué, m’a fait connaître que des biens sont réservés à ceux qui craignent Dieu et qui révère sa présence - Nul bien pour l'impie ; (Dieu) abrègera ses jours ; ceux qui ne craignent pas la face du Seigneur passeront comme l'ombre. "

11. Ecclésiastique, XV, 21-22 : " Il (Dieu) n'a commandé à personne de faire le mal, et il n'a donné à personne la licence de pécher ; - car il ne se plaît point à avoir un grand nombre d'enfants infidèles et inutiles. "

12. I Corinthiens, XIII, 1-3 : " Quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges mêmes, si je n'avais point la charité, je serais comme un airain sonnant ou une cymbale

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retentissante. - Et quand j'aurais le don de prophétie que je pénétrerais tous les mystères, et que je posséderai toutes les sciences, et quand j'aurais toute la foi possible, au point de transporter les montagnes, si je n'avais point la charité, je ne serais rien. - Et quand j'aurais distribué, etc. "

13. Philippiens, II, 12 : " Ainsi, mes très-cher frères, comme vous avez toujours été obéissants, ayez soin, non-seulement lorsque je suis présent parmi vous, mais encore plus tandis que je suis absent, de travailler à votre salut avec crainte et tremblement. "

14. Psaume II, 11 : " Servez le Seigneur avec crainte, et réjouissez-vous devant lui avec une sainte frayeur. "

15. Proverbes, XXVIII, 14 : " Heureux l'homme qui est toujours dans la crainte ; mais celui qui a le cœur endurci se précipitera dans le mal. "

16. Romains, XI, 20-21 : " Pour vous, vous demeurez fermes dans votre foi ; mais prenez garde de vous élever, tenez-vous plutôt dans la crainte. - Car si Dieu, etc. "

17. I Corinthiens, IV, 4 : " Car encore que ma conscience ne me reproche rien, je ne suis pas justifié pour cela. "

18. Ibid., X, 12 : " Que celui qui croit être debout, prenne bien garde de tomber. "

19. JACQUES, II, 14-26 : " Mes frères, que servira-t-il à un homme de dire qu'il a la foi, s'il n'a pas les œuvres ? La foi pourra-t-elle sauver ? - Si un de vos frères ou une de vos sœurs n'ont ni de quoi se vêtir, ni ce qui leur est nécessaire chaque jour pour vivre, - et que quelqu'un d'entre vous leur dise : Allez en paix, préservez-vous du froid et de la faim, sans leur donner cependant de quoi satisfaire à leurs besoins, à quoi serviront vos paroles ? - Ainsi la foi qui n'est pas accompagnée des œuvres est morte en elle-même - De sorte qu'on pourra dire : Vous avez la foi, et moi j'ai les œuvres ; montrez-moi votre foi que les œuvres n'accompagnent pas, et moi je vous montrerai ma foi par mes œuvres- Vous croyez qu'il n'y a qu'un Dieu ; vous faites bien ; mais les démons le croient aussi, et ils tremblent. - Or voulez-vous savoir, homme vain, que la foi sans les œuvres est morte ? - Votre père Abraham ne fut-il pas justifié par les œuvres lorsqu'il offrit son fils Isaac sur l'autel ? - Voyez-vous comme sa foi coopérait à ses œuvres et comme ce fut de ses œuvres qu'elle reçu sa perfection ? - Ainsi fut accomplie cette parole de l’Ecriture : Abraham crut ce que

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Dieu lui avait dit, et sa foi lui fut imputée à justice, et il fut appelé ami de Dieu. - Vous voyez donc que l'homme est justifié par les œuvres et non par la foi seule. - Rahab aussi, cette femme débauchée, ne fut-elle pas de même justifiée par ses œuvres en recevant chez elle les espions, et les renvoyant par un autre chemin ? Car comme le corps est mort lorsqu'il est sans âme, ainsi la foi sans les œuvres est morte en elle-même. "

20. Galates, V, 6 : " Car en Jésus-Christ, ni la circoncision ni l'incirconcision ne servent de rien, mais seulement la foi qui agit par la charité. "

21. Ecclésiastique, V, 4-9 : " Ne dites pas : J’ai péché, et que m'en est-il revenu de funeste ? Car le Très-Haut est lent à punir les crimes. - Ne soyez pas sans crainte au sujet de l'offense qui vous a été remise, et n'ajoutez pas péché sur péché. - Ne dites pas : La miséricorde de Dieu est grande ; il aura pitié de la multitude de mes péchés. - Car son indignation est prompte aussi bien que sa miséricorde, et il regarde les pécheurs dans sa colère. - Ne diffère point vous convertir au Seigneur, et ne remettez pas pour cela d'un jour à l'autre : - Car sa colère éclatera tout-à-coup, et il vous perdra au jour de la vengeance. "

22. Ecclésiaste, IX, 1-3 : " Les justes et les sages, et toutes leurs œuvres sont dans la main de Dieu ; et cependant l'homme ne sait s'il est digne d'amour ou de haine. - Toutes choses sont incertaines et réservées pour l'avenir ; tout arrive également au juste et à l'impie, au bon et au méchant, au pur et à l'impur, à celui qui immole des victimes et à celui qui méprise les sacrifices ; l'innocent est traité comme le pécheur et le parjure comme celui qui respecte les serments. - Ce qu'il y a de plus fâcheux dans tout ce qui se passe sous le soleil, c'est que les même choses arrivent à tous ; de là vient que les cœurs des enfants des hommes sont remplis de malice et d'une sotte présomption pendant toute leur vie, après quoi ils descendent parmi les morts. "

23. Psaume C, 1 : "Je chanterai, Seigneur, devant vous votre miséricorde et votre justice. "

24. Ps. XCVIII, 4 : " Ce roi puissant (l'Eternel) chérit la justice ; vous avez établi, Seigneur, des lois pleines de droiture ; vous avez rendu des jugements équitable parmi les enfants de Jacob. "

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TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. GREGOIRE- LE-GRAND, in caput tertium libri I Regum, sur ces paroles, Dominum est ; quod bonum est in oculis suis, faciat : " Il est le maître qu'il fasse ce qui est bon à ses yeux. Celui qui n'examinera que superficiellement cette réponse d’Héli, trouvera qu'il aura répondu avec autant de sagesse que d'humilité ; mais si on veut bien l'approfondir, on n'y trouvera qu'une humilité fausse. Héli aurait été véritablement humble, s'il s'était mis en devoir de réparer la faute qui lui était reprochée. Oh ! qu'Héli trouve d'imitateurs dans tous ces hommes, qui lisant tous les jours dans les saintes lettres les menaces que Dieu fait aux pécheurs et qu'ils sentent qu'ils ont encourues, ne craignent pas de les braver par la crainte qu'ils ont de déplaire aux hommes, ménagent les hommes de peur de les trouver implacables, et ne se gênent pas d'offenser Dieu, qu'ils comptent trouver toujours indulgent ! Mais une confiance aussi déraisonnable provoque les vengeances de Dieu, plutôt que d'attirer ses miséricordes. Car dans la bouche d'un pécheur impénitent et déterminé à ne pas changer de vie, que signifient ces paroles, Il est le maître, qu'il fasse ce qui est bon à ses yeux, sinon une confiance présomptueuse dans la miséricorde d'un Dieu qui n'ordonne rien qu'avec sagesse ? Or, pour que cette confiance n'ait pas un tel défaut, il faut qu'en même temps on répare par la pénitence et qu'on efface par ses larmes la faute dont on espère le pardon. Ainsi donc présumer, tout en continuant à pécher de la clémence de son Créateur, c’est s'exposer à être englouti dans l'abîme profond de la justice divine. Je le répète, présumer de la miséricorde de Dieu, sans se purifier par la pénitence des péchés commis, c'est courir les risques d'un jugement sévère et rigoureux. Lors donc que nous citons Héli comme exemple des prédicateurs coupables, nous ne faisons pas envisager uniquement la faute de sa molle indulgence, mais aussi la témérité de sa confiance après sa faute commise. Car, tandis qu'il aurait pu apaiser le courroux divin par l'humilité de son repentir, il encourut le châtiment que lui méritait sa faute, en négligeant de mettre à profit l'avertissement qu'il avait reçu. Si d'un côté Dieu est la justice et l'équité même, il est de l'autre, d'après la foi des peuples, surabondamment miséricordieux. C'est ce qui a fait dire au Prophète : Ses miséricordes sont au-dessus de ses ouvrages (Ps. CXLIV, 9). De là vient, qu'auprès avoir menacé par le prophète Jonas les

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Ninivites d'une ruine entière il accorda à leur repentir le salut de leur ville (JON., III, et suiv.). De là vient encore, qu'il prédit d'abord au roi Ezéchias par la bouche de son prophète la mort qui devait être la peine de la vanité de ce roi, et qu'ensuite ce roi, qu'effraya une semblable prédiction, ayant répandu devant le Seigneur les larmes d'un repentir sincère, eut le bonheur d'échapper par les moyens que la crainte lui fit prendre, à la mort qu'il avait mérité. Et le Seigneur n'avait-il pas promis d'abord à Héli que sa maison et celle de son père servirait toujours en sa présence ? Et cependant, ce même Dieu qui avait assuré la maison de ce pontife de sa protection tant qu'elle lui avait été fidèle la réprouva à la fin au point de dire à son sujet : Mais maintenant je suis bien éloigné de cette pensée (I Samuel, II, 30). Si donc Dieu peut révoquer ses promesses à l'égard de ceux qui, en se pervertissant, s'en rendent indignes, à combien plus forte raison arrêtera-t-il les effets de ses menaces, lorsque se montreront convertis à ses yeux ceux à qui leurs précédentes iniquités auront attiré d'abord l'annonce de ses vengeances ? Que pourrons-nous donc alléguer pour notre excuse, nous, qui commettons tous les jours de nouveaux crimes, et n'en sommes pas moins tranquilles sur notre sort à venir ? Cette sécurité même dans laquelle nous nous entretenons par rapport la sévérité des jugements de Dieu, est ce qui doit nous inspirer le plus de crainte, puisque nous voyons une sécurité semblable dans ce malheureux pontife, après même que sa négligence l'eut rendu l'objet de l'anathème céleste. "

2. Le même, Moralium in Job lib. XXXIII, c. 15 (al. 7) : " Notre. Rédempteur est bon et juste ; mais il ne faut pas dire, pour pécher plus librement : Puisqu'il est bon, il me pardonnera si je pèche ; ni après avoir péché : Puisqu'il est juste, je n'ai pas lieu d'espérer qu'il me pardonnera. Car Dieu pardonne les crimes lorsqu'on les pleure ; mais on doit craindre de commettre ce qu'on n'est pas assuré de pouvoir pleurer assez dignement. Il faut redouter la justice de Dieu avant de pécher mais après qu'on a péché, il faut prendre confiance en sa bonté. Et on ne doit ni tellement craindre sa justice, qu'on ne puisse être fortifié par la consolation de l'espérance, ni se confier tellement en sa miséricorde, qu'on néglige d’appliquer à ses blessures le remède d'une digne pénitence. "

" Mais on doit considérer que celui dont on présume qu'il pardonnera avec bonté sait aussi juger avec une sévérité très-rigou-

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reuse. Si donc l’espérance que le pécheur a dans la bonté de Dieu lui cause beaucoup de joie, il faut que le pénitent qui travaille à se corriger tremble de crainte à la pensée de sa justice. Ainsi l'espoir de notre confiance doit être mêlé d'appréhension, en sorte que, comme d'une part la justice de ce juge si sévère nous épouvante pour nous obliger à nous corriger de nos péchés, de l'autre la grâce de ce Sauveur qui nous délivre avec tant de miséricorde, nous invite à en espérer le pardon avec confiance. "

" C'est pour cela qu'un ancien sage dit dans 1’Ecriture (Ecclé., V, 7) : Ne dites pas, les miséricordes du Seigneur sont grandes, il ne se souviendra pas de mes péchés. Car il joint aussitôt la miséricorde à la justice, lorsqu'il ajoute : Car la miséricorde et la colère viennent également de lui (Cf. Morales de saint Grégoire, t. IV. S. Grégoire lisait ainsi les paroles de l'Ecclésiastique rapportée ici en dernier lieu : Misericordia enim et ira ab illo). "

3. Le même, Lib. VI epistolarum, Epist. 22 ad Gregoriam cubiculariam Augustæ : " Quant à ce que vous m'avez fait l'honneur d'ajouter dans vos lettres, que vous ne me laisseriez pas de repos, tant que je ne vous aurais pas écrit en vertu d'une révélation que vos péchés sont pardonnés, c’est là une question difficile et inutile tout à la fois : difficile, parce que je suis indigne d'être favorisé d'une révélation semblable ; inutile, parce que vous ne devez cesser de craindre pour vos péchés, que lorsque parvenue au terme de votre vie, vous ne pourrez plus en faire pénitence. Jusqu’à ce que ce jour-là soit arrivé, c'est pour vous un devoir de vous alarmer et de vous inquiéter au sujet de vos fautes, et de vous en purifier par des larmes journalières. L'apôtre saint Paul avait bien été transporté jusqu'au troisième ciel, jusque dans le paradis même, où il avait entendu des paroles mystérieuses qu'il n'est permis à aucun homme de répéter et pourtant il disait saisi de crainte - : Je châtie mon corps et le réduit en servitude, de peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois réprouvé moi-même (I Cor., IX, 27). Il craint encore, quoique déjà introduit dans le ciel ; et nous voudrions ne plus craindre, nous qui sommes toujours sur cette terre ? Considérez attentivement, ma chère fille, que la sécurité est ordinairement la mère de la négligence. Vous ne devez donc point aspirer à obtenir dans la vie présente une sécurité qui vous rendrait négligente dans l'accomplissement de vos devoirs. Car il est écrit : Heureux l'homme qui est toujours dans la crainte (Prov., XXVIII, 14). Et encore :

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Servez le Seigneur dans la crainte, et réjouissez-vous en lui avec tremblement (Ps. II, 11). Il est donc indispensable que votre âme soit retenue par la crainte pendant la courte durée de cette vie, pour pouvoir ensuite se réjouir sans fin dans une paix inaltérable. "

4. S. AUGUSTIN, ou selon d'autres saint Fulgence, évêque de Ruspe, de fide ad Petrum diaconum, c. 3 : " En quelque jour que ce soit qu'un homme aura fait une vraie pénitence de ses péchés, et qu'éclairé de la lumière d'en-haut, il aura amendé ses mœurs, il recevra sans aucun doute le bienfait du pardon, parce que Dieu, comme il le dit par son prophète (EZECH., XXXIII, 11), ne veut pas la mort du pécheur ou du mourant, mais plutôt qu'il sorte de ses voies mauvaises et qu'il .revienne à la vie. Personne cependant ne doit, sous prétexte qu'il a tout à espérer de la miséricorde divine, persévère dans l'habitude du péché, puisque, lors même qu'il ne s'agit que de maladies corporelles, personne ne veut demeurer dans cet état malgré l'espérance qu'il conçoit de sa future guérison. Car il pourrait arriver à ceux qui négligent ainsi de se retirer des sentiers du vice, en se flattant d'être toujours assuré que Dieu leur pardonnera, d'être surpris tout-à-coup par la divine justice, sans avoir le temps de se convertir, ni pouvoir par conséquent obtenir le bienfait du pardon. C'est pourquoi la sainte Ecriture donne à chacun de nous cet avis paternel : Ne différez point à vous convertir au Seigneur, et ne remettez pas pour cela d'un jour à l'autre ; car sa colère éclatera tout d’un coup, et il vous perdra au jour de la vengeance (Eccles., V, 8-9). Le saint roi David dit aussi : Si vous entendez aujourd'hui sa voix, gardez-vous bien d'endurcir vos cœurs (Ps. XCIV, 8). Les paroles suivantes de saint Paul n'ont pas un autre sens : Prenez donc garde, mes frères, que quelqu'un ne tombe dans un dérèglement de cœur et dans une incrédulité qui le sépare du Dieu vivant,- mais plutôt exhortez-vous chaque jour les uns les autres, pendant que dure ce temps que l'Ecriture appelle Aujourd'hui, de peur que quelqu'un de vous, étant séduit par le péché, ne tombe dans l’endurcissement (Hébr., III, 12-13). On vit donc dans l'endurcissement, soit que, désespérant d'obtenir le pardon de ses fautes, on perde le courage de s'en convertir, soit qu'on présume tellement de la miséricorde de Dieu, qu'on reste par ce motif dans l'état de péché jusqu’à la fin de sa vie. C'est pourquoi nous devons nous pénétrer en même temps, et de l'amour de la miséricorde de Dieu, et de la crainte de sa justice, afin que ni le désespoir ne nous fasse

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renoncer à obtenir le pardon de nos fautes, ni la présomption ne nous empêche de nous en corriger, étant bien assuré que la justice du souverain juge exigera de nous l'acquittement rigoureux de toutes les dettes qui ne nous auront pas été remises par la clémence de notre divin Rédempteur. Car autant la miséricorde est disposée à recevoir en grâce ceux qui se convertissent, autant la justice est résolue à punir inexorablement ceux qui restent endurcis. Ce sont ces derniers qui, coupables du péché contre l'Esprit-Saint, n'obtiendront leur pardon, ni dans le siècle présent, ni dans le siècle à venir. "

5. S. BERNARD, Serm. XXXVIII ex parvis sermonibus : " Après que leurs infirmités se sont multipliées, ils ont couru avec vitesse (Ps. XV, 4). Pourquoi les hommes sont-ils si lâches à faire pénitence durant leur vie, et s'en reposent-ils sur la confession qu'ils songeront à faire quand ils se verront réduits à l'extrémité ? Comment pensent-ils pouvoir dans l'espace d'une heure recueillir toutes les pensées de leur âme, après l'avoir laissée se prendre à tous les objets répandus dans le monde, et s'emporter à tous les désirs ? Je ne dis pas, c'est le Seigneur qui parle, que je ne sauve personne de ceux qui s'entretiennent dans ces dispositions ; car je puis en un moment remettre tout dans l'ordre ; mais je ne réunirai point à moi ceux qui restent dans leurs souillures (Saint Bernard donne ici aux paroles, non congregabo conventicula corum de sanguinibus, du verset 11 du psaume XV, un sens différent de celui que lui attribuent les autres interprètes), jusqu’à ce que, leurs infirmités s'étant multipliées, leurs péchés les abandonnent avant qu'ils aient eux-mêmes abandonné leurs péchés. Si ma mémoire n’est pas en défaut, vous ne trouverez dans tout le canon des Ecritures que le bon larron qui soit sauvé entre tous les pécheurs de cette espèce. Gardez-vous donc bien de courir les risques d'une situation aussi périlleuse. Sans doute que l'Esprit souffle non-seulement où il veut, mais encore quand il veut, et qu'il ne lui en coûte rien d'inspirer tout-à-coup à quelques-uns les sentiments d'une contrition parfaite, dont d'autres sont à peine capables après de longs efforts ; mais qui vous a dit qu'il doive venir ainsi à votre secours à votre dernière heure, après que vous l'aurez constamment repoussé ? L'esprit de sagesse est plein de bonté (Sag., I, 6), j'en conviens, mais il ne laissera pas impunies les lèvres du maudit (Maledictum. Le texte de la Vulgate porte maledicum, médisant). Voulez-vous savoir quel est cet homme ? Maudit est celui dont l'espérance même est un péché. "

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6. S. AUGUSTIN, Lib. de fide et operibus, c. 14 : " Passons maintenant à l'examen d'une erreur dont doivent se désabuser toutes les âmes religieuses, de crainte qu'une fausse sécurité ne les perde, si elles viennent à croire que la foi seule leur suffit pour se sauver, et que sous ce prétexte elles négligent de mener une bonne vie et de se maintenir dans les voies de Dieu en faisant le bien. Car il s'en trouvait quelques-uns du temps même des apôtres, qui ne comprenant pas certains passages obscurs de saint Paul, s'imaginaient qu'il leur disait : Faisons le mal parce qu'il en revienne du bien, parce qu'il avait dit (Rom., V, 20) : La loi est survenue pour donner lieu à l'abondance du péché ; mais, où il y a une abondance de péché, Dieu a répandu une surabondance de grâce. Ce qui est vrai en ce sens, que les hommes qui avaient reçu la loi en présumant avec orgueil de leurs propres forces, et sans avoir cette humilité de la foi qui leur eût fait obtenir le secours divin pour corriger leurs inclinations vicieuses, s'étaient rendus coupables de péchés plus énormes en même temps que plus nombreux en manquant de fidélité à cette loi même. Et ainsi forcés par la conscience de leurs crimes, ils se réfugiaient dans la foi qui leur était prêchée comme dans un asile, où ils se tenaient assuré d'obtenir grâce et secours du Dieu miséricordieux qui a fait le ciel et la terre, afin que la charité se répandant dans leurs cœurs par la vertu de l'Esprit-Saint, ils fissent avec amour ce qui leur était ordonné malgré les désirs contraires du siècle, selon ce qui est écrit dans les Psaumes : Après que leurs infirmités se sont multipliées ils ont couru avec vitesse (Ps. XV, 4). Quand donc nous entendons saint Paul nous dire qu'il reconnaît que l'homme est justifié par la foi sans les œuvres de la loi (Rom., III, 28), ce n'est pas pour nous engager à ne plus nous mettre en peine d'accomplir les œuvres de justice en nous contentant de professer la foi dont il nous fait un précepte, mais pour que personne n'ignore qu'on peut être justifié par la foi, quand même on n'aurait pas pour recommandation les œuvres de la foi. Car ces œuvres doivent suivre le bienfait de la justification, plutôt que le précéder. Ainsi je n'ai point à m'étendre davantage sur cette question dans le présent ouvrage, d'autant plus que je l'ai traité au long dans un autre ouvrage composé exprès, et intitulé : De litterâ et spiritu. Cette opinion ayant donc pris naissance à cette époque, les épîtres des autres apôtres, c’est-à-dire de saint Pierre, de saint Jean, de saint Jacques et de saint Jude ont eu particulièrement pour but de la combattre, et d’établir au con-

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traire que la foi ne sert de rien sans les œuvres comme saint Paul lui-même en vantant le mérite de la foi, n'entendait pas parler d'une foi telle quelle, qui se borne à croire en Dieu, mais d'une foi vraiment évangélique ou féconde en bonnes œuvres qui aient pour principe la charité : La foi, dit-il, animé de la charité (Gal., V, 6). Saint Paul est si loin de croire, comme quelques-uns, qu'une foi quelconque suffit pour le salut, qu'il va jusqu'à dire : Quand j'aurais toute la foi possible, jusqu’à transporter les montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien (I Cor, XIII, 2). Mais que la foi soit au contraire animée de la charité, dès-lors on est assuré de mener une bonne vie ; car l'amour est l'accomplissement de la loi (Rom., XIII, 10). C'est évidemment pour cette raison que saint Pierre, dans sa seconde épître, ayant à exhorter les fidèles à qui il écrivait à mener une vie sainte et pure, après avoir dit que ce monde passera tôt ou tard pour faire place à de nouveaux cieux et à une nouvelle terre, où les justes auront désormais leur demeure, pour nous faire comprendre par-là quelle doit être notre sainteté de vie, si nous voulons partager un jour la même demeure ; sachant que quelques esprits mal disposés s’autorisaient de quelques expressions obscures de l'apôtre saint Paul pour se croire assurés de leur salut en se bornant à avoir la foi sans se mettre en peine de bien vivre, dit expressément qu'il y a dans les écrits de cet apôtre certains passages difficiles à entendre, que quelques-uns détournaient, ainsi que les autres Ecritures, de mauvais sens pour leur propre ruine (II PIERRE, III, 16), bien que cet apôtre n'eût pas une autre doctrine que tous ses collègues sur la nécessité des bonnes œuvres pour pouvoir parvenir au salut éternel. Saint Jacques de son côté s'élève avec force contre ceux qui prétendent que la foi sans les œuvres peut suffire pour le salut, et il les compare aux démons par ces paroles remarquables : Vous croyez qu'il n'y a qu'un Dieu ; vous faites bien, mais les démons le croient aussi, et la pensée qu'ils en ont les fait trembler. Que pouvait dire cet apôtre qui fut à la fois plus véritable, plus fort et plus précis, puisque nous lisons dans l’Evangile que les démons, en confessant Jésus-Christ pour le fils de Dieu, s'attirèrent pour cela une réprimande de sa part, quoique cette confession fût au fond la même que celle que fit saint Pierre et qui lui mérité des éloges. Mes frères, dit saint Jacques, que servira-t-il a quelqu'un de dire qu'il a la foi, s'il n’a point les œuvres ? La foi pourra-t-elle le sauver (JAC., II, 14) ? Il dit encore que la foi sans les œuvres est morte. Combien se

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trompent donc ceux qui n'ont que cette foi morte, et qui néanmoins se promettent de vivre éternellement. "

7. Ibidem, c. 22 : " Qu'on ne soit donc pas assez imprudent pour oser se persuader à soi-même qu'on connaît Dieu, si on ne le confesse qu’à la manière des démons, c’est-à-dire avec une foi morte ou sans bonnes œuvres et pour se croire par conséquent assuré de parvenir à la vie éternelle, d’après cette parole de Notre-Seigneur : La vie éternelle consiste à vous connaître pour le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ que vous avez envoyé (JEAN, XVII, 5). Car on doit se remettre aussi devant les yeux cette autre parole : Nous sommes assurés que nous le connaissons véritablement si nous gardons ses commandements. Celui qui dit qu'il le connaît et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur, et la vérité n’est point en lui (I JEAN., II, 3-4). Et pour qu'on ne pense pas que ses commandements se réduisent à la foi seule, quoique personne n'ait osé dire pareille chose, surtout comme il parle de commandements qui, pour ne pas effrayer par leur multitude, se réduisent à deux dans lesquels sont renfermés la loi et les prophètes ; quoiqu'on puisse fort bien dire que les commandements de Dieu se rapportent à la foi seule, si par cette foi on entend non une foi morte, mais la foi vive qui est animée de la charité ; quoi qu'il en soit, saint Jean lui-même a expliqué plus loin sa pensée quand il a dit : Le commandement qu'il nous fait est de croire au nom de son fils Jésus-Christ et de nous aimer les uns les autres (I JEAN, III, 23). L'utilité de la foi qui nous fait croire en Dieu, qui nous le fait adorer, qui nous le lait connaître consiste donc en ce qu'elle nous porte à lui demander les grâces nécessaires pour bien vivre, et à nous faire obtenir notre pardon de lui quand il nous arrive de pécher, à ne point nous endormir dans une fausse paix tout en faisant les actions qu'il réprouve, mais à désavouer au contraire toutes ces actions mauvaises, et à lui dire : Pour moi, j'ai dit : Seigneur, ayez pitié de moi ; guérissez mon âme car j'ai péché contre vous (Ps. XL, 5) : paroles que ne savent à qui adresser ceux qui ne croient pas en lui, et que prononcent inutilement ceux qui sont tellement éloignés de lui, qu'ils sont étrangers à la grâce du Médiateur. De là ces paroles que nous lisons dans le livre de la Sagesse (XV, 2), et que je ne sais comment pourront entendre ceux qui s'endorment dans une funeste sécurité : Quand nous aurions péché nous ne laisserions pas d'être à vous, nous qui savons quelle est votre grandeur, c'est-à-dire que nous appartenons à un Dieu qui a la vo-

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lonté et en même temps le pouvoir de guérir de leurs péchés ; ceux qui s'en repentent, mais qui d'un autre côté ne craint pas de prononcer la condamnation de ceux qui persévèrent dans leur malice. Enfin, après avoir dit : Nous ne laisserions pas d'être à vous, l'Ecrivain sacré ajoute : Nous qui savons quelle est votre puissance, puissance en effet à laquelle le pécheur ne saurait échapper ou se soustraire. C'est pourquoi il dit encore à la suite de ces paroles : Si nous ne péchons pas, nous savons que vous nous comptez au rang de ceux qui vous appartiennent. Car quel est l'homme qui, pensant comme il le doit à cette demeure préparée auprès de Dieu même à ceux qu'il a prédestinés à ce bonheur et qu'il compte à ce titre, ne fera pas tous ses efforts pour vivre de manière à se trouver un jour digne d'y être admis ? Ainsi ce que dit saint Jean : Je vous ai écrit ces choses afin que vous ne péchiez point ; si cependant quelqu’un pèche, nous avons pour avocat auprès du père Jésus-Christ, le juste par excellence, qui intercédera pour nos péchés ; ces paroles, dis- je, ne doivent pas avoir pour effet de nous enhardir à pécher encore, mais plutôt de nous faire renoncer aux péchés que nous aurions commis, assuré que nous sommes d'en obtenir le pardon, grâce à cet avocat puissant que ne savent point invoquer les infidèles. "

8. S. AUGUSTIN, Enchirid. ad Laurentium, c. 67 (al. 23 et 18) : " Il y a des personnes qui croient que tous ceux qui ne renoncent pas à la foi chrétienne et qui, après avoir été baptisés dans le sein de l'Eglise catholique, ne s'en séparent ni par l'hérésie ni par le schisme, seront sauvés en passant par le feu, quand même ils auraient persévérés jusqu’à la mort dans les plus grands crimes, sans les effacer par la pénitence ni les racheter par des aumônes. Ces personnes avouent bien que ces mauvais chrétiens seront punis longtemps à proportion de la grandeur de leurs crimes ; mais elles prétendent que le feu qui les brûlera ne sera pas éternel. Pour moi, le jugement le plus favorable que je puisse porter de ceux qui, étant d'ailleurs catholiques, ont une pareille pensée, c'est qu'ils se laissent tromper par un certain sentiment d'humanité et de compassion toute naturelle. Car assurément, si nous consultons là-dessus l’Ecriture sainte, nous y trouverons une doctrine bien différente. J'ai composé sur cette question un traité qui a pour titre : De la foi et des œuvres. J'y ai prouvé autant que j'ai pu le faire avec l'aide de Dieu, par l'autorité des saintes Ecritures, que la foi qui sauve est celle-là seulement que saint Paul a caractérisée assez clairement quand

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il a dit : En Jésus-Christ, ni la circoncision, ni l'incirconcision ne servent de rien, nais la foi seulement qui opère par l'amour (Gal., V, 6). Si donc un chrétien fait de mauvaises actions sans en faire de bonnes qui les corrigent, sa foi, selon l'apôtre saint Jacques, est alors très-certainement une foi morte en elle-même (JAC., II, 17). Cet apôtre dit encore : Si quelqu'un dit qu'il a la foi, et qu'il n'ait pas de bonnes œuvres, sa foi pourra-t-elle le sauver (JAC., II, 14) ? Or, si un homme qui vit dans le crime doit, par cela seul qu'il a la foi, être sauvé en passant par le feu, et si c'est ainsi qu'il faut entendre ce passage de saint Paul, Il sera sauvé, mais en passant toutefois comme par le feu (I Cor., III, 15), il s'ensuivra que la foi peut sauver sans les œuvres et que ce qu'enseigne saint Jacques, apôtre comme saint Paul, sera faux. Saint Paul lui-même aura parlé faussement, lorsqu'il a dit : Ne vous y trompez pas, ni les fornicateurs, ni les idolâtres ni les adultères, ni les efféminés, ni les abominables, ni les voleurs, ni les avares ; ni les ivrognes, ni les médisants, ni les ravisseurs du bien d'autrui ne posséderont le royaume de Dieu (I Cor., VI, 9). Car enfin, si les chrétiens qui persévèrent dans ces crimes n'en doivent pas moins être sauvés en considération de leur foi en Jésus-Christ, comment l’apôtre aura-t-il pu dire qu'ils n'entreront pas dans le royaume de Dieu (Cf. Le Manuel de saint Augustin, parmi les Traités choisis, tome II, p. 394-396) ? "

9. Le même, Lib. de Hæresibus ad Quodvultdéum, hær. 54 : " Les aétiens tirent leur nom d’Aétius et sont les mêmes que les eunomiens, appelé ainsi d'Eunomius disciple d'Aétius, et c'est sous ce dernier nom qu'ils sont le plus connus. Car comme Eunomius excellait dans la dialectique, il soutint cette hérésie avec plus de subtilité et d'éclat, affirmant sans détour que le Fils est dissemblable en tout au Père et que le Saint-Esprit est également dissemblable au Fils. On dit de plus qu'il était tellement ennemi des bonnes mœurs qu'il ne rougissait pas de dire qu'on pouvait indifféremment commettre les plus énormes péchés et y persévérer même pourvu qu'on gardât la foi dont il se faisait l'apôtre. "

10. S. JEROME, In caput IV Oseæ : " Ces paroles du Prophète s'entendent sans aucune peine des hérétiques qui, à mesure qu'ils deviennent nombreux, élèvent une tête de plus en plus altière contre Dieu même, se faisant gloire du nombre de leurs secta-

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teurs, ne devenant par cela même que plus séduisants, se nourrissant ainsi des péchés du peuple, et dévorant les maisons des veuves par des paroles douces et flatteuses. Car, pour rassurer ceux qu'ils voient tomber dans quelque faute, ils ne manquent pas de leur dire : Dieu ne demande de vous que la pureté de la foi ; conservez-la seulement, et il ne se mettra pas en peine de ce que vous pourrez faire. Par ces sortes de discours, ils flattent les âmes des pécheurs, et les entretiennent dans leurs iniquités, en sorte que ceux-ci, bien loin de faire pénitence et de s'humilier de leurs fautes, s'applaudissent de leur perversité même, et marchent tête levée dans la voie du crime. C'est pourquoi le peuple comme le prêtre, et ceux qui enseignent comme ceux qui sont enseignés, encourront un jugement également sévère. "

11. Le concile de Trente, session VI, c. 9 : " Quoiqu'il y ait obligation de croire que les péchés n'ont été remis à aucune époque pas plus qu'ils ne le sont maintenant, autrement qu'en vue de Jésus-Christ par une miséricorde le Dieu toute gratuite, il ne s'ensuit pas qu'on doive dire à qui que ce soit que ses péchés sont remis, ou qu'ils l'ont été, par cela seul qu'il se dit avoir la foi et être assuré d'en avoir obtenu la rémission puisqu'une confiance toute semblable, qui n'a rien que de téméraire et d'opposée à la piété, peut se rencontrer de même dans des hérétiques et des schismatiques, comme cela se voit en effet de nos jours, où, sous un tel prétexte, une grande guerre est déclarée contre l’Eglise catholique. . . Il faut bien se garder aussi de dire que ceux qui sont réellement justifiés doivent se croire eux-mêmes fermement être en état de grâce, ou qu'on ne peut être absous de ses péchés et justifié devant Dieu, qu'autant qu'on se croit certainement absous et justifié, en sorte qu'une telle foi soit indispensable pour obtenir la grâce de l'absolution ou de la justification, comme si celui qui n'aurait pas cette assurance, doutait par-là même des promesses que Dieu nous a faites, ou de l'efficacité de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ. Car si, d'une part, aucune âme pieuse ne doit douter de la miséricorde de Dieu, des mérites de Jésus-Christ, de la vertu et de l'efficacité des sacrements ; de l'autre, quiconque rentre en soi-même, et considère sa propre faiblesse et l'imperfection de ses dispositions, peut fort bien avoir des doutes ou des inquiétudes sur son état de grâce, puisque personne ne saurait être assuré avec la certitude de la foi et sans possibilité d'erreur, d’être véritablement dans la grâce de Dieu. "

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12. Ibidem, canon 12 : " Si quelqu'un dit que la foi justifiante n'est autre chose que la confiance en la divine miséricorde, qui remet les péchés en vue de Jésus-Christ ou que cette confiance est la seule qui nous justifie ; qu'il soit anathème. "

13. Ibidem, canon 13 : " Si quelqu'un dit que tout homme a besoin, pour obtenir la rémission de ses péchés de croire sans hésitation et avec une entière certitude que ses péchés lui sont remis, quelle que puisse être d'ailleurs sa faiblesse ou l'imperfection de ses dispositions ; qu'il soit anathème. "

14. Ibidem, canon 14 : " Si quelqu'un dit qu'un homme est absous de ses péchés et établi en état de grâce par cela seul qu'il se croit certainement absous et justifié ou qu'il n'y a de vraiment justifié que ceux qui croient l’être et que la foi qui absout et justifie n'est autre chose que cette sorte d'assurance ; qu'il soit anathème. "

15. S. JEROME, in caput IV Danielis, sur ces paroles, Forsan ignoscet Deus delictis tuis, etc. : " Puisque Daniel lui-même, malgré la connaissance qu'il avait de l'avenir, ne s'exprimait qu'en termes dubitatifs sur les dispositions de Dieu (à l'égard de Nabuchodonosor,) ceux-là sont bien téméraires qui promettent hardiment le pardon aux pécheurs. Et cependant il faut remarquer que, si le pardon est promis à Nabuchodonosor en considération des bonnes œuvres conseillées à ce roi, il doit l'être bien plus certainement encore à ceux qui ne seraient pas aussi coupables. " .

16. S. AUGUSTIN, Tract. XXXIII in Joannem : " Que ceux qui aiment la douceur dans le Seigneur, craignent en même temps sa vérité : car il est doux, mais il est équitable aussi, selon l'expression du Prophète (Ps. XXIV, 8). Vous l'aimez parce qu'il est doux ; craignez-le donc aussi parce qu'il est équitable et juste. Sa douceur lui a fait dire : J'ai gardé le silence (Is., XLII, 14). Mais sa justice lui a fait ajouter aussitôt : Est-ce que je le garderai toujours ? Le Seigneur, dit le Prophète roi, est clément et miséricordieux. Ajoutez encore avec lui qu'il est patient ; ajoutez même qu'il est tout rempli de miséricorde mais tremblez à ce dernier mot du même Prophète : VERAX, il est véritable dans ses promesses et ses menaces ; car il jugera avec une souveraine équité les pécheurs qui auront méprisé sa patience. Est-ce que vous méprisez, dit l'Apôtre, les richesses de ma bonté, de sa patience et de sa longue tolérance ? Ignorez-vous que la bonté de Dieu vous invite à la pénitence ? Mais vous, par votre endur-

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cissement et par l'impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, qui rendra à chacun selon ses œuvres (Rom., II, 4 et suiv.). Le Seigneur est doux, il est lent à punir, il est plein de miséricorde ; mais il est juste aussi, et véritable dans toutes ses paroles. Il vous donne du temps pour vous corriger ; mais plutôt que de vous corriger, vous aimez mieux remettre d'un jour à l'autre. Vous étiez mauvais hier ? Soyez bon aujourd'hui. Vous restez mauvais encore aujourd'hui ? Au moins, soyez bon demain. Mais vous attendez toujours, et vous vous promettez beaucoup de la miséricorde de Dieu ; comme si celui qui vous a promis le pardon si vous vous repentez à la fin, vous avait également promis une longue vie. Qui vous a fait connaître ce que vous serez demain ? C'est avec raison que vous dites dans votre cœur : Quand je me serai corrigé, le Seigneur me pardonnera tous mes péchés. Nous ne pouvons nier en effet que Dieu ait promis le pardon à ceux qui se corrigent et se convertissent. Mais si vous lisez dans les prophètes que Dieu a promis le pardon aux pécheurs qui changent de vie, vous ne sauriez y lire de même qu'il vous ait promis une longue vie. "

" Il y a donc un égal danger, quoique par des raisons et des dispositions contraires, à trop espérer et à ne pas assez espérer. Quels sont ceux qui se trompent en espérant trop ? Ce sont ceux qui disent : Dieu est bon, Dieu est miséricordieux : je n'ai qu’à faire ce qu'il me plaira, qu’à agir à ma fantaisie, qu’à lâcher la bride à mes passions, qu’à contenter tous mes caprices. Pourquoi ? Parce que Dieu est miséricordieux, qu'il est bon, qu'il est doux. Voilà quels sont ceux qui courent risque de se perdre par un excès d’espérance. Ceux au contraire qui se perdent par un défaut d’espérance ou par désespoir, ce sont ceux qui, croyant leurs péchés trop énormes pour pouvoir être pardonnés même à leur repentir, et se regardant déjà comme damnés sans ressource, se disent à eux-mêmes : Je dois être damné ; pourquoi dès-lors ne pas faire tout ce qu'il me plaît ? Ainsi se conduisent en effet des gladiateurs destinés à périr dans le cirque. Leur désespoir même fait leur force ; parvenus à l'excès de leurs maux, ils n'en sont que plus à redouter pour leurs adversaires. De telles gens se perdent par le désespoir, comme les autres par la présomption. Le bon parti est donc de tenir le milieu entre les deux. On doit craindre de se perdre par présomption et d'encourir la damnation en espérant avec excès de la miséricorde divine ;

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mais on doit craindre également de se perdre par désespoir ou de renoncer à faire pénitence en se persuadant qu'elle serait inutile, et d'encourir ainsi cette juste sentence de la divine sagesse : Je me rirai de vous au jour de votre ruine (Prov., I, 26). Que fait donc le Seigneur pour guérir les pécheurs de l'une comme de l'autre de ces deux maladies ? A ceux qui présument, il dit : Ne tardez pas à vous convertir au Seigneur, et ne remettez pas pour cela d'un jour à l'autre (Ecclé., V, 8). Et à ceux qui se désespèrent, que dit-il ? En quelque jour que se convertisse le pécheur, j'oublierai toutes ses iniquités. "

" Dieu a donc offert le port de son indulgence à ceux qui sont en péril d’être submergé par la tempête du désespoir, comme il a laissé dans l'incertitude de la mort ceux qu'un trop facile espoir de salut met en péril, et qui se laissent tromper par l'attente d'une conversion qu'ils diffèrent d'un jour à l'autre. Vous ne savez pas quand viendra votre dernier jour (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean, tome II, pag. 324-328). "

17. Le même, Lib. L homiliarum, hom. 50, c. 10 : " Sur quoi donc se fondent ces hommes vains qui se promettent un salut chimérique tout en persévérant dans leurs désordres, puisqu'ils entendent l'Apôtre leur dire que ceux qui font ces choses ne posséderont pas le royaume de Dieu ? Ils osent se promettre le salut en dehors de ce royaume même de Dieu, et voici le langage qu'ils se tiennent à eux-mêmes, pour s'enhardir à ne pas faire pénitence et à ne rien changer dans leur genre de vie. Je ne veux pas régner c'est assez pour moi d’être sauvé. Et c'est en quoi ils se trompent, premièrement parce qu'il n'y a point de salut pour ceux qui persévèrent dans le mal. Car lorsque Notre-Seigneur a dit : Parce que l’iniquité se sera accrue, la charité de plusieurs se refroidira, mais celui-là sera sauvé qui persévère jusqu’à la fin (MATTH., XXIV, 12) ; c'est à ceux qui persévère dans la charité qu'il a promis le salut, et non à ceux qui persévèrent dans l'iniquité. . . Qui donc osera se croire sauvé par cela seul qu'il porte le nom de chrétien au lieu d'écouter avec soumission et frayeur ces paroles de l'Apôtre : Car sachez que nul fornicateur, nul impudique, nul avare, ce qui est le même qu'un idolâtre, ne sera héritier du royaume de Jésus-Christ et de Dieu. Que personne ne vous séduise par de vains discours. Car c'est pour ces choses que la colère de Dieu tombe sur les hommes rebelles à l’en-

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seignement de la vérité. N’ayez donc rien de commun avec eux (Eph., V, 5-7). Il s'explique encore davantage sur cet article dans sa première épître aux Corinthiens : Ne vous y trompez pas, leur écrit-il ; ni les fornicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les impudiques, ni les abominables, ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, ni les médisants, ni les ravisseurs du bien d'autrui, ne seront héritiers du royaume de Dieu (I Cor., VI, 9-10). Mais voyez aussi comme l'Apôtre a soin de rendre la confiance et l’espérance du salut à ceux qui dans leur vie antérieure s’étaient rendus coupables de ces crimes : C'est, continue cet apôtre, ce que quelques-uns de vous ont été autrefois ; mais vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés au nom de Notre- Seigneur Jésus-Christ, et par l'esprit de notre Dieu. Quiconque donc après son baptême reste toujours esclave de criminelles habitudes, est ennemi de lui-même s'il hésite encore à changer de vie, tandis qu'il lui en reste encore le temps, puisque, s'il lui arrive de pécher, c'est qu'il est encore vivant. Car en persévérant d'une part, comme il le fait, dans son état de péché, il s'amasse un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu (Rom., II, 5). Et de l'autre, comme il est encore vivant, la patience de Dieu l'invite à la pénitence. Ainsi embarrassé dans les funestes liens de ses péchés, il refuse, ou il diffère, ou il hésite à recourir à l'Eglise et aux clefs dont elle a le maniement pour être absous dans le ciel en même temps qu'il le sera sur la terre, et il ose se promettre le salut après cette vie, en s'appuyant uniquement sur sa qualité de chrétien, sans paraître s'effrayer de cet oracle redoutable sorti de là bouche de Jésus-Christ : Tous ceux qui me disent, Seigneur, Seigneur, n'entreront pas pour cela dans le royaume des cieux, etc. (MATTH., VII, 21). Que dit aux Galates le même apôtre ? En faisant la même énumération des crimes qui excluent du royaume des cieux, ne les soumet-il pas à la même conclusion ? Il est aisé, dit-il, de connaître les œuvres de la chair, qui sont la fornication, l'impureté, l’impudicité, la dissolution, l'idolâtrie, les empoisonnements, les inimités, les dissensions, les jalousies, les animosités, les querelles, les divisions, les hérésies, les envies, les meurtres, les ivrogneries, les débauches et autres choses semblables, dont je vous déclare, comme je vous l'ai déjà dit, que ceux qui commettent ces crimes ne seront point héritiers du royaume de Dieu (Gal. , V, 19-21). "

48. S. ISIDORE, De summo bono, lib. II, c. 13 : " Quelque pécheur et impie qu'on puisse être, on doit croire qu'on pourra

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obtenir son pardon, si l'on revient à pénitence. Car personne ne saurait douter de la bonté de Dieu ; mais c'est la perversité de ceux qui auraient d’en recueillir le bienfait, qui seule met obstacle à l'indulgence divine. Ce n'est que dans cette vie qu'on est libre de faire pénitence ; après la mort, au contraire, tout moyen de se convertir sera ôté. C'est pour cela que Jésus-Christ a dit : Il faut que je fasse les œuvres de celui qui m'a envoyé pendant qu'il est jour : la nuit vient, et ce n'est pas dans la nuit qu'on peut agir (JEAN, IX, 4). De là vient aussi ce qu'a dit le Prophète : Rendez gloire au Seigneur votre Dieu avant que les ténèbres vous surprennent (JEREM., XIII, 10), c'est-à-dire, avant que la mort éternelle ne vienne vous engloutir. Tandis que vous êtes en cette vie, rendez gloire à Dieu par votre vie pénitente. Tant que nous sommes en ce monde, la miséricorde de Dieu nous accueille du moment où elle nous voit faire des œuvres de pénitence. Au lieu que dans le siècle à venir nous n'aurons plus à travailler, mais seulement à rendre compte de nos œuvres Ce qui consomme pour l'ordinaire la perversion des méchants, c’est le temps même que la patience de Dieu leur accorde pour se corriger, parce qu'au lieu de s'en servir pour faire pénitence, ils en abusent pour pécher avec plus d'audace. Or, c'est aller de mal en pis, que d'employer à faire le mal, le temps qui n'a été accordé que pour revenir à la pratique du bien. Chacun doit, tandis qu'il le peut, se hâter de revenir à Dieu en réparant ses fautes passées, de peur que, si on refuse de le faire tandis qu'on le peut, on ne le puisse plus lorsqu'on le voudra plus tard. C'est ce qui a fait dire au Prophète : Cherchez le Seigneur, tandis qu'il peut être trouvé ; invoquez-le, tandis qu'il est proche de vous (Is., LV, 6). Et où peut-on le trouver, si ce n'est dans cette vie, comme c'est dans cette vie qu'il est tout proche de tous ceux qui l'invoquent (Ps. CXLIV, 18) ? Car il sera loin un jour de ceux à qui il aura fait entendre ces paroles : Allez au feu éternel (MATTH., XXV, 41). Maintenant au contraire il est près de nous, sans être vu de nous ; plus lard il n'en sera plus de même, mais il ne pourra plus ni être vu, ni être trouvé. Si, lorsque quelqu'un a péché, il prend le parti de faire pénitence, et de rétracter tandis qu'il vit encore, toutes ses habitudes criminelles, il est indubitable qu’à sa mort il pourra passer à l'éternel repos. Quant à celui qui, après toute une vie de désordres, fait pénitence quand enfin il se voit en danger de mort, autant sa réprobation est douteuse, autant sa réconciliation avec Dieu

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est incertaine. Que celui donc qui voudrait obtenir à la mort la certitude du pardon de ses péchés fasse pénitence tandis qu'il est en santé et qu'il expie ses péchés avant que la mort le surprenne. Il y en a qui se hâtent de promettre aux pénitents l'assurance de leur salut, et qui méritent par là qu'on leur applique ces paroles du Prophète : Ils guérissaient les plaies de mon peuple d'une manière honteuse, en disant : La paix, la paix, lorsqu'il n'y avait point de paix (JEREM., VI, 14). C'est donc guérir les plaies d'une manière honteuse, que de promettre la paix de la conscience au pécheur dont la pénitence est défectueuse. C'est pourquoi le Prophète dit ensuite (ibidem, 15) : Ils ont été confus, parce qu’ils ont fait des choses abominables ; confus, dis-je, non en faisant pénitence, mais en portant la peine de leur iniquité. Car autre est la confusion qu'éprouve devant son juge le coupable qui subit son châtiment, autre est celle de celui qui rougit de ses mauvaises actions et cherche à s'en corriger. Car le premier est confus, parce qu'il subit la réprimande ; le second l'est, parce que sa conscience lui reproche d'avoir mal fait. Quoique la pénitence assure le pardon des péchés, on ne doit pas cependant être sans crainte, parce que la satisfaction du pénitent a pour juge des valeurs Dieu, et non les hommes. Comme donc la miséricorde de Dieu est pour nous un abîme impénétrable, le seul parti prudent pour un pécheur est de ne point mettre de bornes à sa pénitence. Car un pénitent ne doit jamais être tout-à-fait tranquille au sujet des péchés qu'il a commis. Autrement, la sécurité engendre la négligence et la négligence, si l'on n'y prend garde, fait retomber dans les fautes qu'on a d'abord désavouées. Si, après qu'on s'est relevé par la pénitence, une imprudente sécurité occasionne de nouvelles chutes, on soupire bientôt avec une nouvelle ardeur après les plaisirs illicites qu'on s'était autrefois procurés, on retombe ainsi avec un danger nouveau dans ses perverses habitudes, et le dernier état de l'homme devient pire que le premier. "

19. S. AUGUSTIN, De perfectione justitios contra Cœlestium, resp. 19 : " Pour répondre à notre adversaire, nous disons que la sentence de l’Ecrivain sacré (Prov., XX, 8-9) finit par ces mots : Qui se glorifiera d'avoir un cœur chaste ? parce qu'elle commence par ceux-ci : Lorsqu'un roi juste sera assis sur son trône. Car quelque juste ou quelque saint que soit un homme, il doit craindre qu'il ne se trouve en lui, à son insu, quelque chose à reprendre, lorsque le roi juste sera assis sur son trône, ce roi à la connaissance

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duquel aucun péché n’échappe, pas même ceux dont il est dit : Qui est celui qui connaît ses péchés (Ps. XVIII, 13) ? Lors donc que le roi juste sera sur son trône, qui est- ce qui se glorifiera d'avoir un cœur chaste ? Ou en d'autres termes : Qui se glorifiera d'être pur de tout péché ? A moins que ce ne soient ces hommes qui tiennent à se glorifier de leur propre justice, au lieu de le faire de la miséricorde le Dieu. "

20. Le même, Lib. de correptione et gratiâ, c. 13 (al. 40) : " Y a-t-il quelqu'un dans la grande multitude des fidèles qui, tant qu'il est sur la terre, soit assuré d’être du nombre des prédestinés ? Aussi est-il à propos que cela nous demeure caché dans cette vie, où l'enflure de l'orgueil est tant à craindre, qu'un saint Paul même recevait des soufflets d'un ange de Satan pour en être préservé (II Cor., XII, 7). C'est pour la même raison que Jésus-Christ disait à ses apôtres : Si vous demeurez fidèles à ma parole, etc. (JEAN, XV, 7), quoiqu'il fût assuré qu'ils lui demeureraient fidèles. Dieu dit de même par un prophète : Si vous voulez m'écouter et me croire, etc. (Is., I, 19), quoiqu'il sût parfaitement qui étaient ceux en qui il produirait lui-même ce bon vouloir (Philip., II, 13). L'Ecriture est pleine de textes semblables ; et il faut croire que c'est qu'il est utile aux élus d’ignorer ce secret, afin que personne ne s’élève, mais que tous ceux-là mêmes qui courent avec ardeur dans la bonne voie soient toujours dans la crainte, par l'incertitude où ils sont de parvenir au but. "

21. Le même, Lib. L homiliarum, hom. 41 (Voici le jugement que Noël-Alexandre porte de cette homélie. Le commencement n'est à ses yeux qu'un fragment de quelque homélie du saint docteur. A partir ensuite de ces mots : Sed dicat aliquis (mais on dira, etc.), jusqu’à ces autres : Viste dubío liberare (voulez-vous vous tirer d’incertitude, etc.), ce serait une interpolation de quelque main maladroite, qui, en faisant l'énumération de l'ivrognerie, de la convoitise, du larcin, des paroles mauvaises, du rire immodéré, des paroles oiseuses, comme d'autant de péchés légers, les compte immédiatement après comme péchés graves : Ecce quàm levia dixi, ommia tamen gravia et pestifera. V. NAT. ALEX., Eccl. hist. sæc. V, p. 104, édit. de Venise) : " Celui qui aura fait une sincère pénitence et aura été délivré des liens dans lesquels il était auparavant détenu captif, en même temps que séparé du corps de Jésus-Christ, s'il vit à la suite de sa pénitence comme il aurait dû toujours vivre, et qu'il vienne à mourir après avoir été réconcilié avec Dieu, sera admis à voir Dieu, à jouir du repos éternel, à entrer en possession du

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royaume céleste, et sera à jamais séparé de la société des démons. Mais si quelqu'un attend pour faire pénitence qu'il se voie au lit de la mort, s'il meurt ensuite après avoir été réconcilié, j'avoue que nous ne lui refusons pas ce congé qu'il nous demande, mais nous ne présumons pas pour cela qu'il fasse une bonne mort. Non, je ne présume point cela, je le confesse ; j'aurais plutôt une présomption toute différente. Le fidèle qui remplit ses devoirs dans l’état de santé quitte ce monde assuré de son bonheur. Celui qui meurt aussitôt après son baptême, est de même assuré de son salut. Celui qui fait pénitence, et qui réconcilié avec Dieu quand il est encore en santé, continue ensuite à bien vivre, est encore assuré de son bonheur. Celui qui ne fait pénitence qu’à la fin de sa vie, et qui ne se réconcilie qu'alors avec Dieu, peut se croire assuré de son salut ; pour moi, je ne l'en tiens pas assuré. Si j'en étais assuré moi-même, je le dirais, et en le disant, je donnerais la sécurité aux autres ; mais ne pouvant l'être, je puis bien donner la pénitence, mais je ne puis pas donner la sécurité. Quelqu'un me dira peut-être : Bon prêtre, tu nous dis que tu n’es pas assuré et que tu ne peux pas nous assurer nous-mêmes, si celui qui a été impénitent pendant qu'il était en santé et à qui tu donnes la pénitence au moment de sa mort, obtiendra le salut et méritera d'aller avec Jésus-Christ : Enseigne-nous donc de grâce ce que nous devons faire pour bien vivre après avoir été admis à la pénitence. Le voici, mes frères : Abstenez-vous de l'ivrognerie, de la convoitise, du larcin, du rire immodéré, du bavardage et des paroles inutiles, dont il faudra que les hommes rendent compte au jour du jugement. Que de péchés en apparence légers, et tous cependant assez graves pour donner la mort à l'âme ! Je dis de plus : Ce n'est pas seulement après la pénitence que chacun doit s'abstenir de tous ces vices, mais c'est aussi avant la pénitence et tandis qu'on se porte bien, parce que, si l'on attend jusqu’à la fin de sa vie, on ignore si l'on pourra recevoir la pénitence elle-même, et confesser ses péchés à Dieu et à son ministre. C'est pourquoi j'ai dit qu'il fallait vivre bien avant la pénitence, et mieux encore après l'avoir reçue. Faites bien attention à mes paroles : je vais les expliquer encore davantage, de peur que l'on ne prête quelque sentiment erroné. Est-ce à dire qu'un homme dans ces conditions sera damné ? Ce n'est pas là ce que je dis. Est-ce donc à dire qu'il sera sauvé ? Je ne le dis pas non plus. Qu'est-ce donc à dire ? C’est-à-dire que je n'en sais rien ; je ne présume

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rien, je ne puis rien promettre, je n'en puis rien savoir. Voulez-vous sortir de cette incertitude ? Voulez-vous échapper à tout danger ? Faites pénitence tandis que vous êtes en santé. Car si vous faites une sincère pénitence dans votre état de santé, vous vous trouverez également bien disposé à votre dernier jour. Hâtez-vous de vous réconcilier, si vous le faites, vous n'avez rien à craindre. Pourquoi ? parce que vous aurez fait pénitence dans un temps où vous auriez pu pécher. Si au contraire vous ne voulez faire pénitence que lorsque vous ne pourrez plus pécher ce ne sera pas vous qui aurez quitté le péché, mais ce sera le péché qui vous aura quitté. Mais qui vous a dit, m'objecterez-vous, que Dieu ne me pardonnera pas ? Vous dites vrai : je n'en sais rien. La seule chose que je sache, c'est que je n'en sais rien. C'est parce que je n'en sais rien, que je vous accorde la pénitence. Je vous la refuserais, si je savais qu'elle devrait vous être inutile. D'un autre côté, si je savais qu'elle vous servirait, je ne prendrais point tant la peine de vous avertir et de vous effrayer. De deux choses l'une : ou vous obtiendrez votre pardon, ou vous ne l'obtiendrez pas. Je ne sais laquelle de ces deux choses sera votre partage : tenez-vous-en donc à ce qui est certain, et laissez l'incertain. "

22. Le même, Serm. III de Innocentibus (c'est le 10e de Sanctis) : " Si l'on voulait ne pas perdre la pensée du jour de sa mort, on saurait se tenir en garde contre tout péché et contre toute convoitise. Mais, parce qu'on repousse actuellement cette pensée salutaire, on rend irrémédiable pour la suite ce mal qu'on ne saurait éviter. Car le dernier jour, le jour du jugement, viendra alors quand on ne pourra plus ni faire pénitence, ni pratiquer de bonnes œuvres pour échapper à la mort éternelle, parce que telle est la peine infligée au pécheur qu'il s'oublie soi-même à la mort, pour avoir oublié Dieu pendant la vie. "

23. S. GREGOIRE- LE-GRAND, Lib. XVI Moralium in Job, c. 31 (al. 20), sur ces paroles, Usque ad inferos peccatum illius : " Que son péché aille jusqu'aux enfers, c'est-à-dire qu'il ne s'en corrige point par la pénitence avant la fin de la vie présente. Et c'est de ce péché que parle l'apôtre saint Jean, quand il dit : Il y a un péché qui va à la mort ; et ce n'est pas pour ce péché-là que je vous dis de prier (I JEAN, V, 16). Car c'est en vain qu'on demande à Dieu le pardon d'un péché, dont le coupable ne s'est point corrigé avant sa mort. C'est encore de ce pécheur que Job dit ensuite : Que la miséricorde ne se souvienne pas de lui. La miséricorde de Dieu oublie celui qui a oublié sa justice, parce

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que le pécheur qui ne craint pas Dieu présentement comme un juste juge, ne le trouvera pas un jour miséricordieux et indulgent. Cela doit s'entendre non-seulement de ceux qui abandonnent la vraie foi, mais aussi de ceux qui l'ayant embrassée ne laissent pas de mener une vie charnelle, puisqu'il est impossible d'éviter la damnation, soit qu'on pèche dans la foi, soit qu'on pèche dans les œuvres ; car, bien qu'il y ait quelque différence dans la qualité et la mesure de la peine, il n'en est pas moins certain qu'il ne reste aucune espérance de pardon pour les péchés qui n'ont pas été effacés dans cette vie par la pénitence (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. II, p. 692). "

24. S. BERNARD, in parvis sermonibus, Serm. 52 : " Je compte trois baisers : le baiser des pieds, celui des mains et celui du visage. Dans le premier moment de notre conversion, ce sont les pieds de Notre-Seigneur que nous baisons. Or, les pieds de Notre-Seigneur sont, le premier la miséricorde, et le second la vérité. Dieu imprime l'un et l'autre sur le cœur de ceux qui se convertissent, et tout pécheur vraiment pénitent les baise tous les deux. Car, s'il n'acceptait que la miséricorde sans accepter la vérité, il tomberait, par présomption. Si au contraire il acceptait la vérité sans accepter la miséricorde, il périrait par le désespoir. Si donc il veut être sauvé, qu'il se prosterne humblement au pied de la miséricorde comme au pied de la vérité, afin que celle-ci lui fasse condamner ses péchés et que celle-là lui fasse espérer son pardon. "

23. Le même, Serm. VI in Cantica : " Heureuse est l'âme, à qui le Seigneur Jésus a fait la faveur d'imprimer sur elle ses deux pieds. Vous reconnaitrez cette âme à deux signes ; car il est nécessaire qu'elle retienne l'impression des pieds divins. Ces deux signes sont la crainte et l’espérance ; celle-là lui retrace l'image des jugements de Dieu, celle-ci l'image de sa miséricorde. Le Psalmiste a dit avec raison que le Seigneur met son plaisir en ceux qui le craignent, et qui espèrent en sa miséricorde (Ps. CXLVI, 11), puisque la crainte est le commencement de la sagesse, et, que l'espérance en est le progrès. Car quant à la perfection de la sagesse, c'est le privilège de la charité. Les choses étant ainsi, ce n'est pas un médiocre avantage, que celui qu'on retire du premier baiser, ou de celui qui s'imprime sur les pieds. Ayez soin seulement de baiser également les deux. Car si vous vous bornez à ressentir la douleur de vos péchés et la

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crainte des jugements de Dieu, vous ne baisez encore qu'un pied, celui de la vérité et de la justice. Mais si vous savez tempérer ce sentiment de crainte et de douleur par la considération de la bonté divine, alors vous embrassez aussi le pied de la miséricorde. Au lieu qu'il ne serait pas avantageux pour vous de baiser l'un sans l'autre, parce que la pensée de la justice toute seule jette dans le gouffre du désespoir et qu'une appréciation exagérée de la miséricorde engendre une sécurité funeste. Il m'a été donné plus d'une fois à moi-même, quelque indigne que j'en fusse, de m'asseoir aux pieds du Seigneur Jésus et d'embrasser avec une vive ferveur tantôt l'un, tantôt l'autre, autant que sa bonté daignait m'en faire la faveur. Si quelquefois, le souvenir de mes péchés, me faisant perdre de vue la miséricorde, je m'arrêtais trop longtemps à me représenter la justice divine, bientôt saisi d'un sentiment indicible de frayeur en même temps que de confusion, et plongé dans d'horribles ténèbres, j'avais à peine la force, tant j'étais abattu, de m'écrier comme du fond de cet abime : Qui peut comprendre, Seigneur, l’étendue de votre colère et combien votre indignation est redoutable (Ps. LXXXIX, 11) ? D’autres fois, si me détournant du pied de la justice je m'attachais de préférence à celui de la miséricorde, je tombais tout-à-coup au contraire dans une telle négligence et une telle incurie, que mon oraison en devenait plus tiède, mon action plus lente, mon penchant à rire plus effréné, ma conversation plus indiscrète, ma conduite entière plus ennemie de la retenue. Instruit donc par ma propre expérience, je chanterai, Seigneur, devant vous, non votre seule justice ou votre seule miséricorde, mais votre miséricorde et votre justice à la fois (Ps. C, 1). Je n'oublierai jamais la justice de vos ordonnances (CXVIII, 93). Vos ordonnances, pleines à la fois de justice et de miséricorde, me tiendront lieu de cantique dans le lieu de mon exil (ibid., 54), jusqu’à ce que, la miséricorde s'élevant au-dessus de la justice, ma misère disparaisse devant ma gloire, et que je ne chante plus que vos louanges, sans ressentir désormais les pointes de la tristesse (Ps. XXIX, 13). "

26. S. AUGUSTIN, Tract. de utilitate pœnitentiæ, c. ult. : " De même que celui qui tombe dans le désespoir augmente la somme de ses péchés, de même celui qui espère son pardon peut aussi en augmenter la somme, s'il se dit, par exemple : Je ferai ce que je voudrai ; Dieu est bon ; quand je me convertirai, il me pardonnera. Dites-vous à vous-même, j'y consens : Quand je me

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convertirai, il me pardonnera ; si vous êtes assuré de votre lendemain. L'Ecriture ne vous donne-t-elle pas cet avertissement : Ne tardez pas à vous convertir au Seigneur, et ne remettez pas pour cela d'un jour à l'autre ; car sa colère éclatera tout d'un coup, et il vous perdra au jour de la vengeance (Eccles., V, 8-9). La providence de Dieu nous a fourni les moyens d'éviter ces deux écueils : pour que nous n'augmentions pas la somme de nos péchés par le désespoir, elle nous offre le port de la pénitence ; et pour que nous ne les augmentions pas non plus par une espérance mal réglée, elle nous a rendu incertain le jour de notre mort. "
 
 

Question IV

Comment pèche-t-on contre le Saint-Esprit par désespoir ?

C'est en tombant dans le défaut opposé à la présomption dont nous venons de parler, c’est-à-dire en perdant toute espérance, soit d'obtenir notre pardon de Dieu, soit de parvenir au salut éternel.

C'est ainsi que Caïn pécha par désespoir comme le témoignent assez ces paroles que l'Ecriture lui met à la bouche : Mon iniquité est trop grande, pour que j'en obtienne le pardon (Gen., IV, 10-14). Judas qui trahit Jésus-Christ pécha de même par désespoir, lorsque, perdant toute espérance de son salut, il mit fin à ses jours en s’étranglant avec un lacet. Or, il n'est jamais trop tard pour que nous fassions pénitence, comme le prouve l'exemple du bon larron, qui déjà sur la croix, et n'ayant plus qu'un souffle de vie, obtint de Jésus-Christ le pardon complet de ses crimes et l'assurance de la gloire céleste.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Genèse, IV, 10-14 : " Le Seigneur dit à Caïn : Qu'as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. - Maintenant donc tu seras maudit sur cette terre, qui a ouvert

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sa bouche pour recevoir le sang de ton frère, versé par ta main. Après même que tu l'auras cultivé, elle ne te donnera pas ses fruits : tu seras fugitif et errant sur la terre. - Caïn répondit au Seigneur : Mon iniquité est trop grande pour que je puisse en obtenir le pardon. - Voilà que vous me chassez de dessus la terre, et je me cacherai de devant votre face, et je serai fugitif et errant sur la terre ; et le premier qui me trouvera me tuera. "

2. MATTHIEU, XXVII, 3-5 : " Cependant Judas qui l'avait livré, voyant qu'il était condamné, en conçut du remords, et rapporta aux princes des prêtres et aux anciens du peuple les trente pièces d'argent, - en disant : J'ai péché en livrant le sang innocent. Mais ils lui répondirent : Que nous importe ? C'est ton affaire. - Alors Judas ayant jeté cet argent dans le temple, se retira, et alla se pendre. "

3. Actes, I, 16-19 : " Il faut que ce que le Saint-Esprit a prédit dans l’Ecriture par la bouche de David, au sujet de Judas, - qui s’est fait le guide de ceux qui ont pris Jésus, soit accompli. - Il était compté comme l’un des nôtres, et il partageait notre ministère. - Et il a acheté un champ du salaire de son crime ; et bientôt s'étant pendu, il a crevé par le milieu du ventre ; et toutes ses entrailles se sont répandues. - Et cela a été connu de tous les habitants de Jérusalem en sorte que ce champ a été appelé en leur langue hacel-dama, c'est-à-dire le champ du sang. "

4. Ephésiens, VI, 17-20 : " Je vous avertis donc, et je vous conjure par le Seigneur, de ne plus vivre comme les gentils, qui suivent dans leur conduite la vanité de leurs pensées ; qui ont l'esprit plein de ténèbres, qui sont éloignés de la vie de Dieu, à cause de l'ignorance où ils sont et de l'aveuglement de leur cœur ; - qui, ayant perdu tout espoir de salut, s'abandonnent à la dissolution, et se plongent avec une ardeur insatiable dans toutes sortes d'impuretés. - Mais vous, ce n'est pas ainsi que vous avez été instruits à l'école de Jésus-Christ. "

5. II Samuel, II, 26 : " Alors Abner cria à Joab : Ignores-tu qu'il est dangereux de jeter son ennemi dans le désespoir ? "

6. EZECHIEL, XVIII, 21-25, 27-28, 30-32 : " Si l'impie fait pénitence de tous ses péchés, s'il garde tous mes préceptes, et s'il agit selon l'équité et la justice, il vivra certainement ; non, il ne mourra point. - Je ne me souviendrai plus de toutes les iniquités qu'il aura précédemment commises ; il vivra dans les œuvres de justice qu'il aura faites. - Est-ce que je veux la mort

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de l'impie, dit le Seigneur Dieu, et non pas plutôt qu'il se retire de sa mauvaise voie, et qu'il vive. . . ? - Lorsque l'impie se sera détourné de l'impiété où il aura été jusque-là et qu'il agira selon l'équité et la justice, il rendra par ce moyen la vie à son âme. - Comme il sera rentré en lui-même et qu'il se sera détourné de toutes ses œuvres d’iniquité il vivra certainement ; non, il ne mourra point. . . - Convertissez-vous et faites pénitence de toutes vos iniquités et l'iniquité ne sera plus pour vous un sujet de ruine. - Rejetez loin de vous toutes les prévarications dont vous vous êtes rendus coupables, et faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau. Eh ! pourquoi mourrez-vous, maison d'Israël ? - Je ne veux point la mort de celui qui meurt, dit le Seigneur Dieu. Revenez à moi, et vivez. "

7. Id., XXXIII, 12, 14-16 : " En quelque jour que l'impie se convertisse, son impiété ne lui nuira point. . . , - si, après que j'aurai dit l'impie : Tu mourras certainement, il fait pénitence de son péché et qu'il se conduise selon l'équité et la justice ; - si cet impie rend le gage qu'on lui avait confié, s’il restitue le bien qu'il avait ravi, s'il marche dans la voie des commandements qui donnent la vie, s'il ne fait rien d'injuste, il vivra certainement ; non, il ne mourra point. - Tous les péchés qu'il aura pu commettre ne lui seront point imputés : il aura fait ce qui est droit et juste, et ainsi il vivra très-certainement. "

8. I JEAN, II, 11- 12 : " Si quelqu'un pèche nous avons pour avocat auprès du Père Jésus-Christ, qui est juste ; - car c'est lui qui est la victime de propitiation pour nos péchés et non-seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux de tout le monde. "

9. Id., I, 7-9 : " Le sang de Jésus-Christ son Fils nous purifie de tout péché. . . - Si nous confessons nos péchés, il est trop fidèle et trop juste pour ne pas nous les remettre, et ne pas nous purifier de toute iniquité. "

10. JEREMIE, III, 1 : " On dit ordinairement : Si une femme, après avoir été répudiée par son mari et l'avoir quitté en épouse un autre, son mari la prendra-t-il encore ? Et n'est-elle pas à ses yeux une terre impure et souillée ? Et toi, tu t'es attachée à une multitude d'amants ; cependant, reviens-moi, dit le Seigneur, et je te recevrai. "

11. ISAIE, I, 16-18 : " Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez de devant mes yeux la malignité de vos pensées, cessez de faire le mal, - apprenez à faire le bien, recherchez ce qui est juste,

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assistez l'opprimé, faites droit à l'orphelin, défendez la veuve. - Et venez, et accusez-moi, dit le Seigneur. Quand vos péchés seraient comme l'écarlate ils deviendront blancs comme la neige ; et quand ils seraient rouges comme du vermillon, ils deviendront semblables à la laine la plus blanche. "

12. Psaume CXLIV, 8-9 : " Le Seigneur est bon et compatissant ; il est lent à s'irriter et riche en miséricorde. - Sa bonté se fait sentir à tous, et ses miséricordes s'étendent à toutes les œuvres de ses mains. "

13. Ecclésiastique, X VII, 20-23, 26-28 : " Dieu ouvre la voie de la justice au repentir. . . - Convertissez-vous au Seigneur, quittez vos péchés ; - offrez-lui vos prières et éloignez-vous de plus en plus de ce qui est pour vous un sujet de chute. - Revenez au Seigneur, détournez-vous de l’injustice et ayez en horreur ce que Dieu déteste, etc. - Ne demeurez point dans l'erreur des méchants ; louez Dieu avant la mort. La louange n'est plus rien pour les morts, parce qu'ils sont comme s'ils n'étaient plus. - Louez-le tant que vous vivrez ; louez-le pendant que vous jouissez de la vie et de la santé ; louez Dieu, glorifiez-vous dans ses miséricordes. - Qu'elle est grande la miséricorde du Seigneur, et sa clémence pour ceux qui se convertissent lui ! "

14. LUC, XXIII, 39-43 : " Or, l'un des deux voleurs qui étaient crucifiés avec lui, blasphémait contre lui en disant : Si tu es le Christ, sauve-toi toi-même, et nous avec toi. - Mais l'autre le reprenait en disant : N'as-tu donc aucune crainte de Dieu parce que tu es condamné au même supplice ? - Encore est-ce avec justice que nous le sommes, puisque nous portons en cela la peine de nos crimes ; mais lui, il n'a fait aucun mal. - Puis il dit à Jésus : Seigneur, souvenez-vous de moi, lorsque vous serez entré en possession de votre royaume. - Jésus lui répondit : Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis. "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN (Ou plutôt saint Césaire, au jugement de Noël-Alexandre et d'autres critiques. V. NAT. ALEX., Eccl. hist. sæc. V, p. 108, édit de Venise ; Sermons de saint Césaire, t. II; p. 46-49), Serm. LVIII de tempore : " Ce n'est pas celui qui aura péché, mais bien celui qui aura persévéré dans ses

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péchés qui sera odieux et abominable aux yeux de Dieu. C'est le Seigneur lui-même qui a la bonté de nous exhorter par son prophète comme le plus tendre de tous les pères, à ne pas nous défier de sa miséricorde : Je ne veux pas la mort du pécheur, dit-il, mais qu'il se convertisse et qu'il vive (EZECHX., XXIII, 12) ; et encore : En quelque jour que t'impie se convertisse, son impiété ne lui nuira point (ibid.). Quelle bonté ! quel excès de miséricorde ! Quelque grande cependant que soit cette bonté, mes frères, elle ne nous sera avantageuse, qu'autant que nous ne différerons pas de nous convertir au Seigneur, et que nous n'ajouterons pas crimes sur crimes. Nous pouvons apprendre à connaître la conduite à tenir dans les infirmités de nos âmes, par celle que nous observons en cas de blessures ou de fractures qui nous atteindraient dans nos corps. Que quelqu'un se rompe le pied ou la main, ce n'est qu'avec bien de la peine qu'on le rétabli dans son premier état ; mais s'il lui arrive de se rompre encore ce pied ou cette main au même endroit une seconde et une troisième fois, ou même plus souvent, votre charité conçoit aisément quelles douleurs il lui faudra endurer pour se guérir de ces dernières blessures : à peine, après des soins bien longs et bien multipliés, pourra-t-on réussir à rétablir ces membres dans leur premier état. Il faut raisonner de même des blessures et des fractures des âmes. Que quelqu'un pèche une première ou une seconde fois, s'il ne diffère pas, s'il n’hésite pas à recourir aux remèdes de la pénitence, il recouvrera bientôt sa première santé ; mais s'il ajoute péchés sur péchés, s’il aime mieux laisser vieillir les blessures de son âme en les couvrant et les entretenant, plutôt que de travailler à les guérir en les confessant et en faisant pénitence, il est bien à craindre qu'il n'éprouve ce qu'a dit l'Apôtre : Ignorez-vous que la bonté de Dieu vous invite à la pénitence ? Et cependant, par la dureté et l'impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu

(Rom., II, 4-5). "

" Mais peut-être que quelqu'un, entendant ceci, pense en lui-même qu'il a commis des péchés si considérables qu’il ne peut plus mériter la miséricorde de Dieu. A Dieu ne plaise qu'aucun pécheur ait de telles pensées ! Vous faites attention, mon frère, qui que vous soyez, à la multitude de vos péchés ; eh ! que ne faites-vous aussi attention à la toute-puissance du médecin céleste ? Pensez-y donc. Dieu veut bien avoir pitié de nous,

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puisqu'il est bon ; il le peut, puisqu'il est tout puissant : c'est donc se fermer à soi-même la porte de la miséricorde, que de croire, ou que Dieu ne veut pas, ou qu'il ne peut pas avoir pitié de nous : c'est se méfier ou de sa bonté ou de sa toute -puissance. Que personne donc, après cent péchés, après mille crimes même, ne désespère de la miséricorde de Dieu. Non, je le répète, qu'il n'en désespère pas ; qu'il se hâte cependant de se rendre Dieu favorable, qu'il ne tarde pas un instant, de crainte que, s'il s'engageait dans l'habitude de pécher, il ne puisse plus se délivrer des filets du démon, quand même il le voudrait. "

2. Le même, in PS. L : " Si quelqu'un est déjà tombé, si sa conscience lui reproche quelque crime, qu'il pèse attentivement les paroles de ce psaume ; qu'il voie, d'un côté, la grandeur de sa plaie ; mais que, de l'autre, il ne désespère pas du pouvoir du médecin. Le péché joint au désespoir est une mort assurée (Peccatum cum desperatione, certa mors). Que personne ne dise donc : Puisque j'ai fait ce mal, Dieu me condamnera infailliblement. Il ne pardonne point de si énormes crimes : pourquoi n'ajouterais- je pas péchés sur péchés ? Je m'en vais jouir de tous les plaisirs de ce monde, et me livrer à toute sorte de débauche ? Puisque j'ai perdu toute espérance de me relever, que je jouisse du moins, quant à présent, de ce que j'ai sous les yeux, si je ne puis plus espérer pour l'avenir cet autre bonheur dont je n'ai que la foi. "

" Ce psaume donc (le cinquantième) servira de remède à un si grand mal ; et comme, d'un côté, il est pour ceux qui ne sont pas tombés un avertissement de veiller sur eux-mêmes, il empêchera de l'autre, ceux qui sont déjà tombés d’entrer dans le désespoir (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. II, p. 650). "

3. S. GREGOIRE- LE-GRAND, Lib. VIII Moralium in Job, c. 14 (al. 13) : " On peut entendre par ce mot d'enfer le désespoir du pécheur, dont parle David quand il dit : Qui, dans l’enfer, célébrera vos louanges (Ps. VI, 6) ? et dont il est écrit ailleurs : Lorsque le méchant est parvenu au plus profond abîme du péché, il méprise tout (Prov., XVIII, 3). Or, quiconque se laisse aller au péché donne la mort à son âme en abandonnant la vie de la justice ; mais celui qui après le péché est accablé de plus sous le poids du désespoir, n’est-il pas, déjà mort qu'il est, enseveli pour ainsi dire dans l'enfer ? C'est donc avec beaucoup de raison qu'il

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est dit ici : Comme les nuées se dissipent et passent, de même celui qui descend aux enfers n'en remonte plus. Parce que, quand le désespoir accompagne le péché, il ne reste plus aucune voie de retour à la justice. Et le cœur de chacun de ceux qui s'abandonnent au désespoir est fort justement comparé à une nuée puisqu'il est obscurci par les ténèbres de l'erreur, et comme condensé sous la multitude de ses péchés ; mais ce sont des nuées qui se dissipent et passent, puisqu'elles s’évanouiront infailliblement au grand jour du jugement dernier (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. 1er, p. 752). "

4. S. ISIDORE, Lib. II de summo bono, c. 14 : " On s'approche de Dieu ou l'on s'éloigné de lui, non par la distance des lieux, mais par la nature bonne ou mauvaise de ses affections. Car ce n'est pas par le mouvement des pieds, mais par la direction morale des actes que peut s'effectuer ce rapprochement ou cet éloignement. Commettre une action criminelle quelconque, c'est la mort de l'âme ; dédaigner de faire pénitence et rester dans l’état de péché, c’est descendre dans l'enfer après qu'on est mort. Pécher donc, c'est mourir ; désespérer de son salut, c'est descendre en enfer. C'est pourquoi l’Ecrivain sacré a dit : Lorsque le méchant est parvenu, au plus profond abîme du péché il méprise tout (Prov., XVIII, 5). Souvent le démon tente de désespoir ceux qu'il voit disposés à faire pénitence en les frappant vivement de l'énormité de leurs crimes, afin que, perdant tout espoir d'en obtenir le pardon, ils se découragent dans le bien, après n'avoir pu être amené à persévérer dans le mal. Mais le pénitent doit se mettre en garde contre les pièges que lui tend son astucieux ennemi, et, tout en craignant la justice de Dieu pour les crimes dont il se sent coupable, conserver la confiance en sa miséricorde. Dieu se réjouit plus de la conversion d'une âme dont le salut paraissait désespéré, que d'une autre qui n'aurait jamais été perdue, de même que le retour de l'enfant prodigue, qui était mort et puis revenu la vie, qui avait été perdu et puis retrouvé fut pour son père le sujet d'une grande joie. C'est ainsi que Dieu et ses anges se réjouissent beaucoup plus au sujet de celui qui sort d'un grand péril que courait son âme, que pour un autre qui n'a jamais fait l'expérience du péché. Car, autant on est affligé d’une perte qu'on a subie, autant on se réjouit d’avoir retrouvé la chose perdue, comme nous voyons dans l'Evangile le berger transporté de joie, quand il peut rapporter dans son ber-

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cail, en la chargeant sur ses épaules, la brebis qu'il a enfin retrouvée. Personne ne doit désespérer de son pardon, quand même il ne se convertirait qu'à la fin de sa vie. Car Dieu juge chacun de nous d'après l'état où nous nous trouvons à la fin, et non d'après un passé qui n'est plus. Cette vérité nous est signifiée par cet article de la loi (Exode, XXXIV, 20), qui prescrivait d'offrir une brebis pour le premier-né d'une ânesse, ce qui voulait dire qu'il fallait faire succéder au dérèglement de la vie antérieure l'innocence au moins des derniers jours. De là vient aussi que la loi ordonne d'offrir la queue de la victime, c'est-à-dire la fin de sa vie qu'on doit consacrer à la pénitence. Plusieurs, soutenus de la grâce d'en haut, reviennent à Dieu par la pénitence dans leurs derniers jours, s'appliquant à expier par des larmes continuelles tout le mal qu'ils ont commis, et faire oublier à force de bonnes œuvre les mauvaises qu'ils ont pu faire : or, c'est avec justice que Dieu leur pardonne les péchés de leur vie passée parce qu'ils se gardent bien de se les pardonner à eux-mêmes. C'est donc surtout la fin qu'il faut considérer dans la vie de l'homme, parce que Dieu n'a pas égard à ce que nous avons pu être autrefois, mais à ce que nous serons à notre dernier jour. "

5. S. CHRYSOSTOME, Hom. II in Ps. L (Cette homélie, au jugement de D. Montfaucon comme de Fronton-le-Duc, n'est pas de saint Chrysostôme. Cf. S. Chrys. opera, tome V, pag. 585-587, édit. de Montfaucon ; pag. 711-713, édit de Gaume) : " Chose étonnante et tout-à-fait nouvelle ! Ceux qui tenaient pour ainsi dire le sceptre de l'impiété deviennent les prémices des nouveaux fidèles. Comme l'univers était tout entier livré à l'égarement, que les uns étaient sous l'empire de l'infidélité, les autres dans le judaïsme et sous la loi du péché ; le Sauveur a inauguré sa venue en appelant à lui les prémices de tous ces pécheurs, afin que personne désormais n'ait à désespérer de son salut. Etes-vous infidèle ? Rappelez-vous les mages. Etes-vous ravisseur du bien d'autrui ? Rappelez-vous le publicain. Etes-vous impur ? Rappelez-vous la femme pécheresse. Etes-vous coupable de quelque meurtre ? Rappelez-vous le bon larron. Etes-vous prévaricateur ? Rappelez-vous Paul, qui de blasphémateur est devenu apôtre ; qui de persécuteur est devenu évangéliste, qui d'adultère est devenu ami de l'époux ; qui d'ivraie est devenu froment ; qui de loup est devenu pasteur ; qui d'un plomb vil est devenu de l'or ; qui de pirate est

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devenu pilote ; qui de dévastateur de l’Eglise est devenu ministre de l'Eglise ; qui, après avoir porté le ravage dans la vigne du Seigneur, a été chargé de sa plantation et de sa culture, et après avoir fait ses efforts pour renverser le temple, a été appelé à travailler à sa construction. Voyez donc, d'un côté cet excès de malice, de l'autre, cette perfection de vertu ; d'un côté, cette méchanceté du serviteur, de l'autre, cette bonté du maître. Ne me dites pas : Je suis un blasphémateur, ne me dites pas : Je suis un persécuteur, ne me dites pas : Je suis souillé d'impuretés. Je vous ai mis sous les yeux l'exemple d'un homme qui a été tout cela. Vous pouvez chercher votre asile dans tel port qu'il vous plaira. Choisissez le Nouveau-Testament, choisissez l'Ancien ; dans le Nouveau vous avez saint Paul, dans l'Ancien vous avez David. Ne m'alléguez ni prétextes, ni subterfuges. Avez-vous péché, faites pénitence. Auriez-vous péché mille fois, faites pénitence autant de fois. Voilà le remède que je ne cesserai de vous offrir, et qui suffira seul pour vous guérir de tous vos maux. Je n'ignore pas dans quel découragement, quel désespoir, la conscience de leurs crimes jette les pécheurs. Ils ont à côté d'eux le démon qui leur dit en aiguisant ses armes : Toute la jeunesse est maintenant déshonorée, c’en est fait de ta vie entière. Tu as commencé par devenir impudique, puis tu t'es souillé de brigandages et de larcins, de parjures et de blasphèmes. Quelle espérance peux-tu avoir encore d'être sauvé ? Tu es perdu, sans ressource. Ne songe donc plus qu’à jouir au moins des avantages de la vie présente. Voilà ce que vous dit le démon ; mais moi, je vous dirai tout le contraire. Vous êtes perdu, dites-vous ; mais vous pouvez encore vous sauver. Vous vous êtes couvert d'impuretés ; mais vous pouvez reprendre la pratique de la continence. Vous êtes devenu adultère ; mais vous pouvez vous convertir. Vous êtes tombé mais vous pouvez vous relever. Votre repentir est faible ; mais l'indulgence de Dieu est grande. Vous êtes coupable de meurtre ; faites-en pénitence. Vous avez convoité le bien d'autrui ; dites à Dieu : J'ai péché. Vous vous êtes blessé ; recourez aux remèdes. Tant qu'il vous reste un souffle de vie, fussiez-vous arrivé à votre dernier jour, étendu sur votre lit de mort, poussant le râle de l'agonie, sur le point de quitter la scène de ce monde, témoignez à Dieu votre repentir. Les moments, si courts qu'ils soient, qui vous restent laissent toujours une libre carrière à la bonté divine. . . Qu'est-ce que le péché si on le compare à la bonté de Dieu ? Ce n'est qu'une toile

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d'araignée. Le vent n'a qu’à souffler, pour que cette toile soit emportée. Que Dieu veuille seulement, et il ne restera du péché aucune trace. Si je parle ainsi, ce n'est pas pour vous autoriser dans votre lâcheté, mais pour vous inspirer de l'ardeur et relever votre espérance. Ne désespérez jamais, ô homme ; mais désespérez de celui qui désespère de lui-même. "

6. S. BERNARD, Serm. 5 in Natali Domini : " C'est à bon droit que Dieu est appelé le père des miséricordes (II Cor., I, 3), lui qui a pour attribut de compatir et de pardonner. Quelqu'un dira peut-être : Comment la miséricorde est-elle son attribut, si ses jugements sont un abîme sans fond ? Aussi ne disons-nous pas que toutes ses voies ne soient que miséricorde ; mais elles sont en même temps miséricorde et vérité. Il n'est pas moins juste que miséricordieux, celui dont la justice et la miséricorde sont à la fois l'objet des chants du Psalmiste (Ps. C, 1). Il est bien vrai qu'il fait miséricorde à qui il veut, et qu'il endurcit qui il veut (Rom., IX, 18) ; mais quand il fait miséricorde, il prend sa miséricorde dans son propre fonds, au lieu que, lorsqu'il juge et qu'il condamne, c'est nous qui l'y forçons en quelque sorte, si bien que sa miséricorde semble lui naître du cœur tout autrement que sa sévérité. Ecoutez-le vous dire : Est-ce que je veux la mort de l’impie, et non pas plutôt qu'il se convertisse et qu'il vive (EZECH., XVIII, 17) ? C'est donc bien à propos que nous l'appelons, non le père des condamnations et des vengeances, mais le père des miséricordes, non-seulement parce qu'il est plus naturel a un père de faire miséricorde que de se livrer à son courroux, et que Dieu a pitié de ceux qui le craignent comme un père de ses enfants ; mais surtout parce qu'il trouve en lui-même la cause et le principe de sa bonté et en nous au contraire le principe et la cause de ses jugements et de ses vengeances. "

7. Le même, Serm. II super Cantica : " Si Caïn avait été retenu par ce frein, jamais le désespoir ne l'eût porté à dire : Mon péché est trop grand pour que j'en obtienne le pardon (Gen., IV, 13). A Dieu ne plaise ! car la bonté de Dieu est plus grande que la malice du plus grand pécheur. "

8. S. AUGUSTIN, Lib. I Retractationum, c. 19 : " Il ne faut désespérer d’aucun pécheur tant qu'il est en cette vie ; et du moment où il n'y a pas à désespérer de quelqu'un, il y a de la prudence à prier pour lui. "

9. Le même, Lib. de correptione et gratiâ, c. 15 (al. 46) : " Il faut donc que les supérieurs fassent des réprimandes charitables

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aux frères soumis à leur conduite, en variant la correction selon la diversité des fautes, de sorte qu'elles soient plus ou moins sévères, selon que les fautes sont plus ou moins considérables.

Car l'excommunication même prononcée par un jugement épiscopal, et autrement appelée condamnation, anathème, qui est la plus grande des peines que l'Eglise puisse imposer, peut, si Dieu le veut, devenir un moyen très-salutaire pour la conversion de celui qui en est atteint. Nous ne savons aujourd'hui ce qui arrivera demain ; il ne faut donc jamais désespérer de personne, tant que la mort ne l'a pas enlevé. On ne peut pas non plus s'opposer à Dieu, et empêcher qu'il ne regarde un excommunié dans sa miséricorde, qu’il ne lui donne des sentiments de pénitence, qu’il n'accepte de sa part le sacrifice d'un esprit humilié et d'un cœur brisé de douleur, qu'il ne le délie des liens de l'excommunication, quoique justement prononcé et qu'il ne fasse grâce à celui que les hommes ont condamné (Cf. Livre de la correction et de la grâce, dans les Traités choisis de saint Augustin, t. Ier, p. 395-396). "

10. Le même, Serm. CLXXXI de tempore, c. 16 (Ce sermon, au jugement de Noël- Alexandre et des docteurs de Louvain, ne paraît pas être de saint Augustin. V. NAT. ALEX., Hist. eccl., sæc V, p. 108, édit de Venise) : " Jamais Dieu ne rebute le repentir, si ce repentir est humble et sincère ; il l'accueille au contraire avec joie et empressement, et il n'a rien plus à cœur que de réintégrer le pécheur repentant dans son premier état ; et ce qui surpasse tout le reste, si ce pécheur ne peut accomplir toute la pénitence que sembleraient exiger ses crimes, il se contente d'obtenir de sa part une satisfaction légère et de courte durée, et non-seulement il l'accepte, mais encore il ne la laisse pas sans récompense. C’est ce que me semble indiquer Isaïe par ces paroles qu'il met dans la bouche de Dieu parlant au peuple juif : Tes péchés ont été la cause que je t’ai quelque peu affligé et que j’ai que j'ai un moment détourné ma face de toi, et tu t'en es affligé et tu as marché l'air abattu, et aussitôt je t’ai consolé (Is., LIV, 7-8). Avec ces exemples de pénitence sous les yeux, gardons-nous bien de persévérer dans le mal, ou de désespérer d'obtenir le bienfait de notre réconciliation avec Dieu, mais disons plutôt : Nous aussi, retournons à notre Père, et approchons-nous de Dieu. Croyez-moi, jamais il ne détournera son visage de celui qui reviendra à lui. Car il a dit lui-même : Je suis un Dieu qui se tient proche de ses créatures et non un Dieu qui ne

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se tienne que de loin (Deus appropians ego sum, et non Deus de longè. Nous n'avons pu trouver ces mots dans Isaïe dont il est dit ici qu'ils sont extraits. On trouve, il est vrai, presque ces mêmes paroles dans Jérémie (XXIII, 23) ; mais elles y présentent dans cet endroit un sens tout différent). Il a dit encore par le même prophète : Vos iniquités ont fait une séparation entre vous et Dieu (Is., LIX, 2). Si donc ce sont les péchés qui nous séparent de Dieu, faisons disparaître cet obstacle, pour que rien ne nous empêcher de nous unir à lui. Car Dieu nous a créés, ou tirés du néant, pour nous conférer les biens éternels et nous rendre héritiers du royaume des cieux. Non, ce n'est pas pour nous dévouer aux feux éternels de l'enfer qu'il nous a mis dans ce monde. Le royaume des cieux a été fait pour nous ; l'enfer l'a été pour le démon. Montrons par l'Evangile qu'il en est ainsi : Notre Seigneur dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, les bénis de mon père, entrez en possession du royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde (MATTH., XXV, 54). Il dira au contraire à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel qui a été préparé au diable et à ses anges. Si donc l'enfer a été préparé pour le diable, et le royaume des cieux pour l'homme dès le commencement du monde, tout ce que nous avons à craindre, c'est de nous exclure nous-mêmes des biens éternels en persistant obstinément dans le mal. Car tant que nous sommes en cette vie, quelques péchés que nous ayons le malheur de commettre, nous pouvons tout effacer par la pénitence. Mais quand nous serons une fois sortis de ce monde, nous aurons beau nous repentir alors, nous ne retirerons aucun avantage de notre repentir, et en vain grincerons-nous les dents, en vain verserons-nous des pleurs et ferons-nous éclater nos gémissements, en vain nous répandrons-nous en supplications et en prières, personne ne nous écoutera, personne ne viendra à notre secours, personne n'approchera seulement son doigt pour étendre une goutte d'eau sur notre langue altérée (LUC, XVI, 24), et nous ne recevrons d'autre réponse que celle-ci que le mauvais riche reçu d'Abraham : Un grand abîme est creusé pour jamais entre vous et nous, de sorte que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le peuvent, comme on ne peut passer ici du lieu où vous êtes. "

11. S. LEON- LE-GRAND, Epist. XCI ad Theodorum Forojuliensem : " Il est de toute importance et de toute nécessité qu'on obtienne par les prières des prêtres le pardon de ses péchés avant le dernier jour. Quant à ceux qui implorent la grâce de la

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pénitence et aussitôt après celle de la réconciliation dans une nécessité urgente et lorsqu'ils sont surpris par le danger, il ne faut ni leur interdire la pénitence ni leur refuser la réconciliation, parce que nous ne pouvons assigner ni bornes ni limites à la miséricorde divine, qui ne fait jamais attendre le pardon au repentir véritable, comme Dieu lui-même nous l'atteste par ces paroles de son Prophète (Cùm conversus ingemueris, salvus eris. Ces paroles ne se trouvent ni dans l'endroit cité ici d'Ezéchiel, ni quelque part ailleurs que ce soit dans la Vulgate ; mais elles n'ont pas d'autre sens que le passage indiqué du Prophète. On pourrait peut-être encore mieux y voir le sens de ces paroles d'Isaïe (XXX, 15) d'après la Vulgate : Si vous revenez à moi, et si vous demeurez en paix, vous serez sauvés) : Du moment où vous serez revenu à moi par un repentir sincère vous serez sauvés (EZECH., XXXIII, 12). Et ailleurs : Soyez le premier à vous accuser de vos iniquités, et Dieu vous les pardonnera (Is., XLIII, 26, d'après les Septante). Et encore : Le Seigneur est plein de miséricorde, et on trouve en lui une rédemption abondante (Ps. CXXIX, 7). Nous ne devons donc pas nous montrer difficiles dans la dispensation des dons de Dieu, ni être insensibles aux larmes et aux gémissements de ceux qui s'accusent eux-mêmes, puisque nous faisons profession de croire que ce sentiment même de repentir vient de l'inspiration de Dieu, suivant ce que dit l'Apôtre : Dans l'espérance que Dieu pourra leur donner un jour (à ceux qui résistent à la vérité) l'esprit de pénitence, pour la leur faire connaître, et qu'ainsi ils sortiront des pièges du diable, qui les tient captifs pour en faire ce qu'il lui plait. "

12. Le concile de Trente, session XIV, chapitre 7 : " Il entre dans la nature même des droits de Dieu que la réserve des péché n'ait pas lieu seulement pour la police extérieure, mais qu'elle ait son effet dans le for même de la conscience. Cependant, pour que cette discipline ne soit l'occasion de la perte d'aucun pécheur, l'Eglise a toujours observé le pieux usage de lever toute réserve de péchés à l'article de la mort ; et par conséquent tous les prêtres indistinctement peuvent absoudre dans cette circonstance toute espèce de pénitents, de quelques péchés et de quelques censures que ceux-ci puissent être liés. Mais, hors de là, tout ce qu'ont à faire les prêtres qui n'ont pas le pouvoir d'absoudre des cas réservés, c’est d'engager les pénitents à s'adresser aux légitimes supérieurs pour que ceux-ci puissent leur en accorder l'absolution. "

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Question V

Quand est-ce que l’on pèche contre le Saint-Esprit en résistant à la vérité ?

C'est quand on combat la vérité en matière de foi ou de piété, non par ignorance, mais de dessein formé et par malice, pour porter atteinte par-là à la croyance catholique.

Ce péché a été celui des pharisiens, que l’Evangile nous montre tout occupés à décrier, en dépit de la vérité et de leur propre conscience, tant la personne de Jésus-Christ que sa doctrine, et d'étouffer le témoignage que lui rendaient les apôtres, sans autre mobile pour agir de la sorte qu'une haine forcenée et aveugle. On peut ranger dans la même catégorie ceux dont le Prophète dit qu'ils sont assis dans la chaire de pestilence ; ceux que saint Pierre appelle de faux docteurs qui introduisent de pernicieuses hérésies, ceux enfin que saint Paul nous désigne sous les noms d'hérétiques, d'hommes corrompus dans l'esprit et pervertis dans la foi, qui suivent des esprits d'erreur et des doctrines diaboliques, qui sont hors de la voie du salut et se condamnent eux-mêmes par leur propre jugement. On peut encore compter comme de ce nombre l'imposteur Elymas, à qui saint Paul adressa publiquement, et avec une vigueur vraiment digne d'un apôtre, ce reproche mérité : O homme, plein de toute sorte de tromperie et de malice, enfant du diable, ennemi de toute justice, ne cesserez-vous jamais de pervertir les voies droites du Seigneur ?

C'est à cette même classe qu'il faut rapporter le blasphème contre l'Esprit-Saint, péché que Notre-Seigneur Jésus-Christ reproche sévèrement aux Juifs, et qu'il représente comme le plus condamnable de tous. Et plût à Dieu que ce péché ne se commît plus de nos jours ! Car ceux-là aussi blasphèment contre l'Esprit-Saint, qui profitent de toute occasion pour enfreindre insolemment les canons dictés par l'esprit de Dieu, ou pour en faire la critique, ou pour applaudir à ceux qui les critiquent ou les enfreignent. Une présomption aussi coupable est vraiment une sorte de blasphème contre l'Esprit-Saint.

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TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. MATTHIEU, XII, 24 : " Les pharisiens, entendant cela dirent : Cet homme ne chasse les démons que par Béelzébuth, prince des démons. "

2. Id., XV, 4-5 : " Alors des scribes et des pharisiens de Jérusalem s'approchèrent de Jésus et lui dirent : - Pourquoi vos disciples violent-ils la tradition des anciens ? Car ils ne lavent pas leurs mains lorsqu'ils prennent leurs repas. - Mais Jésus leur répondit : Pourquoi vous-mêmes violez-vous le commandement de Dieu ? etc. "

3. Id., XXI, 37-41, 43-46 : " Enfin il leur envoya son fils, en disant : Au moins respecteront-ils mon fils. - Mais les vignerons, voyant le fils, dirent entre eux : C'est ici l'héritier ; venez, tuons-le, et nous aurons son héritage. - Et s'étant saisis de lui, ils le jetèrent hors de la vigne, et le tuèrent. - Lors donc que le maître de la vigne sera venu, comment traitera-t-il ces vignerons ? - Ils lui répondirent : Il fera périr misérablement ces misérables et il louera sa vigne à d'autres vignerons, etc. . . - Les princes des prêtres et les pharisiens, ayant entendu ces paraboles de Jésus virent bien que c'était d'eux qu'il parlait. - Et voulant se saisir de lui, ils craignirent le peuple, parce que celui-ci regardait Jésus comme un prophète. "

4. Id., XXII, 15-16, 18-19 : " Après cela, les pharisiens s'étant retirés, tinrent conseil entre eux sur la manière dont ils pourraient surprendre Jésus dans ses paroles. - Et ils envoyèrent leurs disciples avec des hérodiens lui dire : Maître, nous savons que vous êtes vrai dans tout ce que vous faites, et que vous enseignez la voie du Dieu dans la vérité, sans avoir égard à qui que ce soit, etc. -

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Jésus connaissant leur malice, leur dit : Hypocrites, pourquoi me tentez-vous ? - Montrez-moi la pièce d'argent du tribut, etc. "

5. JEAN, VII, 41-43, 47-52 : " Quelques autres disaient : C'est le Christ. Mais d'autres disaient : Est-ce que le Christ viendra de Galilée ? - L'Ecriture ne dit-elle pas que le Christ viendra de la race de David, et de la petite ville de Bethléem d'où était David ? - Et ainsi le peuple était divisé à son sujet, etc. - Les Pharisiens répliquèrent aux archers : Etes-vous donc séduits vous aussi ? - Y a-t-il un seul des sénateurs et des pharisiens qui ait cru en lui ? - Car pour cette populace qui ne sait ce que c'est que la loi, ce sont des gens maudits. - Nicodème, l'un d'entre eux, et le même qui était venu trouver Jésus pendant une nuit, leur dit : - Notre loi permet-elle de condamner un homme sans l'avoir auparavant entendu, et s'être informé de ce qu'il a fait ? - Ils répondirent et lui dirent : Est-ce que vous êtes aussi galiléen ? Lisez les Ecritures, et apprenez que nul prophète n'a été suscité de Galilée. "

6. Id., XII, 10-14, 19 : " Cependant les princes des prêtres délibérèrent s’ils ne feraient pas mourir aussi Lazare, - parce qu'un grand nombre de juifs les quittaient à cause de lui, et croyaient en Jésus. - Les pharisiens se dirent donc les uns aux autres : Vous voyez que nous n'obtenons rien ? voilà tout le monde qui le suit. "

7. Actes, IV, 16-17 : " Que ferons-nous à ces gens-ci ? Car ils ont fait un miracle qui est connu de tous les habitants de Jérusalem, cela est évident et nous ne pouvons le nier. - Mais pour empêcher que le bruit ne s'en répande davantage parmi le peuple, défendons-leur avec menaces de prononcer désormais ce nom devant qui que ce soit. "

8. Ibid., V, 18 : " Ils arrêtèrent les apôtres, et les mirent dans la prison publique. "

9. Psaume I, 1 : " Heureux l'homme qui ne suit point les conseils des impies, qui ne se fixe point dans la route des pécheurs et qui ne s'assied point dans la chaire de pestilence. "

40. II Pierre, II, 1-3 : " Or, comme il y a eu de faux prophètes parmi le peuple, il y aura aussi parmi vous de faux docteurs qui introduiront de pernicieuses hérésies, et qui, renonçant au Seigneur qui les a rachetés attireront sur eux-mêmes une prompte ruine. - Plusieurs les suivront dans leurs principes pervers, et à cause d'eux la voie de la vérité sera exposée au blasphème. - Leur avarice, en vous séduisant par des discours

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artificieux, fera un trafic de vos âmes ; mais le jugement qui les menace depuis longtemps s'avance à grand pas, et la main qui doit les frapper n'est pas endormie. "

11. Tite, III, 10-11 : " Fuyez celui qui est hérétique, après lui avoir donné un ou deux avertissements, - sachant qu'un tel homme est perverti, et qu'il pèche, étant condamné par son propre jugement. "

12. II Timothée, III, 8-9, 13 : " Comme Jannès et Mambrès résistèrent à Moïse, ceux-ci de même résistent à la vérité. Ce sont des hommes corrompus dans leur esprit, et pervertis dans la foi. - Mais le progrès qu'ils feront aura ses bornes ; car leur folie sera reconnue de tout le monde, comme le fut alors celle de ces magiciens. . . - Mais les hommes méchants et les imposteurs se fortifieront de plus en plus dans le mal, étant dans l'erreur, et y faisant tomber les autres. "

13. I Timothée, IV, 1-2 : " Or, l'Esprit dit ouvertement, que dans la suite des temps quelques-uns abandonneront la foi, en suivant des esprits d'erreur et des doctrines diaboliques, -enseignées par des imposteurs pleins d'hypocrisie, dont la conscience sera noircie de crimes, etc. "

14. Actes, XIII, 10 : " O homme plein de toute sorte de tromperie et de malice, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

15. MATTHIEU, XII, 31 : " Je vous déclare que tout autre péché et tout autre blasphème sera remis aux hommes ; mais le blasphème contre le Saint-Esprit ne leur sera point remis. "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. LEON, Epist. X ad Flavianum, c. 1, dit en parlant d'Eutychès : " N'est-ce pas le comble de l'injustice, que de se complaire dans l'impiété au mépris des conseils des sages et des docteurs ? Ils se rendent coupables de ce péché ceux qui, ne pouvant franchir les obstacles qui les empêchent de parvenir à la connaissance de la vérité, ne s'empressent pas de recourir aux écrits des prophètes, aux épîtres des apôtres et à l'autorité de l’Evangile, mais ne consultent qu'eux-mêmes. Ils enseignent l’erreur, parce qu'ils ne se sont pas faits disciples de la vérité. En effet, quelle étude peut-il avoir faite des pages sacrées de l'Ancien et du Nouveau-Testament, celui qui ne comprend pas même les premières lignes du symbole ? Ce vieillard ne sait

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point encore par cœur ces vérités que les chants des hommes régénérés font retentir par tout l'univers (Cf. Chefs-d’œuvre des Pères de l'Eglise, t. XIV, p. 232-233.). "

2. S. AUGUSTIN, de Genesi ad litteram, lib. VII, c. 9 : " Les hérétiques lisent les Ecritures comme nous, et ils ne sont hérétiques, que parce que, faute de les entendre dans leur vrai sens, opposent avec opiniâtreté leur fausse manière de les entendre à l'Eglise catholique qui seule en a l'exacte intelligence. "

3. Le même, Tract. XVIII in Joannem : " Car toutes les hérésies et tous les dogmes erronés qui sont comme des pièges où les âmes se prennent et tombent de là dans l'abîme ont pour cause ordinaire l’Ecriture mal entendue, et la téméraire audace avec laquelle on soutient sa fausse interprétation. De sorte, mes frères, qu'il faut douter avec beaucoup de précaution et de prudence ce que notre faiblesse d'intelligence nous rend incapables de comprendre, et avoir toujours cette règle sûre devant les yeux, de nous nourrir avec action de grâces des vérités que nous trouvons dans les livres saints conformes à ce que la foi nous en enseigne, et d'attendre l'intelligence des autres où nous n'apercevons pas la même conformité, sans suspendre pour cela notre foi sur ces vérités mêmes c'est-à-dire, de croire toujours fermement que cela est bon et vrai, en attendant que Dieu nous fasse la grâce de le comprendre mieux (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean, tome Ier, pag. 585-586). "

4. Le même, De utilitate credendi, c. 1 : " Si je regardais comme une même chose, cher Honorat, d'être hérétique et d'ajouter foi aux hérétiques, je n’aurais qu’à laisser en repos sur cette question et ma langue et ma plume. Mais comme ce sont là deux choses fort différentes, puisqu'un hérétique est à mon sens celui qui invente ou adopte des opinions fausses et nouvelles, en vue de quelque intérêt temporel, et particulièrement en vue de se faire un nom ou d'acquérir de l'autorité et que celui qui ajoute simplement foi aux hérétiques est un homme qui se laisse séduire par certaines apparences de vérité ou de piété. "

5. Le même, Cité de Dieu, liv, XVIII, c. 54 : Ceux donc qui, au sein de l'Eglise de Jésus-Christ, débitent quelque doctrine malsaine et contagieuse, s'ils opposent à l'autorité qui veut les redresser et les guérir une résistance obstinée ; si, loin de se rétracter de leurs dogmes pernicieux et mortels, ils persistent à les défendre, ils deviennent hérétiques, sortis de l'Eglise, ils

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sont rangés par elle parmi les ennemis qui servent à l’éprouver. Ils sont un mal, et ils servent néanmoins aux vrais catholiques, membres de Jésus-Christ, Dieu tirant le bien même des méchants et toutes choses contribuant au bien de ceux qui l'aiment. "

6. Ibidem, liv. XXI, c, 25 : " (Ceux qui promettent le salut éternel aux chrétiens apostats ou séparés de l'unité) ne voient-ils pas combien il est intolérable et contraire à la saine doctrine d'assurer que ces apostats de l’Eglise catholique, auteurs d’hérésies détestables, devenus hérésiarques, sont dans de meilleures conditions que ceux qui, n'ayant jamais été catholiques, se sont laissés prendre à leurs pièges. Hérésiarques, ce qui leur épargne l'éternité dé supplices, c'est le baptême reçu dans l'Eglise catholique, c'est le sacrement du corps de Jésus-Christ reçu jadis dans le vrai corps de Jésus-Christ. Eh quoi ! un déserteur de la foi, de transfuge devenu persécuteur n’est-il pas plus odieux que celui qui ne saurait trahir ce qu'il n'a jamais professé (Cf. La Cité de Dieu, traduct. nouvelle par L. Moreau, tom. III, pag. 176-177 et 437-438) ? "

7. S. DAMASE (Cette décrétale n'est pas authentique. V. LABBE, Conc., t. II, col. 862 et 863, édit. de Paris), cité par Gratien, causà XXV, q. 1, c. Violatores : " Ceux qui violent les canons de propos délibérés sont jugés sévèrement par les saints Pères, et condamnés par l’Esprit-Saint qui a dicté ces saintes règles. Car ceux-là blasphèment contre l’Esprit-Saint, qui profitent de toute occasion, etc. " Le reste comme à la fin du corps de la réponse.
 
 

Question VI

En quels cas l’envie que l’on porte aux grâces que d’autres reçoivent est-elle un péché contre l’Esprit-Saint ?

C'est lorsque l’on conçoit un profond sentiment de chagrin et de tristesse de voir quelqu'un de nos frères comblés des dons de Dieu, ou faire des progrès dans la pratique des vertus.

Un péché de cette nature semble tenir moins encore de la malice de l'homme que de celle de Satan, qui ne saurait souffrir dans les hommes l'acquisition et surtout le progrès des grâces de Dieu, et qui, à cause de cela, non-seulement se fait l'accusateur de ses frères mais encore est l'implacable ennemi de Dieu et de tous les gens de bien, cherchant sans relâche à faire des victimes, comme un lion rugissant qui ne se donne pas de repos.

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Aussi était-ce de vrais fils de Satan que ces juifs, qui enviaient aux gentils la grâce de l'Evangile dont ceux-ci à leur tour commençaient à être favorisés, comme nous le lisons dans les Actes des apôtres.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Sagesse, II, 24-25 : " La mort est entré dans le monde par l'effet de l'envie du diable ; - et ceux qui se rangent de son parti deviennent ses imitateurs. "

2. Apocalypse, XII, 10 : " L'accusateur de nos frères, qu'il accusait jour et nuit devant notre Dieu, a été précipité. "

3. I PIERRE, V, 8 : " Soyez sobres, et veillez ; car le démon votre ennemi tourne autour de vous, comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer. "

4. Actes, XI, 2-3 : " Lorsque Pierre fut de retour à Jérusalem, les fidèles circoncis disputaient contre lui, - et lui disaient : Pourquoi êtes-vous entré chez des hommes incirconcis ? et pourquoi avez-vous mangé avec eux ? "

5. Ibid., XIII, 44-46 : " Le sabbat suivant, presque toute la ville s'assembla pour écouter la parole de Dieu. - Mais les Juifs, voyant ce concours de peuple, furent remplis de colère, et ils contredisaient avec blasphème toutes les paroles de Paul. - Alors Paul et Barnabé leur dirent hardiment, etc. "

6. Genèse, IV, 4-5 : " Le Seigneur regarda favorablement Abel et ses présents ; - mais il ne regarda point Caïn, ni ce que celui-ci avait offert. C'est pourquoi Caïn entra dans une très-grande colère, et son visage en fut tout abattu. "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Lib. I de Serm. Domini in monte, c. 43 : " C'est, à mon avis, un péché qui va jusqu’à la mort, que de se faire l'ennemi de ses frères après avoir été instruit de la vérité de Dieu par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ et d'être jaloux de la grâce qui les a réconciliés avec Dieu. Au lieu que

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le péché ne va pas à la mort, si, sans cesser d'aimer son frère, on lui refuse par quelque faiblesse d'esprit un service qu'on devrait lui rendre. C'est pour cela que Notre-Seigneur a dit sur la croix : Mon Père pardonnez-leur, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font (LUC, XXII, 54) ; car la grâce de l'Esprit n'avait pas été communiquée à ces misérables pour leur faire contracter avec Notre-Seigneur les liens d’une fraternité sainte ; et nous voyons dans les Actes des apôtres saint Etienne prier pour ceux qui le lapidaient, parce que ceux qui le lapidaient n'avaient jamais été jusque -là disciples de Jésus-Christ et ne résistaient pas par conséquent à une grâce qui leur eût été communiquée. D’un autre côté, saint Paul ne prie pas pour Alexandre, sans doute parce que ce dernier étant déjà au nombre des fidèles, avait péché mortellement en se laissant aller à l'envie contre celui dont il était le frère. Quant à ceux qui, sans manquer mortellement à la charité, n’avaient fait que succomber à une crainte pusillanime, il prie pour qu'ils en obtiennent le pardon. Car voici ses paroles : Alexandre l’ouvrier en cuivre m’a fait essuyer bien des maux : le Seigneur lui rendra selon ses œuvres : gardez-vous de lui, parce qu'il a fortement combattu la doctrine que nous enseignons. L'Apôtre dit ensuite quels sont ceux pour qui il prie : La première fois, ajoute-t-il, que j'ai défendu ma cause, personne ne m'a assisté, et tous m'ont abandonné : je prie Dieu de ne pas le leur imputer (II Tim., IV, 14-16). "

2. Ibidem, c. 44 : "Pécher contre le Saint-Esprit, c'est peut-être se rendre par malice et par envie l'ennemi de la charité fraternelle après qu'on a reçu la grâce de l'Esprit-Saint, péché que

Notre-Seigneur déclare n’être pardonné ni dans ce monde ni dans l'autre. On demandera peut-être à cette occasion si les Juifs ont péché contre le Saint-Esprit, quand ils ont dit que Notre-Seigneur chassait les démons au nom de Béelzébuth prince des démons, ou si ces paroles n'ont pas plutôt offensé Notre-Seigneur lui-même, puisque Jésus-Christ dit ailleurs à leur sujet et en voulant parler de lui-même : S'ils ont appelé le père de famille Béelzébuth, combien plutôt traiteront-ils de même ses domestiques (MATTH., X, 25) ? Ou bien dira-t-on que, comme ils ne pouvaient parler de cette manière que par le principe d'une envie des plus violentes, en même temps qu'ils commettaient une énorme ingratitude pour les bienfaits qui leur étaient accordés dans ce moment-là même, cette envie seule dont ils brûlaient suffisait, quoiqu'ils n'eussent jamais été disciples de

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Jésus-Christ, pour les rendre coupables du péché contre l'Esprit-Saint ? Les paroles de Notre-Seigneur, en effet, ne décident pas cette question. Car quoiqu'il ait dit dans ce même endroit :

Quiconque aura parlé contre le fils de l'homme en obtiendra le pardon, mais si quelqu'un vient à parler contre le Saint-Esprit, ce péché ne lui sera pardonné ni dans ce monde ni dans l’autre (MATTH., XII, 32), on peut croire qu'il a voulu inviter par-là ceux qui l'écoutaient à recevoir la grâce, et quand ils l’auraient reçue, à ne plus pécher de la même manière qu'ils l'avaient fait jusque-là. Car tant qu'ils ne l'avaient pas reçue, s'ils parlaient mal du Fils de l'homme, ce péché pouvait leur être pardonné, pourvu qu'ils se convertissent, qu'ils embrassassent la foi, et qu’ils reçussent le Saint-Esprit ; mais si, après avoir reçu cette grâce, ils portaient envie à quelqu'un de leurs frères et résistaient à la grâce même qu'ils avaient reçue, ce péché ne pouvait plus leur être pardonné ni dans ce monde ni dans l'autre. Car, s'il les avait regardé comme condamné sans espoir de pardon, il n'aurait pas pris la peine de les avertir comme il le fit en ajoutant : Ou dites que l'arbre est bon, et que le fruit est bon aussi ; ou dites que, l'arbre était mauvais, le fruit aussi en est mauvais (ibidem, 35). Ces paroles donc, Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous persécutent, doivent s'entendre de manière qu'on admette néanmoins qu'il y a certains péchés de nos frères pour lesquels l'obligation de prier n'existe plus, si nous ne voulons pas, par un effet de notre ignorance et contre la nature de la chose, mettre les divines Ecritures en contradiction avec elles-mêmes. "

3. Le même, Lib. I Retractationum, c. 49 : "Ailleurs (savoir Lib. 1 de serm. Domini in monte, c. 43), j’ai défini de la manière suivante le péché à la mort, dont saint Jean a dit que ce n'était pas pour ce péché-là qu’il engagerait à prier : " C'est, à mon avis, un péché qui va jusqu’à la mort, que de se faire l'ennemi de ses frères après avoir été instruit de la vérité de Dieu par la grâce de Jésus-Christ et d'être jaloux de la grâce qui les a réconciliés avec Dieu. " En disant que c'était là mon avis, j'ai marqué suffisamment que je ne l’assurais pas ; mais j'aurais dû ajouter que cela ne peut être vrai que pour le cas où l'on mourrait dans cette perverse disposition d'esprit, puisqu'il ne faut désespérer d'aucun pécheur tant qu'il est en cette vie, et que, du moment où il n'y a pas à désespérer de quelqu'un, il y a de la prudence à prier pour lui. "

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Question VII

Quelle est l’espèce d’obstination qui constitue un péché contre l’Esprit-Saint ?

C'est celle qui oppose une résistance inflexible aux sages avertissements qu'on lui adresse, sans qu'aucune raison puisse l'amener à modifier en rien ses dispositions criminelles.

Ce fut bien là le péché du roi Pharaon, qui, tant de fois averti par Moïse et successivement atteint de si terribles fléaux où se montrait visiblement le doigt de Dieu, n'en persista pas moins dans ses desseins tyranniques, et mourut victime de son obstination. L'obstination des Juifs n'est pas moins connue, et saint Etienne l'a dépeint sous ses vraies couleurs dans ce reproche qu'il leur en a fait : Têtes dures, hommes incirconcis de cœur et d'oreilles vous résistez toujours au Saint-Esprit. Ceux-là leur ressemblent aujourd'hui, qui, s'attachent à des sectes nouvelles, ne veulent ni entendre ni consentir à lire les enseignements catholiques, comme ces aspics dont l'oreille se ferme à une douce mélodie, et semblent dire à quiconque leur propose la saine doctrine de l’Eglise : Retirez-vous de nous, nous ne voulons pas connaître vos voies. Ce qui n'est autre chose, que de s'amasser, comme dit saint Paul, un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu. Car, comme Salomon l'enseigne aussi, l’homme qui méprise avec une tête endurcie celui qui le reprend, sera tout-à-coup atteint d'un mal dont personne ne pourra le guérir.

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TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. JEREMIE, V, 2-5 : " S'il en est qui jurent par moi, en disant : Vive le Seigneur, ils me prennent faussement à témoin. - Seigneur, vos yeux regardent la vérité, vous les avez frappés et ils n'ont point gémi : vous les avez brisé de coups, et ils n'ont point voulu se soumettre au châtiment ; ils ont rendu leur front plus dur que la pierre, et ils n'ont pas voulu revenir à vous. - Et moi, je disais : Il n'y a peut-être que les pauvres qui sont sans sagesse, qui ignorent la voie du Seigneur et les ordonnances de leur Dieu. - J'irai donc trouver les princes du peuple, et je leur parlerai ; car ceux-là sans doute connaissent la voie du Seigneur et les ordonnances de leur Dieu. Et voila qu'eux aussi ont brisé tous ensembles le joug du Seigneur et ont rompu ses liens. "

2. Id., VIII, 4-6 : " Tu leur diras : Voici ce que dit le Seigneur : Est-ce que celui qui tombe, ne se relèvera pas, et que celui qui s'est détourné du droit chemin, n'y rentrera jamais ? - Pourquoi donc ce peuple de Jérusalem s'est-il détourné de moi avec une aversion si opiniâtre ? Ils se sont attachés au mensonge, et n'ont pas voulu revenir. - Je les ai considérés et je les ai observés ; il n'y en a pas un qui parle selon la justice, qui fasse pénitence de son péché en disant : Qu'ai- je fait ? Tous s'enfoncent dans leurs voies, comme un cheval impétueux court au combat. "

3. ISAIE, XLVIII, 4 : " Je sais que vous êtes intraitable, que votre cœur est comme une barre de fer, et que vous avez un front d'airain. "

4. ZACHARIE, VII, 9-12 : " Voici ce que dit le Seigneur des armées : Jugez selon la vérité et que chacun exerce la miséricorde et la charité envers son frère - N'opprimez ni la veuve, ni l'orphelin, ni l'étranger ni le pauvre, et que nul ne forme dans son cœur de mauvais desseins contre son frère. Mais ils n'ont pas voulu se rendre attentifs à ma voix ; ils m'ont tourné le dos, et ils ont endurci leurs oreilles pour ne pas m'entendre. - Ils ont rendu leur cœur dur comme le diamant, pour ne point écouter la loi, ni les paroles que le Seigneur des armées leur avait adressée par son Esprit et par la voix des prophètes des premiers temps. C'est pourquoi une grande colère, allumée au souffle du Seigneur Dieu des armées a éclaté contre eux. "

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5. Genèse, XLIX, 5-7 : " Simon et Lévi tous les deux frères ; la fraude les a faits des instruments de violence. - Mon âme n'est point entrée dans leurs conseils, mon cœur ne s'est point uni à leur troupe, quand dans leur fureur ils ont tué des hommes, quand dans leur vengeance, ils ont renversé une ville. Maudite soit leur colère parce qu'elle a été persévérante, maudite soit leur colère parce qu'elle a été cruelle ; je les diviserai dans Jacob, et je les disperserai au milieu d'Israël. "

6. Actes, VII, 51 : " Têtes dures, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

7. Psaume LVII, 5-7 : " Leur fureur est semblable à celle d’un serpent irrité, à celle de l'aspic qui ferme l'oreille, - et qui n'écoute plus la voix de celui qui veut le charmer, ni les accents de l'enchanteur le plus habile. - Dieu brisera dans leurs bouches leurs dents meurtrières ; il brisera les mâchoires de ces lions féroces. "

8. JOB, XXI, 7, 12-15 : " Pourquoi donc les impies vivent-ils ? Pourquoi sont-ils élevés et affermis dans l'abondance ? . . . - Ils ont la harpe et les timbales à la main, et ils dansent au son des instruments. - Ils passent leurs jours dans les plaisirs ; et en un moment ils descendent dans les enfers. - Ils ont dit à Dieu : Retirez-vous de nous, nous ne voulons point connaître vos voies. - Qu'est-ce que le Tout-puissant, pour nous obliger à le servir ? Et que nous reviendra-t-il de le prier ? "

9. Romains, II, 4-6 : " Est-ce que vous méprisez les richesses de sa bonté, de sa patience, et de sa longue tolérance ? Ignorez-vous que la bonté de Dieu vous invite la pénitence ? - Et cependant, par votre dureté et par l'impénitence de votre cœur vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, - qui rendra à chacun selon ses œuvres. "

10. Proverbes, XXIX, 1 : " L'homme qui méprise avec une tête dure, etc. (comme dans le corps de la réponse). "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Enchrid. ad Laurentium, c. 83 : " Quant à ceux qui, ne croyant pas que l’Eglise ait le pouvoir de remettre les péchés, méprisent une si grande faveur de la bonté de Dieu, et terminent leur vie dans le refus opiniâtre de faire pénitence, ils se rendent coupables du péché que Jésus-Christ déclare irré-

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missible, et qui outrage l'Esprit-Saint par la vertu duquel Jésus-Christ remet les péchés (Cf. Le Manuel de saint Augustin, parmi ses Traités choisis, t. II pag. 421-422). "

2. Le même, in Ps. LVIII, Conc. 1 : " N'ayez point de compassion de ceux qui commettent l'iniquité. Ceci peut s'entendre de deux manières, ou en ce sens que Dieu ne laisse aucun péché impuni, ou en cet autre qu'il y a une sorte de péché pour lesquels les coupables ne trouvent en Dieu aucune miséricorde. Disons un mot de chacune de ces deux manières d’expliquer le Psalmiste. "

" Il faut nécessairement que tout péché, petit ou grand, soit puni, ou par Dieu qui s'en venge, ou par l'homme qui s'en repent : car on peut dire d'un homme qui se repent, qu'il se punit lui-même. Si nous voulons trouver grâce auprès de Dieu, punissons nous-mêmes nos péchés. Il est impossible que Dieu ait compassion de ceux qui commettent l'iniquité en flattant leurs vices, ou en ne faisant rien pour les détruire. Il faut de deux choses l’une : ou qu'il vous en punisse, ou que vous vous en punissiez vous-même. Voulez-vous que Dieu ne vous punisse pas ? Punissez-vous vous-même. "

" Ce qui est constant, c'est que vous avez fait une chose qui ne peut demeurer impunie. Punissez-vous donc plutôt vous-même, afin de faire ainsi ce qui est marqué dans le psaume (XCIV, 2) : Prévenons par une humble confession de nos fautes le regard de notre juge. Que veulent dire ces paroles : Prévenons son regard ? Cela veut dire : Avant qu'il s'arrête lui-même à considérer vos péchés pour les punir, prévenez-le en les confessant et en vous en punissant vous-mêmes. Qu'il ne trouve rien en vous qu'il soit obligé de punir ; car en vous punissant vous-mêmes d'un acte d'injustice, vous faites un acte de justice. Et Dieu aura pitié de vous, parce qu'il vous trouvera occupé à faire ce qui est juste, c'est-à-dire, qu'il verra que vous haïssez en vous ce qu'il peut y haït lui-même : et ainsi vous commencerez à plaire à Dieu, en punissant en vous ce qui lui déplaît. Car enfin le péché ne saurait demeurer impuni, et cette parole aura toujours son accomplissement : N'ayez point de compassion de ceux qui commettent l'iniquité. "

" Passons maintenant à l'autre sens que l’on peut donner à ce langage du Prophète. Il est une sorte d’iniquités pour laquelle on ne saurait trouver miséricorde auprès de Dieu. Vous deman-

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derez quelle est cette iniquité ? C'est la prétention qu'on aurait de prendre la défense de ses propres péchés. Quand quelqu'un soutient ses péchés, il commet une iniquité énorme, puisqu'il soutient alors et défend ce que Dieu déteste. Et voyez combien cela est déraisonnable combien cela est injuste. Si l’homme fait quelque chose de bon, il veut qu'on le lui attribue ; s'il fait quelque chose de mauvais, il le rejette sur Dieu. Car ce qu'il y a de pire, c'est que les hommes, pour se justifier de leurs excès, osent en accuser Dieu même. "

" Que voulons-nous dire par-là ? C'est qu'il n'y a personne assez hardi pour oser dire que l'adultère, par exemple, soit une bonne chose, que l'homicide soit une bonne chose, que le mensonge, que le parjure soient des choses louables ; non, il n'y a personne qui ose dire cela. Car ceux-mêmes qui commettent ces crimes sont les premiers à les détester quand les autres s'en rendent coupables à leur égard. Ainsi vous ne trouverez point d'âme si corrompue, si étrangère à l'humanité ou aux sentiments gravés dans le cœur de tous les enfants d'Adam, qui puisse, comme je l'ai dit, approuver l'adultère, la tromperie, les rapines et le parjure. "

" Que font donc ces personnes pour se défendre de ces crimes ? Elles disent : Si Dieu l'avait voulu, je n'aurais pas commis ce péché. Comment voulez-vous que je m'oppose à ma destinée (Cf. Sermons de saint Augustin, t. III, p. 263-266) ? "

3. S. GREGOIRE- LE-GRAND, Hom. XI super Ezechielem : " Les jugements du Tout-Puissant sont sévères. Après avoir longtemps attendu le pécheur à revenir à lui, il le punit de ses délais et de ses refus en lui donnant lieu de faire de nouvelles chutes encore plus funestes que les premières. Car tout péché qui n'est pas promptement effacé par la pénitence est, ou péché simplement dit, ou cause de péché, ou peine du péché. En effet, le péché le premier commis est ce que j'appelle le péché simplement dit. S'il n'est pas promptement réparé par le repentir, Dieu par un juste jugement permet que l'âme pécheresse tombe encore dans quelque péché nouveau, et qu'ainsi, pour ne s'être pas purifié par les larmes de la pénitence, elle entasse malheureusement faute sur faute. Le péché donc qui n'est pas effacé par la pénitence est tout à la fois péché et cause de péché, puisqu'il en résulte que le pécheur s’engage de plus en plus profondément dans l'abîme du vice. Mais ce nouveau péché qui est la suite d'un

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premier non réparé est donc tout à la fois péché et peine du péché, puisqu'il est l'effet d'un aveuglement de plus en plus grand, punition d'une faute précédente, en sorte que le seul progrès dans le mal est déjà un supplice pour le pécheur. Or, il arrive quelquefois qu'un seul et même péché soit en même temps péché, cause de péché et peine du péché. . . "

" Considérons avec crainte la manière dont un Dieu tout-puissant et souverainement juste, lorsqu'on a provoqué sa colère par de premiers crimes, permet qu'on s'aveugle jusqu’à en commettre de nouveaux. C'est en ce sens que Moïse a dit : La mesure des iniquités des Amorrhéens n'est pas encore remplie (Gen., XV, 16). David a dit de même : Laissez-les amasser iniquité sur iniquité et qu'ils n'entrent point dans votre justice (Ps. LXVIII, 28). Un autre prophète a dit encore : Les outrages, le mensonge, l'homicide, le larcin et l'adultère se sont Répandus comme un déluge et on a commis meurtre sur meurtre (Os, IV, 2), mot à mot, le sang a touché le sang. Car le sang touche le sang, quand un péché vient s'ajouter à un autre péché de telle manière qu'aux yeux de Dieu, l'âme est comme ensanglantée par cet amas d'iniquités dont elle se couvre. L'apôtre saint Paul a dit de même : Qu'ils comblent la mesure de leurs péchés (I Thess., II, 16). Dieu dit à saint Jean par le ministère de l’Ange : Que celui qui fait l'injustice la fasse encore, que celui qui est souillé se souille encore (Apoc., XXII, 11). C'est encore pour cela que le Seigneur dit dans le passage même que nous expliquons : Si le juste abandonne sa justice et qu'il commette l'iniquité, je mettrai devant lui une pierre d'achoppement (EZECHI., III, 20). C'est comme s'il disait en termes plus explicites : Parce qu'il n'a pas voulu voir, en se laissant toucher par le repentir, l'abîme où il est tombé, je lui donnerai lieu, en l'abandonnant par un juste jugement, de tomber encore dans un autre abîme. Quand Dieu dit qu'il mettra une pierre d'achoppement devant celui qui abandonne sa justice, cela ne veut pas dire qu'il le pousse au péché, mais seulement qu'il n'a pas la volonté de l'en délivrer, de même qu'il avait dit de Pharaon : J'endurcirai son cœur (Exode, IV, 24, et VII, 3). Car Dieu n'endurcit pas à proprement parler le cœur de celui qui pèche mais c'est pour dire qu'il ne le délivre pas de son endurcissement. Dieu, en effet, dans sa miséricorde nous laisse le temps de faire pénitence ; mais lorsque nous abusons de cette patience qu'il nous montre pour ajouter à nos fautes anciennes des fautes nouvelles, lui à son tour emploie

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à nous frapper le temps qu'il avait ménagé paternellement pour nous pardonner, afin que, pour n'avoir pas voulu se convertir en temps favorable, le pécheur aggrave ses maux avec ses crimes à l'occasion même de ce qui lui en aurait procuré la délivrance, s'il avait voulu se convertir. De là vient qu'il est écrit : Ignorez-vous que la bonté de Dieu vous invite à la pénitence ? Et cependant par votre dureté et par l'impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu (Rom., II, 4-5). C'est donc en abusant de la bonté de Dieu que le réprouvé s'amasse un trésor de colère pour le jour de la colère, parce qu'en employant à pécher le temps qui lui est donné pour faire pénitence, il fait du remède qui lui est offert un moyen d'augmenter son mal. Dieu voyant ainsi la chose même destinée à la guérison du pécheur ne servir qu’à accroître sa maladie, change à son tour sa bonté en sévérité et frappe d'autant plus fort, que sa patience a attendu plus longtemps. Et puisque l'homme refuse de s'éloigner du mal pour vivre de la véritable vie, il croîtra dans le mal, mais cessera pour y trouver la mort. "

4. S. BERNARD, Lib. I de Consideratione ad Eugenium Pontificem maximum : " Ne cherchez pas à savoir ce que c'est qu'un cœur endurci ; car si vous n'en êtes pas effrayé, je vous dirai que c'est le vôtre. Il est tel, celui qui n'a pas horreur de lui-même parce, qu'il est insensible. Ne vous arrêtez pas à mes paroles ; interrogez Pharaon : il vous apprendra qu'un homme au cœur endurci n'a jamais fait son salut, à moins que Dieu, dans sa miséricorde " ne lui ait, suivant les paroles du Prophète (EZECH., XXXVI, 26), arraché son cœur de pierre pour lui en donner un de chair. " - Qu'est-ce donc qu'un cœur endurci ? C'est celui qui n'est point brisé par la componction, touché par la pitié, ému par la prière ; qui ne cède point aux menaces et résiste aux châtiments ; celui qui est ingrat envers ses bienfaiteurs, perfide dans ses conseils, cruel dans ses jugements, effronté dans le péché, téméraire dans le danger, inhumain pour ses frères, audacieux à l'égard des choses divines, oubliant le passé, négligeant le présent et sans prévoyance pour l'avenir ; c'est celui qui ne conserve du passé que le souvenir de ses injures ; qui ne profite point du présent et ne s'occupe de l'avenir que pour préparer sa vengeance ; et pour comprendre en peu de mots toutes les mauvaises qualités de cet horrible monstre, c'est celui qui n'a ni crainte de Dieu ni considération pour les hommes. "

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5. Le même, in Serm. de conversione ad Clericos, c. 4 : " Quelqu'un s'étonnera peut-être de ces paroles du Psalmiste : Celui qui aime l'iniquité hait son âme (Ps. X, 6). Et moi, je dis qu'il hait de plus son propre corps. Car n'est-ce pas le haïr que de travailler d'un jour à l'autre à le précipiter dans l'enfer, et de lui amasser un trésor de colère dans la dureté et l'impénitence de son cœur pour le jour de la colère ? Au surplus, cette haine du pécheur pour son corps et son âme est plutôt dans les effets que dans le sentiment. C'est dans le même sens qu'un frénétique hait son propre corps, lorsque, tout hors de lui-même il cherche à s’ôter la vie. Or, y a-t-il frénésie plus forcenée que l'impénitence du cœur et que la volonté obstinée de pécher ? C'est bien là s'arracher la vie de ses propres mains, et se ronger la chair de ses propres dents, au moins dans le sens spirituel. "

6. S. AUGUSTIN, Quæst. XVIII super Exodum : " Pharaon ne pouvait imputer qu’à lui-même cette disposition de son cœur qui le portait à abuser de la patience de Dieu pour se montrer de plus en plus impie envers lui, au lieu de s'en servir pour se corriger. Quant aux événements qui se sont succédés et qui ont mis en évidence l'opposition de son cœur pervers à tous les ordres de Dieu ; qui ont donné à l'écrivain sacré l'occasion de dire que son cœur s'était endurci, c'est-à-dire, qu'au lieu de céder docilement, il résistait à outrance ; on doit les attribuer à la Providence divine, qui disposait les choses de manière à faire subir a ce cœur endurci son juste châtiment, et à en faire pour les autres une leçon salutaire. Si l'acquisition de quelques richesses est offerte en perspective comme le fruit d'un meurtre, n'est-il pas vrai qu'une considération semblable affectera un avare autrement qu'un autre pour qui l'argent aurait peu d'attrait ; que le premier sera engagé par-là à commettre le crime, et le second à l'éviter ? Cependant, l'un pas plus que l'autre n'aura été le maître d’avoir ou de n'avoir pas cette perspective. C'est ainsi que les occasions se présentent aux hommes méchants indépendamment de leur volonté et n'en sont pas moins exploitées par eux au profit d'une perversité qui est l'effet de leur dérèglement volontaire. Il est bon d'examiner si ce mot, J'endurcirai, ne pourrait pas aussi s'expliquer de cette manière : Je montrerai combien il est endurci. "

7. Ibidem, Quæst. XXIV : " Et Pharaon vit que le fléau s'était ralenti, et son cœur s'appesantit, et il ne les exauça point, ainsi que le Seigneur l'avait ordonné. Nous voyons ici que ce qui endurcit le

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cœur de Pharaon, ce ne fut pas seulement que ses magiciens faisaient des prodiges semblables à ceux de Moïse, mais aussi qu'il était épargné par la patience de Dieu. Car, selon que les cœurs des hommes sont bien ou mal disposés, la patience de Dieu présente aux uns la facilité de faire pénitence et aux autres celle de résister à Dieu et de persévérer dans le mal : toutefois ce n'est pas par elle-même qu'elle n'a pas de bon résultat dans ce dernier cas, mais, comme nous l'avons déjà dit, par l'effet de la perversité du cœur humain. C'est ce que l'Apôtre nous fait entendre par ces paroles : Ignorez-vous que la patience de Dieu vous invite à la pénitence ? Et cependant, par votre endurcissement et par l'impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, qui rendra à chacun selon ses œuvres (Rom., II, 4-5). Ailleurs encore, après avoir dit : Nous sommes en tout lieu la bonne odeur de Jésus-Christ (II Cor., II, 15), il ajoute : Soit à l'égard de ceux qui se sauvent, soit à l'égard de ceux qui se perdent. Il ne dit pas qu'il soit la bonne odeur de Jésus-Christ pour ceux qui se sauvent, et une mauvaise odeur pour ceux qui se perdent, mais seulement qu'il est la bonne odeur de Jésus-Christ. Ceux qui se perdent, se perdent donc en respirant cette bonne odeur même, à cause, comme nous l'avons dit, de la disposition particulière de leur cœur qui a besoin de la grâce pour être purifié par le changement de la volonté en bien, et ce ne sera qu'alors que les jugements de Dieu leur seront aussi désirables qu'ils leur sont maintenant à craindre. "

8. Le même, Serm. LXXXVIII (Ce sermon ne paraît pas à Noël-Alexandre être digne de saint Augustin, ni s'accorder pour la doctrine avec la manière dont nous avons vu plus haut, témoignage 6, que cet habile docteur a cherché d’expliquer l'endurcissement de Pharaon. Mais il faut se rappeler ici que Noël-Alexandre était thomiste outré, et opposant à la bulle Unigenitus. Cf. Hist. eccles. sæc. V, p. 106, édit de Venise) de tempore : " Avant tout, croyez fermement que Dieu n'abandonne jamais personne, que celui-ci ne l'abandonne le premier. Car, que quelqu'un ait péché grièvement une fois, deux fois, trois fois, Dieu l'attendra encore, comme il le dit lui-même par le Prophète que sa volonté est que le pécheur se convertisse et revienne à la vie (EZECH., XXXIII, 11). Mais si l'homme persiste dans ses péchés, alors de la multitude de ses péchés naît le désespoir, et du désespoir l’endurcissement. On commence par se mettre peu en peine des péchés qu'on a

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commis d'abord, parce qu'ils sont légers ; mais, à mesure qu'on en augmente le nombre, on s'habitue à en commettre de plus grands, et ceux-ci, à force de s'accumuler, vous entraînent au fond de l'abîme. Alors s'accomplit cette parole de l'Ecriture : Lorsque le méchant est parvenu au plus profond abîme du péché, il méprise tout (Prov., XVIII, 3). C'est à cette sorte de personnes que l’Apôtre adresse ce reproche : Ignorez-vous que la patience de Dieu vous invite à la pénitence ? Et cependant, par votre endurcissement et par l'impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère (Rom., II, 4-5). C'est au sujet d'un endurcissement de cette espèce que nous lisons dans un autre endroit : Un cheval indompté devient intraitable, et l'enfant abandonné à sa volonté devient insolent (Ecclé., XXX, 8). L'Ecriture, parlant du soin que les parents doivent prendre de corriger leurs enfants, dit encore : Châtiez votre fils avec la verge pendant qu’il est enfant, de peur qu'il ne s'endurcisse, qu'il ne veuille plus vous obéir, et que votre âme ne soit percée de douleur (Ecclé., XXX, 12). Je vous ai rapporté ces témoignages des Ecritures, afin de vous faire comprendre que l'endurcissement n'est pas l'effet de la puissance de Dieu qui y pousserait le pécheur mais plutôt un abus de son indulgence : et ainsi Pharaon s'est endurci, non par quelque effet de la puissance de Dieu, mais par une suite de sa patience. Enfin, n'est-il pas vrai qu’à chaque fois que Dieu le frappa de quelque nouvelle plaie, il témoigne du regret et du repentir ? Chaque fois au contraire que Dieu suspendit ses coups à son égard et lui pardonna, il se laissa de nouveau emporter par l'orgueil. Croyez donc fermement, et gravez bien cette vérité dans vos cœurs que toutes les fois que Dieu disait : J'endurcirai le cœur de Pharaon, il ne voulait faire entendre autre chose, sinon qu'il suspendait par rapport à lui ses plaies et ses fléaux et qu'il lui donnait lieu de s'endurcir par l'indulgence dont il usait à son égard. Mais quelqu'un dira peut-être : Pourquoi Dieu l'a-t-il endurci en l'épargnant comme il l’a fait ? Pourquoi écartait-il ses fléaux de lui ? A cette question, voici ce que je répondrai avec confiance : Dieu a fait cesser tant de fois les fléaux qu'il envoyait à Pharaon, parce que ce roi, à cause du nombre et de l'énormité de ses péchés ne méritait pas d'être corrigé comme un enfant l'est par son père mais plutôt d’être endurci comme un étranger ou un ennemi. Car tels étaient ses crimes commis jusque -là, tel avait été son mépris sacrilège pour le vrai Dieu, qu'on voyait en lui l'accomplissement de ce que dit l'Esprit-Saint de tous les gens de ce caractère : Ils sont

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exempts des peines des humains, et à l'abri des coups qui frappent les autres hommes. Aussi, ils se parent de leur orgueil comme d'un collier ; l'iniquité les enveloppe comme un vêtement ; leur criminelle arrogance naît de l’excès de leur embonpoint (Ps. LXXII, 5-7). Voilà comment s'endurcissent ceux qui ne méritent pas que Dieu les châtie pour leur amendement. L'Ecriture dit au contraire de ceux dont la miséricorde divine prévient l'endurcissement : Dieu frappe de verges tous ceux qu'il reçoit au nombre de ses enfants (Hébr., XII, 6). Et de même : Je reprends et châtie ceux que j’aime (Apoc., III, 49). Et encore : Le Seigneur châtie celui qu'il aime (Prov., III, 42). C'est aussi de cet endurcissement que parle le prophète lorsqu'il dit à Dieu, en représentant dans sa personne le peuple entier : Pourquoi avez-vous endurci notre cœur au point que nous avons perdu votre crainte (Is., LXIII, 17) ? Ce qui veut dire sans doute que Dieu les avait abandonnés en sorte qu'ils ne songeaient plus à se convertir à lui. Prophétie dont nous voyons l'accomplissement dans le peuple juif, en punition de tant de sacrilèges dont ce peuple s'est rendu coupable. Que personne donc ne soit assez téméraire pour blâmer ou inculper la justice divine à l'exemple des païens ou des manichéens, mais que chacun croie sans hésiter que, si Pharaon s'est endurci, ce n'est pas que Dieu ait forcé en cela sa volonté, mais que ç’a été l'effet de sa propre perversité et de cet orgueil indomptable qui lui a fait mépriser à tant de reprises différentes les préceptes divins. Que signifient ces paroles, J’endurcirai son cœur, sinon : Ma grâce s’éloignera de lui, et dès-lors sa propre méchanceté l'endurcira ? Et pour rendre la chose plus évidente, empruntons une similitude aux choses matérielles. De même que dans les jours d'hiver la glace se fond à la chaleur du soleil, et se reforme aussitôt que le soleil s'est retiré, ainsi la charité de plusieurs se refroidit par l’effet du péché et se ranime à la chaleur de la miséricorde divine, à cette chaleur dont il est écrit : Il n'y a personne qui puisse se soustraire à sa chaleur (Ps. XVIII, 7). Ce que nous voyons s'être encore accompli dans la personne de Pharaon, qui s'endurcissait et se révoltait contre Dieu toutes les fois que les fléaux cessaient de le frapper, et qui recourait aux supplications et aux prières, toutes les fois que la main de Dieu s'appesantissait sur lui de nouveau. "

9. S. GREGOIRE- LE-GRAND, Moralium lib. XXXI, c. 11 (al. 7) : " Il est dit dans l’Ecriture que Dieu avait endurci le cœur de Pharaon ; non qu'il eût lui-même produit cet endurcissement

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dans le cœur de ce roi impie ; mais parce qu'en punition de ces crimes, il n'avait pas jugé à propos d'amollir sa dureté en lui inspirant le sentiment de sa crainte (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. IV, p. 388). "

10. Ibidem, Lib. XI, c. 5 (al. 4) : " Dieu dit à Moïse, en parlant de Pharaon : J'endurcirai son cœur (Exode, VI et XII) Il est dit de Dieu, qu'il endurcit par sa justice les cœurs des réprouvés, puisqu'il ne les amollit pas par sa grâce ; et il enferme un homme comme dans une étroite prison, lorsqu'il le laisse dans les ténèbres de ses péchés (Cf. Ibid., t. II, p. 235). "

11. S. BERNARD, Serm. XLII super Cantica : " Si j'use de correction et que je fasse pour cela ce qui est en moi, mais que la correction elle-même frustre de son effet, ne fasse pas ce qui est en elle ou ce que je me suis proposé en la faisant, et qu'au lieu de toucher ceux à qui elle s'adresse, elle revienne vers moi comme une flèche qui retourne à celui qui l'a jetée, quels pensez-vous que doivent être alors les sentiments de mon âme ? Ne dois-je pas être alors chagrin, attristé ? Et pour employer ici les expressions du Maître qui suppléeront à la stérilité de mon propre langage, je me trouve alors pressé des deux côtés, sans savoir que choisir (Philip., I, 22-23), ou de me complaire en ce que j'aurai dit, puisqu'après tout je n'aurai fait que mon devoir, ou de me repentir de l'avoir dit, puisque je n'aurai pas obtenu l’effet que j'aurais voulu. Car j'aurais voulu abattre l’ennemi de mon frère, arracher celui-ci à son esclavage, et bien loin d'obtenir ce succès, je lui aurai occasionné tout le contraire. J'aurai blessé son âme, je l'aurai rendu plus coupable, puisque à ses péchés antérieurs il aura ajouté le mépris de la correction. Ils ne veulent pas t'écouter, me dit Dieu par son prophète (EZECH., III, 7), parce qu'ils ne veulent pas m’écouter moi-même. Voyez donc quelle est la majesté qui aura été offensé en telle circonstance. Ne pensez pas, ô vous qui aurez méprisé ma remontrance, que ce soit moi seul que vous ayez méprisé ; car c'est le Seigneur qui vous parlait par ma bouche. Et ce que Dieu a dit au Prophète, il l'a dit aux Apôtres : Qui vous méprise me méprise (LUC, XI, 16). Je ne suis ni prophète ni apôtre et pourtant, j'ose le dire, je remplis la fonction des prophètes et des apôtres, et quelque loin que je sois de les égaler en mérites, je partage leur sollicitude. Je me trouve, bien qu'à ma grande

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confusion et avec bien du danger pour mon âme, assis sur la chaire de Moïse, tout en reconnaissant que je n'ai rien de ses vertus, et que je ne suis point favorisé des mêmes grâces. Mais quoi ? cette chaire n'a-t-elle plus droit au respect, parce qu'elle est occupée par un indigne ? Eh ! quand même ce seraient des scribes et des pharisiens qui y seraient assis, faites toujours ce qu'ils disent, c'est Jésus-Christ qui vous l'ordonne. Souvent même l'impatience se joint au mépris tellement que non-seulement la personne réprimandée ne se met nullement en peine de se corriger, mais qu'elle s'indigne même contre celui qui la reprend, comme le ferait un frénétique qui repousserait la main da qui repousserait la main du médecin. Prodigieux degré de malice ! On s’irrite contre la main qui guérit, et on ne s’indigne pas contre la main qui blesse. Vous n'ignorez pas quelle est cette main qui tire des flèches dans l’obscurité contre ceux qui ont le cœur droit (Ps. X, 3), qui a décoché contre vous-même un trait mortel ; et vous ne vous indignez pas contre cette main ennemie ! et vous vous emportez contre moi, qui ne désire que votre guérison ! Mettez-vous en colère vous, dit le Psalmiste, et ne péchez pas (Ps. IV, 5). Si c'est contre le péché que vous vous mettiez en colère, non-seulement vous ne péchez pas en cela, mais vous effacez même vos fautes passées. Mais au lieu d'agir de la sorte, vous entretenez votre péché en repoussant ce qui en serait le remède, vous y en ajoutez un nouveau en vous livrant à une colère coupable, et vous entassez sans mesure péché sur péché. Quelquefois encore l'impudeur vient se joindre au reste, en sorte que non-seulement on repousse impatiemment la correction, mais qu'on cherche de plus à justifier effrontément la faute qui en fait le sujet. Parvenu à ce degré, le mal est irrémédiable. Vous avez pris le front d’une femme débauchée, disait un jour Dieu à son peuple ; vous n'avez point voulu rougir (JEREM., III, 5). Il ajoutait : J’ai retiré de dessus vous le zèle que j'avais de votre salut ; je me tiendrai en paix, et je ne me mettrai plus en colère contre vous (EZECH., XVI, 42). Ces seules paroles me font trembler. Comprenez-vous combien il est dangereux, combien c'est un mal effrayant, que de chercher à justifier ses fautes commises ? Dieu a dit encore : Je reprends et châtie ceux que j'aime (Apoc., III, 19). Si donc on renonce à vous reprendre, c'est qu'on aura cessé de vous aimer. Vous ne serez plus digne d’être aimé du moment où vous serez jugé indigne d'être repris. Jamais, croyez-moi, Dieu n'est plus en colère contre nous, que lorsqu'il cesse de nous témoigner sa colère. Faisons

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grâce à l'impie, dit-il encore, et il n'apprendra point à être juste (Is., XXVI, 10). Non, je ne veux point d'une grâce semblable. Une miséricorde de ce genre est plus à craindre pour moi que la colère la plus terrible ; car elle a tous les caractères d'une justice inexorable. Il vaut beaucoup mieux pour moi suivre le conseil du Prophète, et songer à me corriger, de peur qu'enfin le Seigneur ne se mette en colère et que je ne périsse hors de la voie de la justice (Ps. II, 12). Mettez-vous, je vous prie, en colère contre moi, ô vous le Père des miséricordes ; mais que ce soit de cette colère qui remette dans la voie celui qui s'en est écarté et non de cette autre colère qui l'en éloigne pour toujours. La première est celle qui nous parle un langage sévère mais paternel ; la seconde se tait et dissimule, mais n'en est que plus à redouter. Car ce n'est pas lorsque j'ignore, mais bien plutôt lorsque je sens que vous êtes irrité contre moi, que je me dis à moi-même que vous me pardonnerez ; car lorsque vous serez en colère vous vous souviendrez de votre miséricorde (HABAC., III, 2). O Dieu, disait le Psalmiste, vous avez usé envers eux de miséricorde, lors même que vous punissiez en eux tout ce qui pouvait vous déplaire (Ps. XCVIII, 8). C’est de Moïse, d’Aaron et de Samuel qu'il dit ces paroles, et il appelle miséricorde en Dieu la sévérité avec laquelle il reprenait en eux ce qui pouvait lui déplaire. Allez donc maintenant, et bannissez toute espérance d'obtenir miséricorde de Dieu, vous qui voudriez justifier vos désordres et qui vous plaignez de la correction. N'est-ce pas là appeler mal ce qui est bien, et bien ce qui est mal ? Que peut-il naître cette damnable impudeur autre chose que l'impénitence, mère du désespoir ? Car qui se repentira jamais de ce qu'il croit être une bonne action ? Malheur à ceux-là, dit le Prophète (Ecclé., XXXI, 7). Oui, malheur, et malheur éternel ! Ce sont deux choses bien différentes, que quelqu'un soit tenté par sa propre concupiscence qui l’emporte et qui l'attire dans le mal (JAC., I, 14), ou qu'il se porte de lui-même à faire le mal qu'il envisage comme un bien, et que, dupe volontaire d'une sécurité trompeuse, il coure à la mort comme il courrait il la vie (Cf. Sermons de saint Bernard sur le Cantique des cantiques, p.5-7). "

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Question VIII

Quand y a-t-il péché d’impénitence ?

C'est lorsqu'au lieu d'expier ses péchés, comme on le devrait, par une pénitence salutaire, on ne cesse d'en commettre de nouveaux, avec le dessein formé de ne jamais en faire pénitence.

Nous pouvons dire des pécheurs de cette espèce, qui non contents de l'être actuellement, veulent encore le rester toujours, que leur vie et leur mort sont également affreuses, puisqu'ils semblent dire, sinon par leurs paroles, au moins par toute leur conduite : Nous avons fait pacte avec la mort, nous avons contracté alliance avec l'enfer. C'est d’eux encore que nous pouvons appliquer ces paroles de saint Jean : Il y a un péché qui va à la mort, et ce n'est pas pour ce péché-là que je dis que vous devez prier.

Voilà ce que nous avions à dire au sujet des péchés contre l'Esprit-Saint, péché des plus graves, et que Dieu ne remet jamais à celui qui les commet, ou qu'il ne remet du moins qu'avec beaucoup de peine. C'est pourquoi nous devons multiplier nos efforts pour nous en préserver nous et notre prochain, conformément à ces avertissements de nos écrivains sacrés : Prenez garde de contrister ou d’éteindre l'esprit de Dieu : Si vous entendez aujourd'hui sa voix, n'endurcissez pas vos cœur : Que personne de vous ne tombe dans l'endurcissement en se laissant séduire par le péché : Le cœur sera accablé de maux à la fin de sa vie. Passons maintenant à ces péchés qui, comme on dit, crient jusqu'au ciel, et qui ne le cèdent guère en énormité à ceux que nous venons de passer en revue.

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TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Psaume XX XII, 22 : " Une mort funeste sera le fruit des crimes de l'impie. "

2. ISAIE, XXVIII, 14-18 : " Ecoutez donc la parole du Seigneur, hommes railleurs, qui dominez sur mon peuple à Jérusalem. - Nous avons fait, dites-vous, un pacte avec la mort ; nous avons contracté une alliance avec l'enfer ; lorsque les maux se déborderont comme des torrents, ils ne viendront point jusqu’à nous, parce que nous avons mis notre confiance dans le mensonge, et le mensonge sera notre asile. "

3. Id., III, 8-9 : " Car Jérusalem touche à sa ruine, et Judas est déchu de sa grandeur, parce que leurs paroles et leurs œuvres se sont élevées contre le Seigneur, et ont offensé les yeux du Très-Haut. - L'impudence même de leur visage rend témoignage contre eux ; ils ont publié hautement leur péché comme Sodome, au lieu de l'ensevelir dans le silence. Malheur à eux, parce que leurs maux sont la juste peine de leurs crimes. "

4. Psaume LI, 1, 7 : " Pourquoi te glorifies-tu dans le mal, toi qui par l'abus de ta force, déshonore le Tout-puissant ? . . . Aussi le Tout-Puissant consommera pour jamais ta ruine ; il te saisira, et t'arrachera de ta demeure, il extirpera ta race de la terre des vivants. "

5. Proverbes, II, 11-15 : " Le bon conseil vous gardera, et la prudence vous conservera, - en vous garantissant des pièges tendus dans le chemin, et de la perfidie des hommes à double langage ; - qui abandonnent le droit sentier, pour s'enfoncer dans des voies ténébreuses ; - qui se réjouissent quand ils trouvent l'occasion de faire le mal, et qui tressaillent de joie à la vue des succès du crime ; - qui suivent des voies détournées et marchent dans des chemins tortueux. "

6. I JEAN, V, 16 : " Si quelqu'un voit son frère commettre un de ces péchés qui ne vont point à la mort, qu'il prie, et Dieu donnera la vie à ce pécheur, si son péché ne va point à la mort.

Le péché commis va-t-il à la mort ? ce n'est pas pour ce péché-là que je dis que vous devez prier. "

7. Ephésiens, IV, 30 : " Ne contristez point l'Esprit de Dieu, cet Esprit-Saint par lequel vous avez été marqué comme d'un sceau pour le jour de la rédemption. "

8. Thessaloniciens, V, 19 : " N'éteignez pas l'esprit. "

9. Psaume XCIV, 8-9 : " Aujourd'hui, si vous écoutez sa

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voix, il vous dit : N'endurcissez point vos cœurs - comme firent vos pères à Mériba, comme ils firent au jour des murmures dans le désert. "

10. Hébreux, III, 7-14 : " Aujourd'hui donc, comme le dit le Saint-Esprit, si vous écoutez sa voix, - n'endurcissez pas vos cœurs, comme autrefois vos pères à Mériba, au jour des murmures dans le désert, - lorsqu'ils me mirent à l'épreuve, qu'ils me tentèrent, et furent témoins de mes œuvres. - Pendant quarante années cette race a provoqué mon dégoût. Le cœur de ce peuple, disais- je, est toujours dans l'égarement ; ils n'ont point connu mes voies. Aussi leur ai- je juré dans mon courroux, que jamais ils n'entreraient dans le lieu de repos que je leur avais destiné. - Prenez garde, mes frères, que quelqu'un de vous ne tombe dans un dérèglement de cœur et dans une incrédulité qui le sépare du Dieu vivant. - Mais exhortez-vous chaque jour les uns les autres, pendant que dure ce temps appelé aujourd'hui, de peur que quelqu'un de vous, séduit par le péché, ne tombe dans l'endurcissement. - Car nous sommes devenus participants de Jésus-Christ pourvu que nous conservions inviolablement jusqu’à la fin le principe du nouvel être qu'il a mis en nous. "

11. Ecclésiastique, III, 27-29 : " Le cœur dur aura une fin malheureuse, et celui qui aime le péril y périra- Le cœur qui s'engage dans deux voies différentes ne réussira point, et l'âme corrompue y trouvera un sujet de chute. - Le cœur rebelle sera accablé par les douleurs, et le pécheur ajoutera péché sur péché. "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Serm. XI de verbis Domini : " C'est contre ce don gratuit (celui de la rémission des péchés), contre cette grâce de Dieu que s'élève le cœur impénitent. L’impénitence est donc un blasphème contre le Saint-Esprit, un péché qui ne sera remis ni dans le siècle présent ni dans le siècle futur. C'est contre l'Esprit-Saint en effet contre cet Esprit qui confère au baptême la vertu d’effacer tous les péchés, et qui a été communiqué à l’Eglise afin que les péchés qu'elle pardonne soient pardonnés de Dieu même ; c'est contre cet Esprit que profère ce blasphème, ou qu'entretient en lui-même cette pensée impie un homme que la patience de Dieu invite à la pénitence et qui ne s'en amasse pas moins dans la dureté et l'impénitence de son

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cœur un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, qui rendra à chacun selon ses œuvres. Cette impénitence donc, car nous pouvons appeler de ce même nom et le blasphème et les paroles dites contre le Saint-Esprit, qui ne seront jamais pardonnées, cette impénitence, dis- je, contre laquelle se sont élevés et le Précurseur et le Messie lui-même, en disant l'un et l'autre : Faites pénitence car le royaume des cieux approche (MATTH., III, 2 ; IV, 17) ; contre laquelle enfin Notre-Seigneur non-seulement a prêché dès le début de sa mission, mais encore a prédit à ses disciples qu'ils prêcheraient eux-mêmes dans tout l'univers, lorsqu'il leur a dit après sa résurrection : Il fallait que le Christ souffrît, et qu'il ressuscitât le troisième jour d'entre les morts, et qu'on prêchât en son nom la pénitence et la rémission des péchés dans toutes les nations en commençant par Jérusalem (LUC, XXIV, 26, 46-47) : cette impénitence ne sera remise ni dans le siècle présent ni dans le siècle à venir, parce que la pénitence au contraire obtient dans ce monde une rémission qui aura toute sa valeur dans le monde à venir. Mais on ne peut assurer de personne qu'il soit impénitent à ce point, tant qu'il vit sur la terre. Car on ne doit pas désespérer celui que la patience de Dieu invite à la pénitence, et qu'il laisse encore en cette vie, ne voulant pas, comme il le dit lui-même la mort de l'impie, mais qu'il se convertisse et qu'il vive. Cet homme est aujourd'hui païen ; que savez-vous s'il ne sera pas demain chrétien ? Il est aujourd'hui un juif infidèle ; que savez-vous s'il ne croira pas demain en Jésus-Christ ? Il est hérétique aujourd'hui ; que savez-vous s'il ne sera pas catholique demain ? Aujourd'hui il est schismatique ; demain ne sera-t-il pas en communion avec son évêque ? Et ces hommes que vous voyez s'attacher à des opinions perverses, et que vous croyez perdus à jamais, ne viendront-ils point faire pénitence avant de mourir, et par-là même à obtenir la vie éternelle ? Mettez donc à profit cet avertissement de l’Apôtre : Ne jugez de rien avant le temps (I Cor., IV, 5). Car ce blasphème irrémissible contre l'Esprit-Saint, et par lequel nous entendons non toutes sortes de blasphèmes, mais seulement l'endurcissement d'un cœur impénitent ainsi que nous avons essayé de le démontrer, on ne peut affirmer de personne dans cette vie qu'il en soit coupable. . . "

" Si une parole dite contre le Fils de l'homme obtient son pardon, et qu'une autre dite contre l'Esprit-Saint n'obtienne pas

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le sien, ce n'est pas à dire que dans la Trinité le Saint-Esprit soit plus grand que le Fils, ce qu'aucun hérétique même n'a jamais osé prétendre, mais c'est que celui qui résiste à la vérité et qui blasphème contre la vérité qui est Jésus-Christ après que cette vérité, c'est-à-dire le Verbe fait chair et qui a conversé parmi nous, qui n'est autre que le Fils de l'homme ou Jésus-Christ lui-même a été prêché partout avec tant d'éclat, s'il ne dit pas cette parole d'un cœur impénitent contre l'Esprit-Saint, au sujet duquel il a été dit : Celui qui ne renaît pas de l’eau et de l'Esprit, et encore : Recevez l'Esprit-Saint, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, je veux dire, si cet homme vient à se repentir, il recevra des-lors rémission de tous ses péchés, et par-là même de celui qu'il a commis en parlant contre le Fils de l'homme, parce qu'à son péché d'ignorance, ou de révolte ou de blasphème, il n'a pas ajouté le péché d’impénitence contre le don de Dieu et contre la grâce de régénération ou de réconciliation qui se confère dans l'Eglise par la vertu de l'Esprit-Saint. "

2. Le même, Epist. L (al. CLXXXV), ad Bonifacium comitem : " Qu'ils comprennent donc que tout péché commis contre le Saint-Esprit n'est pas irrémissible, mais seulement quelques-uns de ceux qu'on peut commettre contre lui. Car de même que, quand Jésus-Christ a dit que, s'il ne fût pas venu, les Juifs auraient été sans péché, il n'a pas voulu faire entendre qu'ils auraient été absolument exempts de tout péché, eux qui étaient coupables de tant de péchés énormes mais qu'ils auraient été purs d'un certain péché sans lequel tous les autres auraient pu leur être remis, et qui consistait à n'avoir pas cru en lui, quoiqu'il fût venu dans le monde et qu'il eût vécu au milieu d'eux (puisque s'il ne fût pas venu, il est certain que les Juifs n'auraient pas eu ce péché) ; de même quand il a dit qu'il n'y avait pas de pardon pour celui qui aurait péché ou parlé contre le Saint-Esprit, il n'a pas voulu faire entendre que tout péché contre le Saint-Esprit fût irrémissible, mais seulement un certain péché entre ceux-là. Et quel est ce péché ? Un endurcissement de la volonté qui subsiste jusqu’à la mort, et qui fait qu'on s'obstine à ne pas vouloir chercher la rémission des péchés dans l'unité du corps de Jésus-Christ qui seul est vivifié par l'Esprit-Saint. Car il y a une connexité nécessaire entre ces deux choses ; et de là vient qu'après que Jésus-Christ eût dit à ses apôtres, Recevez le Saint-Esprit, il ajouta tout de suite : Les péchés seront remis à

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à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez (JEAN, XX, 22-23).

" C'est donc pour ceux qui jusqu’à leur dernier moment auront repoussé le don de la grâce ; qui se seront obstinés à lui résister et de manière ou d'autre s'en seront éloignés sans retour ; c'est pour ceux-là, dis- je, qu'il n'y aura de pardon ni dans ce monde ni dans l'autre. Car ce péché est si grand, qu'il empêche à lui seul le pardon de tout le reste. Mais aussi, pour assurer qu'un homme en est coupable, faut-il attendre qu'il ne soit plus du nombre des vivants ; puisque, tant qu'il nous reste un souffle de vie, la patience de Dieu, comme dit l’Apôtre (Rom., II, 4), nous invite à la pénitence. Que si, malgré toutes ces industries de la grâce, un homme persiste à demeurer dans le mal, et que, comme saint Paul ajoute ici même, il s'amasse par la dureté et l'impénitence de son cœur un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, il n'y aura plus de pardon pour lui, ni dans ce monde, ni dans l'autre. Il ne faut donc pas désespérer de ceux dont nous parlons, puisqu'ils sont encore en vie ; mais eux de leur côté qu'ils se gardent bien de chercher l'Esprit-Saint hors de l'unité du corps de Jésus-Christ (Cf. Lettres de saint Augustin, t. V, p. 103-105). "

3. Le pape GELASE I, in Tomo de anathematis vinculo : " Le Seigneur a dit que ceux qui pècheraient contre l'Esprit-Saint n'obtiendraient la rémission de leur péché ni dans ce siècle ni dans le siècle à venir. Combien ne connaissons-nous pas de ces pécheurs, comme sont tous les hérétiques, de quelque secte qu'ils soient, ariens, ou eunomiens, ou macédoniens qui en revenant à la foi catholique, ont obtenu en ce monde le pardon de leur blasphème et l'espérance pour l'autre qu'il leur sera également pardonné. Ce qui n'empêche pas d'être vraie la sentence de Notre-Seigneur, et ce qui n'en atténue aucunement la force, puisqu'elle ne doit s'appliquer qu’à ceux qui persévèrent dans leur disposition criminelle, et non à ceux qui la rétractent et s'en corrigent. On doit expliquer de même ce passage de l'apôtre saint Jean : Il y a un péché qui va à la mort, ce n'est pas pour ceux-là que je dis que vous devez prier. Ce péché va à la mort pour ceux qui y persévèrent mais non pour ceux qui en quittent la malheureuse habitude. Car il n'est aucun péché pour lequel l’Eglise n'interpose ses prières ou dont elle n'ait

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reçu du ciel le pouvoir d'absoudre ceux qui y renoncent et en font pénitence, puisqu'il lui a été dit : Tout ce que vous remettrez sur la terre sera remis dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Qui dit tout, n'excepte rien ; pourvu toutefois qu'on prenne ces mots dans leur vrai sens, en ne leur donnant d'autre étendue que celle qu'ils doivent avoir. . . "

" Observons que ceux mêmes qui blasphèment contre le Saint-Esprit, de quelque manière que ce puisse être, s'ils reviennent à résipiscence et s'en corrigent, obtiendront leur pardon, et dans ce siècle, et dans le siècle à venir, et que cela n'empêche pas la vérité de ce qu'a dit Jésus-Christ et qu'il faut entendre du cas seulement où ceux qui pèchent de cette manière persévèrent dans leur funeste habitude, mais non de celui où ils prendraient le parti de s'en corriger. Mais tant qu'ils y persévèrent, ils n'ont point à attendre de pardon, ainsi que l'a déclare le Sauveur. S'ils changent au contraire, alors ils ne sont plus ces hommes à qui leur péché ne sera jamais remis, et par conséquent ils pourront en obtenir la rémission, tant dans ce siècle que dans l'autre. Autrement, ce serait donc en vain, ce qu’à Dieu ne plaise, que l'Eglise leur accorderait le bienfait de la réconciliation. Mais comme ce n'est pas une vaine autorité que celle de l’Eglise, il faut bien entendre la chose de cette manière tout en conservant leur vérité aux paroles de Notre-Seigneur. "

4. S. AUGUSTIN, Lib. de correptione et gratiâ, c. 12 : " Il y a un péché qui va à la mort, et ce n'est pas pour ce péché que je vous dis de prier (I JEAN, V, 16). Il est vrai que saint Jean n'ayant pas expliqué ce qu'il entend par ce péché, on peut donner à ses paroles beaucoup d'interprétation différentes Pour moi, je pense et j'ose dire que ce péché qui va la mort consiste à abandonner sans retour et jusqu'à la mort la foi qui opère par l'amour (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. Ier, p. 375). "

5. Le même, Lib. I Retractationum, c. 19 ; comme plus haut, q. VI, témoignage 3, page 179.

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Article V. - DES PECHES QUI CRIENT JUSQU’AU CIEL.


Question I

Quels sont les péchés dont on dit qu’ils crient jusqu’au ciel ?

Ce sont ceux qui présentent par-dessus tous les autres une malice notable et manifeste, et qui attirent particulièrement la colère et les vengeances de Dieu sur ceux qui les commettent.

On en compte quatre de cette espèce d'après l’Ecriture, savoir : l'homicide volontaire, la sodomie, l'oppression des pauvres et le refus du salaire dû aux ouvriers.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Genèse, IV, 9-11 : " Le Seigneur dit à Caïn : Où est ton frère Abel ? Il lui répondit : Je n'en sais rien. Suis- je donc le gardien de mon frère ? - Le Seigneur lui répartit : Qu'as-tu fait ?

La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. - Tu seras donc désormais maudit sur cette terre, qui a ouvert sa bouche pour recevoir le sang de ton frère versé par ta main. "

2. Ibid., XVIII, 20-21 : " Le Seigneur ajouta ensuite : Le cri qui s'élève de Sodome et de Gomorrhe devient de plus en plus fort, et l’iniquité de ces villes s'est aggravée à l'excès. - Je descendrai, et je verrai si leurs œuvres répondent à ce cri qui est venu jusqu’à moi ; je saurai s'il en est ainsi, ou si cela n'est pas. "

3. Exode, XXII, 21-27 : " Vous n'attristerez et n'affligerez point l'étranger, parce que vous avez été étrangers vous-mêmes dans le pays d'Egypte. - Vous ne ferez aucun tort, soit à la veuve, soit à l'orphelin. - Si vous les offensez en quelque chose, ils crieront vers moi, et j'écouterai leurs cris. - Et ma fureur s'allumera contre vous, et je vous ferai périr par l'épée et vos femmes deviendront veuves et vos enfants orphelins. - Si vous prêtez de l'argent à ceux de mon peuple qui sont pauvres parmi vous, vous ne les presserez point comme ferait un exacteur impitoyable, et vous ne les accablerez point d'usures. - Si votre prochain vous a donné son habit pour gage, vous le lui

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rendrez avant le coucher du soleil. - Car c'est le seul habit qu'il ait pour couvrir son corps, et il n'en a point d'autre pour mettre sur lui quand il dort : s'il crie vers moi, je l'exaucerai, car je suis miséricordieux. "

4. Deutéronome, XXIV, 40-45 : " Lorsque vous redemanderez à votre prochain quelque chose qu'il vous doit, vous n'entrerez point dans sa maison pour en emporter quelque gage ; - mais vous vous tiendrez dehors, et il vous donnera lui-même ce qu'il aura. - S'il est pauvre, le gage qu'il vous aura donné ne passera pas la nuit chez vous ; mais vous le lui rendrez aussitôt avant le coucher du soleil, afin que, dormant dans son vêtement il vous bénisse et que vous soyez trouves justes devant le Seigneur votre Dieu. - Vous ne refuserez point à l'indigent et au pauvre ce que vous lui devez, n'importe qu'il soit votre frère, ou que sorti d'un pays étranger il demeure avec vous dans votre pays et dans votre ville ; - mais vous lui rendrez le même jour le prix de son travail avant le coucher du soleil, parce qu'il est pauvre, et qu'il n'a que cela pour tous moyens de vivre, de peur qu'il ne crie contre vous vers le Seigneur, et que cela ne vous soit imputé à péché. "

5. JACQUES, V, 14 : " Mais vous, riches, etc. - Sachez que le salaire que vous dérobez aux ouvriers qui ont fait la récolte de vos champs crie contre vous, et que leur cri est monté jusqu'aux oreilles du Dieu des armées. "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Enchirid. ad Laurentium, c. 80 (al. 24 et 21) : " Des péchés très-grands et très-énormes de leur nature ne sont plus regardés que comme légers, ou même comme exempts de tout mal, dès qu'une fois ils sont tournés en coutume et devenus communs ; jusque-là même que, loin de les cacher, on ne rougit pas de les publier et de s'en faire gloire. C'est cet excès d'aveuglement qu'indique l'Ecriture, lorsqu’elle dit : On loue le pécheur et on lui applaudit dans les convoitises auxquelles il s'abandonne, et on comble de bénédictions celui qui commet des injustices (Ps. IX, 24). Ces sortes de péchés autorisées par la coutume sont appelés un cri dans les livres saints : c'est l'expression dont Dieu se sert dans le prophète Isaïe en parlant aux Juifs figurés par une vigne ingrate et infidèle : J’ai attendu qu'elle fit des actions d’équité, et elle n'a fait que des iniquités ; au lieu de pratiquer la justice, sa conduite n’est qu'un cri, c’est-à-dire qu'elle était criante

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(Is., V, 7). C'est encore ainsi que le Seigneur s'exprime au livre de la Genèse : Le cri de Sodome et de Gomorrhe s'augmente de plus en plus. Ce qui signifie que non-seulement les actions qui se commettaient dans ces villes infâmes n'y étaient pas punies ; mais de plus, qu'elles étaient presque générales, et avaient pour ainsi dire passé en loi. Nous voyons de même de notre temps plusieurs désordres, quoique moins énorme que ceux-là, tellement passés en usage, que nous n'oserions pas excommunier un laïque ni même dégrader un clerc, qui en serait coupable. C'est pourquoi expliquant, il y a quelques années l’épître aux Galates, quand je fus arrivé à cet endroit où l'Apôtre dit : Je crains pour vous que mes travaux parmi vous n'aient été infructueux (Gal., IV, 11), je ne pus m'empêcher de m'écrier : " Malheur aux péchés des hommes ! Nous n'avons plus horreur que de ceux qui sont rares et monstrueux. Mais pour les péchés communs et ordinaires, ces péchés pour l'expiation desquels Jésus-Christ a versé son sang, quoiqu'ils soient assez énormes pour fermer les portes du royaume de Dieu à ceux qui s'en rendent coupables, nous nous familiarisons en quelque sorte avec eux, à force de les voir se commettre. Nous sommes comme contraints de les tolérer tous ; et, à force de les tolérer, nous nous trouvons en danger de les commettre nous-mêmes. Et Dieu veuille encore que nous ne fassions pas tous ceux que nous ne pourrons pas empêcher ! " Mais c'est à moi à voir si l'excès de ma douleur m'a fait dire en cette occasion quelque parole de trop (Cf. Manuel de saint Augustin, dans ses Traités choisis). "

2. Le même, Lib. Annotationum in Job, super caput XXX : " Les voleurs m'ont assailli. Ceux qui sont parvenus, au moyen d'obscures intrigues, à des honneurs qu'ils ne méritaient pas, et que les justes seuls devraient posséder, qui avaient pour demeure les trous des rochers, c'est-à-dire qui cherchaient à justifier leurs dispositions perverses, et en couvraient la malice à l'aide de certains passages obscurs de nos livres saints : ils criaient entre les arbres, leurs péchés étaient rendus manifestes, malgré les efforts qu'ils faisaient pour les cacher au moyen de cette obscurité des Ecritures représentée par l'ombrage que forment des branches d'arbres. De là cette manière de parler de l’Ecriture : Le cri de Sodome s'est élevé jusqu’à moi (Gen., XVIII, 20-21). Il en est de même de plusieurs autres endroits de nos livres saints, ou ce mot de cri est mis pour signifier des péchés notoires, de sorte

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qu'un péché simplement conçu dans l'esprit y est désigné sous le nom de parole, verbum, comme il l'est sous celui de cri, clamor, quand il se produit au dehors par quelque acte réel. "

3. Le même, Lib. I locutionis de Genesi, c. 60 : " Le Seigneur dit : Le cri de Sodome et de Gomorrhe est monté à son comble, et leurs crimes sont parvenus au dernier degré d'énormité. L’Ecriture a coutume d'appeler cri les crimes commis avec tant d'impudeur et de licence, que ni la honte ni la crainte n'empêche plus celui qui les commet de les rendre publics. "

4. Le même, Quæst V super Exodum : " Et maintenant voici que le cri des enfants d'Israël s'est élevé vers moi ; non sans doute comme le cri de Sodome, expression qui dans ce dernier passage signifiait des crimes commis sans crainte et sans pudeur. "

5. S. GREGOIRE- LEGRAND, Pastoral, 3e partie, 32e conseil : " Celui qui fait parade de ses désordres commet le crime avec d'autant plus d'audace, qu'il le croit chose permise, et cet aveuglement le plonge chaque jour plus profondément dans l'abîme. C'est là ce qui faisait dire au prophète Isaïe : Ils ont rendu comme Sodome leur péché public, et ils n'ont pas eu soin de le cacher (Is., III, 9). Sodome aurait en effet caché ses crimes, si elle eût eu en péchant quelque reste de crainte ; mais, comme elle n'était plus retenue par aucun frein, et qu'elle s'abandonnait à ses désordres sans remords et sans honte, elle ne se mettait plus en peine de chercher les ténèbres pour les cacher. Aussi est-il marqué dans la Genèse, que le cri de Sodome et de Gomorrhe s’était multiplié. C’est-à-dire, que l'action du péché est comme une voix qui se fait entendre ; mais quand on en vient à commettre le crime avec une audace qui ne garde plus de mesure, alors ce n'est plus une simple voix, c'est un cri et une sorte de clameur (Cf. Pastoral de saint Grégoire, trad. par P. - Ant. de Marsilly, page .320-321). "

6. Le même, in Psalmum secundum pænitentialem : " Que par ce mot cri il faille entendre un certain péché, c’est ce que fait voir l’Ecriture lorsqu’elle dit : Le cri de Sodome et de Gomorrhe s'est élevé vers moi. Et encore : Je descendrai, et je verrai si leurs œuvres répondent à ce cri qui est venu jusqu'a moi. Car le péché dont la voix seulement se fait entendre, c'est le péché simplement en action ; au lieu que celui dont le cri se fait entendre en outre, c'est le péché qui se commet avec une liberté effrénée.

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Question II

De quelles vengeances l’Ecriture nous dit-elle que Dieu poursuit l’homicide volontaire ?

Des vengeances les plus terribles, comme Dieu le fait voir par ce vif reproche qu'il adresse à Caïn, le premier de tous les homicides : Qu'as-tu fait ? lui dit-il (Gen., IV, 10-11). La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. Maintenant donc tu seras maudit sur la terre. Et ailleurs, Dieu prononce cette sentence sévère : Quiconque aura répandu le sang de l'homme, sera puni par l'effusion de son propre sang ; car l’homme a été créé à l’image de Dieu. Cela s'accorde avec ce que dit de son côté le Prophète-royal : Les hommes sanguinaires et trompeurs n'arriveront point jusqu’à la moitié de leurs jours (Ps. LIV, 24). Car ce crime est des plus grands, en même temps qu'il fait au prochain le plus grave de tous les torts, en lui ôtant la vie sans avoir pour le faire aucune légitime autorité. C'est pourquoi Notre-Seigneur Jésus-Christ a dit aussi : Tous ceux qui s'armeront de l'épée périront par l'épée.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Genèse, IV, 8-16 : " Or, Caïn dit à son frère Abel : Allons dehors. Et lorsqu'ils furent dans les champs, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua. - Et le Seigneur dit à Caïn : Où est ton frère Abel ? Il lui répondit : Je n'en sais rien : suis- je le gardien de mon frère ? - Le Seigneur lui répartit : Qu'as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. - Maintenant donc tu seras maudit sur cette terre, qui a ouvert sa bouche pour recevoir le sang de ton frère versé par ta main. - Après même que tu l'auras cultivée, elle te refusera ses fruits, tu seras fugitif et errant sur la terre. - Caïn répondit au Seigneur : Mon iniquité est trop grande pour que je puisse en obtenir le pardon. - Voilà que vous me rejetez de dessus la face de la terre,

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et je fuirai de votre présence et je serai fugitif et errant sur la terre ; - et le premier qui me trouvera, me tuera. - Le Seigneur lui répondit : Il n'en sera pas ainsi ; mais quiconque tuera Caïn sera puni sept fois davantage. Et le Seigneur mit un signe sur Caïn, afin que ceux qui le trouveraient s'abstinssent de le tuer. - Caïn s’étant retiré de devant la face du Seigneur, s'enfuit et s'en alla habiter la terre située à l'orient d'Eden. "

2. Id., IX, 5-6 : " Je vengerai votre sang, cet aliment de votre vie, de toutes les bêtes comme de tous les hommes qui l'auront versé ; je redemanderai au frère le sang de son frère ; et quiconque aura répandu le sang d'un homme, son sang à lui-même sera répandu, car l'homme a été créé à l'image de Dieu. "

3. Exode, XXI, 12-15 : " Si quelqu'un frappe un homme dans le dessein de le tuer, qu'il soit puni de mort. - Quant à celui qui ne lui aura point dresse d’embûches mais entre les mains duquel Dieu l'aura fait tomber, je vous marquerai un lieu où il pourra se réfugier. - Si quelqu'un tue son prochain de dessein prémédité dans des embûches qu'il lui aura dressées, vous l'arracherez de mon autel pour le faire mourir. - Celui qui aura frappé son père ou sa mère sera puni de mort. "

4. Lévitique, XXIV, 17 : " Que celui qui aura frappé et tué un homme, soit puni de mort. "

5. Nombres, XXXV, 16-34 : " Si quelqu'un frappe avec le fer, et que celui qui aura été frappé meure de sa blessure, il sera tenu pour coupable d'homicide, et puni de mort. - S'il jette une pierre, et que celui qui l'aura frappé vienne à mourir, il sera puni de la même manière. - Si celui qui aura été frappé avec du bois meurt des suites du coup qu'il aura reçu, sa mort sera vengée par l'effusion du sang de celui qui l'aura frappé. - Le parent de la victime tuera l'homicide ; il le tuera aussitôt qu'il l'aura rencontré. - Si un homme pousse celui qu'il hait, ou jette quelque chose contre lui par un mauvais dessein, ou si étant son ennemi, il le frappe de la main, et que ce dernier en meure, il sera coupable d'homicide ; et le parent du mort pourra tuer le meurtrier dès qu'il l'aura rencontré. - Mais si c'est par hasard, sans haine, - et sans aucun mouvement d'inimitié, qu'il ait fait quelqu'une de ces choses, - et que cela ait été prouvé devant le peuple, après que la cause du meurtre aura été débattu entre lui et le parent du mort, - il sera délivré comme innocent d'entre les mains de celui qui demanderait vengeance, et il sera ramené par sentence dans la ville ou il se

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serait réfugié et il y demeurera jusqu’à la mort du grand-prêtre qui, à cette époque, aura été sacré de l'huile sainte. - Si le meurtrier est trouvé hors des limites des villes destinées pour les bannis, et qu'il soit tué à cette occasion par celui qui poursuit la vengeance du sang répandu, celui-ci ne sera point censé coupable ; - car le fugitif devait se tenir dans la ville jusqu’à la mort du pontife. Mais quand le grand-prêtre sera mort, le meurtrier pourra s'en retourner dans son pays. - Ceci sera observé comme une loi constante dans tous les lieux où vous pourrez habiter. - On ne punira l'homicide, qu'après avoir entendu les témoins. Nul ne sera condamné sur le témoignage d'un seul. - Vous ne recevrez point d'argent de celui qui se trouvera coupable de sang répandu ; mais il mourra irrémissiblement. - Les bannis et les fugitifs ne pourront rentrer d'aucune manière dans leur ville avant la mort du grand-prêtre, - de peur que vous ne souilliez la terre où vous habiterez, et qu'elle ne demeure impure par l'effusion du sang innocent : car elle ne peut être purifié que par le sang de celui qui aura versé le sang de l'autre. - C'est ainsi que votre terre ne sera point souillée et que je continuerai de demeurer avec vous ; car c'est moi le Tout-Puissant, qui veux habiter au milieu des enfants d'Israël. "

6. Deutéronome, XIX, 4-13 : " Voici la loi sur l'homicide fugitif à qui on devra conserver la vie : Si quelqu'un vient à frapper ton prochain par mégarde et qu'il soit prouvé qu'il n'avait aucune haine contre lui quelques jours auparavant, - mais qu'il s'en était allé avec lui dans une forêt simplement pour couper du bois, et que le fer de sa coignée, comme il s'en servait pour couper du bois, s'est échappé de ses mains, et en se détachant du manche a frappé son ami et l'a tué, il se retirera dans l'une de ces trois villes, et sa vie y sera en sûreté ; - de peur que le plus proche parent de celui dont le sang aura été répandu, se laissant emporter par la douleur, ne le poursuive et ne l'atteigne en mettant à profit la longueur du chemin, et qu'il ne le tue sans qu'il ait mérité la mort, puisqu'il ne paraît pas que ce dernier aurait eu jusque-là aucune haine contre la victime de l'accident. - C'est pourquoi je vous ordonne de choisir ces trois villes à des distances égales de l'une à l'autre. - Mais lorsque le Seigneur votre Dieu aura étendu vos limites, comme il l'a promis à vos pères avec serment, et qu'il vous aura donné toute la terre qu'il leur a promise, - si toutefois vous gardez ses ordonnances, et que vous fassiez ce que

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je vous prescris aujourd'hui, qui est d'aimer le Seigneur votre Dieu, et de marcher dans ses voies en tout temps, vous ajouterez trois autres villes à ces premières et vous en doublerez ainsi le nombre, de peur qu'on ne répande le sang innocent dans le pays que le Seigneur votre Dieu vous donnera à posséder, et que cette tache ne retombe sur vous. - Mais si quelqu'un, haïssant son prochain, cherche l'occasion de le surprendre et de lui ôter la vie, et que se jetant sur lui il le frappe et le tue, si ensuite il s'enfuit, dans l'une de ces villes, - les anciens de cette ville l'enverront prendre, et l'ayant tiré du lieu où il aura cherché un asile, ils le livreront entre les mains du parent de celui dont le sang aura été répandu et il sera puni de mort. - Vous n'aurez point pitié de lui, et vous ôterez du milieu d'Israël le crime commis par l'effusion du sang innocent, et ce sera pour vous un bien. "

7. I JEAN, III 15 : " Tout homme qui hait son frère, est homicide. Or, vous savez que nul homicide ne possède en soi le principe de la vie éternelle. "

8. Psaume LIV, 25 : " Les hommes sanguinaires et trompeurs ne fourniront point la moitié de leur carrière. "

9. MATTHIEU, XXVI, 82 : " Alors Jésus lui dit : Remettez votre épée dans le fourreau ; car tous ceux qui se serviront de l'épée périront par l'épée. "

10. Apocalypse, XIII, 10 : " Celui qui aura réduit les autres en captivité y sera réduit lui-même ; celui qui aura tué avec le glaive, périra par le glaive. "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. Le concile d'Ancyre, c. 22 : " Ceux qui se seront rendus volontairement coupables de meurtre, devront se soumettre à la pénitence pour le reste de leurs jours. On les admettra néanmoins à la communion à la fin de leur vie. Quant à ceux qui seront devenus homicides par l'effet du hasard, et non de leur volonté, l'ancienne règle ne les recevait, il est vrai, à la communion qu'après sept années de pénitence, en suivant les degrés établis. Le concile, aujourd'hui plus indulgent, réduit la durée de cette pénitence à cinq années. "

2. Le concile d'Epaône, tenu sous le pontificat de Gelase I (C'est une erreur : le concile d’Epaône s'est tenu l'an 517 sous le pontificat d'Hormisdas. Voyez LABBE, Conc., t. IV, col. 1573), can. 31 : " Par rapport à la pénitence à laquelle doivent être

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soumis les homicides qui ont pu échapper aux tribunaux séculiers, le concile a été d'avis de se conformer religieusement aux règlements établis à Ancyre. "

3. Le concile de Tribur, canon 84 : " Au sujet de ceux qui se seraient volontairement rendus coupables d'homicide, le saint concile d'Ancyre a réglé, canon 21 (ou 22, d'après la supputation actuelle), qu'ils se soumettent à la pénitence pour le reste de leurs jours ; qu'ils soient admis cependant à l'achèvement de leur pénitence, c’est-à-dire au bienfait de la communion, sur la fin de leur vie ; que les observances canoniques et les décrets des saints Pères soient gardés inviolablement, suivant notre désir et celui de tous les orthodoxes. Quant à nous, pasteurs que nous sommes des brebis de Jésus-Christ, ayant égard au malheur des temps et à la faiblesse humaine, nous croyons bon et utile de modérer, en vertu de l'autorité qui nous appartient à nous tous assemblés, la pénitence de ceux qui se seraient rendus coupables d'homicide volontaire, et de marquer un terme à cette pénitence, de peur que, si elle était trop prolongée, elle ne finirait par le découragement ou l'insouciance, au lieu que, si on la borne à un temps déterminé, l'œuvre du salut fera d'heureux progrès. "

4. Ibidem, c. 55 : " Si quelqu'un se rend volontairement coupable de meurtre, l'entrée de l'église lui sera interdite les quarante premiers jours. Pendant ces quarante jours il ne mangera que du pain et du sel, et ne boira que de l'eau. Il marchera nu-pieds, ne portera point de linge, si ce n'est des caleçons, n'usera ni d'armes, ni de voitures, vivra dans la continence pendant tous ces jours-là, même par rapport à sa propre femme, n'aura aucun commerce avec les autres chrétiens ni même avec les autres pénitents. Si ses ennemis en veulent à sa vie, et que la nécessité d'éviter leurs pièges l'empêche d'accomplir sa pénitence, on la lui différera jusqu’à ce que l'évêque l’ait réconcilié avec eux. De même, si quelque infirmité corporelle le réduit à l'impuissance de jeûner comme il faut ; on usera d'indulgence envers lui, et on attendra, pour le soumettre à la pénitence que sa guérison soit achevée. Que si son infirmité est de longue durée, ce sera à l'évêque d’examiner dans sa prudence quelles règles il conviendra de lui prescrire, attendu que, comme l'observe saint Grégoire dans son Pastoral, les plaies spirituelles sont plus cachées que les plaies corporelles, et que le gouvernement des âmes est le plus difficile comme le plus important de tous les arts. "

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5. Ibidem, can. 56 : " Les quarante jours écoulés l’entrée de l'église lui sera encore interdite pendant une année. Il s'abstiendra de chair, de fromage, de vin et de toute boisson emmiellée excepté les jours de dimanches et de fêtes célébrés publiquement dans tout le diocèse. En maladie ou en voyage, ou s'il doit passer beaucoup de temps à la cour du prince, il pourra racheter le mardi, le jeudi et le samedi en donnant un denier, ou la valeur d'un denier, ou en se chargeant de nourrir trois pauvres pour l'amour de Notre-Seigneur, avec cette réserve toutefois qu'il pourra alors se permettre l'usage, soit de la viande, soit du vin, soit de l'hydromel seulement, mais non de ces trois choses à la fois. Une fois revenu de voyage ou guéri de sa maladie, il ne lui sera plus loisible de racheter ces jours-là, mais il devra faire exactement la pénitence prescrite. Cette année finie, l’église lui sera ouverte comme aux autres pénitents. "

6. Ibidem, can. 57 : " Il passera la seconde et la troisième année dans les mêmes exercices de pénitences, si ce n'est qu'il sera le maître de racheter les trois jours de la semaine, en quelque lieu qu'il se trouve, soit à la maison, soit en voyage. Il observera tout le reste, comme à la première année. "

7. Ibidem, can. 58 : " Pendant chacune des quatre autres années, il jeûnera trois carêmes ; un avant Pâques, pendant lequel il s'abstiendra de fromage, de poissons succulents, de vin et d'hydromel ou d'autre boisson apprêtée ; un second avant la Nativité de saint Jean-Baptiste, et si les quarante jours ne peuvent se trouver entiers avant cette fête, il y suppléera après la fête ; le troisième enfin avant la Nativité de Notre-Seigneur, et il s'abstiendra pendant ce temps de l'usage de la viande et des autres choses ci-dessus désignées. Pendant ces quatre années, il mangera et boira de tout ce qu'il voudra le mardi, le jeudi et le samedi de chaque semaine. Il sera en droit de racheter le lundi et le mercredi avec un denier, ou avec la valeur de cette pièce de monnaie ; mais il observera exactement le jeûne du vendredi. Les sept années de sa pénitence accomplies, il sera réconcilié à la manière des autres pénitents et admis à la sainte communion (Cf. LABBE, Conc., t. IX, col. 464-466, (ad annum 895)). "

8. S. AMBROISE, Lib. II de Caïn et Abel, c. 9 : " Que de justesse dans ces expressions : La voix du sang de ton frère crie ! Ce n'est pas son frère même qui crie : même dans la mort, il ne s'est dépouillé ni de sa douceur, ni de sa piété fraternelle. Il

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n'accuse point le frère qui l'a tué, car il ne veut pas paraître lui-même fratricide. Caïn, ce n'est ni la voix d'Abel, ni son cœur qui t'accuse, mais c'est la voix du sang que tu as versé. Ce n'est donc point ton frère mais c'est ton propre crime qui t'accuse. Par-là toute récrimination est rendue impossible au meurtrier. Il ne peut pas se plaindre d'être accusé par la voix d'autrui, puisqu'il trouve dans son crime son propre accusateur. Les paroles sont moins éloquente que les faits ; mais de plus, la terre aussi rend témoignage elle qui a bu le sang de la victime. Que de justesse donc dans cette expression : La voix du sang de ton frère crie de la terre ! Dieu ne dit pas : La voix du sang de ton frère crie du corps de ton frère, mais cette voix crie de la terre. Ton frère a beau te pardonner ; la terre ne te pardonne pas. Ton frère a beau se taire ; la terre te condamne. Elle est tout à la fois témoin et juge de ton crime : témoin d'autant plus redoutable, qu'elle est encore toute trempée du sang que tu as versé, juge d'autant plus implacable, que ce crime l'a souillé au point qu'elle a ouvert sa bouche pour recueillir le sang de ton frère versé par ta main. "

9. S. AUGUSTIN, Lib. XXII contra Faustum Manichæum, c. 70 : " Parmi les actes irréguliers il faut ranger l'action de Pierre, qui, tirant son glaive pour défendre son divin Maître, coupa une oreille à un de ceux qui venaient de se saisir de lui, et s'attira de sa part pour cette action ce reproche sévère et menaçant : Rengainez votre glaive ; car celui qui se sert de l'épée périra par l’épée (M ATTH., XXVI, 82). Or, celui-là se sert de l'épée qui s'arme d'un glaive pour verser le sang d'un autre, sans en avoir reçu l'ordre ou la permission de son légitime supérieur. Car il est vrai sans doute que Notre-Seigneur avait ordonné à ses disciples de porter des armes avec eux ; mais il ne leur avait pas ordonné de s'en servir pour frapper. "
 
 

Question III

Que nous enseigne l’écriture au sujet du péché de sodomie et de sa punition ?

Les habitants de Sodome, dit l'Ecriture, étaient devant le Seigneur des hommes perdus de vices, et leur corruption était montée à son comble. Ce péché infâme et exécrable se trouve condamné dans les épîtres de saint Pierre et de saint Paul ; et d'ailleurs, la nature elle-même le réprouve. L’Ecriture nous déclare dans le

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termes suivants combien ce crime est énorme : Le cri qui s'élève de Sodome et de Gomorrhe est devenu de plus en plus fort, et leur péché est monté à son comble. C'est ce qui fit que les anges dirent à Lot, qui s'était conservé pur au milieu de ce peuple, et qui avait en horreur ces infâmes désordres : Nous allons détruire ce lieu, parce que le cri des abominations de ces peuples s'est élevé de plus en plus devant le Seigneur, et il nous a envoyés pour les perdre. . . Alors le Seigneur fit descendre du ciel sur Sodome et Gomorrhe une pluie de soufre et de feu, et il perdit ces villes avec tous leurs habitants, et tout le pays d'alentour avec ceux qui l’habitaient. L'Ecriture ne passe pas non plus sous silence les causes qui ont amené les habitants de Sodome à tomber dans cet énorme péché et qui pourraient également faire tomber d'autres personnes à leur exemple. Car voici ce que nous lisons dans Ezéchiel : Voici quelle a été l'iniquité de Sodome, votre sœur : c'a a été l'orgueil, l'excès des viandes, l'abondance de toutes choses, et l'oisiveté où elle était, elle et ses filles : elles ne tendaient point la main au pauvre et à l'indigent.

Ceux-là sont exposés à tomber dans cet affreux péché qui ne craignent pas de violer la loi divine, ou pour mieux dire, la loi naturelle écrit dans le Lévitique. Voici comme cette loi s'y trouve exprimée : Vous ne commettrez point cette abomination qui consiste à se servir d'un homme comme si c'était une femme. Vous ne vous approcherez d'aucune bête, et vous ne vous souillerez point avec elles. Si l'on a le malheur de le faire, la terre elle-même s'en trouvera souillée, la colère divine s'allumera au plus haut degré contre le peuple, et ce crime ne pourra être expié que par la mort du coupable : tel est l'avertissement que donnent encore à ce sujet les livres saints. De là vient que saint Paul revient plus d'une fois sur l'énormité de ce crime, qu'il condamne à diverses reprises les impudiques et les efféminés. C'est de ce crime aussi que se rendit coupable Onan, fils de Juda, que la vengeance divine atteignit bientôt, pour avoir empêché par d'impudiques moyens sa femme de devenir mère, et avoir outragé la nature, aussi bien que les lois de l'honnêteté, par des turpitudes dont sont incapables les animaux mêmes les plus lubriques.

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TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Genèse, XIII, 13 : " Or, les habitants de Sodome, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

2. II PIERRE, II, 6-9 : " S'il a puni les villes de Sodome et de Gomorrhe, en les ruinant de fond en comble, et les réduisant en cendres, pour les faire servir d'exemple à ceux qui vivraient dans l'iniquité, - et s'il a délivré le juste Lot, que ces impies affligeaient et persécutaient par leur vie infâme, - ce juste qui demeurait parmi eux, étant tous les jours tourmenté dans son âme, amie de la justice, par tout ce qu'il voyait et entendait de leurs actes illégitimes : - le Seigneur sait délivrer ceux qui le craignent des maux par lesquels ils sont éprouvés et réserver les pécheurs pour la peine qu'ils subiront au jour du jugement, etc. "

3. Romains, I, 25-29 : " Et ils ont transféré à des images qui ne leur représentaient que des hommes mortels, et à des figures d'oiseaux, de quadrupèdes et de reptiles, l'honneur qui n'est dû qu'au Dieu immortel. - C'est pourquoi Dieu les a livrés aux désirs de leurs cœur et à l'impureté en sorte qu'ils ont déshonoré eux-mêmes leurs propres corps, - eux qui avaient mis le mensonge à la place de la vérité de Dieu, et rendu à la créature l'adoration et le culte souverain, au lieu de ne le rendre qu'au Créateur qui est béni dans tous les siècles. Amen. - C'est pourquoi Dieu les a livrés à des passions honteuses ; car les femmes parmi eux ont changé l'usage qui est selon la nature en un autre qui est contre la nature ; - les hommes de même,

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rejetant l'union des deux sexes, qui est selon la nature, ont été embrasés de désirs impudiques les uns pour les autres, l'homme commettant avec l'homme des crimes infâmes, et subissant ainsi en eux-mêmes la juste peine de leur égarement. - Et comme ils n'ont pas fait usage de la connaissance qu'ils avaient de Dieu, Dieu aussi les a livrés à un sens dépravé, en sorte qu'ils ont fait des actions indignes de l'homme : - remplis de toutes sortes d'injustice, de méchanceté, d’impureté etc. "

4. I Timothée, I, 9-10 : " La loi n'est pas établie pour le juste, mais pour les méchants et les esprits rebelles, pour les impies et les pécheurs, pour les scélérats et les profanes, etc., pour les fornicateurs, les abominables, etc., pour toute autre chose enfin qui peut être opposé à la saine doctrine. "

5. Ephésiens, V, 5-6, 12 : " Nul fornicateur, nul impudique, nul avare, dont le vice est une idolâtrie, ne sera héritier du royaume de Jésus-Christ notre Dieu. - Que personne ne vous séduise par de vains discours ; car c'est là ce qui attire la colère de Dieu sur les hommes rebelles à la vérité. - La pudeur ne permet pas même de dire ce que ces personnes font en secret. "

6. Juges, XIX, 22-25 : " Pendant qu'ils étaient à table, et que fatigués du chemin ils mangeaient et buvaient pour reprendre leurs forces, il vint des hommes de cette ville, qui étaient des enfants de Bélial, c'est-à-dire rebelles au joug de la loi, et environnant la maison du vieillard, ils commencèrent à frapper à la porte, en criant au maître de la maison, et lui disant : Faites sortir cet homme qui est entré chez vous, afin que nous abusions de lui. - Le vieillard sortit pour leur parler, et leur dit : Gardez-vous, mes frères, gardez-vous bien de faire un si grand mal ; car j'ai offert à cet homme l'hospitalité : cessez de songer à une telle folie. - J'ai une fille vierge, et cet homme a sa femme ; je vous les amènerai, et vous assouvirez sur elles votre passion. Je vous prie seulement de ne pas commettre à l'égard d'un homme ce crime contre nature. - Mais ils ne voulaient point se rendre à ses paroles, etc. "

7. Juges, XX, 46-48 : " Ainsi vingt-cinq mille hommes de la tribu de Benjamin furent tués en cette journée en divers endroits, tous gens de guerre et très-vaillants ; - de sorte que tous ceux de cette tribu qui purent s'échapper et s'enfuir dans le désert ne montaient qu'au nombre de six cents, et ils se tinrent campés au rocher de Remmon pendant quatre mois. - Les enfants d'Israël, étant revenus du combat, firent passer au fil de l'épée tout ce

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restait dans la ville, depuis les hommes jusqu'aux bêtes, et toutes les villes et les villages de Benjamin furent consumés par les flammes. "

8. Genèse, XVIII, 20 : " Le cri qui s'élève de Sodome et de Gomorrhe, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

9. II PIERRE, II, (comme ci-dessus, témoignage 2).

10. Genèse, XIX, 13 : " Nous allons détruire ce lieu, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

11. Sagesse, X, 6-8 : " C'est la sagesse qui délivra le juste, lorsqu'il fuyait du milieu des méchants qui périrent par le feu tombé sur les cinq villes, - dont la corruption est attestée par cette terre qui fume encore et qui est demeurée toute déserte, où les arbres portent des fruits qui ne mûrissent point, et où une statue de sel reste toujours debout, en souvenir de la punition infligée à une âme qui refusa de croire. - Car ceux qui ne se sont pas mis en peine d'acquérir la sagesse, non-seulement sont tombés dans l'ignorance du bien, mais encore ont laissé aux hommes des témoignages de leur folie, sans que leurs fautes aient pu demeurer cachées. "

12. Deutéronome, XXIX, 22-23 : " La postérité qui viendra après nous, les enfants qui naîtront dans la suite d'âge en âge, et les étrangers qui seront venus de loin, voyant les plaies de ce pays et les maux dont le Seigneur l'aura affligé. - voyant qu'il l'aura consumé par le soufre et par un sel brûlant, de sorte qu'on n'y jettera plus de semence et que rien n'y verdira, qu'il y aura renouvelé enfin une image de la ruine de Sodome et de Gomorrhe, d'Adama et de Séboïm, que le Seigneur a détruite dans sa colère et sa fureur. . . "

13. Epître catholique de saint Jude, 7-8 : " De même Sodome et Gomorrhe, et les villes voisines qui s'étaient livrées comme elles aux excès de l'impureté en se souillant d'une manière abominable, sont devenues un exemple en subissant la peine d'un feu éternel. - Et cependant ces hommes souillent encore leur chair par de semblables désordres. "

14. Genèse, XIII, 10 : " Lot levant donc les yeux, considéra tout le pays situé le long du Jourdain, qui s'étendait de ce lieu-là jusqu’à Ségor, et qui, avant que Dieu détruisit Sodome et

Gomorrhe, était tout arrosé d'eau, comme un jardin de Dieu et comme l’Egypte. "

15. EZECHIEL, XVI, 49 : " Voici quelle a été l'iniquité, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

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16. Lévitique, XVIII, 22-25 : " Vous ne commettrez point cette abomination, etc. (comme dans le corps de la réponse.) La femme ne se prostituera point non plus de cette manière à un animal, parce que c'est un crime. - Vous ne vous souillerez par aucune de ces infamies dont se sont souillés tous les peuples que je chasserai devant vous, - et qui ont déshonoré ce pays-là ; et je punirai moi-même les crimes détestables commis sur cette terre, en sorte qu'elle rejettera avec horreur ses habitants de son sein. "

17. Deutéronome, XXVII, 21 : " Maudit celui qui dort avec des bêtes, quelle qu'en soit l'espèce et tout le peuple répondra : Amen. "

18. Lévitique, XX, 13, 15-16,23 : " Si quelqu'un abuse d'un homme comme si c'était une femme, qu'ils soient tous deux punis de mort, comme ayant commis un crime exécrable ; leur sang retombera sur eux. - Celui qui se sera corrompu avec une bête, quelle qu'en soit l'espèce, sera puni de mort, et vous ferez aussi mourir la bête elle-même. - La femme qui se sera corrompue avec une bête, quelle qu'en soit l'espèce, sera punie de mort avec la bête, et leur sang retombera sur elles. - Ne vous conduisez point selon les lois des nations que je dois chasser de la terre où je veux vous établir ; car elles ont fait toutes ces choses, et je les ai en abomination. "

19. Exode, XXII, 19 : " Celui qui aura commis un crime abominable avec une bête sera puni de mort. "

20. JOEL, III, 2-3 : " J'assemblerai tous les peuples, et je les amènerai dans la vallée de Josaphat ; et là j'entrerai en jugement avec eux au sujet d'Israël mon peuple et mon héritage, qu'ils ont dispersé parmi les nations, et de ma terre qu'ils se sont partagée. - Ils ont tiré mon peuple au sort ; ils ont exposé des enfants dans des lieux de prostitution, et ils ont vendu les jeunes filles pour avoir du vin et s'enivrer. "

21. I Corinthiens, VI, 9-10 : " Ne savez-vous pas que ceux qui commettent l'injustice ne seront point héritiers du royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas : ni les fornicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les impudiques, ni les abominables, ni les voleurs, ni les ivrognes, etc., ne seront héritiers du royaume de Dieu. "

22. Romains, I, et I Timothée, I (comme ci-dessus, témoignage 3 et 4).

23. Galates, V, 19-21 : " Or, il est aisé de connaître les

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œuvres de la chair, qui sont la fornication, l'impureté l'impudicité, la dissolution, etc., - et autres semblables, au sujet desquelles je vous déclare comme je vous l'ai déjà dit, que ceux qui commettent ces crimes n'obtiendront point le royaume de Dieu. "

24. Genèse, XXXVIII, 8-10 : " Juda dit à Onan, son second fils : Epousez la femme de votre frère et vivez avec elle, afin que vous suscitiez des enfants à votre frère. - Onan voyant la femme de son frère aîné et sachant que les enfants qui naîtraient d'elle ne seraient pas à lui, empêchait qu'elle ne devînt mère et qu'on n'en vît naître des enfants qui seraient censé être nés de son frère. - C'est pourquoi le Seigneur le frappa de mort, parce qu'il faisait en cela une chose détestable. "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. GREGOIRE, Lib. XIV Moralium in Job, c. 10 (al. 5) : " L'Ecriture nous enseigne bien clairement que le soufre est la figure de la corruption de la chair, lorsqu'elle rapporte que Dieu fit tomber sur Sodome une pluie de feu et de soufre (Gen., XIX). Car, comme il avait résolu d punir les péchés de ce peuple abominable, il a voulu indiquer par le genre de la punition celui du crime. En effet, la puanteur est dans le soufre, et l'ardeur est dans le feu. En conséquence, ces hommes dont les infâmes désirs s'allumaient au foyer d'un cœur corrompu, méritaient bien d'avoir l'infection du soufre et les ardeurs du feu pour châtiment, afin qu'une peine si justement assortie leur fît comprendre à quels crimes épouvantables ils s'étaient abandonnés (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. II, p. 445). "

2. S. AUGUSTIN, Cité de Dieu, liv. XVI, c. 30 (Cf. La Cité de Dieu, trad. nouv. par L. Moreau, t. II, p. 505-506) : " Après cette promesse, Lot étant sorti de Sodome, une pluie de feu tombée du ciel réduisit en cendres cette ville et cette contrée impie, où les abominations de l'amour contre nature étaient devenues aussi communes que les actions permises par les lois ; mais la vengeance de ces crimes est une image du jugement de Dieu à venir. En effet, quand les anges défendent à ceux qu'ils sauvent de regarder en arrière, qu'est-ce à dire, sinon que, dépouillés du vieil homme par la grâce de la renaissance spirituelle, nous ne devons pas retourner de cœur à notre ancienne vie, si nous voulons conjurer les rigueurs suprêmes de la justice

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divine ? Enfin, là où elle s'est retournée, la femme de Lot demeure changée en statue de sel : vive leçon qui réveille le goût trop souvent blasé des fidèles. "

3. TERTULLIEN, Apologétique, c. 40 : " La Palestine n'avait pas encore reçu de l'Egypte l'essaim des Juifs, le berceau du christianisme ne s'y était pas encore formé, quand une pluie de feu consuma, sur les frontière de cette contrée, Sodome et Gomorrhe. Cette terre ravagée exhale encore l'odeur de l'incendie. Si quelques fruits croissent péniblement sur ses arbres, végétation trompeuse à l'œil, ils tombent en cendres sous la main qui les touche (Cf. Les Pères de l'Eglise, etc., tract. par M. de Genoude ; t. VIII, pag. 773. Voir sur ce sujet les Réponses de Bullet aux difficultés des incrédules). "

4. Le même, ou plutôt l'auteur inconnu du poème sur Sodome qui lui est attribué chapitre IV : " Nulle part je ne vois plus Sodome, nulle part ne se montrent plus ses édifices impies.

Nulle part on ne trouvera habitation plus désolée, habitants plus dénués de ressources. Toute cette contrée n'est qu'un bûcher, qu'un amas de cendres, dont la sombre couleur rappelle un antique incendie. Elle n'est plus, cette fertilité que Lot admirait autrefois. . . Personne n'est tenté de labourer une terre que le feu du ciel a rendue à jamais stérile. Si quelques sillons à demi tracés essaient d'offrir les dons de l'automne, les yeux peuvent un instant être enchantés à la vue de poires, de pêches ou de pommes qui invitent à les cueillir ; mais à peine touchés, ces mêmes fruits tombent réduits en cendres, et l'on ne trouve plus dans ses mains qu'une poudre vaine. Ainsi le ciel et la terre à la fois n'offrant de toutes parts qu'un vaste tombeau, la mer elle-même y est sans vie ; son calme est celui de la mort ; les chaudes haleines des zéphyrs n'y animent point ses flots ; les autans n'y font pas même bruir ses vagues, et ses abîmes ne recèlent aucun poisson, aucun coquillage, aucun monstre marin qui ait vie. . . . . "

" Voici un autre prodige que présente cette mer attristée. Tout ce qu'on y jette y surnage ; il semble que les corps y soient dépouillés de leur pesanteur ; si au contraire une légère étoupe, flottant sur sa surface dans une écaille comme dans une nacelle, y est allumé au contact de la flamme, et qu'ensuite cette flamme vienne à s'éteindre, les débris de l'embrasement iront

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au fond de l'abîme. C’est ainsi que Sodome et Gomorrhe rappelleront de siècle en siècle le châtiment infligé à ces hommes injustes, qui dans leur endurcissement avaient perdu la crainte de Dieu, et seront un perpétuel avertissement du soin avec lequel Dieu veille du haut du ciel au maintien de ses lois, et étend ses regards sur tout l'univers. "

5. S. CHRYSOSTOME, Hom. IV in Epistolam ad Romanos, de masculorum concubitoribus loquens : " Je ne crains pas d'affirmer que de pareils coupables sont pires que des homicides ; car il vaut mieux mourir, que de vivre en subissant un tel outrage. L'homicide, en effet, ne fait que sépare l'âme du corps, au lieu que cet impudique cause la perte de l'une comme de l'autre. Bref, quelque crime que vous imaginiez, vous ne le trouverez pas comparable à celui-là ; et si ceux qui consentent à en être les victimes sentaient bien leur malheur, ils préféreraient mille morts, plutôt que d'endurer cette ignominie. "

" Rien de plus contraire à la raison, rien de plus incompatible avec le devoir, que cet outrage fait à la nature. Car si saint Paul a dit au sujet de la fornication : Quelque autre péché que l'homme commette, c'est hors de son corps qu'il le commet, mais celui qui commet une fornication pèche contre son propre corps (I Cor., IV, 18) ; que dirons-nous de cette criminelle folie, qui surpasse la fornication en perversité au-delà de tout ce qu'on peut exprimer par le langage humain ? Car je ne dis pas seulement qu'en vous y laissant aller vous devenez femme, d'homme que vous étiez, mais je dis qu'en perdant votre dignité d'homme, vous n'acquérez pour cela rien des attributs de l'autre sexe, qu'ainsi vous déshonorez également les deux, et méritez la répulsion et les rebuts de l'un comme de l'autre. Et pour vous rendre la chose sensible, si quelqu'un vous offrait de vous métamorphose en cet animal dont le cynisme athénien a emprunté le nom, bien loin de l'écouter, ne le fuiriez-vous pas comme la peste ? Mais par ce crime que vous consentez à commettre, vous ne passez pas sans doute à l'espèce canine, mais vous devenez quelque chose de bien plus vil que cet animal ; car un chien est après tout utile à quelque chose, au lieu qu'un pédéraste n'est bon à rien. Que dirai-je en effet ? Si quelqu'un se vantait à nous de pouvoir rendre les hommes susceptibles d'enfanter comme les femmes, ne serions-nous pas indigné de sa proposition ? Mais ceux qui sont possédés de la rage dont nous parlons font de leur corps quelque chose de bien pire ; car il vaudrait mieux pour eux être tout-à-

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fait femmes, que de se faire femmes sans cesser d’être hommes, ou plutôt, d'abjurer, comme ils font, les deux sexes à la fois. Voulez-vous vous convaincre encore d'une autre manière de l’énormité de cette action ? Demandez pourquoi les lois punissent ceux qui font eunuque qui que ce soit de leurs semblables, et on vous dira que c'est uniquement parce que ceux qui le font portent atteinte à l’intégrité du sexe le plus noble. Pourtant, ceux qui se portent à cet acte dénaturé outragent moins la nature que les autres dont nous parlons ici ; car enfin les eunuques, même après avoir subi leur cruelle mutilation peuvent encore être employés à quelque service, au lieu qu'il n'y a pas d'êtres plus inutiles au monde qu'un homme perdu ainsi par la débauche : son corps et son âme ne sont plus que de la boue, que l'on ne peut plus même fouler aux pieds sans danger d'en contracter la souillure. Quels feux de l'enfer pourront être assez ardents pour expier d'aussi énormes crimes ? Que si vous souriez à ce nom d'enfer, si vous faites difficulté de croire à son existence, rappelez-vous le feu qui consuma Sodome : car voilà, oui, voilà même pour la vie présente une image de ce feu à venir. Comme Dieu prévoyait que beaucoup de gens voudraient douter de ce qui suivra la résurrection, il a fait tomber un jour ce feu dévastateur, pour engager les hommes à se former leur foi d'après les choses mêmes qu'il a mises sous leurs yeux. Tel est en effet cet incendie de Sodome ; et j'en prends témoin ceux qui se sont transportés sur les lieux, et qui ont vu de leurs yeux ces effroyables effets de la vengeance divine, ces traces ineffaçables des foudres célestes. Tâchez de concevoir combien ce péché doit être énorme, puisqu'il a comme contraint l'enfer à faire sur la terre cette irruption prématurée. Comme beaucoup de gens se moquaient de ce qu'ils en entendaient dire, Dieu a voulu, par ce prodige extraordinaire, leur rendre la chose plus croyable en faisant parler les faits. Si la pluie tombée sur Sodome n'était pas naturelle, c'est que les crimes de ses habitants ne l'étaient pas non plus ; et elle a inondé leur ville et leur contrée, comme une passion funeste inondait leurs âmes. C'est pour cela que cette pluie a produit des effets tout contraires à ceux que la pluie produit naturellement, puisqu'au lieu de fertiliser la terre et de lui faire produire des fruits abondants, elle l'a rendue inféconde et tout-à-fait stérile. Tel était aussi l'infâme commerce que pratiquaient entre eux les habitants de Sodome : il frappait les deux sexes à la fois d'impuissance et de stérilité. Y a-t-il rien de plus

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abominable qu'un homme qui s'est fait victime de cette monstrueuse passion ? Y a-t-il rien qui mérité mieux l'exécration du ciel et de la terre ? O fureur ! O aveuglement ! D'où est venue cette passion maudite et ennemie du salut des hommes ; d'autant plus leur ennemie, qu'elle fait périr leurs âmes et leurs corps à la fois ? O hommes indignes de ce nom, plus déraisonnables que les animaux sans raison, plus étrangers à la pudeur que les chiens qui courent nos rues ! Car ceux-ci reconnaissent du moins certaines lois dans leurs accouplements ; au lieu que vous y vous déshonorez tellement votre espèce, que vous la faites descendre au-dessous des plus vils animaux. Quel est le principe de ces vices monstrueux ? L'amour du plaisir et l'ignorance où l'on est de Dieu ; car du moment où l'on perd sa crainte, on devient ennemi de toute vertu (Cf. S. Chrysostomi opera, t. IX, p. 457-458, édit. de Montfaucon ; pag. 498-499, édit. Gaume). "

6. TERTULLIEN, de la Pudicité, c. 5 (al. 4) : " Quant aux autres emportements des passions qui attentent aux corps, aux sexes et aux lois de la nature, nous leur interdisons non-seulement le sanctuaire, mais même tout accès de l'église, parce que ce sont, je ne dis pas des péchés, mais des monstruosités (Cf. Les Pères de l’Eglise, etc., trad. par M. de Genoude, t. VII,

pag. 737). "

7. S. AUGUSTIN, Confessions, liv. III, c. 8 : " Les crimes contre nature, tels que ceux de Sodome, appellent partout et toujours l'horreur et le châtiment. Que si tous les peuples imitaient

Sodome, ils seraient tenus de la même culpabilité devant la loi divine, qui n'a pas fait les hommes pour user ainsi d'eux-mêmes. Car c'est violer l'alliance qui doit être entre Dieu et nous, que de profaner par de vils appétits de débauche l’ordre naturel dont il est l'auteur (Cf. Les Confessions, etc., trad. par L. Moreau, pag. 77). "

8. Le même, Epist. CIX (al. 211) ad Sanctimoniales : " L'amour que vous devez vous porter les unes aux autres n'est pas un amour charnel, mais une affection purement spirituelle, Car ces amusements immodestes, ces jeux indécents que se permettent, même entre personnes de leur sexe, des femmes qui ont mis en oubli les lois de la pudeur, doivent rester inconnus, non-seulement aux veuves et aux vierges consacrées à Jésus-Christ, mais même à toute femme et à toute vierge chrétienne. "

9. Le Code de Justinien, Lib. IX, tit. 9, ad legem Juliam de

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adulteris et stupro, lege XXXI Constantii et Constantis imperatorum : " Lorsque l'homme fait l'office de la femme, qu'attendre de ce commerce contre nature, où les sexes sont pris à rebours ; ou ce qui se pratique est tellement monstrueux, que c'est un crime même d'en parler ; où l'amour revêt une forme incompatible avec lui-même ; où il se dépouille de son attribut distinctif, qui est la fécondité ? Nous voulons que la loi s'arme de son glaive vengeur pour sévir exemplairement contre les enfants les qui se rendent ou se rendront coupables de ce crime monstrueux. "

10. S. JEROME, In cap. V Epistolæ ad Ephesios ; voir ce passage rapporté déjà à la question V des péché capitaux, témoignage 9, tome III, page 451.
 
 

Question IV

Que nous dit l’Ecriture du crime de l’oppression exercée à l’égard des pauvres ?

Vous n'attristerez et n’affligerez point l'étranger, dit le Seigneur, parce que vous avez été étrangers vous-mêmes dans le pays d’Egypte. Vous ne ferez aucun tort à la veuve et à l'orphelin. Si vous les offensez en quelque chose, ils crieront vers moi, et j'écouterai leurs cris : et ma fureur s'allumera contre vous ; je vous ferai périr par l’épée et vos femmes deviendront veuves, et vos enfants orphelins. C'est pour cela, je veux dire, par la cruelle oppression qu'elle faisait peser sur les Israélites, que l’Egypte fut frappée de tant de plaies, et que l’armée entière des Egyptiens finit par être engloutie dans la mer avec son roi Pharaon, cet implacable tyran qui avait porté la cruauté jusqu’à ordonner le meurtre de tous les enfants mâles du peuple hébreu. J’ai vu, dit le Seigneur, l'affliction de mon peuple qui est en Egypte ; j'ai entendu le cri qu'il jette à cause de la dureté de ceux qui ont l'intendance des travaux ; et sachant quelle est sa douleur, je suis descendu pour le délivrer des mains des Egyptiens. De là aussi cette menace que Dieu fait entendre par la bouche d’Isaïe : Malheur à ceux qui établissent des lois d'iniquité et qui font des ordonnances injustes pour opprimer les pauvres dans le jugement, pour accabler par la violence, malgré la justice de leur cause, les plus faibles de mon peuple, pour dévorer la veuve comme leur proie, et pour mettre au pillage le bien des pupilles. On lit dans le même prophète ce reproche adressé à l'injustice et à l'inhumanité des magistrats : Vos princes sont des infidèles ; ils sont les compagnons des voleurs ;

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tous aiment les présents, ils ne cherchent que le gain et l’intérêt. Ils ne font point justice aux pupilles, et la cause de la veuve n’a point d'accès auprès d’eux. On y lit encore ces autres paroles : Mon peuple a été dépouillé par ses exacteurs. Et il n'est pas douteux que souvent des villes et des provinces entières sont menacées des plus grands malheurs pour ce crime détestable que commettent sans scrupule leurs magistrats.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Exode, XXII, 24, 25-27 : "Vous ne contristerez ni n'affligerez l'étranger etc. (comme dans le corps de la réponse). - Si vous prêtez de l’argent à ceux de mon peuple qui sont pauvres parmi vous, vous ne les presserez point comme ferait un exacteur impitoyable, et vous ne les accablerez point d'usures. - Si votre prochain vous a donné son habit pour gage, vous le lui rendrez avant le coucher du soleil. - Car c'est le seul habit qu'il ait pour se vêtir, c'est la seule couverture qu'il ait pour mettre sur lui quand il dort ; s'il crie vers moi, je l'exaucerai : car je suis bon et compatissant. "

2. Deutéronome, XV, 7-11 : " Si, dans le pays que le Seigneur votre Dieu doit vous donner, quelqu'un de ceux de vos frères qui demeureront dans votre ville tombe dans la pauvreté, vous n'endurcirez point votre cœur et vous ne fermerez point votre main ; - mais vous l'ouvrirez au pauvre, et vous lui prêterez ce dont

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vous verrez qu'il aura besoin. - Gardez-vous de vous laisser surprendre à cette pensée impie, et de dire dans votre cœur : La septième année, qui est l'année de la rémission, approche ; et de détourner ainsi vos yeux de dessus votre frère qui est pauvre, sans vouloir lui prêter ce qu'il vous demande, de peur qu'il ne crie contre vous vers le Seigneur, et que cela ne vous soit imputé à péché. - Mais vous lui donnerez, et vous ne montrerez point un mauvais cœur lorsqu'il s'agira pour vous de soulager sa misère afin que le Seigneur votre Dieu vous bénisse en tout temps et dans toutes les choses que vous entreprendrez. - Il y aura toujours des pauvres dans le pays où vous habiterez. C’est pourquoi je vous ordonne d'ouvrir votre main à votre frère pauvre et sans secours, qui se trouvera demeurer avec vous dans votre pays. "

3. Ibid., XXIV, 10-13, 17 : " Lorsque vous redemanderez à votre prochain quelque chose qu'il vous devra, vous n'entrerez point dans sa maison pour en emporter quelque gage ; - mais vous vous tiendrez dehors, et il vous donnera lui-même ce qu'il aura. - S'il est pauvre, le gage qu'il vous aura donné ne passera pas la nuit dans votre maison ; mais vous le lui rendrez aussitôt avant le coucher du soleil, afin que, dormant dans son vêtement, il vous bénisse, et que vous soyez trouvé juste devant le Seigneur votre Dieu. Vous ne violerez point la justice dans la cause de l’étranger et de l'orphelin, et vous n’ôterez point à la veuve son vêtement pour qu'il vous tienne lieu de gage. "

4. Ecclésiastique, XXXV, 16-19 : " Le Seigneur ne fera point acception de personnes contre le pauvre, et il exaucera la prière de l'opprimé. - Il ne méprisera point la prière de l'orphelin, ni les gémissements que la veuve répandra devant lui. - Les larmes de la veuve ne descendent-elles pas sur son visage, et ne crient-elles pas vengeance contre celui qui les fait couler ? - Du visage de la veuve, elles montent jusqu'au ciel ; et le Seigneur, qui l’exauce, ne se plaira point à la voir pleurer. "

5. JEREMIE, XXI, 12 : " Maison de David, voici ce que dit le Seigneur : Rendez la justice dès le matin, et délivrez l'opprimé des mains de son persécuteur, de peur que mon indignation ne s'allume comme un feu, et qu'elle ne s’embrase sans que personne puisse l’éteindre, à cause de la perversité de vos pensées. "

6. Id., XXII, 3-5 : " Voici ce que dit le Seigneur : Agissez selon l'équité et la justice ; délivrez l'opprimé des mains de son persécuteur ; ne contristez ni l’étranger, ni l'orphelin, ni la veuve ;

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ne les opprimez pas injustement, et ne répandez pas le sang innocent en ce lieu. - Si vous observez avec soin cette ordonnance, il passera par les portes de ce palais des rois de la race de David, qui s'assiéront sur son trône, et qui monteront, eux et leurs serviteurs et leurs peuples, sur des chariots et sur des chevaux. - Que si vous n'écoutez point mes paroles, je jure par moi-même, dit le Seigneur, que ce palais sera réduit en une solitude. "

7. MALACHIE, III, 5 : " Je me hâterai de venir, pour être moi-même juge et témoin contre les empoisonneurs, contre les adultères et les parjures, contre ceux qui retiennent le salaire de l'ouvrier, qui oppriment les veuves, les orphelins et les étrangers, sans être retenus par ma crainte, dit le Seigneur des armées. "

8. II Samuel, XII, 1-6 : " Le Seigneur envoya donc Nathan vers David ; et Nathan étant venu le trouver, lui dit : Il y avait dans une ville deux hommes, dont l'un était riche, et l'autre pauvre. - Le riche avait un grand nombre de brebis et de bœufs ; - au lieu que le pauvre n'avait en tout qu'une petite brebis, qu'il avait achetée et nourrie, qui avait été élevé dans sa maison parmi ses enfants, mangeant de son pain, buvant dans sa coupe, et dormant sur son sein ; et il la chérissait comme sa fille. - Un étranger étant venu voir le riche, celui-ci ne voulut point toucher à ses brebis ni à ses bœuf pour lui faire festin ; mais il prit au pauvre sa brebis, qu'il donna à manger à son hôte. - David, indigné, dit à Nathan : Vive le Seigneur ! L'homme qui a fait cette action est un enfant de la mort. - Il rendra quatre fois le prix de la brebis, pour avoir agi de la sorte, et pour n'avoir point épargné le pauvre. "

9. Exode, VII, VIII, IX, X, XII et XIV, où sont rapportées les diverses plaies dont l'Egypte fut frappée en punition de l'oppression que Pharaon faisait peser sur le peuple hébreu. "

10. Exode, I, 8-16, 22 : " Cependant il s'éleva en Egypte un roi nouveau, à qui Joseph était inconnu. - Et il dit à son peuple : Vous voyez que le peuple d'Israël est devenu très-nombreux et plus fort que nous. - Venez, opprimons-le habilement, de peur qu'il ne se multiplie de plus en plus, et que s'il s'élève quelque guerre, il ne se joigne à nos ennemis, et qu'après nous avoir vaincus, il ne sorte de l’Egypte. - Il établit donc sur eux des intendants pour les accabler de travaux ; et les Israélites bâtirent à Pharaon des villes pour servir de magasins, Phithom et Ra-

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messès. - Mais plus on les opprimait, plus leur nombre se multipliait et s'élevait. - Les Egyptiens haïssaient les enfants d'Israël, et les affligeaient en les insultant ; - et ils leur rendaient la vie à charge, en les condamnant à des ouvrages de mortier et de briques, et aux travaux de la terre et au plus dur esclavage. - Et le roi d'Egypte parla aux sages-femmes des Hébreux, dont l'une se nommait Séphora et l'autre Phua, - et il leur fit ce commandement: Quand vous recevrez les enfants que viendront enfanter les femmes des Hébreux, et au moment de l'enfantement, si c'est un enfant mâle, tuez-le ; si c'est une fille, laissez-la vivre. . . - Alors Pharaon fit ce commandement à tout son peuple : Jetez dans le fleuve tous les enfants mâles qui viendront à naître et ne réservez que les filles. "

11. Ibid., XIV, 27-28 : " Moise étendit donc la main sur la mer, et dès la pointe du jour elle retourna au même lieu qu'elle avait auparavant occupé. Et les eaux vinrent à la rencontre des Egyptiens qui s'enfuyaient, et le Seigneur les enveloppa au milieu des flots. - Et les eaux se retournèrent et couvrirent les chars et les cavaliers de toute l'armée de Pharaon qui était entré dans la mer en poursuivant Israël, et il n'en échappa pas un seul. "

12. Ibid., III, 7 : " J'ai vu l'affliction de mon peuple, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

13. ISAIE, X, 1, 3-4 : " Malheur à ceux qui établissent, etc. (comme dans le corps de la réponse). - Que ferez-vous au jour où Dieu vous visitera, au jour des calamités qui viendront fondre sur vous des régions lointaines ? A qui aurez-vous recours ? A qui confierez-vous le soin de votre gloire, - pour n’être point accablés sous le poids des chaînes, pour ne pas tomber sous un monceau de corps morts ? Après tous ces maux, sa fureur n'est point encore apaisée, et son bras est toujours levé. "

14. Deutéronome, XXVII, 19 : " Maudit celui qui viole la justice dans la cause de l'étranger de l'orphelin et de la veuve. Et tout le peuple répondra : Amen. "

15. JOB, XXIV, 1-4,9-13 : " Les temps ne sont point cachés au Tout-Puissant ; ceux qui le connaissent ignorent ses jours. - Les uns outrepassent les limites de leurs terres, ravissent les troupeaux et les emmènent dans leurs pâturages. - Ils enlèvent à l'orphelin l'âne qui est toute sa richesse, et ils prennent à titre de gage le bœuf de la veuve. - Ils détournent le pauvre de la voie qu'il voudrait tenir, et les affligés de la terre se cachent à leur approche. - Ils

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ravissent le bien de l'orphelin, et ils dépouillent l’indigent. - Ils arrachent à ceux qui sont nus leurs derniers vêtements, et à ceux qui ont faim leurs dernières gerbes. - Ils se reposent sur le midi au milieu des tas de ceux qui, après avoir foulé le vin dans leurs pressoirs, sont épuisés par la soif. - Ils font gémir les hommes dans les villes, et les âmes blessées poussent leurs cris ; et Dieu ne tirera pas de tout cela une éclatante vengeance ? - Ils ont été rebelles à la lumière ; ils n'ont point connu les voies de Dieu, et ils ne sont point revenus dans ses sentiers. "

16. MATTHIEU, XXIII, 14 : " Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui, sous prétexte de vos longues prières, dévorez les maisons des veuves ; c'est pour cela que vous subirez une condamnation plus rigoureuse. "

17. ISAIE, I, 23 : " Vos princes, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

18. JEREMIE, V, 28-29 : " Ils sont gras, ils sont vigoureux ; et ils violent ma loi par les actions les plus criminelles : ils ne prennent point la défense de la veuve ; ils ne soutiennent point le droit du pupille, et ne font point justice aux pauvres. - Ne punirai- je point ces excès, dit le Seigneur, et ne me vengerai-je point d'une nation si criminelle ? "

19. ZACHARIE, VII, 8-11 : " Le Seigneur parla ensuite à Zacharie, et lui dit : - Jugez selon la vérité et que chacun exerce la miséricorde et la charité envers son frère - N'opprimez ni la veuve, ni le pupille, ni l'étranger ni le pauvre, et que nul ne forme dans son cœur de mauvais desseins contre son frère. - Mais ils n'ont pas voulu m'écouter ils m'ont tourné le dos, et ont appesanti leurs oreilles pour ne pas m'entendre. "

20. Psaume XCIII, 3-9 : " Jusqu’à quand, Seigneur, jusqu’à quand les pécheurs se glorifieront-ils ? - Jusqu’à quand leur bouche vomira-t-elle l'outrage ? Jusqu’à quand parleront-ils avec jactance, tous ces artisans d'iniquité ? - Ils ont, Seigneur, humilié votre peuple, ils ont opprimé votre héritage. - Ils ont mis à mort la veuve et l'étranger ; ils ont immolé l'orphelin. - Ils ont dit : Le Seigneur ne voit point, le Dieu de Jacob n'entend point. - Détrompez-vous, ô les plus insensés du peuple, hommes stupides, ayez enfin de la raison. - Quoi ! celui qui a construit l'oreille n'entendrait pas ? celui qui a formé l'œil ne verrait pas ? "

21. AMOS, V, 11-12 : " Parce que vous avez foulé aux pieds le pauvre, et que vous lui avez enlevé son froment, vous bâtirez des maisons, et vous ne les habiterez point, vous

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planterez des vignes délicieuses, et vous n'en boirez point le vin. - Car je connais vos crimes qui sont en grand nombre ; je sais que vous êtes puissants à faire le mal, que vous êtes les ennemis du juste, que vous recevez des présents, et que vous opprimez le pauvre à la porte des villes. "

22. ISAIE, III, 12, 14-15 : " Mon peuple a été dépouillé par ses exacteurs. - Le Seigneur entrera en jugement avec les anciens et les princes de son peuple, parce que vous avez dévoré la vigne, et rempli vos maisons de la dépouille du pauvre. - Pourquoi foulez-vous aux pieds mon peuple ? pourquoi meurtrissez-vous de coups le visage des pauvres, dit le Seigneur Dieu des armées. "
 
 

Question V

Quel crime enfin y a-t-il, d’après l’Ecriture, à retenir ou à diminuer le salaire des ouvriers ?

Nous lisons dans l’épître de saint Jacques le reproche véhément que cet apôtre fait aux riches au sujet de leur avarice inhumaine, et de l'extrême injustice dont ils se rendent coupables en frustrant les ouvriers de leur salaire. Sachez, leur disait-il, que le salaire que vous faites perdre aux ouvriers qui ont fait la récolte de vos champs, crie contre vous, et que leurs cris sont montés jusqu'aux oreilles du Dieu des armées. L’Ecclésiastique contient sur ce même sujet les maximes suivantes : Un peu de pain, voilà la vie des pauvres ; celui qui le leur ôte est un homme de sang. Celui qui arrache à un homme le pain de ses sueurs, est comme celui qui assassine son prochain. Celui qui répand le sang et celui qui prive le mercenaire de sa récompense sont frères.

Voilà donc ce qui a été prescrit sur cet article par la loi de Dieu : Vous ne refuserez point à celui qui est indigent et pauvre ce que vous lui devez, n'importe qu'il soit votre frère ou qu'étant venu de dehors il demeure avec vous dans votre pays et dans votre ville ; mais vous lui rendrez le même jour le prix de son travail avant le coucher du soleil, parce qu'il est pauvre et qu'il n'a que cela pour vivre, de peur qu'il ne crie contre vous vers le Seigneur, et que le sujet de ses cris ne vous soit imputé à péché.

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TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. JACQUES, V, 4 : " Sachez que le salaire, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

2. Ecclésiastique, XXXIV, 23 : " Un peu de pain, voilà la vie des pauvres, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

3. Ibid., VII, 22-23 : " Ne maltraitez point le serviteur qui travaille avec fidélité, ni le mercenaire qui vous prodigue sa vie. - Que le serviteur intelligent vous soit cher comme votre âme ; ne lui refusez pas la liberté qu'il mérite et ne le laissez pas tomber dans l'indigence. "

4. Deutéronome, XXIV, 14 : " Vous ne refuserez point à l'indigent, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

5. Lévitique, XIX, 13 : " Vous n'opprimerez point votre prochain, et vous n'usurperez point son bien ; le prix du mercenaire qui vous donne son travail ne demeurera point chez vous jusqu'au matin. "

6. Tobie, IV, 15 : " Lorsqu'un homme aura travaillé pour vous, payez-lui aussitôt son salaire, et que la récompense du mercenaire ne demeure jamais chez vous. "

7. MALACHIE, III, 5 : " Alors je me hâterai de venir, pour être moi-même juge et témoin contre les empoisonneurs, contre les adultères et les parjures, contre ceux qui retiennent le salaire de l'ouvrier, qui oppriment les veuves, les orphelins et les étrangers, sans être retenus par ma crainte, dit le Seigneur des armées. "
 
 

Question VI

A quelle partie de la doctrine chrétienne convient-il de rapporter toute cette étude sur les péchés et à quoi peut-elle être utile ?

Cette étude se rapporte à la première partie de la justice chrétienne, qui consiste à discerner et à éviter le mal. Le fruit doit en être de faire un sage discernement de ce qui est mal, ou con-

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traire à la loi de Dieu, et par-là même au salut des hommes, afin de s'en préserver, ou de l'expier par une prompte pénitente, si l'on ne s'en est pas suffisamment garanti.

Cette étude nous fait connaître en même temps en quoi le sage diffère de l'insensé et le juste de l'impie : car, comme nous le dit l'écrivain sacré, le sage craint et se détourne du mal ; l’insensé passe outre, et se croit en sûreté. En effet, l'insensé ne reçoit point les paroles de prudence, si vous ne lui parlez selon ce qu'il a dans le cœur, comme l'atteste Salomon, qui a dit encore ces paroles : Le sentier des justes est comme la rivière qui va toujours croissant jusqu’à ce qu'elle illumine tout l'espace. La voie des méchants n’est que ténèbres ; ils ne savent où ils tombent. La plupart des hommes, avouons-le, vivent dans une ignorance honteuse relativement aux péchés dont nous venons de faire le détail et qui perdent les âmes en tant de manières ; d'autres, quoiqu'ils en aient la connaissance distincte, ne prennent pas soin de les éviter ou ne les détestent pas comme ils le doivent. Mais les plus coupables de tous sont ceux qui s'endurcissent dans l'habitude du péché et auxquels s'applique cette maxime du Sage : Lorsque le méchant est descendu au plus profond des péchés, il méprise tout ; mais l'ignominie et l'opprobre le suivent. Ce que le méchant dont veut parler le Sage méprise en particulier, ce sont les règles de la justice chrétienne qui ont pour objet non-seulement la connaissance et le discernement des péchés mais les mesures à prendre pour s'en garantir ou pour les expier.

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TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

Proverbes, XIV, 16 ; XVIII, 2 ; IV, 18, 19 ; XVIII, 3 (comme dans le corps de la réponse).
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, De gratiâ et libero arbitrio, c. 3 : " Ceux-là mêmes qui ne connaissent pas la loi de Dieu ne seront pas pour cela exempts de punition ; car tous ceux qui ont péché sans être sous la loi, périront sans être jugés par la loi ; et ceux qui ont péché étant sous la loi, seront jugés par la loi (Rom., II, 12). Je ne crois pas que la pensée de l'Apôtre, lorsqu'il parlait ainsi, ait été de faire entendre que ceux qui pèchent sans connaître la loi seront jugés plus sévèrement que ceux qui la connaissent. Car, quoiqu’il semble que le mot périr dont il se sert à l'égard des premiers, soit plus dur que celui d’être jugé qu'il emploie à l'égard des seconds, il faut faire attention à la suite de son discours. Il parle en cet endroit des gentils et des juifs, dont les premiers n'étaient pas sous la loi, au lieu que les seconds y étaient assujettis. Or, qui oserait prétendre que les juifs qui pèchent sous la loi ne périront pas pour n'avoir pas cru en Jésus-Christ, parce que saint Paul dit d'eux qu’ils seront jugés parla loi ? C'est une vérité constante, que personne ne peut être sauvé sans la foi en Jésus-Christ. Ces juifs subiront donc un jugement qui les condamnera à périr éternellement. En effet, si la condition de ceux qui ignorent la loi de Dieu était pire que celle de ceux qui la connaissent, comment serait vraie cette parole de Jésus-Christ dans l’Evangile : Le serviteur qui n'a pas connu la volonté de son maître et qui fait des choses dignes de punition, sera battu plus légèrement ; mais celui qui connaît la volonté de son maître et qui fait des actions punissables, sera battu plus rudement ? Ce passage fait voir qu'un homme qui connaît la loi pèche plus grièvement que celui qui ne la connaît pas ; et il fait voir en même temps qu'il ne faut pas pour cela chercher une ressource dans les ténèbres de l'ignorance, pour y trouver une excuse. Car il y a bien de la différence entre ne pas savoir, et ne pas vouloir savoir. C'est une volonté très-condamnable dans un homme, que celle dont il est dit : Il n'a pas voulu s'instruire pour faire le bien (Ps. XXXV, 4). Pour ceux qui ne sont pas du nombre de ces personnes qui ne veulent pas savoir, mais qui sont simplement dans l'ignorance, leur ignorance ne les excuse pas de ma-

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nière à les exempter d'être punis par le feu éternel, quoique leur supplice puisse être moins rigoureux. Tel sera le sort de tous ceux qui n'ont pas la foi, quand même ce défaut de foi viendrait de ce que la foi ne leur aurait pas été prêchée. Car ce n'est pas sans fondement que David dit à Dieu : Répandez votre colère sur les nations qui ne vous connaissent pas (Ps. LXXVIII, 6), et que saint Paul nous apprend que le Seigneur viendra au milieu des flammes exercer sa vengeance sur ceux qui ne connaissent pas Dieu (II Thess., I, 8). Cependant cette ignorance même n'est pas pleinement involontaire. L'Ecriture nous en fournit une preuve, lorsqu'elle invite la volonté de l'homme à acquérir la science du salut, en nous disant : Ne soyez pas comme le cheval et le mulet qui n'ont pas d'intelligence (Ps. XXXI, 9). Et par-là elle enlève à l'homme le prétexte de dire : Je n'ai pas su, personne ne m'a instruit, j'ai manqué d'intelligence ; et de se croire pour cela innocent. Il est pourtant vrai qu'un tel homme, quoique coupable, l'est beaucoup moins que celui dont l'Ecriture fait ce portrait : Le mauvais serviteur ne sera pas corrigé par des paroles, parce qu'encore qu'il entende bien, il n'obéira pas (Prov., XXIX, 19). Enfin il y a une autre espèce de pécheurs. Ce sont Ceux qui disent avec sincérité : Je ne puis faire le bien qui m'est ordonné parce que je suis maîtrisé par ma convoitise. Ce pécheur ne s'excuse pas sur son ignorance ; il ne rejette pas non plus son péché sur Dieu ; il reconnaît le mal qui est en lui, et il en est affligé, et cependant saint Paul dit à ce même homme : Ne vous laissez pas vaincre par le mal, mais surmontez le mal par le bien (Rom., XII, 21). C'est à la volonté même que s'adresse ce précepte de ne pas se laisser vaincre : il l'avertit qu'elle n'est vaincue que parce qu'elle le veut. Car vouloir et ne pas vouloir, sont des actes propres de la volonté. "

2. Le même, Lib. III de libero arbitrio, c. 22 : " On ne fait point un crime à l'âme de ce qu'elle ignore naturellement, et de ce qui lui est naturellement impossible ; mais de ce qu'elle ne s'est pas appliquée à connaître ce qui est bien, et de ce qu'elle a négligé les moyens d'acquérir la facilité de le mettre en pratique (Cf. Les livres de saint Augustin sur le libre arbitre, pag. 286). "

3. S. BERNARD, Epist LXXVII ad Hugonem de sancto Victore : " Que ceux qui prétendent qu'on ne peut jamais pécher par ignorance, n'implorent donc jamais le pardon de Dieu pour leurs

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propres ignorances, mais qu'ils se moquent plutôt du Prophète, qui dit à Dieu : Ne vous souvenez, ni des fautes de ma jeunesse, ni de mes ignorances (Ps. XXIV, 7). Peut-être même trouveront-ils mauvais que Dieu ait prescrit des sacrifices pour le péché d'ignorance (Lev., IV, 2 et suiv.) Car voici ce que nous lisons dans le Lévitique que Dieu dit à Moïse : Si un homme pèche par ignorance en faisant quelqu'une des choses qui sont défendues par la loi du Seigneur, et qu'étant coupable de cette faute, il reconnaisse ensuite son iniquité, il prendra du milieu des troupeaux un bélier sans tache, qu'il offrira au prêtre selon la mesure et l’estimation de son péché (ibid., V, 47-48). Et encore : Le prêtre priera pour lui, parce qu'il a fait cette faute sans la connaître, et elle lui sera pardonnée (ibid., XVIII). Si l'ignorance n'est jamais péché pourquoi est-il dit dans l'Epître aux Hébreux, qu'il n'y avait que le seul pontife qui entrât dans le second tabernacle, et seulement une fois l’année, non sans y porter du sang, qu'il offrait pour ses propres ignorances, et pour celles du peuple (Hebr., IX, 7) ? S'il n'y a point de péchés d’ignorance, Saul n'a donc pas péché pour avoir persécuté l’Eglise de Dieu, puisqu'il l'avait fait dans l'ignorance, n'ayant pas la foi (I Tim, I, 13). Il faisait donc bien d'être blasphémateur, persécuteur, ennemi outrageux, plein de menaces, et ne respirant que le sang des disciples du Seigneur, ayant un zèle démesuré pour les traditions de ses pères ? Il ne devait donc pas dire : J'ai obtenu miséricorde (I Tim., I, 15) ; mais : J'ai reçu ma récompense puisque son ignorance l’excusait de péché et que de plus son zèle lui valait une récompense ? Si, dis-je, on ne pèche jamais par ignorance, qu'avons-nous donc à reprocher aux meurtriers des apôtres, puisque non-seulement ils ne savaient pas qu'ils fissent mal en les mettant à mort, mais qu'en outre ils croyaient faire en cela une chose agréable à Dieu (JEAN, XVI, 2) ? Enfin, ce serait vainement que le Sauveur sur la croix aurait prié pour ses bourreaux, puisqu'il a témoigné lui-même qu'ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient, et qu'ainsi ils n'auraient pas péché du tout. Car ce serait une impiété que de soupçonner le Seigneur Jésus de mensonge, dans ce témoignage qu'il a rendu de ses bourreaux qu'ils ignoraient ce qu'ils faisaient ; ou bien il serait à plus forte raison permis d'en soupçonner l’Apôtre, qui, jaloux sans doute de l’honneur de ses frères selon la chair, aurait dit pour les justifier : S'ils eussent connu la sagesse de Dieu, ils n'eussent jamais crucifié le Seigneur de la gloire (I Cor., II, 7). N’est-il pas assez clair par tous ces exemples, que celui-là est

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enseveli dans les plus épaisses ténèbres de l'ignorance, qui ignore qu'on puisse quelquefois pécher par ignorance ? "

4. S. CHRYSOSTOME, Hom. XXVI in Epist. ad Romanos : " La vie présente est une carrière où chacun de nous est obligé de lutter, et d'avoir continuellement les yeux ouverts, et ouverts de tous côtés, bien persuadé que l'ignorance serait une excuse insuffisante. Car il y a, n'en doutez pas, des châtiments réservés aussi à l'ignorance, lorsqu'elle n'a rien pour se faire pardonner. Telle était celle des Juifs, telle était aussi celle des gentils. Il est vrai que, lorsqu'on est dans l'impuissance de savoir certaines choses, on n'est pas coupable de les ignorer ; mais lorsqu'au contraire on peut aisément s’en instruire, et qu'on refuse de s'en donner la peine, l'ignorance est alors très-punissable. Si, au lieu de nous endormir dans une coupable nonchalance, nous faisons ce qui est en notre pouvoir, Dieu sans doute nous tendra la main pour nous aider à connaître les choses que nous ignorons encore ; et c'est ce que saint Paul faisait entendre aux Philippiens, lorsqu'il leur disait : Si vous avez quelque sentiment qui ne soit pas conforme à la vérité, Dieu vous découvrira ce que vous devez en croire. Mais si nous ne voulons pas faire même ce qui dépend de nous, nous n'avons point à espérer ce secours divin. "

5. S. AUGUSTIN, Enchirid. ad Laurent., c. 80 (al. XXIV, 21) : " Des péchés énormes et des plus détestables sont regardés comme légers ou même nuls, dès qu'une fois ils sont passés en coutume ; jusque-là que, loin de s'en cacher, on les publie et on s'en fait gloire. Alors se vérifie ce que dit l'Ecriture (Ps. LX, Hébr., X, 3), que l'impie se glorifie de ses désirs déréglés et que l'avare s'applaudit à lui-même. Ces sortes de péchés autorisés par coutume sont appelés dans les livres saints un cri. C'est l'expression dont se sert le prophète Isaïe en représentant les Juifs sous la figure d'une vigne ingrate et stérile : J'ai attendu, fait-il dire à Dieu (V, 7), qu'elle portât des fruits de justice, et je ne vois qu'iniquité en elle ; des actions d'équité, et à la place ce n’est qu'un cri. C'est encore ainsi que le Seigneur s'exprime dans la Genèse (XVIII, 20) : Le cri de Sodome et de Gomorrhe devient de plus en plus fort. Ce qui signifie que les abominations qui se commettaient dans ces villes infâmes, non-seulement n'y étaient pas punies, mais y étaient même autorisées et pour ainsi dire érigées en loi. Nous voyons de même de notre temps plusieurs désordres, moins graves il est vrai,

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tellement passés en usage, que nous n'oserions pas excommunier un laïc, ni même dégrader un clerc qui en serait coupable. C'est pourquoi expliquant, il y a quelques années, l’Epitre aux Galates, et étant arrivé à cet endroit (IV, 11) où l'Apôtre dit : Je crains d’avoir travaillé en vain parmi vous, je ne puis m'empêcher de m'écrier : " Malheur à nous, pécheurs que nous sommes, et à qui les péchés sans exemples sont les seuls qui inspirent de l'horreur. Quant aux péchés devenus ordinaires, quoique ce soit pour les expier que Jésus-Christ a versé son sang, quoiqu'ils soient si grands qu'ils ferment le royaume de Dieu à ceux qui les commettent, nous sommes comme forcés de les tolérer à force de les voir se multiplier, et même d'en commettre de semblables à force de les tolérer dans nos frères. Et Dieu veuille encore que nous ne nous portions pas à faire tous ceux que nous ne saurions empêcher les autres de commettre ! "
 
 

Article VI. - DE L’EPIATION DES PECHES.


Question I

Comment nos péchés peuvent-ils être expiés ?

Il est incontestable avant tout, que Jésus-Christ est la victime de propitiation offerte pour nos péchés, qu’il est cet agneau de Dieu qui efface les péchés du monde, et que lui seul a pu nous en mériter le pardon, comme c'est lui aussi qui seul peut nous en purifier.

Il est certain, ensuite, que c'est par la foi, comme l'a dit saint Pierre, que Dieu purifie nos cœurs, attendu que la foi est la porte du salut pour tous les hommes, qu'elle en est le fondement, et que sans elle personne ne saurait obtenir ou espérer le pardon ou l'expiation de ses péchés. Or, ceux-là n'ont pas la foi, qui contredisent en quelque point que ce soit la foi de l’Eglise, quand même, par une confiance présomptueuse, ils se promettraient, à eux-mêmes ou aux autres, la rémission de leurs

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péchés et la grâce de la justification en vertu des mérites de Jésus-Christ.

Pour ceux au contraire qui demeurent attachés à la foi de l’Eglise et vivent dans son unité, ils ont pour expier leurs péchés plusieurs moyens qui leur sont proposés dans l'Ecriture, mais principalement le sacrement de Pénitence, qu'ils ne pourraient négliger, sans se rendre par-là même tout le reste inutiles. Car c'est là le remède nécessaire autant qu'efficace, que Jésus-Christ, ce divin médecin de nos âmes, a établi pour nous guérir de tous nos maux spirituels, et qu'il nous a recommandé par ces paroles adressées aux apôtres, et dans leurs personnes aux prêtres : Les péchés seront remis à ceux a qui vous les remettrez.

En second lieu, les péchés sont effacés et expiés par les aumônes ; car il est écrit : L'aumône délivre de tout péché et de la mort, et elle ne laissera point tomber l’âme dans les ténèbres. Le Prophète a donné en conséquence cet avertissement : Rachetez vos péchés par des aumônes et vos iniquités par des œuvres de miséricorde envers les pauvres.

En troisième lieu, nos péchés nous sont remis lorsque nous pardonnons à nos frères, quelque offense que nous en ayons reçue puisque Notre-Seigneur a dit : Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera vos péchés à vous-mêmes.

En quatrième lieu, nous obtiendrons le même avantage, si nous exerçons la correction fraternelle envers quelqu'un de nos frères que nous verrons tomber en faute, et que nous le gagnons à Dieu par ce moyen, puisqu'il est écrit : Celui qui convertira un pécheur et le retirera de son égarement, sauvera une âme de la mort, et couvrira la multitude de ses péchés.

Cinquièmement, c'est encore ce que nous méritera la pratique sincère de la vertu de charité, cette vertu si puissante pour obtenir et accomplir toute espèce de bien, puisque Notre - Seigneur a dit au sujet de Magdeleine : Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé. Il est dit encore : La charité couvre la multitude des péchés.

Sixièmement, le sacrifice d'un cœur contrit, que Dieu ne méprise jamais, une humble connaissance de nous-mêmes accompagnée de la confession de nos péchés nous procurera aussi cet avantage. Car Dieu regarde la prière de ceux qui sont dans l’humiliation, et il ne méprise point leurs demandes. De là

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encore ce témoignage que rend David au sujet de lui-même : J’ai dit : Je déclarerai au Seigneur et confesserai contre moi-même mon injustice ; et vous m'avez aussitôt remis l'impiété de mon péché. Saint Jean aussi promet la même grâce à tous ceux sans exception qui confessent sincèrement leurs péchés. Si nous confessons nos péchés, écrivait cet apôtre, Dieu est fidèle et juste, et c'est assez pour qu’il nous les remette, et qu'il nous purifie de toute iniquité. Aussi les Ninivites, pour s’être empressés de s'humilier et de faire pénitence, réussirent-ils à apaiser la colère de Dieu toute prêt à les frapper, et à détourner de dessus leur ville et de leur patrie les fléaux dont elle était menacée. C’est ce qui a fait dire à l'écrivain sacré : Dieu considéra leurs œuvres il vit qu'ils s'étaient convertis en quittant leur mauvaise voie ; et la compassion qu'il eut d’eux l’empêcha de leur envoyer les maux qu'il avait résolu de leur faire.

Enfin, nous apprenons de même par le témoignage de l'Ecriture, que tout acte de piété vraie et sincère, comme ceux que nous venons de rapporter et autres semblables, quand ils ont pour principe la grâce de Jésus-Christ expient les péchés de ceux qui les pratiquent en esprit de pénitence, pourvu, comme nous l'avons observé, qu'ils n'aient pas d'autre croyance que celle de l’Eglise et qu'ils soient dans sa communion. C'est cette vérité que l'Apôtre avait en vue, lorsqu'il donnait l'avis suivant aux Corinthiens : Ayant reçu de Dieu de telles promesses, mes chers frères, purifions-nous de tout ce qui souille le corps ou l'esprit, achevant l'œuvre de notre sanctification dans la crainte de Dieu. Les paroles suivantes de saint Jacques ne sont pas moins solennelles : Lavez vos mains, pécheurs et purifiez vos cœurs vous qui avez l’âme partagée, affligez-vous vous-mêmes ; soyez dans le deuil et dans les larmes ; que vos cris se changent en pleurs, et votre joie en tristesse. Humiliez-vous en la présence du Seigneur, et il vous délivrera.

Car comme le dit saint Augustin, dont nous répétons encore une fois les paroles, ce n'est pas assez d'amender ses mœurs et de quitter ses perverses habitudes, si l'on ne satisfait en même temps à Dieu pour les péchés qu'on a commis, par la douleur du repentir, par le sacrifice d'un cœur contrit et humilié, et par une pénitence accompagnée d'aumônes.

Quiconque au contraire, c'est encore saint Augustin qui parle, sachant qu'il est engagé dans quelque péché mortel, ne prend pas soin de s'en corriger, et d'en faire une longue pénitence, s'il en a le temps, en y joignant d'abondantes aumônes,

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et en prenant garde de faire de nouvelles chutes, il ne suffira pas, pour l'en purifier, de ce feu passager dont parle l'Apôtre écrivant aux Corinthiens, mais il sera irrémissiblement condamné au feu éternel. Car ce ne sont pas les péchés mortels, mais seulement les véniels qui pourront être effacé ou expiés après cette vie.

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TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Romains, III, 24-28 : " Etant justifiés gratuitement par sa grâce, au moyen de la rançon offerte par Jésus-Christ, - que Dieu a proposé pour victime de propitiation à tous ceux qui auront foi en son sang, afin de manifester sa justice, en remettant à ce prix les péchés commis depuis l'origine du monde ; - péchés qu'il a soufferts avec tant de patience, pour faire paraître en nos temps avec plus d'éclat et qu'il est juste lui-même et qu'il sait justifier tous ceux qui ont une vraie foi en Jésus-Christ : - quel sujet vous reste-t-il donc de vous glorifier ? Tout sujet semblable vous est enlevé. Et par quelle loi ? Est-ce par la loi des œuvres. Non, mais par la loi de la foi. - Car nous devons reconnaître que l'homme est justifié par la foi, sans qu'il soit besoin des œuvres de la loi. "

2. I JEAN, II, 1-2 : " Si quelqu'un pèche nous avons pour avocat auprès du Père Jésus- Christ qui est juste. - Et lui-même est la victime de propitiation pour nos péchés ; et non-seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux de tout le monde. "

3. Id., IV, 10 : " Cet amour consiste en ce que ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais que c'est lui qui nous a aimé le premier, et qui a envoyé son Fils comme victime de propitiation pour nos péchés. "

4. Id., I, 7 : " Mais si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière nous formons ensemble une même société ; et le sang de Jésus-Christ son Fils nous purifie de tout péché. "

5. JEAN, I, 29 : " Le lendemain, Jean vit Jésus qui venait à lui, et il dit : Voici l'Agneau de Dieu, voici celui qui efface les péchés du monde. "

6. MATTHIEU, I, 21 : " Elle enfantera un Fils, et vous lui

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donnerez le nom de Jésus car ce sera lui qui sauvera son peuple de ses péchés. "

7. I Corinthiens, I, 30-31 : " C'est par cette voie que vous êtes établi en Jésus-Christ, qui nous a été donné de Dieu pour être notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption ; - afin que, selon qu'il est écrit celui qui se glorifie ne se glorifie que dans le Seigneur. "

8. I Timothée, II, 5-6 : " Il n'y a qu'un Dieu et un médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, - qui s'est livré lui-même pour être le prix de la rédemption de tous, et pour rendre témoignage dans le temps marqué. "

9. Hébreux, I, 3 : " Comme il est la splendeur de sa gloire et le caractère de sa substance, et qu'il soutient tout par la puissance de sa parole, après nous avoir purifié de nos péchés, il est assis au plus haut des cieux à la droite de la souveraine majesté. "

10. Ibid., IX, 11-14 : " Mais Jésus-Christ, le pontife des biens futurs, étant venu dans le monde, est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire par un tabernacle plus grand et plus parfait, qui n'a point été fait de main d'homme, c'est-à-dire, qui n'a point été formé par la voie commune et ordinaire ; - et il y est entré non avec le sang des veaux et des boucs, mais avec son propre sang, au moyen duquel il nous a acquis une rédemption éternelle - Car si le sang des boucs et des taureaux, et l'aspersion de l'eau mêlée à la cendre d'une génisse sanctifie ceux qui ont été souillé, en leur donnant une pureté chamelle, - combien plus le sang de Jésus-Christ, qui par l'Esprit-Saint s'est offert lui-même à Dieu comme une victime sans tache, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes, pour que désormais nous rendions un culte agréable au Dieu vivant ? "

11. Actes, IV, 11-12 : " C'est cette pierre que vous autres architectes, avez rejeté, et qui est devenue la principale pierre de l'angle. - Et il n'y a de salut par aucun autre que par lui, car aucun autre nom sous le ciel n'a été donné aux hommes, auquel soit attaché notre salut. "

12. Ibid., XV, 7-9 : " Après qu'ils en eurent longuement conféré ensemble, Pierre se leva, et leur dit : Mes frères, vous savez qu'il y a longtemps que Dieu m'a choisi du milieu de vous, afin que les gentils entendissent par ma bouche la parole de l'Evangile, et qu'ils reçussent la grâce de la foi. - Et Dieu, qui connaît les cœurs en a rendu témoignage en leur donnant le

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Saint-Esprit aussi bien qu'à nous. - Et il n'a point fait de différence entre eux et nous, en purifiant leurs cœurs par la foi. "

13. Hébreux, XI, 1, 6 : " La foi est le fondement des choses que l'on doit espérer, et une pleine conviction des biens invisibles. - Or, sans la foi il est impossible de plaire à Dieu. "

14. Galates, II, 16 : " Sachant cependant que l'on n'est point justifié par les œuvres de la loi, mais par la foi en Jésus-Christ, nous avons cru nous-mêmes en Jésus-Christ afin d'être justifiés par la foi que nous aurions en lui, et non par les œuvres de la loi, parce que nul homme ne sera justifié par les œuvres de la loi. "

15. Id., III, 8 : " Aussi Dieu, dans l'Ecriture, prévoyant qu'il justifierait les nations par la foi, l'a annoncé par avance à Abraham en lui disant : Toutes les nations de la terre seront bénies en vous. "

16. Romains, III, 24 (comme ci-dessus, témoignage 1).

17. LUC, VII, 80 : " Or, il dit à la femme : Votre foi vous a sauvé ; allez en paix. "

18. Ephésiens, II, 8-10 : " Car c'est par la grâce que vous êtes sauvé en vertu de la foi ; et cela ne vient pas de vous, puisque c'est un don de Dieu : - cela ne vient point de vos œuvres afin que personne ne se glorifie. - Car nous sommes son ouvrage, ayant reçu un nouvel être en Jésus-Christ pour vivre dans la pratique des bonnes œuvres que Dieu a d'avance marquées à chacun de nous. "

19. JEAN, XX, 22 : " Ayant dit ces mots, il souffla sur eux, et leur dit : Recevez le Saint-Esprit ; - les péchés seront remis, etc. "

20. Tobie, IV, 9-12 : " Si vous avez beaucoup, donnez beaucoup ; si vous avez peu, ayez soin de donner de bon cœur de ce peu même que vous aurez. - Car vous amasserez ainsi un grand trésor et une grande récompense pour le jour de la nécessité ; - puisque l'aumône délivre de tout péché et de la mort, et qu'elle ne laissera point l'âme s'enfoncer dans les ténèbres. - L'aumône sera un sujet de grande confiance devant le Très-Haut pour tous ceux qui l'auront faite. "

21. Ibid., XII, 8-9 : " La prière accompagné du jeûne et de l'aumône, vaut mieux que tous les trésors et tout l'or qu'on peut amasser. - Car l'aumône délivre de la mort ; et c'est elle qui efface les péchés et qui fait trouver miséricorde et obtenir la vie éternelle. "

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22. Ecclésiastique, III, 14-17, 33-34 : "Mon fils, soulagez votre père dans sa vieillesse, et ne l'attristez point durant sa vie. - Si son esprit s'affaiblit, supportez-le, et ne le méprisez pas à cause de l'avantage que vous aurez sur lui ; car la charité dont vous aurez usé envers votre père ne sera point mise en oubli. - Dieu vous récompensera aussi pour avoir supporté les défauts de votre mère - Il vous établira dans la justice ; il se souviendra de vous au jour de l'affliction, et vos péchés se fondront comme la glace en un jour serein. - L'eau éteint le feu même le plus ardent, et l'aumône résiste au péché. - Dieu qui doit récompenser les bonnes œuvres la considère. "

23. Proverbes, XIII, 8 : " Les biens de l'homme riche lui servent à racheter son âme. "

24. Ibid., XV, 27 : " On se purifie de ses péché par l'aumône et par la foi. "

25. Ibid., XVI, 6 : " La miséricorde et la vérité rachètent le crime. "

26. LUC, XI, 41 : " Donnez l'aumône de ce que vous avez, et toutes choses seront pures pour vous. "

27. DANIEL, IV, 24 : " C'est pourquoi, ô roi ! suivez le conseil que je vous donne : rachetez vos péchés par les aumônes, et vos iniquités par des œuvres de miséricorde envers les pauvres. Peut-être que le Seigneur vous pardonnera vos offenses. "

28. ISAIE, I, 17-18 : " Apprenez à faire le bien, examinez tout avant de juger, relevez l'opprimé, protégez l'orphelin, défendez la veuve. - Et venez, et accusez-moi, dit le Seigneur, si vos péchés, quand même ils seraient rouges comme l'écarlate et le vermillon, ne deviennent comme la neige et comme la toison la plus blanche. "

29. Hébreux, XIII, 16 : " Souvenez-vous d'exercer la charité, et de faire part de vos biens aux autres ; car c'est par de tels sacrifices qu'on se rend Dieu favorable. "

30. MATTHIEU, VI, 14-15 : " Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi les vôtres. - Mais si vous ne pardonnez point aux hommes, votre Père ne vous pardonnera point non plus. "

31. LUC, VI, 37-38 : " Ne jugez point, et vous ne serez point jugés, ne condamnez point, et vous ne serez point condamné ; remettez, et on vous remettra ; - donnez, et on vous donnera ; et on versera dans votre sein une mesure pleine et pressée qui débordera. "

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32. MARC, XI, 25-26 : " Lorsque vous vous présentez pour prier, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez-lui, afin que votre Père qui est dans le ciel vous pardonne aussi vos offenses. - Que si vous ne pardonnez point, votre Père qui est dans le ciel ne vous pardonnera point non plus vos fautes. "

33. Ecclésiastique, XXVIII, 2 : " Pardonnez à votre prochain le mal qu'il vous a fait, et vos péchés vous seront remis quand vous en demanderez le pardon. "

34. JACQUES, V, 19-20 : " Mes frères, si quelqu'un d'entre vous s'éloigne du chemin de la vérité et que quelqu'un l'y fasse rentrer, - qu'il sache que celui qui convertira un pécheur et le retirera de son égarement sauvera son âme de la mort et couvrira la multitude de ses péchés. "

35. LUC, VII, 44-48 : " Et se tournant vers la femme, il dit à Simon : Voyez-vous cette femme ? Je suis entré dans votre maison : vous ne m'avez point donné d'eau pour laver mes pieds ; et elle au contraire a arrosé mes pieds de ses larmes, et les a essuyé de ses cheveux. - Vous ne m'avez point donné de baiser ; mais elle, depuis que je suis entré, n'a cessé de coller sa bouche sur mes pieds. - Vous n'avez point répandu d'huile sur ma tête, et elle a répandu ses parfums sur mes pieds. - C'est pourquoi je vous déclare que beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé mais celui à qui on remet moins, aime moins. - Alors il dit à cette femme : Vos péchés vous sont remis. "

36. Proverbes, X, 12 : " La haine excite les querelles, et la charité au contraire couvre toutes les fautes. "

37. I PIERRE, IV, 8 : " Avant tout, ayez une charité persévérante les uns pour les autres ; car la charité couvre la multitude des péchés. "

38. Psaume L, 19 : " Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un cœur touché de repentir ; vous ne rejetterez pas, ô mon Dieu ! un cœur contrit et humilié. "

39. LUC, XVIII, 13-14 : " Le publicain, au contraire, se tenant éloigné n'osait pas même lever les yeux au ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : Mon Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur. - Je vous déclare que celui-ci s'en retourna justifié chez lui, et non pas l'autre. "

40. MATTHIEU, XVIII, 32 : " Alors son maitre l'ayant fait venir, lui dit : Méchant serviteur, je vous avais remis tout ce que vous me deviez, parce que vous m'en aviez prié. "

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41. Ecclésiastique, XXI, 1 : " Mon fils, avez-vous péché, ne péchez plus à l'avenir ; mais priez pour vos fautes passées, afin qu'elles vous soient pardonnés. "

42. Psaume CI, 18 : " Il a accueilli les vœux du pauvre abandonné, et il n'il pas rejeté son humble prière. "

43. Ibid., XXXI, 6 : " J'ai dit, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

44. I JEAN, I : " Si nous confessons nos péchés, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

45. JONAS, III, 5-9 : " Les Ninivites crurent à Dieu ; ils ordonnèrent un jeûne public, et se couvrirent de cilices depuis le plus grand jusqu'au plus petit. - Cette nouvelle ayant été portée au roi de Ninive, il se leva de son trône, quitta ses habits, se couvrit d'un sac et s'assit sur la cendre. - Ensuite il fit crier partout et publier dans Ninive cet ordre : Que les hommes et les bêtes, les bœufs et les brebis, ne mangent rien : qu'on ne les mène point aux pâturages, et qu'ils ne boivent point d'eau. - Que les hommes soient couverts de sacs, ainsi que les animaux, et qu'ils crient vers Dieu de toute leur force ; que chacun se convertisse ; que chacun quitte sa mauvaise voie et l'iniquité dont ses mains sont souillées. - Qui sait si Dieu ne reviendra point à nous pour nous pardonner, s'il n'apaisera point sa fureur, et s'il ne révoquera pas l'arrêt de notre perte, qu'il a prononcé dans sa colère ? "

46. MATTHIEU, XII, 41 : " Les Ninivites s'élèveront au jour du jugement contre cette race, et la condamneront ; car ils ont fait pénitence à la prédication de Jonas, et il y a ici plus que Jonas. "

47. LUC, XI, 32 : " Les Ninivites s'élèveront au jour du jugement contre ce peuple, et le condamneront ; car ils ont fait pénitence à la prédication de Jonas, et cependant il y a ici plus que Jonas. "

48. I Rois, XXI, 25-29 : " Achab n'eut donc point son semblable en méchanceté, étant comme vendu pour faire le mal aux yeux du Seigneur ; car il y était excité encore par Jézabel sa femme. - Et il devint tellement abominable, qu'il suivait le culte des idoles des Amorrhéens, que le Seigneur avait exterminés à l'entrée des enfants d'Israël dans le pays. - Achab ayant entendu ces paroles déchira ses vêtements, couvrit sa chair d'un cilice, jeûna, et dormit enveloppé d'un sac, et il ne marchait plus que la tête baissée. Alors le Seigneur adressa sa parole à Elie de Thesbé et lui dit : - N'avez-vous pas vu Achab

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humilié devant moi ? Puis donc qu'il s'est humilié à cause de moi, je ne ferai point tomber sur lui, pendant qu'il vivra, les maux dont je l'ai menacé ; mais, sous le règne de son fils, je les ferai tomber sur sa maison. "

49. Sagesse, XI, 24 : " Vous avez compassion de tous les hommes, parce que vous pouvez tout ; et vous dissimulez leurs péchés afin qu'ils fassent pénitence. "

50. JONAS, III, 10: " Il vit, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

51. Nombres, XXV, 11-13 : " Phinées, fils d’Eléazar, fils du prêtre Aaron, a détourné ma colère de dessus les enfants d'Israël, parce qu'il a été animé de mon zèle contre eux, pour m'empêcher moi-même d'exterminer les enfants d'Israël dans ma fureur. - C'est pourquoi dites-lui que je lui donne la paix de mon alliance, - et que le sacerdoce lui sera assuré à lui et à sa race, par un pacte éternel parce qu'il a été zélé pour son Dieu, et qu'il a expié le crime des enfants d'Israël. "

52. Psaume CV, 30-34 : " Mais Phinées se leva, et il répara l'injure, et le fléau cessa ses ravages. - Et ce zèle lui valut le prix dû à la justice, comme il a été payé à sa race de génération en génération. "

53. Proverbes, X, 2 : " Les trésor de l'iniquité ne serviront de rien, mais la justice délivrera de la mort. "

54. Actes, VIII, 22-25 : " Faites donc pénitence d'un si grand péché et priez Dieu qu'il vous pardonne, s'il est possible, cette pensée de votre cœur ; - car je vois que vous êtes rempli d'un fiel amer, et engagé dans les liens de l'iniquité (dit saint Pierre à Simon le magicien). "

55. II Corinthiens, VII, 10 : " Car la tristesse qui est selon Dieu produit pour le salut une pénitence stable ; mais la tristesse de ce monde produit au contraire la mort. "

56. II Corinthiens, VII, 1 (comme dans le corps de la réponse).

57. II Timothée, II, 19-21 : " Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui, et, quiconque invoque le nom du Seigneur, qu'il s’éloigne de l'iniquité. - Au reste, dans une grande maison, il n'y a pas seulement des vases d'or et d'argent, mais il y en a aussi de bois et de terre ; et tandis que les uns servent à des usages honorables, les autres sont réservés à des usages honteux. - Celui donc qui se conservera pur en s'abstenant de ces choses dont j’ai parlé sera un vase d'honneur, un vase saint,

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propre au service du Seigneur et prêt pour toutes sortes de bonnes œuvres. "

58. JACQUES, IV, 8 : " Lavez vos mains, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

59. EZECHIEL, XVIII, 27 : " Et lorsque l'impie se sera détourné de l'impiété dans laquelle il aura été jusque -là, et qu'il agira selon l'équité et la justice, il rendra ainsi la vie à son âme. "

60. I Corinthiens, III, 12-15 : " Si ensuite on élève sur ce fondement un édifice d’or, d'argent, ou de pierres précieuses ou si l'on en élève un de bois, de foin, de paille, - l'ouvrage de chacun paraîtra enfin, et le jour du Seigneur le fera connaître tel qu'il est ; car c'est par le feu qu'il se manifestera ; et ce feu mettra à l'épreuve l'ouvrage de chacun. - Celui qui aura bâti sur ce fondement un ouvrage qui résiste à une telle épreuve en recevra la récompense. - Celui dont l'ouvrage aura été consumé par le feu, en souffrira de la perte : il ne laissera pas néanmoins d’être sauvé, mais ce ne sera que comme en passant par le feu. "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. Le concile de Trente, session V, canon 3 : " Si quelqu'un ose dire que le péché d'Adam, qui est un dans sa source, et qui étant transmis à tous par voie de propagation, et non d'imitation, devient propre à chacun, peut être effacé ou par les forces de la nature humaine, ou par quelque autre remède que par les mérites de Jésus-Christ Notre-Seigneur, l'unique médiateur, qui nous a réconcilié à Dieu par l'effusion de son sang, en se faisant ainsi notre justice, notre justification et notre rédemption ; ou si quelqu'un nie que ces mêmes mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ soient appliqués tant aux enfants qu'aux adultes, par le sacrement de Baptême quand il est conféré dans la forme prescrite par l’Eglise : qu'il soit anathème puisqu'il n'y a point d'autre nom sous le ciel, donné aux hommes, par lequel nous puissions être sauvés (Act., IV, 42) ; ce qui a donné lieu à cette parole : Voici l'agneau de Dieu, voici celui qui efface les péchés du monde (JEAN, I, 5) , et à cette autre : Vous tous qui avez été baptisés, vous avez été revêtus de Jésus-Christ (Gal., III, 27). "

2. Le même concile, session VI, chapitre 2 : " De là il est arrivé que le Père céleste, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui, tant avant la loi que sous la loi avait annoncé et promis Jésus-Christ son Fils à plusieurs saints

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patriarches, l'a envoyé aux hommes lorsque les temps ont été heureusement accomplis, pour racheter les Juifs qui étaient sous la loi, et faire embrasser la justice aux gentils qui ne la cherchaient pas, pour faire enfin de tous les hommes les enfants adoptifs de Dieu. C'est ce même Jésus-Christ que Dieu a proposé pour être, par la foi que nous aurions dans la vertu de son sang, la victime de propitiation pour nos péchés, et non-seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier. "

3. Même session, chapitre 7 : " La cause méritoire de notre justification, c'est le Fils unique et bien-aimé de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui, lorsque nous étions ses ennemis, nous l'a mérité en souffrant pour nous sur la croix par un effet de l'amour extrême dont il nous a aimés et a satisfait pour nous à Dieu le Père. "

4. Ibidem, chapitre 8 : " Quand nous entendons dire à l’Apôtre que l'homme est justifié par la foi, et d'une manière gratuite (Rom., V, 22), nous devons prendre ces paroles dans le sens que l'Eglise catholique s'est toujours accordée à leur attacher, et dans lequel elle les a toujours expliquées aux fidèles, savoir, qu'il est dit de nous que nous sommes justifiés par la foi, parce qu'en effet la foi est le commencement de notre salut, qu'elle en est le fondement, qu'elle est la racine de toute justification, et que sans elle il nous est impossible de plaire à Dieu (Hébr., XI, 6) et d’être rangé au nombre de ses enfants ; ensuite, que c'est gratuitement que nous sommes justifiés, parce que rien de ce qui précède la justification, soit la foi, soit les œuvres ne peut nous mériter la grâce de la justification elle-même : car, si c'est une grâce, elle n'est donc pas l'effet de nos œuvres autrement, comme le dit le même apôtre (Rom., XI, 6), et cette grâce n'en serait plus une. "

5. S. AUGUSTIN, Tract. LXVII in Evangelium Joannis : " On ne saurait rejeter avec trop de force ceux qui, abusant de ce passage de l’Ecriture (In domo Patris mei mansiones multæ sunt, JEAN, XIV, 2), veulent s'en servir pour établir un lieu mitoyen, hors du royaume des cieux, qui ne soit ni le paradis ni l'enfer, pour y placer les enfants morts sans baptême qui sans ce sacrement ne peuvent prétendre à ce royaume céleste. Une foi semblable n'est point la vraie foi ; car ce n'est point là la véritable foi catholique (Cf. Traité de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean, tome III, pag. 273-274). "

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6. S. LEON- LE-GRAND, Serm. IV de nativitate Domini : " Une foi véritable et sincère est le meilleur rempart qu'on puisse opposer (aux faux docteurs) ; cette foi incapable de changement, et à laquelle on ne peut rien ajouter, pas plus qu'on n'en peut rien retrancher. Si la foi n'est simple, dit l'Apôtre, ce n'est plus une véritable foi. Il n'y a qu'un Seigneur, qu'une foi et qu'un baptême. Il n'y a qu'un Dieu père de tous, qui est au-dessus de tous, qui étend sa providence sur tous, et qui réside en nous tous (Eph., IV, 5). Attachez-vous, mes frères à cette unité avec une fermeté inébranlable, afin de conserver la sainteté : que la foi vous aide à remplir tous les commandements du Seigneur : car sans la foi il est impossible de plaire à Dieu ; sans la foi il n'y a rien de saint, rien de chaste, rien qui ait vie. Le juste vit par la foi : celui qui la perd, en se laissant séduire par les artifices du diable, est mort, quoiqu'il paraisse vivant. Comme la foi est le principe de la justice, elle est aussi le principe de la vie éternelle, selon cette parole du Sauveur du monde : Or, la vie éternelle consiste à vous connaître vous qui êtes le seul Dieu véritable, et Jésus-Christ que vous avez envoyé (Cf. Sermons de saint Léon-le-Grand, pag. 119-120). "

7. ORIGENE, Hom., lib. II in Leviticum : " Vous venez de voir combien il y a dans la loi de sacrifices pour les péchés ; voyez maintenant combien il y a de moyens institués dans l’Evangile pour les remettre. L'Evangile nous montre le premier de tous dans le baptême que nous recevons pour la rémission de nos péchés, le second, dans le martyre souffert pour Jésus-Christ ; le troisième, dans l'aumône. Car le Sauveur a dit lui-même : Donnez l’aumône de ce que vous avez et tout sera pur pour vous (LUC, XI, 41). Le quatrième moyen d'obtenir la rémission de nos péchés, c'est de pardonner à nos frères les offenses dont ils se seraient rendus coupables envers nous. Car voici à ce sujet les paroles de Notre-Seigneur : Si vous remettez du fond du cœur à vos frères ce qu'ils vous doivent, votre Père vous remettra à vous-mêmes vos péchés ; si au contraire vous ne leur pardonnez pas du fond du cœur, votre Père ne vous pardonnera pas non plus. Lui-même nous a appris à dire dans nos prières : Remettez-nous nos dettes, comme nous remettons les leurs à ceux qui nous doivent (MATTH., VI, 12). Le cinquième moyen d'obtenir la rémission de nos péchés, c'est de convertir quelque pécheur et de le retirer de son égarement. Car voici comme s'en explique

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la sainte Ecriture : Celui qui convertira un pécheur et le retirera de son égarement, sauvera une âme de la mort, et couvrira une multitude de péchés (JAC., V, 20). Le sixième, c'est un amour ardent pour Dieu, ainsi que Notre-Seigneur l'a dit lui-même : Je vous le dis en vérité, beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu’elle a beaucoup aimé (LUC, VII, 47). L'Apôtre a dit aussi : La charité couvre la multitude des péchés (I PIERRE, IV, 8). Il est encore un septième moyen, quoique pénible autant que laborieux : c'est la pénitence, qui consiste en ce que le pécheur lave son lit de ses larmes, s'en repaisse la nuit et le jour, et ne rougisse pas de déclarer son péché au prêtre du Seigneur, et de lui en demander le remède, à l'exemple de celui qui a écrit ces paroles : J'ai dit : Je confesserai contre moi mon péché et vous m’avez pardonné le crime dont je m'étais rendu coupable (Ps. XXXI, 5). Par là on se conforme aussi à cet avertissement de l’apôtre saint Jacques : Quelqu'un est-il malade, qu'il appelle près de lui les prêtres de l’Eglise, et que ceux-ci lui imposent les mains et lui fassent des onctions avec de l'huile au nom du Seigneur, et la prière de la foi sauvera le malade, et s'il a des péchés ils lui seront remis. Vous donc, lorsque vous vous présentez pour recevoir le baptême, c'est comme si vous offriez un veau en sacrifice, car c'est dans la mort de Jésus-Christ que vous êtes baptisé. Etes-vous conduits au martyre, c'est un bouc que vous offrez alors, en portant un coup mortel au démon, auteur du péché. Lorsque vous faites l'aumône, et que vous vous laissez toucher de pitié pour les indigents, c'est la graisse des chevreaux dont vous chargez l'autel sacré. Si vous pardonnez du fond du cœur à votre frère l'offense dont il serait coupable envers vous, et qu'étouffant tout ressentiment contre lui, vous ne lui témoigniez que douceur, simplicité et franchise, soyez persuadé que vous avez immolé dans ce moment un bélier ou un agneau en sacrifice. Si, docile aux divines leçons et occupé nuit et jour à méditer comme une colombe et à étudier la loi du Seigneur, vous retirez quelque pécheur de son égarement qu'après lui avoir fait quitter les voies tortueuses du vice, vous le rappeliez à la simplicité de la colombe ; si vous le faites entrer dans la société des saints, et le portez ainsi à imiter la fidélité de la tourterelle ; sachez bien que vous avez offert en cela au Seigneur un couple de tourterelles ou deux petits de colombes. Si la charité, cette vertu plus grande que la foi et que l’espérance, vient à abonder dans votre cœur, en sorte que vous aimiez votre prochain, non-

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seulement comme vous-même, mais comme nous a appris à le faire celui qui a dit : Le plus grand amour qu'on puisse témoigner, c'est de donner sa vie pour ceux qu'on aime (JEAN, XV, 13) ; sachez alors que vous avez offert des pains de la plus fine fleur de farine, détrempés dans l'huile de la charité, dégagés de tout levain de malice et de corruption, purs azymes enfin de sincérité de vérité. Etes-vous dans les larmes et dans le deuil, plongez dans l'amertume de l'affliction, mortifiez-vous votre chair, travaillez-vous à la dompter par le jeûne et l'abstinence, pouvez-vous dire de vous-même que vous êtes dans la tribulation comme le métal dans la fournaise ; c'est un gâteau de pure farine, frite dans la poêle ou sur le gril, que vous aurez offert. De toutes ces manières, vous aurez offert, en suivant l'Evangile, des sacrifices plus véritables et plus parfaits, que tous ceux qu'Israël pouvait offrir en obéissant à la loi. "

8. S. AUGUSTIN, Lib. II contra Cresconium grammaticum, c. 12 : " Ceux qui vous quittent pour revenir à nous, ne font rien, pensez-vous, pour se purifier des actes de leur vie passés parce qu'ils ne se font pas baptiser de nouveau ; comme si les hommes ne pouvaient être purifiés de leurs erreurs qu'au moyen du baptême, tandis que (ce sacrement), qui est un, ne peut pas être réitéré. Mais on peut aussi être purifié par la parole de vérité et par celui qui a dit : Maintenant vous êtes purs à cause de la parole que je vous ai fait entendre (JEAN, XV, 5). On peut l’être encore par le sacrifice d'un cœur contrit et humilié et par celui dont il a été dit : Le sacrifice que Dieu demande est un cœur brisé par la douleur ; Dieu ne méprise point le cœur contrit et humilié (Ps. L, 19). On peut l'être de plus par les aumônes, et par celui qui a dit : Donnez l'aumône, et toutes choses seront pures pour vous (LUC, XI, /il). On peut être purifié enfin par la charité, qui surpasse tout le reste en excellence, et par celui qui a dit par l'organe de l'apôtre Pierre : La charité couvre une multitude de péchés (I PIERRE, IV, 8). Car avec la charité, tout se fait dans l'ordre ; sans la charité, tout se fait en pure perte. "

9. S. CHRYSOSTOME, Concione IV de Lazaro : " Si nous voulons échapper à ces châtiments terribles (du siècle à venir), à ce compte sévère que nous aurions à rendre alors, que chacun de nous rentre dans sa propre conscience, et que, déroulant à ses propres yeux sa vie entière, et entrant dans un détail circonstancié de toutes ses fautes, il se condamne lui-même, se punisse et se châtie lui-même, se demande compte lui-même

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de ses infidélités et que pour cela il s'excite, et à la componction, et au repentir, et aux larmes, et à la confession, et au jeûne, et à l'aumône, et à la continence, et à la charité, afin que par tous ces moyens nous puissions nous décharger ici-bas du poids accablant de nos péchés et passer avec confiance à une vie meilleure (Cf. S. Chrysostomi opera, t. Ier, p. 761-762, édit. de Montfaucon, page 953, édit. de Gaume). "

10. Le même, Hom. VII (al. 6) in Joannem : " Quittant donc cette vaine curiosité (qu'ont les hérétiques de scruter la foi), brisons nos cœurs par le repentir, pleurons nos fautes passées ainsi que le Christ nous l'a ordonné, pénétrons-nous de douleur au souvenir de nos crimes, demandons-nous à nous-mêmes un compte rigoureux de toutes nos infidélités passées, appliquons-nous à nous en purifier par la pénitence. Dieu a mis pour cela mille moyens à notre choix. Soyez, nous dit-il par son prophète, le premier à confesser vos fautes, et vous serez justifié (Is., XLIII, 26). Nous lisons de même dans les Psaumes : J'ai dit : Je confesserai contre moi-même mon injustice au Seigneur, et vous m'avez pardonné mon iniquité (Ps. XXXI, 5). Car rien n'est plus propre à atténuer nos fautes, que de nous les reprocher à nous-même et de les avoir sans cesse présentes à la mémoire. Il est cependant un autre moyen encore plus efficace que celui-là : c'est de n'avoir de ressentiment contre aucun de ceux qui nous ont offensé, et de leur pardonner à tous leurs offenses. Voulez-vous en apprendre un troisième ? Ecoutez Daniel vous dire : Rachetez vos péchés par des aumônes, et vos iniquités par la compassion exercée envers les pauvres (DAN., IV, 24). Disons encore un autre moyen, savoir, le recours fréquent à la prière, la persévérant dans les demandes que nous adressons au Seigneur. Nous trouverons aussi une puissante consolation avec l'expiation de nos péchés dans la pratique du jeûne pourvu que cette pratique ne nous fasse pas négliger le devoir de la charité fraternelle : soyons assurés que par-là nous éteindrons les foudres vengeurs de la colère de Dieu. Car, comme dit le Sage, l’eau éteint le feu le plus ardent, et l’aumône aussi résiste aux péchés (Ecclé., III, 33). Faisons-nous un devoir de mettre en pratique tous ces moyens. Si nous y sommes fidèles, si nous y sommes persévérants, si nous faisons de ces exercices l'occupation de toute notre vie, non-seulement nous effacerons nos fautes passées, mais encore nous nous assurerons

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les plus grands biens pour l'avenir. Car, par-là nous ôterons au démon toute occasion de nous assaillir et de nous faire succomber, soit à des tentations de volupté et de mollesse, soit à une fatale curiosité (Cf. S. Chrysostomi opera, t. VIII, p. 47, édit de Montfaucon ; page 54, édit. de Gaume). "

11. S. CYPRIEN, Lettre au peuple de Carthage, à l'occasion de cinq prêtres schismatiques du parti de Félicissime, Epist. XL (al. 59) : " Aujourd'hui ils méditent avec une astuce empoisonnée la ruine de ceux qui sont tombés, ils détournent des voies où se trouve la guérison tous ces combattants mutilés découragés par la tempête, et incapables dans leur faiblesse de prendre une résolution énergique qui les sauve ; ils suppriment les veilles, les prières, et toutes les œuvres de Dieu par lesquelles il faut fléchir assidûment le Seigneur, et invitent les coupables à une précipitation funeste par l'appât séducteur d'une paix perfide. Mêmes calculs, mêmes projets de ruine dans Félicissime et partisans. Ce qu'ils veulent, c'est que Dieu ne soit plus prié ; c'est que le parjure, après avoir renié Jésus-Christ, ne sollicite plus la miséricorde de celui qu'il a renié ; c'est que la pénitence ne succède plus à la faute ; c'est que l'évêque et le prêtre ne soient plus les ministres de la satisfaction ; c'est que, sur les ruines de l'autorité avilie de ceux-ci, on élève dans l’Eglise une doctrine nouvelle, sacrilège, contraire à la discipline de l'Evangile (Cf. Les Pères de l'Eglise, etc., trad. par M. de Genoude, t. V bis, pag. 112-113). "

12. Le même, lettre VIII (al. 7) au clergé et au peuple : " Je ne l'ignore pas, mes frères bien-aimés, pénétrés comme vous l'êtes de la crainte du Seigneur, vous lui adressez assidûment les plus ferventes prières. Néanmoins je viens faire un appel à votre religieuse sollicitude, et vous conjurer de désarmer le Seigneur, non plus seulement par des supplications, mais par des jeûnes, par des larmes, par des gémissements et par tous les moyens propres à le fléchir. . . "

" Les verges, les fléaux nous ont frappés parce que nous n'avons à présenter à Dieu ni bonnes œuvres pour lui plaire, ni satisfaction pour expier nos péchés. Implorons donc du fond du cœur et avec toute l'énergie dont nous sommes capables, la miséricorde de Dieu (Cf. Ibidem, pag. 42-43). "

13. Le même, Lett. XXVI (al. 28), Réponse des prêtres à Moïse,

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Maxime, etc., à saint Cyprien (Cf. Les Pères de l'Eglise, etc., trad. par M. de Genoude, t. V bis, pag. 84-85) : " Que devient la terreur des châtiments divins, si l'on accorde aux pécheurs un pardon si facile ? Au lieu de cela, il faut réchauffer doucement leur foi, la nourrir jusqu'au temps de sa maturité et leur apprendre à connaître, l’Evangile à la main, toute la gravité de leur faute. Loin de se prévaloir de leur nombre, qu'ils y trouvent plutôt un motif d plus pour nous de les réprimer Ce n'est pas la multitude insolente des coupables qui atténue la faute, mais plutôt la modération, la réserve, la patience, la discipline, l'humilité, la soumission qui attend et accepte le jugement à prononcer sur elle. Voilà quels sont les témoignages de la pénitence; voilà ce qui cicatrise les blessures ; voila ce qui relève les ruines d'un cœur qui s'est laissé abattre, ce qui étouffe les vapeurs encore brûlantes de nos péchés. Un médecin donne-t-il à un malade le même aliment qu’à un homme en bonne santé ? Non, sans doute ; au lieu de calmer les accès de la fièvre, une nourriture inopportune les exciterait davantage : le mal que la diète eût guéri en quelques jours, se prolonge par l'intempérance qui n'a pas su attendre. "

" Il faut donc que ces mains souillées par des sacrifices impies, se purifient par les bonnes œuvres : que ces bouches infectées par des viandes criminelles, soient lavées par les paroles d'un sincère repentir, et que le sanctuaire de l’âme se renouvelle dans le changement d'un cœur nouveau. Qu'on entende les gémissements multipliés du repentir. Que les larmes de la foi coulent incessamment de tous les yeux, afin que ces mêmes yeux qui ont contemplé criminellement les idoles, expient par des pleurs expiatoires la faute qu'ils ont commise. "

14. S. AUGUSTIN, Lib. L homiliarum, hom. L, c. 5, sive in libro de pænitentiæ medicinâ, c. 5 : " Ce n'est pas assez d'amender les mœurs, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

15. S. AUGUSTIN, Enchirid. ad Laurentium, c. 7 (al. 24 et 19) : " On ne doit pas se figurer qu'on puisse tomber tous les jours dans ces crimes qui excluent du royaume de Dieu ceux qui les commettent, pourvu qu'on les rachète tous les jours par des aumônes. Il faut commencer par changer de vie, et employer ensuite les aumônes pour obtenir de Dieu le pardon des péchés passés. Ce serait faire injure à Dieu, que de s'imaginer qu'on puisse acheter en quelque sorte de lui la liberté de pécher impunément. Dieu est assez miséricordieux pour effacer les péchés passés dans ceux

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qui s'efforcent de satisfaire comme il faut à sa justice ; mais il n'a accordé à personne la permission de pécher (Ecclé., XV, 21) (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. II, p. 401). "

16. S. CYPRIEN, De lapsis : " Il vous faut le prier sans relâche, passer tous vos jours dans le deuil, prolonger vos nuits dans les veilles et les larmes, consacrer tout le reste de votre vie aux gémissements de la pénitence, vous prosterner dans la poussière, vous rouler sur la cendre et le cilice. Après avoir perdu Jésus-Christ, ce riche et précieux vêtement de l'âme, il faut que vous fuyiez les vains ornements du siècle. Après avoir touché aux viandes du démon, il ne faut plus aimer que le jeûne. Il faut que vous vaquiez aux œuvres de justice qui ont pour effet de nous purifier de nos péchés et que vous fassiez de fréquentes aumônes, parce que l'aumône rachète les âmes de la mort. Rendez à Jésus-Christ ce que le démon lui a enlevé. Comment garder, et surtout comment chérir un patrimoine qui n'a servi qu’à vous séduire et à vous vaincre ? Il faut fuir les biens que vous possédez comme on fuirait un ennemi, un poignard ou un poison qui donne la mort. S'ils restent entre vos mains, qu'ils servent du moins à la rançon de vos crimes. Faites-en d'amples aumônes, employez-les toutes entières à guérir les plaies de vos âmes, placez-les à intérêt entre les mains de Dieu qui nous jugera. Voilà comment était vive la foi sous les Apôtres ; ainsi les premiers chrétiens accomplissaient-ils les préceptes de Jésus-Christ. Ardents, prodigues de leurs biens, ils les abandonnaient tout entiers aux Apôtres pour être distribué aux indigents, et cependant ils n'avaient pas à expier de semblables crimes. Je le déclare : si vous priez de tout votre cœur, si vous versez des larmes, si vous poussez les gémissements d'une sincère pénitence, si vous sollicitez le pardon de votre faute par les œuvres non interrompues de la miséricorde, vous pourrez trouver grâce devant celui qui a dit avec bonté (EZECH., XVIII et XXXIII) : Quand, vous tournant vers moi, vous gémirez alors vous serez sauvé et vous saurez en quel abîme vous étiez. Et encore (EZECH., XXXIII, 11) : Je ne veux pas la mort de celui qui meurt, mais qu'il se convertisse et qu'il vive. Et le prophète Joël inspiré par le Seigneur lui-même, ne proclame-t-il pas ainsi la puissante bonté du Seigneur (JOEL, II, 13) : Revenez au Seigneur votre Dieu ; car il est doux, clément, patient, et prodigue de pardon, et il sait révoquer les arrêts de sa justice.

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Oui, le Seigneur peut faire grâce aux coupables et révoquer ses arrêts. Il peut pardonner miséricordieusement au repentir sincère qui se manifeste par la prière et par les œuvres. Il peut sanctionner ce que les martyrs ont demandé et ce que les prêtres ont fait en faveur de pareils suppliants. Il y a plus : si la colère divine est entièrement apaisée, l'outrage réparé et l'expiation surabondante, il peut se faire que le Seigneur, renouvelant les forces du vaincu, confie de nouveau à ses mains les armes de la foi. Je le vois déjà, cet athlète, instruit par la douleur, aguerri par la défaite, provoquer l'ennemi, et recommencer les combats du Seigneur. Le chrétien déchu qui satisfera ainsi à la justice de Dieu, et qui, puisant dans le repentir et la honte de sa chute même un nouvel accroissement de courage et de foi, se relèvera ainsi avec honneur par le secours divin, réjouira l’Eglise autant qu'il l'avait attristée et méritera non plus seulement le pardon, mais la couronne (Cf. Les Père de l’Eglise, etc., trad. par M. de Genoude, t. V bis). "

17. S. AUGUSTIN, Serm. XLI de Sanctis, qui est sermo quartus de animabus fidelium defunctorum : " Quiconque, sachant qu'il est engagé dans quelque péché mortel, etc. (comme dans le corps de la réponse). " Voir ce même passage cité plus au long au chapitre du sacrement de Pénitence, question IX, témoignage 15, tome III, page 113.

18. Le même, Lib. L homiliarum, hom. XVI, comme plus haut, du sacrement de pénitence question IX, témoignage 15, tome III, page 113.

19. Le même, Enchirid. ad Laurentium, c. 23 (al. LXVII, n. 18) : " Il y a des personnes qui croient que tous ceux qui ne renoncent pas à la foi en Jésus-Christ et qui, ayant été baptisé dans l’Eglise catholique, ne s'en séparent ni par le schisme ni par l'hérésie, seront sauvés en passant par le feu, quand même ils auraient persévérés jusqu’à la mort dans les plus grands crimes, sans les effacer par la pénitence ni les racheter par des aumônes. Ces personnes avouent bien que ces mauvais chrétiens seront punis longtemps à proportion de la grandeur de leurs crimes ; mais elles prétendent que le feu qui les brûlera ne sera pas éternel Pour moi, le jugement le plus favorable que je puisse porter de ceux qui, étant d’ailleurs catholiques, ont une pareille pensée c'est qu'ils se laissent tromper par un certain sentiment d'humanité et de compassion toute naturelle. Car

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assurément, si nous consultons sur ce point l’Ecriture sainte, nous y trouverons une doctrine bien différente. J’ai composé sur cette question un traité qui a pour titre : De la foi et des œuvres. J’ai prouvé comme je l'ai pu, avec l'aide du Seigneur, par l’autorité des saintes Ecritures, que la foi qui sauve n'est autre que celle que saint Paul a caractérisée très-clairement, quand il a dit qu'en Jésus-Christ ni la circoncision ni l'incirconcision ne servent de rien, mais que ce qui sert beaucoup c'est la foi qui opère par l’amour (Gal., V, 6). Si donc un chrétien fait de mauvaises actions au lieu de bonnes, sa foi alors, selon l'apôtre saint Jacques, est certainement une foi morte en elle-même (JAC, II, 17). Cet apôtre dit encore : Si quelqu'un dit qu'il a la foi, et qu'il n'ait pas de bonnes œuvres, sa foi pourra-t-elle le sauver (JAC., II, 14) ? Or, si un homme qui vit dans le crime devait, par cela seul qu'il a encore la foi, être sauvé en passant par le feu, et si c'était ainsi qu'il faudrait entendre ce mot de saint Paul : Il sera sauvé mais pourtant comme à travers le feu (I Cor., III, 15), il s'ensuivrait que la foi sans les œuvres pourrait sauver, et que ce qu'enseigne saint Jacques, apôtre comme saint Paul, serait faux. Saint Paul lui-même aurait parlé faussement, quand il a dit : Ne vous y trompez pas : ni les fornicateurs, ni les idolâtres ni les adultères ni les efféminés, ni les abominables, ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, ni les médisants, ni les ravisseurs du bien d'autrui, ne posséderont le royaume de Dieu (I Cor., VI, 9 et suiv.). Car enfin, si les chrétiens qui persévèrent dans ces crimes ne laissent pas d'être sauvés en considération de leur foi en Jésus-Christ, comment l’Apôtre aurait-il pu dire qu'ils n'entreront pas dans le royaume de Dieu (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. II, p. 394-396) ? "

20. Le même, Lib. de fide et operibus, c. 16, comme plus haut, chapitre du sacrement de Pénitence, question IX, témoignage 6, tome III, p. 107.

21. Le même, Lib. de octo quæstionibus Dulcitii, quæstione I, ut ibidem.
 
 

Question II

Que doit-on penser au sujet des péchés légers ?

Ce qu'il faut en penser, c'est que ces sortes de péchés légers tels que les distractions, les paroles oiseuses, le rire immodéré

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et autres semblables, qu'on a coutume d'appeler fautes journalières ou vénielles et dont on ne peut être entièrement exempt dans cette vie, car, comme dit l'Apôtre nous manquons tous en bien des choses, quoiqu'ils ne donnent pas la mort à l'âme, et qu'ils semblent peu considérables, ne doivent pas cependant être commis sans scrupule, ainsi que nous l'avons déjà observé. Car tous ces péchés déplaisent à Dieu, ou, comme dit saint Paul, contristent le Saint-Esprit, troublent la conscience, refroidissent la charité, arrêtent le progrès des vertus, et conduisent à d'autres péchés plus graves ou à des tentations plus dangereuses. De là ces maximes du Sage : Celui qui ne tient pas compte des petites choses, tombera peu a peu : Celui qui aime le danger, périra dans le danger : Tel fait une seule faute, a qui il en coûte la perte de grands biens.

Préservons-nous donc, autant que possible, de ces taches qui ternissent toujours plus ou moins la beauté de l'âme, puisqu'il est écrit que rien de souillé n'entrera dans la Jérusalem céleste. Et si nous ne prenons soin de nous en purifier dans cette vie, elles feront notre tourment après notre mort, et ne pourront plus être expiée que par les flammes si à craindre du purgatoire. Car, bien que ces flammes ne doivent pas toujours durer, elles seront cependant, si nous voulons en croire saint Augustin, un supplice plus terrible que tout ce que les hommes peuvent endurer de maux ici-bas.

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TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. JACQUEIS, II, 2 : " Nous faisons tous beaucoup de fautes. Si quelqu'un ne fait point de fautes en parlant, c'est un homme parfait. "

2. I JEAN, I, 8 : " Si nous disons que nous sommes sans péchés, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous. "

3. Ecclésiaste, VII, 21 : " Il n'y a point d'homme juste sur la terre, qui fasse le bien et qui ne pèche point. "

4. Proverbes, XXIV, 10 : " Le juste tombera sept fois et se relèvera mais les méchants seront précipités dans le mal. "

5. Psaume XXXI, 5-7 : " Je vous ai fait connaître mon péché et je n'ai point caché mon injustice. - J'ai dit : Je confesserai contre moi-même mon injustice au Seigneur, et vous m'avez remis l'impiété de mon péché. - C'est pour cette raison que tout homme fidèle vous priera dans le temps favorable. "

6. Ephésiens, IV, 30 : " N'attristez point le saint esprit de Dieu, dont vous avez été marqué comme d'un sceau pour le jour de la rédemption. "

7. Ecclésiastique, XIX et III ; Ecclésiaste, IX (comme dans le corps de la réponse).

8. Apocalypse, XXI, 27 : " Il n'y entrera rien de souillé, ni aucun de ceux qui commettent l'abomination ou le mensonge ; mais ceux-là seulement qui sont écrits dans le livre de vie de l'Agneau. "

9. Psaume XIV, 1-3 : " Seigneur, qui demeurera dans votre tabernacle ? ou qui reposera sur votre sainte montagne ? - Celui qui vit sans tache, et qui pratique la justice, - qui parle selon la vérité qu'il a dans le cœur qui n'a point usé de tromperies dans ses paroles. "

10. Ps. XXIII, 3-4 : " Qui est-ce qui montera sur la montagne du Seigneur ? ou qui est-ce qui s'arrêter dans son lieu saint ? - Celui dont les mains sont innocentes et dont le cœur est pur ; qui n'a point pris son âme en vain, ni fait un serment trompeur à son prochain. "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Enchirid. ad Laurentium, c. 78 : " Quant à ce qui fait la différence entre les péchés légers et les péchés graves, ce n'est pas d'après le jugement des hommes qu'il faut en juger.

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mais par celui de Dieu lui-même. Car nous voyons que les apôtres n'ont permis certaines choses que par indulgence. Tel est ce conseil que saint Paul donne aux personnes mariées : " Ne vous privez pas l'un l'autre de ce que vous vous devez, si ce n'est à concert et pour un temps, afin de vous appliquer plus librement à la prière et ensuite vivez ensemble comme auparavant, de peur que Satan ne prenne occasion de votre incontinence pour vous tenter. On pourrait croire en lisant ces paroles, que ce n'est pas un péché d'user du mariage sans avoir pour motif la génération des enfants, ce qui est la fin naturelle du mariage, et pour le seul plaisir charnel, ou en vue d'éviter par ce moyen le danger de pécher mortellement par la fornication, par l'adultère ou par quelque autre impureté qu'on ne saurait nommer sans honte, et où pourrait entraîner la passion que le démon excite en nous. On pourrait, dis-je, penser que l'usage du mariage dans de telles conditions serait entièrement exempt de pécher, si le même apôtre n'avait ajouté tout de suite aux paroles que je viens de citer : Je vous dis cela comme une chose qu'on vous pardonne, et non comme une chose qu'on vous commande (I Cor., VII, 5). Or, peut-on nier qu'il y ait du péché dans une chose pour laquelle un apôtre déclare que ceux qui la font ont besoin de pardon ? Il en est de même de ce que saint Paul dit encore dans cette épître : Il y en a parmi vous qui, ayant quelque affaire contre un autre, ne craignent point d'aller la plaider devant les infidèles au lieu de la faire juger par les saints (I Cor., VI, 1, etc.). Et un peu après : Si donc vous avez des contestations entre vous pour des intérêts temporels, prenez pour juges ceux qui sont les moindres dans l’Eglise. Je le dis à votre honte. Ne se trouve-t-il donc parmi vous aucun homme sage qui puisse juger entre des frères ? Faut-il qu'un frère ait des procès avec son frère ? Et faut-il qu'il porte sa cause devant des infidèles ? On pourrait encore penser que le mal que saint Paul reprend n'est pas d'avoir des procès avec quelqu'un, mais seulement d'en porter la discussion hors de l’assemblée des fidèles. Mais ce que l’Apôtre ajoute nous oblige à en juger autrement : C'est déjà assurément une faute, dit-il, que vous ayez des procès les uns avec les autres (I Cor., VI, 7). Et afin que ceux qui étaient dans ce cas ne s'excusassent pas sur la justice de leur cause, sur l'injustice qu'ils avaient à souffrir et qu'ils voulaient uniquement faire cesser par la sentence des juges, l'Apôtre prévient ces sortes de réflexion ou d'excuses en disant : Que ne souffrez-vous plutôt l'injustice ? Que ne vous laissez-

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vous plutôt enlever ce qui vous appartient ? Et par conséquent il en revient à ce que Notre-Seigneur nous dit lui-même : Si quelqu’un veut vous enlever votre robe, et vous intenter sur cela un procès, abandonnez-lui encore votre manteau (MATTH., V, 40). Et dans un autre endroit : Ne redemandez pas votre bien à celui qui l’a pris (LUC, VI, 30). Jésus-Christ a donc défendu ses serviteurs d'avoir des procès avec d'autres pour des choses temporelles (Selon les commentateurs tant anciens que modernes, le sens de ces paroles du Sauveur et de son apôtre se réduit à ce principe constant et invariable, qu'il faut toujours être prêt du fond du cœur à tout souffrir, à tout céder, à tout perdre, pour conserver la charité, qui est le plus grand de tous les biens, et que la plus juste défense cesse même d’être permise, dès qu'elle est enlevée de l'esprit de vengeance, de colère de haine ou d'avarice. On ne peut attribuer d'autres sentiments au saint docteur dans le texte dont il s'agit) ; et c'est en suivant cette doctrine, que l’Apôtre déclare qu'il y a du péché. En permettant cependant que ces procès entre des frères se terminent dans l’Eglise par le jugement des autres frères et en défendant au contraire très-sévèrement de les porter aux tribunaux des infidèles, il est évident que la permission qu'il donne est encore ici un pardon accordé aux faibles. C'est à cause de ces sortes de péchés et d'autres semblables, ou même moindres, dans lesquels on tombe, ou par paroles, ou par pensées, que l'apôtre saint Jacques reconnaît et déclare que nous péchons tous en bien des choses (JAC., III, 1). De là vient la nécessité où nous sommes de prier tous les jours, et de répéter souvent à Dieu : Pardonnez-nous nos offenses ; mais n'oublions pas avec quelle sincérité et quelle vérité nous devons ajouter aussi : Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé (Cf. Le Manuel de saint Augustin, dans l'ouvrage cité, tome II, pag. 412-416). "

2. Ibidem, c. 79 (al. 24 et 21) : " Il faut encore remarquer qu'il y a des péchés qu'on croirait fort légers, si l'autorité des saintes Ecritures ne nous apprenait qu'ils sont plus considérables qu'on ne pense. Qui croirait, par exemple, qu'on se rende digne de l'enfer en appelant son frère fou, si la Vérité elle-même ne l'avait déclaré ? Mais en même temps, elle nous présente un remède bien puissant pour guérir la plaie que ce péché fait à l'âme, en ajoutant, immédiatement après le précepte de la réconciliation fraternelle : Si vous présentez, dit Jésus-Christ, une offrande a l'autel, et que la vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous (MATTH., V, 23), et le reste que

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tout le monde sait. De même qui se persuaderait que c'est un si grand péché d'observer les jours, les mois, les années et les temps, comme le font ceux qui veulent commencer quelque ouvrage à certains jours, à certains mois, à certaines années et ne le veulent pas à d'autres, parce qu'ils s'imaginent, suivant des préjugés pleins de vanité et de fausseté, que ces temps-là sont heureux ou malheureux, si saint Paul ne nous faisait sentir la grandeur de ce mal par l'idée qu'il en avait lui-même ? Il tremble pour ceux qui se livraient à ces vaines observances : Je crains bien pour vous, leur dit-il, que ce ne soit en vain que j’aie travaillé au milieu de vous (Cf. Le Manuel de saint Augustin, dans l'ouvrage cité, tome II, pag. 416-417). "

3. Le même, Cité de Dieu, liv. XXI, c. 27 : " Mais quel est cet ordre de vie, quels sont ces péchés qui ferment les portes du royaume, sans toutefois qu'elles demeurent inflexibles aux prières des saints amis ? Il est très-difficile de le découvrir et très périlleux de le décider. Quant à moi, malgré tous les efforts que j’ai pu faire jusqu’à ce jour, je n'ai pas su parvenir à sonder ce mystère. Et peut-être nous demeure-t-il caché de peur que notre zèle à éviter tout péché ne se ralentisse. Car, si l'on savait quelles sont ces vicieuses habitudes qui, malgré leur persévérance fortifiée par l'oubli de tout amendement moral, permettent cependant de rechercher et d'espérer l'intercession des saints, la paresse humaine, s'enveloppant sans souci dans le tombeau de ses vices, ne demanderait à aucune vertu de l'en dégager en se reposant du soin de sa délivrance sur les mérites de ces amis obtenus au prix des aumônes du trésor d'iniquités Mais comme nous ignorons aujourd'hui quelle est la mesure d'iniquité qui obtient pardon malgré qu'on y persévère, le zèle de notre réforme intérieure redouble dans cette incertitude la vigilante assiduité de nos prières, et empêche notre ardeur de se ralentir dans le soin de nous faire de saints amis avec l'argent d'iniquité (Cf. La Cité de Dieu, etc., trad. par L. Moreau, t. III, p. 455). "

4. S. ISIDORE, Lib. II de summo bono, c. 18 : " Beaucoup peuvent passer leur vie sans commettre de crimes, mais ils ne le peuvent pourtant pas sans commettre de péché. Car de quelques vertus qu'on puisse être orné ici-bas, on ne saurait parvenir cependant à se rendre exempt de tout péché, ainsi que nous le déclare l'apôtre saint Jean par ces paroles : Si nous disons que

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nous sommes sans péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est point en nous (I JEAN, I, 8). Certaines actions semblent être des péchés qui n'en sont pas si elles se font avec une intention droite : tels sont les supplices infligés aux malfaiteurs par l'autorité publique, si l'on s'y propose non de satisfaire ses ressentiments, mais d'exercer la correction. Il y a en outre certains péchés légers que commettent tous les jours, tout en prenant soin de s'en corriger, ceux qui ne font encore que commencer à entrer dans la voie de la perfection, et dont se préservent comme de crimes ceux qui sont plus avancés dans cette même voie. Que ne doit-on donc pas faire pour se préservé des crimes énormes, puisque les hommes jaloux de leur perfection déplorent comme des fautes graves les fautes légères où il leur arrive encore de tomber ? Appliquons-nous à nous garantir non-seulement des péché considérables, mais encore des fautes légères. Car beaucoup de péchés légers en font un considérable comme des gouttes d’eau en se multipliant deviennent des fleuves immenses. Entassez des grains de sable, et vous aurez des montagnes. Des péchés qui ne sont rien dans un homme du peuple, sont des crimes dans un autre qui se trouve voué à un état de perfection. Car le péché est d'autant plus considérable que celui qui le commet est plus élevé au-dessus des autres. L'énormité de la faute croît en effet à proportion des mérites du coupable, et souvent ce qui se pardonne aux petits ne se pardonne pas aux grands. "

5. S. AUGUSTIN, De decem chordis, c. 11 : " Si les voluptés du siècle s'offrent à vous pour vous séduire, appliquez-vous aux œuvres de miséricorde, à la pratique de l’aumône, du jeûne et de la prière Car tels sont les moyens de vous purifier de vos péchés journaliers, péchés dont on ne saurait entièrement se préserver, à cause de la fragilité humaine. Ne vous rassurez pas sur ce que ce sont des péchés légers, mais craignez-les à cause de leur nombre. Faites-y attention, mes frères ce sont des péchés légers, ce ne sont pas de grands péchés : c'est-à-dire, que ce n'est pas ici un lion, dont une seule morsure suffirait pour donner la mort ; mais de simples insectes qui, quand ils sont nombreux, peuvent également la donner. Quelqu'un qu'on jetterait dans un nid de guêpes n'y perdrait-il pas la vie ? Ce ne sont pas là des animaux bien forts, sans doute ; mais notre nature est faible, et des cirons suffiraient pour nous donner la mort. Faites donc de même attention aux péchés légers, précisément parce qu'ils sont

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peu considérables en eux-mêmes et craignez-les parce qu'ils sont nombreux. Qui ne mépriserait un grain de sable ? Et cependant laissez beaucoup de ces grains entrer dans un navire, et ce navire sera submergé. Qu'est-ce qu'une goutte de pluie ? Et pourtant ce sont les pluies qui alimentent les fleuves, et qui dégradent les édifices. Gardez-vous donc bien de rien mépriser de tout cela. Mais vous direz peut-être : Eh ! qui peut vivre sans commettre de ces péchés ? Pour vous ôter cette excuse, Dieu qui connaît notre fragilité, nous a, dans sa miséricorde, fournit des remèdes dont il ne tient qu’à nous de nous servir. Quels sont ces remèdes ? Ils sont au nombre de trois : les aumônes, les jeûnes et les prières. Mais pour que vos prières elles-mêmes ne soient pas menteuses, il faut qu'il ne manque rien à vos aumônes. En quoi consiste la perfection de l'aumône ? En ce que vous donniez votre superflu à celui qui manque du nécessaire et que vous pardonniez à votre ennemi le tort qu'il vous fait. . . . . "

" J'appelle fautes journalières celles qui se commettent avec la langue presque sans qu'on s'en aperçoive, comme serait une parole dure, ou bien un rire immodéré ou toute autre peccadille de ce genre. On peut pécher même dans les choses permises. Le mari qui se donne des licences avec sa légitime épouse, pèche si exceditur concumbendi modus procreandis liberis debitus. Car le but du mariage, c'est la procréation des enfants ; les lois mêmes civiles le déclarent formellement, lorsqu'elles traitent de cet objet : du moment où l'acte conjugal dépasse ce but légitime, il y a péché mais ce péché pourra être expié par l'aumône. Il vous est bien permis de prendre des aliments ; mais si vous en prenez au-delà du besoin, vous péchez par-là même. Les péchés que je viens de dire sont de ces péchés qui se commettent tous les jours ; et ils cessent d'être légers dès-là qu'ils sont nombreux. Ils peuvent triompher de nous par leur nombre, s'ils ne le peuvent pas par leur grandeur. Nous disons que des péchés de cette nature peuvent être expiés par des aumônes journalières. Ne laissez donc passer aucun jour sans faire l'aumône. Faites attention que tous les jours aussi vous commettez mille péchés, je parle de ces péchés légers. "

6. Le même, In Ps. CXXIX : " Si vous vous mettez peu en peine de tel péché parce qu'il vous semble petit, qu'au moins la grandeur de la peine vous épouvante. Mais ce sont des fautes légères, dites-vous ; ce sont des fautes peu importantes : on ne peut s'empêcher d'y tomber dans cette vie. Rassemblez toutes

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ces fautes que vous appelez légères : vous verrez qu'elles feront une masse énorme. Chaque grain de blé est quelque chose de fort menu ; mais tous ces grains menus, pris à part, ne laissent pas de faire, mis ensemble, un tas considérable. Qu'est-ce qu'une goutte d'eau ? Cependant ces gouttes réunies suffisent pour remplir les fleuves et pour rompre toutes les digues (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. VI, p. 608). "

7. Le même, Serm. CCXLIV de tempore (Ce sermon, au jugement de Noël- Alexandre, ne saurait être de saint Augustin. V. Eccl. hist. sæc. V, p. 100) : " Vous direz peut-être : C’est bien là un péché, mais ce péché est léger. Nous ne disons pas non plus que ce soit un péché mortel ; mais cependant si on le commet fréquemment et qu'on ne le rachète pas par des jeûnes ou par des aumônes, l'âme ne s'en trouvera que trop souillée. Gardez-vous bien de vous tranquilliser sur vos péchés sur ce prétexte que ce sont des péchés légers. Car des gouttes de pluie amoncelées suffisent, et pour remplir les fleuves, et pour renverser des édifices et pour déraciner des arbres. Vous qui dites que ce sont des péchés légers, je voudrais bien savoir si vous consentiriez à ce qu'on fit à votre corps autant de petites plaies, ou à vos vêtements autant de déchirures ou de petites taches qu'il vous arriverait de fois de les commettre. Quoi ! vous ne pourriez souffrir qu'on fit à votre corps ces plaies, ou à vos vêtements ces déchirures ou ces taches, et vous ne craignez pas de les faire à votre âme ? "

8. Le même, Tract. XII in Joannem : " Les péchés qui paraissent petits en comparaison d'autres plus considérables ne laissent pas de donner la mort, si on les laisse se multiplier ; semblables en cela aux gouttes d'eau qui, quoique peu de chose en elles-mêmes, parviennent par leur multitude à former des fleuves entiers, ou aux grains de sable qui, en s'amoncelant, finissent par écraser ce qui les supporte. Notre âme ressemble encore à un vaisseau que sa sentine mal vidée ne ferait pas moins couler à fond qu'une vague impétueuse qui viendrait tout-à-coup le renverser. L'eau n'entre à la vérité que goutte à goutte dans la sentine ; mais à force d'entrer sans qu'on se donne la peine d'en vider le navire, elle finit par le submerger. Or, qu'est-ce que vider la sentine de notre âme, sinon empêcher au moyen des bonnes œuvres des gémissements et des jeûnes, des aumônes, du pardon des ennemis, que les péchés de chaque jour

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ne s'amassent dans notre âme en assez grand nombre pour l'accabler (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean, tome Ier, pag. 421) ? "

9. S. CHRYSOSTOME, Hom. LXXXVII (al. 86) in Matthæum : " Il faut donc résister au mal dès ses premières approches ; car quand même le péché dont nous sommes tentés ne devrait en entraîner aucun autre après lui, nous ne devrions pas être pour cela sans inquiétude ; combien donc ne devons-nous pas en être plus occupés, assurés que nous sommes que ce péché négligé sera bientôt suivi de plusieurs autres ? Faisons donc tout au monde pour le détruire dès ses commencements. Car il faut considérer, non pas si ce péché est léger en lui-même mais si, pour peu qu'on le néglige, il ne deviendra pas le principe et comme la racine d'autres péchés plus considérables. "

" Vous allez être étonnés sans doute de ce que je vais dire : c'est que nous n'avons pas si grand besoin d'user de précaution contre les grands crimes, que contre ces fautes qui nous paraissent légères. Car nous sommes garantis contre les premiers par l'horreur même qu'ils nous inspirent, au lieu que la petitesse des autres est précisément ce qui fait que nous négligions de nous en défendre, et que nous soyons sans ardeur pour les combattre et les vaincre ; aussi, dès que nous sommeillons à leur égard, ne tardent-elles pas à s'aggraver. . . "

" Personne ne passe tout d'un coup de la vertu à l'extrême perversité. Car il y a au fond de l'âme une certaine pudeur naturelle, une certaine honte de commettre le mal, qui ne permet pas qu'on s'y livre sans remords dès le premier instant, et qu'on ne peut éteindre ou étouffer que par degrés. . . Voyez, en effet : que quelqu'un s'emporte à rire sans sujet, et qu'un autre l'en reprenne, un troisième viendra qui n'y trouvera point de mal, et qui dira que c'est une chose tout-à-fait innocente. Car qu'est-ce qu'un éclat de rire ? et quel mal peut-il s'ensuivre ? Et pourtant c'est de là que naissent les paroles bouffonnes, comme des paroles bouffonnes naissent les paroles déshonnêtes et de celles-ci les actions honteuses (Cf. Homélies de saint Jean Chrysostôme sur saint Matthieu, t. III). "

10. Le même, In epistolam I ad Corinthios, hom. VIII : " Pour donner la mort, il suffit d'un coup d'épée, pour perdre tout un édifice, il suffit d'une fente ouverte dans la muraille ; pour

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frapper un rameau de stérilité, il n'y a qu'a le détacher de sa racine. Ainsi les plus petites choses ne sont pas de petite conséquence, puisque les plus grandes en dépendent. Lors donc qu'il nous arrive de commettre une petite faute ou de tomber dans une légère négligence, que la légèreté de la faute ne nous porte pas à la négliger, puisque, négligée, elle deviendrait bientôt grande, de même qu'un vêtement qui commence à se rompre, s'il n'est pas promptement réparé, n’est bientôt plus susceptible de l’être ou comme un toit qui n'est pas entretenu avec soin, devient par son délabrement la cause de la ruine de toute une maison. Pénétrés de ces vérités, ne nous permettons donc jamais facilement des fautes même légères, de crainte que nous ne tombions dans de plus grandes (Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, t. X, p. 70, édit. de Montfaucon ; pag. 82-83, édit. de Gaume). "

11. Le même, Serm. de levium peccatorum periculis : " N’appelons pas léger un mal qui, quand on le néglige, peut être mortel, ou tromper cruellement celui qui s'en fait un jeu, puisqu'il est écrit : Celui qui ne tient pas compte des petites choses, tombe peu à peu (Ecclé., XIX, 1). "

12. S. BERNARD, Serm. I de conversione S. Pauli : " Saint Paul a obtenu miséricorde parce qu'il a péché par ignorance, n'ayant pas encore la foi. Apprenez de là, mes frères, que Dieu, comme un juste juge, ne considère pas seulement ce que font les hommes, mais encore dans quelle disposition d'esprit ils le font, et prenez garde en conséquence de croire légères les fautes même les plus légères, dès-lors que vous les commettriez sciemment. Que personne ne dise en son cœur : Ce ne sont que des peccadilles, je ne me mettrai pas en peine de m'en corriger ; je puis sans conséquence fâcheuse rester dans l'habitude de ces péchés véniels. Un tel langage, mes frères serait celui de l'impénitence ; ce serait lé le blasphème contre l'Esprit-Saint, blasphème irrémissible. "

13. Le même, Tract. de præcepto et dispensatione : " Soit, appelons crime ce qui doit être puni du feu de l'enfer ; quel nom donnerons-nous à ce que la Vérité même nous déclare ne devoir être condamné que par le jugement (MATTH., V, 22) ? Nous ne disconviendrons pas qu'il ne s'agisse encore là de quelque chose de condamnable, puisque celui qui le fait mérite d'être condamné au moins de cette manière. Si c'est quelque chose de

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condamnable, c'est donc aussi un péché. Or, tout péché est un attentat commis contre quelque commandement divin. Mais contrevenir à un commandement, c'est ce qui s'appelle désobéir. Concluons de là que celui qui se met en colère contre son frère commet une désobéissance sans commettre pour cela de crimes. Voila donc un péché léger ou véniel même pour un religieux, et qui le constitue transgresseur, non d'un commandement humain, mais d'un commandement divin. A ce genre de transgression appartiennent les paroles vaines et frivoles, et en général toute parole, toute action et toute pensée oiseuses. Car rien de tout cela n'a lieu sans transgression de quelque commandement, et d'un commandement divin. Toutes ces choses en effet sont des péchés, et Dieu défend toute espèce de péchés ; et cependant on ne les considère pas comme des crimes, mais seulement comme des péchés véniels, à moins que, le mépris s’y joignant, on ne s'en fasse un jeu et une habitude, et alors ce n'est pas l'espèce du péché, mais la disposition de celui qui le commet, que l'on considère. Car l'orgueil que suppose le mépris ou l'obstination que renferme l'impénitence donne de la grièveté à la violation d'une prescription légère et convertit en crime de révolte ce qui ne serait qu'une simple transgression. "

14. S. AUGUSTIN, in Psalmum XXXVII, comme à l'article du sacrement de Pénitence question IX, témoignage 4, tome III, page 106.

15. Le même, Serm. XLI de Sanctis ; voir ibidem, témoignage 16, page 114.

16. S. GREGOIRE, in Psalmum III pænitentialem ; voir ibidem, témoignage 56, page 128.
 
 

Question III

Quels moyens avons-nous de nous purifier des péchés légers ?

Voici ceux que recommandait à cet effet, et que mettait en pratique l’Eglise des premiers siècles : s'accuser humblement de ses fautes, réciter l'oraison dominicale, se frapper la poitrine, et autres actes de cette espèce qui témoignent de notre piété envers Dieu, ou même qui peuvent avoir pour objet d'édifier le prochain, enfin les macérations corporelles pratiquées volontairement par motif de religion. Les personnes sages recourent à ces divers remèdes d'autant plus volontiers et avec d'autant plus d'ardeur, qu'elles ont une connaissance plus éclairée et plus approfondie

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de la sévérité avec laquelle la justice divine punit les péchés des hommes. C'est ce que l'on comprendra, si l'on médite seulement cette terrible sentence de Notre-Seigneur : Je vous déclare que les hommes rendront compte, au jour du jugement, de toute parole inutile qu'ils auront dite ; ou bien cette parole de l'apôtre saint Pierre : C'est à peine si le juste sera sauvé. C'est ce qui faisait dire à Job, malgré la justice de ses œuvres et l'innocence de sa vie : Je tremblais à chaque action que je faisais, sachant que vous ne pardonnez pas à celui qui pèche. Et à l'apôtre Paul : C'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant. Si nous nous jugions nous-mêmes, disait ailleurs le même apôtre, assurément nous ne serions pas jugés. Heureux, dit le Sage, l'homme qui est toujours dans la crainte ; mais celui qui a le cœur dur tombera dans le mal.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. JOB, XXIV, 12 : " Ils (les hommes dont il est parlé dans les versets qui précèdent) font gémir les hommes dans les villes, et ceux qu'ils ont maltraités poussent leurs cris vers le ciel, et

Dieu ne laissera point ces désordres impunis. "

2. MATTHIEU, XII ; I PIERRE, IV ; JOB, IX ; Hébreux, X ; I Corinthiens, XI, Proverbes, XXXVIII (comme dans le corps de la réponse).
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Epist. CVIII (al. 265) ad Seleucianam : " Il y a encore la pénitence journalière de ceux-là même des fidèles qui vivent dans la piété et l'humilité. C'est celle qui nous fait

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dire tous les jours en frappant notre poitrine : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés (MATTH., VI, 42). Car le pardon que nous demandons par-là n'est pas le pardon des péchés commis avant le baptême, puisque nous ne doutons point que Dieu ne nous les ait remis quand nous avons reçu ce sacrement ; c'est le pardon de ces péchés légers, à la vérité, mais fréquents, où la fragilité humaine nous fait tomber, et que nous devons avoir soin d'expier sans cesse, de peur que leur multitude ne nous accable, comme pourrait le faire quelque grand péché. Car qu'un vaisseau soit enfoncé ou par ces montagnes d'eau que forment les tempêtes, ou par ce qui y pénètre peu à peu au travers des fentes, et qu'on aura négligé de vider, c'est également faire naufrage. Voilà ce qui fait que nous devons recourir sans cesse aux remèdes que nous présentent le jeûne, l’aumône et la prière ; et lorsque dans ces saints exercices nous disons, Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons, nous faisons voir qu'il y a toujours quelque chose en nous qui a besoin de pardon ; nous humilions nos âmes par cet aveu de nos péchés et nous faisons en quelque manière une pénitence perpétuelle (Cf. Lettres de saint Augustin, t. VI, p. 590-591)

2. Le même, Enchirid. ad Laurentium, c. 71 (al. 24,19) : " A l'égard des fautes légères et de surprise, dont la vie d'ici-bas n'est jamais entièrement exempte, la prière journalière des fidèles en est le remède et l'expiation. J’appelle prière des fidèles l'oraison dominicale, parce qu'il n'appartient qu’à ceux qui, régénérés par l'eau et par l'esprit, sont devenus les enfants de Dieu, de s'adresser à lui en cette qualité et de lui dire : Notre Père qui êtes aux cieux. Je dis donc que cette prière, qui nous a été enseignée par Jésus-Christ, a la vertu d'effacer les fautes légères et journalières. Elle contribue même à effacer dans les fidèles les péchés les plus considérables, pourvu qu'ils y aient renoncés par une véritable pénitence et un sincère changement de vie. Mais pour que l'oraison dominicale ait un si précieux effet, il faut que, comme c'est avec vérité que nous disons : Pardonnez-nous nos offenses, parce qu'il y a toujours en nous des péchés à pardonner, ce soit aussi avec vérité que nous ajoutions : Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; c'est-à-dire, qu'il faut que nous fassions effectivement ce que nous disons, et que nous accordions du fond du cœur à ceux qui nous ont offensés

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le pardon qu'ils nous demandent, et qui est une sorte d'aumône (Cf. Le Manuel de saint Augustin, dans l'ouvrage cité, tome II, pag. 401-402). "

3. Ibidem, c. 72 : " Il y a plusieurs sortes d'aumônes dont la pratique nous aide à obtenir la rémission de nos péchés (Cf. Ibidem, p. 404). "

4. Le même, Tract. XII in Joannem, comme plus haut, question précédente, témoignage 8, page 263.

5. Le même, Serm. XLI de Sanctis, comme plus haut, chapitre du sacrement de Pénitence, question IX, témoignage 16, tome III, page 144.

6. Le même, Lib. XXI de Civitate Dei, c. 27 ; voir à la question précédente, témoignage 3, page 260.

7. Le même, Lib. L homiliarum, hom. 50, c. 8, et Lib. de pænitentiæ medicina, c. 2 : " Je n'en finirais pas, si je voulais faire l’énumération de toutes les fautes que chacun aperçoit et reprend en soi-même, s'il se regarde avec quelque attention dans le miroir des divines Ecritures. Bien que chacune de ces fautes ne porte pas un coup mortel à l'âme comme le feraient l'homicide, l'adultère et d'autres crimes énormes, toutes ensemble cependant, quand elles sont trop multipliées, sonnent la mort de l'âme, ou ternissent tellement sa beauté, qu'elle n'est plus digne des chastes embrassements du divin époux de cet époux que le Psalmiste contemplait en esprit comme le plus beau d'entre les enfants des hommes (Ps. XLIV, 3), si l'on ne prend soin de s'en purifier par une pénitence journalière. Si ce que je dis ici est faux, pourquoi nous frappons-nous tous les jours la poitrine ? Nous-mêmes, tout pontifes que nous sommes, lorsque nous officions à l'autel, nous nous frappons la poitrine comme les autres ; et de là vient aussi que nous y disons la prière qui nous est prescrite de même pour tous les jours de la vie : Remettez-nous nos dettes comme nous faisons à l’égard de ceux qui nous doivent. Car nous ne demandons pas à Dieu par ces paroles qu'il nous remette les péchés qui nous ont déjà été remis par le baptême, et que nous devons croire être effacés, si nous ne voulons pas remettre notre foi même en question ; mais ces paroles s'appliquent à nos fautes journalières pour lesquelles chaque fidèle ne cesse d'offrir en sacrifice, autant qu'il en a la faculté, ses aumônes, ses jeûnes et ses prières mêmes. "

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8. Le quatrième concile de Tolède, c. 9 : " Voici ce qu'a dit saint augustin : A l'égard des fautes légères, etc. " C'est le passage cité plus haut, témoignage 2, page 268.

9. S. PROSPER, in Sententiis Augustini, Sent. vel capite 210 : " Les péchés, soit petits, soit grands, ne peuvent rester impunis : car ils sont punis nécessairement ou par la pénitence que l'homme peut accomplir, ou par le jugement que Dieu prononcera tôt ou tard. Mais la colère de Dieu s'arrête si elle est prévenue par la conversion de l'homme. Car Dieu aime à pardonner ceux qui mettent leur confiance en lui, et à ne pas juger ceux qui se jugent eux-mêmes. "

10. S. AUGUSTIN, in Ps. LVIII ; voir plus haut, article des péchés contre l'Esprit-Saint, question VII, témoignage 2, page 183.
 
 

Question IV

Suffit-il de s’abstenir du péché ?

La justice chrétienne qui fait actuellement l'objet de notre étude, présente deux parties, qu'elle nous recommande toutes deux comme également nécessaires par ces paroles : Evitez le mal, et faites le bien ; ou comme dit saint Paul : Ayez le mal en horreur et attachez-vous fortement au bien. Ce n'est donc pas assez, comme l'enseigne saint Augustin, de s'abstenir du mal, si l'on ne fait en outre ce qui est bien, et ce serait faire trop peu que de ne nuire à personne, si l'on ne s'appliquait de plus à se rendre utile.

C'est pourquoi, maintenant que nous avons terminé selon nos forces cette première partie de la justice, qui consiste à interdire le mal, il est à propos qu'avec l'aide de Dieu, nous traitions de même la seconde, qui a pour objet de nous guider dans la pratique du bien.

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TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Psaume XXXVI et XXXIII ; Romains, XII ; I PIERRE, III : TOBIE, IV ; ISAIE I, Ecclésiastique, III ; Colossiens, III ; Ephésiens, IV (comme ci-dessus, question 1).

2. JACQUES, IV, 17 : " Celui-là est coupable de péché qui sachant le bien qu'il doit faire ne le fait pas. "

3. MATTHIEU, III, 10 : " La coignée est déjà placée à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne porte pas de bons fruits, sera coupé et jeté au feu. "

4. Id., VII, 19 : " Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. BERNARD, Serm. XXXIV ex parvis sermonibus : " La perfection de la vie morale de l'homme se réduit tout entière à ces deux choses, s'éloigner du vice et s'adonner à la pratique de la vertu ; car il ne suffit pas de s'abstenir du mal, si en outre on ne fait le bien. De là ce que dit le Psalmiste : Evitez le mal, et faites le bien. Fuyons donc le vice, et embrassons avec ardeur le parti de la vertu. "

2. S. CHRYSOSTOME, in Psalmum IV, et hom. XVI in epistolam ad Ephesios ; S. AUGUSTIN, Serm. LIX de tempore. Voir ces passages rapportés plus haut, article des péchés, question I, témoignages 1, 2 et 3, pages 353 et 354.

3. S. AUGUSTIN, in Ps. XXXVI, Conc. III, sur ce verset, Declina à malo et fac bonum : " N'allez pas croire qu'il vous suffise de ne pas dépouiller un homme de l'habit qu'il porte. En ne lui ôtant pas son habit, vous accomplissez ce qui est dit : Détournez-vous du mal ; mais ne vous en tenez pas là, comme un arbre stérile ou desséché dans sa racine. Abstenez-vous d'enlever les vêtements à ceux qui les possèdent à la bonne heure ; mais donnez-en aussi à ceux qui en sont dépourvus. C’est là ce qui s'appelle éviter le mal et faire le bien. Mais quelle en sera ma récompense ? direz-vous. Celui à qui vous prêtez avec usure vous l’a déjà dit. Il vous donnera la vie éternelle, donnez-lui avec assurance. Ecoutez ce qui suit : Détournez-vous du mal, et faites le bien, et vous habiterez la terre dans toute la suite des siècles (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. II, p. 186). "

4. Le même, In Ps. XXXIII, sur ce verset, Diverte à malo et

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fac bonum : " C'est peu que vous ne nuisiez à personne, que vous ne donniez la mort à personne, que vous ne dérobiez point, que vous ne commettiez point d'adultères, que vous ne fassiez point de fraudes, que vous ne portiez point de faux témoignages : Détournez-vous du mal. Lorsque vous vous en êtes détourné, vous dites : Je suis en assurance ; j'ai fait tout ce qui était à faire ; je posséderai la vie ; je verrai mes jours heureux. Mais le Prophète ne dit pas seulement : Détournez-vous du mal ; il dit de plus : Faites le bien. Ce n'est pas assez pour vous de ne dépouiller personne ; revêtez encore celui qui est nu. En ne dépouillant personne, vous vous détournez du mal ; mais vous ne faites point le bien, si vous ne recevez aussi chez vous les étrangers restés sans asile. Abstenez-vous donc du mal de telle sorte, qu'en même temps vous fassiez le bien. "

5. S. PROSPER, Sententia LXXXVI, ex sententiis decerptis ex Augustino : " Il ne suffit pas, etc. (comme dans le corps de la réponse).

6. S. AUGUSTIN, Cité de Dieu, liv. XIX, c. 44 : " L'ordre à garder dans la concorde qu'on doit entretenir avec les autres hommes consiste premièrement à ne nuire a personne, ensuite à se rendre utile à qui on peut l'être à. "



SECTION II.

DU BIEN QU’IL S’AGIT DE FAIRE.
 
 

CHAPITRE I.

DES TROIS PRINCIPALE ESPECES DE BONNES ŒUVRES.

Article I. - DES BONNES ŒUVRES EN GENERAL.


Question I

Quels biens sont l’objet de la justice chrétienne ?

Telle est l’étendue de la justice chrétienne qu'elle comprend dans sa notion tout ce qui se fait conformément aux lois de l'honnêteté de la justice et de la piété dont elle nous inspire l'amour et la pratique. De là ces instructions que donnait l'Apôtre aux fidèles à qui il écrivait : Conduisez-vous d'une manière digne de Dieu, tâchant de lui plaire en toutes choses, portant les fruits de

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toutes sortes de bonnes œuvres : Ayez soin de faire le bien, non-seulement devant Dieu, mais aussi devant les hommes. Car tels sont les salutaires effets de notre vocation à la foi ; tels sont les heureux fruits que produit en nous la justice chrétienne, quand une fois elle nous a été acquise par les mérites de Jésus-Christ, comme l'atteste saint Pierre par ces paroles : Afin qu’étant morts au péché, nous vivions dans la justice. C'est-à-dire, et cette explication est de saint Paul : Afin que renonçant à l'impiété et aux désirs du siècle, nous vivions dans le monde présent avec tempérance, justice et piété. C'est aussi le sens de ces paroles de l’Evangile : Afin qu'étant délivrés des mains de nos ennemis, nous le servions sans crainte dans la sainteté et dans la justice, nous tenant en sa présence tous les jours de notre vie. Jésus-Christ, en effet, nous a rachetés de toute iniquité, et nous en a purifiés, pour se faire un peuple particulièrement consacré à son service, et fervent dans les bonnes œuvres. Car nous sommes son ouvrage, ayant reçu un nouvel être en Jésus-Christ pour croître dans la pratique des bonnes œuvres que Dieu a d'avance marquées à chacun de nous.

Telle est la doctrine constante de saint Paul ; tels sont les avis qu'il adresse à tous par rapport à l'observation et à la pratique de la justice chrétienne. Saint Jean n'est pas moins formel dans ces sages avertissements qu'il donnait aux fidèles de son temps : Mes petits enfants, que personne ne vous séduise : celui qui fait les œuvres de justice, c'est celui-là qui est juste, comme Jésus-Christ est juste. Celui qui commet le péché est enfant du diable. Ce sont aussi les enseignements de saint Jacques : L'homme est justifié par les œuvres, et non pas seulement par la foi. Car comme le corps est mort lorsqu'il est sans âme, ainsi la foi est morte lorsqu'elle est sans œuvres. Le même apôtre a dit encore : Celui qui considère exactement la loi parfaite, qui est celle de la liberté, et qui s'y rend attentif, celui-là, n'écoutant pas seulement pour oublier aussitôt, mais mettant en pratique ce qu'il écoute, trouvera son bonheur dans ce qu'il aura fait. Et certes, la pensée de saint Paul n'était pas différente, quand il écrivait : Ce ne sont pas ceux qui écoulent la loi qui sont justes devant Dieu, mais ce sont ceux qui gardent la loi qui seront justes.

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TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Colossiens, I, 9-12 : " C'est pourquoi, depuis le jour où nous avons su ces choses, nous ne cessons de prier pour vous, et de demander à Dieu qu'il vous remplisse de la connaissance de sa volonté en vous donnant toute sagesse et toute intelligence spirituelle ; - afin que vous vous conduisiez d'une manière digne de Dieu, tâchant de lui plaire en toutes choses, portant des fruits de toutes sortes de bonnes œuvres et croissant dans la connaissance de Dieu ; - que vous soyez remplis de force par sa puissance à laquelle toute gloire appartient, et que vous ayez en toutes rencontres une patience et une douceur inaltérables, accompagnées de joie, - rendant grâces à Dieu le Père. "

2. Romains, XII (comme dans le corps de la réponse).

3. II Corinthiens, VIII, 21 : " Car nous tâchons de faire le bien avec tant de circonspection, qu'il soit approuvé non-seulement de Dieu, mais aussi des hommes. "

4. MATTHIEU, V, 16 : " Qu'ainsi luise votre lumière devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans le ciel "

5. I PIERRE, II, 12, 15, 19-24 : " Conduisez-vous parmi les gentils d'une manière pure et sainte, afin qu'au lieu qu'ils médisent de vous comme si vous étiez des méchants, les bonnes œuvres qu'ils vous verront faire les portent à rendre gloire à Dieu, au jour où il daignera les visiter. Car la volonté de Dieu est que par votre bonne vie vous fermiez la bouche aux hommes

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ignorants et insensés. Car ce qui est agréable à Dieu, c'est qu'en vue de lui plaire, nous endurions les peines qu'on nous fait souffrir avec injustice. - Aussi quel sujet de gloire aurez-vous, si c'est pour vos fautes que vous enduriez les soufflets ? Mais si, en faisant du bien, vous souffrez avec patience, c'est là ce qui est agréable à Dieu. Car c'est à quoi vous avez été appelé, puisque Jésus-Christ même a souffert pour nous, vous laissant son exemple, afin que vous marchiez sur ses pas ; - lui, qui n'avait commis aucun péché et de la bouche duquel nulle parole trompeuse n'est jamais sortie. - Quand on l'a chargé d'injures, il n'a point répondu par des injures : quand on l'a maltraité, il n'a point fait de menaces ; mais il s'est livré entre les mains de celui qui le jugeait injustement. C'est lui qui a porté nos péchés en son corps sur la croix, afin qu'étant morts au péché nous vivions pour la justice : c'est par ses meurtrissures que vous avez été guéris. "

6. Tite, II, 11-14 : " Car la grâce de Dieu notre Sauveur s'est manifestée à tous les hommes, et elle nous a appris à renoncer à l'impiété et aux désirs du siècle, et vivre dans le monde présent avec tempérance, justice et piété. Etant toujours dans l'attente de la béatitude que nous espérons, et de l'avènement glorieux du grand Dieu, notre Sauveur Jésus-Christ, - qui s'est livré lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité et de nous purifier, pour se faire de nous tous un peuple particulièrement consacré à son service, et fervent dans les bonnes œuvres. "

7. LUC, I, 70-75 : " Selon qu'il avait promis par la bouche de ses saints prophètes, qui ont été dans les siècles passés - de nous délivrer de nos ennemis, et des mains de tous ceux qui nous haïssent - pour accomplir ses desseins de miséricorde envers nos pères, et montrer qu'il se souvient de son alliance sainte ; - de ce serment par lequel il a juré à Abraham notre père de nous accorder cette grâce, - qu'étant délivrés des mains de nos ennemis, nous le servirions sans crainte - dans la sainteté et la justice, marchant en sa présence tous les jours de notre vie. "

8. Ephésiens, II, 10 (comme dans le corps de la réponse).

9. I JEAN, III ; JACQUES I et II, et Romains, II (comme dans le corps de la réponse).

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TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. CHRYSOSTOME, in Psalmum IV, passage rapporté plus haut, article Péchés, question 1, témoignage 2, tome III, page 353.

2. Le même, in Psalmum XIV: " La justice suppose la réunion d'un grand nombre de vertus, et une seule de ces vertus ne peut pas plus constituer la justice, qu'une seule planche ne peut faire un navire, et une seule pierre une maison. "

3. Le même, Hom. XXIII in Genesim, sur ces paroles : Noe homo justus : " Voici un autre titre d'éloge encore plus relevé que tous les autres : Noé était juste. Sous ce nom de juste, l'écrivain sacré comprend l'assemblage de toutes les vertus. Car nous avons coutume de qualifier ainsi ceux à qui il ne manque aucune des qualités qui font l'homme vertueux. "

4. S. BERNARD, Serm. II de Resurrectione Domini : " Vivons avec sobriété, dit l’Apôtre, avec justice et avec piété. Ces trois points sont indispensables à une bonne conduite. Nous devons le premier à nous-mêmes, nous devons le second au prochain, et le troisième à Dieu. Celui qui se rend coupable de fornication pèche en effet contre son propre corps, le dépouille de sa gloire et le couvre de honte et d'infamie ; il dégrade un membre de Jésus-Christ et en fait un suppôt de prostitution. Encore n'est-ce pas seulement ce vice que je vous dis d'éviter ; il inspire assez d'horreur par lui-même mais je vous recommande de vous abstenir de tout plaisir de la chair. Cherchez donc avant tout cette continence que vous vous devez à vous-même car personne ne vous touche de plus près que vous ; ajoutez-y la miséricorde que vous devez au prochain, parce que vous devez être sauvé avec lui ; enfin la persévérance que vous devez à Dieu, puisque c'est par lui seul que vous pouvez être sauvés. " Tous ceux, dit saint Paul, qui veulent vivre saintement en Jésus-Christ souffriront la persécution. " Et ailleurs : C'est à travers des tribulations sans nombre qu'il nous faut arriver au royaume des cieux. Craignez donc de périr par l'impatience, ne reculez devant aucune souffrance, pour l'amour de celui qui le premier a enduré d'indicibles tourments à cause de vous, et qui vous tiendra compte de votre patience, comme l'assure le Prophète en disant : La patience des affligés ne sera pas frustrée pour toujours. "

5. S. AUGUSTIN, Præfat. in Ps. XXXI : " Que dit l’Ecriture ? C'est-à-dire, pour quelle cause l'Ecriture dit-elle qu'Abraham a

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été justifié ? Abraham crut en Dieu, et sa foi lui fut imputée à justice. C'est donc à cause de sa foi qu’Abraham a été justifié. "

" Mais que celui qui entend ici que ce n'est pas pour ses œuvres qu'Abraham a été justifié, et qu'il ne l'a été qu'à cause de sa foi, se garde bien de tomber dans un autre abîme. Vous voyez, dira quelqu'un, que c'est par sa foi, et non par ses œuvres qu'Abraham a été justifié. Je n'ai donc qu'à vivre comme il me plaira, puisque, quand même je ne ferais aucune bonne œuvre, il me suffit que je croie en Dieu, et que ma foi toute seule me sera imputée à justice. Si un homme a formé cette pensée et qu'il ait résolu de s'y tenir, il est tombé, il est plongé dans l'abîme. Que s'il ne fait encore que de commencer à l’avoir, et qu'il soit dans l'irrésolution sans être déterminé à la suivre, il est dans un grand péril. Mais la sainte Ecriture et sa véritable intelligence non-seulement préserve celui qui est dans ce danger de tomber dans le précipice, mais peut encore en retirer celui qui y serait déjà tombé. Je réponds donc, comme pour contrebalancer ce que dit l'Apôtre, et je soutiens d’Abraham lui-même ce que nous trouvons aussi écrit dans l'épître d'un autre apôtre, dans le dessein qu'a eu ce dernier de corriger l'erreur de quelques personnes qui entendaient mal ces paroles de notre apôtre. "

" Saint Jacques, en effet, parlant dans son épître contre ceux qui s'exemptaient eux-mêmes de faire aucunes bonnes œuvre en s'appuyant uniquement sur le mérite de leur foi, relève les œuvres d'Abraham comme saint Paul avait relevé sa foi, sans que pour cela ces deux apôtres soient contraires l'un à l'autre. Saint Jacques rapporte de cet illustre patriarche une action qui est connue de tout le monde : Abraham, dit-il, offrit son fils à Dieu en sacrifice. C'était une action admirable ; mais aussi avait-elle la foi pour principe. J'admire l'œuvre qui est comme un édifice superbe ; mais j'aperçois la foi, qui en est le fondement. J'admire ce fruit d'une si grande beauté, qui est la bonne action ; mais je ne puis pas méconnaître la foi, qui en est la racine. Si Abraham en se portant à cet acte n'avait pas eu une foi droite et sincère, quelque excellente qu'elle pût être en elle-même son action, elle ne lui aurait servi de rien. Si au contraire Abraham, content d'avoir la foi, avait dit en lui-même après l'ordre que Dieu lui avait donné d'immoler son fils : Je n'en ferai rien, et je n'en croirai pas moins que Dieu me sauvera malgré ce peu de compte que je tiens de ses Ordres, sa foi alors sans œuvres qui l'accom-

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pagnassent eut été une foi morte, et elle serait demeurée aride et stérile comme une racine sans fruit. "

" Que dirons-nous donc ? Qu'il faut que la foi précède toutes nos actions, c'est-à-dire qu'avant la foi on n'est capable d'aucune bonne œuvre (qui puisse être méritoire). Car tout ce que l'on fait même de bien avant d'avoir la foi, quelque louable que cela puisse être aux yeux des hommes, est sans mérite (devant Dieu). C'est, à mon sens, comme les mouvements qu'on se donnerait, comme une course rapide qu'on ferait hors de la voie qui seule pourrait conduire au but. Que personne donc ne compte pour quelque chose les bonnes œuvres qu'il aurait faites avant d'avoir la foi : la foi y manquait ; ce n'étaient donc pas de bonnes œuvres. Car c'est l'intention qui fait la bonté de l'œuvre, et c'est la foi qui rend l'intention droite (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. Ier, p. 469-471). "

6. Le même, Lib. de fide et operibus, c. 44 (comme plus haut, article des péchés contre le Saint-Esprit), question III, témoignage 6, page 141.

7. S. CHRYSOSTOME, Hom. II in Genesim : " Appliquez-vous avec le plus grand soin à faire concorder la régularité de votre vie avec la pureté de votre croyance. . . Car la foi sans les œuvres est une foi morte, comme les œuvres sans la foi sont des œuvres mortes. Nous aurons beau professer une doctrine saine : si notre vie elle-même est désordonnée, la doctrine que nous professerons ne nous servira de rien ; et d'un autre côté, quand même notre vie serait régulière, si notre foi était défectueuse, la régularité de notre vie ne serait pas non plus pour nous une recommandation suffisante (Cf. S. Joannis Chrysost. opera, t. IV, p. 15, édit. de Montfaucon ; page 17, édit. de Gaume).
 
 

Question II

Quels sont les fruits que produisent les œuvres de la justice chrétienne ?

Les œuvres de la justice chrétienne produisent quantité de fruits admirables, tant pour la vie présente que pour la vie future. Car ici revient cette maxime de saint Paul : La piété est utile à tout, et c'est d’elle qu'ont été promis, et les biens de la vie présente, et ceux de la vie future. Nous lisons de même ailleurs : Le fruit des actes vertueux est plein de gloire.

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Car premièrement ces œuvres, lorsqu'elles ont pour principe une foi vive, c'est-à-dire, une foi animée par la charité, ne sont pas seulement des signes de notre vocation chrétienne, mais nous confirment de plus dans cette vocation, ou nous la rendent certaine. C'est ce qui a fait dire à l'apôtre saint Pierre, dont toutes les paroles d'ailleurs sont une continuelle exhortation aux bonnes œuvres : Efforcez-vous de plus en plus, mes frères, d’affermir votre vocation et votre élection par la pratique des bonnes œuvres ; car en agissant de cette sorte, vous ne pècherez jamais.

En second lieu, comme l'enseigne aussi le grand apôtre, ces œuvre augmentent la grâce en ceux qui ont déjà la foi, et achèvent leur sanctification : et saint Jacques de son côté ne craint pas d'affirmer que la foi, en même temps qu'elle relève le mérite des œuvres, est à son tour amenée à sa perfection par ces œuvre mêmes.

Troisièmement, elles produisent la sécurité de la bonne conscience, et encouragent à prier Dieu avec la juste confiance de tout obtenir de lui. Car il est écrit : L'aumône sera le sujet d'une grande confiance devant le Dieu suprême pour tous ceux qui l'auront faite. Il est encore écrit : Mes bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne point, nous pouvons approcher de Dieu avec confiance. Et quoi que ce soit que nous lui demandions, nous le recevrons de lui, parce qu’alors nous gardons ses commandements, et que nous faisons ce qui lui est agréable. Nous en voyons un exemple dans le roi Ezéchias, qui, fort de sa bonne conscience, fit la prière suivante, qui fut accueillie et obtint l'assentiment de Dieu lui-même : Souvenez-vous, je vous prie, Seigneur, que j’ai marché devant vous dans la vérité et avec un cœur parfait, et que j'ai toujours fait ce qui était bon et agréable à vos yeux.

Enfin, ces œuvres ont pour résultat de nous faire obtenir à la fin de nos jours, pour avoir travaillé à la vigne du Seigneur, le denier promis par le père de famille, ou la vie éternelle et la couronne de justice, que nous sommes assurés de recevoir en récompense, grâce à Jésus-Christ, si nous gardons ses commandements dans l'unité de son Eglise. Car voici les paroles que nous lisons dans l’Evangile : Appelez les ouvriers, et payez à chacun son salaire. David avait dit d'avance : Votre serviteur les garde (les commandements de Dieu) avec soin, et on trouve en les gardant une grande récompense. Il disait encore : J'ai porté mon cœur à accomplir éternellement vos ordonnances pleines de justice, à cause de la récompense que vous me faites espérer. Saint Paul

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disait de même : J’ai bien combattu, j’ai achevé ma course, j'ai gardé la foi : il ne me reste qu’à attendre la couronne de justice qui m’est réservée, que le Seigneur, comme un juste juge, me rendra en ce grand jour, et non-seulement à ,moi, mais encore à tous ceux qui aiment son avènement. Enfin, voici les paroles de Jésus-Christ lui-même : Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les commandements. . . Ceux qui auront fait le bien sortiront des tombeaux pour ressusciter à la vie ; mais ceux qui auront fait le mal en sortiront pour ressusciter à leur condamnation. . . Celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans le ciel, c’est celui-là qui entrera dans le royaume céleste. "

Tout cela fait bien voir combien il nous importe à tous, si nous désirons la vie éternelle, de nous rendre dociles à ces divins oracles : Que celui qui est juste, se justifie encore ; et que celui qui est saint, se sanctifie encore. Je m'en vais venir bientôt, et j'ai ma récompense avec moi pour rendre à chacun selon ses œuvres. . . Ne nous lassons donc point de faire le bien, puisque, si nous ne perdons point courage, nous en recueillerons le fruit en son temps.

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TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. I Timothée, IV, 8 : " La piété, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

2. Proverbes, XI, 17-18 : " L'homme miséricordieux fait du bien à son âme ; mais celui qui est sans entrailles trouble l’économie de son corps même. - L’œuvre du méchant trompera ses espérances : la récompense est assurée, au contraire, à celui qui sème les œuvres de justice. "

3. II Chroniques, XV, 1-2, 7 : " Alors Azarias, fils d'Obed fut rempli de l'esprit de Dieu. - Il alla au-devant d'Asa, et lui dit : Ecoutez-moi Asa, et vous tous, Juda et Benjamin : le Seigneur vous a assistés, parce que vous vous êtes tenus attachés à lui. - Si vous le cherchez, vous le trouverez ; mais si vous le quittez, il vous abandonnera. Prenez donc courage ; que vos mains ne s’affaiblissent point, et votre persévérance sera récompensée. "

4. MATTHIEU, X, 41-42 : " Celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète, recevra la récompense du prophète ; celui qui reçoit le juste en qualité de juste, recevra la récompense du juste. - Et quiconque donnera seulement un verre d'eau froide à boire à l'un de ccs plus petits en sa qualité de l'un de mes disciples, je vous le dis en vérité, il ne sera point privé de sa récompense. "

5. Id., XIX, 24, 29 : " Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel ; venez et suivez-moi. - Et quiconque aura quitté pour moi sa maison, ou ses frères ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, en recevra le centuple, et aura pour héritage la vie éternelle. "

6. Genèse, XII, 1-3 : " Le Seigneur dit ensuite à Abraham : Sors de ton pays, du milieu de ta parenté, et de la maison de ton père, et viens en la terre que je te montrerai. - Je ferai

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sortir de toi un grand peuple ; je te bénirai, je rendrai ton nom célèbre et tu seras béni. Je bénirai ceux qui te béniront et je maudirai ceux qui te maudiront ; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi. "

7. Ibid., XV, 4 : " Après cela, le Seigneur parla à Abraham dans une vision, et lui dit : Ne crains point, Abraham ; je suis ton protecteur, et je serai ta récompense infiniment grande

(autr. selon l’hébreu, ta récompense sera de plus en plus grande). "

8. Ecclésiastique, XII, 2 : " Faites du bien au juste, et vous en recevrez une grande récompense, sinon de lui, au moins du Seigneur. "

9. Id, XXXVI, 18 : " Donnez à ceux qui espèrent en vous la récompense qui leur est promise, afin que vos prophètes soient trouvés fidèles ; exaucez les prières de vos serviteurs. "

10. JEREMIE, XXXI, 6 : " Voici ce que dit le Seigneur : Que votre bouche étouffe ses plaintes, et que vos yeux cessent de verser des larmes, parce que vos œuvres auront leur récompense, dit le Seigneur, et que vos enfants reviendront en liberté à la terre ennemie. "

11. Sagesse, III, 15 : " Le fruit des actes vertueux, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

12. Ibid., X, 17 : " La sagesse a rendu aux justes la récompense de leurs travaux ; elle les a conduits par des voies admirables ; elle les a abrités pendant le jour, et a été pour eux une étoile brillante pendant la nuit. "

13. MALACHIE, III, 13-14, 17-18 : " Vos paroles s'élèvent contre moi de plus en plus, dit le Seigneur. - Et vous répondez : Qu'avons-nous dit contre vous ? Vous avez dit : Vanité c'est que de servir Dieu : qu'avons-nous gagné à garder ses commandements, et pour avoir marché dans l'attitude de la crainte devant le Seigneur des armées?. . . Et dans le jour où je dois agir, ils seront, dit le Seigneur des armées, le peuple que je me réserve ; et je les traiterai avec indulgence, comme un père traite son propre fils quand il le trouve obéissant à tous ses ordres. - Vous changerez alors de sentiment, et vous saurez faire le discernement entre le juste et l'injuste, entre celui qui sert Dieu et celui qui ne le sert point. "

14. I Corinthiens, XV, 58 : " Ainsi, mes chers frères, demeurez fermes et inébranlables, et travaillez toujours de plus en plus à l’œuvre de Dieu, sachant que votre travail ne restera pas sans récompense devant le Seigneur. "

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15. Hébreux, IV, 10-13 : " Car Dieu n'est pas injuste, pour qu'il puisse oublier vos œuvres et la charité que vous avez montré pour la gloire de son nom y en rendant aux saints des services pénibles, comme vous le faites encore aujourd'hui. Or, nous souhaitons que chacun de vous fasse paraître jusqu'à la fin le même zèle s'assurer les biens qui sont l'objet de notre espérance, - et que, bien loin de vous ralentir, vous vous rendiez les imitateurs de ceux qui par leur foi et leur patience sont devenus les héritiers des promesses. - Car Dieu, dans la promesse qu'il fit à Abraham, n'ayant personne de plus grand que lui par qui il pût jurer, jura par lui-même. "

16. Galates, V, 5 : " Mais nous, c'est par l'esprit et en vertu de la foi que nous espérons recevoir la justice. "

17. I PIERRE, I (comme dans le corps de la réponse).

18. II Corinthiens, IX, 10-14 : " Dieu donc, qui donne la semence à celui qui sème, vous donnera le pain dont vous avez besoin pour vivre, et il multipliera ce que vous avez semée, et il fera croître de plus en plus les fruits de votre justice, - qu'étant riches en tout, vous exerciez avec une charité sincère toutes sortes de bonnes œuvres, et que nous puissions en rendre à Dieu de continuelles actions de grâces. - Car ces offrandes que nous sommes chargés de recueillir non-seulement suppléent aux besoins des saints, mais contribuent encore beaucoup à la gloire de Dieu, par le grand nombre d’actions de grâces qu'elles nous portent à lui rendre : - puisque les saints, en recevant par notre ministère ces preuves de votre libéralité, glorifient Dieu de la soumission que vous témoignez à l'évangile de Jésus-Christ, et de la bonté avec laquelle vous faites part de vos biens, soit à eux, soit à tous les autres ; - et ils témoignent l'amour qu'ils vous portent, par les prières qu'ils font pour vous, et par le grand désir qu'ils ont de vous voir, à cause de la grâce singulière que vous avez reçu de Dieu. "

19. Colossiens, I, 10-11 : " Afin que vous vous conduisiez d'une manière digne de Dieu, tâchant de lui plaire en toutes choses, portant des fruits de toutes sortes de bonnes œuvres, et croissant dans la connaissance de Dieu ; - que vous soyez remplis de force par la puissance de sa gloire, et que vous montriez en toutes rencontres une patience et une douceur inaltérables accompagnées de joie. "

20. I PIERRE, II, 1-2 : " Vous, étant donc dépouillés de tout ce qui peut avoir forme de malice, de tromperie, de dissimula-

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tion, d'envie et de médisance, - comme des enfants nouvellement nés désirent ardemment le lait spirituel et pur, qui vous fera croître pour le salut. "

21. I Corinthiens, VII, 1 : " Ayant donc reçu de telles promesses, mes très-cher frères, purifions-nous de tout ce qui peut souiller le corps et l'esprit, menant à bonne fin l'œuvre de notre sanctification dans la crainte de Dieu. "

22. Romains, VI, 22 : " Mais maintenant que vous êtes affranchis du péché et devenus les serviteurs de Dieu, le fruit que vous en retirez est votre sanctification, et la fin qui en résultera pour vous sera la vie éternelle. "

23. Apocalypse, XXII, 11 : " Que celui qui commet l'injustice, la commette encore ; que celui qui est juste, se justifie encore ; et que celui est saint, se sanctifie encore. "

24. Ecclésiastique, XVIII, 22 : " Ne cessez point de croître dans la justice jusqu'à la mort, parce que la récompense de Dieu demeure éternellement. "

25. JACQUES, II, 20, 21, 22 : " Mais voulez-vous savoir, ô homme vain, que la foi sans les œuvres est morte ? -Notre père Abraham ne fut-il pas justifié pour ses œuvres lorsqu'il offrit son fils Isaac sur l'autel ? - Ne voyez-vous pas que sa foi concourait avec ses œuvres et qu'elle fut consommée par ses œuvres ? "

26. JEAN, III, 20-21 : " Car quiconque fait le mal hait la lumière, et ne se montre point à la lumière de peur que ses œuvres étant reconnues ne le condamnent. - Mais celui qui fait ce que la vérité prescrit, se montre à la lumière afin que ses œuvres soient manifestées, parce qu'elles sont faites en Dieu. "

27. I JEAN, IV, 17 : " L'amour que nous aurons pour Dieu sera parfait, si nous sommes tels en ce monde que l'a été Jésus-Christ, et c'est ainsi que nous aurons confiance au jour du jugement. "

28. JACQUES, II, 25 : " Rahab aussi, cette femme débauchée, ne fut-elle pas de même justifiée pour ses œuvres quand elle reçu chez elle les espions de Josué et qu'elle les renvoya par un autre chemin ? "

29. Galates, VI, 3-5 : " Si quelqu'un s'imagine être quelque chose, il se trompe lui-même puisqu'il n'est rien. - Que chacun examine donc bien ses propres actions, et alors il trouvera sa gloire seulement en lui-même, plutôt que de la chercher dans la comparaison qu'il voudrait établir entre lui et les autres. - Car chacun portera son propre fardeau. "

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30 et 31. TOBIE, IV, et JEAN, III (comme dans le corps de la réponse).

32. JEAN, XV, 7 : " Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez tout ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé. "

33. ISAIE, XXXVIII, 1-8 : " En ces jours-là Ezéchias fût malade à mort ; et Isaïe, prophète, fils d'Amos, vint vers lui et lui dit : - Voici ce que dit le Seigneur : - Prince, mets ordre aux affaires de ta maison ; car tu vas mourir, et infailliblement. - Alors Ezéchias tourna son visage du côté de la muraille, et pria le Seigneur - en lui disant : Souvenez-vous, je vous prie, Seigneur, que j'ai marché devant vous dans la vérité et avec un cœur droit, et que j'ai fait ce qui est bon à vos yeux. - Et Ezéchias répandit beaucoup de larmes. - Alors le Seigneur parla à Isaïe et lui dit : Va, et dis à Ezéchias : Voici ce que dit le Seigneur, le Dieu de David ton père : J'ai entendu tes prières, et j'ai vu tes larmes ; et j'ajouterai encore quinze année à ta vie. - Et je vous délivrerai du roi des Assyriens, toi et cette ville, et je protégerai moi-même Jérusalem. - Or, voici le signe que le Seigneur te donnera, pour t'assurer de sa promesse et de son accomplissement. - Je ferai que l'ombre du soleil, qui est descendue de dix degrés sur le cadran d'Achaz, retourne de dix degrés en arrière. - Et le soleil remonta les dix degrés d'où il était déjà descendu. "

34. II Rois, XX, 1-3 : " En ce temps-là, Ezéchias fut malade à mort, etc. - Alors Ezéchias, tournant le visage du côté de la muraille, fit sa prière au Seigneur en ces termes : Seigneur, souvenez-vous, je vous prie, que j'ai marché devant vous dans la vérité et avec un cœur droit, et que j'ai fait ce qui était agréable à vos yeux. "

35. Psaume VII, 9 : " Daignez, Seigneur, me rendre justice, et me traiter selon mon innocence. "

36. Ps. XVI, 1, 15 : " Seigneur, écoutez la voix de ma justice : soyez attentif à mes cris. - Pour moi, conduit par la justice, je verrai votre face ; mes désirs seront comblés par l'éclat de votre aspect à mon réveil. "

37. Ps. XVII, 24-25 : " Et le Seigneur rétribuera ma justice ; - il me récompensera selon la pureté de mes mains ; - parce que j'ai gardé les voies du Seigneur, et que je n'ai point abandonné mon Dieu pour embrasser l'impiété. - Tous ses jugements ont été devant mes yeux, et je n'ai point rejeté ses lois. - Je

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m'efforcerai d'être sans tache devant lui, et je me tiendrai en garde contre l'iniquité. - Et il me traitera selon mon innocence, selon que mes mains seront pures à ses yeux. "

37. Ps. XXV, 1, 11-12 : " Jugez ma cause, Seigneur : car la voie où je marche est pure ; j'espère en vous, ne laissez point chanceler mes pas. - Pour moi, la voie que je suis est irréprochable ; venez me délivrer, ayez pitié de moi. - Mes pieds sont restés fermes dans la voie droite ; je vous bénirai, Seigneur, dans les assemblées. "

38. Ps. XXXIV, 23-24 : " Seigneur, prenez vos armes et votre bouclier ; levez-vous pour me secourir. - Mon Dieu et mon Seigneur, songez à la défense de ma cause. - Jugez-moi selon votre justice, Seigneur, Dieu que j'adore, et qu'ils n'aient point à se réjouir de ma perte. "

39. Ps. CXXXI, 1 : " Seigneur, souvenez-vous de David, et de sa douceur au milieu de ses afflictions. "

40. MATTHIEU, XX, 4-5, 8-10 : " Le royaume des cieux est semblable à un père de famille, qui sortit dès le point du jour afin de louer des ouvriers pour sa vigne. - Et étant convenu avec les ouvriers de leur donner un denier pour leur journée entière il les envoya à sa vigne. - Il sortit de même sur la troisième heure, et en ayant vu d'autres qui se tenaient sur la place sans rien faire, il leur dit : - Allez-vous-en aussi à ma vigne, et je vous donnerai ce qui sera juste. - Et ils y allèrent. . . - Or, le soir étant venu, le maître de la vigne dit à son intendant : - Appelez les ouvriers, et payez-les en commençant par les derniers, jusqu'aux premiers. - Ceux qui avaient été loués les premiers, venant à leur tour, s'imaginèrent qu'on leur donnerait davantage ; mais ils ne reçurent eux aussi, que chacun un denier. "

41. II Timothée, IV, 8 : " Il ne me reste qu'à attendre la couronne de justice qui m'est réservée et que le Seigneur, comme un juste juge, me remettra en ce grand jour ; et non-seulement à moi, mais encore à tous ceux qui aiment son avènement. "

42. JACQUES, I, 12 : " Heureux celui qui endure patiemment les épreuves, parce que, lorsqu'il aura été éprouvé, il recevra la couronne de vie que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. "

43. MATTHIEU, XIX, 16-17 : " Et voici que quelqu'un s'approchant, lui dit : Bon maître, quel bien faut-il que je fasse pour gagner la vie éternelle ? - Jésus lui répondit : Pourquoi me demandez-vous ce qui est bon ? - Il n'y a que Dieu qui soit

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bon. - Au reste, si vous voulez entrer dans la vie, gardez les commandements. "

44. JEAN, III, 21 : " Mais celui qui fait ce que la vérité prescrit, se montre à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, parce qu'elles sont faites en Dieu. "

45. Id., XV, 1-2, 5 : " Je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. - Il retranchera toutes les branches qui ne portent point de fruit en moi, et il taillera toutes celles qui portent du fruit, afin qu'elles en portent davantage. - Je suis le cep de la vigne, et vous en êtes les branches. - Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure, porte beaucoup de fruit ; car sans moi vous ne pouvez rien faire. "

46. Ecclésiastique, XVI, 15 : " Toute action de miséricorde fera placer chacun en son rang selon le mérite de ses œuvres et selon la prudence avec laquelle il aura vécu comme étranger sur la terre. "

47. Hébreux, XIII, 16 : " Souvenez-vous d'exercer la charité et de faire part de vos biens aux autres : car c'est par de semblables sacrifices qu'on se rend Dieu favorable. "

48. Sagesse, III, 5-6 : " Leur affliction a été légère, et leur récompense sera grande, parce que Dieu les a éprouvées et qu'il les a trouvés dignes de lui. - Il les a éprouvés comme l'or dans la fournaise ; il les a reçus comme un holocauste, et il arrêtera sur eux son regard lorsque le temps en sera venu. "

49. II Thessaloniciens, I, 3-7 : " Nous devons, mes frères, rendre pour vous à Dieu de continuelles actions de grâces ; et il est bien juste que nous le fassions, puisque votre foi s'augmente de plus en plus, et que la charité que vous avez les uns pour les autres s'accroît tous les jours. - De sorte que nous nous glorifions en vous dans les Eglises de Dieu, à cause de la patience et de la foi avec laquelle vous demeurez fermes dans toutes les persécutions et les afflictions qui vous arrivent ; - afflictions qui sont des marques du juste jugement de Dieu, en même temps qu'elles servent à vous rendre dignes de son royaume, pour lequel aussi vous souffrez. - Car il est bien juste devant Dieu qu'il afflige à leur tour ceux qui vous affligent maintenant, - et que pour vous, qui êtes dans l'affliction, il vous fasse jouir du repos avec nous, lorsque le Seigneur Jésus descendra du ciel, et paraîtra avec les anges qui sont les ministres de sa puissance. "

50. Apocalypse, III, 4-5 : " Vous avez néanmoins dans Sardes quelque peu de personnes qui n'ont point souillé leurs vête-

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ments ; ceux-là marcheront avec moi vêtu de blanc, car ils en sont dignes. - Celui qui aura obtenu la victoire sera ainsi vêtu de blanc ; et je n'effacerai point son nom du livre de vie, et je confesserai son nom devant mon Père et devant ses anges. "

51. Sagesse, V, 16-17 : " Mais les justes vivront éternellement ; le Seigneur leur réserve leur récompense et le Très-Haut les a présents à sa pensée- C'est pourquoi ils recevront de la main du Seigneur un royaume (autr. selon les septante, un palais) de toute magnificence et un diadème de toute beauté. - Il les protégera de sa droite, et les défendra par la force de son bras saint. "

52. Psaume XVIII, 12 : " Votre serviteur, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

53. Hébreux, XI, 6, 24-26 : " Or, il est impossible de plaire à Dieu sans la foi ; car, pour s'approcher de Dieu, il faut croire premièrement qu'il existe, et qu'il récompense ceux qui le cherchent. - C'est par la foi que Moïse devenu grand, renonça à être appelé le fils de la fille de Pharaon, aimant mieux être affligé avec le peuple de Dieu, que de jouir du plaisir si court qui se trouve dans le péché ; - et jugeant que l'opprobre de Jésus- Christ était un plus grand trésor que toutes les richesses de l’Egypte, parce qu'il envisageait la récompense promise. "

54. LUC, XIV, 12-14 : " Il dit aussi à celui qui l'avait invité : Lorsque vous donnerez à dîner ou à souper, n'y conviez ni vos amis, ni vos frères ni vos parents, ni vos voisins qui seront riches, de peur qu'ils ne vous invitent aussi à leur tour, et qu'ainsi ils ne vous rendent ce qu'ils auraient reçu de vous. - Mais lorsque vous donnez un festin, conviez-y les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles ; - et ce sera pour vous un bonheur qu'ils n'aient pas le moyen de vous le rendre, puisque cela vous sera rendu au jour de la résurrection des justes. "

55. Colossiens, III, 23-24 : " Faites de bon cœur tout ce que vous faites, comme le faisant pour le Seigneur, et non pour les hommes, - sachant que vous recevrez du Seigneur l'héritage du ciel pour récompense. "

56. Ephésiens, VI, 7-8 : " Servez-les (vos maîtres) avec affection, regardant en eux le Seigneur, et non les hommes, - sachant que chacun recevra du Seigneur la récompense du bien qu'il aura fait, n'importe qu'il soit esclave, ou qu'il soit libre. "

57. II Corinthiens, IV, 17 : " Les afflictions si courtes et si légères que nous avons à endurer dans la vie présente nous amassent pour l'éternité une somme immense de gloire. "

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58. Psaume CXVIII, 112 : " J'ai porté mon cœur, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

59. MATTHIEU, XIX, 11-12 : " Il leur dit : Tous n'entendent pas cette parole, mais ceux-là seulement à qui il a été donné de l'entendre. - Car il y a des eunuques sortis tels du sein de leurs mères ; il y en a d'autres qui ont été faits eunuques par les hommes ; et il y en a qui se sont rendus eunuques eux-mêmes en vue du royaume des cieux. "

60. II Timothée, IV, 7 : " J'ai bien combattu, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

61. MATTHIEU, V, 11-12 : " Vous serez bienheureux, lorsque les hommes vous maudiront, qu'ils vous persécuteront et qu'à cause de moi ils diront faussement toute sorte de mal de vous. - Réjouissez-vous alors, et tressaillez de joie, parce que votre récompense est grande dans les cieux. "

62. Id., VI, 4, 6, 17, 18 : " Afin que votre aumône se fasse en secret, et votre Père, qui voit tout ce qui se fait en secret, vous en rendra la récompense. - Mais pour vous, lorsque vous voudrez prier, entrez dans votre chambre, et, la porte fermée, priez votre Père en secret, et votre Père qui voit tout ce qui se fait en secret, vous en fera toucher la récompense. - Mais pour vous, lorsque vous jeûnez, parfumez-vous la tête et lavez-vous le visage, - afin de ne pas faire paraître aux hommes que vous jeûnez, mais seulement à votre Père, qui est présent à ce qu'il y a de plus secret : et votre Père, qui voit tout ce qui se passe dans le secret, vous en rendra la récompense. "

63. Id., X, 41 : " Celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète recevra la récompense du prophète, etc. "

64. Apocalypse, II, 7, 10, 26, 27, 28 : " Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux églises : Je donnerai au vainqueur à manger du fruit de l'arbre de vie, qui est au milieu du paradis de mon Dieu. - Ne craignez rien de ce que vous aurez à souffrir : voilà que le démon va mettre quelques-uns de vous en prison, afin que vous soyez éprouvés et vous aurez à souffrir pendant dix jours. - Soyez fidèles jusqu'à la mort, et je vous donnerai la couronne de vie. - Et quiconque aura vaincu et aura persévéré jusqu'à la fin dans les œuvres que je lui ai commandées, je lui donnerai puissance sur les nations : - il les gouvernera avec un sceptre de fer, et elles seront brisées comme un vase d'argile, - selon que j'en ai reçu moi-même le pouvoir de mon Père, et je lui donnerai l’étoile du matin. "

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65. Id., III, 11-12, 21 : " Je viendrai bientôt : conservez ce que vous avez, de peur qu'un autre ne reçoive à votre place votre couronne. - Quiconque sera victorieux, je ferai de lui une colonne dans le temple de mon Dieu, et il n'en sortira plus ; et je graverai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la ville de mon Dieu, de la nouvelle Jérusalem qui descend du ciel d'auprès de mon Dieu, et il portera pour signe mon nom nouveau. - Quiconque sera victorieux, je lui donnerai de s'asseoir avec moi sur mon trône, comme depuis ma victoire je suis assis moi-même avec mon père sur son trône. "

66. Ibid., XIV, 13 : " Alors j'entendis du ciel une voix qui me dit : Ecris : Heureux sont ceux qui meurent dans le Seigneur. Dès à présent, dit l'Esprit, ils se reposeront de leurs travaux : car leurs œuvres les suivent. "

67. MATTHIEU, XIX, et JEAN, V (comme dans le corps de la réponse).

68 MATTHIEU, XXV, 34-38 : " Alors le roi dira à ceux qui sont à sa droite : Venez, les bénis de mon Père posséder le royaume qui vous à été préparé dès le commencent du monde. Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger. "

69. Id., VII, 21 : " Tous ceux qui me disent, Seigneur, Seigneur, n'entreront pas pour cela dans le royaume des cieux ; mais celui-là seulement y entrera, qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. "

70. Apocalypse, XXII, 4 : " Que celui qui est juste, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

71. Ecclésiastique, XVIII, 22 : " Ne cessez point de croître dans les œuvres de justice jusqu’à la mort, parce que la récompense de Dieu demeure éternellement. "

72. Psaume LXI, 12 : " Dieu a parlé une fois, et j'ai entendu ces deux choses : que la puissance appartient à Dieu, et que vous êtes, Seigneur, rempli de miséricorde ; car vous rendrez à chacun selon ses œuvres. "

73. MATTHIEU, XVI, 27 : " Le Fils de l'homme doit venir dans la gloire de son Père avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon ses œuvres. "

74. Romains, II, 6-13 : " Qui rendra à chacun selon ses œuvres, - en donnant la vie éternelle à ceux qui, par leur patience dans les bonnes œuvres, cherchent la gloire, l'honneur et l'immortalité, - et en faisant peser sa colère et son indignation sur ceux qui ont l'esprit contentieux, et qui ne se rendent

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point à la vérité, mais qui embrassent l'iniquité. - Tribulation et angoisse sur l'âme de tout homme qui fait le mal, du juif premièrement, et ensuite du gentil. - Mais gloire, honneur et paix à tout homme qui fait le bien, au juif premièrement et ensuite au gentil. - Car Dieu ne fait point acception des personnes. - Et, ainsi tous ceux qui ont péché sans la loi périront sans la loi, et tous ceux qui ont péché sous la loi seront jugés par la loi. - Car ce ne sont point ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu ; mais ceux qui gardent la loi seront seuls justifiés. "

75. I Corinthiens, III, 8-9, 13, 14, 15 : " Celui donc qui plante et celui qui arrose ne sont qu'une même chose. Mais chacun recevra sa récompense particulière selon son travail ; parce que nous sommes les coopérateurs de Dieu, et vous êtes le champ que Dieu cultive. . . . . - L'ouvrage de chacun paraîtra enfin, et le jour du Seigneur fera voir quel il est, parce qu'il sera manifesté par le feu, et que ce feu mettra à l'épreuve l'ouvrage de chacun. - Si quelqu'un a bâti sur ce fondement un ouvrage qui demeure sans être brûlé, il en recevra la récompense. - Si l'ouvrage d'un autre est consumé par le feu, il en éprouvera de la perte : il ne laissera pas pour cela d'être sauvé, mais ce sera comme en passant par le feu. "

76. Galates, VI, 7-10 : " Ne vous y trompez pas : on ne se moque point de Dieu. - L'homme ne recueillera que ce qu'il aura semé ainsi, celui qui sème dans la chair, ne recueillera de la chair que la corruption, et celui qui sème dans l'esprit recueillera de l'esprit la vie éternelle. - Ne nous lassons donc point de faire le bien, puisque, si nous ne perdons point courage, nous en recueillerons le fruit en son temps. - C'est pourquoi, pendant que nous en avons le temps, faisons du bien à tous, mais principalement à ceux qui par la foi qu'ils professent ne font qu'une même famille avec nous. "

77. Ecclésiastique, LI, 38 : " Faites votre œuvre avant que le temps se passe, et il vous en donnera la récompense en son temps. "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. CYPRIEN, Epist. I ad Cornelium Pontificem romanum : " Courage donc, frère bien-aimé. Puisque les avertissements d'une miséricordieuse providence nous crient que le jour de notre combat est proche, nous vous exhortons autant que nous en sommes

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capable, et au nom de la charité qui nous lie ensemble, à vaquer constamment avec tout le peuple aux veilles, aux jeûnes et aux prières Poussons des gémissements non interrompus, faisons entendre de continuelles supplications. Gémissements, supplications, voilà les armes célestes qui nous rendent forts et puissants contre l'ennemi ; voilà l'arsenal spirituel qui nous protège véritablement (Cf. Chefs-d'œuvre des Pères, trad. par M. de Genoude, t. V). "

2. Le concile de Trente, session VI, chapitre X : " Les hommes étant ainsi justifiés et devenus amis et comme les familiers de Dieu (Eph., II, 19 ; Ps. LXXXIII, 8), s'avancent de vertus en vertus, et se renouvellent de jour en jour, comme dit l’Apôtre (I Cor., IV, 16), c'est-à-dire qu'en mortifiant les membres de leur corps, et les faisant servir aux œuvres de justice (Col., III, 5), pour se sanctifier par l'observation des commandements de Dieu et de l'Eglise, ils croissent, par les bonnes œuvres que la foi leur donne la force de pratiquer, dans cet état de justice dont ils sont redevables à la grâce de Jésus- Christ et se justifient ainsi de plus en plus, suivant ce qui est écrit : Que celui qui est juste, se justifie encore. Il est écrit de même ailleurs : Ne craignez point de vous avancer dans la justice jusqu’à la mort. Et dans un autre endroit : Vous voyez que l'homme est justifié par ses œuvres et non pas seulement par sa foi. C'est là cet accroissement de justice que demande la sainte Eglise, lorsqu'elle dit dans ses prières : Donnez-nous, Seigneur, un accroissement de foi, d'espérance et de charité. "

3. S. AUGUSTIN, Præfat. in Ps. XXXI : " La fin de la loi, dit l'Apôtre (I Tim., I, 8), est la charité qui naît d'un cœur pur, d’une bonne conscience et d'une foi sincère. Il met la bonne conscience à la place de ce qu'il appelle ailleurs l'espérance : car celui-là à une bonne espérance qui à la conscience pure. Et celui qui se sent déchiré par les remords d'une mauvaise conscience n'espère plus, et n'attend que sa condamnation. Pour espérer le royaume, ayez la bonne conscience ; et pour avoir la bonne conscience, croyez et agissez ensuite. Ce qui fait que vous croyez, c'est la foi ; ce qui fait que vous agissez, c'est la charité. Dans un endroit, saint Paul nomme la foi la première : La foi, l'espérance et la charité (I Cor., XIII, 13). Dans cet autre, il commence par la charité : La charité qui naît d'un cœur pur, d'une bonne conscience et d'une foi sincère. Pour nous, nous venons

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de commencer par le milieu, c'est-à-dire par l'espérance et la bonne conscience. Je le répète : Que celui qui veut avoir une bonne espérance s'applique à se faire une bonne conscience. Mais pour avoir une bonne conscience, qu'il croie et qu'il agisse. Nous commençons par le milieu, d'où nous allons au commencement et à la fin, qu'il croie et qu'il agisse. Ce qui le fait croire, c'est la foi ; ce qui le fait agir, c'est la charité (Cf. Sermons de saint Augustin sur les Psaumes, t. Ier, p.474-475). "

4. Le même, Tract. LXVII in Evangelium Joannis : " Quand le Sauveur eut dit à ses apôtres : Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père ; si cela n'était, je vous l'aurais dit, car je m'en vais vous préparer le lieu ; leur trouble fut calmé dans la confiance où ils furent dès-lors d'obtenir très-certainement un jour, qu'après avoir essuyé les tentations et les dangers de la vie présente ils seraient reçus avec Jésus-Christ dans la maison du Père céleste, pour y demeurer éternellement avec lui ; parce que, bien que parmi eux-mêmes il y en eût de plus forts, de plus sages, de plus justes et de plus saints les uns que les autres, comme il y a plusieurs demeures dans la maison du Père, pas un de ceux qui suivaient le Fils ne devait en être rejeté, et que chacun d'eux devait y être placé suivant le rang dû à son mérite. Il est vrai que le père de famille (MATTH., XX, 9), en payant ceux qu'il avait envoyés à sa vigne, ne fit donner à chacun de ses ouvriers qu'un denier, comme ils en étaient convenus avec lui, sans avoir égard au plus ou moins de temps que chacun d'eux avait travaillé. Mais c'est parce que ce denier représentait la vie éternelle, qui sera en effet également éternelle pour tous ceux qui y seront admis. Car l'éternité n'ayant point de fin, la durée de la vie qu'on y possède ne peut être réglée par des mesures différentes. Ce n'est pas non plus ce que Jésus- Christ veut nous faire entendre par la diversité des demeures qu'il dit être dans la maison de son Père ; mais c’est la différence des degrés de gloire proportionnés aux mérites de chacun, dont ils jouiront dans cette éternité, d'ailleurs pour tous la même . Car le soleil a son éclat, la lune le sien, les étoiles le leur, et entre les étoiles l'une est plus éclatant que l'autre (I Cor., XV, 41). Il en sera de même dans la résurrection des morts. Comme donc les étoiles qui sont dans le ciel ont différents degrés de clarté, de même les saints qui seront dans le royaume de Dieu y auront différents degrés de gloire représentés par les différentes demeures dont

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parle ici Jésus- Christ. Mais, pour marquer que ces saints seraient tous reçus dans ce même royaume sans qu'un seul en fût exclu, le père de famille donne le même prix, qui est un denier, à tous ceux qui avaient travaillé à sa vigne. Et ainsi, comme Dieu qui est charité sera tout en tous, il arrivera par ce moyen que ce que chacun d'eux aura de propre deviendra commun à tous. Car il suffit d'être bien aise de voir dans les autres ce qui nous manque et de l'y estimer, pour pouvoir dire en quelque manière que nous l'avons. C'est ce qui aura lieu dans le ciel, l'inégalité de gloire ne fera naître dans les saints aucune jalousie, parce que la charité qui y règnera en eux les unira parfaitement (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l’Evangile de saint Jean, tome III, pag. 271-273). "

5. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Lib. IV Dialogorum, c. 35 : " C'est en parlant des élus que Jésus- Christ lui-même a dit dans l'Evangile : Il y a plus d'une demeure dans la maison de mon Père (JEAN, XIV, 2). S'il n'y avait aucune différence dans la récompense accordée à ceux qui entreront un jour en possession de l'éternelle félicité, il n'y aurait pas plusieurs demeures, mais une seule et même pour eux tous. Il y a donc plusieurs demeures, en ce qu'il y a diverses classes parmi les bons, bien qu'ils reçoivent tous un même denier pour avoir travaillé à la même vigne, et que des mérites communs les fassent tous entrer en part d'une commune joie. S'il y a cependant pour eux distinction de demeures, c'est qu'en même temps que la félicité dont ils jouissent est de même nature pour tous, il y a des degrés dans cette félicité même qui est pour chacun la récompense de ses propres œuvres. "

6. Le concile de Trente, session VI, chapitre XVI : " Les hommes étant donc justifiés de cette manière, soit qu'ils aient toujours conservé la grâce une fois reçue, soit qu'après l'avoir perdue ils l'aient recouvrée, il faut leur mettre devant les yeux ces paroles de l'Apôtre : Employez-vous de plus en plus dans l’exercice des bonnes œuvres, étant bien assurés que Notre-Seigneur ne laisse pas votre travail sans récompense (I Cor., XV, 58). Car Dieu n'est pas injuste, pour oublier vos bonnes œuvres et la charité que vous avez témoignée en son nom (Hébr. VI, 10). Et encore ces paroles : Ne perdez donc pas la confiance que vous avez, et qui doit être récompensée d'un grand prix (Hébr. X, 53). Par conséquent il faut faire envisager la vie éternelle à ceux qui travaillent

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utilement jusqu’à la fin de leur carrière et qui espèrent en Dieu, et comme une grâce que Dieu promet miséricordieusement à ses enfants adoptifs en considération des mérites de Jésus-Christ, et comme une récompense qui, selon la promesse de Dieu même, doit être fidèlement décerné à leurs bonnes œuvres et à leurs mérites. C'est là cette couronne de justice, que l’Apôtre disait lui être réservé au terme de sa course et de ses combats, et qu'il attendait de son juste juge, comme promise non-seulement à lui, mais aussi à tous ceux qui aiment et désirent le dernier avènement (II Tim., IV, 8). Jésus-Christ en effet, répandant continuellement l'influence de sa vertu en ceux qui sont justifiés, comme le chef dans ses membres, comme le cep dans ses branches, et cette vertu précédant, accompagnant et suivant toujours leurs bonnes œuvres qui sans elle ne pourraient être ni méritoires, ni agréables à Dieu, il faut croire qu'il ne manque plus rien après cela à ceux qui sont justifiés pour qu'ils doivent être censés avoir pleinement satisfait à la loi divine, autant que le comporte l'état de la vie présente par ces œuvres faites en la vertu de Dieu, et avoir véritablement mérité la vie éternelle, pour l'obtenir en son temps, supposé qu'ils meurent en cet état de grâce, comme l'a dit à ce sujet Jésus-Christ notre Sauveur : Si quelqu'un boit de l’eau que je lui donnerai, il n'aura jamais soif ; mais cette eau deviendra en lui une fontaine d’eau, qui rejaillira jusque dans la vie éternelle (JEAN, IV, 13-14). Ainsi, ni nous ne prétendons que notre justice nous soit tellement propre qu'elle nous vienne de notre propre fonds, ni nous ne voulons méconnaître ou répudier celle de Dieu. Car cette justice que nous appelons notre justice, parce qu'elle est inhérente en nous du moment où nous sommes justifiés, est en même temps la justice de Dieu, parce que c'est Dieu qui la répand en nous par la communication qu'il nous fait des mérites de Jésus- Christ. Il ne faut pas non plus manquer d'observer, qu'encore que nos livres saints attribuent aux bonnes œuvres une telle valeur, que Jésus-Christ promet à celui qui aura donné au moindre des siens ne serait-ce qu'un verre d'eau froide, de ne pas le laisser sans récompense (MATTH., X, 42), et que l’Apôtre nous assure que le moment si court et si léger des afflictions que nous endurons en cette vie produit en nous une gloire incomparable d'une éternelle durée (II Cor., IV, 17), un chrétien cependant ne doit pas, ce qu'à Dieu ne plaise, se confier ou se glorifier en soi-même, mais se confier et se glorifier dans le Seigneur, dont la bonté pour les hommes est si grande,

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qu'il veut bien leur faire des mérites de ses propres dons. Et comme nous manquons tous en bien des choses (JAC., III, 2), chacun de nous doit avoir devant les yeux aussi bien la justice et la sévérité de Dieu, que sa miséricorde et sa bonté ; et quand même on ne se sentirait coupable de rien, on ne devrait pas pour cela se juger innocent, parce que notre vie entière doit être examinée et jugée, non au tribunal des hommes, mais à celui de Dieu, qui portera la lumière jusque dans les plus épaisses ténèbres, et produira au grand jour les secrets des cœurs les plus cachés ; et alors chacun recevra de Dieu la louange qu'il aura méritée (I Cor, IV, 5) ; car il rendra, comme il est encore écrit, à chacun selon ses œuvres (MATTH., XVI, 27; Rom., II, 6). "

7. S. CYPRIEN, Liv. de l'unité : " La justice nous est nécessaire pour nous rendre favorable le divin juge ; et sans la soumission à ses préceptes et à ses avertissements, point de récompense pour nos œuvres. "

8. S. AUGUSTIN, Epist. CV (al. 194) ad Sextum : " De quels mérites pourra donc se prévaloir l’homme justifié, lui qui, s'il eût été traité selon ses mérites, n’aurait pu attendre que sa condamnation ? Mais quoi ! les justes n'ont-ils dont point de mérites ? Certainement ils en ont, puisqu'ils sont justes ; mais ce ne sont pas leurs mérites qui les ont rendus tels. Car être rendu juste, c'est être justifié ; or, c'est gratuitement, comme nous le dit l'Apôtre, que nous avons été justifié par l'effet de la grâce de Jésus- Christ . . . "

" Quel mérite pouvons-nous donc trouver dans l'homme, qui précède la grâce, et qui la lui fasse obtenir, puisque c'est la grâce seule qui fait tout ce qu'il y a en nous de mérites, et que Dieu, en couronnant nos mérites, ne fait que couronner ses propres dons ? Car de même que dès les premiers pas de notre entrée dans la foi, nous avons reçu miséricorde, non parce que nous étions fidèles, mais afin que nous le devinssions ; ainsi, à la fin de notre course où commence la vie éternelle, Dieu nous couronnera, comme dit l'Ecriture, par une abondance de miséricordes (Ps. CII, 4). Ainsi c'est dans la plus exacte vérité que le Psalmiste bénit Dieu en disant : Sa miséricorde me préviendra (Ps. LVIII, 2) ; et : Sa miséricorde me suivra (Ps. XXII, 6). C'est pourquoi la vie éternelle que nous posséderons sans fin après la fin des siècles, et qui est par conséquent la récompense des mérites précédents, est elle-même appelé une grâce, parce que les mérites auxquels elle est accordée n'ont pas été produits

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en nous par nos seules forces, mais sont en nous l'œuvre de la grâce. Elle est, dis-je, appelée une grâce ; et pourquoi, sinon parce qu'elle est donné gratuitement ? Non qu'elle ne soit la récompense des mérites ; mais parce que les mérites mêmes, en vue desquels elle est accordée, nous ont été donnés. On demandera peut-être en quel endroit la vie éternelle est appelée grâce. Il ne faut pour le trouver qu'ouvrir les épîtres de saint Paul, ce grand défenseur de la grâce. La mort, dit-il, est le paiement et la solde du péché ; mais la vie éternelle est une grâce de Dieu en Jésus- Christ Notre-Seigneur (Rom., V, 23). "

" Remarquez, je vous prie, avec quelle attention l'Apôtre, dans une phrase si courte, pèse toutes ses paroles. Il suffit de les considérer avec soin pour éclaircir ce qu'il y a d'obscur dans cette question. Après avoir dit que la mort est le paiement ou la solde du péché, qui ne s'attendrait à l'entendre ajouter, par une conséquence naturelle et tout-à-fait convenable, que la vie éternelle est le paiement ou la solde de la justice ? En parlant ainsi, il n'aurait rien dit qui ne fut très-vrai. Car comme la mort est la solde qui est due au péché, et qu'il mérite, la vie éternelle est aussi comme la solde qui est due à la justice, et qu'elle mérite. . . . "

" Ce n'est qu'à la véritable justice que la vie éternelle est due. Mais sache aussi (ô homme), que ta justice, si elle est véritable, ne vient pas de toi, mais qu'elle vient d'en haut et descend du Père des lumières (JAC., I, 4). Si donc tu as cette justice véritable, tu l'as certainement reçue. Car enfin, qu'as-tu que tu n'aies pas reçu (I Cor., IV, 7) ? Qui que tu sois donc, ô homme, qui dois recevoir la vie éternelle, sache que, quoiqu'elle soit la récompense de la justice, elle est en même temps une grâce pour toi, puisque la justice même que tu as est une grâce. Afin que cette récompense te fût due à toi, il faudrait, que la justice, à laquelle seule elle est due, te vînt de toi. Mais il n'en est pas ainsi : nous n'avons rien de nous-mêmes. Nous avons reçu de lu plénitude de Jésus-Christ, non-seulement la grâce par laquelle nous vivons maintenant selon la justice au milieu des travaux dont cette vie est remplie, et qui ne finiront qu'avec elle ; mais encore celle que saint Jean appelle grâce pour grâce (JEAN, I, 46), une dernière grâce qui sera la suite de cette première grâce, et par laquelle nous vivrons sans fin dans un parfait repos. "

9. Le même, De moribus Ecclesiæ catholicæ, c. 25 : " Aimons donc Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout

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notre esprit, si nous nous sommes proposés d'acquérir la vie éternelle. Car la vie éternelle est toute la récompense qui nous est promise ; or, la récompense ne peut pas précéder le mérite et être donnée à l'homme avant qu'il en soit digne, puisque ce serait une injustice, tandis que Dieu est la justice même. Nous ne devons donc pas prétendre l'obtenir avant de l'avoir méritée (Cf. Les mœurs de l'Eglise catholique, p. 80). "

10. S. AUGUSTIN, in Ps. XCIII : " Vous considérez le travail que vous endurez ici ; mais considérez de même quel repos Dieu vous promet. Pouvez-vous seulement vous le figurer ? Si vous le pouviez, vous reconnaîtriez que ce que vous souffrez n'est rien en comparaison des biens que vous attendez. Ecoutez ce que disait saint Paul, qui voyait ces biens en partie : Le moment si court et si léger des afflictions que nous endurons en cette vie, produit en nous le poids éternel d'une souveraine et incomparable gloire. Quel est ce poids éternel d’une souveraine gloire ? A qui Dieu le prépare-t-il ? L’Apôtre le dit ensuite : A nous qui ne considérons point les choses visibles, mais les invisibles ; parce que les choses visibles sont temporelles, au lien que les invisibles sont éternelles. Ne soyez point lâche et paresseux dans un travail qui passe vite, et vous goûterez une joie qui ne passera jamais. Dieu vous promet une vie qui n'aura pas de fin. Jugez par quels travaux elle mérite d'être achetée. "

" Ecoutez ceci, mes frères Ce que je possède est à vendre, vous dit Dieu. Ce que j'ai est à vendre ; achetez-le. Qu'est-ce que Dieu a donc à vendre ? dites-vous. Il a un repos à vendre ; achetez-le par le travail. Ecoutez-moi, je vous prie, afin qu'au nom de Jésus-Christ nous devenions des chrétiens courageux. . . Ecoutez donc. "

" Dieu vous propose d'acheter en quelque sorte le royaume du ciel. Vous lui demandez combien il coûte. Il vous répond que c'est par le travail qu'on l'achète. S'il vous disait qu'on l'achète avec de l'or, vous lui en demanderiez plus particulièrement le prix : car un grain d'or est aussi bien de l'or qu'une livre d'or. Lors donc que, pour vous épargner la peine de chercher comment on pourrait acheter ce royaume, on vous dit tout d'abord que c'est par le travail, demandez de même quel doit être ce travail, et combien il doit durer. Dieu, avant de vous répondre, vous dit : Je veux vous faire voir avant tout quel est ce repos ineffable que je vous prépare, afin que vous jugiez vous-même par quel travail on doit l'acheter. "

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" Que Dieu nous dise donc combien ce repos doit avoir de charmes. Heureux ceux qui demeurent dans votre maison ; ils vous loueront dans les siècles des siècles (Ps. LXXXIII, 5). C'est là le repos éternel. Ce repos n'aura point de fin ; cette joie ne passera jamais, ne finira jamais ; cet état d’incorruptibilité durera éternellement. Vous aurez une vie éternelle, vous aurez un repos sans fin. De quel travail doit être acheté un repos qui sera éternel ? Si vous voulez être juste dans cette comparaison, si vous voulez être équitable dans cette estimation des choses, n'avouerez-vous pas que, pour acheter un repos éternel, il faudrait aussi un travail qui le fût également ? Cela est incontestable ; mais ne craignez pas, Dieu est plein de miséricorde. S'il vous fallait travailler éternellement, quand arriveriez-vous à ce repos qui mériterait qu'on l'achetât par un travail qui durât toujours ? Faites la balance égale : pour mériter un repos éternel, il faudrait un travail éternel. Mais si vous travailliez toujours, vous ne vous reposeriez jamais. Donc, pour que vous puissiez jouir de ce que vous achetez, il est nécessaire que votre travail ait une fin ; non qu'un repos éternel ne vaille bien un travail éternel, mais parce qu'autrement il vous serait impossible d'entrer jamais en jouissance de ce que vous achetez. "

" Ce repos donc mériterait d’être acheté par un travail éternel ; mais il faut de toute nécessité que ce travail soit temporel. La justice voulant donc que ce travail n'eût pas de fin, que serait-ce qu'un travail de dix millions d’années ? Car, après tout, dix millions d'années, quelques longues qu'elles soient, ont pourtant une fin ; et ce repos que je vous promets, nous dit Dieu, n'aura point de fin. O bonté, ô miséricorde de notre Dieu ! Il ne vous dit pas même : Travaillez pendant dix millions d'années, travaillez pendant mille ans, pendant cinq cents ans ; mais : Travaillez pendant le temps si court des années de votre vie. C'est par-là que vous achèterez le repos, et ce repos n'aura pas de fin (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. V, p. 155-156). "

11. Le même, in Ps. CXX : " Que veut dire cette parole : Que votre main gauche ne sache pas ce que fait votre main droite (MATTH., VI, 3) ? Elle veut dire : Quand vous faites une bonne œuvre, faites-la en vue de la vie éternelle. Car si vous ne la faites qu'en vue de jouir des biens de la terre, votre gauche sait alors ce que fait votre droite ; vous mêlez la main droite avec la

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main gauche. N'agissez qu'en vue de la vie éternelle, et vous agirez avec assurance : car c'est là ce que Dieu à commandé. "

" Si vous n'agissez qu'en vue de la terre, et seulement pour la vie présente, la gauche alors agit seule en vous. Si, au contraire, vous n'agissez qu'en vue de la vie éternelle, c’est votre droite seule qui travaille. Si vous avez en vue la vie éternelle, et qu'il se glisse en même temps en vous un désir secret de la vie temporelle, en sorte que vous y ayez quelque égard dans le bien que vous faites, en souhaitant que Dieu vous en récompense ici-bas, c'est alors la gauche qui se mêle avec votre droite, et c'est ce que Dieu défend (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. VI, p. 395). "

12. Le même, Lib. L Homiliarum, hom. XIV, c. 2 : " Ecoutons maintenant l'apôtre saint Paul nous dire aux approches de son martyre, et dans l'attente certaine de la couronne qui lui était préparée : J'ai bien combattu ; j'ai achevé ma course ; j'ai gardé ma foi. Il me reste à attendre la couronne de justice, que le Seigneur, comme un juste juge, me rendra dans ce dernier jour, et non-seulement à moi, nais aussi à tous ceux qui désirent son avènement. Le Seigneur, comme un juste juge, dit l'Apôtre, me rendra la couronne de justice : c'est donc que cette couronne sera due. Que rendra-t-il ? La couronne de justice : le juste juge ne pourra donc manquer de la rendre. Car en voyant achevé l'ouvrage commandé, il ne pourra, lui qui voit tout, en refuser le salaire. J'ai bien combattu ; voilà l'ouvrage commandé. J’ai achevé ma course ; voilà l'ouvrage achevé. J’ai gardé ma foi ; voilà encore l'ouvrage qu'il lui était ordonné de faire. Il me reste à attendre la couronne de justice ; voilà le salaire : mais pour le recevoir vous n'avez point à agir, et pour le gagner ou pour faire l'ouvrage, vous n'êtes pas réduit à agir seul. La couronne vous vient de lui ; l'ouvrage vient de vous, mais non sans qu'il vous prête pour cela son concours. "

13. Le même, in Ps. LXXXIII, sur ces paroles, Dieu aime la miséricorde et la vérité : " Il aime la miséricorde, parce qu'il m'a prévenu de sa grâce. Il aime la vérité, parce qu'il acquitte fidèlement à celui qui à foi en lui la promesse qu'il lui a faite. Voyons comme cette miséricorde et cette vérité se sont exercées sur la personne de saint Paul. Comme il était d'abord persécuteur de Jésus-Christ, et qu'il avait besoin de miséricorde, il reconnaît que Dieu la lui a faite, lorsqu'il dit : Moi qui étais auparavant un

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blasphémateur, un persécuteur et un outrageux ennemi de son Eglise, j’ai trouvé cependant miséricorde (I Cor., XV, 10), et c'est par la grâce de Dieu que je suis tout ce que je suis. Il dit dans un autre endroit, et aux approches de son martyre : J’ai bien combattu, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi : il ne reste maintenant à attendre la couronne de justice (II Th., IV, 7). Celui qui m'a fait éprouver sa miséricorde me fera éprouver aussi sa vérité. Comment lui fera-t-il éprouver sa vérité ? Parce que le Seigneur, comme un juste juge, me rendra en ce jour-là cette couronne qu'il m'a promise. Il m'a accordé le pardon de mes crimes ; il me donnera maintenant la couronne. Il m'a pardonné gratuitement mes péchés ; il me doit maintenant la couronne par justice. Comment la doit-il ? Dieu peut-il nous être redevable ? De qui a-t-il reçu quelque chose qu'il doive ensuite lui rendre ? Cependant saint Paul déclare que Dieu est son débiteur. Il a déjà reçu sa miséricorde, et maintenant il exige sa vérité. Le Seigneur, comme un juste juge, me la rendra en ce jour. Que vous rendra-t-il sinon ce qu'il vous devait ? Et que put-il vous devoir ? Que lui avez-vous donné ? N'avez-vous pas dit vous-même (Rom., XI, 35) : Qui est-ce qui lui a donné quelque chose avant d'avoir lui-même rien reçu de lui, pour prétendre avoir droit à une récompense ? Non, répond-il, c'est Dieu lui-même qui se rend notre débiteur. Il nous doit, non qu'il ait reçu de nous, mais parce qu'il s'est engagé lui-même par ses promesses. On ne lui dit point : Rendez-nous ce que nous vous avons donné ; mais : Rendez-nous ce que vous nous avez promis (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. IV, p. 477-479). "

14. Le même, in Ps. C: " Saint Paul, après avoir obtenu de Dieu miséricorde, le regarde ensuite comme engagé à lui rendre la récompense qu'il lui a promise. Il le reconnaît comme son bienfaiteur au temps de la miséricorde ; mais il le regarde comme son débiteur au jour du jugement qu'il prononcera. Ma mort est proche, dit-il (II Tim., IV, 6), et le temps de consommer mon sacrifice n'est pas loin : J'ai bien combattu, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi. C'est comme s'il disait : Voilà ce que j'ai fait, dans le temps de la miséricorde. Voyez comment il parle ensuite du temps où Dieu jugera. Il me reste à attendre la couronne de justice que le juste juge me rendra en ce jour. Il me la rendra, dit-il : il ne dit pas qu'il la lui donnera. Quand d'abord il lui donnait sa grâce, il était miséricordieux ; mais en lui ren-

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dant la couronne, il sera un juste juge : ce qui rappelle les premières paroles de ce psaume : Seigneur, je relèverai par mes cantiques votre miséricorde et votre justice. Il pardonne les péchés ; il donne ensuite la couronne en récompensant les bons, parce qu'il est un juste juge. Pourquoi est-il un juste juge lorsqu'il me récompense, et qu'il me rend la couronne de justice ? C'est parce que j'ai bien combattu, que j'ai achevé ma course, et que j'ai gardé la foi. Un juste juge ne trouve rien qu’à couronner en toutes ces choses (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. V, p. 338-339). "

15. Le même, Tract. III in Evangelium Joannis : " En vivant de la foi, vous mériterez de posséder Dieu ; vous aurez l'immortalité et la vie éternelle pour récompense. Mais cette récompense est encore une grâce. Car par où aurez-vous mérité d'avoir la vie éternelle, sinon par la grâce qui vous aura été donnée ? En effet, si la foi elle-même est une grâce, et si la vie éternelle est donnée pour récompense de la foi, Dieu semble, il est vrai, donner la vie éternelle comme acquittement d'une dette ; mais cette dette elle-même, envers qui l'a-t-il contractée ? Envers le fidèle qui se l'est acquise par sa foi. Mais comme la foi elle-même est une grâce, la vie éternelle est alors grâce pour grâce. "

" Ecoutez l'Apôtre reconnaître avant tout la grâce que Dieu lui a faite, et ne demander qu'en conséquence de cette grâce la récompense qui lui est due : J’étais auparavant, dit-il (I Tim., I, 13), un blasphémateur, un persécuteur, un outrageux ennemi de l'Eglise de Jésus- Christ ; mais j'ai obtenu miséricorde. Voilà comment il reconnaît la grâce qu'il à reçue. Il confesse qu'il était indigne de la recevoir, mais que, malgré son indignité, il l'a reçue cependant, non par un effet de ses mérites, mais par l'effet de la miséricorde de Dieu. Et voici comment, après avoir reçu cette grâce sans l'avoir méritée, il réclame comme due la récompense du bien qu'elle lui a fait faire : Je suis, dit-il (II Tim., IV, 6), comme une victime qui va être sacrifiée et le temps de ma mort approche. J’ai combattu le bon combat ; j'ai achevé ma course ; j'ai gardé ma foi. Il ne me reste plus qu'à attendre la couronne de justice qui m'est réservée. Il réclame une dette, il demande qu'elle lui soit acquittée. Car écoutez les paroles qui suivent : Que le Seigneur comme un juste juge me décernera dans ce dernier jour. Pour recevoir d'abord la grâce, il lui fallait un père plein de

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miséricorde pour obtenir la récompense qui est la suite de cette grâce, il s'adresse maintenant à la justice de son juge (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l’Evangile de saint Jean,

tome 1, pag. 275-276). "

16. Le second concile d'orange, canon 18 : " La récompense est due aux bonnes œuvres ; mais la grâce n’est due à personne, et elle précède nos bonnes œuvres puisqu'elle en est le principe. "

17. S. AUGUSTIN, in Ps. XLIX : " Rassemblez devant lui les justes. Quels sont ces justes, sinon ceux qui vivent de la foi et qui font des œuvres de miséricorde ? Car ces œuvres, selon l'Evangile, sont des œuvres de justice. Prenez garde, dit Jésus-Christ (M ATTH., VI, 1), de faire vos œuvres de justice devant les hommes dans l'intention d'en être regardés. Et comme si on lui eût demandé : De quelle justice parlez-vous ? il dit aussitôt après : Lors donc que vous faites l'aumône ; marquant par-là que les aumônes sont des œuvres de justice. Rassemblez devant lui les justes ; assemblez devant lui ceux qui ont eu compassion du pauvre, qui ont abaissé sur lui les yeux de leur cœur. Assemblez-les enfin, pour que le Seigneur les conserve, et qu'il leur donne la vie. Assemblez devant lui ses justes, qui ont scellé leur alliance avec lui par des sacrifices, c'est-à-dire, qui pensent à ses promesses dans toutes les œuvres qu'ils font. Car toutes ces œuvres sont des sacrifices, puisque Dieu à dit lui-même : J'aime mieux la miséricorde que le sacrifice (Os., VI, 6). Qui ont scellé leur alliance avec lui par des sacrifices. "

" Les cieux annonceront sa justice. Les cieux nous ont en effet annoncé la justice de Dieu. Les Evangélistes nous l'ont prédit : nous avons appris d'eux qu'il y en aurait que Dieu mettrait à sa droite, et à qui il dirait : Venez, les bénis de mon Père, recevez. . . Quoi ? Le royaume. Pourquoi ? Parce que j’ai eu faim, et que vous m'avez donné à manger. Qu'y a-t-il d'aussi bas et d'aussi terrestre, que de donner un morceau de pain à un pauvre ? Le royaume du ciel ne coûte pas davantage. Donnez de votre pain à celui qui a faim (Is., LVIII, 7) ; faites entrer chez vous le pauvre qui n’a point de logement ; lorsque vous verrez quelqu'un qui sera nu, donnez-lui de quoi se couvrir. Mais peut-être n'avez-vous pas de pain à lui donner, ni de logis pour l'abriter, ni d'habits pour le vêtir. Donnez-lui un verre d'eau froide, donnez, comme la veuve de l’Evangile, deux petites pièces d'argent. Cette veuve acheta autant valant avec ses deux petites pièces, que saint Pierre en

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quittant ses filets, et que Zachée en donnant la moitié de son patrimoine aux pauvres. Le royaume des cieux ne coûte qu'autant que vous avez pour l'acheter (Cf. Sermons de saint Augustin, t. II, p. 612-614). "

18. Le même, in Ps. CXI : " Sa race sera puissante sur la terre. Ce mot de race est remplacé dans l'original par celui de semence. Saint Paul dit que la semence qui nous prépare une moisson pour l'avenir, ce sont les œuvres de miséricorde. Ne nous lassons point, dit-il, de faire le bien, puisque, si nous ne perdons point courage, nous en recueillerons le fruit et la moisson en son temps (Gal., VI, 9). Et il dit ailleurs : Celui qui sème peu, recueillera peu (II Cor., IX, 6). Or, qu'y a-t-il de plus puissant, que de faire que le royaume de Dieu, qui à coûté à Zachée la moitié de tous ses biens, ne coûte à cette bonne veuve que deux petites pièce de monnaie, et que cette dernière possède dans le ciel autant que le premier ? Qu'y a-t-il de plus puissant, que de faire qu'un royaume que l'homme le plus riche n'achète pas trop cher de tous ses biens, soit acheté par le pauvre au prix d'un verre d'eau froide (Cf. Ibid., t. VI, p. 57-58) ? "

19. Le même, de octo Dulcitii quæstiombus, q. IV ; c'est la répétition de ce que nous venons de citer de sa paraphrase sur le psaume CXI.
 
 

Question III

Quelles sont les principales espèces de bonnes œuvres où se fait reconnaître et s’exerce particulièrement la justice chrétienne ?

L'Ecriture nous en marque trois, qui sont la prière, le jeûne et l'aumône. Car toutes les autres bonnes œuvres à peu près, qui ont pour principe une foi vive, et qui font briller, croître et grandir la justice du chrétien, peuvent se rapporter sans peine à ces trois sources. De là ce sublime oracle de l'ange Raphaël : La prière accompagnée du jeûne et de l’aumône, vaut mieux que tous les trésors et tout l'or qu'on peut amasser. Saint Augustin a dit de même : " La justice de l'homme en cette vie consiste dans le jeûne, l'aumône et la prière. "

Notre-Seigneur, dans l’Evangile de saint Matthieu, nous donne des instructions sur chacune de ces vertus, et il promet de plus la récompense céleste comme déjà toute préparée à ceux qui, faisant partie de son Eglise, pratiquent sans hypocrisie et de bon

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cœur le jeûne, la prière et l'aumône. De là cette assurance qu'il nous donne, et qu'il nous réitère tant de fois, que notre Père qui voit ce qui se passe dans le secret, nous en rendra la récompense. C'est en ces choses aussi qu'il veut que notre justice abonde pour que nous puissions un jour entrer dans le royaume des cieux ; c'est par-là qu'elle doit luire devant les hommes, afin que, voyant nos bonnes actions, ils en glorifient le Père céleste. C'est pour cela que nous avons été créés ou régénérés en Jésus- Christ ; ce sont là les œuvres que Dieu nous à préparées pour nous occuper toute notre vie. Ce sera, pour les avoir pratiquées par amour pour Dieu, que les justes seront admis dans le ciel où ils règneront éternellement, comme ce sera pour en avoir négligé la pratique, que les méchants seront précipités dans le feu éternel de l'enfer.

Or, autant c'est une chose vaine et pharisaïque de vanter sa propre justice en méprisant les autres, et de mettre sa confiance dans ses bonnes œuvres, autant il est raisonnable et digne d'un chrétien de s'adonner aux bonnes œuvres dans des sentiments d'humilité, ou, si l'on se glorifie, de se glorifier dans le Seigneur, qui opère en nous le vouloir et le faire, comme le dit l'Apôtre.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. TOBIE, XII, 8 : " La prière, etc. (comme dans le corps de la réponse). "

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2. MATTHIEU, VI, 1-6, 16-18 : " Gardez-vous bien de faire vos bonnes œuvres devant les hommes pour attirer sur vous leurs regards ; autrement vous ne recevrez point de récompense de votre Père qui est dans les cieux. - Lors donc que vous faites l'aumône, ne sonnez pas de la trompette devant vous, comme font les hypocrites dans les rues et les synagogues pour se faire honorer des hommes. - Je vous le dis en vérité, ils ont reçu leur récompense. - Pour vous, quand vous faites l'aumône, que votre main gauche ne sache pas ce que fait la droite, - afin que votre aumône soit tenue dans le secret ; et votre Père, qui voit ce qui se passe dans le secret, vous en rendra la récompense. - Et quand vous priez, ne faites pas comme les hypocrites, qui aiment prier debout dans les synagogues et dans les carrefours pour être vus des hommes. - Je vous le dis en vérité, ils ont reçu leur récompense. - Pour vous, quand vous prierez, entrez dans votre chambre, et après en avoir fermé la porte, priez votre Père en secret, et votre Père qui voit ce qui se passe dans le secret, vous en rendra la récompense. "

" Quand vous jeûnez, ne soyez pas tristes comme les hypocrites ; car ils exténuent leur visage, pour que leur jeûne apparaisse aux yeux des hommes. - Je vous le dis en vérité, ils ont reçu leur récompense. - Pour vous, quand vous jeûnez, parfumez-vous la tête et lavez-vous la figure, - afin que les hommes ne voient pas que vous jeûnez mais seulement votre Père, qui est présent à ce qui se passe dans le secret ; et votre Père qui voit ce qui se passe dans le secret, vous en rendra la récompense. "

3. Ibidem, V, 20, 16 : " Je vous le dis, si votre justice n'abonde plus que celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. "

" Que votre lumière luise devant les hommes, afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. "

4. Ephésiens, II, 10 : à Nous sommes son ouvrage, étant créés en Jésus-Christ pour les bonnes œuvres que Dieu à préparées afin qu'elles soient l'occupation de toute notre vie. "

5. MATTHIEU, XXV, 34-36, 41-43, 46 : " Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, les bénis de mon Père posséder le royaume préparé pour vous dès le commencement du

monde. - Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais sans asile, et vous m'avez recueilli ; - nu, et vous m'avez vêtu ; malade, et vous m'avez visité ; en prison, et vous êtes venus me voir.

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" Il dira ensuite à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel, préparé pour le diable et ses anges. - Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; - j'étais sans asile, et vous ne m'avez pas recueilli ; nu, et vous ne m'avez pas vêtu ; malade, en prison, et vous ne m'avez pas visité. "

" Et ceux-ci iront au supplice éternel et les justes entreront en possession de la vie éternelle. "

6. JEAN, V, 28-29 : " Ne vous étonnez pas de ce que je vais vous dire : L'heure vient où tous ceux qui seront dans les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu. - Et ceux qui auront fait le bien sortiront des tombeaux pour ressusciter à la vie ; et ceux qui auront fait le mal en sortiront pour ressusciter à leur condamnation. "

7. LUC, XVIII, 10-14 : " Deux hommes montèrent au temple pour y faire leur prière ; l'un était pharisien, et l'autre publicain. - Le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : Mon Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme les autres hommes, qui sont voleurs, injustes, adultères, ni non plus comme ce publicain, etc. - Je vous déclare que celui-ci s'en retourna justifié dans sa maison, et non pas l'autre ; car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé. "

8. Romains, X, 2-3 : " Je puis leur rendre (aux Juifs) ce témoignage, qu'ils ont du zèle pour Dieu ; mais leur zèle n'est pas selon la science ; - parce que, ne connaissant pas la justice qui vient de Dieu, et cherchant à établir leur propre justice, ils ne se sont pas soumis à Dieu pour recevoir cette justice qui vient de lui. "

9. I Corinthiens, I, 30-31 : " Vous êtes établi en Jésus-Christ qui nous a été donné de Dieu pour être notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption, afin que, selon qu'il est écrit, celui qui se glorifie ne se glorifie que dans le Seigneur. "

10. II Corinthiens, X, 17-18 : " Que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur : - car ce n'est pas celui qui se rend témoignage à lui-même qui est vraiment estimable ; mais celui à qui Dieu rend témoignage. "

11. Philippiens, II, 15 : " C'est Dieu qui opère en vous et le vouloir et le faire, selon qu'il lui plaît. "

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TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. PIERRE CHRYSOLOGUE, évêque de Ravenne, Serm. XLIII : " Il est trois choses, mes frères, qui soutiennent la foi, conservent la dévotion, entretiennent la vertu : la prière, le jeûne et la miséricorde. Ce que la prière demande, le jeûne l'obtient, et la miséricorde le reçoit. Là prière, la miséricorde et le jeûne sont trois choses qui n'en font qu'une, et qui se donnent réciproquement la vie. Car le jeûne est l'âme de la prière et la miséricorde est la vie du jeûne. Que personne n'entreprenne de séparer ces trois choses : elles sont inséparables. Celui qui possède l'une des trois sans posséder en même temps les deux autres, est comme s'il n'en possédait aucune. Que celui donc qui prie n'omette pas de jeûner ; que celui qui jeûne n'oublie pas d'exercer la miséricorde ; qu'il exauce les supplications qui lui sont adressées, s'il désire être exaucé lui-même ; il engagera Dieu à lui prêter l'oreille, s'il prête lui-même l'oreille aux malheureux qui le supplient. Que celui qui jeûne par pénitence compatisse à celui qui jeûne par besoin ; qu'il comprenne la faim dont souffrent ses semblables, s'il veut que Dieu comprenne celle qu'il endure volontairement lui-même ; qu'il fasse miséricorde s'il espère obtenir lui-même miséricorde ; s'il réclame l'indulgence, qu'il soit lui-même indulgent ; s'il implore ta bonté de Dieu, qu'il soit bienfaisant lui-même. O homme, appliquez-vous à former en vous-même comme un échantillon de la miséricorde que vous voulez trouver en Dieu : que votre charité pour votre prochain soit aussi empressée, aussi abondante, aussi officieuse et bienveillante que celle que vous voulez que Dieu ait pour vous. Que la miséricorde, la prière et le jeûne fassent donc pour nous auprès de Dieu l'office d'un même avocat ou d'une même plaidoirie, ou que ce soit une même prière sous trois formes différentes. Voilà, mes frères, ce qui vous ouvrira l'entrée du ciel, ce qui vous gagnera le cœur de votre souverain juge, ce qui plaidera au tribunal de Jésus-Christ à cause du genre humain, ce qui obtiendra pardon pour les pécheurs, indulgence pour les coupables. Celui qui n'aura pas ce triple patronage dans le ciel, n'a qu'à se désespérer sur la terre ; car, en même temps que c'est là ce qui met à notre disposition tous les biens célestes, c’est là aussi ce qui règle les choses d'ici-bas, ce qui nous modère dans la prospérité, ce qui nous soutient contre l'adversité, ce qui donne la mort à tous les vices, la vie à toutes les vertus, ce qui

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rend nos corps chastes, nos cœur purs, ce qui met la tranquillité dans nos membres, la paix dans nos âmes, la subordination dans nos sens ; c'est là ce qui fait de la poitrine du chrétien comme un temple de Dieu, du chrétien lui-même un ange, de l'homme enfin, osons le dire, quelque chose de divin. C'est là en effet ce qui fit de Moïse le dieu de Pharaon (Exod., VII, 1 et suiv., XIV, 21), ce qui lui soumit tous les éléments devenus les instruments de ses victoires et de ses triomphes ; ce qui lui ouvrit la mer, en suspendit les eaux, en dessécha le lit, ce qui changea pour son peuple la rosée du ciel en un pain substantiel et nourrissant, ce qui obligea les vents à lui apporter des viandes succulentes, les nuits les plus profondes à resplendir pour son armée de tout l'éclat du jour, le soleil le plus brûlant à tempérer à son tour l'ardeur de ses rayons, les rochers les plus durs à se fondre pour son peuple altéré en sources d'eau vive : ainsi mérita-t-il d’être choisi pour révéler à la terre les lois du ciel, pour tracer le premier dans ses écrit la règle des mœurs, pour marquer les devoirs des rois et des peuples. C'est aussi par-là qu'Elie a su échapper à la mort, s'élever de la terre au ciel, devenir le concitoyen des anges, l'hôte familier de Dieu, et transporter dans les demeures céleste un corps formé de limon (II Rois, II, 11). C'est là ce qui a fait de Jean un ange revêtu de chair, un habitant du ciel vivant parmi les hommes, et lui a procuré le singulier avantage d'entendre, de voir, de toucher la Trinité entière (MARC, I, 2, 10). Nous donc aussi, mes frères, si nous voulons être associés à la gloire de Moïse, au triomphe d’Elie, aux vertus de Jean, aux mérites de tous les saints, appliquons-nous à la prière, pratiquons le jeûne, exerçons-nous aux œuvre de miséricorde ; celui qui se rendra ces pratiques familières, qui en fera ses armes de défense, n'aura rien à craindre, valeureux soldat du Christ, ni des amorces du péché, ni des traits enflammés du diable, ni des séductions du monde, ni de la tourbe des vices, ni des convoitises de la chair, ni des attraits de la volupté, ni de tout ce qui pourrait donner la mort à son âme. Mais nous qui tous les matins à notre réveil ne savons comment se passera la journée, qui vivons au milieu des périls pour qui la variété des saisons, l’inconstance du temps, une parole qui échappe, un mouvement de la pensée, tout enfin est occasion de péché, quelle raison avons-nous qui nous empêche d'aller à l'église offrir à Dieu tous les matins les prémices de la journée, de nous assurer par la prière du matin la protection de Dieu pour chaque jour,

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te faire au moins quelques instants la cour à notre Dieu, nous qui ne craignons pas la peine de la faire toute notre vie à des hommes ? Ce n'est pas là, mes frères consulter nos intérêts, mais c'est obéir aux suggestions de notre ennemi, qui s’apprête à nous tromper, et qui, pour mieux y réussir, nous inspire le dégoût de la prière. Quel droit a de se plaindre des adversités qui lui surviennent, celui qui dédaigne de faire des vœux pour son bonheur ? Ecoutons cet avertissement que Dieu nous donne : Priez, pour que vous ne tombiez point dans la tentation (MATTH., XXVI, 41). C'est se jeter dans la tentation, que de ne pas recourir à la prière. Le Prophète ne l'ignorait pas, quand il disait : Venez, adorons Dieu, prosternons-nous et pleurons devant le Seigneur qui nous a créés (Ps. XCIV, 6). Daigne-t-il, pensez-vous, répandre ses larmes devant le Seigneur, celui qui ne daigne pas même remuer ses lèvres pour une formule de prière ? Si l'amour de Dieu ne suffit pas pour nous porter à le prier chaque matin, que la crainte au moins nous en fournisse le motif, et si nous ne cédons pas à l'attrait des biens pour remplir ce devoir, cédons à la perspective des maux. Le malheur des temps est pour nous, croyez-moi, l'effet du mépris que nous faisons de Dieu, et non le résultat du cours naturel des choses. Ce que notre impiété nous a fait perdre, tâchons de le regagner par le jeûne ; que le jeûne soit le glaive avec lequel nous immolions nos âmes à Dieu ; car il n'y a point de sacrifice plus agréable à Dieu que celui-là, comme nous en assure le Prophète par ces paroles : Un esprit brisé de douleur est un sacrifice digne de Dieu ; Dieu ne méprise point un cœur contrit et humilié (Ps. L, 19). O homme, offrez à Dieu votre âme en sacrifice, et que ce sacrifice revête la forme du jeûne pour que l'hostie soit sans tache, le sacrifice saint, la victime vivante, vivante pour Dieu et vivifiante pour vous-même. Refuser à Dieu un sacrifice semblable, c'est s'enlever à soi-même toute excuse, puisqu'on ne s'appauvrit en rien, on ne se dépossède au fond de rien par une telle offrande. Mais pour qu'elle soit agréable, elle doit être accompagnée de la miséricorde, le jeûne est stérile si la miséricorde ne le féconde, la miséricorde est une rosée sans laquelle le jeûne ne germe pas ; la miséricorde est pour le jeûne ce que la pluie est pour la terre. En vain le jeûne purifierait-il l’âme et le corps, détruirait les vices, produirait-il des semences de vertus : ces vertus ne produiront de fruits qu'autant que la miséricorde, comme une douce rosée, en fera monter la sève. Jeûneur, croyez-moi, votre champ manque d'engrais quand la

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miséricorde y manque ; si vous voulez remplir vos greniers de vos récoltes, confiez la miséricorde à l’emploi de vos biens. Au lieu donc de tout perdre par vos épargnes, faites profit de tout par vos libéralités ; donnez à vous-même en donnant aux pauvres, au lieu que ces même biens que vous laisseriez à vos héritiers seraient perdus pour vous. "

2. S. LEON, Serm. I sur le jeûne du dixième mois : " Les principaux actes de la religion sont au nombre de trois, la prière, le jeûne et l'aumône ; tous les temps sont propres à la pratique de ces vertus, mais il faut redoubler de zèle à l'époque que leur a consacré la tradition apostolique. Selon cette loi antique, le dixième mois est cette époque où nous devons exercer avec le plus de piété ces trois vertus dont je viens de vous parler. La prière nous rend la Divinité propice, le jeûne amortit la concupiscence de la chair, les aumônes effacent nos péchés et ces trois vertus réunies nous rendent de nouveau semblables à Dieu, pourvu que nous soyons toujours prêts à chanter ses louanges, et que nous veillions sans cesse à être purs de tout péché et à secourir notre prochain dans son infortune. Ces trois vertus, bien observées, renferment à elles seules tous les mérites et toute l'efficacité des autres. Elles impriment en nous les traits de la Divinité et nous unissent inséparablement au Saint-Esprit. La prière conserve la rectitude de la foi, le jeûne contribue à rendre notre vie pure, et l'aumône accoutume notre cœur à la bienfaisance. Nous jeûnerons aussi la quatrième et la sixième férie et le samedi nous célébrerons les vigiles dans l’église du bienheureux apôtre Pierre, afin qu'il daigne par son intercession donner plus de crédit à nos prières, à nos jeûnes et à nos aumônes, par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. "

3. Le même, Serm. IV de jejunio decimi mensis ; voir ce passage rapporté plus bas, à la question qui suivra immédiatement celle-ci, témoignage 42.

4. S. BERNARD, in Sententiis, sect. 11 : " Il est trois choses dont doivent s'abstenir tous ceux qui ont besoin de la grâce de la justification, et qui désirent en être favorisés. La première, ce sont les œuvres de ténèbres, la seconde, ce sont les désirs de la chair ; la troisième ce sont les embarras du siècle. Il y a de même trois choses auxquelles ils doivent s'appliquer, et que Notre-Seigneur lui-même leur recommande dans son sermon de la montagne : ce sont l'aumône, le jeûne et la prière. Car l'œuvre de la justifi-

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cation s'accomplit en nous, lorsque nous nous interdisons ce qui nous est défendu, et que nous nous portons fidèlement à tout ce qui nous est commandé. Sachons donc opposer aux œuvres des ténèbres les œuvres de miséricorde, aux désirs de la chair la pratique du jeûne, et aux embarras du siècle l'amour de Dieu et l'exercice de la prière. "

5. S. AUGUSTIN, de perfectione justitiæ responsione XVII : " Après cette vie sera donnée la récompense céleste, mais à ceux-là seulement qui pendant la vie présente auront travaillé à la mériter. Car on ne pourra être rassasié dans l'autre monde par la possession de la justice souveraine, qu'autant que dans celui-ci on en aura été affamé et altéré. Bienheureux, nous dit Jésus-Christ, ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils seront rassasiés (MATTH., V, 6). Tant que nous sommes éloignés du Seigneur et ainsi hors de notre patrie, nous ne marchons qu'éclairés par le flambeau de la foi, au lieu de l'être par la claire vision du soleil des esprits (II Cor., V, 6-7) ; de là ce mot du Prophète : Le juste vit de la foi (HABAC., II, 4). La perfection de notre justice dans ce lieu de pèlerinage consiste donc à tendre d'un pas droit et d'une marche résolue vers cette justice parfaite et souveraine, dont la beauté contemplée à découvert contentera tous nos désirs en châtiant notre corps et le réduisant en servitude, en faisant l'aumône avec joie et de bon cœur, soit par le sacrifice de nos biens en faveur des pauvres, soit par le pardon des offenses commises contre nous, en nous adonnant enfin à l'exercice assidu de la prière, en même temps que, fermement attachés à la saine doctrine, nous nourrirons et ferons croître en nous la foi, l'espérance et la charité. Voilà quelle peut être présentement notre justice, affamés et altérés que nous devons être dans notre course laborieuse, de cette justice parfaite et souveraine qui nous rassasiera un jour. Aussi lisons-nous dans l’Evangile, que Notre-Seigneur, après avoir dit : Ne faites pas vos bonnes œuvre devant les hommes en vue d'attirer sur vous leurs regards (MATTH., VI, 1), pour nous détourner de nous proposer la gloire humaine pour but de nos efforts, ne nous a pas enseigné d'autres moyens de bonnes œuvres que ces trois : le jeûne, l’aumône et la prière ; en entendant par le jeûne toute sorte de mortifications corporelles, par les aumônes tous les actes de bienfaisance ou de bienveillance, tels que l'aumône proprement dite et le pardon des injures, et par la prière tous les divers exercices de religion et de piété. "

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6. S. AUGUSTIN, in Ps. XLII : " Voici l'abrégé de toute la justice de l'homme en cette vie : le jeûne, l'aumône et la prière. Voulez-vous que votre prière vole et s'élève jusqu'à Dieu ? Donnez-lui pour ailes le jeûne et l'aumône (Cf. Sermons de saint Augustin, t. II, p. 386). "

7. Le même, Serm. LX de tempore : " Celui qui fait l'aumône en vue d'être loué des hommes, est comme s'il la faisait devant les hommes quand même il la ferait en secret, parce que c'est leur louange qu'il cherche en cela. Celui au contraire qui fait l'aumône uniquement par amour pour Dieu, afin que son exemple soit imité des autres à l'avantage commun, et pour que Dieu en soit loué et non lui-même fait son aumône en secret quand même il la ferait en public, parce qu'en faisant cette aumône il cherche à se procurer, non les biens qui se voient, mais ceux qui ne se voient pas, et qu'il ambitionne de recevoir non la louange des hommes, mais la récompense de Dieu même. Disons la même chose du jeûne. De ce que Notre-Seigneur a dit : Parfumez-vous la tête et lavez-vous la figure, pour que les hommes ne voient pas que vous jeûnez (MATTH., VI, 18), s'ensuit-il que nous allons contre son précepte lorsque nous ordonnons des jeûnes publics, ou que nous jeûnons à la vue du peuple et le peuple avec nous ? Il faut donc entendre par-là, qu'on ne doit pas jeûner en vue d'être loué des hommes, mais pour obtenir le pardon de nos péchés et nous concilier la miséricorde divine. Que chacun interroge là-dessus sa conscience, et si c'est pour l'amour de Dieu seulement qu'il fait l'aumône, qu'il ne craigne pas de la faire en public, afin que ceux qui le verront puissent l'imiter. Car ces paroles qu'a dites aussi Notre-Seigneur : Que votre main gauche ne sache pas ce que fait votre droite, doivent être entendues dans le même sens que ce que nous venons de dire. La main droite en effet signifie l'amour de Dieu, et la gauche la vanité ou la cupidité mondaine. Si vous faites l'aumône pour être loué des hommes, votre gauche alors fait tout, et votre droite ne fait rien. Mais si vous faites l'aumône pour que Dieu vous pardonne vos péchés et qu'il vous donne la vie éternelle, c’est alors votre main droite toute seule qui agit. Que veulent donc dire ces paroles : Que votre gauche ne sache pas ce que fait votre droite, sinon, que vous ne devez pas permettre à la vanité et à la cupidité mondaines de gâter et de perdre en vous ce que vous a fait faire l'amour de Dieu ?. . . "

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" Si dans vos prière vous demandez à Dieu quelqu'un des biens visibles, c'est comme si vous faisiez votre prière devant les hommes, parce que c'est ce que les hommes voient que vous demandez à Dieu. Mais si vous faites votre prière en vue d'obtenir le pardon de vos péchés et la vie éternelle, vous la faites dans le secret, quand même vous la feriez en public, parce que la chose que vous demandez à Dieu n'est pas ce que voient les hommes, mais ce qu'ils ne voient pas. Car ce qui se voit, ce sont les biens temporels ; ce qui ne se voit pas au contraire, ce sont les biens éternels (II Cor., IV, 18). "

8. Le concile de Trente, session VI, chapitre XVI : voir dans ce chapitre ce qui est dit des bonnes œuvres, passage rapporté plus haut, question II, témoignage 6, page 295.

Article II. - DU JEUNE.


Question I

Qu’est-ce que le jeûne ?

Ce mot présente plusieurs significations. Le grand jeûne, le jeûne commandé à tous, c'est, dit saint Augustin, de s'abstenir de toute iniquité et des coupables voluptés du siècle. On distingue ensuite le jeûne appelé philosophique, qui est la tempérance et la sobriété dans le boire et le manger, vertu qui n'était pas inconnue des païens eux-mêmes, du moment où ils écoutaient la voix de la droite raison. Enfin il y a le jeûne ecclésiastique, qui consiste à se retrancher l'usage de la viande et à se contenter d'un unique repas en certains jours, d'après l'usage et la loi de l’Eglise.

Rien de plus conforme à la piété et à l'esprit du christianisme, que le jeûne pris dans ce dernier sens, quand on s'y propose pour fin d'honorer Dieu, de dompter la chair et de la soumettre à l'esprit, de produire de dignes fruits de pénitences, de pratiquer l'obéissance ou enfin d'obtenir quelque grâce particulière de Dieu.

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TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Tract. XVIII in Joannem : " Le grand jeûne, le jeûne parfait et universel, consiste à s'abstenir de l'iniquité et des plaisirs criminels du siècle en sorte que, renonçant à l’impiété et aux passions mondaines, nous vivions dans le siècle présent avec tempérance, justice et piété. A quoi l'Apôtre ajoute, pour marquer quelle doit être la récompense d’un jeûne de cette nature : Dans l'attente de la béatitude que nous espérons, et de l’avènement glorieux du Dieu auteur de toute félicité de Jésus-Christ notre Sauveur (Tit., II, 12). Nous observons donc en cette vie comme un carême d'abstinence lorsque nous vivons bien, et que nous nous abstenons du péché et des plaisirs déréglés (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l’Evangile de saint Jean, tome Ier, pag. 559). "

2. Le même, Lib. II quæstionum evangelicarum, c. 18 : " L'Ecriture nous prescrit à tous un jeûne général qui ne consiste pas seulement à s'abstenir de certains mets, mais à réprimer

toute volupté ou tout désir sensuel. "

3. S. JEROME, liv. II contre Jovinien, c. 9 (al. 2) : " Dicéarque, dans ses livres d'antiquité et dans sa description de la Grèce, rapporte que, sous Saturne, c'est-à-dire au siècle d'or, quand la terre produisait tout d'elle-même, personne ne mangeait de viande, mais que tout le monde vivait des légumes et des fruits que la terre sans besoin de culture faisait sortir de son sein. Xénophon, dans ces huit volumes où il déroule la vie de Cyrus, roi des Perses, assure que ce peuple ne vivait que de farine d'orge, de cresson, de sel et de pain grossier. Le même Xénophon, Théophraste et presque tous les historiens de la Grèce nous vantent la modeste table et la frugalité des Lacédémoniens. "

" Le stoïcien Chérémon, personnage très-éloquent, raconte des anciens prêtres de l’Egypte, que, laissant de côté toutes les affaires, et tous les soins du monde, ils vivaient toujours dans le temple, contemplaient la nature des choses, la marche des astres et les causes de leurs révolutions ; n’avaient aucun commerce avec les personnes du sexe, ne voyaient, jamais leurs parents et

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leurs proches, ni même leurs propres enfants, et cela du jour où ils avaient commencé à se consacrer au culte divin ; qu'ils s'abstenaient constamment de viande et de vin, à cause de l'évaporation et du vertige que cela aurait pu leur occasionner, mais surtout à cause des appétits libidineux qui naissent de cette nourriture et de cette boisson. Ils mangeaient rarement du pain, de crainte de se charger l'estomac ; et si parfois ils en mangeaient, alors ils mêlaient à leur nourriture de l'hysope broyée afin de corriger par l'arôme de cette plante ce que le froment leur présentait de trop substantiel. Ils n'assaisonnaient leurs légumes que d'huile, et encore en petite quantités seulement pour éviter la nausée et adoucir l'âcreté du goût. Que dire des volatiles, ajoute l'écrivain, puisqu'ils ne voulaient pas même goûter aux œufs ni au lait, par la raison, disaient-ils, que, sous une couleur différente, les œufs ne sont autre chose que des viandes à l'état liquide, et le lait rien autre chose que du sang ? Leurs lits n'étaient que des tissus de feuilles de palmiers appelées baies ; pour oreiller, ils mettaient par terre sous leurs têtes un escabeau incliné et oblique d'un côté, et ils restaient jusqu’à deux et même jusqu’à trois jours sans prendre aucune nourriture. Les humeurs que le corps contracte dans l'inaction ou par un séjour trop prolongé dans un même lieu, ils les dissipaient en observant une diète extrêmement sévère. "

" Josèphe, au second livre de la Captivité judaïque, et au dix-huitième des Antiquités, et dans ses deux volumes contre Appion, fait le tableau de trois sectes répandues parmi les Juifs, savoir celles des pharisiens, des sadducéens et des esséniens. Il exalte ces derniers par de magnifiques louanges, parce qu'ils s'abstenaient toute leur vie de femmes, de vin et de viandes, et se faisaient comme une seconde nature d'un jeûne continuel. Philon, homme très-savant, à écrit aussi un volume sur leur genre de vie. Néanthès de Cyzique, et Asclépiade de Chypre, rapportent dans leurs écrits qu’à l'époque où Pygmalion régnait en Orient, l'usage des viandes y était inconnu. Eubule, qui à écrit en plusieurs livres l'histoire de Mithra, raconte que, chez les Perses, il y a trois classes de mages, et que la première qui se compose des plus doctes et des plus éloquents, ne fait sa nourriture que de farine et de légumes. A Eleusis, on ne mange habituellement ni volailles, ni poisson, ni certains fruits. Bardesanes, philosophe babylonien, partage en deux sectes les gymnosophistes de l'Inde, et appelle les uns bragmanes, et les autres

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samanéens. Or, ces derniers sont d'une telle continence, qu'ils ne vivent que des fruits que portent les arbres du Gange, ou du riz et de la farine qu'ils reçoivent du gouvernement, et que, quand le roi se rend auprès d'eux, il se prosterne à leurs pieds, en attribuant à la vertu de leurs prières la prospérité dont peuvent jouir ses Etats. Euripide rapporte que, dans la Crète, les prophètes de Jupiter s'abstenaient non-seulement de viande, mais encore de toutes sortes d'aliments cuits. Le philosophe Xénocrates écrit que des lois de Triptolème il n'y à d'inscrit à

Athènes dans le temple d’Eleusis que ces trois préceptes : Honorer ses parents, vénérer les dieux, ne pas manger de viande. Orphée dans son poème témoigne son horreur pour ce même aliment. A notre honte, je parlerais aussi de la frugalité de Pythagore, de Socrate et d'Antisthènes si cela ne devait m'entraîner trop loin et ne demandait un ouvrage spécial. "

4. S. CLEMENR, pape et martyr, ou l'auteur des Constitutions apostoliques, livre V, chapitre 12 : Après l'Epiphanie, vous aurez à observer le jeûne du carême, qui nous rappelle l'exemple et le précepte qu'en a donnés Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ce jeûne doit être célébré avant celui de Pâques qui commencera au second jour de la semaine, et finira le vendredi. Après ces jours, vous entrerez dans la sainte semaine de Pâques, et vous jeûnerez tous dans cette semaine avec crainte et tremblement, en vous occupant pendant ces jours à prier pour ceux qui se perdent. "

5. Ibidem, c. 14 : " Il nous a donc ordonné de jeûner ces six jours (qui précédent la fête de Pâques) à cause de l'impiété et de l'endurcissement des Juifs, et il nous a recommandé de

pleurer le malheur qu'ils ont eu de se perdre. Car lui aussi a pleuré sur eux, de ce qu'ils avaient ignoré le temps de sa visite. Il nous à prescrit le jeûne du mercredi et celui du vendredi : le premier, à cause du jour où il à été trahi ; le second, à cause de celui de sa mort ; il a voulu de plus que le jeûne finit le septième jour au chant du coq. Il nous a ordonné de jeûner le samedi même. "

6. Ibidem, c. 17 : " Vous jeûnerez dans les jours de la Pâques, depuis le deuxième jour de la semaine jusqu'au vendredi et au samedi, en vous contentant de pain, de sel et de légumes et d'eau pour boisson. Vous vous abstiendrez de vin et de viande pendant ces jours ; car ce sont des jours de deuil, et non de fête. Le vendredi et le samedi devront être tout entiers

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des jours de jeûne pour ceux qui en auront la force, et ils ne rompront le jeûne que dans la nuit suivante, au chant du coq. S'il y en a qui ne puissent passer deux jours de suite sans rien prendre, ils observeront au moins le jeune du samedi ; car Notre-Seigneur a dit quelque part en parlant de lui-même : Un jour viendra que l'époux leur sera enlevé, et ils jeûneront dans ces jours-là ; or, les jours dont nous parlons sont ceux où il à été arrêté par les juifs perfides, où il à été crucifié et mis au nombre des scélérats. "

7. Ibidem, c. 18 : " C'est pourquoi nous vous avertissons de jeûner pendant ces jours, comme nous aussi nous avons jeûné jusqu'au soir, lorsqu'il nous a été enlevé. Les autres jours avant le vendredi, vous jeûnerez jusqu’à la neuvième heure, ou jusqu'au soir, où vous pourrez prendre de la nourriture, et chacun fera là-dessus comme il pourra. "

8. Ibidem, c. 19 : " Après la Pentecôte, vous passerez dans la joie la première semaine ; mais vous jeûnerez la semaine suivante ; car il est juste de se réjouir du don de Dieu, et de jeûner après ces jours de joie. Moïse et Elie, en effet, ont jeûné quarante jours, et Daniel pendant trois semaines entières s'est abstenu de mets délicats, et de viande comme de vin. Et Anne, demandant Samuel, disait : Je n'ai bu ni vin ni rien qui puisse enivrer, et je répandrai mon âme devant le Seigneur (I Rois, I, 15). Les Ninivites, en jeûnant trois jours et trois nuits, détournèrent de dessus eux la colère de Dieu. Esther aussi, Mardochée, Judith, triomphèrent par le jeûne des insultes que leur faisaient les impies, c'est-à-dire Aman et Holopherne. David disait de son côté : Mes genoux se sont affaiblis par le jeûne, et faute d'huile ma chair à été toute changée (Ps. CVIII, 24). Vous aussi, donnez le jeûne pour appui à vos prières auprès de Dieu. Après la semaine consacrée tout entière au jeûne vous devrez jeûner encore tous les mercredis et tous les vendredis, et ce que vous vous retrancherez par le jeûne à vous-mêmes vous le donnerez aux pauvres. "

9. S. ISIDORE de Séville, Lib. I de ecclesiasticis officiis, c. 36 : " Les Ecritures sacrées nous marquent quatre temps pour les jeûnes, jours où l'on accompagnera d'abstinence et de larmes de componction les prières qu'on offrira au Seigneur ; et quoiqu'il convienne de prier tous les jours et de faire tous les jours pénitence, on devra cependant vaquer davantage au jeûne et à la pénitence dans les temps que nous venons de dire. Le premier

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de ces jeûnes est celui de la Quadragésime, qui a eu ses premiers modèles, comme nous l'apprennent les livres de l'Ancien-Testament, dans Moïse, dans Elie, et comme nous l'apprend l'Evangile, dans Notre-Seigneur, qui a jeûné le même nombre de jours, nous montrant par-là que L’Evangile n'est point en désaccord avec la loi et les prophètes. Car la loi a son représentant dans Moïse et les prophètes ont le leur dans Elie, et Notre-Seigneur a voulu se montrer placé entre les deux sur la montagne où eut lieu sa glorieuse transfiguration, pour nous rendre plus sensible à cette vérité exprimée par l'Apôtre, que la loi et les prophètes-lui ont rendu témoignage (Rom., III, 21). Mais à quel temps de l'année conviendrait-il mieux de fixer l'observance quadragésimale qu'à celui qui approche le plus de celui de la passion de Notre-Seigneur, puisqu'elle à pour objet de signifier l'état laborieux de cette vie, qui demande de notre part aussi la continence, ou le jeûne que nous devons observer par rapport aux plaisirs séduisants du monde, en nous contentant de la manne pour toute nourriture, c'est-à-dire des instructions spirituelles et célestes. D’un autre côté, ce nombre de quarante figure la vie à venir, en ce que le nombre dix, symbole de la perfection, indique par-là même notre parfaite félicité ; le nombre sept à son tour représente la créature qui s'attache à son Créateur et le nombre trois (complément de sept) indique la Trinité dans l'unité, prêchée aujourd'hui dans tout l'univers. Et comme le monde a ses quatre points cardinaux, qu'il résulte du mélange des quatre éléments (La chimie moderne à réformé ces idées), et que chaque année se partage en quatre saisons, le nombre dix se prend quatre fois et forme ainsi le nombre quarante, dont la signification symbolique est qu'il faut s'abstenir, par une sorte de jeûne spirituel, des séductions qu'offrent pour les sens les quatre saisons de l'année en vivant dans la continence et la chasteté. L’observance du jeûne des quarante jours fait encore allusion à un autre mystère. La loi de Moïse en effet prescrivait à tout le peuple d'offrir au Seigneur son Dieu la dîme et les prémices de tous les biens. Or, l'esprit de cette loi étant que nous rapportions à Dieu le commencement et la fin de toutes nos actions, le nombre quarante désignait admirablement l'acquittement complet de cette dîme spirituelle. Car une année entière se compose de trente-six jours répétés dix fois : retranchant donc des quarante jours les jours de dimanche

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où l'on ne jeûne pas, il nous reste trente-six jours (Il parlait par ce passage que l'usage de jeûner avant le premier dimanche de carême n'était pas encore établi en Espagne au septième siècle) où nous allons dans les églises offrir à Dieu la dîme de toute l'année par l'offrande que nous lui faisons avec joie des prémices de nos actions. Sans doute, comme l'observe Cassien (Collat ., XXI, c. 29), les parfaits ne se contentent pas d'observer cette loi de quarante jours de jeûne qui d'ailleurs n'est pas faite pour eux, et vont bien au-delà d'un nombre aussi restreint dans les jeûnes qu'ils s'imposent. Mais ce nombre à été déterminé par les chefs des Eglises, particulièrement pour ceux qui sont engagés tout le temps de l'année dans le tourbillon des plaisirs et des affaires du monde, afin que cette nécessité légale en quelque sorte les oblige à penser à Dieu au moins pendant ces jours, et à lui consacrer la dîme de toute l'année que sans cela ils seraient exposés à dissiper tout entière à leur propre usage. "

Ibidem, c. 37 : " Le second jeûne est celui qui commence après la Pentecôte, conformément à ce qu'a prescrit Moïse par ces paroles : Vous compterez sept semaines depuis le jour que vous aurez mis la faucille dans la moisson, etc. (Deut., XVI, 9 et suiv.).

Ibidem, c. 38, le saint docteur traite ici du jeûne du septième mois.

Ibidem, c. 39 et 40. Ces deux chapitres ont pour objet le jeûne des calendes de novembre et de février.

Ibidem, c. 41 : " Le jeûne de trois jours (comme apparemment celui des Quatre-Temps) a pour type celui des Ninivites, qui condamnant leurs propres désordres, s'adonnèrent tout entiers

pendant trois jours à la pratique du jeûne et de la pénitence et se couvrant de sacs comme des criminels, forcèrent Dieu en quelque sorte à leur faire miséricorde. "

Ibidem, c. 42 : " Outre ces temps marqué pour les jeûnes solennels, le sixième jour de chaque semaine est encore consacré au jeûne par quelques-uns en mémoire de la passion de Notre-Seigneur ; plusieurs même y ajoutent le samedi, parce que c'est le jour ou il à été enseveli, de peur qu'en se livrant ce jour-là à la joie, on ne paraisse accorder aux Juifs ce que Jésus-Christ leur a retiré par sa mort. On ne doit au contraire jamais jeûner le dimanche, pour montrer à tout le monde la joie que doit causer la résurrection de Notre-Seigneur, et surtout pour agir

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conformément à la règle suivie par le siège apostolique. Dans tout le temps qui s'écoule entre Pâques et la Pentecôte, quoique la tradition des Eglises soit de ne pas y pratiquer le jeûne on ne doit pas empêcher cependant les moines ou les clercs qui voudraient le faire, puisque nous lisons de saint Antoine, de saint Paul (ermite) et de plusieurs autres pères de ces temps-là, qu'ils jeûnaient même en ces jours, et ne rompaient le jeûne que le dimanche. Et comment blâmer cette ferveur de pénitence et ne pas plutôt en faire l'éloge ? Le jeûne est une chose sainte, une occupation céleste, la porte du royaume des cieux, le type de la vie future ; et en l'observant saintement, on s'unit à Dieu, on se sépare du monde, on devient tout spirituel. Le jeûne extermine les vices, humilie la chair, triomphe des pièges du démon. "

Ibidem, c. 43 : " De ces observances, comme de beaucoup d'autres encore, qui se pratiquent dans l'Eglise de Dieu, les unes nous sont recommandées dans les Ecritures canoniques, d'autres ne nous sont connues que par tradition ; avec cette différence que celles qui sont usitée dans le monde entier doivent avoir été instituées, soit par les apôtres eux-mêmes, soit par l'autorité péremptoire des conciles : telles sont les solennités de la passion de Notre-Seigneur, de sa résurrection et de son ascension au ciel, et de la descente du Saint-Esprit, qui se célèbre chaque année à leurs jours marqués, et les autres solennités qui peuvent être d'usage dans toute l'étendue de l’Eglise. Au lieu que les autres pratiques qui ne s'observent que dans certains pays à l'exclusion des autres, telles que le jeûne du samedi, la communion quotidienne, l'offrande journalière du saint sacrifice, qui dans d'autres pays ne se fait que le samedi et le dimanche, et dans d'autres le dimanche seulement, et autres semblables, ont pour auteurs les pasteurs particuliers de certaines Eglises, et la plus sage discipline à observer à cet égard est de se conformer l'usage établi dans l'Eglise particulière où l'on se trouve pour le moment. Car ce qui n'est ni contre la foi ni contre les mœurs doit être tenu pour indifférent et par-là même doit être observé par égard pour ceux avec qui on vit, de crainte que la diversité d'observances n'engendre des schismes. "

10. RABAN MAUR, de institutione clericorum, lib. II, c. 17 : " Le jeûne est une chose sainte, etc. " C'est le passage du chapitre 42 du livre 1 de saint Isidore de ecclesiasticis officiis, cité plus haut.

Ibidem, c. 18, le saint archevêque marque la distinction à établir

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entre un jeûne et ce qui s'appelait alors une station. " Quelques-uns, dit-il, distinguent entre un jeûne et une station. Car un jeûne est l'abstinence pratiquée un jour quelconque, non en vertu d'une loi, mais par notre seule volonté, une station au contraire est la même abstinence pratiquée dans les jours ou dans les temps fixés par une loi : dans les jours fixés par une loi, disons-nous, comme le jeûne de la quatrième et de la sixième férie prescrit d’après une loi ancienne, à laquelle font allusion ces paroles que l’Evangile met dans la bouche du pharisien : Je jeûne deux fois la semaine (JEAN, XVIII, 12) ; dans les temps fixés par une loi, comme les jeûnes du quatrième, du cinquième, du septième et du dixième mois ; ou comme ces jours dont parle l’Evangile, où l'époux a été enlevé du milieu de ses amis ; ou comme le jeûne quadragésimal qui s'observe en tous lieux, en vertu de l'institution apostolique, aux approches de la passion de Notre-Seigneur. "

Ibidem, c. 19, Raban Maur rapporte au sujet des jeûnes du quatrième du cinquième du septième et du dixième mois, les commentaires de saint Jérôme sur le prophète Zacharie. " Mais, ajoute-t-il, comme ces jeûnes ont été célébrés plutôt sous l'ancienne loi que sous la nouvelle, nous en parlerons seulement en passant, et pour ne pas paraître les omettre tout-à-fait, puisque le prophète Zacharie en a fait mention ; mais nous nous arrêterons principalement aux jeûnes institués dans la loi nouvelle. "

Ibidem, c. 20 : " Le premier de ces jeûnes est celui de la quadragésime, etc. " C'est la copie mot pour mot du chapitre 36 du livre 1 de ecclesiasticis officiis, rapporté précédemment, témoignage 9, page 319.

Ibidem, c. 21 et 22, le savant écrivain traite du jeûne de la Pentecôte et des jeûnes du neuvième et du dixième mois.

Ibidem, c. 23 : " Outre ces jeûnes il en est d'autres qui s'observent régulièrement, tels que celui de tous les vendredis, pratiqué par les fidèles en mémoire de la passion de Notre-Seigneur ; et celui du samedi, que plusieurs aussi observent en mémoire de sa sépulture et que nous trouvons établi dans les décrets du pape Innocent, de peur qu'en se livrant ce jour-là à la joie, on ne paraisse accorder aux Juifs ce que Jésus-Christ leur à retiré par sa mort. Il est d'ailleurs certain que les apôtres passèrent ces deux jours-la dans la tristesse, en se tenant cachés par la crainte qu'ils avaient des juifs, et par conséquent il n'est pas douteux qu'ils n'aient jeûné pendant ce temps : et cette règle

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doit être également observée toutes les semaines, parce que nous ne devons jamais nous lasser de célébrer la mémoire d’un si grand jour. Si l'on disait qu'il n'y a qu'un samedi dans toute l'année où l'on doive ainsi pratiquer le jeûne, on devrait donc dire aussi qu'il n'y a qu'un dimanche à célébrer dans toute l'année, savoir, celui de Pâques, et qu'un vendredi qui serait

celui qui précède immédiatement la fête de Pâques. "

Ibidem, c. 24 : " II y a de plus quatre samedis, en quatre mois différents, où sont établis des jeûnes particuliers, et les offices de ces jours se composent d'un plus grand nombre d'oraisons et de leçons. Ce sont les jeûnes du premier samedi du mois de mars ; du second samedi du quatrième mois, ou du mois de juin ; du troisième samedi du septième mois ou de septembre, et du quatrième samedi du dixième mois, c'est-à-dire de décembre. Le premier de ces jeûnes se célèbre à l'entrée du printemps concurremment avec celui du carême ; c'est le mois appelé par les Juifs celui des fruits nouveaux. Le second, ou celui de juin, a lieu après la Pentecôte et à l’entrée de l'été, temps marqué chez le peuple juif pour l'offrande des prémices qui consistaient en pains faits avec le froment nouvellement récolté, et ce jour-là était tout entier un jour de repos pour tout le monde. Le troisième est celui du septième mois ou de l'entrée de l'automne, mais qui dans la loi ancienne était tout entier consacré à Dieu par diverses solennités, telles que le jour des expiations, conformément à cet ordre que Dieu avait donné à Moïse : Le dixième jour de ce septième mois sera le jour des expiations : il sera très-célèbre et il s'appellera saint ; vous affligerez vos âmes en ce jour-là, et vous offrirez un holocauste au Seigneur. Vous ne ferez aucune œuvre servile dans tout ce jour, parce que c'est un jour de propitiation, afin que le Seigneur votre Dieu vous devienne favorable. Tout homme qui ne se sera point affligé en ce jour-là, périra du milieu de son peuple, etc. (Lévit., XXIII, 27 et suiv.). En ce même mois était la scénopégie ou la fête des tabernacles. Car c'était le quinzième jour de ce mois que les anciens célébraient cette solennité, qui durait sept jours. Le livre d'Esdras fait bien voir que les anciens jeûnaient en ces jours-là. Après que les enfants d'Israël, rapporte cet historien sacré, furent rentrés à Jérusalem et qu'ils eurent célébré avec une grande pompe la fête des tabernacles, ils s'assemblèrent, étant dans le jeûne, révolus de sacs et couverts de terre. . . , et ils se présentèrent devant le Seigneur, et ils confessèrent leurs péchés et les iniquités de leurs pères ; et se levant sur leurs

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pieds, ils lisaient dans le livre de la loi du Seigneur leur Dieu quatre fois le jour, et ils bénissaient et adoraient quatre fois la nuit le Seigneur leur Dieu (II ESD., IX, 1-3). Le quatrième jeûne, qui est celui de la quatrième semaine du dixième mois, précède la fête de la Nativité de Notre-Seigneur : on y annonce dans les leçons la prochaine venue du Sauveur, afin que les fidèles instruits par ce moyen, et saintement préparés par la prière en même temps que par le jeûne attendent avec une douce espérance la naissance du divin Rédempteur. Le mercredi et le vendredi qui précèdent chacun de ces quatre samedis dans la même semaine, doivent être également consacrés au jeûne, comme le prouvent assez les oraisons et les leçons marquées pour la messe à dire ces jours-là, ainsi que les exemples suivis de temps immémorial par nos pères. Les décrets du pape Gélase nous montrent aussi que c'est dans ces mêmes jours que doivent se faire les ordinations ; car voici le texte de ces décrets : " Les ordinations des prêtres et des diacres ne devront se faire qu'en certains temps et à certains jours, savoir, aux jours de jeûne du quatrième du septième et du dixième mois, ainsi que le samedi de la première semaine de carême et celui de la mi-carême, et non point avant le soir de chacun de ces jours. " Les offices de ces quatre samedis sont appelés vulgairement les douze leçons, parce que les leçons qu'on y lit et les psaumes qu'on y chante, réunis ensemble, font le nombre douze, et que ces psaumes peuvent fort bien être appelés leçons puisqu'ils sont comptés parmi les Ecritures canoniques. "

Ibidem, c. 25 : " Chacun peut en outre multiplier à son gré ses jeûnes ou prolonger son abstinence, pourvu qu'il s'attache avant tout à observer les jeûnes prescrits dont nous venons de parler, et que pratique religieusement en tous lieux la sainte Eglise apostolique. Chacun doit aussi observer scrupuleusement les jeûnes que l'évêque du lieu peut prescrire par une loi générale imposée à tous ses diocésains, soit dans un temps d'affliction, soit pour remercier Dieu de quelque grâce, parce qu'on pècherait en n'observant pas ces jeûnes ordonnés par des lois ; mais si à ces jeûnes obligatoires pour tous, on veut ensuite en ajouter de particuliers, on aura droit à une récompense particulière pour cette œuvre de surérogation. Nous lisons en effet de quelques saints qu'ils étendaient leurs jeûnes à deux et à trois jours de suite, et quelquefois à la semaine entière et de plusieurs qu'ils ne buvaient ni vin ni boisson, capable d'enivrer, on qu'ils se con-

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tentaient de pain sec et de légumes ; d'autres, qu'ils ne mangeaient jamais de viande ; d'autres, qu'ils ne mangeaient pas même de pain, mais qu'ils ne soutenaient leur corps qu'avec quelques figues sèches. On pourrait imaginer encore plusieurs autres sortes d'abstinence. Mais en s'abstenant d'un mets ou d'une boisson quelconque, on doit prendre garde avant tout de souiller son âme par la pensée secrète qu'on aurait de condamner, à l'exemple des Juifs, quelque chose que ce soit de ce que Dieu à créé, en disant : telle chose est bonne, telle autre est mauvaise ; tel animal est pur, tel autre est impur. Que celui qui serait tenté de penser ainsi, se rappelle cette parole de l'Apôtre : Tout ce que Dieu à créé est bon, et on ne doit rien rejeter de ce qui se mange avec action de grâce (I Tim., IV, 4) ; aussi bien que cette autre parole : Un homme fait mal de manger d'une viande, lorsqu'en le faisant il scandalise les autres (Rom., XIV, 20). "

11. IVES de Chartres (parte IV decretorum, c. 25) cite ces paroles extraites du décret du pape saint Télesphore, le septième après saint Pierre, adressé à tous les évêques (Ce prétendu décret est rejeté comme apocryphe ; mais il est ancien, et sert à constater les pratiques du temps où il à été produit pour la première fois. Il paraît du reste contredire cet autre décret, qui est le 24e du premier concile d’Orléans, tenu l'an 511 : Id à sacerdotibus omnibus decretum est, ut ante Paschæ solemnitatem, non quinquagesima, sed quadragesima teneatur : " Tous les évêques ont décidé d'un commun accord qu'il fallait observer, non une quinquagésime (ou cinquante jours de jeûne), mais la quadragésime avant la solennité de Pâques. " Cf. LABBE, Conc., t. IV, col. 1408) : " Sachez que nous et les autres évêques réunis autour de ce siège apostolique, avons ordonné qu'à partir de sept semaines avant Pâques, tous les clercs appelés à avoir Dieu pour partage devront s'abstenir de viande ; car leurs jeûnes doivent surpasser en austérité ceux des autres fidèles, autant qu'ils leur sont supérieurs eux-mêmes par leur vocation. Qu'en conséquence tant que dureront les sept semaines dont il s'agit, les clercs devront s'abstenir de viande comme de tout ce qui flatte la sensualité, et vaquer la nuit et le jour au chant des hymnes sacrés, aux veilles et aux prières. "

Ibidem, c. 26 : " Ives de Chartres cite la lettre (également apocryphe) de saint Calixte, pape et martyr, le quinzième après saint Pierre, à Benedictus, son frère dans l'épiscopat : " Le jeûne que vous savez qui s'observe chez nous trois fois l'année s’observera désormais quatre fois au lieu de trois, parce qu'il convient

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de le faire autant de fois que l'on compte de saisons dans chaque année. "

Ibidem, c. 28, se trouve cet extrait de la lettre (authentique) d'Innocent I à Decentius, évêque d'Eugubie, c. 4 : " Une raison prépondérante nous impose l'obligation de jeûner le samedi. Car si nous fêtons le dimanche, à cause de la résurrection de Notre-Seigneur, non-seulement le jour anniversaire de Pâques, mais encore toutes les semaines de l'année, et si nous jeûnons tous les vendredis en mémoire de la passion de Notre-Seigneur, nous ne devons pas négliger de faire de même le samedi, qui se trouve comme un intermédiaire placé entre un jour de tristesse et un jour de joie. Il est d'ailleurs indubitable que les apôtres ont été dans la tristesse pendant ces deux jours, où ils se sont tenus cachés à cause de la crainte qu'ils avaient des Juifs. Et il n'est pas douteux non plus qu'ils ont jeûne ces deux jours-là, puisque c'est encore une tradition de l’Eglise de ne pas célébrer les saints mystères pendant ce temps. Si l'on prétend après cela qu'il ne faut jeûner que ce seul samedi, il faudra donc aussi ne fêter le dimanche et ne jeûner le vendredi qu'une fois dans l'année. "

Ibidem, c. 29, se lit cet autre extrait d'une lettre de saint Grégoire-le-Grand à saint Augustin, évêque des Anglais : " Enfin, que les prêtres, les diacres et tous les autres ministres de l’Eglise, à quelque degré de dignité qu'ils soient élevés, se soumettent à jeûner à partir de la quinquagésime, pour faire quelque chose au-delà de ce qui est de stricte obligation pour tous les chrétiens, et paraître surpasser les laïques en piété, comme ils les surpassent par l'éminence de leur ordre. . . Or, c'est une conséquence naturelle, qu'en même temps que nous nous abstenons ces jours-la de manger de la chair des animaux, nous nous interdisions aussi tout ce qui provient des animaux, comme le lait, le fromage, les œufs. "

Ibidem, c. 31, nous lisons cet extrait du concile d'Elvire, c. 23 : " Le concile est d'avis que le jeûne ou l'abstinence soient observés chacun des mois de l'année, excepté les deux mois de

juillet et d'août à cause de la chaleur de la saison. "

Ibidem, c. 32, se trouvent citées ces paroles de saint Apollonius : " On ne doit pas manquer d'observer les jeûnes prescrits de la quatrième et de la sixième férie, à moins de quelque grande nécessité, parce que c'est à la quatrième férie que Judas forma le projet de livrer son maître, et à la sixième que le

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Sauveur a été mis en croix. . Celui donc qui sans nécessité manquerait au jeûne prescrit pour chacun de ces jours, paraîtrait ou livrer le Sauveur avec celui qui l'a trahi, ou le mettre en croix avec ceux qui l'ont crucifié. "

Ibidem, c. 33, extrait du concile de Sélingstadt rapporté plus haut à l'article des commandements de l'Eglise, question XIV, témoignage 16, tome II, page 108.

Ibidem, c. 34, autre extrait d'une lettre de saint Grégoire-le-Grand, ou du livre des XL homélies, homélie 16 : " On doit mettre tout le soin possible à bien garder le carême, et n'y rompre le jeûne à moins d'infirmité que le dimanche, parce que ces jours-là sont comme la dîme de l'année à partir donc du premier dimanche du carême jusqu'au dimanche de Pâques, on compte six semaines qui font quarante-deux jours. Mais comme il faut retrancher de ces jours les six dimanches, où l'on ne jeûne pas, il ne reste plus que trente-six jours de jeûne. Par conséquent, puisque l'année a trois cent soixante-cinq jours, et que nous jeûnons trente-six de ces jours-là, c'est la dime de l'année que nous offrons à Dieu ; mais pour faire de plus le nombre complet de quarante jours, que notre Sauveur à consacré par le saint jeûne auquel il s'est soumis lui-même, nous ajoutons quatre jours de supplément, savoir la quatrième férie (le mercredi des cendres) mise en tête de ces jours de jeûne puis la cinquième, la sixième et le samedi suivants. Sans l'addition de ces quatre jours, nous n'aurions pas quarante jours d'abstinence. Le Dieu Tout-puissant nous fait aussi un devoir de lui donner la dime de tous nos biens. Ainsi donc, pour acquitter exactement cette dîme, prenons aussi la dîme de l'année et pendant ces jours purifions-nous de nos péchés en les confessant, en exerçant sur nous-mêmes la correction, en jeûnant en passant les nuits en prière, en faisant, l'aumône, et décimons notre propre corps (par toutes ces pratiques de mortification), pour pouvoir célébrer la Pâque avec le calme d'une bonne conscience. "

Ibidem, c. 35 et 57, extraits du concile de Mayence, rapporté plus haut à l'article des commandements de l'Eglise, question XIV, témoignage 14 et 15, tome II, page 108.

Ibidem, c. 40, extrait d'un concile d'Orléans, c. 6 (Nous n'avons pu trouver ce canon dans les actes qui nous restent des divers conciles d'Orléans, à moins qu'il ne s'agisse du canon 27 du premier concile d’Orléans tenu l'an 511, qui ordonne à peu près la même chose, mais avec bien moins de détails et en des termes différents) :

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" Comme les peuples des Gaules, en punition de leurs péchés, se voyaient assaillis en tous lieux par des loups enragés, sans pouvoir trouver remède à ce redoutable fléau les évêques des Gaules se rassemblèrent, dit-on, dans la ville de Vienne l'an 474, et ordonnèrent en commun qu'on observât un jeûne de trois jours. Et alors le Seigneur ayant arrêté le fléau dans sa miséricorde, l'usage est passé en coutume pour les années suivantes de jeûner de même avant l'ascension par toute la Gaule. Sanctifions donc, nous aussi, ces jours avec zèle et piété, en nous interdisant l'usage de la viande, et en humiliant nos âmes, afin que non-seulement nous échappions à la rage des loups, mais que nous triomphions de plus des attaques des esprits immondes, espèce de loups invisibles plus redoutables encore que les premiers. Que personne pendant ces jours ne se couvre d'habits précieux puisque nous devons au contraire pleurer nos péchés dans le sac et sur la cendre. Qu'on interdise ces excès de bouche, si communs parmi le peuple. Que personne ne fasse de voyages à cheval pendant ces jours-là, mais que tous au contraire ne marchent que nu-pieds. Que les femmes ne se permettent pas de danser, mais qu'elles chantent plutôt en commun le Kyrie eleison, et qu'elles implorent d'un cœur contrit la miséricorde de Dieu pour leurs péchés, pour le maintien de la paix, pour la cessation des fléaux, pour la conservation des fruits de la terre, et pour les autres nécessité : car ces jours sont des jours d'abstinence et non de joie. " (Voir Greg. Turon., hist. Francorum, lib. II, c. 54).

Ibidem, c. 42, extrait d'un concile d'orange, c. 2 (Ce canon ne se trouve pas plus que le précédent) : " Le samedi saint, c'est-à-dire la veille de Pâques, personne, si ce n'est les enfants et les infirmes, ne rompra le jeûne avant l'entrée de la nuit. "

Ibidem, c. 45, extrait d'un concile de Châlon-sur-Saône, c. 5 (Ce canon ne se trouve pas plus que les 2 précédents) : " Plusieurs qui croient observer la loi du jeûne se mettent à manger en carême dès qu'ils ont entendu sonner la neuvième heure. Mais qu'ils sachent bien que ce n'est pas jeûner que de manger avant l'office de vêpres. On doit en effet se rendre à la messe avec empressement, et ne toucher à aucun mets qu'on ne l'ait entendue aussi bien que l'office de vêpres, et après avoir fait des aumônes. Que si la nécessité empêche quelqu'un d'assister à la messe, qu'il prie du moins en particulier,

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et ne rompe le jeûne qu'à l'heure où il peut penser que les vêpres sont achevées. " (Burchard de Worms, comme on le verra plus bas, attribue ce canon au pape saint Silvère).

Ibidem, c. 49, extraits des décrets du pape Eusèbe c. 3 (C'est une pièce sans autorité) : " Les jeûnes ordonnés dans L’Eglise par les pasteurs ne doivent pas être rompus sans une légitime nécessité. "

Ibidem, c. 50, autre extrait de ces décrets, c. 2 : " S'il survient une famine, ou quelque peste, ou quelque intempérie de l'air, ou toute autre calamité, on doit aussitôt recourir à la miséricorde de Dieu par des jeûnes des aumônes et des prières. "

12. Burchard, évêque de Worms, Decretorum lib. XIII, c. 1, cite comme Ives de Chartres le passage de saint Grégoire sur l’observance quadragésimale rapporté au témoignage précédent.

Ibidem, c. 2 et 4 ; c'est la même chose que les chapitres 35 et 37 d'Ives de Chartres.

Ibidem, c. 5, citation du concile de Gangres, comme au chapitre 58 d'Ives de Chartres : ce canon du concile de Gangres sera rapporté à la question qui va suivre celle-ci, témoignage 76.

Ibidem, c. 7, sur le jeûne des rogations, extrait du concile d'Orléans, c. 6, comme dans Ives de Chartres, c. 40.

Ibidem, c. 9, sur le samedi saint, citation du concile d'orange, c. 2, comme dans Ives de Chartres, c. 42.

Ibidem, c. 12, citation d'un décret du pape saint Silvère, c. 1; c'est le passage donné plus haut par Ives de Chartres pour être un canon du concile de Châlon.

Ibidem, c. 16, citation d'un concile d'Orléans, c. 1 (Ce canon ne se trouve pas dans les actes des conciles d'Orléans que nous avons pu consulter) : " Les prêtres, en faisant au peuple les annonces des fêtes, doivent en même temps les avertir d'observer religieusement le jeûne des vigiles. "

Ibidem, c. 17, citation d'un décret du pape Eusèbe ; c'est le même que le décret apocryphe cité par Ives de Chartres, et rapporté plus haut.

Ibidem, c. 18, citation d'un prétendu décret du pape Libère, c. 2 ; c'est le même que celui attribué au pape Silvère par Ives de Chartres, c. 50, et rapporté plus haut.

13. S. CYPRIEN, de jejuniis et tentationibus Christi (Ce sermon n'est pas de S. Cyprien, mais plutôt d'Arnold ou Arnould de Bonneval qui vivait du temps d’Adrien IV. v. Nat. Alex. hist. eccles. III sæc., p. 32, édit. de Venise) : " Au

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moyen du jeûne la sentine des vices est mise à sec, la pétulance est abattue, la concupiscence est affaiblie, les voluptés prennent la fuite, le volcan des passions s'éteint et ne porte plus le ravage et la désolation autour d'elles. Le jeûne employé avec discrétion suffit pour dompter toutes les révoltes de la chair, et nous délivre de la tyrannie des appétits grossiers. Le jeûne met aux entraves les mouvements désordonnés et réprime les désirs qui sans lui n'auraient pas de frein. Le jeûne quand l'humilité l'accompagne, inspire aux serviteurs de Dieu le mépris du monde. Le jeûne purifie, sanctifie la chair, et prévient à corruption que son trop d'embonpoint ne manquerait pas d'engendrer. Le jeûne trouve ses délices dans les Ecritures, son plaisir dans la contemplation, sa force dans les grâces qu'il obtient, son aliment dans le pain céleste. Ce fut le jeûne qui donna à Daniel la vertu d'interpréter les songes, et aux trois jeunes hommes la grâce de sortir sans aucun mal de la fournaise ardente. Moïse en conversant quarante jours sur la montagne avec Dieu, obtint, grâce au jeûne la familiarité de ses entretiens, et l'avantage d'être choisi pour promulgateur de sa loi. Elie, en jeûnant le même nombre de jours dans le désert, se vit récompensé d’égales faveurs. L'utilité du jeûne est devenue évident surtout dans le christianisme, et l'exemple qu'en ont donné les premiers a bientôt été suivi de la multitude. Nous ne connaissons dans l'histoire aucun homme à miracles, qui n'ait dû au jeûne ce don éminent, nous ne voyons pas que rien ait été fait de grand, sans que le jeûne en ait posé la base. Tous ceux qui ont voulu obtenir quelque faveur de Dieu, ont recouru au jeûne comme à la prière et c'est en passant les nuits dans les larmes et sous le cilice qu'ils ont imploré la bonté divine. Et le succès a été immanquable, du moment où prosternée aux pieds de Dieu, l'humilité des suppliants a pu lui offrir le sacrifice d'un cœur contrit ; Dieu s'est approchés de ceux qui l'invoquaient, a tendu sa main à ces misérable naufragés et les à secourus dans leur affliction. "

14. S. ATHANASE, Lib. de virginitate sive de meditatione : " Observons le jeûne avec amour : car le jeûne, la prière et l'aumône, nous formeront à eux trois un puissant rempart ; ils sauvent l'homme de la mort. Car au lieu que c'est pour avoir mangé malgré la défense que Dieu lui en avait faite, qu'Adam a été chassé du paradis, ce sera par le jeûne et par l'obéissance que pourra y rentrer quiconque le voudra. Faites de cette vertu l'ornement de votre personne, vierge de Jésus-Christ, et vous

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serez sûre de plaire à votre divin époux. Car les personnes de votre sexe qui s'attachent au monde, et qui pour plaire aux hommes se couvrent d'or et de pierres précieuses, et imbibent leurs vêtements de parfums et de senteurs, ne sauraient plaire à Dieu par de tels moyens. Jésus-Christ ne vous demande rien de semblable : un cœur pur, un corps chaste et maté par l'abstinence, voilà tout ce qu'il demande de vous. Si quelques-uns viennent vous dire de ne pas multiplier vos jeûnes de peur de vous affaiblir, ne suivez pas leur conseil, ne les écoutez même pas ; car c'est l'ennemi de votre âme qui les inspire. Rappelez-vous ce qui est écrit au sujet de Daniel et des trois jeunes hommes faits captifs par Nabuchodonosor, roi de Babylone, et des autres jeunes gens qui étaient avec eux ; de l'ordre que le roi leur donna de manger des mets de sa table et de boire de son vin ; du refus que firent Daniel et les trois jeunes hommes de se souiller en acceptant cette nourriture, et de la réponse qu'ils firent à l'eunuque chargé de les nourrir : Donnez-nous, lui dirent-ils, de ce que la terre produit, et nous en mangerons (DAN., I, 4 et 9). L'eunuque leur dit à cela : Je crains le roi mon Seigneur, qui a ordonné qu'on vous servît des viandes et du vin de sa table ; car s'il voit vos visages plus maigres que ceux des autres jeunes hommes de votre âge, vous serez cause que le roi me fera perdre la vie. Mais ils lui répliquèrent : Eprouvez, je vous prie, vos serviteurs pendant dix jours, et ne nous donnez pendant tout ce temps que de ce que nous vous avons demandé. Et il ne leur donna que des légumes à manger et que de l'eau à boire ; après quoi il les introduisit chez le roi, et leur visage parut meilleur et dans un embonpoint tout autre que celui de tous les jeunes hommes qui mangeaient des viandes du roi. "

" Vous voyez quels sont les effets du jeûne, comment il guérit les maladies, détruit les humeurs vicieuses, chasse les démons, éloigne les pensées mauvaises, fait que l'esprit est davantage à lui-même, purifie le cœur, sanctifie le corps, et met l'homme en état de s'approcher du trône de Dieu. Et de crainte que vous ne vous imaginiez que tout ce que je viens de dire se trouve dit au hasard, vous avez dans l’Evangile le témoignage de Jésus-Christ lui-même, à qui ses disciples avaient fait cette demande : Seigneur, dites-nous par quel moyen peuvent être chassés les esprits impurs ; et qui leur fit celle réponse : Cette sorte de démon ne peut être chassée que par la prière et par le jeûne (MATTH., XVII, 18-20). Ceux donc, quels qu'ils soient, qui sont tourmentés par l'esprit

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impur, n'ont qu'à se rappeler cette réponse, et qu'à employer ce remède c'est-à-dire, qu’à faire usage du jeûne, et aussitôt l'esprit impur, que le jeûne n'accommode pas, se trouvera trop à l'étroit et prendra la fuite. Car rien n'attire les démons comme la crapule, l'état d’ivresse et l'oisiveté. Grande au contraire est la vertu du jeûne : il engendre les plus grandes actions. Car d'où vient que la puissance des miracles est donnée aux hommes, que Dieu opère par leur ministère les plus étonnants prodiges, et la guérison de toutes sortes de maladies, sinon de la pratique de la mortification de l'humilité et de l'austérité de vie ? Le jeûne en effet est la vie des anges, et celui qui le pratique mérite une place parmi ces célestes esprits. Et ne pensez pas, ma sœur, que le jeûne consiste simplement dans une certaine abstinence : car il ne suffit pas pour jeûner véritablement, de se priver de nourriture ; pour avoir le mérite du jeûne devant Dieu, il faut s'abstenir en outre de toute action mauvaise (Cf. S. Athanasii opera, t. II, p. 113-114, édition des Bénédictins, Paris, 1698). "

15. S. CHRYSOSTOME, Hom. I in Genesim : " En voyant votre empressement à vous rendre en cette église, je sens s'augmenter aussi le mien, tant est vif le désir que j'éprouve d'entre moi-même en part de cette joie spirituelle, en même temps que de vous annoncer l'ouverture de la sainte quarantaine, remède si propre à guéri nos âmes de toutes leurs misères. Car notre maître à tous voulant, comme un père compatissant, nous laver des souillures contractées dans toute la suite de notre vie, en a trouvé le moyen dans le jeûne salutaire auquel il vous invite par ma bouche. Que personne donc n'affecte un air chagrin ; que personne ne tombe dans la tristesse, etc. . . Car ce temps sera vraiment pour nous un temps de fête qui procurera le salut à nos âmes, qui nous apportera la paix et la concorde, qui bannira toute image séductrice des plaisirs trompeurs de cette vie : plus de clameurs bruyantes, plus de rassemblements tumultueux, plus rien de cet appareil sanglant de chairs d'animaux étalées sur les boutiques ou dépecées dans les cuisines ; partout au contraire la tranquillité, le calme, la charité, la joie, la douceur, la paix et mille autres avantages précieux. . . "

" Je voudrais vous voir purifiés de tout ce qui a pu vous souiller jusqu'ici, et affranchis de toute affection pour les plaisirs grossiers de la table, embrasser de tout cœur cette chaste épouse

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que j'appelle l'abstinence, et, qui sera pour vous la mère de tous les biens, de la pudicité et de toutes les vertus : elle fera votre bonheur, en même temps qu'elle achèvera de vous guérir de

vos maux spirituels. Car si les médecins ont coutume de prescrire à ceux qui leur demandent de corriger en eux quelque humeur vicieuse, de commencer par s'imposer une diète absolue, pour que l'effet de leurs remèdes ne soit pas neutralisé par la nourriture qu'ils prendraient, mais qu'il ait toute sa vertu, en exerçant seul son action ; à combien plus forte raison, si nous voulons que ce remède spirituel, qui est le jeûne produise en nous ses heureux effets, devons-nous purifier nos dispositions, et ne pas nous charger de vin ou d'aliments quelconques qui nous feraient perdre tous les fruits que nous aurions à recueillir de cette observance ! "

" Tandis que l'excès du boire et du manger est pour le genre humain le principe de mille maux, le jeûne et la sobriété est une source intarissable d'ineffables biens. Aussi, dès le moment de la création de l'homme, Dieu qui savait que c'était là le remède le plus opportun pour le salut de nos âmes, donna avant tout le reste ce commandement à notre premier père : Mangez de tous les fruits des arbres du paradis ; nais ne mangez point du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal (Gen., XVI, 17). Dire : Mangez ceci, ne mangez pas cela, c'est déjà préfigurer le jeûne . . . "

" Après avoir cité les exemples de Moïse d'Elie, de Daniel, des Ninivites, et de Jésus-Christ lui-même, le grand orateur ajoute : " Après vous avoir démontré par l'exemple de Notre- Seigneur lui-même comme par celui de ses serviteurs les plus fidèles, combien est grande la vertu du jeûne et combien sont nombreux les avantages que vous pouvez en retirer ; maintenant donc que vous en êtes instruits, je supplie votre charité de ne pas vous y refuser par une lâcheté inexcusable, ni de vous attrister non plus de vous y voir obligés, mais de vous en réjouir plutôt et de tressaillir même de joie en vous rappelant ces paroles de l'Apôtre : Encore que dans nous l'homme extérieur se détruise, l'homme intérieur néanmoins se renouvelle de jour en jour (II Cor., IV, 16). Car soyez convaincus que le jeûne est la nourriture de l'âme, et de même que la nourriture matérielle soutient et fortifie le corps, de même aussi le jeûne accroit les forces de l'âme, lui prête l'agilité, et comme des ailes, pour s'élever vers le ciel, pour ne plus s’occuper que des choses d'en haut, et n'avoir

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désormais que du mépris pour tous les plaisirs d'ici-bas. Et de même que les navires les plus légers sont ceux qui parcourent avec le plus de rapidité la vaste étendue des mers, et que ceux au contraire qu'on charge d'une trop forte cargaison sont le plus exposés à faire naufrage ; ainsi le jeûne en nous spiritualisant de plus en plus, nous met plus en état de traverser rapidement la mer de ce monde, de porter toutes nos pensées vers le ciel et vers les biens qui nous y sont réservés, de regarder comme rien les choses présentes et de ne pas plus nous y attacher qu'à des ombres ou à de simples rêves (Cf. S. Joannis Chrysost. opera, t. IV, p. 1-5, édit. de Montfaucon ; pag. 3-9, édit de Gaume). "

16. Le même, Hom. II in Genesim : " Le jeûne est ce qui procure le calme à nos âmes, ce qui honore la vieillesse, ce qui forme la jeunesse, ce qui affermit l'âge mûr, le plus bel ornement en un mot de tous les âges et de toutes les conditions. Voyez en effet : aujourd'hui plus de clameurs ni de tumultes, plus rien de tout cet attirail de cuisiniers et de bouchers ; plus rien, dis-je, de tout cela, et cette ville entière présente l'aspect d'une vierge décente et réglée dans ses démarches (Cf. Ibidem, pag. 8, édit. de Montfaucon ; pag. 11, édit. de Gaume). "

17. Le même, Serm. I de jejunio (Nous n'avons pu trouver ce discours dans les œuvres complètes de S. Chrysostôme, édit. de Gaume) : " Voici le temps de propitiation, sachons le mettre à profit ; c'est le temps de nous décharger du fardeau de nos péchés, ne négligeons pas cette grâce ; mais avant de jeûner par rapport aux aliments, commençons à le faire par rapport aux péchés. Le jeûne présente des avantages sans nombre pour ceux qui aiment à se les approprier. N'envisagez pas uniquement la peine ; envisagez aussi la récompense. Si le cultivateur n'avait pas en vue la récolte que doivent lui rapporter ses semailles, il ne sèmerait jamais ; autrement, quelle serait sa folie de dissiper à travers les champs les grains recueillis dans ses greniers ! Mais c'est l'espérance de récolte plus qu'il ne sème qui lui donne le courage de semer. Le jeûne afflige la chair, il est vrai, mais il fait les délices de l'âme. De ces deux parties qui composent notre être, laquelle donnerez-vous la préférence ? Si l'âme accepte le jeûne, c’est qu'elle l'aime mieux que d'être malheureuse dans l'éternité, et d'ailleurs elle trouve dans le jeûne un aliment plus convenable à sa dignité, plus approprié à sa nature. Ne refusons donc pas de nous sou-

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mettre à la loi du jeûne ; d'autant plus que, bien loin de nuire au corps lui-même, le jeûne lui sert de remède. Car, en jeûnant on arrête le flux d'humeurs dont le corps est incommodé, et on le débarrasse de son excès d'embonpoint, en même temps qu'on présente à l'âme défaillante l’aliment qui réparera ses forces. Ne pensez pas que le jeûne ne puisse offrir que de modiques avantages. Si Adam s'était abstenu seulement de manger d'un fruit, s'il avait jeûné par rapport à ce fruit, la mort aurait reçu son coup mortel, ou pour mieux dire, elle n'eut jamais paru, étant ignorée jusque-là. Voyez donc, si Adam avait usé de cet antidote, le genre humain ne serait composé que d'êtes immortels. Oh ! qu'il a fallu que la grâce fût puissante, pour réparer comme elle l'a fait les maux que l'intempérance d'Adam avait causés à sa race ! En voyant combien cette abstinence nous a été funeste, vous pouvez juger combien son contraire, qui est le jeûne ou l'abstinence par rapport aux choses d'ailleurs permises ; doit nous être utile. "

L'auteur de ce discours cite ensuite les exemples de Moïse, de Jésus- Christ et de Daniel ; puis, venant à parler du prophète qui, pour s'être arrêté à manger malgré la défense que Dieu lui en avait faite, fut dévoré par un lion, il fait cette remarque : " Trois prodiges se trouvaient là rassemblés. Le prophète étant mort trahissait par-là même la désobéissance dont il était coupable ; à côté de ce cadavre, le lion témoigna par ce qu'il venait de faire son obéissance à l'ordre de Dieu ; et près de là l'ânesse du prophète qui restait sans rien craindre de la part du lion, et sans recevoir non plus aucun mal de lui, faisait bien voir que le lion n'était pas accouru pour assouvir sa faim, mais pour punir le coupable de n'avoir pas jeûné conformément à l'ordre qu'il en avait reçu. "

" Le jeûne est une imitation de la vie des anges autant que le comporte notre nature, un acte de mépris des choses d'ici-bas, une école de prières, un aliment pour l'âme, un frein pour la bouche, un calmant pour la fièvre de la concupiscence. Ceux qui jeûnent le savent bien, et ceux qui ont seulement essayé de le faire ne l'ignorent pas non plus. Le jeûne réprime les voluptés, apaise la fureur, calme la colère tempère les mouvements naturels, aiguise la raison, purifie le cœur, allège le poids de la chair, met en fuite les illusions de la nuit, corrige de l'ivresse, délivre des maux de tête, donne au visage un teint ravissant et des traits célestes. Quand on jeûne, on a naturellement le geste

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composé, la langue libre, la raison saine ; on ne connait point ce rire dissolu si commun dans l'ivresse ; les passions sont contenues, et l'âme maîtresse d’elle-même goûte la joie de son bien-être. L'homme extérieur n’est plus rien, l'homme intérieur est tout. L'ivresse nous ôte le sentiment des maux qu'elle nous cause ; le jeûne nous donne la conscience de ceux dont il nous délivre. Car celui qui est en état de jeûne en même temps qu'il se connaît lui-même connaît ce qui peut lui être contraire ; tandis que celui qui est en état d’ivresse ignore, et ce qu'il est lui-même, et quels sont les avantages dont le jeûne serait pour lui la source. Pourquoi des prêtres, fils d'Aaron, furent-ils mis à mort ? N'est-ce pas pour avoir goûté au vin dans l’exercice de leur ministère (Lévit., X, 9) ? A quoi s'obligeaient les Nazaréens ? N'était-ce pas à s'abstenir du vin et de toute boisson capable d'enivrer (Nomb., VI, 3-20) ? Daniel et ses jeunes compagnons de captivité préféraient de simples légumes à la table somptueuse du roi Nabuchodonosor (DAN., I, 8). Daniel jeûne six semaines entières et c'est pour avoir réprimé en lui la sensualité qu'il mérite d’être surnommé l'homme de désir (DAN., X, 3). Et comment jeûna-t-il, non, comme faisaient ses compatriotes, pendant la courte durée d'un seul jour, mais pendant trente-six semaines ? C'est qu'il préfigurait la discipline actuelle de l’Eglise. Il a dit de lui-même : Je ne mangeais pas de pain délicatement préparé. D'autres boivent quelquefois pour leur plaisir. Le vin et la viande, poursuit Daniel, n'entrèrent pas dans ma bouche. L'Eglise ne pratique pas un autre jeûne que celui-là. Admirez dans cet homme de l'ancienne loi ces mœurs toutes chrétiennes. C'est que si, parmi les hommes d'alors, les imparfaits pouvaient tout au plus figurer les saints de la loi nouvelle, les forts du moins, tels que les prophètes, devaient les représenter en réalité. Le jeûne a obligé Dieu à révoquer quelques-uns de ses arrêts. Car Dieu avait dit : Ninive sera détruite ; et cependant cette ville ne fut pas détruite. C'est que les Ninivites jeûnèrent et échappèrent par ce moyen à leur ruine. "

" Jeûnez, parce que vous avez péché, jeûnez pour ne plus pécher ; jeûnez pour recevoir, jeûnez pour conserver les dons que vous avez reçus. Car telles sont les diverses classes dans lesquelles le jeûne peut être réparti. L’un qui sait qu'il a péché jeûne pour échapper, en se châtiant lui-même, au châtiment qu'il lui faudrait subir ailleurs. Jeûnons, nous, pour prévenir les révoltes de la concupiscence. Vous voyez dans cet exemple comment le

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jeûne est provoqué par le péché, c’est parce qu'on à péché qu'on a recours au jeûne pour y trouver sa conversion en même temps que l'expiation de ses fautes. D'autres jeûnent sans avoir péché, non pas, par conséquent, pour se délivrer de péchés commis, mais pour s'empêcher d'en commettre. Un autre jeûne pour obtenir une grâce ; et c'est ainsi que Moise jeûne pour recevoir la loi. Un autre enfin jeûne pour ne pas perdre les grâces qu'il a reçues. L'Eglise, par exemple, jeûne par ce motif, en reconnaissant tout ce qu'elle doit à Jésus- Christ ; et elle jeûne afin que, crucifiée avec lui, souffrant avec lui, elle soit aussi glorifiée avec son Sauveur. Nous jeûnons alors, non pour pleurer sur le sort de notre Dieu, car il vit éternellement avec son Père mais pour reconnaître tout ce que nous devons à sa grâce, ou si nous pleurons à cause que les Juifs l'ont crucifié, ce n'est pas sa mort que nous déplorons, mais le crime des Juifs qui l'ont fait mourir : car pour lui, il est ressuscité d'entre les morts, il est dans la gloire dont il était d’avance en possession avec son Père. Engendré par son Père de toute éternité, il est aussi avec lui de toute éternité. Nos larmes insulteraient la victoire que Jésus a remportée mais nous devons néanmoins jeûner en songeant à nos propres besoins, et en faisant nos efforts pour prendre part à ses souffrances. "

18. Le même, Serm. II de jejunio : " Puis donc que le jeûne est pour nous un rempart contre nos ennemis, et nous aide à repousser le joug de la servitude qu'ils nous feraient subir, qu'il assure en un mot notre liberté, comment douteriez-vous encore que le jeûne ne soit pour nous la condition préalable de tous les biens ? Et si le jeûne à été commandé dans le paradis même à cause des avantages sans nombre qu'il renferme, il doit être encore bien plus nécessaire hors de ce lieu qu'habitait l'innocence. Si, avant que nous eussions été blessés, s’était déjà pour nous un utile remède, nous devons nous empresser bien davantage d'y recourir maintenant que nous sommes blessés, pour nous guérir de nos blessures. Enfin, si ce bouclier nous était nécessaire même avant le combat pour résister aux plaisirs sensuels, nous devons nous en armer avec bien plus de soin maintenant que nous y sommes engagés. "

19. S. BASILE-LE-GRAND, Hom. I de laudibus jejunii : " Les vers qui se multiplient dans les intestins des enfants ne peuvent en être chassés que par d'amers médicaments : ainsi le jeûne, quand il est vraiment digne de ce nom, attaque le péché jusque

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dans le fond de notre cœur et lui donne la mort. . . . . Tout ce qui porte le caractère de l'antiquité a droit à notre respect. Respectez la vieillesse du jeûne. Il est si ancien qu'il a commencé avec le premier homme : c'est dans le paradis terrestre qu'il à été établi. Le premier précepte donné à Adam fut celui-ci : Vous ne mangerez point du fruit de l'arbre de la science du bien et mal. Ces paroles, vous ne mangerez pas, sont une loi de jeûne et d'abstinence. Si Eve l'eût observé fidèlement nous ne serions pas aujourd'hui obligés de nous y soumettre. Car ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais bien ceux qui sont malades. Nous avons été blessés par le péché : c'est à la pénitence à guérir nos blessures. Or, sans le jeûne, la pénitence est vaine et stérile. La terre maudite ne produira pour vous que des ronces et des épines. Vous êtes condamné à vivre dans la tristesse, et non destinés à vous livrer aux plaisirs. Il faut satisfaire à Dieu par le jeûne. La vie même du paradis terrestre était une image du jeûne, non-seulement en ce que l'homme, qui était semblable aux anges et partageait en quelque sorte leur nature, n'avait que peu de besoins, mais aussi parce qu'il n'avait point encore imaginé dans cet heureux séjour tout ce qu'il inventa par la suite pour satisfaire ses appétits déréglés aux dépens de la raison, tel que l'usage du vin et de la chair des animaux. - Puisque c'est notre infidélité à la loi du jeûne qui nous à bannis du paradis, jeûnons donc pour y rentrer. "

Un peu plus loin, saint Basile, appelant les Ecritures en témoignage de la vertu du jeûne : " C'est le jeûne dit-il, qui enfante les prophètes, qui nourrit les forts, qui donne la sagesse aux législateurs ; c'est le jeûne qui est le rempart de l'âme, la sauvegarde du corps, l'armure du guerrier, l'exercice de l'athlète : il éloigne la tentation, consacre la piété, accompagne la sobriété, produit la chasteté. Dans les combats il enflamme le courage, dans la paix il conserve le repos. Il sanctifie le nazaréen, il perfectionne le prêtre, qui ne peut sans témérité s'approcher du saint ministère, s'il ne s'est préparé par le jeûne, non-seulement dans la loi nouvelle, où il s'agit de célébrer de si redoutables mystères, mais encore dans la loi ancienne, où les sacrifices n'étaient que des figures. . . Enfin, tous les saints de tous les siècles, comme vous pourrez vous en convaincre, se sont affermis par le jeûne dans la voie qui conduit à Dieu. . . Le jeûne éteignit les flammes de la fournaise et brisa la dent des lions. Le jeûne

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ouvre à la prière l’entée du ciel, et lui prête des ailes pour s’élever jusqu’à Dieu. Le jeûne est le soutien des familles, le père de la santé, le maître de la jeunesse, l'ornement des vieillards, l'ami des voyageurs, le gardien de la foi conjugale. . . Le jeûne n'est pas seulement utile pour l'avenir ; il est avantageux pour notre corps même dans la vie présente. . . Voulez-vous fortifier votre âme ? domptez la chair par le jeûne. C'est le sens de ce passage où l'Apôtre nous dit : Qu'à mesure que l'homme extérieur se corrompt, l'homme intérieur se renouvelle. Et de cet autre : Plus je m'affaiblis, plus je me fortifie. . . Le jeûne est notre armure dans les combats contre les démons ; car ce genre d'ennemis ne peut être chassé que par la prière et le jeûne. Tels sont les nombreux avantages que le jeûne nous procure. La satiété au contraire est un premier pas dans la voie de l'impudicité. La bonne chère, l’excès du vin, la délicatesse exquise et la variété des aliments, ne tardent pas à provoquer le réveil de toutes les passions brutales. Alors l'homme dans son délire ressemble à un coursier qui court et qui hennit après les cavales. L'ivresse confond les sexes, et intervertit l'ordre établi par la nature ; tandis que le jeûne entretient, même dans le mariage, une sage et chaste modération, prévient l'excès des plaisirs permis, et conseille aux époux de s'en interdire momentanément l’usage, pour se livrer sans trouble à la prière. - Gardez-vous cependant de faire consister le jeûne dans la seule abstinence des viandes ; le jeûne véritable consiste à s'abstenir du vice. Rompez tous les liens qui vous attachent à l'iniquité. Pardonnez au prochain tout le mal qu'il vous fait ; remettez-lui sa dette. Ne jeûnez pas pour lui susciter des procès et des querelles. Vous ne mangez pas de chair, il est vrai, mais vous dévorez votre frère ; vous vous abstenez de vin, mais vous vous permettez de lui faire tort. Vous attendez le soir pour prendre de la nourriture, mais vous passez tout le jour devant les tribunaux. Malheur à ceux qui sont ivres, non de vin, mais de colère. Car la colère est l'ivresse de l'âme ; comme le vin, elle rend l'homme insensé. "

20. Le même, homélie 2 : " Si l'huile rend les athlètes plus souples, le jeûne fortifie celui qui s'exerce la piété. Ainsi donc, tout ce que vous ôtez au corps tourne à l'avantage de l'âme et l'affermit dans la vie de la grâce ; car ce n'est pas la vigueur du corps, mais la force de l'âme et la patience dans les afflictions, qui nous assurent la victoire contre les ennemis invisibles. Le jeûne est utile en tout temps à ceux qui se l'imposent volon-

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tairement, puisque les démons n'osent tenter aucun effort contre celui qui l'observe, et que les anges préposés à notre garde protègent surtout ceux dont il a purifié l'âme ; mais son utilité

est plus incontestable encore dans ces jours où il est annoncé par tout l'univers. Il n'est point de pays, ni sur le continent, ni au milieu des mers, point de ville, point de peuple, même aux extrémités du monde, où la loi du jeûne n'ait été proclamée. Les soldats, les voyageurs, les navigateurs, les marchands, tous l’ont entendu publier avec la joie la plus vive. Que nul d'entre vous ne s'exclue donc lui-même du nombre de ceux qui jeûnent, c'est-à-dire de tout le genre humain, de tous les âges, de toutes les conditions. Chaque église a ses anges chargés d’en faire le recensement. . . "

" Le jeûne conserve la santé de l'enfance, inspire la modestie aux jeunes gens, et attire le respect à la vieillesse. Un vieillard parait plus vénérable quand il honore ses cheveux blancs par l’abstinence. Le jeûne est l'ornement qui convient le mieux aux femmes, et le frein le plus puissant contre la fougue de l'âge et l’excès de la santé ; le jeûne est le protecteur de la fidélité conjugale et le gardien de la virginité. Tels sont les avantages particuliers que le jeûne apporte aux familles qui l'observent. Voyons maintenant quelle est son influence sur la société. En un moment il fait régner le calme dans le sein d'une ville, d'une nation tout entière, il impose silence à toutes les clameurs, assoupit les querelles, bannit les procès. . . Pauvres, recevez le jeûne comme un ami et un commensal. Esclaves, recevez-le comme une trêve passagère aux travaux perpétuels de votre servitude. Riches, recevez-le comme un remède au mal que l'abondance vous a fait, comme un moyen de ranimer en vous, par le changement de régime le goût des aliments que l'habitude vous fait paraitre maintenant insipides. Que votre santé soit florissante ou ruinée, recevez-le comme le gardien ou le père de la santé. Interrogez les médecins, ils vous diront que rien n'est plus dangereux pour le corps que l'excès même du bien- être. Aussi les plus habiles s'attachent-ils à remédier à cet excès par le jeûne de peur que la nature épuisée ne succombe sous le poids de l'embonpoint. . . Mais pour que le jeûne soit méritoire, il ne suffit pas de s'abstenir de l'usage des viandes ; il est une autre sorte de jeûne plus agréable à Dieu. Le véritable jeûne consiste à s'abstenir du vice, à contenir sa langue, à réprimer sa colère, à dompter ses passions, à s'interdire la médisance, le

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mensonge, le parjure. Voilà les privations qui constituent le jeûne véritable. "

21. S. AUGUSTIN, Tract. de utilitate jejunii : " Si la chair, que son propre poids entraîne vers la terre, est un fardeau pour l'âme et un bagage qui l'arrête dans son vol, plus on aura d'attrait pour la vie angélique, plus on consentira volontiers à se décharger de ce fardeau embarrassant. Or, ce qui nous aidera à nous en décharger, c'est le jeûne. "

" Gardez-vous donc bien de penser que ce soit là une pratique frivole ou inutile, de peur que, si vous vous en acquittiez simplement pour vous conformer à l'usage de l'Eglise, vous ne veniez à penser ou à vous dire en vous-mêmes ou d’écouter le tentateur qui cherche secrètement à vous le suggérer : Pourquoi jeûnes-tu ? Tu imposes à ton âme des privations, tu lui refuses ce qui la rendrait heureuse ; tu prends le soin absurde de te punir toi-même, d’être à toi-même ton bourreau. Est-ce que c'est la volonté de Dieu que tu te rendes toi-même malheureux ? Dire qu'il se réjoui de tes souffrances, c'est le supposer cruel. Mais répondez à ce tentateur : Si je me punis moi-même, c'est afin que Dieu ne me punisse pas ; j'étale devant lui ma misère, afin qu'il vienne à mon secours, que je me rende agréable à ses yeux et que j'aie à bénir sa bonté. Pour mettre une victime sur l'autel, il faut bien la faire souffrir. Mon corps pèsera moins à mon âme. Répondez encore à ce mauvais conseiller, à cet avocat des instincts gloutons, par la comparaison suivante : Si vous aviez pour monture un cheval fougueux qui pourrait vous occasionner quelque chute funeste, n'est-il pas vrai que pour voyager avec plus de sécurité, vous retireriez à cet animal une partie de sa nourriture, pour dompter par la diète celui que vous ne