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Saint Pierre Canisius
Le Grand Catéchisme
Tome
ou Précis de la Doctrine Chrétienne appuyée de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères
traduction par l'abbé A.-C. Peltier, Besançon et Paris, 1856-1857, 6 volumes, in-8.
édition numérique par JESUSMARIE.com

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DEUXIEME PARTIE.

PRINCIPES DE LA JUSTICE CHRETIENNE.
 
 

SECTION III.

DES QUATRE FINS DERNIERES DE L’HOMME.


Question I

Qu’entend-on par les quatre fins dernières de l’homme ?

Les quatre fins dernières de l'homme sont la mort, le jugement, l'enfer et le royaume des cieux. On appelle ces quatre choses d'un tel nom, parce qu'elles viennent en dernier lieu parmi tous les accidents qui peuvent survenir à l'homme. La mort, en effet, est, comme on a coutume de le dire, le terme de la carrière de la vie humaine. Après la mort vient le jugement que Dieu nous fera subir, ainsi que saint Paul s'en est expliqué par ces paroles : C'est une chose arrêtée pour tous les hommes, qu'ils mourront une fois, et qu'après cela ils seront jugés. Et par ce jugement il faut entendre, tant le jugement particulier que chacun doit subir au moment de sa mort, que le jugement dernier et général auquel tous auront à comparaître à la fin du monde, ainsi que nous l'avons fait voir plus haut (Tome Ier, pag. 72 et suiv). "

Or, les uns seront jugés pour être condamnés aux peines éternelles de l'enfer, et ce seront ceux que la mort aura surpris en état de péché mortel ; les autres le seront au contraire pour

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être établis en possession du royaume céleste et de l'éternelle félicité et ce seront ceux qui à la dernière heure se trouveront revêtus de la robe nuptiale, qui est la charité. C'est là ce que nous enseigne la vérité évangélique : Ceux qui auront fait le bien sortiront de leurs tombeaux pour ressusciter à la vie, et ceux qui auront fait le mal en sortiront pour ressusciter à leur condamnation. - Car le Fils de l’homme viendra avec ses anges dans la gloire de son Père et alors il rendra à chacun selon ses œuvres.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Ecclésiastique, VII, 37-40 : " La libéralité est agréable à tous ceux qui vivent ; n'empêchez pas qu'elle ne s'étende sur les morts. - Ne manquez pas de consoler ceux qui sont dans la tristesse, et pleurez avec ceux qui pleurent. - Ne soyez point paresseux à visiter les malades, car c'est ainsi que vous vous affermirez dans la charité. - Souvenez-vous dans toutes vos actions de vos fins dernières, et vous ne pécherez jamais. "

2. Ibid., XXVIII, 6 : " Souvenez-vous de votre dernière fin, et cessez de nourrir de l'inimitié contre qui que ce soit. "

3. Ibid., XXXVIII, 21-24 : " Souvenez-vous de votre dernière fin, et ne l'oubliez pas ; car après cela il n'y a point de retour ; vous ne rendrez à celui qui est mort aucun service en vous affligeant, et vous vous ferez à vous-même un très-grand mal. - Souvenez-vous du jugement de Dieu sur moi ; car le vôtre viendra de même ; hier c'était mon tour, et aujourd'hui ce sera le vôtre. - Que la paix où le mort est entré apaise en vous le regret que vous avez de sa mort, et consolez-vous de ce que son esprit est séparé de son corps. "

4. Deutéronome, XXXII, 28-29 : " Ce peuple n'a ni sens, ni

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intelligence. - Que n'ouvrent-ils les yeux ? Que ne comprennent-ils ? Que ne prévoient-ils la fin ? "

5. Proverbes, XIX, 20 : " Ecoutez le conseil et recevez l'instruction, afin que la sagesse soit l'ornement de vos derniers jours. "

6. Hébreux, IX, 27 ; comme dans le corps de la réponse.

7. LUC, XVI, 22-24 : " Or, il arriva que le pauvre mourut, et fut porté par les anges dans le sein d'Abraham. Le riche mourut aussi, et il fut enseveli dans l'enfer. - Or, levant les yeux lorsqu'il était dans les tourments, il vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein. - Et s'écriant, il dit ces paroles : Abraham, mon père, ayez pitié de moi, et envoyez-moi Lazare, afin qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau, et me rafraîchisse la langue ; car je souffre horriblement dans ces flammes. "

8. MATTHIEU, XXV, 41 : " Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : - Retirez-vous de moi, maudits ; allez au feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges. "

9. Id., XXII, 11-13 : " Le roi entra pour voir les convives, et y ayant aperçu un homme qui n'avait pas la robe nuptiale, - il lui dit : Mon ami, comment êtes-vous entré ici sans avoir la robe nuptiale ? Et cet homme demeura muet. - Alors le roi dit à ses gens : Liez-lui les pieds et les mains, et jetez-le dans les ténèbres extérieures ; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. "

10. JEAN, V, 28-29 : " Ne vous étonnez pas de ceci ; car le temps viendra où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu ; - et alors ceux qui auront fait de bonnes œuvres sortiront pour ressusciter à la vie ; mais ceux qui en auront fait de mauvaises sortiront pour ressusciter à leur condamnation. "

11. M ATTHIEU, XXV, 34-46 : " Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, les bénis de mon Père, posséder le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du

monde, etc. - Et ceux-ci iront au supplice éternel, et les justes dans la vie éternelle. "

12. Id., XVI, 27 ; comme dans le corps de la réponse.
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. BERNARD, Serm. de primordiis, mediis et novissimis nostris : " Vous savez maintenant quels ont été nos commencements ;

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vous savez aussi quel est ou doit être notre état intermédiaire ; mais nos fins dernières, quelles sont-elles ? C'est d'elles qu'il est dit, que si vous vous en souvenez, vous ne pécherez point (Ecclé., XXVI, 6). Ces fins dernières sont la mort, le jugement, l'enfer. Quoi de plus effrayant que la mort ? Quoi de plus terrible que le jugement ? Quoi de plus intolérable que l'enfer ? Que restera-t-il qui puisse faire impression sur celui que ces choses ne sauraient effrayer, ou à qui elles n'inspireraient aucune crainte ? O homme, si vous aviez perdu cette honte qui est l'indice d'un noble caractère, s i vous n'éprouviez point ce regret dont se laissent toucher les esprits même charnels, montrez-vous du moins accessible à la crainte, qui produit son effet jusque sur les brutes. Nous avons beau charger un âne et l'accabler de travaux ; il ne s'en met pas en peine, parce que sa nature est ainsi faite. Mais essayez de le jeter dans le feu ou de le précipiter dans un abîme, il fera tous ses efforts pour reculer, parce qu'il aime la vie et qu'il craint la mort. Ne vous semble-t-il donc pas juste, que celui qui se sera montré plus insensible que de tels animaux soit puni de son insensibilité et rangé dans l'ordre des tourments au-dessous de ces animaux eux-mêmes ? Craignez donc, ô homme, d'après cette considération que la mort vous séparer de tous les biens de ce corps que vous idolâtrez, et rompre par un divorce affreux l'union de votre corps et de votre âme. Craignez d'après cette autre considération que vous aurez à comparaître pour subir un jugement devant celui entre les mains duquel il est terrible de tomber (Hébr., X, 31), et que, si celui à qui rien n'est caché trouve en vous quelque iniquité à la suite de cet examen où sera repassée votre vie entière, vous serez pour toujours exclu du nombre des bienheureux et banni du séjour du repos et de la gloire. Craignez enfin d'après cette nouvelle considération, que dans l'enfer vous seriez dévoué à des tourments immenses et éternels, jeté en un mot dans le feu éternel préparé au diable et à ses anges. Cette crainte donc est appelée le commencement de la sagesse, plutôt que la honte et que le regret, parce qu'en effet ces deux autres sentiments ne sont pas aussi efficaces que le premier pour initier l'homme à la sagesse. De là vient qu'il n'est pas dit, Souvenez-vous de vos commencements ou de votre état intermédiaire, mais, Souvenez-vous de vos fins dernières et vous ne pécherez point. Car la crainte a plus de force et d’énergie pour résister au péché que la honte et le regret, la honte trouvant son préservatif dans le nombre des délinquants, et le regret

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trouvant le sien dans toutes les consolations qu'offre le monde ; au lieu que la crainte ne trouve rien qui la console. En mourant, en effet, vous n'emportez rien avec vous des biens de ce monde, soit petits, soit grands, que vous pouvez posséder ; dans le jugement que vous subirez, vous ne pourrez ni tromper votre juge, ni lui opposer de résistance ; dans l'enfer enfin, vous ne trouveriez aucune consolation, mais un éternel malheur, des hurlements, des pleurs et des grincements de dents qui n'auront point de fin. "

2. S. AUGUSTIN, Lib. II de animâ et ejus origine, c. 4 : " C'est une croyance très-orthodoxe et très-salutaire, que celle d'un jugement que subissent les âmes aussitôt qu'elles sont séparées de leurs corps, en attendant cet autre jugement qui sera prononcé sur elles après la résurrection, et les tourments qu'elles auront à endurer, ou la gloire dont elles seront mises en possession, à la suite de ce jugement dernier, avec les même corps qu'elles auront eus dans cette vie. Qui pourrait être tellement sourd à la voix de l’Evangile, tellement aheurté à ses propres opinions, qu'il ne pût entendre ou croire ces vérités, enseignées qu'elles sont dans la personne de ce pauvre qui fut reçu après sa mort dans le sein d'Abraham, et dans celle de ce riche dont les tourments au milieu des flammes nous sont dépeints avec d'aussi vives couleurs ? "

3. Le même, Tract. XLIX in Evangelium Joannis, sur ces paroles : Lazarus amicus noster dormit : " Les bons et les méchants, lorsqu'ils sont morts, doivent être considérés à l’égard de Dieu comme s'ils dormaient seulement. Mais comme il y a de la différence dans l'état de ceux qui dorment du sommeil ordinaire, suivant les songes agréables ou fâcheux qu'ils ont en dormant, de sorte que ceux qui sont sujets à en avoir de fâcheux craignent de s'endormir, de peur de s'en voir tourmentés ; de même les bons et les méchants, quoiqu'ils dorment tous du même sommeil de la mort, y dorment avec leur bonne ou leur mauvaise cause, et ressusciteront de même. Mais il n'est pas peu important pour eux de savoir quel sera le lieu où ils seront gardés jusqu'à ce qu'ils comparaissent devant leur juge. Car on peut, avant d'être jugé, être mis en arrêt de différentes manières selon que le demande l'affaire pour laquelle on est arrêté. Les uns sont mis seulement sous la garde d'un huissier, et c'est le traitement le plus modéré et le plus doux ; d'autres, sous la garde des geôliers ; d'autres enfin sont mis en prison, ceux-ci dans des chambres

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ordinaires ; ceux-là dans des cachots, à proportion des crimes dont ils sont accusés. Il en est à peu près de même à l’égard des morts. Ils seront différemment placés, selon le bon ou le mauvais état de leur cause, jusqu'à ce qu'ils ressuscitent pour comparaître devant leur juge. Le bon pauvre fut reçu dans l'autre monde après sa mort, et le mauvais riche l'y fut aussi ; mais le premier y fut reçu dans le sein d'Abraham, et l'autre dans un endroit où il ne put trouver une seule goutte d'eau pour étanche tant soit peu la soif qui le dévorait. "

" Trouvez bon, mes frères, que je vous fasse part à cette occasion de ce qu'il me semble qui arrive à nos âmes lorsque nous mourons. Elles ont chacune leur demeure, selon l'état où elles se trouvent au sortir de leurs corps. Les bonnes sont reçues dans la joie éternelle, et les méchantes sont précipitées dans les tourments éternels. C'est ainsi qu'elles seront jusqu’à la résurrection. Mais comme alors chacune d'elles se réunir à son corps, la joie des bons s'augmentera, et les tourments des méchant seront doublés puisqu'ils seront aussi tourmentés dans leurs corps. Les âmes des saints patriarches, des prophètes, des apôtres, des martyrs et de tous les bons chrétiens, ont été reçues au sortir de leurs corps dans la paix éternelle, et cependant elles attendent encore jusqu’à la fin des temps l'accomplissement des promesses de Dieu. Car Dieu nous a promis que nos corps ressusciteront à la fin du monde, que la mort sera entièrement détruite, et que nous jouirons de la vie éternelle avec les anges. C'est là ce que recevront également tous ceux qui appartiennent à Dieu : car pour ce repos que Dieu donne après la mort à ceux qui l'ont mérité, leur âme en jouit dès qu'elle est sortie du corps. Les patriarches y ont été admis les premiers, il y a déjà plusieurs siècles. Les prophètes les ont suivis quelque temps après ; les apôtres, depuis bien moins de temps ; les martyrs, encore plus récemment, et les fidèles y sont reçus tous les jours, à mesure qu’ils meurent ; de sorte qu'il y en a qui y sont depuis bien du temps, d'autres depuis moins, d'autres tout récemment, et d'autres qui n'y sont pas même encore (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l’Evangile de saint Jean,

tome III, p. 40-42). "

4. S. CHRYSOSTOME, Hom. XIV in Matthæum : " Comme nous voyons que ceux qu'on tire des prisons sont présentés tout enchaînés devant le juge ; ainsi les âmes, au sortir de ce monde,

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paraîtront chargées des chaînes de leurs péchés devant ce redoutable tribunal (Cf. Sermons de saint Jean Chrysostôme sur l'Evangile de saint Matthieu, trad. par P.-A. de Marsilly, t. Ier, p. 305). "

5. S. AUGUSTIN, Lib. contra Donatistas post collationem : " Après avoir dit : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures, là il y aura des pleurs et des grincements de dents, il ajoute aussitôt : Car il y aura beaucoup d'appelés mais peu d’élus (MATTH., XXII, 15). Comment cela peut-il être vrai, puisqu'au contraire il n'y en aurait qu'un sur toute une multitude à être jeté dans les ténèbres extérieures, si ce n'est parce que ce seul homme représente toute la multitude des méchants qui, en attendant le jugement de Dieu, restent mêlée avec les bons au Banquet divin ? Jusque-là ils ne sont séparés les uns des autres que par la différence de leurs vies, et s'ils mangent et boivent tous ensemble le corps et le sang du Sauveur, il y a entre eux cette distinction essentielle, que les bons sont revêtus de la robe nuptiale aux yeux de l’époux, tandis que les méchants n'ont point cette robe, qui est la divine charité ou l'amour de l'époux cherchant, comme ils le font, leurs propres intérêts et non ceux de Jésus-Christ (Phil., II, 21). "

6. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Hom. XXXVIII in Evangelia : " Que signifie ici la robe nuptiale (MATTH., XXII, 11, 12) ? Nous ne pouvons pas dire que ce soit la foi ou le baptême puisque personne ne saurait entrer dans la salle du festin sans la foi et sans le baptême : car, tant qu'on n'a pas la foi, on est hors de l’Eglise. Que devons-nous donc entendre par cette robe nuptiale, sinon la charité ? Car celui qui est dans l'Eglise avec la foi, mais sans avoir la charité, entre bien pour un temps dans la salle des noces divines, mais il n'y peut pas demeurer sans cette robe de noces. Et en effet, c'est avec raison que la charité est appelée robe nuptiale, puisque le Seigneur en était revêtu lorsqu'il est venu à ces noces spirituelles, dans lesquelles il s'est uni à son église par un mariage tout divin. Car il n'y a que l'amour de Dieu pour les hommes qui ait porté son Fils unique à s'attacher comme il l'a fait les âmes de ses élus. Ce qui a fait dire à saint Jean : Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique (JEAN, V, 16). Et ainsi, étant venu vers les hommes par le motif de sa charité, il fait assez voir que c'est la charité qui doit servir de robe nuptiale (Cf. Les quarante Homélies, ou Sermons de saint Grégoire-le- Grand, p. 482-483, trad. du prince de Luynes). "

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Question II

Que nous enseigne l’Ecriture au sujet de la mort ?

De même que le péché est entré dam le monde par un seul homme, et la mort par le péché, ainsi la mort est passée à tous les hommes : voilà ce que nous enseigne saint Paul. C'est pourquoi, bien que l'heure de notre mort soit ce qu'il y a pour nous de plus incertain, puisque l'homme ignore sa fin, comme dit l'Ecclésiaste, il ne peut y avoir cependant rien de plus certain que notre mort elle-même. De là ces paroles de l'Ecriture dont une expérience journalière nous démontre la vérité : Nous mourons tous, et nous nous écoulons sur la terre comme des eaux qui ne reviennent plus. Et c'est ce que confirme l'auteur de l'Ecclésiastique par ces autres paroles : Tel est roi aujourd'hui qui mourra demain. Quand on sera mort, on aura pour héritage les serpents, les bêtes et les vers.

Mais comme ce qui nous importe le plus, c'est la manière dont nous mourrons et la préparation que nous y aurons apportée, de là ces avis répétés que nous donne l’Evangile : Veillez, soyez prêts, parce que le Fils de l’homme viendra à l'heure où vous n'y penserez pas. Or, cette vigilance et cette préparation à la mort demande de nous que nous méditions sérieusement et toute notre vie, pour nous en faire l'application, cet avertissement de l'Esprit-Saint : Faites des œuvres de justice avant votre mort, parce qu'on ne trouve point de quoi acquérir de nouvelles forces dans le tombeau ; et ces autres paroles de Jésus-Christ : La nuit vient, pendant laquelle personne ne peut agir. Marchez pendant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous surprennent.

Remarquons aussi la distinction que fait le Psalmiste entre la mort des justes et celle des méchants. Il dit des méchants : La mort des pécheurs est très-funeste ; et par-là il entend la mort de ceux qui, comme les Juifs obstinés, meurent dans le péché sans en avoir fait pénitence, et sortent ainsi de ce monde pour être tourmentés pendant toute l'éternité avec le mauvais riche dans l'enfer. Il dit au contraire des justes : C'est une chose précieuse devant les yeux du Seigneur que la mort de ses saints. Car pour ces derniers, la mort du corps n'est autre chose que le terme de leur pèlerinage d'ici-bas, et des ennuis ou des maux qu'ils ont à essuyer dans cette vie mortelle, un sommeil tranquille, un assoupissement exempt d'inquiétude, le commencement de la

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véritable vie, et le passage à une bienheureuse immortalité, objet de tous leurs désirs. C'était le vœu de l'Apôtre, qui gémissait lui-même des ennuis de la vie présente : Je désire, disait-il, d'être dégagé des liens du corps et d'être avec Jésus-Christ. Heureux les serviteurs que le Seigneur, à son arrivée, trouvera occupés à veiller. Et : Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur. Quand le juste mourrait d'une mort précipité, il se trouverait dans le repos.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Romains, V, 12 ; comme dans le corps de la réponse.

2. Sagesse, I, 13 : " Dieu n'a point fait la mort. "

3. Ecclésiaste, IX, 12 : " L'homme ignore quelle sera sa fin ; et comme les poissons sont pris à l'hameçon et les oiseaux au filet, ainsi les hommes se trouveront surpris par l'adversité lorsque tout d'un coup elle fondra sur eux. "

4. JACQUES, IV, 13-15 : " Je m'adresse maintenant à vous qui dites : Nous irons aujourd'hui ou demain en une telle ville, nous demeurerons là une année, nous y trafiquerons, nous y gagnerons beaucoup : - quoique vous ne sachiez pas même ce qui arrivera demain. - Car qu'est-ce que votre vie, si ce n'est une

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vapeur qui paraît pour peu de temps, et qui disparait ensuite ? Au lieu que vous devriez dire : S'il plaît au Seigneur, et si nous vivons, nous ferons telle ou telle chose. "

5. Ecclésiastique, XI, 18-20 : " Tel s'enrichit par sa grande épargne, et toute la récompense qu'il en tire est - de pouvoir dire : J'ai trouvé le moyen de me mettre en repos ; je mangerai maintenant mon bien tout seul. - Et il ne considère pas que le temps s'écoule, que la mort approche, et qu'en mourant il laissera à d'autres ce qu'il a. "

6. Ibidem., XIV, 12, 18-20 : " Souvenez-vous de la mort qui ne tarde point, et de cet arrêt qui vous a été prononcé que vous devez aller au tombeau. Car cet arrêt que tout homme doit mourir est pour tout le monde. - Toute chair se flétrit comme l'herbe, et comme les feuilles qui croissent sur les arbres verts. - Les unes naissent, et les autres tombent ; ainsi, dans cette génération de chair et de sang, les uns meurent et les autres naissent. - Toute œuvre corruptible disparaîtra à la fin, et celui qui l'aura faite s'en ira avec elle. "

7. LUC, XII, -20 : " Et il leur dit cette parabole : Il y avait un homme riche dont les terres avaient rapporté une grande quantité de fruits. -Et il s'entretenait en lui-même de ces pensées : Que ferai-je ? car je n'ai point où renfermer ma récolte et tous mes biens. - Voici, dit-il, ce que je ferai : j'abattrai mes greniers, et j'en construirai de plus grands, et j'y amasserai toute ma récolte et tous mes biens : - et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois, fais bonne chère. - En même temps Dieu lui dit : Insensé que tu es, on va te redemander ton âme cette nuit même ; et pour qui auras-tu amassé ? "

8. II Samuel, XIV, 14 : " Et, la femme de Thécua dit au roi David : Nous mourons tous, etc. " Comme dans le corps de la réponse.

9. Ecclésiaste, II, 16 : " L'homme savant meurt comme l'ignorant. "

10. Ps. LXXXIX, 9-11 : " Nos jours s'écoulent devant votre colère (Seigneur) ; nos années s'évanouissent comme le son de la parole. - Nos années se passent en de vaines inquiétudes, comme celles de l'araignée. Le cours entier de notre vie est de soixante-dix ans ; - pour les plus forts, il est de quatre-vingts ans, et le surplus n'est que peine. et douleur. "

11. Ps. CI, 4, 12 : " Mes jours se sont évanouis comme la

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fumée ; mes os se sont desséché comme le bois que consume la flamme. - Mes jours ont fui comme l'ombre, et je me suis desséché comme l'herbe des champs. "

12. Ps. CII, 13-18 : " Car il (Dieu) sait de quel limon nous sommes formés ; - il se souvient que l'homme est poussière. - Les jours de l'homme sont comme l'herbe, il est comme la fleur des champs : - dès qu'un souffle a passé sur elle, elle se fane et tombe ; le lieu qui l'a vu naître ne la reconnaît plus. "

13. JOB, VIII, 9 : " Baldad de Suh dit : Nous ne sommes que d'hier au monde, et nous ne considérons pas que nos jours s'écoulent sur la terre comme l'ombre. "

14. Ibid., XIV, 1-2, 5 : " L'homme né de la femme vit très peu de temps ; il est rempli de beaucoup de misères. - Il est comme une fleur, qui n'est pas plus tôt éclose qu'elle est foulée aux pieds ; il fuit comme l'ombre, et il ne demeure jamais en un même état. - Les jours de l'homme sont courts ; le nombre de ses mois est entre vos mains ; vous avez marqué les bornes de sa vie, qu'il ne peut passer. "

15. I PIERRE, I, 24 : " Car toute chair est comme l'herbe, et toute la gloire de l'homme est comme la fleur de l'herbe ; l'herbe sèche et la fleur tombe. "

16. Ecclésiastique, X, 44-43 : " Toute puissance subsistera peu : la maladie qui se prolonge fatigue le médecin. - Le médecin extirpe aisément un mal qui n'a pas encore pris racine.- Ainsi tel est roi aujourd'hui, qui mourra demain. - Quand on sera mort, on aura pour héritage les bêtes, les serpents et les vers. "

17. JOB, XVII, 14 : " J'ai dit à la pourriture : Vous êtes mon père ; et aux vers : Vous êtes ma mère et ma sœur. "

18. Psaume XLVIII, 11-18 : " Les insensés et les stupides périront aussi. - Ils laisseront leurs richesses à des étrangers et n'auront désormais que leurs sépulcres pour demeure. . . . . - Que l'envie ne vous trouble point, lorsqu'un homme est dans l'opulence, et que la splendeur de sa maison s'accroît ; - car à la mort il n'emportera rien avec lui, et sa gloire ne le suivra pas, lorsqu'il descendra dans le tombeau. "

19. BARUCH, III, 16-19 : " Où sont maintenant ces princes des nations qui dominaient sur les animaux de la terre, - qui se jouaient des oiseaux du ciel ; - qui amassaient dans leurs trésors l'or et l'argent en qui les hommes mettent leur confiance, et qu'ils désirent avec une passion sans bornes ; qui faisaient.

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mettre l'argent en œuvre avec un art et un soin extrême, et qui en faisaient faire les plus beaux ouvrages ? - Ils ont été exterminés, ils sont descendus dans les enfers, et d'autres sont venus prendre leur place. "

20. Ecclésiastique, XLI, 1-7 : " O mort, que ton souvenir est amer à un homme qui vit en paix au milieu de ses biens ; - à un homme qui n'a rien qui le trouble, à qui tout réussit heureusement, et qui peut encore goûter la nourriture! - O mort, que ta sentence est douce à un homme pauvre, à qui les forces manquent, - qui est dans la défaillance de l'âme, accablé de soins, sans espérance, et à qui la patience fait défaut. - Ne craignez point l'arrêt de la mort ; souvenez-vous de ceux qui ont été avant vous, et de ceux qui viendront après : c'est l'arrêt que le Seigneur a prononcé contre toute chair. - Que craignez-vous, puisqu'il ne peut vous arriver que ce qu'il plaira au Très-Haut ? Qu'un homme vive dix ans, cent ans, mille ans ; - on ne compte point les années de la vie parmi les morts. "

21. MATTHIEU, XXV, 13 : " Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure. "

22. Id., XXIV, 42-51 : " Veillez donc, car vous ne savez pas à quelle heure votre maître doit venir. - Or, sachez que si le père de famille savait à quelle heure le voleur devrait venir, il veillerait sans doute, et ne laisserait pas percer sa maison. - Tenez-vous donc aussi toujours prêts parce que vous ignorez l'heure à laquelle le Fils de l'homme viendra.- Quel est, à votre avis, le serviteur fidèle et prudent que son maître a établi sur ses domestiques pour leur distribuer dans le temps leur nourriture ? - Heureux ce serviteur, si son maitre le trouve à son arrivée agissant de la sorte. - Je vous dis en vérité qu'il l'établira sur tous ses biens. - Mais si ce serviteur est méchant et que disant en son cœur : Mon maître n'est pas près de venir, - il se mette à battre les autres serviteurs, à manger et à boire avec des ivrognes, - le maître de ce serviteur viendra au jour qu'il ne l'attend pas, et à l'heure qu'il ne sait pas ; - et il le séparera des autres, et lui donnera pour partage d'être puni avec les hypocrites ; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. "

23. MARC, XIII, 33-37 : " Prenez garde ; veillez et priez, parce que vous ne savez pas quand ce temps viendra. - Car il en sera comme d'un homme qui, partant pour un long voyage, quitta sa maison, marqua à ses serviteurs ce que chacun devait

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faire, et commanda au portier d’être vigilant. - Veillez donc, puisque vous ne savez pas quand le maître de la maison viendra ; si ce sera le soir, ou à minuit, ou au chant du coq, ou au matin : - de peur que vous surprenant tout d'un coup, il ne vous trouve endormis. - Au reste, ce que je vous dis, je le dis à tous : Veillez. "

24. LUC, XII, 35-46 : " Que vos reins soient ceints, et ayez dans vos mains des lampes allumées, - et soyez semblables à ceux qui attendent que leur maître arrive des noces, afin que, lorsqu'il sera venu, et qu'il aura frappé à la porte, ils lui ouvrent aussitôt. - Heureux ces serviteurs que le maître à son arrivée trouvera occupés à veiller : je vous dis en vérité que, s'étant ceint, il les fera mettre à table, et viendra les servir. S'il arrive à la seconde ou à la troisième veille de la nuit, et qu'il les trouve en cet état, heureux seront ces serviteurs. - Or, sachez que si le père de famille était averti de l'heure où le voleur devrait venir, il veillerait sans doute, et ne laisserait pas percer sa maison. - Tenez-vous donc aussi toujours prêts parce que le Fils de l'homme viendra à l'heure que vous n'y penserez pas. - Alors Pierre lui dit : Est-ce à nous seuls que vous adressez cette parabole, ou à tout le monde ? - Le Seigneur lui dit : Quel est, à votre avis, l'économie fidèle et prudent que le maître établira pour distribuer à chacun sa mesure de blé en son temps ? - Heureux ce serviteur, que son maître à son arrivée trouvera agissant de la sorte. Je vous dis en vérité qu'il l'établira sur tous ses biens. Mais si ce serviteur dit en lui-même : Mon maître n'est pas près de venir, et qu'il se mette à battre les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s'enivrer, le maître de ce serviteur viendra au jour où il ne s'y attendra pas, et à l'heure qu'il n'y pensera pas ; il le chassera, et lui donnera pour partage d'être puni avec les serviteurs infidèles. "

25. Apocalypse, III, 3 : " Souvenez-vous donc de ce que vous avez reçu et de ce que vous avez entendu, et gardez-le, faites pénitence ; car si vous ne veillez, je viendrai à vous comme un larron; et vous ne saurez à quelle heure je viendrai. "

26. Ibid., XVI, 15 : " Je viendrai bientôt comme un larron. Heureux celui qui veille, et qui garde bien ses vêtements afin qu'il ne marche pas nu, et n'expose pas sa honte aux yeux de tous. "

27. Ecclésiastique, XIV, 13-17 : " Faites du bien votre ami avant la mort, et donnez l'aumône au pauvre selon votre pou-

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voir. - Ne vous privez pas des avantages du jour heureux, et ne laissez rien perdre du bien que Dieu vous donne. - N'est-ce pas à d'autres que vous laisserez les fruits de vos peines et de vos travaux, qu'ils partageront entre eux ? Donnez, et prenez, et sanctifiez votre âme. - Faites le bien avant votre mort, puisqu'on ne trouve point de quoi réparer ses forces dans le tombeau. "

28. Ecclésiaste, IX, 10 : " Faites promptement tout ce que vous pourrez, parce qu'il n'y aura plus ni action, ni science, ni sagesse, ni raison dans le tombeau vers lequel vous vous avancez à pas de course. "

29. Ibid., XII, 1-2 : " Souvenez-vous de votre créateur pendant votre jeunesse, avant que le temps de l'affliction soit arrivé, et que vous approchiez des années dont vous direz : Ce temps me déplaît ; - avant que le soleil, la lumière, la lune et les étoiles s'obscurcissent, et que les nuées retournent après la pluie, etc. "

30. Galates, VI, 9-10 : " Ne nous lassons donc point de faire le bien, puisque si nous ne perdons point courage, nous en recueillerons le fruit en son temps. - C'est pourquoi, tandis qu'il en est temps, taisons du bien il tous, mais surtout à ceux qui, par la foi qu'ils professent, font une même famille avec nous. "

31. JEAN, IX, 4 ; comme dans le corps de la réponse.

32. Id., XII, 35 ; comme dans le corps de la réponse.

33. Luc, XIX, 13 : " Faites valoir (cet argent) jusqu'à ce que je revienne. "

34. Psaume XXXIII, 22 ; comme dans le corps de la réponse.

35. Proverbes, XI, 7 : " A la mort du méchant, il ne restera plus d'espérance, et l'attente des ambitieux périra. "

36. Sagesse, V, 8-15 : " De quoi nous a servi notre orgueil ? Qu'avons-nous retiré de la vaine ostentation de nos richesses ? Toutes ces choses sont passées comme l'ombre, et comme un courrier qui court, etc. - Ainsi nous ne sommes pas plus tôt nés, que nous avons cessé d'être ; nous n'avons pu montrer en nous aucune trace de vertu, et nous avons été consumé par notre malice. - Voilà ce que les pécheurs diront dans l'enfer : - parce que l'espérance des méchants est comme ces petites pailles que le vent emporte ; ou comme l'écume léger qui est dissipée par la tempête ; ou comme la fumée que le vent dissipe ; ou comme le souvenir d'un hôte qui passe, et qui n'est qu'un jour en un même lieu. "

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37. Psaume X, 6-7 : " Le Seigneur observe l'impie et le juste, et celui qui commet l'iniquité hait son âme (hébr., est pour lui un objet d'horreur). - Le Seigneur fera pleuvoir sur les pécheurs des fléaux auxquels ils n'échapperont pas ; le feu, le soufre, le vent des tempêtes, voilà la coupe qu'il leur prépare. "

38. LUC, XVI, 19, 22-24 : " Il y avait un homme qui était vêtu de pourpre et de lin, et qui se traitait magnifiquement tous les jours, etc. - Le riche mourut aussi, et eut l'enfer pour tombeau. - Et lorsqu'il était dans les tourments, il leva les yeux en haut, et vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein. - Et s'écriant, il dit ces paroles : Père Abraham, ayez pitié de moi, et envoyez-moi Lazare, afin qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau pour me rafraîchir la langue, parce que je souffre horriblement dans ces flammes, etc. "

39. Psaume CXV, 15 ; comme dans le corps de la réponse.

40. II Corinthiens, V, 1, 6-8 : " Car nous savons que si cette maison de terre où nous habitons vient à se dissoudre, Dieu nous donnera dans le ciel une autre maison ; une maison qui ne sera point faite par la main des hommes, et qui durera éternellement, etc. - Nous sommes donc toujours pleins de confiance ; et comme nous savons que pendant que nous habitons dans ce corps, nous sommes éloignés du Seigneur, et loin de notre patrie - (car ce n'est que par la foi que nous marchons vers lui, et nous ne le voyons pas encore à découvert) ; - dans cette confiance, nous préférons sortir de ce corps pour aller habiter avec Dieu. "

41. Philippiens, I, 23 ; comme dans le corps de la réponse.

42. LUC, II, 29 : " C'est maintenant, Seigneur, que vous laisserez mourir en paix votre serviteur, selon votre parole. "

43. Psaume XLI, 1-2 : " Comme le cerf soupire après un courant d'eau vive, ainsi mon âme soupire après vous, ô mon Dieu. - Mon âme a une soif ardente du Dieu fort, du Dieu vivant. Quand donc irai-je et paraîtrai-je devant la face de mon Dieu ? "

44. Id., LXXXIII, 1 : " Que vos tabernacles sont aimables, ô Dieu des armées ! Mon âme se consume en désirs pour les parvis du Seigneur. "

43. Ps. CXLI, 8 : " Tirez-moi de cette enceinte qui m'emprisonne, et je bénirai votre nom ; les justes attendent, pour se joindre à moi, le moment où vous me rendrez justice. "

46. Nombres, XXIII, 10 : " Que mon âme (dit Balaam) meure de la mort des justes, et que la fin de ma vie ressemble à la leur. "

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47. LUC, XII, 37 ; comme dans le corps de la réponse.

48. Apocalypse, XIV, 43 ; Sagesse, IV, 7 ; comme dans le corps de la réponse.
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. Le concile de Milève (Les canons de ce concile, tenu l'an 416, se rapportent aussi bien au concile de Carthage tenu l'an 418. Voir le Dictionnaire universel des conciles, articles : 2e Concile de MILEVE, tenu l'an 418, et Concile de CARTHAGE, tenu l'an 418), canon 1 : " Quiconque dira qu'Adam a été fait homme mortel, en sorte que, soit qu'il péchât ou qu'il ne péchât point, il dût mourir, c'est-à-dire, son âme sortir du corps, non à cause de son péché, mais par la nécessité de sa nature : qu'il soit anathème). "

2. S. AUGUSTIN, Lib. de prædestinatione et gratiâ, c. 3 : " La mort n'est pas l'apanage de notre nature, mais la peine du péché. "

3. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Hom. XIII in Evangelia : " Le Seigneur n'a pas voulu que cette dernière heure nous fût connue, afin qu'étant toujours dans l'incertitude par rapport à elle, et n'en pouvant jamais savoir le moment, nous fussions obligés de nous y préparer sans cesse. "

" Ainsi, mes frères, vous devez continuellement avoir les yeux arrêtés sur votre condition mortelle, et vous préparer tous les jours par les gémissements et les larmes à recevoir votre juge. Et puisque la mort est certaine pour tous les hommes, vous ne devez point tant vous mettre en peine de ce qui regarde la vie temporelle, qui est incertaine. . . Ecoutez ces paroles du plus sage de tous les rois : Faites promptement tout ce que peut votre main, parce qu'il n'y aura dans l’autre vie, vers laquelle vous vous avancez tous les jours, ni action, ni science, ni raison, ni sagesse (Ecclés., IX, 10). Puis donc que nous ignorons le moment où nous devons mourir, et que nous ne pourrons plus rien faire après notre mort, il ne nous reste présentement autre chose, que de bien nous servir du temps qui nous est accordé en cette vie. Car le vrai moyen de vaincre la mort lorsqu’elle viendra, c'est de la craindre toujours avant qu'elle vienne (Cf. Les quarante Homélies ou Sermons de saint Grégoire, pag. 122-123, trad. du duc de Luynes). "

4. S. AUGUSTIN, in Ps. CXLIV : " C'est par l'effet d'une grande miséricorde que Dieu vous laisse ignorer le jour de votre mort, afin qu'en pensant tous les jours que vous pouvez mourir,

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vous vous hâtiez de vous convertir. Oui, c'est là de sa part une grande miséricorde. S'il avait marqué à chacun le jour de sa mort, il aurait lâché la bride à tous les désordres. Cette assurance qu'il aurait donnée à tous les hommes leur aurait fait commettre le péché sans aucune crainte. Il vous a donc donné l'espérance du pardon, mais pour que le désespoir ne vous jette pas dans le dérèglement. .. . Il est vrai qu'il vous pardonnera quand vous vous convertirez ; mais il ne vous a pas promis le jour de demain pour vous attendre, pendant que vous remettez à vous convertir (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. VII, p. 391-393). "

5. Le même, Lib. L homiliarum, hom. 27, sive tract. de utilitate pænitentiæ, c. 3, à la fin : " N'augmentons pas par le désespoir la somme de nos péchés : nous avons pour port assuré la pénitence ; mais d'un autre côté, n'augmentons pas nos péchés par une espérance présomptueuse : nous ne savons quand arrivera le jour de notre mort. "

6. Le même, Soliloques, c. 2 : " L'implacable mort moissonne chaque jour de mille manières les malheureux humains. Celui-ci est victime de la fièvre, celui-là succombe sous le poids de ses douleurs ; tel meurt de faim, tel autre est consumé par la soif ; les uns périssent noyés dans les eaux, les autres sont étranglés. Tantôt ce sont les flammes, et tantôt les bêtes féroces qui nous dévorent. Ici la mort conduit le bras d'un assassin, là elle prépare de funestes poisons ; ailleurs enfin elle n'emploie qu'une terreur subite pour terminer notre malheureuse existence. Mais ce qui met le comble à notre infortune, c'est que nous ignorons tout ce qui a rapport à notre fin, malgré la certitude parfaite où nous sommes que la mort viendra nous frapper. Hélas ! au moment où nous goûtons le charme de la sérénité, elle vient, en nous abattant, détruire nos chimériques espérances. Certains que nous sommes de mourir un jour, nous ne savons ni où ni quand, ni comment nous paierons à la mort ce fatal tribut (Cf. Chefs-d'œuvre des Père de l’Eglise, t. XIII, p. 278-181). "

7. HUGUES DE SAINT-VICTOR, Lib. I de animâ, c. 3 : " Il est certain que vous mourrez : mais il est incertain de quelle manière ou en quel temps ou en quel lieu vous mourrez. Car partout la mort vous attend ; et si vous êtes sages, partout aussi vous l'attendrez. " Saint Bernard dit la même chose, c. 3 de ses Méditations ; quelques-uns d'ailleurs lui attribuent cet ouvrage tout entier de animâ.

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8. S. AUGUSTIN, Cité de Dieu, liv. XIII, c. 10 : " Du moment où l'on a commencé d'être en ce corps qui doit mourir, rien ne se passe en nous qui ne conspire pour que la mort nous arrive. Car, pendant la durée de cette vie, s'il faut toutefois l'appeler vie, l'instabilité de notre être ne fait que tendre à la mort. Personne qui, à la fin de l'année, n'en soit plus proche qu'avant cette année même, demain qu'aujourd'hui, aujourd'hui qu'hier, l'instant qui va suivre que l'instant présent et l'instant présent que celui qui l'a précédé. Car tout le temps que l'on vit est retranché de celui qu'on doit vivre, et de jour en jour ce qui reste diminue, en sorte que le temps de cette vie n'est à la rigueur qu'une course vers la mort. "

9. Ibidem, c. 11 : " Ah ! que n'avons-nous assez bien vécu dans le paradis (terrestre) pour que la mort n'eût jamais lieu en effet ! Et non-seulement elle a lieu aujourd'hui ; mais elle est si pénible à endurer, que les termes manquent pour l'expliquer, comme les moyens pour la fuir. . . . . Serait-il donc invraisemblable et absurde d'attribuer, non pas à la logique humaine, mais à une intention divine, l'impossibilité grammaticale de décliner régulièrement en latin les modes de ce verbe : Moritur ? Oritur forme naturellement Ortus est, expression du temps passé ; et ainsi des autres verbes qui expriment les vicissitudes du passé. Si nous les demandons à Moritur, il répond : Mortuus est, en doublant la lettre u. Car on dit mortuus comme on dit fatuus, arduus, conspicuus, qui n'ont aucun rapport au passé, et, en tant que noms, se déclinent en dehors de toute différence de temps. Mais ici, comme pour décliner l'indéclinable, on transforme le nom en participe passé. Il est donc fort rationnel que le verbe lui-même comme l'action qu'il exprime, demeure indéclinable. Aidés toutefois de la grâce de notre Rédempteur, nous pouvons du moins décliner la seconde mort. Elle, en effet, est beaucoup plus terrible, et de tous les maux le pire, cette mort qui ne résulte plus de la séparation de l'âme et du corps, mais de l'éternel embrassement de l'un avec l'autre dans les souffrances éternelles. C'est alors que les hommes ne seront plus avant la mort ni après la mort, mais toujours dans la mort, c'est-à-dire ni jamais vivants, ni jamais morts, mais mourant sans fin. Ce sera en effet le suprême malheur pour l'homme dans la mort, que la mort même ne meure plus (Cf. La Cité de Dieu, etc., trad. par L. Moreau, t. Ier, p. 251-256). "

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10. Le même, de verbis Domini, serm. XXI, c. 1 : " Qui ne sait que la nécessité de mourir est un châtiment infligé aux hommes ? Et ce qu'il y a de plus terrible, c'est que nous ignorons le moment de la mort. La peine est certaine, l'heure en est incertaine. De tous les événements humains, le seul certain pour nous, c'est que nous aurons cette peine à subir. Le reste, tant de nos biens que de nos maux, est incertain ; la mort seule est certaine. "

Ibidem, c. 3 : " Qu'un enfant vienne à être conçu il est incertain s'il viendra ou s'il ne viendra pas à terme ; s'il grandira ou s'il ne grandira pas ; s'il parviendra jusqu'à la vieillesse ou s'il mourra dans un âge prématuré, s'il sera riche ou s'il sera pauvre ; s'il vivra honoré ou dans l'humiliation ; s'il aura des enfants ou s'il n'en aura pas ; s'il se mariera ou s'il restera célibataire. Quelque autre bien que ce soit que vous me nommiez, je vous inviterai à pressentir le mal contraire. Peut-être sera-t-il malade, et peut-être ne le sera-t-il pas. Peut-être sera-t-il mordu, peut-être ne le sera-t-il pas par un serpent. Peut-être sera-t-il dévoré par une bête féroce, peut-être n'en sera-t-il pas dévoré. Nommez-moi d'autres maux quelconques, peut-être arriveront-ils, peut-être n'arriveront-ils pas. Mais pouvez-vous dire également : Peut-être cet homme mourra-t-il, peut-être ne mourra-t-il pas ? "

11. INNOCENT III, De contemptu mundi, sive de miseriâ humanæ conditionis, lib. I, c. 24 (al. 22) : " Toujours le dernier jour de la vie semble le premier où nous commençons à vivre, mais jamais le premier ne semble le dernier ; quoique pourtant nous devions vivre chaque jour comme si nous devions mourir ce jour-là. Car il est écrit : Souvenez-vous de la mort qui ne tarde point (Ecclé., XIV, 12). Le temps passe, et la mort approche. Mille années pour un mourant sont comme le jour d'hier, dont rien ne reste. Toujours l'avenir est à naître, toujours le présent expire, et tout ce qui est passé est déjà mort. Notre vie est une mort continuelle : nous ne cesserons de mourir, que lorsque nous cesserons de vivre. Il vaut donc bien mieux mourir pour vivre, que de vivre pour mourir. Car cette vie mortelle n'est qu'une mort vivante. C'est ce qui a fait dire à Salomon (Ecclés., IV, 2-3) : J’ai préféré l'état des morts à celui des vivants, et j’ai estimé plus heureux que les uns et les autres celui qui n'est pas encore né. La vie s'enfuit rapidement, sans qu'on puisse la retenir ; la mort ne se met pas en peine de nous surprendre, sans que nous puissions retarder son arrivée : ce qu'il y a de plus étrange, c'est que plus nous venons à croître, plus nous tendons à décroître : car plus

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nous avançons dans la vie, plus nous nous approchons de la mort. "

12. S. AUGUSTIN, in Sentent. à Prospero collectis ; sent. ult. : " Vous regorgez de biens, et vous vous vantez de la noblesse de votre extraction ; vous vous faites gloire des avantages de votre patrie, de la beauté de votre corps, des honneurs que les hommes vous décernent ; mais considérez-vous vous-même, voyez que vous êtes mortel, que vous êtes terre, et que vous rentrerez en terre. Regardez autour de vous ceux qui avant vous ont joui des mêmes honneurs. Que sont devenus ces hommes à qui les premiers des citoyens faisaient la cour ? Que sont devenus ces empereurs réputés invincibles ? Que sont devenus ces ordonnateurs de fêtes et d'assemblées, ces généraux d'armées, ces satrapes, ces potentats ? Tout cela n'est-il pas réduit en cendre et en poussière ? Reste-t-il de toute leur grandeur autre chose que des ossements ? Considérez ces sépulcres et tâchez d'y faire la distinction entre le maître et l'esclave, entre le riche et le pauvre. Discernez, si vous le pouvez, le captif d'avec le roi, le fort d'avec le faible, l'homme à belle prestance de l'homme difforme et monstrueux. En un mot, rappelez-vous votre nature, et vous cesserez de vous enorgueillir. Pour vous le rappeler, vous n'avez qu'à vous considérer vous-même. "

13. S. AUGUSTIN, Epist. LXXX (al. 199) ad Hesychium : " Chacun de nous a sujet de craindre que le jour qui sera pour lui le dernier de sa vie ne le surprenne comme un voleur : car le dernier jour du monde trouvera chacun dans le même état où le dernier jour de sa vie l'aura laissé, et nous serons tous jugés au dernier jour sur l’état où la mort aura trouvé chacun de nous. "

" C'est pour cela que Jésus-Christ même nous dit dans l'Evangile de saint Marc : Veillez, parce que vous ne savez quand viendra le maître de la maison, si ce sera le soir ou à minuit, au chant du coq ou au malin ; de peur que, survenant tout d'un coup, il ne vous trouve endormis ; et ce que je vous dis, je le dis tous, veillez (MARC, XIII, 35-37). Comment le dit-il à tous, si ce n'est en ce sens qu'il le dit à tous ses élus et ses bien-aimés qui appartiennent à son corps, c'est-à-dire son Eglise ? Cet avis ne s'adressait donc pas seulement à ceux à qui il parlait dans ce moment, mais à tous ceux qui ont été depuis eux jusqu'à nous, nous-mêmes, et à tous ceux qui viendront après nous jusqu'au jour de son avènement. Car on ne peut pas dire que ce jour-là doive trouver sur la terre ceux à qui il disait : Veillez, de peur

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que le Seigneur, survenant tout d'un coup, ne vous trouve endormis, ni que cette parole s'adresse aux morts aussi bien qu'aux vivants. Pourquoi dit-il donc qu'il adresse à tous ce qui semble ne regarder que ceux qui se trouveront alors sur la terre, sinon parce que cette parole est pour tous de la manière que je viens de dire, et que ce grand jour viendra pour chacun, lorsque viendra celui où chacun sortira de cette vie dans l'état où il sera jugé ce jour-là ? Ainsi tout chrétien doit veiller, de peur de ne pas se trouver prêt à l'avènement du Seigneur. Car ce jour-là ne nous trouvera prêts qu'autant que nous l'aurons été au jour de la mort. "

" Les apôtres savaient donc au moins, et savaient très-certainement, que Jésus-Christ ne viendrait point de leur temps, c'est-à-dire pendant qu'ils étaient encore dans cette vie mortelle. Cependant, qui peut douter qu'ils ne se soient maintenus, et plus exactement que personne, dans cet état de vigilance que Jésus-Christ recommande à tous, de peur que, survenant tout d'un coup, il ne nous trouve endormis (Cf. Les Lettres de saint Augustin, trad. en français, Paris, 1684) ? "

14. Le même, Lib. LXXXIII quæstionum, q. 59 : " Veillez, nous dit Notre-Seigneur, parce que vous ne savez ni le jour ni l'heure (MATTH., XXV, 13). Chacun de nous ignore, non-seulement la dernière heure où viendra l'époux, mais encore celle où il mourra lui-même. Mais ceux qui se tiendront prêts pour le moment du sommeil, je veux dire pour le moment de la mort qui arrivera à tous, le seront aussi pour le moment où la voix qui retentira au milieu de la nuit réveillera tous ceux qui seront endormis du sommeil de la mort. "

15. S. CYPRIEN, Epist. LII ad Antonianum : " Celui qui n'a pas pensé qu'il devait mourir, ne mérite pas de recevoir des consolations au moment de sa mort. "

16. S. AUGUSTIN, Serm. III de sanctis Innocentibus, qui est decimus de Sanctis : " C'est une punition infligée au pécheur, que cet oubli de lui-même dans lequel il meurt, après qu'il a oublié Dieu pendant la vie. "

17. Le même, Tract. XXXIII in Evangelium Joannis : " On ne peut nier que Dieu, suivant le témoignage de son prophète, n'ait promis le pardon à ceux qui font pénitence ; mais vous ne sauriez me montrer que Dieu, par le même prophète vous ait promis une longue vie. . . Il offre à ceux qui seraient tentés de désespoir la grâce de son pardon comme un sûr asile ; mais d'autres

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sont tentés de présomption et se perdraient en remettant leur conversion d'un jour à l'autre : pour ces derniers, il a voulu que le jour de la mort fût incertain (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean, tome II, p. 326-327). "

18. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Lib. XVI Moralium in Job, c. 31 : " Nous disons que la miséricorde de Dieu oublie celui qui a oublié le premier la justice de Dieu, parce que ceux qui ne redoutent pas présentement sa justice, ne pourront pas dans la suite éprouver les effets de sa miséricorde. "

19. S. AUGUSTIN, Lib. de disciplinâ christianâ (Cet ouvrage n'est pas de saint Augustin, mais plutôt de Valérien, évêque de Cémèle, au jugement du P. Sirmond. V. NAT. ALEX., Hist. eccles., t. V, p. 102), vel de domo disciplinæ, c. 11 : " Comme ce seul nom de mort vous émeut et vous saisit de crainte ! comme il glace d'effroi vos cœurs ! Comme vos gémissements témoignent de vos alarmes ! Oui, je vous ai entendus, vous avez gémi, et c'est que vous craignez la mort. Si vous la craignez, pourquoi ne vous précautionnez-vous pas contre elle ? Vous craignez la mort. Que craignez-vous ? Elle viendra. Que je la craigne ou que je ne la craigne pas, elle viendra toujours ; que ce soit plus tôt ou que ce soit plus tard, elle n'en viendra pas moins. Vos craintes ne feront pas que ce que vous craignez n'arrive pas en effet. "

Ibidem, c. 12 : " Craignez plutôt ce qui ne sera pas, du moment où vous ne voudrez pas que cela soit. Quelle est cette chose ? Le malheur de pécher. Craignez de pécher, parce que si vous aimez le péché, vous encourrez une autre mort, à laquelle vous pourriez échapper, si vous n'aimiez pas le péché. Etes-vous donc assez perverti pour aimer mieux la mort que la vie ? A Dieu ne plaise, répliquez-vous. Quel est l'homme qui puisse aimer mieux la mort que la vie ? C'est peut-être vous-même que je vals convaincre d'aimer mieux la mort que la vie ; et voici comment : Vous aimez votre tunique ; vous voulez qu'elle soit bonne. Vous aimez votre terre ; vous voulez qu'elle soit bonne. Vous aimez votre fils ; vous voulez qu'il soit bon. Vous aimez votre ami ; vous voulez qu'il soit bon. Vous aimez votre maison ; vous voulez qu'elle soit bonne. N'est-ce pas que vous voulez aussi avoir une bonne mort ? Car tous les jours vous demandez que puisque la mort doit vous arriver, ce soit une bonne mort que Dieu vous donne, et vous dites : Dieu me préserve d'une

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mauvaise mort ! Vous aimez donc plus votre mort que votre vie. Vous craignez de faire une mauvaise mort, et vous ne craignez pas de mener une mauvaise vie. Corrigez la vie mauvaise que vous menez, craignez la mauvaise mort. Ou plutôt ne la craignez pas ; celui qui mène une bonne vie ne peut pas faire une mauvaise mort. Je le répète et je ne crains point de l'assurer de nouveau ; j'ai cru, et c'est pourquoi j'ai parlé (Ps. CXV, 10) ; celui qui mène une bonne vie ne peut pas faire une mauvaise mort. Mais déjà je vous entends vous récrier : Est-ce que des justes n'ont pas souvent péri par quelque naufrage ? Je le répète ; celui qui mène une bonne vie ne peut pas faire une mauvaise mort. Est-ce que beaucoup de justes n'ont pas péri par l'épée ? Je le répète, celui qui mène une bonne vie ne peut pas faire une mauvaise mort. Est-ce que beaucoup de justes n'ont pas été victimes de brigands ? Est-ce que beaucoup de justes n'ont pas été dévorés par des bêtes féroces ? Je le répète, celui qui mène une bonne vie ne peut pas faire une mauvaise mort. Voilà ce que j'aurai toujours à vous répondre. Car est-ce que vous entendez, par une mauvaise mort, mourir dans un naufrage, ou par le glaive, ou par la dent des bêtes ? Est-ce que telle n'a pas été la mort des martyrs, dont nous célébrons les fêtes ? A quels genres de mort n'ont-ils pas été exposés ? Et cependant, si nous sommes chrétiens, si nous nous souvenons que nous sommes ici dans une école de sagesse, si une fois sortis de ce lieu nous n'oublions pas l'enseignement qui nous y a été donné, n'appelons-nous pas heureux les martyrs ? Examinez quelle a été leur mort. Voyez-la des yeux du corps, elle a été mauvaise. Voyez-la des yeux de la foi, c'est une chose précieuse aux yeux du Seigneur que la mort de ses saints. N'ayez donc plus d'horreur de ce qui dans la mort vous présente tant d'horreur, si vous imitez les martyrs. Occupez-vous seulement de mener une bonne vie, et de quelque manière que vous ayez à sortir de ce monde, vous en sortirez pour trouver le repos, pour entrer en possession d'une béatitude exempte de toutes craintes, et qui n'aura point de fin. La mort du riche paraît bonne à celui qui ne considère que la pourpre et le lin dont ce riche était vêtu jusqu'au moment où il a quitté la vie ; mais qu'elle est mauvaise aux yeux de celui qui considère ce même riche dévoré de soif, et demandant en vain au milieu de ses tourments une goutte d'eau pour se rafraîchir ! La mort du pauvre paraît mauvaise à celui qui le considère étendu à la porte du riche, désirant comme les chiens quelques miettes de

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pain qui tombent de la table de ce dernier. Voilà, dira-t-il, une mort mauvaise, une mort digne de toute notre aversion. Mais considérez la fin : vous êtes chrétien ; envisagez la chose avec les yeux de la foi. Ce pauvre vint à mourir, et il fut porté par les anges dans le sein d'Abraham. De quoi servait au riche son tombeau de marbre, tandis que lui-même était dans l'enfer tout brûlant de soif ? Quel tort faisaient au pauvre ses haillons et les ulcères dont son corps avait été couvert, puisqu'il reposait désormais dans le sein d'Abraham ? Le riche vit de loin jouissant du repos, celui qu'il avait méprisé comme il le voyait étendu à sa porte. Choisissez maintenant entre la mort de l'un et celle de l'autre. Dites-moi lequel des deux a fait une bonne mort ? lequel en a fait une mauvaise ? Je pense que la mort du pauvre est ici meilleure que la mort du riche. Trouveriez-vous bon d'être enseveli ici-bas avec des aromates, et d'être dévoré en même temps dans l'enfer par la soif ? A Dieu ne plaise, me répondez-vous ; car je pense que ce sera là votre réponse. Vous saurez donc faire une bonne mort, si vous savez mener une bonne vie ; car une bonne vie est assurée d'une récompense éternelle. "

20. Le concile de Latran tenu sous Innocent III, canon 22 : " Comme les infirmités corporelles peuvent avoir le péché pour cause, puisque Notre-Seigneur dit au paralytique qu'il avait guéri : Ne péchez plus désormais de peur qu'il ne vous arrive quelque chose de pire (JEAN, V, 14) ; nous statuons par le présent décret, et nous ordonnons strictement aux médecins des corps, que, lorsqu'un malade les appellera, ils l'avertiront et le presseront avant tout d'appeler aussi les médecins des âmes, afin qu'ils puissent travailler plus efficacement à guérir le corps, après que l'âme elle-même aura été guérie, puisque, la cause cessant, l'effet doit cesser par-là même. Une des causes de ce décret, c'est qu'il y a des malades qui, lorsque les médecins les engagent à pourvoir au salut de leur âme, se désespèrent aussitôt ; ce qui rend le danger de mort où ils sont encore plus imminent. Que si quelque médecin vient à transgresser cette constitution, après qu'elle aura été publiée par les ordinaires des lieux, qu'il soit privé de l'entrée de l’église jusqu'à satisfaction convenable. Au surplus, comme l'âme est beaucoup plus précieuse que le corps, nous défendons aux médecins, sous peine d'anathème, de conseiller à un malade des choses qui puissent être nuisibles au salut de son âme. "

21. Le concile de Trente, session XIV, dans la doctrine qu'il y a

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exposée sur le sacrement de l'Extrême-Onction : " Comme notre Rédempteur infiniment bon, qui a voulu pourvoir en tout temps ses serviteurs de remèdes salutaires contre tous les traits de toutes sortes d'ennemis, a préparé dans les autres sacrements de puissants secours aux chrétiens pour qu'ils puissent se garantir pendant leur vie, et se mettre à couvert de tout ce qui porterait un notable préjudice au salut de leurs âmes ; ainsi a-t-il protégé la fin de leur course au moyen de l'Extrême-Onction, qu'il leur offre comme une défense assurée. Car, bien que l'ennemi de nos âmes épie pendant toute la durée de notre vie toutes les occasions qu'il peut trouver de dévorer nos âmes, il ne met jamais plus en jeu ses ruses et ses finesses pour nous perdre entièrement, et nous faire déchoir, s'il pouvait, de la confiance en la miséricorde de Dieu, que lorsqu'il nous voit près de sortir de ce monde. "

Ibidem, c. 22 : " L'effet réel de ce sacrement, c'est la grâce du Saint- Esprit, dont l'onction nettoie les restes du péché et les péchés mêmes, s'il en reste encore quelques-uns à expier, soulage et rassure l'âme du malade, en excitant en lui une grande confiance en la miséricorde de Dieu : confiance qui fait qu'il supporte plus aisément les incommodités de la maladie, qu'il résiste avec moins de peine aux tentations du démon, qui lui dresse des embûches particulièrement en cette extrémité, et qu'il obtienne la santé du corps, lorsque cela est expédient pour le salut de son âme. "

22. Le concile de Nantes (Ce concile est fort ancien, et remonte probablement jusqu’à l'an 658), c. 4 : " Aussitôt qu'un prêtre saura que quelqu'un de son peuple est malade, il ira le visiter ; et en entrant chez lui, il lui fera par toute la chambre l'aspersion de l'eau bénite, en récitant l'antienne Asperges me, Domine, avec le verset Exurgat Deus. Il dira ensuite l'oraison Deus, qui sacerdotibus tuis tantam præ cæteris gratiam contulisti, etc. Puis il chantera les sept psaumes, avec les prières pour les malades. Après cela, il fera sortir tout le monde de la chambre, et s'approchant du lit où le malade sera couché, il exhortera doucement celui-ci à mettre toute son espérance en Dieu, à endurer patiemment le fléau qu'il lui envoie, et qu'il doit croire ne lui être envoyé que pour le purifier et le corriger ; confesser ses péchés et lui promettre son amendement pour le cas où Dieu lui rendra la santé ; à prendre l'engagement de faire pénitence pour ses fautes commises ; à disposer de ses biens tandis qu'il a l'usage

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libre de sa raison ; à racheter ses péchés par des aumônes, et à pardonner à ceux qui l'auraient offensé ; à tenir fermement à la vraie foi et à la vraie religion, et à ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu. Après qu'il aura relevé le courage du malade par ces sortes d'exhortations et d'autres semblables, il lui donnera sa bénédiction, et se retirera ensuite, en promettant de revenir bientôt, et en lui laissant le temps nécessaire pour penser à ses péchés. "

23. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Dialog., lib. IV, c. 58 : " Il est plus sûr pour chacun de faire par soi-même de son vivant, ce qu'on voudrait que les autres fissent pour nous après notre mort. Car il vaut beaucoup mieux sortir de ce monde libre de tous liens, que d'attendre, au moment où l'on va mourir, à être délié par d'autres de ses propres engagements. "

24. POSSIDONIUS ou Possidius, dans la Vie qu'il a donnée de saint Augustin, c. 31 : " Il avait coutume de dire à ceux avec qui il conversait familièrement qu'un parfait chrétien, quoiqu'il ait reçu la rémission de ses péchés dans le baptême, ne doit pas pour cela sortir de ce monde sans avoir fait une pénitence proportionnée à ses crimes. - Durant sa maladie, il fit écrire les sept psaumes de la pénitence sur la muraille, pour pouvoir les lire de son lit ; et il ne les lisait point sans verser beaucoup de larmes. Afin de n'être point interrompu dans ses exercices de piété, il défendit, environ dix jours avant sa mort, que qui que ce fût entrât dans sa chambre, excepté dans le temps où les médecins venaient le voir, et quand on lui apportait ses aliments. Cette défense fut ponctuellement exécutée, de sorte qu'il disposait avec liberté de tout ce temps-là pour la prière. "

Ibidem, c. 27 : " Il nous avait rapporté, non sans beaucoup d’éloges, une réponse pleine de sagesse et de piété qu'avait faite l'évêque Ambroise dans les derniers moments de sa vie. Comme celui-ci se voyait entouré dans sa dernière maladie des fidèles les plus honorables de la ville de Milan qui se lamentaient devant lui de ce que l'Eglise pourrait être privée par la mort d'un si grand évêque de la dispensation de la parole de Dieu, aussi bien que de celle des sacrements, et qu'ils le priaient avec larmes de demander lui-même à Dieu de prolonger ses jours, il leur répondit : " Ma vie n'a pas été telle, que j'aie honte de paraître encore au milieu de vous ; mais je ne crains pas non plus la mort, parce que nous avons en Dieu un très-bon maître. " Notre Augustin ne se lassait pas d'admirer et de louer dans les der-

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nières années de sa vie toute la sagesse et tout l'à-propos de ces paroles. Car, en disant qu'il ne craignait pas de mourir, parce que nous avons en Dieu un très-bon maître, Ambroise faisait entendre qu'on ne devait pas croire de lui qu'il présumât de la bonté de ses dispositions personnelles ; et en disant que sa vie n'avait pas été telle qu'il eût honte de paraître encore au milieu de son peuple, il remerciait ceux à qui il répondait de la bonne opinion qu'ils avaient de sa personne. Comme il connaissait toute l'équité des jugements de Dieu, il avait raison de dire qu'il comptait plutôt sur la bonté de Dieu que sur ses propres mérites. Il aimait aussi à répéter dans ses prières journalières : Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Il (Augustin) aimait aussi dans les derniers temps de sa vie à rapporter le mot suivant d'un évêque, son collègue et son intime ami. Quelqu'un étant venu visiter cet évêque au lit de la mort, et lui ayant réparti sur le signe que celui-ci lui avait fait de sa main que sa fin approchait, qu'il pouvait encore être nécessaire à l'Eglise, il répondit à cet ami, pour lui faire comprendre qu'il ne souhaitait point une plus longue vie : " Si je ne devais jamais mourir, à la bonne heure ; mais si je dois mourir un jour, pourquoi ne pas le faire dès à présent ? " Il admirait d'autant plus l'à-propos de cette réponse, que quoique cet évêque fût très-religieux, il avait été élevé dans le village même de sa naissance, et n'avait qu'un médiocre degré d'instruction. Il citait aussi, d'après le saint martyr Cyprien, qui le rapporte lui-même dans son livre de la Mortalité de l'homme, un mot qu'un autre évêque avait prononcé dans sa maladie : " Un de nos collègues dans l'épiscopat, écrivait à ce saint martyr, accablé par la maladie et jeté dans l'angoisse par les approches de la mort, supplia Dieu de différer le moment de son départ. Tout-à-coup parut un jeune homme aux pieds du moribond ; à l'éclat et la majesté de son visage commandaient le respect ; sa taille était haute, son regard étincelant ; hors le moment où tout allait s'évanouir, nul œil mortel n'aurait pu entrevoir sa présence. Eh quoi ! dit la mystérieuse apparition, avec un accent de reproche et presque de colère, vous craignez la souffrance, vous refusez de quitter le monde ? Que puis-je faire pour vous (Cf. Les Pères de l'Eglise, trad. de Genoude, t. V, p. 459) ? "

25. S. AUGUSTIN, Enchirid. ad Laurentium, c. 110 (al. 30,

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29) : " Ce n'est que durant cette vie que chacun se rend digne, ou de pouvoir être soulagé, ou d'être traité avec rigueur après sa mort. Que personne donc ne se flatte de pouvoir mériter de Dieu, après qu'il sera sorti de ce monde, ce qu'il aura négligé de se procurer durant la vie (Cf. Le Manuel de saint Augustin, dans les Traités choisis, t, II, page 461). "

26. Le même, Tract. XLIV in Evangelium Joannis, sur ces paroles, Il viendra une nuit dans laquelle personne ne pourra agir : " Que dirons-nous donc de cette nuit si terrible, dans laquelle Jésus dit que nul ne pourra agir ? Cette nuit est sans doute celle qui arrivera aux impies, et à tous ceux qui entendront prononcer contre eux cette redoutable sentence : Allez au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges (MATTH., XXV, 41). Mais il s'agit ici, m'objectera-t-on peut-être, de feu et de flammes, et non pas d'une véritable nuit. Ecoutez donc, et vous allez voir que la nuit n'est point exclue par la présence de ce feu dont les impies sont menacés. Car voici la sentence prononcée contre le serviteur inutile : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dam les ténèbres extérieures (MATTH., XXII, 13). Que l'homme travaille donc tandis qu'il est vivant, de crainte qu'il ne soit surpris par cette nuit dans laquelle personne ne pourra travailler. Il faut présentement que notre foi soit agissante par la charité ; et si nous employons de cette manière le moment présent, ce sera le jour pour nous, et ce sera Jésus-Christ qui agira en nous. Ecoutez la promesse qu'il vous fait, et gardez-vous de le croire absent : Voici, nous dit-il, que je suis avec vous (MATTH., XXVIII, 20). Combien de temps le sera-t-il ? N'en soyons point inquiets, nous qui vivons ; si cela se pouvait, nous donnerions la même garantie à tous ceux qui viendront après nous. Voici, a-t-il dit, que je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles. Le jour qui s'accomplit par le parcours que fait le soleil de l'orient à l'occident, n'a que peu d'heures de durée ; au lieu que le jour qui marque la présence de Jésus-Christ durera jusqu'à la fin des siècles. Mais à la suite de la résurrection des vivants et des morts, lorsqu'il aura dit à ceux qui seront placés à sa droite : Venez, les bénis de mon Père, entrez en possession du royaume ; et à ceux qui seront à sa gauche : Allez au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges ; alors se fera la nuit où personne ne peut travailler, mais où chacun recevra seulement le prix de son travail.

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Autre est le temps du travail, autre est celui de la rétribution ; car Dieu rendra à chacun selon ses œuvres (MATTH., XVI, 27). Faites donc, pendant que vous vivez, ce que vous avez à faire : car viendront plus tard ces ténèbres épaisses qui envelopperont les impies. Que dis-je ? dès à présent chaque infidèle, quand il meurt, tombe dans cette nuit, qui ne lui permet plus d'agir. C'est au milieu de cette nuit que brûlait le mauvais riche, qui demandait une goutte d'eau au doigt du pauvre, pour rafraîchir sa langue altérée. Il gémissait, il endurait un affreux supplice, il le témoignait hautement, et personne ne le soulageait. Il aurait voulu alors faire quelque bien ; car il disait à Abraham : Père Abraham, envoyez Lazare vers mes frères pour qu'il leur dise ce qui se passe ici, afin qu'ils n'entrent pas eux-mêmes dans ce lieu de tourments. Malheureux, c'était pendant que tu vivais qu'il te fallait agir ; mais maintenant tu es dans la nuit, dans laquelle personne ne peut agir (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean, tome II, p. 574-577). "

27. Le même, Serm. XLVIII ad fratres in eremo (Ces sermons, du moins pour la plupart, ne sont pas de saint Augustin, au jugement de Baronius, de Bellarmin et de tous les érudits. V. NAT. ALEX., Hist. eccl., t. V, p. 112) : " Qu'il vous sera pénible, mes frères, quand vous serez à vos derniers moments, qu'il vous sera douloureux de vous rappeler le mal que vous aurez fait et le bien que vous aurez omis ! Pourquoi, sinon parce que toute l'attention de l'esprit se porte là où est le siège de la douleur ? Il se présente alors bien des obstacles qui nous empêchent de penser comme il faut à nos péchés. Car, en même temps que le corps souffre et que le mal jette l'âme dans l'affliction, il vient pour vous voir des enfants que vous aimez, et qui peut-être sont en ce moment l'occasion de votre damnation, une épouse éplorée qui augmente encore la désolation où vous êtes déjà plongé. D'ailleurs, le monde cherche encore à vous flatter d'une vaine confiance ; le démon vous tente de présomption, pour empêcher que vous ne vous repentiez de vos péchés ; vous refusez vous-même de croire à votre fin prochaine ; les médecins, pour tirer plus de profit de votre maladie, s'étudient à relever votre courage ; vos parents vous cajolent ; les prêtres vous adressent de douces paroles, et c'est ainsi que meurt le riche déjà tout entier dans l'enfer. O homme, vous avez entendu ce que je viens de vous dire ; croyez que vous en ferez

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vous-même bientôt l’expérience. Je vous conjure donc de faire pénitence et de régler les affaires de votre maison, sans attendre pour cela que vous soyez accablé par la maladie. Faites ce qui doit être fait ; faites votre testament tandis que vous êtes en santé, que vous êtes dans votre bon sens, que vous êtes maître de vous-même. Car si vous attendez le temps de la maladie, les menaces ou les caresses vous conduiront là où vous ne voudriez pas aller. "

28. Ibidem, Serm. LVII, qui est de vanitate sæculi, c. 1 : " Si vous voulez savoir, mes bien-aimés, quelles craintes et quelles douleurs l'âme éprouve au moment de sa séparation d'avec le corps, faites attention à ce que je vais vous dire. Les anges viennent la prendre pour la présenter à Dieu, pour l'assister devant le tribunal de ce juge redoutable ; et alors se rappelant à elle-même tout le mal qu'elle a fait, soit le jour, soit la nuit, elle est saisie de tremblement, elle voudrait fuir et demander du délai : Donnez-moi, dit-elle, encore une heure. Alors ses propres œuvres lui répondent et lui disent : C'est toi qui nous as faites ; nous sommes tes propres œuvres, nous ne te quitterons pas, nous serons toujours avec toi, nous irons ensemble au jugement. Voilà ce qui se passe dans l'âme du pécheur, qui se sépare ainsi de son corps remplie de terreurs, comme de confusion de péchés. L'âme du juste, au contraire, est sans crainte lorsqu'elle est pour se séparer de son corps ; elle n'éprouve aucune frayeur, mais elle est plutôt pénétrée de joie, et tressaille d'allégresse à la pensée qu'elle va se réunir à Dieu, avec les saints anges pour escorte. Redoutez actuellement cette heure-la, mes frères, pour ne pas avoir à la redouter lorsqu'elle sera venue ; précautionnez-vous maintenant par rapport à elle, pour la voir arriver alors sans inquiétude. "

29. HUGUES DE SAINT-VICTOR, (Ou bien saint Bernard ; voyez l'observation faite au bas de la page 17), Lib. I de animâ, c. 2 : " Tandis que l'homme coule ses jours dans la joie, en se promettant à lui-même une longue vie, et faisant de grands projets dont l'exécution demanderait de longues années, tout-à-coup le moment de sa mort arrive, et son âme est brusquement forcée de se séparer de son corps ; et alors, de quelle crainte et de quelle douleur n'est-elle pas saisie ! Les anges viennent la prendre, etc., " comme au témoignage précédent, jusqu'à : Nous irons ensemble au jugement. L'auteur du Livre de l'âme continue ainsi : " Les

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vices lui intenteront à leur tour leurs accusations, et trouveront moyen de l'accabler de beaucoup de faux témoignages, quoiqu'il pût leur suffire des témoignages véridiques qu'ils ont à produire contre elle. Les démons, de leur côté, l'épouvanteront par leur horrible aspect ; ils s'acharneront avec fureur à la poursuivre, et s'attacheront à la retenir en leur pouvoir, à moins qu'elle ne trouve un libérateur. Alors cette âme, qui ne peut plus trouver dans les organes des sens, dont l'usage est désormais paralysé, les moyens qu'elle avait autrefois de se répandre au-dehors, et de se récréer par le spectacle et la jouissance des biens extérieurs, se recueille en elle-même, et se voyant seule et dépouillée de tout, elle est saisie d'horreur, tombe dans le découragement et reste consternée. Car, comme elle avait renoncé à l'amour de Dieu pour l'amour du monde et par le désir qu'elle éprouvait des voluptés charnelles, Dieu l'abandonnera à son tour dans ce moment terrible, et la livrera aux démons pour qu'ils la tourmentent dans l'enfer. C'est ainsi que l'âme du pécheur est enlevé par la mort et séparée du corps au jour et à l'heure qu'il n'avait pu prévoir, et qu'elle s'en va pleine de misères, tremblante et désolée ; et comme elle ne peut alléguer aucune excuse pour les péchés qu'elle a commis, elle redoute le moment où elle va paraître devant Dieu ; elle frémit, agitée qu'elle est par mille pensées désolantes, tandis que les liens qui rattachaient à son corps achèvent de se rompre, que tout l'abandonne et qu'elle touche déjà le terme où toutes ses craintes devront se réaliser, et tout-à-l'heure elle va entrer dans ce nouvel état de choses, que rien ensuite ne pourra changer. Elle voit à découvert avec quelle rigueur le juge éternel va lui prononcer sa sentence, avec quelle exactitude toutes ses fautes vont lui être reprochées. Eh ! quand même elle aurait évité toutes celles qu'elle aurait connues pour telles, combien d'autres qu'elle ne connaît pas elle-même n'a-t-elle pas à craindre de s'entendre reprocher par la souveraine justice ? Sa frayeur redouble, quand elle fait réflexion qu'elle n'a pas pu passer sa vie entière exempte de fautes. "

30. Ibidem, Lib. III, c. 23 : " Considérez l’état où vous mourrez, lorsque succombant à la violence de la maladie et étendu sur votre couche, vous rendrez l'âme après des efforts longs et pénibles pour échapper à ce moment fatal, en proie aux douleurs et à des craintes de toutes sortes. Alors une pâleur livide se répandra sur tous vos traits ; une odeur infecte s'exhalera de votre corps, ou de ce ver de terre, devenu qu'il sera lui-même la proie des vers. Votre

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âme, de son côté se verra saisie et enlevée de ce monde par les spectres funèbres, qui l'attendent à sa sortie. De toutes parts elle entreverra avec effroi d'horribles démons. Eh ! qui pourra la défendre de ces monstres tout disposés à la dévorer ? Qui pourra la rassurer, lorsqu'elle verra ces monstres affreux fondre sur elle comme toute une armée ? Ou qui voudra lui servir de guide dans cette région inconnue ? "

31. Ibidem, Lib. IV, c. 43 : " La Prudence est chargée d'introduire certains messagers de mort, dont les avis pourront nous inviter à mettre ordre aux affaires de notre conscience. Le premier de ces messagers demande à entrer ; le voilà introduit. Interrogé pour qu'on sache qui il est, d'où il vient, ce qu'il a vu, il répond qu'il ne dira rien, tant qu'on n'aura pas fait silence. Ce silence obtenu, il commence ainsi : Je suis la Crainte de la mort, et je viens vous annoncer que votre mort approche. La Prudence répond pour tous les autres, et fait cette question : Où la mort est-elle ? La Pensée de la mort lui répond : Je sais qu'elle ne tardera pas à arriver et qu'elle est proche ; mais j'ignore le jour et l'heure de son arrivée. La Prudence : Et de qui est-elle accompagnée ? La Pensée de la mort : De mille démons qui portent avec eux de grands livres, des crocs et des chaînes de fer. La Prudence : Que prétendent-ils faire de tout cela ? La Pensée de la mort : Dans les livres sont écrits tous les péchés des hommes, et ils revendiquent des droits sur tous ceux dont les péchés s'y trouvent inscrits. Les crocs dont ils sont armés doivent leur servir à enlever les âmes dont ils auront prouvé qu'elles leur appartiennent, pour les jeter ensuite dans l'enfer chargées de chaînes. "

32. INNOCENT III, Lib. II de contemptu mundi, sive de miseriâ humanæ conditionis, c. 42 : " Les méchants endurent en enfer quatre espèces de douleurs. La première, c'est le malaise corporel, qui est si grand, qu'ils n'en ont point encore éprouvé de semblable, et qu'il est tout particulier pour ce dernier moment. Il va jusqu'à porter quelques-uns à se déchirer et à se mettre eux-mêmes en pièces quoiqu'il n'en paraisse rien au-dehors. Car la violence est extrême de cette séparation qui se fait entre l'âme et le corps. C'est ce qui a fait dire douloureusement au Prophète : Les douleurs de la mort m’ont environné (Ps. CXIV, 3). Car il n'y a pas dans tout le corps humain un seul membre, une seule articulation, qui ne ressente cette douleur inexplicable. La seconde douleur est celle que l'âme éprouve, lorsque le corps étant déjà tout épuisé de forces, elle

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voit avec beaucoup moins de peine tout le bien, mais aussi tout le mal qu'elle a fait, et qui se représente en un moment à son regard intérieur. Cette douleur est telle, que l'âme toute troublée en vient à ne pouvoir plus se supporter elle-même. C'est ce qui a fait dire au Psalmiste : Les torrents de l'iniquité m’ont rempli de trouble (Ps. XVII, 5). Car un torrent vient avec impétuosité, et on dirait qu'il va tout renverser ; et c'est de cette même manière que le bien et le mal qu'on a fait se présentent dans le moment de la mort, aux regards du mourant. La troisième douleur est celle qu'éprouve l'âme, lorsqu'elle commence à se reconnaître coupable, et qu'elle voit tous les tourments de l'enfer sur le point de fondre sur elle en punition de ses iniquités. C'est ce qui a fait dire encore au Psalmiste : Les douleurs de la mort m'ont environné, et j'ai été assiégé des maux de l’enfer (Ps. XVII, 5-6). La quatrième douleur est celle que l'âme ressent, lorsqu'étant encore unie au corps qu'elle anime, elle voit les esprits malins qui s’apprêtent à l'enlever ; cette douleur est si grande, ainsi que la crainte qui la produit, que cette pauvre âme, quoiqu'il soit résolu qu'elle va quitter le corps, s'obstine à ne point s'en séparer, pour pouvoir, avant de le quitter, mériter d'être exemptée de ces affreux tourments. C'est ce qui a fait dire au prophète Sophonie : On entendra sortir de la première porte un grand cri, et de la seconde des hurlements (SOPH., I, 10). La première porte, c'est le moment ou l'âme quitte le corps et est aussitôt enlevée par les esprits malins pour endurer entre leurs mains d'éternels supplices. La seconde porte, c'est le dernier jour ou l’âme et le corps réunis seront condamnés à endurer en commun des supplices sans fin. Car, au moment où l'âme vient à être séparée du corps, il n'y a qu'elle encore qui soit punie, au lieu que l'âme et le corps seront punis tous les deux ensemble après le jugement. C'est pour cela que le Prophète a dit : Brisez-les par le double mal dont vous les frappez (JEREM., XVII, 18). "

33. S. GREGOIRE, Dialog. lib. IV, c. 38 : " Chrisorius, comme ne se lassait pas de le raconter Probus, son proche parent. . . , était un homme doué de tous les avantages du monde, mais, du reste, aussi vicieux qu'il était riche, enflé d'orgueil, passionné pour les voluptés, possédé de la fureur de s'enrichir. Mais le Seigneur ayant résolu de mettre fin à tant de désordres, lui envoya une maladie dangereuse. Bientôt réduit à l'extrémité, il vit en ouvrant les yeux, au moment où son âme allait quitter son corps, des hommes d’un aspect affreux et des esprits d'une

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horrible noirceur qui se tenaient devant lui, et se disposaient à l'enlever et à l'entrainer dans le gouffre de l'enfer. Alors il se mit à trembler, à pâlir, à suer de tout son corps, et à crier grâce

de toutes ses forces, en même temps qu'à appeler à grands cris son fils Maxime, que j’ai vu moi-même lorsque j'étais au monastère professer l'état religieux : " Maxime, hâte-toi de courir, " lui disait-il tout agité ; " je ne t'ai jamais fait de mal, viens à mon secours. " Maxime accourt tout troublé ; toute la famille s'assemble consternée. Aucun des assistants ne pouvait apercevoir les esprits malins dont il avait tant souffrir ; mais la confusion, la pâleur et le tremblement de celui qu'ils cherchaient à entraîner suffisaient pour démontrer à tout le monde leur présence. La peur qu'ils inspiraient au malheureux patient faisait qu'il se roulait dans son lit : il se couchait sur le côté gauche, ne pouvant supporter leur vue ; il se tournait du côté du mur, et toujours il les retrouvait devant ses yeux. De plus en plus réduit aux abois, et désespérant déjà d'échapper, il se mit crier : Grâce jusqu'au matin, grâce jusqu'au matin. Mais, au milieu même de ces cris qu'il poussait, son âme se sépara de son corps avec violence. Sans doute cette affreuse vision a eu lieu non pour celui-là même qui en a été le sujet, mais pour qu'elle nous serve à nous-mêmes, nous que la patience divine attend depuis si longtemps. Car, quant à lui-même, de quoi lui a-t-il servi d'avoir vu ces horribles esprits avant sa mort et d'avoir demandé grâce, puisque cette grâce qu'il demandait, il ne l'a pas obtenue ? "

34. Le même, Hom. XII in Evangelia, rapporte la même histoire de Chrisorius.

35. Le vénérable BEDE, Hist. Anglorum, lib. V, c. 14 : " Il y avait dans le pays des Merciens un homme dont les visions et les paroles profitèrent à plusieurs, mais non à lui-même. Il vivait du temps de Coenred, successeur d'Edilred ; c'était un laïque engagé dans le service des armes ; mais autant il était agréable au roi pour la manière dont il remplissait ses devoirs extérieurs, autant il lui déplaisait pour sa négligence à régler sa conduite intérieure. Le roi le pressait donc souvent de se confesser et de cesser ses désordres avant qu'une mort imprévue lui ôtât le temps de faire pénitence. Mais, quoiqu'il reçût fréquemment ces avertissements salutaires, il négligea d’en tenir compte, se contentant de promettre de faire plus tard pénitence. Sur ces entrefaites, il tomba malade, se mit au lit, et commença à ressentir de vives douleurs. Le roi, qui l'aimait, étant allé le voir,

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l'exhortait vivement à faire pénitence de ses crimes au moins avant de mourir. Mais il lui répondit qu'il ne voulait pas pour le moment confesser ses péchés mais qu'il ne le ferait que quand il serait guérit, de peur que ceux de sa profession ne lui reprochassent d'avoir fait par crainte de la mort ce qu'il avait refusé de faire en santé : il s'imaginait avoir fait preuve de force d’âme en tenant ce langage, tandis que, comme l’événement le fit voir bientôt, il n'était que le misérable jouet des ruses du démon. Sa maladie venant à s'aggraver, comme le roi entrait dans sa chambre pour l'exhorter, en même temps que pour lui faire visite, il s'écria tout-à-coup d'une voix lamentable : Que me voulez-vous ? pourquoi venir ici ? Vous ne pouvez plus rien faire pour mon salut. Ne dites pas cela, lui répondit le roi ; tâchez de penser plus sainement. Je ne déraisonne point, lui répliqua le malade, mais j'ai devant mes yeux tous les crimes dont je me sens coupable. Eh ! qu'est-ce donc, dit le roi ? Il n'y a qu'un instant, reprit le malade, il est entré dans cette maison deux jeunes hommes d'une grande beauté qui se sont assis près de moi, l'un à ma tête et l'autre à mes pieds ; l'un d'eux a tiré un petit livre très-joli mais extrêmement petit, qu'il m'a donné à lire ; il contenait, comme je m'en suis convaincu en le lisant, ce que j'avais fait de bien dans toute ma vie, et qui se réduisait en tout à fort peu de choses. Ils ont ensuite repris ce petit livre sans me dire un seul mot. Mais tout-à-coup voilà qu'est accourue sur moi toute une armée d'esprits malins, plus horribles les uns que les autres, et ils ont rempli toute la maison, en même temps que le reste, qui se trouvait de trop pour entrer, se répandait autour. Alors celui d'entre eux qui semblait leur chef, tant par l'air sombre de ses traits que par la place qu'il occupait dans leurs rangs, a tiré un livre qui faisait peur à voir et d'une grandeur énorme, et en même temps d'une pesanteur telle qu'on pouvait à peine le porter, et il a ordonné à l'un de ses satellites de me le remettre à lire. En le lisant, j'y ai trouvé rapportés tous mes crimes, non-seulement d'actions et de paroles, mais encore de pensées, le tout écrit très-distinctement en caractères noirs. Et il disait aux deux jeunes hommes habillés de blanc qui se tenaient près de moi : Pourquoi restez-vous ici, puisque vous savez que cet homme est des nôtres ? Ils lui ont répondu : Vous dites vrai ; prenez-le, et emmenez-le avec vous pour qu'il mette le comble votre damnation. Cela dit, ils ont disparu, et deux de ces méchants esprits se levant m'ont frappé, l'un à la tête et l’autre aux pieds, avec

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les couteaux qu'ils tenaient à la main ; et encore en ce moment je sens les coups qu'ils m'ont portés pénétrer dans mes entrailles, où ils me causent des douleurs horribles, et quand les deux plaies vont se joindre, je vais mourir, pour être emporté dans l'enfer par ces démons tout prêts à m'enlever. Ainsi parlait ce malheureux plongé dans le désespoir ; et, peu de temps après il est mort pour aller subir en enfer des peines éternelles et y faire sans fruit une pénitence qu'il a négligée de faire tandis qu'elle lui eût été si fructueuse, et qui n'aurait duré qu'un temps fort court. "

" Sans doute, dirai-je de celui-ci, comme le bienheureux pape Grégoire l'a dit de certains autres (Dialog. lib. IV, c. 38, dans le témoignage qui précède immédiatement celui-ci), sans doute que cette vision a dû servir pour les autres, plutôt que pour lui-même, c'est-à-dire que les autres, en faisant réflexion sur les circonstances de sa mort, ont dû craindre de remettre à faire pénitence à un autre temps, tandis qu'ils pouvaient la faire à l'heure même, et de mourir dans l'impénitence en se laissant surprendre par la mort. Si cet homme a vu les bons et les mauvais esprits lui présenter les uns après les autres des livres différents, c'est que Dieu l'a permis pour que nous nous souvenions que nos actions et nos pensées ne sont jamais perdues, mais que tout demeure pour être discuté par le souverain juge, et pour nous être reproché ou rappelé à la fin, soit par les bons anges, soit par les mauvais. Si c'est le livre blanc qui a été présenté le premier par les bons anges, puis le livre noir par les démons, le premier très-petit, le second d'une grosseur énorme, c'est pour nous faire remarquer que cet homme avait fait dans son premier âge tout ce qu'il avait fait de bien, mais que tout ce bien avait été obscurci par tout le mal qu'il avait fait ensuite. Si, au contraire, après avoir fait le mal dans son enfance, il s'en était corrigé dans sa jeunesse, s'il l'avait effacé devant Dieu par le bien qu'il aurait accompli sur la fin de sa vie, il pourrait être compté au nombre de ceux dont le Psalmiste a dit : Heureux ceux dont les iniquités leur sont pardonnées, et dont les péchés tout couverts (Ps. XXXI, 1). J’ai cru bien faire de raconter cette histoire simplement comme je l'ai apprise du saint évêque Pethelme, pour le bien spirituel de mes lecteurs ou de mes auditeurs. "

36. Ibidem, c. 15 : " Je connais un moine, que je voudrais bien n’avoir jamais connu, et dont je pourrais même dire le nom, si cela servait à quelque chose ; il habitait un monastère fort régulier, quoiqu’il menât lui-même une vie fort irrégulière. Ses

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confrères ne se lassaient pas de l'avertir charitablement, et ses supérieurs ne lui ménageaient pas non plus les remontrances ; et quoiqu'il refusât de les écouter, on le souffrait patiemment dans la communauté, où son industrie le rendait nécessaire ; car il était fort habile ouvrier. Or il avait une forte passion pour le vin, comme pour tout le reste de ce qui accommode surtout les gens qui vivent dans le relâchement, et il aimait mieux passer le jour et la nuit dans son atelier, que de chanter ou de prier à l’église, ou que d'entendre avec le reste de la communauté la parole de vie. Aussi lui est-il arrivé ce qu'on dit ordinairement, que celui qui ne veut pas entrer de bon gré dans l'Eglise en s'humiliant volontairement, entrera de force dans l'enfer en subissant malgré lui sa condamnation. En effet, ayant été atteint d'une maladie grave, et se trouvant réduit à l'extrémité, il appela ses confrères, et d'un air désolé où on lisait d'avance sa damnation prochaine, il leur dit qu'il voyait l'enfer ouvert, Satan plongé au fond du tartare, et Caïphe avec les autres qui avaient fait mourir Notre-Seigneur, et tous ensemble livrés aux flammes vengeresses. Hélas ! ajoutait-il, malheureux que je suis, je vois la place qui m'est préparée près d'eux tous pour l'éternité. Les moines, entendant ces paroles, s'empressèrent de l'exhorter à faire pénitence tandis que son âme était encore unie à son corps. Mais il leur répondait avec désespoir : Il n'est plus temps pour moi de changer de vie, puisque j'ai vu mon jugement déjà tout prononcé. En disant ces mois, il rendit l’âme sans avoir reçu le viatique du salut, et on inhuma son corps dans un coin retiré du monastère sans que personne osât dire des messes, ou chanter des psaumes, ou même prier pour lui. Oh ! quelle distance infinie Dieu a mise entre la lumière et les ténèbres ! Le premier martyr, saint Etienne, sur le point de donner sa vie pour la vérité, vit les cieux ouverts, Dieu dans sa gloire, et Jésus se tenant à la droite de Dieu, et avant même de mourir, il put contempler des yeux de l'esprit la place glorieuse qui lui était destinée, pour être encouragé par-là à souffrir avec plus de joie. Au contraire, cet ouvrier, habile seulement dans les œuvres de ténèbres, vit au moment de mourir l'enfer ouvert, la damnation que subit le diable avec ceux qui se mettent de son parti ; il vit aussi le cachot qui lui était destiné parmi de tels complices, pour que sa mort non-seulement n'en fût que plus déplorable pour lui-même, dont le salut était désespéré, mais servît en même temps de leçon aux autres qui viendraient à en avoir connaissance. Ce fait est récent, et a eu

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lieu dans le pays de Bernicie ; le bruit s'en est répandu au loin, et a engagé beaucoup de personnes à faire pénitence de leurs fautes sans plus de retard. Puisse la lecture qu'on fera de ce récit produire le même effet. "

37. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Dialog. lib. IV, c. 11, raconte de la manière suivante la mort du prêtre Ursin : " Il se mit à crier avec des transports de joie : Soyez les bienvenus, mes seigneurs, soyez les bienvenus ; pourquoi me faire cet honneur, à moi qui suis si peu de chose, de daigner me visiter ? Je viens, je viens. Grâces vous soient rendues, grâces vous soient rendues. Comme il ne cessait de répéter ces mots, ses amis qui l'entouraient lui demandaient qui étaient ceux à qui il adressait ces paroles. Il leur répondit ravi d'admiration : Ne voyez-vous pas les saints apôtres ici rassemblés, n'apercevez-vous pas saint Pierre et saint Paul, les premiers des apôtres ? Puis se tournant vers les objets de sa vision, il disait : Voici que je viens, voici que je viens ; et il rendit l'âme au milieu de cette même extase, montrant par sa promptitude à suivre les saints apôtres, que c'étaient vraiment eux qu'il avait vus. Souvent il arrive ainsi aux justes de jouir au moment de leur mort de la vision de quelque illustre saint, afin d'être prémunis contre la crainte que pourrait leur causer la mort même qui est après toute la peine du péché, et de quitter sans peine la prison de leurs corps, en voyant la bienheureuse société à laquelle ils doivent être réunis. "

38. Dans les chapitres suivants, saint Grégoire rapporte encore plusieurs autres semblables apparitions de saints.

39. S. CYPRIEN, Lib. de mortalitate, dit entre autres motifs qu'il fait valoir pour nous engager à ne pas craindre la mort : " Quel étrange aveuglement d'esprit, quelle démence de nous complaire dans les larmes, dans les angoisses, dans les tribulations du monde, au lieu de nous élancer vers des béatitudes que rien ne pourra plus nous ravir ! "

" D'ou vient cette indifférence, mes bien-aimés ? C'est que la foi est morte ; c'est que l'on ne croit point aux oracles de Dieu, dont l'infaillible parole demeure éternellement. . . Ainsi le pensait le bienheureux apôtre Paul, lorsqu'il écrivait dans une de ses épîtres (Phil., I, 21) : Le Christ est ma vie, et la mort m'est un gain. Oui, gain incomparable selon lui, que de n'être plus enlacé dans les filets du monde, de n'être plus l'esclave de la chair ! Gain immense, que d’être affranchi pour toujours des misères de cette vie, d'être arraché a la dévorante avidité du

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démon, et d'aller, docile à la voix du Christ, s'enivrer à la source des éternelles béatitudes ! . . . . . "

" Oui, qu'il craigne de mourir, celui-là seul qui, n'ayant pas été régénéré par l'eau et par l'esprit, est promis aux flammes de l'enfer ! qu'il craigne de mourir, celui qui n'est pas marqué du signe de la rédemption ! qu'il craigne de mourir, celui qui passera de la mort du temps à la mort de l'éternité, sortant ainsi de ce monde passager pour tomber dans des tourments sans fin ! qu'il craigne de mourir, celui qui, par un délai de quelques jours, ne gagne qu'un sursis à son désespoir et à ses lamentations. . . . . ! Le jugement divin saisit l'homme dans l'état où il le trouve à sa dernière heure. . . . . Quelle étrange inconséquence ! quel oubli de toute raison ! Nous disons à Dieu : Que votre volonté soit faite, et quand il nous retire de ce monde pour nous appeler à lui, nous ne cédons que malgré nous à la manifestation de cette même volonté ! Nous nous débattons violemment contre elle ; esclaves fugitifs que l'on ramène au joug, nous paraissons devant notre maître avec des regrets et des larmes, arrachés du siècle par une force irrésistible plutôt que par l'amour et la soumission ; et après cela nous demandons des récompenses et des palmes à ce même Dieu devant lequel la nécessité toute seule nous a traînés ! A quoi bon nous écrier : Que le royaume des cieux nous arrive, si cette prison terrestre a tant de charmes pour nous ? Pourquoi, dans des prières ferventes et incessamment renouvelées, conjurer Dieu de hâter le jour de son règne si tous nos vœux, tous nos penchants nous inclinent à ramper ici-bas sous la servitude du démon, au lieu d'aspirer à régner là-haut avec le Christ ? "

" Voulez-vous enfin des témoignages plus évident d'une sagesse providentielle, et une preuve plus convaincante que ce Dieu, maître de l'avenir, envoie aux siens ce qui convient le mieux à leur salut ? Ecoutez : Un de nos collègues dans l'épiscopat, accablé par la maladie et jeté dans l'angoisse par les approches de la mort, supplia Dieu de différer le moment de son départ. Tout-à-coup parut aux pieds du moribond un jeune homme ; l'éclat et la majesté de son visage commandaient le respect ; sa taille était haute, son regard étincelant ; hors le moment où tout allait s'évanouir, nul œil mortel n'aurait pu entrevoir sa présence. " Eh quoi ! dit la mystérieuse apparition avec un accent de reproche et presque d'indignation, vous craignez la souffrance, vous refusez de quitter le monde. Que puis-je faire pour vous ? " C'était dire à ces âmes tremblantes devant

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la persécution, et peu empressées d'aller rejoindre le Seigneur, que leurs regrets par rapport à la vie présente ne sont pas écoutés quand il s'agit de pourvoir aux intérêts de leur éternité. Notre frère, notre collègue entendit à la dernière heure ces paroles qui s'adressaient à d'autres, mais qu'il avait mission de répéter ; car c'est à nous, et non point à lui, que le conseil s'adressait. La vie allait lui échapper : qu'avait-il à apprendre pour son compte ? Mais cet évêque réprimandé pour avoir sollicité quelques jours de sursis, leçon vivante exposée à tous les regards, nous éclairait sur nos intérêts véritables. "

" La mort dans le temps est le passage à l'éternité ; point d'autre moyen pour y arriver que de sortir de ce monde. Disons mieux : ce n'est point là sortir, mais seulement, après un voyage de quelques jours, entrer dans les tabernacles de l'éternité. Qui donc ne se hâterait d'entrer dans un séjour meilleur ? Qui n'aspirerait à devenir semblable au Christ, à revêtir une glorieuse transformation, et à posséder promptement la gloire de l'immortalité suivant cette parole de l’Apôtre (Philip., III, 20-21) : Vivant déjà dans le ciel, c'est de là que nous attendons le Sauveur Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui transformera notre corps, tout vil et abject qu'il est, en le rendant conforme à son corps glorieux. . .? Qu'il demande à vivre longtemps dans le monde, celui à qui le monde plaît, celui qu'il invite et retient par ses perfides voluptés. Mais toi, chrétien, qui hais le monde, pourquoi aimerais-tu qui te hait ? Pourquoi le préférer à Jésus-Christ, qui t'a racheté et qui t'aime ? "

" Transporté sur la terre étrangère, le voyageur s'empresse de regagner le pays natal ; le navigateur qui fait route vers sa patrie, demande aux vents d'enfler les voiles et de le pousser rapidement dans les bras de ceux qu'il chérit. Le ciel est notre patrie, volons pour y arriver. Les patriarches sont nos pères ; courons saluer au plus tôt nos augustes devanciers ! Nous sommes impatiemment attendus ; une troupe nombreuse de proches, des pères, des mères, des fils, des frères rassurés désormais sur leur éternelle destinée, mais encore inquiets sur la nôtre, nous tendent les bras et soupirent après nous (Cf. Les Pères de l'Eglise, t. V, trad. de Genoude). "

40. S. AMBROISE, Lib. de bono mortis, c. 2 : " Trois sortes de morts. La première, la plus réelle, la mort du péché, qui tue l'âme, selon ce qui est écrit dans Ezéchiel (XVIII, 20) : L’âme qui pèche mourra ; la mort mystique, dont parle saint Paul dans son

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épître aux Romains, par laquelle on meurt au péché afin de ne vivre que pour Dieu ; et la mort naturelle, qui termine la vie par la séparation de l'âme avec le corps. La première ne peut être considéré que comme un très-grand mal ; la seconde, que comme un très-grand bien ; la troisième peut être envisagée diversement : les justes la désirent, les méchants la redoutent avec raison, comme devant être le commencement de leur supplice. Quoiqu'elle délivre tous les hommes également des liens du corps, peu cependant la désirent ; ce qu'il faut imputer, non à la mort elle-même mais à notre faiblesse, qui s'accommode facilement des plaisirs des sens et des délices de cette vie, et qui voit avec effroi en approcher la fin, bien que la vie présente nous offre plus de chagrins que de consolations. . . . . "

" Pourquoi tant désirer de rester dans une vie, ou plus elle se prolonge, plus le poids de nos péchés s'aggrave ? "

41. Ibidem, c. 3 : " La mort est donc la séparation de l'âme et du corps. Enfin, nous avons appris de l'Apôtre qu'il nous est beaucoup plus avantageux d'être dégagé des liens du corps et d'être avec Jésus-Christ (Philip., I, 23). Et cette séparation que fait-elle autre chose que de dissoudre nos organes et d'établir notre corps dans le repos, et de faire entrer aussi l'âme dans son repos, et si cette âme aime Jésus-Christ, de la mettre à même de se réunir à lui ? Qu'ont donc à faire les justes dans la vie présente que de s'affranchir de ces vaines pensées terrestres qui sont pour nous comme des liens, de se séparer autant qu'ils le peuvent de ces choses importunes, de renoncer aux voluptés et à la luxure, et de se mettre en garde contre le feu impur de la passion ? "

42. Ibidem, c. 4 : " De toutes manières, la mort est donc un bien, et parce qu'elle sépare et pacifie ce qui était en guerre, et parce qu'elle est comme un port où, après avoir lutté contre les tempêtes de la vie présente, on peut trouver un asile et un repos assuré ; et parce qu'elle n'empire point notre état, mais qu'elle le remet tel qu'elle le trouve au jugement à venir ; qu'elle en assure même la stabilité, qu'elle le sauve des vicissitudes de la vie présente et qu'elle nous console par la juste attente des biens éternels. Si nous nous rappelons que Dieu n'a point fait la mort, mais qu'elle est la juste sentence porté contre la prévarication du premier homme, qui, sorti de la poussière, a dû retourner en poussière nous verrons que la mort met fin au péché, et empêchent nos fautes de se multiplier mesure que notre vie se prolongerait. "

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43. Ibidem, c. 7 : " Ce n'est pas la mort qui est amère, elle n'est amère que pour l'impie ; mais au fond, la vie est plus amère que la mort. Car il est plus fâcheux de vivre pour pécher que de mourir au péché, puisque l'impie ne prolonge ses jours que pour pécher davantage ; s'il meurt au contraire, il cesse de pécher. "

" Nous aimons en général que nos péchés nous soient pardonnés. Si c'est pour nous en corriger, nous avons raison ; si c'est pour y persévérer, c'est une sotte extravagance. Dans ce cas, il vaudrait mieux subir tout de suite notre condamnation, que de multiplier des péchés qui l'aggraveront encore. "

44. Ibidem, c. 8 : " Si la mort passe pour terrible aux yeux des vivants, ce n'est pas la mort elle-même qui est terrible, mais bien l'idée qu'on se forme de la mort, que chacun apprécie d'après la manière dont il est affecté, ou qu'il redoute selon le témoignage que lui rend sa conscience. Que chacun accuse donc ici le mauvais état où il se trouve lui-même plutôt que la mort qui ne fait qu'y mettre ordre. Enfin, la mort est un port tranquille pour les justes ; elle n'est un naufrage que pour les méchants. Si la crainte de la mort nous est à charge, ce n'est pas la mort elle-même qui nous est à charge, mais c'est de vivre sous le poids de la crainte que nous en avons. Il n'y a rien dans la mort qui soit à craindre pour nous, s'il n'y a rien à craindre dans les actes de notre vie. Les insensés redoutent la mort comme le plus grand des maux ; les sages l'envisagent au contraire comme le terme de leurs maux, et comme le repos qui succède au travail. "

45. Ibidem, c. 12 : " Appuyés sur d'aussi solides espérances, allons sans crainte vers Jésus-Christ, notre rédempteur. Allons d'un pas ferme vers l'assemblée des patriarches ; marchons, lorsque le jour en sera venu, vers Abraham, notre père en cette assemblée des saints et des justes, où nous trouverons nos pères et ceux qui nous ont instruits dans la foi ; et si nos œuvres font défaut, que du moins notre foi y supplée et nous garantisse la possession de notre héritage. "
 
 

Question III

Quels avertissements l’Ecriture nous donne-t-elle au sujet du jugement que nous avons à subir ?

C'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant, et du Christ établi juge des vivants et des morts, au tribunal de qui nous aurons tous à comparaître pour y rendre

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compte de chacune de nos actions. Car Dieu fera rendre compte en son jugement de toutes les fautes commises, et de tout le bien comme de tout le mal que chacun aura fait. C'est pourquoi l'attente de ce jugement inspire de la frayeur, non-seulement aux pécheurs, mais souvent aussi aux saints eux-mêmes. Elle en inspirait à David, par exemple, lorsqu'il adressait à Dieu cette fervente prière : N'entrez point, Seigneur, en jugement avec votre serviteur. Elle en inspirait également à Job, quelle que fût l'innocence de sa vie, lorsqu'il exprimait dans les termes suivants les sentiments dont il était affecté : Que ferai-je, quand Dieu se lèvera pour me juger ; et lorsqu'il me demandera compte de ma vie, qu'aurai-je à lui répondre. . . ? J’ai toujours craint Dieu comme des flots suspendus au-dessus de moi, et je n'ai pu en supporter le poids. . . Je tremblais à chaque action que je faisais, sachant que vous ne pardonnez pas à celui qui pèche.

Et en effet il est bien à redouter, ce juge dont on ne peut ni éluder le pouvoir, ni mettre la sagesse en défaut, ni corrompre l’équité, ni décliner le jugement ; ce juge dont il est écrit : La jalousie et la fureur de l'homme (c'est-à-dire de l'Homme-Dieu) ne pardonnera point au jour de la vengeance ; il ne se rendra aux prières de personne, et il ne recevra point pour satisfaction les présents, quels qu'ils soient, qu'on pourra lui faire ; ce juge qui, pour que personne n'en prétende cause d'ignorance, a pris soin de prévenir tous les hommes, dans les termes que nous allons dire, du jugement qu'il portera sur nous et du caractère qu'il déploiera à nos yeux : Quand le temps sera venu, je jugerai les justices mêmes. - C'est moi qui suis le Seigneur, qui sonde les cœurs et qui éprouve les reins ; qui rends à chacun selon sa voie, et selon le fruit de ses pensées et de ses œuvres. . . Je viens pour recueillir toutes leurs œuvres et toutes leurs pensées, et pour les assembler avec tous les peuples, de quelque pays et de quelque langue qu'ils puissent être ; ils comparaîtront tous devant moi, et ils verront ma gloire.

Quant au jour du jugement dernier, jour que l’Ecriture appelle le jour du Seigneur, le jour de colère, le grand jour, le jour terrible, voici ce qu'en dit l'apôtre saint Pierre : Comme un larron vient dans la nuit, ainsi le jour du Seigneur viendra tout d'un coup ; et alors, dans le bruit d'une effroyable tempête les cieux passeront, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre sera brûlée avec tout ce qu'elle contient. Puis donc que toutes ces choses doivent périr, quels devez-vous être, et quelle doit être la sainteté de votre vie, et la piété de vos actions, en attendant et hâtant par vos désirs l'avènement

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du jour du Seigneur, où l'ardeur du feu dissoudra les cieux et fera fondre tous les éléments.

Mais pour nous concilier la clémence de ce juge souverain, et changer en un jour heureux pour nous ce jour où passeront le ciel et la terre, suivons cet excellent conseil du sage : Usez du remède avant la maladie. Interrogez-vous vous-même avant le jugement, et vous trouverez grâce devant Dieu. - Si nous nous jugions nous-mêmes, assurément nous ne serions point jugés. - Celui qui craint le Seigneur se trouvera heureux à la fin de sa vie, et il sera béni au jour de sa mort.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Hébreux, X, 31; comme dans le corps de la réponse.

2. II Corinthiens, V, 10 : " Nous devons tous comparaître devant le tribunal de Jésus-Christ, afin que chacun reçoive ce

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qui est dû aux bonnes ou aux mauvaises actions qu'il aura faites pendant qu'il aura été revêtu de son corps. "

3. Romains, XIV, 10-12 : " Nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Jésus-Christ selon cette parole de l’Ecriture : Je jure par moi-même, dit le Seigneur, que tout genou fléchira devant moi, et que toute langue confessera que je suis Dieu. - Ainsi chacun de nous rendra compte à Dieu de soi-même. "

4. LUC, XVI, 2 : " Rendez compte de votre administration ; car dorénavant vous ne pourrez plus administrer mon bien. "

5. Id., XII, 48 : " On demandera beaucoup à celui à qui on aura donné beaucoup, et on fera rendre un compte plus sévère à celui à qui on aura confié davantage. "

6. Id., XIX, 18-24 : " Le second étant venu, lui dit : Seigneur, votre marc en a produit cinq autres. - Son maitre lui dit : Vous aurez aussi l'autorité sur cinq villes. - Il en vint un troisième qui lui dit : Seigneur, voici votre marc que j'ai tenu enveloppé dans un mouchoir ; - car j'ai eu peur de vous, sachant que vous êtes un homme sévère qui redemande ce qu'il n'a point donné et qui recueille ce qu'il n'a point semé. - Son maître lui répondit : Méchant serviteur, je vous condamne par votre propre bouche. Vous saviez que je suis un homme sévère qui redemande ce qu'il n'a point donné et qui recueille ce qu'il n'a point semé ; - pourquoi donc n'avez-vous pas mis mon argent à la banque, afin qu'à mon retour je le retirasse avec les intérêts ? - Alors il dit à ceux qui étaient présents : Otez-lui le marc qu'il a, etc. "

7. Ecclésiaste, XII, 14 ; comme dans le corps de la réponse.

8. Ibid., XI, 9 : " Réjouis-toi donc, jeune homme, en ta jeunesse ; que ton cœur soit dans l'allégresse tant que dure ton premier âge ; marche dans les voies que ton cœur préfère et où se complaisent tes yeux ; sache que pour toutes ces choses Dieu t'appellera en jugement. "

9. I Corinthiens, IV, 5 : " C'est pourquoi ne jugez point avant le temps, jusqu'à ce que vienne le Seigneur, qui exposera à la lumière ce qui est caché dans les ténèbres et qui fera voir les plus secrètes pensées de nos cœurs et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui est due. "

10. Romains, II, 1-16 : " C'est pourquoi vous êtes inexcusable, ô homme, qui que vous soyez, qui condamnez les autres, parce qu'en les condamnant vous vous condamnez vous-même, puisque vous faites les mêmes choses que vous condamnez. -

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Car nous savons que Dieu condamne selon la vérité ceux qui commettent ces actions. - Vous donc qui condamnez ceux qui les commettent, et qui les commettez vous-même, pensez-vous pouvoir éviter la condamnation de Dieu ? - Est-ce que vous méprisez les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa longue tolérance ? Ne savez-vous pas que la bonté de Dieu vous invite à la pénitence ? - Et cependant, par la dureté et l'impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu,- qui rendra à chacun selon ses œuvres - en donnant la vie éternelle à ceux qui, par leur patience dans les bonnes œuvres, cherchent la gloire, l'honneur et l'immortalité ; - et en répandant sa colère et son indignation sur ceux qui ont l'esprit contentieux, et qui ne se rendent point à la vérité, mais qui embrassent l'iniquité. - Tribulation et angoisse sur tout homme qui fait le mal, sur le Juif d'abord, et ensuite sur le Gentil. - Mais gloire, honneur et paix à celui qui fait le bien, au Juif d'abord, et ensuite au Gentil. - Car Dieu ne fait acception de personne. - Et ainsi ceux qui ont péché sans la loi périront sans la loi, et ceux qui ont péché sous la loi seront jugés par la loi. - Car ce ne sont pas ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu, mais ceux-là seuls qui la gardent seront justifiés. - En effet, lorsque les gentils, qui n'ont point de loi, font naturellement les choses que la loi commande, n'ayant pas la loi, ils se tiennent lieu eux-mêmes de loi ; - et ils font voir que ce qui est prescrit par la loi est écrit dans leur cœur par le témoignage qu'en rend leur conscience, et par la diversité des réflexions et des pensées qui les accusent ou qui les défendent, - au jour où Dieu jugera par Jésus-Christ, selon l'évangile que je prêche, tout ce qui est caché dans le cœur des hommes. "

11. Sagesse, I, 9 : " L'impie sera interrogé sur toutes ses pensées et ses discours iront jusqu'à Dieu, qui les entendra pour le punir de son iniquité. "

12. Ecclésiastique, XI, 28 : " Il est aisé à Dieu de rendre à chacun au jour de sa mort selon ses voies. - Le mal présent fait oublier les plus grands plaisirs, et, à la mort de l'homme, toutes ses œuvres seront découvertes. "

13. MATTHIEU, XII, 36-37 : " Or, je vous déclare qu'au jour du jugement les hommes rendront compte de toute parole oiseuse qu'ils auront dite ; - car vous serez justifié par vos paroles, et vous serez condamné par vos paroles. "

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14. Id., XVI, 27 : " Le Fils de l'homme viendra dans la gloire de son Père avec ses anges, et il rendra à chacun selon ses œuvres. "

15. Apocalypse, XX, 12-13 : " Je vis ensuite les morts, grands et petits, qui comparurent devant le trône : et des livres furent ouverts ; et puis on en ouvrit encore un autre, qui est le livre de vie ; et les morts furent jugés sur ce qui était écrit dans ces livres, selon leurs œuvres. - Et la mer rendit les morts qui étaient dans ses eaux ; la mort et l'enfer rendirent aussitôt les morts qu'ils avaient : et chacun fut jugé selon ses œuvres. "

16. Ibid., XXII, 12 : " Je vais venir bientôt, et j'ai ma récompense avec moi, pour rendre à chacun selon ses œuvres. "

17. Psaume LXI, 12 : " Dieu a parlé une fois, et j'ai entendu ces deux choses : que la puissance appartient à Dieu, et que vous êtes, Seigneur, rempli de miséricorde car vous rendez à chacun selon ses œuvres. "

18. II Timothée, IV, 6-8 : " Pour moi, je suis comme une victime qui a déjà reçu l'aspersion pour être sacrifiée et le temps de ma mort approche. - J'ai bien combattu, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi. - Il me reste à recevoir la couronne de justice qui m'est réservée, que le Seigneur, comme un juste juge, me rendra en ce jour ; et non-seulement à moi, mais à tous ceux qui aiment son avènement. "

19. I PIERRE, IV, 17 : " Car voici le temps où Dieu doit commencer son jugement par sa propre maison, et s'il commence par nous, quelle sera la fin de ceux qui rejettent l'évangile de Dieu ? "

20. SOPHONIE, I, 12 : " En ce temps-là je porterai la lumière de mon flambeau jusque dans les lieux les plus cachés de Jérusalem, et je visiterai ceux qui sont enfoncés dans leurs ordures, et qui disent dans leur cœur : Le Seigneur ne fera ni bien ni mal. "

21. Psaume LXXIV, 2 : " Quand le temps fixé sera venu, je jugerai les justices (hébr. je porterai des arrêts pleins d’équité). "

22. Hébreux, X, 26-27 : " Si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il n'y a plus désormais d'hostie pour les péchés, - mais une effroyable attente du jugement, et l'ardeur d'un feu jaloux qui doit dévorer ses ennemis. "

23. Psaume CXLII, 2 : " N'entrez pas en jugement avec votre serviteur : car quel homme sur la terre est innocent à vos yeux ? "

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24. Job, I, 1 : " Il y avait au pays de Hus un homme nommé Job. Cet homme était simple et droit, craignant Dieu et s’éloignant du mal. "

25. Ibid., 14 et 13 ; comme dans le corps de la réponse.

26. Ibid., IX, 19-21, 28 : " Si l'on implore quelque puissance, il est tout-puissant ; et si l'on en appelle à la justice d'un juge, il n'y a personne qui puisse devant lui rendre témoignage en ma faveur. - Si je veux me justifier, ma propre bouche me condamnera ; et si je veux faire voir mon innocence, il me convaincra de culpabilité. - Quand même je serais juste et simple, cela me serait caché, et ma vie me serait à charge à moi-même. - Je tremblais à chaque action que je faisais, sachant que vous ne pardonnez pas à celui qui pèche. "

27. Ibid., XXIV, 12 : " Dieu ne souffre rien d'impuni. "

28. Ecclésiaste, IX, 1-2 : " L'homme ne sait s'il est digne d'amour ou de haine, mais tout est réservé pour l'avenir et demeure ici incertain. "

29. I Corinthiens, IV, 3-4 : " Pour moi, je me mets peu en peine d'être juge par vous, ou par quelque homme que ce soit ; je n'ose pas me juger moi-même. - Car, encore que ma conscience ne me reproche rien, je ne suis pas justifié pour cela ; mais c'est le Seigneur qui est mon juge. "

30. Proverbes, VI, 34 ; Psaume LXXIV, 3 ; comme dans le corps de la réponse.

31. Jérémie, XVII, 10 ; comme dans le corps de la réponse.

32. Id., XI, 20 : " Mais vous, ô Dieu des armées qui jugez selon l’équité, et qui sondez les cœurs et les reins, etc. "

33. Id., XXXII, 18-19 : " C'est vous qui faites miséricorde dans la suite de mille générations, qui faites passer la peine de l'iniquité des pères dans le sein des enfants qui leur succèdent. C'est vous qui êtes le Fort, le Grand et le Puissant. Le Seigneur des armées est votre nom. - Vous êtes grand dans vos conseils et incompréhensible dans vos pensées. Vos yeux sont ouverts sur toutes les voies des enfants d'Adam, pour rendre à chacun selon sa conduite, et selon le fruit de ses œuvres et de ses pensées. "

34. Id., XX, 12 : " Vous donc, Seigneur des armées qui éprouvez le juste, et qui sondez les cœurs et les reins, etc. "

35. Proverbes, XVI, 2 : " Toutes les voies de l'homme sont exposées à ses yeux : le Seigneur pèse les esprits. "

36. Hébreux, IV, 13 : " Nulle créature ne lui est cachée ;

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car tout est nu et à découvert aux yeux de celui dont nous parlons. "

37. I Chroniques, XXVIII, 9-10 : " Et vous, mon fils Salomon, appliquez-vous à reconnaître le Dieu de votre père et servez-le avec un cœur parfait et une pleine volonté ; car le Seigneur sonde les cœurs et il pénètre toutes les pensées des esprits. Si vous le cherchez, vous le trouverez ; mais si vous l'abandonnez, il vous abandonnera pour jamais. "

38. MALACHIE, III, 5-6 : " Alors je me hâterai de venir, pour être moi-même juge et témoin contre les empoisonneurs, les adultères, les parjures, ceux qui retiennent par violence le prix du mercenaire, qui oppriment les veuves, les orphelins et les étrangers, sans être retenus par ma crainte, dit le Seigneur des armées ; - parce que je suis le Seigneur, et je ne change point : c'est pourquoi, vous, enfants de Jacob, vous n'avez pas encore été consumés. "

39. Psaume VII, 10 : " Oui, l'iniquité des impies aura un terme, et vous affermirez le juste, ô Dieu qui sondez les cœurs et leurs plus secrets replis. "

40. Ps. XLIII, 21-22 : " Si nous perdions le souvenir de notre Dieu, si nous levions nos mains vers une divinité étrangère, Dieu manquerait-il de nous en demander compte, lui qui pénètre les secret des cœurs ? "

41. ISAIE, LXVI, 18 ; comme dans le corps de la réponse.

42. JUDE, 14-15 : " C'est d'eux qu’Enoch, qui a été le septième depuis Adam, a prophétisé en ces termes : Voilà le Seigneur qui va venir, avec une multitude innombrable de ses saints, - pour exercer son jugement sur tous les hommes, et convaincre les impies de toutes leurs actions d'impiété, et de toutes les paroles dures et injurieuses que ces pécheurs impies ont proférées contre lui. "

43. MATTHIEU, X, 26 : " Il n'y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni de secret qui ne doive être connu. "

44. SOPHONIE, I, 14-18 : " Le grand jour du Seigneur est proche ; il est proche, il s'avance rapidement ; déjà l'on entend le bruit effrayant de sa marche, qui n'est encore que l'annonce des maux dont les plus forts seront accablés ; jour de colère, ce jour ; jour de tristesse et d'angoisse, jour d'affliction et de misère, jour d'obscurité et de ténèbres, jour de nuages et de tempêtes ; - jour où les villes fortes et les hautes tours trembleront au retentissement de la trompette et des bruits de guerre. - Je frapperai

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les hommes de plaies, et ils marcheront comme des aveugles, parce qu'ils ont péché contre le Seigneur ; leur sang sera répandu comme la poussière et leurs cadavres seront foulés aux pieds comme de la boue. - Leur or et leur argent ne pourront les sauver au jour de la colère du Seigneur ; le feu de son indignation va dévorer toute la terre, car il a hâte d'en exterminer tous les habitants. "

45. JOEL, II, 1-3, 10-11, 30-31 : " Le jour du Seigneur va venir, il est déjà proche ; jour de ténèbres et d'obscurité, jour de nuages et de tempêtes ; un peuple nombreux et puissant a paru, rapide comme l'aurore qui se répand sur les montagnes ; il n'y en a jamais eu de tels, il n'y en aura jamais de semblables dans tous les siècles. - Il est précédé par un feu dévorant et suivi d'une flamme qui porte partout l'incendie ; la campagne qu'il a trouvée comme un jardin de délice n'est après lui qu'un désert affreux ; rien n'échappe à sa violence. . . - La terre tremble devant eux, les cieux sont ébranlés, le soleil et la lune ont pâli, on ne voit plus la lumière des étoiles. - Le Seigneur fait retentir sa voix devant son armée ; ses troupes sont innombrables, elles sont fortes, et elles exécuteront ses ordres ; car le jour du Seigneur est grand, il est terrible, et qui pourra en soutenir l'éclat ? - Je ferai paraître des prodiges dans le ciel et sur la terre, du sang, du feu et des tourbillons de fumée. - Le soleil sera changé en ténèbres, et la lune en sang, avant que vienne le grand et terrible jour du Seigneur. "

46. Id., III, 2, 12-16 : " J’assemblerai tous les peuples, et je les conduirai dans la vallée de Josaphat, et là j'entrerai en jugement avec eux au sujet d'Israël, mon peuple et mon héritage, qu'ils ont dispersé parmi les nations, et de ma terre, qu'ils se sont partagée entre eux. - Que les peuples viennent se rendre à la vallée de Josaphat ; j'y paraîtrai assis pour y juger tous les peuples qui y viendront de toutes parts. - Mettez la faucille dans le blé parce qu'il est déjà mûr ; venez et descendez, car le pressoir est plein, les caves regorgent, parce que leur malice est montée à son comble. - Peuples, peuples, avancez dans la vallée du carnage, parce que le jour du Seigneur est proche dans cette vallée. - Le soleil et la lune se couvriront de ténèbres, et les étoiles retireront leur lumière. - Le Seigneur rugira du haut de Sion, et sa voix retentira de Jérusalem ; le ciel et la terre trembleront, le Seigneur sera le refuge de son peuple et la force des enfants d'Israël. "

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47. ISAIE, XIII, 9-13 : " Voici le jour du Seigneur qui va venir, jour cruel, plein d'indignation, de colère et de fureur, qui fera de la terre un désert, et réduira en poudre tous les méchants. - Les étoiles du ciel et tout leur éclat s'évanouiront ; le soleil à son lever se couvrira de ténèbres, et la lune restera sans lumière. - Et je visiterai les crimes de cette contrée, et l'iniquité des impies ; j'abattrai l'orgueil des hommes superbes, et j'humilierai l'insolence de ceux qui abusent de leur force. - L'homme sera plus rare que l'or, il sera plus précieux que l'or pur. - J’ébranlerai le ciel même ; la terre sortira de sa place, à cause de l'indignation du Seigneur et du jour de sa colère et de sa fureur. "

48. Id., XXIV, 18-23 : " Les cieux s'ouvriront pour faire pleuvoir des déluges, et les fondements de la terre seront ébranlés. - La terre éprouvera des élancements qui la déchireront, des bouleversements qui la briseront, des secousses qui l’ébranleront. - Elle sera agitée, et elle chancellera comme un homme ivre ; elle sera changée de lieu comme une tente dressée pour une nuit ; elle sera accablée sous le poids de son iniquité, et elle tombera sans que jamais elle puisse se relever. - En ce jour, le Seigneur visitera les armées des cieux et les rois de la terre. - Et les ayant ramassés et liés ensemble comme un faisceau, il les jettera dans le lac, où il les tiendra emprisonnés, et après de longs jours il les visitera. - La lune rougira, et le soleil sera tout obscurci, lorsque le Seigneur des armées aura établi son règne sur la montagne de Sion et dans Jérusalem, et qu'il aura signalé sa gloire devant les anciens de son peuple. "

49. Id., LXVI, 13-16 : " Le Seigneur va paraître environné de feux ; son char viendra fondre comme un tourbillon : son indignation et sa vengeance éclateront au milieu des flammes. - Le Seigneur viendra environné de feux et armé de son glaive pour juger toute chair, et ceux qui tomberont sous ses coups ne pourront être comptés. "

50. JEREMIE, XXIII, 19-20 : " Voilà que le tourbillon de la colère du Seigneur éclate, et la tempête se précipite à grand bruit sur la tête des impies. - La colère du Seigneur ne retournera point en arrière jusqu'à ce qu'elle ait accompli les pensées de son cœur. Vous comprendrez enfin quel aura été son dessein sur vous. "

51. MALACHIE, III, 1-4 : " Le voici qui vient, dit le Seigneur des armées. - Qui soutiendra le jour de son avènement ? qui pourra seulement se tenir debout à sa vue ? Car il sera comme

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le feu qui fond les métaux, et comme l'herbe dont se servent les foulons. - Il sera comme un homme qui s'assied pour faire fondre et pour épurer l'argent ; il purifiera les enfants de Lévi

et il les rendra purs comme l'or et l'argent qui ont passé par le feu ; et ils offriront des sacrifices au Seigneur dans la justice. - Et le sacrifice de Juda et de Jérusalem sera agréable au Seigneur, comme l'ont été ceux des siècles passés, ceux des premiers temps. "

52. Id., IV, 4, 5-6 : " Car il viendra un jour semblable à une fournaise ardente ; tous les superbes et tous ceux qui commettent l’impiété seront alors comme de la paille ; et ce jour qui doit venir les embrasera, dit le Seigneur des armées, sans leur laisser ni germe ni racine. - Je vous enverrai le prophète Elie, avant que soit venu le grand et redoutable jour du Seigneur. - Il ramènera le cœur des pères à leurs enfants, et le cœur des enfants à leurs pères, de peur que je ne vienne soudain et que je ne frappe la terre d'anathème. "

53. DANIEL, XII, 9-10, 13-14 : " J'étais attentif à ce que je voyais, jusqu'à ce que des trônes fussent placés, et que l'Ancien des jours s'assît : son vêtement était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête comme la laine la plus pure : son trône semblait n'être que flammes, et les roues de ce trône un feu consumant. - Un fleuve de feu rapide sortait de devant sa face ; un million d'anges le servaient, et mille millions se tenaient devant lui : le jugement se tint, et les livres furent ouverts. . . - Je considérais ces choses dans une vision de nuit, et je vis comme le Fils de l'homme qui venait avec les nuées du ciel, et il s'avança jusqu'à l'Ancien des jours ; ils le présentèrent devant lui : - et il lui donna la puissance, l'honneur et la royauté ; et tous les peuples, et toutes les tribus, et toutes les langues le serviront ; sa puissance est une puissance éternelle qui ne lui sera point ôtée, et son royaume ne sera jamais détruit. "

54. Apocalypse, XX, 11-15 : " Alors je vis un trône blanc, et quelqu'un assis dessus, devant la face duquel la terre et le ciel s'enfuirent ; et il n'en resta pas même la place. - Je vis ensuite les morts, grands et petits, qui comparurent devant le trône ; et des livres furent ouverts ; et puis on en ouvrit encore un autre, qui est le livre de vie ; et les morts furent jugés sur ce qui était écrit dans ces livres, selon leurs œuvres. - Et la mer rendit les morts qui étaient ensevelis dans ses eaux ; la mort et l'enfer rendirent aussi les morts qu'ils avaient, et chacun fut jugé selon

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ses œuvres. - Et l'enfer et la mort furent jetés dans l'étang de feu. C'est là la seconde mort. - Et celui qui ne fut pas trouvé écrit dans le livre de vie fut jeté dans l'étang de feu. "

55. Id., VI, 18-17 : " Je vis aussi que lorsqu'il eut ouvert le sixième sceau, il se fit tout d'un coup un grand tremblement de terre ; le soleil devint noir comme un sac de crin, et la lune devint comme du sang ; - et les étoiles tombèrent du ciel sur la terre, comme lorsque le figuier, agité par un grand vent, laisse tomber ses figues vertes. - Le ciel se retira comme un livre que l'on roule, et toutes les montagnes et les îles furent ébranlés de leurs places. - Et les rois de la terre, les princes, les officiers de guerre, les riches, les puissants, et tous les hommes, esclaves ou libres, se cachèrent dans les cavernes et dans les rochers des montagnes. Et ils dirent aux montagnes et aux rochers : Tombez sur nous, et cachez-nous de devant la face de celui qui est assis sur le trône et de la colère de l'Agneau, - parce que le grand jour de leur colère est arrivé ; et qui pourra subsister en leur présence ? "

56. Psaume XCVI, 3-6 : " Une flamme dévorante le précède ; elle consume ses ennemis de toutes parts. - Le feu de ses éclairs brille dans toute la terre ; l'univers à cet aspect tremble d'effroi. - Les montagnes fondent comme la cire en présence du Seigneur ; la présence du Seigneur a fait fondre toute la terre. - Les cieux ont annoncé sa justice, et tous les peuples ont vu sa gloire. "

57. Ps. LIX, 1-2 : " Grand Dieu ! vous nous avez rejetés et vous nous avez abattus ; votre colère s'est allumée, mais vous êtes ensuite revenu à nous. - Vous avez ébranlé la terre, et vous en avez entrouvert le sein ; réparez-en les brèches, car elle chancelle. "

58. MATTHIEU, XXIV, 3-42 : " Ensuite, comme il était sur la montagne des Oliviers, ses disciples s'approchèrent de lui en particulier, et lui dirent : Dites-nous quand ces choses arriveront, et quel signe il y aura de votre avènement et de la consommation du siècle. - Et Jésus répondant leur dit : Prenez garde que personne ne vous séduise ; - car beaucoup viendront sous mon nom, disant : Je suis le Christ ; et ils en séduiront plusieurs. - Vous entendrez aussi parler de guerres et de bruits de guerres. Gardez-vous bien de vous troubler, car il faut que ces choses arrivent ; mais ce ne sera pas encore la fin. - Car il se lèvera peuple contre peuple, royaume contre royaume ; et il

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y aura des pestes, des famines et des tremblements de terre en divers lieux. - Et tout cela ne sera que le commencement des douleurs, etc. - Il s'élèvera aussi plusieurs faux prophètes qui séduiront beaucoup de personnes. - Et parce que l'iniquité sera venue à son comble, la charité de plusieurs se refroidira. - Mais celui-là sera sauvé qui persévérera jusqu'à la fin. - Et cet évangile du royaume sera prêché dans toute la terre, pour servir de témoignage à toutes les nations ; c'est alors que la fin doit arriver, etc. - Mais priez pour que votre fuite n'arrive point pendant l'hiver, ni au jour du sabbat. - Car l'affliction de ce temps sera si grande, qu'il n'y en a point eu de pareille depuis le commencement du monde jusqu'à présent et qu'il n'y en aura jamais. - Et si ces jours n'avaient été abrégés, nul homme n'aurait été sauvé ; mais ils seront abrégés à cause des élus. - Alors si quelqu'un vous dit : Le Christ est ici ; ou : Il est là ; ne le croyez point. Car il s’élèvera de faux christs et de faux prophètes, qui feront de grands prodiges et des choses étonnantes, jusqu'à séduire, s'il était possible, les élus mêmes. - Mais aussitôt après ces jours d'affliction, le soleil s'obscurcira, et la lune ne donnera plus sa lumière ; les étoiles tomberont du ciel, et les vertus des cieux seront ébranlées. - Et alors le signe du Fils de l'homme paraîtra dans le ciel, et à cette vue tous les peuples de la terre s'abandonneront aux pleurs et aux gémissements, et ils verront le Fils de l'homme, qui viendra sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande majesté. - Et il enverra ses anges, qui feront entendre la voix éclatante de leurs trompettes, et qui rassembleront ses élus des quatre coins du monde, depuis une extrémité du ciel jusqu'à l'autre, etc. - Alors, de deux hommes qui seront dans un champ, l'un sera pris, et l'autre laissé. - De deux femmes qui moudront dans un moulin, l'une sera prise, et l'autre laissée. - Veillez donc, car vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur doit venir. "

59. Id., XXV, 31-46 : " Or, quand le Fils de l'homme viendra dans sa majesté, accompagné de tous ses anges, il sera assis sur le trône de sa gloire ; - et toutes les nations seront assemblées devant lui, et il séparera les uns d'avec les autres, comme un berger sépare les brebis d'avec les boucs ; - et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. - Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, les bénis de mon Père ; posséder le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. - Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à

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manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j’étais étranger, et vous m'avez recueilli, etc. - Alors les justes lui répondront en disant : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim et que nous vous avons donné à manger, ou avoir soif et que nous vous avons donné à boire ? etc. - Et le roi leur répondra : En vérité, je vous le dis, toutes les fois que vous avez fait cela à un des moindres de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. - Puis il dira à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits ; allez au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. - J'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire, etc. - Alors ils lui répondront : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim ou soif, étranger ou nu, infirme ou dans les fers, et que nous ne vous avons pas servi ? - Mais il leur répondra : En vérité, je vous le dis, autant de fois que vous avez manqué de le faire à un de ces plus petits, vous avez manqué de le faire à moi-même - Et ceux-ci iront au supplice éternel, et les justes à la vie éternelle. "

60. Id., XIII, 40-43, 49-50 : " Comme on ramasse l'ivraie et qu'on la brûle au feu, il en arrivera de même à la fin du monde. - Le Fils de l'homme enverra ses anges ; ils arracheront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l'iniquité - et ils les jetteront dans la fournaise de feu ; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. - Alors les justes brilleront comme le soleil dans la maison de leur Père. Que celui-là entende, qui a des oreilles pour entendre. - Il en sera de même à la fin du monde ; les anges viendront, et ils sépareront les méchant du milieu des justes ; - et ils les jetteront dans la fournaise de feu ; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. "

61. Id., III, 12 : " Il tient son van à la main, et il nettoiera entièrement son aire ; il amassera son froment dans le grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteindra jamais. "

62. Sagesse, V, 1-5, 18-21 : " Alors les justes s’élèveront avec une grande hardiesse contre ceux qui les auront accablés d'affliction, et qui leur auront ravi le fruit de leurs travaux. - Les méchants, à cette vue, seront saisis de trouble et d'une horrible frayeur ; ils seront surpris d'étonnement en voyant tout d'un coup, contre leur attente, les justes sauvés. - Ils diront en eux-mêmes, touchés de regret et poussant des soupirs dans l'angoisse de leurs cœurs : Les voilà, ceux que nous avions en

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mépris, et qui étaient l'objet de nos outrages. - Insensés que nous étions, nous estimions leur vie une folie, et leur fin un opprobre ; - et les voilà comptés parmi les enfants de Dieu, et leur partage est d'être avec les saints. . . - Il (Dieu) prendra son zèle pour armure, et il armera ses créatures pour le venger de ses ennemis. - Il prendra la justice pour cuirasse, et pour casque l’infaillibilité de son jugement. - Il se couvrira de l’équité comme d'un bouclier impénétrable. - Il aiguisera comme une lance sa colère terrible, et tout l'univers combattra avec lui contre les insensés. "

63. II PIERRE, III, 5-10 : " Mais c'est par une ignorance volontaire qu'ils ne considèrent pas que les cieux furent faits d'abord par la parole de Dieu, aussi bien que la terre qui parut hors de l'eau, et qui subsiste au milieu de l’eau ; - et que cependant ce fut par ces choses mêmes que le monde d'alors périt, étant submergé par le déluge des eaux. - Or, les cieux et la terre d'à présent sont gardés avec soin par la même parole, et sont réservés pour être brûlés par le feu au jour du jugement et de la ruine des impies. - Mais il y a une chose que vous ne devez pas ignorer, mes bien-aimés : c'est qu'aux yeux du Seigneur un jour est comme mille ans, et mille ans comme un jour. - Ainsi le Seigneur n'a pas retardé l'accomplissement de sa promesse, comme quelques-uns se l'imaginent ; mais il vous attend avec patience, ne voulant pas qu'aucun périsse, mais que tous retournent à lui par la pénitence. - Or, comme le larron vient durant la nuit, ainsi le jour du Seigneur viendra tout d'un coup, et alors, dans le bruit d'une effroyable tempête, les cieux passeront, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre, avec tout ce qu'elle contient, sera consumés par le feu, etc. "

64. LUC, XXI, 55 ; comme dans le corps de la réponse.

65. I Corinth., VII, 51 : " Car la figure de ce monde passe. "

66. Apocalypse, XXI, 1 : " Ensuite je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle ; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n'était plus. "

67. Ecclésiastique, XVIII, 20 ; comme dans le corps de la réponse.

68. II PIERRE, III, 13-14 : " Car nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une terre nouvelle, où la justice habitera. - C'est pourquoi, mes bien-aimés, vivant dans l'attente de ces choses, travaillez en paix, afin que le Seigneur vous trouve purs et irréprochables. "

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69. LUC, XXI, 34-36 : " Prenez donc garde à vous, de peur que vos cœurs ne s'appesantissent par l'excès des viandes et du vin, et par les inquiétudes de cette vie, et que ce jour ne vienne tout d'un coup vous surprendre ; - car il enveloppera, comme un filet, tous ceux qui habitent sur la face de la terre. -Veillez donc, et priez en tout temps, afin que vous méritiez d'éviter tous ces maux qui arriveront, et de paraître avec confiance devant le Fils de l'homme. "

70. Tite, II, 12-13 : " Elle (la bonté de Dieu) nous a appris que, renonçant à l'impiété et aux passions mondaines, nous devons vivre dans le siècle présent avec tempérance, justice et piété, - étant toujours dans l'attente de la béatitude que nous espérons, et de l'avènement glorieux du grand Dieu, notre Sauveur Jésus-Christ. "

71. I Thessaloniciens, V, 2-6 : " Vous savez bien vous-mêmes que le jour du Seigneur doit venir comme un voleur pendant la nuit. - Car, dans le temps même où ils diront : Nous sommes en paix et en sûreté, ils se trouveront surpris tout d'un coup par une ruine imprévue comme l'est une femme grosse par les douleurs de l'enfantement, sans qu'il leur reste aucun moyen de se sauver. - Mais quant à vous, mes frères, vous n'êtes pas dans les ténèbres, en sorte que ce jour puisse vous surprendre comme un voleur. - Vous êtes tous des enfants de lumière et des enfants du jour ; nous ne sommes point enfants de la nuit ni des ténèbres. - Ne dormons donc pas comme les autres, mais veillons, et gardons-nous de l'enivrement du péché. "

72. LUC, XVII, 26-31 : " Ce qui est arrivé au temps de Noé arrivera encore au temps du Fils de l'homme. - On mangeait et on buvait ; les hommes épousaient des femmes, et les femmes des maris, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche, et alors le déluge survenant les fit tous périr. - Et comme il arriva encore au temps de Lot : ceux de sa ville mangeaient et buvaient, achetaient et vendaient, plantaient et bâtissaient. - Mais le jour où Lot sortit de Sodome, il tomba du ciel une pluie de feu et de soufre, qui les fit tous périr. - Il en sera de même au jour où le F ils de l'homme paraîtra. - En ce temps-là, si un homme se trouve au haut de sa maison, et que ses meubles soient en bas, qu'il ne descende point pour les emporter ; et que celui qui se trouvera dans le champ ne retourne point non plus derrière lui. "

73. I Corinthiens, 31 ; comme dans le corps de la réponse.

74. Ecclésiastique, I, 13 ; comme dans le corps de la réponse.

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75. Ibid., I, 19 : " Celui qui craint le Seigneur sera heureux, et il sera béni au jour de sa mort. "
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. S. BERNARD, Serm. VIII in Psalmum Qui habitat : " Que pouvons-nous maintenant nous figurer de plus à craindre, de plus capable de nous remplir d'inquiétude, et de nous donner d’extrêmes soucis, que d'avoir à paraître devant le tribunal de Dieu pour être jugés, et d'attendre la sentence d'un juge si exact et si rigoureux, sans pouvoir être assurés si elle nous sera favorable ? C'est une chose horrible, dit l'Apôtre, de tomber entre les mains du Dieu vivant. Mes frères, pour nous préparer à ce jugement formidable, nous devons nous juger nous-mêmes et prévenir notre juge, en exerçant présentement sur nous une justice qui nous exempte de la condamnation terrible que nous aurions à craindre. Dieu ne jugera et ne punira point ceux qui auront été d'avance jugés et punis. "

" Il est certain que, comme il y a des hommes qui commettent des péchés manifestes et reconnus pour punissables avant même qu'on les juge, il y a de même des hommes dont la vigilance et les œuvres préviennent et détournent la justice de Dieu ; de sorte que les uns, étant déjà jugés et condamnés sans attendre la sentence de leur souverain juge, tomberont du même coup dans les supplices éternels par le propre poids de leurs crimes, et que les autres au contraire monteront, avec toute la puissance et la liberté que l’esprit de Dieu leur donnera, et sans rien qui les retarde, sur les trônes qui leur auront été préparés. "

" Sauveur Jésus, que la pauvreté volontaire de ceux qui quittent toutes choses pour vous suivre, est heureuse ! Qu'elle est heureuse et désirable cette pauvreté volontaire, puisqu'elle établira dans une si grande sûreté et fera monter à un si haut degré de gloire ceux qui l'auront embrassée en même temps qu'il arrivera tant de renversements et de changements dans la nature, que la justice divine examinera les mérites de tous les hommes avec cette exactitude et cette rigueur si capable de faire trembler même les plus justes, et que tant de personnes se verront en danger de subir une juste condamnation (Cf. Sermons de saint Bernard sur le psaume 90, trad. D. Ant, de Saint-Gabriel, Feuillant, p. 152-153). "

2. S. JEAN DAMASCENE, Serm. de defunctis, sive Serm. qu?d qui

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in fide finc migrârunt sacris operationibus et vivorum beneficiis multùm juventur : " Les hommes éclairés d'en-haut ont coutume de nous dire que les œuvres que les hommes ont pu faire pendant leur vie sont pesées comme dans une balance au moment de leur mort : que le plateau de droite l'emporte sur celui de gauche, l'âme du mourant sera reçue parmi les bons anges ; que si aucun des deux ne l'emporte sur son pendant, la bonté de Dieu fera pencher encore du bon côté la balance ; bien plus, disent les pieux interprètes des choses divines, lors même que la balance pencherait tant soit peu à gauche, la miséricorde de Dieu obvierait encore à ce défaut. Voilà trois sortes de jugements du maître souverain. Le premier de ces jugements est un acte de justice, le second un acte de bonté, et le troisième un acte d'extrême générosité ou de miséricorde. Reste une quatrième sorte de jugement : ce sera celui que provoqueront les mauvaises œuvres qui auront été trouvées l'emporter de beaucoup sur les bonnes. Hélas ! mes frères, ce dernier aussi sera tout-à-fait juste, et n'imposera aux pécheurs d'autres peines que celles qu'ils auront méritées. . . . . "

" Dans le temps où vivait Jean l'Aumônier, cet homme si illustre et si saint, on vit un publicain nommé Pierre passer tout-à-coup d'une extrême dureté pour les pauvres à une extrême Libéralité à leur égard. La cause de ce changement fut, comme il est rapporté dans l'histoire de la vie du saint, que cet homme eut une vision où lui apparurent ses propres œuvres pesées dans une balance, et qu'il vit dans le plateau droit un pain seulement, qu'il avait jeté de colère en guise de pierre, à la face d'un pauvre. Cette vision jeta l'épouvante dans l'âme de Pierre, et le détermina heureusement à changer entièrement de vie (Cf. S. Joannis Damasceni opera, t. Ier, p. 394-395, édition du P. Lequien, et l?????? ???????? ??????? ??l ??????????, ??? ?????????, ???? ??? ?? ?????? ????????????, etc., édition de Vérone, 1531). " Voir plus haut, article de l'Aumône, le même fait rapporté plus en détail par Léonce de Néapolis, t. V, page 85.

3. S. CYRILLE d'Alexandrie, in Oratione de exitu animæ, passage rapporté plus haut, article de l’Extrême-Onction, question III, témoignage 4, t. III, page 152 et suiv.

4. LEONCE de Néapolis, dans la Vie qu'il a donnée de saint Jean l'Aumônier : " Le saint faisait continuellement tomber le sujet de ses entretiens sur la pensée de la mort et sur l'état de l'âme à sa sortie du corps, tellement qu'il n'était pas rare de voir des gens

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qui l'avaient abordé d'un air fier, ou riant, ou volage, ne le quitter ensuite que les larmes aux yeux, l'air abattu, et pénétrés de componction. C'est ce qui lui faisait dire : Je suis persuadé de quelque peu de poids que puisse être mon jugement, qu'il suffit pour le salut de penser assidûment et sérieusement à la mort, parce qu'à cette heure-là nous n'aurons, pour nous accompagner et nous défendre, d'autres avocats que nos bonnes œuvres. Et comment l'âme ne serait-elle pas troublée à l'approche subite des anges, si elle ne se trouvait pas bien préparée ou comment pourrait-elle demander même un court prolongement de vie, si elle s'entendait adresser celle sentence : " Tu n'as pas bien employé le temps que tu as vécu ? " Il disait, encore, en parlant de lui-même : " Pauvre Jean, comment pourras-tu échapper aux monstres qui assiégeront ton passage à l'autre monde, quand tu verras venir à ta rencontre les anges chargés de te demander compte de ta vie ? Hélas ! quelle frayeur et quel tremblement saisit alors cette âme obligée de rendre compte à des examinateurs si rigoureux et si impitoyables ! " C'est qu'aussi notre saint avait continuellement présent à la mémoire ce que saint Siméon Stylite avait appris par révélation, qu'au moment ou l'âme sort du corps, et qu'elle s’élève de la terre au ciel, elle rencontre sur son passage des troupes de démons, chacune à son rang. La première troupe qu'elle rencontre est celle des démons d’orgueil ; ceux-ci l'examinent en tous sens, pour s'assurer si elle n'aurait pas quelqu'une de leurs œuvres. Ensuite vient la troupe des démons de détraction qui cherchent à leur tour si elle n'a point commis de détraction dont elle n'aurait pas fait pénitence. Puis les démons d'impureté, qui pénètrent dans ses pensées pour voir si elle n'aurait point consentie aux voluptés dont ils font eux-mêmes leur nature. Et lorsque, à la suite de cette dure épreuve, cette pauvre âme sera parvenue à l’entrée du ciel pour y répondre de sa conduite, les saints anges se tiendront à l’écart, sans l'aider autrement que de leurs sentiments de bienveillance. "

5. S. BERNARD, Serm. LV in Cantica : " Vous qui désirez l'avènement du Sauveur, appréhendez l'examen rigoureux de ce juge, appréhendez ses yeux de chèvres ; craignez celui qui dit par un prophète : En ce jour-là j'examinerai Jérusalem a la clarté des flambeaux (SOPH., I, 12). Il a la vue aigüe et pénétrante ; ses yeux ne laisseront rien qu'ils ne regardent exactement. Il sondera les reins et les cœurs, et toutes les pensées des hommes seront à nu devant lui. Qu'y aura-t-il de sûr dans Babylone, si Jé-

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rusalem même doit passer par un si rude examen ? Car je pense qu'en cet endroit le Prophète a voulu désigner par cette ville ceux qui mènent ici-bas une vie régulière et qui imitent autant qu'ils le peuvent, par leur conduite honnête et réglée, les mœurs de cette Jérusalem céleste, bien différents de ceux qui appartiennent à Babylone, et dont la vie est toute pleine de désordres et de crimes. Car leurs péchés, manifestes comme ils sont, sont déjà jugés et n'ont point besoin d'examen, mais seulement de supplice. Mais moi-même qui parais religieux et habitant de Jérusalem, mes péchés sont cachés et comme couverts sous ce nom et cet habit si saints. Il sera donc nécessaire d'en faire une recherche et une discussion exacte, et de les tirer des ténèbres pour les produire au jour, en y approchant la lumière et le flambeau. "

" Nous pouvons encore apporter en témoignage quelques passages des psaumes, qui confirment ce qui vient d’être touché de cet examen de Jérusalem. Car voici ce que dit le Psalmiste, parlant en la personne du Seigneur : Lorsque le temps sera venu, je jugerai les justices mêmes (Ps. LXXW, 3). Si je ne me trompe, il veut dire, en parlant ainsi, qu'il discutera et examinera la conduite et les actions des justes. Nous avons grand sujet de craindre qu'en présence d'un examen si rigoureux, plusieurs de nos actions que nous croyons être des vertus ne se trouvent être des vices. A ce mal pourtant il y a un remède : c'est que nous ne serons point jugés si nous nous jugeons nous-mêmes (I Cor., XI, 5). Certes, ce jugement-là me sera bien avantageux, puisqu'il aura la vertu de me dérober et de me cacher à cet autre jugement de Dieu qui doit être si sévère. Je tremble de frayeur de tomber entre les mains du Dieu vivant. Je veux être présenté devant sa face irrité déjà jugé, et non à juger. L'homme spirituel juge de toutes choses, et n'est jugé par personne (I Cor., II, 5). Je jugerai donc le mal qui est en moi ; je jugerai même le bien. Je tâcherai de corriger le mal par de meilleures actions, de l'effacer par mes larmes, de le punir par des jeûnes et par les autres travaux d'une sainte discipline. Dans le bien, j'aurai un humble sentiment de moi-même, et selon que le Seigneur m'en fait un précepte, je m'estimerai un serviteur inutile qui n'aura fait alors que ce qu'il devait faire (LUC, XVII, 10). Je prendrai garde à ne pas lui offrir de l'ivraie pour du froment, ou des pailles pour du grain. Je sonderai mes voies et ma conduite, afin que celui qui doit examiner Jérusalem à la lumière des flambeaux ne trouve

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rien en moi qui ne soit déjà examiné et discuté : car il ne jugera pas deux fois une même chose (Cf. Les Sermons de saint Bernard sur le Cantique des cantiques, tome II, p. 141-143). "

6. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Moralium in Job lib. VIII, c. 13 (al. 12) : " L'esprit des justes est sans cesse occupé par la pensée de ce sévère examen qu'ils auront à subir après la mort. Car ils sont dans la crainte pour tout ce qu'ils font, lorsqu'ils considèrent quel est le juge devant lequel ils doivent un jour comparaître. Ils font réflexion sur sa puissance et sur sa grandeur, et ils regardent en même temps quels sont leurs péchés et quelle est leur infirmité. Ils font d'une part le dénombrement des maux qu'ils ont commis, et de l'autre celui des biens que leur a procurés la grâce de leur rédempteur. Ils se représentent avec quelle sévérité il punit le mal et avec quelle exactitude il discute le bien, et ils voient bien qu'ils ne pourraient jamais éviter la damnation s'ils étaient jugés sans miséricorde, parce que la vie qui paraît la plus juste aux yeux des hommes n'est qu'iniquité si, lorsque Dieu nous juge, sa bonté ne nous excuse et ne le porte à nous traiter avec indulgence. C'est pourquoi il est dit dans ce même livre (JOB, XXV, 5), que les astres mêmes ne sont pas purs en sa présence ; parce qu'il paraîtra un jour des taches et des souillures dans ceux mêmes qui brillent du plus vif éclat de sainteté, si Dieu les juge à la rigueur (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. Ier, p. 749-750). "

7. Le même, ibidem, lib. XXI, c. 15 (al. 9) : " Les saints n'ignorent pas que toute la justice des hommes n'est qu'injustice, si Dieu l'examine et la juge avec rigueur (Cf. Ibid., t. III, p. 374). "

8. Ibidem, c. 16 (al. 10) : " C'est avec beaucoup de raison que Job ajoute (XXXI, 23) : Je n'ai pu supporter sa pesanteur, parce que quiconque considère attentivement le dernier jour conçoit qu'il doit être si formidable, qu'il ne craint pas seulement de le voir à la fin des siècles, mais même de se le représenter dès maintenant par la pensée tel qu'il sera un jour. Et, en effet, l'âme tremble de frayeur dans cette vue, et en détourne les yeux de son intelligence, n'osant pas même envisager ce qu'elle pressent devoir être si terrible. Ainsi ce saint homme dit ici : Je n'ai pu supporter sa pesanteur, parce que, lorsqu'il s'applique à considérer quel sera ce jugement, et qu'il veut se représenter la majesté

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redoutable de ce juge souverain du monde, et la rigueur du jugement sévère qu'il fera de chaque homme, il fuit aussitôt devant cette pensée et rentre en lui-même tout épouvanté à l'aspect de cette image effroyable qu'il avait cherchée (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. III, p. 377). "

9. S. AUGUSTIN, Lib. de decem chordis, c. 1 : " Réjouissons-nous à la pensée de la miséricorde de Dieu ; mais craignons à celle de ses jugements. Il nous épargne tant qu'il garde le silence. Il garde le silence ; mais il ne le gardera pas toujours. Ecoutez sa voix, tandis qu'il se borne à vous menacer, de peur que vous ne puissiez en supporter le tonnerre, lorsqu'il fera retentir la sentence du jugement qu'il portera sur vous. "

10. Le même, ibidem, c. 2 : " Maintenant vous pouvez accommoder votre affaire avec votre juge. Hâtez-vous donc de l'arranger, avant qu'il prononce sur vous son jugement final. Ne vous flattez point d'espérances vaines : quand il sera venu, vous n'aurez point à lui produire de faux témoins qui l'induisent en erreur, ni à vous entourer d'avocats qui lui donnent le change par l'artifice de leurs discours, ni à essayer sur lui des moyens de corruption. Que vous reste-t-il donc à faire auprès d'un tel juge, que vous ne pourrez ni tromper ni corrompre ? Et cependant vous avez beaucoup à faire auprès de lui. Car celui qui jugera votre cause en ce jour-là est le même qui est aujourd'hui témoin de toute votre vie. "

11. S. PROSPER (Ou plutôt Julien Pomère, véritable auteur de cet ouvrage. V. NAT. ALEX., Hist. ecclés., t. V, p. 130), De vitâ contemplativâ, lib. III, c. 12 : " Quand nous comparaitrons à ce dernier jugement, pour être jugé par celui qui ne peut ni être trompé par le soin que nous prendrions de lui cacher nos crimes, ni se laisser corrompre par les présents que nous voudrions lui offrir pour obtenir de lui notre impunité ; lorsque les secrets de tous seront révélés au grand jour, que non-seulement nos actions et nos paroles, mais nos pensées mêmes seront dévoilées : que ferons-nous en présence d'un si grand juge ? Quelle excuse aurons-nous à lui alléguer ? Quels moyens de justification pourrons-nous lui faire valoir ? Quelle pénitence pourrons-nous pratiquer pour remplacer celle que nous n'aurons pas voulu prendre la peine de faire en cette vie ? Quelles bonnes œuvres aurons-nous pour recommandation, après que nous aurons négligés d'en faire ici-bas ? A quels apôtres, à quels saints

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pourrons-nous recourir, après avoir méprisé comme nous aurons fait, et leurs exemples et leurs leçons ? Quelques-uns pourront-ils s'excuser sur la fragilité de leur chair ? Mais les exemples de tous les saints protesteront contre une telle excuse, puisque leur chair était fragile comme la nôtre, et que la victoire qu'ils ont remportée sur leur propre fragilité prouvera que nous aurions pu de même remporter la victoire sur la nôtre ? D'autant plus que ce n'est point par leurs propres forces, mais par le secours du Tout-Puissant qu'ils ont résisté au péché, et que ce Dieu infiniment miséricordieux n'attend pas que nous le cherchions pour se montrer à nous, et nous inviter ainsi à le chercher à notre tour et à croire en lui, et qu'il couvre d'une invincible protection ceux qui croient en lui, afin qu'ils ne se laissent pas vaincre par le péché. Qu'auront-ils donc à répondre au Seigneur lorsqu'il leur dira : Si vous avez pu résister à la tentation de commettre le péché, pourquoi ne lui avez-vous pas résisté ? Si vous n'avez pas pu lui résister pourquoi n'avez-vous pas imploré mon secours pour pouvoir le faire ? Ou quand le péché a fait des plaies dans votre âme, pourquoi n'y avez-vous pas porté remède par la pénitence ? Si vous n'avez rien à répondre à de tels reproches, s'il ne vous reste alors aucune excuse à alléguer, ne dira-t-il pas : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures, là il y aura des pleurs et des grincements de dents (MATTH., XXII, 13). Là, le ver qui les ronge ne mourra point, et le feu qui les brûle ne s'éteindra point (MARC, IX, 47 ; ISAIE, LXVI, 24). "

12. S. BERNARD, Lettre I à Robert, son neveu : " Il viendra un jour celui qui doit réformer les iniques décisions et confondre les vœux illégitimes ; il viendra pour faire justice à ceux qu'on opprime, juger le pauvre avec équité, et venger les humbles qu'on outrage ici-bas. Il viendra sans aucun doute ; car c'est lui qui, par la bouche du Prophète adresse aux hommes cette menace contenue dans le psaume (LXXIV, 3) : Quand le temps sera venu, je jugerai les justices. Et, s'il doit juger les justices elles-mêmes, que fera-t-il des décisions injustes ? Oui, je le répète, le jour du jugement viendra, ce jour où la pureté du cœur l'emportera sur l'astuce du langage, où une bonne conscience sera d'un plus grand poids dans la balance que la bourse la mieux garnie ; car le juge qui doit prononcer alors ne saurait être ni trompé par les paroles, ni gagné par les présents (Cf. Chefs-d’œuvre des Pères de l’Eglise, t. XV, p. 332-335). "

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13. INNOCENT III, Lib. III de contemptu mundi sive de miseriâ humanæ conditionis, c. 18 : " Oh ! quelle crainte et quelle terreur devra régner alors ! Quels pleurs et quels gémissements ! Car si les colonnes du ciel tremblent et chancellent au seul signe de sa volonté, si les anges de paix doivent répandre des larmes amères, que devront faire les pécheurs ? Si le juste à peine doit être sauvé, le pécheur et l'impie où oseront-ils paraître ? C'est pour cela que le Prophète s'écrie : Seigneur, n'entrez point en jugement avec votre serviteur, parce qu'aucun homme vivant ne sera justifié en votre présence (Ps. CXLII, 2). Car si vous regardez à toutes nos iniquités, Seigneur, qui pourra soutenir la rigueur de votre justice (Ps. CXXIX, 5) ? Et qui ne craindrait pas un juge infiniment puissant, infiniment sage, infiniment juste ? Infiniment puissant, puisque personne ne peut échapper à son pouvoir ; infiniment sage, puisque personne ne peut être ignoré de lui ; infiniment juste, puisque personne ne peut le corrompre ? Si l'on implore quelque puissance, il est tout-puissant ; si l'on en appelle à la justice d’un juge, il n'y a personne qui puisse rendre témoignage en ma faveur. Si j'entreprends de me justifier, ma propre bouche me condamnera. Si je veux montrer que je suis innocent, il me convaincra d'être coupable. Quand je serais juste et simple, cela même me serait caché (JOB, IX, 19-24). Il a dit, et tout a été fait, il a commandé et tout a été créé (Ps. XXXII, 9). Il appelle les étoiles et elles répondent : Nous voici (BAR., III, 35). Il rend ses anges aussi prompts que les vents, et ses ministres aussi ardents que les flammes (Ps. CIII, 4). Rien ne résiste à sa volonté. Rien ne lui est impossible. Tout genou fléchit devant lui, dans le ciel, sur la terre et dans les enfers (Philip., II, 10). Ainsi personne ne peut lui échapper, et, comme le dit le Prophète : Si je monte au ciel, vous y êtes ; si je descends vers les enfers, vous y êtes encore (Ps. CXXXVIII, 8). Il sonde les reins et les cœurs (JEREM., XVII, 40) ; tout est à nu et à découvert devant ses yeux (Hébr., IV, 13). Il compte les gouttes de la pluie et les sables de la mer (Ecclé., I, 2). Il est le maître de la science (I Samuel, II, 3) ; il prévoit tout, il a conscience de tout, il est le scrutateur intime de tous les secrets. Ainsi personne ne peut lui échapper, et, comme dit l'Apôtre, nulle créature n'est invisible à ses yeux (Hébr., IV, 13). Dieu est un juge juste, fort et patient (Ps. VII, 12) ; il ne se laisse détourner ni par prières, ni par argent, ni par amour, ni par haine, des voies de la justice ; mais, imprimant tous ses pas dans la voie droite, il ne laisse aucun mal impuni, pas plus qu'aucun bien sans récompense. Ainsi personne ne peut le corrompre, et, comme dit le

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Psalmiste : Vous rendrez à chacun selon ses œuvres (Ps. LXI, 13). "

14. S. AUGUSTIN, Cité de Dieu, liv. XX, c.1 : " Nous ne parlerons pas ici de ces jugements que Dieu a exercés au commencement des temps, ni de ceux qu'il exerce encore tous les jours, mais du dernier jugement, qui se fera quand Jésus-Christ viendra du ciel juger les vivants et les morts. C'est proprement le jour qu'on appelle le jour du jugement ; car alors il n'y aura plus lieu à ces plaintes aveugles sur la prospérité du méchant et le malheur du juste. Alors, et dans une parfaite évidence, aux bons seuls la véritable et pleine félicité, aux méchants seuls la misère infinie qu'ils méritent. "

15. Ibidem, 2 : " Encore que nous ignorions dans quel dessein Dieu veut ou permet qu'il en soit ainsi, lui en qui réside la souveraine puissance, la souveraine sagesse et la souveraine justice, sans la moindre trace de faiblesse, d'imprudence ou d'iniquité, il nous est toujours avantageux d'apprendre à ne pas trop estimer des biens ou des maux que nous voyons être communs aux bons et aux méchants et à ne rechercher d'autres biens que ceux qui sont propres aux bons, comme à ne fuir d'autres maux que ceux qui sont propres aux méchants. Lorsque nous serons arrivés à ce jugement de Dieu, dont l'époque est proprement appelée le jour du jugement, et quelquefois aussi le jour du Seigneur, alors sera dévoilée la justice de tous les jugements de Dieu, tant de ce jugement du dernier jour que de ceux qui ont eu lieu depuis le commencement, et de tous les autres qui seront encore prononcés jusqu'à la fin des temps. Alors aussi il paraîtra combien est juste ce jugement par lequel il cache maintenant aux hommes le mystère de cette justice, quoique ce n'en soit pas un pour les âmes religieuses qu'il n'y a que de la justice cachée sous ce mystère même. "

16. Ibidem, c. 30 : " Voici donc les événements qui doivent s'accomplir en ce jugement, ou vers le temps où il aura lieu : l'avènement d'Elie, la conversion des Juifs, la persécution de l'Antechrist, le jugement de Jésus-Christ, la résurrection des morts, la séparation des bons et des méchants, l'embrasement du monde et son renouvellement. Tout cela doit arriver, il faut le croire, mais comment, et dons quel ordre ? c'est ce que l'expérience nous enseignera mieux alors que ne le pourraient aujourd'hui toutes nos conjectures. Je crois cependant que tout arrivera dans l'ordre que je viens d'indiquer ici (Cf. La Cité de Dieu, etc., trad. par L. Moreau, t. III). "

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17. Ibidem, liv. XVIII, c. 53 : " C'est donc en vain que nous cherchons à compter et à déterminer les années qui restent au temps actuel, puisque nous apprenons de la bouche de la Vérité qu'il ne nous appartient pas de le savoir. On établit pourtant au hasard des calculs de quatre cents, de cinq cents, de mille ans, depuis l'ascension du Sauveur jusqu’à son dernier avènement. Or, de dire maintenant sur quoi chacun appuie son opinion, c'est ce qui serait trop long et tout-à-fait inutile. Car ce ne sont là que des conjectures humaines, qui n'empruntent rien de certain de l'autorité des Ecritures canoniques. Mais celui qui a dit : Il ne vous appartient pas de savoir les temps ou les moments dont mon Père s'est réservé la disposition (Act., I, 7), a tranché court à toutes ces supputations, et il nous commande de nous tenir là-dessus en repos. "

18. Le même, Epist. LXXVIII (al. 197) ad Hesychium : " Ce fut après que les apôtres eurent interrogé leur divin maître sur l'époque de son avènement qu'il leur fit cette réponse : Ce n'est pas a vous de savoir les temps et les moments que mon Père a réservés à son souverain arbitrage (Act., I, 7). De vouloir donc trouver par le calcul l'époque de la fin du monde et du dernier avènement de Jésus-Christ, c'est vouloir précisément ce qu'il nous assure que personne ne peut savoir. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne viendra point, que l'Evangile n'ait été prêchée par toute la terre, pour servir de témoignage à toutes les nations. Car Jésus-Christ dit formellement que ce sera alors que la fin arrivera. Or, dire que ce sera alors qu'elle arrivera, c'est dire qu'elle n'arrivera pas auparavant. Il peut être incertain pour nous combien il se passera de temps, à partir de celui où l'Evangile aura été prêchée pour tout le monde, jusqu'au temps marqué pour le jugement ; mais toujours est-il certain qu'il ne reviendra pas avant cette dernière époque. Si donc des serviteurs de Dieu entreprenaient de parcourir la terre entière pour voir combien il reste de nations à qui l’Evangile n'ait pas encore été prêchée et qu'ils en vinssent à bout, peut-être que sur leur rapport nous pourrions juger à peu près combien de temps doit encore s'écouler jusqu'à la fin du monde. Mais si tout ce qu'il y a dans le monde de déserts et de lieux inaccessibles rend impossible l’exécution d'un tel projet, et si l'on ne peut par conséquent savoir par ce moyen combien il y a encore aujourd'hui de nations qui n'aient point été éclairées de la lumière de l'Evangile, on peut encore moins, a mon avis, trouver par l’Ecriture combien il reste de temps jusqu'à la fin du monde, puisqu'elle nous dit,

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au contraire, que personne ne peut savoir les temps que le Père éternel a réservés à son souverain arbitrage. "

" Ainsi, quand même nous saurions avec certitude que l’Evangile aurait déjà été prêchée dans toutes les nations, nous ne saurions pas pour cela combien il reste de temps à s'écouler jusqu'à la fin du monde, et tout ce que nous pourrions dire, c'est que nous en approchons de plus en plus (Cf. Les Lettres de saint Augustin, trad. en français, Paris, 1684, tome V, p.514-517). "

19. Le même, Epist. LXXX (al. 199), ad cumdem Hesychium : " Jésus-Christ n'a pas dit à ses apôtres : Ce n'est pas à vous d'annoncer la fin des temps, mais : Ce n'est pas à vous de savoir les temps (Act., I, 7). Vous direz peut-être que, quand il a dit : Ce n'est pas à vous de savoir, c’était comme s'il eût dit : Ce n'est pas à vous de faire savoir et d'enseigner. Mais si cela est, qui de nous osera entreprendre d'enseigner ou de présumer savoir ce que les apôtres, ces docteurs si sublimes et si saints, n'ont pu savoir eux-mêmes, attendu que leur divin maître n'a rien voulu leur en dire, quoiqu'ils l’eussent interrogé sur ce sujet, pendant qu'il était encore parmi eux, et dont ils n'ont pu par conséquent donner aucune connaissance à l'Eglise ? . . . "

" Il n'a pas voulu qu'on prêchât ce qu'il ne nous était pas utile de savoir. . . "

" Je doute néanmoins que, quelques lumières ou quelque pénétrations qu'on puisse avoir, on découvre rien de plus certain sur ce sujet que ce que j'ai dit dans ma première lettre, qu'il faut,

avant que la fin du monde arrive, que l'Evangile ait été publié par toute la terre. Quant à ce que croit votre Révèrent que les apôtres l'ont d'avance prêché en tous lieux, j'ai montré par des preuves incontestables qu'il n'en est rien, puisque dans notre Afrique même il y a une infinité de peuples barbares chez qui il n'a point été prêché comme nous pouvons nous en assurer tous les jours par les prisonniers faits sur ces peuples, et rangés aussitôt parmi les esclaves de l'empire (Cf. Les Lettres de saint Augustin, p. 537, 539, 592-593). "

20. S. HIPPOLYTE, évêque et martyr, in oratione quæ inscribitur de consummatione mundi, etc. (Cet ouvrage n’est pas de saint Hippolyte. V. les Pères de l’Eglise, trad. de Genoude. Il est du reste fort ancien, et le texte grec ou original en a été livré à l’impression dès le milieu du seizième siècle. Voir sur ce sujet la Biographie universelle). L'auteur de cet ouvrage com-

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mence par rapporter les témoignages des prophètes ; puis il ajoute : " Les temples de Dieu seront traités comme des maisons profanes, et partout on détruira les églises ; les Ecritures seront regardées comme de nul prix, et partout on répète les chants de son ennemi mortel. A la suite de ces profanations, il y aura un débordement épouvantable de fornications, d'adultères de parjures, d'enchantements, de divinations, et partout, du milieu des peuples qui se diront encore chrétiens, s’élèveront de faux prophètes, de faux apôtres, des multitudes d'imposteurs, de corrupteurs, de malfaiteurs, de détracteurs, d’adultères, de fornicateurs, de ravisseurs, d'avares, de parjures, de calomniateurs ; les pécheurs ne seront plus que des loups pour leurs troupeaux ; les moines n'auront plus de goût que pour les plaisirs du siècle ; les riches n'auront plus d'entrailles pour les pauvres ; les magistrats ne prendront plus la défense de l'indigent, etc. " Puis il cite plusieurs témoignages des Evangiles et des écrits des Apôtres et celui de Daniel, faisant le portrait de l’Antechrist. Saint Hippolyte enseigne que ce fléau de Dieu naîtra de la tribu de Dan, et qu'il bâtira à Jérusalem un temple en pierre. Il dit ensuite : " Le premier avènement de Jésus-Christ a eu Jean-Baptiste pour précurseur ; le second, où il viendra dans sa gloire, fera reparaître sur la terre Hénoch, Elie, et Jean le Théologien, " qui mettra à mort la bête qui sortira du sein des eaux. Il dépeint ensuite le caractère de l'Antechrist, son hypocrisie, ses faux miracles, ses fraudes, son arrogance, son ambition, son règne, qui devra durer trois ans et demi, sa cruauté et la persécution violente qu'il fera à l’Eglise. Au plus fort de cette persécution " tous, " continue notre écrivain " recourront à l'Antechrist, forcés qu'ils y seront par la disette de vivres, et ils se prosterneront devant lui ; et il leur imprimera son caractère à la main droite et, sur le front, afin que personne ne se serve désormais de sa main droite pour marquer sur son front le signe de la croix. A partir donc de ce moment, personne ne pourra plus imprimer le signe de la croix sur ses membres, mais tous s'attacheront au séducteur et le serviront, sans qu'aucun sentiment de repentir les fasse rentrer en eux-mêmes. . . . "

" Les montagnes et les collines, et les arbres de la plaine seront en deuil au sujet de la race humaine, parce que tous se seront éloignés du Dieu de sainteté pour ajouter foi à l'imposteur, et auront consenti à recevoir le caractère de ce pervers ennemi de Dieu, à la place de la croix salutaire du Sauveur. Les

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églises seront aussi plongées dans un deuil profond, parce qu'il n'y aura plus ni oblation, ni sacrifice, ni culte agréable à Dieu ; mais les sanctuaires les plus révérés seront métamorphosés en granges, et le précieux sang, le sang de Jésus-Christ cessera d'être offert dans ces jours-là. La liturgie sera abolie ; le chant des psaumes ne se fera plus entendre : les saintes Ecritures n'instruiront plus les peuples. D'épaisses ténèbres s’étendront sur toutes les intelligences ; il y aura malheur sur malheur, calamité sur calamité. . . . "

Enfin il en vient à décrire dans les termes suivants l'arrivée de Jésus-Christ, venant juger tous les hommes : " Du levant au couchant, on verra paraître le signe de la croix, surpassant par son éclat le soleil lui-même, et qui annoncera à tous l'arrivée et l'apparition du juge prêt à rendre à chacun selon ses œuvres. . . Il dira aux impies : " Tous ceux qui auront été indifférents pour l'accomplissement de leurs devoirs, et qui n'auront pas exercés ici-bas la miséricorde par la pratique des bonnes œuvres, n'auront aucun droit à des récompenses, et il ne leur est dû que les ardeurs d'un feu que rien ne pourra éteindre. Je suis bon pour tout le monde, mais je suis aussi un juste juge. Je récompenserai chacun selon son mérite, je paierai à chacun le juste salaire de son travail ; je décernerai à chacun la couronne qu'il aura mérité par ses combats. Je voudrais user de miséricorde envers vous, mais je n'aperçois pas d'huile dans vos lampes. Je voudrais me montrer compatissant à votre égard, mais vous n'avez été vous-même compatissants pour personne. . . Vous avez confessé que j’étais le Seigneur, mais vous n'avez pas obéi à mes paroles. Vous avez imprimé sur vous le signe de ma croix, mais vous l'avez couverte d'opprobres par votre dureté pour les pauvres. Vous avez reçu mon baptême, mais vous n'avez pas gardé mes commandements, et vous n'avez pas étouffée dans vos cœurs la haine que vous nourrissiez contre vos frères. Car ce n'est pas celui qui me dit : Seigneur ; Seigneur, qui sera sauvé, mais celui-là seulement qui accomplira ma volonté (MATTH., VII, 21). Et ceux-ci seront précipités dans les supplices éternels, tandis que les justes entreront dans la vie éternelle (MATTH., XXV, 46). "

" Vous avez entendu, mes bien-aimés, la sentence que prononcera le Seigneur ; vous savez ce qu'il dira à chacun ; vous n'ignorez plus combien sera sévère le jugement qui nous est réservé ; vous pouvez en pressentir le jour et l'heure. Pensons-y chaque jour ; méditons là-dessus jour et nuit, dans nos maisons,

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et sur les places publiques et dans les églises, afin qu'à ce jugement terrible, où il n'y aura d'acception pour personne, nous n'ayons pas à comparaître condamnés d'avance, consternés et abattus, mais avec une conscience pure, avec le témoignage de nos bonnes œuvres, de la sainteté de notre vie et de l'intégrité de notre foi, et que ce Dieu infiniment bon et infiniment miséricordieux puisse nous adresser ces paroles : Votre foi vous a sauvé ; allez en paix (LUC, VII, 50) : courage, serviteur bon et fidèle ; vous avez été fidèle en de petites choses, et je vous établirai sur de grandes ; entrez dans la joie de votre maître (MATTH., XXV, 21) (Cf. To? ???????????? I????????, ????????? ??? ???????? ????? ???? ??? ????????? ??? ??????, ??? ???? ??? ‘A??????????, etc., typis regiis, 1556, p. 10-65). "

21. S. JEAN DAMASCENE, Lib. IV orthodoxæ fidei, c. 27 : " Il est important de savoir que l'Antechrist viendra certainement. A la vérité, quiconque nie que Jésus-Christ soit venu au monde dans une chair véritable, qu'il soit Dieu parfait et homme parfait, et qu'il soit créature sous ce dernier rapport comme il est Dieu de toute éternité sous le premier, quiconque, dis-je, nie quelqu'une de ces choses est un Antechrist (JEAN, II, 22). Mais de plus nous appelons Antechrist, d'une manière toute spéciale celui qui doit venir aux approches de la fin du monde. Premièrement donc, comme l'a dit Notre-Seigneur, il est nécessaire que l’Evangile soit prêché chez tous les peuples (MATTH., XXIV, 14), et après cela l’Antechrist viendra pour mettre à découvert l'impiété des Juifs. Car voici le reproche que Notre-Seigneur leur a adressé : Je suis venu au nom de mon Père et vous ne m'avez pas reçu. Un autre viendra en son propre nom, et vous le recevrez (JEAN, V, 43). Et l'Apôtre a dit à son tour : Parce qu'ils n’ont pas reçu et aimé la vérité pour être sauvés, Dieu leur enverra des illusions si efficaces, qu'ils croiront au mensonge, afin que tous ceux qui n'ont point cru la vérité, et qui ont consenti à l'iniquité, soient condamnés (II Thess., II, 10-11). Ainsi les Juifs n'ont point reçu Notre-Seigneur Jésus-Christ Dieu et Fils de Dieu, et ils recevront au contraire l'imposteur qui s'arrogera la divinité. Car, qu'il doive usurper le nom de Dieu, c'est ce que l'ange fait bien voir quand il dit à Daniel : Il n'aura aucun égard au Dieu de ses pères (DAN., XI, 37). L’Apôtre a dit de même : Que personne ne vous séduise en quelque manière que ce soit (II Thess., II, 3-4) ; car Jésus-Christ ne viendra pas, que la révolte et l'apostasie ne soient arrivées

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auparavant, et qu'on n'ait vu paraître cet homme de péché qui doit périr misérablement, cet ennemi de Dieu qui s'élèvera au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu ou qui est adoré, jusqu’à s'asseoir dans le temple de Dieu, voulant lui-même passer pour Dieu. Or, par le temple de Dieu, l'Apôtre entend ici non nos temples à nous, mais l'ancien temple des Juifs. Car ce n'est pas pour nous, mais pour les Juifs qu'il viendra ; et il ne viendra pas comme pour soutenir la religion de Jésus-Christ, mais pour lui faire la guerre. Et c'est aussi pour cela qu'il est appelé Antechrist. Il est donc nécessaire que l'Evangile soit premièrement prêchée chez tous les peuples (MATTH., XXIV, 14) ; et alors se montrera l'impie, que le Seigneur détruira par le souffle de sa bouche, et qu'il perdra par l’éclat de sa présence ; cet impie qui doit venir accompagné de la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges trompeurs, et avec toutes les illusions qui peuvent porter à l'iniquité ceux qui se perdent (II Thess., II, 8-10). Car on doit bien se garder de penser que le diable doive un jour se faire homme pour nous perdre, comme le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous sauver ; mais un homme naître de la fornication, et aspirera en lui-même tout le venin de Satan. Dieu, en effet, qui a prévu l'incroyable perversité de cet homme à venir, permettra que le démon établisse en lui sa demeure. Il naîtra donc de la fornication, comme nous venons de le dire ; il recevra en secret son éducation, et puis il paraîtra tout-à-coup, portant sa tête en haut, et il s'emparera de l'autorité. Dans les commencements de son empire, ou plutôt de sa tyrannie, il trompera les hommes par des apparences de bonté. Mais dès qu'une fois il sera le maître, il persécutera l’Eglise de Dieu, et produira au grand jour toute sa perversité. Il viendra accompagné de signes et de prodiges de mensonge, c'est-à-dire qui n'auront rien de vrai, et il réussira à séduire et à détacher du vrai Dieu ceux dont la foi est faible et n'est point appuyée sur un solide fondement, de sorte que même les élus, si la chose était possible, seront presque entrainés dans la même défection (MATTH., XXIV, 24). Mais alors Dieu enverra Hénoch et Elie le Thesbite (Apoc., XI, 3), et ils réuniront les cœurs des pères avec leurs enfants, c'est-à-dire la Synagogue avec l'Eglise de Notre-Seigneur Jésus-Christ et avec la doctrine enseignée par les apôtres ; après quoi ils seront mis à mort par l’Antechrist. Et c'est alors que Notre-Seigneur, Dieu parfait et homme parfait, viendra plein de gloire et de puissance, de la même manière que les apôtres l'ont vu s'élever dans le ciel, et

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détruira par le souffle de sa bouche cet homme de péché et de perdition. "

22. S. AUGUSTIN, liv. XX de la Cité de Dieu, c. 16 : " Alors la figure de ce monde passera par l’embrasement de l'univers, comme elle passa autrefois par le déluge. Cet embrasement consumera donc les qualités des éléments corruptibles qui étaient appropriées à nos corps corruptibles, pour leur en donner d'autres qui conviendront à des corps immortels, afin que le monde renouvelé soit en harmonie avec les corps des hommes renouvelés pareillement. "

23. Ibidem, c. 18 : " (L'apôtre saint Pierre) en rappelant l'antique catastrophe du déluge (II PIERRE, III, 7), semble nous avertir de la manière dont l'univers doit périr un jour. Il dit en effet que le monde qui était alors périt, et non-seulement ce globe terrestre, mais encore les cieux, c'est-à-dire ces espaces de l'air, dont les eaux, en montant, avaient envahi la place. Tout ou presque tout l'air (qu'il appelle le ciel ou plutôt les cieux, séjour des vents, et non cette région sublime où se trouvent le soleil, la lune et les étoiles et transforma donc cet élément liquide, et périt ainsi avec la terre, dont le déluge avait déjà détruit la face primitive. Mais, ajoute l'Apôtre, les cieux et la terre d'aujourd'hui ont été rétablis par la même parole de Dieu, et sont réservés au feu pour le jour du jugement et de la ruine des impies. "

" Ainsi ce ciel, cette terre, c'est-à-dire ce monde sorti des même eaux, et rétabli à la place de l'ancien monde englouti par le déluge, est réservé lui-même aux flammes dernières, pour le jour du jugement et de la ruine des impies. Car il n'hésite pas à nommer ruine cette transformation des hommes, bien que leur nature doive subsister dans les supplices éternels. Quelqu'un dira peut-être : Si le monde brûle après le jugement, avant l'apparition d'un ciel nouveau et d'une terre nouvelle, au moment de cette conflagration universelle, où seront les saints ? Car, puisqu'ils auront des corps, il faut bien qu'il y ait un lieu corporel qui les renferme. Nous pouvons répondre qu'ils pourront s’élever à des hauteurs non moins inaccessibles à la flamme du futur incendie qu'aux ilots de l'ancien déluge. Car telles seront alors les propriétés de leurs corps, qu'ils pourront demeurer là où il leur plaira. Que dis-je ? Immortels et incorruptibles, ils n'auront pas même à craindre le feu de cet incendie général, pas plus que les corps des trois jeunes hommes de Babylone,

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quoique mortels et corruptibles, n'eurent à souffrir des atteintes de la fournaise ardente (Cf. La Cité de Dieu, etc., trad. par L. Moreau, t. III, p. 316-322). "

24. S. CHRYSOSTOME, Hom. XLVI ad populum Antiochenum, (al. XIV in Matthæum) : " Ayons confiance dans la miséricorde de Dieu, et témoignons par nos actions que nous nous appliquons sérieusement à la pénitence, plutôt que de nous laisser surprendre par ce jour effroyable, qui rendrait tous nos regrets inutiles. Car maintenant tout dépend encore de vous ; au lieu qu'alors votre arrêt serait irrévocable et ne, dépendrait plus que de votre juge. Prévenons sa face, comme dit l'Ecriture, en confessant nos péchés : pleurons et soupirons en sa présence (Ps. XIV, 6). Si nous sommes assez heureux pour fléchir notre juge, et le porter à nous pardonner avant qu'il prononce la sentence, nous n'aurons plus ensuite besoin d'intercesseur auprès de lui : comme au contraire, si nous négligeons cet avis, il nous fera paraître un jour en présence de toute la terre, et il ne nous restera plus alors aucune espérance de pardon. Si nous ne nous guérissons maintenant de nos péchés, nous ne pourrons pas alors éviter d’en être punis. "

" Comme nous voyons que ceux qu'on tire ici des prisons sont présentés tout enchaînés devant le juge, ainsi les âmes, au sortir de ce monde, paraîtront chargées des chaînes de leurs péchés devant ce redoutable tribunal. "

Ibidem, sub finem (al. hom. XIII in Matthæum) : " Dieu ne punit pas tous les méchants dans ce monde, de peur que vous ne cessiez ou d'attendre la résurrection, on de craindre le jugement, comme si tous avaient été jugés dès cette vie. Dieu ne laisse pas non plus dans le monde tous les crimes impunis, afin que vous ne doutiez pas de sa providence. Ainsi il punit quelquefois, et quelquefois il ne punit pas. Lorsqu'il punit en cette vie, il fait voir que ceux qui n'y auront pas été punis le seront en l'autre, et lorsqu'il ne punit pas, il exerce notre foi, et il veut que nous attendions un autre jugement sans comparaison plus redoutable que ceux du monde (Cf. Homélies de saint Jean Chrysostôme sur saint Matthieu, tome Ier, p. 304-305, et 289.) ; S. Joannis Chrysostomi opera, tome VII, p. 183 et 177, édit. de Montfaucon ; p. 210 et. 203, édit. de Gaume). "

25. Le même, Hom. XLVII ad populum Antiochenum (al. LXXVI in Matthæum) : " Comment pourrons-nous supporter les regards de notre juge, lorsque nous serons au pied de son tribunal, et

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qu'il examinera avec tant de sévérité toutes les actions de notre vie ? "

" Que s'il se trouve quelqu'un parmi vous qui ne croie point à ce jugement dont Jésus-Christ nous menace, qu'il considère ce qui se passe en ce monde. Qu'il voie tant de misérables dont les uns gémissent dans les prisons, les autres sont condamnés aux métaux, les autres pourrissent sur un fumier, les autres sont tourmentés par les démons, les autres tombent dans l'égarement d'esprit, les autres éprouvent des maladies incurables, les autres sont réduits à la pauvreté, les autres endurent la faim et les dernières extrémités, et les autres enfin gémissent dans une dure servitude. Représentez-vous, dis-je, tous ces maux, et dites-vous à vous-mêmes que Dieu ne permettrait point que toutes ces personnes souffrissent tant, s'il ne devait punir de même ceux qui ne sont pas moins coupables qu'eux (Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, t . VII, Hom. LXXVI, al. LXXVII in Matthæum, p. 739, édit. de Montfaucon ; p. 834, édit. de Gaume ; Homélies de saint Jean Chrysostôme, t. III, p. 413). "

26. Le même, in Epist. ad Romanos, Hom. V : " Que chacun donc, rentrant dans sa propre conscience et repassant ses péchés, se demande à soi-même un compte sévère pour n'être pas condamné un jour avec l'univers. Que le tribunal d'où cette sentence sera prononcée sera terrible ! combien ce trône ne doit-il pas nous inspirer de respect ! Qui ne tremblerait à la pensée de ce compte à rendre, de ce fleuve de feu qui engloutira ses victimes ? Le frère ne rachète point son frère ; un autre homme le rachètera-t-il (Ps. XLVIII, 8) ? Rappelez à votre mémoire ce qui est dit dans l’Evangile des anges qui s'empresseront de rassembler des quatre coins du monde les élus de Dieu, de la chambre nuptiale fermée aux vierges folles, des lampes qu'elles n'auraient pas dû laisser s'éteindre, des puissances infernales jetant la paille inutile dans un feu qui ne s’éteindra jamais. Considérez encore que si tel d'entre nous tous voyait ses désordres secrets dévoilés en ce moment même aux yeux de toute cette assemblée, il préférerait voir la terre s'entrouvrir sous ses pieds, plutôt que d'avoir tant de témoins de ses infamies. Quelle sera donc notre confusion, lorsque notre vie entière sera produite à la vue de l'univers entier sur un théâtre aussi éclatant, et sera mise sous les yeux des amis comme des étrangers (Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, t. IX, p. 469, édit. de Montf.; p. 512, édit. de Gaume) ? "

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27. Le même, in Epist. ad Philippenses, Hom. XIII : " Quand vous supposeriez mille feux d'enfer, vous ne diriez rien qui égale l'angoisse qu'éprouvera une âme dans ce moment terrible où tout l'univers sera ébranlé, où les anges sonneront de la trompette, où toutes les phalanges des esprits célestes se déploieront avec ordre, d'abord la première, puis la seconde, puis la troisième, puis une infinité d'autres qui se répandront sur la terre, puis les chérubins dont la troupe est si nombreuse, puis les séraphins allant la rencontre du roi de gloire, et rassemblant les élus des quatre coins du monde, puis Paul et ses disciples s'élevant étant chargés de couronnes, comblés d'honneurs et de louanges par le souverain roi plus que tout le reste de l’armée céleste. Quand même il n'y aurait pas d'enfer, quel sentiment pourrait-on éprouver en se voyant plongé dans l'opprobre, tandis que tant d'autres seraient comblés de gloire ! Le feu de l'enfer est un supplice intolérable, je l'avoue, mais quelque chose de plus intolérable encore, ce sera de se voir exclu du royaume des cieux. Car, dites-moi, si un roi ou un fils de roi, après être parti pour la guerre, et s'y être attiré l'admiration des troupes par son habileté dans l'art militaire, rentrait dans sa ville avec ses soldats victorieux, avec ses trophées, avec tous les ornements de son triomphe, et qu'il trainât derrière lui une foule de captifs, de généraux, de satrapes, d'archontes, de tyrans faits prisonniers. . . , ne serait-ce pas pour ces derniers un supplice des plus cruels, quand même il ne leur en infligerait pas d'autres que celui-là (S. Joannis Chrysostomi opera, t. XI, p. 302, édit. de Montfaucon ; pag. 346-347, édit. de Gaume. Cet extrait et le précédent ont pour titre dans Canisius Homilia XLVIII ad populum Antiochenum ; or, les éditions actuelles des œuvres de saint Jean Chrysostôme ne portent qu'à 21 le nombre des homélies intitulées Homiliæ ad populum Antiochenum) ? "

28. S. EPHREM de Syrie, Lib. de judicio extremo, c. 1 : " Nous n'aurons pour nous défendre dans ce jour du jugement que les œuvres bonnes et saintes qui nous auront accompagnées à notre mort. Car il faudra que chacun de nous présente les actions qu'il aura faites, et les pensées qu'il aura eues, devant le tribunal de ce juge redoutable. Mon cœur palpite de crainte et les forces m'abandonnent, quand je rappelle à ma mémoire que nos pensées, nos paroles et nos actions seront manifestées au jour du jugement. Les arbres, quand le temps est venu pour eux d'avoir du fruit, commencent par former un bourgeon en eux-mêmes ;

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puis, conformément à l'ordre établi par la divine providence, ce bourgeon se montre au dehors, puis enfin les fruits et les feuilles. C'est ainsi que dans ce jour terrible tous les hommes épanouiront pour ainsi dire, devant le tribunal de Dieu le bien ou le mal qu'ils auront fait en secret dans cette vie, qui est pour eux en quelque sorte le temps de la germination. Alors les justes et les saints sembleront des arbres couverts de fruits mûrs aussi doux au goût qu'agréables à la vue ; les martyrs présenteront leurs fruits mûris par la patience dans leurs tourments ; les saints moines présenteront les fruits impérissables de leur continence, de leur humilité, de leur obéissance, de leurs veilles et de leurs prières. Les pécheurs, au contraire, les impies, les profanes, présenteront des fruits aussi hideux à voir que mauvais à manger, des fruits de honte et d'opprobre, à cause de leurs pleurs sans fin et de leurs éternels gémissements, du ver qui les ronge et du feu inextinguible qui les dévore. Qu'il sera terrible ce jugement, mes frères, où tout sera dévoilé sans besoin de témoins. Là seront présents des milliers et des millions, et des millions de millions d'anges, d'archanges, de chérubins et de séraphins. Là seront assemblés les chœurs des justes, des patriarches, des prophètes, des apôtres, des martyrs, et la troupe de tous les saints. "

Ibidem, c. 5 : " Heureux l'homme à qui il sera donné d'avoir confiance en ce jour-là et à qui sera adressé cette bienheureuse sentence : Venez, les bénis de mon père, recevez le royaume qui vous a été préparé dès l'origine du monde (MATTH., XXV, 34). Alors les justes, se voyant tout investis de lumière dans ce jour de gloire, se diront à eux-mêmes dans leur admiration : Est-ce bien moi ? et comment ai-je été trouvé digne de cette gloire ? Les anges de leur côté, s'approchant des saints avec de grandes démonstrations de joie, leur rappelleront la vie sainte qu'ils ont menée, la continence qu'ils auront pratiquée, leurs veilles, leurs prières leur pauvreté volontaire, leur exacte frugalité, la patience avec laquelle ils auront enduré la soif et la faim, enfin tout ce qu'ils auront souffert avec tant de courage et de persévérance pour l'amour de Jésus-Christ. A cet éloge que leur adresseront les anges transportés de joie, les justes répondront : Pendant tout le temps que nous avons été sur la terre, nous n'avons pas passé un seul jour parfaitement exempt de fautes, nous n'avons pas fait une seule action parfaitement bonne. Mais les anges, insistant sur leurs éloges, rappelleront aux justes le temps et le lieu de chacune de leurs bonnes œuvres et, pleins d'admiration pour leur

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humilité, ils glorifieront Dieu pour l'éclat éblouissant dont il revêtira les corps des saints dans le ciel. "

29. Le même, Lib. de verâ pænitentiâ, c. 3 : " A la fin des siècles, quand sera arrivé le moment du second avènement du Sauveur, sa sainte croix entourée de gloire, et d'une multitude sans nombre d'esprits célestes, est ce qui paraîtra d'abord ; elle sera pour ses ennemis un objet de terreur, pour les fidèles, au contraire, un sujet de gloire comme de joie, puisqu'elle leur annoncera l'arrivée du monarque céleste. "

Ibidem, c. 4 : " Mais que pensez-vous qui doive arriver, lorsque cette croix glorieuse aura commencé à rayonner dans les cieux ? On verra alors des choses si grandes et si admirables, que jamais il n'y en a eu, que jamais il n'y en aura de pareils exemples. Actuellement même, souvent au bruit du tonnerre ou à l'éclat des éclairs, tout le monde est saisi de terreur et se prosterne à terre d'épouvante. Comment donc pourrons-nous soutenir le bruit de la trompette qui retentira d'une manière si effrayante au milieu du ciel, et qui réveillera de leurs tombeaux les bons et les méchants, les justes et les injustes, les pieux fidèles et les impies ? Aussitôt après que la trompette aura sonné, tous les tombeaux rendront les ossements qu'ils recèlent et on verra ces ossements se rapprocher les uns des autres, se rejoindre, et se revêtir comme auparavant de fibres, de veines et de nerfs. Lorsque nous verrons le genre humain tout entier se lever, chacun à sa place, et tous se rassembler pour être jugés ; la terre et la mer rendre, chacun de leur côté, leurs morts ; les corps dévorés par les bêtes féroces, par les poissons ou par les oiseaux, revenir à leur premier état ; tous ressusciter en un clin-d'œil, et paraître pleins de vie devant le tribunal, sans qu'il ait péri un seul de leurs cheveux ; lorsque nous verrons un fleuve de feu s'étendre de l'orient à l'occident, et, comme une mer en courroux, dévorer les montagnes et les vallées, incendier toute la terre et tout ce qu'elle contient ; alors, mes bien-aimés, on verra se tarir les fontaines, s'enfuir les fleuves, la mer se dessécher, l'air s'agiter, les étoiles tomber du ciel comme des feuilles d'automne, le soleil refuser sa lumière, la lune se changer en sang, le ciel se rouler comme un livre (On sait qu'autrefois les livres étaient de véritables rouleaux ; de là cette expression encore aujourd'hui en vogue, faire des rôles d'écriture) ; lorsque nous verrons les anges envoyés de Dieu se hâter de remplir leur mission, et rassembler en

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un même lieu tous les élus, du couchant à l'aurore ; lorsque nous verrons un ciel nouveau et une terre nouvelle devenus le séjour de la justice ; lorsque nous verrons ce trône majestueux sur lequel sera assis le Dieu de l'univers, entouré de milliers d'anges saisis de tremblement en sa présence ; lorsque nous verrons le signe du Fils de l'homme, c’est-à-dire la sainte croix, précieuse source de notre salut, briller au haut du ciel, et jeter sur le monde entier un éclat supérieur à celui du soleil, et qu'à l'aspect de ce spectre royal et glorieux, tous reconnaîtront la prochaine arrivée du roi lui-même autrefois cloué sur ce bois : alors chacun saisi de crainte se demandera à soi-même comment il pourra paraître devant le Christ, quel compte il aura à lui rendre. Et si la conscience nous reproche des crimes dont nous resterions coupables, nous serons tristes, abattus, plongés dans l’inquiétude, en attendant la sentence qui devra être portée contre nous. Car chacun verra clairement toute la suite de ses actions bonnes et mauvaises exposée à ses propres yeux. . . . . "

" Ce sera, mes frères, un moment bien solennel et bien terrible, que celui où seront ouverts ces livres effrayants qui contiendront tout ce que nous aurons fait comme tout ce que nous aurons dit, et que nous aurons peut-être cru pouvoir cacher à Dieu, qui sonde les reins et les cœurs. Dans ces livres seront écrites non-seulement nos actions, mais même nos intentions et toutes nos pensées. Oh ! que de gémissements, que de larmes, lorsque nous verrons de nos yeux, d'un côte ce magnifique royaume du ciel, de l'autre ces supplices éternels, ces tortures horribles mises en évidence, et entre ces deux alternatives le genre humain tout entier, depuis le premier homme immédiatement créé de Dieu jusqu'au dernier venu de ses descendants, tous la face contre terre et dans l'attitude de l'adoration. Tous donc, ainsi placés entre le royaume du ciel et les éternels supplices, entre les torrents de joie et l'affreux désespoir, tous prosternés à terre attendront, saisis d'inquiétude et de crainte, leur dernière sentence. "

Ibidem, c. 5 : " Alors la demande sera faite à chacun des disciples de Jésus-Christ de montrer exempt de taches le sceau du baptême qu'il aura reçu, et pure de toute hérésie la foi qu'il aura professée. Alors, ô mes frères, ô les amis du Christ, toute l'espèce humaine sera comme suspendue entre la vie et la mort, entre la royauté et l'esclavage, entre des jours sans fin et des douleurs sans remède. A chacun on redemandera le sceau royal

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qu'il aura reçu dans le jour où il aura été introduit par le baptême dans l'Eglise catholique, et cette robe sans tache dont il aura été revêtu au moment où, en présence d'une foule de témoins, il aura fait cette profession de foi : Je renonce à toi, Satan, et à toutes tes œuvres. On nous demandera alors à justifier notre fidélité à ce renoncement solennel, que les anges ont eu soin d’inscrire dans les registres célestes. On nous demandera compte, à tous nous autres chrétiens, de cette solennelle profession de lui. Les pasteurs, les évêques et les ouailles que Jésus-Christ les a chargés de paître, to us seront examinés sur la manière dont ils auront accompli ou violé leurs devoirs. S'il est arrivé qu'une brebis se soit perdue par l'effet de la négligence du pasteur, on redemandera à celui-ci le sang dont il aura occasionné la perte. Il en sera de même de l'abbé de monastère, qui aura à répondre tant pour lui-même que pour son troupeau ; de même du prêtre, pour la partie du peuple chrétien qui lui aura été confiée ; de même des diacres, des lecteurs et de tous les fidèles, pour les âmes qui auront composé leur maison, pour leurs femmes, leurs enfants, leurs serviteurs et leurs servantes, à qui ils auront dû inspirer la crainte de Dieu, en les corrigeant et les instruisant, comme dit l’Apôtre, selon le Seigneur (Ephés., VI, 4). Alors les princes et les rois, les riches et les pauvres, les petits et les grands, seront interrogés chacun sur leurs propres œuvres. Car il est écrit que nous devons tous comparaître devant le tribunal de Jésus-Christ afin que chacun reçoive ce qui est dû aux bonnes ou aux mauvaises actions qu'il aura faites pendant qu'il était revêtu de son corps (II Cor., V, 10). Il est encore dit ailleurs : Personne ne pourra les arracher de mes mains (Deut., XXXII, 39). "

Ibidem, c. 8 : " Alors la séparation se fait entre eux, et ils prennent chacun leur direction opposée sans espérance de se revoir jamais. Qui serait assez insensible pour ne pas pleurer amèrement à la pensée de ce jour fatal ? Alors les évêques sont séparés des évêques, les diacres des diacres, les sous-diacres et les lecteurs de leurs anciens associés. Alors ceux qui auront été rois seront séparés de la troupe des élus, et pleureront comme des enfants en se voyant chassés comme de vils esclaves. Alors les princes et les riches insensibles aux besoins des pauvres se répandront en gémissements, et, réduits à une affreuse nudité, ils porteront ça et là leurs regards abattus. Ils chercheront du secours de tous côtés ; et n’en trouveront nulle part . . . . . "

" Pour tout dire en peu de mots, chassés à coups de fouets,

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comme de vils troupeaux, par les anges exécuteurs des vengeances divines, ils s'en iront dans les abîmes en rugissant de rage, en grinçant les dents, et en regardant de fois à autre derrière eux, comme pour essayer de voir les justes et d'être témoins de leur joie, qu'ils ne pourront plus partager eux-mêmes. Ils entrevoient dans cette lumière ineffable ces joies du paradis, ces magnifiques récompenses que recevront du roi de gloire ceux qui auront combattu selon les règles. Ils voient leurs proches, leurs amis entrer en jouissance de cette éternelle félicité, et, confus de s'en être rendus indignes, ils éclatent en lamentations et en gémissements. Bientôt ils s'en vont totalement séparés d'eux, et Dieu même est le mur qui les en sépare, de sorte qu'ils ne peuvent plus même regarder derrière eux, et qu'ils sont à jamais privés de la vue de cette pure et immense lumière en même temps qu'ils voient s'ouvrir à leurs pieds l'abîme affreux où leur sont préparés d’éternels supplices. Là encore on les sépare les uns des autres, et on assigne à chacun son cachot particulier, selon la peine particulière qu'il aura méritée. " Pour plus de détails, voir le sermon du même saint sur la résurrection et le jugement à venir, et son livre de la résurrection, du jugement, du royaume des cieux et de la pureté de l'âme.

30. S. AUGUSTIN, Serm. LXVII de tempore (Ce sermon ne paraît pas être de saint Augustin. V. NAT. ALEX., Hist. eccles., t. V, p. 103) : " Que ferons-nous, mes bien-aimés, en ce terrible jour du jugement, lorsque tout le monde tremblant de crainte, le Seigneur, précédé d'une troupe d'anges qui feront retentir leurs trompettes, se sera assis sur le trône de sa majesté, tout rayonnant de gloire et entouré d'esprits céleste ; lorsqu'ayant devant lui tous les hommes sortis de la poussière du tombeau, dont chacun a pour témoin secret sa propre conscience, il mettra sous les yeux de tous les châtiments préparés aux pécheurs, les récompenses réservées aux justes, et demandera compte à chacun de la vie qu'il aura menée, et montrant à ceux qui auront méprisé sa miséricorde toute la sévérité de sa justice, leur dira : O homme, je t'ai tiré de mes propres mains du limon de la terre ; j'ai animé tes membres en y incitant un souffle de vie. . . ; pour toi, j'ai essuyé les moqueries, j'ai enduré les soufflets et les crachats, j'ai été abreuvé de fiel et de vinaigre ; j’ai été flagellé, couronné d'épines, attaché à une croix, percé d'une lance ; et pour t'arracher à la mort, j'ai sacrifié dans

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les tourments ma propre vie. Vois les traces des clous dont mes pieds et mes mains ont été percés. Vois mon flanc percé d'une lance. J’ai pris sur moi tes propres douleurs, pour te procurer la gloire ; j'ai subi pour toi la mort, afin que tu pusses vivre éternellement. J’ai été enseveli dans un tombeau, pour que tu régnasses dans le ciel. Pourquoi as-tu perdu le fruit de tout ce que j'ai enduré pour toi ? Pourquoi, ingrat, as-tu dédaigné la grâce de la rédemption que je t'offrais. . .? Et puisqu'après avoir commis tous ces crimes tu as refusé de recourir au remède de la pénitence, tu ne mérites plus que d'entendre la sentence de ta condamnation. Quel grincement de dents ce sera, lorsque, tandis que tous les saints seront placés à la droite du roi et admis dans le séjour de la gloire, tous ces hommes de péchés, précipités dans l'abîme sans espoir de grâce ou de pardon, se verront exclus par leurs propres ténèbres de la lumière des bienheureux, et descendant, descendant encore dans le gouffre infernal, se verront condamnés à vivre éternellement pour mourir éternellement. Si donc nous voulons prévenir pour nous-mêmes, tandis que nous le pouvons encore et que Dieu nous offre pour cela le secours de sa grâce, cette terrible sentence qu'il nous faudrait entendre aussi au tribunal du souverain juge, examinons nos consciences, et si nous reconnaissons en nous des péchés mortels dont nous ne nous soyons pas purifiés par des aumônes ou par des prières, hâtons-nous de nous mettre à l'abri du naufrage dans le port de la pénitence ; ou si le vaisseau de notre âme a souffert de la tempête, s'il a été endommagé ou par le vent de l'orgueil, ou par celui de l'avarice, ou par la volupté hâtons-nous de le réparer au moyen des bonnes œuvres. "

31. S. ISIDORE, Lib. I de summo bono, c. 30 : " Jésus-Christ sait d'avance le jour marqué pour le jugement qu’il portera, mais il n'a voulu le dire dans l’Evangile ni le faire connaître à ses disciples. Car lorsqu'il dit par son prophète : Le jour de la vengeance est dans mon cœur (ISAIE, LXIII, 4), il fait bien voir qu'il ne l'ignore pas, quoiqu'il refuse de le faire connaître. Au jour du jugement, les méchants verront Jésus-Christ dans sa nature humaine, parce que c'est dans cette nature qu'il a été condamné, afin que cette vue ne leur cause que de la confusion ; celle au contraire qu'il leur donnerait de sa divinité pourrait leur inspirer de la joie. Car la divinité n'a coutume de se montrer qu'à ceux à qui elle veut faire une faveur. Selon que les consciences se trouveront disposées, Jésus-Christ en ce grand jour se montrera

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plein de douceur pour les élus et plein de rigueur pour les réprouvés. Tel sera le cri de la conscience de chacun, telle sera, pour lui la voix de son juge, de sorte que Jésus-Christ, sans rien changer à la majestueuse tranquillité de son visage, ne paraîtra terrible qu'à ceux qu'accusera le cri de leur conscience. Les élus et les réprouvés, déjà séparés les uns des autres au jour du jugement, se diviseront entre eux-mêmes en deux classes nouvelles. Car les plus parfaits d'entre les élus jugeront avec Jésus-Christ, tandis que les moins parfaits seront jugés par Jésus-Christ, quoique également destinés à régner avec lui. Et de même parmi les réprouvés, il y aura deux classes distinctes, celle des méchants qui pendant cette vie auront appartenu au corps de l'Eglise, et qui seront jugés et tout à la fois condamnés, et celle des autres réprouvés qui n'auront jamais appartenu à l’Eglise, et qui n'auront point à être jugés, mais seulement à être condamnés. "

32. S. CYRILLE de Jérusalem, Catéchèse XV : " De même qu'avant l'incarnation du Fils de Dieu et sa naissance d'une vierge, le démon trompait les hommes en leur offrant à adorer de faux dieux, qui se mariaient et avaient des enfants, afin que l’erreur une fois entrée dans les esprits empêchât la vérité d'y pénétrer, de même, lorsque Jésus-Christ viendra une seconde fois sur la terre, l'antique ennemi du genre humain tournant à son profit cette attente générale qu'il verra dominer surtout parmi les Juifs, subornera un homme puissant en artifices, fécond en mensonges et habile en sortilèges, qui usurpera la domination de l'empire romain, et se donnera faussement pour être le Christ, afin de mieux séduire les Juifs, qui attendent toujours sa venue, en même temps qu'il abusera de la simplicité des gentils par les opérations magiques auxquelles il aura recours. Cet Antechrist viendra lorsque l'empire romain sera sur son déclin et que la fin du monde sera proche. Dix rois des Romains prétendront en même temps à l'empire en divers lieux, et le onzième sera l'Antechrist, qui s'emparera de l'empire par ses artifices magiques. Il abattra la puissance de trois de ces dix rois et s'assujettira les sept autres. D'abord, en homme prudent et habile, il feindra la modération et l'humilité, en même temps que par ses prodiges et sa magie il séduira les Juifs, qui croiront voir en lui le Christ attendu depuis si longtemps. Quand une fois il les aura séduits, il s’abandonnera sans mesure à tous les procédés les plus inhumains et les plus iniques, et surpassera en méchanceté tout ce qu'il y aura jamais eu de plus pervers et de plus impie. Son caractère

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se montrera sanguinaire, impitoyable, capricieux à l'égard de tous, mais surtout à l’égard des chrétiens. Après avoir exercé sa tyrannie l’espace de trois ans et demi, il sera vaincu par le Fils de Dieu, qui accomplira alors son second avènement, et qui, après avoir tué l’Antechrist par le souffle de sa bouche (II Thess., II, 8), le livrera au feu de l’enfer (Apoc., XIX, 20). Ce que nous enseignons ici, nous ne l'imaginons point de nous-mêmes, mais nous l'inférons de ce que nous trouvons marqué dans les saintes lettres, et particulièrement dans les prophéties de Daniel (VII, 3), et dans l'interprétation qu'en a donné l'archange Gabriel en ses termes. La quatrième bête, c’est la quatrième monarchie qui s'élèvera, et qui sera plus puissante que toutes les autres (DAN., VII, 7). Or, les interprètes chrétiens ont cru voir indiqué par ces mots l’empire romain. Car la première de ces monarchies était la monarchie assyrienne ; la seconde, celle des Mèdes et des Perses ; la troisième celle des Macédoniens, la quatrième encore subsistant aujourd'hui, doit donc être l'empire romain. L'ange Gabriel, continuant à interpréter la prophétie, dit ensuite : Les dix couronnes de la bête, ce sont dix royaumes qui s’élèveront. Après quoi il s’élèvera un autre roi qui sera plus puissant que ceux qui l'auront devancé, et qui surpassera en crimes non-seulement ces dix rois, encore tous ceux qui auront jamais existé et il abaissera trois rois (DAN., VII, 24). Or, il est évident qu'il n'abattra la puissance de ces trois rois que pour faire le huitième avec les sept autres qui resteront. Il parlera insolemment contre le Très-Haut (ibid., 25). Ce sera donc un blasphémateur, un homme d'iniquités ; il n'aura point hérité sa royauté de ses pères mais il ne devra son pouvoir qu'à ses opérations magiques. . . . . "

" L'Antechrist abhorrera les idoles, mais ce sera pour se faire adorer à leur place dans le temple de Dieu. De quel temple le prophète veut-il parler ? Sans aucun doute de celui qui pourra rester aux Juifs. Car à Dieu ne plaise que cette abomination ait lieu dans celui que nous occupons nous-mêmes. . . . . "

" Quel est le signe du second avènement de Jésus-Christ, que n'entreprendra pas d’imiter son horrible adversaire ? Alors, dit l’Evangile, le signe du Fils de l’homme paraîtra dans le ciel (MATTH., XXIV, 30). Le signe proprement dit de Jésus-Christ, c'est la croix. Ce signe éclatant précèdera notre roi, et fera la gloire de celui qui y a été crucifié, afin que les Juifs le voyant, eux qui en avaient fait l'instrument de leur cruauté comme de leur perfidie, puissent dire en s s'accusant les uns les autres : C’est

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lui qui a été souffleté, c’est lui à qui on a craché au visage ; c'est lui qu'on a chargé de liens ; c'est lui qu'on a rejeté et qu'on a crucifié : où fuirons-nous pour échapper à sa colère ? Mais cernés par la troupe des anges, ils ne trouveront aucune issue à leur fuite. Le signe de la croix est la terreur des ennemis de notre Dieu, comme il est la joie de ceux qui croient en lui, ou qui ont annoncé son nom, ou qui ont souffert pour lui le martyre. . . . . "

" Mettez-vous donc à l'œuvre et persévérez dans la foi, pour ne pas être exclu du palais de l’époux, comme les vierges folles à qui l'huile vint à manquer. Ne vous contentez pas d'avoir une lampe en main, mais faites en sorte aussi qu'elle soit allumée, c’est-à-dire, ne vous bornez pas à avoir la foi, mais que votre foi soit ardente de charité, en sorte que votre lumière brille aux yeux des hommes par les bonnes œuvres, pour que Jésus-Christ ne soit pas blasphémé à votre occasion. Que vos bonnes œuvres soient aussi la robe nuptiale qui vous décore aux yeux de l’époux ; faites valoir le talent que vous avez reçu de Dieu ; c'est un dépôt qui vous a été confié, sachez en tirer parti. "

33. S. JEROME, lett. I à Héliodore, c. 9 : " Vous êtes exigeant, mon frère, si vous prétendez jouir des plaisirs du monde et régner ensuite avec Jésus-Christ. Il viendra certes, il viendra, le jour où ce corps mortel et périssable revêtira l’incorruptible l’immortalité. Heureux alors le serviteur que le Seigneur aura trouvé sur ses gardes ! Alors la terre et ses habitants trembleront au son de la trompette, et vous vous réjouirez à l'approche du jugement du Seigneur. L'univers dans le deuil poussera des mugissements ; les peuples se frapperont la poitrine ; les plus puissants rois paraîtront dépouillés et palpitants de crainte ; Jupiter, entouré de flammes tout autrement réelles que ses foudres, sera donné en spectacle avec ses adorateurs ; l'insensé Platon figurera de même avec toute son école, et Aristote ne gagnera rien par tous ses syllogismes. Quant à vous, pauvre paysan, vous serez dans la joie, vous rirez en disant : Voici mon Dieu qui a été crucifié ; voici le juge suprême le même qui, jadis enveloppé de langes, vagissait dans une crèche. C'est ce fils d'un artisan et d'une pauvre journalière, ce faible enfant qui, porté dans les bras d'une femme, fuyait, tout Dieu qu'il était, jusqu'en Egypte la colère d'un homme ; le même qu'on avait par dérision revêtu de pourpre ; le même qui a été couronné d'épines ; le même qu'on a accusé de magie, qu'on disait être possédé du démon, et qu'on appelait

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samaritain. Juif, regarde ces mains que tu as percées. Romain, vois ce flanc que tu as ouvert ; les uns et les autres, examinez bien si c'est là le même corps que vous accusiez ses disciples d'avoir enlevé. "

34. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Hom. I in Evangelia : " C'est en considérant l'extrême sévérité de ce juge qui doit venir, que saint Paul s'écria : Qu'il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant (Hébr., X, 34) ! Et c'est ce que David a voulu exprimer dans un de ses psaumes, quand il a dit : Dieu viendra d'une manière visible ; notre Dieu viendra, et il ne se tiendra pas dans le silence. Tout sera en feu à sa seule approche, et il paraîtra faisant éclater autour de lui une furieuse tempête (Ps. XLIX, 5). Or, les tempêtes et les feux accompagnent ce juge terrible, afin que le feu de sa vengeance consume tous ceux qui n'auront pu supporter la tempête du rigoureux examen qu'il fera à la fin des siècles. "

" Remettez-vous donc devant les yeux, mes chers frères, ce jour effroyable, et tout ce qui vous semble maintenant pénible et rude vous paraîtra doux et commode en comparaison de sa rigueur. Car c'est de ce jour qu'a parlé un prophète lorsqu'il a dit : Le grand jour du Seigneur est proche : il est proche, et il vient avec une incroyable vitesse. Le seul nom de ce jour du Seigneur jette l'amertume dans l’âme ; en ce jour-là les forts et les puissants seront tourmentés. Ce jour-là sera le jour de la colère ; ce sera le jour des tribulations et des angoisses, des calamités et des misères ; ce sera le jour de l'obscurité et des ténèbres, le jour des orages et des tourbillons, le jour des trompettes et de leur bruit éclatant (SOPH., I, 14). - Le Seigneur parle encore de ce même jour, lorsqu'il dit par la bouche d'un autre prophète : Encore un coup, et j’ébranlerai non-seulement la terre, mais le ciel même (AGG., II, 22). "

" Voici, comme je l'ai déjà dit, qu'il ne fait qu'agiter l'air, et la terre en est ébranlée. Que ferons-nous donc, quand il bouleversera le ciel même ? Et pourquoi n'appelons-nous pas ces effroyables désolations, que nous voyons tous les jours, les avant-coureurs de cette colère divine qui devra immédiatement les suivre ? En effet, ces calamités ne sont différentes de celles qui arriveront au dernier jour, que comme la personne d'un avant-coureur ou d'un héraut diffère de celle du juge lui-même. "

" Appliquez donc, mes chers frères, toute l'attention de votre esprit à méditer sur ce dernier jour ; corrigez les défauts de votre vie, changez vos cœurs en mieux, surmontez par une généreuse

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résistance les tentations qui vous portent au mal, et expiez par vos regrets et vos larmes vos péchés passés ; et vous verrez un jour l’avènement de votre juge éternel avec d'autant plus

d'assurance, que la crainte d'un jugement si rigoureux vous l'aura fait prévenir avec plus de soin (Cf. Les quarante Homélies ou Sermons de saint Grégoire sur les Evangiles, p. 13-14). "

33. Le même, Hom. XII in Evangelia : " Considérez, mes chers frères, de quelle terreur on sera saisi en présence d'un tel juge, et en ce jour où il n'y aura plus nul moyen d'éviter la peine qu'on aura méritée. Quelle sera la confusion qu'on éprouvera de se voir couvert de honte et d'opprobre, en punition de ses crimes, à la vue de tous les anges et de tous les hommes ! Quel sujet d'épouvante d'avoir à contempler tout embrasé de fureur, un Dieu que l'esprit humain n'a pas seulement la force de se représenter calme et serein ! Aussi est-ce ce jour terrible qu'un prophète appelle avec beaucoup de raison le jour de la colère, le jour des tribulations et des angoisses, le jour des calamités et des misères, le jour de l'obscurité et des ténèbres, le jour des orages et des tourbillons, le jour de la trompette et de son bruit éclatant. "

" Représentez-vous donc, mes frères combien amer et rigoureux pour les réprouvés ce prophète a vu par avance que devait être ce jour de leur dernière sentence, puisqu'avec tant d'expressions énergiques, il n'a encore pu suffisamment l'exprimer. Mais considérez en même temps quelle sera en ce jour l'allégresse des élus, de pouvoir contempler avec joie et suavité celui dont ils voient que les démons ne peuvent supporter même la présence ; d'entrer avec lui dans ses noces toutes divines, et de trouver leur félicité avec cet époux, dont leurs âmes sont aussi les chastes épouses, puisque, dans la vision béatifique, Dieu même s'unira à nous dans ce lit nuptial du roi éternel, sans que cette vue ineffable interrompe jamais les chastes embrassements, par lesquels son amour nous unira éternellement à lui. "

" Alors la porte du royaume céleste qui, dans l'état actuel, est tous les jours ouverte aux âmes pénitentes, sera fermée à ceux-mêmes qui pleureront leurs péchés. Car, bien qu'en ce jour terrible le repentir puisse toujours avoir lieu, il sera néanmoins sans aucun fruit ; parce que ceux qui auront inutilement perdu le temps propre à obtenir le pardon de leurs fautes, ne pourront plus désormais l'espérer. C'est ce qui a fait dire à saint Paul :

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Voici maintenant le temps favorable ; voici maintenant le jour du salut (II Cor., VI, 2) ; et à un prophète (ISAIE, LV, 6) : Cherchez le Seigneur pendant qu'il peut encore être trouvé ; invoquez-le pendant qu'il est proche (Cf. Les quarante Homélies ou Sermons de saint Grégoire sur les Evangiles, p. 109-110). "

36. Le même, Moralium lib. XXVI, c. 24 (al. 17) : " Ou bien il faut dire qu'il rend justice aux pauvres, parce que ceux qui sont maintenant opprimés avec injustice seront un jour établis les juges de ces hommes violents qui les oppriment. Car tous les hommes sont partagés en deux classes, celle des élus et celle des réprouvés. Et chacun de ces ordres se divise encore en deux sections, parce qu'entre ceux qui périssent, il y en a qui seront jugés et d'autres qui ne le seront pas, et qu'entre ceux qui doivent régner les uns aussi seront jugés et les autres ne le seront pas. Ceux-là périront et seront jugés, à qui l’Evangile marque que le Seigneur dira au jour de leur condamnation : J'ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'ai eu besoin de logement, et vous ne m'avez pas logé ; j'ai été sans habits, et vous ne m'avez pas revêtu ; j'ai été malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité (MATTH., XXV, 42-43). Et il leur aura dit auparavant : Retirez-vous de moi, maudits, et allez au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. D'autres périront dans le jugement dernier sans y être jugés, et ce seront ceux dont le Prophète dit : Les impies ne ressusciteront point pour le jugement (Ps. I, 5). Et le Seigneur dit dans l’Evangile : Celui qui ne croit point est déjà jugé (JEAN, III, 18). Saint Paul dit aussi : Ceux qui ont péri sans avoir reçu la loi périront sans la loi (Rom., II, 12). Il est, donc vrai que tous les infidèles ressusciteront pour être punis, mais non pour être juges. Car on n’examinera pas alors leur cause, puisqu'ils comparaîtront devant le tribunal du juge sévère en portant déjà avec eux leur arrêt de condamnation pour leur infidélité. "

" Mais ceux qui ayant gardé la possession de la vraie foi n'en auront pas fait les œuvres, seront repris et jugés au dernier jour. Au lieu que les autres, qui n'ont pas reçu le sacrement de la foi, n'entendront point dans ce jour du jugement général ces invectives effroyables du souverain juge, parce qu’étant déjà jugés et condamnés par avance dans les ténèbres de l'infidélité, ils ne méritent pas de recevoir cette remontrance dernière de la bouche

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de celui qu'ils ont méprisé. Les premiers entendront les paroles de leur juge, parce qu'au moins ils ont reçu la parole de la foi ; mais les autres ne les entendront point dans le jour de leur réprobation éternelle, parce qu'ils n'auront pas porté respect même à sa parole. Les premiers périssent en vertu de la sentence de la loi, parce qu'ils ont vécu sous la loi ; mais on ne parle pas de la loi aux autres, parce qu'ils ne se sont pas mis en peine de la loi (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. III, p. 780-782). "

37. Ibidem, c. 25 : " Un prince qui gouverne un état punit autrement un de ses sujets coupable de quelque crime, qu'il ne punit un ennemi qui lui résiste du dehors. Pour le châtiment du premier, il consulte le droit, les ordonnances du pays, et le condamne justement dans les termes de la loi sous laquelle il vit ; mais, à l’égard d’un ennemi, il lui fait la guerre, il prépare contre lui les armes et les autres instruments les plus propres à l'exterminer ; il le châtie selon qu'il juge qu'il l'a mérité par sa malice, et il ne se met nullement en peine quelle punition la loi ordonne pour son crime, parce qu'il n'y a pas lieu de faire mourir selon les formes de la loi celui qui n'y a jamais été soumis. Il en sera de même au jugement dernier. On condamnera d'après les termes de la loi celui qui, ayant fait profession de la suivre, s'en sera éloigné par ses actions. Au lieu que celui qui n'aura point embrassé la loi de la foi, sera puni sans que le juste juge invoque les termes de la loi pour le convaincre et le condamner. "

" Entre les élus, ceux-là aussi seront jugés et règneront, qui auront effacé par leurs larmes toutes les taches de leur vie, et qui ayant travaillé à racheter par de bonnes œuvres leurs péchés passés, auront couvert avec le voile de leurs aumônes, aux yeux du souverain juge, tout ce qu'ils auront commis contre ses préceptes ; et c'est à eux que ce divin juge adressera un jour ces paroles : J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'ai eu besoin de logement, et vous m'avez logé ; j'ai été sans habits, et vous m'avez revêtu, j'ai été malade, et vous m'avez visité ; j'ai été en prison, et vous êtes venus me voir. Et il leur avait dit d'abord : Venez, les bénis de mon père posséder le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. "

" Les autres règneront et ne seront point jugés : ce sont ceux qui, s'élevant par l'excellence de leur vertu au-dessus des pré-

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ceptes de la loi, ne se sont pas contentés d’accomplir ce qu'elle ordonne à tout le monde, mais ont voulu par le désir d’une grande perfection, faire beaucoup plus que ne leur prescrivaient de faire les commandements généraux de Dieu. Et c'est à eux que Notre-Seigneur adresse ces autres paroles dans l’Evangile : Pour vous autres qui m'avez suivi, etc. " Voir la suite de ce passage rapporté plus haut, article des Conseils évangéliques, tome V, question VI, témoignage 1, page 503 (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. III, p. 782-783).

38. S. AUGUSTIN, Méditations, c. 4 : " O Dieu des dieux, dont la bonté surpasse la malice des hommes, je sais que vous ne vous tairez pas toujours, et que tôt ou tard votre justice se manifestera ; je sais que votre tribunal lancera l'éclair et le tonnerre, lorsque vous convoquerez le ciel et la terre pour discerner le peuple de vos justes. C'est alors, devant des milliers innombrables d'hommes et devant tous les cœurs des anges, que toutes mes iniquités seront dévoilées et qu'apparaîtront dans toute leur turpitude non-seulement mes actions les plus secrètes, mais encore toutes mes paroles et toutes mes pensées. Abandonné, isolé de toutes les créatures, j’aurai pour juges tous ceux qui m'ont précédé dans la voie du bien, pour accusateurs les plus ardents tous ceux qui m'ont donné l’exemple d'une vie sainte, pour témoin irrécusables tous ceux qui ne m'ont point épargné leurs avertissements charitables, et qui m’édifiaient par leurs bonnes œuvres (Cf. Chefs-d'œuvre des Pères de l'Eglise, t. XIII, p. 12-13). "

39. S. ANSELME de Cantorbery, Lib. de miseriâ hominis : " De tous côtés je ne vois que sujets de perplexité : d'un côté mes péchés qui m'accusent, d'un autre une justice dont la sévérité me glace de frayeur ; au-dessous de moi un affreux abîme, au-dessus de ma tête un juge irrité ; en moi ma conscience qui me tourmente, hors de moi le monde tout en feu. Si le juste à peine doit être sauvé, où ira se cacher le pécheur, surpris dans son triste état ? Déjà entre les mains de mes bourreaux, où chercherai-je un refuge ? Comment oserai-je paraître ? Me cacher, m’est une ressource impossible ; me montrer, me sera un insupportable supplice. "

40. S. BERNARD, Lib. de interiori domo, c. 38 (ou bien HUGUES DE SAINT-VICTOR, Lib. III de animâ, c. 23) : " Votre juge sera en même temps votre accusateur sévère. Tous les esprits bons et mauvais se joindront à lui pour vous accuser devant Dieu :

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les bons, pour rendre gloire à Dieu ; les mauvais, pour revendiquer leurs propres droits dans le mal que vous aurez fait. Vous aurez autant de juges à qui répondre qu'il y aura de personnes qui vous auront surpassé dans le bien ; autant d'accusateurs qui vous confondront, qu'il y aura de personnes qui vous auront donné l'exemple de bien vivre ; autant de témoins qui vous convaincront, qu'il y en aura qui vous auront engagé au bien, soit par de charitables avis, soit par le langage muet de leurs bonnes œuvres. Vos iniquités seront mises à nu aux yeux de tous les peuples ; tous verront tout le détail de vos crimes, et non-seulement de ceux que vous aurez commis par action, mais encore de ceux que vous aurez commis par paroles ou par pensées. Une foule de vos péchés qui présentement vous sont invisibles, se montreront tout-à-coup à vos yeux, comme s'ils sortaient d'une embuscade, et peut-être même ces derniers seront-ils plus considérables et plus nombreux que ceux que vous vous connaissez maintenant. De tous côtés vous ne verrez que sujets de perplexité : d’un côté vos péchés qui vous accuseront, d'un autre une justice dont la sévérité vous glacera d'effroi ; au-dessous de vous un affreux abîme, au-dessus de votre tête un juge irrité, en vous, votre conscience qui vous tourmentera, hors de vous, le monde qui vous apparaîtra tout en feu. Si le juste à peine doit être sauvé, où ira se cacher le pécheur surpris dans son triste état ? Se cacher, lui sera impossible ; se montrer, lui sera un insupportable supplice (On voit que cette dernière tirade est copiée de saint Anselme. Voir le témoignage précédent). Dans cet imminent danger, votre conscience chargée de crimes sera votre premier bourreau. Les secrets de votre cœur seront déjà pour vous un affreux tourment. Votre conscience vous obligera à vous faire vous-même votre accusateur et votre juge. Convaincu par le témoignage de votre propre conscience, comme par l'œil clairvoyant de votre juge, vous ne pourrez essayer d'aucune fuite ; mais tremblant et inquiet, vous attendrez dans une extrême angoisse cette sentence terrible qui fixera votre sort pour l'éternité. Votre juge sera alors d'une colère implacable, d'une rigueur que rien ne pourra fléchir ; votre sentence une fois portée sera immuable ; d'horribles bourreaux à qui la compassion est inconnue seront tout prêts pour se saisir de vous et vous mettre à la torture, aussitôt que la sentence aura été prononcée. Vos tourments ne seront plus susceptibles soit d'être suspendus, soit d'être mo-

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dérés ; votre âme sera toute troublée par la frayeur, lorsque la terre s'ouvrira devant vous, et que vous tomberez dans un étang infect de soufre embrasé. Au dehors, ce sera le feu qui se repaîtra de vos chairs ; au dedans, ce sera le ver qui rongera votre conscience ; et ce sera pour toujours, sans espérance de pardon ni d'indulgence. Et tous ces supplices seront encore surpassés par celui d’être privé de la vue de Dieu et de la société des gens de bien, dont il n'aurait tenu qu'à vous de vous procurer l'avantage. "

41. S. CHRYSOSTOME, Homélie V sur la pénitence : " Répondez à votre juge, avant qu'il se rende à son tribunal. Ignorez-vous que ceux qui veulent adoucir les juges n'attendent pas, pour chercher à les gagner, le jour même où leur cause sera examinée mais s'appliquent à les prévenir en leur faveur avant ce moment redoutable, soit par eux-mêmes soit par quelques amis ou quelque puissant protecteur, soit par tout autre moyen ? Faites donc de même à l'égard de Dieu : n’attendez pas le jour de votre jugement pour vous rendre favorable votre juge suprême ; mais tâchez de l'adoucir avant que ce jour arrive. C'est ce qui a fait dire à David : Hâtons-nous de nous présenter devant lui (Ps. XCIV, 2). Au jour où ce grand juge nous citera à son tribunal, aucune éloquence ne pourra faire jouer ses prestiges devant lui ; le crédit de personne ne pourra lui en imposer ; aucune faveur ne pourra nous le rendre propice ; aucun mérite qui nous soit étranger ne pourra nous obtenir son indulgence ; nais nous trouverons en lui un juge rigoureux et inflexible. Au lieu que maintenant nous pouvons l'apaiser, non toutefois avec de l'argent ; je me trompe, c'est avec de l'argent que nous pouvons nous attirer son indulgence en mettant cet argent, sinon dans sa main, au moins dans celles de quelques pauvres. Donnez votre argent aux pauvres, et vous aurez gagné votre juge. "

42. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Moralium lib. XXXI, c. 21 (al. 42) : " Le pécheur appréhende la vue du juge sévère, que le juste au contraire désire avec ardeur. Car le juste, considérant ses travaux, en cherche la récompense, et connaissant le mérite de sa cause, il souhaite la présence de son juge ; et il se sent embrasé du saint désir de le voir se venger des impies avec les flammes du feu éternel, et récompenser les bons en leur donnant de contempler son essence divine. Mais le pécheur, au contraire, qui se souvient de ses crimes, envisage avec horreur l'approche de ce jugement, et redoute avec trop de sujet l'examen de ses

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actions, sachant bien que cet examen sera infailliblement suivi de sa condamnation. Ainsi la gloire de ses naseaux est terreur en même temps (JOB, XXXIX, 20), puisque le juste se glorifie de ce qui fait la crainte et la douleur de l'impie. "

" Voyons comment ce cheval spirituel (JOB, XXXIX, 19) a tiré déjà, comme par les narines, la respiration et le vent des choses qu'il ne voyait pas encore, et voyons quelle est la gloire qui l'anime lorsqu'il attend les choses à venir. Saint Paul, cet excellent prédicateur de la vérité, envisageant ses grands travaux, parle de la sorte à son disciple Timothée : Pour moi, je suis comme une victime qui a déjà reçu l'aspersion pour être sacrifiée, et le temps de mon départ s'approche. J'ai bien combattu, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi, et il ne me reste qu’à attendre la couronne de justice qui m'est réservée, et que le Seigneur, comme un juste juge, me rendra en ce grand jour (II Tim., IV, 6-8). Puis il ajoute fort bien : Non-seulement à moi, mais encore à tous ceux qui attendent son avènement, c'est-à-dire à tous ceux qui recueillent en eux-mêmes le témoignage d'une bonne conscience par leurs saintes œuvres. Car il n'y a que ceux qui ont la conscience de la bonté de leur cause, qui aiment la venue du souverain juge (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. IV, p. 417-418). "

43. S. AUGUSTIN, Serm. CXX de tempore (Ce sermon est plutôt attribué à Eusèbe d'Emèse. V. NAT. ALEX, Hist. eccles., V sæc, p. 107) : " C'est un mal presque sans remède que de s'abandonner sans frein à ses vices et à ses passions, sans penser qu'il faudra rendre compte à Dieu de tout. Il me semble voir déjà un premier châtiment du péché dans cet oubli et cette insensibilité par rapport au jugement à venir. "
 
 

Question IV

Que penser de l’enfer et des peines de l’enfer ?

Rien de plus triste que la mort, nous l'avons vu ; rien de plus terrible que le jugement, surtout pour les enfants de ce siècle qui seront morts dans l'endurcissement du péché, nous l'avons vu encore ; disons de même : Il n'est rien qu'on puisse imaginer de plus funeste et de plus intolérable que l'enfer et les peines de l'enfer. Là, comme le dit l’Ecriture, il y aura des pleurs et des grincements de dents ; là, le ver qui les ronge ne mourra point, et le

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feu qui les brûle ne s’éteindra point ; là, une terre ténébreuse couverte de l'obscurité de la mort ; là, à l'ombre funeste de la mort, un désordre complet, et une éternelle horreur ; là, un étang brillant de feu et de soufre, qui est la seconde mort ; là, des tourments qui ne laisseront de repos ni le jour ni la mit, et qui s'étendront dans les siècles des siècles. Là enfin on verra la vérité de ce que le juste jugé a prédit de la manière suivante à tous ceux qui doivent endurer un jour ces tourments : Mes serviteurs mangeront, et vous souffrirez la faim ; mes serviteurs boiront, et vous souffrirez la soif ; mes serviteurs se réjouiront et vous serez couverts de confusion ; mes serviteurs éclateront par des cantiques de louanges dans le ravissement de leurs Cœurs et vous éclaterez par de grands cris dans l'amertume de vos cœurs, et en de tristes hurlements dans le saisissement de vos esprits.

C'est pourquoi le prophète royal, s’adressant à tous les rois et à tous les potentats de la terre, leur donne ce grave avertissement au sujet des maux qui menacent les pécheurs : Et maintenant, ô rois, comprenez ; instruisez-vous, vous qui jugez la terre (car les plus grands parmi les hommes seront menacés des plus grands supplices, et ceux qui commandent les autres seront jugés avec le plus de rigueur). Servez le Seigneur dans la crainte et réjouissez-vous en lui avec tremblement. Pensez à vous corriger, de peur qu’enfin le Seigneur ne se mette en colère et que vous ne périssiez hors de la voie de la justice, dans peu de temps, lorsque sa colère se sera embrasée. De là aussi cette parole que Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu faire entendre à tout le monde : Craignez celui qui, après avoir ôté la vie, a le pouvoir de jeter dans l'enfer. Oui, je vous le dis encore une fois, craignez celui-là. Car si les plaisirs de la vie ne durent que quelques moments, les tourments de l'enfer sont éternels.

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TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. MATTHIEU, VIII, 11-12 : " Aussi je vous déclare que plusieurs viendront d'orient et d'occident y et s'assiéront dans le royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob ; - mais que les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures : c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. "

2. Id., XIII, 40-50 : " Comme donc on ramasse l'ivraie et qu'on la brûle dans le feu, il en arrivera de même à la fin du monde. - Le Fils de l'homme enverra ses anges, qui arracheront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l'iniquité; - et ils les jetteront dans la fournaise du feu; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. . . . . - Le royaume des cieux est encore semblable à un filet jeté dans la mer, qui prend toutes sortes de poissons, etc. - Il en sera de même à la fin du monde ; les anges viendront y et ils sépareront les méchants du milieu des justes, - et ils les jetteront dans la fournaise du feu : c'est 1à qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. "

3. Id., XXII, 11-14 : " Le roi entra ensuite pour voir ceux qui étaient à table, et y ayant aperçu un homme qui n'avait pas de robe nuptiale? - il lui dit : Mon ami y comment êtes-vous entré ici sans avoir la robe nuptiale? Et cet homme demeura muet. - Alors le roi dit à ses gens : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures ; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents ; - car il y en a beaucoup d’appe1és mais peu d'élus. "

4. Id., XXIV, 48-51 : " Mais si ce serviteur est méchant et que disant en son cœur : Mon maître n'est pas près de venir, - il se mette à battre les autres serviteurs, à manger et à boire avec les ivrognes, - le maître de ce serviteur viendra au jour où il ne l'attend point, et à l’heure qu'il ne sait pas ; - et il le sépa-

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rera de ses autres serviteurs, et lui donnera pour partage d’être puni avec les hypocrites ; et c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. "

5. Id., XXV, 30 : " Quant à ce serviteur inutile, qu'on le jette dans les ténèbres extérieures ; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. "

6. LUC, XIII, 25-29 : " Et il vous répondra : Je ne sais d'où vous êtes. - Alors vous commencerez à dire : Nous avons bu et mangé avec vous, et vous avez enseigné dans nos places publiques. - Et il vous répondra : Je ne sais d'où vous êtes ; retirez-vous de moi, vous tous qui faites des œuvres d'iniquité. - Ce sera alors qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez qu'Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes seront dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors. - Et il en viendra d'orient et d'occident, du nord et du midi, qui auront place au festin dans le royaume de Dieu. "

7. MARC, IX, 42-47 : " Et si votre main vous est un sujet de scandale, coupez-la ; il vaut bien mieux pour vous d'entrer dans la vie n'ayant qu'une main, que d'en avoir deux et d’aller dans l'enfer, dans ce feu inextinguible, - où le ver qui les ronge ne meurt point, et où le feu qui les brûle ne s'éteint jamais. - Et si votre pied vous est un sujet de scandale, coupez-le ; il vaut bien mieux pour vous d'entrer dans la vie éternelle n'ayant qu'un pied, que d'en avoir deux, et d’être précipité en enfer, dans ce feu inextinguible, - où le ver qui les ronge ne meurt point, et où le feu qui les brûle ne s'éteint jamais. - Et si votre œil vous est un sujet de scandale, arrachez-le ; il vaut bien mieux pour vous que vous entriez dans le royaume de Dieu, n'ayant qu'un œil, que d'en avoir deux y et d'être précipité dans l'enfer, ou le ver qui ronge les impies ne meurt point, et où le feu qui les brûle ne s'éteint jamais. "

8. ISAIE, LXVI, 23-24 : " Toute chair viendra se prosterner devant moi et m’adorer, dit le Seigneur. - Et on sortira pour voir les corps morts de ceux qui ont violé ma loi ; leur ver ne mourra point et leur feu ne s'éteindra jamais, et ils seront exposés à tous les hommes, qui rassasieront leurs yeux de ce spectacle. "

9. Id., XIV, 11-15 : " Ton orgueil a été précipité dans les enfers ; ton corps mort est tombé par terre ; ta couche, ce sera la pourriture, et ton vêtement, ce seront les vers. - Comment es-tu tombé du ciel, Lucifer, toi qui paraissait si brillant au point du

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jour ? Comment as-tu été renversé sur la terre, toi qui frappais de plaies les nations ; - qui disais en ton cœur : Je monterai au ciel, j'établirai mon trône au-dessus des astres de Dieu ; je m'assoirai sur la montagne de l'alliance, aux côtés de l'aquilon. - Je me placerai au-dessus des nuées les plus élevées et je serai semblable au Très-Haut - Et pourtant tu as été précipité de cette gloire dans l'enfer, jusqu'au plus profond des abîmes.

10. Ecclésiastique, VII, 19 : " Humiliez profondément votre esprit, parce que la chair de l'impie sera la pâture du feu et des vers. "

11. Judith, XVI, 20-21 : " Malheur à la nation qui s'élèvera contre mon peuple ; car le Seigneur tout-puissant se vengera d'elle, et la visitera au jour du jugement. - Il répandra dans leur chair le feu et les vers, afin qu'ils brûlent et se sentent déchiré éternellement. "

12. JOB, X, 20-22 : " Donnez-moi donc quelque relâche, afin que je puisse un peu respirer dans ma douleur, - avant que j'aille sans aucun retour en cette terre ténébreuse qui est couverte de l'obscurité de la nuit ; - cette terre de misère et de ténèbres où s'étend l'ombre de la mort, où règne un désordre complet et une éternelle horreur. "

13. JUDE, 12-13 : " Ces personnes sont la honte et le déshonneur de vos festins de charité ; ils mangent sans règle, ils ne songent qu'à se rassasier eux-mêmes, etc. Une tempête noire et ténébreuse leur est réservée pour l'éternité. "

14. Apocalypse, XXI, 8 : " Pour ce qui est des pusillanimes, des incrédules, des exécrables et des homicides, des fornicateurs et des empoisonneurs, des idolâtres et de tous les menteurs, leur partage sera dans l'étang de feu et de soufre, qui est la seconde mort. "

15. Ibid., XIV, 9-11 : " Et un troisième ange suivit ces deux, et il dit à haute voix : Si quelqu'un adore la bête et son image, ou qu'il en reçoit le caractère sur le front ou dans la main, - il boira aussi du vin de la colère de Dieu, de ce vin tout pur préparé dans le calice de sa colère ; et il sera tourmenté par le feu et le soufre devant les saints anges et devant l'Agneau. - Et la fumée de leurs tourments s'élèvera dans les siècles des siècles, sans qu'il reste aucun repos, ni jour, ni nuit, à ceux qui auront adoré la bête ou son image, ou qui auront reçu le caractère de son nom. "

16. Ibid., VI1, 5-8 : " Car les péchés de Babylone sont

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montés jusqu'au ciel, et Dieu s'est ressouvenu de ses iniquités. - Traitez-la comme elle vous a traité ; rendez-lui au double toutes ses œuvres ; dans le même calice où elle a donné à boire, faites-la boire deux fois autant. - Multipliez ses tourments et ses douleurs à proportion de ce qu'elle s'est élevée dans son orgueil, et de ce qu'elle s'est plongée dans les délices, parce qu'elle dit en elle-même : Je suis sur le trône comme une reine, je ne suis point veuve, et je n'aurai point à garder le deuil. - C'est pourquoi, en un même jour, les plaies qui lui sont destinées, la mort, le deuil et la famine viendront fondre sur elle ; et elle sera consumée par le feu, parce que c'est le Dieu tout-puissant qui la condamnera. "

17. Ibid., XIX, 20 : " Mais la bête fut prise, et avec elle le faux prophète qui avait fait en sa présence ces prodiges, par lesquels il avait séduit ceux qui avaient reçu le caractère de la bête et qui avaient adoré son image. Et tous deux furent jetés vivants dans l’étang brûlant de feu et de soufre. "

18. Ibid., XX, 9-10, 14-15 : " Et le diable qui les séduisait fut précipité dans l'étang de soufre et de feu, où la bête - et le faux prophète seront tourmentés jour et nuit dans les siècles des siècles - Et l'enfer et la mort furent précipité dans l'étang de feu. C'est là la seconde mort. Et quiconque ne se trouva pas écrit dans le livre de vie fut jeté dans l'étang de feu. "

19. Psaume X, 8 : " Le Seigneur fera pleuvoir sur les impies des fléaux auxquels ils n'échapperont pas : le feu, le soufre et le vent des tempêtes, voilà la coupe qu'il leur prépare. "

20. Ps. XX, 9 -10 : " Votre main s'appesantira sur tous vos ennemis ; votre droite atteindra tous ceux qui vous haïssent - Au jour de la vengeance, vous les livrerez à un feu dévorant. La colère du Seigneur les dévorera ; ils deviendront la proie des flammes. "

21. Deutéronome, XXXII, 22 : " Ma fureur s'est allumée comme un feu, et elle fera sentir ses atteintes jusqu'au fond des enfers ; elle dévorera la terre avec ses germes, et elle consumera les montagnes jusque dans leurs racines. "

22. JOB, XXIV, 19-20 : " Il passera tout d’un coup des eaux froides de la neige à une chaleur excessive, et son péché le conduira jusqu'aux enfers. Que la miséricorde le mette en oubli, que les vers soient sa douceur et ses délices ; qu'on ne se souvienne point de lui, mais qu'il soit retranché comme un arbre qui ne donne point de fruits. "

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23. Romains, II, 6-9 : " Il rendra à chacun selon ses œuvres ; - en donnant la vie éternelle à ceux qui, par leur constance dans les bonnes œuvres cherchent la gloire, l'honneur et l'immortalité - et en répandant la colère et son indignation sur ceux qui ont l'esprit contentieux, et qui ne se rendent point à la vérité mais qui embrassent l'iniquité - Tribulation et angoisse sur tout homme qui fait le mal. "

24. ISAIE, XIII, 21-22 : " Elle (Babylone) deviendra le repaire des bêtes féroces ; ses palais seront remplis de serpents ; les autruches y viendront habiter ; les boucs sauvages y prendront leurs ébats. - Les hiboux y feront retentir leur voix lugubre, et des monstres occuperont ses palais de délices. "

25. Proverbes, XIX, 29 : " Le jugement est préparé pour le moqueur, et la verge pour le dos de l'insensé. "

26. Ecclésiastique, XXI, 10-11 : " L'assemblée des méchants est comme un amas d'étoupes et ils seront à la fin consumé par la flamme. - La voie des pécheurs est unie et pavée ; mais au bout est l'enfer, et les ténèbres et les supplices. "

27. Apocalypse, XX ; comme ci-dessus, témoignage 18.

28. Ibid., IX, 6 : " Dans ces jours, les méchants chercheront la mort, et ne la trouveront point ; ils la désireront et elle fuira loin d'eux. "

29. JOB, VII, 9 : " Comme une nuée se dissipe et passe sans qu'il en reste de traces, ainsi celui qui descend dans l’abîme ne remontera plus. "

30. Ibid., XX, I, 4-5, 14-16, 18, 22, 26-29 : " Sophar de Naamath répondit en disant : "  Ce que je sais, ce qui a toujours été également vrai depuis que l'homme a été créé sur la terre, - c'est que la gloire des impies est bientôt passée et que la joie de l'hypocrite n'est que d'un moment. - La nourriture qu'il prend s'altère dans son sang, et se change en un venin mortel. - Il vomira les richesses qu'il aura dévorées et Dieu les lui arrachera des entrailles. - Il sucera le venin de l'aspic, et restera atteint de la dent de la vipère. - Il souffrira les peines des maux qu'il a faits sans en être consumé et l'excès de ses tourments égalera celui de ses crimes. - Après qu'il se sera bien rassasié, il se trouvera dans des étouffements qui le déchireront et les douleurs l'accableront de toutes parts. - Les ténèbres les plus épaisses sont cachées dans le secret de son âme ; il sera dévoré par un feu qui ne s'allume point, et du fond de sa tente il fera éclater ses gémissements - Les cieux révèleront

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son iniquité et la terre s'élèvera contre lui. - Les enfants de sa maison seront exposés à la violence ; ils seront retranchés au jour de la colère de Dieu. - Voilà le partage que Dieu réserve à l'impie ; tel est 1’héritage que lui promet le Seigneur. "

31. Psaume XLVIII, 15 : " Ils seront enfermés comme un troupeau dans l'abîme ; la mort sera leur pasteur. "

32. ISAIE, XXXIII, 11-14 : " Vous vouliez embraser Jérusalem ; vos efforts seront vains, et votre souffle allume le feu qui vous dévorera. - Et ces peuples ressembleront aux cendres qui restent après un incendie, et à un faisceau d'épines qu'on jette dans le feu. - Vous qui êtes loin, apprenez ce que j'ai fait ; et vous qui êtes proche, reconnaissez ma puissance. Les impies ont été saisis d'effroi en Sion ; la frayeur s'est emparée des hypocrites. Qui de vous pourra habiter dans le feu dévorant? Qui de vous pourra subsister dans les flammes éternelles ? "

33. MATTHIEU, III, 10-12 : " Car déjà la cognée est mise à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. - Pour moi, je vous baptise dans l'eau pour vous porter à la pénitence mais celui qui doit venir après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de porter ses souliers ; c'est lui qui vous baptisera dans l'Esprit-Saint et dans le feu. - Il tient son van à la main, et il nettoiera entièrement son aire ; il amassera son froment dans le grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteindra jamais. "

34. Id., XXV, 41, 46 : " Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits ; allez au feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges ; et ces derniers iront au supplice éternel, et les justes à la vie éternelle. "

35. II Thessaloniciens, I, 8-9 : " Lorsqu'il viendra au milieu des flammes tirer vengeance de ceux qui ne connaissent pas Dieu, et qui n'obéissent point à l'évangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; - qui souffriront la peine d'une éternelle damnation à la présence du Seigneur et devant l'éclat de sa puissance. "

36. II PIERRE, II, 4-6, 9 : " Si Dieu n'a point épargné les anges qui ont péché, mais les a précipités dans l'abîme, où ils sont enchaînés pour être tourmentés et tenus comme en réserve jusqu'au jour du jugement ; - s'il n'a point épargné le monde des premiers temps, mais n'a sauvé que sept personnes avec Noé, prédicateur de la justice, en amenant les eaux du déluge sur le monde des pervers ; - s'il a puni les villes de Sodome et de Gomorrhe, en les ruinant de fond en comble et les réduisant

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en cendres, pour les faire servir d'exemple à ceux qui vivraient dans l'impiété, etc. : - le Seigneur sait délivrer ceux qui le craignent des maux par lesquels ils sont éprouvés et réserver les pécheurs au jour du jugement pour leur peine à subir. "

37. ISAIE, LXV, 13 ; comme dans le corps de la réponse.

38. LUC, VI, 24-26 : " Néanmoins, malheur à vous, riches, qui avez votre consolation. - Malheur à vous qui êtes dans l'abondance, car vous aurez faim. Malheur à vous qui riez maintenant, parce que vous pleurerez et répandrez des larmes. - Malheur à vous, lorsque les hommes vous applaudiront. "

39. Id., XVI, 22-26 : " Le riche mourut aussi, et il eut l'enfer pour tombeau. - Et lorsqu'il était dans les tourments, il leva les yeux en haut, et vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein. - Et s'écriant, il dit ces paroles : Père Abraham, ayez pitié de moi, et envoyez-moi Lazare, afin qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau pour me rafraîchir la langue : car je souffre extrêmement dans ces flammes. - Mais Abraham lui répondit : Mon fils, souvenez-vous que vous avez reçu des biens dans votre vie et que Lazare n'a eu que des maux ; c'est pourquoi maintenant il est dans la consolation, et vous êtes dans les tourments. - De plus, il y a entre vous et nous un grand abîme, de sorte que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le pourraient, comme on ne peut passer ici du lieu ou vous êtes. "

40. Psaume II, 10 ; comme dans le corps de la réponse.

41. Sagesse, VI, 2-9 : " Ecoutez donc, ô rois, et comprenez ; instruisez-vous, juges de la terre. - Prêtez l'oreille, vous qui gouvernez les peuples et qui vous complaisez dans la multitude de vos sujets. - Considérez que la puissance vous a été donnée par le Seigneur et la force par le Très-Haut qui interrogera vos œuvres et scrutera vos pensées. - Car, étant les ministres de son royaume, vous n'avez pas jugé équitablement, vous n'avez pas garde la loi de la justice, et vous n'avez pas marché selon la volonté de Dieu. - Il vous apparaîtra soudain et dans un appareil formidable : car un jugement très rigoureux est réservé à ceux qui commandent aux autres ; on a pitié des petits, mais les puissants seront puissamment tourmentés - Dieu n'exceptera personne des lois de la justice, et il ne respectera aucune grandeur ; car il a fait les grands comme les petits, et il a également soin de tous. - Mais aux plus grands sont destinés les plus grands supplices. "

42. ISAIE, V, 14 : " L'enfer s'est élargi et a ouvert ses

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gouffres immenses : ils y descendront, ces premiers de la nation, ces hommes revêtus de gloire, confondus avec le peuple. "

43. LUC, XII, 5 ; comme dans le corps de la réponse.

44. MATTHIEU, X, 28 : " Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et ne peuvent faire périr l'âme ; mais craignez plutôt celui qui peut précipiter le corps et l'âme dans l'enfer. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. CHRYSOSTOME, Epist. V ad Theodorum lapsum : " Les douleurs et les chagrins de la vie passent en un moment ; au lieu que les siècles à venir n'auront jamais de fin, et on ne saurait mesurer la différence qui se trouve entre la vie future et la vie présente.

" Quand vous entendez parler du feu de l'enfer, ne vous persuadez pas qu'il ressemble à celui que vous voyez, qui diminue peu à peu et qui s'éteint ; l'autre brûle sans cesse avec la même activité, il est impossible de l'éteindre. Ceux qui ont péché sont revêtus comme les autres de l'immortalité, mais ce n'est pas pour leur gloire : c'est afin qu'ils puissent toujours souffrir. Il n'y a point de termes pour exprimer un état si violent. Les petites choses peuvent nous donner quelque idée des grandes. Si vous vous jetez dans un bain trop chaud, songez aux peines de l'enfer ; lorsqu'une fièvre ardente vous tourmente, souvenez-vous du feu qui brûle les réprouvés. Si la fièvre, si un bain trop chaud nous paraissent si incommodes, quel supplice ne sera-ce pas d'être englouti dans un torrent de feu ? Ce tourment insupportable fera grincer les dents et causera des douleurs infinies, sans que personne puisse songer à y apporter du secours : nous répandrons des larmes amères au milieu de ce fleuve de feu ; nous n'aurons devant les yeux que des damnés et une effroyable solitude. "

" Qui pourrait expliquer les horreurs de ces ténèbres et l'effroi qu'elles nous causeront? Ce feu, qui ne pourra s'éteindre, n'éclairera point : les peines se succèderont les unes aux autres, et on sera accablé par divers genres de supplices. On voit même ici-bas des corps qui résistent à des maladies longues et violentes, et ainsi il n'y a pas de quoi s'étonner qu'une âme immortelle subsiste au milieu de tant de peines. La mort n'arrive que par la défaillance du corps, et nullement par celle de l'esprit ; si bien que quand l'âme sera réunie à un corps incorruptible, rien ne pourra les empêcher de souffrir éternellement. La violence des maux que nous souffrons en abrège la durée, à cause de la fai-

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blesse du corps, qui s'use à la fin. L'immortalité supplée à ce défaut et nous rendra capables de souffrir des maux violents et éternels sans que notre âme périsse ou que le corps soit consumé par ces tourments, qui n'auront jamais de fin. "

" Voudriez-vous jouir pendant cent ans de tous les plaisirs du monde pour être ensuite condamné à des peines si cruelles ? Quelle comparaison peut-il y avoir entre un espace si court et une infinité de siècles ? Les plaisirs de la vie présente sont comme un songe d'une nuit, en comparaison des biens de l'éternité. Voudrait-on souffrir des tourments éternels pour être heureux pendant un songe ? Il faudrait être bien dépourvu de raison pour faire un échange si mal entendu. "

" Je ne vous parle point encore de l'amertume qui empoisonne les plaisirs du monde : vous en êtes trop préoccupés et ce n'est pas ici le lieu de vous détromper. Je vous en ferai voir la vanité et le ridicule, quand vous aurez la force de goûter mes raisonnements. L'entêtement où vous êtes vous ferait rire, si je me mettais en devoir de vous prouver que les plaisirs sont fades et dégoûtants. Quand la grâce de Dieu vous aura guéri de cette maladie, vous comprendrez mieux la vérité des maximes que je vous propose, et que j'approfondirai dans un autre temps. "

" Mais supposons que les plaisirs du monde soient de véritables plaisirs, et qu'ils ne soient jamais détrempés de fiel ; que dirons-nous des tourments qui leur succèderont ? Que ferons-nous, lorsque quelques jours d'une joie imaginaire seront punis par des supplices éternels. Il ne tient qu'à nous de les éviter et de mériter à peu de frais des récompenses infinies. Car la divine Providence a disposé les choses de telle façon que nos combats durent peu, puisqu'ils finissent avec cette vie qui est si courte, tandis que les joies qu'elle nous prépare dureront dans toute la suite des siècles. "

" Voilà ce qui tourmentera les réprouvés quand ils feront réflexion qu'ils se sont condamnés eux-mêmes à des peines éternelles, parce qu'ils n'ont pas voulu employer quelques moments à la pénitence. Ne nous exposons pas à ce cruel repentir ; profitons du temps que Dieu nous donne ; ceux qui persévèreront dans le vice souffriront tous les maux que je viens de vous décrire et qui sont encore bien plus violents que nous ne pouvons l'imaginer, et que tout ce que l'on fait souffrir aux scélérats. C’est un si grand sujet de désespoir d'avoir perdu par sa faute des biens infinis, qu'il n'en faut pas davantage pour tourmenter les réprouvés et pour les rendre infiniment malheureux. "

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2. S. CYRILLE d'Alexandrie, in Oratione de exitu animæ : " Je crains pour moi-même l'enfer, à cause de la durée sans fin de ses tourments. Ses supplices me font horreur, à cause de la chaleur insupportable qu'on y endure ; ses ténèbres me causent une vive frayeur, parce qu'elles sont sans mélange de lumière. Je redoute le ver qui y ronge les damnés parce qu'il ne meurt point… "

" Celui qui se trouvera avoir vécu dans une molle oisiveté entendra cette dure parole appliquée à lui-même : Que l'impie disparaisse, et qu'il ne voie pas la gloire du Seigneur (ISAÏE, XXVI, 10). Ce sera alors un jour de colère, un jour de tristesse et d'angoisse, un jour d'affliction et de misère, un jour de ténèbres et d'obscurité (SOPH., I, 15). Alors l'âme abandonnée des saints anges de Dieu sera saisie par de noirs démons qui la frapperont rudement, l'entraîneront dans des lieux obscurs, dans les abîmes de la terre qui s'ouvrira devant elle, et l'y enchaîneront avec de durs liens. Là seront plongées les âmes des pécheurs pour y brûler pendant toute l'éternité ainsi que Job le témoigne par ces paroles : Dans une terre ténébreuse, couverte des obscurités d'une nuit éternelle (JOB, X, 21). Là, point de lumière ; point de vie pour les malheureuses victimes qui s'y trouvent condamnées ; mais une désolation sans remède, une douleur sans terme, des pleurs sans fin, des grincements de dents sans interruption, des gémissements inconsolables. Là, un malheur, un désespoir éternels. Les malheureux y crient sans cesse : Hélas ! hélas ! et personne ne vient à leur secours ; ils demandent du soulagement, et personne ne les soulage. Ces peines sont au-delà de toute expression ; aucune bouche humaine ne saurait exprimer la terreur dont on y est saisi, ou égaler les expressions à la grandeur des maux qu'on y endure. Ils gémissent sans cesse, et personne n'a pitié d'eux. Ils crient du fond de l'abîme et personne n'est sensible à leurs cris. Ils se lamentent, sans que personne les délivre. Ils se désolent sans que personne compatisse à leurs peines. Que sont devenues désormais ces vanités mondaines, cette vaine gloire, ces plaisirs, ces voluptés, cette pétulance, cette ambition, etc. ? "

" De quelles ténèbres ne se verront-ils pas enveloppées lorsque le souverain juge leur parlera dans sa colère lorsqu'il leur adressera ces terribles paroles : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel préparé pour le diable et pour ses anges (MATTH., XXV, 41) ! Hélas, de quelle douleur, de quelle anxiété,

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de quelle terreur, de quel tremblement ne seront-ils pas saisis, lorsque toutes les puissances célestes s'élèveront contre eux, et s'écrieront de concert : Que les pécheurs soient précipités dans l’enfer (Ps. IX, 18) ! Malheur! malheur! voilà quel sera leur éternel cri, tandis qu'ils se verront précipités dans d'éternels tourments. Ah! que l'abîme qui les recevra est horrible! Là, des pleurs et des grincements de dents ; Satan lui-même, à l'aspect de ces lieux, est saisi d'effroi. Ah ! quel tourment que ce feu qui ne s'éteint point, qui brûle éternellement sans jamais donner de lumière. Quel monstre effrayant que ce ver qui ne meurt point, qui ne dort point ! Quelle horreur que ces ténèbres extérieures et sans jour ni aurore ! Quelle terreur m'inspirent ces anges sans pitié qui ont pour mission de tourmenter les coupables, de les insulter, de les accabler de reproches ! Alors ces malheureux redoublent leurs cris, mais personne ne s'occupe de leur délivrance. Ils crient vers le Seigneur, mais le Seigneur n'écoute point leur voix. Alors ils reconnaissent enfin que tout n'est que vanité dans les biens de la vie présente, et que ce qui y semble devoir causer le plus de joie et procurer le plus de bonheur, est ce qui renferme le plus de fiel et d'amertume. O tribulation ! ô calamité ! ô malheur sans remède ! C'est dur que de se voir séparé de la société des saints; mais c'est bien plus dur encore de se voir séparé de la société de Dieu. Quelle ignominie aussi de se voir les mains et les pieds liés. Il est pénible de se voir jeté dans les ténèbres extérieures, d'être réduit à ne faire que grincer les dents, de souffrir sans fin , d'endurer des flammes éternelles. Il est triste de demander une goutte d'eau, et d'en essuyer le refus, de s'écrier continuellement du milieu des flammes, sans que personne vienne au secours ; de se voir englouti dans un abîme dont on ne pourra jamais se retirer ; renfermé dans une prison, sans moyen de fuir, sans moyen de s'en évader ou d'en rompre les liens ; éternellement en proie à des flammes vengeresses, impitoyables ministres de la justice de Dieu ; resserré dans de dures courroies, déchiré avec des ongles de fer, fouetté sans miséricorde, plongé dans la poix bouillante, ne respirant que l'odeur du soufre, sillonné par des vers dégoûtants enchaîné à un bûcher dont les flammes ne s'éteignent point. "

3. S. PROSPER (ou plutôt, Julien Pomère, véritable auteur de l’ouvrage cité ici, V. NAT. Alex., Hist. Eccl., t. V, p.130), Lib. III de vita contemplativâ, c. 12 : " Que

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veulent dire ces paroles, être réduit au silence et lié par les pieds et les mains, sinon être privé de toute action dans l'enfer, où il n'y a personne qui chante les louanges du Seigneur ; de même que d’être jeté dans les ténèbres extérieures, signifie être rejeté de Dieu qui est la lumière de nos esprits ? Les pleurs et les grincements de dents indiquent les douleurs cuisantes de ces malheureux damnés voués au supplice d'une mort éternelle et privés du sens de la vue pour n'avoir plus d'autre sentiment que celui de leurs souffrances. Leurs gémissements continuels, leurs tortures horribles, leurs supplices sans fin ne leur laissent la vie que pour être eux-mêmes éternels ; et si ce feu qui ne s'éteint point n'éteint pas non plus en eux la flamme de la vie, c'est pour qu'ils conservent éternellement le sentiment de leurs souffrances, pour rendre immortelle cette seconde mort qui perpétuera éternellement ses horreurs. Ce que dit l'Evangile, que le ver qui les ronge ne mourra point, et que le feu qui les brûle ne s'éteindra point, comprend l’ensemble des peines des damnés qui tourmentera éternellement le feu d'une pénitence stérile et que dévorera de même sans fin le ver rongeur d'une conscience bourrelée. Lors donc qu'on parle de celle seconde mort des damnés, on ne veut pas dire que la vie les abandonne, mais seulement qu'ils souffrent tout ce que la mort fait souffrir de plus affreux. Se repaître volontiers de ces pensées, en faire le sujet de ses entretiens ou de ses lectures, y croire fermement, prévoir sans trouble ces châtiments qui nous menacent, afin de les éviter penser quel mal ce serait pour nous d'être à jamais privé du bonheur de voir Dieu, de la société des saints, du repos de la céleste patrie ; d'être morts à la vie bienheureuse, et de ne vivre que pour mourir sans fin ; d'être précipité avec le diable et ses anges dans un feu éternels où la vie n'est qu'un supplice ; de n'éprouver des propriétés de ce feu que celle qu'il a de faire souffrir, et non celle qu'il pourrait avoir d'éclairer de n'entendre plus rien autre chose que le pétillement de ces flammes dévorantes ; d'être comme aveuglé par leur noire fumée ; d'être plongé dans un étang de feu ; d'être éternellement rongé par les vers : penser, dis-je, à tout cela, c'est prendre la résolution de renoncer au vice, et de réprimer à l'avenir toutes les révoltes de la chair. Mais ne nous arrêtons pas, croyez-moi, à occuper notre esprit de ces châtiments, qui frappent l'esprit des fidèles d'une terreur salutaire, qui les obligent à renoncer aux plaisirs défendus, et dont les voluptueux ne pourront du reste faire

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l'expérience que, lorsque, pour comble de malheur, ils ne pourront plus ni s'en garantir, ni se corriger ; ne nous arrêtons pas, dis-je, à nous occuper de ces pensées, mais songeons de plus au bonheur qu'il nous est ordonné d'espérer, aux biens célestes qui doivent être l'objet de nos désirs ; et puisque ceux qui veulent faire des progrès dans la vertu doivent, après avoir commencé par se bien pénétrer d'une crainte salutaire, entrer par degrés dans les secrets de l'amour divin, nous devons donc aussi parler maintenant des motifs d'aimer Dieu, après nous être étendu suffisamment, à ce qu'il nous semble, sur ceux que nous avons de le craindre. "

4. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Lib. IV dialogorum, c. 28 : " Si vous croyez sur la parole de Dieu que les âmes des saints sont dans le ciel, vous devez croire de même que celles des méchants sont dans l'enfer ; car la même souveraine justice qui demande que les justes soient glorifiés exige aussi que ceux qui ont commis l'injustice en portent la peine. Et de même que vous croyez que les élus jouissent de la béatitude ainsi devez-vous croire que les réprouvés endurent le supplice du feu, à partir du jour de leur mort. "

Pierre. " Eh ! quelle raison peut nous obliger à le croire, puisqu'une substance immatérielle ne donne sur elle-même aucune prise à un feu matériel ? "

5. Ibidem, c. 5 : Grégoire. " Si votre âme, toute immatérielle qu'elle est, est dans votre corps tant que vous vivez, pourquoi l'âme du damné ne pourrait-elle pas aussi, après la mort, être dans un feu corporel, quoiqu'incorporelle elle-même ? "

Pierre. Si l'âme, quoiqu'immatérielle réside dans le corps d'un homme tant qu'il vit, c'est qu'elle est en lui le principe de la vie. "

Grégoire. " Eh bien ! si une âme immatérielle peut résider dans un corps pour être en lui un principe de vie, pourquoi ne pourrait-elle pas aussi résider dans un corps pour y souffrir les douleurs de la mort ? Or, nous disons que l'âme du damné est dans le feu, pour y recevoir, par les tourments qu'elle y éprouve la peine de ses crimes. Le feu la fait souffrir par cela seul qu'elle le voit, et elle y brûle par cela seul qu'elle voit qu'elle y brûle. Et c'est ainsi qu'une substance corporelle peut en brûler une autre qui est incorporelle, le feu, tout visible qu'il est par lui-même, causant à l'âme une douleur invisible, de telle façon qu'on peut dire que ce feu matériel allume dans l'âme un feu

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immatériel ; quoique, après tout, les textes évangéliques puissent aussi nous fournir la preuve, que l'incendie dont l'âme du réprouvé est dévorée, résulte pour elle non-seulement de ce qu'elle voit, mais encore de ce qu'elle sent. Car c'est la vérité elle-même qui nous déclare que le riche, après sa mort, fut enseveli dans l'enfer. Or, que son âme y éprouve le contact du feu, c'est ce que donne à penser cette prière qu'elle adresse à Abraham : Envoyez-moi Lazare, pour qu'il trempe dans l’eau le bout de son doigt, et qu'il en rafraîchisse ma langue, car je soufre horriblement dans ces flammes (LUC, XVI, 24). Puis donc que la Vérité même nous déclare que ce riche réprouvé est condamné au supplice du feu, quel homme sensé voudra nier que le feu soit le supplice qu'endurent les âmes des réprouvés ? "

Pierre. " Je le vois, la raison et l'autorité m'obligent de concert à vous croire ; mais que vous me laissiez un moment penser librement, je retombe aussitôt dans mon incrédulité. Car je ne saurais comprendre comment ce qui est matériel peut affecter ce qui est immatériel et lui causer du tourment. "

Grégoire. " Dites-moi, je vous prie, pensez-vous que les esprits rebelles, précipités du ciel dans les abimes, soient corporels, ou qu'ils soient incorporels ? "

Pierre. " Quel homme de bon sens pourrait dire que des esprits fussent corporels ? "

Grégoire. " Direz-vous que le feu de l'enfer soit incorporel, ou n'avouerez-vous pas plutôt qu'il est corporel ? "

Pierre. " Je ne doute pas que le feu de l'enfer ne soit corporel, puisqu'il est certain qu'il fera le tourment des corps des damnés. "

Grégoire. " Assurément la Vérité dira aux réprouvés à la fin du monde : Allez au feu éternel, préparé pour le diable et pour ses anges (MATTH., XXV, 41). Si donc le diable et ses anges, tout incorporels qu'ils sont, doivent être tourmentés par un feu corporel, que trouvez-vous d’étonnant à ce que les âmes des reprouvés, avant même d’être réunies à leurs corps, puissent de même éprouver les atteintes d'un feu matériel ? "

Pierre. " Cette raison que vous donnez est évidente et je dois m'interdire toute question ultérieure. "

6. Ibidem : c. 42 : " Puisqu'il n'y a sous terre personne qui, au témoignage de l'Apôtre (Apoc., V, 3), ait été trouvé digne d'ouvrir le livre, je ne vois rien qui empêche de croire que l'enfer a son siège dans les lieux souterrains. "

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7. Ibidem, c. 43 : " Le feu est le même pour tous les damnés, mais il ne les tourmente pas tous de la même manière. Car chacun en est tourmenté à proportion des fautes dont il est resté coupable. Et de même que dans ce monde tous jouissent de la vue du même soleil, sans que tous éprouvent également pour cela l'ardeur de ses rayons, chacun en ressentant les atteintes selon la manière particulière dont il se trouve disposé ; ainsi, en enfer, quoique le feu soit pour tous le même, il ne cause pas à tous les mêmes tourments ; mais ce qui est ici l'effet de la diversité des tempéraments ou des humeurs, est en enfer l'effet de la diversité des crimes, et c'est à cette diversité de crimes qu'il faut attribuer la différence des tourments, quoiqu'il n'y ait aucune différence dans le feu lui-même qui en fait la matière. "

8. Ibidem, c. 44 : " Puisque c'est la Vérité elle-même qui a dit : Les impies iront au supplice éternel et les justes au contraire iront à la vie éternelle (MATTH., XXV, 46), tout ce qu'elle a promis aux uns ne pouvant être que véritable, on ne saurait non plus tenir pour faux ce dont elle a menace les autres. "

Pierre. " Mais si quelqu'un disait : Dieu n'a menacé les pécheurs d'une peine éternelle que pour les faire cesser de pécher ? "

Grégoire. " S'il nous était permis de considérer comme inexécutables les menaces qu'il fait aux pécheurs, on pourrait aussi considérer comme telles les promesses qu'il fait aux justes. Mais quel est, même parmi les insensés celui qui voudrait penser ainsi ? Et d’ailleurs, si Dieu peut faire aux hommes, pour les ramener au bien, des menaces qu'il n'ait pas l'intention d'exécuter, nous faisons de lui un menteur en voulant sauver sa miséricorde. "

Pierre. " Je voudrais bien savoir comment il peut se faire avec justice, qu'une faute d'un moment soit punie d'un supplice sans fin. "

Grégoire. " Votre réflexion serait juste, si le juste juge n'avait pas égard la disposition d'esprit des hommes, plutôt qu'à leurs actes. Si les méchants n'ont péché que quelques années, c'est qu'ils n'ont vécu que quelques années. Et il n'est pas douteux que si la chose leur eut été possible, ils eussent, voulu vivre sans fin, pour pouvoir pécher sans fin. Ils font bien voir qu'ils voudraient toujours vivre dans le péché, puisqu'ils ne cessent de pécher tout le temps de leur vie. Il est donc de toute justice que le juge souverain condamne à d’éternels supplices des hommes

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qui, tant qu'ils ont vécu, ont voulu être dans le péché. Dieu étant infiniment bon, ne saurait se repaître de nos souffrances ; mais comme il est aussi infiniment juste, il ne peut que punir éternellement une volonté constamment criminelle. Mais de plus, la condamnation des méchants aux supplices éternels, en même temps qu'elle est la juste peine de leur iniquité fait que les justes n'en apprécient que mieux le bonheur dont Dieu les fait jouir, en voyant la rigueur des châtiments auxquels ils ont échappés et qu'ils se reconnaissent d'autant plus redevables à la grâce divine, qu'ils voient que les péchés que sa grâce leur a fait éviter auraient été punis d'un éternel supplice. "

Pierre. " Mais comment peuvent-ils être saints, s'ils ne prient pas pour ceux qu'ils voient brûler dans les flammes, puisqu'il a été dit à tous : Priez pour vos ennemis (MATTH., V, 44) ? "

Grégoire. Ils prient pour leurs ennemis, tant qu'ils peuvent par leurs prières convertir utilement leurs cœurs à la pénitence, et les sauver par les exemples qu'ils leur donnent. Car qu'ont-ils à demander pour leurs ennemis, autre chose que ce qui est marqué par les paroles suivantes de l’Apôtre : Que Dieu leur donne l’esprit de pénitence pour qu'ils connaissent la vérité, et qu'ainsi ils sortent des pièges du diable, qui les tient captifs pour en faire ce qu'il lui plaît (II Tim., II, 25-26).  "

Pierre. " Je goûte cette doctrine ; comment, en effet, pourraient-ils prier pour des gens qui ne peuvent plus changer de dispositions en quittant le mal pour revenir à la pratique du bien ? "

Grégoire. " Les saints auront alors la même raison pour ne pas prier en faveur de ceux qu'ils verront condamnes au feu éternel que celle que nous avons dès aujourd'hui pour ne pas prier en faveur du diable et de ses anges condamnés à d’éternels supplices ; la même raison encore, que celle que les saints même d'ici-bas ont de ne pas prier pour les infidèles et les impies morts dans leur infidélité ou leur impiété, parce qu'ils ne veulent pas perdre le fruit de leurs prières, en les adressant au juste juge pour ceux qu'ils savent condamnés sans retour et pour l’éternité. Que si dès ici-bas les justes s'interdisent toute compassion pour les réprouvés, quoiqu'ils sachent bien n'être pas eux-mêmes exempts de fautes ; à combien plus forte raison ne verront-ils pas d'un œil impitoyable les supplices des méchants, lorsque purifiés eux-mêmes de leurs anciennes souillures, ils les verront inexorablement enchaînés à l'éternelle justice ? Car, par-là même qu'ils

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adhèrent complètement au souverain juge, les règles de l'équité occupent tellement leurs esprits, qu'ils ne peuvent plus vouloir autre chose que ce qui est parfaitement d'accord avec ces règles. "

9. S. ISIDORE, Lib. 1 de summo bono, c. 31 : " Les damnés souffrent en enfer deux sortes de peines : la tristesse, qui affecte leurs âmes et est comme un feu intérieur qui les brûle et le feu même qui brûle leurs corps ; et rien de plus juste que cette disposition, puisqu'ayant conçu dans leur esprit le mal dont le corps a été ensuite l'instrument, l'âme doit être punie en eux aussi bien que le corps. Le feu de l'enfer a de la lumière en un sens, et n'en a pas dans un autre : il en a pour faire voir aux damnés les maux qu'ils endurent ; il n'en a pas, quant à la consolation que pourrait leur procurer la vue de la lumière. La fournaise ardente où furent jetés les trois jeunes hommes peut servir à donner une juste idée du feu de l'enfer. De même que ce feu semblait avoir perdu ses propriétés par rapport à leurs corps, qui n'en recevaient aucune atteinte, et qu'il les conservait tout entier pour brûler les liens dont ils avaient été entourés. Ainsi le feu de l'enfer brillera aux yeux des damnés pour augmenter leur supplice, en leur faisant voir toute l'énormité de leurs maux, et il sera en même temps sans lumière pour eux, si l'on entend par-là le plaisir naturel qu'en cause la vue. Grande est la différence des maux d'ici-bas d'avec les maux de l'éternité. Car, dans l'éternité il y aura et tourments et ténèbres ; il peut bien y avoir aussi ces deux choses ici-bas, mais avec cette différence qu'ici-bas la première seule est un mal, au lieu que dans l'éternité il y aura supplice à être dans les ténèbres comme il y aura supplice à endurer les tourments. "

10. Ibidem, c. 32 : " De même que l'on compose de matières semblables les fagots de bois qu'on destine à brûler, ainsi, au jour du jugement, ceux qui auront commis de semblables fautes seront mis ensemble, afin qu'une semblable peine les lie en faisceau pour ainsi dire, comme ils se sont liés eux-mêmes les uns aux autres pour commettre le mal. Et de même que dans le ciel les saints seront glorifiés à proportion de leurs mérites, dans l'enfer aussi chaque damné sera puni à proportion de ses crimes, et ainsi l'ordre règnera jusque dans leurs supplices, puisque, comme l'a dit aussi le Prophète (Apoc., XVIII, 6), chacun ne sera puni qu'à proportion de ce qu'il aura mérité. Une autre circonstance qui aggravera les peines des damnés sera de voir souffrir aussi leurs proches, comme l'Evangile nous le fait entendre dans

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la parabole du mauvais riche, et comme le Psalmiste l'insinue aussi de Judas lorsqu'il dit à son sujet : Que ses enfants soient errants et vagabonds, qu'ils soient contraints de mendier (Ps. CVIII, 40). Ce qui rendra encore plus cuisantes pour les impies les peines qu'ils auront à endurer, ce sera de voir les justes en possession du bonheur et de la gloire dont ils seront prives eux-mêmes. "

11. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Moralium in Job lib. IX, c. 45 (al. 29) : " Que peut-on entendre par cette terre ténébreuse (JOB, X, 38), sinon les noires prisons de l'enfer, qui sont couvertes de l'ombre de la mort, parce que ceux qui y sont condamnés sont éternellement séparés de la lumière de vie ? "

" Ce n'est pas sans raison qu'on donne le nom de terre à l'enfer, puisque ceux qui y sont une fois entrés y demeurent pour jamais. Et, en effet, l'Ecriture marque la stabilité par la terre, lorsqu'elle dit : Les hommes passent ; une génération succède à une autre génération ; mais la terre demeure stable éternellement (Eccles., I, 4). On donne donc à l'enfer le nom de terre, parce que ceux qui y sont punis n'y ressentent pas des peines imaginaires, mais des tourments très-véritables et éternels. L'Ecriture lui donne aussi quelquefois le nom de lac, comme il parait par ces paroles d'un prophète : Ils sont descendus couverts de leur ignominie avec ceux qui tombent dans le lac (EZECH., XXVI, 20). Ainsi donc il est appelé terre, parce qu'il retient irrévocablement ceux qu'il a une fois reçus et lac, parce qu'il engloutit dans les flots de ses tourments ces misérables qui y sont sans cesse ballotté dans des peines et dans des terreurs éternelles. . . . . L'indulgence du père de miséricorde ne s'étend jamais sur ceux que la rigueur de sa justice a condamnés à ce lieu de supplices (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. II, p. 122-123). "

12. Ibidem, c. 46 (al. 29) : " Job dit ensuite : Dans cette terre de misère et d'une nuit sombre. La misère marque la douleur, et la nuit l'aveuglement. La terre qui reçoit et enferme pour jamais ceux que Dieu a bannis de sa présence, est une terre de misère et de ténèbres parce qu'elle tourmente au-dehors par de cruels supplices ceux qui, séparés de la vraie lumière, demeurent pour jamais dans l'aveuglement. "

" Le propre du feu est d'éclairer et de brûler tout ensemble ; mais ces flammes qui sont destinées à punir dans l'autre vie les crimes des hommes, les brûlent sans les éclairer. C'est pourquoi le Sauveur dira aux réprouvés : Allez, maudits, au feu éternel,

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qui est destiné pour le diable et pour ses anges. Et ailleurs il dit dans une parabole, en symbolisant dans un seul individu tout le corps des réprouvés : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures. Si donc le feu qui brûle les réprouvés était accompagné de lumière, Dieu ne dirait pas de précipiter dans les ténèbres ceux qu'il rejette de sa présence (Cf. Les Morales de saint Grégoire, p. 123-125). "

13. Ibidem, c. 47 (al. 30), sur ces paroles du chapitre X de Job, verset 39, Ubi nullus ordo : " Comment cette punition serait-elle un désordre complet, puisqu'elle garde une si juste proportion avec la qualité des péchés comme il parlait par ces paroles du Sage : Les puissants seront puissamment tourmentés, et on prépare de plus grands supplices à ceux qui ont commis de plus grands péchés (Sag., VI, 7) ? Et il est dit dans la malédiction portée contre Babylone : Que ses peines et ses tourments égalent son orgueil et ses délices (Apoc., XVIII, 7). Puis donc que la peine est ainsi assortie au péché, il est visible qu'il y a un ordre observé dans les supplices de l'enfer.

" Et, en effet, si la grandeur des tourments n'était pas mesurée sur la grièveté des péchés, le juge éternel ne dirait pas dans l'Evangile à ses moissonneurs : Arrachez premièrement l'ivraie, et liez-la en bottes pour la brûler (MATTH., XIII, 30). Car lier l'ivraie par bottes n'est autre chose que joindre les coupables avec les coupables, et unir dans les même peines ceux qui se sont unis dans les mêmes crimes, ne point séparer dans les supplices ceux qui ne se sont point séparés dans le péché, humilier par les mêmes châtiments ceux qui se sont élevés d'un même orgueil, punir des mêmes tourments ceux qui se sont abandonnés à la même ambition, et jeter dans les mêmes flammes ceux que l'impudicité a fait brûler des mêmes feux. "

" Comme dans la maison du Père il y a plusieurs demeures, selon les divers degrés des vertus de ceux pour qui elles sont destinées, ainsi dans l'enfer il y a divers degrés de supplices, selon la diversité des crimes de ceux qui y sont condamnés. Mais quoique l'enfer soit enfer pour tous, ces peines néanmoins ne sont pas pour tous les mêmes. Ainsi nous sommes tous exposés aux rayons d'un même soleil, et cependant nous n'en ressentons pas tous une même impression, puisque le degré de chaleur qu'on en éprouve est proportionné au tempérament et à la disposition du corps de chacun de nous. Il en est de même dans l'enfer, qui, quoique

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toujours le même brûle diversement les réprouvés, la différence de leurs crimes faisant une diversité dans les châtiments qu'ils endurent, comme la différence des tempéraments en fait une dans les effets de la chaleur. Comment donc Job dit-il ici qu'il n'y a aucun ordre dans l'enfer, puisque chacun y est tourmenté selon la juste proportion de ce qu'il mérite ? "

14. Ibidem, c. 48 (al. 30) : " Ce saint homme ne blesse nullement par ses paroles la justice et la sainteté de Dieu. Cette confusion et ce désordre dont il parle, il ne les voit pas dans les supplices même de l'enfer, mais seulement dans l'âme de ceux qui les souffrent. C'est là que l'ordre ne règne jamais… L'ombre de la mort remplit ce lieu de ténèbres ; tout y est sujet d'horreur et d'effroi : car les réprouvés étant livrés aux feux éternels ressentent des maux infinis, et, au milieu de ces maux, ils sont encore tourmentés d'une frayeur continuelle, de sorte qu'ils y souffrent sans cesse ce qu'ils craignent, et ils y craignent sans cesse ce qu'ils souffrent. C'est pourquoi il est écrit dans un prophète : Le ver qui les ronge ne meurt point, et le feu qui les brûle ne s'éteint point (ISAIE, LXVI, 24).

" En ce monde, la flamme qui brûle éclaire au moins ceux qu'elle brûle mais là, ainsi que le marquent les paroles du psaume (LVII, 9), que nous avons rapportées, elle brûle et aveugle en même temps. Ici la douleur bannit la crainte ; mais, dans l'enfer, la crainte s'unit avec la douleur pour le tourment des damnés. Jugez combien horrible sera leur état et combien épouvantables seront les supplices de l'enfer, où le feu ne peut éclairer, et où la douleur laisse toujours subsister la crainte.

" Et, en effet, n'était-il pas bien raisonnable que la souveraine sagesse de Dieu alliât ainsi les choses qui s'entre-combattent et s'entre-détruisent naturellement elles-mêmes, pour punir plus sévèrement par cette opposition qui les irrite, la témérité de ceux qui ont osé s'opposer à ses ordonnances; que ces supplices tourmentassent infiniment, sans jamais consumer ceux qu'ils tourmentent ; que dans ces tourments on mourût à tous moments sans mourir, et qu'on se vît toujours renaître à ses peines ? Comme donc en enfer la mort tue sans faire cesser de vivre, que la douleur tourmente sans ôter leur peur, que la flamme brûle sans dissiper les ténèbres, il est vrai de dire, en jugeant des choses par les notions de la vie présente, que les supplices y sont sans ordre, puisqu'ils n'y conservent pas leurs qualités naturelles.

15. Ibidem, c. 50 (al. 30-31) : " Quelque différence qu'il y

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ait entre la nature de l’ange et celle de l'homme, comme ils ont été unis dans les mêmes crimes, ils le seront aussi dans la même punition… Mais que nous sert de parler de ces peines, si nous ne nous efforçons de les éviter ? Travaillons donc, par la régularité de notre vie, pendant que nous en avons encore le temps, à fuir ces tourments qui sont éternels. Faites tout ce que vous pourrez faire maintenant, dit le Sage, parce qu'il n'y a plus ni de raison, ni de sagesse, ni de science dans les enfers, vers lesquels vous vous avancez à pas de course (Eccles., IX, 10). Et le prophète Isaïe dit : Cherchez le Seigneur pendant qu'il peut être trouvé ; invoquez-le pendant qu'il est proche (ISAÏE, LV, 6) ; et saint Paul : Voici le temps favorable, voici le jour du salut (II Cor., VI, 2) ; et dans une autre épître : Pendant que nous en avons le temps, pratiquons le bien envers tout le monde (Gal., VI, 18) (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. II, p. 126-133). "

16. JEAN CASSIEN, ou l'auteur quel qu'il soit de la Confession théologique, 3e partie : " Mais qui pourrait dire quels tourments sont préparés aux impies et aux mauvais chrétiens ? Dans cet empire de l'éternelle mort que nous appelons l'enfer, qu'y a-t-il autre chose que des flammes toujours brûlantes des tourments continuels et toute espèce de maux ? Un fleuve de feu et des marais fangeux y remplissent tout l'espace. Là est le séjour de démons atroces, dont les bras sont comme des têtes de dragons, dont les yeux lancent des flammes comme autant de flèches dont les dents semblent des dents d'éléphant et font souffrir ceux qu'elles atteignent, comme le feraient des queues de scorpions. Leur seul aspect cause la terreur, la douleur et la mort. Hé ! que la mort ne vient-elle mettre fin à ces supplices ! Mais ce qu'il y a de plus affreux pour ces malheureuses victimes, c'est que leur

existence n'est prolongée que pour perpétuer leurs tourments. Leurs forces ne se renouvellent que pour fournir une pâture aux serpents, et les rendre sensibles à leurs morsures. Là sont des dragons qui dévorent les lèvres des blasphémateurs ; le basilic déchire leurs poitrines avec ses dents acérées ; d'autres monstres de diverses espèces tourmentent sans fin les âmes des incrédules. Là on n'entend que hurlements, que gémissements, que plaintes et que cris confus, expression forcée de tous les maux qu'endurent ces victimes torturées par toutes sortes d'instruments de supplices, exposées continuellement à l'ardeur des flammes. Ces tourments affreux n'auront jamais ni fin ni trêve mais c'est un

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feu qu'il semble qu'on alimente sans cesse pour entretenir un horrible incendie. Là un ver qui ne meurt point, un feu qui ne s'éteint point, des grincements de dents qui ne finissent point. Là aussi et tout à la fois, un froid glacial, un froid mortel. Là une faim dévorante, une soif que rien ne peut assouvir. Là des douleurs sans fin, des maux sans interruption. Là une peste dont rien n'arrête les ravages, une contagion inouïe. Là des ténèbres épaisses et une nuit d'une obscurité profonde. Là, nulle part de repos, et rien que des maux, rien que des tourments. Là une mort qui ne meurt point, une défaillance qui ne défaille point, une fin qui ne finit point. Quel est donc le fidèle qui ne tremblerait en s'entendant annoncer et en admettant par la foi ces vérités terribles ? "

17. S. EPHREM, Lib. de verâ pénitentiâ, c. 7 : " Demande : " Tous seront-ils également punis, ou bien y aura-t-il diversité dans les supplices ? " - Réponse : " Il y aura différentes places marquées pour les supplices, ainsi que nous l’apprenons de l'Evangile même. Car puisqu'il y aura des ténèbres extérieures, il y en aura donc aussi d'intérieures. Le feu de l'enfer doit y avoir aussi sa place particulière, les grincements de dents et les vers rongeurs leurs places particulières. L'étang de feu doit y avoir sa place, et le feu inextinguible aussi sa place. Les enfers et la perdition doivent y avoir également leurs limites particulières et les parties inférieures de la terre aussi les leurs. L'enfer où sont jetés les pécheurs, et le fond de cet abîme doit être surtout horrible. Dans ces divers lieux de supplices sont distribuées les victimes, chacune suivant le degré de sa culpabilité, chacun, comme le dit le proverbe, portant la chaîne de sa propre iniquité (Prov., V, 22). C'est à quoi reviennent aussi ces expressions de l'Evangile, dites au sujet des serviteurs plus ou moins infidèles : " L'un sera frappé plus rudement, l'autre sera frappé moins rudement, " Vapulabit multis, vapulabit paucis (LUC, XII, 21-22). Comme les péchés sont inégaux, les peines aussi devront être inégales. " Nous vous prions, reprirent-ils alors, de nous dire en quoi consistera cette inégalité de peines. " Il leur répondit : " Autre sera la peine des adultères, autre celle des fornicateurs, autre celle des homicides, autre celle des voleurs, autre celle des ivrognes, autre celle des menteurs et autre celle des parjures. Quant à celui qui a de la haine pour son frère il sera compté au jour du jugement pour empoisonneur et pour homicide. Ceux qui se laissent infecter de quelque hérésie s'entendront faire l'application de cette sentence : Que l'impie disparaisse, et qu'il ne voie

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pas la gloire du Seigneur (ISAÏE, XXVI, 10, d'après la version des Septante). "

18. Ibidem, c. 8 : " Alors la séparation se fait entre eux, et ils prennent chacun une direction opposée sans espérance de se revoir jamais, etc. ; " comme à la question précédente, témoignage 29, page 80.

19. S. CYRILLE d'Alexandrie, in Oratione de exitu animæ : " Malheur aux pécheurs ! car autant les justes seront glorifiés, autant les pécheurs seront-ils condamnés. Malheur aux pécheurs ! parce qu'autant les justes seront entourés d'estime, autant les pécheurs seront-ils accablés d'opprobres. Les justes seront en bénédiction et les pécheurs seront exécrés ; les justes seront comblés de louanges, tandis que les pécheurs tomberont dans le mépris. Les justes seront introduits dans la bienheureuse patrie, et les pécheurs seront condamnés à un éternel exil. Aux justes il sera dit : Venez, les bénis de mon Père, entrez en possession du royaume qui vous a été préparé de toute éternité. Aux pécheurs, il sera dit au contraire : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel préparé pour le diable et pour ses anges. Les justes seront placés dans le paradis ; les pécheurs seront jetés dans un feu ardent qui ne s'éteindra jamais. Les justes nageront dans les délices ; les pécheurs seront plongés dans la peine. Les justes tressailliront de joie ; les pécheurs seront garrottés dans de durs liens. Les justes feront retentir leurs cantiques de joie, et les pécheurs leurs gémissements. Les justes seront trois fois heureux, et les pécheurs trois fois malheureux. Les justes seront dans des palais, et les pécheurs dans des cachots. Les justes seront dans le sein d'Abraham, et les pécheurs entre les horribles griffes de Bélial. Les justes seront en paix, et les pécheurs seront en guerre. Les justes jouiront de l'éclat d'un beau jour, et les pécheurs seront dans la nuit, et dans une nuit de tempête. Les justes joindront leurs voix aux concerts des anges, et les pécheurs rugiront avec les démons. Les justes seront investis de lumière et les pécheurs de ténèbres. Les justes seront visités par l'Esprit consolateur, et les pécheurs seront tourmentés par les démons. Les justes trôneront à côté de Dieu, les pécheurs trôneront dans les ténèbres. Les justes contempleront sans cesse la face du Tout-puissant, les pécheurs n'auront que les démons en face d'eux-mêmes. Les anges, voilà quelle sera la société des justes ; les démons, voilà quelle sera celle des pécheurs. Les justes se répandront en prières, et les pécheurs en cris lugubres. Les justes seront placés

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dans les hauteurs des cieux, et les pécheurs dans les profondeurs des abîmes. Les justes au ciel, les pécheurs en enfer ; les justes dans une éternelle vie, les pécheurs dans une éternelle mort ; les justes entre les mains de Dieu, les pécheurs sous l'empire du diable ; les justes avec Dieu, les pécheurs avec Satan. "

20. S. AUGUSTIN, Enchirid. ad Laurentium, c. 3 (al. XXXI, 29) : " Après la résurrection et la consommation du jugement universel, les deux cités, celle de Jésus-Christ et celle du diable, celle des bons et celle des méchants, composées l'une et l'autre d'anges et d'hommes, seront chacune à leur terme. Les bons ne pourront plus ni vouloir pécher ni mourir ; les méchants en auront bien la volonté mais ils seront dans l'impuissance de l'effectuer. Les premiers jouiront d'une vie véritable et bienheureuse, qui est la vie éternelle. Les derniers demeureront malheureux pour toujours et dans une mort éternelle, sans pouvoir mourir, parce que l'état des uns et des autres n'aura point de fin. Mais dans la félicité éternelle, il y aura différents degrés de bonheur ; et dans le malheur éternel, il y aura aussi divers degrés de punition (Cf. Le Manuel de Saint-Augustin, dans Les Traités choisis, t. II, page 463). "

21. Ibidem, c. 112 (al. XXXI, 29) : " C'est donc sans fondement et en pure perte que quelques personnes, et même un très grand nombre, touchés du sentiment d'une compassion toute humaine, quand on leur parle de la peine éternelle des damnés et des supplices qu'ils souffrirons sans fin et sans interruption, ne peuvent se persuader qu'il doive en être ainsi. Ce n'est pas que ces personnes aient l'intention de contredire les saintes Ecritures, mais elles suivent un certain mouvement naturel qui les porte à adoucir ce qui leur parait trop dur dans les expressions des auteurs sacrés, et à donner des interprétations plus favorables à ce qu'elles croient avoir été écrit plutôt pour imprimer aux hommes de la terreur, que pour exprimer une exacte vérité. . . . . "

" A ne considérer même dans cette colère de Dieu (Ps. LXXVI, 10), c'est-à-dire dans la punition des méchants, que ce qu'on pourrait peut-être regarder comme la moindre de leurs peines, je veux dire de n'avoir aucune part au royaume de Dieu, d'être proscrit de la sainte cité de Dieu, d'être exclu de la vie de Dieu, d'être privé de l'abondance des délices ineffables que Dieu a cachées à ceux qui ne sont qu'effrayés de la rigueur de ses châtiments, mais qu'il fait goûter pleinement à ceux qui espèrent en

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lui ; à ne considérer, dis-je, que cette peine qui n'est susceptible d'aucune interruption, elle est si grande, qu'il n'y a aucun des tourments que nous connaissons qui puisse lui être comparé, dès-là qu'elle est éternelle et que ces tourments, quelque longue qu'en soit la durée, n'ont qu'un temps. "

22. Ibidem, c. 113 (al. XXXI, 29) : " Il est certain que la mort éternelle des damnés, qui consiste à être privé de la vie de Dieu, n'aura jamais de fin, et que cette peine sera commune à tous les damnés ; de même que la vie éternelle des saints, qui consiste à vivre de la vie de Dieu, n'aura jamais de fin, et sera commune à tous les saints, quelque différence qu'il y ait dans les degrés d'honneur dont ils jouiront avec une paix et une concorde parfaites (Voyez aussi sur ce sujet les passages de plusieurs homélies de saint Jean Chrysostôme rapportés ailleurs dans cet ouvrage, tome III, pages 378 et suiv.). "

23. Le même, Serm. CLXXXI de tempore (Ce sermon ne parait pas être de saint Augustin, puisqu'il est composé en partie d'extraits de saint Grégoire-le-Grand) : " Pensez à ces choses, et aux ardeurs de la passion qui vous agitent peut-être en ce moment, opposez le feu de l'enfer. Le feu qui sert nos usages journaliers consume tout ce à quoi on l'applique ; le feu de l'enfer, au contraire, ne fait que tourmenter ceux qui éprouvent ses atteintes, et les conserve avec toutes leurs forces pour qu'ils continuent de supporter leur supplice. C'est pour cela que nous disons que ce feu est inextinguible, puisque non seulement il ne s'éteint jamais, mais qu'il n’éteint pas non plus l'existence de ses victimes. L'Ecriture dit en effet que les pécheurs (comme les justes) seront revêtus d'incorruptibilité (1 Cor., XV, 53), non toutefois pour en recevoir quelque degré de gloire, mais pour éterniser leur supplice. Aucun langage ne peut rendre la rigueur de ce tourment ou la vertu de ce feu. Car aucun des objets corruptibles ne peut donner l'idée des choses incorruptibles, soit en bien, soit en mal. Que ferons-nous? que répondrons-nous alors ? Ce ne seront plus que grincements de dents, que gémissements, que hurlements ; on voudra se repentir, mais il sera trop tard ; plus de ressources, plus de consolations ; plus rien autre chose que des maux. Il ne s'offrira à nos regards que des bourreaux, que des ministres de supplices. Mais nous pouvons encore, à l'heure qu'il est, non-seulement échapper à ces peines et à ces tourments, mais de plus obtenir un éternel bonheur : nous n'a-

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vons pour cela besoin que de faire pénitence du mal que nous pouvons avoir commis. "

24. S. AUGUSTIN, Lib. de triplici habitaculo, c. 2 : " On peut distinguer dans l'enfer deux principales espèces de tourments : un froid insupportable, et un feu qui ne s'éteindra jamais ; c'est pour cela que nous lisons dans l’Evangile : Là il y aura des pleurs et des grincements de dents (MATTH., VIII, 12 ; XIII, 42, 50 ; XXII, 13 ; XXIV, 51 ; XXV, 30 ; Luc, XXIII, 28). Car les pleurs, qui sont une liquéfaction des yeux, sont l'effet de la chaleur ; et les grincements de dents sont causés au contraire par le froid. De là aussi ces paroles de Job : Ils passeront tout d'un coup des eaux froides de la neige à une chaleur excessive (JOB, XXIV, 19). De ces deux principaux supplices en naissent d'autres sans nombre, tels qu'une soif intolérable, le tourment de la faim, une puanteur infecte, l'horreur, la crainte, la détresse, les ténèbres, la rage des bourreaux, la présence des démons, la férocité des monstres infernaux, la cruauté des ministres des supplices, l'action corrosive des vers, le ver de la conscience, les larmes de sang, les soupirs, les chagrins, des douleurs sans remède, des chaînes sans moyens de s'en délivrer, la mort éternelle, une peine sans fin, la privation du bonheur de voir Jésus-Christ : cette dernière sorte de peines est la plus grande de toutes et la plus insupportable aussi. Malheur donc pour jamais à ceux qui méritent d'endurer tous ces maux sans fin, en savourant le plaisir fugitif d'un rêve d'un moment ; car voilà ce qu'est dans la réalité toute la gloire de ce monde, en comparaison de celle de l'éternité. Il eût mieux valu pour eux, comme il a été dit du traître Judas, n'être jamais nés que de mériter ainsi les tourments de l'enfer. "

28. S. CYPRIEN, Lib. ad Demetrianum : " Une flamme toujours active, toujours dévorante les consumera sans pitié à ces épouvantables tourments, point de fin ni de relâche. Ces corps et ces âmes seront immortels pour la douleur (Cf. Les Pères de l’Eglise, trad. de Genoude, t. V). "

26. Le même (Ce sermon ne parait pas être de l’illustre évêque de Carthage.), Serm. de Ascensione Domini : " Les pleurs que verseront les damnés seront continuels, mais inutiles ; les grincements de leurs dents se feront toujours entendre au milieu des flammes. Ces misérables ne seront immortels que pour brûler éternellement ; éternellement les flammes sillonneront leurs corps exposés à nus à leurs atteintes. Ainsi brûlera ce riche autrefois

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vêtu de pourpre, sans qu'il y ait personne pour mettre une goutte d'eau sur sa langue desséchée. Les voluptés qu'il aura goûtées sur la terre seront la graisse qui nourrira la flamme ; des chaudières bouillantes seront le bain qu'il prendra, et, plus affreux encore que tous les tourments, le désespoir sera tout son soutien dans son supplice. Dieu sera sans pitié pour ses maux, sans oreilles pour ses cris ou pour sa confession trop tardive. La vierge folle, condamnée elle aussi pour n'avoir plus d'huile dans sa lampe, criera en vain ; la porte de l'époux lui sera fermée à jamais. Là plus de rafraîchissement, plus de remède : Jésus-Christ est descendu aux enfers une fois ; il n'a plus à y redescendre. Confinés dans d'affreuses ténèbres, ces malheureux n'auront plus aucun espoir de voir Dieu : leur sentence sera irrévocable, le jugement porté contre eux immuable, et l'arrêt qu'ils subissent n'aura plus qu'à être éternellement exécuté. "

27. S. BERNARD, Epist. CCLIII ad Garinum abbatem : " Dieu punit éternellement le crime d'un esprit inflexible, quoique ce crime n'ait été commis que pendant un temps, parce que ce qui a été court par la durée de l'action, n'en paraîtra pas moins long si l'on considère l'inflexibilité d'un cœur opiniâtre ; que si l'on ne mourait pas, on ne cesserait jamais de vouloir pécher et que même on voudrait toujours vivre, pour pouvoir pécher toujours (Cf. Lettres de saint Bernard, traduction de Villefore, tome II, page 223-224). "

28. Le même, Lib. Meditationum, c. 3, ou bien HUGUES DE SAINT-VICTOR, Lib., I de animâ, c. 3 : " Bannis à jamais de la céleste patrie, ils souffriront éternellement dans l'enfer, où jamais ils ne verront la lumière, jamais ils n'obtiendront de rafraîchissement ; mais ils seront continuellement tourmentés pendant des millions de millions d'années sans pouvoir jamais obtenir leur délivrance. La, ni le bourreau ne se lasse jamais, ni la victime ne peut jamais mourir. Car le feu y est de telle nature, qu'il conserve les forces entières de sa victime, tout en la faisant souffrir ; les tourments y sont tellement ménagés qu'ils se renouvellent sans cesse. Cependant, chacun y sera puni à proportion des fautes dont il se trouvera coupable ; et ceux qui seront égaux dans le crime, le seront aussi dans le châtiment. On n'entendra dans ces lieux que pleurs, que sanglots, que gémissements, que cris lamentables, que désespoir et que grincements de dents ;

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on n'y verra rien que des vers, que formes effrayantes de bourreaux, que monstres, que démons effroyables.

Vernes crudeles mordebuntintima cordis ;

Hinc dolor, inde pavor, gemitus, stupor et timor horrens.

(Des vers cruels rongeront le cœur dans ses parties les plus délicates ; la douleur, l’épouvante, les gémissements, le morne silence, la crainte s’y succèderont avec une effrayante rapidité.)

" Ils brûleront dans le feu éternel, éternellement et sans fin, Leurs corps seront tourmentés par le feu, et leurs âmes par le ver de la conscience. Ils éprouveront des douleurs in tolérables, des transes horribles, une infection désolante, la mort de l'âme, celle du corps, sans espoir de pardon ou de miséricorde. Ils mourront toujours, en continuant toujours de vivre ; ils vivront toujours, en continuant toujours de mourir. Ainsi l'âme du pécheur doit être ou tourmentée en enfer pour l'expiation de ses péchés ou admise un jour dans le paradis pour y recevoir la récompense de ses mérites. Optons donc maintenant pour l'un des deux, ou de souffrir éternellement avec les impies, ou de nous réjouir éternellement avec les saints. Car le bien et le mal, la vie et la mort, sont présentement devant nous (Ecclé., XV, 18), et nous n'avons qu'à étendre la main pour choisir telle chose des deux que nous voudrons. Si la perspective des tourments ne suffit pas pour nous détourner du mal, qu'au moins celle des récompenses nous invite à la pratique du bien. "

29. S. BERNARD, Serm. VIII in Psalmum Qui habitat in adjutorio Altissimi : " Il est certain que, comme les pécheurs, voyant que Dieu appellera ses élus à la participation de sa gloire, en sècheront d'ennui et en frémiront de dépit et de rage ; ainsi les justes, voyant les maux dont ils sont garantis, en seront comblés de joie. Car Dieu appellera les élus dans son royaume avant de jeter les réprouvés dans les flammes éternelles afin que ces malheureux sentent une plus vive douleur en regardant ce qu'ils auront perdu. Et dans cette terrible séparation qui se fera des boucs et des agneaux, comme la différence que Dieu mettra entre les uns et les autres sera pour les réprouvés l'occasion d'une violente jalousie, la considération de l'éclat déplorable des réprouvés sera au contraire pour les élus un sujet infini de louanges et d'actions de grâces. Car, où les justes pourraient-ils puiser une plus ample matière de rendre grâces Dieu, que

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dans le spectacle qui leur est donné de la punition des méchants en même temps qu'ils se voient assurée à eux-mêmes la jouissance d'une incompréhensible félicité et qu'ils se représentent avec une fidèle et vive reconnaissance, que ce n'a été que par la miséricorde du Rédempteur qu'ils ont été distingués et séparés de ces malheureux? Et d'où les méchants pourraient-ils mieux prendre sujet de s'abandonner à la fureur et au désespoir, que d'en voir d'autres de même nature qu'eux élevés en gloire, en leur présence, dans le royaume de l'éternelle félicité, pendant qu'ils seront réduits, par une inévitable condamnation, à gémir éternellement dans les épouvantables horreurs de l'enfer, dans les tourments d'un feu éternel, dans les misères d'une mort éternelle ? Il n'y aura dans ce lieu de supplices, comme l'a dit Notre-Seigneur, que des pleurs et des grincements de dents. Le feu qui ne s'éteindra jamais fera toujours couler leurs pleurs ; et les remords de leur conscience, qui ne pourront jamais finir, et qui les rongeront comme des vers sans les consumer, les pousseront toujours à cet horrible grincement de dents. Car il est certain que les douleurs font répandre des larmes, et que la fureur dont on est agité fait grincer les dents. Il faudra donc que les tourments extrêmes que souffriront les damnés les fassent pleurer sans cesse, et que leur basse jalousie, jointe à leur malice obstinée et incorrigible, les tenant toujours dans la rage, leur cause sans discontinuer cet horrible pincement de dents que leur a prédit le Fils de Dieu. Vous serez donc spectateur de cette punition des méchants afin que, connaissant par eux de quels périls et de quels maux vous avez été délivré, vous ne puissiez jamais devenir ingrat envers votre souverain libérateur. "

" Et ce ne sera pas seulement pour celle raison que Dieu voudra que ses élus contemplent de leurs propres yeux le châtiment de ses ennemis ; mais ce sera encore afin de les tenir dans une parfaite assurance et dans un plein repos. Car ils verront par-là, et seront entièrement assurés qu'ils n'auront plus à craindre la malice des hommes ni des démons. . . . . "

" Ne pensez donc pas que ce soit une chose dure et rigoureuse, que cette promesse que Dieu vous fait de vous faire contempler de vos yeux les supplices des méchants puisque vous en aurez même de la joie, et que vous rirez de leur perte. Ce ne sera pas que vous soyez capable alors de vous complaire dans cette vengeance et dans cette punition des réprouvés par un sentiment toujours blâmable d'inhumanité et de cruauté ; mais

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ce sera parce que l'ordre établi en toutes choses par la divine Providence étant parfait au-delà de tout ce qu'on peut imaginer, il est impossible qu'il ne donne pas un extrême plaisir à tous les hommes qui auront du zèle pour la justice, et qui aimeront l'équité. Quand vous connaîtrez pleinement et parfaitement, par la lumière de la vérité dont vous serez investi, que toutes choses seront on ne peut pas mieux ordonnées, et que chacune sera établie dans le rang qu'elle doit avoir, comment ne vous plairiez-vous pas à les considérer toutes dans cette disposition et ces places différentes qui leur appartiennent, et à donner de hautes louanges au souverain dispensateur de toutes ces choses ? . . . "

" Il sera donc convenable que vous contempliez de vos propres yeux, et que vous ayez en spectacle la punition des méchants premièrement parce que vous verrez plus clairement par-là quelle est la damnation dont vous aurez été délivré ; deuxièmement, parce que vous reconnaîtrez mieux combien sera complète la sûreté où vous serez établi ; troisièmement, afin qu'en comparant l'état glorieux où vous serez élevé avec la misère épouvantable des méchants, vous connaissiez mieux l'excellence et le prix de la gloire dont vous jouirez ; quatrièmement enfin, afin que vous ressentiez mieux le plaisir et la joie que doit vous donner le zèle parfait de la justice divine, en voyant de vos propres yeux avec quelle équité et quelle perfection elle sera exercée. Car alors ce ne sera plus le temps de la miséricorde, mais celui de la justice. Et nous ne devons pas nous imaginer que, dans un temps où il n'y aura plus aucun espoir d'amendement à l'égard des réprouvés il reste encore pour eux aucun sentiment de compassion (Cf. Les sermons de saint Bernard sur le psaume Qui habitat, etc., p.139-147). "

30. HUGUES DE SAINT-VICTOR, Lib. IV de animâ, c. 13 : " L'enfer est si large, qu'il ne connaît pas de limites ; si profond, qu'on ne saurait en trouver le fond ; si brûlant que l'ardeur d'aucun feu ne saurait lui être comparée, si infect, qu'on ne saurait en supporter l'odeur ; si douloureux, qu'on ne saurait en compter les maux. Là, il n'y a que misères, que ténèbres, que confusion, qu'horreur, que désespoir, que calamités. Ceux qui s'y trouvent condamnés n'ont plus qu'un sentiment qui les anime : la haine qu'ils se portent à eux-mêmes, la haine qu'ils portent aux autres. Là sont réunit toute espèce de tourments, et

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le moindre de ces tourments est plus grand encore que tous ceux qui peuvent être infligés dans ce monde. Là il n'y a que des pleurs et des grincements de dents ; là le passage continuel de l'excès du froid à l'excès du chaud, d'une froidure intolérable à une chaleur qui l'est également. Là ne se trouvent que des victimes livrées aux flammes, et rongées par les vers, sans jamais en être consumées. Le ver qui les ronge ne mourra point, et le feu qui les brûle ne s'éteindra point. Là ne se fait entendre aucun autre cri que celui-ci : Malheur ! Les bourreaux occupés à y tourmenter les victimes y sont tourmentés eux-mêmes et les maux des uns comme des autres n'auront ni fin ni remède. Tel est l'enfer ; encore l'idée qu'on en donne ici est-elle bien au-dessous de la réalité. "

31. INNOCENT III, Lib. III de contemptu mundi, sive de miseriâ humanæ conditionis, c. 2 : " Le ver rongeur et le supplice du feu (Ecclé., VII, 19), voilà la double peine des damnés. Encore chacune de ces peines se divise-t-elle en deux, puisque chacune d'elles est intérieure et extérieure à la fois. En tant qu'intérieure, elle ronge ou brûle le cœur ; en tant qu'extérieure, elle ronge ou brûle le corps. Le ver qui les ronge, dit l'Ecriture, ne mourra point, et le feu qui les brûle ne s'éteindra point (ISAIE, LXVI, 24). Dieu répandra dans leur chair le feu et les vers, afin qu'ils brûlent et qu'ils se sentent déchirés éternellement (JUDITH, XVI, 21). Le ver de la conscience déchirera les damnés de trois manière : par le souvenir des péchés dont elle leur fera le reproche, par le repentir qu'elle leur en fera naître mais trop tard, et par le désespoir qui en sera la suite. Car ils seront pleins d'effroi au soutenir de leurs offenses, et leurs iniquités se soulèveront contre eux pour les accuser (Sag., IV, 20). Ils diront : De quoi nous a servi notre orgueil ? Qu'avons-nous retiré de la vaine ostentation de nos richesses ? Toutes ces choses sont passées comme l'ombre. . . , ou comme un vaisseau qui fend les flots agiles, et dont on ne trouve point de trace après qu'il est passé. . . . . Ainsi nous ne sommes pas plus tôt nés, que nous avons cessé d'être : nous n'avons pu montrer en nous aucune trace de vertu, et nous avons été consumés par notre malice (Sag., V, 8, 9, 13). Ils se rappelleront, pleins de trouble, les plaisirs déréglés qu'ils ont goûtés et le sujet de leurs désordres deviendra le sujet de leurs remords. "

32 Ibidem, c. 3 : Ils diront en eux-mêmes, touchés de regret et jetant des soupirs dans le serrement de leurs cœurs. . . : Nous nous sommes donc égarés hors de la voie de la vérité et la lumière de la

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justice n'a point lui pour nous (Sag., V, 3, 6). Alors ils diront aux montagnes : Tombez sur nous ; et aux collines : Couvrez-nous (LUC, XXIII, 30). Leur repentir aggravera leur châtiment, sans leur ménager de pardon. Car il est bien juste que ceux qui n'ont pas voulu bien faire tandis qu'ils le pouvaient, ne le puissent plus alors même qu'ils le voudraient tardivement. "

33. Ibidem, c. 4 : " Les peines de l'enfer sont différentes selon la différence des péchés. La première de ces peines est celle du feu ; la seconde, celle du froid. C'est de ces peines qu'a voulu parler Notre-Seigneur, lorsqu'il a dit : Là il y aura des pleurs et des grincements de dents : les pleurs, en effet, seront causés par la fumée du feu, et le grincement de dents le sera par le froid (Il serait plus moral, ce nous semble et tout à fois plus conforme au véritable sens de l’Evangile, de rapporter ces pleurs et ces grincements de dents à la douleur qu’éprouve les damnés de se voir jeter hors de la salle du festin et dans les ténèbres extérieures. Au reste, cette autre explication se concilie fort bien avec celle que donne ici Innocent III). La troisième de leurs peines sera la puanteur. C'est de ces trois peines qu'il est écrit dans les Psaumes : Le feu, le soufre et la tempête seront leur partage (Ps. X, 7). La quatrième sera le ver qui ne mourra point, comme l'a dit Isaïe : Le ver qui les ronge ne mourra point, et le feu qui les brûle ne s'éteindra point (ISAÏE, LXVI, 24). La cinquième, ce seront les coups de marteaux, comme l'a dit Salomon : La sentence de condamnation est préparée pour les blasphémateurs, et les coups de marteaux pour les corps des insensés (Prov., XIX, 29). La sixième, ce seront des ténèbres palpables, tant intérieures qu'extérieures et dont Job a parlé quand il a dit : Terre de misère et de ténèbres, où habite l'ombre de la mort (JOB, X, 22) ; avant que j'aille en cette terre ténébreuse et couverte de l'obscurité de la mort (ibid., 21). C'est aussi à quoi a fait allusion le Psalmiste, quand il a dit : Ils ne verront jamais la lumière (Ps. XLVIII, 11). Comme il est dit encore ailleurs : Les impies, plongés dans les ténèbres seront réduits au silence (1 Rois., II, 9). La septième sera la confusion que leur causeront leurs péchés. Alors, dit Daniel, les livrets seront ouverts, c'est-à-dire que les secrets de la conscience des pécheurs seront dévoilés à tout le monde. La huitième sera l'horrible aspect des démons, qui leur apparaîtront dans les jets des étincelles que le feu dardera autour d'eux. La neuvième, ce seront des chaînes de feu, dont les impies auront tous leurs

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membres éteints. De ces neuf peines, la première sera spécialement celle dont seront punis les mauvais désirs, la deuxième sera le châtiment infligé à la malignité ; la troisième sera infligée aux voluptueux ; la quatrième aux envieux et à ceux qui nourrissent de la haine dans leur cœur ; la cinquième, à ceux qui n'auront pas mis à profit les afflictions de ce monde pour se corriger de leurs fautes, et qui auront tenté et irrité Dieu par leurs iniquités ans nombre. De là vient qu'il est écrit dans un psaume : Le pécheur a irrité le Seigneur, et, à cause de la grandeur de sa colère, il ne se mettra plus en peine de le chercher (Ps. IX, 4). La sixième sera celle de ceux qui, marchant dans les ténèbres auront dédaigné de se tourner vers la lumière véritable, qui est Jésus-Christ. La septième, celle de ceux qui confessent leurs péchés mais sans en faire pénitence. La huitième, celle de ceux qui, tant qu'ils sont dans ce monde, voient d'un œil serein le mal se commettre, et le commettent eux-mêmes volontiers. La neuvième enfin sera destinée à ceux qui s'abandonnent à tous les vices, qui suivent la pente de tous leurs désirs sans jamais résister à leurs convoitises. "

34. Ibidem, c. 6 : " Le feu de l'enfer ne s'entretient point avec du bois et ne s'allume point avec le vent ; mais Dieu l'a fait inextinguible (EZECH., XX, 47) des l'origine du monde. Car il est écrit : Il sera dévoré par un feu qui ne s’allume point (JOB, XX, 27). Or, on croit que ce feu est sous terre, conformément à ce que dit Isaïe : L'enfer s'est levé tout en trouble sous tes pas à ton arrivée (ISAÏE, XIV, 9). Au reste, toute espèce de lieu peut être apte au supplice des damnés, puisque toujours ils portent avec eux-mêmes ce qui fait leur tourment, et que partout ils sont à eux-mêmes leurs propres bourreaux. Je ferai sortir du milieu de vous, leur dit Dieu par son prophète, un feu qui vous dévorera (EZECH., XXVIII, 18). Le feu de l'enfer brûlera toujours, sans jamais donner de lumière il fera toujours sentir ses horribles atteintes, sans jamais consumer ses victimes ; toujours il agira, jamais il ne se trouvera épuisé. Rien n'égale l’épaisseur des ténèbres de l'enfer, la rigueur des peines qu'on y endure, et leur durée sera mesurée à l'éternité de Dieu même. Liez-lui les mains et les pieds, est-il dit dans 1'Evangile, et jetez-le dans les ténèbres extérieures ; et là il y aura des pleurs et des grincements de dents (MATTH., XXII, 13). Chaque membre aura ses tourments particuliers et analogues aux péchés dont il aura été l'instrument, afin que tous soient punis par où ils auront péché. Car il est

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écrit : L'homme est puni par où il a péché (Sag., XI, 17). Par conséquent, ceux qui auront péché par leur langue, seront punis dans leur langue. Et c'est ainsi que le mauvais riche s'écriait : Père Abraham, ayez compassion de moi, et envoyez-moi Lazare, pour qu'il trempe dans l’eau le bout de son doigt, et en rafraichisse ma langue, parce que je suis tourmenté dans ces flammes (LUC, XVI, 24). Par les doigts, il faut entendre l'action, puisque c'est par ses doigts qu'on agit. C'est comme si le mauvais riche eût dit : Si j'eusse fait une des moindres actions de Lazare, je souffrirais moins que je ne souffre. "

35. Ibidem, c. 7 : " Les réprouvés seront enveloppé non seulement de ténèbres extérieures, mais aussi de ténèbres intérieures ; car ils seront privés à la fois de toute lumière matérielle et de toutes lumières spirituelles, puisqu'il est écrit : Que l'impie disparaisse, afin qu'il ne voie pas la gloire de Dieu ; et : Dieu sera alors l'unique lumière qui luira pendant toute l’éternité (ISAIE, XVI, 19 ; LX, 19). Les réprouvés seront réduits à une telle détresse, qu'ils ne pourront guère avoir d'autre pensée que celle des peines qu'ils endureront ; mais leur attention se portera particulièrement là où la douleur Se fera sentir davantage. On rapporte qu'un certain étudiant, étant mort, apparut dans une vision au maître qui l'avait instruit. Celui-ci, apprenant de lui qu'il était damné, lui demanda si l'on agitait des questions de doctrine dans l'enfer, et il obtint de lui cette réponse : En enfer, on agite seulement cette question : Y a-t-il quelque chose qui ne soit pas une peine ? Salomon a dit de son côté : Il n'y aura plus ni œuvre, ni raison, ni science, ni sagesse dans l'enfer où vous courez (Eccles., IX, 10). Car les impies y seront tellement oublieux, tellement aveuglés, leur raison y sera tellement troublée, qu'ils ne pourront jamais ou presque jamais s'élever jusqu'à la pensée de Dieu ; à plus forte raison ne pourront-ils pas aspirer à dire ses louanges. Car la louange n'est plus pour les morts, parce qu'ils sont comme s'ils n'étaient plus (Ecclé., XVII, 26). Et il est écrit : Ce ne sont pas les morts qui vous loueront. Seigneur, ni aucun de ceux qui descendent en enfer (Ps. CXIII, 17). Ceux qui sont dans l'enfer ne vous béniront point ; les morts ne vous loueront point (ISAIE, XXXVIII, 18). "

36. Ibidem, c. 8 : " Donnez-moi un peu de relâche, dit Job au Seigneur, afin que je puisse respirer dans ma douleur, avant que j’aille en cette terre ténébreuse et couverte de l'obscurité de la mort, cette terre de misère et de ténèbres où habite l'ombre de la mort,

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où tout est sans ordre et dans une éternelle horreur (JOB, X, 20-22). Il y aura de l'ordre, à la vérité, dans la quantité des peines, chacun devant être mesuré à la mesure à laquelle il aura mesuré les autres (LUC, VI, 38), et être puni d'autant plus grièvement qu'il aura plus grièvement péché ; les puissants seront puissamment tourmentés (Sag., VI, 7). Mais il n'y aura pas d'ordre dans la qualité des choses, puisqu'ils passeront tout-à-coup de l'excès du froid à l'excès du chaud, ce passage subit d'une extrémité à une autre devant encore aggraver leurs tourments. Je sais par expérience que si l'on applique sur une brûlure récente quelque chose de froid, la brûlure n'en devient que plus cuisante. "

37. Ibidem, c. 9 : Ils ont été placés dans l'enfer comme des brebis ; ils deviendront la pâture de la mort (Ps. XLVIII, 15). Ceci est dit par similitude, relativement aux animaux qui ne broutent que la pointe des herbages qui font leur pâture, de sorte que l'herbe venant bientôt à repousser leur fournit une pâture nouvelle. C'est ainsi que les impies, devenus la pâture de la mort, renaissent pour lui servir encore de pâture, et leur mort éternellement réitérée donne lieu à une continuelle résurrection. C’est ainsi qu'Ovide a dépeint le foie de Tityus sans cesse dévoré par le vautour, et sans cesse renaissant et renaissant encore, pour pouvoir être encore dévoré :

Sic incompositum Tityi semperque renascens,

Sic perit, ut possit sæpe perire, jecur.

" Alors ce sera une mort qui ne mourra jamais ; ce seront des vivants morts à la vie, et qui ne vivront que pour la mort. Ils chercheront la mort et ne la trouveront point, parce qu'ayant eu la vie ils l'ont perdue par leur faute. Ecoutez saint Jean, disant dans l'Apocalypse : En ces jours-là, les hommes chercheront la mort, et ne la trouveront point ; ils désireront mourir, et la mort fuira loin d'eux (Apoc., IX, 6). O mort, que tu serais douce à ceux à qui tu as été si amère. Tu seras uniquement désirée de ceux qui l'avaient uniquement en horreur. "

38. Ibidem, c. 10 : " Que personne donc ne se flatte soi-même, en disant que Dieu ne sera pas toujours en colère et ne gardera pas son indignation pendant toute l'éternité (Ps. CII, 9), mais que sa miséricorde est au-dessus de tous ses ouvrages (Ps. CXLIV, 9). Car, ajoute-t-on, après qu'il s'est mis en colère, il n'oublie pas de faire miséricorde et il ne hait rien de ce qu'il a fait (Sag., XI, 24). Et on abuse, pour s'autoriser dans son erreur, de ces paroles que

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Dieu a dites par la bouche du prophète Isaïe : Et les ayant ramassés et liés ensemble comme un faisceau de bois, il les jettera dans le lac, où il les tiendra en prison, et il les visitera longtemps après (ISAIE, XXIV, 22). Et puis, ajoute-t-on, le péché de l'homme n'ayant duré que quelque temps, Dieu ne peut pas le punir d'une peine éternelle. O vaine espérance ! ô présomption téméraire. Que l'homme ne se berce point de cette fausse opinion, qu'il puisse se racheter pour un prix quel qu'il soit ; car dans l'enfer la rédemption n’est plus possible. Les pécheurs seront jetés dans le lac et y seront tenus en prison ; c'est-à-dire qu'ils seront jetés en enfer, mais en âme seulement, jusqu'au jour de la résurrection et longtemps après c'est-à-dire au dernier jour, qui sera celui de la résurrection, Dieu les visitera, non pour les sauver, mais pour leur faire sentir tout le poids de sa vengeance, puisque leurs peines ne feront que s'aggraver à la suite du dernier jugement. C'est ainsi qu'il est dit ailleurs : Je visiterai avec la verge leurs iniquités et je punirai leurs péchés par des plaies différentes (Ps. LXXXVIII, 33). Pour ce qui est des prédestinés, Dieu ne se met en colère que pour un temps : car Dieu frappe de verges tous ceux qu'il reçoit au nombre de ses enfants (Hébr., XII, 6). C'est de ceux-ci qu'il faut entendre ces paroles du psaume (CII, 9) : Dieu ne se mettra pas toujours en colère etc. Mais quant aux réprouvés, Dieu garde éternellement sa colère contre eux, parce qu'il est juste que Dieu se venge dans son éternité des prévarications commises par l'impie dans son éternité. Car, encore bien que l'impie n'ait plus la faculté de pécher, il lui en reste toujours la volonté. Voici en effet ce qui est écrit : L'orgueil de ceux qui vous haïssent monte toujours (Ps. LXXIII, 23). Au lieu de s'humilier, en effet, les réprouvés désespèrent désormais d'obtenir leur pardon, s'exaspèrent contre Dieu de plus en plus, tellement qu'ils voudraient l'anéantissement de celui qu'ils savent avoir prononcé leur malheur. Ils maudissent et blasphèment le Très-Haut, l'accusant de méchanceté, comme s'il les avait créés exprès pour les faire souffrir, et parce qu'il refusera toujours de leur pardonner. Ecoutez saint Jean, disant dans l'Apocalypse : Une grande grêle tomba du ciel sur les hommes, et les hommes blasphémèrent Dieu à cause de la plaie de la grêle, parce que cette plaie était fort grande (Apoc., XVI, 21). La volonté du damné, quoique réduite à l'impuissance, sera donc toujours disposée pour le mal, et après avoir fait son péché dans ce monde, elle fera son supplice dans l'enfer ; encore peut-on dire qu'elle fera son péché dans l'enfer même,

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mais non pas cependant de manière à lui mériter de nouvelles peines. Donc, puisque l'impie restera toujours coupable des fautes qu'il a commises, il continuera d'en subir toujours le châtiment, et Dieu ne lui remettra point par indulgence ce qu'il n'aura point effacé lui-même par sa pénitence. Il est donc de toute justice que le juge souverain condamne à d'éternels supplices des hommes qui, tant qu'ils ont vécu, ont voulu vivre dans le péché. Car ils font bien voir qu'ils voudraient toujours vivre dans le péché puisqu'ils ont péché tout le temps de leur vie (Ces deux dernières phrases sont copiées de saint Grégoire. V. plus haut, témoignage 8, p109). "

39. Le concile de FLORENCE, dans sa Lettre d'union : " Nous définissons que les âmes de ceux qui meurent avant d'avoir satisfait par de dignes fruits de pénitence, quoiqu'en état de grâce, sont soumises aux peines du purgatoire, et peuvent être soulagées par le saint sacrifice, par les prières et les autres bonnes œuvres des vivants ; que celles qui n'ont rien à expier sont aussitôt admises dans le ciel au bonheur de voir Dieu, et que celles qui sortent de ce monde avec un péché mortel, ou même avec le seul péché originel, descendent en enfer pour y souffrir des peines diverses (V. Dictionnaire universel des conciles, t. I, col. 919, art. FLORENCE, l'an 1439). "

40. S. CHRYSOSTOME, Lib., 1 de Providentiâ Dei : " J'ajoute que les menaces des châtiments éternels nous sont aussi nécessaires que les promesses de la gloire céleste et que les unes comme les autres doivent être pour nous des preuves de la bonté divine. Car on se mettrait moins en peine de mériter le ciel, si l'on n'avait pas l'enfer à craindre : la crainte n'est pas moins efficace que l'espérance pour nous porter à la vertu (Cf. Opuscules de saint Jean Chrysostôme). "

41. Le même, Hom. V ad populum Antiochenum : " Si la terreur de l'enfer était profondément grave dans vos cœurs, la crainte de la mort n'y ferait pas une si forte impression, et par ce moyen, en même temps que vous vous délivreriez de son appréhension, vous pourriez échapper aux flammes éternelles : car il est bien difficile que celui qui a sans cesse devant les yeux la terrible image de ces brasiers dévorants en éprouve jamais les rigueurs (Cf. Homélies ou Sermons de saint Jean Chrysostôme au peuple d’Antioche, trad. de Maucroix, chanoine de l’Eglise de Reims, p. 93-94). "

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42. Le même, Hom. LV ad populum Antiochenum : " Ne refusons pas d'entendre vous parler sans cesse de l'enfer, pour que la crainte que cette pensée nous inspirera puisse produire en nous des effets salutaires. Car si Dieu, avant de se déterminer à condamner les pécheurs, n'avait commencé par les en menacer, il y en aurait beaucoup plus encore qui y seraient condamnés effectivement. En effet, si malgré la crainte qui nous en est imprimée, il s'en trouve toujours qui se laissent aller aussi facilement au vice que s'il n'y avait pas d'enfer, que de mal ne se commettrait-il pas dans le monde, si personne n'était retenu par ce motif ? Je ne me lasserai donc pas de répéter que l'enfer ne nous prouve pas moins que le ciel le soin que Dieu prend de nous. L'enfer conspire, pour ainsi dire, avec le ciel, en nous forçant par la crainte à prendre le chemin du ciel ; de sorte que, bien loin de nous faire crier à la barbarie et à la cruauté contre le maître tout-puissant qui nous en menace, il doit plutôt être pour nous un motif de plus d'admirer sa miséricorde, sa bonté infinie et le soin paternel qu'il prend de nous. S'il n'avait averti par Jonas Ninive de sa ruine, Ninive n'aurait pas été conservée. S'il n'avait pas menacé les hommes de l'enfer, tous seraient tombés dans l'enfer. Si le feu éternel ne nous avait été d'avance signifie, personne n'aurait échappé au feu éternel. Dieu annonce ainsi aux hommes le contraire de ce qu'il a dessein d'accomplir, pour plier leurs volontés à ses desseins. Il ne veut pas la mort du pécheur ; et s'il l'en menace, c'est pour la lui faire éviter. "

43. S. AUGUSTIN, in Ps. XLIX : " Quand nous pourrions empêcher que le jour du jugement n'arrivât, nous ne devrions pas pour cela vivre dans le dérèglement. Quand ce feu terrible ne marcherait point devant la face de Dieu, quand les pécheurs n'auraient à craindre que de se voir séparé de lui, dans quelque apparence de délices qu'ils fussent d'ailleurs, ne voyant point celui qui les a créés, et rejetés qu'ils seraient de la vue ravissante de son visage, ils devraient se désoler, quelque éternité et quelque impunité qu'ils pussent se promettre de leurs crimes. Mais que dirai-je ici, ou à qui le dirai-je ? Cette peine ne se comprend que de ceux qui aiment, et non pas de ceux qui n'ont que du mépris pour Dieu. Ceux-là comprennent cc que je dis, qui ont commencé tant soit peu à goûter la douceur de la sagesse et de la vérité ; ils comprennent quelle horrible peine ce serait d’être seulement séparés de la vue de Dieu. Quant à ceux qui n'ont encore aucune expérience de cette douceur, s'ils ne soupirent pas après la vue

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de Dieu, qu'ils craignent du moins le feu, et que les supplices épouvantent ceux que n'attirent pas les récompenses. Si ce que Dieu vous promet vous semble vil et méprisable, que ses menaces du moins vous fassent trembler. On vous dit que Dieu vous fera voir l'ineffable beauté de son visage, et cette proposition ne vous électrise point, ne vous remue point, vous laisse toujours apathique et indifférent ! Que dis-je ? vous vous passionnez pour le désordre ; vous vous délectez dans les plaisirs de la chair ; vous amassez la paille autour de vous : aussi bien le feu viendra. Un feu dévorant le précédera (Ps. XCVI, 5). "

" Ce feu ne sera pas semblable à celui que vous voyez ici ; et cependant si l'on voulait vous forcer à y mettre la main, vous feriez pour éviter ce mal tout ce que vous demanderait celui qui vous en ferait la menace. Quand il vous dirait : Signez la condamnation de votre père, signez la condamnation de vos enfants, ou si vous ne le faites, je m'en vais vous faire brûler la main dans ce feu ; vous consentiriez à tout, plutôt que de voir brûler votre main, plutôt que de voir brûler un de vos membres, quoique la douleur que vous en ressentiriez alors ne dût pas être éternelle. Votre ennemi donc vous menace d'un mal si léger, et pour l'éviter vous faites ce qui est mal ; Dieu vous menace d'un mal éternel, et vous refusez de faire du bien ? Pour vous porter à faire le mal, ou pour vous détourner de faire le bien, toutes les menaces du monde devraient être impuissantes. Pour vous détourner au contraire du mal et pour vous porter au bien, Dieu vous menace d'un feu éternel. D'où vient donc votre lâcheté pour fuir l'un et pour vous porter vers l'autre, sinon de votre peu de foi (Cf. Sermons de Saint Augustin sur les Psaumes, etc., t. II, p. 601-603) ? "

44. S. BERNARD, Serm. de conservsione ad clericos, c. 5 : " Le réprouvé reprendra le corps qu'il aura quitté en mourant ; mais il le reprendra pour souffrir les peines de l'enfer, et non pour faire pénitence. En cela je trouve que le péché et le corps seront d'une même condition, puisque, de même que le péché pourra être puni toujours, sans pouvoir jamais être expié, ainsi les tourments du corps ne finiront point, en même temps que le corps ne pourra jamais être consumé par les tourments. Et certes il est bien juste que la punition soit éternelle, puisque la faute sera ineffaçable et que la substance de la chair ne périsse point, pour que les peines auxquelles elle est condamnée ne

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finissent pas non plus. Mes chers frères, celui qui craint de tels supplices a soin de les éviter ; mais celui qui n'y pense pas y tombe infailliblement (Cf. Traduction de trois excellents ouvrages de saint Bernard, p. 20-21). "
 
 

Question V

Que nous enseigne l’Ecriture au sujet du royaume du ciel ?

C'est un royaume que Dieu a préparé aux élus dès l'origine du monde ; royaume céleste, royaume éternel, royaume séjour de la béatitude, et dont saint Paul a dit en termes formels : Les souffrances de ce monde n'ont aucune proportion avec la gloire à venir. L'œil n'a point vu, l'oreille de l’homme n'a point entendu, et l’esprit de l'homme ne saurait concevoir les biens que Dieu a préparés à ceux qui l'aiment. O sainte cité ! O Jérusalem nouvelle, qui venant de Dieu descendez du ciel parée comme une épouse qui se pare pour son époux ! C'est au sujet de cette cité bienheureuse que saint Jean, cet apôtre si bien instruit des conseils divins, a entendu du ciel ces paroles qu'il a ensuite consignée dans son Apocalypse : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il demeurera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu demeurant de même au milieu d'eux sera leur Dieu ; et Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux ; et la mort ne sera plus ; et il n'y aura plus ni pleurs, ni cris, ni afflictions, parce que le premier état sera passé. C'est la que se fait entendre comme le bruit d'une grande troupe, comme le bruit de grandes eaux, et comme le bruit d'un grand tonnerre qui fait retentir ces paroles : Alleluia (Louez Dieu), parce que le Seigneur notre Dieu, le Tout-Puissant, est entré dans son règne ; réjouissons-nous, faisons éclater notre joie et rendons-lui gloire, parce que les noces de l'Agneau sont venues.

Heureux ceux qui sont appelés au souper des noces de l'Agneau. Plus heureux ceux qui, appelés à ce souper, s'y rendent malgré tous les obstacles qui pourraient les en éloigner et s'y présentent avec la robe nuptiale, pour prendre place dans le royaume de Dieu avec Abraham, Isaac et Jacob. Il n'est pas besoin de demander : Seigneur, qui habitera dans votre tabernacle, ou qui reposera sur votre montagne sainte ? La réponse est facile : C'est celui qui vit sans tache et qui pratique la justice. Ou, si l'on préfère recueillir ici les paroles de Jésus-Christ lui-même : Celui

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qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, c'est celui-là même qui entrera dans le royaume des cieux. C'est donc une cité sainte, et qui ne peut avoir aussi pour habitants que des saints : Rien de souillé ne peut y avoir accès.

TEMOIGNAGES DE L'ECRITURE.

1. MATTHIEU, XXV, 34, 46 : " Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, les bénis de mon Père, posséder le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. - Et ceux-ci iront au supplice éternel et les justes à la vie éternelle. "

2. II Timothée, IV, 18 : " Le Seigneur me délivrera de toute œuvre mauvaise ; il me sauvera, et me conduira dans son royaume céleste. "

3. II PIERRE, I, 11 : " Ainsi une porte spacieuse vous sera ouverte pour entrer dans le royaume éternel de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. "

4. LUC, XIV, 15 : " Un de ceux qui étaient à table avec lui, ayant entendu ces paroles, lui dit : Heureux celui qui mangera son pain dans le royaume de Dieu. "

5. Romains, VIII, 18; comme dans le corps de la réponse.

6. II Corinthiens, IV, 17-18 : " Les afflictions si courtes et si légères que nous avons à endurer dans la vie présente nous

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amassent pour l'éternité une somme immense de gloire. -Ainsi, ne considérons point les choses visibles, mais les invisibles ; car les choses visibles sont passagères, au lieu que les invisibles sont éternelles. "

7. Actes, XIV, 21 : " Fortifiant le courage des disciples, les exhortant à persévérer dans la foi, et leur représentant que c'est à travers beaucoup de tribulations qu'il nous faut entrer dans le royaume de Dieu. "

8. II Timothée, II, 2-6, 11-12 : " Et gardant ce que vous avez appris de moi devant plusieurs témoins, donnez-le en dépôt à des hommes fidèles, qui soient eux-mêmes capables d'en instruire d'autres. - Travaillez comme un bon soldat de Jésus-Christ. - Quiconque est enrôlé au service de Dieu évite l'embarras des affaires du siècle, pour ne s'occuper que de plaire à celui à qui il s'est donné - Celui qui combat dans les jeux publics n'est couronné qu'après avoir combattu selon la loi des combats. Il faut qu'un laboureur travaille, avant qu'il puisse goûter les fruits de sa récolte. - C'est une vérité très-assurée que si nous mourons avec Jésus-Christ, nous vivrons avec lui ; si nous souffrons avec lui, nous règnerons aussi avec lui. "

9. Id., IV, 7-8 : " J’ai bien combattu, j'ai achevé ma course, j'ai gardé ma foi. Il ne me reste plus qu'à attendre la couronne de justice qui m'est réservée et que le Seigneur, comme un juste juge, me rendra en ce jour, et non-seulement à moi, mais à tous ceux qui aiment son avènement. "

10. I Corinthiens, II, 7-10 : " Mais nous prêchons la sagesse de Dieu renfermée dans son mystère, cette sagesse cachée qu'il avait prédestinée avant tous les siècles pour notre gloire : - sagesse que nul des princes de ce monde n'a connue, puisque, s'ils l'eussent connue, ils n'eussent jamais crucifié le Seigneur de la gloire ; - et de laquelle il est écrit : que l'œil n'a point vu, que l'oreille n'a point entendu, et que le cœur de l'homme n'a jamais conçu ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment. - Mais pour nous, Dieu nous l'a révélé par son Esprit : car cet Esprit pénètre tout, même les secrets les plus profonds de Dieu. "

11. ISAIE, LXIV, 4 : " Depuis l'origine des siècles, les hommes n'ont point conçu, l'oreille n'a point entendu, aucun œil n'a vu, excepté vous, Seigneur, ce que vous avez préparé à ceux qui vous attendent. "

12. Apocalypse, XXI, 2, 9-12, 18-19, 21-23 : " Moi, Jean, je vis la ville sainte, la nouvelle Jérusalem qui, venant de Dieu,

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descendait du ciel, parée comme une épouse peut l'être pour son époux. - Et il vint ensuite un des sept anges qui tenaient les sept coupes pleines des sept dernières plaies : il me parla, et me dit : Venez, et je vous montrerai l'épouse qui a l'Agneau pour époux. - Et il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne, et il me montra Jérusalem, la sainte cité qui descendait du ciel venant de Dieu. - Elle était toute illuminée de la clarté de Dieu ; et la lumière qu'elle reflétait était semblable à une pierre précieuse, à une pierre de jaspe transparente comme du cristal. - Elle avait une grande et haute muraille, avec douze portes, et douze anges à ces portes, un à chacune d'elles. Et des noms étaient écrits dessus, qui étaient les noms des douze tribus des enfants d'Israël. - Cette muraille était bâtie de jaspe, et la ville était d'un or pur, semblable à du verre très-clair. - Et les fondements de la muraille de la ville étaient ornés de toutes sortes de pierres précieuses : le premier fondement était de jaspe, le second de saphir, le troisième de chalcédoine, le quatrième d'émeraude, etc. - Or, les douze portes étaient douze perles, et chaque porte était faite de l'une des douze perles : et la porte de la ville était d'un or pur, comme du verre transparent. - Je ne vis point de temples dans la ville, parce que le Seigneur Dieu tout-puissant et l'Agneau en est le temple. - Et cette ville n'a point besoin d'être éclairée par le soleil ou par la lune, parce que c'est la lumière de Dieu qui l'éclaire, et que l'Agneau en est la lampe. "

13. Ibid., XXII, 2-5 : " Au milieu de la place de la ville, des deux côtés de ce fleuve, était l'arbre de vie, qui porte douze fruits, et donne son fruit chaque mois ; et les feuilles de cet arbre servent à guérir les nations. - Il n'y aura plus là de malédiction ; mais le trône de Dieu et de l'Agneau y sera, et ses serviteurs le serviront. - Ils verront sa face, et ils porteront son nom écrit sur leurs fronts. - Il n'y aura plus de nuit, et ils n'auront point besoin de lampe, ni de la lumière du soleil, parce que le Seigneur Dieu les éclairera ; et ils règneront dans les siècles des siècles. "

14. MATTHIEU, XIII, 43 : " Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur père. "

15. Id., XXII, 30 : " Au jour de la résurrection, les hommes n'auront plus d'épouses, ni les épouses de maris ; mais ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel. "

16. Sagesse, III, 1, 4, 7-8 : " Les âmes des justes sont dans

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la main de Dieu, et le supplice ne les atteint pas. - Et s'ils ont souffert des tourments devant les hommes, leur espérance est pleine d'immortalité. - Les justes brilleront ; ils étincelleront comme des feux qui courent au travers des roseaux. - Ils jugeront les nations, et ils domineront les peuples, et leur Seigneur règnera éternellement. "

17. Id., V, 16-17 : " Les justes vivront éternellement, le Seigneur leur réserve leur récompense, et le Très-Haut les a présent à sa pensée. - C'est pourquoi ils recevront de la main du Seigneur un palais de toute magnificence et un diadème de toute beauté. - Il les protègera de sa droite, et les défendra par la force de son bras saint. "

18. DANIEL, XII, 2-3 : " Et tous ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront les uns pour la vie éternelle, et les autres pour un opprobre qu'ils auront toujours devant les yeux. - Or, ceux qui auront eu l'intelligence brilleront comme les feux du firmament, et ceux qui auront enseigne à plusieurs la voie de la justice luiront comme des étoiles dans toute l'éternité. "

19. I Corinthiens, XV, 41-44, 51-55 : " Le soleil a son éclat, la lune le sien, et les étoiles le leur ; et même entre les étoiles, l'une est plus éclatante que l'autre. - Il en sera de même à la résurrection des morts. Le corps est semé dans la corruption, et il ressuscitera incorruptible. - Il est semé tout difforme, et il ressuscitera tout glorieux. Il est privé de mouvement, et il ressuscitera plein de vigueur. Il est mis en terre comme un corps animal, et il ressuscitera comme un corps spirituel. Comme il y a un corps animal, il y a aussi un corps spirituel. - Voici un mystère que je vais vous dire : Nous ressusciterons tous, mais nous ne serons pas tous changés (suivant le grec, Nous ne dormirons pas tous du sommeil de la mort, mais nous serons tous changés en un moment). - En un moment et en un clin-d'œil, au son de la dernière trompette (car la trompette sonnera), et les morts ressusciteront en un état incorruptible, et alors nous serons changés. - Car il faut que ce corps corruptible soit revêtu de l'incorruptibilité, et que ce corps mortel soit revêtu de l'immortalité. - Et quand ce corps mortel aura été revêtu de l'immortalité, alors cette parole de l'Ecriture sera accomplie : La mort a été absorbée par la victoire. - O mort, ou est ta victoire ? O mort, où est ton aiguillon ? "

20. Philippiens, III, 20-21 : " Pour nous, nous vivons déjà

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dans le ciel, et c'est de là aussi que nous attendons le Sauveur, Notre-Seigneur Jésus-Christ ; - qui transformera notre corps, tout vil et abject qu'il est, afin de le rendre conforme à son corps si glorieux, en faisant agir cette puissance par laquelle il peut s'assujettir toutes choses. "

21. JEAN, XIV, 2 : " Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. Si cela n'était, je vous l'aurais dit, car je vais vous préparer le lieu. "

22. Apocalypse, XXI, 3 : " Et j'entendis une grande voix qui venait du trône et qui disait : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il demeurera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu demeurant lui-même au milieu d'eux sera leur Dieu, etc. " Comme dans le corps de la réponse.

23. Ibid., VII, 14-17 : " Ce sont ceux qui sont venus ici, après avoir passé par la grande tribulation, et qui ont lavé et blanchi leurs robes dans le sang de l'Agneau. - C'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, et ils le servent jour et nuit dans son temple ; et celui qui est assis sur le trône les couvrira comme une tente. - Ils n'auront plus ni faim ni soif, et le soleil ni aucune autre chaleur ne les incommodera plus ; - parce que l'Agneau qui est au milieu du trône sera leur pasteur ; il les conduira aux fontaines d'eau vive, et Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux. "

24. I Corinthiens, XIII, 12 : " Nous ne voyons maintenant que comme en un miroir et en des énigmes ; mais alors nous verrons face à face : je ne connais maintenant qu'imparfaitement ; mais alors je connaitrai comme je suis moi-même connu. "

25. JEAN, III, 2-3 : " Mes bien-aimés, nous sommes déjà enfants de Dieu ; mais ce que nous serons un jour ne paraît pas encore. Nous savons que lorsque Jésus-Christ paraîtra dans sa gloire, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est. - Et quiconque a cette espérance en lui se sanctifie, comme il est saint lui-même. "

26. ISAIE, XXV, 8-9 : " Il précipitera la mort pour jamais, et le seigneur Dieu sèchera les larmes de tous les yeux, et il effacera de dessus la terre l'opprobre de son peuple, car c'est le Seigneur qui a parlé. - Alors on dira : C'est là vraiment celui qui est notre Dieu ; nous l'avons attendu, et il nous sauvera. C'est lui qui est le Seigneur ; nous l'avons attendu longtemps, et nous serons remplis d'allégresse, nous serons ravis de joie dans le salut qu'il donnera. "

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27. Id., XXXIII, 17, 20-21 : " Ses yeux (les yeux du juste) contempleront le roi dans l'éclat de sa beauté, et verront la terre de loin. - Considérez Sion, cette ville consacrée à nos fêtes solennelles ; vos yeux verront Jérusalem comme une demeure pleine de richesses ; comme une tente qui ne sera point transportée d'un lien à un autre ; les pieux qui l'affermissent en terre ne seront jamais arrachés, et tous les cordages qui la tiennent ne seront jamais rompus. - Le Seigneur ne fera voir sa magnificence nulle part ailleurs comme en ce lieu-là. Les eaux y couleront dans un canal très-large et très-spacieux. Les vaisseaux à rames ne prendront point leur route par là, et la grande galère n'y passera point. "

28. Id., XLIX, 10 : " Ils n'auront plus ni fin ni soif ; la chaleur et le soleil ne les brûleront, point, parce que celui qui est plein de miséricorde pour eux les conduira et les mènera boire aux sources des eaux. "

29. Id., LI, 3, 11 : " C'est ainsi que le Seigneur consolera Sion ; il réparera toutes ses ruines ; il changera ses déserts en un lieu de délices, et sa solitude en un jardin du Seigneur. Tout y respirera la joie et l’allégresse ; tout y retentira d'actions de grâces et de cantiques de louanges. - C'est ainsi que ceux qui auront été rachetés par le Seigneur retourneront à lui ; ils viendront à Sion en chantant ses louanges ; ils seront comblés et couronnés d'une éternelle allégresse ; ils seront dans la joie et le ravissement ; la douleur et les gémissements fuiront. "

30. Id., LX, 18-22 : " On n'entendra plus parler de violence sur votre territoire, ni de destruction et d'oppression dans toutes vos terres. Le salut environnera vos murailles, et les louanges retentiront à vos portes. - Vous n'aurez plus le soleil pour vous éclairer pendant le jour, et la clarté de la lune ne luira plus ; mais le Seigneur deviendra lui-même votre lumière éternelle, ct votre dieu sera votre gloire. - Votre soleil ne se couchera plus, et votre lune ne souffrira plus de diminution ; car le Seigneur sera votre flambeau éternel, et les jours de vos larmes seront finis. - Tout votre peuple sera un peuple de justes ; ils possèderont la terre pour toujours ; ils seront les rejetons que j'ai plantés, les ouvrages que ma main a faits pour qu'ils me rendent gloire. - Mille sortiront du moindre d'entre eux, et le plus petit donnera naissance à un grand peuple. C'est moi qui suis le Seigneur, et, quand le temps sera venu, je ferai tout d'un coup ces merveilles. "

31. Id., LXV, 17-19 : " Car je m'en vais créer de nouveaux

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cieux et une terre nouvelle, et le passé ne sera plus dans votre mémoire, et ne vous reviendra plus au cœur. Mais vous vous réjouirez, et vous serez dans une perpétuelle allégresse, parce que je m'en vais créer une Jérusalem toute de délices, et faire de son peuple un peuple de joie. - Je mettrai mes délices dans Jérusalem ; je trouverai ma joie dans mon peuple, et on n'y entendra plus ni plaintes ni clameurs. "

32. Id., LXVI, 13-14 : " Comme une mère console son petit enfant, ainsi je vous consolerai et vous trouverez votre paix dans Jérusalem. - Vous verrez ces choses, et votre cœur sera dans la joie ; vos os mêmes reprendront une nouvelle vigueur, comme l'herbe ; et le Seigneur fera connaître la puissance de son bras en faveur de ses serviteurs, et répandra sa colère sur ses ennemis. "

33. Psaume XVI, 15 : " Pour moi, conduit par la justice, je verrai votre face ; mes désirs seront comblés par l'éclat de votre aspect à mon réveil. "

34. Ps. XXVI, 13 : " Je suis assuré de goûter les biens du Seigneur dans la terre des vivants. "

35. Ps. XXX, 20-21 : " Qu'elles sont grandes, Seigneur, les faveurs que vous réservez à ceux qui vous craignent, et que vous accordez, à la vue des enfants des hommes, à ceux qui espère en vous ! - Vous les dérobez, dans le secret de votre face, aux vexations de l'homme puissant ; vous les mettez, dans votre tabernacle, à l'abri de la contradiction des langues. "

36. Ps. XXXV, 9-10 : " Ils se rassasieront de délices dans vos parvis ; vous les enivrerez d'un torrent de voluptés ; - car en vous est la source de la vie ; votre clarté luira à nos yeux, et nous verrons la lumière. "

37. Ps. LXXXVI, 3, 7 : " On dit de vous des choses glorieuses, ô cité de Dieu ! Tous ceux qui habitent votre enceinte, ô Sion, célèbrent leur bonheur avec transport. "

38. Ps. CXIV, 7-9 : " Rentre, mon âme, dans ton repos, puisque le Seigneur t'a comblée de biens. - Car il a sauvé mon âme du trépas ; il a tari la source de mes larmes, et retiré mes pieds des bords du précipice. Je marcherai en sa présence pour mériter sa faveur dans le séjour des vivants. "

39. Ps. CXLIX, 5-9 : " Au milieu de leur triomphe, les justes entreront dans de saints transports ; ils pousseront des cris d'allégresse sur leurs lits de repos. - Les louanges de Dieu seront sur leurs lèvres, et leurs mains seront armées de glaives à deux tranchants, - pour exercer une juste vengeance contre les

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nations, et pour châtier les peuples ; - pour garrotter leurs rois avec des liens de fer, et charger de chaînes leurs princes ; - afin d'exécuter sur eux l'arrêt que le Seigneur a porté. Telle est la gloire qu'il réserve à tous ses élus. "

40. Apocalypse, XIX, 6 : " J'entendis encore comme le bruit d'une grande multitude, comme la voix de grandes eaux, et comme des éclats de tonnerre, qui disaient : Alleluia, parce que le Seigneur notre Dieu, le Tout-Puissant, est entré dans son règne, etc. ; " comme dans le corps de la réponse.

41. Psaume LXXXIII, 1-2, 5, 7, 9-12 : " Qu'ils ont pour moi d'attraits les lieux où vous résidez Seigneur, Dieu des armées ! Mon âme se consume en désir pour les parvis de l'Eternel. - Mon cœur et ma chair éprouvent des transports au souvenir du Dieu vivant. - Heureux ceux qui habitent dans votre maison, Seigneur! ils chanteront éternellement vos louanges. - Ils seront comblés de bénédiction par le législateur suprême ; des forces toujours nouvelles les soutiendront dans leur marche ; ils contempleront le Dieu des dieux dans Sion. - Un seul jour dans vos parvis est préférable à mille partout ailleurs. - Aussi aimé-je mieux être sur le seuil de la maison de mon Dieu, que d'habiter sous les tentes des pécheurs.- Car Dieu aime la miséricorde et la vérité : le Seigneur donnera la grâce et la gloire. - Il ne privera pas de ses biens ceux qui marchent dans l'innocence. Dieu des armées, heureux est l'homme qui espère en vous ! "

42. Apocalypse, XIX, 19 ; comme dans le corps de la réponse.

43. LUC, XIV, 16-18 : " Un homme fit un grand festin auquel il invita plusieurs personnes. - A l'heure du souper, il envoya son serviteur dire aux conviés de venir, parce que tout était prêt. - Mais tous, comme de concert, commencèrent à s'excuser. Le premier lui dit : J'ai acheté une maison aux champs, et il faut nécessairement que j'aille la voir ; je vous prie de m'excuser, etc. "

44. MATTHIEU, XXII, 11-12 : " Le roi entra ensuite pour voir ceux qui étaient à table, et ayant aperçu un homme qui n'avait pas la robe nuptiale, il lui dit : Mon ami, comment êtes-vous entré ici sans avoir la robe nuptiale ? Et cet homme resta muet, etc. "

45. Id., VIII, 11 : " Aussi, je vous déclare que plusieurs viendront d'orient el d'occident, et s'assiéront dans le royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob. "

46. LUC, XIII, 28-29 : " Ce sera alors qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez qu'Abraham,

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Isaac et Jacob et tous les prophètes seront dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors. - Et il en viendra d'orient et d'occident, du nord et du midi, qui auront place au festin dans le royaume de Dieu. "

47. Id., XII, 37 : " Heureux ces serviteurs que le maître à son arrivée trouvera vigilants ; je vous dis en vérité que, s'étant ceint, il les fera mettre à table, et viendra les servir. "

48. Id., XXII, 29-30 : " Je vous prépare le royaume, comme mon Père me l'a préparé ; - afin que vous mangiez et que vous buviez à ma table dans mon royaume, et que vous soyez assis sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël. "

49. Psaume XIV, 1 ; comme dans le corps de la réponse.

50. Ps. XXIII, 3-4 : " Qui est-ce qui montera sur la montagne du Seigneur? ou qui est-ce qui s'arrêtera dans son lieu saint ? Ce sera celui dont les mains sont innocentes et dont le cœur est pur ; qui n'a point pris le nom de son âme en vain, ni fait un serment trompeur à son prochain. "

51. ISAIE, XXXIII, 15-17 : " Celui qui marche dans les sentiers de la justice et qui rend hommage à la vérité ; celui dont les richesses ne sont point grossies par un gain infâme ; qui garde ses mains pures, rejette les présents, n'écoute pas les paroles sanguinaires, et ferme les yeux pour ne point voir le mal ; - celui-là habitera dans la gloire : élevé comme un rempart bâti sur le roc, il vivra au milieu de l'abondance. - Ses yeux contempleront le Roi dans l'éclat de sa majesté. "

52. Romains, II, 6-7, 10 : " Qui rendra à chacun selon ses œuvres - en donnant la vie éternelle à ceux qui, par leur persévérance dans les bonnes œuvres, cherchent la gloire, l'honneur et l'immortalité. . . . - Gloire, honneur et paix à tout homme qui fait le bien. "

53. MATTHIEU, V, 8 : " Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. "

54. Id., VII, 21 ; comme dans le corps de la réponse.

55. Id., XIX, 16-17 : " Quelqu'un s'approchant de lui, lui dit : Bon maître quel bien faut-il que je fasse pour acquérir la vie éternelle ? Jésus lui répondit : Pourquoi me demandez-vous ce qui est bon ? Il n'y a que Dieu qui soit bon. Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les commandements. "

56. Id., XXV, 20-23 : " Celui qui avait reçu cinq talents, s'approchant, en présenta cinq autres, et dit : Seigneur, vous m'aviez donné cinq talents, en voilà cinq autres que j'ai gagnés

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en plus. - Son maître lui répondit : Fort bien, bon et fidèle serviteur : puisque vous avez été fidèle dans de petites choses, je vous établirai sur de plus grandes ; entrez dans la joie de voire maître. - Celui qui avait reçu deux talents s'approcha aussi et dit : Seigneur, vous m'avez donné deux talents ; en voici deux autres que j'ai gagnés. - Son maître lui répondit : Fort bien, bon et fidèle serviteur : puisque vous avez été fidèle dans de petites choses, je vous établirai sur de plus grandes ; entrez dans la joie de votre maître. "

57. Apocalypse, II, 7, 10-11, 17, 26-28 : " Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende ce que l'Esprit dit aux églises : Je donnerai au vainqueur à manger du fruit de l'arbre de vie, qui est au milieu du paradis de mon Dieu. - Soyez fidèle jusqu'à la mort, et je vous donnerai la couronne de vie. - Celui qui sera victorieux ne recevra point d'atteinte de la seconde mort. - Je donnerai au vainqueur la manne cachée et je lui donnerai encore une pierre blanche, sur laquelle sera écrit un nom nouveau, que personne ne connaît que celui qui la reçoit. - Et quiconque aura vaincu et aura persévéré jusqu'à la fin dans mes œuvres, je lui donnerai puissance sur les nations. - Il les gouvernera avec un sceptre de fer, et elles seront brisées comme un vase d'argile, - selon que j'en ai reçu moi-même le pouvoir de mon Père et je lui donnerai l'étoile du matin. "

58. Id., III, 5, 12, 21 : " Celui qui sera victorieux, sera ainsi vêtu d'habits blancs; et je n'effacerai point son nom du livre de vie ; et je confesserai son nom devant mon Père et devant ses anges. - Quiconque sera victorieux, je ferai de lui une colonne dans le temple de mon Dieu, et j'écrirai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la ville de mon Dieu, de la nouvelle Jérusalem, qui descend du ciel, venant de mon Dieu, et mon nom nouveau. - Celui qui sera victorieux, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme je me suis assis moi-même avec mon Père sur sou trône, après avoir remporté la victoire. "

59. Id., VII, 14-15 : " Je lui répondis : Seigneur, vous le savez. Et il me dit : Ce sont ceux qui sont venus ici, après avoir passé par la grande, tribulation, et qui ont lavé et blanchi leurs robes dans le sang de l'Agneau. - C'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, et ils le servent jour et nuit dans son temple ; et celui qui est assis sur le trône les couvrira comme une tente. "

60. Id., XXI, 27 : " Il n'y entrera rien de souillé, ni aucun

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de ceux qui commettent l'abomination ou le mensonge ; mais ceux-là seulement qui sont inscrits dans le livre de vie de l'Agneau. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION

1. S. AUGUSTIN, Serm. XXXVII de sanctis, sive Serm. I de festo omnium sanctorum (Ce sermon a plutôt pour auteur, ou le V Bède, comme le suppose le Bréviaire romain, ou Alcuin, comme on le soupçonnait au siècle de Canisius. V. NAT. ALEX., Hist. eccl., t. V, p.111) : " L'ineffable et immense bonté de Dieu a voulu aussi que le temps des travaux et des combats ne fût pas long, et surtout ne s’étendit pas dans l'éternité, mais qu'il fût court et pour ainsi dire momentané, en sorte que ces combats et ces travaux ne durassent que le temps de cette vie passagère, et que l'éternité fit au contraire la mesure de la durée des couronnes et des récompenses ; que les travaux eussent bientôt leur fin, et que les récompenses n'eussent point de terme. . . . . "

" Considérons donc le bonheur indicible de cette cité autant qu'il est donné à l'homme de le faire ici-bas ; car, de le faire comprendre tel qu'il est dans la réalité, c'est à quoi est impuissant le langage humain. C'est de ce bonheur qu'il est dit quelque part, que la douleur, la tristesse et les gémissements en seront bannis (ISAIE, XXXV, 10). Quoi de plus heureux que cet état de vie, où il n'y a ni pauvreté à redouter, ni maladie à craindre ? Personne n'y souffre de dommage, personne ne s'y met en colère, personne n'y porte envie à son prochain. Là, nulle cupidité, nulle sensualité, nul désir des honneurs, nulle ambition du pouvoir. Là, nulle tentation à essuyer de la part du démon, rien à craindre de ses embûches, rien à appréhender de l'enfer. Là, rien à redouter, ni pour l'âme ni pour le corps, des atteintes de la mort ; rien qui puisse altérer le bonheur d'une immortelle vie. Là, plus de discorde, mais partout une parfaite harmonie et un parfait accord ; tout dans l'union, la paix et le repos. Là, une lumière indéfectible, non telle que celle qui nous éclaire ici-bas, mais une lumière d'autant plus brillante, qu'elle éclaire un séjour plus fortuné ; car cette cité, comme le dit l'écrivain sacré, n'a aucun besoin de la lumière du soleil, mais le Seigneur tout-puissant l'éclairera lui-même, et son flambeau, ce sera l'Agneau (Apoc., XXI, 23). Les saints y brilleront comme des étoiles dans l'éternité,

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et ceux qui enseignent la justice à plusieurs seront comme la splendeur du firmament (DAN., XII, 3). Il n'y aura donc là ni nuit, ni ténèbres, ni nuages, ni rigueur de l'hiver, ni ardeur de l'été, mais la température y sera telle, que ni l'œil n'a vu, ni l'oreille n'a entendu, ni l'esprit de l'homme n'a jamais rien compris de semblable, si l'on excepte ceux qui sont trouvés dignes d'en jouir, dont les noms sont écrits dans le livre de vie, qui ont lavé leurs robes dans le sang de l'Agneau, qui sont devant le trône de Dieu et le servent jour et nuit (Apoc., VII, 15). Il n'y a là ni vieillesse, ni infirmités de la vieillesse ; tous y sont parvenus dans l'état d'un homme parfait, à la mesure de l'âge et de la plénitude selon laquelle Jésus-Christ doit être formé en nous (Ephés., IV, 43). Mais ce qui surpasse tout cela, c'est d'être uni de société avec les anges et les archanges, avec les trônes et les dominations, avec les principautés et les puissances, avec toutes les vertus célestes ; de voir de près l'armée des saints, plus brillante que celle des astres ; les patriarches, dont la foi fait aujourd'hui la gloire ; les prophètes dont l'espérance comblée fait la joie ; les apôtres, jugeant l'univers entier sous l'emblème des douze tribus d’Israël ; les martyrs, tout resplendissants de l'éclat des couronnes pourprées qui sont le prix de leur victoire ; les chœurs des vierges, portant dans leurs mains leurs guirlandes d'une éclatante blancheur. Quant au monarque qui siège au milieu de toute cette multitude, aucune expression ne saurait donner l'idée de sa gloire. C'est une beauté, une puissance, une majesté qui est au-dessus de tout langage, et qui surpasse même tout sentiment. La gloire même des saints n'offre rien qui en approche, et la souveraine félicité consistera à jouir de sa vue, et à être illuminé de ses splendeurs. Et quand même il nous faudrait souffrir des tourments journaliers, et même quelque temps ceux de l'enfer, pour pouvoir jouir enfin de la vue de Jésus-Christ venant dans sa gloire, et pour être associé au nombre de ses saints, serait-ce trop d'endurer tous les maux les plus pénibles pour mériter d'entrer en possession de tant de gloire et de bonheur ? Qu'elle sera grande, mes bien-aimés, cette gloire des justes ! qu'elle sera pleine d'ivresse, cette joie des saints, lorsque chacun d'eux, brillera comme le soleil, et que le Seigneur, après avoir distribué en divers ordres tout son peuple, donnera à chacun la récompense promise, des biens célestes en échange des biens terrestres dont ils auront fait le sacrifice, des biens éternels pour des maux temporels, des biens immenses pour de légères priva-

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lions; qu'il introduira les saints dans le royaume de son Père, et les fera s'asseoir au plus haut des cieux, pour être lui-même tout en tous (I Cor., XV, 28), pour faire partager à ses amis toutes les gloires de sa propre immortalité, pour rouvrir le paradis à ceux qu'il a rachetés de son sang, et leur donner le royaume des cieux en acquittement de ses divines promesses. Ah ! pénétrons-nous comme il faut de ces vérités ; croyons-les d'une ferme foi; attachons-nous-y de tout notre cœur ; n'épargnons ni peines ni travaux pour nous procurer les biens qu'elles nous annoncent. Pour les obtenir, notre concours est absolument nécessaire ; car le royaume des cieux souffre violence (MATTH., XI, 42). Pour acquérir le royaume des cieux, vous n'avez point, ô homme, d'autre prix à offrir que vous-même. Il vaut bien tout ce que vous êtes. Donnez-vous vous-même et vous l'aurez en possession. Quoi ! vous vous récriez à cette demande ! Mais Jésus-Christ s'est bien livré lui-même pour faire de vous sa conquête et vous gagner à son Père ; donnez-vous à lui semblablement, pour qu'il règne en vous ; au lieu de laisser régner le péché dans cotre corps mortel (Rom., VI, 12), faites régner l'esprit qui vous fera vivre de la véritable vie. "

2. S. CYPRIEN, Lib. de mortalitate : " Le ciel est notre patrie : empressons-nous de l'aller voir. Les patriarches sont nos pères ; courons saluer nos augustes devanciers. Nous sommes impatiemment attendus ; une troupe nombreuse de proches, nos pères, nos mères, nos fils, nos frères, rassurés désormais sur leur éternelle destinée, mais encore inquiets sur la nôtre, nous tendent les bras et soupirent après nous. Quelle joie pour eux, quelle joie pour nous de confondre nos chastes embrassements ! O célestes voluptés, sur lesquelles la mort ne peut plus rien désormais ! O ineffables béatitudes de l'immortalité ! Là, nous retrouverons, et le chœur glorieux des apôtres, et la vénérable assemblée des patriarches, et l'innombrable légion des martyrs, balançant leurs palmes, prix du combat et de la victoire ; et ces vierges triomphantes, héroïnes de la vertu, qui ont imposé silence aux convoitises de la chair ; et ces saints personnages qui, nourrissant les pauvres, pratiquant les œuvres de miséricorde et fidèles aux enseignements divins, ont échangé les trésors de la terre contre ceux du ciel. Allons rejoindre, ô mes frères bien-aimés, ces dignes objets de notre émulation (Cf. Les Pères de l’Eglise, t. V, trad. de Genoude) ! "

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3. S. CHRYSOSTOME, Epist. V ad Theodorum lapsum (V. S. Joannis Chrysostomi opera, t. I, p.15, édition des Bénéd. ; p.18, édit de Gaume) : " Représentez-vous, autant du moins qu'il est donné à l'imagination humaine de le faire, représentez-vous la bienheureuse condition des saints dans le ciel. Non, le langage humain n'a point d'expressions capables d'en rendre les délices ; toutefois essayons de nous en former quelque idée, d'après ce qui nous est dit, et par manière de similitude. La souffrance, nous dit-on, la tristesse et les gémissements en sont bannis à jamais. Conçoit-on un plus parfait bonheur ? On n'y connaît ni la pauvreté, ni la maladie. On n'y est point attristé par la vue de l'oppresseur et de sa victime, du méchant qui s'irrite, et du faible qui se plaint et se venge par une secrète envie. On n'y a plus sous les yeux les importunes images des déplorables effets de la concupiscence dans les cœurs qu'elle égare ni de l'indigence qui accuse tantôt ses besoins, tantôt la puissance et l'autorité. Toutes ces misérables passions de la terre sont exclues de ce séjour de paix. Là, tout est joie, allégresse, félicité ; là, jour sans lendemain, splendeur et lumière sans ombre ni mélange. Lumière nouvelle, aussi supérieure à celle qui nous éclaire que celle-ci l'est à la pâle clarté d'une lampe nocturne ; lumière toujours vive, toujours bienfaisante et pure, dont les rayons ne sont point interceptés par les ténèbres ou par les nuages, ni altéré par les vicissitudes des saisons ; lumière ineffable qui ne se communique qu'à ceux qui auront été jugés dignes de la connaître. Là, jeunesse, vigueur éternelle ; plus de vieillesse avec la foule de maux qu'elle amène ; plus de mortalité avec le triste apanage de corruption que nous traînons après nous. Une gloire inaltérable investit, pénètre tous les saints ; et ce qui surpasse toutes les autres félicités, c'est le bonheur de jouir incessamment des entretiens de Jésus-Christ, de la société des anges, des archanges et des puissances célestes. Levez, levez les yeux vers le ciel ; contemplez-y le merveilleux changement qui s'est opéré dans toute la création. Les formes sous lesquelles nous voyons les objets aujourd'hui, ont disparu pour des aspects et plus nobles et plus riants. C'est l'Apôtre qui nous l'atteste. Les créatures attendent, dit- il (Rom., VIII, 19), avec grand désir la manifestation des enfants de Dieu, parce qu'elles sont ici-bas assujetties à la vanité, avec l'espérance d'être un jour délivrées de cet asservissement qui les corrompt. Alors

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la chair, dépouillée de la corruption à laquelle ici-bas rien n'échappe, se reproduira sous des traits qui l'embelliront. L'âme a retrouvé le corps qu'elle avait habité autrefois, mais elle le retrouve revêtu d'immortalité ; elle-même a repris une vie nouvelle bien plus excellente. Là, plus de dissimulation, plus d'inimitiés. Toutes les volontés, toutes les affections, confondues dans un seul et même sentiment, établissent parmi les saints la plus constante, la plus délicieuse harmonie. Là, nous n'aurons plus à redouter ni les artifices et les violences de l'ennemi du salut, ni les atteintes de la mort, tant de celle qui entraîne la dissolution de nos corps, que de celle bien plus formidable dont nos âmes restent menacées sur la terre. . . . . Tels les enfants des rois sont élevés sous une discipline sévère ; mais lorsqu'ils viennent enfin à être émancipés, qu'ils sont appelés à la pleine jouissance de leurs droits, tout change pour eux : liberté entière, riches et pompeux ornements, pourpre et diadème royal, cortège nombreux, pensées et sentiments en rapport avec leur condition nouvelle. Voilà l'image de l'heureuse révolution qui attend les saints dans le ciel. Et si vous voulez quelque témoignage de la vérité de mes paroles, transportez-vous avec moi par la pensée sur la montagne dont Notre-Seigneur fit le théâtre de sa transfiguration ; resplendissant d'une éclatante lumière bien qu'il ne se manifestât point encore dans toute sa gloire, telle qu'elle apparaîtra aux regards de ses élus (des yeux mortels n'en auraient pas supporté les rayons) ; mais dans cette simple ébauche, arrêtez- vous à ce que les évangélistes nous en racontent : Son visage, nous disent-ils, devint brillant comme le soleil (MATTH., XVII, 2). Au reste, quoique le soleil soit un corps incorruptible, sa lumière est moins éclatante que ne le sera alors celle de nos corps, tout corruptibles qu'ils sont aujourd'hui, et nos yeux mortels n'auraient pas actuellement assez de force pour en supporter l'éclat. Pour jouir de sa vue, il nous faudrait dès maintenant des yeux incorruptibles et immortels. Mais, sur la montagne, Jésus-Christ ne laissa paraître de sa gloire que ce qu'en pouvait supporter la faiblesse de ses disciples, que ce qu'ils pouvaient en voir sans en être aveuglés ; encore en furent-ils tellement éblouis que, ne pouvant en soutenir l'éclat, ils se prosternèrent la face contre terre.

" Dites-moi, si l'on vous introduisait dans un palais où viendrait s'offrir à vos regards une multitude considérable de personnes revêtues de robes toutes éclatantes d'or, et sur l'endroit le

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plus élevé, sur un trône magnifique, un personnage, distingué par la richesse encore plus frappante des pierres précieuses semées sur sa pourpre royale, portant sur sa tête une couronne, et que là on vous donnât l'assurance qu'il ne tiendrait qu'à vous de faire partie de cette brillante cour, dites-moi, ne consentiriez-vous pas à faire tout ce que l'on exigerait de vous pour mériter cet honneur ? Ça, viens, ô mon frère ouvre les yeux de ton intelligence, porte tes regards sur ces palais de la cité céleste. Un spectacle bien plus imposant t'appelle. Viens contempler une assemblée qui se compose de bienheureux, dont la magnificence qui pare leurs vêtement l'emporte de beaucoup sur l'or et les pierreries les plus précieuses, sur tout l'éclat des rayons du soleil, sur tout ce que la terre peut offrir de plus opulent ; une assemblée qui laisse bien loin au-dessous d'elle tout ce qu'il y a d'humain. Ce qui la forme, ce sont les anges, les archanges, les trônes, les dominations, les principautés et les puissances. De là, élève-toi jusqu'au monarque de cet empire, et contemple, s'il est possible, cette ravissante beauté, ces grâces et ces attraits, cette gloire, celte majesté, ces magnificences ineffables rassemblées dans sa personne auguste. Voilà les félicités qui t'attendent. Et parce qu'il t'en coûterait quelque travail d'un moment, tu renoncerais à sa possession ? Ah ! fallût-il mourir mille fois par jour, fallût-il endurer les plus affreuses tortures, pour le bonheur de contempler Jésus-Christ dans sa gloire, d'être au nombre des bienheureux habitants de son céleste empire : non, les maux les plus cruels ne seraient rien pour l’obtenir. A la vue de la transfiguration de son maître, Pierre s'écria : Seigneur, nous sommes bien ici. Si la grossière image de la gloire future absorbe toutes les pensées de l’Apôtre, si elle le pénètre des plus vives impressions de plaisir et de félicité, que sera-ce de la réalité même ? Que sera-ce alors que les tabernacles du Roi des rois, s'ouvrant tout entiers, le découvriront nos regards ; non plus à nos hommages, mais à notre amour et à nos embrassements ; non plus à travers les voiles de l'énigme mais tel qu'il est et face à face. "

4. S. ANSELME, Epist. II ad Hugonem : " Voici, mon cher frère, comme je conçois qu'on pourrait exhorter au désir de l'éternelle félicité un homme sans lettres et incapable de s'élever à de hautes spéculations. Dieu nous crie que le royaume des cieux est à vendre pour qui veut racheter : royaume tel, que ni l'œil de 1'homme ne peut rien voir, ni l'oreille de l'homme ne peut rien entendre, ni l'esprit de l'homme ne peut rien com-

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prendre qui en égale la gloire et la félicité. Pour vous en donner cependant quelque idée, représentez-vous que celui qui pourra obtenir d'en être mis en possession aura tout ce qu'il pourrait désirer de biens dans le ciel et sur la terre, et n'aura rien de tout ce qu'il pourrait en craindre de maux. Tel sera l'amour qui régnera entre Dieu et les habitants de ce royaume, ou qui liera ceux-ci même entre eux, qu'ils s'aimeront mutuellement comme eux-mêmes et que tous aimeront Dieu plus qu’eux-mêmes. Et ainsi personne ne voudra autre chose que ce que Dieu voudra ; et ce qu'un d'entre eux voudra, tous le voudront, et ce que chacun d'eux voudra en particulier, et ce que tous voudront ensemble, Dieu le voudra pareillement avec eux. Aussi ce que chacun d'eux voudra ne sera qu'une même chose, et pour lui-même, et pour les autres, et pour toute autre créature, et pour Dieu même. Ils seront donc tous comme autant de rois, puisque la volonté de chacun d'eux sera parfaitement exécutée, et tous ensemble seront avec Dieu comme un seul roi et un seul homme, parce que tous voudront une même chose, et que ce que tous voudront sera ponctuellement exécuté. . . "

" Aimez Dieu plus que vous-même et vous commencerez à entrer dès ici-bas en possession de ce que vous voulez posséder parfaitement dans le ciel. Vivez en bonne harmonie et avec Dieu et avec les hommes, à moins que ceux-ci ne soient pas eux-mêmes d'accord avec Dieu, et par-là vous commencerez dès maintenant à régner avec Dieu et ses saints. Car autant votre volonté s'accordera avec celle de Dieu et de ses saints, autant la volonté de Dieu et de ses saints s'accordera avec la vôtre. Si donc vous voulez être roi dans le ciel, aimez Dieu et les hommes comme vous devez les aimer, et vous serez ce que vous désirez être. Cet amour ne pourra être parfait qu'autant que vous aurez vidé votre cœur de tout autre amour. "

5. Le même, Lib. de similitudinibus (Quoique cet ouvrage se trouve encore aujourd’hui à la fin de l’œuvre de saint Anselme, il a pour auteur Eadmer, moine de Cantorbery. V. S. Anselmi opera, édition de Gerberon), c. 47 : " Beaucoup de personnes à qui l'on propose de mener une bonne vie et de faire des œuvres de justice, lorsqu'on les presse de s'adonner à ce travail en foulant aux pieds les vanités du siècle vous demandent pour quelle raison ils doivent le faire, et quel fruit ou quelle récompense ils pourront en retirer. Répondez-leur ce qui

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est écrit, que l'œil de l'homme n'a point vu, que l'oreille de l'homme n'a point entendu, et que l'esprit de l'homme n'a point compris quels sont les biens que Dieu a préparés à ceux qui l'aiment (I Cor., II, 9). S'ils ne peuvent comprendre assez clairement le sens de ces paroles, répétez-la même chose en d'autres termes, et dites-leur : La récompense qui sera décernée dans l'autre vie à ceux qui servent Dieu dans celle-ci, c'est la vie éternelle, un bonheur éternel, une joie éternelle, la jouissance complète de tous les avantages désirables. Si vous leur dites cela de cette manière, ils verront bien que vous voulez leur parler de quelque chose de bon et de grand ; mais ne pouvant encore concevoir ce qu'ils auront dans cette vie même éternelle dont vous leur aurez parlé, ni comprendre tout de suite ce que peut signifier cette jouissance complète de tous les avantages désirables, ils se sentiront encore arrêtés et n'auront encore que peu de goût pour ces biens dont vous leur vanterez les avantages. Que faire donc pour leur en inspirer le goût et les engager par-là à s'occuper de bonnes œuvres ? Agissez à leur égard, croyez-moi, comme on agit à l'égard des enfants pour leur faire prendre de la nourriture. S'ils ont à manger quelque gros fruit, et qu'ils ne puissent en venir à bout à cause de la petitesse de leur bouche et de la mollesse de leurs dents, on le leur coupe en morceaux proportionnés à la faiblesse de leurs organes. Divisons donc aussi l'aliment spirituel à donner aux personnes dont il s'agit, afin qu'elles puissent y trouver la vie. Pour éclaircir davantage ma pensée, considérons quels sont les biens de cette vie que l'homme désire posséder avec le plus d'ardeur, et que ces biens nous servent de point de départ pour arriver à dire que ceux de la vie éternelle seront bien supérieurs à ceux-là pour tous ceux qui, tandis qu'ils auront vécu au milieu des périls qu'offre le monde, se seront attachés à observer les commandements du Seigneur : quand une fois, transportés dans l’autre vie, ils auront obtenu la possession de ces biens, ils verront clairement qu'ils sont bien propres à satisfaire la plénitude de leurs désirs. Conduisons-nous de la manière que nous venons de dire, et élevons peu à peu l'esprit de l’homme des considérations les plus simples à ce qu'il y a de plus élevé. Je distingue donc quatorze éléments de béatitude qui, après le jugement général, entreront d'une manière plus parfaite dans le bonheur de tous les élus, et quatorze éléments de misère, qui entreront de même alors dans le malheur de tous les réprouvés. Ces quatorze éléments de béatitude et de

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misère sont réciproquement opposés entre eux, comme l'état des uns est opposé à celui des autres. "

6. Ibidem, c. 48 : " Les éléments de béatitude sont la beauté, l’agilité, la force, la liberté, la santé, le plaisir, la longévité, la sagesse, l'amitié, la concorde, l'honneur, le pouvoir, la sécurité, la joie. Les éléments de misère opposés à ces quatorze éléments de béatitude sont au contraire ceux-ci : "

7. Ibidem, c. 49 : " La laideur, la pesanteur, la faiblesse, la servitude, l'infirmité, l'anxiété, la brièveté de vie, la folie, l'inimitié, la discorde, le déshonneur, l'impuissance, la crainte, la tristesse. Notez que de même que les sept premiers éléments de béatitude se rapportent au bien-être corporel, et les sept derniers au bien-être spirituel, les sept premiers éléments de misère se rapportent de même au malaise corporel, et les sept derniers au malaise spirituel. Ceux donc qui possèderont à la fois tous les éléments de béatitude que nous venons de dire seront parfaitement heureux, tant par rapport à l'âme que par rapport au corps ; et tous ceux au contraire qui verront agglomérés sur eux les quatorze éléments de misère seront souverainement malheureux, tant par rapport à l'âme que par rapport au corps. Mais dans la vie présente, personne ne peut ni avoir seulement un de ces éléments, soit de bonheur, soit de misère, ni en être complètement exempt ou privé. Dans l'autre vie, au contraire, ou bien on possèdera la parfaite béatitude, et alors il ne nous restera aucun élément de misère ou bien on sera dans une misère absolue, et alors il ne restera plus aucun élément de béatitude. "

8. Ibidem, c. 50 : " Dans cette autre vie, la beauté des justes égalera celle d'un soleil sept fois plus beau que celui qui nous éclaire ici-bas. De là ces paroles de l’Ecriture : Les justes brilleront devant Dieu comme le soleil (MATTH., XIII, 43). Les méchants au contraire, seront plus hideux que des cadavres, plus dégoûtants que le bourbier le plus infect. "

9. Ibidem, c. 51: " L'agilité qu'on prise d'ordinaire autant que la beauté, sera telle dans les bienheureux, qu'ils paraîtront aussi agiles que les anges mêmes de Dieu, qui sont aussi rapides que la parole à descendre du ciel sur la terre, ou à remonter de la terre au ciel. Les méchants, au contraire, seront tellement lourds, qu'ils ne pourront mouvoir ni leurs pieds, ni leurs mains, ni aucune partie de leurs corps. De là ces paroles de l'Evangile (MATTH., XXII, 13) : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures. "

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10. Ibidem, c. 52 : " Dans la vie future, les justes seront d'une force telle, qu'ils pourraient s'ils le voulaient ébranler la terre. Les méchants, au contraire, seront d'une telle faiblesse, qu'ils n'auront pas même la force d'arracher de leurs yeux un seul des vers qui les rongeront. "

11. Ibidem, c. 55 : " De même que les anges ne peuvent être empêchés par aucun obstacle de pénétrer partout où ils veulent, ainsi aucun obstacle, aucun lien, ne pourra nous arrêter nous-mêmes si nous sommes trouvés du nombre des bons dans l'autre vie. Nous n'y aurons rien à souffrir contre notre gré ; nous pourrons y faire tout cc que nous voudrons. Mais si au contraire nous étions du nombre des méchants, tout ce que nous ferions, nous le ferions malgré nous, et tout ce que nous voudrions faire, nous nous trouverions empêchés de le faire. "

12. Ibidem, c. 54 : " Il me semble pouvoir affirmer sans hésiter que telle sera la vigueur de santé des bienheureux dans l'autre vie et pendant toute l'éternité, que le sentiment de leur bien-être les remplira d'une douce satisfaction, sans qu'ils aient à craindre aucune révolution dans leur état, aucune atteinte de maladie, aucun changement. Les justes jouiront donc d'une santé parfaite. Les méchants, au contraire, seront tellement accablés de maladies et d'infirmités, qu'ils ne pourront plus être guéris par aucun remède. "

13. Ibidem, c. 55 : " Dans l'autre vie, ou le plaisir sera complet, ou le déplaisir sera absolu. "

14. Ibidem, c. 57 : " Dans l'autre vie, un contentement indicible remplira les élus d'ivresse, et les pénètrera tout entiers de la douceur qu'ils goûteront à l'éprouver ; que dis-je, tout entiers ? Ce sentiment ineffable passera dans leurs yeux, dans leurs oreilles, dans leurs narines, dans leur bouche, dans leurs mains, dans leur cœur, dans leur foie, dans leurs poumons, dans la moelle de leurs os, dans leurs entrailles mêmes et dans toutes les articulations de leurs membres, tellement qu'ils seront tout entiers abreuvés d 'un torrent de plaisirs, et enivrés de l'abondance des biens de la maison de leur Dieu. Les méchants, comme nous l'avons dit, éprouveront un sort tout contraire. Nous pouvons nous représenter chacun d'eux comme ayant un fer ardent enfoncé dans les yeux et dans toutes les parties du corps, de sorte que la moelle des os, les intestins, les parties même les plus insensibles éprouvent la même douleur, et avec la même vivacité que peut l'éprouver la prunelle de l'œil. Et comment croire que

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le reprouvé conserve son bon sens au milieu de douleurs si atroces ? "

15. Ibidem, c. 58 : " Celui qui aura mené ici-bas une bonne vie vivra dans le ciel aussi longtemps que Dieu sera Dieu. De là ce mot de l'Ecriture : Les justes vivront éternellement (Sag., V, 16). Ceux au contraire qui auront mal vécu ne vivront dans l'éternité que pour une mort incessante. Peut-on concevoir une vie plus courte que celle que la mort accompagne incessamment ? "

16. Ibidem, c. 89 : " La sagesse, que tout le monde ici-bas voudrait avoir, mais que tous ne désirent pas de la manière qu'ils devraient la désirer, sera tellement le partage des bons dans l'autre vie, que de tout ce qu'ils voudront savoir, il n'y aura rien qu'ils ignorent. Car l'homme juste sera tout rempli de cette parfaite sagesse qui est Dieu même et sans cesse il la contemplera face à face. Car alors les justes sauront toutes les choses que Dieu a faites pour qu'elles soient connues de nous, soit les choses passées, soit les choses présentes ou à venir. Chacun sera connu de tous, et tous seront connus de chacun, et aucun d'eux, n'ignorera la patrie, la race, la famille de qui que ce soit d'entre eux, non plus que les actions qu'il aura faites dans sa vie. "

17. Ibidem, c. 61 : " Les méchants, au contraire, privés de la vraie sagesse, seront tellement accablés par tous les maux qu'ils auront à souffrir, qu'ils en perdront non-seulement la sagesse, mais jusqu'à la raison. "

18. Ibidem, c. 62 : " Les bons seront tellement l'objet de l'amitié de Dieu et de tous ses élus qu'ils ne pourront jamais plus être l'objet de leur haine. Car chacun parmi eux aimera les compagnons de son bonheur autant qu'il s'aimera lui-même. Les méchants, au contraire, seront tellement l'objet de la haine de Dieu et de tous les bons, que ceux-ci n'auront plus aucun sentiment d'amour même pour un père qu'ils verraient parmi les réprouvés. "

19. Ibidem, c. 63 : " La concorde sera aussi parfaite entre les saints, et dans la partie spirituelle de leur être avec la partie corporelle, que celle qui existe dès maintenant entre l'œil droit et l'œil gauche de chacun de nous. Car de même que l'un des deux ne peut pas se mouvoir sans que l'autre se meuve aussi, et qu'ils se meuvent tous les deux constamment du même côté ; ainsi dans chaque prédestiné le corps ne veut rien que ce que l'âme veut aussi, et dans la société de tous les élus, aucun ne saurait avoir une volonté différente de celle des autres, mais la volonté

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d'eux tous est absolument la même. Nous serons tous un même corps, une même Eglise, une même épouse de Jésus-Christ, nous tous qui composerons cette société. La volonté même de Dieu ne sera point différente de la votre, mais de même que vous ne voudrez que ce qu'il voudra, il ne voudra que ce que vous voudrez. Comment en effet le chef pourrait-il être en guerre avec le corps ou quelqu'un de ses membres ? "

20. Ibidem, c. 64 : " Dans cet ordre admirable et parfait que présentera la cité de Dieu, chacun sera tellement content de son propre partage, qu'il ne voudrait pas le changer pour un autre même plus avantageux. Pourquoi ? Parce que chacun goûtera la satisfaction de voir sa félicité proportionnée à ses mérites personnels. Telle sera au contraire la discorde qui règnera parmi les méchants, que même dans chacun d'eux le corps sera en désaccord avec l'âme. Le corps haïra l’âme, à cause des pensées mauvaises dont il aura été le malheureux instrument, et l'âme haïra le corps, à cause des mauvaises œuvres qu'aura faites celui-ci, et pour lesquelles tous les deux souffriront également. "

21. Ibidem, c. 67 : " Dans cette bienheureuse société des habitants du ciel, de même que ceux qui approcheront le plus de Dieu à cause de la supériorité de leurs mérites seront appelés dieux, ainsi ceux même d'un mérite inférieur devront être appelé du même nom, parce qu'ils participent de même à la divinité, quoique dans un degré inférieur. Cet honneur si relevé sera dans chacun d'eux, comme nous venons de le faire entendre, proportionné à leurs mérites divers. De leur côté, les méchants partageront tous la même ignominie, devenus les uns comme les autres la proie des vers, et n'ayant tous à respirer qu'une odeur infecte. "

22. Ibidem, c. 66 : " Dans l'éternité, tous seront ou au comble de la puissance, ou dans la plus extrême impuissance. Les bons pourront faire tout ce qu'ils voudront, parce que le Tout-Puissant n'aura pas d'autre volonté que la leur. Le méchant au contraire, ne pourra rien faire de ce qu'il voudra. "

23. Ibidem, c. 69 : " Dans l’éternité ce sera ou une sécurité parfaite, ou une complète anxiété. Les bons auront en partage tout ce qu'ils voudront avoir, et n'auront aucune crainte de rien en perdre. "

24. Ibidem, c. 70 : " Les méchants, au contraire, auront une appréhension continuelle des maux qu'ils endureront, sans pouvoir jamais y échapper. "

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25. Ibidem, c. 71 : " Dans le siècle à venir, ce sera pour chacun, ou une joie ou une tristesse extrême. Tous les bons ne pourront alors que se réjouir puisqu’ils verront réunis en eux tous les éléments de la béatitude. Quelle joie peut donc être plus parfaite que celle que les justes goûteront alors ? Voici cependant ce qui ajoutera encore au comble de leur joie comme de leur bonheur : c'est qu'ils s'aimeront les uns les autres comme eux-mêmes, et que par conséquent ils se réjouiront de la félicité d'autrui comme de leur propre félicité. Que de joies chacun n'aura-t-il donc pas à goûter puisqu'il en goûtera un aussi grand nombre qu'il aura de compagnons de son bonheur ! Et si le bonheur de leurs semblables doit rendre chacun d'eux si heureux, combien ne seront-ils donc pas encore plus heureux du bonheur de Dieu même. Leur joie les pénétrera tout entiers en eux-mêmes, et en même temps elle se répandra au-dehors ; elle s'assimilera à la joie de ceux qui seront au-dessus d'eux dans la gloire, aussi bien que la joie de ceux qu'ils verront au-dessous d'eux-mêmes ; elle s'épandra tout autour d'eux comme un océan. Le méchant, au contraire, sera continuellement saisi d'une extrême tristesse, parce qu'il verra accumulé sur lui, sans pouvoir jamais s’en délivrer tous les éléments de la misère. "

26. HUGUEDSE SAINT-VICTOR, Lib. IV de animâ, c. 15 : " Tous les bienheureux ont en eux semblablement sept choses qui concourent à leur félicité : la vie, la sagesse, l'amour, la joie, la louange, l'agilité, la sécurité. Ils ont la vie, et une vie sans fin, sans malaise, sans infirmité, sans adversité. Leur vie consiste dans la vision et la connaissance de la sainte Trinité ainsi que Jésus-Christ l'a dit lui-même : La vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le vrai Dieu, et à connaître Jésus-Christ que vous avez envoyé (JEAN., XVII, 3). Ils ont la sagesse, en ce qu'ils goûtent les conseils et les jugements de Dieu, qui sont un profond abîme. Ils apprécient les causes, les essences et les origines de toutes les choses particulières. Ils aiment Dieu par-dessus tout, parce qu'ils savent d'ou Dieu les a tirés et à quel degré de gloire il les a élevés. Ils s'aiment entre eux réciproquement comme eux-mêmes. La joie que leur cause la vue de Dieu est ineffable. Ils ont en outre de la joie de se voir si heureux. Et comme chacun d'eux aime les autres comme soi-même, ils ont autant de joie du bonheur des autres que du leur propre, contents de posséder dans les autres ce que peut-être ils ne possèdent pas en eux-mêmes. On peut donc dire que le nombre des joies de

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chacun égale celui des compagnons de sa félicité et que chacun goûte la joie d'autrui comme si c'était la sienne propre. Mais comme chacun d'eux aime plus Dieu qu'il ne s'aime soi-même ou qu'il n'aime ses semblables, chacun se réjouit plus de la félicité de Dieu que de sa propre félicité, ou que de celle des autres saints. Si donc le cœur de chacun de ces bienheureux suffit à peine pour contenir sa joie personnelle, comment peut-il contenir la joie même de Dieu, sans parler des joies de tous les autres élus ? C'est pourquoi il est dit dans l'Evangile : Entrez dans la joie de votre maître (MATTH., XXV, 21), et non pas, que la joie de votre maître entre dans votre cœur ; car le cœur d'une créature est trop étroit pour contenir une joie semblable. Il faut dire encore que les saints louent Dieu sans fin et sans dégoût comme le dit le Psalmiste : Heureux, Seigneur, ceux qui habitent dans votre maison ; ils vous loueront dans les siècles des siècles (Ps. LXXXIII, 5). Les saints ont l'agilité, puisqu'ils transportent leur corps partout où ils veulent. Tous sont dans la sécurité, étant sûrs de ne jamais rien perdre, ni de la vie dont ils jouissent, ni de leur sagesse, ni de leur amour, ni de leur joie, ni de leur disposition à louer Dieu, ni de leur agilité. "

27. Ibidem, c. 16 : " Dans cette céleste patrie, la vie n'a point à craindre les atteintes de la mort, ni la jeunesse celles de la vieillesse, ni la santé celles de la maladie, ni le repos celles du travail, ni la joie celles de la tristesse, ni la paix celles de la discorde, ni le contentement les atteintes du dégoût, ni la lumière celles des ténèbres, ni la beauté celles de la laideur, ni l'agilité celles de la lourdeur, ni la force celles de la faiblesse, ni la liberté celles de la servitude, ni le plaisir celles de l'anxiété, ni la longévité les atteintes de la décrépitude, ni la sagesse celles de la folie, ni l'amitié celles de l'inimitié, ni la concorde celles de la discorde, ni l'honneur celles de l'infamie, ni la sécurité celles de l'inquiétude. "

28. S. AUGUSTIN in Ps. LXXXIII : " Heureux ceux qui habitent en votre maison. Ils possèdent la céleste Jérusalem sans crainte, sans affliction, sans inquiétude, sans chagrin, sans séparation, sans division et sans partage. Tous ensemble, et chacun en particulier, la possèdent tout entière. On trouve là une abondance inépuisable de richesses. Le frère n'y appauvrit point son frère. Personne n'y souffre l'indigence. "

" Que feront-ils donc dans cette maison? . . . Ils vous loueront dans toute la suite des siècles. Ce qui nous occupera dans cette

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céleste demeure, ce sera donc un alleluia éternel. Et ne vous imaginez pas, mes frères, que les saints puissent trouver du dégoût dans cette unique occupation, parce que vous ne sauriez ici-bas continuer longtemps à louer Dieu. Ce sont d'une part les nécessités de la vie qui vous en détournent, et, de l'autre, c'est que, ne voyant pas Dieu, vous n'en êtes pas si sensiblement touchés. Si l'on pouvait cesser d'aimer Dieu dans l'autre vie, on cesserait aussi de le louer. Mais l'amour étant éternel, comme on ne peut jamais se rassasier de la beauté de Dieu que l'on verra, ne craignez pas de pouvoir jamais cesser de louer celui que vous ne cesserez jamais d'aimer. "

29. Le même, Cité de Dieu, liv. X, c. 16 : " Cette vision de Dieu est d'une beauté si sublime et digne de tant d'amour, que sans elle l'homme, comblé d’ailleurs de tous biens, est un être très-malheureux : Plotin le déclare sans hésiter. "

30. Ibidem, livre XXII, c. 29 et 30; ces passages ont été rapportés plus haut dans la 1re partie de cet ouvrage, chapitre de la foi et du symbole, question XXI, témoignages 1 et 2, t. I, p. 144. Consultez de même les témoignages qui viennent à la suite de celui-là, page 146, extraits du livre III du Libre arbitre, chapitre dernier, et du livre III du Symbole adressé aux catéchumènes, chapitre dernier.

31. Le même, lib. I de Trinitate, c. 13 : " Ce bonheur de voir Dieu, qui consistera à contempler sa substance immuable et invisible à des yeux mortels ; ce bonheur qui n'est promis qu'aux saints, ce bonheur que saint Paul appelle le bonheur de voir Dieu face à face (I Cor., XIII, 12) ; à l'occasion duquel l'apôtre saint Jean a dit : Nous lui serons semblables, puisque nous le terrons tel qu'il est (I JEAN., III, 2) ; dont le Psalmiste a dit : Je n’ai demandé à Dieu qu'une grâce et j’insisterai pour l'obtenir, c'est de contempler les joies du Seigneur (Ps. XXVI, 4) ; dont Notre-Seigneur a dit lui-même : Je l'aimerai et je me montrerai à lui (JEAN., XIV, 21) ; en vue duquel seul nous purifions nos cœurs par la foi, pour être de ceux dont Notre-Seigneur a dit : Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu (MATTH., V, 8) ; et d'autres passages semblables que nous pourrions trouver dans 1'Ecriture ; ce bonheur seul est notre souverain bien, et c'est pour l'obtenir que nous sommes invités à faire tout ce que nous faisons de bien. "

32. Le même, Tract. IV in Joannem : " Dieu n'a promis de se faire voir qu'à ceux, qui ont le cœur pur (MATTH., V, 8). Nous

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verrons donc ce que l'œil n'a point vu, ce que l'oreille n'a point entendu, et ce que le cœur de l'homme n'a jamais conçu. Ce que nous verrons surpasse infiniment en beauté tout ce qui paraît beau sur la terre : l'or, l'argent, les grandes et hautes forêts, les campagnes couvertes de fruits et de fleurs, la mer, l'air, le soleil, la lune, les étoiles et même les anges ; en un mot, tout ce qu'il y à de beau parmi les choses créées et qui n'est beau que parce qu'il participe un peu à cette beauté souveraine. "

" Que serons-nous donc, lorsque nous verrons ce que Dieu nous promet ici ? Nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est (I JEAN., III, 2) (Cf. Traités de saint Augustin sur l’Evangile de saint Jean et sur l’épître aux Parthes, t. IV, p.127-128). "

33. Le même, Méditations, c. 22 : " Mais vous, ô vie que Dieu prépare à ceux qui l'aiment ! vous êtes la vie véritable, une vie bienheureuse, tranquille, exempte d’inquiétude, glorieuse, pure, chaste, sainte, immortelle, inaccessible à la tristesse, sans tache, sans douleur, sans anxiété, nullement sujette à la corruption, aux troubles, aux vicissitudes, aux changements ; vous êtes une vie toute remplie de noblesse et de dignité où l'on n'a point à combattre d'ennemis, point à se défier des perfides amorces du péché, rien à craindre ; où l'amour est parfait, le jour éternel où enfin tous les élus sont animés d 'un même esprit, contemplant Dieu face à face, et savourant éternellement les délices de ce pain de vie. . . O vie souverainement heureuse ! O séjour de la véritable félicité, où la mort n'a point d'empire, où l’éternité règne, où la marche du temps ne se fait point sentir, où brille à jamais un jour sans déclin, où le vainqueur triomphant, le front ceint d'un diadème immortel, mêle ses accents aux accents mélodieux des chœurs angéliques, pour chanter incessamment, à la gloire du Très-Haut, un des sublimes cantiques de Sion (Cf. Chefs-d’œuvre des Pères de l’Eglise, t. XIII, p.64-67) ! "

34. Ibidem, c. 23 : " Chacun de ces élus a là sa demeure plus ou moins brillante, selon le degré de gloire qu'il a mérité ; mais tous partagent le même bonheur et la même joie. Dans ce fortuné séjour règne une entière et parfaite charité parce que Dieu est tout en tous, ce Dieu que tous voient également sans cesse, et dont la contemplation continuelle fournit leur amour comme à leurs hymnes de louanges un aliment toujours nouveau. L'amour dont ils sont remplis déborde et s'épanche en cantiques de béné-

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diction et d'actions de grâces. Louer Dieu, le louer sans fin, sans cesse, sans fatigue, voilà leur unique occupation (Cf. Chefs-d’œuvre des Pères de l’Eglise, t. XIII, p.74-75). "

33. Le même, Soliloques, c. 21 : " O Dieu trois fois saint ! ô Créateur si bon pour vos créatures, si, en vue de ce corps vil et sujet à la corruption, vous nous prodiguez tant de bienfaits si précieux, en mettant à notre disposition le ciel et la terre, l'air, la mer, la lumière, les ténèbres, la chaleur, l'ombre, la rosée, la pluie, les vents, les oiseaux, les poissons, les animaux, cette foule innombrable de plantes et de semences variées, en un mot, toutes vos créatures qui, tour à tour, et chacune dans la saison que vous lui avez marquée reviennent remplir les fonctions dont vous les avez chargées auprès de nous, afin de soulager nos ennuis ; quels seront, combien plus grands et plus innombrables devront être ces biens que vous préparez à ceux qui vous aiment, dans la céleste patrie où il nous sera donné de vous contempler face à face ? Si vous faites tout pour nous quand nous sommes encore enfermés dans la prison de notre corps, que ferez-vous donc quand nous habiterons vos célestes palais ? - O roi des cieux! que vos œuvres sont belles et innombrables ! En effet, si tous ces biens, que vous répandez avec une égale largesse sur les bons et sur les méchants renferment tant de douceurs et de délices, quels doivent donc être ceux que vous avez exclusivement destinés aux justes ? S'il y a tant d'abondance et de variété dans les dons que vous prodiguez indistinctement à vos amis et à vos ennemis, combien grands et innombrables, combien doux et délicieux seront ceux dont vos amis seront gratifiés ! Si, dans ces jours de deuil, nous recevons de vous tant de consolations, combien ne nous en accorderez-vous pas au jour solennel des fêtes nuptiales ? Quelles délices nous attendent au sein de la patrie, quand la terre d'exil renferme pour nous tant de douceurs ! L'œil ne saurait voir, ô mon Dieu ! les biens que vous avez préparés à ceux qui vous aiment ; car les douceurs infinies des jouissances que vous réservez à ceux qui vous craignent répondent à l’étendue infinie de votre magnificence. "

" Vous êtes grand, Seigneur mon Dieu, vous êtes immense ; votre grandeur est sans bornes, votre sagesse sans limites, votre bonté sans mesure, et les récompenses que vous accordez sont sans mesure, sans limites et sans bornes. La grandeur de vos dons est en raison de votre propre grandeur, puisque vous êtes

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vous-même le prix réservé à tous ceux qui auront vaillamment combattu sous votre bannière. "

36. Ibidem, c. 35 : " Entrez dans cette joie sans mélange qui constitue la félicité éternelle. Là vous trouverez tous les biens, sans avoir à craindre le plus léger mal ; là tout s'accomplira au gré de vos désirs et rien n'excitera vos répugnances ; là vous goûterez les douceurs et les charmes de cette vie qui est la seule véritable et dont le souvenir ne s'éteint jamais ; là point d'ennemis acharnés à votre perte, plus de ces charmes perfides employés à vous séduire. Sécurité complète, repos absolu, délice sans trouble, félicité parfaite, et par-dessus tout, la vue claire et distincte d'une trinité de personnes, subsistant dans l'unité de l'essence divine ; voilà les jouissances ineffables qui vous attendent dans ce séjour d'éternelle félicité ; voilà la joie que le Seigneur vous invite à partager avec lui. - O joie supérieure à toutes les joies, et hors de laquelle il n'est point de joie ! quand serai-je admis dans votre sein, afin de voir mon Dieu, qui y a fixé son séjour. .. .. O royaume éternel, royaume de tous les siècles, séjour d'une lumière impérissable et de cette paix divine qui dépasse la portée de notre intelligence (Phil., IV, 7) ; asile où les âmes des élus jouissent du repos et goûtent une joie qui ne doit point finir ; tu n'es jamais troublé par les gémissements de la douleur ; les cris de l'allégresse et les accents de la reconnaissance sont les seuls qui retentissent dans tes sacrés parvis. - Oh! qu'il est glorieux, Seigneur, ce royaume où règnent avec vous tous vos saints, revêtus de la lumière comme d'un vêtement et portant sur la tête une couronne de pierres précieuses ! O royaume de la béatitude éternelle, où il est permis à vos saints de vous voir face à face, vous qui êtes leur espoir et leur couronne ; où vous inondez leurs cœurs de la joie que l'on goûte au sein de votre paix, de cette paix que nos sens ne sauraient nous faire connaître. C'est là que le contentement est absolu, la joie sans tristesse, la santé sans douleur, la lumière sans ténèbres, la vie sans fin ; c'est là, en un mot, qu'on trouve tous les biens et qu'on est à l'abri de tous les maux. Dans ce fortuné séjour, la jeunesse ne passe point, la vie ne connaît point de terme, la beauté ne se flétrit jamais, l'amour n'est point sujet au refroidissement, la santé ne se détériore point, la joie ne s'affaiblit point, la douleur est inconnue, les gémissements ne se sont jamais fait entendre, la vue ne rencontre aucun spectacle affligeant, la satisfaction est continuelle, enfin l'on n'y est jamais

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tourmenté de la crainte d’un mal quelconque ; parce qu’on y possède le souverain bien, qui consiste à voir perpétuellement la face du Dieu des vertus. "

37. Ibidem, c. 36 : " Qu'est-ce donc que vous voir face à face, si ce n'est, comme l'a dit l'Apôtre, vous connaître de la même manière que vous nous connaissez, connaître votre vérité et votre gloire ? Voir votre face, c'est connaître la puissance du Père, la sagesse du Fils, la miséricorde du Saint-Esprit, en un mot, l'essence unique et indivisible de la sublime Trinité. Voir la face du Dieu vivant, c'est le souverain bien, le bonheur des anges et des saints, la récompense de la vie éternelle, la gloire des esprits, la joie sans fin, la couronne de gloire, la félicité suprême, le repos au sein de l'abondance, le charme de la tranquillité, la satisfaction qui vient du dehors et celle que l'on goûte intérieurement ; c'est le paradis de Dieu, la Jérusalem céleste, la vie bienheureuse, la plénitude de la félicité, la joie de l'éternité et cette paix de Dieu qui surpasse tout sentiment. - Telle est donc la parfaite béatitude, tel est pour l'homme le comble de la gloire : voir la face de son Dieu, voir celui qui a fait le ciel et la terre, voir celui qui l'a fait lui-même, qui l'a sauvé et glorifié. Il le verra en le connaissant, il l'aimera en le voyant, il le louera en le possédant. Car ce Dieu sera lui-même l'héritage de son peuple, du peuple des saints, de ce peuple qu'il a racheté ; il sera lui-même le bonheur dont jouiront ses élus, le prix glorieux et la récompense qui était l'objet de leurs espérances. N'a-t-il pas dit : Je serai ta récompense et cette récompense sera grande (Gen., XV, 1), parce que les grandes choses sont seules dignes de celui qui est grand . . . "

" Votre vue, voilà donc dans toute leur étendue la récompense, le prix, le bonheur que nous attendons ; voilà la vie éternelle ; voilà cette communication de votre sagesse que vous nous promettez. La vie éternelle consiste à vous connaître, vous, le seul Dieu véritable, et celui que vous nous avez envoyé Notre-Seigneur Jésus-Christ (Cf. Chefs-d’œuvre des Pères de l’Eglise). "

38. Le même, Manuel, c. 6 : " Les chants sacrés ne cessent point un seul instant de retentir, et les plus douces mélodies se succèdent incessamment parmi les chœurs des anges. Jamais aucune interruption aux célestes accords, aux merveilleux cantiques qui bénissent votre saint nom et glorifient vos grandeurs.

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Dans la région que vous habitez, nulle sorte d'amertume ne saurait trouver place, les méchants en sont exclus comme le vice lui-même. L'ennemi du genre humain n'oserait y dresser ses embûches, et nulle part on n'y rencontre les perfides amorces du péché. Là, point d'indigence, de déshonneur, de rixes, de reproches, d'altercations, de craintes, d'alarmes, de souffrances, d'anxiétés, de violences ni de discordes. La paix la plus profonde ne cesse pas un seul instant de régner parmi tous ces bienheureux ; eux qui ne respirent que la charité et dont l'unique occupation est de louer éternellement le Seigneur, d'entonner à sa gloire des chants d'allégresse au sein d'un repos à jamais inaltérable et d'une joie sans fin dont le Saint-Esprit est le principe (Cf. Chefs-d’œuvre des Pères de l’Eglise) ! "

39. Ibidem, c. 7 : " O vie véritablement digne de ce nom, vie éternelle et éternellement heureuse ! C'est en vous qu'on trouve une joie sans mélange, un repos inaltérable, des grandeurs et des richesses qu'on ne craint pas de perdre, une santé exempte de langueurs, une abondance inépuisable, une éternelle incorruptibilité, une béatitude constante. C'est en vous qu'on possède tous les biens par la charité parfaite dont on est animé ; qu'on voit Dieu face à face, et que l'on connaît parfaitement la nature de toutes choses. En vous, les élus contemplent la souveraine bonté de Dieu, glorifient l'éternelle et véritable lumière dont ils empruntent leur éclat et adorent la majesté divine, humblement prosternés devant son trône. La vue de ses splendeurs est pour eux cet aliment éternel dont ils se rassasient sans jamais se lasser d'en savourer les délices. Plus ils les contemplent, plus ils désirent de les contempler ; mais leurs désirs sont exempts d'inquiétude, comme leur rassasiement est exempt de dégoût. - En vous encore, ô vie éternelle ! brille le véritable soleil de justice, cet astre universel dont le merveilleux éclat régénère tous ceux auxquels il est donné de le voir, et qui pénètre tellement de ses rayons tous les habitants de la céleste patrie, que ceux-ci deviennent eux- mêmes resplendissants de lumière. Ce sont comme autant de soleils qui, reflétant les splendeurs de la divine lumière, feraient pâlir la clarté de toutes les étoiles du firmament et l'éclat le plus éblouissant du soleil qui nous éclaire ; étroitement unis à l'incorruptibilité divine, ils sont par-là même immortels et incorruptibles, selon la promesse du Sauveur, qui a dit (JEAN., XVII, 24) : Mon père, je souhaite que tous ceux que

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m'avez donnés soient où je suis ; qu'ils voient les splendeurs de ma gloire ; qu'ils ne soient qu'un tous ensemble, et que, comme vous êtes en moi et moi en vous, ils ne soient aussi tous ensemble qu'un en nous. "

40 Ibidem, c. 16 : " O délices fortunés ! ô bonheur plein de charmes! voir les saints, habiter parmi eux, être saint soi-même ! Mais que dis-je ? Voir Dieu lui-même, le posséder avec la certitude de le posséder à jamais! Voilà ce à quoi nous devrions songer sans cesse en le méditant sérieusement ; voilà la félicité dont nous devrions souhaiter ardemment de jouir bientôt. Comment l'obtenir ? dira-t-on, par quels mérites ? par quels secours ? Le voici : Il faut le vouloir fermement et agir en conséquence, parce que le royaume du ciel souffre violence.

" O homme ! sache-le bien, le royaume des cieux ne demande pas un autre prix que toi-même il ne t'en coûtera pour l'acquérir ni plus ni moins que le sacrifice de ton être : donne-toi, et tu l'obtiendras. Pourquoi t'inquiéterais-tu de son prix ? Jésus-Christ ne s'est-il pas livré lui-même pour te mériter le royaume de son Père ? Donne-toi donc tout entier, pour devenir son royaume. Cependant tu ne saurais le devenir sans détruire dans ton corps mortel le règne du péché pour y établir le règne du Saint-Esprit. C'est à cette condition seulement que tu pourras mériter la vie éternelle. "

41. Ibidem, c. 17 : " Peut-on concevoir un bonheur plus parfait que celui d'une vie où l'on n'est tourmenté ni par la crainte de l'indigence, ni par les souffrances de la maladie ; où l'on est à l'abri des offenses, de la colère, de l'envie et des passions de toute sorte ; où le besoin d'aliments se fait aussi peu sentir que l'ambition des honneurs et de la puissance ; où la crainte des embûches du démon est aussi inconnue que celle des supplices de l'enfer ? N'est-ce pas une vie bien agréable que celle où la mort corporelle et celle de l'âme n'ont jamais eu d'accès, l'immortalité étant le partage privilégié de ceux qui en jouissent ? Là le mal n'a point d'empire, et la discorde n'a jamais exercé ses fureurs. L'harmonie la plus parfaite ne cesse pas un seul instant de régner parmi ces bienheureux, qui ne forment tous qu'un cœur et qu'une âme. Tout y est calme et tranquille ; tout y respire la paix et le bonheur. Le jour qui éclaire cette cite céleste n'est point celui que le soleil répand sur notre monde ; c'est un jour d’autant plus éclatant qu'il n'est produit par aucun des astres du firmament, mais que, par un heureux privilège, il emprunte sa

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lumière à celle du Dieu tout-puissant, de l'agneau sans tache lui-même. Là brillent aussi les saints, semblables à des étoiles dont les feux ne pâliront jamais, et ceux qui ont répandu dans le monde la parole de vérité y sont entourés d'une auréole de gloire dont la splendeur ne le cède pas à celle du firmament. "

" Aussi jamais de nuit, jamais d'obscurité ; les nuages ne s'y amoncellent pas ; on n'y ressent ni les rigueurs de l'hiver, ni les chaleurs brûlantes de l’été. Tout y est tellement tempéré, que l'œil de l'homme n'a jamais vu, ni son oreille entendu, ni son esprit conçu rien de pareil. Ceux-là pourtant peuvent le concevoir, qui sont trouvés dignes d'en jouir et dont les noms sont inscrits dans le livre de vie. - Mais ce qui surpasse toutes ces merveilles, c'est le bonheur d'être réuni aux chœurs des anges, des archanges et de toutes les vertus célestes, de voir les patriarches, les prophètes, les apôtres et tous les saints, ceux surtout qui nous ont été unis par les liens du sang. Voilà sans doute un destin bien glorieux. Et pourtant ne sera-t-il pas infiniment plus glorieux encore, puisqu'il nous sera donné de voir Dieu face à face, de contempler sans voile ses splendeurs infinies ? Le comble de la gloire pour nous sera donc de voir Dieu dans sa propre substance et de le posséder en nous-mêmes pendant l'éternité (Cf. Chefs-d’œuvre des Pères de l’Eglise). "

42. Le même, Lib. de catechizandis rudibus, c. 23 : " Fuyez, mon frère, ces tourments, pour lesquels ne manqueront jamais les bourreaux, et survivront toujours les victimes, qui mourront sans fin, ou sans pouvoir mourir dans leurs tourments ; et désirez ardemment de partager avec les saints cette vie éternelle, si digne de votre amour ; où l'action n'aura rien qui fatigue, et où le repos sera toujours occupé ; où vous louerez Dieu sans fin, et pourtant sans ennui ; où votre âme sera toujours dans la joie, et votre corps toujours dispos ; où vous n'éprouverez aucun besoin pour vous-même, et n'en verrez non plus dans les autres aucun à soulager. Dieu y fera toutes vos délices, et vous appartiendrez à cette sainte et bienheureuse cité qui trouve en lui, qui puise en lui sa vie. Car, ainsi que nous l'espérons et l'attendons sur la promesse qu'il a daigne nous en faire (MATTH., XXII, 30) ; nous serons alors semblables aux anges de Dieu, et dans leur société nous jouirons de la claire vision de cette sainte Trinité, qui fait maintenant l'objet de notre foi et le motif de notre espérance. "

43. S. GREGOIRE, Hom. 36 in Evangelia : Il y a cette différence,

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mes très-chers frères entre les plaisirs du corps et ceux de l'âme, que, lorsque nous ne jouissons pas encore de ceux du corps, ils excitent en nous un ardent désir, et lorsque nous en jouissons, ils ne nous causent que du dégoût au lieu que les plaisirs de l'âme suivent une marche toute contraire : avant d'en jouir, nous n'avons pour eux que de l'indifférence et du mépris ; quand nous en jouissons, nous avons de plus en plus pour eux de l'amour et de l'ardeur ; et ils sont d'autant plus passionnément désirés par celui qui les possède, qu'ils sont plus pleinement possédés par celui qui les désire. Les premiers, je veux dire les plaisirs sensuels, sont agréables quand on les souhaite, et désagréables quand on les goûte et les autres, qui sont les spirituels, sont insipides lorsqu'on ne fait que les désirer et délicieux lorsqu'on les goûte enfin. En ceux-là la jouissance succède au désir, et le dégoût à la jouissance ; en ceux-ci la jouissance succède au dégoût, et le désir à la jouissance, qu'il provoque de nouveau. Car l'âme est d'autant plus affamée des délices spirituelles qu'elle en est plus pleinement nourrie, parce que plus elle en goûte la douceur, plus elle en apprécie l'excellence, et fait son bonheur d'en jouir. C'est pourquoi on ne peut les aimer lorsqu'on ne les possède pas encore, parce qu'on ne peut en connaître la douceur qu'en les possédant. . . . . "

" Rejetant cette douceur intérieure qui nous est offerte, nous sommes si misérables qu'il nous plaît d'aimer l'état de famine spirituelle où nous sommes, ne cherchant à nous rassasier que de voluptés sensibles, qui ne rassasient jamais. "

" Mais la divine bonté ne nous abandonne pas, lors même que nous l'abandonnons ; car elle remet devant les yeux de notre mémoire ces délices que nous avons méprisées ; elle nous les propose de nouveau ; elle réveille notre paresse et notre indifférence par ses promesses, et elle nous invite et nous excite à chasser le dégoût mortel que nous ressentons, en nous disant : Un homme fit un jour un grand souper, auquel il invita plusieurs personnes (LUC, XIV, 16). Quel est cet homme, sinon celui de qui il est dit par un Prophète : Il y a un homme, et qui est-ce qui l’a reconnu ? (JEREM., XVII, 9) Il a fait un grand souper, lorsqu'il a préparé dans nos cœurs des viandes exquises et très-délicates pour nous rassasier spirituellement. Il a invité plusieurs personnes, mais peu d'entre les conviés sont venus, parce qu'il arrive de fois à autre que ceux qui lui sont soumis par la foi s'opposent à son festin éternel par leur vie dépravée et corrompue. . . . .

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" Le souverain père de famille nous invite donc tous à son festin éternel ; mais les réprouvés étant ou possédés d'avarice, ou détournés par la curiosité, ou plongé dans les voluptés impures, s'excusent tous d'y aller. Et comme l'un est dominé par le soin des choses terrestres, l'autre distrait par le curieux examen des actions de son prochain, et que tel autre a l'âme souillée par des passions honteuses, il n'est aucun de tous ceux-là qui n'ait du dégoût pour le festin de l'éternité. . . . . "

" Que rien ne soit capable de ralentir l'activité de vos désir et que rien ne vous arrête de ce qu'on a coutume d'aimer ici-bas. Si vous aimez le bien, mettez votre joie dans les biens les plus avantageux, qui sont ceux du ciel. Si vous craignez le mal, mettez-vous devant les yeux les maux éternels afin que, reconnaissant que ce qui est le plus à aimer et le plus à craindre ne se rencontre que dans l'éternité, vous ne vous arrêtiez nullement à la vie présente (Cf. Les quarante Homélies ou Sermons de saint Grégoire sur les évangiles, p.433-453). "

44. Le même, ibidem, Hom. 37 : " Si nous considérons, mes frères, combien les choses qui nous sont promises dans le ciel sont grandes et excellentes, tout ce qu'on peut posséder sur la terre nous paraîtra de bien peu de prix. Car les biens de ce monde, comparés à ceux du ciel, sont plutôt des obstacles et des fardeaux, pour ainsi parler, que des moyens de prospérité et de bonheur. Si l'on compare la vie temporelle à la vie éternelle, on trouvera qu'elle mérite plutôt le nom de mort que celui de vie, puisque les pertes continuelles qu'essuie cette chair corruptible ne sont, à vrai dire, qu'une longue mort. "

" Mais, au contraire, quelle langue peut exprimer, et quel esprit peut comprendre combien excellentes sont les joies de la céleste cité, et quel serait notre bonheur d'entrer en société avec les saints anges ; d'être témoins de la gloire du Créateur avec tous ces bienheureux esprits ; de contempler face à face ce grand Dieu lui-même ; de voir dans son centre cette lumière divine, dont les rayons s'étendent à tout ; de n'être plus à lieu de craindre la mort, et de jouir tranquillement du prix de la bienheureuse immortalité ? "

" Quand on entend parler de ces biens sublimes, l'esprit se sent tout transporté d'ardeur, et déjà on voudrait habiter cette demeure où nous est promis un bonheur sans fin. Mais on ne

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saurait parvenir à de grandes récompenses, si l'on n'accomplit préalablement de grands travaux ; et c'est ce qui a fait dire à saint Paul, cet excellent prédicateur, que celui qui combat n'est couronné qu'après avoir combattu selon les règles de la guerre (II Tim, II, 5). Si donc l'esprit envisage avec tant de charmes la grandeur des récompenses, qu'il ne se décourage pas à la vue des obstacles à vaincre et des combats à soutenir (Cf. Les quarante Homélies ou Sermons de saint Grégoire sur les évangiles, p.454-455). "

45. S. PROSPER, (ou plutôt Julien Pomère), de vitâ contemplativâ, c. 2 : " Nous croyons au sujet de la vie future que le bonheur en sera éternel ou si l'on aime mieux parler ainsi, que sa durée sans fin sera un parfait bonheur ; que la sécurité nous y sera assurée ; que nous y jouirons d'une paix exempte d'inquiétude et que la joie que nous y goûterons ne sera jamais troublée ; que l'éternité en sera heureuse, et que la félicité en sera éternelle ; que ce ne sera qu'amour sans mélange de crainte ; que le jour y sera éternel ; que tous n'auront qu'un mouvement, qu'une pensée, la pensée et le mouvement de contempler leur Dieu, et de le posséder en assurance ; que cette cité elle-même qui se compose de la bienheureuse société des anges et des saints, est toute resplendissante de gloire, toute glorieuse des mérites qui en font l'éclat ; que le salut et la vie y coulent à pleins bords ; que la vérité y règne ; qu'elle ne contient ni trompeurs ni dupes ; qu'aucun bienheureux ne peut en être exclu ; qu'aucun réprouvé ne peut y être admis. "

46. Ibidem, c. 3 : " Les anges puisent dans la contemplation de Dieu la joie souveraine et imperturbable qu'ils goûtent sans en éprouver jamais aucun dégoût ; ils servent Dieu avec amour et sans jamais se lasser de le faire ; ils sont si parfaitement heureux, qu'ils ne veulent ni ne peuvent l'être davantage. "

47. Ibidem, c. 4 : " Telle est cette vie contemplative des bienheureux, dans laquelle, après y être parvenus par le mérite des bonnes œuvres, ils seront semblables aux saints anges, et règneront sans fin avec leur Dieu. Ils y verront à découvert ce qui jusque-là n'aura été que l'objet de leur foi ; ils contempleront sans nuage la substance divine ; ils se livreront à d'éternels transports de joie, dans le bonheur qu'ils auront de posséder leur bien-aimé ; ils s'attacheront à lui éternellement et lui-même s'atta-

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chera éternellement à eux ; avec leurs corps rendus incorruptibles et immortels, ils jouiront du droit de cité dans la patrie céleste dont ils seront à jamais les citoyens, et où ils seront mis en possession de toutes les récompenses promises. Telle sera l'abondance de leur joie, telle sera la gratitude dont leurs cœurs seront remplis, qu'ils rendront à leur Dieu de continuelles actions de grâces, et que les biens mêmes dont ils regorgeront ne leur inspireront jamais aucun dégoût. Là tous les cœurs seront à découvert, comme peut l'être aux yeux du corps la face d'une personne, parce qu'en effet tous ces célestes habitants seront si parfaitement purs, qu'en même temps qu'ils auront tout sujet de rendre grâces à leur Dieu, auteur de leur pureté, ils n'en auront aucun de rougir pour des souillures qui leur sont désormais étrangères : car il n'y aura dans ce séjour de la sainteté ni péchés ni pécheurs, et ceux qui l'habiteront seront éternellement incapables de pécher. Aucun secret d'ailleurs ne pourra leur être caché, leurs cœurs tout-à-fait purs étant admis à la contemplation de l'essence même divine ; leur perfection sera telle, qu'elle ne sera plus susceptible d'aucun changement. Notre nature reformée à la ressemblance de la nature divine, recouvrera tous les avantages qu'elle avait reçus dès le commencement, et que le péché d'Adam lui avait fait perdre : notre entendement ne sera plus sujet à faillir, ni notre mémoire à oublier, ni notre pensée à s'égarer ; nous aimerons sans mélange de duplicité ; nous serons sensibles sans rien sentir qui nous blesse ; notre vigueur de santé n'y sera altérée par aucune infirmité ; notre contentement n'y sera trouble par aucun chagrin ; notre vie y sera hors des atteintes de la mort ; notre agilité n'y rencontrera point d'obstacles ; nous y serons rassasiés sans dégoût dans l'embonpoint sans maladie, parce que tout ce qui peut concourir ici-bas à vicier le corps, soit morsures des animaux, soit cas fortuits, soit dérangement d'humeurs, soit cruauté des hommes, soit violence du feu, soit toute autre cause de destruction, soit décrépitude de la vieillesse, se trouvera corrigé pour toujours par la résurrection, et que le corps rétabli dans la perfection de tous les membres qui le composent, sera doué d'une santé inaltérable. Ainsi, malgré la différence de mérites des bienheureux, tous cependant possèderont un parfait bonheur, parce que chacun sera content de sa propre récompense et que sa perfection même l'empêchera d'en désirer une autre qui pourrait être au-dessus de ses mérites personnels. Car, de même que l'état de rassasiement produit la même sen-

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sation dans tous ceux qui l'éprouvent, quoique, pour y parvenir, tous n'aient pas besoin de la même quantité de nourriture, chacun ne devant en prendre que ce qu'en comporte la capacité de son estomac, ainsi tous les saints, quoique placés à différents degrés de sainteté, et par conséquent aussi de bonheur, se trouveront tous parfaitement heureux, la perfection de leur bonheur étant relative à leur capacité particulière. Au surplus, dans ces lieux fortunés, personne n'enviera un mérite plus élevé parce que l'envie, comme les autres vices, en sera totalement bannie ; personne non plus ne se prévaudra de la supériorité de ses mérites personnels, parce que l'orgueil y sera également inconnu. Aussi, quoique les demeures y soient différentes, tous cependant auront toute la perfection qui leur conviendra, comme tous jouiront de la même félicité. "

48. Ibidem, c. 3 : " Celui-là désire véritablement obtenir cette souveraine félicité, qui renonce à tous les biens présents en vue des biens à venir, et qui, s'affranchissant du soin des affaires domestiques, qui retardent souvent les progrès de ceux qui commencent à entrer dans un état de perfection, triomphe de ses affections naturelles elles-mêmes en s'élevant à la hauteur de la contemplation divine ; qui, regardant comme rien toutes les choses d'ici-bas, qui trop souvent ramènent vers la terre les âmes assez imprudentes pour se reposer sur la sainteté antérieure de leur vie, porte son vol jusque dans le ciel, et d'autant plus près de Dieu, que le désir qu'il a de sa perfection lui fait plus résolument fouler aux pieds les avantages humains, étant bien assuré que, s'il préfère d'une volonté pleinement déterminé la vie contemplative aux honneurs incertains, aux richesses périssables et aux plaisirs fugitifs d'ici-bas, il obtiendra en retour les seuls véritables honneurs, les seules richesses qui n'engendrent point d'inquiétude, et les plaisirs de l'éternité, lorsqu'il aura atteint la perfection de la vertu contemplative, en prenant possession de cette vie bienheureuse où elle se trouve, et que Dieu lui destine pour récompense. Et, en effet, quoi de plus honorable que de se voir, grâce à Dieu, assimilé à l'état des anges ? Quelles richesses plus grandes peut-on imaginer, que d'avoir à sa disposition tous les trésors du royaume céleste ? "

49. Ibidem, lib. III, c. 32 : " Dans cette vie bienheureuse, à laquelle parviennent ceux qui y sont prédestinés lorsqu'ils n'ont plus rien en eux qui soit sujet à la corruption et à la mort, et où il n'y a ni pleurs ni gémissements, tous les saints seront

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consommés dans l'amour, exempts de toute crainte, remplis d'une éternelle joie. Leur volonté sera droite, et leurs cœurs purs de toute passion, parce que la possession à laquelle ils sont parvenus des biens célestes ne leur laisse plus rien à désirer et que, jouissant d'un parfait bonheur dans ce séjour de sécurité et de paix, ils ne peuvent plus être troublés par aucun sentiment de crainte ou de douleur. Peut-être cependant faut-il admettre, même pour le siècle à venir, cette sorte de crainte que l'amour nourrit en lui-même, mais non cette autre crainte que l'amour expulse du cœur qu'il possède d'autant plus que les vertus auxquelles cette crainte aura servi comme de degrés dureront elles-mêmes dans les siècles des siècles. "

50. S. BERNARD, Serm. de triplici genere bonorum et vigilantiâ super cogitationibus : " Nous ne devons plus chercher seulement à imiter les saints, et à nous procurer la protection des saints anges ; mais nous devons désirer ardemment de jouir de leur vue et de leur société et de contempler ces colonnes du ciel qui soutiennent la terre, et dans lesquelles rayonne la divinité avec tant d'éclat. . . . . "

" Les biens éternels sont ces biens que l'œil n'a point vus, que l'oreille n'a point entendus, et qui ne feront jamais défaut dans cette patrie, qui ne connaît que joie et bonheur. Rien n'y manque, et cette abondance met le comble à tous nos désirs. Quelle abondance plus grande en effet que celle qui consiste à avoir tout ce qu'on veut, et à n'avoir rien de ce qu'on ne veut pas ? Que la paix soit dans ta force, et l'abondance dans tes tours, dit le Prophète à la ville de Jérusalem (Ps. CXX1, 7). Oui, dans ces tours qui, comme le dit un autre prophète, seront construites avec des pierres précieuses, où Dieu nous rassasiera du froment le plus pur, et non plus seulement des enveloppes sacramentelles. Mais si, quoiqu'il ne nous manquât rien, il nous restait quelque chose à ignorer, est-ce qu'on pourrait dire que notre gloire y serait parfaite ? Il faudra donc qu'il ne nous y reste rien à ignorer, et c'est la sagesse qui nous fournira de quoi contenter toute la curiosité dont l'homme est capable. O sagesse, qui nous donneras la parfaite connaissance de tout ce qu'il y a dans le ciel et sur la terre, en nous faisant boire à la source de la sagesse même cette connaissance de toutes choses ! Je n'aurai rien à craindre des jugements des hommes ni des desseins qu'ils formeraient contre moi, puisque, si nous en croyons l'apôtre saint Jean (Apoc., XXI, 21), cette sainte cité est semblable au verre le plus trans-

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parent, de sorte que, comme on voit clairement les objets au travers d'un verre pur, ainsi nous pénétrerons sans peine les consciences des autres. Mais de plus, si, quoiqu'il ne nous manquât rien et qu'il ne nous restât rien à ignorer, nous gardions cependant quelque crainte de perdre tous ces biens, notre bonheur serait-il parfait ? Aussi n'y aura-t-il plus rien qui puisse nous causer de l'épouvante et c'est la puissance qui viendra affermir notre faiblesse. Il a établi la paix jusqu'aux confins de tes états, dit encore le Psalmiste, il a fortifié les serrures de tes portes (Ps. CXLVII, 13, 14), afin qu'aucun ennemi ne puisse y entrer, qu'aucun ami n'en puisse être exclu. Là donc où se trouveront réunies une parfaite abondance, une parfaite sagesse et une parfaite puissance, je pense qu'il ne manquera rien à la perfection de la béatitude autant qu'il est permis à l'homme d'y aspirer. "

51. Le même, Meditation., c. 4 (et dans HUGUES DE SAINT VICTOR, Lib. I de animâ, c. 4) : " L'avantage des saints sera de voir Dieu, de vivre avec Dieu, d'être avec Dieu, d'être en Dieu, qui sera tout en tous ; de posséder Dieu, qui est le souverain bien. Et où est le souverain bien, là est aussi la souveraine félicité, la souveraine allégresse, la vraie liberté, la parfaite charité, l'éternelle sécurité, la tranquille éternité ; là est la vraie joie, la pleine science, toute beauté et toute béatitude.

Est ibi pax, pietas, bonitas, lux, virtus, honestas,

Gaudia, lætitiæ, dulcedo, vita perennis,

Gloria, laus, requies, amor et concordia dulcis.

(Là règnent la paix, la piété, la bonté, la lumière, la vertu, l’honnêteté, la joie, les transports d’allégresse, la douceur, la vie, la gloire, la louange, le repos, l’amour et la concorde.)

" Ainsi sera heureux dans la société de Dieu l'homme dans la conscience duquel le péché n'aura point été trouvé. Il verra Dieu au gré de ses désirs, il le possédera pour son bonheur, il jouira de lui pour ses délices. L'éternité sera sa vie, la vérité sa gloire, la bonté sa joie. De même que son existence sera exempte de vicissitudes, sa science sera exempte de peine, et son repos le sera de trouble. Il sera citoyen de cette sainte cité qu'habitent les anges, et dont Dieu le Père est le temple, Dieu le Fils la splendeur, et l'Eprit-Saint l'amour qui y règne. O céleste cité, demeure permanente, contrée vaste et fertile, qui contient tout ce qui fait le bonheur, peuple pacifique, habitants paisibles,

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exempts de toute misère et de tout besoin ! Que de choses glorieuses ont été dites de toi, ô cité de Dieu ! Ceux qui habitent dans ton enceinte sont tous dans la joie (Ps. LXXXVII, 3, 7). Tous tressaillent d'allégresse ; tous trouvent leur bonheur en Dieu, dont la beauté les ravit, la bonté les attire, et l'entretien est pour eux plein de charmes. Sa vue les transporte de joie, sa possession fait leurs délices, la jouissance de ce qu'ils trouvent en lui met le comble à leur bonheur. Il se suffit à lui-même pour leur plaire et pour récompenser leurs mérites, et hors de lui ils n'ont rien à désirer, parce que tous les biens désirables se trouvent réunis tout entiers en lui. Toujours c'est pour eux un nouveau plaisir de le voir, de le posséder, de mettre en lui leur bonheur, de jouir de ses amabilités. Son commerce éclaire leurs esprits et purifie leurs cœurs devenus plus capables, soit de connaître, soit d'aimer la vérité. Et n'est-ce pas tout le bien de l'homme, que de connaître et d'aimer son Créateur ? Quelle est donc notre folie de n'avoir de soif que pour le vice, ce breuvage amer comme l'absinthe, de n'avoir de goût que pour le monde, cette mer si féconde en naufrages, de nous attacher à cette vie périssable sans autre espérance et de rester dans les liens honteux du péché, au lieu d'aspirer à la félicité des saints, à cette fête éternelle qui se célébrera dans les cieux, à ces délices de la vie contemplative, où toute notre occupation serait de considérer la puissance du Seigneur, de voir les richesses surabondantes de sa bonté. Là nous goûterons à loisir combien le Seigneur est doux, en combien de manières sa douceur se déploie. Nous verrons l'éclat de sa gloire, la glorification des saints, la royauté dont la magnificence éclate dans leurs personnes ; nous connaîtrons pleinement la puissance du Père, la sagesse du Fils, la bonté du Saint-Esprit, et nous aurons ainsi la connaissance parfaite de l'adorable Trinité. Maintenant nous voyons des yeux du corps les objets corporels, et des yeux de l'esprit leurs images ; mais alors c'est la Trinité même que nous verrons à découvert. O bienheureuse vision, qui consistera à voir Dieu en lui-même, à le voir en nous et à nous voir en lui avec un sentiment ineffable de joie et de bonheur ! Tout ce que nous pourrons désirer, nous l'aurons, et il ne restera plus rien qui puisse être l'objet de nos désirs. Tout ce que nous verrons, nous l'aimerons, et cet amour fera notre bonheur ! Pour être heureux, il nous suffira de sentir les douces flammes de cet amour, de goûter les délices de cette contemplation. Voilà quelle sera la hauteur de cette contemplation,

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quelle sera la perfection de ce bonheur, dont l'objet sera de voir Dieu en lui-même, de comprendre l'incompréhensible Trinité. La Divinité n'aura plus pour nous de secrets ; nous verrons et nous aimerons Dieu, et cette vision et cet amour rempliront toute la capacité du cœur de l'homme, le rassasieront pleinement, et feront la consommation de son bonheur. Tous auront une même voix pour louer Dieu, une même ardeur pour l'aimer, et pour l'aimer éternellement. La vérité sera contemplée à découvert, l'amour sera satisfait, l'harmonie du corps et de l'âme entre eux sera parfaite. L'humanité glorifiée resplendira comme le soleil. L'esprit et la chair ne seront plus ennemis l'un de l'autre. Les anges et les hommes partageront ensemble la même joie, auront les mêmes entretiens, prendront part au même banquet. L'amour sera toujours ardent, et ne sera sujet à aucune défaillance. On aura tous les biens à la fois, sans jamais avoir à éprouver l'ennui d'en attendre aucun à venir ; nous les trouverons tous réunis dans la contemplation de la majesté de Dieu, et nous pourrons considérer comme étant à nous sa toute-puissance, sa sagesse, son immutabilité, sa justice, son intelligence. Dans ce merveilleux accord, il n'y aura pas même diversité de langues, mais partout une parfaite uniformité de langage comme de sentiments. Plongés dans ce torrent de voluptés, les bienheureux pleinement satisfaits n'auront plus rien à désirer leur bonheur sera complet. Leur félicité, leur gloire, leur joie dépasseront tous leurs vœux. Mais qui sera trouvé digne de telles faveurs ? Ce sera le vrai pénitent, le chrétien soumis, l'homme qui aime son prochain, le serviteur fidèle. "

52. S. GREGOIRE, Hom., XIII in Evangelia : " Ecoutons ce que fera le Seigneur, et de quelle manière il traitera les serviteurs vigilants : Je vous dis en vérité que, s'étant ceint, il les fera mettre à table et viendra les servir (Luc, XII, 37). Se ceindre, c'est se préparer à leur distribuer des récompenses. Et il les fera asseoir à table, c'est-à-dire qu'il les introduira dans le repos éternel, parce que nous asseoir à sa table n'est autre chose que prendre notre repos dans son royaume. De là vient que Notre-Seigneur a dit ailleurs : Ils viendront s'asseoir avec Abraham, Isaac et Jacob (MATTH., VIII, 11). Et passant de l'un à l'autre, il les servira (LUC, XII, 7). Car il nous rassasiera pleinement par l'éclat de la divine lumière dont il pénètre ses élus. E t il est dit que c'est en passant de l'un à l'autre qu'il les servira, parce que ce sera à son retour de ses assises solennelles dans le royaume des

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cieux. Ou bien, on peut encore dire que Notre-Seigneur passera à notre égard à la suite du jugement dernier, parce qu'il nous élèvera de la vue de son humanité à la vision sublime de sa divinité même. Il passera donc, lorsqu'il nous conduira à l'aspect de sa lumière infinie, et qu'après avoir considéré son humanité dans le dernier jugement, nous contemplerons éternellement sa divinité dans le ciel. Car lorsqu'il viendra pour juger les hommes, il paraîtra sous la forme d'un serviteur à la vue de tout le monde, conformément à ces paroles d'un évangéliste : Ils verront celui qu'ils auront percé (JEAN, XIX, 37). Mais en même temps que les réprouvés seront précipités dans le supplice éternel, les justes seront enlevés au ciel pour jouir de la gloire d'une lumière infinie, selon ces autres paroles d'un prophète : Qu'on ôte l'impie, afin qu'il ne voie point la gloire de Dieu (Is., XXVI, 10) (Cf. Les quarante Homélies ou Sermons de saint Grégoire sur les évangiles, p.118-119). "

53. S. BERNARD, Serm. de conversione ad clericos, sive de persecutione sustinendâ, c. 25 (al. 26) : " Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu (MATTH., V, 8). Grande promesse, mes frères et qui doit être l'objet de tous nos désirs. Car cette vision est ce qui nous fixera dans le bien, comme nous le fait entendre l'apôtre saint Jean : Nous sommes dès maintenant enfants de Dieu ; mais il ne paraît encore rien de ce que nous serons. Nous savons que, lors de son apparition, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est (I JEAN, III, 2). Cette vision est la vie éternelle, ainsi que la Vérité même le dit dans 1'Evangile : La vie éternelle consiste à vous connaître, ô vous le seul Dieu véritable et à connaitre Jésus-Christ que vous avez envoyé (JEAN, XVII, 3). Nous devons haïr cette taie formée par le péché dans l'œil de notre cœur et qui nous prive de cette vision bienheureuse ; nous devons avoir en horreur cette négligence qui nous fait remettre d'un jour à l'autre à nous en guérir. Car de même que la vue corporelle peut être troublée, ou à l'intérieur par quelque humeur vicieuse, ou à l'extérieur par des jets de poussières, ainsi la vue de l'esprit peut l'être, soit par les séductions de sa propre chair, soit par la curiosité et l'ambition du siècle. . . "

" Heureux donc ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu. Ils le voient maintenant comme dans un miroir, et d'une manière obscure (I Cor., XIII, 12) ; mais dans l'autre vie ils

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le verront clairement et face à face, lorsque la face de leur âme sera toute nette, toute pure, lorsqu'elle sera toute brillante de la lumière de gloire, lorsqu'elle n'aura plus ni tache ni ride (Ephés., V, 27) (Cf. Traduction de trois excellents ouvrages de saint Bernard, p.82-86). "

54. Le même, Serm. II de verbis Apostoli, Non est regnum Dei esca et potus : " Le royaume de Dieu ne consiste pas dans le boire ni dans le manger (Rom., XIV, 17). En quoi donc consiste-t-il ? Dans la justice, dans la paix et dans la joie que donne le Saint-Esprit. Entendez-vous, comprenez-vous bien que la joie ne doit venir qu'après le reste ? Insensés enfants d'Adam, qui laissez de côté la justice et la paix, pourquoi intervertir l'ordre, et vouloir commencer par ce qui ne doit venir qu'à la fin ? Il n'est personne qui ne veuille être dans la joie ; mais cette joie ne sera point solide, ne sera point véritable, parce que, comme il n'y a point de paix pour les impies dit le Seigneur (Is., XLVIII, 22), de même il ne saurait y avoir de véritable joie pour eux. Il n'en est pas ainsi des impies, il n'en est pas ainsi. Qu'ils pratiquent d'abord la justice, qu'ils recherchent la paix et ne cessent de la chercher (Ps. XXXIII, 15), et par-là ils parviendront enfin à posséder la joie, ou plutôt à être possédés par elle. C'est ainsi que les anges ont commencé par pratiquer la justice en restant fidèles à la vérité et en abandonnant la cause de celui qui le premier avait déserté le parti de la vérité. Par ce moyen ils ont été affermis dans la paix qui surpasse tout sentiment, parce que, quoique diversement honorés par le suprême monarque, aucun d'eux ne murmure du partage qui lui est échu, aucun d'eux n'envie le partage d'autrui. Jérusalem loue le Seigneur ; Sion, loue ton Dieu ; car c'est lui qui a fortifié les serrures de tes portes, qui a béni tes enfants au milieu de toi, qui a établi la paix jusqu’aux confins de tes Etats (Ps. CXLVII, 1-3). Loue-le, loue-le sans cesse, parce qu'il a muni tes portes de barres très-fortes et de serrures puissantes, qui ne permettront pas à tes ennemis d'entrer, et ôteront à tes amis la tentation de sortir. Bénis soient les enfants au milieu de toi (Ps. CXLVII, 3) ; je veux dire, qu'ils soient comblés en Jésus-Christ de toutes sortes de bénédictions spirituelles pour le ciel (Ephés., I, 3). La crainte est bannie de ton enceinte, parce qu'il a établi la paix jusqu'aux confins de tes Etats ; aucune tentation ne vient te troubler, parce que le ten-

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tateur est loin de tes murs, et malgré la variété de ses artifices, n'a plus aucune prise sur tes enfants. Celui au contraire dont l'unité fait le caractère, relie et affermit toutes tes parties dans une parfaite unité. Et c'est ainsi que toutes les parties sont dans une parfaite union entre elles (Ps. CXXI, 3). Les saints puisent avec joie des eaux des fontaines du Sauveur (Is., XII, 3), en contemplant à découvert l'essence divine, sans pouvoir désormais être séduit par les fausses apparences que présentent les objets sensibles. Telle est la joie qui les attend à la fin, et qui elle-même n'aura point de fin. "
 
 

Question VI

Quel usage doit-on faire et quel fruit peut-on retirer de tout l’ensemble de la doctrine des fins dernières ?

La connaissance de nos fins dernières et leur méditation sérieuse a pour premier avantage de nous détacher plus facilement des biens passagers et des plaisirs frivoles de ce monde. Vanité des vanités, a dit l'Ecclésiaste, vanité des vanités et tout n'est que vanité. J’ai vu tout ce qui se fait sous le soleil, et j’ai trouvé que tout était vanité et affliction d'esprit.

En second lieu, cette étude n'a pas pour unique effet d’éloigner de nous les pensées vaines et les désirs terrestres ; mais elle a aussi celui de réprimer en nous l'habitude ou les occasions de pécher, ainsi que le penchant qui nous y porte. De là cette précieuse maxime : En tout, ce que vous faites, souvenez-vous de vos fins dernières, et vous ne pècherez jamais.

De plus, c'est un avertissement pour le sage, de ne rien entreprendre témérairement, mais de considérer en toutes choses quelle en sera la fin ; et quand par ce moyen il s'est tracé à lui-même le droit sentier à suivre, de ne s'en détourner ni à droite ni à gauche.

Mais le principal effet de ces sortes de considérations et de pensées est d'affermir et de perfectionner en nous la crainte de Dieu, cette source de la vraie sagesse, cette sauvegarde de toutes les vertus, ce moyen nécessaire d’initiation à la pratique du bien. Car la crainte du Seigneur expulse le péché ; et celui qui est sans crainte ne pourra devenir juste. Ceux qui craignent le Seigneur rechercheront ce qui lui est agréable ; ils prépareront leurs cœurs et sanctifieront leurs âmes en sa présence. Enfin, ceux qui craignent le Seigneur garderont ses commandements, et ils auront patience

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jusqu’à ce qu'il jette les yeux sur eux, en disant : Si nous ne faisons pénitence c'est entre les mains du Seigneur que nous tomberons.

Au lieu que les enfants de ce siècle, c'est-à-dire ceux qui aiment la vanité et qui recherchent le mensonge ; qui se réjouissent lorsqu'ils ont fait le mal, et qui triomphent dans les choses les plus criminelles ; enfin, qui n'ont pas présent à leurs yeux la crainte de Dieu, n'ont rien de plus empressé que d’éloigner de leur esprit la pensée de leurs fins dernières. C'est un peuple qui n'a point de sens, qui n'a aucune sagesse. Ah ! s'ils ouvraient les yeux, s'ils comprenaient, s'ils prévoyaient la fin de tout ! Nous voyons tous les jours arriver à ces hommes le malheur que prévoyait Joé, lorsqu'il disait : Ils ont la harpe et les timbales à la main, et ils se divertissent au son des instruments de musique ; ils passent leurs jours dans les plaisirs, et en un moment ils descendent dans le tombeau. C'est ainsi que les ris seront mêlés de chagrins, et que la tristesse succédera à la joie.

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TEMOIGNAGES DE L'ECRITURE.

1. Ecclésiaste, I, 1 et 7 ; comme dans le corps de la réponse.

2. Ecclésiastique, VII, 40 : comme dans le corps de la réponse.

3. Deutéronome, XXXII, 29 ; comme ci-dessus, chapitre des Vertus cardinales, question III, t. V, page 199, témoignage 11.

4. Proverbes, IV, 27 : " Ne vous détournez ni à droite ni à gauche ; retirez votre pied du mal. "

5. Ecclésiastique, I, 16 : " Le commencement de la sagesse est la crainte du Seigneur. "

6. Psaume CX, 9 : " Le commencement de la sagesse est la crainte du Seigneur. "

7. Proverbes, I, 7 : " La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse ; les insensés méprisent la sagesse et la doctrine. "

8. Ibid., IX, 10 : " La crainte du Seigneur est le principe de la sagesse ; la science des saints est la vraie prudence. "

9. JOB, XXVIII, 28 : " Il dit à l'homme : La sagesse consiste dans la crainte du Seigneur, et l'intelligence dans l'éloignement du mal. "

10. Ecclésiaste, VII, 19 : " Celui qui craint Dieu ne néglige rien. "

11. Proverbes, XIV, 26-27 : " Celui qui craint le Seigneur est dans une confiance pleine de force, et ses enfants auront sujet de bien espérer. - La crainte du Seigneur est une source de vie, en ce qu'elle fait éviter la chute qui donne la mort. "

12. Ecclésiastique, I, 16 et 22 ; comme dans le corps de la réponse.

13. Psaume IV, 3 : " Enfants des hommes, jusqu'à quand vos cœurs seront-ils appesantis ? Pourquoi vous attachez-vous à la vanité et courez-vous après le mensonge ? "

14. Proverbes, II, 10-15 : " Si la sagesse entre dans votre cœur, si la science fait la joie de votre âme, - la vigilance vous gardera, et la prudence vous défendra ; - et vous échapperez à la voie du mal, et aux hommes qui tiennent des discours pervers ; - qui abandonnent le chemin droit, pour s'avancer dans des voies ténébreuses ; - qui se réjouissent lorsqu'ils ont lait le mal, qui tressaillent de joie lorsqu'ils ont accompli l'iniquité ; - qui suivent des voies détournées, et qui marchent dans les chemins tortueux. "

15. Psaume XIII, 3 : " On ne voit que désolation et ravages

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sur leurs traces ; ils ne connaissent point la voie de la paix. La crainte du Seigneur n'est jamais devant leurs yeux. "

16. Deutéronome, XXXII, 29 ; comme dans le corps de la réponse.

17. JOB, XXI, 12 ; Proverbes, XIV, 13 ; comme dans le corps de la réponse.
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. CHRYSOSTOME, Epist. V ad Theodorum lapsum, passage rapporté plus haut, question IV, témoignage 1, page 102, et question V, témoignage 3, page 148.

2. S. JEAN DAMASCENE (" On lui attribue (à saint Jean Damascène) mais sans fondement, divers écrits dont le plus fameux est l'Histoire du saint ermite Barlaam et de Josaphat, fils d'un roi des Indes. La première édition de ce roman de spiritualité fut imprimée à Spire (avant 1470), in-folio. Il a été traduit en latin par Jacques de Billy, Anvers, 1602, in-16 ; en français par Jean de Billy, chartreux, Paris, 1574 et 1578, in 8° ; et par le P. Ant. Girard, jésuite, Paris, 1642, in-12. " Extrait de la Biographie universelle, édit de Michaud, art. DAMASCENE), Hist. de Barlaam et Josaphat, c. 8 : " Comme le fils du roi sortait souvent de cette manière, il arriva un jour, par suite de l'inattention des officiers qui le gardaient, qu'il trouva à sa rencontre deux hommes dont l'un était lépreux et l'autre aveugle. A cette vue, le prince attristé demanda à ceux de sa suite quels pouvaient être ces hommes, et ce que voulait dire un tel spectacle. Ceux-ci ne pouvant plus lui cacher ce qui n'avait pas échappé à ses yeux, lui répondirent que c’étaient là des calamités humaines, qui étaient l'effet ordinaire de la corruption des corps ou de certaines humeurs vicieuses. Le prince demanda alors : " Ces calamités ont-elles coutume d'arriver à tous les hommes ? " - " Non pas à tous, " lui répondirent-ils, " mais seulement à ceux dont la santé est dérangée par des humeurs vicieuses. " Le jeune prince poursuivit ainsi ses questions : " Si tous les hommes n'ont pas à craindre ces calamités mais quelques-uns seulement, peut-on savoir d'avance quels sont ceux à qui elles arriveront, ou bien frappent-elles à l'improviste tout le monde indifféremment ? " - " Eh ! quel homme, lui répondirent-ils, peut prévoir et connaître certainement l'avenir ? Cela excède la portée de notre intelligence, et n'est donné qu'aux dieux immortels. " Le fils du roi ne poussa pas plus loin ses questions ; mais ce spectacle, nouveau pour lui, lui fit peine et

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l'affecta tellement, que ses traits en furent altérés. Une autre fois qu'il sortit encore, il rencontra un vieillard décrépit, dont la face était toute ridée, les jambes sans force, le corps tout courbé, la tête entièrement chauve, les mâchoires dégarnies de dents, et la parole mal assurée et entrecoupée. Saisi d'étonnement, il fait approcher cet homme, et demande à ceux qui l'accompagnaient ce que voulait dire un spectacle si nouveau. Ils lui répondirent : " C'est un homme fort avancé en âge, arrivé à cet état d'infirmité par suite de l'affaiblissement de ses forces et de la détérioration de ses membres. " - " Et comment finira-t-il ? " demanda le prince. " Par la mort, " lui répondirent-ils. " Est-ce donc, reprit le prince, que cela doit arriver à tous les hommes, ou bien n'est-ce le sort que de quelques-uns ? " -" A moins d'être enlevé par une mort prématurée, lui répondirent-ils, on ne saurait avec le temps échapper à une destinée semblable. " Et le jeune prince de reprendre : " A quel Age cela doit-il arriver à chacun ? Est-ce que c'est d'ailleurs pour tous une nécessité de mourir, sans qu'il y ait moyen pour personne d'échapper à la mort, et de ne pas essuyer cette calamité ? " Ils lui répondent : " Les hommes parviennent à cet état de vieillesse vers la quatre-vingtième ou la centième année de leur âge, et il ne saurait en être autrement. Car la mort est une dette naturelle imposée aux hommes dès le premier instant de leur existence, et on ne peut par aucun moyen éviter qu'elle vienne. " A peine le jeune prince eut-il entendu ces paroles et en eut-il, avec la sagacité et la prudence dont il était doué, compris le sens, qu'il dit en poussant un profond gémissement : " S'il en est ainsi, c'est quelque chose de bien dur, de bien triste et de bien amer que la vie. Et comment peut-on être tranquille dans l'attente d'une mort qu'on ne peut pas éviter, comme vous venez de le dire, et dont on ignore le moment ? " Et il s'en alla plein de ces réflexions sans pouvoir écarter de son esprit cette pensée de la mort, et en passant désormais ses jours dans la tristesse et l’abattement. Il se disait à lui-même : " Il est donc vrai que je dois être un jour surpris par la mort. Et qui, quand je serai mort, se souviendra de moi, après que le temps aura tout fait oublier ? De plus, quand je serai mort, serai-je réduit au néant, ou bien y aura-t-il pour moi une autre vie et un autre monde ? " Ces pensées et d'autres semblables qui ne le quittaient pas, répandaient la pâleur sur son visage. "

3. Ibidem, c. 12 : " Nous savons que cette profession de foi

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est un renoncement au péché et qu'elle est inséparable de la rémission que nous en recevons dans le baptême. Et persuadé par les discours de ces saints hommes, nous n'avons que des anathèmes pour les choses de ce monde, qui sont si fragiles, si caduques, si sujettes au changement, si pleines d'incertitude, et où l'on ne trouvera jamais que vanité et affliction d'esprit : car elles n'ont pas plus de réalité que des songes, que des ombres, que des vapeurs qui s’élèvent dans l'air et se dissipent aussitôt. Le plaisir qu'elles nous procurent est aussi fugitif qu'il est futile ; ou plutôt ce n'est pas un plaisir, mais une séduction que nous présente ce monde pervers, que nous ne devons pas aimer, mais plutôt haïr et détester comme nous l’apprend une expérience journalière. Car tout ce que le monde donne à ses amis, il le leur enlève presque aussitôt comme par colère, et après les avoir dépouillé de tous ces biens, il les voue couverts d'opprobres, d'éternels supplices. Ceux qu'il élève le plus haut, il se plaît à les abaisser et à les affliger le plus, et les rend ainsi le jouet de leurs ennemis. Tels sont ses bienfaits, et voilà à quoi se réduisent ses faveurs. Il est à proprement parler l'ennemi de tous ceux qui l'aiment ; il ne fait que tendre des pièges à ceux qui lui obéissent le plus, il cause la chute de ceux qui s'appuient sur lui, et achève de ruiner ceux qui mettent en lui leur confiance. Il fait alliance avec les insensés qu'il séduit par de flatteuses promesses, sans autre intention que d'en faire ses dupes et ses victimes ; et tandis que ceux-ci se donnent sincèrement a lui, il fait voir bientôt qu'il n'a pas voulu faire autre chose que de les tromper, en n'acquittant envers eux aucune de ses promesses. Après les avoir un jour appâté par des mets délicats, il les livre le lendemain en proie à ses ennemis. Aujourd'hui il fait roi celui que demain il fera esclave. Aujourd'hui il comble de richesses celui que demain il réduira une extrême misère. Aujourd'hui il place sur sa tête une brillante couronne ; demain il le traînera dans la boue. Aujourd'hui il l'enivre d'honneurs ; demain il le chargera de chaînes. Un jour il lui concilie la bienveillance générale ; bientôt après il le rendra l'objet de l'exécration de tous. Aujourd'hui il le fera nager dans les plaisirs ; demain il le plongera dans les larmes et dans le deuil. Ecoutez maintenant quelle est la fin qu'il leur prépare. De tous ceux qui se seront amourachés de lui, il en fera autant d'habitants de l'enfer. Voilà sa pensée arrêtée, voilà où il en veut venir. Il ne pleure point ceux que la mort enlève, il ne s'apitoie point sur ceux qui survivent. Après

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avoir fait le malheur des premiers en les engageant dans ses filets, il tourne les mêmes ruses contre ceux qui restent, ne voulant pas que personne puisse échapper à ses pièges. Tous ceux donc qui s'attachent à un maître si méchant et si cruel, et qui, après avoir abandonné leur souverain bien par une extrême folie, ne soupirent qu'après les biens prescrits sans s'occuper de l'avenir, et en même temps qu'ils recherchent avec fureur les plaisirs de leurs corps, laissent périr leur âme d'inanition et dans le plus affreux dénuement ; je les compare volontiers à un homme qui fuit une licorne furieuse, et qui, ne pouvant soutenir le bruit même de ses affreux rugissements, prend une fuite précipitée dans la crainte qui le saisit de devenir sa proie. Mais tandis qu'il précipite sa course, voilà qu'il tombe dans un fossé profond, et tandis qu'il y roule, il s'accroche avec la main au tronc d'un arbre, qu'il saisit fortement ; puis s'aidant de ses pieds, il grimpe dans cet arbre et se croit désormais en sûreté. Mais tout-à-coup, regardant derrière lui, il aperçoit deux rats, l'un blanc et l'autre noir, qui rongent à qui mieux mieux l'arbre auquel il s'est accroché et sont sur le point de le couper par ses racines. Bien plus, jetant dans le fossé un regard scrutateur, il aperçoit au fond un énorme dragon dont les yeux lancent la flamme, et qui, le regardant d'un air furieux, brûle déjà de le dévorer. Regardant encore plus près de lui, et à l'endroit où ses pieds se sont accrochés, il aperçoit les têtes de quatre aspics qui s'avancent en dehors, du côté du fossé où il se tient toujours. Puis levant les yeux en haut, il voit quelque peu de miel dégoutter des branches de cet arbre où il est cramponné. Sans faire attention à l’extrême danger qu'il court, et auquel un instant de plus peut le faire succomber, menacé qu'il est en dehors du fossé par la licorne, qui déjà le dévore des yeux, dans le fossé lui-même par ce cruel dragon qui le regarde aussi comme sa proie, tandis que l'arbre auquel il se tient grimpé est sur le point d'être coupé par ses racines, et que l'endroit où ses pieds se sont arrêtés lui présente de nouveaux périls ; oubliant, dis-je, tous ces dangers, il s'occupe de goûte le miel dont la douceur présente un appât à sa sensualité. Voilà la figure exacte de ceux qui s'attachent aux biens séducteurs de ce monde, et voici l’explication que je vais vous en donner. Cette licorne est l'image de la mort, qui est continuellement à la poursuite des mortels et s'efforce les atteindre. Ce fossé, c'est le monde, qui renferme des pièges et des maux de toute espèce. Cet arbre que nous tenons des deux mains, et que deux rats sont occupés

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ronger par les racines, c'est la carrière que chaque homme doit parcourir, dont chaque nouveau jour et chaque nouvelle nuit emportent quelque chose, et dont bientôt il ne reste plus rien. Les quatre aspics désignent les quatre éléments qui entrent dans la constitution du corps de chaque homme, et dont le dérangement ou le défaut d'harmonie emporte la dissolution du corps lui-même. Ce dragon au regard enflammé et sanguinaire vous représente l'horrible gouffre de l'enfer, ouvert à tous ceux qui préfèrent les voluptés du siècle présent aux biens à venir. Ces quelques gouttes de miel sont l'image des fausses douceurs dont le monde se sert pour tromper ses partisans et les empêcher de pourvoir à leur salut. "

4. Ibidem, c. 13 : " Josaphat, charmé de cette parabole, dit au saint vieillard : " Qu'il y a de vérité et d’esprit dans tout ce que vous me dites ! Je vous prie donc de ne point vous lasser de me parler ainsi en figures, pour me faire bien comprendre ce que c'est que la vie présente et quels biens elle procure à ceux qui s'y attachent. " Le vieillard reprit alors en ces termes : " Ceux qui, épris de l'amour des plaisirs de cette vie et cédant à leur attrait, préfèrent ce qui n'est rien et qui ne dure qu'un instant à ce qui est immuable et qui durera toujours, ressemblent à un homme qui avait trois amis, dont deux lui inspiraient un tel attachement, qu'il aurait couru pour eux tous les dangers et les aurait défendus aux dépens de sa propre vie, mais dont le troisième au contraire lui était si peu agréable qu’il n'avait pour lui ni égard ni prévenances, et ne lui témoignait qu'une faible ou plutôt qu'une fausse amitié. Or, il se présenta un jour d'affreux gendarmes, chargés de le traîner sans délai aux pieds du roi, à qui il avait à rendre compte de dix mille talents qu'il lui devait. Ainsi réduit à l’extrémité, cet homme cherchait s'il trouverait quelqu'un qui pût lui être de quelque secours dans ce terrible compte à rendre à un puissant monarque. Il va donc trouver le premier et le plus cher de ses amis, et lui parle en ces termes : " Vous savez, mon cher ami, comment en mainte et mainte occasion je n'ai pas craint d'exposer ma vie pour sauver la vôtre. Mais aujourd'hui c'est moi que la nécessité oblige à implorer votre secours. Quel appui pouvez-vous donc me promettre ? et quel espoir puis-je mettre en vous ? " L'autre lui répond : " Je ne suis point votre ami, brave homme, et je ne sais qui vous êtes. J'ai bien d'autres amis avec qui je dois aujourd'hui me mettre en gaieté ; je ne veux plus d'autres amis que ceux-là.

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Je n'ai donc à vous donner que deux cilices, que vous pourrez porter dans votre voyage, et qui du reste ne vous seront d'aucun avantage ; vous n'avez rien de plus à attendre de moi. " Perdant ainsi tout espoir de ce côté, d'où il attendait le plus, il va à son second ami, et lui dit : " Veuillez vous rappeler en ce moment combien je vous ai toujours honoré et quels services je vous ai rendus. Mais tombé aujourd'hui dans un affreux malheur, c'est moi à mon tour qui ai besoin d'un appui. Dites-moi donc comment vous pourrez me venir en aide. " L'autre lui répond : " Aujourd'hui mes affaires m'empêchent absolument de m'occuper de la vôtre ; car je suis accablé d'occupations, et je ne sais comment y faire face. Je ferai pourtant avec vous quelque peu de chemin, quoiqu'après tout, cela ne doive vous servir de rien ; et puis, rentré chez moi, je me remettrai à mes affaires. " Ainsi notre homme s'en retourne les mains vides, destitué de tout appui, et s'en voulant lui-même de la vaine espérance qu'il avait placée dans d'ingrats et perfides amis, et de tant de peines inutiles qu'il s’était autrefois données pour eux. Il s'en va cependant trouver son troisième ami, dont il n'avait pas fait le moindre cas jusque-là, et qu'alors qu'il était heureux il n'avait jamais invité à entrer en part de ses joies. Tout honteux de son ancienne conduite à son égard et les yeux baissés vers la terre, il lui tient ce langage : " C'est à peine si j'ose ouvrir la bouche devant vous ; car je ne sais que trop que je ne vous ai jamais rendu de services et que je ne vous ai jamais montre d'amitié. Mais n'ayant trouvé dans l'affreux danger qui me presse aucune ressource auprès de mes autres amis, c'est à vous que j'ai recours, vous conjurant d'oublier mon ingratitude, et de ne pas me refuser le secours, si faible qu'il soit, que vous pourrez me prêter. " Cet ami lui répond alors d'un air gracieux. : " Vous pouvez compter sur mon amitié la plus sincère et pour prouver que je n'ai point oublié les services, si modiques qu'ils puissent être que vous m'avez rendus, je vais vous les rendre à mon tour avec usure. Bannissez donc toute crainte, car je vais prendre les devants, et prier le roi de ne pas vous livrer entre les mains de vos ennemis. Ainsi, mon cher, ayez bon courage, et ne vous laissez point abattre par le chagrin. " Alors cet homme, pénétré de componction et fondant en larmes, se dit à lui-même : " Malheureux que je suis, que dois-je regretter le plus, ou des prévenances que j'ai eues pour d'ingrats et faux amis, ou de mon ingratitude pour cet ami sincère ? " Josaphat, que tout ce

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récit avait captivé, en demandait l'explication. Barlaam lui dit alors : " Le premier de ces amis, c'est l'abondance et l'amour des richesses, qui sont si dangereuses pour l'homme, et la cause pour lui de tant de chagrins. Quand le jour de la mort est arrivé, cet homme n'emporte de toutes ces richesses que quelques linceuls, qui lui serviront pour sa sépulture. Le second de ces trois amis, c'est une femme et des enfants et. les autres proches, avec qui nous sommes tellement liés que nous pouvons à peine nous séparer d’eux, et que par amour pour eux nous négligeons le salut de notre corps et de notre âme. Or, quand nous nous trouvons au moment de la mort, aucun de ceux-là ne nous est de quelque secours, excepté qu'ils consentent à accompagner notre corps jusqu'à son tombeau ; après quoi, rentrés chez eux, ils s'occupent tout entiers de leurs propres affaires, sans plus penser à celui qui leur était autrefois si cher. Mais pour le troisième ami, celui à qui nous n'avions témoigné que de l'indifférence et du mépris, et qui maintenant encore nous inspire si peu de sympathie, c'est le concert des bonnes œuvres ou la réunion de toutes les vertus, telles que la foi, l'espérance, la charité, la miséricorde, la bénignité, vertus qui prennent le devant, lorsque notre âme quitte notre corps, pour plaider notre cause auprès de Dieu, et nous délivrer des mains de nos ennemis et de nos cruels bourreaux, qui nous attendent dans l'air pour nous faire rendre un compte sévère de nos actions, et nous revendiquer à eux s'il leur est possible. C'est là cet ami sincère vertueux et reconnaissant, qui n'oublie aucune des bonnes actions que nous avons pu faire, quelque peu considérables qu'elles aient été, et qui s'empresse de nous en récompenser avec usure. "

5. Ibidem, c. 14 : " Josaphat lui dit à son tour : " O le plus sage des hommes, Dieu veuille vous rendre heureux dans toutes vos entreprises ! Vos excellents discours ont porté la joie dans mon âme. Insistez donc avec moi sur le tableau que vous avez commencé à me faire de la vanité des choses du monde, et dites-moi la manière dont je dois m'y prendre pour vivre en paix et sans inquiétude. " Barlaam reprit ainsi son discours : " Ecoutez donc aussi à ce sujet la comparaison que je vais vous dire : J’ai entendu parler d'une grande ville dont les habitants étaient dans l'usage de choisir pour leur roi un étranger et un inconnu, qui ignorât complètement les coutumes du pays, de lui abandonner pendant une année l'administration de toutes leurs affaires, et de lui laisser pendant tout ce temps la liberté de faire d'eux tout ce

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qu'il voudrait. Mais ce temps écoulé, tandis qu'exempt de tous soins il passait tranquillement ses jours dans le luxe et la mollesse, et se flattait d'occuper le trône jusqu'à la fin de ses jours, ses sujets se soulevant tout-à-coup contre lui, le dépouillaient de ses habits royaux, et le réduisant à une honteuse nudité, le promenaient comme en triomphe par toute la ville, puis ils le reléguaient dans une grande île fort éloignée, où manquant de vêtements aussi bien que d'aliments, il avait à souffrir misérablement de la faim et de la nudité, de sorte que le bonheur inopiné dont il avait auparavant joui se changeait pour lui en un malheur non moins inattendu. Il arriva donc que les habitants de cette ville, toujours fidèles à leur antique usage, appelèrent une fois à régner sur eux un homme doué d'une grande pénétration d'esprit. Celui-ci ne se laissant point séduire par la bonne fortune qui lui était échue, et se gardant bien d'imiter l'imprudence de ceux qui avaient régné avant lui, et qui tous avaient fini d'une manière si misérable, cherchait avec sollicitude par quel moyen il pourrait mettre en sûreté ses propres affaires. Tandis qu'il était tout occupé de cette pensée, un sage conseiller le mit au courant de la coutume du pays, et lui apprit quel lieu lui était d’avance destiné pour son exil, lui donnant à entendre par-là ce qu'il avait à faire pour se mettre en sûreté. Une fois instruit de ce secret, et assuré qu'un jour viendrait où il serait relégué dans cette île en laissant à d’autre ce royaume comme il lui avait été laissé à lui-même, il ouvrit ses trésors, tandis qu'il en avait encore la libre disposition, et confiant à des serviteurs fideles une grande quantité d'or, d'argent et de pierres précieuses, il les chargea d'en faire le transport dans cette ile où il devait lui-même être envoyé plus lard. Quand l'année fut révolue, les habitants s'étant soulevés le dépouillèrent, et l'envoyèrent en exil comme ils avaient fait des autres rois. Il y trouva ses devanciers qui, moins sages que lui, se trouvaient réduits à une extrême misère à la suite de leur royauté, qui avait été si courte, tandis que lui-même, pour avoir envoyé devant lui ses richesses, pouvait passer le reste de ses jours dans une extrême abondance et dans le bonheur le plus complet, sans avoir plus rien à craindre de ses perfides sujets, et en n'ayant qu’à se féliciter du sage parti qu'il avait pris. Or bien, figurez-vous que cette ville vous représente le monde où nous sommes, et qui est si vain, si trompeur. Les habitants de cette ville, ce sont les démons, qui sont comme les princes du monde ou de ce siècle ténébreux, et qui, après

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nous avoir alléchés par les plaisirs qu'ils nous présentent, voudraient nous faire accroire que cet état fugitif de prospérité durera toujours, et nous bercent de l’espérance d'en recueillir perpétuellement les fruits. Après nous être ainsi laissé abuser sur notre avenir, tandis que nous éloignons de notre esprit la pensée de ces autres biens qui nous seraient assurés pour l'éternité, et que nous ne mettons rien en réserve pour ce dernier voyage qu'il nous faudra faire, nous nous trouvons tout-à-coup surpris par la mort. Et alors les perfides princes des ténèbres au service desquels nous aurons employés tous nos instants, nous dépouillant de tous les biens de la vie présente, nous entraînent dans des lieux ténébreux où le jour ne luit jamais, et où nous nous trouvons séparés de tous les vivants. Quant à ce bon conseiller, qui fait la révélation de tout à ce roi plus sage que les autres et lui donne un conseil si salutaire, représentez-vous que c'est moi-même qui, tout indigne que je suis de cette honorable mission, viens à vous pour vous montrer la voie sûr que vous avez à suivre, et vous conduire comme par la main vers ces biens éternels, où je vous engage à mettre toute votre espérance, en vous détachant de ce monde séducteur. Moi-même j’ai autrefois aimé ce monde, et misérable que j'étais, je prenais plaisir à ses saints divertissements. Mais ayant fait sagement réflexion à la manière dont tout se passe ici-bas, où les hommes se succèdent continuellement les uns aux autres, sans qu'aucun puisse y avoir une demeure assurée, où ni les riches ne peuvent compter sur leurs richesses, ni les puissants sur leur puissance, ni les sages sur leur sagesse, ni les heureux sur leur bonheur, ni les voluptueux sur la durée de leurs plaisirs, ni tous les autres sur les biens dont ils jouissent, mais où tout passe et s'écoule comme un torrent qui va se perdre dans la mer, j'ai compris bientôt qu'il n'y avait en tout cela que vanité sans aucun profit. "

On peut voir de plus, au chapitre VI de ce même ouvrage, la comparaison qu'on y fait d'un roi qui envoie la trompette de la mort à la porte de la maison de son frère qui l'avait repris d’être descendu de son char pour embrasser en qualité de héraut de la mort deux hommes qui s'étaient présentés à lui couverts de haillons.

6. S. JEROME, in caput I ecclesiastæ, sur ces paroles : Vanitas vanitatum, etc. : " Si tout ce que Dieu a fait est très-bon, comment se fait-il que tout soit vanité, et non-seulement vanité, mais encore vanité des vanités ? Expression qui a pour but de montrer combien cette vanité de toutes choses est absolue, de

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même que cette autre semblable, le Cantique des cantiques, a pour but de relever la sublimité de ce poème. A ce même sens reviennent ces paroles du Psalmiste : En vérité, tout homme qui vit sur la terre, et tout ce qui est dans l'homme, n'est que vanité (Ps. XXXVIII, 6). Si tout homme qui vit n'est déjà que vanité, tout homme mort est à coup sûr vanité des vanités. Nous lisons dans l'Exode (XXXIV, 30), que le visage de Moïse jetait un tel éclat, que les enfants d'Israël ne pouvaient le contempler en face. Et pourtant l'apôtre saint Paul soutient que cette gloire dont il éclatait n'était pas même une gloire en comparaison de celle de l'Evangile. Cette gloire de la loi, dit-il, n'était pas même une gloire, si on la compare à celle de l’Evangile (II Cor., III, 10). Nous pouvons donc dire de même que le ciel, la terre, la mer et tout ce qu'ils contiennent, sont des biens en eux-mêmes, mais qui sont comme rien si on les compare à Dieu. Et de même que la lumière d'une lampe suffit à nos besoins pendant la nuit, et que, le jour venu, son éclat disparaît devant celui du soleil ; que la lumière de ce dernier astre efface pareillement à nos yeux celle des étoiles, qui, dans une nuit profonde, nous paraissent pourtant si brillantes ; ainsi, à la vue de l'univers et de tant d'êtres variés qu'il contient, je m'extasie sur la grandeur de tous ces ouvrages ; mais considérant ensuite que tout cela n'est que passager, et que le monde tend vers sa fin, tandis que Dieu seul demeure toujours le même, je suis comme forcé de dire et de répéter : Vanité des vanités, et tout n'est que vanité. L’hébreu porte habel habalim pour ces mots vanitas vanitatum, que tous les interprètes grecs, à l'exception des Septante, ont rendus par ????? ????? ; que nous pourrions rendre nous-m?mes par vapeur légère ou souffle à peine sensible qui se dissipe en un instant. Ce mot vanité indique donc quelque chose de caduc. Car les choses visibles sont temporelles, comme dit l'Apôtre, au lieu que les invisibles sont éternelles (II Cor., IV, 48). Ou bien encore, parce que les créatures sont assujetties à la vanité, qu'elles soupirent et sont comme dans le travail de l'enfantement en attendant la manifestation des enfants de Dieu (Rom., VIII, 19-22), puisque ce que nous avons maintenant de science et de prophétie est très-imparfait (I Cor., XIII, 9). Tout n'est en effet que vanité, jusqu'à ce que tout soit amené à l’état parfait (ibid., 10). . . "

" Après avoir dit en général que tout est vanité, il en vient au détail, et commençant par les hommes, il fait voir combien sont

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vaines leurs diverses occupations, soit qu'ils se fatiguent à amasser des richesses, ou à élever des enfants, ou à briguer des honneurs, ou a bâtir des édifices, et que, surpris par la mort au milieu de leurs entreprises, ils entendent ces paroles leur être adressées : Insensé que tu es, on va te redemander ton âme cette nuit même ; et pour qui sera ce que tu as amassé (LUC, XII, 20) ? Surtout si l'on fait attention qu'ils n'emportent rien de tout le fruit de leurs travaux, mais qu'ils rentrent nus dans la terre d'où ils ont été tirés. "

7. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Lib. V, c. 2, in lib. I Regum : " Vanité des vanités, et tout n'est que vanité. Car, en comparaison des biens éternels, tout ce qui est temporel est vanité, même les biens. En effet, tout ce qui, dans ce monde, peut donner de la joie, nous procurer de l’élévation, nous mettre en un état prospère, est vanité, puisqu'il faut se donner tant de peine pour l'acquérir et puis le perdre au bout de si peu de temps. N'est-il pas d’expérience que ce qu'il y a de plus grand dans le monde tombe bientôt en ruine, que ce qu'il y a de plus beau ne tarde pas à se flétrir, et que le bonheur enfin, quel qu'il soit, s'envole rapidement ? C'est au moment où la fortune semble sourire le plus, où l'on paraît jeter le plus d'éclat dans le monde, que l'on voit tout-à-coup ses espérances détruites, tous ses projets renversés par un changement soudain, ou par une mort prématurée. Les joies du siècle ne sont donc que vanité et mensonge, puisqu'elles trompent ceux qui les recherchent en leur promettant d'être durables, tandis qu'elles ne font que passer. "

8. S. AUGUSTIN, Lib. II de Genesim contra Manichæos, c. 28 : " Rien n'est propre à retirer les hommes du péché comme la pensée d’une mort prochaine. "

9. Le même (Ou plutôt Eusèbe d’Emèse véritable auteur de ce sermon. V. NAT. ALEX., Hist. eccles., t. V), Serm. CXX de tempore : " C'est un mal sans remède que de lâcher tellement la bride à ses vices et à ses passions, qu'on oublie le compte qu'il faudra rendre à Dieu. Je regarde comme un des plus terribles châtiments du péché, ce malheur qu'a le pécheur d'oublier et de cesser de craindre le jugement à venir. . . . . Que personne de vous, mes bien-aimés, ne se repose trop sur ses sentiments actuels de piété ; que personne ne dise non plus dans son cœur : Je ne dois pas tant me troubler ou m'inquiéter du mauvais état de ma conscience, ni tant

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m'affliger de me voir coupable ; puisque le larron sur la croix a obtenu en un instant le pardon de ses crimes, je présume que les miens me seront pardonnés de même. D'abord il faut considérer dans ce larron, non pas simplement la brièveté de sa pénitence, mais surtout sa ferveur, et la difficulté du temps où il se trouvait, et où les justes eux-mêmes étaient ébranlés. Et puis, commencez par me montrer en vous-même une foi semblable à celle du larron, et je vous permettrai alors de vous promettre à vous-même un bonheur semblable au sien. C'est le démon qui vous inspire cette sécurité, afin de mieux vous perdre, et on ne saurait compter combien de personnes ont été victimes d'une semblable présomption. Que l'exemple de tant de monde que la mort a enlevé dans un moment ou, se flattant d'un aussi vain espoir, ils vivaient dans le désordre et dénués de bonnes œuvres, vous serve à vous guérir de cette persuasion. Mettons-nous tous les jours en garde contre une mort qui ne vise qu'à nous surprendre, qui nous viendra toujours au moment où nous nous y attendrons le moins, et sera pour nous un mal sans remède, et prévenons ce jour fatal avant qu'il nous prévient lui-même. C'est s'abuser soi-même et ne pas prendre la mort au sérieux, que de se dire : Peut-être qu'à la fin Dieu me pardonnera. Gardons-nous bien de tomber dans cette illusion : premièrement, parce qu'il est dangereux de compter sur une grâce aussi tardive ; ensuite, parce que c'est une extrême folie de renvoyer à la fin de la vie, à un temps où l'on sera devenu presque incapable de rien, l'affaire si importante de l’éternité. C'est une chose détestable aux yeux de Dieu, que de pécher avec plus de liberté parce que l'on compte sur une pénitence qu'on renvoie à la vieillesse. Il est difficile, croyez-moi, que ces artificieux délais vous obtiennent les moyens de faire une bonne mort. Auprès du scrutateur des cœurs, l'artifice ne sert de rien pour le salut. Le bon larron, dont nous parlions tout-à-l'heure, qui ne faisait plus le métier de se tenir en embuscade le long des chemins, mais qui était entré dans la voie royale en se tournant vers Jésus-Christ, qui n'aspirait plus à d'autre butin qu'à l'avantage de vivre éternellement, ni à d'autres dépouilles qu'à celles qu'il remportait sur l’enfer, n'avait point remis à dessein son salut à un autre temps, n'avait point par un calcul artificieux reculé sa conversion aux derniers moments de sa vie, n'avait point différé l’espérance de sa rédemption jusqu'à l'heure fatale où il n'y aurait plus pour lui d’espérance, puisque jusque-là il ne connais-

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sait ni Jésus-Christ ni sa religion. S'il l'avait connu, peut-être n'aurait-il pas été des derniers se ranger au nombre des apôtres, puisqu'il a été le premier à devenir héritier du royaume des cieux. Si donc il s'est rendu si agréable à Dieu, c'est que ce moment où il a embrassé la foi n'était pas le dernier par rapport à lui-même mais plutôt le premier de sa vocation. Nous devons, à son exemple, pourvoir à notre salut dès que nous nous sentons appelés et tous les jours nous tenir prêts ; régler tellement notre vie entière, que nous n'ayons rien qui nous gêne au moment de notre mort. Ayant sans cesse présent à l’esprit la pensée de notre fin dernière et du jugement qu'il nous faudra subir, écrions-nous sans cesse avec le bon larron : Souvenez-vous de moi, Seigneur, lorsque vous serez entré dans votre royaume (LUC, XXIII, 42). "

10. S. GREGOIRE-LE-GRAND, hom. XXXIX in Evangelia : " Les paroles qui suivent conviennent fort bien à une âme qui se perd : Au moins en ton jour (LUC, XIX, 42), ce jour présent où tu jouis de la paix. Le jour de l'âme pécheresse est le temps de cette vie où elle goûte une joie passagère. Et les choses dont elle jouit lui donnent la paix, parce qu'en mettant toute sa joie dans les choses de la terre, en établissant sa félicité dans les honneurs de ce monde, en s'abandonnant aux voluptés, en bannissant de son âme la crainte des châtiments futurs, elle jouit d'une fausse paix dans son jour, sans considérer le malheur effroyable de la damnation éternelle qui l’attend dans le jour à venir, qui ne sera plus le sien. Car elle sera affligée en ce jour futur, jour bien différent, qui sera le jour des joies des justes, et tout ce qui contribue maintenant à sa paix se changera pour elle en sujets de rage et de désespoir ; furieuse contre elle-même de n'avoir pas appréhendé durant sa vie la damnation où elle se verra précipitée, et d'avoir fermé les yeux pour ne pas voir les maux dont elle ne pourra plus désormais se garantir. "

" C'est pourquoi Notre-Seigneur dit à cette âme : Mais maintenant cela est caché à tes yeux. Car l'âme pècheresse qui est tout entière abandonnée aux choses présentes est comme absorbée dans les voluptés de la terre, se cache à elle-même les maux futurs, parce qu'elle craint de troubler sa joie présente par la prévoyance de l’avenir ; de sorte que, s'oubliant soi-même parmi les fausses douceurs et les trompeuses délices de cette vie, que fait-elle autre chose que se précipite dans les flammes éternelles ? De là vient qu'il est écrit : N'oubliez pas les maux dans le temps où vous jouissez des biens (Ecclé., XI, 27). Et saint Paul a

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dit aussi : Que ceux qui se réjouissent soient comme ne se réjouissant pas (I Cor., VII, 30) ; parce que, si nous avons en ce monde quelque sujet de nous réjouir, nous devons le faire avec une telle modération, que la pensée du jugement à venir ne sorte jamais de notre mémoire ; afin que l’âme étant ainsi pénétrée de la crainte de ce dernier examen de tous ses péchés, sa joie présente soit tempérée par la pensée de la sévérité du juge devant lequel il lui faudra comparaître. C’est encore pour cela qu'il est écrit : Bienheureux l’homme qui est toujours dans la crainte ; mais celui qui a le cœur dur tombera dans le mal (Prov., XXVIII, 14). Car le poids des châtiments du juge éternel sera d'autant plus intolérable qu'on l'aura moins redouté en s'abandonnant comme on le fait au péché. . . . . "

" Il faut savoir que la marque indubitable qui nous fera connaître si nous sommes véritablement instruits par les enseignements de la vérité, c'est que nous considérions avec une frayeur continuelle les maux à venir dont nous sommes menacés, selon ces paroles d'un ancien sage : Dans toutes vos actions, souvenez-vous de votre fin, et vous ne pécherez jamais (Ecclé., VI, 40). C'est pourquoi nous devons tous les jours méditer ces paroles de notre Sauveur : Au moins en en jour où tu jouis de la pais ; mais maintenant tout cela est caché à tes yeux. Car, pendant que ce souverain juge nous souffre encore, pendant qu'il retient encore sa main pour ne pas nous frapper, pendant qu'il nous accorde encore quelque délai, dans l'attente de la vengeance dernière, nous devons penser continuellement à ces maux effroyables qui nous menacent ; en y pensant, il faut gémir, et en gémissant, travailler à les éviter. Il faut sans cesse considérer nos péchés passés ; en les considérant, il faut les pleurer ; en les pleurant, il faut les effacer de notre âme. Et nous ne devons jamais nous abandonner sans mesure à la joie des prospérités temporelles, ni nous laisser éblouir par le faux éclat de quelques biens périssables, de crainte qu'après nous avoir aveuglés, ils ne nous fassent tomber dans les feux éternels. "

" Et en effet, si nous y pensons sérieusement, nous reconnaîtrons par les paroles mêmes de la vérité, quels seront un jour les reproches et la confusion dont il accablera ces âmes négligentes qui n'auront pas eu soin de prévenir les maux à venir. Au moins, leur dira-t-il, en ton jour où tu jouis de la paix ; mais maintenant tout cela est caché à tes yeux. Car nous devons considérer attentivement combien sera épouvantable pour nous

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l’heure de notre dernière séparation ; quelle sera pour lors la frayeur de notre esprit ; quel sera le souvenir des maux que nous aurons faits ; quel sera l'oubli de toute notre félicité passée ; de quelle appréhension nous serons saisis en présence de notre juge, et quelle sera la considération que nous ferons alors de ses jugements. " Voir plus haut, article de l'Extrême-Onction, question III, témoignage 6, t. III, page 155.

11. S. ISIDORE, Lib. III de summo bono, c. ultimo : " Malgré tout le désir que les saints ont d'être délivrés des misères de cette vie, et de sortir de la prison de leur corps, Dieu veut souvent qu'ils restent longtemps sur la terre, pour s'affermir de plus en plus dans la patience par une longue expérience des maux présents. Beaucoup n'ont que du dégoût pour la vie, et craignent cependant de mourir, comme la plupart le font bien voir lorsqu'ils se voient réduits à l'extrémité et c'est ainsi que par deux dispositions contraires, ils ont tout à la fois, et l'ennui de la vie et l'appréhension de la mort. Chacun doit se tenir continuellement sur ses gardes, et avoir toujours présent à l'esprit le terme de ses jours, afin que cette pensée l'invite à porter en haut ses regards, et à se défier des trompeuses caresses que lui fait le monde. Car il est écrit : Dans toutes vos actions souvenez-vous de vos fins dernières et vous ne pécherez jamais (Ecclé., VII, 40). L'heure de notre fin est incertaine, et la mort nous enlèvera au moment où nous y penserons le moins. Que chacun use donc de diligence, et prenne garde d'être surpris en état de péché, en sorte qu'il ne cesse de pécher qu'en cessant de vivre. Le diable, qui ne se lasse pas de nous pousser à notre perte, allume dans nos cœurs la flamme des vices, pour que, la mort venant à nous surprendre, il nous fasse partager ses tourments. Souvent des riches, tandis qu'ils sont tout fiers de leur puissance et tout enivrés de leur fortune, se voient enlevés à tous ces biens par une fin imprévue et précipités tout-à-coup au fond de l'enfer, pour y brûler éternellement dans les flammes. C'est d'eux que le Prophète a bien sujet de dire : Ils passent leurs jours dans les plaisirs, et en un moment ils descendent dans les enfers (JOB, XXI, 13). Le spectacle de la mort d'un impie, dont les exemples, tandis qu'il était vivant, ont peut-être été pour un grand nombre un moyen de séduction, est bien propre à ramener au bien, par la perspective de ses tourments, ceux qu'il a pu égarer. C’est ce qui a fait dire au Psalmiste : Le juste se réjouira en voyant la vengeance de Dieu contre les impies ; il lavera ses mains dans le sang du pécheur

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(Ps. LVII, 11). Les justes en effet lavent leurs mains dans le sang des pécheurs à la mort de ceux-ci, parce que la vue de ce qu'ils souffrent leur sert à eux-mêmes à purifier leur vie. Quand on a été témoin d'une fin si malheureuse, non-seulement on est frappé de terreur pour soi-même, mais encore on se sent porté à détourner les autres de les imiter. A leur dernier moment, les élus eux-mêmes sont saisis de frayeur, parce qu'ils ignorent si ce sont des récompenses qu'ils ont à recevoir, ou si ce ne seront pas plutôt des châtiments. Quelques-uns d'entre eux profilent de ce dernier moment qui leur reste pour se purifier de leurs moindres péchés, d'autres sont remplis de joie en ce moment même par la représentation qu'ils se font d'avance des biens éternels. Quelque saintement qu'on ait vécu dans ce monde, on peut craindre, quand on est au moment d'en sortir, qu'on n'ait mérité d'être puni dans l'autre vie. Car personne n'est sans péché, et ne saurait être sans inquiétude au sujet du jugement que Dieu portera sur lui, puisque nous aurons à rendre compte même des paroles inutiles qui nous auront échappées. Ce qui rend précieuse en particulier la mort des justes, c'est la paix dont leur âme jouit au moment de paraître devant Dieu, et qui leur donne le pressentiment d’être bientôt admis à la société des saints anges, puisque leur sortie de ce monde est mêlée de tant de douceurs. Quant aux méchants, ce sont les anges apostats qui les reçoivent à l'instant de leur mort, pour devenir désormais leurs bourreaux dans les supplices qu'ils auront à endurer, après avoir été leurs instigateurs dans tout le mal qu'ils ont commis. Bien que la piété nous fasse un devoir de pleurer à la mort des justes, la foi nous en fait un autre de ne pas nous désoler dans de telles occasions. Car ceux-là seuls ont une mort déplorable, que l'enfer engloutit à la fin de leur vie ; mais comment pourrait l'être la mort de ceux qui ne quittent le monde présent que pour être élevés au comble de la joie dans le séjour céleste ? "

12. S. BERNARD, Serm. I in festo omnium sanctorum : " Souvenez-vous dans toutes vos actions de vos fins dernières, et ne souffrez point que l'horreur de la mort, que le redoutable examen du jugement, que la crainte des supplices éternels, s'éloignent des yeux de votre cœur. Pensez à la misère de votre pèlerinage ; repensez aux années de votre vie dans l'amertume de votre âme ; souvenez-vous des dangers de la vie humaine et de votre propre fragilité : et si vous persévérez dans ces pensées salutaires, je vous assure que vous sentirez très-peu tout ce qui vous paraîtra

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fâcheux au dehors, lorsque votre cœur sera tout occupé de la considération de vos misères intérieures. Le Seigneur même ne permettra pas que vous soyez sans consolation ; car il est le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation (II Cor., I, 1) ; et il accomplira entièrement la promesse de la vérité : Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés (MATTH., V, 5). Vous connaîtrez encore que cette sentence s'accorde très-bien avec celle de Salomon, qui dit qu'il vaut mieux entrer dans une maison de deuil que dans une maison de festin (Eccles., VII, 3) (Cf. Sermons de saint Bernard sur les fêtes des saints, trad. de D. Ant. de Saint-Gabriel, p. 423-424). "

13. Le même, Serm. de primordiis, mediis et novissimis nostris ; voy. plus haut, question I, témoignage 1, page 3.

14. S. CHRYSOSTOME, Homélie XV au peuple d'Antioche : " Si la crainte n'était pas un bien, les pères ne donneraient pas des gouverneurs à leurs enfants, les législateurs ne donneraient pas des magistrats aux villes. Rien de plus affreux que l'enfer ; mais rien de plus utile que la crainte de l'enfer, puisqu'elle nous obtient la couronne du royaume céleste. Ou est la crainte, là ne se trouve pas l'envie ; où est la crainte, l'amour des richesses ne vient pas troubler l'âme ; ou est la crainte, la colère s'apaise, les mauvais désirs sont réprimés, les passions déréglées sont bannies ; et de même que, lorsqu'une maison est gardée sans cesse par une troupe de soldats, ni brigand, ni assassin, ni aucun autre malfaiteur n'ose en approcher ; ainsi, lorsque la crainte s'empare de nos âmes, aucune passion déshonnête n'y entre facilement, toutes s'enfuient et se retirent, chassées de tous côtés par la force impérieuse d’une frayeur salutaire : et ce n'est pas le seul avantage qu'elle nous procure ; nous en recueillerons un autre bien plus grand encore. Non-seulement elle chasse de notre cœur les passions criminelles ; mais elle y introduit aussi toutes les vertus avec une extrême facilité. Où est la crainte, se trouve l’empressement à faire l'aumône, la ferveur de la prière, les larmes sincère et abondantes, les gémissements pleins de componction. Non, rien ne consume plus parfaitement les péchés, rien ne fait plus accroître et fleurir la vertu que le sentiment d'une crainte continuelle : aussi est-on également éloigné, et de faire le bien lorsqu'on n’éprouve pas ce sentiment, et de faire le mal lorsqu'on l'éprouve. . . . . "

" Ecoulez Salomon raisonner sur cette même vérité. Salomon nourri dans les délices et revêtu du souverain pouvoir. Et que

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dit ce monarque ? Il vaut mieux aller dans une maison de deuil, que dans une maison où le riche content célèbre un festin (Ecclé., VII, 3). Comment ! que dites-vous ? Il vaut mieux aller dans un lieu qui n'offre que des larmes, des gémissements et des lamentations, des images de tristesse et de désespoir, que dans un lieu qui présente la joie des danses, le son des instruments, l'éclat des ris, une abondance de délices, et tous les plaisirs de la table ? Oui, sans doute. - Pourquoi cela ? - Pourquoi ! c'est que l'un engendre des idées licencieuses, et que l'autre fait naître de sages réflexions. . . Celui qui entre dans une maison de deuil pleure aussitôt le malheureux, qui n'est plus, quand même il serait son ennemi. Combien donc n'est-elle pas préférable à une maison où la joie éclate. Dans l'une l'ami même éprouve un sentiment d'envie, dans l'autre l'ennemi même verse des larmes. Mais n'est-ce pas une disposition infiniment agréable à Dieu que de ne pas nous réjouir du malheur des personnes qui nous ont fait du mal ? Nous tirons encore du spectacle que nous offre une telle maison d'autres avantages qui ne sont pas inférieurs à ces premiers. On se rappelle ses fautes, on songe au tribunal redoutable devant lequel tous les hommes doivent paraître et au compte qu'ils doivent y rendre : eût-on essuyé de la part des hommes une infinité de maux, eût-on dans sa maison mille chagrins, on en remporte chez soi le remède ; on pense que bientôt on sera soi-même dans un semblable état, que les plus fiers y seront aussi, que toutes les choses présentes, agréables ou fâcheuses, sont passagères : on dépose donc tout sentiment de tristesse, d'envie, de haine ; et, déchargé de ce fardeau, on revient chez soi plus libre et plus léger. Dès-lors on devient plus doux, d'une humeur plus facile, on se montre plus honnête et plus sage, parce que la crainte des châtiments futurs est entrée dans notre âme, et qu'elle y a consumée toutes ces épines. Pénétré de cette vérité, Salomon disait qu'il vaut mieux aller dans une maison de deuil que dans la maison d'un riche qui célèbre un festin. L'âme trouve dans l'une le calme et le repos ; elle n'emporte de l'autre que des soucis et des peines : l'une produit l'orgueil, et l'autre au contraire produit la crainte, source et principe de toute vertu. Si la crainte n'était pas un bien, le Fils de Dieu ne parlerait pas si souvent des peines et des supplices de l'autre vie. La crainte est pour nous un rempart assuré et une tour inexpugnable (Cf. Homélies, etc., de saint Jean Chrysostôme, trad. par l'abbé Auger, t. Ier, p. 120-125). "

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15. Le même, Hom. II in Epist. II ad Thessalonicenses : " Que la perspective du royaume de Dieu nous excite à faire le bien. Il est vrai qu'une âme généreuse qui a une charité mâle, n'a pas besoin, pour s'animer la vertu, soit de la crainte des supplices, soit de la pensée du royaume qui lui est offert, et qu'il lui suffit pour cela de penser à Jésus-Christ, comme faisait saint Paul. Mais nous, qui sommes plus faibles, animons-nous du moins la pratique du bien par la considération du bonheur du ciel et des peines de l'enfer, et que ce double motif nous engage à établir une salutaire réforme dans nos cœurs. Si quelque chose en ce monde vous paraît grand et beau, pensez au royaume des cieux, et ce qui avait d'abord captivé votre admiration vous paraîtra moins que rien. S'il se présente au contraire à vos regards quelque chose de propre à vous effrayer, pensez à l'enfer, et ce qui vous avait paru si effrayant, vous ne ferez plus qu'en rire. Si vous sentez s'allumer en vous une passion impure, pensez aux feux éternels, pensez à la frivolité, ou pour mieux dire, à la nullité du plaisir qui se trouverait pour vous dans le péché lui-même. Car si la seule crainte des lois humaines est si puissante sur nos esprits, qu'elle nous contient et nous empêche de faire le mal, combien ne devra pas être plus puissante la pensée des maux de l'autre vie, de ces supplices éternels, de ces feux qui ne s'éteindront jamais ? Si la crainte d'un roi mortel suffit pour prévenir tant de crimes, combien ne devra pas être plus efficace la crainte du roi éternel ? "

" Mais comment pourrons-nous entretenir continuellement en nous cette crainte ? Ce sera en faisant de l’Ecriture sainte le sujet habituel de nos méditations ou de nos lectures. Car si la seule vue d'un homme mort frappe si vivement nos esprits, quel effet ne produira pas sur nous la représentation que nous nous ferons des supplices de l'enfer, et de ces feux qui ne s'éteignent point, et de ce ver qui ne meurt point ? Si nous pensions toujours à l'enfer, nous n'y tomberions pas si facilement. C'est pour ce motif que Dieu nous en fait si fréquemment la menace. Si la pensée de l'enfer ne nous était pas avantageuse, Dieu ne nous la rappellerait pas comme il le fait sans relâche ; mais comme il connaît la puissance qu'un tel souvenir exerce sur nos esprits, il ne cesse de nous le rappeler, pour qu'il serve de remède aux maux de nos âmes. "

" Gardons-nous donc bien de négliger l'avantage qui nous reviendra de ce souvenir ; mais qu'il nous accompagne partout,

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dans nos repas du matin comme dans ceux du soir. Les conversations de plaisir ne sont d'aucune utilité à notre âme, et ne font au contraire que l'énerver ; au lieu que des entretiens graves et sévères corrigeront notre mollesse, et réprimeront en nous les mauvais désirs. Les récits que nous faisons, ou qu'on nous fait à nous-mêmes, des bouffonneries de théâtres, ne nous rapportent d'autre profit que d'allumer en nous des flammes impures, que de nous rendre plus hardis à commettre le mal. Ou bien encore, si c'est la conduite des autres qui fait la matière de nos entretiens, nous trouverons souvent notre perte dans cette curiosité. Mais celui qui s'entretient de l'enfer n'a rien à craindre de fâcheux de pareils propos qu'il tiendra : ils ne serviront qu'à le rendre plus réservé. "

" Il y a quelque chose de pénible dans ces entretiens, dites-vous. Mais quand vous ne parleriez jamais de l'enfer, votre silence en éteindrait-il les feux ? ou si vous en parlez, en brûleront-ils davantage ? Hélas ! que vous en parliez ou que vous n'en parliez pas, ces flammes seront toujours les mêmes. Croyez-moi, parlez-en toujours, afin de n'y tomber jamais. Il est presque impossible de se laisser aller à commettre le péché quand on s'occupe continuellement de l'enfer. Ecoutez l’Ecriture : Souvenez-vous de ce qui pourra vous arriver à la fin de votre vie, et vous ns pécherez jamais (Ecclé., VII, 40). Il ne peut se faire qu'une âme qui a l'appréhension du compte qu'il lui faudra rendre n'y regarde pas à deux fois au moment de commettre quelque action mauvaise : un tel souvenir, se représentant à sa pensée, ne lui permettra pas de rien faire qu’un monde corrompu puisse seul approuver. Et si un simple entretien sur l'enfer suffit pour nous rendre si humbles et si timorés, le souvenir continuel que nous en aurons ne devra-t-il pas purifier nos cœurs à l'état du feu le plus ardent ? "

" Pensons au royaume du ciel, mais moins encore qu'à l'enfer. La crainte et les menaces font pins d'effet sur les esprits que les promesses. Je connais maintes personnes qui ne tiendraient nul compte des biens qu'on leur promet, si elles n'avaient à envisager en même temps les maux qu'elles ont à craindre ; et moi aussi, je serais content, si je n'avais aucune peine, aucun supplice à endurer. "

" Je vous le répète, mes frères, nul de ceux qui ont toujours l'enfer devant les yeux ne tombera dans l'enfer ; comme aussi nul de ceux qui s'en moquent actuellement n'évitera d'y tomber un jour. Jugez-en par ce qui se passe ici-bas. Ceux qui méprisent

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la justice, et ses lois, et ses supplices, ne manquent guère de se les attirer, et ceux au contraire qui les craignent, ce sont ceux-là qui y échappent. Il en sera de même de l'enfer. Si les Ninivites n’eussent appréhendé la destruction de leur ville, elle leur serait arrivée très-certainement ; mais comme ils l'ont appréhendé, ils n'en ont point éprouvé le malheur. Si les hommes qui vivaient du temps de Noé avaient eu peur du déluge, ils n'en auraient point été victimes ; et si les Sodomites avaient eu peur des feux du ciel, ils n'en auraient point été dévorés. "

" C'est un grand mal que de mépriser les menaces. Quand on les méprise, on ne tarde pas à en éprouver les effets. Rien ne saurait donc nous être plus avantageux que de nous entretenir de l'enfer. Des entretiens de cette nature purifient plus nos âmes que ne peut le faire le feu sur l'argent le plus épuré. Aussi voyez ce que disait le prophète David : Vos jugements sont toujours devant mes yeux (Ps. XVII, 33). Jésus-Christ aussi, dans l'Evangile, nous parle fréquemment de l'enfer : car, quoique ces sortes de sujets ne soient pas agréables, il n'en est pas moins utile de s'en occuper. "

" C'est ce qui est vrai en général de toutes les choses vraiment salutaires, et vous ne devez pas en être étonnés : car les remèdes et les médicaments font d'abord peine aux malades, mais ensuite ils leur donnent la santé. Que si nous ne pouvons supporter les noms mêmes de ces peines, comment supporterons-nous ces peines elles-mêmes ? Si nous ne pouvons souffrir qu'on nous parle du feu de l'enfer, n'est-il pas visible que dans une persécution, si l'on nous présentait le fer et le feu, nous ne pourrions en soutenir l'épreuve ? Accoutumons nos oreilles à ne pas montrer tant de délicatesse. Cette mollesse même nous rendrait ces maux inévitables. Si nous étions accoutumés à occuper notre esprit de choses terribles et effrayantes, nous nous accoutumerions aussi à les endurer. Mais si nous sommes tellement énervés que nous ne puissions en supporter le nom seul, que ferons-nous en présence des choses elles-mêmes ?. . . "

" C'est pourquoi le Sage nous donne cet avis important : Que tous vos entretiens soient sur la loi du Très-Haut (Ecclé., IX, 25). "

" Je vous en conjure donc, mes frères, du moment où vous retirez vos enfants de nourrice, ne les occupez point de contes ridicules. Qu'ils apprennent dès ce premier âge qu'il y a un jugement, qu'il y a un enfer, et qu'ils se pénètrent de componction à ces pensées. Si cette crainte s'enracine dans leurs âmes,

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elle leur procurera de grands avantages. Quand l'esprit aura été imbu dès le jeune âge de ces vérités qui l'humilient, il ne sera pas aisé dans la suite d'en perdre la crainte ; mais dompté pour ainsi dire, par la pensée de l'enfer, on réglera tous ses pas comme un coursier devenu docile ; on ne dira, on ne fera rien que de raisonnable, et ni la jeunesse, ni les richesses, ni l'indépendance où l'on se trouvera par suite de la mort d'un père ou d'une mère, ni autres choses semblables qui perdent tant de jeunes gens, ne pourront occasionner notre perte, tant cette pensée, suffisante pour écarter de nous tous les dangers, sera fortement imprimée dans notre esprit. "

" Réglons donc au moyen de ces graves entretiens notre personne même en premier lien, puis nos femmes, nos enfants, nos domestiques, nos amis, et si cela se peut aussi, nos ennemis. Ainsi couperons-nous racine à bien des péchés. Il est toujours plus avantageux de s'occuper de matières tristes, que de sujets divertissants. . . "

" Je vous le dis encore une fois, mes frères ne fuyons point la pensée de l'enfer, et ce sera pour nous fuir l'enfer. N'ayons point d'horreur de graver dans notre mémoire ces effroyables supplices, pour n'être point un jour précipité dans ces supplices. Si le mauvais riche dont il est parlé dans l'Evangile avait eu présente à l’esprit la pensée de ces feux, il n'aurait pas commis les péchés qui les lui ont fait encourir ; mais pour ne s'être jamais occupé l'esprit de ces flammes dévorantes, il a fini par en devenir victime. "

" N'est-ce pas un effroyable aveuglement, chrétien lâche et indigne de ce nom, que d'avoir à paraître tôt ou tard devant le tribunal de Jésus-Christ, et de vous entretenir continuellement de toute autre chose que de cette affaire ? Si vous aviez un procès à soutenir devant un juge, ne fût-ce comme il arrive souvent, que pour des choses de rien, vous y penseriez la nuit et le jour, vous en parleriez toute heure et à tout instant ; ce serait l'unique sujet de tous vos entretiens comme de toutes vos pensées : et lorsqu'il s'agit pour vous de rendre compte de toute votre vie, et de subir un jour le châtiment de tout le mal que vous aurez fait, vous ne souffrez pas même que les autres vous fassent souvenir de ce jugement, ni du juge devant qui vous aurez à paraître ? "

" N'est-ce pas là aussi la source de tous nos maux, que tandis que, si nous avons quelque affaire temporelle à débattre

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devant des hommes comme nous, il n'y a point de mouvements que nous ne nous donnions, point d'amis que nous ne sollicitions, point d'instants dans la journée ou dans la nuit que nous n'y pensions, point de moyens de succès que nous ne mettions en œuvre lorsqu'il s'agit au contraire de paraître bientôt peut-être devant le tribunal de Jésus-Christ, nous ne fassions rien ni par nous-mêmes, ni par les autres, nous n'ayons pas même recours aux prières pour nous rendre notre juge favorable ? Et cependant, comme il prolonge les délais avant de nous juger ! Comme, tant il est éloigné de vouloir nous surprendre au milieu de nos désordres, il nous donne dans sa clémence tout le temps nécessaire pour nous en corriger ! comme il n'omet rien dans sa bonté de ce qui dépend de lui pour nous ménager notre conversion ! Mais nous nous rendons tout inutile, et nous nous attirons par notre insouciance un châtiment qui n'en sera que plus terrible. "

" Ah! que Dieu détourna de nous un si grand malheur ! Commençons maintenant du moins à rentrer en nous-mêmes. Ayons l’enfer devant les yeux ; pensons à ce compte redoutable qu'il nous faudra rendre ; afin que, sans cesse occupés de ces pensées, nous nous détournions du vice, nous pratiquions la vertu, et puissions ainsi obtenir les biens que Dieu a promis à ceux qui l'aiment (Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, t. XI, p. 519-522), édit. de Montfaucon ; Homélies ou Sermons de saint Jean Chrysostôme, trad. de Sacy et de Fontaine, t. VI, p. 130-137). "

46. S. AUGUSTIN, Tract. IX in Epistolam I Joannis : " Dès que l'on commence à croire au jour du jugement, on commence aussi à le craindre : et tant qu'on le craint, on ne l'attend pas avec confiance, et par conséquent on n'a pas une charité parfaite. Ce n'est pas qu'il faille pour cela désespérer qu'elle ne le devienne : car puisque c'est le commencement, pourquoi désespérer de la fin ? Quelqu'un demandera peut-être quel est ce commencement. Je lui répondrai : C'est la crainte. Ecoutez l'écrivain sacré : Le commencement de la sagesse, c'est la crainte du Seigneur (Ecclé., I, 16). Nous voyons en effet que celui qui craint le jour du jugement commence à corriger ses mœurs et à se tenir en garde contre ses ennemis, c'est-à-dire contre ses péchés. Cette crainte fait revivre en lui l'homme intérieur, fait mourir les membres de l'homme terrestre, en lui faisant pratiquer ce que dit l'Apôtre : Faites mourir en vous les membres de l'homme terrestre (Col., III, 8). Ce que l'Apôtre appelle les membres de

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l'homme terrestre, ce sont les vices principaux auxquels les hommes sont sujets sur la terre ; car il nomme aussitôt l'avarice, l'impudicité, et les autres péchés dont il fait l'énumération. A mesure que celui qui a commencé de craindre le jour du jugement fait mourir en lui les membres de l'homme terrestre, il y fait revivre et y fortifie les membres de l'homme céleste qui sont les bonnes œuvres ; et mesure que ces membres de l'homme céleste revivent et se fortifient, l'homme commence à désirer ce qu'auparavant il avait si fort raison de craindre. Car il craignait que Jésus-Christ ne vînt pour le condamner comme pécheur ; au lieu que maintenant il désire qu'il vienne pour le récompenser comme juste. Lorsque l'âme, comme une chaste épouse de Jésus-Christ, s'est mise une fois à désirer la venue de ce divin époux, elle ne soupire plus qu'après ses caresses ; elle renonce à toutes les affections par lesquelles elle lui avait été infidèle ; et par cet heureux changement, la foi, l’espérance et la charité la rétablissent dans l’état de virginité dont elle était déchue. . . "

" La crainte ne se trouve pas dans la charité (I JEAN, IV, 18). Que dire donc de celui qui craint le jour du jugement ? Nous dirons qu'il ne le craindrait pas, si sa charité était parfaite. Car la charité parfaite le rendant parfaitement juste, il n'aurait rien à craindre ; au contraire, il aurait toute raison de désirer que l'iniquité ait son terme et que le règne de Dieu arrive. La crainte ne se trouve donc pas dans la charité. Mais dans quelle charité ? Ce n'est pas dans celle qui n'est que commencée, mais dans celle qui est parfaite. Aussi notre Apôtre ajoute-t-il ? Mais la charité parfaite chasse la crainte. Commençons donc par craindre Dieu, puisque l'Ecriture nous avertit que c'est là le commencement de la sagesse. La crainte prépare en quelque sorte l'habitation à la charité. Mais quand la charité est une fois entrée dans un cœur, la crainte lui cède la place et se retire. Car plus la charité fait de progrès, plus la crainte s'affaiblit, plus la charité pénètre avant dans nos cœurs, plus elle en éloigne la crainte. La crainte diminue à proportion que la charité augmente ; la crainte augmente à proportion que la charité s'affaiblit. Cependant, si nous n'avions pas du tout de crainte, la charité ne trouverait pas d'ouverture pour entrer dans notre cœur, comme nous voyons que dans les ouvrages de broderie on fait entrer la laine, ou la soie dans le canevas au moyen d'une aiguille qui pénètre la première dans le canevas, puis en sort pour faire place à la

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laine ou à la soie qui y pénètre à son tour. C'est ainsi que la crainte se saisit la première de l'âme ; mais ce n'est pas pour y demeurer : car elle n'y est entrée que pour y introduire la charité (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean et sur l'épître aux Parthes, t. IV, p. 276-284). "

17. Le même, in Ps. CXXVII : " Ce n'est pas en général toute sorte de crainte que la charité bannit selon le témoignage de saint Jean. Car le psaume (XVIII, 10) dit formellement : La crainte du Seigneur qui est chaste subsiste dans les siècles des siècles. Il y a donc une crainte qui subsiste ; il y en a une autre qui est expulsée. La crainte qui est expulsée n'est point chaste ; celle qui subsiste l'est. "

" Quelle est la crainte qui est bannie ? Ecoutez ceci, je vous prie. Il y en a qui n'ont point d'autre crainte que celle de souffrir ici quelque mal, de tomber dans quelque maladie, d'endurer quelque perte, de perdre quelque enfant ou quelque ami, d'aller en exil, d'être condamné à la prison, de souffrir quelque affliction semblable. Ces maux leur donnent de la crainte, et les font trembler. Cette crainte n'est pas encore une crainte chaste. Allons plus loin. Un autre ne craint peut-être pas les maux de ce monde ; mais il craint l'enfer dont Jésus-Christ nous menace, comme vous l'avez entendu dans l'Evangile : Le ver qui les ronge, a-t-il dit, ne mourra point, et le feu qui les brûle ne s'éteindra point. Quand les hommes entendent des paroles si terribles, comme ils savent que ces choses arriveront très-certainement aux méchants, ils sont saisis de crainte, et s'abstiennent de pécher. Il est vrai qu'ils ont la crainte ; mais ils n'aiment pas encore la justice. Cependant, en s'abstenant de pécher même par motif de crainte, ils s'habituent à la justice ; ce qui leur paraissait dur leur devient aimable ; insensiblement ils s'affectionnent Dieu, et ils commencent à bien vivre, non plus parce qu'ils craignent la peine, mais parce qu'ils aiment l’éternité. Ainsi la charité a banni la crainte ; mais à cette crainte qui est bannie, en succède une autre qui est chaste. . . C'est celle qui a l'amour pour principe. Cette autre crainte qui n'est pas encore chaste craint la présence du Seigneur et ses châtiments. On fait par crainte le bien que l'on fait, non par crainte de perdre le souverain bien que vous savez, mais par crainte de souffrir les maux que vous savez aussi. Ce qu'on craint, ce n'est pas d'être

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privé de la douceur ineffable des embrassements du divin époux, mais c'est d'être jeté dans les flammes de l'enfer. Il est vrai que cette crainte aussi est bonne, elle est utile ; mais elle ne subsistera pas de siècle en siècle : ce n'est point là cette crainte chaste qui subsistera toujours (Cf. Sermons de saint Augustin sur les Psaumes, t. VI, p. 557-561). é

18. Le même, Serm. XIII de verbis Apostoli, c. 13 : " Ne nous conduisons donc plus avec crainte, mais avec amour ; non plus comme des esclaves à l’égard de leurs maîtres, mais comme un fils à l'égard de son père. Car celui qui ne se conduit bien que par la crainte du châtiment, n'aime pas Dieu, ne mérite pas d'être complu au nombre de ses enfants ; Dieu veuille cependant qu'il ait du châtiment une véritable crainte. La crainte convient à l'esclave, l'amour à celui qui est libre ; et pour ainsi parler, la crainte est l’esclave de l'amour. Pour que le démon ne se rende pas maître de votre cœur, que l’esclave en garde l'entrée, et en assure ainsi la possession à son maître. Agissez, je le veux, par crainte du châtiment, si vous n'êtes pas encore capable d'agir par amour de la justice. Le maître une fois venu, l'esclave pourra se retirer ; car l'amour parfaitement établi chasse la crainte. (I JEAN, IV, 18). "

19. Le même, Serm. XIX de verbis Apostoli, c. 8 : " Quand vous me dites : Je crains l'enfer, je crains de brûler, je crains d'être puni éternellement, devrai-je vous répondre que vous craignez mal à propos, que vous craignez vainement ? C'est ce que je n'oserais faire, puisque Notre-Seigneur lui-même n'a voulu substituer à la crainte qu'une autre crainte : Ne craignez pas, a-t-il dit, ceux qui tuent le corps, mais qui après cela ne peuvent plus faire d'autre mal ; craignez plutôt celui qui peut précipiter le corps et l'âme dans l'enfer : oui, je vous le déclare, craignez celui-ci (MATTH., X, 28 ; LUC, XII, 4-5). Puis donc que Notre-Seigneur nous a proposé et si fortement inculqué ce motif de crainte, en ajoutant même à ce qu'il nous a dit des paroles de menaces, puis-je, moi, vous dire que vous craignez sans raison ? Je ne saurais vous le dire. Craignez, oui, craignez ; point de crainte mieux placée que celle-là ; point de chose que vous deviez craindre davantage. Mais, je vous demanderai : Si Dieu ne vous voyait pas quand vous êtes à faire quelque action, et que vous n’eussiez à craindre d'être déféré par personne à son tribunal, feriez-vous cette action ? Examinez-vous vous-même là-dessus. Car vous

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n'avez pas à répondre à chacune de mes paroles ; soyez vous-même votre examinateur. Feriez-vous cette action ? Si vous vous répondez à vous-même que vous la feriez, c'est donc le châtiment que vous craignez, et non la chasteté que vous aimez ; vous n'avez donc pas encore la charité ; votre crainte est servile ; c'est la peur que vous avez du mal, et non l'amour que vous avez du bien. Mais cependant craignez, afin que cette crainte vous serve de sauvegarde et qu'elle vous initie à l'amour. Car cette crainte que vous avez de l'enfer et qui vous empêche de faire le mal vous retient du moins, et s'oppose à ce que vous commettiez le péché vers lequel le penchant vous entraîne : la crainte est comme une garde placée à l'entré de notre cœur, comme un moniteur chargé de nous rappeler les prescriptions de la loi ; c'est la lettre qui menace, et non encore la grâce qui vient en aide. Que cette crainte cependant vous serve de sauvegarde, en vous retenant sur le point de faire le mal ; mais que la charité vienne ensuite : à mesure que la charité entrera dans votre cœur, la crainte en sortira. La crainte vous empêchait de faire même ce qu'autrement vous auriez voulu faire ; la charité vous empêchera de faire la même chose, quand même vous pourriez la faire impunément. "

20. Le même, Lib. de sanctâ virginitate : " La crainte ne se trouve point avec la charité ; mais, comme dit l'Apôtre, la charité parfaite expulse la crainte (I JEAN, IV, 18) ; je veux dire toutefois la crainte des hommes, et non la crainte de Dieu ; la crainte des maux temporels, et non celle du jugement final. Prenez garde de vous élever, mais tenez-vous dans la crainte (Rom., XI, 20). Aimez la bonté de Dieu, craignez sa justice : ces deux motifs vous interdisent également d'être orgueilleux. Car si vous aimez, vous avez à craindre d'offenser grièvement celui que vous aimez et qui vous aime. Eh ! quelle offense plus grave pourriez-vous commettre, que de vous rendre coupable d'orgueil devant celui qui, par amour pour vous, s'est exposé à tant de mauvais traitements de la part des orgueilleux ? "

21. Le même, Serm. CCXIV de tempore, c. 1 : " En redoutant le châtiment dont Dieu menace le pécheur, on s'accoutume à aimer la récompense qu'il promet au juste ; et c'est ainsi que la crainte du châtiment contribue à l'amendement des mœurs. La bonne conduite produit à son tour la bonne conscience, et la bonne conscience finit par dissiper la crainte du châtiment. Sachons donc le redouter, si nous voulons n'avoir pas à le redouter. Sa-

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chons trembler à temps, pour n'avoir plus à trembler dans la suite ; car, comme l'a dit saint Jean, la crainte ne se trouve pas dans la charité, mais la charité parfaite expulse la crainte. C'est là un mot plein de sens et de vérité. Si donc vous ne voulez pas de la crainte, voyez auparavant si vous avez cette charité parfaite qui expulse la crainte. Que si au contraire vous vous débarrassez de la crainte avant d'avoir cette charité parfaite, vous avez dès-lors l'orgueil qui enfle, au lieu de la charité qui édifie. Car de même que, quand on est en bonne santé, on chasse la faim non par le dégoût qu’on témoigne pour les aliments, mais au contraire par l'usage qu'on en fait, ainsi, quand on a une bonne conscience, on chasse la crainte non par la vanité, mais par la charité parfaite. "

22. S. BERNARD, Serm. II in die apostolorum Petri et Pauli : " Etudions-nous, mes frères, à vivre de la vie des justes ; mais souhaitons encore davantage de mourir de leur mort. Aussi la sagesse préfère-t-elle les derniers temps des justes, en nous jugeant, comme elle veut le faire, dans le lieu où elle nous trouvera. Il est certainement tout-à-fait nécessaire que la fin de cette vie présente soit unie au commencement de la vie future : car la dissemblance de l'une avec l'autre serait trop insupportable ; et, pour me servir d'une comparaison très-commune, de même que celui qui voudrait coudre ou lier deux ceintures ensemble tâche de rendre uniformes les deux bouts qu'il faut joindre, afin qu'ils soient plus propres à cette union, sans se mettre fort en peine des autres parties ; de même quelque spirituelle que paraisse notre conduite pendant la vie, si la fin doit en être charnelle, elle ne pourra s'ajuster avec cette vie spirituelle, et la chair et le sang ne pourront jamais posséder le royaume de Dieu (I Cor., XV, 50). Mon fils, dit le Sage, souvenez-vous de vos fins dernières, et vous ne pècherez jamais (Ecclé., VII, 40) ; parce qu'en effet ce souvenir rend une âme extrêmement timorée, et la crainte bannit le péché et ne tolère point la négligence. "

" C'est là aussi ce qui faisait dire à Moïse de quelques-uns : Plût à Dieu qu'ils fussent sages, et qu'ils eussent l'intelligence et la prévoyance de leurs dernière fins (Deut., XXXII, 29). Dans ces paroles je remarque trois vertus qui nous sont particulièrement recommandées, la sagesse, l'intelligence et la prévoyance ; vertus qu'il me semble pouvoir rapporter à trois temps différents, de sorte que nous pouvons par elles retracer en nous une certaine image de l’éternité, en réglant le présent avec sagesse, en jugeant le passé avec intelligence, et en nous assurant par pré-

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voyance le bonheur de notre avenir. En ces trois points, en effet, je vois l'abrégé et la perfection de toute notre conduite spirituelle, qui consiste à disposer sagement notre vie actuelle, à nous rappeler le passé dans l'amertume de notre cœur, et à donner tous nos soins à la prévoyance des choses futures. Vivons dans ce siècle, dit l'Apôtre, avec sobriété, avec justice, avec piété (Tite, II, 12) ; en sorte que la sobriété soit gardée dans le temps présent, que les temps passés qui se sont écoulés sans aucun fruit de salut soient rachetés par une satisfaction salutaire, et que nous opposions le bouclier de la piété aux périls qui nous menacent pour l'avenir. Aussi n'y a-t-il que la piété qui soit propre à toutes choses (I Tim., IV, 8) ; la piété qui n'est autre chose que le culte humble et dévot que nous rendons Dieu ; et nous ne pouvons pas pourvoir comme il faut à nos fins dernières à moins de penser sérieusement et continuellement à tous les dangers dont nous sommes menacés et d'apprendre par ce moyen à nous méfier de notre vertu et de nos mérites, et à nous confier avec une piété sincère et une intention pure en la seule protection de Dieu, de qui vient toute grâce et tout don parfait (JAC., I, 7), aussi bien que la consommation de notre bonheur et la mort précieuse qui est l'objet de nos désirs. "

" Ces trois choses nous ont été spécialement recommandées par le Sauveur, dans le sermon des huit béatitudes qu'il fit à ses disciples : Heureux les pauvres, heureux ceux qui sont doux, heureux ceux qui pleurent (MATTH., V, 3 et s.). Heureux ceux qui goûtent les choses de l'autre vie, et qui méprisent celles de la vie présente par le grand désir qu'ils ont des biens célestes. Heureux ceux qui pensent à leurs fins dernières, qui reçoivent avec douceur la parole intérieure destinée à sauver leurs âmes (JAC., I, 21), et dont le cœur n'aspire qu'à l'héritage éternel. Heureux ceux qui, réfléchissant sur leurs premiers égarements, ne cessent de laver leur couche de leurs larmes. Voyez-vous ce que le saint prophète désire ce qu'il souhaite d'obtenir à ceux pour qui il prie ? Plût à Dieu qu'ils fussent sages, qu'ils eussent l'intelligence et la prévoyance de leurs fins dernières ! Comme s'il disait en termes moins obscurs : Plût à Dieu qu'ils eussent l'esprit de sagesse, d'intelligence et de conseil ! Dieu veuille, mes frères, que ces dons se trouvent en nous, que nous disposions doucement toutes nos affaires par notre sagesse, que nous condamnions par notre intelligence nos péchés passés, et qu'un bon conseil nous fasse pourvoir à notre salut à venir. Dieu veuille que nous soyons sages

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pour régler notre conduite en cette vie, que nous concevions la vérité des choses pour nous reprendre de notre vie passée, et que par la vivacité de notre foi nous puissions obtenir de la divine miséricorde l'heureux accomplissement de tous nos désirs. C'est ce triple bien qui nous fera parvenir au salut éternel : une vie réglée, un jugement équitable, et une foi pieuse et sincère (Cf. Les Sermons de saint Bernard sur les fêtes des saints, trad. de D. Ant. de Saint-Gabriel, p. 188-192). "

23. Le même, Epist. CCXCII, à un homme du monde qui avait tâché de détourner son parent du dessein d'embrasser la vie religieuse : " Plût à Dieu que vous eussiez la sagesse et l'intelligence, et que vous prévissiez a quoi tout se terminera, que vous eussiez de la sagesse pour les vérités divines, de l'intelligence pour les vanités du monde, et de la prévoyance pour les maux à venir ! Vous auriez horreur des supplices de l'enfer ; vous soupireriez après les délices du ciel, et vous mépriseriez tout ce qui se voit ici-bas (Cf. Les lettres de saint Bernard, traduction de Villefore, tome II, p. 311-312). "
 
 

Question VII

A quoi peut se réduire toute la doctrine contenue dans cet ouvrage ?

Cet ouvrage tout entier se réduit à ces deux choses : LA SAGESSE ET LA JUSTICE CHRETIENNES. A la sagesse appartiennent les chapitres de la foi et du symbole de la foi, de l’espérance et de l'oraison dominicale, de la charité et du décalogue. Car la foi, l'espérance et la charité sont les trois vertus dans lesquelles, comme l'a remarqué saint Augustin, les saintes Ecritures font consister la vraie sagesse de l'homme. A ces chapitres nous avons joint ceux des commandements de l’Eglise et des sacrements. Car, comme les vertus dont nous venons de parler ne sauraient subsister sans le recours aux sacrements et l'observation des commandements de l'Eglise, la fidélité au contraire à ces mêmes devoirs contribue admirablement à nous procurer ces mêmes vertus, à nous y affermir, à nous en faciliter le progrès et à nous y perfectionner. C'est ainsi que nous avons employé toute la première partie de cet ouvrage à traiter de ce qui concerne la sagesse chrétienne.

La seconde, qui a la justice pour objet, nous montre dans un rapide tableau le développement de ses deux principales fonc-

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ctions, qui sont, d'un côté la fuite du mal, et de l'autre la recherche et la pratique du bien. Car, comme le dit saint Chrysostôme, il ne nous suffit pas pour obtenir notre salut de nous abstenir du mal, si nous n'avons soin en même temps de faire le bien et de pratiquer la vertu. A ces deux principales divisions nous avons rattaché certains chapitres qui peuvent plus particulièrement concerner, soit le mal à éviter, soit le bien à faire. Tobie, ce personnage aussi sage que vertueux, exprime succinctement tous les devoirs auxquels peut s'étendre la vertu de justice et qui en font le prix, lorsqu'il donne l'avis suivant à son fils, et dans sa personne à tous les enfants de Dieu : Ne craignez point, mon fils, nous menons à la vérité une vie pauvre, mais nous n'en serons pas moins riches, si nous craignons Dieu, si nous nous tenons éloignés de tout péché et que nous fassions de bonnes œuvres. Ainsi apprenons-nous à connaître l'ensemble des obligations du chrétien, qui ne se bornent pas à la pratique de la vertu de foi, mais qui exigent de plus la conformité de la vie entière aux principes de la sagesse et de la justice chrétiennes. Le cœur sage et intelligent, nous dit l'Ecriture, s'abstiendra du péché, et il réussira dans les œuvres de justice.

Toutefois, pour ne pas dépasser les bornes étroites que nous nous sommes prescrites, terminons ici cet ouvrage destiné à l'instruction des fidèles, et particulièrement de ceux d'entre eux qui ont le plus besoin d'instruction. Nous conclurons tout ce que nous avons dit par ces belles paroles de l'Ecclésiastique qui devraient être comme le cachet de toute la vie humaine : Craignez Dieu et gardez ses commandements ; car c'est là tout l'homme.

O Dieu, soutenez et amenez à sa perfection ce que vous avez fait en nous.

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TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Psaume XXXIII, 15 ; voir plus haut, chapitre des péchés, question I, témoignage 2, t. III, page 352.

2. Psaume XXXVI, 27 ; voir ibidem, témoignage 4.

3. TOBIE, IV, 23 ; comme dans le corps de la réponse.

4. Ecclésiastique, III, 32 ; comme dans le corps de la réponse.

5. Ecclésiaste, XII, 13 ; comme dans le corps de la réponse.

6. Psaume LVII, 26 ; comme dans le corps de la réponse.
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Lib. II Retractationum, c. 63 ; comme plus haut, chapitre de la Foi et du Symbole, question II, témoignage 1, t. I, p. 5.

2. Le même, Enchiridion, c. 2 ; v. ibidem, témoignage 2 de la tradition.

3. Le même, ibidem, c. 3 ; v. ibidem, témoignage 3.

4. S. CHRYSOSTOME, in Psalmum IV, passage rapporté plus haut, chapitre des Péchés question I, témoignage 2, t. III, p. 353.

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APPENDICE

AU

PRECIS DE LA DOCTRINE CHRETIENNE,

OU

TRAITE DE LA CHUTE DE L’HOMME.

ET DE SA JUSTIFICATION
 
 

SUIVANT LA DOCTRINE ET D’APRES LES PAROLES MEMES DU CONCILE DE TRENTE.


CHAPITRE I.

DE L’ETAT PRIMITIF ET DE LA CHUTE DU PREMIER HOMME.

" Adam, notre premier père, ayant transgressé le commandement de Dieu dans le paradis où il avait été placé, perdit aussitôt la sainteté et la justice qui jusque-là avaient fait sa gloire ; et de plus, par cette prévarication dont il se rendit coupable, il encourut la colère et l'indignation de Dieu, et par une suite naturelle la mort dont il avait été d'avance menacé ; en même temps il devint captif du démon, qui depuis a eu l'empire de la mort. Enfin, par cette funeste désobéissance, Adam se trouva déchu de tous ses privilèges tant du corps que de l'âme. " é Concile de Trente, session V, canon 1.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Genèse, II, 15-17, 25 : " Le Seigneur prit donc l'homme, et le mit dans le paradis de délices, afin qu'il le cultivât et le gardât. - Il lui fit aussi ce commandement, et lui dit : Mangez de tous les fruits des arbres du paradis ; - mais ne mangez point du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal. Car du jour où vous en mangerez, vous mourrez très-certainement. - Or, Adam et sa femme étaient alors tous deux nus, et ils n'en rougissaient point. "

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2. Ibidem, III, 6-24 : " La femme considéra donc que le fruit de cet arbre était bon à manger, qu'il était beau et agréable la vue. Et en ayant pris, elle en mangea, et en donna à son mari qui en mangea aussi. - En même temps leurs yeux furent ouverts à tous deux ; ils reconnurent qu'ils étaient nus, et ils entrelacèrent des feuilles de figuier, et s'en firent de quoi se couvrir. - Et comme ils entendirent la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le paradis après midi, dans le moment où il se levait un vent doux, ils se retirèrent au milieu des arbres du paradis, pour se cacher de devant sa face. - Alors le Seigneur Dieu appela Adam, et lui dit : Où êtes-vous ? - Adam lui répondit : J'ai entendu votre voix. dans le paradis, et j'ai eu peur, parce que j’étais nu : c'est pourquoi je me suis caché. - Le Seigneur lui repartit : Et d'où avez-vous su que vous étiez nu, sinon de ce que vous avez mangé du fruit de l'arbre dont je vous avais défendu de manger ? - Adam lui répondit : La femme que vous m'avez donnée pour compagne m'a présenté du fruit de cet arbre, et j'en ai mangé. - Le Seigneur Dieu dit à la femme : Pourquoi avez-vous fait cela ? Elle répondit : Le serpent m'a trompée, et j'ai mangé de ce fruit. - Alors le Seigneur Dieu dit au serpent : Parce que tu as fait cela, tu es maudit entre tous les animaux et toutes les bêtes de la terre. Tu ramperas sur le ventre, et tu mangeras la terre tous les jours de ta vie. - Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre sa race et la tienne. Elle te brisera la tête, et tu tâcheras de la mordre par le talon. - Dieu dit aussi à la femme : Je vous affligerai de plusieurs maux pendant votre grossesse. Vous enfanterez dans la douleur ; vous serez sous la puissance de votre mari, et il vous dominera. - Il dit ensuite à Adam : Parce que vous avez écouté la voix de votre femme, et que vous avez mangé du fruit de l'arbre dont je vous avais défendu de manger, la terre sera maudite à cause de ce que vous avez fait, et vous n'en tirerez qu'avec beaucoup de travail de quoi vous nourrir pendant toute votre vie. - Elle vous produira des épines et des ronces, et vous vous nourrirez de l'herbe de la terre. Vous mangerez votre pain à la sueur de votre visage, jusqu'à ce que vous retourniez en la terre d'où vous avez été tiré ; car vous êtes poussière, et vous retournerez en poussière. - Et Adam donna à sa femme le nom d'Eve, parce qu'elle était la mère de tous les vivants. - Le Seigneur Dieu fit aussi à Adam et à sa femme des habits de peaux, dont il les revêtit. - Et il dit : Voilà Adam

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devenu comme l'un de nous, sachant le bien et le mal. Empêchons donc maintenant qu'il ne porte sa main à l'arbre de vie, qu'il ne prenne aussi de son fruit, et qu'en mangeant il ne vive éternellement. Le Seigneur Dieu le fit sortir ensuite du jardin délicieux, pour travailler à la culture de la terre d'où il avait été tiré. - Et l'en ayant chassé, il mit des chérubins devant le jardin de délices, qui faisaient étinceler une épée de feu, pour garder le chemin qui conduisait à l'arbre de vie. "

3. Epître aux Romains, V, 12 : " Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché ; ainsi la mort est passée dans tous les hommes par ce seul homme en qui tous ont péché. "

4. Epître aux Hébreux, II, 14 : " Comme donc les enfants sont d'une nature mortelle composé de chair et de sang, c'est pour cela que lui-même a pris aussi cette même nature, afin de détruire par sa mort celui qui avait l'empire de la mort, c'est-à-dire le démon. "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Cité de Dieu, livre XIV, c. 17 : " Ils étaient nus et n'en rougissaient pas ; non que cette nudité leur fût inconnue, mais elle n'était pas encore honteuse. Alors la concupiscence ne sollicitait pas les organes malgré la volonté ; alors la chair par ses révoltes ne se levait pas en témoignage contre la désobéissance de l'homme ; car ils n'avaient pas été créés aveugles, comme le vulgaire ignorant se l'imagine. L'homme voit les animaux et les nomme ; la femme voit que le fruit défendu est un aliment agréable au goût et aux yeux. Leurs yeux étaient donc ouverts, excepté sur ce point. Rien n'avait appelé leur attention sur ce voile dont la grâce les couvrait, quand les membres ne savaient pas encore résister à la volonté. Cette grâce se relire ; la désobéissance est le châtiment de la désobéissance ; il se produit dans les mouvements du corps quelque chose de lubrique autant que de nouveau, et leur nudité leur devient une honte ; leur attention s'éveille, ils demeurent confus. Et c'est pour cela que l’Ecriture ajoute, après le récit de cette éclatante transgression du commandement divin : " Et leurs yeux s'ouvrirent, et ils connurent qu'ils étaient nus ; et ils entrelacèrent des feuilles du figuier, et s'en firent une ceinture. " Leurs yeux s'ouvrirent, dit la Genèse non pour voir, car ils voyaient dès auparavant ; mais pour distinguer entre le bien dont ils étaient déchus

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et le mal où ils étaient tombés. Aussi cet arbre même dont le fruit prohibé devait amener cette funeste connaissance, s'appelait-il l'arbre de la science du bien et du mal. Car l'épreuve douloureuse de la maladie rend plus sensible le charme de la santé. Ils connurent donc qu'ils étaient nus ; c'est-à-dire que, dénués de cette grâce qui avait voilé jusque-là à leurs propres yeux la nudité de leurs corps, où la loi du péché ne soulevait encore aucune révolte contre l'esprit, ils connaissaient ce qu'ils auraient été plus heureux d'ignorer, si, fidèles et obéissant à Dieu, ils n'eussent point commis le crime qui leur fît goûter les fruits amers de l'infidélité et de la désobéissance (Cf. La Cité de Dieu, t. II, trad. de M. Moreau, p. 338-340). "

2. Le même, de Genesi ad litteram, lib. VI, c. 26 : " L'Apôtre dit aux Ephésiens (IV, 21-22) qu'ils ont appris, selon la vérité de la doctrine de Jésus-Christ à dépouiller le vieil homme selon lequel ils ont vécu dans leur première vie, qui se corrompt en suivant l’illusion de ses passions. Par le vieil homme il entend Adam, qui avait perdu par le péché la vigueur de la jeunesse. Remarquez donc bien ces paroles qui suivent : Renouvelez-vous dans l'intérieur de votre âme, et revêtez-vous de l'homme nouveau, qui a été créé selon Dieu dans une justice et une sainteté véritable (ibid. 23-24). Voilà ce qu'Adam avait perdu par le péché. "

3. Ibidem, c. 27 : " Notre renouvellement consiste donc à recouvrir ce qu'Adam avait perdu, c'est-à-dire la sainteté intérieur de l'âme. Quant à notre corps, qui est mis en terre comme un corps animal, et qui ressuscitera avec les qualités d'un corps spirituel (I Cor., XV, 44), le renouvellement qui s'y fera nous mettra dans un état meilleur que n'a jamais été jusqu'ici celui d'Adam. L'Apôtre dit encore : Dépouillez le vieil homme avec ses œuvres, et revêtez le nouveau, qui se renouvelle pour connaitre Dieu selon l’image de celui qui l'a créé (Col., III, 9-10). C'est cette image imprimée dans l'intérieur de l'âme qu'Adam a perdue par le péché, et que nous recouvrons par la grâce de la justification ; et non les qualités spirituelles et le privilège d'immortalité qu'auront les corps de tous les saints après la résurrection, mais que n'a jamais eu jusqu'ici le corps d'Adam. Car la justice et la sainteté intérieure de l'âme est ce qu'Adam a principalement perdu par son péché. "

4. Le même, in Concione ad Catechumenos contra Judæos, Paganos et Arianos, c. 2 : " Le diable voyant le premier homme que

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Dieu avait créé, je veux dire Adam, le père de nous tous, fait à l'image de Dieu quoique tiré du limon de la terre, avec la chasteté pour ornement, la tempérance pour règle, la charité pour soutien, l'immortalité pour vêtement ; le diable, dis-je, jaloux, de voir que l'homme, quoique tiré de la terre, avait reçu de Dieu ce que lui-même, tout ange qu'il était, avait perdu par son orgueil, jura la perte de ceux dont il enviait le bonheur, et parvint à dépouiller nos premiers parents de tous ces inestimables avantages, que dis-je ? causer leur entière ruine. Car ayant une fois fait perdre à l'homme d'aussi grands biens que le sont la chasteté, la tempérance, la charité, l'immortalité, et l'avoir réduit à un état honteux de nudité, il l'enchaîna dans son esclavage en lui donnant par dérision quelques haillons, et s'attacha par ce même moyen toute sa postérité. Ce sont en effet de bien vils haillons que ceux que reçu Adam, lorsque dépouillé par le diable de sa chasteté, il prit à la place l'impudicité, l’intempérance à la place de la tempérance, la méchanceté la place de la charité, et à la place de l'immortalité la mort même. Quelle différence entre ce qu'il a perdu et ce qu'il a reçu Or, tels sont les haillons misérables que le premier homme a transmis à sa postérité. "

5. S. FULGENCE, évêque de Ruspe, Lib. de incarnatione et gratiâ Domini nostri Jesu Christi, c. 12 : " Quiconque ne veut pas porter en vain, ou pour mieux dire, à sa propre condamnation, le nom de chrétien, doit croire fermement que notre Dieu, c'est-à-dire la sainte Trinité, qui est un seul Dieu véritable et souverain, avait donné au premier homme, en le créant bon par un effet de sa bonté toute gratuite, et en le formant à son image avec la faculté de le connaître et de l'aimer, non-seulement une volonté tournée vers le bien, mais de plus un libre arbitre constitué dans toute son intégrité, dans toute sa force, pour se maintenir dans l'état de justice, afin de lui accorder dans la suite par bonté la vie éternelle pour récompense, si lui-même n'abusait pas de sa liberté en se rendant infidèle à la grâce dont il empruntait le soutien, ou de lui faire subir un juste châtiment, s'il perdait sa grâce en perdant la crainte de sa justice. Le Créateur infiniment bon et infiniment juste imposa donc à l'homme, qu'il avait enrichi, sous la grossière enveloppe d'un corps animal, du don d'intelligence et de justice, cette équitable condition que, s'il gardait l'obéissance, cette vertu la première de toutes, son corps, sans éprouver la mort, parce que son âme n'aurait pas perdu

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son innocence, passerait de l’état animal, dans lequel il avait été créé à un état spirituel et immortel, de sorte que, s'il avait observé la défense qui lui avait été intimée, il aurait reçu de la libéralité divine non-seulement le don d'une immortalité parfaite et inamissible, mais encore, par rapport à son âme, la grâce de vivre si saintement et si justement, qu'il en vînt ne pouvoir plus pécher, dès qu'il n'aurait pas péché tandis qu'il en avait le pouvoir. Le premier homme ayant donc été créé de terre, et par conséquent à l'état terrestre, reçu une grâce à l'aide de laquelle il aurait été dans l'heureuse impuissance de pécher, si lui-même n'avait pas voulu pécher, sans que cependant il eût déjà reçu la grâce encore plus grande de ne vouloir ni pouvoir pécher ; dernier don que le Seigneur bon et juste se réservait de lui accorder, s'il usait bien de ce premier par une obéissance toute volontaire. Mais si l'homme ne se mettait pas en peine d'obéir à un commandement si plein de bonté comme d'équité, alors, outre la mort de l'âme qu'il se donnait lui-même par son péché, il encourait la mort corporelle avec tous les maux de la vie présente, et pour n'avoir pas voulu conserver dans son cœur l'heureux état de justice, il devait n'être pas laissé toujours libre de mener une vie licencieuse dans une chair de péché, mais être réduit à la juste nécessité de mourir dans son corps même après s'être causé volontairement la mort spirituelle par la transgression coupable d'un précepte salutaire. "

6. Ibidem, c. 13 : " En péchant comme il l'a fait, lui qui avait été créé exempt de toutes nécessités de cette espèce, l'homme a perdu, avec la santé de l'âme, la pensé même des choses de Dieu. Il a oublié de manger son pain (Ps. CI, 5), et s'est vu dépouillé du vêtement de la foi, couvert des plaies que lui ont faites les passions charnelles, tellement asservi sous l’empire du péché qu'il ne pouvait plus avoir même un commencement de bonne volonté que par un don tout gratuit de la divine miséricorde ; esclave du péché, par-là même qu’il avait voulu être libre à l’égard de la justice (Rom., VI, 20) ; étranger par conséquent à la justice, par une suite nécessaire de ce qu'il s'était volontairement assujetti sous le joug du péché. "

7. S. BERNARD, Serm. I de Annuntiatione beatæ Mariæ : " Il me semble, mes très-chers frères, que l'homme a été revêtu de quatre principales vertus dès le premier commencement de sa création, et que ç'a été là le vêtement de salut dont parle le prophète ; car c'est à proprement parler dans ces quatre vertus que le salut

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consiste, et sans ces quatre vertus réunies il serait impossible de l'obtenir, d'autant plus que, séparées les unes des autres, elles cesseraient d'être de véritables vertus. "

" L'homme en cet état avait donc reçu la miséricorde comme sa gardienne et sa suivante, afin qu'elle marchât devant lui et qu'elle le suivît, qu’elle le défendît et le protégeât en tous lieux. Voyez un peu quelle nourrice Dieu a choisie à son enfant, et quelle suivante il a donné l'homme nouvellement venu au monde. Mais il lui fallait encore un précepteur comme à une créature noble et raisonnable, qui ne devait pas être simplement gardée à la façon des bêtes mais dont l’éducation devait être soignée comme celle d'un enfant extrêmement chéri. Or, il ne pouvait pas s'en trouver d'autres plus propres pour cet office que la Vérité même qui devait le conduire infailliblement à la connaissance de la souveraine vérité ; et, pour qu'il ne fût pas du nombre de ceux qui sont savants à faire le mal, et qu'il ne tombât point dans le péché en se contentant de connaître le bien sans songer à le pratiquer, il reçut la justice pour se laisser conduire par elle dans toutes ses actions. Enfin la main bienfaisante du Créateur ajouta la paix à ses autres dons, afin que cette vertu maintînt l'homme dans la joie ou dans le sentiment de son bien-être ; mais une paix double, exempte à la fois des peines intérieures et des combats à livrer au dehors, qui empêche à la chair de se révolter contre l'esprit, et qui n'eût rien à craindre de quelque créature que ce fût. Et en effet ce fut lui qui donna son gré aux diverses espèces d'animaux les noms qu'elles portent ; et de là vient que le serpent lui-même n'osant s'attaquer a lui à force ouverte, ne songea qu'à le tromper par artifice. Que manquait-il donc à celui qui étai gardé par la miséricorde, instruit par la vérité, gouverné par la justice et conservé par la paix ? "

" Mais hélas ! cet homme, pour son malheur et dans sa folie, descendit de Jérusalem à Jéricho et tomba entre les mains des voleurs, qui le dépouillèrent de tout ce qu'il possédait. En effet, celui-là n'était-il pas dépouillé qui se plaignait d'être nu lorsque Dieu vint le chercher ? Mais il ne pouvait être revêtu ni reprendre les habits qu'on lui avait ôtés, à moins que Jésus-Christ ne se dépouillât des siens propres : car, comme il n'a pu recevoir de nouveau la vie de l'âme que par la mort corporelle du Sauveur, il n'a pu également être revêtu que par sa nudité. Et voyez, s'il vous plaît, si ce n'est point à cause de ces quatre vertus qui

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composaient le vêtement que le premier ou le vieil homme avait perdu, que la robe du second ou du nouvel homme fut divisé par les soldats, et en autant de parties. Peut-être me demanderez-vous quelle est cette robe sans couture qui n'est point divisée, et qui a été tirée au sort. Pour moi, je crois que c'est l'image de Dieu, qui n'est point simplement rattachée ou cousue, mais qui est imprimée si intimement dans la nature même, qu'elle ne peut être divisée ou en être séparée seulement à demi. C'est ainsi que l'homme a été fait à l'image de Dieu : à son image, par la puissance de son libre arbitre, et à sa ressemblance par les vertus qui lui furent communiquées. La ressemblance, il est vrai, a été détruite par le péché ; mais si l'homme est passé d'un état à un autre, l'image cependant est restée. Cette image pourra bien subir le feu de l'enfer ; mais elle n'en sera point consumé : elle pourra être rougie par le feu, mais sans jamais être réduite en cendres. Cette image n'est point partagée, mais elle est donnée au sort : elle accompagnera l'âme partout où l'âme se trouvera. Il n'en est pas de même de la ressemblance : car elle ne subsiste qu'autant que l'âme se conserve dans la vertu ; mais l'âme au contraire s'abandonne-t-elle au péché, la ressemblance aussitôt disparaît, ou si vous l'aimez mieux, l'âme n'est plus semblable qu'aux animaux sans raison. "

" Cependant, comme nous avons dit que l'homme a été dépouillé des quatre vertus qu'il avait reçue dans sa création, il peut être à propos d’expliquer de quelle manier il a été dépouillé de chacune d'elles. Il est certain que l'homme a perdu la justice, lorsqu'Eve se laissa séduire par le serpent, et qu'Adam se rendit plutôt à la voix de sa femme qu'à celle de son Dieu. Il leur restait toutefois une ressource dont il ne tenait qu'à eux de faire usage, et Dieu lui-même semblait la leur indiquer par l'examen qu'il faisait devant eux de leur action ; mais ils ne voulurent point la mettre à profit, aimant mieux chercher des paroles de malice pour trouver des excuses à leur péché. En effet, la justice a deux parties : la première est de ne point pécher, et la seconde est de condamner son péché par la pénitence. "

" Secondement, l'homme perdit la miséricorde, lorsqu'Eve se laissa tellement emporter par sa passion, qu'elle n'eut aucun égard ni à ses propres intérêts ni à ceux de son mari et de ses futurs enfants, les engageant tous avec elle dans une malédiction épouvantable et dans la nécessité de mourir. Adam même exposa sa femme, qui l'avait lait pécher, à tous les traits de l'indignation

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de Dieu, en se cachant comme derrière elle pour s'y soustraire lui-même. "

" La femme, dit l’Ecriture, vit le fruit de l'arbre, qui était extrêmement agréable à voir, et de très-bon goût à manger ; et elle avait écouté le serpent, qui lui avait assuré qu'ils deviendraient comme des dieux. C'est un triple cordon bien difficile à rompre, que celui que forment la curiosité, la volupté et la vanité jointes ensemble ; et c'est là tout ce que le monde a de plus fort : la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l'orgueil de la vie. Ce fut aussi par ces trois choses que notre cruelle mère se laissa attirer et séduire en se dépouillant pour sa race de tout sentiment de miséricorde. Adam, à son tour, après avoir montré une fausse compassion pour sa femme en s'associant à son péché, refusa d'avoir pour elle une compassion véritable et qui lui eût été avantageuse, en ne voulant pas se charger de porter à sa place la peine que tous les deux avaient méritée. "

" En troisième lieu, Eve fut privée de la vérité lorsqu'elle dénatura ces paroles que Dieu lui avait dites : Vous mourrez certainement, et qu'elle dit en affaiblissant ces même paroles : De peur que nous ne mourions ; et lorsqu'ensuite elle ajouta foi au serpent, qui l'assurait du contraire et qui lui disait : Très-certainement vous ne mourrez point. Adam fut aussi dépouillé de la vérité, lorsqu'il eut honte de la confesser, et qu'il aima mieux se cacher sous des feuilles, c'est-à-dire, sous des excuses frivoles et grossières. Car voici ce que la Vérité même dit dans l'Evangile : Si quelqu'un rougit de moi devant les hommes, je rougirai de lui devant mon père (LUC, IX, 26). "

" Enfin, ils perdirent tous deux la paix, parce que, comme dit le Seigneur, il n'y a point de paix pour les impies (ISAIE, XLVIII, 22 ; LVII, 21). Et en effet, n'eurent-ils pas l'expérience d'une loi contraire dans leurs membres, par la honte qu'ils ressentirent de leur nudité ? Je vous ai craint, dit Adam au Seigneur, parce que j'étais nu (Gen., III, 10). Mais, misérable que vous êtes, tout-à-l'heure vous n'aviez pas cette crainte, et vous ne cherchiez pas de feuilles pour vous couvrir, quoique votre corps fût nu dès-lors comme il l'est à présent (Cf. Sermons de saint Bernard sur les fêtes des saints, p. 94-100). "

8. S. PHOSPER, contra Collatorem, c. 21 : " Adam avait la science du bien, tant qu'il restait fidèlement soumis au commandement divin, et qu'il conservait en lui l'image de son créateur avec le

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souvenir de sa loi juste et sainte. Mais quand une fois il se fut asservi à son séducteur, lui, l'image et le temple de son Dieu, il perdit la science du bien, parce qu'il n'avait plus la conscience d'y être fidele. Son iniquité lui fit perdre l'état de justice ; son orgueil détruisit en lui l'humilité ; la concupiscence lui ravit sa continence, son infidélité lui enleva le don de la foi, et sa captivité lui fit perdre sa liberté : aucune vertu ne pouvait plus trouver place dans un cœur où avaient fait irruption tant de vices à la fois. Car personne ne peut servir deux maîtres (LUC, XVI, 13), et celui qui commet le péché est esclave du péché (JEAN, VIII, 34) ; enfin, on devient esclave de celui par qui on s'est laissé vaincre (II PIERRE, II, 19). Mais personne ne devient esclave d'un côté, sans devenir libre de quelque autre, comme personne n’est libre sans contracter quelque servitude, comme le fait entendre l'Apôtre par ces paroles : Lorsque vous étiez esclaves du péché vous étiez libres à l'égard de la justice. Quel fruit retiriez-vous donc de ces désordres dont vous rougissez maintenant, puisqu'ils n’ont pour fin que la mort ? Mais à présent étant affranchis du péché et devenus esclaves de Dieu, votre sanctification est le fruit que vous en tirez, et la vie éternelle en sera la fin (Rom., XI, 20-22). Celui donc qui se fait l'esclave du diable, s'affranchit à l'égard de Dieu. "

9. Le concile de Milève, canon 1 : " Voici donc ce qui a été décrété par tous les évêques présents à cette sainte assemblée : Quiconque dira qu'Adam a été fait homme mortel, en sorte que, soit qu'il péchât ou qu'il ne péchât point, il dût mourir, c'est-à-dire sortir du corps, non pas en punition de son péché mais par la nécessité de sa nature, qu'il soit anathème (Ce canon, aussi bien que presque tous les autres de ce second concile de Milève, sont les mêmes que ceux du concile de Carthage de l'an 418. Voir le Dictionnaire universel des conciles, tome Ier, col. 514 et 1317.). "

10. S. AUGUSTIN, lib. XIII de Civitate Dei, c. 12 : " Ainsi, quand on demande de quelle mort Dieu menaça les premiers hommes, pour le cas où ils transgresseraient le commandement qu'il venait de leur imposer, ou qu'ils ne lui garderaient pas l'obéissance ; si c'est de la mort de l'âme, ou de celle du corps, ou de celle de l'homme entier, ou enfin de celle qu'on nomme la seconde mort, il faut répondre : De toutes ces sortes de morts ; car la premier comprend celle de l'âme et celle du corps, la seconde les comprend toutes. Toute la terre se compose de plusieurs terres, toute l'Eglise de plusieurs Eglises ; ainsi la mort en

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son entier résulte de toutes les morts réunies. Si donc la première mort en comprend deux, celle de l’âme et celle du corps, quand l'âme, sans Dieu et sans le corps, est livrée aux souffrances d'une expiation temporaire ; la seconde mort, c'est l'âme séparée de Dieu et réunie à son corps pour souffrir éternellement. Donc, lorsque Dieu dit au premier homme placé dans le paradis terrestre, en lui montrant le fruit défendu : Du jour vous en aurez mangé, vous mourrez de mort, ce n'est pas seulement de la première moitié de cette première mort qu'il s'agit, ou de celle qui consiste simplement dans la séparation de l'âme d'avec Dieu ; ni de la seconde moitié de cette même première mort, ou de la séparation de l'âme d'avec le corps ; ce n'est pas non plus de cette premier mort tout entière, ou du supplice de l'âme séparée de Dieu et du corps tout à la fois ; mais c'est de toutes ces morts réunies jusqu'à la dernière appelée la seconde, et qui n'est suivie d'aucune autre, c'est de toute mort possible que Dieu fait la menace. . . . . "

11. Le même, Lib. I de peccatorum meritis et remissione, c. 2 : " Ceux qui disent qu'Adam a été créé dans un état tel, qu'il eût dû mourir - quand même il n'aurait pas péché, en sorte que la mort fit pour lui l’effet, non du péché dont elle est la peine, mais de la nécessité de la nature, sont forcés par-là même de rapporter ces paroles, Du jour où vous mangerez de ce fruit, vous mourrez, non à la mort du corps, mais à la mort de l'âme, inséparable du péché lui-même ; mort à laquelle font allusion ces paroles de Notre-Seigneur dites au sujet des infidèles : Laissez les morts ensevelir leurs morts (MATTH., VIII, 22 ; LUC, IX, 60). Que répondront-ils donc, lorsqu'on leur opposera ces paroles par lesquelles Dieu prononça à Adam sa sentence de condamnation pour son péché : Vous êtes terre, et vous retournerez en terre (Gen., III, 19) ? Car il est évident que la terre dont il était question ne se rapportait pas à son âme, mais bien à son corps, et que c'était son corps qui était condamné à retourner en terre. En effet, quoique son corps eût été tiré de terre, et que ce corps fût un corps animal, il n'est pas moins vrai que s'il n'avait pas péché, son corps serait devenu spirituel, et que sans jamais éprouver la mort, il aurait été doué de la même incorruptibilité qui est promise aux fidèles et aux saints : incorruptibilité dont nous ne sentons pas seulement le désir en nous, mais dont nous connaissons la vérité d'après ce témoignage de l'Apôtre : Nous soupirons dans le désir qui nous possède d'être revêtus de la gloire qui

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est cette maison céleste, etc. (II Cor., V, 2). Ainsi donc, si Adam n'avait pas péché, il n'aurait pas été dépouillé de son enveloppe corporelle, mais, par-dessus cette enveloppe, il aurait été revêtu de l'immortalité et de l'incorruptibilité, de sorte que tout ce qu'il y avait de mortel en lui eût été comme absorbé par cette surabondance de vie, c'est-à-dire que d'animal qu'était son corps par le fait de son origine, il serait devenu spirituel. "

12. Ibidem, c. 4 : " Il est d'autres témoignages qui nous font voir évidemment que c'est le péché qui est la cause pour tout le genre humain non-seulement de la mort spirituelle, mais aussi de la mort corporelle. L'Apôtre dit dans son épître aux Romains : Si Jésus-Christ est en vous, quoique le corps soit mort en vous à cause du péché, l'esprit est vivant à cause de la justice (Rom., VIII, 10). Des paroles si claires n'ont pas besoin, ce me semble, d'être expliquées ; elles n'ont besoin que d'être lues. Le corps est mort, dit cet apôtre, non pas précisément parce que c'est un vase d'argile, parce qu'il a été tiré de la poussière de la terre, mais à cause du péché. Que pouvons-nous demander davantage ? Et c'est avec dessein que l'Apôtre ne dit pas simplement du corps de chacun de nous qu'il est mortel, mais qu'il est mort. "

13. Ibidem, c. 6 : " Il faudrait s'étonner si l'on nous demandait quelque chose de plus clair que ce témoignage ; à moins que quelqu'un ne vienne nous dire que ce qui pourrait jeter de l’obscurité sur ce passage, c'est qu'on pourrait entendre ces paroles dans le même sens que celles-ci : Faites mourir les membres de l'homme terrestre qui est en vous (Col., III, 5). Mais alors ce ne serait plus à cause du péché que le corps serait mort, mais à cause de la justice. Car c'est pour pratiquer la justice, que nous faisons mourir les membres de l'homme terrestre qui est en nous. Ou, si l'on pensait que ces mots, à cause du péché, qui se trouvent dans le texte, ne signifient pas à cause du péché commis, mais pour empêcher le péché de se commettre, comme si l'Apôtre avait dit : Le corps est mort pour que le péché ne se commette plus, que signifieraient alors ces paroles qui suivent : L'esprit est vivant à cause de la justice ? Car, dans ce cas, il aurait suffi de dire : L'esprit est vivant, en sous-entendant encore ici : Pour que le péché ne se commette plus ; et ainsi nous rapporterions à un même but, qui serait de ne plus commettre le péché et la mort du corps et la vie de l'esprit ; de même que, si ces autres paroles : A cause de la justice, signifiaient : Pour pratiquer la justice, on pourrait les rapporter également et à la mort du

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corps, et à la vie de l’esprit. Mais au contraire il distingue les deux, et il veut que le corps soit mort à cause du péché seulement, et que l'esprit soit vivant aussi cause de la justice seulement, attribuant ainsi différentes causes à différents effets, le péché à la mort du corps, et la justice à la vie de l'esprit. Donc si, comme la chose est indubitable, l'esprit est vivant à cause de la justice, c'est-à-dire par l'effet de la justice qui est en lui, le corps est mort à cause du péché, c'est-à-dire par l'effet du péché et nous ne devons ni ne pouvons donner à ces paroles un autre sens, à moins que nous ne prétendions détourner les paroles de l'Ecriture à des significations arbitraires. Les mots qui suivent vont encore jeter là-dessus un nouveau jour. Car, après avoir dit, pour expliquer en quoi consiste la grâce accordée pour la vie présente que le corps est mort à cause du péché, parce que, n'étant pas encore réformé par la résurrection, l'effet du péché subsiste en lui, effet qui n'est autre que la nécessité de mourir, et que l'esprit est vivant à cause de la justice, parce qu'encore bien que nous ayons à porter le poids de ce corps de mort, il se forme dans l'intérieur de notre être comme un commencement de vie nouvelle par la justice de la foi qui anime notre conduite ; de peur cependant que l'ignorance qui nous est si naturelle ne nous fit renoncer à toute espérance de résurrection quant au corps, l'Apôtre a soin d'ajouter que ce même corps, qu'il avait dit être mort pour le moment par l'effet du péché, sera vivifié dans l'autre vie par l'effet de la justice, et non pas seulement de manière à passer de la mort à la vie, mais en échangeant sa mortalité contre le don précieux de l'immortalité. "

14. TERTULLIEN, Lib. de animâ, c. 52 : " Ce fait de la mort, en d'autres termes, cette séparation du corps et de l'âme, on se plaît à en distinguer deux espèces, l'ordinaire et l'extraordinaire. On attribue la mort ordinaire à la nature : c'est toute mort paisible. Quant à l'extraordinaire, on s'imagine qu'elle est la seule qui soit en dehors de la nature : c'est toute mort violente. Pour nous, qui connaissons l'origine de l'homme, nous posons hardiment en principe que l'homme n'est pas né mortel, mais qu'il l'est devenu par une faute qui elle-même n’était pas inhérente à sa nature. Mais il est facile de prendre pour naturel a l'homme ce qui, quoique purement accidentel, s'est attaché à lui dès le moment de sa naissance. Il est vrai que si l'homme avait été créé de prime abord pour mourir un jour, on devrait regarder sa mort comme un apanage de sa nature. Mais ce qui prouve

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au contraire qu'il n'a pas été créé pour mourir un jour, c'est la loi même qui le menaçait de la mort, puisqu'elle abandonnait au libre choix de sa volonté le moyen de s'y soustraire. Pour tout dire en un mot, si l'homme n'avait pas péché, jamais il ne serait mort. N'appelons donc pas naturel à l'homme ce qui ne lui est survenu que par l'effet de son choix, ce qui a eu pour cause sa volonté libre, et non la volonté absolue de son auteur (Cf. Les Pères de l’Eglise, trad. de Genoude). "

15. S. FULGENCE, Lib. de incarnatione et gratiâ, c. 12 : " Si l’âme n'était morte la premier par le péché, le corps ne serait pas mort ensuite en punition du péché. C'est ce que l'Apôtre nous enseigne par ces paroles : Le corps est mort à cause du péché (Rom., VIII, 10). Aussi ce n'a été qu'après que le péché eut été commis, que Dieu a prononcé au pécheur cet arrêt : Vous êtes terre, et vous retournerez en terre (Gen., III, 19). L'homme ne serait donc point retourné en terre, s'il n'était pas devenu terre par son péché. "

16. S. CHRYSOSTOME, Hom. XVII in Genesim : " Nous avons encore une question à résoudre, et quand nous l'aurons discutée en peu de mots, nous mettrons fin à ce discours. Dieu dit à nos premiers parents : Au moment où vous mangerez de ce fruit, vous mourrez ; cependant ils vécurent tous deux, depuis ce temps-là, un grand nombre d'années, après avoir mangé de ce fruit malgré la défense. Ceux qui s'arrêtent à la superficie de l'Ecriture, ont de la peine à expliquer ce passage ; mais si on l'étudie avec soin, on le comprendra parfaitement. Car, quoiqu'ils aient vécu plusieurs années depuis leur désobéissance, cependant, à partir du jour où Dieu leur eut dit : Vous êtes terre, et vous retournerez en terre, la sentence de mort resta prononcée contre eux, et depuis ce moment ils devinrent sujets à la mort, et on pouvait même dire dès-lors en quelque façon qu'ils étaient morts. C'est ce que l’Ecriture avait voulu donner à entendre, lorsque Dieu avait dit : Au moment où vous mangerez de ce fruit, vous mourrez, c'est-à-dire, vous deviendrez mortels dès ce moment-là. Car, de même que dans les jugements qui se rendent dans les tribunaux des hommes, on reconduit les criminels en prison, après qu'on les a condamnés à mourir, et que, quoiqu'on les y laisse encore quelque temps, on les regarde comme s'ils étaient déjà morts, du moment où la sentence de leur condamnation a été prononcée

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ainsi, depuis que Dieu eut porté contre Adam et Eve cet arrêt de mort, ils pouvaient être considérés comme morts, en vertu de la sentence qui les condamnait mourir, quoiqu'ils aient vécu encore plusieurs années sur la terre. "

17. S. BERNARD, Serm. ad Milites Templi, c. 11 : " Le péché a précédé pour que la mort suivît ; et assurément, si l'homme avait su se garantir du péché, il n'aurait jamais éprouvé la mort. Il a donc perdu la vie en se laissant aller au péché, et par-là même il a trouvé la mort, comme Dieu le lui avait d'avance annoncé ; et d’ailleurs il était bien juste que si l'homme péchait, il fut puni de mort. Car y a-t-il peine plus juste que celle du talion ? Or, Dieu est la vie de l'âme, comme l'âme est la vie du corps. En péchant volontairement, on perd la vie par sa propre volonté ; on doit perdre par-là même le droit de se la rendre quand même on le voudrait. On a repoussé la vie ; on doit en être repoussé à son tour. On n'a pas voulu se soumettre à l'empire de Dieu ; il est juste qu'on perde soi-même l'empire qu'on avait sur son corps. On n'a pas voulu obéir à son propre supérieur ; quel droit aurait-on donc de commander à son inférieur ? Le Créateur a trouvé en nous une créature rebelle ; nous trouverons à notre tour un serviteur rebelle dans le corps destiné à nous servir. Nous aurons transgressé la loi divine ; nous trouverons, nous aussi, dans nos propres membres, une autre loi opposée à celle de notre esprit, et qui nous tiendra asservis au péché. Or le péché, comme il est écrit, nous sépare de Dieu ; il faudra donc que la mort nous sépare aussi de notre corps. Notre âme n'a pu être séparée de Dieu que par le péché ; nous ne pourrons de même être séparés de notre corps que par la mort. Qu'y a-t-il donc de trop sévère dans le châtiment, puisque nous n'éprouvons de la part de notre esclave, que le traitement que nous aurons fait nous-mêmes à l'auteur de notre être ? Rien n'est assurément plus raisonnable qu'un châtiment qui consiste à rendre mort pour mort, la mort du corps pour celle de l'âme, une mort expiatoire pour une mort coupable, une mort inévitable pour une mort volontaire. "

18. S. AUGUSTIN, Lib. III de Trinitate, c. 12 : " Par un certain effet de la justice de Dieu, le genre humain a été réduit sous la puissance du démon, le péché du premier homme passant avec le sang dans tous les enfants d'un sexe comme de l'autre qui naissent de sa race, et la dette contractée par nos premiers parents engageant de même tous leurs descendants. Cette trans-

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mission du péché nous a été signifiée avant tout dans la Genèse, où nous lisons qu'il a été dit au serpent : Tu mangeras la terre, et ensuite à l'homme : Tu es terre, et tu retourneras en terre (Gen., III, 14 et 19). Ces paroles : Tu retourneras en terre, sont une annonce de la mort, que l'homme n'aurait jamais éprouvée s'il avait persévéré dans l'état de justice où il avait été créé. Ces mots adressés à l'homme encore vivant : Tu es terre, font voir que tout son être avait été détérioré par le péché. Car ces expressions : Tu es terre, reviennent au même sens que celles-ci : Mon esprit ne demeurera pas pour toujours avec l'homme, parce qu'il n'est que chair (Gen., VI, 3). Dieu fit donc entendre par ces paroles, qu'il livrait l'homme au pouvoir de celui à qui il avait dit : Tu mangeras la terre. Mais l'Apôtre nous déclare cette vérité encore plus clairement, lorsqu'il dit ces paroles : Lorsque vous étiez morts par le dérèglement de vos péchés, dans lesquels vous avez vécu selon la coutume de ce monde, selon le prince des puissances de l'air, cet esprit qui exerce maintenant son pouvoir sur les enfants de l'incrédulité ; désordres où nous avons tous été autrefois, vivant selon nos passions charnelles, nous abandonnant aux désirs de la chair et de notre esprit ; et par la naissance naturelle nous étions enfants de colère aussi bien que les autres (Ephés., II, 1-3). Les enfants de l'incrédulité, ce sont les infidèles ; et qui de nous n'était infidèle avant de devenir fidèle par la foi ? Tous les hommes sont donc originairement assujettis à la tyrannie du prince des puissances de l'air, qui exerce son pouvoir sur les enfants de l'incrédulité. Et quand je dis : originairement, je dis la même chose que ce que dit l'Apôtre de lui-même qu'il a été, comme les autres, enfant de colère par sa naissance naturelle : car la nature humaine, telle qu'elle est maintenant, se trouve pervertie par le péché, et n'est plus dans cet état de rectitude où elle avait été créée. Quand nous disons que l'homme a été assujetti au pouvoir du démon, cela ne doit pas s'entendre en ce sens que ce soit Dieu qui le lui ait assujetti lui-même ou qui ait ordonné qu'il lui fût assujetti ; mais seulement en ce sens qu'il l'a permis, et cela très-justement. Car Dieu abandonnant le pécheur, le pécheur a dû être dès-lors envahi par l'auteur du péché. Non sans doute que Dieu eût tellement abandonné sa créature, qu'il ne se montrât plus son créateur, qu'il ne fît plus pour elle un principe de vie, ou que, tout en la punissant de ses désordres, il ne mêlât encore de beaucoup de biens les maux qu'il lui envoyait. "

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19. Le même, Lib. III Hypognosticon, c. 2 : " Que signifient ces mots : Il l’a laissé entre les mains de son conseil (Ecclé., XV, 14), sinon, qu'il lui a laissé la faculté de son libre arbitre ? Car les mains désignent ici le pouvoir-faire ou la faculté. Telle est la première grâce que l'homme a reçue et qui lui aurait suffi pour se préserver de toute chute, s'il avait voulu observer le commandement qu'il avait reçu de Dieu. Etant donc abandonné à lui-même par suite de sa désobéissance, l'homme, par l'effet d'un juste jugement, est devenu le captif du serpent, c'est-à-dire du démon à qui il a mieux aime obéir, que d'obéir à Dieu. C'est pour cela qu'il est écrit : Quiconque est vaincu, est esclave de celui qui l'a vaincu (II PIERRE, II, 19) ; et encore : Quiconque commet le péché est esclave du péché (JEAN, VIII, 34). "

20. S. BERNARD, Epist. CXC ad Innocentibum (II) pontificem, contra hæresim Petri Abailardi : " Ce téméraire scrutateur de la majesté divine, s'attaquant au mystère de la rédemption, reconnaît, dès le début de sa thèse, que tous les docteurs de l'Eglise n'ont sur ce point qu'un même sentiment, et ce sentiment, il le rejette après l'avoir exposé, en se glorifiant d'avoir à lui en substituer un autre meilleur ; et c'est ainsi que, contre la maxime du Sage, il ne craint pas de remuer les bornes anciennes posées par nos pères. Il faut qu'on sache, dit-il, que tous nos docteurs, depuis les apôtres s'accordent à enseigner que le diable jouissait d'un souverain pouvoir sur l'homme, et exerçait à son égard tous les droits d'un maître sur son esclave, en conséquence de ce que celui-ci avait de son plein gré consenti à ses suggestions, et fait ainsi de sa liberté un coupable abus. Ils disent à l'appui de cela que si quelqu'un se laisse vaincre par un autre, il devient de droit l'esclave de son vainqueur. C'est pourquoi, ajoutent ces docteurs (c'est ainsi qu'il les fait parler), ç'a été une nécessité que le Fils de Dieu s'incarnât, afin que l’homme, qui autrement ne pouvait être délivré acquît par la mort de l'innocent le droit de s'affranchir de la tyrannie du diable. Mais il nous semble, dit-il à son tour, que le diable n'a jamais eu de droit sur l'homme, si ce n'est peut-être à titre de geôlier et d'après la permission de Dieu ; et que ce n'est point pour délivrer l'homme, que le Fils de Dieu s'est incarné. Qu'y a-t-il à reprendre le plus dans ce langage, du blasphème ou de l'orgueil qu'il respire ? Qu'y condamner le plus, de sa témérité ou de son impiété ? Ne serait-il pas plus juste de châtier avec le bâton une bouche qui s’échappe en pareilles excentricités, que

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de lui répondre par des raisons ? N'est-ce pas comme s'il provoquait tout le monde à lever le bras contre lui, que de lever lui-même, comme il le fait, son bras contre tout le monde ? Tous pensent de cette manière, dit-il ; mais moi je ne pense pas de cette manière. . . . . "

" Je vous renverrai aux prophètes. Voici les paroles qu'adresse au peuple nouveau, représenté par Jérusalem, non pas un prophète, mais le Seigneur parlant en la personne d'un prophète : Je vous sauverai et je vous délivrerai, ne craignez point (Ces paroles, éparses du reste dans les livres des Prophètes, ne se trouvent pas réunies de cette manière ailleurs que dans le Rorate, prière de l’Avent, que peut-être on avait coutume de chanter en France dès le temps de saint Bernard). Demandez-vous de quelle puissance ? Car vous ne voulez pas que le diable ait puissance ou qu'il ait eu puissance sur l'homme. Ni moi non plus, je l'avoue. Mais que ni vous ni moi ne le voulions, cela n'empêche pas le diable d'avoir ce pouvoir. Si vous ne le reconnaissez pas, si vous n'en savez rien, ceux qui ont été rachetés par le Seigneur, qu'il a rachetés d'entre les mains de l'ennemi, le reconnaissent et le disent pour vous. Vous ne le nieriez pas vous-même, si vous n'étiez vous-même sous la main de cet ennemi. Vous ne pouvez pas rendre grâces avec ceux qui sont rachetés puisque vous n’êtes pas de leur nombre. Car si vous étiez racheté, vous reconnaîtriez votre rédempteur, et vous ne nieriez pas la rédemption. Celui-là seul ne demande point à être racheté, qui ne sent point qu'il soit captif. Mais ceux qui l'ont senti ont crié vers le Seigneur, et le Seigneur les a exaucés et les a rachetés d'entre les mains de l'ennemi (PS. CVI, 6, 13). Et pour que vous ne puissiez vous méprendre sur le caractère de cet ennemi, le Psalmiste ajoute : Ceux qu'il a rachetés de la puissance de l'ennemi, qu'il a rassemblés de divers pays (Ps. CVI, 2). Et plus bas : Il les a rachetés, et il les a rassemblés. Il les a rachetés d’entre les mains de l'ennemi. Il ne dit pas des ennemis, mais de l'ennemi. Un seul ennemi, et plusieurs pays divers. Car il les a rachetés non d'un pays, mais de divers pays, du levant et du couchant, du nord et du midi. Quel est ce maître si puissant, qui règne non sur un pays, mais sur tous ? Point, d'autre, je pense, que celui qu'un autre prophète (JOB, XL, 18) nous dépeint avalant un fleuve, c'est-à-dire le genre humain, sans en faire merveille, et se promettant de plus de faire entrer dans sa gueule le Jourdain tout entier, c'est-à-dire tous les élus. Heureux ceux qui

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n'y entrent que pour en sortir, qui réussissent à s'en échapper après s'y être laissé attirer. Mais quoi ? Peut-être n'êtes-vous pas encore assez avancé pour ajouter foi aux prophètes qui nous dénoncent d'un si commun accord le pouvoir du démon sur les hommes ? Venez avez moi, et tous les deux ensemble consultons les apôtres. Après avoir dit que vous ne pensiez pas comme ceux qui sont venus depuis les apôtres, peut-être consentirez-vous à penser du moins comme ceux-ci, et aurez-vous le bonheur d'être du nombre de ceux à qui l'un de ces apôtres souhaitait que Dieu leur donnât un jour l'esprit de pénitence, pour qu'ils pussent connaître la vérité et sortir des pièges du diable, qui les tient captifs et en fait ce qu'il lui plaît (II Tim., II, 25-26). Cet apôtre, c'est Paul, qui soutient ainsi que le diable tient les hommes captifs et en fait ce qu'il lui plaît. Vous entendez, il en fait ce qu'il lui plaît ; nierez-vous encore le pouvoir du démon ? Si vous n'ajoutez pas foi à Paul, venez avec moi consulter Notre-Seigneur lui-même, et plaise à Dieu que vous l'écoutiez et que vous cessiez de blasphémer (EZECH., II, 5) ! Or, Notre-Seigneur appelle le démon le prince de ce monde (JEAN, XIV, 30), le fort armé (LUC, XI, 21-22) ayant en sa possession des machines ou des instruments de guerre (MATTH., XII, 29) ; et vous direz encore de lui qu'il n'a aucun pouvoir sur les hommes ? A moins que vous ne prétendiez qu'on doive entendre ici par la maison de ce fort armé autre chose que le monde, et par ces machines ou ces instruments de guerre autre chose que des hommes ? Que si le monde était la maison qu'habitait le démon et les hommes les instruments dont il se servait, comment n’exerçait-il pas une domination sur les hommes ? Notre-Seigneur a dit dans le même sens à ceux qui s'emparaient de sa personne : C'est ici votre heure et la puissance des ténèbres (LUC, XXII, 53). Cette puissance était bien connue de celui qui disait du Père éternel : Il nous a arraché de la puissance des ténèbres, et nous a fait passer dans le royaume de son fils bien-aimé (Col., I, 13). Il est donc vrai que Notre-Seigneur a bien voulu reconnaître le pouvoir du démon même sur lui, comme il a reconnu celui de Pilate, qui n'était après tout qu'un membre ou qu'un instrument du démon. Car c'est là aussi ce qu'il dit à ce dernier : Vous n’auriez aucun pouvoir sur moi, s'il ne vous avait été donné d'en-haut (JEAN, XIX, II). Que si ce pouvoir donné d'en-haut s'est déployé à ce point contre le bois vert, comment n'aurait-il pas osé s'attaquer au bois sec ? Je pense d’ailleurs qu'il n'allèguera pas que ce pouvoir donné d'en-haut

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fût injuste. Qu'il tâche donc de comprendre que le démon a eu non-seulement un certain pouvoir, mais un pouvoir juste sur les hommes, pour pouvoir comprendre ensuite que le Fils de Dieu s'est incarné précisément pour en délivrer les hommes. Au surplus, si nous appelons juste le pouvoir exercé par le démon, nous ne donnons pas le même nom à sa volonté qui leur servait de guide. Il n'y avait de juste que le Seigneur, qui avait abandonné l'homme au pouvoir du démon, et non le démon qui exerçait ce pouvoir, ou l'homme qui lui était assujetti. Car ce qui rend quelqu'un juste ou injuste, ce n'est pas le pouvoir dont il est revêtu, mais la volonté dont il est animé. Cette sorte de droit qu'avait le démon sur l'homme lui était donc acquis sans droit de sa part à lui-même, ou pour le dire plus nettement encore, c’était un droit méchamment usurpé, mais cependant un droit justement permis ; et par conséquent, c'étai justement que l'homme était tenu captif, sans que pour cela la justice dont il s'agissait pût convenir soit à l'homme, soit au démon ; elle ne convenait qu'à Dieu. C'est donc justement que l'homme a été réduit à cet esclavage, et miséricordieusement qu'il en a été délivré. "

21. Le deuxième concile d'Orange, c. 1 : " Si quelqu'un ose dire que le péché d'Adam n'a pas nui à l'homme tout entier, c'est-à-dire à son corps et à son âme tout à la fois, mais que, sans porter atteinte à la liberté de l’âme, il s'est borné à rendre le corps sujet à la corruption, il contredit en cela l’Ecriture, qui a dit : L'âme qui a péché mourra elle-même (EZECH., XVIII, 4) ; et encore : Ne savez-vous pas que, quel que soit celui à qui vous vous engagez à obéir comme esclave, vous demeurez esclave de celui à qui vous obéissez (Rom., VI, 16) ; et ailleurs : Quiconque est vaincu devient esclave de celui qui l’a vaincu (II PIERRE, II, 19). "

22. GENNADE, ou l'auteur quel qu'il soit du livre de Ecclesiasticis Dogmatibus, c. 38 ; c'est le canon même du second concile d'Orange que nous venons de rapporter.

23. S. AUGUSTIN, de Trinitate, lib. III, c. 12 : " Ce que Dieu dit à l'homme encore vivant : Vous êtes terre, montre bien que le péché avait nui à l'homme tout entier. "

24. Le même, Cité de Dieu, liv. XIV, c. 15 : " L'homme a donc méprisé Dieu et son commandement ; il a méprisé ce Dieu qui l'a créé, qui l'a fait à son image, qui lui a donné l'empire sur le reste des animaux, qui l'a placé dans le paradis, qui l'a comblé de jouissances et de bien-être ; qui, loin de le surcharger de

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préceptes nombreux, longs et pénibles, ne recommande à son obéissance qu'un seul précepte, court et facile, pour l'avertir qu'il est le Seigneur, et que la créature raisonnable n'a de liberté qu'a son service ; donc une juste condamnation s'en est suivie, et l'homme qui, s'il fut resté fidèle, serait devenu spirituel dans sa chair, devient charnel dans son esprit ; l'homme qui, dans son orgueil, s'est plu à lui-même, Dieu, dans sa justice, le laisse lui-même ; et toutefois l'homme n'est pas destiné à l'indépendance ; mais en désaccord avec soi, c'est sous le joug de celui dont il s'est fait le complice, qu'au lieu de cette liberté si désirée, il va trouver un dur et misérable esclavage ; mort spirituellement par sa volonté, la mort corporelle l'attend contre sa volonté ; déserteur de la vie éternelle, c'est à la mort éternelle qu'il est condamné, si la grâce ne le délivre (Cf. La Cité de Dieu, trad. de Moreau, t. II, p. 332-334). "
 
 

CHAPITRE II.

DE LA TRANSMISSION DU PECHE D’ADAM A SA POSTERITE.

" La prévarication d’Adam n'a pas été préjudiciable à lui seul, mais elle l'a été aussi à sa postérité et à sa race tout entière : ce n’est pas en effet pour lui seulement, mais c'est encore pour nous qu'il a perdu l'état de sainteté et de justice, et que souillé par son péché de désobéissance, il a transmis à tout le genre humain, avec la mort et les autres afflictions corporelles, le péché qui est à son tour la mort de l'âme. C'est ce que confirme l'Apôtre par ces paroles : Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché et ainsi la mort est passée à tous les hommes par ce seul homme, en qui tous ont péché. " Concile de Trente, session V, canon 2.

" Le péché d'Adam, qui est un dans son origine, et qui cependant, en se transmettant à tous ses descendants par voie de propagation, et non pas simplement par voie d'imitation, devient propre à chacun de nous, doit nécessairement être expié par quelque remède, pour n'être pas un obstacle à la vie éternelle que nous voudrions obtenir. " Ibidem, c. 3. Car " tous les hommes étant devenus impurs par ce péché, et, comme dit l'Apôtre, enfants de colère par le fait même de leur naissance, se trouvent tous par cela seul esclaves du péché, du démon et de la

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mort. " Ibid., sess. VI, cap. 1. " A l'exception toutefois de la sainte et immaculée vierge Marie, mère de Dieu, que notre intention n'est point de comprendre dans ce que nous disons ici du péché originel. " Ibid. . sess. V, " la suite des canons de cette session. "
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Romains, V, 12-19 : " Car, comme le péché est entre dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, et qu'ainsi la mort est passée dans tous les hommes par ce seul homme en qui tous ont péché. - Car le péché a toujours été dans le monde jusqu’à la loi ; néanmoins la loi n'étant point encore, le péché n’était pas imputé ; - cependant la mort a exercé son règne depuis Adam jusqu'à Moïse même à l'égard de ceux qui n'ont pas péché par une transgression semblable à celle d'Adam, qui est la figure du futur. - Mais il n'en est pas de la grâce comme du péché ; car si par le péché d’un seul plusieurs sont morts, la miséricorde et le don de Dieu s'est répandu beaucoup plus abondamment sur plusieurs, par la grâce d'un seul homme, qui est Jésus-Christ. - Et il n'en est pas de ce don comme du péché : car nous avons été condamnés par le jugement de Dieu pour un seul péché, au lieu que nous sommes justifiés par la grâce après plusieurs péchés. - Si donc, à cause du péché d'un seul, la mort a régné par un seul, à plus forte raison ceux qui reçoivent l'abondance de la grâce et du don de la justice, règneront dans la vie par un seul, qui est Jésus-Christ. - Comme donc c'est par le péché d'un seul que tous sont tombés dans la condamnation, ainsi c'est par la justice d'un seul que tous les hommes reçoivent la justification de la vie. - Car, comme plusieurs sont devenus pécheurs par la désobéissance d'un seul, ainsi plusieurs seront rendus justes par l'obéissance d'un seul. "

2. I Corinthiens, XV, 21-22 : " Car, comme la mort est venue par un homme, la résurrection des morts doit venir aussi par un homme. - Et comme tous meurent en Adam, tous revivront aussi en Jésus-Christ. "

3. Ecclésiastique, XXV, 53 : " La femme a été le principe du péché, c'est par elle que nous mourons tous. "

4. Romains, V, 12 ; comme dans le corps de la réponse.

5. Ephésiens, II, 3 : " Nous étions, par la corruption de notre nature, enfants de colère, aussi bien que les autres hommes. "

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TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. Le concile II d'Orange, canon 2 : " Si quelqu'un soutient que la prévarication d'Adam n'ait été préjudiciable qu'à lui-même, et non pas aussi à sa postérité, ou qu'il n'ait transmis à tout le genre humain que la mort du corps, qui est la peine du péché et non le péché même qui est la mort de l'âme, il fera Dieu coupable d'injustice, en même temps qu'il contredira l'Apôtre qui a dit (Rom., V, 12) que le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, et qu'ainsi la mort est passée dans tous les hommes, tous ayant péché dans un seul. "

2. S. AUGUSTIN, Enchirid. ad Laurentium, c. 26 (al. X, 8) : " Après le péché, Adam ayant été chassé et banni du paradis terrestre, toute sa postérité, qu'il avait infectée et corrompue dans sa personne, et comme dans sa propre racine, a été enveloppée avec lui dans les liens de la mort et dans la damnation. Ainsi tous les hommes qui naissent de lui et de sa malheureuse compagne, instrument de son péché et associée à sa condamnation, qui naissent, dis-je, par la voie de la concupiscence charnelle, dont la révolte est la juste peine de la désobéissance de l'homme, contractent le péché originel. Et ce péché les entraîne par un malheureux enchaînement de toutes sortes d'erreurs et de douleurs au dernier supplice, qui n'aura point de fin, et qui leur sera commun avec les anges apostats, premiers auteurs de leur péché, qui les tiennent sous leur esclavage, et qui seront les compagnons de leurs tourments. C'est ainsi que, comme le dit saint Paul, le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché ; et que la mort est passée dans tous les hommes par ce seul homme, en qui tous ont péché. Car par le mot de monde, l’Apôtre entend en cet endroit tout le genre humain (Cf. Le Manuel de saint Augustin, dans les Traités choisis, t. II, pag, 332-333). "

3. Le même, Lib. II Hypognosticon contra Pelagianos et Celestianos : " Le péché d'Adam, disent-ils, n'a nui à personne autre qu'à lui-même. Nous répondons : Si le péché de nos premiers parents n'a nui qu’à eux, et non pas aussi à nous, pourquoi, leur faute n'ayant point passé jusqu'à nous, la sentence portée contre eux à cause de leur faute même a-t-elle passé jusqu'à nous ? A. moins que vous ne prétendiez que Dieu est assez injuste pour nous envelopper dans la punition de ceux dont nous n'aurions

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pas partagé le crime. Car telle fut la sentence qu'il porta contre eux après leur péché, et après avoir maudit le serpent qui les avait engagés à le commettre : Dieu dit aussi à la femme : Je multiplierai tes afflictions avec tes enfantements. Tu enfanteras dans la douleur ; tu seras sous la puissance de ton mari, et il dominera sur toi. Il dit ensuite à Adam : Parce que tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé du fruit de l'arbre dont je t'avais défendu de manger, la terre sera maudite, etc. (Gen., III, 16-17). Le genre humain répandu sur la surface de la terre rend tout entier témoignage à la vérité de cette sentence, en se voyant soumis aux mêmes douleurs qui lui ont été dénoncées dans la personne de ses auteurs. Et quelle serait la justice de ces maux, si nous n'avions pas hérité du péché de nos premiers parents ? Si la justice naturelle vous porte à juger vous-mêmes mieux que Dieu n'aurait fait, placez-vous entre Dieu et nous sur le trône de l'orgueil. Adam a donc été créé exempt de péché dans sa nature ; mais quand une fois il eut péché, sa nature s'en trouva souillée, elle en contracta la tache du péché, sans devenir pourtant péché elle-même. Ainsi donc, après son péché, l'homme est devenu pécheur, mais non le péché lui-même. Car ce n'est pas le péché qui fait qu'il soit homme ; il fait seulement qu'il soit pécheur. C'est pourquoi l'homme devenu pécheur a dû engendrer d'autres hommes aussi pécheurs, parce que la nature étant une fois viciée par le péché, il n'en sort qu'une nature vicieuse, c'est-à-dire souillée par le péché, suivant cette parole de l'Apôtre : Comme le premier homme a été terrestre, ses enfants sont aussi terrestres (I Cor., XV, 48). Et comment cela, sinon par l’effet de la génération ? "

Ibidem, c. 2 : " Mais vous allez m'objecter : Est-ce donc que la génération est un péché ? J'ai déjà dit plus haut que lorsque l'homme a péché, sa nature a péché en lui ; et c'est sa nature qui se communique par la génération : la génération a donc été viciée, sans être pour cela changée en vice, ainsi qu'il est écrit : Leur race était maudite dès le commencement (Sag., XII, 11). Maudite dès le commencement, mais à la suite du péché, et en vertu de ces paroles : La terre sera maudite dans ce que vous ferez (Gen., III, 17). Mais le premier homme n'a pu communiquer son péché à ses descendants que par la génération ; et c'est ce que confirme l'Apôtre lorsqu'il dit : Le péché est entré dans le monde par un seul homme, etc. (Rom., V, 12). Vous entendez qu'il vous dit que le péché est entré dans le monde par un seul

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homme, et la mort par le péché, et qu'ainsi elle a passé dans tous les hommes par ce seul homme en qui tous ont péché ; et vous osez dire, hérétique, que le péché d'Adam n'a nui qu’à lui seul ? Oui, il n'a nui qu’à lui seul, lorsqu'il était seul avec Eve sa femme. Mais nous étions tous renfermés en eux, parce qu'ils formaient à eux seuls toute la nature humaine, comme ils sont en nous tous, parce que nous composons la nature humaine. "

Ibidem, c. 3 : " Vous nous répétez encore : Si l'Apôtre avait voulu faire entendre que le péché est passé dans tous les hommes par la voie de la génération, il n'aurait pas dit : par un seul homme, mais : par deux personnes, puisqu'un homme ne peut pas naître d'un homme seul sans une femme. Si vos cœurs ne sont pas fermés à l'intelligence, rappelez-vous qu'il a été dit : Ils ne sont plus deux, mais une même chair (MATTH., XIX, 26), et encore : Ils seront deux en une même chair (Gen., II, 24). Si donc l'Apôtre a dit : par un seul homme, c'est que la femme était une même chair avec l'homme, la postérité qui naît de leur union est censée le produit d'une seule nature individuelle. Ecoutez encore un autre sage vous dire pour vous confondre : La femme a été le principe du péché et c'est par elle que nous mourons tous (Ecclé., XXV, 33). Hérétique, n'êtes-vous pas maintenant satisfait ? Voilà le péché et la mort introduits dans le monde par deux personnes. "

4. Le même, Cité de Dieu, liv. XIII, c. 3 : " Donc tout le genre humain, qui par la femme devait s'épancher en générations, était dans le premier homme quand le couple criminel reçut l'arrêt de sa condamnation. Et tel il fut, non au moment de sa création, mais au moment de son crime et de son châtiment, tel il se reproduit dans les mêmes conditions originelles de mort et de péché. Non que la faute ou le châtiment ait réduit le premier pécheur à cette stupidité, à cette faiblesse d’esprit et de corps que nous remarquons chez les enfants, semblables aux petits des animaux à leur entrée dans la vie, parce que Dieu a précipité leurs parents dans la vie et dans la mort des brutes : L'homme élevé en honneur, dit l’Ecriture (Ps. XLVIII, 15, 21), n'a pas compris ; il s'est abaissé jusqu'aux brutes qui n'ont pas d'intelligence, et leur est devenu semblable. Que dis-je ? les plus tendres fruits des animaux, quant à l'usage de leurs membres, quant à la vivacité du sentiment et de l'instinct, sont loin de la lenteur et de la faiblesse des enfants ; comme si, semblable à la flèche qui part de l'arc tendu, la force propre à l'homme l'élevait au-dessus du reste des

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animaux d'un vol d'autant plus sublime que, plus longtemps retirée en elle-même, elle a différé son essor. Ce n'est donc pas jusqu’à ces informes essais de la vie de l'enfance que l'injustice de son péché et la justice de sa peine ont rejeté ou précipité le premier homme ; mais la nature humaine en lui a été tellement altérée et corrompue, qu'il a dû souffrir en ses membres toutes les révoltes de la concupiscence et tendre ses mains aux liens de la mort. Criminel et puni, les êtres qui naissent de lui, il les engendre tributaires du péché et de la mort (Cf. La Cité de Dieu, trad. de Moreau, t. II, p. 242-244). "

5. Le même, ibidem, c. 14 : " Dieu, en effet, a créé l'homme dans un état de rectitude ; Dieu, auteur de la nature, et non du vice ; mais volontairement corrompu et justement condamné, l’homme a transmis avec le sang sa corruption et sa peine. Car nous étions tous en lui, quand tous nous étions lui seul ; lui, tombe dans le péché par la femme, tirée de lui avant le péché. La forme particulière de chaque existence n'était pas encore créée, nul de nous n'était en possession de sa vie personnelle ; mais le germe d'où nous devions sortir était déjà, cette nature génératrice qui, altéré par le péché, chargé des liens de la mort, sous une juste condamnation, astreint à une même condition l'homme qui naît de l’homme. Ainsi de l'abus de notre libre arbitre a daté l'ère de nos malheurs, et une longue chaîne de misères se déroule qui conduit le genre humain perverti dans sa source et comme flétri dans sa racine, jusqu’à sa seconde mort, jusqu’à la mort sans fin, dont celui-là seul est excepté que la grâce divine affranchit (Cf. Ibidem, p. 258-260). "

6. Le même, ibidem, livre XIV, c. 1 : " Jaloux, comme je l'ai dit, d'unir les hommes par la ressemblance de la nature, et surtout de resserrer entre eux le lien de l'unité fraternelle, Dieu a voulu créer les hommes d'un seul homme ; et en chacun de nous le genre humain ne serait pas destiné à mourir, si nos auteurs, l'un qui n'avait été forme d'aucun autre, l'autre qui avait été formé du premier, n'eussent encouru la mort par leur désobéissance. Telle a été la grandeur de leur crime, qu'il a perverti en eux la nature même, et a transmis aux générations humaines la servitude du péché et la nécessité de la mort (Cf. Ibidem, p. 294). . . "

7. S. PROSPER, lib. I de Vocatione Gentium, c. 7 : " Dieu a

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créé tous les hommes exempts de vice dans la personne du premier homme ; mais par la prévarication de celui-ci, tous les autres ont perdu avec lui l'intégrité de leur nature. Car c'est de cette source contagieuse que la mortalité s'est répandue par tout le monde ; qu'est sortie cette effroyable corruption, tant par rapport au corps, que par rapport à l’âme ; cette ignorance, cette difficulté pour le bien, ces soins inutiles, ces inclinations déréglées, ces erreurs impies, ces vaines terreurs, ces amours coupables, ces joies criminelles, ces desseins pernicieux, ce nombre de malheurs égal à celui des crimes. Tous ces maux et d'autres encore sont venus fondre sur la nature humaine, la foi perdue, l’espérance délaissée, l'entendement aveuglé, la volonté captive, personne ne trouvait en soi le moyen de se relever de sa misère (Cf. S. Prosper, disciple de saint Augustin, de la Vocation des gentils, Paris, 1649, p. 10-11). "

8, Le même, in Responsionibus ad apitula objectionum Gallorum, c. 8 : " Disons avec deux cent quatorze évêques, dont le décret porté contre les ennemis de la grâce de Dieu a été accueilli du monde entier ; disons, par une profession de foi sincère, pour nous servir de leurs propres expressions, que la grâce de Dieu donnée en vertu des mérites de Jésus-Christ Notre-Seigneur nous aide à chaque instant de la vie, non-seulement dans la connaissance, mais encore dans la pratique de nos devoirs, de sorte que sans elle nous ne pouvons avoir aucune vraie et sincère piété dans les pensées, dans les paroles et dans les actions. Et ne pensons pas que ces dons nous viennent tellement de Dieu, que, comme il est l'auteur de notre nature, il nous les ait octroyés comme conséquence obligée de notre nature même Il est vrai qu'en nous les accordant, il nous avait laisses libres de nous les approprier ; mais nous les avons malheureusement perdus, tous tant que nous sommes, dans la personne de celui en qui tous aussi nous avons péché. Nous avons donc besoin de recevoir comme une nouvelle création, ou un nouveau principe de vie, en Jésus-Christ, par la grâce duquel nous devenons des créatures toutes nouvelles, des êtres de nouveau privilégias, des vases de miséricorde en un mot, au lieu d'être comme auparavant des vases de colère, sans avoir rien fait pour mériter cette faveur, et après avoir fait tout au contraire pour nous en rendre indignes. "

9. Le même, contra Collatorem, c. 19 : " Adam était heureux,

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et nous l’étions tous en lui. Adam est venu à se perdre, et nous nous sommes tous perdus dans sa personne. C'est ce qu'a dit saint Ambroise (in Luc. lib. VII), et non sans vérité ; comme ce n'est pas sans vérité que la Vérité elle-même a dit : Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu (LUC, XIX, 20). Car la nature humaine, dans cette ruine immense causée par la prévarication de son représentant, n'a perdu ni son être particulier ni sa faculté native de vouloir, mais seulement cette beauté et cet éclat de la vertu, dont elle s'est laissé dépouiller par le rusé artifice de l'ennemi de son bonheur. Or, ayant perdu ce qui pouvait lui procurer une vie et une félicité inamissibles tant pour l'âme que pour le corps, que pouvait-il lui rester que la condition d'une vie temporelle, toute de malédiction et de châtiments ? Il faut donc, malheureux enfants d'Adam, que nous renaissions en Jésus-Christ, si nous ne voulons nous trouver appartenir à cette génération qui a la mort pour partage. Car si les descendants d'Adam pouvaient par leurs seules forces naturelles pratiquer les vertus qui faisaient le cortège d'Adam avant qu'il eût péché, ils ne seraient pas enfants de colère par l'état actuel de leur nature (Ephés., II, 3) ; ils ne seraient pas ténèbres (Ephés., V, 8) ; ils ne seraient pas sous la puissance des ténèbres (Col., I, 13) ; enfin, ils n'auraient pas besoin de la grâce du Sauveur ; car ce ne serait pas sans fruit pour eux-mêmes qu'ils seraient bons, et Dieu ne leur refuserait pas la récompense due à la justice de leurs œuvres, puisqu'ils posséderaient les mêmes biens dont la perte avait causé à nos premiers parents leur bannissement du paradis. Mais puisqu'au contraire personne ne peut aujourd'hui échapper à la mort éternelle sans le sacrement de la régénération, la singularité de ce remède ne montre-t-elle pas toute seule en que profond abîme de maux se trouve plongée toute la nature humaine par la prévarication de celui en qui tous ont péché (Rom., V, 12), perdant ainsi dans sa personne tout ce qu'il a perdu ? Or, il a perdu avant tout la foi ; il a perdu la continence ; il a perdu la charité ; il a été dépouillé des dons de sagesse, d'intelligence, de conseil et de force, et en cherchant par esprit d'impiété à s'élever au-dessus de sa condition, il est déchu du haut degré de science qu'il possédait, comme de la noblesse de sa piété et de son obéissance ; et il ne lui est pas même resté la crainte, qui l'aurait contenu dans le devoir par la perspective du châtiment, s'il ne pouvait y être contenu par l'amour de la justice. Ainsi donc le libre arbitre de l'homme, c'est-à-dire ce libre mou-

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vemnent par lequel il se portait vers ce qui appelait à ses désirs en prenant à dégoût les biens qu'il avait reçus, et en osant, pour satisfaire une passion insensée, courir les risques d'une prévarication où était engagé son bonheur, a avalé le poison de tous les vices, et a fait pénétré dans tout son être le virus de sa fatale intempérance. "

10. Le même, ad excerpta Genuensium, in responsione ad tria prima dubia : " Celui qui soutient cela avouera, je pense, avec nous, que la nature commune à tous les hommes a été viciée dans la personne du premier homme, et il ne niera pas qu'elle ait dû perdre dans une telle chute les vertus dont elle était auparavant douée et qu'elle ne pourra plus recouvrer désormais que par un effet de la grâce. Mais pourquoi de ce naufrage universel des vertus du premier homme veut-il excepter la foi toute seule, tandis que, s'il ne l'eût pas perdue la première, il n'aurait perdu aucune des autres ? Car, en ajoutant foi au discours du démon, il cessa d'avoir foi à la parole de Dieu, et en s'enivrant de l'esprit d'orgueil, il a laisse son cœur s'éloigner de Dieu, et il s'est fait l'esclave de l'ange rebelle, en voulant s'affranchir d'une juste obéissance. Puis donc que nous ne pouvions avoir la vertu qu'autant que Dieu nous la donnerait (Sag., VIII, 21) ; ni le pur amour, qu'autant que Dieu répandrait sa charité dans nos cœurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné (Rom., V, 5) ; ni enfin la sagesse et l'intelligence, le conseil et la force, la science et la piété, et la crainte de Dieu, qu'autant que ces vertus nous seraient données par l'Esprit-Saint (ISAIE, XI, 2) : comment la foi, perdue dans la personne d'Adam, pourrait-elle se retrouver dans quelqu'un de ses descendants, si elle n'était répandue dans nos cœurs par ce même Esprit qui opère tout en tous (I Cor., XII, G) ? Par conséquent, si la postérité d'Adam n'a pas perdu ce qu'il a perdu lui-même, il s'est donc blessé lui seul par son péché, sans blesser avec lui tout le genre humain. Et pourtant, tous ont péché dans un seul (Rom., V, 12) ; toute sa postérité a encouru la damnation en conséquence de son infidélité. Donc tous ont perdu ce qu'Adam a perdu lui-même. Or il a perdu la foi avant tout ; et puisque c'est la première de toutes les vertus que nous avons pu perdre, c'est elle aussi que nous avons à recouvrer avant les autres. "

11. S. FULGENCE, de incarnatione et gratiâ Christi, c. 13 : " Etant vendu au péché comme désormais son esclave, (le premier homme) a engagé dans son même esclavage tous ses futurs

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descendants. C'est ce que saint Paul fait clairement entendre par ces paroles : Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché et ainsi la mort est passé dans tous les hommes par ce seul homme, en qui tous ont péché (Rom., V, 12). Voilà le malheur que nous avons tous éprouvé dans la personne de notre premier père, parce que tous ont péché en lui avant même qu'ils fussent nés ou qu'ils pussent pécher par eux-mêmes. De là il est arrivé que cette souche maudite n'a pu produire que des enfants de colère, en leur transmettant à la fois le péché et la mort, et que tous ceux qui pourront jamais sortir de cette semence infectée de péché, en contractant, à l'instant même de leur conception, la tache du péché de leur origine, conséquemment à cette loi de péché à laquelle il est certain que nos corps mortels sont soumis depuis la naissance jusqu’à la mort, auront à traîner ici-bas une existence malheureuse, c'est-à-dire, incertaine de sa durée, sujette au péché et à la mort, sans pouvoir se délivrer de ce joug pesant, auquel sont soumis tous les enfants d'Adam depuis le jour de leur sortie du sein de leurs mère jusqu'à celui de leur sépulture (Ecclé., XL, 1). Car il est écrit : L'homme né de la femme est pour peu de temps sur la terre, et ne cesse de ressentir les effets de la colère de Dieu (JOB, XIV, 1). Et cette première mort, à laquelle l'homme est voué dès sa naissance, ne serait encore qu'un acheminement vers une seconde, si, au moment de quitter cette misérable vie, on se trouvait dénué de la grâce du divin Rédempteur. Afin donc que la grâce de ce Dieu infiniment miséricordieux nous délivrât des liens du péché originel où nous restions engagés par la faute du premier homme, le médiateur unique entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, a paru enfin sur la terre. Car comme Dieu est immortel et saint en même temps, et que la transgression du premier homme nous avait rendus sujets à la mort en même temps que pécheurs, pour pouvoir appliquer un remède assorti à cette double plaie de nos corps comme de nos âmes, le Fils unique de Dieu a voulu naître de l'homme et être homme lui-même, lui qui éternellement puise dans le sein de son Père la sainteté et l'immortalité. "

12. GENNADE, Lib. de ecclesiasticis dogmatibus, c. 39 ; c’est le témoignage rapporté canon 2 du concile d'Orange, p. 235.

13. S. AUGUSTIN, Enchirid. ad Laurentium, c. 26 ; c’est le passage rapporte également déjà dans ce chapitre, page 235.

14. Le même, Lib. XV de Civitate Dei, c. 1 : " Chacun de

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nous, en tant qu'issu d'une race maudite, ou comme enfant d'Adam, naît méchant et charnel, et ne devient bon et spirituel qu'autant qu'il renaît croît en Jésus-Christ (Cf. La Cité de Dieu, trad. de Morceau, t. II, p. 363). "

15. Le même (ou l'auteur du traité) de Prædestinatione et Gratiâ, c. 3 : " Le vice introduit dans la racine s'est tellement communiqué par voie de propagation à tous les rejetons qui en sont sortis, que l'enfant même d'un jour n'est pas innocent de cette faute primordiale (JOB, XIV, 4-5, d'après les Septante), à moins qu'il n'en soit lavé par la grâce toute gratuite du Sauveur. Que si ceux-là même ne sont pas exempts de péché qui n'ont pu en commettre encore aucun par eux-mêmes il faut donc qu'ils l'aient contracté par autrui, de la manière que l’Apôtre nous le fait entendre par ces paroles : Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché et ainsi la mort est passé à tous les hommes par ce seul homme, en qui tous ont péché. Nier cela, c'est nier avant tout que nous soyons mortels. Car si, comme le dit l’Apôtre, le péché est entré dans le monde par un seul homme, et si la mort y est entrée par le péché, la mort n'a pu y entrer sans le péché. Et puisque la mort n'est pas une condition de notre nature, mais une peine du péché, la peine ne doit venir qu’à la suite du péché. Comme, d'un autre côté la mort est passée à tous les hommes, il faut donc que le péché soit passé aussi à tous les hommes. Comment le péché originel peut-il naître dans les enfants en même temps qu'eux-mêmes, c'est ce que nous ne saurions voir des yeux de la chair. Mais comme nous voyons soumis à la loi de la mort tous ceux que leur naissance charnelle fait remonter jusqu’à Adam, quand bien même ils auraient déjà reçu en Jésus-Christ une nouvelle naissance, ce que nous voyons nous oblige de confesser ce que nous ne voyons pas. Car il serait plus facile d'expliquer comment, un péché ayant été commis, le châtiment ne viendrait pas à la suite, qu'il ne le serait de concevoir comment, sans qu'un péché eût été communiqué, quelqu'un qui n'aurait pas participé à la faute, participerait néanmoins à la peine. Si donc, comme nous l'avons fait voir, nous sommes tous débiteurs par le fait même de notre origine, puisque, comme l'a dit l’Apôtre, tous ont péché dans la personne du premier homme, et que la masse même dont nous sommes tirés a été frappée de malédiction, que personne désormais n’ose se plaindre de la dureté de sa condition ou de la peine qu'il

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subit, puisqu'elle est le résultat de la condition de sa naissance, indépendamment même des péchés personnels qu'il a pu commettre dans la suite. "

16. Le même, Lib. VI contra Julianium, c. 12 : " Pour moi, j'ai toujours fait profession de croire, depuis ma conversion au christianisme, comme je le fais aujourd'hui, que le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, et qu'ainsi la mort est passée dans tous les hommes par ce seul homme, en qui tous ont péché. On peut là-dessus se reporter aux ouvrages que j'ai composé n'étant encore que laïque, et peu de temps après ma conversion : quoique je ne fusse pas encore versé dans la lecture des saints livres comme je l'ai été depuis, on verra que dés-lors je n'ai jamais rien pensé ni rien dit sur ce point, lorsque je me suis trouvé engagé à m'expliquer sur cette matière, qui ne fût très-conforme à ce qu'on a cru et enseigné de tout temps dans l’Eglise catholique, savoir, que le péché originel a fait tomber le genre humain dans cet affreux état de misère où nous le voyons, et où l'homme est tellement devenu sujet à la vanité que ses jours passent comme l'ombre, et que tout homme vivant est un abîme de vanité ; état d'où nous ne pouvons sortir, si nous ne sommes délivrés par celui qui a dit : La vérité vous rendra libres (JEAN, VIII, 52) ; et ailleurs : Je suis la vérité (JEAN, XIV, 6) ; et dans un autre endroit : Si le Fils vous met en liberté, vous serez alors véritablement libres (JEAN, VIII, 36). "

17. Ibidem, c. 20 : " Pour réfuter les paroles de mon livre (de Nuptiis et Concupisc., lib. I, c. 13) que vous rapportez, vous dites qu'il fallait garder la même règle à l'égard de l'homme pécheur que celle qui avait été gardée à l’égard du démon, savoir, qu'aucun ne fût condamné que pour les péchés qu'il aurait commis lui-même par sa propre volonté, et qu'ainsi il ne saurait y avoir de péché originel, puisqu'autrement, dîtes-vous, on ne pourrait plus appeler bon l'ouvrage de celui qui pourtant a fait bon tout ce qu'il a fait, sans en excepter le démon. Et vous ne voyez pas que Dieu n'a pas fait sortir les démons les uns des autres, ni même d'anges d'ailleurs bons, mais en qui il y aurait une loi des membres contraire à celle de l'esprit, comme cela se trouve dans les hommes qu'ont engendré d'autres hommes. Votre argument aurait peut - être quelque force, si le diable engendrait des enfants à la manière des hommes, et qu'alors je soutinsse que ces enfants du diable n'hé-

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riteraient pas du péché de leur père. Mais il faut raisonner autrement de celui qui était homicide dès le commencement (JEAN, VIII, 44), et qui, presqu'aussitôt que l'homme eut été créé, lui a donné la mort en se servant de la femme pour le séduire, et infidèle le premier par l'abus qu'il a fait de sa liberté, a entrainé l'homme avec lui dans sa chute ; il faut raisonner de lui autrement, dis-je, que de l'homme, par qui le péché est entré dans le monde, comme la mort par son péché en qui tous les hommes ont péché, et par qui, en conséquence, la mort est passée à tous les hommes (Rom., V, 12) ; paroles de l'Apôtre qui marquent évidemment, qu'indépendamment des péchés particuliers à chacun, il y a un péché originel commun à tous les hommes. "

18. Ibidem, c. 24 : " Ce qui fait éclater davantage l'amour de Dieu envers nous, nous dit l’Apôtre, c'est que lors même que nous étions encore pécheurs, Jésus-Christ n'a pas laissé dans le temps de mourir pour nous ; maintenant donc que nous avons été justifiés par son sang, nous serons à plus forte raison délivrés par lui de la colère de Dieu (Rom., V, 8-9). C'est de cette colère qu'il est dit, que nous étions, par le fait de notre naissance, enfants de colère comme tous les autres (Ephés., II, 3). C'est de cette colère que le prophète Jérémie dit aussi : Maudit soit le jour où je suis né (JEREM., XX, 14). C'est de cette même colère que le saint homme Job dit à son tour : Périsse le jour où je suis né (JOB, III, 3). C'est de cette même colère qu'il dit encore : L'homme né de la femme, destiné à vivre peu de jours sur la terre, et accablé du poids de la colère du Tout-Puissant, tombe bientôt comme la fleur des champs, fuit comme une ombre du milieu des vivants, et ne saurait subsister (JOB, XIV, 1 et suiv., d'après les Septante). Ne vous êtes-vous pas, ô Dieu, occupé de lui, jusqu’à vouloir qu'il entre en jugement avec vous ? Eh ! qui sera pur de toute souillure ? Pas un seul ne l'est, pas même l'enfant dont la vie sur la terre n'est encore que d’un jour. C'est de cette même colère que parle, dans les termes suivants, l'auteur de l’Ecclésiastique : Tout homme s'use comme un vêtement ; car la loi en a été portée de tout temps : Vous mourrez (Ecclé., XIV, 18, d'après les Septante). La femme a été le principe du péché et c'est par elle que nous mourons tous (Ecclé., XXV, 33). Une inquiète occupation a été destinée d'abord à tous les hommes, et un joug pesant accable les enfants d'Adam, depuis le jour qu'ils sortent du ventre de leur mère jusqu'au jour de leur sépulture où ils rentrent dans la mère commune de tous

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(Ecclé., XL, 1). C'est de cette même colère que l'Ecclésiaste a dit : Vanité des vanités, et tout n'est que vanité : quel avantage revient-il à l'homme de toutes les peines qu'il se donne sous le soleil (Ecclés., I, 1-2) ? C'est encore de cette colère que l'Apôtre a dit : Toute créature est assujettie à la vanité (Rom., VIII, 20). C'est elle qui fait pousser au Psalmiste ces gémissements : Je vois que vous avez fait pencher mes jours à la vieillesse, et mon être est comme le néant à vos yeux ; en vérité, tout homme qui vit sur la terre, et tout ce qui est dans l'homme n'est que vanité (Ps. XXXVIII, 6). C'est à ce même sujet qu'il a dit ailleurs : Les jours de l'homme passent comme une eau rapide, comme un songe ; sa vie est une fleur éphémère ; le matin, elle s'épanouie et se fane ; le soir, elle tombe sous la faux et se dessèche. C'est votre colère, hélas ! ô Dieu, qui nous a réduit à cet abattement ; c'est votre fureur qui nous a jetés dans le trouble. Vous avez exposé mes iniquités à vos yeux, la suite de nos actions à la clarté de votre visage : aussi tous nos jours s'écoulent devant le souffle de votre colère ; nos années s'évanouissent comme le travail de l’araignée (hébr., comme un soupir qu'on laisse échapper) (Ps. LXXXIX, 5-9). Personne ne pourra se soustraire à cette colère de Dieu, s'il ne fait sa paix avec lui en recourant au divin médiateur. C'est ce qui a fait dire à ce médiateur lui-même : Celui qui ne croit pas au Fils, n'aura pas la vie, mais la colère de Dieu reste appesantie sur lui (I JEAN, V, 56). Il ne dit pas qu'elle tombera sur lui, mais qu'elle reste appesantie sur lui. "

19. Ibidem, c. 26 : " Vous ne craignez pas de dire (Julien) que vous êtes en société avec les saints patriarches, les saints prophètes, les saints apôtres, les saints martyrs et les saints pontifes ; tandis que les patriarches vous disent que des sacrifices ont été offerts pour les péchés des enfants même nouvellement nés, attendu qu'aucun n'est exempt de souillure, pas même l'enfant dont la vie n'est encore que d'un jour sur la terre (JOB, XIV, 4-5, suivant les Septante) ; tandis que les prophètes vous disent : Nous avons été conçus dans l'iniquité (Ps. L, 7) ; tandis que les apôtres vous disent : Nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés dans sa mort ; de sorte que nous devons nous considérer comme morts au péché et comme vivant pour Dieu en Jésus-Christ (Rom., VI, 3, 11) ; tandis que les Martyrs vous disent que tous ceux qui descendent d'Adam par leur naissance charnelle, contractent dès leur naissance la contagion de la mort, dont la peine a été portée des le commencement,

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tellement que le baptême effacera en eux le péché d'autrui, sans qu'ils aient encore de péchés personnels ; tandis que les saints pontifes vous disent que tous ceux qui doivent leur naissance à la volupté charnelle, contractent la contagion du péché avant même de jouir du bienfait de la vie (S. Cyprien, Epist. ad Fidum ; S. Ambroise, Lib. de sacr. regener.). Vous osez vous associer à tous ces saints personnages, dont vous prenez à tâche de renverser la croyance. "

20. S. FULGENCE, de incarnatione et gratiâ Christi, c. 14 : " Il y a lieu de s’étonner que ceux qui veulent que la mort soit passée du premier homme à tout le genre humain, sans que le péché nous soit passé en même temps, ne voient pas en quelles difficultés leur sentiment les jette. Premièrement ils font Dieu injuste, en ce qu'il punirait de mort des enfants qui ne seraient souillés d'aucune tache originelle, et qui d'ailleurs, vu leur âge innocent, sont encore incapables de commettre un péché actuel quelconque par leur propre volonté, puisque l'Apôtre déclare que la mort est la solde du péché, et que le péché est l'aiguillon de la mort, sans doute parce que c'est la pointe de cet aiguillon qui donne la mort à l'homme. Car s'il est appelé l'aiguillon de la mort, ce n'est pas parce que la mort lui a donné entrée, mais bien plutôt parce que c'est lui qui a donné entrée à la mort dans le monde, de même que nous disons d'un breuvage empoisonné que c'est un breuvage de mort, non parce que c'est la mort, qui présente le breuvage, mais parce que c'est le breuvage qui produit la mort. Quelle justice y aurait-il donc à ce qu'un enfant reçu la solde du péché si le péché ne lui avait fait contracter aucune souillure ? Ou comment ressentirait-il l'atteinte de la mort, s'il n'avait pas à sentir avant tout la pointe de son aiguillon ? Et puisqu'il n'y a point d’iniquité en Dieu, dans ce Dieu qui a fait l'homme à son image, quelle justice y aurait-il à ce que l'image de Dieu, qui n'aurait pu se souiller par elle-même d'aucune faute, fût exclue du royaume de Dieu, à moins d'être rachetée par le sang du Fils de Dieu ?. . . Si donc ils veulent sortir de leur funeste impiété, injurieuse comme elle l'est à Dieu lui-même, qu'ils reconnaissent que le premier homme a transmis avec la mort le péché à ses descendants. "

21. Ibidem, c. 15 : " Ceux qui nient que les enfants aient le péché originel à leur naissance, ne nient pas pour cela que leur chair soit une chair humaine, et ils accordent en même temps que la chair exempte de péché que le Fils de Dieu a prise dans le

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sein d'une vierge était une chair humaine ; qu'ils disent donc qu'entre la chair du Fils de Dieu naissant d'une vierge et celle de tout autre enfant, il n'y a aucune différence. Qu'ils disent donc encore que les enfants, à qui ils attribuent l'avantage de naître sans péché, n'ont aucun besoin de la grâce du Sauveur ; et c'est ainsi qu'ils tombent dans l’erreur de Pélage, en s'élevant avec témérité contre la foi catholique. Car puisqu'ils prétendent que les enfants naissent sans péché, que leur reste-t-il à dire, sinon qu'il n'y a rien en eux qui ait besoin d’être purifié par la régénération spirituelle ? Et s'ils déclarent ces enfants exempts de la tache originelle, à quoi tendent leurs efforts qu’à leur faire accuser de mensonge la vérité de Dieu même quand ils voient ces mêmes enfants recevoir le sacrement de baptême pour la rémission des péchés ? sacrement que les plus petits enfants reçoivent dans la même forme que les adultes, pour que personne ne puisse ignorer qu'il y a en tous la même tache originelle. Que tous ceux donc qui désirent obtenir le salut éternel rejettent avec soin cette hérésie perverse, en confessant sans hésiter que les enfants qu'ils voient naître avec la peine du péché naissent aussi avec le péché lui-même, et se rendant dociles à cet avertissement de Job, que personne n’est exempt de souillure, pas même l'enfant dont la vie sur la terre n'est encore que d'un jour ; en admirant aussi les sentiments de componction et d'humilité avec lesquels David s'écrie : J’ai été conçu dans l'iniquité, et ma mère m'a enfanté dans le péché (Ps. L, 7) ; en voyant encore qu'Abraham a reçu l'ordre de circoncire son fils, sous peine de le voir bientôt frappé de mort : car voici les paroles que dit ce patriarche le Dieu juste et fidèle, qui n'inflige pas de châtiments là où il ne trouve pas de fautes à punir : Tout mâle dont la chair n'aura point été circoncise sera exterminé du milieu de son peuple, parce qu'il aura violé mon alliance (Gen., XVII, 14). Que ceux qui osent nier que les enfants contractent le péché originel par suite de leur naissance charnelle, nous disent donc en quoi un enfant de huit jours aurait pu violer l'alliance de Dieu, s'il ne l'avait pas violé en celui en qui tous ont péché, puisque l'Apôtre assure qu'avant leur naissance les enfants ne peuvent avoir fait ni bien ni mal (Rom., IX, 11), et que nous voyons que les enfants déjà nés, non pas seulement ceux. qui n'ont encore que huit jours, époque à laquelle ils recevaient la circoncision, mais encore tous les enfants, tant que dure leur enfance, sont également incapables de violer l'alliance de Dieu, par cela même qu'ils ne

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peuvent avoir aucune connaissance de cette alliance. Voudra-t-on, pour exempter les enfants du péché originel, faire valoir ce passage où saint Paul fait observer que la mort a régné d'Adam à Moïse même sur ceux qui n'ont pas péché à la ressemblance du péché d'Adam (Rom., V, 14) ? Mais si nous opposons à notre tour ces autres paroles du même apôtre : Tous les hommes ont été condamnés par la faute d'un seul homme, qu'il explique bientôt après par ces autres paroles : Beaucoup ont été rendus pécheurs par la désobéissance d'un seul homme ; et ce qu'il dit de tout le monde en général, et des Juifs comme des Gentils, que tous ont péché et ont besoin de la gloire de Dieu (Rom. III, 14), étant justifiés gratuitement par sa grâce et par la rédemption qui est en Jésus-Christ Notre-Seigneur, à quelles perplexités ne se trouvera-t-on pas réduit, si l'on ne consent à expliquer tous ces divers passages dans le sens de la croyance catholique, c'est-à-dire que les enfants n'ont aucun péché qu'ils aient commis par eux-mêmes, quoiqu'ils se trouvent tous avoir péché à la fois dans la personne du premier homme ? "

22. Le même, de fide ad Petrum, c. 23 : " Croyez fermement et sans hésiter que les premiers hommes, c'est-à-dire Adam et sa femme, ont été crées bons et tournés vers le bien, avec le libre arbitre et sans aucun péché, libres de demeurer toujours, s'ils l'avaient voulu, dans la soumission et l'obéissance, libres aussi de pécher par leur propre volonté, et qu'ainsi c'est par leur propre volonté, et non par nécessité qu'ils ont péché, et que leur péché a porté une telle atteinte à l'excellence de la nature humaine, que non-seulement il a été cause que la mort a régné sur les premiers hommes, mais encore qu'elle a régné avec le péché sur tous leurs descendants. "

23. S. PROSPER (Ou plutôt Julien Pomère, qui paraît avoir été le véritable auteur de cet ouvrage), Lib. II de vitâ contemplativâ, c. 20 : " De même que, comme nous étions tous en Adam, nous avons tous péché en lui ; ainsi du moment où nous prenons un nouvel être en Jésus-Christ, qui a daigné mourir pour nous, nous devons mourir avec lui à tous nos péchés, et ressusciter spirituellement avec lui. En Adam nous avons perdu tous les avantages que nous pouvions posséder ; en Jésus-Christ nous en recevrons de plus grands que ceux que nous avons perdus, et qui dureront toujours, si nous marchons avec persévérance sur ses traces.

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Adam, par le péché qu'il a commis, nous a rendus passibles de tous les maux dont Jésus-Christ quand il est venu sur la terre, nous a délivres par sa grâce. Le premier nous a transmis sa faute et en même temps la solidarité de son châtiment ; le second, qui ayant été conçu et étant né sans péché, ne pouvait pas se charger de nos péchés, s'est chargé du moins de la peine qu'ils méritaient, et par-là nous a procuré l'abolition du péché et de la peine tout à la fois, de sorte que si Adam nous a fait perdre le paradis tout entier, Jésus-Christ nous l'a rendu tout entier. "

24. S. PROSPER, contra Collatorem, c. 20 : " A quoi le péché a-t-il porté atteinte en nous, sinon à ce qui a été en nous la cause du péché (c'est-à-dire au libre arbitre) ? A moins peut-être qu'on ne dise que la peine est passée sans le péché à la postérité d'Adam : ce qui est tout-à-fait faux, et par conséquent ne saurait être supposé. Car il y aurait trop d'impiété à se former de la justice de Dieu cette idée, qu'elle puisse nous condamner avec les coupables sans que nous soyons coupables. Il est donc visible qu'il y a péché en nous par-là même que le châtiment y est aussi, et la communauté de châtiment pour tous les hommes indique qu'il y a en eux communauté de crime, et nous devons bien nous garder d'imputer à Dieu nos misères qui ne sont que la juste rétribution que nos péchés méritent. "

25. Le même, Poème sur les ingrats contre les pélagiens, c. 40 :

" Nous naissons tous pécheurs : tous portent en ce monde

Du premier des mortels la blessure profonde.

Blessure qui, passant du dedans au dehors,

Frappa plus tôt à mort son cœur que son corps,

Lorsque par son orgueil il crut l'ange infidèle

Qu'un même orgueil bannit de la gloire éternelle (1). "

26. Ibidem, c. 27 :

" Quand le chef des mortels, sans taches et sans vices,

Régnait en ce jardin d'éternelles délices,

Et fuyant le seul fruit d'un arbre dangereux,

Rendait hommage à Dieu qui le rendait heureux,

(1) Poème de saint Prosper contre les ingrats, trad. par Lemaître de Sacy :

Nemo etenim, nemo est, qui non cum vulnere primi

Sit patris genitus : quo vulnere mens priùs intùs

Percussa est, quàm membra foris ; cùm meute receptum est,

Quod regione poli disjecta superbia suasit.

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Nous étions du Très-Haut le chef-d’œuvre admirable,

Le céleste portrait, l'image incomparable.

Mais lorsque l'ange altier répandit dans son sein

Le penser orgueilleux d'un rebelle dessein,

Et brillant contre lui d'une cruelle envie,

Le fit désobéir à l'auteur de sa vie,

IL tomba dans le crime, et nous, infortunés

Pérîmes dans sa chute avant que d’être nés (1). "

27. PIERRE DIACRE et les autres Grecs envoyés à Rome pour la cause de la foi, à Fulgence et aux autres évêques d'Afrique ; lib. de incarnatione et gratiâ Christi, c. 6 (se trouve parmi les œuvres de saint Fulgence) : " Adam séduit par l'artifice du serpent, consentit à devenir prévaricateur de la loi de son Dieu, et par un juste jugement qui lui avait d'avance été annoncé, il encourut la peine de mort, en même temps que déchu, et quant à l'âme et quant au corps, de ses sublimes prérogatives, il perdit sa liberté et devint esclave du péché, le pire de tous les esclavages. A dater de ce moment, aucun homme n'a pu venir au monde exempt de ce péché à l'exception de celui qui, devant être médiateur entre Dieu et les hommes, est venu au monde d'une manière ineffable pour détruire le péché lui-même. Car, que pouvait-il et que peut-il encore naître d'un esclave, que des esclaves ? Or, Adam n'eut des enfants que lorsqu'il n'était déjà plus libre, ou que déjà il était devenu esclave du péché. Puis donc que tous les hommes sont descendus de lui, tous aussi lui doivent d'être esclaves du péché. De là ces paroles de l'Apôtre : Tous sont condamnés pour la faute d'un seul ; et ces autres encore : Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, et ainsi la mort est passée à tous les hommes par ce seul homme, en qui tous ont péché ? (Rom., V, 16 et 12). Ceux-là sont donc tout-à-fait dans l'erreur, qui disent que ce n'est pas le péché mais seulement la mort qui est passé à tous les hommes, puisque l'Apôtre déclare

(1) Poème de saint Prosper contre les ingrats, trad. par Lemaitre de Sacy :

Inviolata Dei quondam et sublimis imago

In primo cuncti fuimus patre ; dùm nemore almo

Degit, et edicto parens cavet arbore ab unâ.

At postquàm ruptà mandati lege superbum

Consilium mixtum invidiæ de fonte recepit,

Corruit, et cuncti simul in genitore cadente

Corruimus ; transcurrit enim virosa per omnes

Peccati ebrietas, corrupti et cordis in alvo

Persistit, crudâ fervet carbunculus escà.

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que le péché, aussi bien que la mort, est entré dans le monde par un seul homme. "

28. S. AUGUSTIN, contre Pélage et Celestius, livre second, qui a pour sujet le péché originel, c. 15, dit en parlant de Pélage, qui avait été réduit dans le concile de Jérusalem à dire anathème à ceux qui enseignent que le péché d'Adam n'a été nuisible qu’à lui-même, et non pas aussi à tout le genre humain : " Que fait à la chose que nous discutons maintenant ce qu'il répond pour sa justification à ses disciples, qu'il a consenti à prononcer cet anathème, parce qu'il soutient, lui aussi, que ce premier de tous les péchés n’a pas nui seulement au premier homme, mais aussi à tout le genre humain, non en ce sens qu'il se soit propagé parmi tous les hommes, mais parce que c'a été un exemple que tous ont suivi après lui ; c'est-à-dire, non en ce sens que tous ceux qui sont descendus de lui aient contracté quelque vice ou quelque tache par cela seul qu'ils sont descendus de lui, mais seulement en ce sens que tous ceux qui ont péché depuis n'ont fait qu'imiter ce premier de tous les pécheurs, ou bien encore, que les enfants ne sont pas dans le même état qu’était Adam avant sa chute ; en ce sens qu'ils ne sont pas capables à cet âge de recevoir un commandement, comme Adam l’était lui-même dès l'instant qui a suivi sa création, et qu'ils n'ont pas encore le libre usage de leur raison comme Adam l'avait, puisqu'autrement c'eût été en vain que Dieu lui eût fait un commandement ? Qu'importe encore une fois cette explication qu'il essaie de donner des paroles qui lui sont objectées, puisqu'il prétend avoir condamné justement par cela seul ce que quelqu'un pourrait dire, que le péché d'Adam n'a nui qu'à lui-même, et non à tout le genre humain, ou que les enfants qui naissent sont dans le même état qu'était Adam avant son péché, et n'avoir pas moins eu droit de soutenir ce qu'on lit dans les opuscules qu'il a composé depuis, que les enfants naissent sans aucun péché, sans aucun vice, et qu'il n'y a en eux au moment de leur naissance que ce que Dieu a créé, sans trace de la blessure que nous a faite notre ennemi ? "

29. Ibidem, c. 16 : " Est-ce qu'en disant ces choses, et en expliquant ces paroles dans un autre sens que celui qu'avaient en vue les Pères du concile qui les lui opposaient, il réussira à prouver qu'il n'a pas trompé ses juges ? C'est à quoi certainement il ne réussira pas. Car il aura trompé ses juges d'une manière d'autant plus subtile, qu'il aura donné à ses paroles un sens plus

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détourné. Et en effet les évêques catholiques, en entendant cet homme anathématiser ceux qui disent que le péché d’Adam a nui à lui seul, et non à tout le genre humain, ne pensaient pas qu'il attachât à ces paroles un autre sens que celui que leur attache d'ordinaire l'Eglise catholique. De là vient que c'est avec vérité qu'elle baptise les enfants pour la rémission de leurs péchés, non le péché qu'ils auraient commis par imitation, en suivant l’exemple du premier de tous les pécheurs, mais des péchés contractés par eux à leur naissance, à cause du vice de leur origine. . . . . "

" Les évêques, en vous donnant ces propositions à anathématiser, ne les prenaient pas dans le même sens que vous faites, et voilà pourquoi, quand ils vous ont entendu les anathématiser, ils vous ont cru catholique. Ainsi donc, vous méritiez d’être absous dans le sens qu'ils pensaient être le vôtre, en même temps que vous méritiez d’être condamné dans le sens qui était réellement le vôtre. Au fond, vous n'avez donc point été absous, puisque le sens que vous aviez dans l'esprit était un sens condamnable ; mais on a simplement absous en vous le sens que vous auriez dû suivre. Et vous, pour vous faire croire innocent, vous vous êtes donné l'air de partager le sentiment orthodoxe, tandis que vos juges ne s'apercevaient pas que vous en cachiez un autre en vous-même tout-à-fait digne de réprobation. "

30. Le même, Lib. I de peccatorum meritis et remissione, c. 9 : " Ces paroles de l'Apôtre, Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, vous m'avez écrit que les pélagiens s'efforcent de les détourner en un sens étrange, mais sans me faire connaître quel est ce nouveau sens qu'ils y attachent. Tout ce que j'ai pu apprendre là-dessus d'autres que de vous, c'est que, d'après ces hérétiques, la mort dont il est question dans ce passage n'est pas celle du corps, qu'ils ne veulent pas qu'Adam se soit attirée par son péché mais la mort de l'âme inséparable du péché lui-même, et que le péché est passé du premier homme à tous les autres, non par propagation, mais par imitation. Car c'est aussi en conséquence de cette opinion qu'ils refusent de croire que le baptême a pour effet d'effacer le péché originel dans les enfants, puisque, selon eux, les enfants à leur naissance n’ont aucune espèce de péché. Mais si l’Apôtre avait voulu parler des péchés qui ont pu entrer dans le monde par imitation plutôt que par propagation, il ne leur aurait pas donné pour introducteur le premier homme, mais bien le démon dont il est écrit :

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Le diable pèche dès le commencement (I JEAN, III, 8) ; dont il dit encore dans le livre de la Sagesse : La mort est entrée dans le monde par l'envie du diable (Sag., II, 24). Car comme la mort que le diable a introduite dans le monde n'a pas été introduite par lui en ce sens que les hommes aient été engendrés de lui, mais seulement en ce sens qu'ils l'ont imité, l'écrivain sacré ajoute aussitôt : Ceux qui se rangent à son parti deviennent ses imitateurs (ibid., 25). C'est pour cela que l’Apôtre, voulant dire que le péché et la mort étaient passés par propagation d'un seul à tous, a désigné pour introducteur de l'un et de l'autre celui qui est comme la souche ou le principe de propagation de tout le genre humain. Il est bien vrai qu'Adam est imité par tous ceux qui désobéissent à Dieu en violant quelque commandement divin ; mais autre chose est l’exemple que l'on suit en péchant volontairement, autre chose la source d'où découle le péché avec lequel on vient au monde. "

31. Ibidem, c. 10 : " Remarquez ensuite combien il y a de réserve, de propriété et de clarté d'expression dans ces paroles de l’Apôtre qui viennent après, dans lequel tous ont péché. Car quand même on voudrait entendre que ce serait au péché entré dans le monde par un seul homme que devraient se rapporter ces mots, dans lequel tous ont péché, il n'en serait pas moins évident qu'autres sont les péchés propres à chacun, et que commettent ceux-là seuls dont ils sont l'ouvrage, autre est ce péché unique, dans lequel tous ont péché lorsque tous étaient renfermés à la fois dans ce même premier homme qui l'a commis. Mais si l'on entend au contraire, comme c'est la vérité, que ce n'est pas du péché, mais plutôt du premier homme qu'il est dit ici : dans lequel tous ont péché, qu'y a-t-il de plus clair que ces paroles devenues ainsi la clarté même ? "

32. Ibidem, c. 11 : " Donc la mort a régné depuis Adam jusqu’à Moïse (Rom., V, 14) en tous ceux qui n'ont pas été aidés de la grâce de Jésus-Christ, qui aurait détruit en eux le règne de la mort ; et elle a régné même en ceux qui n’ont pas péché à la ressemblance de la prévarication d'Adam, c’est-à-dire qui dont pas péché comme lui par leur propre volonté, n'en étant pas encore capables, mais qui ont contracté le péché originel en celui qui est la forme sur laquelle a été modelé ce qui s'est fait depuis (" Qui est forma futuri quia in illo constituta est forma condemnationis futuris posteris. " Ici saint Augustin donne à ces paroles de l'Apôtre, qui est forma futuri, un sens tout différent de celui que leur attachent le commun des interprètes, et en particulier saint Chrysostôme. V. S. Joannis Chrysostomi opera, t. IX, p. 320, édit. de Montfaucon ; p. 579, édit. de Gaume, homélie X sur l’épitre aux Romains) ; car

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c'est sur le modèle de la condamnation portée contre Adam qu'a été tracée, pour ainsi dire, la condamnation de sa postérité, qui toute entière se voit condamné dès sa naissance à cause de celui dont elle est sortie, sans pouvoir échapper à la condamnation qui pèse sur elle, autrement que par la grâce du Sauveur. "

33. Ibidem, c. 12 : " Mais faites surtout attention a ces paroles, que tous sont morts à cause du péché d’un seul (Rom., V, 15). Car comment seraient-ils morts à cause du péché d'un seul, et non pas plutôt à cause de leurs propres péchés, s'il fallait entendre ici le péché commis par imitation, et non le péché transmis à tous par voie de propagation ? Mais remarquez encore ces paroles qui suivent : Il n'en est pas de ce don (de la grâce de Jésus-Christ) comme du péché (Rom., V, 16). Car nous avons été condamnés par le jugement de Dieu pour un seul péché, au lieu que nous sommes justifiés par la grâce après plusieurs péchés. Que nos adversaires nous disent maintenant où peut trouver place dans ces paroles cette imitation du péché d'Adam par laquelle ils voudraient tout expliquer. Nous avons été condamnés, nous dit l’Apôtre, pour le péché d'un seul, ou mieux encore pour un seul péché ; n'est-ce pas là ce que veulent dire ces mots ex uno in condemnationem ? L'Apôtre lui-même prend soin de nous les expliquer, lorsqu'il ajoute : Au lieu que nous sommes justifiés par la grâce après plusieurs péchés. Est-ce que, s'il n'y avait pas de péché originel, il n'y aurait que la grâce qui nous justifierait après plusieurs péchés, et que le jugement de Dieu ne nous condamnerait pas de même après plusieurs péchés ? Car le jugement de Dieu aurait alors plusieurs péchés pour objet, aussi bien que la grâce. Ou si c'était parce que tous les péchés qui seraient l'objet de cette condamnation auraient été commis à l'imitation d'un seul, que tous seraient condamnés pour un seul ; par la même raison, comme tous les péchés qui seraient remis par la grâce de la justification auraient été commis à l'imitation d'un seul, ce serait aussi après un seul péché qu'il faudrait dire que tous sont justifiés. Mais ce n'est pas là ce qu’entendait l’Apôtre, lorsqu'il disait : Nous avons tous été condamnés par le jugement de Dieu pour un seul péché au lieu que nous sommes justifiés par la grâce après plusieurs péchés. Tâchons donc nous-mêmes de l'entendre, et de comprendre qu'il

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a dit que nous avons tous été condamnés pour un seul ou pour un même péché, parce qu'il suffisait pour notre condamnation du seul péché originel, le même pour tous, quand même nous n'en aurions jamais eu d'autres. "

34. Le même, c. 13 : " Pourquoi l'Apôtre dit-il que le péché a régné dans le monde à cause du péché d'un seul, si ce n'est parce que tous les hommes étaient assujettis à la mort par cela seul que tous avaient péché dans la personne d'Adam, quand même ils n'auraient pas ajouté à ce péché primordial les leurs propres ? Autrement, ce ne serait pas à cause du péché d'un seul que la mort aurait régné dans le monde, mais à cause des péchés de tous, de tous leurs péchés et de chacun de leurs péchés. Car si tous sont morts à cause du péché d'un seul, parce que, venus à sa suite, ils l'ont imité dans son péché, à plus forte raison faudrait-il dire qu'Adam lui-même serait mort à cause du péché d'un autre, puisque non-seulement le diable avait péché avant lui, mais qu'il l'avait encore engagé à pécher, au lieu qu’Adam n'a point engagé ainsi ses descendants à pécher comme lui, et que beaucoup d'entre eux qui, dit-on, l'imitent, ne savent pas même ou ne croient pas qu'il ait péché de cette manière. Combien n'aurait-il donc pas été plus juste, ainsi que je l'ai déjà fait observer, que l’Apôtre eût désigné le diable comme celui par lequel le péché et la mort auraient été transmis à tous les hommes, s'il avait voulu parler ici des péchés commis par imitation, et non de celui qui nous est transmis par voie de génération ? Car il serait bien plus raisonnable d'appeler Adam l'imitateur du diable, qu'il a eu pour instigateur de son péché que d'appeler tous les hommes imitateurs de celui qui ne nous a jamais donné de conseils semblables, et dont il y a même beaucoup d'hommes qui ignorent l'existence. Que signifie de plus cette abondance de grâce et de justice, dont parle l'Apôtre, sinon que nous obtenons la rémission non-seulement du péché commun à tous par l’origine d'où il nous vient, mais encore de tous les autres que nous pouvons y avoir ajoutés, et que telle est la vertu de cette grâce ou de cette justice qui nous est communiquée, que tandis qu’Adam a donné son consentement à la simple suggestion qui lui était faite de commettre le péché, nous refusons le nôtre à la violence même que le démon met si souvent en œuvre pour nous y faire tomber ? Que signifie encore, ils règneront à plus forte raison dans la vie (Rom., V, 17), tandis que l'empire de la mort entraîne un bien plus grand nombre de victimes dans les supplices éternels

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de l'enfer, sinon que, pour l'un comme pour l'autre, il faut entendre ceux qui passent d'Adam à Jésus-Christ, c'est-à-dire de la mort à la vie, attendu qu'ils règneront sans fin dans la vie éternelle, au lieu que la mort n'aura régné en eux qu'un temps et qu'elle aura eu une fin ? Comme donc c'est par le péché d'un seul que tous sont tombés dans la condamnation, ainsi c'est par la justice d’un seul que tous les hommes reçoivent la grâce de la justification, avec la vie qui en est l'effet (ibid., 18). Ce péché d'un seul, si c'est qu'on l'ait imité, ne saurait être que celui du démon ; mais comme il est évident que c'est d'Adam, et non du démon, qu'il est question ici, il ne reste plus qu'a dire que c'est d'un péché transmis par voie de génération et non du péché simplement, qu’il s'agit en ce lieu. "

Le saint docteur entre encore dans de plus grands détails là-dessus au chapitre ou numéro 15, qu'on peut consulter dans l’ouvrage même (V. S. Augustini opera, t. X, p. 10-11, édit. des Bénédictins, col. 202-204, édit. de Gaume, XV, n. 19 et 20).

35. Le même, lib. II, Hypognosticon contra pelagianos (Cet ouvrage n'est pas de saint Augustin, mais de quelque auteur inconnu. V. NAT. ALEX., Hist. eccl., t. V, p. 100), c. 4 : " Nous contractons tous le péché de notre premier père, non par imitation, mais par voie de génération, ainsi qu'il est écrit : J’ai été conçu dans l'iniquité et ma mère m'a enfanté dans le péché (Ps. L, 7). Il y a péché par imitation, quand un pécheur en imite d'autres qui ont péché avant lui ; mais ce qui fait que l'un imite l'autre dans le mal, c'est la perversité de notre nature corrompue d'avance par le péché, et non l'effet de cette nature même que Dieu aurait créée tournée vers le mal. C'est pour cela que l'Apôtre disait aux Ephésiens déjà baptisés qu'ils avaient été enfants de colère par le fait de leur naissance. Car quiconque vient au monde par suite d'un commerce charnel est appelé avec justice enfant de colère par le fait de sa naissance, parce que par sa naissance il remonte jusqu'au premier homme, qui a attiré sur lui et sur sa race, par sa désobéissance, la juste colère de Dieu. Car si nous ne contractions rien de son péché, qui lui attiré, comme je viens de le dire, la colère de Dieu, l'Apôtre ne dirait pas que nous aurions été enfants de colère par le fait de notre naissance. Son péché n'a donc pas nui à lui seul, mais il a nui de plus à tout le genre humain ; et c'est sur nous que retombe non-seulement sa condamnation, mais encore son péché. Car, que

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son péché nous ait atteints nous-mêmes, c'est ce que prouvent les paroles suivantes de ce même vase d’élection : Il n'y a nulle distinction, parce que tous ont péché et ont besoin de la grâce de Dieu (Rom., III, 22-23). En disant tous, l'Apôtre n'excepte personne, ou plutôt il désigne tout le genre humain. Car tous ont péché, dès-là que nous naissons tous pécheurs d’un même premier père, pécheur le premier. C'est pour cela que ce même apôtre dit encore : Tous sont condamnés par un juste jugement pour un seul (Rom., V, 16). Que veulent dire ces mots pour un seul, sinon pour un seul péché, ou pour le péché d'un seul ? Et comment nous trouvons-nous tous enveloppés dans la même condamnation, sinon parce que nous nous trouvons tous enveloppés dans la même faute qui a valu sa condamnation au premier homme ? Que veulent dire enfin ces mots, Tous ont besoin de la grâce de Dieu, sinon que tous ont besoin de la grâce de Dieu le Père par la médiation de Jésus-Christ qui est dans la gloire de Dieu son Père ? "

36. S. AUGUSTIN, Epist. LXXXIX (al. 167) ad Hilarium, q. 3 : " S'ils (les pélagiens) n'osent pas contredire le grand Apôtre, qu'ils nous expliquent comment ils entendent que ce jugement attiré sur les hommes par un seul péché leur produit la condamnation. Car nous ne sommes pas en peine de dire comment la leur produit celui que plusieurs péchés leur attirent, et nous savons bien que, lorsqu'ils paraissent devant le tribunal de Dieu chargés de plusieurs péchés c'est pour y être condamnés. "

" Dira-t-on que l'Apôtre n'a voulu faire entendre autre chose par-là, sinon que le péché a commencé par Adam, et que comme les autres hommes ne pèchent qu'à son imitation, il est vrai de dire que c'est ce premier péché qui les entraîne dans le jugement et la condamnation, puisque ce n'est qu’à l'exemple de celui qu'ils commettent les autres péchés par lesquels ils s'attirent la condamnation à eux-mêmes ? Mais si par ce seul péché dont parle l'Apôtre, il n'a voulu faire entendre que les péchés commis à l'imitation du péché d'Adam, pourquoi ne s'exprime-t-il pas de la même manière, quand il vient à parler de la justification et de la grâce ? Que ne dit-il que la grâce produit la justification après un seul péché, comme il dit que le jugement attiré sur les hommes par un seul péché leur produit la condamnation ? Car comme ces péchés particuliers de chacun, que l'Apôtre, à leur avis, désigné par ce seul péché dont ils parlent, se trouvent dans ceux qui sont condamnés comme tenant le milieu entre ce pre-

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mier péché à l'imitation duquel ils ont été commis, et le jugement qui les condamne, ils se trouvent tout de même dans ceux qui sont justifiés comme tenant le milieu entre ce premier péché et la grâce qui les en délivre ; et si c'est après s'être souillé de plusieurs péchés commis à l'imitation de ce premier, que les uns tombent dans la condamnation, c'est aussi après s'être souillés de plusieurs péchés commis à l'imitation de ce même péché, que les autres reçoivent la grâce qui les justifie. Ce qu'il peut y avoir de rapport entre ce seul péché dont parle l'Apôtre, et les péchés particuliers de chacun, étant donc égal de part et d'autre, c'est-à-dire quant à la justification des uns, comme quant à la condamnation des autres, pourquoi dit-il d'un côté que le jugement attiré sur les hommes par un seul péché leur produit la condamnation, et de l'autre que la grâce, même après plusieurs péchés, leur produit la justification ? "

" Que ces gens-là nous rendent donc raison de cette différence de langage, ou qu'ils reconnaissent que ce qui a fait parler l’Apôtre de cette manière, c'est qu'il entrait dans son sujet de suivre le parallèle d'Adam et de Jésus-Christ, qu'il nous représente, l'un comme le principe de la génération charnelle, et l'autre comme celui de la régénération spirituelle ; mais avec cette différence que l'un n'est qu'homme, et que l'autre est Dieu aussi bien qu'homme ; d'où il arrive qu'au lieu que la génération dont Adam est le principe ne nous rend coupables que du seul péché qui passe de lui en nous, l'effet de la régénération dont Jésus-Christ est l'auteur, n'est pas borné à ne nous délivrer que de ce péché que nous tirons d'Adam ; et qu'ainsi, au lieu que la condamnation que la génération charnelle nous attire, n'est fondée sur ce péché commun qui lie tous les enfants d'Adam (car ceux que nous ajoutons à celui-là par nos dérèglements viennent de notre mauvaise vie et non de notre naissance), la régénération efface non-seulement le péché que nous tenons d'Adam, mais tous ceux que nous y avons ajoutés par la dépravation de nos mœurs, c'est donc cette différence qui a fait dire à l'Apôtre d'un côté, que le jugement attiré sur les hommes par un seul péché les précipite dans la condamnation, et de l'autre, que la grâce, même après plusieurs péchés, leur produit la justification. "

37. Le même, Lib. VI contra Julianum, c. 24 : " C'est en vain que de ces paroles de l'Apôtre l'occasion desquelles, par un prodige d'audace, ou pour mieux dire de folie, vous osez contredire une des vérités de la foi les mieux établies ; que de ces

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paroles, dis-je, Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, et ainsi la mort est passée dans tous les hommes par ce seul homme en qui tous ont péché, vous vous efforcez de tirer une explication nouvelle, forcée et contraire à l'évidence des termes, en prétendant que ces mots, in quo omnes peccaverunt, reviennent à dire, " C'est pour cela que tous ont péché, " (comme ceux-ci du Psalmiste, in quo corrigit junior viam suam, voudraient dire, C'est pour cela que celui qui est jeune corrige sa voie) ; de sorte qu'il ne faudrait pas entendre par-là que tous pris collectivement auraient péché originairement dans un seul homme, mais que chacun pèche aujourd'hui parce que le premier homme a péché, c’est-à-dire en imitant son exemple, et non par le seul fait de sa génération ou de son origine. Nous disons donc que cette locution, in quo, ne peut pas signifier ici propter quod. Car on ne peut dire : " C'est pour cela qu'un tel a péché, " que lorsqu'on parle, ou de la fin qu'il s'est proposée en se portant au péché, ou de la chose qui a pu être en une façon quelconque cause de son péché. Mais qui pourrait être assez dépourvu de sens commun pour dire, par exemple : Cet homme a commis un meurtre, parce qu'Adam a mangé du fruit défendu dans le paradis terrestre ? tandis que cet homme aurait fait son action sans penser le moins du monde à notre premier péché, mais uniquement pour s'emparer de l'or qu'il aurait supposé à sa victime ? Ainsi pourrions-nous raisonner de tous les autres péchés qu’un homme peut commettre, et dont chacun a sa cause particulière sans que celui qui le commet pense aucunement à celui qu'a commis le premier homme, ou qu'il se le propose pour modèle. Caïn lui-même, malgré la connaissance qu'il avait de son père et du péché que son père avait commis, ne saurait être supposé avoir commis lui-même son crime cause de cela, c'est-à-dire à cause du péché commis par Adam. On sait en effet pourquoi ce premier des homicides se porta à tuer son frère : c'est parce qu'il était jaloux de lui, et non parce que son père lui avait donné l’exemple de la désobéissance au commandement divin (Cf. Les six livres de saint Augustin contre Julien, défenseur de l'hérésie pélagienne, t. II, pag. 458-461, Paris, 1736). "

38. Le même, Serm. XIV de verbis apostoli, c. 14 : " Lorsqu'on presse les pélagiens par ces paroles de l’Apôtre : Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, et ainsi la mort est passée dans tous les hommes, par ce seul homme,

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en qui tous ont péché, IN QUO OMNES PECCAVERUNT ; par ces paroles qui me semblent si claires d'elles-mêmes, qu’à peine auraient-elles besoin d'explication ; ils affectent de répondre que ces paroles veulent dire simplement qu'Adam a péché le premier, et que ceux qui ont péché depuis l'ont fait à son exemple. Mais répondre ainsi, qu'est-ce autre chose que vouloir obscurcir ce qui est clair comme le jour ? Peccatum per unum hominem intravit, et per peccatum mors, et ità in omnes hommes mors pertransiit, in quo omnes peccaverunt. Vous dites que cela signifie que tous les hommes ont péché omnes peccaverunt, par imitation du péché d'Adam, in quo, qui a péché le premier. "

Ibidem, c. 15 : " Je réponds à mon tour que ce n'est pas Adam qui a péché le premier. Si vous cherchez quel a été le premier pécheur, vous trouverez que ç'a été le diable. Mais comme l'Apôtre voulait faire voir que toute la masse du genre humain avait été infectée dans son origine, il a eu bien soin de désigner celui dont nous sommes descendus, et non celui que nous avons imité. Il est vrai qu'on peut donner le nom de père à celui qu'on imite. Mes chers enfants, disait l’Apôtre aux Galates, vous pour qui j'éprouve de nouveau les douleurs de l'enfantement (Gal., IV, 19), comme il disait d'autres fidèles : Soyez mes imitateurs (I Cor., IV, 16 ; XI, 1). C'est à raison d'une imitation d'un autre genre qu'il a été dit à des impies : Vous êtes les enfants du diable (JEAN, VIII, 44). Car il est certain de foi catholique que le diable n'a engendré personne de nous, non plus qu'il n'est l'auteur de notre nature : il ne peut être notre père que par séduction, et nous ne pouvons être ses enfants que par imitation. Enfin, qu'on me montre qu'il a été dit quelque part que tous ont péché dans la personne du diable, comme il est dit ici que tous ont péché dans la personne d'Adam. Autre chose est de pécher à la suite et à l’exemple d'Adam, autre chose est de le faire dans sa personne. Car, avant même que nous fussions nés, nous étions tous en lui comme dans notre souche commune ; nous étions en lui comme l'arbre dans sa racine, et c'est par sa racine que l'arbre a été infecté. Ce qui prouve que les péchés que l'homme peut commettre ont leur modèle mais non leur origine dans le péché du diable, qui est vraiment le premier de tous les pécheurs, ce sont ces paroles de l'Ecriture : La mort est entrée dans le monde par l’envie du diable, et ceux qui se rangent à son parti deviennent ses imitateurs (Sag., II, 24-25). C'est en l'imitant, qu'ils se rangent à son parti. L'Ecriture dit-elle ici que ceux qui se rangent au

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parti du diable pèchent dans la personne du diable ? Au lieu qu'en parlant d'Adam, elle dit bien que c'est en lui que tous les hommes ont péché, à cause de leur origine qu'ils tirent de lui, parce qu'ils sont ses descendants, parce qu'ils sont le fruit de ses entrailles. Car si Adam est nommé le premier parce qu'il a péché le premier, comme premier exemple, mais non comme source originaire des péchés commis dans la suite, pourquoi irions-nous chercher si loin Jésus-Christ, venu si longtemps après Adam ? Si tous les pécheurs appartiennent à Adam, parce qu'Adam est le premier qui a péché, tous les justes devront aussi appartenir à Abel, parce qu'Abe1 a été le premier des justes. Pourquoi donc chercher jusqu’à Jésus-Christ ? Pourquoi chercher jusqu’à Jésus-Christ ? Ah ! mon frère ouvrez les yeux, et vous le saurez : c'est parce que la génération humaine ayant été maudite en Adam, c'est en Jésus-Christ que l’homme doit être régénéré. "

Ibidem, c. 16 : " Que personne donc ne cherche ici à nous donner le change : le témoignage de l’Ecriture est évident ; l’autorité sur laquelle nous nous appuyons est la plus solide de toutes ; notre foi n'est autre que la croyance catholique. Tout homme, du moment où il est engendré, est dans la damnation ; aucun ne peut en être délivré qu'il ne soit régénéré. "

39. Le même, Lib. III de peccatorum meritis et remissione, c. 8 : " Aucune raison, disent les pélagiens, ne peut nous autoriser à croire que Dieu, qui pardonne aux hommes leurs péchés personnels, leur impute ceux d'autrui. Nous leur répondons : Dieu remet les péchés, mais à ceux qui sont régénérés par l'esprit, et non à ceux qui ne sont encore qu'engendrés par la chair. Les péchés qu’il nous impute ne sont plus seulement des péchés d'autrui, mais nous sont devenus des péchés personnels. Ils nous étaient étrangers quand nous n'existions pas encore pour en recevoir la contagion ; mais la génération charnelle fait qu'ils deviennent personnels à ceux qui n'en sont pas encore délivrés par la régénération spirituelle. "

40. Le même, lib. VI contra Julianum, c. 10 : " Ce que vous objectez, que personne ne peut être puni pour des péchés qui lui sont étrangers, a besoin d'être expliqué pour n’être pas entendu dans un sens faux. Je ne m'arrête pas à vous faire observer que pour le péché de David seul, tant de milliers de personnes ont été frappées de mort (II Sam., XXIV, 18) ; et que parce qu'un seul n'avait pas observé l’anathème jeté sur toutes les dépouilles ennemies, ceux qui en étaient innocents, qui l'ignoraient même,

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n'en ont pas moins porté la peine de son péché (Jos., VII, 5). C'est là une autre question dont je n'ai point à m'occuper en ce moment, parce qu'il s'agissait là d'une autre espèce de péché et de peines. Les péchés de nos parents peuvent en un sens nous être étrangers, et en un autre nous être personnels. Ils nous sont étrangers en ce sens, que nous n'avons pas agi pour nous en rendre coupables ; mais ils nous sont personnels en ce que nos personnes, en qui ces péchés ont été propagés, en ont contracté la contagion. S'il n'en était ainsi, il n'y aurait plus de justice dans ce joug pesant imposé aux enfants d'Adam, depuis le jour qu'ils sortent du ventre de leurs mères jusqu'au jour de leur sépulture (Ecclé., XL, 4). "

" Quant à ces paroles de l'Apôtre que vous alléguez, que nous devons tous comparaître devant le tribunal de Jésus-Christ, afin que chacun reçoive ce qui sera dû aux bonnes ou aux mauvaises actions qu'il aura faites pendant qu'il était revêtu de son corps (II Cor., V, 10), comment pouvez-vous les appliquer aux petits enfants ? Dites-moi s'ils comparaîtront aussi devant le tribunal de Jésus-Christ, ou s'ils ne devront pas y comparaître. S'ils ne doivent pas y comparaître, de quoi vous sert ce passage que vous me citez, puisqu'il ne regarde point ceux dont il est question entre nous ? S'ils doivent y comparaître, comment recevront-ils ce qui sera dû à leurs bonnes ou à leurs mauvaises actions, puisqu'ils n'auront fait aucune action ? A moins que vous ne conveniez que ces paroles les regardent aussi parce qu'ils sont fidèles ou infidèles, selon que l'ont été les auteurs de leurs jours. Car l’Apôtre entend par ces actions que chacun aura faites pendant qu'il était revêtu de son corps, celles dont on a à répondre du moment où l'on vit de sa propre vie (Cf. Les six livres de saint Augustin contre Julien, etc., t. II, pag. 338-340). "

41. S. FULGENCE, de fide ad Petrum, c. 20 : " Croyez très-fermement et sans aucun doute que tout homme, une fois conçu par le commerce de l'homme et de la femme, ne peut naître qu'avec le péché originel, assujetti à l'infidélité, sujet à la mort, et par-là même naturellement enfant de colère (Ephés., II, 3). C'est ce qui a fait dire à l’Apôtre : Par la naissance naturelle, nous étions enfants de colère aussi bien que les autres. "

42. S. AUGUSTIN, de Naturâ et Gratiâ contra pelagianos, c. 30 : " Exceptée la sainte vierge Marie, dont je n'entends pas, à cause

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de l'honneur dû à Dieu, qu'il puisse être question lorsqu'il s'agit de péché : car comment savoir quelle surabondance de grâces a reçues pour vaincre le péché de toutes manières celle qui a été trouvé digne de concevoir et d'enfanter celui qui évidemment n'a jamais eu de péchés (Nous traduisons ici d'après l’édition des Bénédictins de Saint-Maur ou celle de M. Gaume, qui marque un point d'interrogation à la fin de ce membre de phrase. On peut voir d'autres variantes de ce même passage indiquées dans cette édition même. Saint Thomas, p. 3, q. 27, art. 4, lisait, quod ei plùs gratiæ, au lieu de quid ei plus gratiæ. Voir le texte latin en entier) ? Cette vierge donc exceptée, si nous pouvions rassembler tous les saints et toutes les saintes qui ont jamais vécu ici-bas, et leur demander s'ils étaient sans péché, que pouvons-nous penser qu'ils répondraient ? Parleraient-ils comme cet hérétique (M. E. de Pressensé (dans la Revue protestante intitulée Revue chrétienne, 2e année, page 10) soutient dans les termes suivants que saint Augustin n’exemptait pas la sainte Vierge elle-même du péché originel : " Saint Augustin déclare nettement que Marie est née, comme tous les hommes : de carnali concupiscentià parentum (contr. Julianum, lib. VI, c. 22). Elle est morte à cause du péché originel légué par Adam à ses descendants (Maria ex Adam mortua propter peccatum, in Psalm. XXXIV, serm. II, 3). Saint Augustin, tout en admettant le péché originel chez Marie, répugnait à admettre qu'elle eût péché volontairement, ou plutôt il ne voulait pas aborder la question (de naturâ et gratiâ Dei, lib. I, c. 36). C'était une concession malheureuse aux superstitions populaires. "

M. de Pressensé ne fait-il pas plutôt lui-même une concession malheureuse aux préventions de sa secte ? 1° Saint Augustin, en déclarant que Marie est née de la concupiscence charnelle de ses parents, ne dit nullement qu'elle en ait contracté le péché originel ; mais il ne fait qu'opposer la naissance, ou pour mieux dire, la conception de Marie, de carnali concupiscentià parentum, à la naissance ou à la conception du Christ, quem non de virili semine, sed de Spiritu Sancto procreavit. Il suit de cette différence, que la conception du Christ, tant active que passive, a été exemple de concupiscence, au lieu que la conception active de Marie n'en a pas été exempte, ce qui ne fait rien à la question de sa conception passive, c'est-à-dire de la conception de Marie considérée dans Marie elle-même.

2° Saint Augustin ne dit pas, comme le lui fait dire M. de Pressensé, que Marie soit morte à cause du péché originel légué par Adam à ses descendants ; mais il dit simplement qu'elle est morte à cause du péché d'Adam, parce qu'elle était née d'Adam : Maria ex Adam mortua propter peccatum (l’édition d'Erasme ajoute ici Adæ), Adam mortuus propter peccatum, et caro Domini ex Maria mortua est propter delenda peccata. Ainsi donc Adam, immédiatement créé de Dieu, est mort à cause de son péché personnel ; Marie, née d'Adam pécheur, est morte à cause du péché d’Adam, non qu'elle eût contracté ce péché lui-même, mais parce qu'elle en avait contracté en partie les effets ; et Notre-Seigneur, né de Marie par l’opération de l'Esprit-Saint, est mort, non pour subir la peine du péché d’Adam, mais pour détruire le péché lui-même. Tout cela se concilie fort bien avec la doctrine catholique de l’immaculée conception de Marie.

3° Dans le passage cité de naturâ et gratiâ Dei, saint Augustin déclare en termes absolus qu'il excepte la sainte Vierge, toutes les fois qu'il fait mention de péché quelconques : De quà. . . . nullam prorsùs, cùm de peccatis agitur, habere (al. haberi) volo quæstionem. L'exception est donc absolue ; au lieu qu'elle ne le serait pas, si, comme le prétend M. de Pressensé, saint Augustin avait cru la sainte Vierge souillée de la tache du péché originel), ou ne répondraient-ils pas plutôt comme l'apôtre saint Jean ? Quelque sainte qu'ait été leur vie, ne répondraient-ils pas tous d'une voix à une telle demande : Si nous disons que nous sommes sans péché, nous nous séduisons nous-même, et la vérité n'est point en nous (I JEAN, I, 8) ? "

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43. SIXTE IV, lib. III Extravagantium communium, tit. de reliquiis et veneratione Sanctorum, c. 1 : " Lorsque nous considérons avec une dévote attention les mérites sublimes qui élèvent la glorieuse vierge mère de Dieu au-dessus des cieux, dont elle est la reine, et qui la font resplendir par-dessus tous les astres comme l'étoile du matin ; lorsque nous pensons en nous-mêmes que cette mère de grâce, cette amie de la piété, cette voie de miséricorde, cette consolatrice du genre humain, fait pour le salut des fidèles qu'elle voit chargés du poids de leurs péchés l'office d'une avocate zélée et vigilante auprès du souverain roi qu'elle a porté dans son sein, nous regardons comme une bonne œuvre, ou plutôt comme un devoir, d'inviter tous les fidèles chrétiens par des indulgences et les autres grâces dont nous pouvons disposer, à rendre grâces de la merveilleuse conception de cette vierge immaculé au Dieu tout-puissant, dont la providence, jetant de toute éternité un regard de complaisance sur l'humilité de cette vierge, en a fait, par une abondante effusion de l'Esprit-Saint, la digne demeure du Fils unique de Dieu, qui, sans porter atteinte à sa virginité sans tache après comme avant l’enfantement, a pris d'elle la chair mortelle dont il s'est revêtu pour procurer la rédemption de son peuple, et ménager la réconciliation de la nature humaine avec son auteur, qui, par suite de la chute du premier homme, l'avait condamné à la mort éternelle ; à célébrer les messes et les autres offices divins institués pour cet objet dans l’Eglise de Dieu, et il y

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assister avec piété pour devenir ainsi plus propres à recevoir les grâces de Dieu par les mérites et l'intercession de cette même vierge. "

44. Le même, ibidem, c. 2 : " Tandis que la sainte Eglise romaine célèbre publiquement et avec solennité la fête de la conception de Marie vierge sans tache et toujours vierge, qu'elle a établi pour ce sujet un office spécial et tout particulier ; quelques prédicateurs de divers ordres, ainsi que nous l'avons appris, n'ont pas rougi jusqu'ici de dire publiquement dans leurs sermons au peuple de diverses villes et de divers pays, comme ils ne cessent encore de prêcher tous les jours, que tous ceux qui pensent ou affirment que cette glorieuse et immaculée mère de Dieu a été conçue sans la tache du péché originel, pèchent mortellement ou sont hérétiques ; et que ceux qui célèbrent l'office de son immaculée conception, et qui écoutent ceux qui prêchent ou affirment qu'elle a été conçue sans cette tache, pèchent grièvement. Non contents de se permettre des prédications de ce genre, ils publient des livres pour soutenir de semblables doctrines ; de sorte que les fidèles ne sont pas médiocrement scandalisés de ces sortes de prédications et de disputes, et courent risque de l'être encore de plus en plus. Nous donc voulant, autant que Dieu nous en donnera la force, obvier ces téméraires attentats, à ces assertions perverses et à ces scandales qui s'élèvent par intervalles dans l'Eglise de Dieu, de notre propre mouvement, sans en avoir été sollicités par la demande de qui que ce soit, mais d'après nos propres réflexions et de science certaine, réprouvons et condamnons par notre autorité apostolique, en vertu de ces présentes, comme fausses et erronées, et tout-à-fait éloignées de la vérité, les assertions de ces mêmes prédicateurs, et de tous autres qui seraient assez présomptueux pour affirmer que ceux qui croiraient ou soutiendraient que cette sainte mère de Dieu a été préservée dans sa conception de la tache du péché originel, encourraient pour cela seul la note d'hérésie ou pécheraient mortellement, et que ceux qui célébreraient l'office de sa conception, ou qui écouteraient débiter cette doctrine, se rendraient par-là coupables de quelque péché ; et nous réprouvons et condamnons de même les livres dont nous avons parlé qui contiennent des assertions de la même espèce. Et de notre propre mouvement, de notre science apostolique et de notre science certaine, nous statuons et ordonnons que les prédicateurs de la parole de Dieu, et tous autres, de quelque état, de quelque rang, de quelque

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ordre et de quelque condition qu'ils soient, qui par un téméraire attentat oseraient dans leurs discours devant le peuple, ou en toute autre occasion, après qu'ils auront eu connaissance de la présente constitution, affirmer comme vraies les assertions que nous venons d'improuver et de condamner, ou lire, garder par-devers eux et en leur possession les livres dont il s'agit comme s'ils contenaient la vérité, encourent par cela même la sentence d'excommunication, dont ils ne pourront être relevés par le bienfait de l'absolution, excepté à l'articla de la mort, que par le Pontife romain. Soumettant de même, de notre propre mouvement, de notre science certaine et de notre autorité apostolique, à de semblables peines et censures ceux qui oseraient affirmer que ceux qui tiennent le sentiment contraire, à savoir, que la glorieuse vierge Marie a été conçue avec le péché originel, commettent en cela le crime d'hérésie ou quelque péché mortel, puisque rien n'a encore été décidé à cet égard par l'Eglise romaine et par le siège apostolique (Cette raison même qui n'a plus son application aujourd'hui, explique et corrige la défense faite ici par Sixte IV. Voir plus bas, témoignage 46, le décret du souverain pontife Pie IX, porté à ce même sujet). Nonobstant toutes constitutions et tous règlements apostoliques contraires, par lesquels le siège apostolique aurait accordé, soit à des corporations, soit à des individus, le privilège de ne pouvoir être interdits, suspens ou excommuniés par des lettres apostoliques qui ne feraient pas une mention pleine et expresse de cet induit répété de mot à mot. "

45. Le concile de Trente, session V, à la fin de son décret porté au sujet du péché originel : " Le saint concile déclare cependant que, dans ce décret qui concerne le péché originel, son intention n'est point de comprendre la bienheureuse et immaculée vierge Marie, mère de Dieu ; mais qu'il entend qu’à ce sujet les constitutions du pape Sixte IV, d'heureuse mémoire, soient observées sous les peines qui y sont portées, et qu'il renouvelle. "

46. Notre saint père le pape Pie IX, dans sa lettre apostolique contenant la définition du dogme de l'immaculée conception : " Par l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et de la nôtre, nous déclarons, nous prononçons et nous définissons que la doctrine qui tient que la bienheureuse vierge Marie, dans le premier instant de sa conception, a été, par une grâce et un privilège spécial du Dieu tout-

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puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel, est révélé de Dieu, et par conséquent qu'elle doit être crue fermement et inviolablement par tous les fidèles. C'est pourquoi, si quelqu'un avait la présomption, ce qu’à Dieu ne plaise, de penser contrairement à notre définition, qu'il apprenne et qu'il sache que, condamné par son propre jugement, il aurait souffert naufrage dans la foi et cessé d'être dans l'unité de l’Eglise ; et que, de plus, il encourt par le fait même les peines de droit, s'il ose exprimer ce qu'il pense, de vive voix ou par écrit, ou de toute autre manière extérieure que ce soit (Voir les Annales de philosophie chrétienne, numéro de janvier 1855, ou 50e volume de la collection, 4e série, t. XI, p. 34 ; on y trouvera la lettre apostolique dont il s'agit, rapportée en entier. Voir aussi et surtout l'ouvrage de S. E. le cardinal Gousset, intit. La croyance générale et constante de l’Eglise, etc.). "
 
 

CHAPITRE III.

DU REMEDE AU PECHE ORIGINEL.

" Ce péché de notre origine, qui devient propre à chacun, comme nous l'avons dit, ne peut être effacé ni par les forces de la nature humaine, ni par quelque autre remède que ce soit que par les mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ, notre unique médiateur, qui nous a réconciliés avec Dieu par son sang, en se faisant notre justice, notre sanctification et notre rédemption. Or, ces mérites sont appliqués tant aux adultes qu'aux enfants par le sacrement de baptême conféré dans la forme voulue par l'Eglise, parce qu'il n'y a point d'autre nom sous le ciel, qui ait été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés. De là cette parole, qui a été dite par le saint précurseur : Voici l’agneau de Dieu, voici celui qui efface les péchés du monde ; et cette autre de l’apôtre saint Paul : Vous tous qui avez été baptisés, vous avez été revêtus de Jésus-Christ. " Doctrine du concile de Trente, session V, canon 3.

" Ceux-là se trompent lourdement, qui nient que les enfants nouvellement sortis du sein de leur mère doivent être baptisés, n'importe que ces enfants appartiennent ou n'appartiennent pas à des parents baptisés eux-mêmes. Car les uns et les autres ont besoin de l'être pour la rémission de leurs péchés, puisqu'ils ont également tous contracté en Adam le péché originel, qui doit être nécessairement expié par l'eau de la régénération, si l'on

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veut obtenir la vie éternelle ; ces paroles de l'Apôtre, que le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, et qu'ainsi la mort est passée à tous les hommes par ce seul homme, en qui tous ont péché, ne devant pas être entendues autrement que ne les a entendues de tout temps l’Eglise catholique répandue en tous lieux. Et c'est aussi conformément à cette règle de foi, fondée sur la tradition des apôtres, que même les plus petits enfants, qui n'ont pu encore commettre aucun péché par eux-mêmes, sont vraiment baptisés pour la rémission des péchés, afin que la tache qu'ils ont contracté par la génération charnelle soit effacée en eux par cette régénération spirituelle. Car quiconque ne renaît pas de l'eau et du Saint-Esprit ne saurait entrer dans le royaume de Dieu. " Doctrine du concile de Trente, session V, canon 4.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. I Timothée, II, 5-6 : " Il n'y a qu'un Dieu, et un médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, - qui s'est livré lui-même pour la rédemption de tous, en rendant témoignage dans le temps marqué. "

2. Romains, V, 1-2, 6-11 : " Etant donc justifiés par la foi, ayons la paix avec Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur, - qui par la foi nous a donné accès à cette grâce en laquelle nous demeurons fermes, et nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire des enfants de Dieu. - En effet, pourquoi, lorsque nous étions encore dans les langueurs du péché, Jésus-Christ est-il mort dans le temps marqué pour des impies comme nous, - lorsqu’à peine quelqu'un voudrait mourir pour un juste ? Peut-être néanmoins quelqu'un aurait-il le courage de donner sa vie pour un homme de bien. - Mais Dieu a fait éclater son amour pour nous en ce que, lors même que nous étions encore pécheurs, Jésus-Christ est mort pour nous dans le temps marqué. - Maintenant donc que nous sommes justifiés par son sang, nous serons à plus forte raison délivrés par lui de la colère de Dieu. - Car si, lorsque nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils, à plus forte raison, étant maintenant réconciliés avec lui, serons- nous sauvés par la vie de ce même Fils. - Et non-seulement nous avons été réconciliés, mais nous nous glorifions même en Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur, par qui nous avons obtenu maintenant celle réconciliation. "

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3. II Corinthiens, V, 17-19, 21 : " Si donc quelqu'un est en Jésus-Christ, il est devenu une nouvelle créature. Ce qui était vieux est passé tout est devenu nouveau. - Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui-même par Jésus-Christ et nous a confié le ministère de cette réconciliation. - Car Dieu a réconcilié le monde avec lui-même en Jésus-Christ, voulant bien ne point leur imputer leurs péchés, et c'est nous qu'il a chargé de porter la parole de celle réconciliation. - Par amour pour nous, il a traité celui qui ne connaissait point le péché comme s'il eût été le péché même, afin qu'en lui nous devinssions justes de la justice de Dieu. "

4. I Corinthiens, I, 30-31 : " C'est par-là que vous êtes établis en Jésus-Christ, qui nous a été donné de Dieu pour être notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption, - afin que, selon qu'il est écrit, celui qui se glorifie, ne se glorifie que dans le Seigneur. "

5. Tite, III, 4-7 : " Mais depuis que Dieu notre Sauveur a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous avons pu faire, mais par l'effet de sa miséricorde, en nous faisant renaître par le baptême et nous renouvelant par le Saint-Esprit, - qu'il a répandu abondamment sur nous par Jésus-Christ notre Sauveur, - afin qu’étant justifiés par sa grâce, nous devinssions héritiers de la vie éternelle selon l'espérance que nous en avons. "

6. Actes, IV, 10-12 : " C'est au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ de Nazareth (dit Pierre), que vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité d'entre les morts, que cet homme est maintenant guéri comme vous le voyez devant vous. - C'est cette pierre que vous, architectes, avez rejetée, et qui est devenue la principale pierre de l'angle ; - et il n'y a de salut par aucun autre : car il n'y a sous le ciel aucun autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés. "

7. JEAN, I, 29 : " Jean vit Jésus qui venait à lui, et il dit : Voici l'Agneau de Dieu ; voici celui qui efface les péchés du monde. "

8. Galates, III, 26 - 27 : " Puisque vous êtes tous enfants de Dieu, par la foi en Jésus-Christ. - Car vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ, vous avez été revêtus de Jésus-Christ. "

9. Romains, V, 12 ; comme dans le corps de la réponse.

10. JEAN, III, 15 : comme dans le corps de la réponse.

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TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Epist. XXVIII (al. 166) ad Hieronymum : " Je sais avec certitude que si l'âme est tombé dans le péché, ce n'est ni par la faute de Dieu, ni par la force d'aucune nécessité qui ait entraîné, soit Dieu, soit l'âme elle-même, mais par sa propre volonté et qu'elle ne saurait être délivrée du corps de cette mort, comme parle l'Apôtre (Rom., VII, 24), ni par la force de sa volonté en sorte qu'elle n'eût besoin pour cela que d'elle-même ni par la mort même de son corps, mais par la grâce de Dieu en Jésus-Christ Notre-Seigneur ; et que, dans tout le genre humain, il n'y a pas une seule âme qui n'ait besoin pour sa délivrance du Christ médiateur entre Dieu et les hommes ; que toutes celles qui sortent de leurs corps, à quelque âge que ce soit, sans avoir participé à la grâce de ce médiateur et au sacrement de la régénération, tombent dans les peines de l'autre vie, et ne reprendront leurs corps au dernier jugement que pour souffrir ; et qu'au contraire celles qui, après la génération ordinaire dont Adam est le principe, sont régénérées en Jésus-Christ, et appartiennent par ce moyen à la société qui unit ensemble tous les membres de ce divin chef, trouvent le repos après la mort de leur corps, qu'elles reprendront un jour pour entrer avec lui dans la gloire. Voilà ce que je tiens fermement sur ce qui regarde l'âme. . . "

" En attendant que je sache à laquelle des quatre opinions (sur l'origine de l’âme) il faut se ranger, je crois qu'on ne m'accusera pas de témérité si je dis que celle qui est la vraie n'a certainement rien de contraire à la foi constante et inébranlable par laquelle l'Eglise croit que les enfants, aussi bien que les autres, ont besoin d'être délivrés de la servitude du péché et qu'ils ne peuvent l'être que par Jésus-Christ et par Jésus-Christ crucifié (Cf. Lettres de S. Augustin, t. IV, p. 542-577). "

2. Le même, Enchid. ad Laurentium, c. 48 (al. XVII, 14) : " Le péché d'Adam, ce péché unique, mais si grand, et commis si librement par ce premier homme, dans un lieu et dans un état où il était très-heureux ; ce péché si énorme qui seul a suffi pour condamner tout le genre humain dans ce père commun, comme dans sa racine ; ce péché, dis- je, ne peut être remis ni effacé que par Jésus-Christ homme, l'unique médiateur entre

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Dieu et les hommes, et qui est le seul d'entre les hommes dont la naissance ait été parfaitement pure, de manière à ce qu'il n'ait pas eu besoin de renaître. Qui solus potuit ità nasci, er non opus esset renasci (Cf. Le Manuel de saint Augustin, dans les Traités choisis, t. II, p. 367-368). "

3. S. FULGENCE, de incarnatione et gratiâ Jesu Christi, c. 16 : " Personne ne peut s'affranchir de ce péché contracté dès l'origine par suite de sa génération charnelle, soit en s'aidant de ses moyens naturels, soit en s'attachant à la lettre de la loi ; mais il ne peut en être purifié que par la foi en Jésus-Christ qui est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Ce n'est que pour des impies que Jésus-Christ est mort, en s'offrant lui-même pour nous comme une oblation et une victime d'agréable odeur (Ephés., V, 2), ainsi que l'a dit l'Apôtre. C'est dans la personne de cet unique médiateur entre Dieu et les hommes, que la nature humaine a été réparée, et que la loi a été amenée à sa perfection ; car nous étions naturellement impuissants accomplir les devoirs de la vertu, puisque, privés de lumière et dénués de forces, depuis que nos jours se sont évanouis et que la colère de Dieu nous a frappés (Ps. LXXXIX, 9), sans loi et abandonnés à notre nature dépravée, nous étions tellement porté au péché par d'aveugles penchants, que nous ignorions notre état de péché même. C'est ce qui a fait dire à l'Apôtre : Je n'aurais point connu la concupiscence, si la loi n'avait dit : Vous n'aurez point de mauvais désirs (Rom., VII, 7). "

4. PIERRE DIACRE, Lib. de incarnatione et gratiâ Christi ad Fulgentium et reliques, c. 6 : " Personne ne saurait être délivré, autrement que par la grâce du Sauveur, de cette damnation et de cette mort (introduite dans le monde par le péché d'Adam). Maître qu'il était de toutes choses, puisqu'il est Dieu, le Sauveur a bien voulu se faire esclave et prendre la forme d'esclave, pour nous délivrer du perpétuel esclavage et de la tyrannie du diable, et nous rendre à la vraie liberté. C'est ce qui lui a fait dire aux Juifs : Vous serez véritablement libres, si le Fils de Dieu vous met en liberté (JEAN, VIII, 36). "

5. S. BERNARD, Epist. CXC ad Innocentium pontificem (lettre au pape Innocent II) : " C'est par un effet de la justice de Dieu que l'homme est assujetti à l'empire du démon, et par un effet de sa miséricorde qu'il en est délivré, de telle manière cependant

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que la justice elle-même n'est pas étrangère à sa délivrance, puisqu'il entrait dans les desseins de la miséricorde divine de mettre en usage contre le tyran de nos âmes plutôt la justice que la puissance, comme cela convenait d'ailleurs davantage à la nature d'un remède. Car que pouvait faire de soi-même pour recouvrer l'état de justice dont il était une fois déchu l’homme esclave du péché, captif du démon ? Ne pouvant avoir alors une justice qui lui fût propre, il a été mis à même de s'en approprier une qui lui était étrangère, et voici comment : Le prince de ce monde est venu, et il n'a rien trouvé dans le Sauveur qui lui appartînt (JEAN, XIV, 30), et comme, malgré cela, il a mis la main sur l'innocent, il a perdu en conséquence avec beaucoup de justice ce qu'il possédait auparavant, quand celui qui ne devait rien à la mort s'est soumis à la recevoir, et, par ce généreux sacrifice, a affranchi de cette dette celui-là même qui s'en trouvait débiteur et acquis par cela seul le droit de le soustraire à la puissance du démon. Car, quelle justice y aurait-il dans celui-ci à revendiquer de nouveau cette puissance ? C'est l'homme qui était débiteur, et c'est l'homme aussi qui a acquitté la dette. Car si un seul est mort pour tous, nous dit l'Apôtre, donc tous sont morts (II Cor., V, 14) ; de sorte que la satisfaction d'un seul a dû être imputé à tous, comme un seul a porté les péchés de tous, et que celui qui a satisfait n'est pas différent de celui qui avait forfait, puisque le corps doit être une même chose avec son chef. C'est donc le chef qui a satisfait pour ses membres, Jésus-Christ pour ses propres membres, lorsque, comme nous le déclare l'Evangile de Paul, qui convainc Pierre (Abailard) de mensonge, après être mort pour nous, il nous a fait revivre avec lui, en nous pardonnant tous nos péchés et qu'il a effacé la cédule qui nous était contraire ; qu'il a entièrement aboli le décret de notre condamnation, en rattachant à sa croix ; qu'il a désarmé enfin les principautés et les puissances (Col., II, 13-15). "

6. Le même, Serm. I de Purificatione B. Mariæ : " Lorsque Jésus-Christ a été abaissé un peu au-dessous des anges, qu'il est devenu le médiateur entre Dieu et les hommes, et que, comme la principale pierre de l'angle, il a pacifié par son sang le ciel et la terre, ç'a été alors, ô mon Dieu, que nous avons reçu votre miséricorde au milieu de votre temple. Car nous étions des enfants de colère par le fait de notre naissance ; mais nous avons obtenu miséricorde. Or, de quelle colère étions-nous les enfants ? et quelle miséricorde avons-nous obtenue ? Certes, nous étions des enfants d'ignorance, de paresse et de captivité et nous

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avons obtenu la sagesse, la vertu et la rédemption. L’ignorance de la femme, qui avait été séduite, nous avait aveuglés ; la mollesse de l'homme, qui s'était laissé attirer et entraîner par sa propre concupiscence, nous avait abattus ; et la justice de Dieu nous ayant justement abandonnés, la malice du démon nous avait réduits sous sa captivité. C'est ainsi que nous naissons, tous tant que nous sommes. Premièrement nous ne savons nullement le chemin de la cité céleste ; et secondement, nous sommes lâches et paresseux jusqu’à un tel point, que lors même que la voie de la vie nous serait connue, nous serions empêché de la suivre par notre propre paresse. Enfin, nous sommes tellement esclaves du plus méchant et du plus cruel de tous les tyrans, que quand même nous aurions toute la prudence et toute la force imaginables, nous ne laisserions pas d'être accablés et opprimés par la condition de notre misérable servitude. Une misère si extrême n'a-t-elle pas besoin d'une miséricorde et d'une compassion toute singulière ? Ou bien, si nous sommes déjà délivrés de cette triple colère par Jésus-Christ, qui a été fait par son Père céleste notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption quelle doit être notre vigilance, mes très-chers frères, de peur que, ce qu’à Dieu ne plaise, les derniers jours de notre conversion ne se trouvent pires que les premiers, s'il arrive que nous irritions de nouveau la colère de Dieu, puisqu'alors nous serons des enfants de colère, non plus seulement par l'effet nécessaire de notre naissance, mais par notre propre volonté (Cf. Les Sermons de saint Bernard sur les fêtes des saints, p. 25-26) ! "

7. S. AUGUSTIN, lib. VI contra Julianum, c. 4 : " Que les enfants n'aient la vie qu'autant qu'ils ont Jésus-Christ, qu'ils ne peuvent assurément avoir que lorsqu'ils sont revêtus de lui, de la manière que le dit l'Apôtre : Vous tous qui avez été baptisé en Jésus-Christ, vous avez été revêtus de Jésus-Christ (Gal., III, 27) ; que les enfants donc n'aient la vie qu'autant qu'ils ont Jésus-Christ, c'est ce que nous atteste l'évangéliste saint Jean dans son épître : Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n'a point le Fils n'a point la vie (I JEAN, V, 12). C'est donc avec raison qu'on les considère comme morts tant qu'ils n'ont pas reçu la vie de Jésus-Christ, puisqu'il est mort pour eux afin qu'ils aient la vie. Car si un seul est mort pour tous, donc tous sont morts (II Cor., V, 14). Et s'il est mort, c'est, comme il est marqué dans l'épître aux

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Hébreux (II, 15), afin de détruire par sa mort celui qui avait l’empire de la mort, c'est-à-dire le diable. Faut-il donc s'étonner si les enfants sont sous le pouvoir de celui qui a l'empire de la mort, tant qu'ils sont en état de mort par leur séparation d’avec celui qui est mort pour leur rendre la vie ? "

8. Le concile de Milève, canon 2 ; voir ce canon rapporté plus haut, question I du sacrement de Baptême témoignage 7, t. II, page 188.

9. Le concile d'Afrique, canon 77, comme il se trouve rapporté dans le canon cité tout-à-l'heure du concile de Milève.

10. S. AUGUSTIN, Lib. I de peccatorum meritis et remissione, c. 16 : " Quiconque naît de cette chair rebelle, et assujettie à la loi du péché et de la mort, a besoin d'être régénéré spirituellement, non-seulement pour qu'il puisse parvenir au royaume de Dieu, mais même simplement pour pouvoir être délivré de la réprobation du péché. Les enfants naissent donc assujettis tout à la fois au péché et à la mort en leur qualité d'enfants d'Adam, comme ils renaissent dans le baptême héritiers tout à la fois de la justice et de la vie éternelle par leur incorporation au second Adam, qui est Jésus-Christ. "

11. Le même, Lib. IV contra duas epistolas pelagianorum, c, 4 : " Les manichéens et les pélagiens contredisent également dans les enfants, quoique en sens opposés, la condition de la nature humaine, qui, toute bonne qu'elle était dans son institution première, se trouve viciée dans le mode de sa propagation ; confessant ainsi par ce qu'elle a de bon la bonté de son créateur et proclamant par ce qu'elle a de mauvais le besoin qu'elle a d'un rédempteur miséricordieux. Les manichéens reprennent en elle ce qu'elle a de bon ; les pélagiens nient en elle ce qu'elle a de mauvais : les uns comme les autres s'opposent ainsi à son bien, quoique par des voies différentes. Et quoiqu'elle ne sache pas encore parler dans les petits enfants, son bégaiement même à peine commencé et sa faiblesse, son imbécillité me semble leur reprocher aux uns comme aux autres leurs mensonges impies, et dire à ceux-là : Croyez que celui qui ne fait rien que de bon est celui qui m'a créé ; et ceux-ci : Laissez-moi chercher ma guérison auprès de celui qui m'a créé. Le manichéen dit : Il n'y a dans cet enfant que son âme qui soit bonne, et dont on doive chercher la guérison, tout le reste doit être répudié comme n'appartenant pas au Dieu bon, mais au principe des ténèbres. Le pélagien dit : Bien mieux que cela, il n'y a rien dans

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cet enfant qui ait besoin de guérison, car tout en lui est dans un parfait état de santé. Tous les deux disent faux ; mais celui qui n'accuse que la chair est au fond moins ennemi de notre nature que celui qui, en ne voyant en elle rien que de bon, lui refuse en conséquence tout moyen d'être guérie. Du reste, ni le manichéen ne lui procure à elle-même son salut, puisqu'il blasphème Dieu en ne voulant pas le reconnaître auteur de l'homme tout entier ; ni le pélagien ne permet à la grâce divine d'arriver jusqu'à l'enfant, en niant comme il le fait le péché originel. La foi catholique seule laisse à Dieu le moyen d'exercer sa miséricorde, en condamnant ces deux erreurs également contraires au salut de l'enfance, et disant aux manichéens : Ecoutez l’Apôtre qui vous crie : Ne savez-vous pas que votre corps est le temple de l'Esprit-Saint, qui est en vous (I Cor., III, 16) ? Croyez donc que le Dieu bon est le créateur des corps, puisqu'il n'est pas possible qu'un ouvrage du prince des ténèbres soit le temple de l'Esprit-Saint ; et en disant aux pélagiens : Cet enfant que vous voyez a été conçu dans l’iniquité et sa mère l'a enfanté dans le péché (Ps. L, 7). Pourquoi, en prétendant qu'il est pur de toute faute, empêchez-vous le pardon de l'atteindre ? Personne n’est exempt de souillure, pas même l'enfant qui n'a encore qu'un jour de vie sur terre (JOB, XIV, 4-8, d'après le texte des Septante). Laissez ce pauvre enfant recevoir la rémission de ses péchés par les mérites de celui qui seul n'a jamais eu de péché dans l'enfance, pas plus que dans la maturité de l’âge. "

42. Ibid. : " Les pélagiens voudraient détourner à leur sens les paroles de l’Apôtre. Là où l'Apôtre a dit : Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, et ainsi le péché est passé dans tous les hommes (Rom., V, 12) ; ils veulent que ce soit la mort, et non le péché qui soit passée dans tous les hommes (La Vulgate dit positivement que c'est la mort, mors pertransiit, qui est passée dans tous les hommes ; et la Vulgate est ici tout-à-fait conforme au texte grec. Il faut donc admettre ici une erreur de fait dans saint Augustin, qui ne lisant pas le mot mors dans sa version, en inférait que c'était peccatum qu'il fallait sous-entendre. Mais cela n'empêche pas son raisonnement d'être péremptoire contre les pélagiens). Que veulent donc dire les paroles qui suivent, en qui tous ont péché ? Car ou l'Apôtre veut dire que tous les hommes ont péché en ce seul homme dont il avait dit : Le péché est entré dans le monde par un seul homme ; ou il veut dire que tous les hommes ont péché dans ce péché, ou enfin qu'ils ont tous péché dans la

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mort. Car on ne doit point se mettre en peine de ce que le texte latin porte in quo, et non pas in quâ, puisque en grec le mot ???????, qui signifie mort, est du genre masculin. Qu'ils prennent donc tel parti qu'il leur plaira : car, ou cela veut dire que tous ont péché dans cet homme (in quo homine), et la cause en sera que, lorsque cet homme a péché, tous les autres hommes étaient en lui ; ou cela veut dire que tous ont péché dans ce péché commis par notre premier père (in quo peccato), et cela ne pourra venir que de ce que tous contractant ce même péché par la naissance, il est devenu le péché de tous ; ou bien enfin ces mots signifient que tous ont péché dans cette mort (in quâ morte). Mais je ne vois pas bien clairement quel sens alors ces mots présenteraient à l’esprit. Car, que tous meurent dans le péché, cela se conçoit ; mais que tous pèchent dans la mort, cela ne se conçoit pas, la mort devant être l'effet du péché, plutôt que le péché celui de la mort. En effet, le péché est l'aiguillon de la mort (I Cor., XV, 56), c'est-à-dire l'aiguillon dont la pointe produit la mort, et non l’aiguillon dont la mort perce sa victime : de même qu'on appellerait breuvage de mort le poison qui aurait été pris dans un verre, parce que ce breuvage aurait produit la mort, et non parce que la mort aurait créé ou présenté ce breuvage. Que si l'on ne peut pas rapporter au péché l'expression de l'Apôtre (in quo) par la raison que le mot grec (???????) sur lequel a ?té faite la version latine est du genre féminin (tandis que le pronom ??? est du genre masculin ou du genre neutre), il ne reste plus d'autre sens raisonnable à donner à cette expression, sinon que tous ont péché dans la personne de ce premier homme, parce que tous étaient en lui quand il a péché, de sorte que ce péché est contracté par la naissance, comme il est effacé par la régénération. Aussi est-ce de cette manière que saint Hilaire a expliqué ces même mots, in quo omnes peccaverunt ; car voici ses propres expressions : " In quo, id est, in Adam, omnes peccaverunt (En qui, c'est-à-dire en Adam, tous ont péché). " Il ajoute : " Manifestum est in Adam omnes peccasse quasi in massâ (Il est évident que tous ont péché en Adam comme dans leur souche commune). Ipse enim per peccatum corruptus, omnes quos genuit, nati sunt sub pecato (Car lui-même étant corrompu par le péché, a communiqué sa corruption ou son péché à tous ceux qui sont nés de lui). " Ces paroles d'Hilaire nous font clairement entendre le sens que nous devons nous-mêmes attacher à ces mots, in quo omnes peccaverunt. Mais ensuite, pourquoi le même apôtre nous

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dit-il que nous sommes réconciliés avec Dieu par le moyen de Jésus-Christ (Rom., V, 10), sinon parce que nous étions auparavant ses ennemis ? Et comment étions-nous devenus ses ennemis, sinon par le péché ? C'est ce qui a fait dire au Prophète : Vos péchés ont fait une séparation entre vous et Dieu (ISAIE, LIX, 2). C'est cause de cette séparation faite entre nous et Dieu que le Médiateur a été envoyé pour pouvoir effacer le péché du monde, ce péché qui nous séparait de Dieu et nous rendait ses ennemis, pour nous réconcilier à Dieu et nous rendre le droit de nous dire ses enfants. "

43. Le même, Lib. II contra Pelagium et Celestium, c. 60 : " Les sacrements de 1’Eglise indiquent tout seuls assez que même les enfants qui ne font que de naître sont délivrés de l'esclavage du démon par la grâce de Jésus-Christ. Car, outre que le baptême qui leur est donné pour la rémission des péchés n’est pas un mensonge, mais une vérité, on commence par les exorciser, par souffler sur eux pour expulser de leurs cœurs la puissance ennemie ; et par la bouche de ceux qui les présentent, on leur fait répondre qu'ils renoncent au démon et à ses œuvres. "
 
 

CHAPITRE IV.

DES RESTES DU PECHE ORIGINEL DANS LES PERSONNES BAPTISEES.

" Il faut confesser de plus que la tache du péché originel nous est remise par la grâce de Jésus-Christ, qui nous est conférée dans le baptême et que, quand une fois on est baptisé, tout ce qui constituait la nature du péché ne cesse pas seulement de nous être imputé, ou n'est pas simplement rasé à la surface, pour ainsi dire, de notre âme, mais est radicalement détruit en nous. Car Dieu ne trouve plus rien qui mérite sa haine dans ceux qui sont régénérés, puisqu'il n'y a point de condamnation pour ceux qui ont été véritablement ensevelis avec Jésus-Christ par le baptême pour mourir au péché ; qui ne se conduisent point selon la chair, mais qui, se dépouillant du vieil homme, et revêtent le nouveau qui a été créé selon Dieu, sont devenus purs et sans tache, innocents et chéris de Dieu, héritiers de Dieu lui-même et cohéritiers de Jésus-Christ, de sorte qu'il ne reste plus rien qui fasse obstacle à leur entrée dans le ciel. Il faut reconnaître cependant que la concupiscence ou le penchant au mal reste toujours dans les personnes même baptisées et que, comme elle

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nous a été laissée pour nous servir d'exercice dans le combat, elle ne saurait causer aucun dommage à ceux qui ne lui donnent pas leur consentement, et qui lui résistent avec courage par la grâce de Jésus-Christ : au contraire, la couronne est préparée pour ceux qui auront combattu selon les règles de la milice spirituelle. Quoique l'Apôtre donne quelquefois à cette concupiscence le nom de péché, l’Eglise n'a jamais entendu par-là que ce soit un péché véritable et proprement dit qui reste dans les personnes baptisées ; mais la concupiscence est appelée péché par l'Apôtre parce qu'elle est un effet du péché et qu'elle incline à le commettre de nouveau. " Doctrine du concile de Trente, session V, canon 5.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Romains, VIII, 1-2 : " II n'y a donc maintenant point de condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ, qui ne marchent pas selon la chair ; - parce que la loi de l'esprit de vie, qui est en Jésus-Christ, m’a délivré de la loi du péché et de la mort. "

2. Ibid., VI, 1-4 : " Que dirons-nous donc ? Demeurerons-nous dans le péché pour donner lieu à cette surabondance de grâces ? - A Dieu ne plaise ! car étant une fois morts au péché, comment vivrons-nous encore dans le péché ? - Ne savez-vous pas que nous tous qui avons été baptisé en Jésus-Christ nous avons été baptisés en sa mort ? - Car nous avons été ensevelis avec lui par le baptême pour mourir au péché ; afin que, comme Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts pour la gloire de son Père, nous marchions aussi dans une nouvelle vie. "

3. Ephésiens, IV, 22-24 : " Dépouillez-vous du vieil homme, selon lequel vous avez vécu dans votre première vie, qui se corrompt en suivant l'illusion de ses passions ; - renouvelez-vous dans l'intérieur de votre esprit, - et revêtez-vous de l'homme nouveau, qui est créé selon Dieu dans une justice et une sainteté véritables. "

4. Colossiens, III, 5-10 : " Faites donc mourir les membres de l'homme terrestre qui est en vous : la fornication, l'impureté, les abominations, les mauvais désirs, et l'avarice qui est une idolâtrie ; - puisque ce sont ces excès qui font tomber la colère de Dieu sur les enfants de l'incrédulité. - Et vous avez-vous-même commis autrefois ces actions criminelles, lorsque vous viviez dans ces désordres - mais maintenant quittez aussi

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vous-mêmes tous ces péchés : la colère, l'aigreur, la malice, la médisance ; que les paroles déshonnêtes soient bannies de votre bouche ; n'usez point de mensonge les uns envers les autres ; dépouillez-vous du vieil homme avec ses œuvres. - Et revêtez-vous de cet homme nouveau qui, par la connaissance de la vérité, se renouvelle selon l'image de celui qui l'a créé. "

5. Romains, VIII, 14-17 : " Tous ceux qui sont poussé par l'Esprit de Dieu sont les enfants de Dieu. - Aussi n'avez-vous, pas reçu un esprit de servitude, qui vous retienne encore dans la crainte ; mais vous avez reçu l'esprit de l'adoption des enfants, par lequel nous crions : Abba ! mon Père ! - Et cet Esprit rend lui-même témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. - Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu, et cohéritiers de Jésus-Christ, pourvu toutefois que nous souffrions avec lui, afin que nous soyons glorifiés avec lui. "

6. II Timothée, II, 5 : " Car celui qui combat dans les jeux publics n'est couronné qu'après avoir légitimement combattu. "

7. Romains, VI, 7-20 : " Que dirons-nous donc ? La loi est-elle péché ? Dieu nous garde d'une telle pensée ! Mais je n'ai connu le péché que par la loi ; car je n'aurais point connu la concupiscence, si la loi n'avait dit : Vous n'aurez point de mauvais désirs. - Mais le penchant au péché ayant pris occasion de s'irriter par les préceptes, a produit en moi toutes sortes de mauvais désirs ; car sans la loi le péché était mort. Et moi, je vivais autrefois sans loi ; mais le commandement étant survenu, le péché a commencé à revivre. - Car le péché, à l'occasion du commandement, m'a séduit et m'a tué par le commandement même - Ainsi la loi est sainte à la vérité, et le commandement est saint, juste et bon. - Ce qui était bon en lui-même m'a-t-il donc causé la mort ? Nullement ; mais c'est le péché qui, m'ayant donné la mort par une chose qui était bonne, a fait paraître ce qu'il était, de sorte que le péché est devenu par ces mémés préceptes une source plus abondante de péchés. - Ainsi ce n'est plus moi qui fais ce mal, mais c'est le péché qui habite en moi. - Car je sais que le bien ne se trouve pas en moi, c'est-à-dire dans ma chair, parce que je trouve en moi la volonté de faire le bien, mais sans y trouver le moyen de l'accomplir. Car je ne fais point le bien que je veux ; mais je fais le mal que je ne veux pas. - Or, si je fais ce que je ne veux pas, ce n'est plus moi qui le fais ; mais c'est le péché qui habite en moi. "

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TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Lib. II contra duas epistolas pelagianorum, c. 13 : " Ils disent aussi (c'est Julien d'Eclane qui faisait ce reproche aux catholiques) que le baptême ne remet pas tous les péchés, qu'il n'ôte pas toute culpabilité, mais qu'il ne fait que raser, pour ainsi dire, le péché à la surface, de façon qu'il en reste toujours les racines dans la chair maudite. Mais quels autres que des infidèles voudraient soutenir cette monstruosité ? Car nous disons, nous, que le baptême remet tous les péchés, qu' il efface tous les crimes, au lieu de ne faire que de les raser et d'en laisser subsister les racines, comme des cheveux qu'on rase, et qui ne font ensuite que repousser de plus belle. Car c'est la comparaison que j'ai trouvée qu'ils emploient, et dont ils nous chargent encore, comme si elle reproduisait notre langage ou exprimait notre pensée. C'est sans doute ce que nous avons pu dire de la concupiscence de la chair qui leur fait ici illusion, ou dont ils abusent pour faire illusion aux autres : car il est vrai qu'elle reste aux personnes baptisées pour leur fournir matière de combat, et accroître leurs mérites, si elles usent de vigilance et qu'elles se conduisent par l'esprit de Dieu. "

2. Ibidem, c. 14 : " Personne dans l'Eglise ne pourrait être légitimement admis au saint ministère si l'Apôtre avait dit : Que l'évêque soit sans péché (I Tim., III, 2), au lieu de dire, qu'il soit sans crime (irreprehensibilem) ; ou s'il avait dit : Que les diacres soient sans péché (ibid., 10), au lieu de dire, qu'ils ne se trouvent coupables d'aucun, crime (nullum crimen habentes). Car il y en a beaucoup qui sont sans crime parmi les fidèles baptisés ; au lieu que je n'oserais dire de personne vivant ici-bas qu'il soit sans péché, quelque parti que les pélagiens prétendent tirer de cet aveu pour s'élever et s'emporter contre nous : car nous ne disons pas pour cela qu'il reste en nous quelque péché qui n'ait pu être effacé par le baptême ; mais nous disons seulement que tant que nous sommes ici-bas avec notre penchant pour le mal, nous ne cessons de retomber dans des fautes dont nous devons tous les jours demander le pardon, et que Dieu veut bien aussi nous pardonner tous les jours en ayant égard à nos prières et à nos bonnes œuvres. Voilà la vraie foi catholique, telle que l'Esprit-Saint la répand dans nos cœurs, bien loin d'être, comme les assertions de nos adversaires, le produit de la vanité et de la présomption d'esprit. "

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3. Le même, Lib. VI contra Julianum, c. 13 : " Discutons maintenant cette autre accusation que vous m'intentez, d'avoir dit qu'on n'est purifié que partiellement par le baptême. . . Vous prétendez que j'ai dit que l'homme n'est pas parfaitement renouvelé par la grâce. Mais ce n'est pas là ce que je dis ; pesez bien mes paroles. La grâce renouvelle parfaitement l'homme, puisqu'elle lui procure l'immortalité et la plénitude du bonheur. Je dis de plus qu'elle renouvelle parfaitement l'homme même dès maintenant, quant à la rémission entière des péchés qu’elle nous procure, mais non cependant quant à la délivrance des maux et des misères de notre mortalité, dont le corps qui tend à sa corruption appesantit notre âme (Sag., IX, 15). "

4. Ibidem, c. 14 : " Quoique nous soyons morts au péché et que nous ne vivions plus que pour Dieu, il nous reste cependant quelque chose à faire mourir en nous, pour que le péché ne règne pas dans notre corps mortel, en nous faisant obéir à ses désirs déréglés (Rom., VI, 13), dont nous a justifiés, de manière à ce que nous n'en soyons plus coupables(" A quibus nos solvit, ne his essemus obnoxii, plena atque perfecta remissio peccatorum, et remanserunt in nobis cum quibur gerantur bella castrorum (al. castorum, S. Aug. oper., t. X, col. 1175, édition de Gaume). Je soupçonnerai qu'il faudrait lire ici, au lieu de à quibus nos : à quibus non, ce qui donnerait à la phrase ce nouveau sens : Pour que le péché ne règne pas dans notre corps mortel, en nous faisant obéir à ses désirs déréglés, auxquels ne nous exempte pas d’être toujours sujets la pleine et entier rémission des péchés (reçue dans le baptême), et qui restent en nous pour servir de matière à nos combats. "), la pleine et entière rémission des péchés, et qui sont restés en nous pour servir de matière à nos combats. . . Ainsi, bien que le baptême sanctifie aussi le corps, cette sanctification n'a cependant pour effet que de nous remettre nos péchés c'est-à-dire de nous laver non-seulement de tous les péchés antérieurement commis, mais encore du mal de la concupiscence qui nous reste, avec laquelle tout homme vient au monde nécessairement, et dont il mourrait même nécessairement coupable, s'il n'était auparavant régénéré. Où m'avez-vous donc surpris à dire, ou dans lequel de mes écrits avez-vous lu, que nous ne sommes pas renouvelés par le baptême, mais quasi renouvelés ; que nous ne sommés pas délivrés par le baptême, mais quasi délivrés ; que nous ne sommes pas sauvés, mais quasi sauvés ? Loin de moi cette impiété de frustrer de sa vertu la grâce de ce bain salutaire, ou j'ai reçu de l'eau et de l'Esprit-Saint une nouvelle naissance ; où j'ai

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obtenu le pardon de tous mes péchés, tant de ceux qui étaient le résultat de ma naissance, que de ceux qui étaient l’effet de ma mauvaise vie ! C'est cette grâce, je le sais, qui vient à mon secours pour m'empêcher de succomber à la tentation, en me laissant emporter et attirer dans le mal par la concupiscence (JAC., I, 14), et qui fait exaucer ma prière lorsque je dis avec les autres fidèles : Pardonnez-nous nos offenses. J'espère aussi que celte grâce me fera sentir sa vertu jusque dans l'éternité, alors qu'il n'y aura plus dans mes membres de loi qui combatte la loi de mon esprit (Rom., VII, 23). Je ne cherche donc point à rendre vaine la grâce de mon Dieu ; mais c'est vous, son ennemi, qui semblez chercher à la détruire par votre vaine présomption. "

5. Ibidem, c. 15 : " Dans le baptême donc sont remis tous les péchés, soit contractés dès l'origine, soit commis dans la suite par ignorance ou avec connaissance. Mais lorsque l'apôtre saint Jacques dit ces paroles : Chacun est tenté par sa propre concupiscence qui l’emporte et qui l'attire dans le mal (JAC., I, 14), et ensuite, quand la concupiscence a conçu, elle enfante le péché (JAC., I, 14-15), il faut bien distinguer dans ces paroles l'enfantement même du fruit de l'enfantement. C'est la concupiscence qui enfante, et c'est le péché qui est enfanté. Mais la concupiscence n'enfante pas avant d'avoir conçu et elle ne conçoit qu'après avoir attiré la volonté dans le mal, c'est-à-dire, obtenu son consentement pour le commettre. Les combats que nous livrons à la concupiscence ont donc pour objet de l'empêcher de concevoir et d'enfanter le péché. Si donc, en même temps que tous les péchés ou tous les mauvais fruits de la concupiscence, sont remis dans le baptême, la concupiscence elle-même était détruite d'où viendrait que les saints, pour l'empêcher de concevoir de nouveau, lui livrent encore tant de combats en matant leur corps, en flagellant leurs membres, en crucifiant leur chair ? "

6. Ibidem, c. 16 : " Vous êtes bien dans l'erreur en prétendant que si la concupiscence était un mal, on devrait en être délivré par le baptême Car, sans être un péché, elle est toujours un mal. Ou, pour m’exprimer plus clairement, c'est un mal dont on cesse d'être coupable, quoiqu'elle soit toujours un mal pour celui qui y reste sujet. Car, quoique baptisé, son corps ne reste-t-il pas sujet à la corruption ? Et n'est-ce pas un mal, que ce qui appesantit l'âme ? Il se serait donc trompé, celui qui a dit : Le corps qui se corrompt appesantit l’âme (Sag ., IX, 15) ? "

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7. Le même, Lib. II contra Pelagium, et Celestium, c. 39 : " La grâce du saint baptême qu'on reçoit maintenant dans l’Eglise de Jésus-Christ nous fera parvenir un jour à la perfection des saints. Car la même renaissance spirituelle qui fait que tous nos péchés nous sont remis, aura éternellement pour effet de nous régénérer même corporellement, en détruisant en nous tout foyer de concupiscence, en même temps que le corps revivra désormais incorruptible. Mais cette parfaite guérison de tous nos maux n'est encore que l'objet de notre espérance et non un avantage dont nous puissions dès maintenant jouir ; ce n'est pas pour nous un bien présent que nous nous flattions de posséder déjà, mais un bien futur que nous pouvons nous promettre, et que la patience nous fait un devoir d'attendre. "

8. Ibidem, c. 40 : " Ainsi nous sommes purifiés par l'eau du baptême, non-seulement de tous les péchés dont nous y obtenons la rémission, et dont nous nous rendons coupables en commettant le mal ou en cédant à de mauvais désirs ; mais encore de ces désirs mauvais, dont nous ne sommes pas coupables, tant que nous leur refusons notre consentement, et dont nous ne pouvons pas nous flatter de nous voir délivrés dès cette vie, mais seulement dans la vie à venir. Les enfants des fidèles même baptisés, tant qu'ils ne sont pas baptisés eux-mêmes, restent donc objets de la haine de Dieu pour ce désordre dont je viens de parler. " Voir d'autres témoignages semblables rapportés plus haut, question III du Baptême, témoignage de la tradition, tome II, page 209-226.

9. Le même, Lib. II de peccatorum meritiis et remissione, c. 28 : " Cette loi du péché que l’Apôtre appelle même péché lorsqu'il dit : Que le péché donc ne règne point dans votre corps mortel, en sorte que vous obéissiez à ses désirs déréglés (Rom., VI, 12), ne subsiste pas tellement dans les membres de ceux qui ont été régénérés par l'eau et par l'Esprit-Saint, qu'ils n'en aient pas obtenu la rémission, puisque la rémission des péchés est obtenue alors pleine et entière, toute inimitié qui les séparait de Dieu étant détruit en eux ; mais elle subsiste néanmoins toujours dans les débris que nous conservons du vieil homme, comme un ennemi vaincu et frappé de mort, mais qui reprendrait une nouvelle vie si nous lui donnions un consentement coupable, et qui remonterait alors comme sur son trône en nous remettant sous le joug de son ancienne domination. Ces débris du vieil homme dans lesquels a son siège cette loi du péché ou ce péché déjà

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pardonné, sont tellement étrangers à la vie de cet esprit nouveau dans lequel la grâce de Dieu nous régénère par le baptême, que l'Apôtre ne s'est pas contenté de dire que ceux qui sont baptisés ne sont plus dans le péché, mais qu'il a ajouté qu'ils ne sont plus dans la chair (Rom., VIII, 9), et cela, avant même d'être sortis de cette vie mortelle. Ceux donc qui vivent dans la chair, écrivait-il aux Romains, ne sauraient plaire à Dieu : mais pour vous, vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l'esprit, si toutefois l’Esprit de Dieu habite en vous. Cependant, de même que notre chair, quelque sujette qu'elle soit à la corruption, devient pour nous une occasion de mérites lorsque nous nous servons de nos membres pour faire de bonnes œuvres, mais alors nous ne vivons pas dans la chair en quelque sorte, c'est-à-dire que nos affections et nos sentiments ne sont pas alors charnels ; de même encore que la mort même qui est la peine du péché de nos premiers parents, est une occasion de mérites pour ceux qui l'endurent avec patience et courage pour leurs frères, pour la foi, ou pour quelque autre cause juste et sainte ; ainsi la loi du péché qui, quoique pardonnée, subsiste toujours dans les débris de notre vieil homme, est une occasion de mérite pour des époux fidèles qui ne se laissent point dominer par la concupiscence, en tant qu'ils vivent de la nouvelle vie dont Jésus-Christ est le principe ; mais d'un autre côté, en tant qu'il leur reste encore quelque chose du vieil Adam, ils engendrent à l'état de mortalité des enfants qui plus tard seront régénérés pour une vie immortelle, en leur transmettant le péché dont eux-mêmes, une fois régénérés, ne seront plus coupables, et dont leurs enfants cesseront de l’être quand ils seront régénérés à leur tour. . . "

" N'allez pas vous récrier sur ce que j'ai dit, que la loi du péché subsistant toujours par la concupiscence, la grâce du sacrement en ôte néanmoins toute la culpabilité. Car si, après que le péché, soit de pensée, soit de parole ou d'action, a cessé d’être en nous quant à l'acte même de le commettre, nous en restons cependant coupables, jusqu’à ce que nous en ayons obtenu la rémission ; nous devons dire aussi, quoique dans un sens contraire, que quoique la loi de la concupiscence subsiste toujours en nous, nous ne. cessons pas moins d'en être coupables, du moment où nous recevons dans le baptême la pleine rémission de nos péchés. Enfin, si nous sortons de ce monde aussitôt après voir reçu le baptême, nous n'aurons rien en nous qui puisse

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retarder notre admission dans notre céleste patrie, le baptême ayant brisé tous les liens qui nous tenaient asservis au péché. De même donc qu'on ne doit pas s'étonner que quelqu'un reste coupable de ses péchés de pensées, de paroles ou d'actions antérieurement commis, tant qu'il n'en a pas obtenu la rémission, ainsi ne devons-nous pas être étonnés non plus que, du moment où l'on a obtenu la rémission de ses péchés, on cesse d'être coupable de la concupiscence qui reste toujours. "

10. Le même, Lib. II contra Julianum, c. 9 : " Saint Ambroise fait consister (lib. de fugâ seculi, c. 1) la pratique de la justice pour la vie présente dans une certaine guerre et dans des combats qu'il nous faut livrer non-seulement aux puissances ennemies répandues dans l'air, mais encore à nos propres convoitises, à l'aide desquelles nos ennemis extérieurs cherchent à nous perdre ou à se rendre maître de nous. Il dit (in cap. XII Lucæ) que dans cette guerre notre propre chair est pour nom un ennemi des plus redoutables, quoiqu'elle ait été créée primitivement dans un tel état, qu’il y aurait eu toujours une parfaite harmonie entre elle et l'esprit, si elle n'avait été viciée par la prévarication du premier homme, et ne nous était devenue un obstacle par l'infirmité qu'elle en a contractée. Pour que cette guerre nous réussisse ce saint personnage nous recommande (de fug. sec., c. 1) de fuir le siècle et il s'applique nous faire voir combien cette fuite nous présente de difficultés, et même d'impossibilités si nous ne sommes aidés par la grâce de Dieu. Il dit (Lib. de sacr. regener.) que nos vices sont morts à la vérité par la rémission de tous nos péchés reçue dans le baptême, mais qu'il nous reste à en faire en quelque sorte la sépulture. Dans ce même ouvrage, il fait voir que nous avons un tel combat à livrer à nos vices même morts, qu'ils nous empêchent de faire ce que nous voulons, et qu'ils nous portent à faire ce que nous ne voulons pas ; que le péché opère souvent dans nos membres malgré toutes nos résistances ; que souvent aussi des passions que nous croyions mortes se réveillent ; qu'il nous faut lutter contre la chair, comme faisait saint Paul lorsqu'il disait : Je sens dans les membres de mon corps une autre loi qui combat contre la loi de mon esprit (Rom., VII, 23). Il nous recommande de nous défier de notre propre chair et de ne point croire ce qu'elle nous suggère, puisque l'Apôtre nous dit au sujet de lui-même : Je sais qu'il n'y a rien de bon en moi, c'est-à-dire dans ma chair, parce que je trouve en moi la volonté de faire le bien,

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mais je ne trouve point le moyen de l'accomplir (Rom., VII, 18). Voilà comment ce généreux soldat de Jésus-Christ, ce fidèle docteur de l'Eglise, Ambroise, pour tout dire, nous dénonce le combat violent que nous avons à soutenir contre nos péchés, même lorsqu'ils sont morts en nous. Et comment pouvons-nous dire que le péché soit mort en nous, lorsqu'il opère en nous et malgré nous tant de tristes effets ? Quels effets, sinon ces désirs inutiles et pernicieux, qui précipitent les hommes dans l’abîme de la perdition et de la damnation (I Tim., VI, 9) ? Désirs qui nous fournissent à coup sûr l'occasion d'un combat et d'une guerre continuelle, si nous avons la constance de les endurer sans y consentir. Et ce combat à livrer, entre quels adversaires ? Entre le bien et le mal et non pas sans doute entre notre nature et notre nature, mais plutôt entre notre nature et le vice qui, quoique mort, nous reste à ensevelir, c'est-à-dire dont il nous reste à nous guérir complètement. Comment donc pouvons-nous dire que ce péché est mort dans le baptême comme le dit aussi cet illustre personnage, et comment pouvons-nous avouer en même temps qu'il réside toujours dans nos membres, et qu'il accomplit en nous beaucoup de mauvais désirs auxquels nous résistons sans même jamais leur donner notre consentement, sinon parce qu'il est mort quant à la culpabilité qui en résultait auparavant pour nous, et que, tout mort qu'il est maintenant, il nous fait éprouver ses révoltes jusqu’à ce qu'il soit complètement enseveli ? D'ailleurs, si on l'appelle encore péché, ce n'est pas en ce sens qu'il continue à nous rendre coupables ; mais en ce sens qu'il est l'effet du crime de notre premier père, et qu'il cherche par ses révoltes à nous rendre criminels nous-mêmes, comme il y réussirait certainement, si nous n'étions aidés par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ à empêcher ses révoltes de le faire revivre en nous, et reprendre un empire que le baptême lui avait fait perdre. "

11. Ibidem, c. 10 : " Dans cette guerre où nous avons à combattre tant que nous sommes dans cette vie, qui est pour l'homme une tentation continuelle, nous ne sommes pas coupables de péché par cela seul que ce que l'Apôtre appelle péché de cette manière produit ses effets dans nos membres, en combattant contre la loi de l'esprit, et sans que de notre côté nous lui donnions notre consentement. Car pour ce qui nous regarde nous-mêmes, nous resterions toujours exempts de péchés, sans même attendre que nous soyons tout-à-fait guéris de ce mal, si nous lui refusions toujours notre consentement pour le péché auquel il

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nous sollicite. Mais comme souvent nous nous laissons vaincre par l'importunité de ses révoltes, sinon d'une manière mortellement coupable, au moins véniellement et par simple fragilité, ce sont ces fautes si faciles à contracter qui nous obligent de dire tous les jours, Pardonnez-nous nos offenses. "

12. Le même, Lib. I de peccatorum meritiis et remissione, c. ultimo ; c'est le passage rapporté plus haut, question III du sacrement de baptême, témoignage 34, t. II, page 224, avec plusieurs autres qu'on trouvera à la suite.

13. Le même, Lib. I de Civitate Dei, c. 25 : " Loin de l'âme chrétienne qui a sa confiance, son espoir, sa force en son Dieu ; loin de cette âme l'ombre d'un consentement impur à la volupté des sens ! que si cette concupiscence indisciplinée qui habite en nos membres de mort, s’émeut comme par sa loi propre contre la loi de l'esprit, n'est-elle pas exempte de péché quand elle se fait sentir ainsi en nous, malgré nous, dans l'état de veille, à bien plus forte raison encore qu'elle n'en est exempte quand elle nous agite dans le sommeil (Cf. La Cité de Dieu, trad. de Moreau, t. Ier, p. 48) ? "

14. Le même, Lib. V contra Julianum Pelagianum, c. 3 : " Quel mal leur en serait-il arrivé de plus, je vous le demande, ou pourquoi l’Apôtre dirait-il, Dieu les a livrés aux désirs de leurs cœurs (Rom., I, 24), s'ils étaient d’avance possédés en quelque façon par ces mauvais désirs ? De ce que quelqu'un a de mauvais désirs, est-ce une conséquence nécessaire qu'il y consente ? Autre chose est donc d'avoir de mauvais désirs, autre chose de leur être livré ; et pourquoi leur être livré, sinon pour être mis sous leur tyrannie par le consentement qu'on y donne ? Et c'est ce qui arrive, lorsqu'on est livré à ses désirs par un juste jugement de Dieu. Autrement, ce serait vainement qu'il aurait été dit : Ne vous laissez point aller à vos mauvais désirs (Ecclé., XVIII, 50), si l'on était coupable par cela seul qu'on sentirait en soi les mauvais désirs s'élever et pousser au mal, quand même on leur refuserait son consentement, et qu'on leur livrerait de glorieux combats en se maintenant en état de grâce. Que vous en semble en effet ? Celui qui met à profit cet avis du Sage : Si vous conteniez votre âme dans ses désirs (déréglés sans doute), elle vous rendra la joie de vos ennemis (Ecclé., XVIII, 31), est-il coupable par cela seul qu'il éprouve de tels désirs dont il se refuse à lui-même de jouir, pour ne pas devenir la joie du diable et de ses

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anges, qui sont nos vrais ennemis et nos envieux les plus à craindre ? Lors donc que l'Ecriture dit d'un homme qu'il est livré aux désirs de son cœur ; ce qui fait le crime de cet homme, c'est qu'étant abandonné de Dieu, il cède à ses désirs, qu'il leur donne son consentement, et s'en laisse vaincre, posséder, maîtriser. Car quiconque est vaincu est esclave de celui qui l’a vaincu (II PIERRE, II, 19). "

15. Le même, Lib. VI contra Julianum, c. 23 : " Quand vous m'accusez d'entendre ces paroles de l'Apôtre, Je sais qu'il n'y a rien de bon en moi, c'est-à-dire dans ma chair, et le reste jusqu’à ces mots, Malheureux homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort (Rom., VII, 18-24) ? quand vous m'accusez, dis-je, d'entendre tout ce chapitre autrement qu'il ne doit être entendu, vous m'attribuez sans le savoir beaucoup plus que je ne mérite. Car je ne suis ni le seul, ni le premier qui aie entendu ce passage, qui réfute si bien votre hérésie, de la manière qu'il doit être entendu ; au contraire, je l'avais d'abord pris dans un autre sens, ou pour mieux dire, je ne l'avais pas compris, comme l'attestent plusieurs de mes écrits qui me restent de ce temps-là. Il ne me semblait pas en effet que l'Apôtre eût pu dire de lui-même : Je suis charnel, tandis que sa vie était si parfaitement spirituelle ; je ne pouvais pas concevoir non plus qu'il fût captif sous la loi du péché, ni qu'une pareille loi fût dans les membres de son corps. Je me persuadais à moi-même que cela ne pouvait se dire que de ceux qui étaient tellement dominés par la concupiscence de la chair, qu'ils faisaient tout ce qu'elle demande à ses esclaves, ce qu'on ne pourrait croire sans folie d'un si grand apôtre, tandis qu'une multitude innombrable de saints, même des plus vulgaires, opposent les désirs de l'esprit à ceux de la chair, tant ils sont éloignés de vouloir satisfaire ces derniers. Mais plus tard, je me suis rendu à l'avis de plus sages et de plus intelligents que moi, ou plutôt à l’évidence de la vérité même, et j'ai compris que ces paroles de l’Apôtre n'exprimaient autre chose que le gémissement de tous les saints, dont la vie entière est un continuel combat contre les désirs de la chair. Quoique spirituels par les dispositions intimes de leur âme, ils sont cependant toujours charnels quant à ce corps corruptible qui les appesantit (Sag., IX, 15), et ils ne seront spirituels, même quant au corps, que lorsque ce corps, après avoir été mis en terre comme un corps animal, ressuscitera comme un corps spirituel (I Cor., XV, 44). On conçoit fort bien encore que ces même saints sont tenus captifs sous la loi du

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péché, par cette partie de leur cire qui ressent les mouvements de ces désirs auxquels ils résistent. C'est au moyen de ces réflexions que je suis parvenu à entendre ce passage comme l'avaient entendu avant moi les Hilaire, les Ambroise, les Grégoire, et tant d'autres saints et savants docteurs de l’Eglise, qui ont pensé que l'Apôtre lui-même avait eu combattre fortement contre des désirs charnels qu'il éprouvait malgré lui, et que ces paroles avaient pour objet d'exprimer les combats de ce genre qu'il avait à livrer contre lui-même. Vous-même vous avez avoué que les saints livrent de ces glorieux combats pour dompter ces révoltes de la chair qui sans cela les domineraient, et pour pouvoir parvenir insensiblement par ce moyen à les étouffer et à les éteindre. Tâchons donc d'entrer ensemble dans le sens des paroles de ces généreux combattants, si nous sommes nous-mêmes de leur nombre. Car ce ne sera véritablement plus nous qui vivrons, mais ce sera Jésus-Christ qui vivra en nous, si pour ce combat à livrer à outrance à nos désirs charnels, et pour la victoire à obtenir jusqu’à extermination sur ces mêmes ennemis, nous mettons notre confiance en lui, et non en nous. C'est lui, en effet, qui nous a été donné de Dieu pour être notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption (I Cor., I, 30-31), afin que, selon qu'il est écrit, celui qui se glorifie ne se glorifie que dans le Seigneur. Il n'y a donc point de contradiction, quoi que vous pensiez, à ce que le même qui a dit, Ce n’est pas moi qui vis, mais c'est Jésus-Christ qui vit en moi (Gal., II, 20), dise aussi, Je sais qu'il n'y a rien de bon en moi, c'est-à-dire dans ma chair (Rom., VII, 18). Car autant que Jésus-Christ vit en lui, autant demeure-t-il victorieux du mal qui habite dans sa chair, puisque personne ne combattrait comme il faut les désirs de la chair par ceux de l'esprit, si l'esprit de Jésus-Christ n'habitait en lui. Nous sommes donc bien éloignés de dire, comme vous nous en accusez, que l’Apôtre a voulu faire entendre par ces paroles que la volupté l'entraînait quelquefois malgré lui des actions impures, puisque l'Apôtre dit au contraire, Ce n'est plus moi qui fais ce mal que je ne veux pas, montrant par-là que les désirs charnels qu'il ressentait pouvaient bien l'agiter de leurs mouvements, mais non aller jusqu’à le faire consentir au péché. "

16. Le même, Serm. VI de verbis Apostoli, c. 1 : " Et ainsi je suis moi-même soumis à la loi de Dieu selon l’esprit, et à la loi du péché selon la chair (Rom., VII, 25). Par cette conclusion qu'il tire, l'Apôtre fait voir que ce qu'il a dit plus haut, Ce n'est plus

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moi qui fais ce mal, mais c'est le péché qui habite en moi (ibid., 20), signifiait simplement qu'il ne donnait aucun consentement dans son esprit aux mouvements de concupiscence qu'il pouvait éprouver dans sa chair. Car il donne ici le nom de péché à la concupiscence charnelle, parce qu'elle est la source de tous les péchés. Tous les péchés en effet qu'on peut commettre par pensées, par paroles ou par actions, n'ont pour principe que les mauvais désirs et les plaisirs illicites. Si nous résistons à leur attrait, si nous leur refusons notre consentement, si nous ne leur prêtons pas nos membres pour leur servir d'instruments, le péché ne régnera point dans notre corps mortel. "
 
 

CHAPITRE V.

DE L’IMPUISSANCE DE LA NATURE ET DE LA LOI A OPERER LA JUSTIFICATION DE L’HOMME.

" Pour entendre sainement et dans toute sa pureté la doctrine de la justification, chacun doit reconnaître et confesser avant tout, que tous les hommes ayant perdu l'innocence par le fait de la prévarication d’Adam, étaient devenus impurs, enfants de colère par le fait même de leur naissance, comme dit l’Apôtre, et tellement esclaves du péché et asservis à la puissance du démon et de la mort, que non-seulement les gentils ne pouvaient s'en affranchir ou s'en relever par les forces de la nature ; mais que les Juifs eux-mêmes ne le pouvaient non plus par la lettre de la loi, quoique le libre arbitre ne fût point éteint en eux, quelque affaibli qu'il fût et si enclin qu'on le suppose vers le mal. " Concile de Trente, session VI, c. 1.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. I Corinthiens, XV, 21-22 : " Car comme la mort est venue par un seul homme, la résurrection des morts doit venir aussi par un seul homme. - Et comme tous meurent en Adam, tous revivront aussi en Jésus-Christ. "

2. Romains, V, 12-19 : " Car comme le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, et qu'ainsi la mort est passée dans tous les hommes par ce seul homme en qui tous ont péché : (car le péché a toujours été dans le monde jusqu’à la loi ; néanmoins la loi n'étant point encore, le péché n'était pas imputé ; - cependant la mort a exercé son règne depuis Adam jusqu'à Moïse, même à l'égard de ceux qui

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n'ont pas péché par une transgression semblable à celle d'Adam, - qui est la figure de celui qui devait venir : - mais) il n'en est pas de la grâce comme du péché ; car si par le péché d’un seul plusieurs sont morts, la miséricorde et le don de Dieu s'est répandu beaucoup plus abondamment sur plusieurs par la grâce d'un seul homme, qui est Jésus-Christ. - Et il n'en est pas de ce don comme du péché ; car nous avons été condamnés par le jugement de Dieu pour un seul péché, au lieu que nous sommes justifiés par la grâce après plusieurs péchés. - Si donc, à cause du péché d'un seul, la mort a régné par un seul, à plus forte raison ceux qui reçoivent l'abondance de la grâce et du don de la justice régneront dans la vie par un seul, qui est Jésus-Christ. - Comme donc c'est par le péché d’un seul que tous les hommes sont tombés dans la damnation, ainsi c'est par la justice d'un seul que tous les hommes reçoivent la justification de la vie. - Car, comme plusieurs sont devenus pécheurs par la désobéissance d'un seul, ainsi plusieurs seront rendus justes par l'obéissance d’un seul. "

3. Ephésiens, II, 3 : " Nous étions, par la corruption de notre nature, des enfants de colère, aussi bien que les autres hommes. "

4. Romains, VI, 14-18, 20 : " Car le péché ne vous dominera plus, parce que vous n'êtes plus sous la loi, mais sous la grâce. - Quoi donc ? Pécherons-nous parce que nous ne sommes plus sous la loi, mais sous la grâce ? Dieu nous en garde ! - Eh ! ne savez-vous pas que de qui que ce soit que vous vous soyez rendus esclaves pour lui obéir, vous demeurez esclaves de celui à qui vous obéissez, soit du péché pour y trouver la mort, soit de l'obéissance pour y trouver la justice ? - Mais Dieu soit loué de ce qu'ayant été auparavant esclaves du péché, vous avez obéi du fond du cœur à la doctrine de l’Evangile, sur le modèle de laquelle vous avez été formés, - et qu'ayant été affranchis du péché, vous êtes devenus esclaves de la justice. - Car lorsque vous étiez esclaves du péché, vous étiez dans l'état d’une fausse liberté à l’égard de la justice. "
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. S. CELESTIN I, Epist. I ad episcopos Galliæ, c. 4 (al. 3) : " Par l’effet de la désobéissance d'Adam, tous les hommes ont perdu (Possibilitatem naturalem. M . Rohrbacher traduit ces mots par possibilité ou puissance naturelle (originelle), Fleury par ces mots : pouvoir naturel)

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avec leur innocence leur pouvoir originel de faire le bien, et personne ne peut plus à l'aide de son libre arbitre sortir de l'abîme de cette chute, si la grâce de Dieu ne le relève miséricordieusement, selon ce qu'a défini le pape Innocent d'heureuse mémoire dans sa lettre au concile de Cartilage (epist. 25, vel inter Augustin, 91, al. 181) : " Adam a éprouvé de quoi le libre arbitre est capable, lorsqu'abusant de ses facultés naturelles, il tomba dans l'abîme de la prévarication. La nature humaine n'aurait trouvé aucun moyen de se relever de cette chute, sans la grâce de l'avènement de Jésus-Christ, qui par le renouvellement que produit en nous la régénération que nous recevons au baptême, efface tous les péchés passés et nous donne des forces pour nous établir et nous faire marcher dans la voie du bien. "

2. S. PROSPER, contra Collatorem, c. 22 : " Si ces paroles (Cùm enim gentes quæ legem non habent, etc., Rom., II, 14 et s.) ont été dites de ceux qui, étant étrangers à la grâce apportée aux hommes par Jésus-Christ (alieni à gratiâ christianâ), faisaient par leur propre sagesse des règlements et des lois sur le type des prescriptions légales (ad similitudinem legalium mandatorum proprio judicio sanciebant), parce qu'ils sentaient que les villes et les peuples ne pouvaient subsister dans l'ordre et la bonne intelligence sans récompenses décernées aux bons et sans châtiments infligés aux méchants, qui peut douter que cette sagesse ne soit comme un débris de l'état primitif de l'homme, tel que Dieu l'avait créé (Et de la première révélation par conséquent. Voici les paroles mêmes de saint Prosper : " Quis ambigat hunc sapientiam humano generi ad temporalis vitæ utilitatem ex naturæ à Deo conditæ superesse reliquiis ? " Peut-on croire que Dieu ait laissé aux hommes de ces débris de la sagesse primitive pour l'utilité de la vie temporelle, sans leur en laisser en même temps pour la félicité de l'autre vie ? Et quelle étude peut être plus utile après celle des livres saints et de l’histoire ecclésiastique que la recherche de ces précieux monuments dans l'antiquité même profane et chez les peuples même les plus sauvages ? Honneur donc aux Annales de philosophie chrétienne, qui ont pour principal objet de recueillir ces précieux débris !), laissé au genre humain pour l'utilité de la vie présente ? Car si la raison humaine ne pouvait pas même s’élever à cette prudence terrestre, notre nature (intelligente) ne serait pas simplement viciée, elle serait anéantie. Mais quelque enrichie qu'on la suppose des connaissances et des vertus morales auxquelles il est donné à l'homme d'atteindre, notre raison ne saurait se suffire à elle-même pour se sanctifier ou pour se procurer

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le salut (justificari ex se non potest), parce qu'abandonnée à elle-même, elle ne sait qu'abuser des biens qu'elle a reçus et qui dès-lors deviennent contre elle des titres de conviction de son impiété et de son immoralité, par l'abandon qu'elle aura fait du culte du vrai Dieu, de sorte qu'elle trouve son accusatrice dans cette sagesse même qu'elle serait tentée d'invoquer pour sa défense (quia bonis suis malè utitur, in quibus sine cultu veri Dei impietatis immunditiæque convincitur, et unde se defendi existimat, accusatur). Puis donc que saint Paul déclare qu'aucun homme n'est justifié par les œuvres de la loi (Rom., III, 20), et qu'en Jésus-Christ ni la circoncision, ni l'incirconcision ne sert de rien, mais seulement l'être nouveau que Dieu créé en nous (Gal, VI, 15), pourquoi cet auteur (Cassien, auteur des Conférences combattues dans cet ouvrage par saint Prosper comme entachées de semi-pélagianisme) veut-il justifier par ses principes la raison de l'infidèle abandonnée à sa liberté, et supposer à l'impiété des vertus morales qu'elle a perverties (quid iste impiam infidelium libertatem naturalibus instruit bonis, et propriis vult justificare principiis) ? Pourquoi prétend-il suffisante pour s'initier à une vie nouvelle une science infidèle à sa propre mission, et dépouillée par elle-même de ce qui faisait son ornement (quid ad renovationem miseræ vetustatis idoneam definit prævaricatris scientiæ nuditatem ?) Comme si cette science empruntée, soit aux débris de la sagesse primitive (ex naturæ opibus residua), soit aux préceptes de la loi, pouvait faire par elle-même que celui qui la possède embrasse volontiers et mette en pratique les devoirs qu'elle lui présente comme obligatoires, ou comme s'il y avait d'autres mouvements possibles de bonne volonté (Qui puissent être utiles pour le salut), que ceux que forme en nous l'inspiration de la charité répandue dans nos cœur par l'Esprit-Saint. "

3. S. AUGUSTIN et les autres évêques du concile d'Afrique, Epist. XCV (al. 177) ad Innocentium papam : " Comme donc cette grâce, si connue de tous ceux qu'on peut appeler chrétiens, fidèles et catholiques, est celle dont il s'agissait quand on a reproché à Pélage qu'il était ennemi de la grâce, et qu'on lui dénonçait qu’il eût à cesser de la combattre ; pourquoi, après s'être fait à lui-même cette objection dans son livre, ne répond-il autre chose pour se laver d'un tel reproche, sinon que la nature avec laquelle l'homme a été créé porte en elle-même la grâce

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du Créateur et que ce qu'il entend quand il dit que nous pouvons, avec le secours de la grâce de Dieu, accomplir par notre libre arbitre les devoirs de la justice chrétienne et nous conserver purs de tout péché, c’est que Dieu nous l'a rendu possible par les facultés naturelles qu'il nous a données. Ne sommes-nous pas en droit de lui répliquer : Le scandale de la croix est donc anéanti ? c'est donc en vain que Jésus-Christ est mort (Gal, V, 11) ? Car, quand même Jésus-Christ ne serait ni mort pour nos péchés, ni ressuscité pour notre justification (Gal., II, 21), ni monté au ciel ; quand même il n'aurait point mené la captivité captive (Ephés., IV, 8), et que du haut du ciel il ne distribuerait point ses dons aux hommes (ibid.), ce pouvoir et ces forces de la nature, que Pelage fait tant valoir, n'en seraient pas moins dans chacun de nous. "

" Dira-t-il que les hommes n'avaient pas encore la loi de Dieu, et que c'est pour la leur procurer que Jésus-Christ est mort ? Mais ne l'avait-on pas déjà, cette loi bonne, juste et sainte ? N'avait-il pas déjà été dit : Vous ne vous arrêterez point à de mauvais désirs (Exod., XX, 17) ? N'avait-il pas déjà été dit : Vous aimerez votre prochain comme vous-même (Lévit., XIX, 18) ? Ce qui comprend toute la loi, selon saint Paul (Rom, XIII, 9-10) ; en sorte qu'en accomplissant ce seul précepte on l'accomplit tout entière ? Car celui de nous aimer nous-mêmes est compris dans celui qui nous ordonne d'aimer Dieu, puisque ce n'est qu'en aimant Dieu que nous nous aimons nous-même : et c'est ce qui fait que Jésus-Christ nous a dit que ces deux préceptes renfermaient la loi et les prophètes (MATTH., XXII, 40). Or, ces deux préceptes avaient déjà été donnés aux hommes. Pélage dira-t-il que la récompense éternelle de la justice ne leur avait point été promise ? Il ne saurait le dire non plus, puisqu'il enseigne lui-même dans ses livres, que le royaume du ciel est promis dans l'Ancien-Testament aussi bien que dans le Nouveau. Si donc les hommes avaient déjà, dans les forces de leur nature et dans la faculté de leur libre arbitre, tout ce qui est nécessaire pour accomplir les devoirs de la justice et de la sainteté même la plus parfaite ; s’ils avaient déjà une loi bonne, juste et sainte ; si les récompense éternelles leur avaient déjà été promises, c'est en vain que Jésus-Christ est mort. "

" (Or, Jésus-Christ n'est pas mort en vain), et par conséquent la justice qui nous sanctifie ne vient ni de la loi, ni des forces de la nature, mais de la foi et du don de Dieu accordé en vertu

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des mérites de Jésus-Christ Notre-Seigneur, unique médiateur entre Dieu et les hommes ; en sorte que, si, dans la plénitude des temps, il n'était mort pour nos péchés et ressuscité pour notre justification, la foi des anciens, aussi bien que la nôtre, se trouverait vaine et illusoire. Or, dès qu'il n'y a plus de foi, il n'y a plus de justice, puisque le juste vit de la foi (HABAC., II, 4). Car, depuis que le péché est entré dans le monde, et que par le péché la mort a passé dans tous les hommes par celui en qui tous ont péché, il est certain que personne n'est, ni n'a jamais été délivré du corps de cette mort, où habite une loi qui combat celle de notre esprit, que par la grâce de Dieu et par la foi en cet unique médiateur entre Dieu et les hommes, qui est Jésus-Christ homme, et qui, s'étant fait homme sans cesser d'être Dieu, a refait et réparé ce qu'il avait fait, et non pas par les prétendues forces d'une nature, qui, devenue esclave et malade par le péché, ne saurait se passer de rédempteur et de médecin. . . . . "

" Si donc, dès le temps de la loi et avant la loi même c'était la grâce qui justifiait par la foi les anciens patriarches, et non pas les forces prétendues d'une nature malade, indigente, corrompue et vendue au péché, comme c'est elle aussi qui nous justifie nous-même, maintenant qu'elle est manifestée et produite au grand jour, il faut que Pélage anathématise ses livres où il l'a combattue (Cf. Lettres de saint Augustin, p. 51-54-59). "

4. S. FULGENCE, De incarnatione et gratiâ Christi, c. 16 : " Personne ne peut être guéri de ce péché que nous fait contracter des le principe notre naissance charnelle ; personne, dis-je, ne peut en être guéri, ni par ses moyens naturels, ni par la lettre de la loi, mais on le peut uniquement par la foi en Jésus-Christ Fils de Dieu, qui est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Il est mort pour les impies, en s'offrant lui-même pour nous, ainsi que le dit l'Apôtre, comme une oblation et une victime d'agréable odeur (Ephés., V, 2). Dans la personne de ce médiateur établi entre Dieu et les hommes, a été restaurée la nature humaine, comme c'est dans sa personne aussi qu'a été remplie la fin de la loi. Car, premièrement, notre faiblesse naturelle ne pouvait se suffire à elle-même pour la pratique de la vertu, puisque, plongée dans les ténèbres et dénuée de toutes forces, depuis que nos jours s'étaient évanouis (Ps. LXXXIX, 9),

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et que la colère de Dieu nous avait consumés, nous étions sans loi, et nous péchions tellement à l'aveugle, que nous ne savions pas même que nous péchions. C'est ce qui a fait dire à l'Apôtre : Je n'aurais point connu la concupiscence, si la loi n'avait dit : Vous n'aurez point de mauvais désirs (Rom., VII, 8). En second lieu, la connaissance de la loi non-seulement n'arracha personne à la puissance des ténèbres, mais ne fit qu'aggraver la misère des pécheurs et que multiplier le nombre des péchés. Car, sans la grâce de la foi, la connaissance de la loi nous rend plus condamnables que ne le ferait l'ignorance ou l'on vivrait par rapport à elle, puisque, plus on est instruit des prescriptions de la loi, plus on se rend coupable en les violant. C'est ce qui a fait dire à l'Apôtre : La loi produit la colère et le châtiment, puisque, lorsqu'il n’y a point de loi, il n'y a point de violement de la loi (Rom., IV, 15). Le même apôtre dit encore : La loi a été établie pour faire reconnaître les crimes que l'on commettait en la violant (Gal., III, 19,22) ; et : Dieu a comme renfermé tous les hommes sous le joug du péché, afin que ce que Dieu avait promis fût donné par la foi en Jésus-Christ à ceux qui croiraient en lui. Comment donc pourrait-on se promettre même un simple commencement de bien ou de bonne volonté en ne s'appuyant que sur les forces de son libre arbitre, si l'on n'est pas prévenu de la grâce de Dieu, qui refait en nous la bonne volonté et préserve de ses écarts une nature d'autant plus sujette à l'orgueil, qu'elle est plus asservie au péché et à la mort, tandis que même avant qu'il eût été blessé par le péché, notre libre arbitre n'avait pas pu se maintenir fidèle à l'ordre divin, et que depuis qu'il a été blessé, il n'a pas su trouver sa guérison dans le remède que lui présentait la loi, mais qu'au contraire il avait pris occasion de la loi elle-même pour aggraver son crime ? Car la loi est survenue pour donner lieu à l'abondance du péché (Rom., V, 20), dont personne ne peut être délivré que par l'agneau de Dieu qui efface les péchés du monde. En effet, ni le libre arbitre de l'homme, ni les prescriptions de la loi, quelque saintes, quelque justes, quelque excellentes qu'elles soient en elles-mêmes ne peuvent délivrer l'homme de ce corps de mort ; mais il n'y a à pouvoir le faire que la grâce de Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur (Rom., VII, 25). Car c'est la loi de t'esprit de vie qui est en Jésus-Christ qui nous a délivré de la loi de péché et de mort (Rom., VIII, 2). "

5. S. AUGUSTIN, Lib. I contra duas epistolas pelagianorum, c, 2 : " Ces manichéens, dit Julien, avec qui nous ne sommes

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plus en communion, c'est-à-dire tous ceux dont nous sommes séparés, disent que par le péché du premier homme ou d'Adam, le libre arbitre a été détruit, et que personne n'est plus le maître de vivre comme il faut, mais que tous sont entraînés dans le péché par la nécessité que leur chair leur impose. Il appelle manichéens les catholiques, à l’exemple de ce Jovinien qui, il y a quelques années, se faisait hérésiarque en attaquant la virginité de Marie, et égalait les mariages chrétiens à la virginité qui se consacre à Dieu. . . . . Mais qui de nous dira que le libre arbitre ait été détruit dans tout le genre humain par le péché du premier homme ? Sans doute le péché nous a fait perdre quelque chose de notre liberté, savoir, la liberté telle que nous la possédions dans le paradis, la liberté de ne point subir la mort et de persévérer dans l’état de parfaite justice ; et c'est pour cela que la nature humaine a besoin de la grâce divine, selon ce que dit le Sauveur : Si le Fils vous délivre vous serez vraiment libres (JEAN, VIII, 36), c'est-à-dire disposé pour vivre saintement et justement. Car tant s'en faut que le libre arbitre soit anéanti dans le pécheur, que c'est par lui-même que nous péchons, et que pèchent surtout ceux qui se complaisent dans le péché, puisque s'ils s'y complaisent et s'ils le commettent, c'est par l'effet de leur libre arbitre. De là ce mot de l’Apôtre : Lorsque vous étiez esclaves du péché, vous étiez libres à l'égard de la justice (Rom., VI, 20). Ce qui fait voir qu'on ne peut se faire esclave du péché que par l'abus qu'on fait de sa liberté, et par conséquent qu'on est toujours libre. "

6. Ibidem, lib. II, c. 5 : " Nous ne disons pas que le libre arbitre ait été détruit en nous par le péché d'Adam ; mais nous disons qu'étant soumis à la puissance du diable, la force de notre libre arbitre se porte vers le péché, de sorte que toute force lui manque pour vivre selon les lois de la piété et de la justice, si notre volonté elle-même n'est rendue à sa liberté par la grâce de Dieu, et si elle n'est aidée pour toute bonne action, comme pour toute bonne parole et pour toute bonne pensée. "

7. Le même, contra Fortunatum manichæum, disput. II : Augustin. " Je dis qu'il n'y a point de péché, s’il n'est pas le produit de la propre volonté, et qu'il n'y a non plus de récompense que pour le bien que notre propre volonté nous fait faire. Ou bien, si l'on peut mériter un châtiment en péchant malgré soi, on doit donc aussi mériter une récompense quand on fait le bien malgré soi. Mais qui ne sait qu'il n'est accordé de récompenses qu'à

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ceux qui font preuve de bonne volonté en faisant le bien ? Comprenons donc aussi qu'il ne doit y avoir de châtiments que pour ceux qui font le mal par une volonté criminelle. "

8. Le même, Lib. III de libero arbitrio, c. 1 : " Vous vous souvenez, à ce que je crois, qu'il a été suffisamment reconnu dans notre première conférence qu'il n'y a que la volonté propre qui rende l'esprit esclave de la cupidité, et qu'elle ne peut être contrainte à cette honteuse servitude ni par aucune puissance supérieure, ni par aucune puissance égale, parce que l'une ou l'autre deviendrait injuste, et par conséquent moindre, ni par aucune créature d’une puissance inférieure à la sienne, puisque par-là même elle n'en a pas le pouvoir. Il faut donc que ce soit par son propre mouvement que la volonté se détourne du Créateur, et se tourne vers la créature pour en jouir ; et si ce mouvement est coupable, si celui qui en douterait mériterait selon vous qu'on se moquât de lui, il n'est donc pas naturel, mais volontaire. Il ressemble au mouvement par lequel une pierre se porte en bas, en ce qu'il est propre à l'âme comme le mouvement de la pierre est propre à la pierre ; mais il en diffère en ce que la pierre n'a pas le pouvoir d'arrêter ce mouvement, qui l’emporte, au lieu que l'âme peut, quand elle veut, neutraliser ce mouvement par lequel elle se porte à préférer des biens infimes aux biens célestes ; et par conséquent le mouvement de la pierre lui est naturel, au lieu que celui de l'âme est volontaire. Aussi celui qui dirait qu'une pierre pèche en se précipitant de haut en bas, non-seulement serait regardé comme plus stupide que les pierres mêmes, mais on dirait de lui qu'il aurait perdu tout-à-fait l'esprit. Au lieu que nous disons d'une âme qu'elle est coupable, lorsque renonçant aux biens du ciel, elle leur préfère ceux de la terre. Par conséquent qu'est-il besoin de chercher quel est le principe de ce mouvement par lequel la volonté se détache du bien suprême et immuable pour s'attacher à des biens frivoles, puisque nous reconnaissons que ce principe c'est notre volonté même, volonté coupable dés-lors, et que toute l'instruction à donner à ce sujet doit avoir pour objet de condamner et de réprimer ce mouvement, et de détourner notre volonté de tous ces biens caduques pour la faire aspirer à la jouissance du bien éternel et infini. "

Evode. " Je vois, ou pour mieux dire, je touche du doigt la vérité de ce que vous dites ici. Car il n'y a rien que je sente plus fortement et plus intimement que l’existence de ma volonté,

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comme le mouvement par lequel elle se porte à poursuivre ce qu'elle désire ; et je ne vois pas ce qui pourrait m'appartenir, si la volonté par laquelle je veux ou ne veux pas ne m'appartenait point. Par conséquent, si je fais par elle quelque chose de mal, à qui dois-je l'imputer qu'à moi-même ? Car comme c'est un Dieu bon qui m'a fait, et que je ne puis faire quelque bien que par ma volonté, il est assez évident que c'est dans un semblable but que ce Dieu bon me l'a donnée d'un autre côté, si ce mouvement par lequel notre volonté se porte en des sens si divers n'était pas volontaire et ne dépendait pas de nous, il ne mériterait ni éloge lorsqu'il se porte vers les biens éternels, ni blâme lorsqu'il se détourne vers les biens sensibles, et il n'y aurait point à nous recommander de dédaigner ceux-ci, de rechercher ceux-là, de cesser de vivre mal et de nous mettre en devoir de vivre bien. Mais celui qui penserait que l'homme n'a pas besoin de recevoir ces sortes d'instructions mériterait d’être retranché du nombre des hommes (Cf. Les Traités du libre arbitre, p. 177-180). "

9. Ibidem, c. 5 : " Nous ne saurions nier que nous ne sommes privés de pouvoir, qu'alors que ce que nous voulons nous manque ; mais si la volonté même nous manquait quand nous voulons, il ne serait plus vrai dès-lors que nous voudrions. Si donc il ne peut se faire que nous ne voulions pas dans l'instant même ou nous voulons, il suit de là que si quelqu'un veut, c'est que la volonté ne lui manque pas ; et d'un autre côté, rien n'est en notre puissance, que ce qui est à notre disposition quand nous voulons. Notre volonté ne serait donc plus la nôtre si elle n’était en notre puissance Mais si elle est en notre puissance, elle nous est libre : car ce qui n'est pas en notre puissance, ou ce qui peut ne pas y être, ne nous est pas libre. Ainsi nous ne nions pas que Dieu ne voie dans sa prescience les choses futures, quoiqu'il soit toujours vrai que nous voulons ce que nous voulons ; car puisqu'il voit dans sa prescience notre volonté même, il faut donc aussi qu'il y ait volonté de notre part. Or, il n'y aurait pas volonté de notre part, si notre volonté n'était pas en notre pouvoir. Il voit donc aussi ce pouvoir dans sa prescience. Ce pouvoir m'appartiendra même d'autant plus certainement, que celui dont la prescience est infaillible a prévu qu'il m'appartiendrait (Cf. Ibidem, p. 189-190). "

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10. Le même, ibidem, c. 2 : " Une des vérités que Dieu nous a révélées par les saintes Ecritures, c'est qu'il y a dans l'homme un libre arbitre. Mais comment nous l'a-t-il révélé ? C'est ce que je vais vous montrer, non par des raisonnements humains, mais par la parole même de Dieu. Premièrement, à quoi serviraient à l'homme les préceptes divins, s'il n'avait pas le libre choix de sa volonté, par lequel il puisse, en les observant, arriver aux récompenses promises ? Car ces préceptes ont été donnés afin que l'homme ne pût s’excuser sur son ignorance, selon ce que Jésus-Christ dit des Juifs dans l’Evangile : Si je n’étais pas venu, et que je ne leur eusse pas parlé, ils n'auraient pas de péché ; mais maintenant ils n’ont pas d'excuse dans leur péché (JEAN, XV, 22). Le péché dont parle ici le Sauveur, n'est autre que le crime énorme dont il prévoyait que ces malheureux Juifs se rendraient coupables en le faisant mourir. Car il ne faut pas s'imaginer qu'ils aient été sans péché, avant que Jésus-Christ fût venu dans la chair. L’apôtre saint Paul dit aussi : L'Evangile nous découvre la colère de Dieu, qui éclate du ciel contre toute l'impiété et l'injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité de Dieu captive. En effet, ils ont connu ce qui peut se découvrir de Dieu, Dieu même le leur ayant fait connaître. Car les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité sont devenues comme visibles depuis la création du monde, par la connaissance que ses créatures nous en donnent, de sorte que ces hommes sont inexcusables (Rom., I, 11 et suiv.). En quel sens l'Apôtre dit-il que ces personnes sont inexcusables ? Sinon en ce qu'elles ne peuvent alléguer cette sorte d'excuse que l'orgueil humain a coutume d'employer, en disant : Si j'avais connu cette obligation, je l’aurais remplie ; je n'y ai manqué que parce que je ne la connaissais pas ; ou bien : Si je savais ce qu'il faut faire, je le ferais ; c'est parce que je l'ignore, que je ne le fais pas. Cette vaine excuse est enlevée à l'homme, quand on lui donne des préceptes ou qu'on lui apprend ce qu'il doit faire pour ne pas pécher. "

" Mais il y a d'autres personnes qui s'excusent d'une manière encore plus criminelle, en rejetant sur Dieu le mal qu'elles font ; ce sont ceux à qui l'apôtre saint Jacques adresse ces paroles : Que personne, quand il est tenté, ne dise que c'est Dieu qui le tente ; car Dieu est incapable de porter au mal, et il ne tente personne. Chacun est tenté par sa propre concupiscence ; c'est elle qui le détourne du bien, et qui l'attire au mal. Ensuite, quand la concupi-

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cence a conçu, elle enfante le péché et le péché étant consommé, engendre la mort (JAC., I, 13). C'est aussi à ceux qui veulent rejeter leurs péchés sur Dieu, que le livre des Proverbes répond : La folie de l'homme corrompt ses voies, et il s'en prend à Dieu, dans son cœur (Prov., XIX, 3). Nous lisons encore dans le livre de l’Ecclésiastique : Ne dites pas : Dieu est cause que je me suis éloigné de lui ; car c'est à vous à ne pas faire ce qu'il déteste. Ne dites pas : C'est lui qui m'a jeté dans l’égarement ; car Dieu n'a pas besoin de l'homme pécheur. Le Seigneur hait toute abomination et tout dérèglement, et ceux qui le craignent n'aiment point ces choses. Dieu dès le commencement a créé l'homme, et l’a laissé entre les mains de son propre conseil. Si vous le voulez, vous observerez ses commandements, et vous garderez avec fidélité ce qui est agréable à Dieu. Il mettra devant vous l’eau et le feu : Portez la main du côté que vous voudrez. La vie et la mort sont devant l'homme ; ce qu'il aura choisi lui sera donné (Ecclé., XV, 11 et suiv.). Dans ces textes de nos livres sacrés, le libre arbitre de l'homme se voit exprimé dans les termes les plus clairs. "

" Que dirai-je de quantité d'autres, où Dieu ordonne de garder ou de pratiquer tous ses commandements ? Comment pourrait-il faire une telle ordonnance, si l'homme n'avait pas de libre arbitre ? Que dirons-nous encore de cette manière de parler de David : Heureux l’homme dont la volonté est attachée à la loi de Dieu (Ps. I, 2) ? Cette expression ne marque-t-elle pas clairement que c'est par sa volonté que l'homme demeure ferme dans la loi de son Dieu ? Combien d'ailleurs n'y a-t-il pas de préceptes qui s'adressent en quelque façon directement à la volonté même ! Par exemple : Ne vous laissez pas vaincre par le mal (Rom., XII, 21) : Ne devenez pas semblables au cheval et au mulet qui sont sans intelligence (Ps. XXXI, 19) : Ne rejetez pas le conseil de votre mère (Prov., I, 8) : Ne soyez pas sage à vos propres yeux (Prov., III, 7) : Ne vous découragez point lorsque Dieu vous châtie (ibid., 11) : Ne négligez point la loi (ibid., 22) : Ne vous dispensez pas de faire du bien au pauvre (ibid., 27) : Ne cherchez point à faire du mal à votre ami (ibid., 29) : Ne vous arrêtez pas à regarder une femme artificieuse (ibid., V, 2) : Il (l'homme) n'a pas voulu apprendre à bien faire (Ps. XXXV, 4) : Ils n’ont pas voulu, recevoir l'instruction (Prov., I, 29). Que montrent ces textes, et une infinité d'autres semblables dont sont remplis les livres saints de l’Ancien-Testament, sinon le libre arbitre de la volonté humaine ? Il en est de même des livres du Nouveau.

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Que signifient entre autres ces paroles de l’Evangile : Ne vous amassez pas de trésors sur la terre (MATTH., VI, 19) : Ne craignez pas ceux qui ne tuent que le corps (ibid., X, 28) : Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renonce lui-même (ibid., XVI, 24) : Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté (LUC, II, 24) ? Et celles-ci de l'apôtre saint Paul : Qu'un homme fasse ce qu'il voudra ; il ne pèche pas s'il marie sa fille. Mais celui qui n'étant engagé par aucune nécessité et se trouvant dans une pleine liberté de faire ce qu'il voudra, prend la résolution dans son cœur de conserver sa fille vierge, fait une bonne œuvre (I Cor., VII, 36-37). Et encore : Si c'est de bonne volonté que je fais le bien, j'en aurai la récompense (I Cor., IX, 17). Et dans un autre endroit : Tenez-vous dans la tempérance et dans la justice, et gardez-vous du péché (I Cor., XV, 34). Et ailleurs : Comme votre volonté a été prompte à former la résolution d’assister vos frères, qu'elle ne le soit pas moins pour l'effectuer (II Cor., VIII, 11). Et dans les épîtres à Timothée : Les jeunes veuves, après avoir vécu avec mollesse dans le service de Jésus-Christ veulent se remarier (I Tim., V, 11). Et ailleurs : Tous ceux qui veulent vivre avec piété en Jésus- Christ souffriront persécution (II Th., III, 12). Parlant à Timothée lui-même : Ne négligez pas, lui dit-il, la grâce qui est en vous (I Tim., IV, 44). Et dans la lettre à Philémon : J'ai voulu que le bien que je vous propose n’eût rien de forcé, mais qu'il fut entièrement volontaire (Phil., 14). L'Apôtre avertit aussi les serviteurs de servir leurs maîtres de bon cœur et avec une pleine volonté (Eph., VI, 6-7). Saint Jacques s'exprime de même : Ne vous laissez point aller à l'erreur, mes frères (JAC., I, 16). Et : Ne faites pas acception de personnes, vous qui avez foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ (ibid., II, 1). Et encore : Ne parlez pas en mal les uns des autres (ibid., IV, 11). Enfin, saint Jean dit dans sa première épître : N’aimez pas le monde (I JEAN, II, 15). Il y a beaucoup d'autres textes semblables. Or, n'est-il pas évident que, quand Dieu dit à l'homme : Que ta volonté ne se porte pas à ceci ou à cela ; quand, dans les salutaires avis qu'il nous donne, il exige de notre volonté qu'elle fasse ou ne fasse pas telle et telle chose, il nous montre que nous avons un libre arbitre, dont il veut que nous fassions un bon usage ? Que personne donc ne rejette sur Dieu dans son cœur la cause de ses péchés, mais que chacun se les impute à soi-même. Qu'on ne croie pas non plus, quand on fait quelque bien en vue de Dieu, que ce bien soit étranger à notre propre volonté.

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Car une action n'est bonne, que quand on la fait volontairement ; et c'est alors qu'on doit en espérer la récompense de celui dont il est dit dans l’Ecriture, qu'il rendra à chacun à selon ses œuvres (MATTH., XVI, 27) (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. II, p, 187-193). "

11. Le même, Cité de Dieu, liv. V, c. 10 : " Les stoïciens se sont ingéniés à distinguer les causes, à affranchir les unes de la nécessité, à y soumettre les autres, et ils ont rangé nos volontés parmi les causes indépendantes ; car si elles étaient nécessités, elles ne seraient plus libres. En effet, s'il faut entendre par nécessité toute cause qui n'est pas en notre pouvoir et qui agit suivant le sien, et même malgré nous, comme par exemple la nécessité de la mort, évidemment nos volontés qui, selon la direction qu'elles prennent, font que nous vivons, les uns bien, les autres mal, n'obéissent pas à une nécessité de cette nature. Car nous faisons beaucoup de choses qu'assurément nous ne ferions pas, si nous voulions ne pas les faire, et de ce nombre sont nos actes mêmes de vouloir, qui existent, si nous voulons, et qui n'existent pas, si nous ne voulons pas : car si nous ne voulions pas, évidemment nous ne voudrions pas. Mais si nous prenons ce mot de nécessité pour signifier la cause qui nous fait dire : Il est nécessaire que telle chose soit ou arrive ainsi ; nous n'avons, que je sache, aucun lieu de craindre qu'une nécessité de cet autre genre ne dépouille notre volonté de son libre arbitre. Car nous ne plaçons pas sans doute sous l'empire de la fatalité la vie et la prescience de Dieu, lorsque nous disons : Il est nécessaire que Dieu vive toujours, et qu'il connaisse tout par sa prescience ; pas plus que nous ne portons atteinte à sa puissance quand nous disons, qu'il ne peut ni mourir, ni être trompé : car s'il ne le peut pas, c'est que, s'il le pouvait, sa puissance elle-même en serait amoindrie. Et c'est avec raison qu'on l'appelle Tout-Puissant, quoiqu'il ne puisse pas mourir et qu'il ne puisse pas être trompé. Car s'il est tout-puissant, c'est parce qu'il fait ce qu'il veut, et non pas parce qu'il pourrait souffrir ce qu'il ne voudrait pas, puisque s'il souffrait ce qu'il ne voudrait pas souffrir, par-là même il ne serait pas tout-puissant. Ainsi, c'est précisément parce qu'il est tout-puissant, que certaines choses lui sont impossibles. Lors donc que nous disons : " Quand nous voulons, il est nécessaire que cela se fasse par notre libre arbitre, " nous énonçons une

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vérité incontestable, mais nous ne soumettons pas pour cela notre libre arbitre à une nécessité qui nous ôte la liberté. Nos volontés sont donc à nous : elles font tout ce que nous faisons quand nous le voulons, et que nous ne ferions pas si nous ne le voulions pas (Cf. La Cité de Dieu, trad. de Moreau, t. Ier, p. 261-262). "

12. Le même, Exposit. capitis V Epistolæ ad Galatas : " En ce que l’Apôtre dit ici, que la chair a des désirs contraires à ceux de l’esprit, et que l'esprit en a de contraires à ceux de la chair, et qu'ils sont opposés l'un a l'autre, de sorte que vous ne faites pas les choses que vous voudriez, on s'imagine que l’Apôtre a l'intention de nier l'existence de notre libre arbitre, et on ne veut pas comprendre que ces paroles s'appliquent à ceux qui refusent d'être fidèles à la grâce de la foi, qui seule peut leur donner la force de se conduire selon l'esprit, et de ne pas accomplir les désirs de la chair. C'est en conséquence de ce refus de fidélité qu’ils sont réduits à l'impuissance de faire le bien même qu'ils voudraient. Car ils voudraient faire les œuvres de justice marquées dans la loi ; mais ils sont vaincus dans ce travail par les désirs de la chair, dont les séductions leur font abandonner la grâce de la foi. "

13. Le même, Lib. octoginta trium quæstionum, q. 24 : " Dieu est incomparablement supérieur en bonté et en justice à tous les hommes, quelque bons et quelque justes qu'ils puissent être. Réglant donc et gouvernant tout avec une souveraine justice, il ne souffre pas que personne soit puni injustement, ou injustement récompensé. Or, c'est le péché qui mérite punition, comme ce sont les bonnes actions qui méritent récompense. Mais d'un autre côté, on ne peut imputer justement aucun péché, pas plus qu'aucune bonne action, à celui qui ne fait rien par le mouvement de sa propre volonté. Le péché, comme la bonne action, doit donc être laissé au libre arbitre de l'homme. "

14. Le même, Lib. III Hypognosticon, c. 10, après avoir dit, c. 9 : " L'apôtre saint Paul a dit (Rom., VIII, 26) : L’Esprit de Dieu nous aide dans notre faiblesse : car nous ne savons ce que nous devons demander à Dieu dans nos prières pour le prier comme il faut ; mais le Saint-Esprit lui-même prie pour nous, c'est-à-dire nous bit prier par des gémissements ineffables, saint Augustin ajoute : Il y a donc en nous un libre arbitre, dont on ne saurait nier l’existence sans cesser d'être catholique ; et en même temps,

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c'est être catholique, que de dire qu'on ne peut ni commencer, ni achever sans le secours de Dieu aucune bonne action, j'entends, aucune action qui puisse entrer dans le plan de ses desseins pour notre salut éternel. A quels autres, en effet, qu'à des hommes doués de libre arbitre, est-il dit dans les Psaumes : Venez, mes enfants, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur (Ps. XXXIII, 12), et dans l’Evangile par ces paroles de Notre-Seigneur à ses disciples : Quiconque écoute mes paroles et les met en pratique (MATTH., VII, 24), comme par ces autres : Vous êtes mes amis, si vous faites les choses que je vous commande (JEAN, XV, 14) ; et dans les épitres aux Corinthiens : Cela vous est utile ; et vous n'avez pas seulement commencé les premiers à faire cette charité, mais vous en avez de vous-mêmes formé le dessein dès l'année passée : achevez donc maintenant ce que vous avez commencé dès-lors, afin que comme vous avez une si prompte volonté d'assister vos frères, vous les assistiez aussi effectivement de ce que vous avez (II Cor., VIII, 10-11) ? Il y a bien d'autres passages semblables tant dans l'Ancien que dans le Nouveau-Testament, que je m'abstiens de rapporter pour ne pas fatiguer mes lecteurs. Mais comment serait-il rendu à chacun selon ses œuvres au jour du jugement, s'il n'y avait pas de libre arbitre dans l'homme ? Et c'est pour cela qu'il n'y a pas d'acception de personnes en Dieu. Ainsi tous ceux qui ont péché sans être sous la loi, périront aussi sans être jugés par la loi ; et tous ceux qui ont péché étant sous la loi, seront jugés par la loi (Rom., II, 6, 12). Donc dans toute œuvre sainte agit d'abord la volonté de Dieu, puis la libre volonté de l'homme, c'est-à-dire que c'est Dieu qui opère, et l'homme qui coopère. "

15. ORIGENE, Philocaliæ, c. 21 : " Rejeter sa faute sur les objets qui nous entourent, et s'en tenir soi-même innocent, c'est s'assimiler aux pierres et aux troncs de bois qui ne reçoivent d'action que de moteurs étrangers c'est parler contrairement à la vérité et à la raison ; mais de plus, c'est vouloir altérer en soi la notion du libre arbitre. Car si nous demandons à ces hommes ce que c'est que le libre arbitre, ils rependront que le libre arbitre existe en nous, s'il ne se trouve point d'obstacle extérieur qui nous pousse à faire le contraire de ce que nous voudrions. Accuser la faiblesse de son organisation corporelle, c'est encore évidemment s'élever contre la raison. Car les caractères les plus portés à l'intempérance ou les plus indomptables se corrigent, s'ils écoutent les conseils de

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la sagesse, et tel est souvent l'heureux changement qui s'opère en eux, que devenus d'une chasteté exemplaire de très-incontinents qu'ils avaient d'abord été, ils ne semblent plus être les mêmes hommes qu'on connaissait auparavant. De même on en verra changer leur caractère brutal en de telles habitudes de douceur, que ceux mêmes dont les mœurs n'auront jamais rien eu de rude, paraîtront de mœurs grossières en comparaison de ces hommes en qui se sera opérée cette métamorphose. Nous en verrons au contraire de très-réglés dans leurs mœurs se laisser corrompre par de mauvaises sociétés et, sortant de cette modération de conduite dont ils avaient donné l'exemple dans leurs premières années, donner dans tous les excès, quoique parvenus déjà à un âge mûr, après s’être si bien soutenus dans leur jeunesse malgré l’instabilité propre à cet âge. Il est donc évident que, si nous ne sommes pas les maîtres des choses qui existent en dehors de nous, notre raison est toujours maîtresse de juger de l'usage bon ou mauvais qu'elle en fera. Or, que ce soit en effet notre affaire, et non celle de Dieu, que nous vivions conformément aux lois de l'honnêteté ; que ce soit là ce que Dieu demande de nous, et que les choses extérieures, ou le destin, comme le pensent quelques-uns, ne nous imposent à cet égard aucune nécessité, c'est ce que nous atteste le prophète Michée par ces paroles : O homme, je vous dirai ce qui vous est utile et ce que Dieu demande de vous : c'est que vous agissiez selon la justice, et que vous aimiez la miséricorde et que vous marchiez en la présence du Seigneur avec une vigilance pleine d'une crainte respectueuse (MICH., VI, 8). Moïse dit de même son peuple : Je vous ai proposé le chemin de la vie et celui de la mort, pour que vous choisissiez le bien et que vous y persévériez (Deut., XXX, 19). Isaïe dit aussi (I, 19-20) : Si vous voulez m'écouter, vous serez rassasiés des biens de la terre. Que si vous ne le voulez pas, et que vous m'irritiez contre vous, l'épée vous dévorera : car c'est le Seigneur qui l'a prononcé de sa bouche. David, à son tour, fait dire à Dieu dans les Psaumes : Si mon peuple m'avait écouté, si Israël avait marché dans mes voies, j'aurais pu humilier facilement ses ennemis, et j'aurais appesanti ma main sur ceux qui les affligeaient (Ps. LXXX, 14-15). Ces paroles font voir que ce peuple était laissé le maître d'écouter Dieu et de marcher dans la voie de ses commandements. Et le Sauveur lui-même quand il dit : Mais moi, je vous dis de ne point résister au méchant ; et : Quiconque se mettra en colère contre son frère méritera d’être condamné par le jugement ; et : Quiconque

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aura regardé une femme avec un mauvais désir pour elle, a déjà commis l'adultère dans son cœur (MATTH., V, 39, 22, 28) ; et lorsqu'il énonce tant d'autres maximes, que fait-il autre chose que de nous marquer qu'il est en notre pouvoir d'observer ce qu'il nous prescrit ? Et c'est pour cela que nous méritons d'être condamnés par le jugement, lorsque nous refusons de nous y soumettre. De là encore ces paroles : Celui qui entend les paroles que je dis et qui les pratique sera comparé à un homme sage qui bâtit sa maison sur la pierre, etc. Mais quiconque entend les paroles que je dis et ne les pratique pas, est semblable a un homme insensé qui bâtit sa maison sur le sable, etc. (MATTH., VII, 24 et s.) Et qu'il dit à ceux qui sont à sa droite : Venez les bénis de mon père, etc. Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; montrent évidemment que s'il leur promet des récompenses, c'est qu'ils ont agi pour s'en rendre dignes ; comme les menaces qu'il fait aux autres de leur dire un jour : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel, il les leur fait parce qu'ils auront mérité le blâme. Voyons aussi comment saint Paul fait voir par ce qu'il dit que nous avons la liberté, et que de nous dépend notre salut ou notre damnation : Est-ce que vous méprisez, dit-il, les richesses de la bonté, de la patience et de la longanimité de Dieu ? Ignorez-vous que la bonté de Dieu vous invite à la pénitence ? Et cependant par votre dureté et par l'impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, qui rendra à chacun ses œuvres, en donnant la vie éternelle à ceux qui par leur persévérance dans les bonnes œuvres, cherchent la gloire, l'honneur et l'immortalité ; et répandant sa fureur et sa colère sur ceux qui ont l'esprit contentieux, et qui ne se rendent point à la vérité mais qui embrassent l'iniquité. L’affliction et le désespoir accablera l'âme de tout homme qui fait le mal, du Juif premièrement, et puis du gentil (Rom., II, 4-10). Vous trouverez dans les Ecritures mille autres passages qui supposent également le libre arbitre dans l'homme. Mais puisque nos adversaires prétendent trouver, tant dans l'Ancien-Testament que dans le Nouveau, certains passages qui supposent que, même sans libre arbitre, on peut observer les commandements et par-là se sauver, ou les enfreindre et par-là se perdre, nous allons exposer leurs objections et y répondre de manière à ce que les choses que nous allons dire puissent servir à expliquer les autres passages ou la liberté de l'homme semble être également niée,

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Origène rapporte ici jusqu’à six passages de l'Ecriture, et résout les objections qu'on pourrait faire contre l'existence de notre libre arbitre.

16. Le même, Hom. II ex diversis : " Il a donné le pouvoir d'être faits enfants de Dieu à tous ceux qui l'ont reçu, c'est-à-dire à ceux qui croient en son nom (JEAN, I, 12). Ici ce ne sont plus seulement les êtres doués de raison qu'on distingue des être inanimés, mais ceux qui reçoivent de bon cœur le Verbe incarné, de ceux qui refusent de le recevoir. Les fidèles croient la venue du Verbe, et reçoivent volontiers leur souverain Maître ; les impies au contraire le renient et le repoussent avec obstination, les Juifs par motif d'envie, et les païens par ignorance. A ceux qui le reçoivent il donne le pouvoir d’être faits enfants de Dieu ; à ceux qui ne le reçoivent pas il accorde le temps de changer leur volonté et de se résoudre enfin à le recevoir. Car personne n'est dans l'impuissance de croire au Fils de Dieu, et de devenir soi-même enfant de Dieu. C'est là une chose qui dépend du choix de l'homme et de sa coopération à la grâce. A qui a-t-il donne le pouvoir d’être faits enfants de Dieu ? A ceux qui le reçoivent et qui croient en son nom. "

17. Le même, sur le chapitre XIII de saint Matthieu : " Le royaume des deux est dit semblable à un filet jeté dans la mer, non pas dans le sens imaginé par quelques-uns qui enseignent que toutes les choses qui existent sont soumises au destin (Il y a dans la version latine verbo, au lieu de fato que je suppose qu'il devrait y avoir. On en verra la raison dans la suite du contexte ; à moins qu'on ne veuille entendre que, dans l'opinion de ces fatalistes, ce serait le Verbe qui aurait fait les uns de l'espèce des bons, les autres de l'espèce des méchants : ce qui revient au sens que je donne aussi à la phrase), et qui voudraient que ces différentes espèces de poissons que ramasse le filet indiquassent les différentes espèces tant de justes que de méchants. Un tel sens est contredit par les Ecritures, qui témoignent partout que l'homme est libre, et par les reproches qu'elles adressent aux pécheurs et par les éloges qu'elles décernent aux justes, puisque ni les premiers ne seraient dignes de blâme, ni les seconds ne mériteraient des louanges, si leurs bonnes ou leurs mauvaises actions venaient de ce qu'ils seraient, les uns de l'espèce des bons, et les autres de l’espèce des méchants. En effet, que les poissons soient les uns bons et les autres mauvais, cela ne vient point des différentes qualités de leurs âmes,

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mais de ce que le Verbe, qui connaît tout, a dit : Que les eaux produisent des animaux vivants qui nagent dans l'eau (Gen., I, 20), et qu'alors Dieu créa les grands poissons, et tous les animaux à nageoires que les eaux produisirent selon leur espèce. En ce moment-là donc les eaux produisirent tous les animaux à nageoire dans leurs diverses espèces, la raison de leurs différences n'étant point en eux-mêmes. Au lieu que c'est nous-mêmes qui sommes cause que nous soyons, les uns bons et les autres mauvais, et que nous méritions les uns d'être élus et les autres d'être réprouvés. Car la cause de notre malice n'est pas dans notre nature, mais dans notre volonté qui, étant libre, se porte d'elle-même à mal faire. De même, la cause de notre justice n'est point dans notre nature, qui, s'il en était autrement, ne serait plus susceptible d'injustice, mais dans le verbe (Au lieu de traduire par verbe le mot latin verbum qui se trouve ici, ne serait-il pas plus conforme au sens d'Origène de traduire ce mot, ou plutôt le mot grec, par raison ? Et ce mot grec, qu'il ne m'est pas possible de vérifier, ne serait-il pas ????? qui signifie indiff?remment verbe ou raison ? Il en est de même du mot verbum rapporté plus haut, et auquel correspondait peut-être dans le grec un mol signifiant indifféremment destin ou parole) que nous avons reçu, et qui nous rend justes. D'ailleurs, parmi tous ces poissons qui remplissent les eaux, vous ne les verrez pas passer, les uns d'une mauvaise espèce à une meilleure, les autres d'une bonne espèce à une mauvaise ; au lieu que parmi les hommes vous en verrez toujours passer du mal au bien, comme d'autres abandonner la vertu pour tomber dans le dérèglement. Et dans ces paroles du Prophète : Si le juste se détourne de la voie de la justice qu'il suivait, et qu'il commette l'injustice, etc. (EZECH., XVIII, 24), que nos adversaires nous disent si l'homme injuste qui se détourne de son iniquité pour observer les préceptes du Seigneur, pour pratiquer la justice et la miséricorde, était de la nature des justes lorsqu'il commettait l'injustice ? n'aurait-il pas été plutôt alors de la nature des méchants ? Et de quelle nature devra-t-on dire qu'il sera, lorsqu'il se sera détourné de son iniquité ? Et s'il était d’une nature mauvaise lorsqu'il commettait l'iniquité, comment pourrait-il être ensuite d'une nature bonne ? Vous ne saurez pareillement que dire du juste qui se détourne des voies de la justice pour se livrer à l'iniquité : car assurément il n'était pas d'une nature mauvaise, lorsqu'il était juste et qu'il pratiquait la justice ; et une mauvaise nature ne peut pas plus se porter à ce qui est juste

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qu'un mauvais arbre ne peut produire de bons fruits. De même, celui qui serait bon de sa nature, comme les natures sont immuables, ne pourrait pas se détourner de la pratique du bien pour passer à celle du mal, ou pour faire toutes les iniquités dont l’énumération est donnée par le Prophète. En conséquence, nous devons penser que cette comparaison du royaume des cieux avec le filet jeté en mer a pour objet de marquer les différentes dispositions qui se trouvent dans les hommes par l'effet de leurs propres volontés, et qui les rendent dignes de blâme ou de louange, selon qu'ils se portent volontairement soit au vice, soit à la vertu. "

18. S. CHRYSOSTOME, Hom. XXX (al. 29) in Matthæum : " Il faut traiter avec une grande douceur les maladies de nos frères, parce que celui qui ne se retire du vice que par une crainte purement humaine, y retombera bientôt. Ce fut pour cette raison que Jésus-Christ défendit d’arracher l'ivraie de son champ, voulant que, par la patience, on invite les pécheurs à faire pénitence. On a vu quelquefois des pécheurs touchés par ce moyen d'un profond regret, et devenir très-vertueux de corrompus qu'ils étaient. Saint Paul, le publicain, le bon larron, en sont des exemples. Ce n'était d’abord que de l'ivraie ; ils furent changés ensuite en grain excellent. Les semences de la terre ne sont point susceptibles de ce changement ; mais les affections des hommes peuvent être ainsi changées : car la volonté n'est point liée ni assujettie aux lois inviolables de la nature, et Dieu l'a gratifiée du don de liberté. "

" Ainsi, lorsque vous voyez quelque ennemi de la vérité, faites tous vos efforts pour le guérit ; ménagez-le, tachez de l'attirer au bien, exhortez-le à la vertu, montrez-lui l'exemple d'une vie pure, parlez-lui d'une manière édifiante, témoignez-lui dans tous ses besoins une charité parfaite ; tentez toutes sortes de voies pour le retirer de son égarement (Cf. Homélies de saint Chrysostome sur saint Matthieu, t. II, p. 15-16 ; S. Joannis Chrysostomi opera, t. VII). "

19. Le même, Hom. IX in Joannem, expliquant ces paroles du chapitre I : Dedit eis potestatem filios Dei fieri : " Partout l’Evangile nous fait voir, comme ici, que nous ne sommes point forcés ou contraints, soit au mal, soit au bien, mais que nous sommes là-dessus tout-à-fait libres. "

20. Ibidem, Homélie XI : " Le corps de l'homme est sans

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doute admirable dans sa structure ; mais l'âme l'est bien davantage à cause de l'excellence de sa nature particulière ; et non pas seulement pour cette raison, mais aussi parce que, tandis que le corps reste invariablement ce que l’a fait le suprême ouvrier, ou n'oppose aucune résistance aux mouvements qu'on veut lui imprimer, l'âme, au contraire, est maîtresse de ses actions, et n'obéi à Dieu lui-même qu'autant qu'elle le veut ; car Dieu ne veut point nous rendre bons et vertueux, malgré nous, puisqu'alors ce ne serait même plus vertu en nous, mais il veut que nous soyons bons par le propre mouvement de notre volonté, et que nous embrassions de nous-même le parti de la vertu. Aussi les soins à donner à l'âme présentent-ils plus de difficultés que ceux que réclame le corps. "

21. S. CYRILLE de Jérusalem, Catéchèse IV : " Sachez bien que l'âme est maîtresse de ses actions, c'est-à-dire douée de liberté ; qu'elle est un des plus beaux ouvrages de Dieu, créée immortelle à l'image de son créateur, qui l'a gratifiée lui-même d'immortalité, avec le pouvoir de faire ce qu'elle veut. Car vous ne péchez pas par une suite nécessaire de ce que vous êtes au monde, et ce ne sont point, comme le prétendent quelques-uns, les mouvements des astres qui vous forcent à commettre l'impiété. Pourquoi refuser de vous accuser vous-même ? Pourquoi rejeter votre faute sur des astres qui en sont innocents ? . . . "

" Nous péchons par l'effet de notre propre volonté. N’écoutez point ceux qui vous débitent là-dessus des fables. Vous savez bien dire : Je fais ce que je ne veux pas (Rom., VII, 15) ; mais rappelez-vous aussi ces autres paroles de l’Ecriture : Si vous le voulez et que vous m’écoutiez, vous serez rassasiés des biens de la terre (Isaïe, I, 19) ; et ces autres encore : De même que vous avez fait servir vos membres à l’injustice et à l'iniquité, faites-les servir maintenant à la justice pour votre sanctification (Rom., VI, 19). . . "

" L'âme est douée de libre arbitre : le démon peut bien la solliciter, mais il ne saurait du tout la forcer. Qu'il vous suggère des pensées impures, vous y consentirez si vous le voulez ; vous y résisterez si vous n'en voulez pas. Car si c'était par nécessité que vous vous porteriez au mal, pourquoi Dieu aurait-il fait l'enfer ? Et si vous pratiquiez la justice par nécessité, et non par votre propre volonté, pourquoi Dieu vous promettrait-il des couronnes ? Le mouton est un animal fort doux, et cependant on ne le récompense point pour sa douceur, parce qu'en effet elle lui vient, non de sa volonté, mais de sa nature. "

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22. S. JEROME, contre les Pélagiens, prologue : " Nous répondons brièvement aux calomniateurs, qui jettent contre nous leurs méchantes paroles, qu'il appartient à des manichéens de condamner la nature de l'homme, et d'ôter le libre arbitre, et de supprimer le secours de Dieu ; que c'est encore une insigne folie de dire que l'homme est ce qu'est Dieu, qu'il faut entrer dans la royale voie, de manière à n'incliner ni à gauche, ni à droite, et qu'il nous faut croire que les mouvements de notre volonté sont toujours gouvernés par le concours de Dieu (Cf. Œuvres choisies de saint Jérôme, trad. par Collombet, t. VIII, p. 278-279). "

23. Le même, Lib. II adversùs Jovinianum, c. 2 : " Dieu nous a faits libres, et nous ne sommes nécessités ni à la vertu ni au vice. Autrement, si nous y étions nécessités, il n'y aurait plus matière ni à châtiments, ni à récompenses. De même que c'est Dieu qui amène nos bonnes œuvres à la perfection (car il ne dépend, ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde (Rom., I X, 46), que nous puissions les accomplir), ainsi, en fait de désordres et de péchés, c'est nous qui semons le mal en nous, et c'est le démon qui l'achève. "

24. Le deuxième concile d'Orange, canon 13 : " Le libre arbitre ayant été affaibli dans le premier homme, et rendu comme malade, ne peut être réparé que par la grâce du baptême. "

25. Ibidem, canon 25 (ou plutôt, conclusion des vingt-cinq décrets) : " Nous devons donc enseigner et croire, suivant les passages de l’Ecriture rapportés ci-dessus, et les définitions des anciens Pères que, par le péché du premier homme, le libre arbitre a tellement été abaissé et affaibli, que personne depuis n'a pu aimer Dieu comme il faut, croire en lui, ou faire le bien en vue de lui, s'il n'a été prévenu par la grâce et par la miséricorde divine. "

26. S. AUGUSTIN, et les autres évêques, dans leur lettre synodale au pape Innocent I (Epist. XCV, al. 77, inter Epist. S. Augustini) : " Nous prions Dieu que cet esprit, dont nous avons reçu le gage, vienne au secours de notre faiblesse, afin que nous puissions surmonter les tentations et nous défendre du péché. Aussi est-il clair que, lorsque nous disons à Dieu : Ne nous laissez pas succomber à la tentation, nous ne le prions, ni de nous faire hommes, puisque c'est notre nature même que de l’être, ni de

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nous donner le libre arbitre, puisque nous l'avons reçu dès le premier moment de notre existence, ni même de nous pardonner nos péchés, puisque c'est ce que nous demandons plus haut par ces paroles de la même prière : Pardonnez-nous nos offenses ; ni enfin de nous donner sa loi, puisque succomber à la tentation c’est pécher, et que pécher c'est aller contre la loi, contre une loi, dis-je, déjà existante. Mais ce que nous demandons, c'est de ne point pécher, c'est-à-dire, de ne faire aucun mal, comme l’Apôtre demandait pour les fidèles de Corinthe : Je prie Dieu, leur disait-il, que vous ne fassiez aucun mal (II Cor., XIII, 7). Par-là il est évident, qu'encore bien que nous ayons un libre arbitre, comme personne ne saurait en douter, il ne suffit pas que nous fuyons pour ne point pécher, c’est-à-dire pour ne point faire de mal, si la grâce ne nous aide et ne soutient notre faiblesse. "

" La prière même que nous faisons est donc une preuve des plus claires du besoin que nous avons de la grâce. Que Pélage reconnaisse cette grâce que tous les jours nous demandons à Dieu, et alors nous nous réjouirons de le voir dans des sentiments si orthodoxes, soit qu'il les ait eus d'avance, soit qu'il y revienne après les avoir quittés. "

" Il faut bien distinguer entre la loi et la grâce. Le propre de la loi, c'est de commander, et celui de la grâce, c'est d'aider et de secourir ; et de même que la loi ne nous ordonnerait rien si nous n'avions pas de volonté à nous, la grâce ne viendrait point à notre aide, si notre volonté se suffisait à elle-même. "

" L'Ecriture nous ordonne de ne point faire le mal, lorsqu'elle dit en propres termes : Evitez le mal (Ps. XXXVI, 27) ; et cependant elle nous enseigne qu'il faut demander à Dieu la grâce de ne point le faire : Nous ne cessons, dit saint Paul, de prier le Seigneur que vous ne fassiez aucun mal (II Cor., XIII, 7). Elle nous ordonne de faire le bien, lorsqu'après avoir dit : Evitez le mal, elle ajoute : Et pratiquez le bien ; et cependant nous prions Dieu qu'il nous accorde la grâce de le pratiquer, puisque c'est ce que faisait saint Paul quand il disait aux Colossiens : Nous ne cessons de prier Dieu pour vous. . . , afin que vous vous conduisiez d'une manière digne de Dieu, cherchant à lui plaire en toutes choses, par toutes sortes de bonnes œuvres et de propos édifiants (Col., I, 10). De même donc que nous reconnaissons le libre arbitre de l'homme dans le devoir qui lui est imposé d'observer tous ces préceptes, que Pélage reconnaisse aussi la néces-

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sité de la grâce dans toutes ces prières faites à Dieu, pour qu'on puisse les observer (Cf. Lettres de saint Augustin, t. V, p. 44-47). "

27. S. PROSPER, Lib. I de Vocatione gentium, c. 8 : " Il n'est pas à propos que l'homme combatte son ennemi sans protecteur, puisqu'ayant déjà perdu la victoire, il ne doit pas s'aventurer à mesurer ses forces avec celles d'un ennemi victorieux, à qui il n'a pas fait résistance lorsqu'il les avait saines et entières, mais il doit attendre le secours, et espérer la victoire de celui qui seul l'a remportée sans se laisser vaincre lui-même par aucun ennemi. Or, s'il la désire, qu'il ne doute point que ce désir ne lui soit donné par avance de la même main qui lui donne la victoire ; et qu'il ne croie pas qu'il ait perdu son libre arbitre, pour s'être laissé conduire par l'esprit de Dieu, puisqu'il ne l'avait pas même perdu quand il s'était assujetti à la tyrannie du démon qui lui avait à la vérité corrompu le jugement, mais qui n'avait pu le lui ôter. Il n'est donc pas croyable que le divin médecin nous ôte, en nous guérissant, ce que notre ennemi n'a pu détruire en nous par toutes les plaies qu'il nous a faites ; croyons plutôt qu'à guérir nos plaies, sans porter atteinte à l'intégrité de notre nature. Mais ce que la nature a perdu, ne saurait être réparé que par son auteur (Cf. Saint Prosper, disciple de saint Augustin, de la Vocation des gentils, p. 13). "
 
 

CHAPITRE VI.

DE LA CONDUITE DE DIEU DANS LE MYSTERE DE L’AVENEMENT DE JESUS-CHRIST.

" De là il est arrivé que le Père céleste, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui même avant la loi avait promis son Fils Jésus-Christ, et qui ensuite, dans le temps de la loi, s'en était de nouveau expliqué à plusieurs saints patriarches, l'a envoyé aux hommes lorsqu'enfin les temps se sont trouvés heureusement accomplis, et pour qu'il rachetât les Juifs qui étaient sous la loi, et pour que les Gentils, qui ne recherchaient point la justice, parvinssent à en obtenir le bienfait, et qu'ainsi tous les hommes fussent adoptés comme enfants de Dieu. C'est lui que Dieu a proposé pour être par la foi que

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nous aurions dans la vertu de son sang, la victime expiatoire de nos péchés, et non-seulement des nôtres, mais aussi de ceux du monde entier. " Concile de Trente, ses. VI, c. 2.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. II Corinthiens, I, 3-4 : " Béni soit Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes, et le Dieu de toute consolation, - qui nous console dans tous nos maux. "

2. Galates, IV, 4-7 : " Mais lorsque les temps ont été accomplis. Dieu a envoyé son Fils formé d'une femme, et assujetti à la loi, - pour racheter ceux qui étaient sous la loi, et pour nous faire recevoir l'adoption des enfants de Dieu. - Et parce que vous êtes des enfants de Dieu, il a envoyé dans vos cœurs l'Esprit de son Fils, qui vous fait crier : Abba (mon Père). - Aucun de vous n'est donc plus serviteur, mais enfant ; s'il est enfant de Dieu, il est aussi son héritier par Jésus-Christ. "

3. Romains, IX, 30 : " Que dirons-nous donc ? Que les gentils qui ne cherchaient point la justice, ont embrassé la justice, cette justice qui vient de la foi. "

4. Galates, IV ; comme ci-dessus, témoignage 2.

5. Romains, III, 23-26 : " Car tous ont péché et ont besoin de la gloire de Dieu. - Etant justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est en Jésus-Christ, - que Dieu a proposé pour être la victime de propitiation, par la foi qu'on aurait en son sang, pour faire paraître la justice qu'il donne lui-même en pardonnant les péchés passés, - qu'il avait soufferts avec tant de patience ; pour faire, dis-je, paraître en ce temps la justice qui vient de lui ; montrant tout ensemble qu'il est juste, et qu'il justifie celui qui a la foi en Jésus-Christ. "

6. Ibid., V, 8-14 : " Mais Dieu a fait éclater son amour pour nous en ce que, lors même que nous étions encore pécheurs, Jésus-Christ est mort pour nous dans le temps marqué. -Maintenant donc que nous sommes justifiés par son sang, nous serons à plus forte raison délivrés par lui de la colère de Dieu. - Car si, lorsque nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort, de son Fils, à plus forte raison, étant maintenant réconciliés avec lui, nous serons sauvés par la vie de son même Fils. - Et non-seulement nous avons été réconciliés, mais nous nous glorifions même en Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur, par qui nous avons, obtenu maintenant cette réconciliation. "

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7. I Timothée, II, 8 : " Car il n'y a qu'un Dieu et un médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme ; - qui s'est livré lui-même pour la rédemption de tous, en rendant témoignage dans le temps marqué. "

8. I JEAN, II, 1-2 : " Si quelqu'un pèche, nous avons pour avocat envers le Père, Jésus-Christ qui est juste. - C'est lui qui est la victime de propitiation pour nos péchés, et non-seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux de tout le monde. "
 
 

CHAPITRE VII.

QUELS SONT CEUX QUI SONT JUSTIFIES PAR JESUS-CHRIST.

" Quoique Jésus-Christ soit mort pour tous, tous néanmoins ne profitent pas du bienfait de sa mort ; mais ceux-là seulement en recueillent le fruit, à qui les mérites de sa passion sont appliqués. Car de même que les hommes ne naîtraient pas pécheurs, s'ils ne tiraient leur origine d'Adam, puisque c'est par suite de cette descendance, qu'ils contractent, au moment où ils sont conçus, l'injustice dont il s'est rendu coupable et qui leur devient propre, de même ils ne seraient jamais justifiés, s'ils ne renaissaient en Jésus-Christ, puisque c'est par cette renaissance, qu'en vertu des mérites de la passion du Sauveur, la grâce qui a pour vertu de les justifier leur est conférée. C’est pour ce bienfait que l'Apôtre nous exhorte à rendre de continuelles actions de grâces à Dieu le Père qui, en nous éclairant de sa lumière nous a rendus dignes d’avoir part au sort et a l'héritage des saints ; qui nous a arrachés de la puissance des ténèbres et nous a fait passer dans le royaume de son Fils bien-aimé, par le sang duquel nous avons été rachetés, et avons reçu la rémission de nos péchés. " Concile de Trente, session VI, chapitre 3.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. II Corinthiens, V, 14-15 : " Car l'amour de Jésus-Christ nous presse : considérant que si un seul est mort pour tous, donc tous sont morts ; - et que Jésus-Christ est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et qui est ressuscité pour eux. "

2. Colossiens, I, 12-14 : " Rendant grâces à Dieu le Père, qui en nous éclairant de sa lumière, nous a rendus dignes d'avoir part au sort et à l’héritage des saints ; - qui nous a arrachés à

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la puissance des ténèbres et nous a transférés dans le royaume de son Fils bien-aimé, - par le sang duquel nous avons été rachetés, et avons reçu la rémission de nos péchés. "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. PROSPER, in Responsionibus ad capitula objectionum Gallorum, c. 9 : " Le Fils de Dieu donc, après avoir pris notre nature sans en prendre les péchés toutefois, nous a procuré, à nous autres pécheurs en même temps que mortels, cet avantage d'échapper aux liens du péché et de la mort, pourvu que nous recevions en lui une nouvelle naissance. De même donc qu'il ne suffit pas pour notre renouvellement que Jésus-Christ soit venu sur la terre, si nous ne renaissons dans le même Esprit dont il a été conçu lui-même, ainsi il ne suffit pas pour notre rédemption que Jésus-Christ ait été crucifié, si nous ne mourons avec lui et ne sommes ensevelis avec lui par le baptême. Autrement, il n’eût pas été nécessaire, dès là que le Sauveur était né avec une chair semblable à la notre et avait été crucifié pour nous tous, que nous reçussions une nouvelle naissance et que nous fussions entrés en lui par la ressemblance de sa mort ; mais comme personne sans ce sacrement ne peut obtenir la vie éternelle, personne aussi ne peut être sauvé par la croix de Jésus-Christ, s'il n'est crucifié en lui. Or, on ne saurait être crucifié en Jésus-Christ à moins d'être membre de son corps, et de se revêtir de lui par l'eau et l'Esprit-Saint. C'est ainsi qu'il a voulu entrer en part de notre infirmité et de notre mortalité, pour nous faire part à nous-même de sa vertu et de sa résurrection. Quoiqu’il soit donc très-convenable de dire que le Sauveur a été pour la rédemption du monde entier, puisqu'il a pris véritablement notre nature, et que tous les hommes avaient été perdus par la faute du premier homme, devenue la faute de tous, on peut dire cependant aussi qu'il a été crucifié pour ceux-là seulement à qui sa mort a été profitable. Car l'Evangéliste nous dit que Jésus devait mourir pour la nation juive, et non-seulement pour cette nation, mais aussi pour réunir en un seul peuple les enfants de Dieu qui étaient dispersés (JEAN, XI, 51-52). Il est venu dans ses propres foyers, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais il a donné à tous ceux qui l'ont reçu et qui croient en son nom, le pouvoir d'être faits enfants de Dieu, ne recevant alors leur naissance ni du sang, ni des ardeurs de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu lui-même (JEAN, I, 12-14). "

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2. S. AUGUSTIN, Epist. LXXXIX (al. 157) ad Hilarium, q. 3 : " Comme donc c'est par le péché d'un seul que tous les hommes ont encouru la condamnation, dont les enfants ont par conséquent autant besoin que les autres d'être délivrés par le baptême, de même c'est par la justice d'un seul que tous les hommes reçoivent la justification et la vie (Rom., V, 18). Si l’Apôtre emploie le mot tous dans ce dernier membre comme dans le premier, ce n'est pas que tous les hommes soient participants de la grâce de la justification, dont Jésus-Christ est l'auteur, puisqu'il y en a tant qui n'y ont aucune part, et qui meurent de la mort éternelle ; mais c'est parce que, de la même manière que de tous ceux qui naissent pour la condamnation, il n'y en a aucun qui naisse autrement que par Adam, ainsi, de tous ceux qui sont régénérés et justifiés, il n'y en a aucun qui le soit autrement que par Jésus-Christ. Voilà ce qui fait que l’Apôtre emploie le mot tous d'un côté comme de l'autre ; et c'est par la même raison qu'un peu plus bas il emploie de part et d'autre celui de plusieurs. Comme plusieurs, dit-il, sont devenus pécheurs par la désobéissance d’un seul, ainsi plusieurs sont rendus justes par l'obéissance d’un seul (Rom., V, 19) ; manière de parler où il est clair que le mot plusieurs est employé à l’égard d'Adam pour celui de tous, comme celui de tous est employé plus haut à l'égard de Jésus-Christ pour celui de plusieurs. "

" Voyez, je vous prie, comme l'Apôtre s'attache à nous faire remarquer un homme de chaque côté, Adam de l'un, et Jésus-Christ de l'autre, et de les mettre en opposition : Adam comme le principe de la condamnation, et Jésus-Christ comme celui de la justification. Car quoiqu'il ne soit venu au monde sous une chair mortelle que si longtemps après Adam, l'Apôtre rapporte toute justification à Jésus-Christ, pour nous foire entendre que même ce qu'il y a eu de justes dans le temps de l'ancienne loi n'ont été délivrés et justifiés que par la même foi par laquelle nous le sommes, c'est-à-dire par la foi en l'incarnation de Jésus-Christ, qui leur était prédite en ce temps-là, comme elle nous est annoncée présentement. "

3. Le même, Lib. I de peccatorum meritis et remissione, c. 20 (al. 28, n. 55) : " La vie éternelle, que Dieu, qui ne saurait tromper, a promise à ses saints ou à tous ceux qui lui seront fidèles, et que nous ne pouvons attendre que de Jésus-Christ, en qui seul tous ceux qui y auront part seront vivifiés, comme c'est en Adam que nous étions tous morts (I Cor., XV, 22). Car de même que ce n'est qu'en Adam, en qui tous ont péché, que

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meurent tous ceux sans exception qui descendent de lui par l'effet de la génération charnelle, ainsi ce n'est qu'en Jésus-Christ, en qui tous sont rendus à l'état de justice, que peuvent être sanctifiés tous ceux sans exception qui reçoivent le bienfait de la régénération spirituelle. De même en effet, comme le dit l'Apôtre (Rom., V, 18), que tous ont été condamné par la faute d'un seul, tous ont désormais à être rétablis dans un état de justice par le bienfait d'un seul (Rom., V, 18). "

4. Le même, De naturâ et gratiâ, c. 41 : " De même qu'il a été dit : Comme tous ont été condamnés par la faute d'un seul, tous, dis-je, sans exception, de même tous sans exception sont compris dans ce qui est ajouté immédiatement après : Ainsi tous ont désormais à être rétablis dans l’état de justice par le bienfait d'un seul ; non que tous croient en lui, que tous aient part à son baptême, mais parce que personne n'est effectivement rétabli dans l'état de justice, à moins de croire en lui et de recevoir le baptême en son nom. Ce mot tous a donc été mis ici pour indiquer que personne ne peut être sauvé par un autre moyen que par Jésus-Christ. "

5. Le même, contra Julianum, lib. VI, c. 4 : " De même donc que c'est par le péché d'un seul que tous les hommes sont tombés dans la condamnation, ainsi c'est par la justice d'un seul que tous reçoivent la grâce de la justification, avec la vie qui en est l'effet (Rom., V, 18). Ainsi d'un côté tous les hommes, et de l'autre côté tous les hommes aussi, parce que comme tous les hommes doivent la mort au premier Adam, tous également ne peuvent devoir la vie qu'au second : Car comme tous sont devenus pécheurs par la désobéissance d'un seul, tous seront de même rendus justes par l'obéissance d'un seul (ibid., 19). "

6. Ibidem, c. 34 : " Personne n’échappera à cette colère de Dieu, s'il n'est réconcilié à Dieu par la vertu du médiateur. C’est ce qui a fait dire à ce divin médiateur lui-même : Celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui (JEAN, III, 36). Il ne dit pas que la colère de Dieu viendra, mais il dit qu'elle demeure dès maintenant. C'est pourquoi la foi et la confession de la foi est exigée des petits enfants comme des grandes personnes, de ceux-ci par leur propre cœur et par leur propre bouche, et de ceux-là par la bouche des autres, pour qu'ils puissent être réconciliés à Dieu par la mort de son Fils, et pour que la colère de Dieu ne demeure pas sur eux, depuis que le vice de leur origine les a rendus coupables devant lui. . . . . "

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" Lorsqu’après avoir dit : Le péché est passé à tous par un seul, l’Apôtre ajoute que beaucoup ont été rendus pécheurs par la désobéissance d'un seul, il attache à ce mot beaucoup le même sens qu’à ce mot tous. De même lorsqu'après avoir dit : Par la justice d'un seul, tous les hommes ont reçu la grâce de la justification avec la vie qui en est l'effet, il dit de nouveau : Beaucoup seront rendus justes par l'obéissance d'un seul, il ne faut pas entendre ce mot beaucoup comme si l’Apôtre faisait exception de quelques-uns, mais il faut lui donner la même étendue de signification : non que tous les hommes soient justifiés de fait en Jésus-Christ, mais parce que tous ceux qui sont justifiés ne peuvent l'être qu'en lui. De la même manière qu'on peut dire que tout le monde entre dans une maison par une même porte, non que tous les hommes entrent de fait dans cette maison, mais parce que tous ceux qui y entrent ne peuvent le faire que par cette porte. Tous ont donc été précipités dans la mort par Adam, et tous sont rappelés à la vie par Jésus-Christ ; parce que, de même que tous meurent en Adam, tous aussi seront justifiés en Jésus-Christ (I Cor., XV, 22), c'est-à-dire que depuis qu'il y a des hommes, personne ne meurt que par suite du péché d’Adam, et que personne n'hérite d'Adam autre chose que la mort ; et personne d'un autre côté ne peut revenir à la vie que par Jésus-Christ, et ne peut recevoir de Jésus-Christ autre chose que la vie. Mais vous (pélagiens), qui ne voulez pas que tous, mais que plusieurs seulement aient été, soit condamnés par la faute d'Adam, soit délivrés par la grâce de Jésus-Christ, vous renversez le christianisme par votre monstrueuse doctrine. Car si quelques-uns peuvent être sauvés ou justifiés sans Jésus-Christ, Jésus-Christ est donc mort en pure perte. "
 
 

CHAPITRE VIII.

EN QUOI CONSISTE LA JUSTIFICATION DE L’IMPIE, ET DE QUELLE MANIERE ELLE S’OPERE SOUS LA LOI DE LA GRACE.

" Ces paroles (de l'Apôtre aux Colossiens, I, 22) font voir que la justification de l'impie n'est autre chose que le passage de l'état où nous naissons enfants du premier Adam, à l'état de grâce qui nous rend enfants adoptifs de Dieu par le second Adam, qui est Jésus-Christ notre Sauveur. Or, depuis que l’Evangile a été promulgué, ce passage d'un état à l'autre ne peut se faire

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sans l'eau de la régénération ou sans le désir d'y être lavé de ses péchés, conformément à ces paroles, que si un homme ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume dans Dieu. " Concile de Trente, session VI, chapitre 4.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Galates, IV ; comme ci-dessus, chapitre VI, témoignage 2.

2. Tite, III, 5-7 : " Il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions pu faire, mais à cause de sa miséricorde, par l'eau de la renaissance, et par le renouvellement du Saint-Esprit, - qu'il a répandu sur nous avec une riche effusion, par les mérites de Jésus-Christ notre Sauveur, - afin qu'étant justifiés par sa grâce, nous devinssions les héritiers de la vie éternelle, selon l’espérance que nous en avons. "

3. JEAN, III, 5 : " Si quelqu'un ne, etc. " (Comme dans le corps de la réponse.)

Les témoignages relatifs à la même nécessité du baptême, ont été rapportés plus haut, lorsque nous avons eu à traiter du sacrement de Baptême, question 1 ; quant à ceux où se trouve décrite en particulier la justification du pécheur, on les trouvera rapportés plus bas, chapitre IX.
 
 

CHAPITRE IX.

DE LA NECESSITE QU’IL Y A POUR LES ADULTES DE SE PREPARER A LA GRACE DE LA JUSTIFICATION, ET D’OU PROCEDE CETTE NECESSITE.

" De plus, la justification, dans les adultes, ne peut avoir d'autre principe que la grâce prévenante de Dieu, méritée aux hommes par Jésus-Christ, c'est-à-dire, la grâce qu'il leur fait de les appeler, sans qu'aucuns mérites aient précédé de leur part. Par cette prévenance ou cet appel que Dieu leur fait, ces pécheurs qui jusque-là vivaient dans l’éloignement de Dieu, se trouvent excités et aidés à revenir à lui, et disposés par-là même à obtenir leur justification, qui ne s'accomplit pas néanmoins sans concours de leur part et sans coopération à la grâce : de sorte que, Dieu faisant pénétrer dans le cœur de l'homme des rayons de lumières de l'Esprit-Saint, ni l'homme n'est purement passif sous l'inspiration divine, puisqu'il peut absolument la rejeter, ni il ne saurait pourtant, sans cette grâce, se porter vers la justice par un mouvement de sa volonté libre, de manière à en être

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justifié devant Dieu. De là ces paroles de l'Ecriture : Convertissez-vous à moi, et je me convertirai à vous, doivent nous rappeler que nous sommes libres ; en même temps que ces autres qu'elle nous met à la bouche à nous-même : Convertissez-nous à vous, Seigneur, et nous serons convertis, doivent nous porter à reconnaître le besoin que nous avons d'être prévenus de la grâce. " Concile de Trente, session VI, chapitre V.
 
 

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. I Corinthiens, III, 9 : " Nous sommes les coopérateurs de Dieu. "

2. Ibid., XV, 10 : " Mais c'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce n'a pas été stérile en moi ; mais j'ai travaillé plus que tous les autres, non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu avec moi. "

3. II Corinthiens, VI, 1-2 : " Etant donc les coopérateurs de Dieu, nous vous exhortons à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu. - Car il dit lui-même : Je vous ai exaucé au temps favorable, et je vous ai aidé au jour du salut. "

4. Ibid., VII, 1 : " Ayant donc reçu de telles promesses, mes très-chers frères, purifions-nous de toute souillure de corps et d'esprit, achevant l'œuvre de notre sanctification dans la crainte de Dieu. "

5. II Timothée, II, 21 : " Si quelqu'un donc se garde pur de ces choses, il sera un vase d'honneur, sanctifié et propre au service du Seigneur, préparé pour toutes sortes de bonnes œuvres. "

6. Hébreux, XII, 12-13 : " Relevez donc vos mains languissantes et vos genoux affaiblis. - Conduisez vos pas par des voies droites, afin que s'il y en a quelqu'un parmi vous qui soit chancelant, il ne s'écarte pas du chemin, mais que plutôt il se redresse. "

7. JEREMIE, VII, 3-5 : " Voici ce que dit le Seigneur des armées, le Dieu d'Israël : Redressez vos voies, corrigez votre conduite, et j'habiterai dans ce lieu avec vous. - Car si vous avez soin de redresser vos voies et de corriger voire conduite, si vous rendez justice à ceux qui plaident ensemble, etc. "

8. EZECHIEL, XVIII, 21-32 : " Si l'impie fait pénitence de tous les péchés qu'il avait commis, s'il garde tous mes préceptes, et s’il agit selon l’équité et la justice, il vivra certainement ; non, il ne mourra point. - Je ne me souviendrai plus de toutes les

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iniquité qu'il avait commises ; il vivra, grâce aux œuvres de justice qu'il aura faites. - Est-ce que je veux la mort de l'impie, dit le Seigneur Dieu ? et ne veux-je pas plutôt qu'il se convertisse, qu'il se retire de sa mauvaise voie, et qu'il vive ? Et lorsque l'impie se sera détourné de l'impiété ou il avait vécu, et qu'il agira selon l'équité et la justice, il rendra ainsi la vie à son âme, - Comme il a considéré son état, et qu'il s'est détourné de toutes les œuvres d'iniquité qu'il avait commises, il vivra certainement et ne mourra point. - C'est pourquoi, maison d'Israël, je jugerai chacun selon ses voies, dit le Seigneur Dieu ; convertissez-vous et faites pénitence de toutes vos iniquités, et l'iniquité ne vous attirera plus votre ruine. - Ecartez loin de vous toutes les prévarications dont vous vous êtes rendus coupables, et faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau. - Et pourquoi mourrez-vous, maison d'Israël ? - Je ne veux point la mort de celui qui meurt, dit le Seigneur Dieu. Revenez à moi et vivez. "

9. Proverbes, XVI, 1, 5-6 : " C'est à l'homme à préparer son âme, et au Seigneur à gouverner sa langue. - Tout homme insolent est en abomination au Seigneur ; et lors même qu'il a les mains l'une dans l'autre, il n'est point innocent. - Le commencement de la bonne voie est de pratiquer la justice, et elle est plus agréable à Dieu que l'immolation des victimes. "

10. Ecclésiastique, II, 20 : " Ceux qui craignent le Seigneur prépareront leurs cœurs, et sanctifieront leurs âmes en sa présence. "

11. Sagesse, IX, 10 : " Envoyez votre sagesse du ciel où est votre sanctuaire, et du trône où éclate votre grandeur, afin qu'elle soit avec moi, qu'elle agisse avec moi, et que je sache ce qui vous est agréable. "

12. Psaume XXVI, 9-10 : " Ne détournez pas de moi votre face, et ne vous éloignez point de votre serviteur dans votre colère. - Vous êtes mon soutien : ne me délaissez point, ô Dieu, mon Sauveur ! "

13. MATTHIEU, XXIII, 37 : " Jérusalem, Jérusalem, toi qui mets à mort les prophètes et lapides ceux qui sont envoyés vers toi, combien de fois n'ai-je pas voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes, et que tu ne l'as pas voulu ? "

14. Actes, XIII, 46 : " Alors Paul et Barnabé leur dirent hardiment : Vous étiez les premiers à qui il fallait annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez, et que vous vous jugez

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mêmes indignes de la vie éternelle, nous nous en allons présentement vers les Gentils. "

15. JEREMIE, XVIII, 11-12 : " Dites donc maintenant aux habitants de Juda et de Jérusalem : Voici ce que dit le Seigneur : Je vous prépare plusieurs maux, je forme contre vous des pensées et des résolutions. Que chacun quitte sa mauvaise vie, et faites que vos voies soient droites et vos œuvres justes. - Ils m'ont répondu : Nous avons perdu toute espérance ; nous nous abandonnerons à nos pensées, et chacun de nous suivra l'égarement et la dépravation de son cœur. "

16. Id., XXV, 4-5, 7 : " Et le Seigneur s'est hâté de vous envoyer tous les prophètes, ses serviteurs ; et vous ne l'avez point écouté, et vous n'avez point incliné l'oreille pour l'entendre, - lorsqu'il vous disait : Que chacun de vous se retire de sa mauvaise voie et du dérèglement de ses pensées criminelles, et vous habiterez de siècle en siècle dans la terre que le Seigneur vous a donnée à vous et à vos pères. - Cependant vous ne m'avez point écouté, dit le Seigneur. Au contraire, vous m'avez irrité par les œuvres de vos mains pour attirer sur vous tous ces maux. "

17. Id., XXXI, 33 : " Ils m'ont tourné le dos, au lieu de me regarder, lorsque je prenais un grand soin de les instruire et de les corriger, et ils n'ont voulu ni m'écouter ni recevoir le châtiment. "

18. Id., XXXV, 13-17 : " Voici ce que dit le Seigneur des armées, le Dieu d'Israël : Va, et dis au peuple de Juda et aux habitants de Jérusalem : Ne vous corrigerez-vous jamais, et n'obéirez-vous jamais à mes paroles ? dit le Seigneur. - Les paroles de Jonadab, fils de Réchab, par lesquelles il commanda à ses enfants de ne point boire de vin, ont fait une telle impression sur eux, qu'ils n'en ont point bu jusqu'à cette heure, et qu'ils ont toujours obéi au commandement de leur père : mais pour moi je vous ai parié et je n'ai point manqué de vous instruire de bonne heure, et cependant vous ne m'avez point obéi. - Je vous ai envoyé tous mes prophètes mes serviteurs ; je me suis hâté de vous les envoyer dès le point du jour, vous disant : Convertissez-vous ; que chacun quitte sa voie corrompue ; redressez vos affections ; ne suivez point de dieux étrangers, et ne les adorez point, et vous habiterez dans la terre que je vous ai donnée et que j'avais donné à vos pères. Et cependant vous n'avez point voulu m'écouter et vous avez refusé de m'obéir. - Ainsi les

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enfants de Jonadab, fils de Réchab ont exécuté inviolablement l'ordre que leur père leur avait donné ; et ce peuple, au contraire, ne m'a point obéi. - C'est pourquoi voici ce que dit le Seigneur des armées, le Dieu d'Israël : Je ferai tomber sur Juda et sur tous les habitants de Jérusalem tous les maux que j'avais prédit devoir leur arriver ; parce que je leur ai parlé, et ils ne m'ont point écouté ; je les ai appelés, et ils ne m'ont point répondu. "

19. ZACHARIE, I, 4 : " Ne soyez pas comme vos pères auxquels les prophètes qui vous ont devancés ont si souvent adressé leurs cris, en disant : Voici ce que dit le Seigneur des armées : Convertissez-vous, quittez vos mauvaises voies et la malignité de vos pensées corrompues : et cependant ils ne m'ont point écouté et ils n'ont point fait attention à ce que je leur disais, dit le Seigneur. "

20. ZACHARIE, I, 3 ; comme dans le corps de la réponse.

21. MALACHIE, III, 7 : " Quoique des le temps de vos pères vous vous soyez écartés de mes lois, et que vous ne les ayez point observées, revenez à moi, et je me tournerai vers vous, dit le Seigneur des armées. "

22. Actes, II, 38 : " Pierre leur dit : Faites pénitence, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour la rémission de vos péchés. "

23. Ibid., III, 19 : " Faites donc pénitence et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés. "

24. Ephésiens, V, 14 : " C'est pourquoi il est dit : Levez-vous, vous qui donnez, sortez d'entre les morts ; et Jésus-Christ vous éclairera. "

25. JACQUES, IV, 7-8 : " Soyez donc soumis à Dieu ; mais résistez au démon, et il s'enfuira de vous. - Approchez-vous de Dieu, et il s'approchera de vous. Lavez vos mains, pécheurs, purifiez vos cœurs, vous qui avez l'âme double. "

26. MATTHIEU, XI, 28-29 : " Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. - Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos à vos âmes. "

27. JEREMIE, III, 1, 12, 22 : " Vous vous êtes corrompue avec plusieurs qui vous aimaient ; cependant revenez à moi, dit le Seigneur. - Allez, et criez vers le nord ; faites entendre ces paroles : Revenez, peuple rebelle, dit le Seigneur, et je ne détournerai point mon visage de vous, parce que je suis saint, dit le Seigneur, et que ma colère ne durera pas éternellement. -

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Convertissez-vous, enfants, revenez à votre père et je guérirai le mal que vous vous êtes fait en vous détournant de moi. Nous voici, nous revenons à vous : car vous êtes le Seigneur notre Dieu. "

28. Id., IV, 14 : " Jérusalem, purifie ton cœur de sa corruption, afin que tu sois sauvée. Jusqu’à quand les pensées mauvaises demeureront-elles en toi ? "

29. Id., XVIII, 11 : " Dites donc maintenant aux habitants de Juda et de Jérusalem : Voici ce que dit le Seigneur : Je vous prépare plusieurs maux, je formule contre vous des pensées. Que chacun quitte sa mauvaise vie, faites que vos voies et vos œuvres soient droites. "

30. ISAIE, I, 16-17 : " Lavez-vous, purifiez-vous ; ôtez de devant mes yeux la malignité de vos pensées ; cessez de faire le mal : -apprenez à faire le bien ; examinez tout avant de juger ; assistez l'opprimé, faites justice à l'orphelin, défendez la veuve. - Si vous voulez m'écouter vous serez rassasié des biens de la terre. "

31. Id., XL, 3 : " Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur ; rendez droits dans la suite les sentiers de notre Dieu. "

32. Id., XLV, 22 : " Convertissez-vous à moi, peuples de toute la terre, et vous serez sauvés, parce que je suis votre Dieu, et qu'il n'y en pas d'autres que moi. "

33. Id., XLVI, 8 : " Rappelez ces égarements à votre mémoire et rougissez-en de confusion ; rentrez dans vos cœurs, violateurs de ma loi. "

34. Id., LV, 1, 3, 6, 7 : " Approchez, vous tous qui avez soif, venez aux eaux ; vous qui n'avez point d'argent, hâtez-vous ; achetez et mangez ; venez, achetez sans argent, et sans aucun échange le vin et le lait. . . - Prêtez l'oreille et venez à moi, et votre âme trouvera la vie. Je ferai avec vous une alliance éternelle pour rendre stable la miséricorde que j'ai promise à David. - Cherchez le Seigneur pendant qu'on peut le trouver ; invoquez-le pendant qu'il est proche. - Que l'impie quitte sa voie et l'injuste ses pensées et qu'il retourne au Seigneur, et il lui fera miséricorde ; qu'il retourne à notre Dieu, parce qu'il est plein de bonté pour pardonner. "

35. BAHUCH, IV, 4, 5 : " Ici est le livre des commandements de Dieu et la loi qui subsiste éternellement. Tous ceux qui la gardent arriveront à la vie, et ceux qui l'abandonnent tombe-

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ront dans la mort. - Convertissez-vous, ô Jacob! et embrassez cette loi ; marchez dans sa voie à l'éclat qui en rejaillit et à la lueur de sa lumière. - N'abandonnez pas votre gloire à d'autres, ni votre dignité à une nation étrangère. "

36. EZECHIEL, XVIII, 30-32 : " Convertissez-vous et faites pénitence de toutes vos iniquités, et l'iniquité ne vous attirera plus votre ruine. - Ecartez de vous toutes les prévarications dont vous vous êtes rendus coupables, et faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau. Et pourquoi mourrez-vous, ô maison d'Israël ? Je ne veux point la mort de celui qui meurt, dit le Seigneur Dieu. Revenez à moi et vivez. "

37. I Sam., VII, 3 : " Car Samuel dit à toute la maison d'Israël : Si vous revenez au Seigneur de tout votre cœur, ôtez du milieu de vous les dieux étrangers Baal et Astaroth ; préparez vos cœurs pour le Seigneur, et ne servez que lui seul, et à vous délivrer de la main des Philistins. "

38. JEREMIE, V, 20 : " Annoncez ceci à la maison de Jacob, faites-le entendre à Juda, et dites-leur : - Ecoute, peuple insensé, qui es sans entendement et sans esprit, qui as des yeux et ne vois point, qui as des oreilles et n'entends point. "

39. JEREMIE, XXXI, 18-19 : " J'ai entendu Ephraïm lorsqu'on le transférait : Vous m'avez châtié (me disait-il), et j'ai été instruit par mes maux comme un jeune taureau indompté. Convertissez-moi, et je me convertirai à vous, parce que vous êtes le Seigneur mon Dieu. - Car après que vous m'avez converti, j'ai fait pénitence, et après que vous m'avez ouvert les yeux, j'ai frappé ma cuisse, j'ai été confondu et j'ai rougi. "
 
 

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Lib. II contra duas epistolas pelagianorum, c. 9 : " Que Dieu nous détourne de cette folie de nous mettre avant lui dans ses dons, et de ne le mettre qu'après nous : car sa miséricorde me préviendra, dit le Prophète (Ps. LVIII, 11), et c'est à lui que s'adressent ces paroles fidèles et véridiques : Vous l'avez prévenu de bénédictions et de douceurs (Ps. XX, 4). Et quelles sont ces bénédictions et ces douceurs, sinon ce désir du bien dont parle le Psalmiste dans cet endroit ? Donc cette bénédiction et cette douceur, c'est la grâce de Dieu, qui fait que nous ayons du goût et du plaisir à faire ce qu'il nous commande, mais sans laquelle, ou si elle ne nous prévenait pas, non-seulement nous ne pourrions pas l'accomplir, mais nous ne pourrions

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pas même le commencer. Car si nous ne pouvons rien faire sans lui, nous ne pouvons ni rien commencer ni rien achever sans lui. Or, que nous ne puissions rien commencer sans lui, c'est ce qu'indiquent ces paroles : Sa miséricorde me préviendra (Ps. LVIII, 11) ; et que nous ne puissions rien achever sans lui, c'est ce que veulent dire ces autres : Sa miséricorde viendra à mon appui (Ps. XXII, 6). "

2. Ibidem, c. 10 : " Pourquoi donc, à la suite de cela, venant à rendre compte de leurs propres sentiments, disent-ils qu'ils reconnaissent à la vérité que la grâce vient en aide au bon propos que chacun peut former, mais non qu'elle puisse inspirer le goût de la vertu à celui qui n'y apporte aucune bonne volonté ? C'est qu'ils prétendent que l'homme peut avoir de lui-même sans le secours de Dieu ce bon propos et ce goût de la vertu, et qu'ainsi les mérites de l'homme, antérieurs à toute grâce, sont ce qui le rend digne d’être ensuite aidé de la grâce. . . "

" Sans doute qu'une grâce subséquente vient en aide au bon propos de l'homme ; mais ce bon propos lui-même n'existerait pas, si la grâce ne le prévenait. Pareillement, le goût que l'homme peut sentir pour la vertu a besoin, lorsqu'il commence à se former en nous, d'être secondé par la grâce ; mais de plus, pour qu'il commence à se former en nous, il faut que ce soit la grâce qui nous l'inspire, c'est-à-dire Dieu lui-même auteur de la grâce, celui dont parle l'Apôtre quand il dit (II Cor., VIII, 16) : Je rends grâces à Dieu, qui a mis dans le cœur de Tite les mêmes goûts pour vous (Saint Augustin traduisait ainsi ce passage : Gratias autem Deo, qui dedit idem studium pro vobis in corde Titi. La Vulgate, au lieu de idem studium, a substitué camdem sollicitudinem (II Cor., VIII, 16)). Si c'est Dieu qui met dans nos cœurs les goûts que nous pouvons ressentir pour les autres, quel autre que Dieu mettra donc en nous ceux que nous pourrons éprouver pour lui-même ? "

5. Le même, De prædestinatione Sanctorum, c. 2 : " L'Apôtre parlant de cette grâce qui n'est donnée en considération d’aucuns mérites, mais qui produit ce qu'il y a en nous de bons mérites, dit : Nous ne sommes capables d'avoir aucune bonne pensée comme de nous-mêmes ; mais c'est Dieu qui nous en rend capables (II Cor., III, 5). Ces paroles ne sauraient être trop mûrement méditées et pesées par ceux qui pensent que le commencement de la foi vient de nous, et que son accroissement vient de Dieu. Car il n'y a

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personne qui ne voie que la pensée précède nécessairement la croyance, puisqu'on ne croit jamais qu'après avoir pensé qu'il faut croire. Il est bien vrai que souvent la pensée ne précède la volonté de croire que d'un instant, et que ce moment est si rapide, qu'il semble que la pensée et le consentement se forment tout à la fois. Mais il faut toujours, pour croire quelque chose, que la pensée marche la première ; ce qui n'empêche pas que la pensée ne subsiste encore avec la croyance, qui n'est autre chose qu'une pensée accompagnée du consentement. Car quoique tous ceux qui pensent ne croient pas, et qu'au contraire il arrive souvent qu'on ne pense que pour ne pas croire, cependant quiconque croit pense à ce qu'il croit ; il pense en croyant, et il croit en pensant. Si donc, dans tout ce qui regarde la religion et la piété, nous ne sommes capables selon l'Apôtre d'avoir aucune pensée comme de nous-mêmes, et si c'est Dieu qui nous en rend capables, il s'ensuit que nous ne sommes pas capables de croire comme de nous-mêmes, puisqu'il est impossible de croire sans penser, et que c'est Dieu qui nous rend capables de commencer même à croire (Cf. De la Prédestination des saints, dans les Traités choisis, tome II, p.42-44). "

4. GENNADE, prêtre de Marseille, Lib. de ecclesiasticis dogmatibus, c. 44 : " Si quelqu'un prétend que, sans la lumière et l’inspiration du Saint-Esprit, qui donne à tous cette suavité intérieure qui fait qu'on embrasse la vérité et qu'on y ajoute foi, il puisse, par ses forces naturelles, penser comme il faut, se porter à faire quoi que ce soit de bon par rapport au salut et à la vie éternelle, se rendre à la prédication salutaire, c'est-à-dire à celle de l'Evangile, il faut que l’esprit d’erreur et d'hérésie l'ait séduit, puisqu'il n'entend pas la voix de Jésus-Christ même, qui dit dans l’Evangile : Vous ne pouvez rien faire sans moi (JEAN, XV, 5) ; ni celle de l'Apôtre, qui disait : Nous ne sommes capables d'avoir aucune bonne pensée de nous-mêmes, comme de nous-mêmes, mais c'est Dieu qui nous en rend capables (II Cor., III, 5) (Tout ce passage n'est que la copie textuelle du 7e canon du second concile d'Orange (V. le Dictionnaire universel des conciles, tome II, col. 135). C'est une addition faite après coup à l'ouvrage de Gennade, qui, étant lui-même semi-pélagien, ne pouvait pas enseigner cette doctrine. V. NAT, ALEX., Hist. eccl., t. V, p. 103). "

5. S. FULGENCE, De incarnatione et gratiâ Christi, c. 18 : " Si,

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comme ils (les semi-pélagiens) le prétendent, la volonté de croire doit être en nous avant que la grâce de Dieu vienne à notre aide, c'est sans raison qu'on donne à celle-ci le nom de grâce, puisqu'alors elle n'est plus un don gratuit accordé à l'homme, mais une récompense décernée à la bonne volonté. Car il faut, disent-ils, que la grâce trouve en nous cette bonne volonté, sans que ce soit elle-même qui l'ait donnée ; mais tout au contraire, s'il en est ainsi, c'est, nous-mêmes les premiers qui donnons à Dieu la bonne volonté de nous aider de sa grâce, et ainsi nous recevons la grâce de Dieu, non comme un don de sa miséricorde, mais comme une équitable rétribution de sa justice. Et pourtant, qui lui a donné quelque chose le premier pour en prétendre récompense (Rom., XI, 35) ? Personne assurément, puisque personne ne peut rien recevoir, qui ne lui ait été donné du ciel (JEAN, XIX, 44). Car qu'est-ce que l’homme peut avoir autre chose que ce qu’il a reçu ? et s'il l'a reçu, pourquoi s'en glorifie-t-il, comme s’il ne l'avait pas reçu véritablement (I Cor., IV, 7) ? De plus, ce ne serait jamais la miséricorde de Dieu qui nous préviendrait si ce n'était pas elle qui formerait en nous la bonne volonté, mais qu'au contraire elle dût attendre qu'elle pût trouver en nous cette bonne volonté toute formée. Et que deviennent alors ces paroles de David : Mon Dieu, sa miséricorde me préviendra (Ps. LVIII, 11) ? Or, en quoi la miséricorde de Dieu nous prévient-elle, ou en quel état nous trouve-t-elle au moment où elle nous prévient, c’est ce que le Docteur des nations nous fait voir, non dans la personne de quelque autre, mais dans sa propre personne, lorsqu'il dit : Moi qui étais auparavant un blasphémateur, un persécuteur et un ennemi outrageux ; mais j'ai obtenu miséricorde de Dieu, parce que j'ai fait tous ces maux dans l'ignorance, n'ayant pas la foi (I Tim., I, 13). "

6. S. AUGUSTIN, Enarrat. II in Psalmum XXVI : " Aidez-moi, ne m'abandonnez pas ; car je suis dans la voie. Je ne vous demande qu'une chose : c'est de demeurer tous les jours de ma vie dans votre maison pour y contempler vos délices, et pour être protégé dans votre temple comme sous un abri assuré. Je ne vous fais que cette prière ; mais pour arriver à ce grand bien, je suis encore dans la voie. Vous me direz peut-être, ô mon Dieu : Marchez, efforcez-vous ; je vous ai donné voire libre arbitre ; vous êtes le maître de vos actions : avancez dans le chemin ; faites le bien, fuyez le mal, aimez la paix, cherchez-la avec ardeur. Ne vous écartez pas de la voie, ne vous y arrêtez point ;

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ne regardez point en arrière ; marchez-y avec persévérance, parce que celui-là seul sera sauvé qui persévérera jusqu’à la fin. Vous donc qui avez reçu de Dieu le libre arbitre, vous croyez peut-être pouvoir marcher de vous-même ; mais ne présumez rien de vos propres forces. Si Dieu vous abandonne, vous perdrez courage au milieu de la voie ; vous tomberez ; vous vous y égarerez ; vous vous y arrêterez. Dites-lui donc : Il est vrai, ô mon Dieu, que vous m’avez donné une volonté libre ; mais, sans vous, tous mes efforts ne sont rien. Aidez-moi, ne m’abandonnez pas, et ne me rejetez pas, ô mon Dieu, qui êtes mon Sauveur. Oui, Seigneur, vous m’aiderez, vous qui m’avez fait ; vous ne m’abandonnerez pas, vous qui m’avez créé. "

7. Le même, Serm. XIII de verbis apostoli, c. 9 : " L’Apôtre ayant dit : Si vous mortifiez par l’esprit les œuvres de la chair, vous vivrez ; c’est-à-dire, si vous mortifiez ces désirs charnels auxquels il y a tant de mérites à ne pas consentir, et dont il est encore plus parfait d’être exempt ; si vous mortifiez par l’esprit ces œuvres de la chair qui sont autant de maladies de l’âme et qui tendent à lui donner la mort, vous vivrez ; il est à craindre d’un autre côté que quelqu’un n’ose présumer de son propre esprit dans le dessein qu’il forme de mortifier les œuvres de la chair. Car il n’y a pas que Dieu qui soit esprit ; mais votre âme aussi est esprit, votre intelligence est de même un esprit. Et lorsque vous dites : Je suis soumis à la loi de Dieu selon l’esprit, et à la loi du péché selon la chair (Rom., V, 25), attendu que l’esprit a des désirs contraires à ceux de la chair, comme la chair en a de contraires à ceux de l’esprit (Gal., V, 17), gardez-vous de présumer de votre propre esprit tout en voulant mortifier les œuvres de la chair, et de vous perdre par orgueil, qui trouverait en Dieu une résistance invincible, au lieu de sa grâce que vous obtiendriez par humilité. Car Dieu résiste aux orgueilleux, et il donne sa grâce aux humbles (JAC., IV, 6). "

Ibidem, c.10 : " Pour prévenir donc en vous la domination de cet esprit d’orgueil, voyez ce que l’Apôtre prend soin d’ajouter. Après avoir dit (Rom., VIII, 13) : Si vous mortifiez par l’esprit les œuvres de la chair, vous vivrez ; pour empêcher l’esprit humain de s’élever et de se croire capable par lui-même de conduire heureusement tout seul une telle entreprise, il ajoute aussitôt (ibid., 14) : Tous ceux qui sont conduits par l’esprit de Dieu, ce sont ceux-là qui sont enfants de Dieu. Vous donc qui vous éleviez déjà dans votre esprit, à ces premières paroles de l’Apôtre : Si vous

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mortifiez par l'esprit les œuvres de la chair, vous vivrez ; car vous alliez dire : Voilà ce que peut ma volonté, voilà ce que peut mon libre arbitre ; eh ! quelle volonté ? eh ! quel libre arbitre ? si Dieu ne vous soutient, vous tombez ; s'il ne vous relève, vous restez à terre. Comment donc pouvez-vous entendre de votre propre esprit ce que dit l’Apôtre : Si vous ne mortifiez par l'esprit les œuvres de la chair, etc., lorsque vous l'entendez vous dire en même temps : Tous ceux qui sont conduits par l'esprit de Dieu, ce sont ceux-là