Saint Pierre Damien, cardinal-évêque d’Ostie, docteur de l’Eglise.
I. Vie. II. Action apostolique. III. Œuvres. IV. Doctrine.
I. VIE.
1° Sa jeunesse. C’est à
ses contemporains, au disciple qui écrivit sa vie, aux documents
pontificaux de l’époque, surtout à ses Lettres et à
ses Opuscules, qu’il faut demander des renseignements précis sur
les principaux évènements de son existence, sur le rôle
actif qu’il joua dans l’Eglise, sur sa doctrine.
Henschenius, Acta sanctorum, 2e
édit., t. III, februarii, p. 412-433, le fait naître en 988,
à cause des allusions fréquentes à sa grande vieillesse
qu’on trouve dans ses écrits, à partir de l’an 1060. Mais
Baronius, avec plus de raison, place la date de sa naissance en 1007 ;
car Pierre-Damien, Opuscul., LVII, 5, dit expressément qu’Otto était
mort à peu près cinq ans qu’il ne vînt lui-même
au monde, et nous savons qu’Otto mourut le 28 janvier 1002. Il naquit à
Ravenne, de parents pauvres, surchargés de famille ; sa mère
l’abandonna tout d’abord, puis le reprît et mourut quand il n’était
encore qu’un enfant. Devenu orphelin, il fut employé par l’un de
ses frères à des travaux grossiers, notamment à la
garde des pourceaux. Mais telle était son intelligence qu’un autre
de ses frères, nommé Damien, d’où son nom de Damiani
ou Damianus, se chargea de son instruction et l’envoya étudier à
Faënza, puis à Parme. Opuscul., XLII, 7. Ses progrès
tinrent du prodige, et bientôt il fut à même de professer
à son tour, ce qu’il fît avec un grand succès. La fortune
lui vint avec la renommée. Mais, sans se laisser séduire
par l’un ou l’autre, et craignant de céder à la fougue de
ses passions ou aux dangers du monde, il entra chez les religieux de Fonte
Avellana, au diocèse de Gubbio, en Ombrie. C’est vers 1035 et il
avait alors 28 ou 29 ans.
2° Dans le cloître. Devenu
moine, il commence par se livrer à un ascétisme rigoureux.
Aux austérités de la règle bénédictine,
il ajoute d’autres pratiques de pénitence volontaire, qui le privèrent
pour longtemps de sommeil. Son ardeur au travail était sans égale.
Sou- [col.40 fin / col.41 début] vent, sur l’ordre de son supérieur,
il dut exhorter ses frères ; il y déploya tant de zèle,
et y réussit si bien qu’il fut appelé dans les monastères
voisins, où il exerça un apostolat apprécié.
Bientôt, (vers 1040) supérieur de Fonte Avellana, il fonde
d’autres couvents. On aurait pu le croire exclusivement occupé à
se sanctifier et à sanctifier ses religieux, à restaure et
à renforcer la discipline monastique, tant il était épris
de la vie claustrale, et tant les désordres et la décadence
des mœurs réclamaient une direction vigoureuse, mais ni l’attention
vigilante, ni les soins multiples qu’il ne cessa jamais de consacrer à
la réforme et à la promotion de la vie religieuse n’absorbèrent
l’activité de son zèle. Il avait, en effet, un puissant amour
pour l’Eglise, qu’il voulait pure et féconde dans la conduite de
tous ses ministres sans exception, d’un bout à l’autre de la hiérarchie
ecclésiastique.
3° Ses rapports avec les papes.
Pendant la première moitié du XIe siècle, l’Eglise
avait passé par de rudes épreuves. Durant plus de trente
ans, les comtes de Tusculum exploitèrent le siège romain
comme un fief de famille, en le faisant occuper successivement par deux
frères, Benoît VIII (10124-124) et Jean XIX (1024-1033), et
leur neveu, Benoît IX (1033-1048), qui, pape à douze ans,
déshonora la tiare par ses débordements. Renversé
par une émeute, en 1044, Benoît IX se voit opposer Sylvestre
IV (1044-1046), rentre dans Rome par la force des armes et vend, dit-on,
le pontificat à Jean Gratien, Grégoire VI (1045-1046), sauf
ensuite à faire valoir quand même ses droits. on eut ainsi
trois papes à la fois. Grégoire VI avait, du moins, pour
lui, la droiture des intentions et le désir sincère de remédier
aux maux de l’Eglise ; il sut choisir pour chapelain un homme de valeur,
le célèbre Hildebrand, le futur Grégoire VII.
A ce moment difficile, Pierre Damien
entre en jeu et prend contact avec la papauté qu’il va servir de
toutes ses forces. Il commence à féliciter Grégoire
VI de son élévation au souverain pontificat ; dans l’espoir
de la voir combattre et bannir de l’Eglise le double fléau de l’incontinence
des prêtres et la simonie, il lui écrit pour lui dénoncer
en particulier trois églises gouvernées par d’indignes prélats.
" Par votre zèle contre l’évêque de Pesaro, dit-il,
on jugera ce que l’on doit espérer de bon pour les autres églises.
" Epist., l. VII, epist. I, P. L., t. CXLIV, col. 206. Le concile de Sutri
déposa, pour cause de simonie, Sylvestre III et Benoît IX.
Quant à Grégoire VI, également déposé
d’après Mgr Duchesne, Liber pontificalis, t. II, p. 271, ou volontairement
démissionnaire à l’exemple de saint Grégoire de Nazianze,
comme le croit Baronius, Annal., an. 1046, n. 3, il partit pour l’Allemagne
avec Hildebrand. Son successeur, le pieux évêque de Bamberg,
Suidger, prit le nom de Clément II, (1046-1047). Pierre Damien reçoit
mandat de l’empereur Henri III d’aller à Rome pour aider le nouveau
pape de ses conseils ; mais il s’en défend tant qu’il qu’il n’aura
pas reçu l’ordre même du pape. Dans la lettre qu’il écrit
à
ce sujet à Clément II, il a soin de notifier le désordre
qui règne dans les églises de sa province, grâce au
faste des évêques, la plupart chargés de crimes. "
Travaillez, lui dit-il, à relever la justice qu’on foule aux pieds
avec mépris ; usez des rigueurs de la discipline ecclésiastique
pour que les méchants soient humiliés et que les humbles
se reprennent à l’espérance. " Epist., l. I, epist. III,
P. L., t. CXLIV, col. 208.
A la mort de Clément II,
le comte de Tusculum fait proclamer Benoît X. mais ce dernier se
retire devant le candidat de l’empereur, Damase II (1048), qui ne régna
qu’un mois à peine, et fut remplacé par Brunon d’Eguisheim,
évêque de Toul et parent d’Henri III, Léon IX (1048-1054).
Les ennemis de l’austère réformateur qu’était Pierre
Damien le dénoncèrent au [col.41 fin / col.42 début]
nouveau pontife. L’ayant appris, Pierre écrit au pape pour le prier,
avec autant de fermeté que de modestie, de surseoir à toute
décision le concernant avant d’avoir été entendu.
" Je ne cherche l faveur d’aucun mortel ; je ne crains la colère
de personne ; je n’invoque que le témoignage de ma propre conscience.
" Epist., l. I, epist. IV, ibid., col. 208-209. Une telle franchise ne
dut pas déplaire à Léon IX, car nous le voyons se
faire aider de Pierre Damien dans la réforme du clergé. C’est
alors que notre saint composa son fameux Gomorrhianus, Opuscul, VII, P.
L., t. CXLV, col. 159-190, contra quatrimodam carnalis contagionis pollutionem.
Est-ce à la suite de cet ouvrage, dont le pape lui sut gré,
que Léon IX, au concile de Rome de 1049, prononça des peines
canoniques contre les clercs coupables ? Nous l’ignorons et le pontife
lui témoigna même quelque froideur, à laquelle Damien
se montra très sensible. Toujours est-il que le décret se
trouve répondre aux vues de Pierre, qui le joue dans son Opuscul.,
VI, Gratissimus, t. CXLV, col. 150-151.
4° Son cardinalat. A Léon
IX succède Victor II, qui meurt le 28 juillet 1057, et est suivi
dans la tombe par l’empereur Henri. L’empire était vacant, on en
profite pour nommer le cardinal de Lorraine, quoi fut Etienne IX (X) (1057-1058).
Ce pape, au nom de l’obéissance, impose à Pierre Damien le
titre de cardinal-évêque d’Ostie. Il meurt trop tôt
pour accomplir l’œuvre de la réforme que ne cesse de poursuivre
Pierre Damien ; et sa mort permit au parti des comtes de Tusculum de fomenter
un schisme par la nomination de Jean, évêque de Velletri,
sous le nom de Benoît X (1058-1059). Mais le nouveau cardinal proteste
aussitôt et traite Benoît X de simoniaque et d’intrus. Il rejoint
à Sienne Hildebrand, qui revenait d’une mission, et contribue à
l’élection de l’évêque de Florence, Gérard de
Bourgogne, qui prît le nom de Nicolas II (1059-1061). Très
vraisemblablement, c’est sur les conseils d’Hildebrand et de Pierre Damien
que Nicolas II porta le célèbre décret de 1059, par
lequel, pour assurer désormais l’indépendance des élections
pontificales, le choix du pape était exclusivement confié
au collège des cardinaux, le dernier mot devant rester aux cardinaux-évêques,
l’empereur ne conservant plus que le droit de confirmation et le peuple
celui d’approbation. Cf. Scheffer-Boichorst Die neuordnung der Papstwahl
durch Nicolaus II, Strasbourg, 1879.
Pierre Damien, plus que jamais décidé
à poursuivre sa campagne contre les vices de l’époque, écrit
à Nicolas II, Opuscul., XVII, De cœlibatu sacerdotum, P. L., t.
CXLV, col. 379-388, pour qu’il réprime l’incontinence des clercs
qui scandalisait les fidèles et avilissait le sacerdoce. Dans le
même but, il s’adresse au cardinal Pierre, à l’évêque
de Turin et à la duchesse Adelaïde, pour les presser d’arrêter
le cours des débordements du clergé et de mettre en vigueur
le décret de Léon IX contre les clercs incontinents et leurs
concubines. Opuscul., XVIII. Avec Anselme de Lucques, le futur Alexandre
II, il est envoyé à Milan pour y régler les affaires
ecclésiastiques et rend compte de sa mission à Hildebrand,
devenu archidiacre de l’Eglise romaine. Actus Mediolani, de privilegio
romanæ Ecclesiæ, Opuscul., V, t. CXLV, col. 89-98.
5° Projets de démission.
Déjà il songe à renoncer à l’épiscopat
pour se retirer dans la solitude de Fonte Avellana. Epist., l. I, epist.
VIII. Dans une lettre, Opuscul., XXIX, De abdicatione episcopatus, t. CXLV,
col. 423-442, il témoigne qu’il y aurait renoncé aussitôt
après la mort de celui qui le lui avait imposé de force,
s’il avait pu obtenir son congé, mais que ne l’ayant pas obtenu
alors à cause des troubles de l’Eglise, il le demande à présent
que l’Eglise est en paix. Il insiste de nouveau dans son Apologeticus ob
dimissum episcopatum, Opuscul., XX, et se [col.42 fin / col.43 début]
plaint qu’on l’ait chargé par surcroît de la visite d’un autre
évêché. Mais le pape ne donna pas suite à sa
demande, comprenant qu’un homme comme Pierre Damien était indispensable
à ses côtés. Du reste, les circonstances difficiles
qui suivirent la mort de Nicolas II, survenue au mois de juillet 1061,
rendirent sa présence nécessaire. Avec les partisans de la
réforme, il contribua, le 1er octobre, à élire Anselme
de Lucques, Alexandre II (1061-1073).
5° Sa retraite. Cette fois,
pensa-t-il, il aurait gain de cause auprès du nouveau pontife et
pourrait fuir le monde corrompu et le faste qui entourait les princes de
l’Eglise pour se retirer dans le cloître. Il est prêt à
consacrer le nouvel élu comme son siège lui en donne le privilège,
mais il entend se retirer après avoir déposé une charge
qu’il n’avait nullement sollicitée, qu’on lui avait imposée
de force ; il en a, du reste, manifesté déjà l’intention.
Le pape consent à sa retraite, sans toutefois accepter sa démission.
Tel n’était pas l’avis d’Hildebrand qui, jugeant sa présence
utile à Rome et son appui indispensable, aurait voulu qu’il fût
retenu bon gré mal gré, au nom de l’obéissance. Cf.
Baronius, Annales, an. 1061, n. 28. Pierre Damien trouva cette intervention
indiscrète. Aussi, dans sa lettre au pape et à l’archidiacre,
traite-t-il ce dernier de " verge d’Assur " et de sanctus Satanas, c’est-à-dire
d’adversaire un peu dur, mais saint. Il compte bien ne pas rester oisif
dans sa retraite et ne se désintéresser en rien des affaires
de la réforme et des intérêts de l’Eglise. A l’occasion,
il reprendra rang parmi les combattants, acceptera et remplira avec un
zèle apostolique les missions qu’on voudra lui confier, soit en
Italie, soit au delà des monts. En attendant, pour répondre
au désir du pape, il composa la vie de deux de ses disciples, véritables
ornement de l’Eglise, Rodolphe, évêque de Gubbio, et Dominique,
surnommé le Cuirassé. Alexandre II se plaint pourtant de
la rareté de sa correspondance ; le saint s’en excuse sur ses travaux
et ses occupations, Epist., l. I, epist. XV, col. 225 sq., mais il est
heureux d’apprendre qu’on l’avait déchargé du comté
d’Ostie ; pourquoi ne le déchargerait-on pas aussi de son évêché
? Que le pape, du moins, travaille à réformer les abus dans
le concile qu’il allait tenir. En finissant, Pierre Damien glisse huit
vers, qui forment un précis des devoirs pontificaux dans les circonstances
présentes.
6° Il poursuit son œuvre de
réforme. Poursuivant dans le cloître comme à Rome ses
projets de réforme, il adresse une lettre aux cardinaux pour les
exhorter à servir de modèles, l’épiscopat consistant
beaucoup moins, dit-il, dans la magnificence et le faste des ornements
extérieurs que dans l’exercice de toutes les vertus. Epist., l.
II, epist. I, col. 253 sq. De même il démontre au pape, Opuscul.,
XXIV, que, d’après la règle et selon l’esprit de saint Augustin,
les chanoines réguliers ne doivent rien posséder en propre,
mais vivre en communauté avec les revenus de leur église.
c’est ce que ratifia le concile romain de 1603, par le canon 4, qui oblige
les chanoines à vivre, comme des clercs réguliers, d’une
vie commune, à manger à la même table, à dormir
sous le même toit et à s’en tenir aux biens de leur église.
Alexandre II finit par accepter sa démission car, dans l’acte de
la dédicace de l’église de Saint-Marin des Champs à
Paris, en 1067, on trouve la signature de Gérard, ancien prieur
de Cluny, avec le titre d’évêque d’Ostie. Cf. Mabillon, Annales,
l. LXI, n. 10 ; l. LXXIII n. 7, 8.
7° Il lutte contre Cadaloüs.
Dans l’intervalle, Pierre Damien avait pris une part prépondérante
dans l’affaire de l’antipape Cadaloüs. Dès la fin d’octobre
1060, c’est-à-dire quelques jours à peine après l’élection
d’Alexandre II, le parti toujours remuant des comtes de Tusculum, d’accord
cette foi avec le parti germanique, s’était prononcé en faveur
de ce Cadaloüs, [col.43 fin / col.44 début] au mépris
du décret de 1059 sur les élections pontificales. A tout
prix, il fallait écarter Honorius II et conjurer le schisme. Résolument,
c’est à l’antipape lui-même que s’en prend Pierre Damien.
Condamné comme il l’a été pour crimes, il ne devrait
pas, lui écrit-il, pactiser avec la faction qui l’a placé
sur le siège de Rome ; son élection est nulle, parce qu’elle
a été faite à l’insu de l’Eglise romaine, du sénat,
du clergé et du peuple, alors que le siège était déjà
légitimement pourvu ; si non gare au jugement de Dieu. Epist., l.
I, epist. XX, P. L., t. CXLIV, col. 237-247.. Loin de tenir compte de pareilles
remontrances, Cadaloüs pénètre dans Rome et s’y maintient
par la force des armes. Aussitôt, nouvelle lettre, plus virulente
encore et sans le moindre ménagement. Epist., l. I, epist. XXI,
ibid., col. 248 sq. Pierre compare le faux Honorius II au traître
Judas et aux pires tyrans qui ont persécuté l’Eglise. A l’archevêque
de Ravenne, qui paraissait hésiter entre les deux papes, il déclare
qu’Honorius est un intrus, que son élection est anticanonique, qu’il
s’est fait introniser de nuit à main armée et qu’il est incapable
d’interpréter le moindre verset des psaumes. Epist., l. III, epist.
IV, ibid., col. 291-292.
D’autre part, il importait de détacher
de l’antipape le parti allemand. C’est pourquoi Pierre Damien s’adresse
directement à l’empereur et le conjure d’agir en protecteur de l’Eglise,
à l’exemple de Constantin contre Arius, de frapper Cadaloüs,
seul moyen de rendre la paix à l’Eglise et de s’attirer lui-même
la protection du ciel, sans quoi il est facile de prévoir combien
funestes seront les conséquences. Epist., l. VII, epist. III, col.
437 sq. Si vous êtes le ministre de Dieu, pourquoi ne défendez-vous
pas l’Eglise de Dieu ? lui dit-il. Pour lui, il se déclare prêt
à tout souffrir pour la défense de l’Eglise romaine. Mais
que pouvait faire le jeune empereur ? Car il n’était encore qu’un
enfant. Heureusement il avait été confié à
la direction d’Annon, archevêque de Cologne, et celui-ci n’avait
pas hésité à prendre parti en faveur d’Alexandre II.
Cela ne suffisait pas, il devait faire prévaloir en Allemagne sa
manière de voir, et c’est ce que lui demande instamment Pierre Damien.
Epist., l. III, epist. VI, ibid., col. 294-295. Par la même occasion,
et en vue du concile qu’Annon devait tenir, il lui fait parvenir sa Disputatio
synodalis, Opuscul., IV, P. L., t. CXLV, col. 67-87, qui n’est autre chose
qu’un dialogue imaginé entre l’avocat du roi et un défenseur
de l’Eglise romaine. L’avocat prétend que l’élection d’Alexandre
II s’est faite sans le consentement du roi, le défenseur réplique
que celle d’Honorius II s’est faite à l’insu de Rome et en faveur
d’un sujet absolument indigne. Ce qu’il y a de certain, c’est que, dans
le concile réuni par ses soins au sujet du schisme, Annon fit lire,
en présence du jeune Henri, l’opuscule de Pierre Damien, et que
l’antipape fut condamné, le 28 octobre 1062. Cf. Baronius, Annales,
an. 1062, n. 28-68. En Italie, le succès fut plus lent à
venir : ce n’est qu’au concile de Mantoue, tenu en 1064, d’après
Baronius, en 1067, d’après les notes d Theiner, Annales, an. 1064,
n. 2-36, notes n. 1-5, qu’Honorius II fut définitivement réduit.
Pierre Damien, prié de se rendre à ce concile en passant
par Rome, s’excuse de ne pas se rendre à Rome, mais promet de se
trouver à Mantoue. Epist., l. I, epist. XVI, col. 235 sq.
8° Sa légation en France.
En 1063, Pierre Damien eut deux missions à remplir, l’une à
Florence, l’autre en France. En Gaule, il s’agissait de trancher le différend
survenu entre Dragon, évêque de Mâcon, et Hugues, abbé
de Cluny, sur la question de savoir si l’abbaye était exempte de
la juridiction épiscopale et directement dépendante du pape.
Pierre Damien le trancha au concile de Châlons, en faveur de l’abbé
contre l’évêque. Son voyage et sa mission ont été
racontés par un anonyme contemporain, qui nous fait [col.44 fin
/ col.45 début] connaître certains détails intéressant
l’Eglise de France. De gallica perfectione Domini Petri Damiani, P. L.,
t. CXLV, col. 863-880. On lui avait fait espérer que son office
de légat se terminerait à la fin de juillet, mais son séjour
se prolongera au point qu’il ne rentra à Fonte Avellana que le 28
octobre. Ce voyage, qu’il appelle " sa mort " à cause des dangers
que lui firent courir les partisans de Cadaloüs, ne fut pas sans profit.
Il nous a valu l’éloge mérité des moines de Cluny
et la connaissance de certaines pratiques dans la récitation ou
le chant de l’office, jugées répréhensibles par Pierre
Damien, ainsi qu’en font foi ses lettres à l’archevêque de
Besançon et à l’abbé Didier du Mont-Cassin.
9° Sa légation à
Florence. A Florence, il s’agissait d’apaiser les troubles suscités
contre l’évêque Pierre, que les moines et leur parti accusaient
de simonie. L’accusation parut peu fondée au cardinal légat.
En se prononçant en faveur de l’évêque, Pierre Damien
fut accusé lui-même d pactiser avec les simoniaques et dut
se retirer sans avoir réussi. Mais dans sa lettre apologétique
au peuple et aux moines de Florence, De sacramentis per improbos administratis,
Opuscul., XXX, P. L., t. CXLV, col. 523-530, il affirme qu’il réprouve
la simonie et ajoute, ce qu’il avait déjà nettement enseigné
dans son opuscule Gratissimus, que les sacrements administrés même
par des indignes sont valides. Cf. Baronius, Annales, an. 1063, n. 7-23.
Ecrivant à l’ermite Theuzon, qu’il regardait comme le principal
instigateur des troubles florentins, il le trouve bien osé de se
permettre de juger les prêtres, les évêques, et même
le pontife romain. Cf. Baronius, ibid., n. 24-28. Theuzon se soumit ; quant
aux autres moines, ils s’adressèrent au pape, et cette affaire de
Florence fut réglée avec d’autres dans le concile tenu à
Rome. Cf. Baronius, ibid., n. 31-61.
10° Sa légation en Germanie.
En 1069, nouvelle mission, mais cette fois en Germanie, pour empêcher
le jeune empereur Henri IV de divorcer avec Berthe, qu’il avait épousée
deux ans avant. Pierre Damien y fut plus heureux qu’à Florence.
Dans le concile de Mayence, qu’il réunit pour traiter cette grave
affaire, il fit entendre raison à l’empereur.
11° Sa légation à
Ravenne et sa mort. Moins de trois ans après, il partait pour Ravenne,
sa ville natale, qui avait été frappée d’excommunication
par Alexandre II. Le grand coupable était l’archevêque, et
il venait de mourir. Pierre Damien représenta au pape qu’il n’était
pas juste de punir toute une église pour la faute d’un seul, Epist.,
l. I, epist. XIV, P. L., t. CXLIV, col. 224, et reçut mandat d’aller
réconcilier ses compatriotes. Cet acte de clémence fut le
dernier service qu’il rendît à l’Eglise ; car, à son
retour, sais par un accès de fièvre, il dut s’arrêter
à Faenza et y mourut le 22 février 1072. C’était la
fête de la chaire de saint Pierre, remarque son biographe qui avait
été son disciple, ut ea videlicet die qua præsens meruit
in pastorali Petrus sede locari, eadem Petri discipulum cælestis
curia in beatam susciperet sedem.
On le voit, quels que dussent ses
défauts, notamment sa susceptibilité ombrageuse qui l’a fait
quelquefois comparer à saint Jérôme, la vie de ce moine
austère, de ce réformateur infatigable, de ce champion zélé
du siège apostolique de cet humble démissionnaire des hautes
charges ecclésiastiques, méritait bien l’estime des papes,
ses contemporains. En l’envoyant en France comme légat, Alexandre
II disait de lui : " Nous n’en connaissons pas dont l’autorité soit
plus grande, après la nôtre, dans l’Eglise romaine : il est
notre œil, et le ferme appui du siège apostolique. " Dans son bref
au bénédictin Constantin Cajetan, éditeur des œuvres
de Pierre Damien, Paul V qualifiait notre saint de doctorem eximium, reipublicæ
christianæ et apostolicæ [col.45 fin / col.46 début]
sedis nobilem partem. Léon XII lui a conféré le titre
de docteur de l’Eglise, par son décret du 1er octobre 1828.
II. ACTION APOSTOLIQUE. En racontant
sa vie, nous avons signalé quelques-uns des actes de son zèle
apostolique. Nul plus que lui ne fut animé du désir de réformer
l’Eglise. Il en sentait l’urgente nécessité et il en connaissait
les moyens. Il y travailla dans la mesure de ses forces et ne cessa jamais
d’y convier les papes. S’il fut " l’œil " d’Alexandre II et le " ferme
appui du siège apostolique, " il fut aussi l’émule de Hildebrand,
qu’il ne vît pas monter sur le siège de Pierre. Il a droit
à être compté au nombre de ceux qui, au XIe siècle,
voulurent libérer l’Eglise de la double plaie qui la rongeait à
l’intérieur, l’immoralité et la simonie, et assurer son indépendance
vis-à-vis du pouvoir civil par une entente harmonieuse et réglée.
1° Dans le cloître. Homme
du cloître, il est particulièrement pénétré
de l’esprit de saint Augustin et de saint Benoît ; il marche de pair
avec de grands moines de son siècle, saint Romuald, le fondateur
de l’ordre des camaldules, en 1012 saint Odilon († 1048) et saint Hugues
(† 1109), abbés de Cluny, Didier, abbé du Mont-Cassin, le
futur Victor III († 1087). Rien n’échappe à son regard vigilant.
Il entend que les moines pratiquent la pauvreté, ne gardent pas
d’argent, ne multiplient pas leurs sorties et ne s’occupent point des affaires
du siècle ; car il y a là un danger pour la vertu, et c’est
une faute pour quiconque a fait profession de mépriser le monde.
Opuscul., XII, De contemptu sæculi. La prière de nuit avec
ses vigiles nocturnes, et celle de jour avec les matines ou laudes, prime,
tierce, sexte, none, vêpres et complies, s’imposent à eux.
A propos du symbole dit de saint Athanase, qu’on récitait depuis
peu, croyait-il, de son temps, à l’office, il remarque c’est avec
raison qu’on l’a placé à l’heure de la prime, parce que,
la foi étant le fondement et la source des vertus, il convient d’en
réciter le symbole à la première heure du jour, qui
donne la branle à toutes les autres. Opuscul., De horis canonicis.
A la prière, les religieux doivent joindre la pratique du jeûne,
de la mortification, des disciplines corporelles, selon la règle
ordinaire ; mais, pour peu qu’ils aient à expier des péchés
commis dans le monde, il convient qu’ils ajoutent à l’observance
commune des pénitences proportionnées. Opuscul., XIII, De
perfectione monachorum. Ses deux opuscules XIV, De ordine eremitarum, et
XV, De suæ congregationis institutis, montrent le genre de vie qu’il
faisait pratiquer aux religieux de Fonte Avellana et à ceux qui
dépendaient de sa congrégation : quatre jours de jeûne
par semaine, depuis l’octave de Pâques à la Pentecôte,
et de saint Jean-Baptiste au 5 septembre ; cinq jours depuis l’octave de
la Pentecôte jusqu’à jusqu’à la fête de saint
jean Baptiste, et depuis le 5 septembre jusqu’à Pâques ; deux
carêmes, celui de Noël et de Pâques, où l’on jeûnait
tous les jours excepté le dimanche et certaines fêtes ; trois
semaines sans jeûne durant toute l’année, aux octaves de Noël,
de Pâques et de la Pentecôte ; outre les heures canoniques,
chant quotidien du psautier ou d’une partie pour les défunts ; fréquentes
disciplines ; les autres exercices rappellent ceux de la Règle de
saint Benoît et des Institutions de Cassien. Aux ermites de sa congrégation,
il recommandait le jeûne du samedi en l’honneur de la sépulture
de Notre-Seigneur, Opuscul., LV. Il était grand partisan des flagellations
corporelles surérogatoires ; il donna connaissance à un moine
de ce qui se pratiquait, à ce sujet, dans son monastère,
Epist., l. V, epist. VIII, col. 349 sq. ; sa lettre, devenue publique,
excita le mécontentement des laïques et des clercs, sous prétexte
qu’un tel usage était préjudiciable aux pénitences
canoniques. Il se [col.46 fin / col.47 début] justifia auprès
du clergé de Florence : il n’a fait qu’attester ce qui se passe
chez lui ; au surplus, pratiquer d’autres pénitences que celles
qui sont prescrites, quoi de plus licite ! Sans doute, lui objecta le moine
Cerebrosus, mais à la condition d’éviter tout excès.
Et pierre Damien de répliquer : " S’il est permis de se donner cinquante
coups de discipline, comme vous l’avouez, on peut s’en donner soixante
ou cent, et même mille, ce qui est bon ne pouvant être poussé
trop loin. " Epist., l. VI, epist. XXVII, col. 415 sq. Principe discutable
: ne quid nimis, pensèrent quelques-uns de ses contemporains. Quelques-uns
de ses religieux poussèrent les choses à l’excès,
allant jusqu’à se flageller chaque jour pendant la récitation
de tout le psautier ; manifestement, c’était une indiscrétion,
un abus et un danger. Pierre Damien dut y mettre un terme : il ne toléra
cette pratique volontaire que pendant la récitation de quarante
psaumes en temps ordinaire, de soixante en avent et en carême. Epist.
l. VI, epist. XXXIV, col. 433. Au Mont-Cassin, les religieux se donnaient
la discipline les uns les autres en plein chapitre. Le cardinal Etienne,
ancien religieux de ce monastère, trouvait cette pratique indécente.
Pierre Damien écrivit pour la justifier et pria la communauté
de persévérer. Opuscul., XLIII. On ne doit pas s’étonner
qu’un homme aussi austère ait fait l’éloge de la vie claustrale,
et qu’il ait félicité ceux qui, pour ne pas se perdre dans
le monde, cherchaient un refuge dans le cloître ou y retournaient
: il compare le Mont-Cassin à l’arche de Noé. Opuscul., LII.
2° Dans l’Eglise. 1. Contre
l’immoralité. En dehors des monastères, il y avait le clergé
séculier, mais dans quel triste état ! Pierre Damien a composé
deux traités, l’un, Opuscul., XXV, pour faire l’éloge du
sacerdoce, l’autre, Opuscul., XXVI, contre l’ignorance des prêtres.
Ce qui était pire, la dépravation dépassait encore
l’ignorance. Combien de fois Pierre Damien n’a-t-il pas fait allusion à
l’incontinence des clercs ! Combien de fois ne l’a-t-il pas flétrie
en termes virulents ! C’est à l’Ecriture surtout, et aussi aux Pères,
qu’il emprunte ses traits enflammés pour dénoncer et combattre
ce vice. Il fait appel aux anciens canons ; il ne cesse d’en demander de
nouveau pour couper le mal dans sa racine. Son Gomorrhianus, Opuscul.,
VII, P. L., t. CXLV, col. 159-190, renferme des passages d’un réalisme
brutal pour peindre des désordres qui réclament le fer rouge
du chirurgien. Il voudrait que le pape se prononçât pour l’exclusion
des clercs à promouvoir et pour la déposition de ceux qui
étaient promus. On lui reprochera, sans doute, son rôle de
dénonciateur, mais il fait cette déclaration : Malo quippe
cum Joseph, qui accusavit fratres apud patrem crimine pessimo, in cisternam
innocens projici, quam cum Heli, qui filiorum mala vidit et tacuit, divini
furoris ultione mulctari. Gomorrh., Opuscul., VII, 25, col. 187. Il n’a
pas à être blâmé pour avoir fait, dit-il, ce
que firent saint Jérôme contre les hérétiques,
saint Ambroise contre les ariens, saint Augustin contre les manichéens
et les donatistes ; car ce n’est pas l’opprobre de ses frères qu’il
poursuit ; mais bien plutôt leur salut.
2. Contre la simonie. Un autre fléau,
introduit peu à peu par le droit de patronage et par l’intervention
des princes dans la provision des évêchés, sévissait
surtout au XIe siècle. Les princes ne se faisaient pas faute de
distribuer à leurs soldats ou à leurs favoris les charges
et les dignités ecclésiastiques, au besoin ils les vendaient
au plus offrant. Aussi étaient-ils entourés de flatteurs
et de quémandeurs, et la simonie régnait en grand. Pierre
Damien lutta contre ce fléau avec la même énergie qu’il
apportait contre la dépravation des mœurs. par une distinction assez
singulière et assez peu digne de clercs sérieux, deux chapelains
de Godefroi, [col.47 fin / col.48 début] duc de Toscane, soutinrent
un jour devant lui qu’il n’y avait point de simonie à acheter à
un roi ou à un prince un évêché, parce que ce
n’était point le sacrement de l’ordre qu’on achetait ainsi, ni l’église
d’où dépendait le bénéfice, mais seulement
les revenus qui y étaient attachés. Damien dénonce
cette erreur à Alexandre II et le prie de la condamner pour l’empêcher
de se répandre. Il en montre le mal-fondé ; car un homme
ne peut être divisé en deux, dont l’un jouisse des revenus
et l’autre remplisse les fonctions spirituelles ; il va nécessairement
de soi qu’acheter des biens temporels, dont on ne peut jouir sans être
élevé à la dignité ecclésiastique qu’ils
requièrent, et sans remplir les fonctions, c’est acheter aussi la
dignité et le sacrement. En pareil cas, l’ordination ne saurait
passer pour gratuite, puisqu’on n’y aboutit qu’à prix d’argent.
Les décrétales interdisent un commerce pareil. Ce qu’il dit
des évêchés, Pierre Damien l’étend à
toutes sortes de bénéfices, grands et petits. En conséquence,
que le pape ne permette pas qu’on élève au sacerdoce ceux
qui l’ont acquis ou par argent, ou par des services rendus aux princes.
Epist., l. I, epist. XIII, P. L., t. CXLIV, col. 219-223. Pour Damien,
en effet, les services rendus aux princes, en vue de l’obtention de bénéfices,
constituent des actes de simonie. Il sait qu’il y a des personnes qui s’attachent
aux princes et les suivent partout pour obtenir quelque dignité
ecclésiastique ; et il distingue trois espèces de simonie
: celle de la main qui consiste à donner de l’argent ; celle de
l’obséquiosité, qui consiste à rendre des services
; et celle de la langue, qui consiste à flatter. Les personnes en
question, dit-il, se rendent coupables des trois : telle est la doctrine
qu’il expose dans sa lettre aux cardinaux. Epist., l. II, epist. I, P.
L., t. CXLIV, col. 253-259. Il y revient dans son Opuscul., XXII, Contra
clericos aulicos, t. CXLV, col. 463 sq. S’attacher au service d’un prince,
en vue de parvenir à l’épiscopat et à d’autres bénéfices,
c’est être coupable de simonie comme ceux qui y parviennent, argent
comptant ; car il faut se dépenser en frais, en services, en flatteries.
Humiliantur, dit-il, ut post modum impune superbiant ; se pedissequos exhibent,
ut præcedant. C’est acheter bien chèrement l’épiscopat,
observe-t-il, que de l’acquérir ainsi par une longue servitude et
de s’astreindre au bas métier de parasite et de flatteur. Mais que
peuvent bien valoir les sacrements reçus ou donnés par des
simoniaques ? La question s’est posée ; nous verrons plus loin comment
la résolvait Pierre Damien. Voir col.52-53.
3. Dans le monde politique. Par
le couronnement de Charlemagne comme empereur, l’empereur avait le devoir
de protéger l’Eglise, à titre de patrice, non le droit de
l’asservir ; les deux pouvoirs restaient distincts, l’Eglise annonçant
la vérité, l’Etat garantissant l’ordre public mais devaient
être étroitement unis, avec la subordination de l’Etat à
l’Eglise, comme les deux colonnes de la société. Sous la
dynastie des Ottons, au Xe siècle, l’empire, en face de la féodalité
italienne, contribua à sauver la papauté. Otton Ier reçut
le privilège, d’après lequel le pape ne pouvait pas être
sacré sans l’approbation de l’empereur. Ce privilège reconnu
à Henri III, appartenait aussi, prétendait-on à la
cour germanique, à son fils Henri IV. Le décret de Nicolas
II ne l’avait pas supprimé. Mais, en fait, l’élection d’Alexandre
II se fit sans consentement du jeune roi ; d’où l’appui donné
par le parti germanique à l’antipape Cadaloüs, puis retiré
après l’intervention heureuse de Pierre Damien et l’action d’Annon,
archevêque de Cologne. Dans sa Disputatio synodalis, Pierre Damien
ne songe nullement à contester le droit de l’empereur dans les élections
pontificales, c’est le droit de consentement ou d’assentiment, pas autre
chose ; mais il marque qu’en fait des circonstances [col.48 fin / col.49
début] peuvent permettre de passer outre à ce privilège,
et qu’en droit il n’est pas absolument indispensable, puisque la plupart
des papes, dans l’histoire de l’Eglise, ont régné sans la
moindre intervention d’empereurs, même chrétiens, dans leur
élection. Son idéal c’est l’existence parallèle des
deux pouvoirs, du sacerdoce et de l’empire chacun dans sa sphère,
mais étroitement unis dans une réciprocité de services
mutules, dans une entente harmonieuse et parfaite, l’un réglant
les affaires temporelles, l’autre les affaires spirituelles, l’Eta protégeant
matériellement l’Eglise, l’Eglise protégeant spirituellement
l’Etat. Mais, dans cette union nécessaire, c’est à l’Eglise
qui tient la place de Dieu, qu’appartient la prééminence
: elle est la mère des empereurs et des rois comme celle des simples
fidèles. Dans sa lettre à l’évêque de Fermo,
Epist., l. IV, epist. IX, P. L., t. CXLIV, col. 315, où il refuse
de reconnaître aux ecclésiastiques le droit de venger eux-mêmes,
et de leurs propres mains, les injures faites à leurs biens, à
moins qu’ils ne soient seigneurs temporels, et encore alors doivent-ils
le faire par des moyens justes et raisonnables, il écrit : Intra
regnum et sacerdotium prepria cujusque distinguuntur officia, ut et rex
armis utatur sæculi et sacerdos accingatur gladio spiritus, qui est
verbum Dei. Il conclut ainsi sa Disputatio synodalis : Ut summum sacerdotium
et romanum simul confœderetur imperium, quatenus et humanum genus, quod
per hos duos apices in utraque substantia regitur, nullis, quod absit,
partibus rescindatur, sicque mundi vertices in perpetuæ caritatis
unionem concurrant. . . et quatenus ab uno mediatore Dei et hominum, hæc
duo, regnum scilicet, sacerdotium, divino sunt conflata mysterio, ita sublimes
istæ duæ personæ tanta sibimet invicem unanimitate jungantur,
ut, quodam mutuæ caritatis glutino, et rex in Romano pontifice et
Romanos pontifex inveniatur in rege. P. L., t. CXLV, col. 86. La double
dignité de roi et de prêtre est unie en Jésus-Christ,
elle doit l’être de même dans le peuple chrétien ; le
sacerdoce a besoin d’être protégé par la royauté,
la royauté a besoin du sacerdoce pour être appuyée
par sa sainteté ; le roi porte le glaive pour frapper les ennemis
de l’Eglise, le prêtre prie pour rendre Dieu favorable au roi et
au peuple. Epist., l. VII, epist. III, P. L., t. CXLIV, col. 440. Enfin,
dans Serm., LXIX, ibid., col. 897-902, il range le sacre des rois au nombre
des sacrements : " Heureux, dit-il, si le roi joint le glaive du roi à
celui du sacerdoce, pour que le glaive du roi aiguise le glaive du prêtre.
Alors le royaume prospère, le sacerdoce se dilate, l’un et l’autre
sont honorés, quand ils sont ainsi unis par le Seigneur, prætaxata
felici confœderatione. " Cet idéal de l’alliance du sacerdoce et
de l’empire, avec subordination harmonieuse de l’Etat à l’Eglise,
nettement entrevu et fixé par Pierre Damien, fut celui du moyen
âge chrétien. A peine réalisé, il fut battu
en brèche par les légistes et le césarisme, le gallicanisme
parlementaire et la révolution ; il n’est plus qu’un souvenir glorieux.
III. ŒUVRES. Longtemps restées
manuscrites et épares, les œuvres de Pierre Damien commencèrent
à être recueillies, sur l’ordre du Clément VIII, par
le bénédictin Constantin Cajetan, qui les publia en partie
en 1606, 1608 et 1615 et y ajouta un dernier volume en 16403. Une édition
plus complète en parut, à Venise, en 1743. C’est celle qu’a
reproduite Migne, P. L., t. CXLIV, CXLV, en y ajoutant les découvertes
du cardinal Mai. Les œuvres de Pierre Damien y sont logiquement distribuées,
mais non chronologiquement. Il y a d’abord les Lettres, en huit livres,
selon qu’elles sont adressées aux papes, aux cardinaux aux archevêques,
aux évêques, aux archiprêtres, aux archidiacres, prêtres
et clercs aux abbés et aux moines aux princes et aux princesses,
à [col.49 fin / col.50 début] différentes personnes.
Elles offrent le plus vif intérêt pour la vie du saint et
l’histoire de son époque. Viennent ensuite soixante-quinze sermons,
dont dix-neuf au moins sont de Nicolas, moine de Clairvaux, et secrétaire
de saint Bernard, distribuées dans l’ordre des mois, t. CXLIV, col.
505-924 ; puis la Vie de saint Odilon , ibid., col. 925-944 ; la Vie de
saint Maur, évêque de Césène, ibid., col. 945-952
; la Vie de saint Romuald, ibid., col. 953-1008 ; la Vie de saint Rodolphe
et de saint Dominique le Cuirassé, ibid., col. 1009-1024 ; les Actes
du martyre des saintes Flore et Lucille, ibid., col. 1025-1032, réputés
apocryphes par Baronius et quelques critiques, mais admis, avec quelques
restrictions sur le c. III, par les bollandistes ; les Actes de saint Jacques,
diacre, et de saint Marien, lecteurs martyrs en Numidie, ibid., col. 1032.
Dans ces divers écrits, pierre Damien fait souvent preuve de trop
de crédulité ; on ne saurait suspecter, du moins, ce qu’il
raconte comme témoin oculaire. Au t. CXLIV, se trouvent Opuscules,
très importants pour la plupart au point de vue historique, canonique
et dogmatique ; puis, empruntés au t. VI de la Scriptorum veterum
collectio nova, du cardinal Mai, De gallica profectione Domni Petri et
ejus ultramontano itinere, l’Expositio canonis missæ, les Testimonia
Novi Testamenti, qui sont extraits des œuvres de Pierre Damien, et qui
font le pendant à une autre collection sur l’Ancien Testament, enfin
quelques Lettres ou fragments de lettres. La fin du volume contient un
recueil d’Oraisons, d’Hymnes, de Leçons de Messes, de Répons
et de deux cent vingt-cinq poèmes, parmi lesquels le CCXIIIe est
l’épitaphe du saint.
IV. DOCTRINE. Signalons, pour mémoire,
l’opusc., VIII, De parentelæ gradibus, qui intéresse plus
particulièrement le droit canonique, sur la question de savoir jusqu’à
quel degré de parenté sont interdits les mariages ; son recueil
d’oraisons et de poèmes relatifs à la liturgie ; les extraits
qu’on a faits de ces œuvres, au sujet de l’Ancien et du Nouveau Testament,
qui se rapportent à l’Ecriture sainte. Il avait fait faire pour
ses moines de Fonte Avellana, licet cursim ac per hoc non exacte, une édition
corrigée de la Bible latine. Opuscul., XIV, P. L., t. CXLV, col.
334. Les leçons bibliques qu’on remarque dans ses Œuvres appartiennent
à ce que le P. Denifle appelait la recension romaine de la Vulgate,
Die Handschriften der Bibel-Correctorien des 13 Jahrhunderts, dans Archiv
für Literatur und Kirchengeschichte des Mittelalters, Fribourg-en-Brisgau,
1888, t. IV, p. 482, mais que Samuel Berger a mieux caractérisé
comme étant le texte italien, ou milanais de la Vulgate, qui tire
ses origines du midi de la France, et n’est pas un bon texte. Histoire
de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âge, Paris,
1893, p.1 41-143.
1° Au point de vue dogmatique
Opuscul., I, De fide catholica, P. L., t. CXLV, col. 19-39, traite de ce
que l’on doit croire touchant les mystères de la trinité,
et l’incarnation, des deux natures et des deux volontés en Jésus-Christ
et, notamment contre les Grecs, prouve la procession du Saint-Esprit ab
utroque ; ce dernier point en particulier, fait l’objet de l’opusc. XXXVIII
Contra Græcorum errores de processione Spiritus Sancti, ibid., col.
632-642. Contre les Juifs, Pierre Damien démontre que Jésus
est vraiment le Fils de Dieu, à l’aide des textes de l’Ancien Testament
qu’ils ne pouvaient récuser, Opuscul., II, Antilogus contra Judæos,
ibid., col. 41-58 ; il résout les difficultés qu’ils pouvaient
soulever ; celles qu’ils tiraient de l’inobservance des rites de la loi
ancienne par les chrétiens n’est pas admissible ; car si Notre-Seigneur
les a abolis après les avoir observés lui-même, c’est
qu’ils n’étaient que des figures et qu’ils ont été
dûment remplacés par les rites de la loi évangélique.
Opuscul., III, Dialogus, ibid., col. 58-68. [col.50 fin / col.51 début]
Pierre Damien est un témoin
de la foi traditionnelle de l’Eglise en faveur du purgatoire. Le sacrifice,
la prière, l’aumône profitent, dit-il, aux défunts
: telle est sa thèse. Et il l’appuie d’un certain nombre de faits
qui prouvent que les prières des vivants délivrent les âmes
du purgatoire. Il nous a fait connaître, à cette occasion
l’opinion pieuse de quelques personnages illustres, d’après laquelle
les âmes des défunts ne souffrent point le dimanche ; aussi,
le lundi, célébrait-on la messe en l’honneur des saints anges
pour attirer leur protection sur les défunts et sur les mourants.
Opuscul., XXXIII, De bono suffragiorum ; Opuscul., XXXIV, De variis miraculorum
narrationibus, de apparitionibus, ibid., col. 567-590. Pour lui, personnellement,
il tient à ce que les survivants prient pour lui, témoins
ces deux derniers vers de son épitaphe :
Sis memor, oro, mei, cineres pius
aspice Petri :
Cum prece, cum gemitu dic : Sibi
parce, Deus.
Très sensible à
la promesse que lui avaient faite les moines de Cluny, en reconnaissance
de ses services, de célébrer chaque année un service
funèbre au jour anniversaire de sa mort il prie l’abbé Hughes
d’ordonner la même pratique dans tous les monastères de sa
congrégation Epist., l. VI, epist. II, P. L., t. CXLIV, col. 372-373.
2. Relativement à la
théologie sacramentaire, constatons d’abord que Pierre Damien prend
le mot sacrement au sens de mystère, conformément à
la signification étymologique qu’en avait donnée Isidore
de Séville, et qui fut si funeste ; il est dès lors dans
l’impossibilité de fixer le nombre des sacrements. Il y en a trois
principaux, dit-il dans son opuscule Gratissimus, 9, le baptême,
le mystère salutaire du corps et du sang du Seigneur et l’ordination
des clercs. Ailleurs, Serm., LXIX, P. L., t. CXLIV, col. 897 sq., il en
compte douze, entre autres, la consécration du pontife, l’onction
du roi, la dédicace d’une église, le sacrement des chanoines,
des moines des ermites, des religieuses, et il oublie l’eucharistie et
l’ordre, tout en énumérant, cette fois, la confirmation,
l’onction des infirmes et le mariage avec le baptême, le premier
de tous. Sans avoir traité la question des sacrements, on voit qu’il
connaît les sept qui méritent exclusivement ce nom, au sens
de signe efficace de la grâce. Il parle en passant du mariage, à
propos des degrés de parenté qui s’opposent en droit canonique
à sa célébration, et de la pénitence, quand
il raconte que l’impératrice Agnès lui fit, à Rome,
une confession générale des péchés qu’elle
avait commis depuis l’âge de cinq ans. Opuscul., LVI, 5, P. L., t.
CXLV, col. 814. Il parle un peu plus de l’eucharistie, dans trois passages
différents qui ne laissent aucun doute sur sa foi à la présence
réelle et à la transsubstantiation. Comme remède de
la chasteté, c’est la communion quotidienne qu’il propose à
son neveu. Opuscul., XLVII, 2, De castitate, ibid., col. 712. " Le démon,
ennemi de la pureté, en voyant vos lèvres teintes du sang
de Jésus-Christ, prendra la fuite, lui dit-il, car ce que vous recevez
sous l’espèce visible du pain et du vin, il sait, qu’il le veuille
ou ne le veuille pas, que c’est en vérité le corps et le
sang du Seigneur. " Dans Serm., XLV, t. CXLIV, col. 743, parlant du corps
de Jésus-Christ, engendré, nourri et soigné par la
Vierge Marie, il affirme que c’est, sans nul doute possible, ce même
corps que l’on reçoit à l’autel sacré, que telle est
la foi catholique et que c’est là ce qu’enseigne fidèlement
l’Eglise. Mais c’est surtout dans son Expositio canonis missæ, t.
CXLV, col. 879-892, qu’il est d’une netteté et d’une précision
remarquable et qu’il trouve d’heureuses formules comme celle-ci, col. 882
: Totus in tota specie panis, totus sub singulis partibus, totus in mango,
totus in parvo, totus in integro, totus in fracto. [col.51 fin / col.52
début]
Ce qui mérite une mention
particulière c’est l’attitude qu’il prît dans la question
de l’efficacité des sacrements, et ce n’est point sans mérite
à l’époque de désarroi où il vécut.
Que valent les sacrements conférés par des excommuniés
ou des ministres indignes ? Pour les partisans de la réforme, et
les amis de la papauté, ils étaient jugés invalides
; pour les adversaires de la réforme, au contraire, ils étaient
réputés valides. Pierre Damien, qui était à
n’en point douter un partisan déterminé de la réforme
et un grand serviteur de la papauté, s’en tint à la doctrine
de saint Augustin, bien qu’elle fût celle des ennemis de la réforme.
Il déclare valides les ordinations simoniaques sur ce principe d’abord
que le pouvoir d’ordre est un pouvoir ministériel, que le ministre,
qu’il soit bon ou mauvais, transmet la grâce, car c’est Jésus-Christ,
source de toute grâce, qui consacre ; mais il a tort d’ajouter que,
pour être valide, l’ordination doit être faite dans l’Eglise
catholique par un ministre qui professe la foi orthodoxe de la Trinité.
A ses yeux, les simoniaques ne sont pas des hérétiques, par
suite leurs ordinations sont valides, leurs sacrements sont réels.
Il ajoute que, fusent-ils hérétiques, et leurs ordinations
fussent-elles nulles, on ne saurait les réitérer, vu que
la législation canonique interdit aussi bien la réordination
que la rebaptisation ? Pour soutenir sa thèse, il s’appuie encore
sur le 68° canon des apôtres, qui interdit, en effet, les rebaptisations
et les réordinations ; mais il omet l’incise : Nisi forte eum ab
hæreticis ordinatum comprobaverit, qui ne porte l’interdiction que
dans le cas où ces sacrements auraient été conférés
par catholiques, et qui, dès lors, contrairement à son but,
laisse entendre que la réitération du baptême et de
l’ordre, conférés par des hérétiques, est non
seulement permise mais commandée. Il tire un autre argument du fait
de la déposition souvent prescrite contre les simoniaques : s’ils
sont déposés, dit-il, c’est qu’ils sont clercs et non laïques
; donc leur ordination est réelle et valide. Et enfin, comme la
simonie était alors une plaie générale et invétérée,
il conclut que, si les ordinations simoniaques sont nulles, le pouvoir
d’ordre a presque disparu de la terre, et que les sacrements, administrés
de bonne foi par tant de prêtres et religieusement reçus par
les fidèles, n’étaient que de purs simulacres. Telle est
la doctrine du Gratissimus.
Au sujet des réordinations,
les meilleurs esprits de l’époque ne pensaient pas tous comme Pierre
Damien, et, dans la pratique, on manquait d’uniformité. Léon
IX a travaillé, le premier, à supprimer la simonie. Mais
quelle conduite tenir ? Les cas pouvaient différer ; il y avait
le cas où le consécrateur était simoniaque, celui
où l’on payait pour se faire ordonner, celui aussi où l’on
recevait gratuitement l’ordination d’un simoniaque. Pierre Damien nous
apprend, Gratissimus, que la question des réordinations simoniaques,
agitée dans trois conciles à Rome, en 1049, 1050 et 1051,
était restée sans solution et que Léon IX n’avait
pas de principe arrêté à ce sujet. Il acceptait bien,
par exemple, relativement aux clercs ordonnés gratuitement par des
simoniaques, la décision de son prédécesseur Clément
II, en 1047, d’après laquelle de tels clercs devaient faire une
pénitence de quarante jours et être admis ensuite à
l’exercice de leurs ordres ; mais quant aux ordinations faites à
prix d’argent, il les regardait le plus souvent comme nulles et les a fait
réitérer, comme on le voit dans les Actus Mediolani, de privilegio
romanæ Ecclesiæ, P. L., t. CXLV, col. 93. Envoyé, en
effet, à Milan comme légat par Nicolas II, au début
de 1059, pour y réformer le clergé concubinaire et simoniaque,
mais sans instructions pratiques précises Pierre Damien applique
courageusement sa propre doctrine. Tous les coupables, l’archevêque
en tête, font amende honorable, reconnaissent leur faute [col.52
fin / col.53 début] et s’engagent par serment à ne pas recommencer
; puis des pénitences leurs sont imposées, à l’expiration
desquelles tous les clercs eruditi et casti purent reprendre l’exercice
de leur ordre. Reste à faire ratifier sa sentence ; là était
le point délicat, car il n’ignorait pas qu’elle ne pouvait avoir
l’agrément général de la curie, surtout celui du cardinal
Humbert qui, d’un avis tout opposé au sien, s’était déjà
prononcé, dans son Adversus simoniacos, pour la nullité des
des ordinations faites par des hérétiques, et les simoniaques
étaient des hérétiques à ses yeux, et aussi
celui d’Hildebrand ; aussi s’exprime-t-il en ces termes : Utrum ego in
reconciliatione illorum erraverim, nescio. . . Apostolica tamen sedes hæc
apud se retractanda discutiat : et utrum puncto an lima digna sint, ex
auctoritatis suæ censura decernat. Cf. Baronius, Annales, an. 1059,
n. 60.
De fait, au concile de Rome
tenu cette même année 1059, Nicolas II se montre bien plus
sévère que son légat : il décide de la déposition
des simoniaci simoniace ordinati vel ordinatores, et des simoniaci simoniace
a non simoniacis ordinati : quant à ceux qui avaient été
ordonnés gratuitement par des évêques qu’ils savaient
simoniaque, le pape les admet, par indulgence, à l’exercice de leurs
ordres, mais il entend qu’ils soient déposés ainsi que ceux
qui les auront ordonnés. Hardouin, Act. concil., t. VI a, col. 1063
; Baronius, Annales, an. 1059, n. 33-34. Cette sentence était loin
de l’indulgence préconisée par Pierre Damien dans son Gratissimus
; en conséquence il dut ajouter à son opuscule un post-scriptum
pour faire connaître la décision nouvelle ; en se soumettant
humblement, il conserve l’espoir qu’on réviserait un jour la sentence
pontificale. Du moins, il se trouvait avoir gain de causes sur deux points
puisque les ordres reçus d’un évêque qu’on ne sait
pas être simoniaque et les ordres reçus gratuitement d’un
simoniaque connu pour tel étaient acceptés.
Quelle idée se faisait-on
donc des ordinations non acceptées et des sacrements conférés
par des ministres ainsi rejetés ? Pierre Damien nous l’apprend dans
sa lettre aux Florentins, qui forme l’opusc., XXX, De sacramentis per improbos
administratis, P. L., t. CXLV, col. 523-530, où il rappelle sa doctrine
du Gratissimus sur la validité des sacrements conférés
par des ministres indignes ainsi que les décisions prises par Nicolas
II contre les simoniaques. D’après ces décisions, quiconque
désormais reçoit l’ordination d’un simoniaque ne peut en
profiter et doit déposer le droit d’administrer tout comme s’il
ne l’avait pas reçu. Et pour ce motif, ajoute-t-il, maintenant non
seulement et nous réprouvons les simoniaques mais encore nous méprisons
les sacrements conférés par eux. Qu’est-ce à dire
? D’un côté, il reproche aux Florentins de refuser les sacrements
de ministres ordonnés par des simoniaques, et, d’autre part, il
les méprise lui-même. Dans le premier cas, il s’agit des simoniaques
ordonnés avant le décret de Nicolas ; dans le second, des
simoniaques ordonnés après ce même décret. Ce
faisant, il se conforme à la décision récente du pape
Nicolas, mais il n’abandonne pas pour autant son principe de la validité
des sacrements quelle soit la dignité morale de celui qui les confère.
Sur ce dernier point, cf. Saltet, Les réordinations, Paris, 1907,
p. 173-204.
Œuvres de Pierre Damien dans
P. L., t. CXLIV-CXLV ; avec quatre vies de saint, t. CXLIV, col. 113-180
; Baronius, Annales, an. 1049 sq. ; Henschenius, Act. sanct., t. III, februarii,
p. 412-433 ; d’Achery, Spicilegium, 1666, t. VII, præf. ; Ceillier,
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p. 296-324 ; Mai, Scriptorum veterum nova collectio, t. VI ; Grandi, De
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camuld., 1707, t. IV, p. 1-138 ; Laderchi, [col.53 fin / col.54 début]Vita
S. Petri Damiani, 3 in-4°, Rome, 1792 ; Miserocchi, Vita di S. Pier
Damiano, Venise, 1728 ; Mittarelli et Cortadoni, Annales camaldulenses,
Venise, 1756, t. II ; Vogel, Peter Damianus (ein Vortrag), Iéna,
1856 ; Capecelatro, Storia di S. Pier Damiano e del suo tempo, Florence,
1862 ; Fehr, Petrus Damiani, Vienne, 1868 ; Neukirch, Das Leben der P.
Damiani, Gœttingue, 1875 ; Wambera, Der hl. Petrus Damiani. . . sein Leben
und Wirken, Breslau, 1875 ; Guerrier, De Petro Damiano, Orléans,
1881 ; Kleinermann, Der hl. Petrus Damiani, Steyl, 1882 ; Roth, Der hl.
P. Damiani, dans Studien und Mittheil. aus dem Benedictiner und dem Cirstencienser-Orden,
Wurzbourg, 1886 ; Brunn, 1887, t. VII VIII ; Fettzer, Voruntersuchungen
zu einer Geschichte des Pontificats Alexanders II, Strasbourg, 1887, p.
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Fribourg-en-Brisgau, 1891, t. XLI ; Langen, Geschichte der römischen
Kirche von Nikolaus I bis Gregor VII, Bonn, 1892 ; Lauzoni, S. Pier Damiano
e Faenza, Faenza, 1898 ; Fioglietti, S. Petro Damiano, Turin, 1899 ; dom
Biron, S. Pierre Damien, Paris, 1908. Pour la bibliographie : Brunet, Manuel,
t. II, p. 481 ; U. Chevalier, Répertoire. Bio-bibliographie, 2e
édit., t. II, col. 3708-3710 ; Kirchenlexicon, t. IX, col. 1908
; Realencyklopädie, t. IV, p. 431-432.
G. BAREILLE