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Le Manuscrit du Purgatoire




IMPRIMATUR
Joseph PALICA
Archip. Philippens, Vic. Gén., Roma.
 
 

INTRODUCTION
 

Pour répondre au désir qui lui en a été exprimé, la Direction du Bulletin de Notre-Dame de la Bonne Mort (1) publie en brochure, avec toutes les réserves commandées par la sainte Eglise notre Mère, selon le Décret d'Urbain VIII, comme un document purement historique, le texte d'un pieux manuscrit qui lui a été communiqué par un Prêtre-Zélateur, missionnaire très zélé et très dévoué, sur les relations d'une Religieuse avec une âme du Purgatoire.

Tout d'abord, personne ne peut récuser à priori la possibilité et l'existence des apparitions des âmes du Purgatoire aux vivants sur la terre. Ces sortes d'apparitions ne sont pas rares et les récits qui les rapportent ne manquent pas ; ils surabondent dans la vie des Saints. Nous n'en citerons qu'un exemple emprunté à la vie de sainte Marguerite-Marie Alacoque (2).

« Comme j'étais devant le Saint Sacrement, le jour de sa fête, raconte-t-elle elle-même, une personne tout en feu se présenta tout-à-coup devant moi. L'état pitoyable où elle me fit voir qu'elle était en Purgatoire me fit verser d'abondantes larmes. Elle me dit qu'elle était l'âme du religieux Bénédictin qui avait reçu ma confession une fois et qui m'avait ordonné de faire la sainte communion, en faveur de quoi Dieu lui avait permis de s'adresser à moi pour lui donner du soulagement dans ses peines. Il me demanda tout ce que je pourrais faire et souffrir pendant trois mois ; le lui ayant promis, après en avoir demandé la permission à ma Supérieure, il me dit que le premier sujet de ses grandes souffrances était la préférence qu'il avait donnée à son propre intérêt sur la gloire de Dieu, par trop d'attache à sa réputation ; le second était le manquement de charité envers ses frères ; le troisième, le trop d'affection naturelle qu'il avait eue pour les créatures.
« Il me serait bien difficile, ajoute-t-elle, d'exprimer ce que j'eus à souffrir pendant ces trois mois. Il ne me quittait pas et il me semblait le voir tout en feu avec de si vives douleurs que j'étais obligée d'en gémir et d'en pleurer presque continuellement. Ma Supérieure, touchée de compassion, m'ordonna de bonnes pénitences, surtout des disciplines Enfin, au bout des trois mois, je le vis tout comblé de joie et de gloire : il s'en allait jouir de son bonheur éternel et, en me remerciant, il me dit qu'il me protégerait devant Dieu. »

Les témoignages des théologiens, documentés de faits historiques, ne sont ni moins nombreux ni moins probants : qu'il nous suffise de citer, entre beaucoup d'autres, la Mystique divine de M. le chanoine Ribet, tome II, chap. VIII et, d'une façon générale, les ouvrages justement réputés des principaux Maîtres de la Théologie mystique.

Dieu permet ces apparitions et ces manifestations pour le soulagement des âmes qui viennent exciter notre compassion et aussi pour notre instruction, pour nous révéler les sévérités et les rigueurs de sa justice contre les fautes que nous estimons légères. Un recueil de plusieurs apparitions publié par Monseigneur Palafox y Mendoza, évêque d'Osma (Espagne), porte effectivement ce titre suggestif : Lumière aux vivants par l'expérience des morts. On ne pouvait mieux exprimer et justifier la raison providentielle des manifestations par lesquelles les âmes souffrantes du Purgatoire s'adressent aux vivants pour implorer leur pitié et réclamer leur intercession (3).

Il faut le noter toutefois : les faits et les récits relatifs à ces diverses manifestations n'ont qu'une autorité humaine, tant que l'Eglise ne s'est pas prononcée à leur égard, une autorité proportionnée à la valeur et au nombre des documents historiques sur lesquels ils reposent et dont ils sont accompagnés !
 
 

LE MANUSCRIT
 

Son authenticité

Le manuscrit que nous avons entre les mains contient des renseignements très intéressants sur la vie d'outre-tombe, notamment sur le Purgatoire, et ces renseignements sont entremêlés de très nombreux conseils de direction spirituelle.
Son authenticité ne fait pas doute.
Il résulte en effet de témoignages certains et concordants, de faits dûment contrôlés, qu'une Religieuse d'un couvent de V., Sur M .d. l. C., décédée à C. le 11 mai 1917, perçut tout à coup, près d'elle, en novembre 1873, des gémissements prolongés
Epouvantée, elle s'écria : « Oh ! qui êtes-vous donc ? Vous me faites peur Surtout ne vous montrez pas ! Mais dites-moi qui vous êtes. »
A cette sommation, aucune réponse ne fut faite, mais les plaintes continuèrent en se rapprochant d'elle de plus en plus.
En vain, la pauvre Sur multipliait prières, communions, chemins de croix et rosaires, les gémissements ne cessaient pas et restaient toujours aussi mystérieux...
Enfin, le dimanche 15 février 1874, une voix bien connue se fit entendre : « N'ayez pas peur ! Vous ne me verrez pas dans mes souffrances ! Je suis Sur M. G. (4) » Et l'âme en peine fit savoir à son ancienne compagne, dont elle avait jadis trop souvent méprisé les conseils, qu'elle lui multiplierait ses visites pour l'aider à se sanctifier, car il entrait dans le plan divin que ce fût elle, Sur M. d. la. C., qui, par la sainteté de sa vie, dût soulager et finalement délivrer celle qui avait naguère tant exercé sa patience.
La réponse était donnée Eut-elle pour effet de calmer celle qui l'avait reçue ? Nullement Ce fut plutôt le contraire.
La Sur M. d. l. C. supplia sa visiteuse de disparaître et de ne plus jamais revenir Mais ce fut peine perdue. Il lui fut répondu, qu'elle devrait subir - tout le temps voulu par Dieu - ce qu'elle redoutait au plus haut point.
Et c'est ainsi que, plusieurs années durant, s'établirent entre l'âme de Sur M. G. et la Sur M. d. 1. C. les mystérieuses relations que Sur M. d. 1. C. consigna elle-même, de 1874 à 1890, dans le précieux manuscrit dont nous entreprenons la publication.
 

Sa valeur

Elle ressort :

1° De la personne même de Sur M. d. 1. C.

a) Sans aucune note discordante, tous ceux qui l'ont connue attestent qu'elle n'a jamais cessé de pratiquer - et jusqu'à l'héroïsme - toutes les vertus chrétiennes et religieuses.
Directrice de pensionnat, elle exerça sur ses élèves une telle influence surnaturelle que toutes les survivantes - et elles sont encore nombreuses - la qualifient de « Sainte », avouant candidement que par ses paroles et par ses actes elle les impressionnait beaucoup plus qu'un prêtre n'aurait pu le faire ! Et elles vivent de son souvenir !
b) Hâtons-nous d'ajouter que tous les témoins de sa vie reconnaissent avec une unanimité touchante, appuyée sur les preuves les plus sérieuses, qu'elle était douée du jugement le plus droit et qu'en elle se reflétaient l'intelligence la plus vive et la plus cultivée, l'équilibre le plus parfait, le plus absolu bon sens !
En réalité, elle n'a jamais désiré les voies extraordinaires ; elle a tout fait, au contraire, pour les éviter... Jusqu'au bout - le manuscrit en fait foi - elle a mis en doute ce qu'elle était obligée d'entendre, alléguant que c'était diabolique... déclarant qu'elle était « bien contrariée de sortir de 1a vie commune », elle qui désirait tant « être comme tout le monde » et passer inaperçue.
c) Enfin, tout en protestant contre les visites qu'elle recevait, Sur M. d. 1. C. en profita amplement pour son avancement spirituel : ses notes de retraite nous en sont un sûr garant et surtout le témoignage unanime de tous ceux qui l'ont vue vivre et agir.

2° De l'autorité des témoignages reçus.

En premier lieu, nous devons déclarer que Sur M. d. 1. C. - nous le savons de source très sûre - tenait fidèlement son directeur, le R. P. PREVEL, des Pères de Pontigny, plus tard Supérieur général de sa Congrégation, au courant de tout ce qui la concernait.

Les carnets de la Sur nous révèlent en effet qu'elle tirait le plus grand profit des relations qu'elle entretenait avec le Révérend Père et une lettre de celui-ci à sa dirigée, datée de Hitchin (Angleterre), 4 novembre 1912, après une longue séparation imposée par les événements, nous confirme qu'il était expressément renseigné sur les communications de Sur M. d. 1. C. avec son ancienne compagne :
« Parlez-moi, lui dit-il, de votre chère affligée, qui doit être depuis longtemps abîmée dans la gloire de son Bien-Aimé ! Vous a-t-elle depuis lors délaissée ? Ou bien vous console-t-elle de vos tristesses ?
« Avez-vous continué à écrire ses communications ? J'ai, pour ma part, précieusement conservé les anciennes et je les ai relues bien des fois. »
De toute évidence, le R. P. PREVEL considérait les communications reçues comme sérieuses et il est bien à présumer qu'il ne les jugeait pas telles sans de très bonnes preuves.

A l'autorité de premier plan du Directeur, nous avons la bonne fortune d'ajouter le témoignage de théologiens réputés, dont personne ne méconnaîtra la grande compétence :
M. le chanoine DUBOSQ, ex-supérieur du grand Séminaire de Bayeux et promoteur de la foi dans les Procès canoniques pour la béatification et la canonisation de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus.
M. le chanoine GONTIER, censeur officiel des livres dans le diocèse de Bayeux et auteur d'ouvrages très estimés : Explication du Pontifical, Règlement de vie sacerdotale, etc.
UN MAITRE EMINENT DE THEOLOGIE MYSTIQUE du plus grand mérite dont nous devons respecter l'anonymat pour des raisons tout à fait indépendantes du sujet qui nous occupe, mais dont nous pouvons bien dire que ses beaux ouvrages ont mérité cet éloge de Pie X : « Les hommes éclairés rendent un juste hommage à votre science et à votre expérience. » (Lettre du 13 décembre 1908.)

Après un mûr examen du manuscrit, ces Messieurs n'ont pas hésité à déclarer, qu'il ne contenait rien de contraire aux enseignements de la foi, rien qui ne fût en parfait accord avec les principes de la vie spirituelle, rien qui ne fût de nature à édifier les âmes.
Ils ont noté avec la plus grande faveur, que Sur M. d. 1. C., pourvue du jugement le plus droit et douée du plus grand bon sens, était par le fait même protégée contre les écarts d'une imagination trop vive et dangereuse.
Ils ont relevé avec complaisance que Sur M. d. 1. C. avait tout fait pour être délivrée des visites qui l'importunaient, qu'elle avait protesté, en se demandant si ce n'était pas une punition que le Ciel lui infligeait, qu'elle trouvait les événements si surprenants, qu'elle ne savait que croire, qu'enfin elle avait fait tant d'objections à l'apparition, qu'on ne pouvait lui prêter d'aucune façon l'intention d'avoir imaginé ou inventé les manifestations dont elle était l'objet.

Enfin ils ont été très impressionnés :
a) par la grande leçon de charité chrétienne qui se dégageait visiblement de tout le processus de l'apparition : d'un côté en effet, Sur M. G., au couvent de V., avait fait beaucoup souffrir, par son attitude peu religieuse, Sur M. d. 1. C., qui était chargée de la rappeler à l'ordre, et d'autre part, c'était à Sur M. d. 1. C. elle-même que, sur l'ordre de Dieu, elle avait dû s'adresser, après sa mort, pour être délivrée du Purgatoire ;
b) par le fait que les lumières fournies à Sur M. d. 1. C. se faisaient d'autant plus vives et d'autant plus précises, que Sur M. G. se purifiait davantage ;
c) par les progrès réalisés par Sur M. d. 1. C. dans l'oeuvre de sa sanctification, progrès sensibles qui faisaient dire à M. le chanoine DUBOSQ : « En publiant le manuscrit de Soeur M. d. 1. C. - et je désire que vous le fassiez - vous allez au-devant d'une Cause de béatification. »

Bref les éminents théologiens consultés ont conclu unanimement, que le manuscrit de Sur M. d. 1. C. portait en lui-même la preuve de sa parfaite authenticité et qu'en conséquence il avait pleine valeur, et quant à son contenu, et quant à son origine.
 

Conclusion

Le manuscrit de Sur M. d. 1. C. que nous appellerons, pour le caractériser d'un mot le Manuscrit du Purgatoire, se présente à nous, de l'aveu des plus exigeants, avec toutes les garanties de crédit, du seul point de vue historique et humain, qu'il est possible de désirer.

La Direction du Bulletin de Notre-Dame de la Bonne Mort est heureuse d'en publier l'édifiant et impressionnant contenu ; la voix d'outre-tombe qui s'y fera entendre, en nous révélant les justices et les miséricordes du Purgatoire, en nous proposant les conseils de piété et de sanctification dont le manuscrit est rempli, nous sera une vive lumière pour l'orientation de notre vie sur le chemin de l'éternité (5).

Et nous ne doutons pas que cette lumière aux vivants par l'expérience des morts ne soit pour beaucoup de nos Associés une éloquente école de bonne vie et, par le fait même, une très salutaire et très efficace préparation à la bonne mort.

Notes :

1. Pour tous renseignements sur l'Association de Notre-Dame de la Bonne Mort et pour l'abonnement au Bulletin (100 fr. par an), s'adresser au Rév. Père Directeur de l'Association : Sainte-Marie, Tinchebray (Orne) - France.
Rév. Père NICOUD, Charlemagne, Cté Assomption, P. Q. (Canada).

2. Sa Vie par elle-même, 98, édition 1920.

3. Le Purgatoire, revue de l'Association du Sacré-Cur de Jésus en faveur des Ames du Purgatoire, fondée à Rome par le R. P. Victor JOUET, a publié de 1900 à 1912, le récit de nombreuses apparitions d'âmes du Purgatoire avec les documents historiques qui en garantissaient l'incontestable authenticité.
Le Révérend Père avait même constitué, 12, Via Lungotevere Prati, un Musée d'outre-tombe ou Musée des Ames du Purgatoire, composé de souvenirs, de documents et de pièces justificatives qui rendaient tangibles et palpables la réalité des faits attestés. Nous avons visité maintes fois ce Musée unique en son genre, nous avons vu de nos yeux et tenu dans nos mains, avec un profond saisissement, les empreintes de doigts et de mains de feu laissées sur les vêtements, sur les livres sur les objets touchés par les diverses apparitions. Les explications du Révérend Père, d'une documentation impressionnante, excitaient toujours, chez les pèlerins de ce petit tour par le Purgatoire, une émotion dont ils ne pouvaient se défendre : ils avaient sous les yeux la preuve palpable de l'existence du Purgatoire et le témoignage irrécusable du feu justicier qui y purifie les âmes des restes de leurs péchés.
N. B. - Le Musée du R. P. JOUET fut exposé le 4 août 1905, dans une des salles du Vatican, et présenté par Son Em. le cardinal Vivès y Tuto à S. S. PIE X, qui le visita avec le plus grand intérêt et en éprouva la plus vive satisfaction.

4. Sur M. G. était une jeune Religieuse de 36 ans, morte victime de son dévouement à V., le 22 février 1871.

5. Pour respecter fidèlement le texte du manuscrit, nous ne mettrons pas à part les passages qui concernent plus spécialement les fins dernières... Le lecteur pourra y suppléer lui-même, s'il le juge à propos, comme il pourra suppléer également aux questions que Sur M. d. 1. C. posait à l'apparition, mais omettait de consigner dans le manuscrit.
 
 

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LE TEXTE DU MANUSCRIT (1)
 

Mère Supérieure est au Ciel du jour de sa mort, parce qu'elle a bien souffert et qu'elle était bien charitable.

Si vous étiez parfaite comme le bon Dieu le veut, que de grâces il aurait à vous accorder !

Le bon Dieu veut que vous soyez plus sainte que bien d'autres.

M. l'abbé L. est en Purgatoire, parce qu'il aimait trop à faire des retraites et à prêcher partout !

Oui, c'était bien, mais il négligeait sa paroisse.

Le bon Dieu recevra ce que vous ferez pour toutes les âmes du Purgatoire comme si vous le faisiez pour une seule, en dirigeant votre intention.

C'est moi, en ce moment, la plus souffrante d'ici, parce que je n'étais pas dans ma vocation.

Le chemin de la croix est la meilleure prière après la sainte Messe.

Je suis plus souffrante que Sur, parce qu'elle était, elle, dans sa vocation ; seulement le mal lui avait aigri le caractère ; puis, elle avait été mal conseillée.

Je ne puis donner de signe extérieur. Le bon Dieu ne le permettra pas ; j'ai été trop coupable.

Parce que je vous ai fait de la peine et que le bon Dieu veut que ce soit vous qui priiez pour moi !

Vous pouvez aussi le dire à Sur... à qui j'ai aussi fait de la peine et à Mère Supérieure que j'ai tant fait souffrir... Si elle pouvait me faire dire quelques Messes.

Quelques Rosaires pour moi ! Vos méditations bien faites, parce que je n'en faisais point du tout ! Votre office bien récité, parce que je ne le récitais pas bien ! Une grande modestie partout, parce que j'avais toujours les yeux levés pour voir ce qu'il ne fallait pas que je visse ! Des élévations ! et une grande soumission pour Mère Supérieure que j'ai tant fait souffrir ! Pauvre Mère Supérieure ! (Dix ou quinze fois répété.)

Hélas ! si vous saviez ce que je souffre ! Priez pour moi, s'il vous plait. C'est parce que je souffre extrêmement partout ! Hélas ! mon Dieu !... Que vous êtes miséricordieux ! Hélas ! On ne se figure pas ce que c'est que le Purgatoire.

Il faut être bonne et avoir pitié des âmes !

Quelques bons avis ! Le chemin de la croix.

Sur terre, vous souffrirez toujours de corps et d'esprit et souvent des deux ensemble !

II fait si beau au Ciel ! Il y a un si grand espace entre le Purgatoire et le Ciel ! Quelquefois nous avons comme un écho des joies que goûtent les Bienheureux au Paradis ; mais c'est presque une punition, car cela nous donne une si grande envie de voir le bon Dieu ! Au Ciel, la pure lumière ; dans le Purgatoire, les profondes ténèbres !

Le bon Dieu vous aime plus que bien d'autres... Ne vous en a-t-il pas donné des preuves ?

Mère E. est au Ciel. C'était une personne cachée et extrêmement intérieure !

Mais non ! Je ne suis pas le diable ! Je suis Sur M. G. - Je vous tracasserai jusqu'à ce que je sois au Ciel. Après, je prierai pour vous à mon tour.

Oui, je puis bien prier dès maintenant et je le ferai tous les jours. Vous verrez si les âmes du Purgatoire sont ingrates !

Les grands coupables ne voient pas la sainte Vierge.

Quand on délivre une âme du Purgatoire, c'est une grande joie pour Dieu lui-même. Ce que vous avez lu à ce sujet dans les livres est bien vrai.

J'aurai un peu de soulagement le jour de Pâques.

Si vous veillez avec soin sur vous, le bon Dieu a des grâces à vous accorder qu'il n'a encore jamais faites à personne.

Vous pouvez dire votre Psautier pour plusieurs à la fois, en ayant soin, avant de le réciter, de diriger votre intention, comme si vous pouviez le dire pour chacune d'elles, et elles y auront part comme si vous le disiez pour chacune d'elles.

Il y a une pénitence à part dans le Purgatoire pour les Religieuses qui ont fait de la peine à leur Supérieure : pour celles-là, le Purgatoire est terrible. Elles viendront avec moi et elles verront la pénitence qu'elles subiront aussi !
 

*

24 MARS 1874 (2e dimanche après Pâques). - Allez le plus souvent que vous pourrez demain devant le Saint Sacrement. Comme je vous y accompagne, j'aurai le bonheur d'être auprès du bon Dieu. Oui, cela me soulage.

(Annonciation). - Je suis dans le second Purgatoire maintenant. Depuis ma mort, j'étais dans le premier où l'on souffre de si grandes douleurs. On souffre aussi beaucoup dans le second, maïs beaucoup moins que dans le premier.

Soyez toujours un appui pour votre Supérieure. Ne parlez point souvent ; attendez qu'on vous interroge pour répondre.

MAI. - Je suis dans le second Purgatoire depuis le jour de l'Annonciation de la Sainte Vierge. J'ai aussi, ce jour-là, vu pour la première fois la Sainte Vierge (2), car dans le premier on ne la voit pas. Sa vue nous encourage ; puis cette bonne Mère nous parle du Ciel. Pendant que nous la voyons nos souffrances nous paraissent diminuées.

Ah ! si j'ai envie d'aller au Ciel ! Oh ! quel martyre nous souffrons depuis que nous connaissons le bon Dieu !

Ce que je pense ! Le bon Dieu le permet pour votre bien et pour mon soulagement ! Ecoutez bien ce que je vais vous dire : « Le bon Dieu a de grandes grâces à vous accorder. Il veut que vous sauviez un grand nombre d'âmes par vos bons conseils et par vos exemples. Si par votre conduite vous y mettiez obstacle un jour vous répondriez de toutes ces âmes-là que vous auriez pu sauver ! »

Il est vrai que vous n'en êtes pas digne ; mais puisque le bon Dieu permet tout cela... Il est bien le Maître d'accorder ses grâces à qu'il lui plaît.

Vous faites bien de prier et de faire prier saint Michel. On est heureux à l'heure de la mort d'avoir eu confiance en quelques Saints, afin qu'ils soient nos protecteurs auprès du bon Dieu à ce terrible moment.

N'ayez pas peur de rappeler à toutes vos filles les grandes vérités du salut. Les âmes ont souvent besoin d'être ébranlées, à présent plus que jamais !

Le bon Dieu veut que vous vous donniez entièrement à lui. Il vous aime plus que bien d'autres. Par conséquent il vous accordera aussi plus de grâces. (Il en est bien le Maître !) Donc, il vous sera plus facile de l'aimer aussi davantage. Ne perdez aucune des grâces qu'il vous fait.

Ne vivez que pour le bon Dieu. Procurez sa gloire partout. Que de bien vous pouvez faire dans les âmes !

Ne faites rien que pour faire plaisir au bon Dieu. Avant chaque action, recueillez-vous un moment en vous-même pour voir si ce que vous allez faire va lui être agréable. Tout pour votre Jésus ! Oh ! aimez-le bien !

Oui, je souffre, mais mon plus grand tourment est de ne pas voir le bon Dieu. C'est un martyre continuel qui me fait plus souffrir que le feu du Purgatoire. Si plus tard vous aimez le bon Dieu comme il l'entend, vous éprouverez un peu ce que c'est que cette langueur qui fait désirer de s'unir à l'objet de son amour, au bon Jésus !

Oui, nous voyons quelquefois saint Joseph, mais pas aussi souvent que la Sainte Vierge.

Il faut que vous deveniez indifférente à tout, excepté pour le bon Dieu. Voilà comment vous atteindrez le sommet de la perfection où Jésus vous appelle.

Mère I. n'a rien eu des Messes qu'on lui a fait dire. Les Religieuses n'ont pas le droit de disposer de leurs biens ; c'est contre la pauvreté.

Si vous faites bien votre oraison, les âmes qui vous sont confiées s'en ressentiront.

Le bon Dieu ne refuse jamais les grâces qui lui sont demandées dans une oraison bien faite.

Le Purgatoire des Religieuses est plus long et plus rigoureux que celui des gens du monde, parce qu'elles ont abusé de plus de grâces.

C'est le bon Dieu qui l'a permis et c'est Mère Supérieure défunte qui l'a obtenu, parce qu'il y a dans le Purgatoire beaucoup de Religieuses délaissées (par leur faute, c'est vrai !) et on n'y pense plus. Mère Supérieure défunte m'a dit que si on pouvait, à la Communauté, faire dire de temps en temps une Messe à leur intention, le bon Dieu en serait bien content. Vous direz cela à Mère Supérieure.

Oui ! le bon Dieu aime bien Mère Supérieure. Vous voyez qu'il lui a donné une bonne croix à porter, voilà la meilleure preuve de son amour pour elle.

On ne peut se figurer les peines que l'on souffre au Purgatoire ! Personne n'y pense dans le monde. Les Communautés religieuses aussi l'oublient. C'est pourquoi le bon Dieu veut qu'ici on prie spécialement pour les pauvres âmes du Purgatoire, qu'on inspire cette dévotion aux élèves, afin qu'à leur tour, elles en parlent dans le monde.

Ne craignez nullement la fatigue. Dès lors qu'il s'agira du bon Dieu sacrifiez tout pour lui !

Obéissez à votre Supérieure promptement ; qu'elle vous tourne en tous les sens qu'elle voudra. Soyez bien humble. Humiliez-vous toujours, jusqu'au centre de la terre si cela se pouvait.

M. est en Purgatoire parce qu'elle a, par ses paroles astucieuses, paralysé souvent le bien que les Supérieures auraient pu faire.

Prenez pour pratique la présence de Dieu et la pureté d'intention.

Le bon Dieu cherche des âmes dévouées qui l'aiment pour lui. Il y en a bien peu ! Il veut que vous soyez du nombre de ses vraies amies. Bien des personnes aiment le bon Dieu ; elles le croient, mais elles l'aiment pour elles-mêmes ! Voilà tout !

Non ! nous ne voyons pas le bon Dieu dans le Purgatoire. Ce serait alors le Ciel !

Quand une âme cherche véritablement, tout bonnement, par amour, le bon Dieu dans son cur, il ne permet pas qu'elle soit trompée.

C'est vrai ; mais puisque le bon Dieu fait déborder ses grâces souvent là où a abondé la malice pourquoi les refuseriez-vous ?

Dévouez-vous, sacrifiez-vous, immolez-vous pour le bon Dieu ! Jamais vous ne pourrez trop faire pour lui !

Pensez bien qu'il n'y a que le trop plein de sa piété qu'on répand sur les autres.

N'ayez pas de respect humain, même avec les Surs anciennes.

Dites toujours quelque chose quand il s'agira de soutenir votre Supérieure.

Ce n'est pas de ses grands amis que le bon Dieu se sert pour tracasser et faire de la peine aux autres. Remerciez-le de ne pas être de ce nombre. Il vaut mieux être enclume que marteau !

Il ne faut pas vous fatiguer de souffrir de corps et d'esprit, car c'est à peine si vous avez satisfait pour le passé. Votre couronne est à peine commencée.
 

*

JUIN. - Quand il s'élève une tempête suscitée pour faire de la peine à une âme, remarquez que tout cela retombe aussi vite !

Le démon a ses suppôts partout même dans les couvents !

Non, je ne vois pas le bon Dieu quand il est exposé ; je sens sa présence. Je le vois comme vous des yeux de la foi, mais notre foi est bien autrement vive que la vôtre. Nous savons, nous, ce que c'est que le bon Dieu !

Ayez toujours le bon Dieu présent avec vous. Dites-lui tout comme à un ami et veillez beaucoup sur votre intérieur.

Pour bien se préparer à la sainte communion, il faut l'amour avant, l'amour pendant l'action de grâces, l'amour toujours.

Le bon Dieu veut que vous ne viviez que pour lui, que vous ne pensiez qu'à lui, que vous ne rêviez qu'à lui.

Mortifiez votre esprit, vos yeux, votre langue, ce sera plus agréable au bon Dieu que les mortifications du corps qui, souvent, viennent de notre propre volonté.

Il faut agir avec le bon Dieu comme avec un père, un ami bien tendre, un époux bien cher.

Il faut que vous déversiez la tendresse de votre coeur sur Jésus seul, sur lui tout entière, tout entière !

Oui ! toute l'éternité, vous chanterez les miséricordes infinies à votre égard.

Il faut tant aimer le bon Jésus qu'il puisse trouver dans votre coeur un séjour agréable où il se repose pour ainsi dire des offenses qu'il reçoit partout. Il faut que vous l'aimiez pour les indifférents, pour les âmes lâches et pour vous la première ; il faut que vous l'aimiez tant, en un mot, qu'à V ce soit un exemple qui brise

C'est vrai que sainte Thérèse et M. Eust. l'ont bien aimé ; mais vous, qui lui avez fait de la peine, vous devez l'aimer plus à proportion que ces âmes innocentes.

12 DECEMBRE. - Si vous aimez bien le bon Dieu, il ne vous refusera rien. Quand une personne aime réellement une de ses semblables, vous savez qu'elle tourne et retourne en tous sens auprès d'elle pour arracher un oui pour ce qu'elle demande et toujours elle l'obtient... Il en sera de même du bon Dieu à votre égard. Il vous accordera tout ce que vous lui demanderez.

Le bon Dieu veut que vous ne vous occupiez que de lui seul, que de son amour et d'accomplir sa sainte volonté.

En s'occupant du bon Dieu... il faut aussi s'occuper des âmes. Il n'y aurait pas un grand mérite à se sauver seul.

Le bon Dieu veut de vous une grande perfection qu'il ne demande pas de bien d'autres !
 

*

FEVRIER 1875. - Veillez beaucoup sur votre intérieur, gardez vos petites peines pour Jésus tout seul. Il peut bien vous servir de tout ce qu'il vous a enlevé.

Votre vie doit être une vie continuelle d'actes intérieurs d'amour, de mortification, mais que Dieu seul le sache ; ne rien faire d'extraordinaire : vie bien cachée, bien cachée, bien unie à votre Jésus.

Le bon Dieu veut que vous l'aimiez uniquement. Si vous ne mettez pas d'obstacle à ses grâces, il en a d'extraordinaires à vous accorder qu'il n'a encore faites à personne. Il vous aime d'une manière toute spéciale. Ne vous en êtes-vous jamais aperçue ? A nous d'adorer ses desseins, sans chercher à les approfondir. Il est le maître de faire pour les âmes ce qu'il lui plaît. Soyez toujours bien humble, bien cachée. Ne vous occupez de personne, occupez-vous seulement de ce qui vous regarde, de votre propre sanctification.

Non ! II ne faut pas avoir trop de rapports avec... Elle est trop expansive et trop parleuse. Ce n'est pas cela que le bon Dieu veut de vous.

Ce n'est pas bien de vous défier ainsi de votre Jésus. Vous lui avez tout donné et croyez bien qu'à ce sujet... tout ce qui est arrivé, il l'a permis...

Aimez bien le bon Dieu ! Oh ! que les âmes qui possèdent ce trésor sont heureuses !

Votre grande pénitence à vous, pendant votre vie, ce ne sera pas l'absence de votre Jésus, mais une grande douleur de toutes les peines que vous lui avez faites par le passé, occasionnées par l'excès des grâces dont il vous a comblée et dont il vous comblera, et l'impuissance de lui rendre tout d'amour que vous voudriez !

Vous pouvez bien vous lever à quatre heures et vous coucher avec tout le monde, à moins que vous ne soyez malade tout de bon. Vous n'en serez, je vous assure, pas moins bien ; car à cela près d'une demi-heure, ce n'est pas grand-chose et c'est une édification.

N'allez pas pour de petits riens vous plaindre à personnes pas même à votre Supérieure. Gardez ces petites souffrances pour vous seule et pour votre Jésus à qui vous devez dire tout.

Ne vous occupez pas trop de votre santé. Le bon Dieu vous en donnera assez pour le servir.

14 MAI - Ayez l'intention, en faisant votre retraite, de ne perdre aucune des grâces que le bon Dieu vous fait et de suivre toujours l'attrait de ces grâces, d'avoir un esprit de foi très grand et aussi un grand recueillement. Il y a longtemps que je vous poursuis pour cela.

Il faut être toujours, dans vos actions surtout, aussi recueillie en vous-même que vous l'êtes dans votre action de grâces après la sainte communion.

Remerciez le bon Dieu de toutes les grâces qu'il vous a faites et pour celles qu'il vous fait chaque jour. Vous y penserez chaque matin à la fin de votre méditation. Priez-le aussi pour ce que je vous ai dit hier...

Ne faites jamais rien, sans vous recueillir un instant, et sans demander avis à votre Jésus qui est dans votre coeur... Vous me comprenez...

Oh ! oui, j'aime bien le bon Dieu, mais à mesure qu'une âme se purifie, c'est-à-dire qu'elle approche du Ciel, son amour aussi croît davantage.

Pensez souvent à tout l'amour que le bon Dieu a pour vous. Soyez bien fidèle à toutes les inspirations de la grâce.

Recommencez chaque jour comme si vous n'aviez encore rien fait, sans jamais vous décourager.

18 MAI. Oh ! que le nombre des vraies Religieuses ayant vraiment l'esprit de leur état est petit ! Il y en a à peu près une sur cinquante. II faut à tout prix que vous soyez de ces privilégiées !

Que la responsabilité d'une Supérieure, d'une Maîtresse des novices, d'une Maîtresse de classe est grande ! Quel compte à rendre au bon Dieu !

Au fur et à mesure que je serai délivrée, vous m'entendrez plus clairement, et quand je serai délivrée tout à fait, je serai pour vous un second ange gardien ! Mais un ange que vous verrez !

Mère... est encore au Purgatoire. Elle a introduit dans la Communauté plusieurs sujets qui n'avaient pas de vocation et qui mettent le relâchement. C'est une grande science de savoir discerner les esprits. Si on faisait plus attention aux sujets que l'on reçoit, il n'y aurait pas tant de mal dans les Communautés !
 

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20 JUIN. - Le bon Dieu ne demande pas plus que force. C'est seulement les curs qu'il veut tout à lui.

Il faut que, pour obtenir ses grâces, tant pour vous que pour la Communauté, vous vous renonciez du matin au soir, que vous ne vous recherchiez en rien, que tout soit bien caché aux yeux des créatures ; mais que Dieu seul sache tout et voie vos petits sacrifices journaliers, lui seul, entendez-vous !

Vous éprouvez pour plusieurs choses du dégoût, c'est le bon Dieu qui le permet, afin que, par là, vous méritiez. Faites-y bien attention et ne laissez rien perdre.

Oui, c'est vrai, mais il y aura plus de gloire, en un sens, pour le bon Jésus de faire procurer sa gloire par une personne qui n'a pas toujours été son amie et, pour vous, bien plus de confusion de voir que le bon Dieu vous choisit, malgré vos infirmités spirituelles, pour servir à ses desseins. Aussi, faudra-t-il vous sacrifier et vous immoler en retour.

Savez-vous pourquoi le bon Dieu ne vous accorde pas présentement les grâces que vous lui demandez ? C'est que vous n'avez pas confiance en lui assez.

Il est vrai aussi que vous oubliez trop les grandes grâces que le bon Jésus vous fait. Il vous poursuit du matin au soir, et vous vous esquivez le plus que vous pouvez. Ce n'est pas ainsi qu'il faut agir avec un Dieu si bon, et si bon surtout pour vous.

A chaque minute, examinez-vous, examinez votre cur pour voir si vous faites plaisir au bon Dieu. Examinez aussi si vous ne faites rien qui puisse lui causer de la peine. Voilà ce qui attirera de plus en plus les regards bénis du bon Jésus sur vous.

Il faut que vous aimiez tant le bon Dieu que, d'ici quelque temps, il trouve dans votre cur un séjour agréable, où il puisse pour ainsi dire se reposer. Il faut que ce bon Jésus vous dise lui-même ses peines, celles que le monde lui fait chaque jour et que vous, de votre côté, vous lui témoigniez tant d'amour qu'il en soit consolé.

14 AOUT. - Le bon Dieu ne veut pas que vous vous écoutiez. Confiez-vous en lui, ne vous l'ai-je pas dit bien des fois ? Est-ce qu'il ne peut pas vous donner malgré votre faiblesse les forces nécessaires pour le servir ? Pourquoi vous défiez-vous ainsi de son pouvoir et de sa bonté ?

15 AOUT. - Oui, nous avons vu la sainte Vierge. Elle est remontée au Ciel avec beaucoup d'âmes ; moi, je suis restée.

Vous avez chaud ? Hélas ! si vous saviez quelle chaleur il y a en Purgatoire comparée à la vôtre ! Une petite prière nous fait tant de bien ! Elle nous rafraîchit comme un verre d'eau froide donné à une personne qui a bien soif.

Aimez tout le monde, mais ne soyez confiante en personne entièrement, en personne, parce que Jésus veut être seul votre grand confident. Pour lui tout et pour lui tout seul.

Faites toutes vos actions sous le regard du bon Dieu. Je vous l'ai dit : consultez-le avant tout ce que vous avez à faire ou à dire. Oh ! alors, que de grâces couleront sur vous ! Que votre vie soit une vie de foi et d'amour, et si vous agissez ainsi... vous savez ce que je vous ai dit là-dessus.

Ne faites rien pour vous faire remarquer au dehors. Evitez la compagnie (sans blesser la charité) de celles de vos Surs qui sont trop expansives, qui manquent de charité. Pour vous, ne vous occupez que de ce qui vous regarde. Effacez-vous. Ne dites jamais votre sentiment, à moins qu'on ne vous y force. Occupez-vous du seul objet qui doit faire le mobile de votre vie entière. Jésus ! Oui ! Jésus du matin au soir et du soir au matin !
 

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20 AOUT. - Retraite. - Hélas ! Je me plains, parce que je souffre beaucoup plus qu'à l'ordinaire... parce que j'ai abusé autrefois de ces jours de grâces et de salut et j'en suis châtiée aujourd'hui.

Faites toutes vos actions sous le regard du bon Dieu, simplement, ne cherchant à plaire qu'à lui seul au monde. Jusqu'à ce que vous soyez arrivée à ce dénuement de toute chose pour ne faire attention qu'à lui tout seul, il ne vous laissera pas en paix.

Il faut que vous soyez une règle vivante pour toute la Communauté. Il faut qu'on puisse dire de vous en vous voyant : « Voilà la règle ! » Il faut davantage encore : que vous soyez pour ainsi dire un autre Jésus, c'est-à-dire que vous retraciez dans toute votre conduite, autant qu'il est possible à une créateur, Jésus lui-même.

7 SEPTEMBRE. - Le bon Dieu, quoique bien grand, il est vrai, ne dédaigne pas de s'abaisser avec l'âme qui l'aime et d'entrer avec elle jusque dans les plus petits détails sur ce qui la concerne. Quelle bonté !

Mais oui, n'est-ce pas, il y a quelque chose d'intime dans notre âme que Dieu seul comprend et qui ne peut être dit qu'à lui seul ?

8 SEPTEMBRE. - Le bon Dieu permet que certaines âmes aient une tendresse de cur remarquable, tandis que d'autres sont moins sensibles. Tout cela est dans ses desseins. Celles qui ont le cur plus aimant, il le leur a fait, ce cur surtout pour lui, afin qu'elles déversent tout leur amour dans son Cur adorable. Il est bien le Maître d'accorder à chacun ce qu'il lui plaît. Il a aussi une prédilection particulière pour certaines âmes ; vous êtes de ce nombre.

Je souffre plus la nuit, quand vous reposez. Il est vrai que je porte toujours mon Purgatoire avec moi, mais le jour, comme j'ai la permission de vous accompagner partout, je souffre un peu moins. Tout cela est une permission du bon Dieu.

7 NOVEMBRE. - Pensez bien à ce que je vais vous dire : Veillez beaucoup sur votre intérieur, sur tout ce que vous faites. Demandez-vous à chaque heure, si le bon Dieu est content de vous, parce qu'il faut que vous deveniez vite une sainte.

Oui, c'est vrai ; mais avec la grâce du bon Dieu on peut tout. Reconnaissez-vous indigne de ces grâces, mais, malgré tout, agissez.

8 DECEMBRE. - Aimez bien le bon Dieu. N'ayez pas peur de votre peine. Fiez-vous en lui et nullement en vous. Mourez à vous-même du matin au soir. Vous savez ce que je vous ai dit pour le nouvel Evêque ; ce sera vrai.

Ne respirez, ne vivez que pour Jésus-Christ !

Le bon Dieu doit être seul votre confident. Ne vous plaignez qu'à lui seul. Soyez bien cachée aux yeux du monde. Quelquefois vous serez malade et assez malade même et vous paraîtrez bien portante, parce que le bon Dieu veut seul être témoin de ce qui se passera en vous. Vous verrez que vous vous comprendrez bien tous les deux.

Si vous êtes comme le bon Dieu le désire, que vous veilliez sérieusement sur vous, afin de ne laisser perdre aucune de ses grâces, il se communiquera à vous d'une manière toute particulière.

Vous faites de la peine au bon Dieu, quand vous ne pensez pas à lui. Figurez-vous une réunion d'amis. Parmi eux, il y en a souvent un qu'on préfère, qui nous comprend mieux et pour lequel nous n'avons rien de caché. Eh bien ! si cet ami voit que nous ne fassions pas attention à lui, que nous ne lui adressions pas une parole, que, même pas un regard ne vienne lui dire qu'il est toujours l'ami préféré, il en ressentira de la peine. Voilà comme le bon Dieu est à votre égard. Il aime certainement beaucoup d'âmes, mais, je vous l'ai dit bien des fois, quoique vous ne le méritiez pas autant que bien d'autres, il vous aime pourtant particulièrement, et votre indifférence lui cause une peine d'autant plus sensible, qu'il n'attend que l'amour réciproque de votre cur, pour vous inonder de grâces. Tout ce que vous faites le touche. Il aime que vous pensiez à lui, c'est-à-dire que, malgré vos occupations, vos pensées doivent être toujours pour lui avant tout. Avant de parler aux personnes à qui vous avez affaire, que toujours i1 ait votre premier regard ; en un mot, vous devez vivre et respirer pour lui seul : voilà son droit et il est le Maître d'agir comme il lui plaît.

12 DECEMBRE. - Le bon Dieu désire qu'avant l'adoration perpétuelle vous la fassiez d'abord dans votre cur ; vous me comprenez. Il faut aussi vous habituer à faire souvent la communion spirituelle. Vous en retirerez les fruits les plus abondants et les plus salutaires, si vous vous disposez bien.

30 DECEMBRE. - Ne demandez jamais rien pour votre santé ; mais ne refusez pas ce qu'on vous donne. Il ne faut paraître en rien ridicule.
 

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JANVIER 1876. - Quand vous avez quelque chose à dire à votre Supérieure et que cela peut se remettre, ne vous empressez pas trop. Remettez à plus tard cette chose, afin de vous modérer et de vous mortifier. Il faut préparer à Jésus une demeure dans votre cur afin que, plus tard, il puisse, comme je vous l'ai déjà dit, venir s'y reposer. Il faut aussi vous disposer le mieux possible à la sainte communion. Pensez-y la veille et surtout le matin, dès votre réveil.

Vous devez aussi, non seulement préparer une demeure à Jésus, mais encore l'inviter. Car à quoi servirait de préparer un bel appartement à son ami, si on ne l'invite jamais à y entrer ? Invitez donc Jésus souvent par vos désirs et surtout par votre amour.

Il faut que vous deveniez tellement intérieure, que vous ne perdiez jamais la présence de Jésus, même au plus fort de votre classe. Pour y arriver, veillez beaucoup sur votre intérieur.

Pour la grotte le bon Dieu vous aidera et suppléera à tout ce que vous ne pouvez faire ; mais, si vous voulez lui faire plaisir, ne faites rien le dimanche. Priez-le le plus que vous pourrez, voilà tout.

Le bon Dieu désire plus tard faire de vous son appui et de votre coeur son sanctuaire !

FEVRIER. - Oui, c'est vrai qu'au Ciel le bon Dieu reçoit des adorations infinies ; mais comme c'est sur terre qu'il est outragé, il veut aussi que ce soit sur terre qu'il en reçoive la réparation, et c'est vous qu'il veut qui fassiez cette réparation, en l'aimant, en le dédommageant par vos tendresses de l'abandon qu'il éprouve partout. Vous savez ce que je vous ai dit là-dessus.

(Annonciation.) - Quand le bon Dieu veut une âme toute à lui, il commence par la broyer, à peu près comme les pommes sous les meules d'un pressoir pour en exprimer le jus, dans ses passions, dans la recherche d'elle-même, en un mot, dans tous ses défauts ; puis, quand cette âme a été ainsi broyée, il la façonne à son gré et, si elle est fidèle, elle ne tarde pas à être toute transformée, et alors seulement le bon Jésus la comble de ses grâces de choix et l'inonde de son amour.

16 JUILLET. - L'Eucharistie doit être pour vous un aimant qui vous attire toujours de plus en plus. L'Eucharistie, en un mot, doit faire le mobile de votre vie tout entière.

28 AOUT. - N'ayez aucun désir, sinon d'aimer toujours le bon Dieu davantage et de vous unir à lui toujours de plus en plus. Vous devez tâcher de devenir chaque jour plus intérieure et plus unie à votre Jésus. Votre vie doit être une vie intérieure et d'union à Jésus par les souffrances de corps et d'esprit et surtout par l'amour.

Si vous voulez répondre aux desseins de Dieu par cette vie qu'il vous demande particulièrement, je ne saurais dire jusqu'à quel degré il vous veut sainte et unie à lui, quelles grâces il a à vous accorder !... Ces grâces, je vous en ai déjà dit quelques-unes, mais les autres je ne les connais pas. Oh ! veillez beaucoup sur vous ! Il faut que votre seule vue, votre seule présence inspire la piété !

30 AOUT. - Retraite. - La Retraite sera faite pour tout le monde, c'est vrai, mais le bon Dieu permettra que tous les sermons soient en quelque sorte pour vous. Faites bien attention. Il faut que la Retraite vous fasse sainte !

C'est pour lui seul que le bon Dieu a fait votre cur Abandonnez-vous à Notre-Seigneur sans jamais regarder en avant et en arrière. Jetez-vous dans ses bras divins, contre son Cur et puis, là, ne craignez rien.

Faites, chaque matin, à Notre-Seigneur une petite prière pour l'adorer dans toutes les églises où on le délaisse. Transportez-vous-y par la pensée et dites-lui alors combien vous l'aimez et voudriez le dédommager de l'abandon où on le laisse. Renouvelez cette intention plusieurs fois dans la journée. Vous ferez plaisir au bon Jésus.

Le bon Dieu désire que vous pensiez toujours à lui, que vous fassiez tout sous ses yeux divins, vos prières, votre travail ; en un mot, que vous ne le perdiez pas de vue, autant que possible. Mais tout cela doit être tranquille, sans affectation, qu'on ne le devine même pas : que votre Jésus seul sache ce qui se passe entre vous et lui. Ayez toujours les yeux baissés quand vous n'avez pas charge de veiller et alors faites-le quand même le plus modestement possible. N'ayez point de respect humain. Soyez toujours bien humble. Faites aimer le bon Dieu le plus que vous pourrez. Laissez passer ce qui passe, et passez vous-même dans la grande foule sans bruit ou, si vous êtes obligée de paraître, faites-le simplement et rapportez tout à Dieu, sans vous inquiéter si, après avoir tout fait pour lui faire plaisir, vos affaires réussissent ou ne réussissent pas !

N'ayez aucun désir, sinon d'aimer toujours le bon Dieu davantage.

A la fin de votre Retraite, prenez pour résolution de penser souvent à ce que je vais vous dire : Dieu seul ! Mon Dieu et mon tout ! Tout passe et passe vite ! Le tabernacle, c'est mon repos ; l'Eucharistie, c'est ma vie ; la croix, c'est mon partage ; Marie, c'est ma Mère ; le Ciel, c'est mon espoir.

Oui, cela fera plaisir au bon Dieu que vous ne preniez pas de beurre le matin avec votre pain.

20 NOVEMBRE. - Il ne faut jamais juger, examiner ce que font vos Surs. Vous ne répondrez pas d'elles et vous ne devez pas vous modeler non plus sur elles. Le bon Dieu ne demande pas à toutes la même perfection. Mortifiez-vous et n'examinez pas si les autres ne font pas ce que vous faites, car le bon Dieu ne l'exige pas.

Vous ne voulez jamais croire ce que je vous dis. Vous avez vu ce matin ce que le bon Dieu veut de vous, puisqu'il vous a accordé ce que vous lui aviez demandé pour signe... Eh ! bien, oui, le bon Jésus veut que vous agissiez avec lui comme avec un ami le plus dévoué, le plus sincère, sans avoir peur aucunement. Il est vrai que sa majesté effraie et que vous êtes bien misérable, pour oser communiquer avec votre Jésus aussi intimement, mais n'est-il pas le Maître d'enrichir celui qui est pauvre ! Demandez donc à ce bon Jésus qu'il vous rende riche en vertus comme il veut vous voir, mais en attendant continuez d'agir comme vous êtes inspirée. Dilatez votre cur, car ce que Jésus veut y voir, c'est surtout l'amour. Que de grâces vous obtiendrez, si vous êtes fidèle ! Des grâces auxquelles vous n'avez jamais pensé !

NOËL 1876. - Il ne faut pas, quand vous avez quelque souffrance, vous plaindre à tout le monde ! Cela ne vous soulage point. Vous devriez le dire à Jésus le premier et, au contraire, c'est à lui souvent que vous le dites le dernier.

Oui, je suis beaucoup soulagée et je crois que le terme de mon exil n'est pas éloigné. Hélas ! si vous saviez ce que j'ai envie de voir le bon Dieu ! Mais il ne faut pas que personne le sache, excepté... et il faut que, parmi toutes ces choses surnaturelles, vous soyez si naturelle, si simple, que personne ne s'en aperçoive et ne puisse deviner de quoi il s'agit... De même pour le reste. Vous comprenez : effacez-vous le plus possible sans, pour cela, laisser ce que vous devez faire ; que tout soit simple ! Le bon Dieu veut tout seul savoir ce qui se passe dans votre intérieur.

JANVIER 1877. - Appuyez-vous tranquillement sur le Cur adorable de votre Jésus. Dites-lui toutes vos peines comme à un ami. II vous comprendra, mais ce que je vous ai dit pour le petit coin de son divin Cur, il ne vous sera dévoilé que quand vous serez plus intérieure que vous ne l'êtes.

Ne vous faites pas de peine de toutes les tracasseries de votre classe. Je prie pour vous chaque jour, afin que vous ne perdiez pas la patience.

13 FEVRIER. (Devant le Saint Sacrement.) - Voyez comme Jésus est seul ! Il pourrait pourtant en ce moment y avoir plus de monde, si on avait un peu plus de bonne volonté. Mais, que d'indifférence..., même parmi les âmes religieuses ! Notre-Seigneur y est très sensible. Au moins, aimez-le pour ces âmes injustes et le bon Jésus sera dédommagé de ce mépris.

12 MAI. - Mortifiez-vous pour le corporel et surtout pour le spirituel ! Oubliez-vous. Faites abnégation totale de vous-même. Ne regardez jamais ce que font les autres. Le bon Dieu ne demande pas de toutes les âmes la même perfection. Toutes ne sont pas éclairées des mêmes lumières ; mais vous, que Jésus éclaire, ne regardez jamais que lui ; que lui seul soit votre but pour tout !

Avant n'importe quelle action, voyez et examinez si vous allez lui plaire, et c'est tout pour vous. Son regard, son amour et son bon plaisir doivent vous suffire. Une indifférence, un manque d'égards de votre part le blesse, tandis qu'au contraire un souvenir habituel de sa sainte présence, une petite élévation, un regard, une petite attention pour lui lui font plaisir et il y est sensible.

Veillez sur votre intérieur et ne perdez aucune des grâces du bon Dieu. Ne faites pas grand cas de votre corps. Oubliez-vous volontiers. Remettez-vous avec simplicité entre les bras de Jésus et il ne vous laissera pas dans l'embarras. Seulement, ayez une confiance sans bornes en sa bonté. Si vous saviez quelle est sa puissance, mettriez-vous ainsi des bornes à son pouvoir ? Que ne peut-il pas pour une âme qu'il aime ?

13 DECEMBRE. - Ne cherchez pas dans vos actions à faire plaisir à personne sinon au bon Dieu. C'est pour lui que vous devez tout faire, sans respect humain, sans jamais vous lasser ; et puis vous savez ce que Notre-Seigneur vous a recommandé 25 fois par jour. Si vous aimez le bon Dieu véritablement, il ne vous refusera, à ces moments-là, rien de tout ce que vous lui demanderez... Oui, vous êtes misérable, c'est vrai, humiliez-vous ; mais Jésus n'accorde pas toujours ses grâces aux plus saints.

Préparez-vous toujours avec grand soin à la sainte communion, à la confession, à l'office divin ; en un mot à tout ce qui tend à une union plus grande à Notre-Seigneur.

Pourtant il devrait vous être bien moins difficile qu'à bien d'autres de voir Jésus toujours présent dans votre cur ; après les grâces qu'il vous fait à ce sujet, vous ne devriez pas avoir de peine à vous recueillir !

Je vous ai déjà dit que le bon Dieu cherche par le monde des âmes qui l'aiment, mais de cet amour d'enfant, de cette tendresse respectueuse, il est vrai, mais cordiale. Eh bien, il ne trouve pas de ces âmes ! Le nombre en est plus petit que l'on croit. On restreint trop le Cur du bon Dieu. On considère trop grand le bon Jésus pour pouvoir l'aborder et l'amour qu'on a pour lui est froid. Le respect à la fin dégénère en une certaine indifférence. Je sais que toutes les âmes ne sont pas capables de comprendre cet amour que Notre-Seigneur demande ; mais vous, à qui Jésus l'a fait comprendre, dédommagez-le de cette indifférence, de cette froideur. Demandez-lui qu'il élargisse votre cur pour contenir beaucoup d'amour. Par vos tendresses et par les respectueuses familiarités que Jésus vous permet, vous pouvez réparer ce qu'il n'est pas donné à tous de comprendre. Faites-le et surtout aimez beaucoup !

Ne vous lassez jamais du travail ! Recommencez chaque jour comme si vous n'aviez encore rien fait ! Ce renoncement perpétuel à sa volonté et à ses aises, à sa manière de voir, est un long martyre bien méritoire et bien agréable au bon Dieu.

Le bon Dieu vous veut exceptionnelle, non pas à l'extérieur, mais à l'intérieur. Il demande de vous une si grande union qu'il faut que vous arriviez à ne le perdre jamais de vue, même au plus fort de vos occupations.
 

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1878 (Retraite. AOUT). - Les grands pécheurs et ceux qui sont restés presque toute leur vie éloignés de Dieu par indifférence, ainsi que les Religieuses qui ne sont pas ce qu'elles devraient être, sont dans le grand Purgatoire ; et là, les prières qu'on fait pour ces âmes ne leur sont point appliquées. Elles ont été indifférentes pendant leur vie pour le bon Dieu. A son tour, il est indifférent pour elles et il les laisse dans une espèce d'abandon, afin qu'elles réparent ainsi leur vie qui a été nulle.

Ah ! vous ne pouvez pas vous figurer ni vous représenter, étant encore sur la terre, ce qu'est le bon Dieu ! Mais nous, nous le savons et le comprenons, car notre âme est dégagée de tous les liens qui la retenaient et l'empêchaient de comprendre la sainteté, la majesté du bon Dieu, sa grande miséricorde. Nous sommes martyres, nous fondons d'amour, pour ainsi parler. Une force irrésistible nous pousse vers le bon Dieu comme étant notre centre et, en même temps, une autre force nous repousse vers le lieu de notre expiation. Nous sommes, dans cet état, pressurées par l'impossibilité de satisfaire nos désirs. Oh ! quelle peine ! Mais nous la méritons et il n'y a pas de murmure ici. Nous voulons ce que veut le bon Dieu. Seulement, on ne peut comprendre sur la terre ce que nous endurons.

Oui ! je suis bien soulagée. Je ne suis plus dans le feu. Je n'ai plus que le désir insatiable de voir le bon Dieu, souffrance bien cruelle encore ! Mais je sens que j'approche du terme de mon exil, du lieu où j'aspire de tous mes vux. Je m'en aperçois bien. Je me sens peu à peu dégagée ; mais, vous dire quel jour et quand, je ne le sais pas. Le bon Dieu seul le sait. Peut-être ai-je encore des années à désirer ainsi le Ciel. Continuez toujours à prier, et je vous le rendrai plus tard, quoique je prie déjà beaucoup pour vous.

Oh ! qu'elles sont grandes les miséricordes du bon Dieu sur vous ! Qui peut les comprendre ? Pourquoi le bon Jésus agit-il ainsi envers vous ? Pourquoi vous aime-t-il plus que bien d'autres ? Pourquoi a-t-il encore d'aussi grandes grâces à vous accorder ? Est-ce parce que vous le méritez ? Non ! Et même bien moins que bien d'autres âmes ! Mais il veut agir ainsi envers vous ; il est le maître de ses grâces. Soyez donc bien reconnaissante. Tenez-vous toujours en esprit à ses pieds divins et laissez-le faire. Veillez beaucoup sur votre intérieur. Soyez bien fidèle à examiner ce qui peut faire plaisir à votre Jésus. N'ayez d'yeux, de cur, d'amour, que pour lui ! Consultez-le toujours avant toute chose. Abandonnez-vous à son bon plaisir ; et puis, soyez tranquille. Tout ce que je vous ai dit s'accomplira ; n'y mettez point d'obstacle ! C'est le bon Jésus qui le veut ainsi.

Les personnes qui se perdent, c'est uniquement parce qu'elles le veulent à tout prix. Car, pour arriver à cette extrémité, il a fallu qu'elles repoussent des milliers de grâces et de bonnes inspirations que le bon Dieu leur a envoyées. C'est donc leur propre faute !
 

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Quand j'y serai, je vous le dirai ; mais je pense que les grandes fêtes du Ciel se célèbrent par un redoublement d'extase, d'admiration, d'actions de grâces et surtout d'amour.

Mais, pour ce que je vous dis là, il faut que vous soyiez arrivée à une si grande union avec le bon Dieu que rien ne vous trouble : peines, joies, succès, insuccès, bonne ou mauvaise grâce. Il faut que rien de tout cela ne vous impressionne tant soit peu, mais que Jésus domine tout en vous, que vous ayez sans cesse l'oeil intérieur attaché sur lui pour surprendre ses moindres désirs.

Pour vous, qu'est-ce que Jésus n'a pas fait ? Que ne fera-t-il pas encore ? Composez bien votre extérieur ; mais, pour l'intérieur, c'est autre chose, vous savez. Ne vous occupez uniquement que de ce qui vous regarde ; baissez les yeux partout. Parlez peu et bas ; mais entretenez-vous toujours avec votre Jésus. Non ! vous ne le fatiguez pas ; c'est ce qu'il attend de vous. Soyez bonne pour les enfants. Ne les brusquez pas. Soyez ingénieuse à vous mortifier, à briser votre volonté. Prévenez les personnes qui vous plaisent un peu moins que les autres, quelque tort qu'elles aient envers vous, et cela, pour faire abnégation de vous ; Jésus sera content. Qu'est-ce que le reste peut vous faire ? C'est là, pour cette chose, qu'il faudra faire taire le moi humain ; mais, il faut obéir à Jésus qui le veut et ne pas mettre en avant son amour-propre, mais faire tout ce qui plaît à Jésus les yeux fermés.

Pourquoi, quand je prie pour vous, le fais-je avec moins de ferveur que pour d'autres et que, souvent, je vous oublie ? R... Ne vous en faites pas de peine ; c'est le bon Dieu qui le permet ainsi ; et encore, c'est une espèce de punition pour moi. Si vous priiez davantage, je n'en serais pas plus soulagée pour cela. Le bon Dieu le veut ainsi. S'il veut que vous priiez plus, il vous l'inspirera.

Je vous répète encore de ne pas avoir peur de moi. Vous ne me verrez pas dans les souffrances. Plus tard, quand vous serez plus forte d'âme, vous verrez des âmes du Purgatoire, et de bien vilaines ! Mais n'y pensez pas pour vous effrayer. Le bon Dieu vous donnera alors la hardiesse nécessaire et tout ce qu'il faudra pour accomplir sa sainte volonté.

N'est-ce point en punition ? R Mais non 1 J'y suis pour mon soulagement et pour votre sanctification. Si vous vouliez faire un peu plus attention à ce que je vous dis...

- C'est vrai, mais je trouve ces choses si surprenantes que je ne sais que croire de tout cela ! Ce n'est pas ordinaire de vous entendre ainsi ! R Je comprends bien votre embarras. Je sais vos peines à ce sujet ; mais, puisque le bon Dieu le permet et que cela me soulage, vous voulez bien avoir pitié de moi, n'est-ce pas ? Quand je serai délivrée, vous verrez que je vous rendrai plus que vous ne m'aurez fait. Je prie déjà beaucoup pour vous.

Où est Sur ? - Dans le grand Purgatoire où elle ne reçoit de prières de personne. Le bon Dieu est souvent contrarié à la mort de beaucoup de Religieuses (si on peut parler ainsi), parce qu'il avait appelé à lui ces âmes, afin qu'elles le servissent fidèlement sur la terre et qu'elles allassent, après leur mort, immédiatement le glorifier au Ciel... Et il arrive au contraire, par leur infidélité, qu'elles restent longtemps dans le Purgatoire, beaucoup plus longtemps que les personnes du monde qui n'ont pas eu tant de grâces !
 

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1879. (Retraite. SEPTEMBRE.) - Nous voyons saint Michel, comme on voit les Anges ; il n'a pas de corps. Il vient en Purgatoire chercher toutes les âmes qui sont purifiées, car c'est lui qui les conduit au Ciel. Oui, c'est vrai, il est parmi les Séraphins, comme l'a dit Monseigneur. C'est le premier Ange du Ciel. Nos Anges gardiens viennent aussi nous voir, mais saint Michel est bien plus beau qu'eux ! Pour la Sainte Vierge, nous la voyons avec son corps. Elle vient au Purgatoire à ses fêtes et elle s'en retourne au Ciel avec beaucoup d'âmes. Pendant qu'elle est avec nous, nous ne souffrons pas ; saint Michel l'accompagne, mais, quand il est seul, nous souffrons comme à l'ordinaire.

Quand je vous ai parlé du grand et du deuxième Purgatoire, c'était pour vous faire comprendre. J'ai voulu dire par là qu'il y a différents degrés dans le Purgatoire. Ainsi, j'appelle grand Purgatoire l'endroit où sont les âmes les plus coupables, où je suis restée deux ans sans pouvoir donner aucun signe de mes tourments, puis l'année où vous m'avez entendue me plaindre ; vous savez que j'y étais encore quand j'ai commencé à vous parler.

Dans le deuxième Purgatoire, qui est toujours le Purgatoire, mais pourtant différent du premier, on souffre beaucoup aussi, mais moins que dans le premier Purgatoire ; enfin il y a un troisième endroit, qui est le Purgatoire de désir. Il n'y a pas de feu. Là sont les âmes qui n'ont pas assez désiré le Ciel, qui n'ont pas assez aimé le bon Dieu. J'y suis en ce moment ; et dans ces trois Purgatoires, il y a encore bien des degrés. Au fur et à mesure qu'une âme se purifie, elle ne souffre plus les mêmes tourments. Tout est proportionné aux fautes qu'elle a à expier.

Allez-vous vous secouer maintenant et vous donner tout de bon au bon Dieu ? Depuis le temps que je vous tourmente pour cela.

La Retraite a été bonne, elle portera ses fruits ; le diable n'a pas été content.

Le bon Dieu aime bien le Père qui vous a fait la Retraite.

Dites au bon Père que je le remercie pour le Memento qu'il vous a promis de faire pour moi à la sainte Messe. De mon côté, je ne serai pas ingrate ; je prierai le bon Dieu de lui accorder les grâces dont il a besoin.

Vous avez bien fait de lui dire, ce soir, tout ce que je vous ai dit. C'est saint Michel qui vous l'a envoyé ; la Communauté en a profité, mais ce qui est certain, c'est que c'est surtout pour vous qu'il est venu ici. Saint Michel, que vous aimez et qui vous protège depuis longtemps, a voulu que ce soit un de ses Missionnaires qui sache tout ce que je vous ai dit. Le bon Dieu a des desseins là-dedans. Vous les connaîtrez plus tard. Vous pourrez aussi plus tard lui donner des nouvelles plus précises sur saint Michel.

Vous me demandez si le Père P. est agréable au bon Dieu. Voici ce que vous lui direz : qu'il continue à agir comme il l'a fait jusqu'ici ; il est agréable au bon Dieu et ce que le bon Dieu aime le plus en lui, c'est sa grande pureté d'intention et son esprit intérieur, sa bonté pour les âmes. Dites-lui qu'il continue à s'unir de plus en plus au Cur de Jésus. Plus son union sera intime, plus ses actions et sa vie entière seront méritoires pour le Ciel et profitables aux âmes. Je n'attends pas de lui une perfection ordinaire. Qu'il recommande dans les Missions et Retraites l'offrande des actions de la journée, car, dans le monde et même dans les Communautés, on n'y pense pas toujours assez ; et il arrive ainsi que beaucoup d'actions, bonnes en elles-mêmes, n'auront pas la récompense au dernier jour, parce qu'elles n'ont pas été offertes au bon Dieu avant de les accomplir. Qu'il ne perde jamais courage, s'il voit que ses efforts ne réussissent pas au gré de ses désirs ; qu'il pense que le bon Dieu est heureux et satisfait de ses travaux, quand il n'aurait mis dans les curs que pour un quart d'heure seulement un peu d'amour !

Ce que je vous ai dit là, le bon Dieu me l'a fait connaître, parce qu'il ne vous a pas mal reçue quand vous lui avez parlé l'autre jour. Faites ce qu'il vous a dit. Ecrivez-lui tout ce que vous savez par moi. N'oubliez rien et profitez de tous les conseils qu'il vous donnera à ce sujet. C'est le bon Dieu, je vous l'ai déjà dit, qui l'a envoyé. Il a de grands desseins en agissant ainsi à votre égard. Soyez bien fidèle à toutes les grâces que le bon Jésus vous fait. Si, plus tard, comme je l'espère, le bon Dieu me fait connaître autre chose pour votre Père, je vous le dirai. Remerciez-le encore pour ses prières et dites-lui que je ne serai pas ingrate. Je prierai pour lui comme pour vous à présent.
 

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Pensez que le bon Dieu veut que vous deveniez une Sainte. Vous pourrez dire que ce n'est pas tout d'un coup, car, depuis combien de temps votre Jésus ne vous poursuit-il pas et moi aussi ! Pourtant, il est temps, et il faut cette fois vous y mettre tout de bon ; vous l'avez vu particulièrement pendant cette Retraite. Ne mettez point d'obstacle à la grâce ; laissez-vous conduire par le bon Dieu comme il l'entend. Mais surtout ne résistez à aucune de ses inspirations. Mettez la nature et le moi de côté ; puis débarrassée de ce fardeau, marchez toujours sans jamais vous lasser. Priez bien pour moi, afin que je sois bientôt à l'objet de mes si longs et si grands désirs ! Je vous serai encore plus utile au Ciel qu'ici. Vous avez eu une bonne pensée, le jour de la clôture de la Retraite, de m'inviter à adorer Jésus présent dans votre cur pendant votre action de grâces. Si vous l'eussiez fait jusqu'ici, j'en aurais eu plus de soulagement. Faites-le à présent et aussi avant toutes vos prières ; puis, offrez un peu de votre travail pour moi. J'ai une si. grande envie de voir le bon Dieu.

Oui, les petits cahiers plaisent beaucoup au bon Dieu. C'est le moyen le plus court d'arriver à une grande perfection et à une union intime avec Jésus.

J'attends, il y a longtemps, un peu plus d'amour dans tout ce que vous faites. Plus une âme aime Jésus, plus ses prières et ses actions sont méritoires devant lui. Il n'y aura que l'amour seul de récompensé au Ciel. Tout ce qui sera fait dans une autre intention sera nul et, par conséquent, perdu. Aimez donc une bonne fois Jésus, comme il l'entend. J'en éprouverais un grand soulagement.

Le bon Dieu est-il un peu plus content de moi ces jours-ci ? R Oui, il est content de vous parce que vous cherchez davantage à lui faire plaisir. Avez-vous remarqué sa bonté ? Avez-vous vu son attention pour vous ? Ne vous a-t-il pas fait plaisir aussi, ces jours ? Eh bien, voilà comme il agira toujours envers vous. Plus vous ferez pour lui, plus il fera pour vous. Je suis si heureuse de voir que vous voulez réellement aimer le bon Dieu et travailler à votre perfection que, s'il fallait rester un peu plus longtemps en Purgatoire, je le ferais volontiers, si je savais que, par cette souffrance, j'obtiendrais que vous arrivassiez à l'état où le bon Dieu veut vous voir pour accomplir ses desseins.

Ne regardez jamais en arrière pour examiner trop votre conduite. Remettez-la tout entière entre les mains du bon Dieu et marchez toujours de l'avant.

Votre vie doit se résumer en deux mots : sacrifice, amour ! Sacrifice du matin au soir, mais aussi, en même temps, amour !

Si vous saviez ce qu'est le bon Dieu ! Il n'y a pas de sacrifice que vous ne voulussiez faire, de souffrance que vous ne voulussiez endurer pour le voir une minute seulement et alors vous vous trouveriez bien satisfaite, bien consolée, quand même vous ne devriez plus le voir jamais ! Que sera-ce donc pour toute une éternité !

Pour vous, il n'y a pas de milieu. Certaines âmes s'y sauveront ; mais vous, ou vous serez une grande Sainte, ou une grande pécheresse ; choisissez. Vous souvenez-vous qu'un jour, pendant une de vos premières Retraites, il y a longtemps, vous fûtes très touchée de ce passage : il y a des âmes pour lesquelles il n'y a pas de milieu ? Ou elles seront des anges ou des démons. Appliquez-vous-la. Vous avez bien reconnu depuis que c'était pour vous !
 

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13 AOUT. - J'ai bien des choses à vous dire que vous seule et le Père comprendrez. Avez-vous pensé à remercier le bon Dieu de vous l'avoir envoyé ? Priez pour lui tous les jours.

Quel est le meilleur moyen de glorifier saint Michel ? - R Le moyen le plus efficace de le glorifier au Ciel et sur la terre est de recommander le plus possible la dévotion aux âmes du Purgatoire et de faire connaître la grande mission qu'il remplit auprès des âmes souffrantes. C'est lui qui est chargé par Dieu de les porter dans le lieu d'expiation et de les introduire, après leur satisfaction, dans l'éternel séjour. Chaque fois qu'une âme vient augmenter le nombre des élus, le bon Dieu est glorifié par elle et cette gloire rejaillit, en quelque sorte, sur le glorieux ministre du Ciel. C'est un honneur pour lui de présenter au Seigneur des âmes qui vont chanter ses miséricordes et unir leur reconnaissance à celle des élus pour toute une éternité. Je ne puis vous faire comprendre tout l'amour qu'a le céleste archange pour son divin Maître et celui qu'à son tour Dieu a pour saint Michel, comme aussi l'amour, la grande pitié que le saint Archange nous porte. Il nous encourage dans nos souffrances, en nous parlant du Ciel. Dites au Père que, s'il veut faire plaisir à saint Michel, il recommande instamment la dévotion aux âmes du Purgatoire. On n'y pense pas dans le monde. Quand on a perdu ses parents et ses amis, on fait quelques prières, on pleure quelques jours ; puis, c'est fini ! Les âmes sont abandonnées ; il est vrai qu'elles le méritent, parce qu'elles n'ont pas, sur la terre, prié pour les défunts, et le divin Juge ne nous donne dans l'autre monde que ce que nous avons fait en celui-ci. Les personnes qui ont oublié les âmes souffrantes sont oubliées à leur tour, c'est juste, mais si on leur avait inspiré de prier pour les défunts, qu'on leur eût fait connaître un peu ce que c'est que le Purgatoire, peut-être auraient-elles agi différemment.

Quand le bon Dieu le permet, nous pouvons communiquer directement avec l'Archange à la manière dont les esprits et les âmes communiquent ensemble.

Comment fête-t-on saint Michel en Purgatoire ? R Le jour de sa fête, saint Michel est venu au Purgatoire et est retourné au Ciel avec beaucoup d'âmes, surtout celles qui lui avaient été dévotes pendant leur vie.

Quelle gloire saint Michel reçoit-il de sa fête de la terre ? Quand on fait la fête d'un Saint sur la terre, il en reçoit au Ciel une gloire accidentelle. Même, quand on ne le fêterait pas, en mémoire de quelque action héroïque qu'il a faite en sa vie ou de la gloire du bon Dieu qu'il a procurée en quelque occasion en mémoire de cela, il a également au Ciel une récompense spéciale à cette époque ; cette récompense consiste en un redoublement de gloire accidentelle jointe à celle que lui procure la mémoire que l'on fait de lui sur la terre. La gloire accidentelle que reçoit l'Archange est supérieure à celle des autres Saints, car cette gloire dont je vous parle est proportionnée à la grandeur du mérite de celui qui la reçoit, comme aussi à la valeur de l'action qui a mérité cette récompense.

Connaissez-vous les choses de la terre ? R Je ne les connais qu'autant que le bon Dieu le veut et ma connaissance est restreinte. J'ai connu quelque chose de la Communauté, mais c'est tout. Je ne sais pas ce qui se passe dans les âmes des autres personnes, excepté pour vous seule ; et cela, c'est le bon Dieu qui le permet pour votre perfection. Ce que je vous ai dit quelquefois pour certaines personnes particulières et vous dirai encore, le bon Dieu me le fait connaître dans le moment ; mais, hors cela, je ne sais rien autre chose. Certaines âmes ont des connaissances plus étendues que moi. Tout cela se proportionne au mérite. Ainsi, pour les parents de votre père, je ne sais pas en ce moment la volonté du bon Dieu sur eux... Peut-être la saurai-je plus tard ? Je l'ignore. Je prierai le bon Dieu pour eux et les recommanderai à saint Michel.
 

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Pour les degrés du Purgatoire, je puis vous le dire, puisque j'y ai passé. Dans le grand Purgatoire, il y a différents degrés. Dans le plus bas et le plus souffrant, qui est un enfer momentané, sont les pécheurs qui ont fait des crimes énormes pendant leur vie et que la mort a surpris en cet état, sans leur donner le temps de se reconnaître à peine. Ils ont été sauvés comme par miracle, souvent par les prières de parents pieux ou d'autres personnes. Quelquefois même ils n'ont pu se confesser et le monde les croit perdus, mais le bon Dieu, dont la miséricorde est infinie, leur a donné, au moment de la mort, la contrition nécessaire pour être sauvés, en vue d'une ou de quelques actions qu'ils ont faites pendant leur vie. Pour ces âmes, le Purgatoire est terrible. C'est l'enfer, avec l'exception qu'en enfer on maudit le bon Dieu, tandis que dans le Purgatoire on le bénit et on le remercie de nous avoir sauvés. Ensuite viennent les âmes, qui, sans avoir commis de grands crimes comme les premières, ont été indifférentes pour le bon Dieu ; elles n'ont point, pendant leur vie, rempli le devoir pascal et, converties également à la mort, souvent n'ayant pas même pu communier, elles sont dans le Purgatoire en pénitence de leur longue indifférence, souffrant des peines inouïes, abandonnées, sans prières ou, si on en fait pour elles, elles ne peuvent en profiter.

Puis enfin, il y a encore dans ce Purgatoire des Religieux et des Religieuses tièdes, oublieux de leurs devoirs, indifférents pour Jésus, des prêtres qui, n'ayant pas exercé leur ministère avec la révérence due à la Majesté souveraine, n'ont pas assez fait aimer le bon Dieu par les âmes qui leur étaient confiées.

J'ai été de ce degré.

Dans le deuxième Purgatoire se trouvent les âmes de ceux qui meurent coupables de péchés véniels non expiés avant la mort, ou bien de péchés mortels pardonnés, mais dont elles n'ont pas satisfait entièrement à la justice divine. Il y a aussi dans ce Purgatoire différents degrés suivant les mérites des personnes.

Ainsi, le Purgatoire des personnes consacrées ou qui ont reçu plus de grâces est plus long et plus pénible que celui du commun du monde.

Enfin le Purgatoire de désir, qu'on appelle Parvis. Bien peu de personnes l'évitent ; il faut, pour l'éviter, avoir désiré ardemment le Ciel et la vue du bon Dieu, et c'est rare, plus rare qu'on ne le croit, car beaucoup de personnes, même pieuses, ont peur du bon Dieu et ne désirent pas avec assez d'ardeur le Ciel. Ce Purgatoire a son martyre bien douloureux comme les autres ; être privé de la vue du bon Jésus, quelle souffrance !

Vous connaissez-vous dans le Purgatoire ? R Oui, à la manière des âmes. Il n'y a plus de noms dans l'autre monde. Il ne faut pas comparer le Purgatoire et la terre. Quand l'âme est libre et débarrassée de son enveloppe mortelle, son nom est enseveli dans la tombe avec son corps. Je vous explique bien peu ce qu'est le Purgatoire et vous le comprenez par la lumière que le bon Dieu vous donne un peu plus que les autres. Mais, qu'est-ce que ce peu comparé à la réalité ? Nous sommes ici perdues dans la volonté du bon Dieu et, sur la terre, quelque saint qu'on soit on conserve toujours sa volonté propre. Pour nous, nous n'en avons plus. Nous connaissons et nous savons seulement ce qu'il plaît à Dieu de nous faire connaître et rien de plus.
 

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Vous parlez-vous dans le Purgatoire ? R Les âmes communiquent entre elles quand le bon Dieu le permet à la manière des âmes, mais sans paroles...

Oui, c'est vrai que je vous parle, mais êtes-vous un esprit ? Me comprendriez-vous, si je ne prononçais pas les paroles ? Mais, pour moi, puisque le bon Dieu le veut ainsi, je vous comprends sans que vous prononciez les paroles avec les lèvres. II y a pourtant communication des âmes, des esprits, même sans être mort. Ainsi, quand vous avez une bonne pensée, un bon désir, ils vous ont été communiqués souvent par votre bon ange ou par quelque autre Saint, quelquefois par le bon Dieu lui-même : voilà le langage des âmes.

Où est situé le Purgatoire ? Est-il dans un lieu restreint ? - R Il est au centre de la terre proche de l'enfer (comme vous l'avez vu un jour après la sainte communion). Les âmes y sont dans un lieu restreint comparé à la multitude qui s'y trouve, puisqu'il y a des milliers et des milliers d'âmes, mais quelle place faut-il pour une âme ? Chaque jour, il en vient plusieurs milliers et la majeure partie y est de trente à quarante ans ; pour d'autres bien plus longtemps encore et pour d'autres moins. Je vous dis cela d'après les calculs de la terre, car, ici, c'est autre chose. Ah ! si on savait, si on connaissait le Purgatoire et quand on pense que c'est par sa faute qu'on y est ! J'y suis depuis huit ans. Il me semble qu'il y a dix mille ans ! Oh ! mon Dieu ! dites bien tout cela à votre Père ! Qu'il apprenne par moi ce qu'est ce lieu de souffrance, afin qu'il le fasse davantage connaître à l'avenir. Il pourra éprouver par lui-même combien la dévotion aux âmes du Purgatoire est profitable. Le bon Dieu accorde souvent plus de grâces par l'intermédiaire de ces âmes souffrantes que par celles des Saints eux-mêmes. Quand il voudra obtenir une chose plus sûrement, qu'il s'adresse de préférence aux âmes qui ont plus aimé la Sainte Vierge et que, par conséquent, cette bonne Mère désire délivrer, et il pourra vous dire s'il s'en trouve bien. - Il y a aussi quelques âmes qui ne séjournent pas dans le Purgatoire proprement dit. Ainsi, moi, je vous accompagne dans le jour partout où vous allez, mais quand vous reposez, la nuit, je souffre davantage ; je suis dans le Purgatoire. D'autres âmes font quelquefois leur Purgatoire aux endroits où elles ont péché, au pied des saints autels où le Saint Sacrement réside, mais, n'importe où elles sont, elles portent toujours leurs souffrances avec elles, pourtant un peu moins intenses que dans le Purgatoire lui-même.

Le Père a eu bien raison de vous dire de ne chercher jamais que la sainte volonté du bon Dieu dans tout ce que vous ferez. Ce sera pour vous le bonheur : voir sa volonté dans tout ce qui vous arrive, peines et joies. Tout vient de Jésus également. Oh ! soyez bonne, deux fois bonne, pour faire plaisir au bon Dieu, lui qui est si bon pour vous ! Ayez toujours les yeux de l'âme ouverts sur lui pour prévenir le moindre de ses désirs. Allez même au-devant, afin de lui faire plaisir. Plus vous chercherez à lui en faire, plus il vous en fera. Il ne se laissera pas vaincre en générosité, au contraire ! Il donne toujours plus qu'on ne donne. Soyez donc ingénieuse à vous dévouer pour son amour et pour sa gloire.
 

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L'Anglaise qui s'est noyée au Mont Saint-Michel est allée au Ciel directement. Elle a eu la contrition voulue au moment de la mort et en même temps le baptême de désir. Tout est arrivé ainsi par l'intervention de saint Michel. Heureux naufrage !

- Pour le Père qui s'est retiré, saint Michel n'en a pas été satisfait, mais le bon Dieu a laissé à chacun sa liberté. Il ne veut à son service que des personnes qui lui en fassent librement l'hommage sans jamais regarder en arrière.

- Dites au Père P. de la part du bon Dieu qu'il continue avec un grand courage tout ce qu'il a entrepris pour lui, mais qu'il soit prudent, c'est-à-dire, qu'il ne fasse pas plus que ses forces ne le comportent. Je prie pour toutes ses intentions, et aussi pour lui, je vous l'ai déjà dit, comme pour vous.

- Pie IX est allé droit au Ciel ; son Purgatoire était fait sur la terre.

Comment savez-vous que M. P. est allé droit au Ciel, puisque vous ne l'avez pas vu passer par le Purgatoire ? R C'est le bon Dieu qui me l'a fait connaître et c'est lui aussi, par sa bonté, qui permet que je sache ce que vous me demandez, quand je ne l'ai pas vu ou éprouvé par moi-même. La justice du bon Dieu nous retient au Purgatoire, c'est vrai, et nous le méritons, mais croyez bien que sa miséricorde et son cur paternel ne nous y laissent pas sans aucune consolation. Nous désirons avec ardeur notre entière réunion à Jésus, mais lui la désire presque autant que nous. Sur la terre il se communique souvent d'une manière intime à certaines âmes (parce que peu veulent l'écouter) et il se plaît à leur dévoiler ses secrets. Les âmes qui reçoivent ses faveurs sont celles qui cherchent à lui être agréables en toute leur conduite et qui ne vivent et ne respirent que pour Jésus et pour lui faire plaisir. En Purgatoire, il y a des âmes bien coupables, mais repentantes et, malgré les fautes qu'elles ont à expier, elles sont confirmées en grâce et ne peuvent plus pécher : elles sont parfaites. Eh bien ! au fur et à mesure que l'âme se purifie dans le lieu d'expiation, elle comprend mieux Dieu ou, plutôt, Dieu et elle se comprennent mieux, sans pourtant se voir, car alors il n'y aurait plus de Purgatoire. Si nous ne connaissions pas plus le bon Dieu en Purgatoire que sur la terre, nos peines ne seraient pas si puissantes, notre martyre si cruel ; ce qui fait notre principal tourment, c'est l'absence de Celui qui est l'unique objet de nos si longs désirs !

Et quand une âme est destinée à avoir une plus belle place au Ciel, n'a-t-elle pas aussi en Purgatoire plus de grâces que bien d'autres ? R Oui, plus une âme est destinée à occuper un rang élevé au Ciel et, par cela même, à y mieux connaître son Dieu, plus aussi ses connaissances sont étendues et son union plus intime avec lui dans le lieu d'expiation. Tout ici se proportionne au mérite.

Les trois amis de V. P. sont au Ciel, il y a longtemps.

- Eh bien ! que sont devenues les prières que le Père P. a faites pour eux ? R Les personnes qui sont au Ciel et pour lesquelles on prie sur la terre peuvent disposer de ces prières pour les âmes auxquelles elles désirent les appliquer. C'est un souvenir bien doux pour les âmes de l'autre monde de voir que des parents ou des amis ne les oublient pas sur la terre, quoiqu'elles n'aient plus besoin de prières. En retour, elles ne sont pas ingrates.

- Les jugements du bon Dieu sont bien différents de ceux de la terre. Il a égard au tempérament, au caractère, à ce qui est fait par légèreté ou par pure malice. Lui qui connaît le fond des curs, il ne lui est pas difficile de voir ce qui se passe ; il est bien bon, Jésus, mais pourtant bien juste aussi !

Quelle distance y a-t-il entre la terre que nous habitons et le Purgatoire ? R Le Purgatoire est au centre du globe. La terre elle-même n'est-elle pas un Purgatoire ? Parmi les personnes qui l'habitent, les unes l'y font entièrement par la pénitence volontaire ou acceptée : celles-là vont, après leur mort, immédiatement au Ciel ; les autres l'y commencent, car la terre est bien un lieu de souffrance, mais ces âmes, n'ayant pas assez de générosité, vont finir leur Purgatoire de la terre dans le Purgatoire réel.

Les morts subites et imprévues sont-elles une justice ou une miséricorde du bon Dieu ? R Ces sortes de morts sont quelquefois une justice et quelquefois une miséricorde. Quand une âme est craintive et que Dieu sait qu'elle est préparée et prête à paraître devant lui, pour lui épargner les frayeurs qu'elle pourrait avoir au dernier moment, il la retire de ce monde par une mort subite. Quelquefois aussi le bon Dieu prend les âmes dans sa justice. Elles ne sont pas pour cela toutes perdues, mais privées des derniers Sacrements ou les recevant à la hâte, sans s'être préparées au dernier passage, leur Purgatoire est bien plus douloureux et se prolonge davantage. D'autres, ayant comblé la mesure de leurs crimes et étant restées sourdes à toutes les grâces divines, le bon Dieu les enlève de la terre afin qu'elles n'y excitent pas davantage sa vengeance.

Le feu du Purgatoire est-il un feu comme celui de la terre ? R Oui, avec cette différence que le feu du Purgatoire est un purificateur de la justice de Dieu et que celui de la terre est bien doux, comparé à celui du Purgatoire. C'est une ombre auprès des grands brasiers de la justice divine.

Comment donc une âme peut-elle brûler ? R Par une juste permission du bon Dieu ; l'âme qui a été la vraie coupable, puisque le corps n'a fait que lui obéir (car quelle malice voyez-vous faire à un corps mort ?), l'âme souffre comme si c'était le corps qui souffrît.

Dites-moi, que se passe-t-il à l'agonie et après ? L'âme se trouve-t-elle à la lumière ou dans les ténèbres ? Sous quelle forme se prononce la sentence ? R Je n'ai pas eu d'agonie, vous le savez, mais je puis vous dire qu'à ce dernier moment décisif le démon déploie toute sa rage autour des mourants. Le bon Dieu, pour donner plus de mérite aux âmes, permet qu'elles subissent ces dernières épreuves, ces derniers combats : les âmes fortes et généreuses, afin d'avoir encore une plus belle place au Ciel, ont souvent, à la fin de leur vie et dans les transes de la mort, de ces luttes terribles contre l'ange des ténèbres (vous en avez été témoin), mais elles sortent victorieuses. Le bon Dieu ne souffre pas qu'une âme qui lui a été dévouée pendant sa vie périsse en ces derniers moments. Les personnes qui ont aimé la Sainte Vierge, qui l'ont invoquée toute leur vie, reçoivent d'elle beaucoup de grâces dans les dernières luttes. Il en est encore de même pour celles qui ont été dévouées à saint Joseph, à saint Michel ou à quelque autre Saint. C'est alors surtout, comme je vous l'ai dit déjà, qu'on est heureux d'avoir un intercesseur près de Dieu dans ce pénible moment. Il y a des âmes qui meurent tranquilles, sans rien éprouver de ce que je viens de dire. Le bon Dieu a ses desseins en tout : il fait ou permet tout pour le bien particulier de chacun.

Comment vous dire et vous décrire ce qui arrive après l'agonie ? II n'est pas possible de le bien comprendre sans y avoir passé. Je vais essayer pourtant de vous l'expliquer de mon mieux. L'âme, en quittant son corps, se trouve toute perdue, tout investie (si je puis ainsi parler) par Dieu. Elle se trouve dans une telle clarté qu'en un clin d'oeil elle aperçoit sa vie entière et, d'après cela, ce qu'elle mérite. C'est elle-même au milieu de cette vue si claire qui prononce sa sentence. L'âme ne voit pas le bon Dieu, mais elle est anéantie par sa présence. Si c'est une âme coupable comme je l'étais et, par conséquent, qui a mérité le Purgatoire, elle est tellement écrasée sous le poids de ses fautes qui restent à effacer qu'elle se plonge d'elle-même dans le Purgatoire. C'est alors seulement qu'on comprend le bon Dieu, son amour pour les âmes et quel malheur est le péché aux yeux de sa Majesté divine. Saint Michel se trouve là quand l'âme quitte son corps ; c'est lui seul que j'ai vu et que voient toutes les âmes. Il est comme le témoin et l'exécuteur de la justice divine. J'ai vu aussi mon ange gardien. C'est afin de vous faire comprendre comment on peut dire que saint Michel porte les âmes au Purgatoire... car une âme ne se porte pas, mais pourtant c'est vrai, en ce sens qu'il est là, présent à l'exécution de la sentence. Tout ce qui se passe en l'autre monde est un mystère pour le vôtre.

Et quand c'est une âme qui va droit au Ciel ? R Pour cette âme, son union commencée avec Jésus se continue à la mort : voilà le Ciel, mais l'union du Ciel est bien plus intime que celle de la terre.
 

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Pourquoi avez-vous agi ainsi avec le bon Dieu aujourd'hui ? Il n'est pas content de votre conduite, lui qui est si bon pour vous ; c'est de l'ingratitude de votre part. Et pourquoi examinez-vous la conduite des autres ? Occupez-vous seulement de la vôtre : cela suffit. Tout le monde n'a pas la même tête et, si vous eussiez dû la perdre depuis sept ans que je vous parle, après toutes les peurs que vous avez eues, il y a longtemps que ce serait arrivé. Rassurez-vous donc et ne recommencez jamais à agir comme aujourd'hui !

Vous avez bien raison de ne pas aimer les extases. Il faut bien les accepter quand le bon Dieu les envoie, mais il ne veut pas qu'on les désire. Ce ne sont pas ces choses-là qui conduiront au Ciel. Une vie mortifiée, humble, est plus à désirer et est beaucoup plus sûre. Il est vrai que plusieurs Saints ont eu des révélations et des extases, mais c'était une récompense que le bon Dieu leur donnait après de longs combats et une vie de renoncement, ou encore parce qu'il voulait se servir d'eux pour de grandes choses en vue de sa gloire ; et tout cela se faisait sans bruit, sans éclat, dans le silence de l'oraison, et, quand ils étaient découverts, ils étaient tout honteux et n'en parlaient que par obéissance.

Le bon Dieu vous a broyée par le passé, mais prenez patience et soyez bien courageuse car il vous broiera encore dans l'avenir.

Dites à Mère Supérieure que si elle rencontre jamais des âmes du caractère et du tempérament de Sur X qu'elle y fasse attention et qu'elle n'écoute pas tout ce qu'elles voudraient bien lui dire.

Pour ce que vous me dites, tranquillisez-vous. Voici comment on peut connaître qu'une grâce vous est donnée par le bon Dieu. Ces grâces vous arrivent et fondent sur vous comme une ondée d'eau qui vous surprend au milieu d'un beau jour, alors que le Ciel paraît presque serein. On ne doit pas craindre alors de les avoir recherchées, on n'y pensait pas. Vous avez remarqué cela plusieurs fois. C'est bien différent des grâces que l'on croit données par Jésus et qui ne sont que le fruit d'une imagination qui a beaucoup travaillé pour les produire. Celles-là seraient à craindre, parce que le démon se met souvent de la partie et profite d'un cerveau faible, d'un tempérament mou, d'un jugement pas trop sain ; alors, il illusionne ces pauvres âmes qui, du reste, ne pèchent pas, pourvu qu'elles se soumettent aux avis des personnes qui les dirigent, et je puis vous dire qu'il y en a beaucoup dans le monde de ce temps-ci. Le démon agit de la sorte afin de faire tourner la religion en ridicule ! Peu de personnes aiment le bon Dieu comme il l'entend. Elles se recherchent en croyant chercher le bon Dieu et rêvent d'une sainteté qui n'est pas la vraie !

Dites-moi donc en quoi consiste la vraie sainteté ? R Vous le savez bien ; mais, puisque vous le désirez, je vais vous le répéter, car je vous l'ai déjà dit plusieurs fois : la vraie sainteté consiste à se renoncer du matin au soir, à vivre de sacrifice, à savoir mettre constamment de côté le moi humain, à se laisser travailler par le bon Dieu comme il l'entend, à recevoir les grâces qui nous viennent de sa bonté avec une profonde humilité, s'en reconnaissant indigne, à se tenir le plus possible en la sainte présence du bon Dieu, à faire toutes ses actions sous son regard divin, ne cherchant que lui pour témoin de ses efforts et pour son unique récompense, et toutes les autres choses que je vous ai déjà dites. C'est la sainteté voulue et exigée par Jésus des âmes qui veulent être uniquement à lui et vivre de sa vie. Le reste n'est qu'illusion.
 

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Certaines âmes font leur Purgatoire sur la terre par la souffrance, d'autres par l'amour, car l'amour a bien aussi son martyre. L'âme qui cherche véritablement à aimer Jésus trouve, malgré ses efforts, qu'elle ne l'aime pas au gré de ses désirs, et c'est pour cette âme un martyre perpétuel, causé uniquement par l'amour et qui n'est pas sans grandes douleurs ! C'est, comme je vous l'ai dit, un peu l'état d'une âme du Purgatoire qui s'élance sans cesse vers Celui qui est son unique désir et qui s'en trouve en même temps repoussée, parce que son expiation n'est pas achevée.

Demandez à Mère Supérieure de relire ce que je vous dis de temps en temps à la place de votre lecture. Prenez un jour la semaine, le jeudi par exemple, car à quoi sert d'écrire, si vous ne relisez jamais ? Vous l'oubliez à la fin et ce n'est pas pour cela que je vous le dis, c'est afin que vous en profitiez.

Si je n'avais parlé à personne de ce que vous me dites depuis que je vous entends, qu'en serait-il résulté ? Vous savez que j'avais grande envie de garder tout pour moi seule ! R Vous étiez libre de tout garder pour vous seule, mais si vous n'en eussiez pas parlé, je vous aurais conseillé de le faire, parce que le bon Dieu n'a jamais permis que la perfection de personne vienne directement du Ciel. Comme elle habite la terre, il veut que ce soit sur la terre qu'elle achève de se perfectionner d'après les conseils qu'il permet qu'on lui donne à cet effet. Vous avez donc bien fait de confier ce qui vous coûtait tant à dire. Du reste, tout cela ne vient pas de vous et le bon Dieu, qui dirige tout pour le bien de ceux qu'il aime, sait en même temps en tirer sa gloire.

NOVEMBRE-DECEMBRE 1879. - La belle-sur de... est dans le Purgatoire où elle souffre beaucoup. Le Rév. Père peut la soulager en offrant pour elle le saint Sacrifice de la Messe.

Le vieux pécheur a été sauvé par la miséricorde du bon Dieu, comme tant d'autres. Il est dans le grand Purgatoire.

Le jour et l'octave des Morts apportent-ils dans le Purgatoire une joie et de nombreuses délivrances ? R Le jour des Morts, beaucoup d'âmes quittent le lieu d'expiation pour le Ciel et, par une grande grâce du bon Dieu, ce jour-là seul toutes les âmes souffrantes, sans exception, ont part aux prières publiques de la sainte Eglise, même celles du grand Purgatoire. Cependant, le soulagement de chaque âme est proportionné à son mérite. Les unes reçoivent plus, les autres moins. Pourtant toutes se ressentent de cette grâce exceptionnelle. Beaucoup de pauvres âmes souffrantes ne reçoivent, par une justice de Dieu, que ce seul soulagement pendant les longues années qu'elles passent dans le Purgatoire. Ce n'est pourtant pas le jour des Morts qu'il monte le plus d'âmes au Ciel, c'est la nuit de Noël.
 

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Il y a bien des choses que je pourrais vous dire, mais je n'en ai pas la permission. Il faut que ce soit vous qui m'interrogiez. Alors, je puis vous répondre. Je suis bien soulagée par les bonnes prières du Rév. Père. Dites-lui que je le remercie pour les siennes et pour celles qu'il a la charité de faire faire à mon intention. Je prie toujours pour lui, comme je vous l'ai dit. J'espère faire encore davantage quand je serai au Ciel. Dites-lui aussi que je sais qu'il prie pour moi et qu'il en est ainsi pour les autres âmes du Purgatoire. Par une permission du bon Dieu, c'est souvent une souffrance de plus pour elles, parce que les prières que l'on fait à leur intention ne leur sont pas toujours appliquées. Dans le Purgatoire on ne reçoit des prières de la terre que ce que Dieu veut que chaque âme, suivant sa disposition, en reçoive. C'est une douleur ajoutée aux autres pour les pauvres âmes de voir que les prières qu'on fait pour leur délivrance propre servent, non pas à elles, mais à d'autres. Bien peu d'âmes reçoivent des prières ; la plupart sont abandonnées, sans un seul souvenir ni une seule prière de la terre.

Pour le temps de notre délivrance, nous n'en savons rien. Si nous connaissions le terme de nos souffrances, ce serait un soulagement, une joie pour nous, mais non ! Nous voyons bien que nos douleurs diminuent, que notre union devient plus intime, mais quel jour (d'après la terre, car ici il n'y a pas de jours) lui serons-nous réunis, nous n'en savons rien ; c'est le secret du bon Dieu.

Les âmes du Purgatoire n'ont de connaissances sur l'avenir que ce que Dieu permet et veut leur en donner. Certaines âmes, d'après leurs mérites, en ont plus les unes que les autres ; mais, qu'est-ce que toutes ces choses de l'avenir peuvent nous faire, à moins qu'il n'y aille de la gloire du bon Dieu et du bien pour quelques âmes ?

Il ne faut pas s'étonner si le démon et ses suppôts donnent quelquefois des connaissances sur l'avenir qui se réalisent. Le diable, c'est un esprit ; par conséquent, il a bien plus de ruses et de connaissances que n'importe quelle personne de la terre, excepté quelques Saints que le bon Dieu éclaire de sa lumière. Il rôde partout, cherchant à faire mal ; il voit ce qui se passe par le monde et, d'après sa sagacité, il peut prévoir bien des choses qui se réalisent : voilà la seule explication. Malheur à ceux qui se rendent ses esclaves en le consultant ; c'est un péché qui déplaît bien au bon Dieu.

Les âmes peuvent-elles quelquefois se tromper ? Dieu peut-il le permettre ? R Oui, non pour les choses qui existent, mais pour les choses à venir, mais il n'y a en cela pour elles aucune imperfection. Dieu lui-même ne paraît-il pas changer souvent l'ordre de ses desseins (3) ? Voici comment : il peut arriver que Dieu, dans sa justice, veuille châtier un royaume, une province, une personne : c'est l'intention qu'il manifeste, mais si quelques personnes de ce royaume, de cette province, par la prière ou par d'autres moyens, désarment sa justice, Dieu fera grâce entièrement ou amoindrira la peine, selon les prévisions de sa sagesse infinie. Souvent même, il permet que les grands événements soient prédits d'avance, ou bien il en donne connaissance à quelques âmes, afin qu'elles préviennent et arrêtent sa vengeance : sa miséricorde est si grande qu'il ne punit qu'à la dernière extrémité. Ainsi pour la personne dont vous m'avez parlé un jour, je ne vous dis pas, dans le moment, les choses telles qu'elles sont arrivées. Pourtant c'était bien ce que le bon Dieu m'en faisait connaître alors ; mais, parce qu'elle changea un peu sa conduite, le bon Dieu ne lui infligea que la moitié du châtiment qui lui était réservé, si elle était demeurée dans les mêmes dispositions. Voilà comme on peut quelquefois paraître se tromper.
 

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Y a-t-il beaucoup de protestants sauvés ? Il y a, par la miséricorde du bon Dieu, un certain nombre de protestants qui sont sauvés, mais leur Purgatoire est long et rigoureux pour plusieurs. Ils n'ont pas, il est vrai, abusé des grâces comme beaucoup de catholiques, mais ils n'ont pas eu non plus les grâces insignes des Sacrements et les autres secours de la vraie religion, ce qui fait que leur expiation se prolonge longtemps dans le Purgatoire.

Je parle plus bas qu'à l'ordinaire, parce que vous-même, depuis huit jours, vous parlez trop bas au bon Dieu en psalmodiant. Quand vous parlerez plus haut, je ferai de même.

Connaissez-vous, dans le Purgatoire, la persécution dont l'Eglise est l'objet ? En connaissez-vous le terme ? R Nous savons que l'Eglise est persécutée et nous prions pour son triomphe, mais quand aura-t-il lieu ? Je l'ignore Peut-être que quelques âmes le savent ! Moi, je ne sais pas.

Dans le Purgatoire, les âmes ne restent pas uniquement occupées de leurs douleurs ; elles prient beaucoup pour les grands intérêts du bon Dieu, pour les personnes qui abrègent leurs souffrances. Elles louent et remercient Notre-Seigneur pour ses miséricordes infinies à leur égard, car la limite du Purgatoire et de l'enfer a été pour certaines âmes bien étroite et peu s'en est fallu quelles ne soient tombées dans l'abîme. Jugez alors quelle est la reconnaissance de ces pauvres âmes arrachées ainsi à Satan.

Je ne puis vous expliquer comment nous ne voyons plus la terre comme vous ; ceci ne peut se comprendre que quand l'âme a quitté son corps, car alors la terre qu'elle vient de laisser, en lui abandonnant son corps, ne lui paraît plus qu'un point comparé aux horizons sans fin de l'éternité qui s'ouvre pour elle.

Il ne faut pas faire attention aux « qu'en dira-t-on ». Le vrai mérite pour une âme ne consiste pas à recevoir avec patience des reproches qu'elle mérite un peu, mais bien à recevoir patiemment ceux qu'elle ne mérite pas, surtout quand elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour faire de son mieux ce qu'on lui reproche.
 

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Je reçois plus de soulagement d'une de vos actions faite avec une grande union à Jésus que d'une prière vocale, car qu'est-ce que le bon Dieu exauce ? Tout ce qui est fait avec un esprit intérieur. Plus l'union d'une âme avec lui est intime et plus il exauce tout ce qu'elle demande ; une âme intimement unie à Jésus est maîtresse de son Cur. Tendez donc à cette union que Jésus attend de vous depuis si longtemps. Vous voulez lui faire plaisir, voilà l'unique moyen : vous approcher toujours davantage de son Cur par une grande attention aux moindres désirs de sa divine volonté. Il faut qu'il puisse vous tourner et vous retourner comme il l'entendra et que, jamais, il ne trouve de résistance de votre part. Alors, vous verrez et comprendrez sa bonté, quand vous serez arrivée là.

Faites une sérieuse attention à travailler pour Dieu seul. Ne cherchez jamais que lui pour témoin de vos actions. Ainsi, gardez-vous de penser en vous-même avant n'importe quelle action, des choses telles que celle-ci : « Je vais faire ceci pour plaire à telle personne ; si je fais cette chose-là de cette manière, je vais être agréable à telle autre. » Le bon Dieu n'aime pas ces raisonnements humains pour personne et pour vous encore moins. Dirigez uniquement votre intention dans la vue de plaire à votre Jésus, à lui seul. Si, en agissant ainsi, vous plaisez à quelques personnes, tant mieux. Si le contraire arrive, tant pis ! Le bon Dieu sera content ; ce doit être tout pour vous.

8 DECEMBRE, 2 heures. - Immaculée Conception. - Hélas ! que de vies paraissent pleines de bonnes uvres et qui, à la mort, en seront vides... parce que toutes ces choses bonnes en apparence, toutes ces actions d'éclat, toute cette conduite qui paraissait irréprochable, tout cela n'a pas été pour Jésus seul. On voulait paraître, briller, passer pour exact observateur de la religion, pour une Religieuse régulière, voilà le seul mobile de bien des existences. Et dans l'autre vie, ici, quelle déception ! Si vous saviez que peu de personnes agissent pour Dieu seul, font toutes leurs actions pour Dieu seul... Hélas ! à la mort, alors qu'on n'est plus aveuglé, que de regrets on se prépare, hélas ! Si on réfléchissait quelquefois à l'éternité ! Qu'est-ce que la vie comparée à ce jour qui n'aura pas de soir pour les élus, à ce soir qui n'aura pas de jour pour les réprouvés !

On aime tout sur la terre, on s'attache à tout excepté à Celui qui devrait avoir notre affection uniquement et auquel nous la refusons. Le Jésus du tabernacle attend des curs qui l'aiment et n'en trouve pas. A peine un sur mille qui l'aime comme on devrait l'aimer ! Aimez-le, vous ; dédommagez-le de cette indifférence si coupable qui existe par le monde !

Mais, dans le Purgatoire, on l'aime ? R Oui, mais c'est un amour de réparation, et si nous l'avions aimé comme nous aurions dû sur la terre, nous ne serions pas si nombreuses, il n'y aurait pas tant d'âmes dans le lieu de l'expiation.

Au Ciel Jésus y est bien aimé ? - R... Au Ciel, on l'aime beaucoup. Là, il est dédommagé, mais ce n'est pas encore cela que Jésus désire. Il voudrait qu'on l'aimât sur la terre, sur cette terre où il s'anéantit dans chaque tabernacle, afin que son abord soit plus facile, et on ne le fait pas. On passe devant une église avec plus d'indifférence que devant un monument public. Si parfois on entre dans le lieu saint, c'est plus pour outrager le divin Captif qui y réside, par sa froideur, sa mauvaise tenue, par des prières faites à la hâte, sans attention, que pour lui dire un mot du cur, un mot d'amitié et de reconnaissance pour sa bonté envers nous.

Dites au Rév. Père P. que le bon Dieu attend de lui cet amour qu'il rencontre si rarement, lui qui approche chaque jour si près de Jésus, qui le reçoit dans son cur. Oh ! dites-lui que, dans ces moments bénis, il répare par ses tendresses l'indifférence de tant d'ingrats, que son cur se fonde d'amour devant Jésus-Hostie, pour ses Prêtres surtout qui ont le même bonheur que lui et qui traitent les saints mystères avec un cur de glace, qui restent froids comme du marbre devant ce brasier d'amour, et qui n'ont pas un mot affectueux à dire à Jésus. Que chaque jour, son union avec le bon Dieu soit plus intime, afin qu'il se préparé par là aux grandes grâces que Jésus lui réserve.

Je vous ai dit qu'il y a des âmes qui font leur Purgatoire au pied des autels. Elles ne sont pas là pour les fautes qu'elles ont commises dans l'église ; ces fautes, qui attaquent directement Jésus présent dans le tabernacle, sont punies très sévèrement dans le Purgatoire. Donc, les âmes qui sont là en adoration y sont plutôt comme en récompense de leur dévotion au Saint Sacrement et de leur respect dans le saint lieu. Elles souffrent moins que si elles étaient dans le Purgatoire même, et Jésus qu'elles contemplent des yeux de l'âme et de la foi tout ensemble leur adoucit par sa présence invisible les peines qu'elles endurent.
 

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JANVIER 1880. - La nuit de Noël, des milliers d'âmes ont quitté le lieu d'expiation pour le Ciel ; mais beaucoup sont restées et je suis du nombre. Vous me dites quelquefois que la perfection d'une âme est bien longue, c'est vrai ; vous êtes aussi étonnée que, malgré tant de prières, je reste si longtemps sans jouir de la vue du bon Dieu. Hélas ! la perfection d'une âme dans le Purgatoire ne va pas plus vite que sur la terre ; il y a certaines âmes et c'est le petit nombre, qui n'ont que quelques péchés véniels à expier ; celles-là ne restent pas longtemps en Purgatoire. Quelques prières bien faites, quelques sacrifices les délivrent en peu de temps. Mais quand ce sont des âmes comme moi - et c'est le cas de presque toutes ! - qui ont passé une vie à peu près nulle, s'occupant peu ou presque pas de leur salut, il faut, dans ce cas, recommencer sa vie dans le lieu de l'expiation, il faut perfectionner son âme de nouveau, aimer, désirer Celui que nous n'aimions pas assez sur terre. Voilà pourquoi la délivrance des âmes se fait attendre quelquefois si longtemps. Le bon Dieu m'a encore fait une grande grâce de me permettre de pouvoir réclamer des prières. Je ne le méritais pas ; sans cela, je serais comme la plupart ici, des années et des années !

Les Religieuses et les autres de même famille ont-elles des relations ? R Dans le Purgatoire, comme dans le Ciel, les Religieuses de même famille ne sont pas toujours ensemble ; les âmes ne méritent pas toutes la même pénitence ni la même récompense. Cependant on se reconnaît dans le Purgatoire. On peut aussi, quand le bon Dieu le permet, communiquer ensemble.

Peut-on recevoir une prière, une pensée d'un ami défunt et lui faire connaître le souvenir qu'on garde de lui ? R On peut faire parvenir ici des souvenirs de la terre, mais ce n'est pas bien utile, car je vous ai déjà dit que les âmes du Purgatoire savaient et connaissaient les personnes qui s'intéressent à elles sur terre. Dieu permet quelquefois aussi que l'on puisse recevoir une prière, un avertissement, un conseil... Ainsi, ce que je vous ai dit plusieurs fois au sujet de saint Michel, c'était de sa part ; ce que je vous ai dit pour votre père, c'était de la part du bon Dieu. Toutes les commissions que vous m'avez données bien des fois pour l'autre monde, je les ai faites toujours ; mais toutes ces choses sont subordonnées à la volonté divine.

Les fautes sont-elles connues de tous dans le Purgatoire, comme elles le seront au jugement dernier ? - R... Nous ne connaissons pas en général, dans le Purgatoire, les fautes des autres, excepté pourtant quand le bon Dieu le permet, envers certaines âmes, pour ses desseins ; mais c'est envers le petit nombre qu'il agit de la sorte.

Avez-vous du bon Dieu une connaissance plus parfaite que nous ? R Oh ! quelle question ! Mais oui, nous le connaissons beaucoup mieux et l'aimons aussi beaucoup plus ! Hélas ! c'est bien ce qui cause ici notre plus grand tourment. On ignore, sur la terre, ce qu'est le bon Dieu. On s'en fait une idée d'après ses vues bornées ; mais nous, en quittant notre enveloppe de boue, alors que rien n'entrave plus la liberté de notre âme, oh ! c'est alors seulement que nous avons connu Dieu, ses bontés, ses miséricordes, son amour ! Après cette vue si claire, ce besoin si grand de l'union, l'âme tend toujours vers lui, c'est sa vie et, toujours, elle est repoussée, parce qu'elle n'est pas assez pure, voilà notre souffrance : la plus dure, la plus amère. Oh ! s'il nous était donné de retourner sur la terre, après que nous connaissons le bon Dieu, quelle vie mènerait-on ! Mais regrets inutiles et pourtant, sur la terre, on ne pense pas à ces choses, on vit en aveugle. L'éternité n'est comptée pour rien. La terre, qui n'est qu'un passage et qui reçoit seulement les corps qui, à leur tour, deviennent terre eux-mêmes, est le seul objet où tendent presque tous les désirs, et le Ciel, on n'y pense pas ! Et Jésus et son amour sont oubliés !

Dans le Purgatoire, les âmes se consolent-elles mutuellement dans l'amour du bon Dieu ou chacune est-elle complètement isolée dans sa douleur ? R Dans le Purgatoire, notre seule consolation, notre seule espérance est Dieu seul. Sur la terre, le bon Dieu permet qu'on puisse quelquefois être consolé dans ses peines de corps et d'esprit par un cur ami ; et encore, si, dans ce cur, l'amour de Jésus ne s'y trouve pas, les consolations sont vaines, mais ici les âmes sont perdues, abîmées dans la volonté divine, et Dieu seul peut adoucir leur douleur. Toutes les âmes sont torturées, chacune d'après sa culpabilité, mais toutes ont une douleur commune qui surpasse toutes les autres : l'absence de Jésus qui est notre élément, notre vie, notre tout. Et nous en sommes séparées par notre faute !
 

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Après une action, il ne faut pas passer votre temps à revenir en arrière pour examiner si vous avez bien agi ou non ! Certainement, il faut examiner vos actions chaque jour afin de les faire mieux, mais il ne faut pas que ce soit aux dépens de la tranquillité de l'âme. Le bon Dieu aime les âmes simples. Il faut donc que vous alliez à lui avec une grande bonne volonté, toujours prête à vous sacrifier et à lui faire plaisir. Vous devez agir avec Jésus comme le petit enfant avec sa mère, vous confiant en sa bonté, remettant tous vos intérêts spirituels et corporels entre ses mains divines ; puis, après, chercher à le contenter en tout, sans vous occuper d'autre chose.

Le bon Dieu ne regarde pas tant les grandes actions, les actes héroïques, qu'une action simple, un petit sacrifice, pourvu que ces choses soient faites par amour. Quelquefois même un petit sacrifice qui n'a été connu que de Dieu seul et de l'âme sera plus méritoire qu'un grand qui aura été applaudi. Il faut être bien intérieur, pour ne rien prendre pour soi des louanges qu'on nous donne.

Le bon Dieu cherche des âmes vides d'elles-mêmes pour les remplir de son amour. Il en trouve peu. L'amour de soi ne laisse point de place pour Jésus. Ne laissez passer aucune occasion de vous mortifier, intérieurement surtout. Jésus a des grâces à vous accorder pendant le carême ; préparez-vous-y par un redoublement de ferveur et surtout d'amour. Aimez surtout Jésus. Hélas ! Il est si peu aimé par le monde et tant outragé !

La Sainte Vierge vous aime beaucoup ; vous, de votre côté, aimez-la aussi de tout votre cur et procurez sa gloire le plus que vous pourrez.

Vous ne comprendrez jamais assez la bonté du bon Dieu. Si on se donnait la peine d'y réfléchir quelquefois, ce serait suffisant pour devenir un Saint, mais on ne connaît pas assez la miséricordieuse bonté du Cur de Jésus dans le monde. Chacun la mesure d'après sa manière de voir, et cette manière est défectueuse. Il suit de là qu'on prie mal. Oui, peu de personnes savent prier comme Jésus le voudrait. On manque de confiance et pourtant Jésus n'exauce que d'après l'ardeur de nos désirs et la mesure de notre amour. Voilà pourquoi souvent les grâces qu'on sollicite restent sans effet.

Pour être heureux en religion, il faut être sourd, aveugle et muet, c'est-à-dire qu'il faut entendre bien des choses qu'on pourrait répéter, mais souvent il vaut mieux les garder pour soi. On ne se repent jamais de s'être tu. On est obligé également de voir et d'entendre, comme si on n'avait rien vu ni rien compris. Oh ! si vous saviez que c'est peu de chose que tous ces riens dont on fait grand cas ! Le démon se sert de ces petits fêtus pour arrêter une âme et entraver tout le bien qu'elle était appelée à faire. Ne vous y laissez pas prendre. Ayez le cur grand et passez sur ces petites misères, sans y faire attention. Jésus doit avoir assez d'attraits pour vous, sans que vous vous arrêtiez à quoi que ce soit en dehors de lui. Voyez tout venir de sa bonté ; qu'il afflige ou qu'il console, c'est son amour qui ménage tout pour le bien de ses amis.

Ne vous découragez jamais, quoi qu'il vous arrive : Si Jésus voulait, il pourrait vous faire parvenir au sommet de la perfection où il vous veut en quelques heures, en un clin d'il ; mais non ! Il aime mieux voir vos efforts et il désire que vous connaissiez et voyiez par vous-même combien est âpre et rude le chemin de la perfection. Soyez bien généreuse. Jésus vous a accordé plus de grâces et vous en accordera plus qu'à bien d'autres ; mais en retour, il espère trouver en vous une âme de sacrifice, dévouée. Il veut de vous surtout beaucoup d'amour, et quand vous aurez lutté ainsi contre vous-même, contre vos penchants, que vous aurez agi avec grand esprit de foi, eh bien ! la foi fera place à la réalité ; mais avant, il faut que vous agissiez comme si Jésus vous était toujours présent et que ce soit pour vous presque naturel, tout en étant surnaturel.

Les prédicateurs et les directeurs ne font de bien aux âmes qu'à proportion de leur union avec Jésus, c'est-à-dire de leur esprit d'oraison et de la vigilance qu'ils mettent à garder leur intérieur calme, à tenir toujours les yeux de l'âme ouverts sur Jésus, prêts à tout faire et à tout sacrifier pour le salut des personnes qui leur sont confiées.

Les promesses faites pour ceux qui récitent le chapelet de saint Michel sont-elles vraies ? R Les promesses sont réelles ; seulement, il ne faut pas croire que les personnes qui le récitent par routine et sans se mettre en peine de leur perfection soient tirées immédiatement du Purgatoire. Ce serait faux. Saint Michel fait encore plus qu'il ne promet, mais pour ceux qui sont condamnés à un long Purgatoire, il ne les en retire pas si vite. Certainement qu'en souvenir de leur dévotion envers le saint Archange leurs peines sont abrégées ; mais pour être entièrement délivrées, non ! Moi qui le disais, je puis vous servir d'exemple. La délivrance immédiate n'a lieu que pour les personnes qui ont travaillé avec courage à leur perfection et qui ont peu de chose à expier dans le Purgatoire.
 

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La France est bien coupable ; malheureusement, elle n'est pas seule. En ce moment, il n'y a pas un seul royaume chrétien qui ne cherche ouvertement ou sourdement à chasser le bon Dieu de son sein. Ce sont toutes les sociétés secrètes et le diable leur chef qui mettent ainsi tout en émoi et fomentent tous leurs complots. C'est maintenant l'heure du prince des ténèbres, mais ils ont beau faire tous, tant qu'ils sont : Dieu leur fera voir que c'est lui qui est le Maître et non pas eux. Peut-être que ce ne sera pas avec douceur qu'il leur fera sentir sa puissance, mais, dans ses châtiments mêmes, Jésus est miséricordieux.

Nous connaissons en Purgatoire, par la permission du bon Dieu, ce qui se passe en ce moment sur la terre, afin que nous priions pour ces grandes nécessités ; mais notre prière seule ne suffit pas. Si Jésus trouvait quelques âmes de bonne volonté qui voulussent bien réparer, fléchir sa Majesté, sa bonté divine outragée, elles feraient plaisir à son Cur offensé de tant d'amertumes, et elles pourraient fléchir sa miséricorde qui ne demande qu'à pardonner à celui qui s'humilie. Dites cela à Mère Supérieure.

Saint Michel interviendra dans la lutte personnelle de l'Eglise. C'est lui qui est le chef de cette Eglise si persécutée, mais non bientôt anéantie, comme le pensent les méchants. C'est lui qui, également, est le Protecteur spécial de la France et qui l'aidera à se replacer à son rang de Fille aînée de l'Eglise, car, malgré toutes les offenses qui se commettent en France, il y a encore bien du bon, il y a des âmes bien dévouées. Quand saint Michel interviendra-t-il ? Je ne le sais pas ! Il faut beaucoup prier à ces intentions, invoquer l'Archange, en lui rappelant ses titres, et le supplier d'intercéder auprès de Celui sur le Cur duquel il a un si grand pouvoir. Que la Sainte Vierge ne soit pas oubliée : la France est son Royaume privilégié entre tous ; elle la sauvera. On fait bien de demander partout des Rosaires et des chapelets : c'est cette prière qui est la plus efficace dans les besoins présents. Le vu héroïque est une chose très agréable au bon Dieu et d'un grand secours aux âmes du Purgatoire et bien profitable aux âmes généreuses qui veulent bien le faire. Du reste, en cédant ainsi une partie de leurs mérites, au lieu de perdre, elles ne font que gagner.

Pour les indulgences plénières, je puis vous dire que peu, très peu de personnes les gagnent entièrement. Il faut une si grande disposition de cur et de volonté que c'est rare, plus rare qu'on ne pense, d'avoir toutes les dispositions voulues pour avoir ainsi la remise entière de ses fautes.

Dans le Purgatoire, nous ne recevons les indulgences qu'on nous applique que par manière de suffrage et comme le bras Dieu le permet, suivant nos dispositions. Il est vrai que nous n'avons pas d'attache au péché, mais nous ne sommes plus sous le règne de la miséricorde, mais bien sous celui de la justice divine ; donc, nous ne recevons que ce que le bon Dieu veut qui nous soit appliqué. Quand l'âme est proche du terme de tous ses désirs, du Ciel, elle peut être délivrée et admise aux joies éternelles par l'efficacité d'une indulgence plénière bien gagnée ou même à moitié gagnée à son intention ; mais pour les autres âmes, il n'en est pas ainsi. Elles ont, pendant leur vie, souvent méprisé ou du moins fait peu de cas des indulgences et le bon Dieu, toujours juste, leur rend selon leurs uvres. Elles peuvent gagner quelque chose suivant la volonté divine, mais rarement l'indulgence dans son entier.

MAI 1880. - Travaillez sans relâche et de toutes vos forces à votre perfection. Vous avez, quand vous le voulez, assez de fermeté de caractère pour surmonter toutes les difficultés qui s'opposent à votre union avec Jésus, jusqu'à ce que vous soyez arrivée où il vous veut. Votre vie sera un martyre perpétuel. Il en coûte pour se renoncer à chaque instant, c'est un martyre perpétuel ; mais, dans ce martyre, on goûte quand même les plus douces joies. L'âme souffre, mais Celui pour qui elle souffre lui accorde à chaque sacrifice, à chaque renoncement, une grâce qui l'encourage à marcher toujours de l'avant, à se dévouer. Rien ne fait plus de plaisir à Jésus que de voir une âme qui s'efforce, malgré tous les obstacles qui se rencontrent sur son chemin, de se dévouer toujours de plus en plus pour sa gloire et pour son amour.

Vous êtes affligée de voir que le bon Dieu est insulté à Paris, mais ces personnes ne savent pas ce qu'elles font et, malgré leurs blasphèmes, Jésus est plus offensé des péchés que commettent les âmes qui lui sont dévouées ou qui devraient l'être, que des sanglantes injures de ceux qui ne sont pas ses amis.

Que d'âmes que Jésus appelle à une haute perfection et qui restent misérables, parce qu'elles n'ont pas correspondu aux grâces divines ! Il faut se gêner, se reprendre et se demander beaucoup chaque jour pour être heureux au service du bon Dieu !

Qu'il y a peu d'esprit intérieur dans le monde ! Même dans les Communautés ! On recherche trop ses aises, on ne veut se contraindre en quoi que ce soit, et pourtant le bon Dieu serait si heureux (si on peut ainsi parler) qu'on l'aimât, mais sans contrainte et de bon cur. S'il pouvait trouver ce contentement dans la Communauté, que de grâces il répandrait sur elle ! Pour vous, travaillez de tout votre pouvoir à vous vaincre, à aimer Jésus comme il l'attend de vous, il y a si longtemps !

Jésus voudrait que vous l'aimassiez d'un amour d'enfant, c'est-à-dire avec la tendresse d'un enfant qui cherche à faire plaisir à des parents chéris, et pourtant vous êtes bien froide avec Jésus. Ce n'est pourtant pas ce qu'il attend de vous, lui qui vous aime tant !
 

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AOUT 1880. - Que d'actes inutiles, que de journées entières nulles, sans amour pour Jésus, sans pureté d'intention ; et tout cela est perdu, puisque cela ne sera pas compté pour le Ciel !

PSAUME 63. - Voilà le psaume applicable au temps qui se passe.

Vous ne dirigez pas votre pureté d'intention comme le bon Dieu voudrait. Ainsi, au lieu d'offrir vaguement vos actions vous pourriez le faire avec plus de fruit, en ayant vos intentions mieux déterminées. Par exemple, quand vous prenez vos repas, dites : « Mon Jésus, nourrissez mon âme de votre sainte grâce, comme je nourris maintenant mon corps » ; quand vous donnez vos leçons : « Mon Jésus, instruisez mon âme, comme j'instruis mes enfants » ; quand vous lavez votre visage, vos mains : « Mon Jésus, purifiez mon âme comme je le fais pour mon corps » et de même pour chacune de vos bonnes actions. Habituez-vous à parler à Jésus de cur toujours ; qu'il soit le mobile de tout ce que vous faites ou dites... Vous me comprenez ?

Il ne faut jamais vous excuser. Qu'est-ce que cela peut vous faire qu'on vous croie coupable quand vous ne l'êtes pas ? Et si vous reconnaissez avoir manqué, humiliez-vous et taisez-vous. Ne vous excusez même pas en pensée.

2 SEPTEMBRE. - Retraite. - Vous avez dit ce matin à votre Père que vous étiez bien contrariée de m'entendre, que vous préféreriez beaucoup mieux être comme tout le monde. Dans le courant de l'année, vous lui avez écrit la même chose. Vous l'avez dit souvent à votre Mère Supérieure. Pourquoi tant vous gêner ? Est-ce que ce n'est pas le bon Dieu qui permet tout ? Vous n'y êtes pour rien. Profitez de ces grâces et ne vous en plaignez plus. Vous n'avez pas entendu tout ce que vous entendrez et vous n'avez pas vu tout ce que vous verrez. Dites-le à votre Père. Dites-lui aussi que je ne suis pas le diable. Il ne le pense pas non plus. C'est vous qui avez toujours ces craintes. Tranquillisez-vous et profitez bien de la Retraite. Il faut qu'à partir de ce moment vous changiez. Point d'autres réflexions, d'autres retours sur vous-même. C'est de l'amour-propre et rien de plus. Ouvrez plutôt votre cur à la grâce, attachez-vous à Jésus et ne passez plus votre temps si précieux à examiner pourquoi ceci, pourquoi cela ? Le bon Dieu vous destine de grandes grâces ainsi qu'à celui qu'il vous envoie dans sa bonté pour vous dire ce qu'il veut de vous. Adorez ses desseins sans chercher à les approfondir. Votre Père dira bien des choses pour vous dans ses sermons, sans même y penser. Jésus le permettra ainsi ; profitez avec beaucoup de reconnaissance de cette sainte Retraite décisive pour vous.

Il n'y a que les actions faites avec un grand amour; sous 1e regard de Dieu pour accomplir sa sainte volonté, qui auront au Ciel leur récompense immédiate, sans passer par le Purgatoire. Quel aveuglement à ce sujet dans le monde !
 

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NOVEMBRE. - Voilà la Retraite finie pour tout le monde mais pour vous il ne faut pas qu'elle finisse. Continuez-la toute l'année et toujours dans votre cur ; même au milieu de vos plus grandes occupations, ayez toujours votre petit endroit d'habitude où vous vous recueillerez cur à cur avec Jésus, et là, ne le perdez jamais de vue. Vous avez été trop distraite, l'année dernière ; maintenant, il ne doit plus en être ainsi. Vous avez promis au bon Dieu, vous avez promis à votre Père, que vous alliez commencer une vie nouvelle ; il faut à tout prix tenir votre parole. Il vous en coûtera, mais plus tard, vous en coûtera-t-il moins ? Non ! Hélas ! Tout passe si vite et nous passons avec, sans nous en apercevoir ! Il y a si longtemps que Jésus vous poursuit. Vous ne lui refuserez pas, après toutes les grâces qu'il vous accorde, l'entier abandon de vous-même entre ses mains adorables. Si vous vouliez le laisser faire, comme vous seriez bientôt une Sainte et c'est une grande Sainte qu'il vous veut. Votre Père ne vous a-t-il pas dit encore, en son nom, ces jours-ci, qu'il n'y avait pas de milieu pour vous. Combien de personnes vous l'avaient déjà dit, et vous étiez indifférente à ces choses qui devraient être sacrées pour vous. Il me semble, cette fois, que vous y avez fait plus attention et que vous avez été frappée de cette parole redite de nouveau. Réfléchissez-y souvent, c'est sérieux. Jésus, je vous l'ai dit, n'attend de vous qu'un petit effort et il fera le reste. Soyez bien généreuse. Que n'obtiendriez-vous pas du bon Dieu, si vous étiez comme il veut vous voir. Quelle union intime il désire contracter avec votre âme ! Quelles joies il veut lui accorder ! Si vous saviez ! Oh ! que Jésus est bon pour vous ! Repassez souvent dans votre cur les grâces de choix qu'il vous a faites.

Mère Supérieure vous a dit que c'était pour vous surtout qu'elle avait demandé votre Père, de nouveau, cette année ; vous ne l'avez pas bien cru, mais c'est pourtant vrai ; elle a suivi en cela l'inspiration du bon Dieu qui a voulu que vous le connaissiez mieux et que lui vous connût également davantage. Profitez de cette nouvelle grâce qui ne sera pas la dernière ; mettez en pratique tout ce qu'il vous a dit ; vous êtes libre avec lui ; ouvrez-lui toujours bien votre âme ; qu'il puisse y lire comme dans un livre. S'il vous connaissait comme je vous connais ! Ce n'est pas au premier abord qu'on vous devine ; il faut pour cela un peu plus de temps. Toutes les pensées que vous avez eues hier à ce sujet sont des pensées diaboliques. Le démon voudrait empêcher le bien ; il se fera quand même, car vous ne l'écouterez plus. Gardez bien précieusement les grandes grâces de la Retraite ; qu'elles ne vous quittent jamais. N'ayez pas peur de vous sacrifier du matin au soir pour faire la volonté du bon Dieu. Il vous récompensera largement.

Pourquoi ai-je éprouvé une commotion si forte quand j'ai entendu les premières paroles que le Rév. Père a dites ? R C'était déjà un commencement de la grâce que vous deviez avoir pendant cette Retraite. Il y a entre les âmes une certaine attraction, dont on ne se rend pas bien compte sur la terre. Le bon Dieu a fait l'âme de votre Père et la vôtre l'une pour l'autre : de là, cette impression involontaire que vous avez éprouvée en l'entendant et que vous éprouverez peut-être encore dans l'avenir. Priez beaucoup pour le Père que Jésus vous donne afin de vous aider à élever votre âme jusqu'à lui. Il a besoin de grâces, afin de ne se décourager jamais, plus fortes, plus grandes que bien d'autres. Il a des journées souvent bien laborieuses, bien fatigantes pour la nature. Sa vie est rude, pénible. Il faut lui aider par vos prières. Jusqu'ici, vous l'avez fait, mais ce n'est pas encore assez. Il faut offrir à son intention votre travail, quelques-unes de vos souffrances extérieures, quelques sacrifices ; en un mot, unissez-le à ce que vous faites, et vous, unissez-vous à ce qu'il fait. Jésus a de grands desseins sur lui, comme sur vous ; voilà pourquoi il a permis que vous vous adressiez à lui et que vous fussiez libre de lui ouvrir votre âme. Regardez-le comme votre père ; aimez-le, soyez-lui soumise comme une vraie enfant et le bon Dieu sera content. Ne vous contrariez pas si je vous dis toutes ces choses, parce que vous les faisiez toutes à peu près ; je devais vous les dire et vous les direz aussi au Rév. Père. Entendez-vous ?

La Retraite a été bien agréable au bon Dieu et très profitable aux âmes. Jésus voit avec plaisir les âmes religieuses se retourner. vers lui, le chercher comme leur unique fin. C'est pour cela qu'il les avait appelées à son service, mais qu'il est facile sur la terre d'oublier même ce qu'il y a de plus sacré ! Une bonne Retraite aide les âmes à reprendre leur première vigueur : c'est ce qu'a fait celle que vous venez d'avoir. Elle a consolé le Cur si bon de Jésus.

Qu'est-ce que le peu d'instants que nous avons à passer sur la terre comparé aux joies sans fin de l'éternité ? A la mort, vous ne trouverez jamais avoir trop fait ! Soyez bien généreuse, ne vous écoutez pas. Voyez toujours le but auquel Jésus vous appelle : la sainteté, le pur amour... et puis allez toujours sans jamais regarder en arrière !

Les croix, les grandes croix, celles qui brisent le cur sont le partage des amis du bon Dieu. Vous vous plaigniez ces jours à Jésus, qu'il vous avait envoyé bien des peines cette année ? C'est vrai, mais pourquoi trouvez-vous ces croix si lourdes ? C'est que vous n'aimez pas assez ! Oh ! vous n'avez pas fini avec les croix. Ce que vous avez eu jusqu'ici n'est que le prélude de ce qui vous attend. Ne vous ai-je pas dit que vous souffrirez toujours de corps ou d'esprit et souvent des deux. ensemble ? Pas de sainteté sans souffrances ! Mais quand vous laisserez agir librement la grâce en vous, quand Jésus possédera votre volonté et que vous le laisserez Maître absolu, les croix, si lourdes qu'elles soient, ne pèseront plus. L'amour absorbera tout. D'ici là, vous souffrirez et vous souffrirez beaucoup, car ce n'est pas en un instant que l'âme arrive à se dégager ainsi de toutes choses pour n'agir plus que par le pur amour. Il voit avec plaisir vos efforts. Oh ! si on le connaissait mieux sur la terre ! Non, on l'oublie ! Vous, au moins, aimez-le ! Dédommagez-le ! Que vos efforts aillent toujours en grandissant, afin de lui faire plaisir. Travaillez sans relâche pour arriver vite comme il veut vous voir !
 

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16 SEPTEMBRE. - Vous êtes un peu plus satisfaite de vous ces jours et Jésus aussi, parce que vous faites effort sur vous-même, afin de lui faire plaisir et de vous unir à lui davantage. Mais ne croyez pas être arrivée ; ce n'est que le petit commencement de l'union qu'il veut avoir avec votre âme. Oh ! comme on comprend peu sur la terre, n'est-ce pas, quel dégagement Jésus exige d'une âme qu'il veut toute à lui ? On croit aimer, on se figure être bientôt une Sainte parce qu'on ressent en soi, semble-t-il, un peu plus d'amour sensible qu'à l'ordinaire, mais toutes ces sensibilités naturelles ne sont rien. Il faut que l'âme se soulève, se dégage peu à peu de tout ce qui l'entoure et surtout d'elle-même, de son amour-propre, de ses passions, afin d'arriver à l'union divine et Jésus seul sait tout ce qu'il en coûte à la nature pour en arriver là ! Il faut avoir fait plus d'un sacrifice, il faut que le cur soit broyé afin d'en ôter tout amour humain ; c'est difficile ! Qu'il y a peu d'âmes qui comprennent ces choses ! Vous qui les comprenez un peu par une grande miséricorde de Jésus, vous qu'il aime tant, entrez courageusement dans cette voie d'abnégation et de mort à vous-même. Examinez souvent toutes les tendresses qu'il a eues pour vous, comme il est allé vous chercher loin, comme il a aplani toutes les difficultés qui se sont rencontrées sur votre chemin. Il a fait plus pour vous que pour personne ! Chaque jour, il vous comble de ses grâces de choix. Voyez encore comme il a agi pour vous ces jours derniers ; aussi, il attend de vous une grande générosité, plus que de bien d'autres, qu'il n'a pas tant favorisées et de qui il ne veut pas une si grande perfection. Il attend encore un dévouement à toute épreuve, et surtout beaucoup d'amour. Il faut que votre âme, votre cur se perdent en lui, que vous n'agissiez que pour son bon plaisir. Il faut que vous planiez au-dessus de la terre et de tout ce qui vous entoure pour vous abîmer dans sa sainte volonté. Il faut arriver à ne le perdre jamais de vue, pas même une minute. Ne croyez pas pour gela être absorbée, au point de ne pouvoir remplir vos obligations ! Non, vous verrez peu à peu que c'est tout le contraire et que l'âme la plus unie à Jésus sera aussi la plus exacte à tous ses devoirs ; mais Celui qu'elle aime agit pour elle ; il n'est plus pour ainsi dire qu'un avec elle. Pensez si elle est bien dirigée et aidée dans ce qu'elle doit faire ! Quel bien peut faire autour d'elle une âme intérieure ; il n'y a que celle-là qui en fait ; tout ce qui est fait autrement est inutile. L'âme unie à Jésus a seule droit sur son Cur, elle en est la maîtresse, il ne lui refuse rien. J'ai bien des choses à vous dire sur cela, mais vous ne me comprendriez pas. Il faut attendre les moments voulus par Dieu. Si vous voulez, ils ne tarderont pas. Jésus a grande envie de s'unir entièrement à vous, plus que vous ne pouvez le comprendre encore en ce moment. Soyez bien attentive sur vous-même ; c'est si bon d'aimer Jésus ; c'est si agréable de passer immédiatement, sans transition, de l'union intime de la terre à l'union plus intime encore du Ciel. Réfléchissez sur tout ce que je vous dis. Une seule de vos actions offertes pour mon soulagement, avec pureté d'intention, quand vous êtes bien unie à Jésus, me soulage plus que plusieurs prières vocales. Plus vite vous vous perfectionnerez, plus vite aussi arrivera ma délivrance.

C'est vrai que Mère Supérieure a bien souffert ces jours derniers, mais un jour de grandes souffrances comme elle en éprouve quelquefois est plus profitable pour son âme et pour toute la Communauté que dix jours et plus de bonne santé, où elle peut agir et faire tout ce qui dépend des devoirs de sa charge.
 

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29 SEPTEMBRE. - Oui, je savais toutes les peines de votre Père ; voilà pourquoi, quand vous me demandiez s'il était un peu remis de ses fatigues, je vous disais que non et pas autre chose, parce que je ne voulais pas vous gêner. Vous auriez été tracassée, le sachant tant dans la peine, et comme vous pensez à lui devant le bon Dieu, plus même que d'habitude, sans doute par une inspiration particulière, j'ai pensé qu'il valait mieux qu'il vous apprenne lui-même tous les brisements de cur qu'il a éprouvés. Jésus lui en tiendra compte ; les âmes qu'il regrette tant sont en ce moment en Purgatoire, mais pour peu de temps, surtout le prêtre que le bon Dieu voulait récompenser et les deux jeunes gens qu'il voulait préserver en les retirant de ce monde, où ce qu'il y a de meilleur peut devenir mauvais. Dites-lui qu'il se console en pensant que Jésus l'aime beaucoup et lui garde, de préférence à bien d'autres, une place toute particulière dans son Cur. C'est là qu'il faut qu'il aille en esprit se reposer et retremper son âme pour continuer ce qu'il a entrepris pour son divin Maître.

2 OCTOBRE. - Dites plusieurs fois par jour : « Mon Dieu, accomplissez en moi vos desseins et accordez-moi de n'y point mettre obstacle par ma conduite. Mon Jésus, je veux ce que vous voulez, parce que vous le voulez, comme vous le voulez et autant que vous le voulez ! »

DIMANCHE 3 OCTOBRE. - S'il vous était donné de comprendre comme Jésus est traité avec indifférence et mépris sur la terre, non seulement par le monde ordinaire, comme il est insulté, moqué, tourné en dérision, même par ceux qui devraient l'aimer ! Ainsi l'indifférence se trouve dans les Communautés, parmi les Religieux et les Religieuses, son peuple choisi ; là où il devrait être traité en Ami, en Père, en Epoux, on ne l'y considère bientôt plus que comme un étranger. Elle se trouve aussi, cette indifférence, parmi le clergé. A présent, plus que jamais, Jésus y est traité d'égal à égal. Ceux qui devraient trembler, en pensant à l'auguste mission dont ils sont chargés, le plus souvent s'en acquittent avec froideur, avec ennui ! Combien y en a-t-il qui possèdent l'esprit intérieur ? Le nombre en est petit. Ici, en Purgatoire, les prêtres qui expient leur indifférence et leur vie sans amour sont nombreux. Il faut que leurs coupables négligences s'expient par le feu et par les tortures de toutes sortes. Jugez d'après cela ce que le bon Dieu, si bon, si aimable pour ses créatures, en trouve qui l'aiment et qui le dédommagent. Hélas ! qu'il y en a peu ! Voilà la grande souffrance du Cur de Jésus : l'ingratitude parmi les siens ; et pourtant son Sacré-Cur est tout rempli, tout débordant d'amour et il ne cherche qu'à le répandre. Il voudrait trouver quelques âmes mortes à elles-mêmes ; Jésus y verserait son amour à flots, plus qu'il ne l'a encore fait pour personne jusqu'ici. Oh ! que Jésus, que sa miséricorde, que son amour sont donc peu compris sur la terre !

On cherche à connaître, à approfondir tout, excepté ce qui fait le bonheur véritable. Quelle tristesse !

Jamais il ne faut vous mécontenter, ni extérieurement, ni intérieurement. Faites ce que vous pourrez pour éviter toute espèce de contrariété. Si, malgré cela, il arrive que, par maladresse ou par malice, je suppose, on ne fasse pas ce qu'on devrait, eh bien ! restez calme ; une fois la faute faite, à quoi bon s'en contrarier, puisqu'il n'y a plus de remède. Ce serait presque deux fautes pour une.

14 OCTOBRE. - Pendant mon action de grâces.

La plus petite infidélité de votre part, le plus petit oubli, la moindre indifférence envers Jésus, lui est très sensible et fait plus de peine à son Cur si bon, si aimant, qu'une injure de la part d'un ennemi. Veillez donc avec un grand soin sur vous-même ; ne vous passez rien. Que Jésus puisse venir avec bonheur se reposer dans votre cur, afin que vous le dédommagiez de toutes les amertumes dont il est abreuvé par le monde. Agissez avec lui comme avec le meilleur des pères, avec le plus dévoué des époux. Consolez-le, réparez par votre amour, par vos tendresses, les injures qu'il reçoit chaque jour. Vous devez prendre les intérêts de sa gloire de grand cur. Oubliez-vous devant lui et soyez assurée, qu'en agissant ainsi, vos intérêts propres deviennent les siens et qu'il fera plus pour vous, que si vous vous en occupiez.

16 OCTOBRE. - Une personne a beau s'agiter auprès des âmes qui lui sont confiées, les reprendre, chercher à leur donner un peu plus de piété, elle ne réussira qu'autant qu'elle sera intérieure. Ce n'est que le trop plein de sa piété qu'elle versera dans leur cur ; autrement si elle n'est pas ce qu'elle devrait être, si elle n'est pas unie avec Jésus, ses paroles frapperont les oreilles, mais n'iront pas au cur, ses efforts ne seront pas bénis. Voyez si c'est bien d'être uni à Jésus Oui, n'est-ce pas ? Et c'est là seulement le vrai bonheur de la terre.
 

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NOVEMBRE 1880. - Quand vous avez à reprendre une personne qui a manqué légèrement ou même gravement, faites-le avec beaucoup de douceur, fermement quelquefois, quand la faute l'exige, mais en peu de mots et que ce ne soit jamais par passion, car la réprimande faite ainsi nuit à l'âme de celle qui la fait et de celle qui la reçoit. Evitez surtout en reprenant une enfant, par exemple, de lui reprocher ses fautes passées. C'est une chose assez commune et qui déplaît au bon Dieu. Les personnes qui agissent ainsi commettent une faute. Qui leur a dit que ce qu'elles reprochent n'est pas pardonné ? Pourquoi y revenir ? Le bon Dieu ne leur a pas donné cet exemple. On doit s'humilier sans cesse de ses fautes propres et les repasser sans cesse devant Notre-Seigneur, dans l'amertume de son cur, mais jamais il ne faut revenir sur le passé envers personne. Une âme chrétienne et, à plus forte raison, une âme religieuse, si elle veut plaire à Notre-Seigneur, agira envers son prochain, comme elle désire que Jésus agisse envers elle. Retenez bien cela et à l'occasion mettez-le en pratique, fidèlement.

Ne vous laissez jamais absorber ni par vos devoirs, ni par les choses et les soucis de la vie, au point que votre âme y perde cette liberté qui l'empêcherait de s'unir à chaque instant à Jésus, et de pouvoir connaître et remplir toujours sa sainte volonté. Si vous avez de la peine, acceptez-la avec résignation parce qu'elle est permise par Jésus qui, du mal qu'il laisse faire, sait tirer le plus grand bien. Allez tout simplement aux pieds du tabernacle et là, confiez à votre Jésus ce qui vous pèse sur le cur, ce qui vous semble quelquefois bien lourd à porter : son Cur allégera tout. Si, au contraire, vous avez de la joie, cette joie surtout que l'on goûte par rares intervalles au service du bon Dieu, recevez-la avec humilité et reconnaissance, et pensez que la terre n'est pas le séjour du repos, mais un lieu d'exil, de travail et de souffrances de toutes sortes !

Voyez tout passer tranquillement autour de vous. Que rien ne vous arrête. Votre seul contentement, votre seul repos ne doit se trouver qu'en Jésus ; que pour lui seul vous agissiez, que son amour vous donne du courage ; jamais vous ne pourrez trop faire pour un Dieu si aimable ! Plus vous vous dégagerez de tout ce qui vous entoure, plus Jésus vous comblera de ses grâces de choix, de ses caresses divines. Vous éprouverez souvent une grande indifférence pour les choses qui, autrefois, vous auraient trouvée sensible ; c'est encore une miséricorde de Celui qui vous aime et qui désire vous voir dans ce dégagement qu'il attend des âmes qu'il veut à lui seul. Jésus permet que ces âmes privilégiées éprouvent une espèce d'ennui pour tout ce qui n'est pas lui. Il leur fait trouver pénible ce qui ne le touche pas directement, parce qu'il veut par là les amener à vider leur cur de tout l'humain qui s'y trouve afin qu'il le comble de ses grâces et qu'il y fasse déborder son amour.
 

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NOVEMBRE. - Vous pourriez les jours de communion où il y a une première Messe ne déjeuner qu'un peu avant huit heures. Il ne vous faut pas plus de trois minutes. Je vous dis cela parce que le bon Dieu voudrait que vous prolongeassiez votre action de grâces le plus longtemps possible. En agissant de la sorte, vous auriez un quart d'heure de plus. Le premier quart d'heure sera pour vous comme d'ordinaire. Que de choses vous avez à dire à Jésus, n'est-ce pas ? Le second quart d'heure sera pour lui. Vous pourriez encore continuer même pendant les Petites Heures et une grande partie de la sainte Messe. Demandez cette permission à Mère Supérieure. Voyez que de grâces ! Par une faveur particulière de Jésus, les saintes Espèces restent longtemps en vous après la sainte communion ; profitez donc avec reconnaissance de ces heureux instants où, cur à cur avec Celui que les Cieux ne peuvent contenir, vous pouvez tout obtenir. Quel amour d'un Dieu pour sa pauvre créature de s'abaisser jusqu'à s'entretenir avec elle, comme un ami avec son ami ! C'est alors qu'il faut adorer, remercier, demander et réparer surtout pour toutes les injures que Jésus reçoit par le monde dans ces malheureux temps ! Il est si offensé le bon Jésus ! Oh ! aimez-le bien ! Vous savez qu'il vous aime : vous en avez des preuves !

Il ne nous est pas possible de comprendre, étant encore sur la terre, ce que le bon Dieu exige d'une âme qui expie ses fautes dans le Purgatoire. Vous croyez que beaucoup de prières, bien faites d'ailleurs, vont mettre une âme presque aussitôt en possession du bonheur éternel ? Il n'en est pas ainsi. Qui peut sonder les jugements du bon Dieu ? Qui peut comprendre la pureté qu'il exige d'une âme avant de l'admettre à partager son bonheur éternel ? Hélas, si on savait, si on réfléchissait à tout cela pendant qu'on est sur la terre, quelle vie mènerait-on ! Examinez sérieusement combien une personne négligente, peu soucieuse de son salut, toute à la terre, commet de péchés véniels par jour... Combien donne-t-elle de minutes au bon Dieu ? Y pense-t-elle seulement avec réflexion ? Eh bien ! voyez 365 jours pareils dans une année... et, si beaucoup d'années se ressemblent, cette personne meurt l'âme chargée d'une multitude de péchés véniels qui ne sont pas effacés, parce qu'elle n'y a pas songé. C'est à peine s'il reste dans l'âme ainsi accablée une petite lueur d'amour, quand elle vient rendre compte de sa vie à Celui qui la lui redemande. Voilà ces vies presque nulles, qu'il faut recommencer dans l'expiation, vies sans amour de Dieu, sans pureté d'intention. L'âme, qui doit vivre de Dieu, n'a pas vécu pour lui ; il faut donc qu'elle recommence sa vie et cela avec des souffrances inouïes ! Elle n'a pas profité de la miséricorde divine sur la terre. Elle était esclave de son corps ; une fois dans le lieu purificateur, elle doit satisfaire jusqu'à la dernière obole et regagner sa splendeur première ; voilà pour les âmes indifférentes de leur salut, mais pour les âmes encore plus coupables, c'est autre chose. Aimez tant le bon Dieu que vous ne soyez pas obligée de venir ici acquérir son amour par la souffrance sans mérites. Les souffrances de la terre, les peines sont méritoires, ne les perdez pas : surtout aimez ! L'amour efface beaucoup de fautes et les fait aussi éviter parce qu'on ne veut pas faire de peine à Celui qu'on aime ; c'est pourquoi l'âme qui aime véritablement Jésus se tient sans cesse sur ses gardes et évite tout ce qui pourrait blesser ses regards divins.

Beaucoup d'âmes du Purgatoire comptent sur vous pour les tirer du lieu de leurs souffrances. Priez de tout votre cur pour elles.
 

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1881. - Les souffrances du corps et du cur sont le partage des amis de Jésus pendant qu'ils séjournent sur la terre. Plus Jésus aime une âme, plus il lui donne une large part aux douleurs qu'il a endurées pour notre amour. Heureuse l'âme ainsi privilégiée ! Que de mérites elle peut acquérir ! C'est le plus court chemin pour arriver au Ciel. N'ayez donc pas peur de la souffrance ; au contraire, aimez-la, parce qu'elle vous approche plus près de Celui que vous aimez. Ne vous ai-je pas dit un jour que l'amour vous rendra doux ce qui vous paraît encore bien amer, parce que vous n'aimez pas assez ? Le moyen infaillible d'arriver vite à une union intime avec Jésus, c'est l'amour, mais l'amour uni à la souffrance. Vous avez eu jusqu'ici passablement de croix, et pourtant vous ne les aimez pas encore comme Jésus le voudrait. Si vous saviez combien la souffrance est bonne à l'âme ! Ce sont les plus douces caresses que le divin Epoux peut faire à celle qu'il veut s'unir intimement. Il lui envoie, à cette âme privilégiée, souffrances sur souffrances, peines sur peines, afin de la détacher de tout ce qui l'entoure. Alors, il peut lui parler au cur. Que se passe-t-il dans ces entretiens divins ? Vous le saurez, si vous le voulez. Jésus tient en suspens des grâces qu'il répandra à flots sur vous, quand il vous verra préparée comme il l'entend et capable de les recevoir.

Jésus veut que vous agissiez purement pour lui, que vous rapportiez toutes vos actions à sa gloire, que vous le preniez pour confident de toutes vos joies et de toutes vos peines, que vous ne fassiez aucune chose, si petite soit-elle, sans lui demander avis et lumières, que vous ne vouliez que lui seul pour récompense de tout ce que vous ferez. Vous vous y êtes engagée, il y a déjà plusieurs années ! « Mon Jésus, lui dites-vous alors, que jamais je n'aie aucune reconnaissance sur la terre pour le peu de bien que j'y ferai ! Vous seul me suffisez ! » Que pensez-vous de cette demande ? S'est-elle bien réalisée ? Jésus ne se laisse pas vaincre en générosité, vous le verrez. Pensez également que ce n'est pas tant vos prières qui me mettront en possession de l'éternel séjour que vos actions parfaites, que votre union intime avec Jésus. Croyez bien qu'il a eu de grands desseins sur votre âme en m'envoyant ainsi vers vous ; si je pouvais vous dire ce que je sais à ce sujet ! Qu'il est grand l'amour de Jésus pour vous ! Que d'amabilités, que de prévenances il a eues à votre endroit. Comme vos indifférences ne le rebutent pas ! Par moments, que vous êtes froide, insouciante pour un Dieu si bon ! Demandez-lui pardon pour toutes ces fautes et agissez envers lui comme un enfant agit avec le meilleur des pères. N'ayez pas peur de l'importuner. J'aime à voir la confiance dans votre cur. Cherchez toujours à lui faire plaisir, depuis votre réveil jusqu'au soir, sans jamais écouter les mouvements de votre nature.

AVRIL 1881. - Si vous n'avancez pas plus vite dans la perfection, c'est que votre volonté n'est pas assez unie à celle de Dieu. Vous vous recherchez trop ! Par moments, vous avez peur de vous. Jésus attend tous ces délais avec patience ! Qui y perd à cela ? C'est vous ! Pourtant si vous saviez quelles grâces Jésus vous garde, comme il désire s'unir à vous, vous la donneriez cette volonté rebelle, qui veut aujourd'hui et ne veut plus demain, à Celui qui vous la demande avec une si grande bonté et surtout avec tant d'amour.

Jésus ne vous laissera point en paix jusqu'à ce que vous soyez parvenue à la perfection où il veut vous voir. Tournez sur tous les sens qu'il vous plaira ; jusqu'à ce que votre volonté ne fasse qu'une avec la sienne, tant qu'il y aura un retour sur vous-même, que toutes vos actions ne seront pas faites sous son regard divin, pour son bon plaisir, vous n'aurez pas la paix, ni le calme intérieur !
 

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1882. SEPTEMBRE. - Jésus a fait beaucoup pour vous et il fera encore davantage dans l'avenir, mais il faut que vous correspondiez à ses grâces et que vous soyez bien généreuse. Les âmes arrivées à la perfection que Jésus demande d'elles sont maîtresses de son Cur : il ne leur refuse rien. Quand vous en serez arrivée là, Jésus et vous vous ne ferez plus qu'un. Ce seront les mêmes sentiments, les mêmes pensées, les mêmes désirs. Soyez donc bonne, dépêchez-vous de devenir une grande Sainte pour procurer beaucoup de gloire à votre unique Ami, qui attend ce moment pour verser ses grâces à flots sur vous.

Vous ne faites pas encore assez d'efforts pour veiller sur votre intérieur et pour conserver la divine présence de votre Jésus. Essayez, gênez-vous et vous serez bien secondée. Jésus n'attend qu'un peu de bonne volonté et il fera le reste. Dites-vous chaque jour : depuis le temps que Jésus m'accorde tant de grâces particulières, que suis-je ? Que devrais-je être ? Que serais-je si j'y avais toujours bien correspondu ? Ces réflexions méditées quelques minutes feront du bien à votre âme. Réfléchissez-y sérieusement ; c'est la volonté du bon Dieu, ce que je vous dis là. Il veut aussi que vous travailliez sérieusement à votre perfection, car de la vôtre en dépendent plusieurs autres.

Jésus a un tel amour pour vous, qu'il veut vous combler de ses grâces de choix, de faveurs particulières qu'il n'accorde d'ordinaire qu'à ses amis intimes. Hâtez par vos prières et vos sacrifices l'heureux moment qui verra l'union divine que Jésus veut contracter avec votre âme. Reconnaissez devant ce divin Ami l'étendue de votre indigence, l'abîme de vos misères et laissez-le faire. C'est le propre de son amour d'enrichir les plus misérables. Sa bonté éclate alors davantage.

Oh ! aimez beaucoup Jésus. Attachez-vous à lui plus fortement que tout ce que l'on peut concevoir. Attachez-vous-y par toutes les puissances de votre cur : que vous ne viviez plus que pour son saint amour !

Pour l'amour de Jésus, aimez toutes les personnes qui vous entourent et celles avec qui vous avez des relations. N'ayez pas peur de vous dépenser pour elles en amabilités, en prières, en abnégation, en prévenances. Plus une âme aime Jésus, plus elle aime ses semblables.

30 OCTOBRE. - Vous vous plaignez toujours, parce que, dites-vous, vous voudriez être comme tout le monde, mais vous n'avez pas fini avec moi ! Vous serez obligée de m'écouter tant qu'il plaira au bon Dieu. Tournez-vous sur tous les sens que vous voudrez, j'ai encore bien des choses à vous dire et vous les saurez. Peut-être deviendrez-vous plus raisonnable sous ce rapport ?

25 DECEMBRE. - Ne vous faites pas de peine, si je ne suis pas encore au Ciel. C'est vrai que je vous ai dit : « Je n'y entrerai que le jour où vous serez arrivée à la perfection que le bon Dieu demande de vous. » Malgré cela, ne croyez pas que vous arriverez en un instant à cette haute perfection à laquelle Jésus vous appelle. Il y a bien des degrés dans la perfection et ce n'est pas 1e premier qu'on exige de vous. Vous savez que Jésus vous aime, quoique vous soyez loin de l'état où il veut voir votre âme. Il sait, ce cher Ami, qu'il faudrait un miracle pour arriver à cet état parfait qu'il exige de certaines âmes, et ce miracle, il ne veut pas le faire. Il faut monter peu à peu ce sentier, quelquefois si âpre pour la nature. Pour atteindre le but que Jésus vous demande, il faut que vous soyez entièrement morte à vous-même, que vous n'ayez plus ni volonté, ni amour-propre. Vous n'y êtes pas encore arrivée. Ainsi, quand on vous accuse à tort, quand on vous suppose des intentions que vous n'avez pas (vous savez bien de quoi je veux parler), eh bien ! il ne faut pas que ces choses vous troublent. C'est le bon Dieu qui permet cela, afin de vous donner l'occasion de vous renoncer et de ne vous attacher qu'à lui seul. Il veut que vous arriviez à ce point où rien ne trouble en vous le calme intérieur : peines, joies, contrariétés, que tout passe indifféremment. Lui seul, entendez-vous bien, veut absorber toutes les puissances de votre âme, combler tous ses désirs, rassasier pleinement votre cur et vous être tout en tout ; et ce n'est pas, croyez-le bien, l'uvre d'un jour.

Non, vous n'êtes pas trop bonne ! Il vaut mieux dans certains cas céder que d'avoir le dessus. Je vais vous donner un moyen pour agir comme Jésus le demande de vous. Avant de donner un avis, avant d'adresser une réprimande méritée par une élève ou par toute autre personne, recueillez-vous une seconde ; puis, mettez-vous à la place de celle à qui vous allez parler et agissez envers elle comme vous voudriez qu'on le fît à votre égard en pareille occasion. Alors Jésus sera content.

1883. - Encore une année partie dans l'éternité ! Ainsi passent-elles toutes les unes après les autres. Les jours se succèdent jusqu'à celui qui met un terme à la courte vie de la terre et qui commence la longue vie de 1'éternité ! Employez bien tous vos instants. Chacun d'eux peut vous gagner le Ciel et vous éviter le Purgatoire. Chacune de vos actions accomplie sous le regard de Jésus vous donnera un degré de gloire de plus pour le Ciel et, en même temps, un degré d'amour pour Jésus aussi plus grand. Chacun de ces actes d'une vie parfaite forme une chaîne d'amour qui lie l'âme de plus en plus à Celui qu'elle aime. Quand le dernier chaînon est formé, alors Jésus rompt les faibles liens qui retiennent l'âme pleine de mérites au corps auquel elle était unie sur la terre. Ainsi dégagée, il se l'unit encore plus étroitement pour jamais dans l'éternité bienheureuse. Comprenez-vous ce qu'une vie dont chacun des instants est pour Jésus a d'agréable, malgré les amertumes passagères dont elle peut être remplie.

Si quelques minutes d'entrevue d'une âme bienheureuse avec Jésus peuvent la ravir et lui faire oublier toutes ses peines passées, que sera-ce de l'union éternelle ? Oh ! si vous le saviez, si vous pouviez le comprendre, comme vous travailleriez sans relâche à votre perfection, vous à qui Jésus accorde tous les moyens possibles pour y arriver ! Oh ! si nous avions seulement cinq minutes du temps que vous perdez en retours sur vous-même à examiner si ce que je vous dis est vrai ou faux, que ne ferions-nous pas pour Celui que nous désirons avec tant d'ardeur ! C'est le démon qui vous aveugle quelquefois et qui fait que vous ne faites pas attention à ce que je vous dis. Il prévoit bien quelles en seraient les suites. Déjouez ses intrigues, mettez-vous de grand cur à l'uvre sanctifiez-vous, et que cette année soit le commencement de cette vie parfaite que Jésus attend de vous, il y a si longtemps !

Au commencement de cette année, prenez pour pratique de ne dire aucune parole inutile. N'émettez point votre sentiment en rien, à moins qu'on ne vous y force ; même pour les choses utiles, parlez peu... Ne levez non plus jamais les yeux par curiosité. Que chaque matin Jésus ait votre premier regard, votre première pensée, votre première parole, et que ce soit une parole de reconnaissance et d'amour ! Aux pieds du tabernacle, déposez votre cur dans celui de Jésus pour toute la journée et faites avec lui vos conversations jusqu'au soir. Le soir, vous déplorerez vos manquements de nouveau à ses pieds, vous le remercierez de ses grâces... Vous savez ce que je vous ai dit à ce sujet.

Soyez bien fidèle à ces pratiques. Jésus veut de vous une grande pureté d'intention, un amour sans bornes. Ne vous passez rien. Plus une âme se sacrifie, plus elle est heureuse. L'amour se paye par l'amour, c'est vrai, mais l'amour se paie aussi par la reconnaissance, le renoncement et le don de soi-même. Sacrifiez-vous donc et donnez-vous sans retour.

La souffrance précède toujours l'amour... Il y a un degré d'amour que ceux-là seuls qui ont beaucoup souffert et bien souffert atteignent. Je vous parle surtout des souffrances du cur.

La plus grande souffrance que puisse endurer une âme qui aime véritablement Jésus est de ne pas l'aimer au gré de ses désirs.

Oh ! que Jésus, malgré vos misères et vos froideurs, vous aime ! Voyez, par ses grâces, il vous attire avec bonté ; par les souffrances, par les épreuves, il vous détache, et par l'amour il désire vous unir à lui si intérieurement que vous soyez, pour ainsi dire, un autre Jésus.

Mère O est dans les profondeurs du Purgatoire. Les âmes religieuses, les prêtres et les personnes qui ont été comblées de grâces ont un Purgatoire terrible, parce qu'elles ont abusé des moyens que le bon Dieu avait mis à leur disposition.
 

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MAI. - Retraite 1883. - Le bon Dieu a bien des moyens d'arriver à ses fins, quand il veut quelque chose de particulier d'une âme.

Ce que le bon Dieu garde est bien gardé. Il le montre au grand jour quand il lui plaît. C'est pour vous surtout que le bon Jésus, de toute éternité, avait l'intention de préparer et de sanctifier la personne dont je vous parle. Vous vous sanctifierez l'une par l'autre.

Le bon Dieu vous aime, vous l'aimez. Il faut que votre union se resserre davantage dans cette Retraite, que votre amour grandisse, que votre volonté soit une avec Jésus, que ses intérêts soient les vôtres !

Pourquoi tant vous tracasser au sujet de votre Père ? Ce que le bon Dieu fait est bien. N'est-ce pas lui qui vous l'a préparé et vous le donne ? Pourquoi vous le reprendrait-il ? Les desseins du bon Dieu sont impénétrables. Quand il veut une âme toute à lui, que ne fait-il pas pour se l'unir ? Que de moyens inconnus il a en son pouvoir. Soyez donc bien confiante en votre Jésus. Ne vous défiez pas de sa bonté. Plus vous serez bonne, plus vous chercherez à lui être agréable en tout, plus aussi il sera généreux envers vous.

Cette Retraite doit être le commencement de la grande perfection à laquelle Jésus vous appelle depuis si longtemps.

Jésus attend beaucoup de vous en cette Retraite. Il vous a accordé une nouvelle grâce bien précieuse... Que vous faut-il encore ? En retour donnez-vous entièrement à lui : qu'il soit le Maître de votre âme. Veillez avec grand soin sur votre intérieur. Entretenez-vous toujours cur à cur avec Jésus. Que pas une parole, pas une pensée, pas un désir n'émane de vous que selon sa volonté adorable. Si vous saviez quelle union Jésus veut contracter avec votre âme, comme vous n'entraveriez pas ses desseins, comme vous ne regimberiez pas aussi souvent que vous le faites ! Le comprendrez-vous une bonne fois ? Cette grande perfection vous fait peur ; vous craignez l'illusion. Mais avec Jésus que devez-vous craindre ? Il est votre Père, votre Ami, votre Epoux, votre Tout Est-ce qu'il n'a pas le droit d'exiger d'une âme ce qu'il veut sans lui dire le pourquoi ? C'est le grand Maître, c'est le Seigneur de tous ; pourquoi vouloir avec vos vues bornées examiner sa conduite ? Adorez ses desseins et obéissez en aveugle. Voilà ce qu'il veut de vous ; mettez-vous donc de grand cur à travailler sérieusement à votre sanctification. Redoublez pour Jésus d'amour, de tendresse. Consolez-le, dédommagez-le de toutes les injures qu'il reçoit par le monde. Aimez pour ceux qui n'aiment pas, réparez pour ceux qui l'outragent ; demandez pardon pour ceux qui n'y songent pas. Jésus attend cela de vous... Le lui refuserez-vous ?

20 MAI. - Jésus vous prouve qu'il vous aime ; en retour aussi, il veut des preuves de votre amour. Vous savez bien tout ce qu'il vous demande depuis si longtemps ; il ne faut pas hésiter davantage. Donnez-vous entièrement. Perdez-vous en lui ; ne vous reprenez jamais.

Sur la terre, on s'arrange à sa manière, mais dans l'autre monde, le bon Dieu nous arrange à la sienne !

Il y a peu de vraies amitiés sur la terre ! On s'aime souvent par caprice, par intérêt. Un petit froissement, une parole, un manque d'égards désunit quelquefois des amis qui semblaient inséparables. C'est que Dieu ne possédait pas assez bien leur cur, car il n'y a que les curs où surabonde l'amour de Jésus qui peuvent donner de leur trop plein à leurs amis. Toute amitié qui n'est pas ainsi fondée en Dieu est fausse, elle n'est pas durable.

Mais quand Jésus possède un cur, alors ce cur peut aimer et faire du bien à ses amis, parce qu'il y a là la source de l'amitié pure et sans mélange. C'est un petit écoulement de l'amitié du Ciel. Tout le reste, c'est de la nature et pas autre chose.

Ayez toujours des vues plus hautes que la terre. Ne recherchez jamais ni l'estime, ni l'amitié de personne. Jésus seul est vôtre et il vous veut sienne aussi pour toujours. Vous n'avez pas trop de votre cur tout entier à lui donner. Aimez mais pour lui seulement...

JUIN 1883. - Eh ! bien, êtes-vous contente ? Me croirez-vous maintenant ? Je vous pardonne tout ce que vous avez pensé de moi ces jours. Dans de pareilles circonstances, il ne pouvait en être autrement ; vous n'y avez pas péché. Voyez la bonté de Jésus. Après avoir laissé agir le démon qui vous a tant fait souffrir... il l'a enfin terrassé et sa sainte volonté s'est accomplie ; c'est ce qu'il attendait. Oh ! quand le bon Dieu a des desseins particuliers sur des âmes, ils ne s'accomplissent pas sans beaucoup de souffrances ; vous l'avez éprouvé une fois de plus, n'est-ce pas ? Mais vous n'avez pas été seule.

Que M. L. ne se décourage jamais ! Il pourra avoir des moments d'ennui, de fatigue, mais il a le tabernacle ; que là, il épanche son âme devant Jésus et qu'il réclame avec une grande confiance ses lumières, afin d'être lui-même la lumière des âmes qui lui sont confiées. Jésus l'aime, il le lui prouvera. En retour, jamais il ne pourra trop faire pour un Dieu si aimable !

JUIN 1883. - Vous êtes toujours heureuse d'avoir enfin trouvé un Père, n'est-ce pas ? Faites bien attention à tout ce qu'il vous dira : vous ferez bien plaisir au bon Dieu. C'est encore une grâce, profitez-en avec reconnaissance. C'est une si grande chance pour une âme d'en rencontrer une qui la comprenne et c'est si rare sur la terre !

Jésus rencontre si peu d'âmes généreuses en ce monde, il y en a si peu qui l'aiment... même parmi ses Prêtres ! Il attend, le bon Maître, beaucoup de votre Père !

Oh ! que le Prêtre est grand ! Quelle sublime mission est la sienne ! Mais hélas ! à cette heure qu'il y en a peu qui la comprennent !

28 AOUT 1883. - Saint Augustin. - Jusqu'ici, vous n'avez jamais fait oraison comme Jésus le désirait ! Vous ne faites pas assez attention à toutes ses inspirations ! Vous perdez encore trop souvent de vue sa sainte présence, ce qui est cause que vous n'avancez pas dans la perfection, comme il l'attend de vous. - Veillez donc avec soin sur votre intérieur. Il y a si longtemps que je vous le demande de sa part !
 

*

Retraite. - 29 AOUT. - Voilà bien des années que le bon Dieu vous poursuit Pour un prétexte ou pour un autre, vous faites la sourde oreille ; mais il est temps et grand temps de faire attention à tout ce que je vous ai dit. Profitez de ces saints jours de Retraite et réalisez ce que vous avez écrit. Voyez où vous en êtes avec Jésus, qui est si bon et si patient avec vous. Pensez qu'il pourrait se lasser avec vous à la fin, voyant que vous faites si peu de cas des grâces particulières qu'il vous a accordées et de celles qu'il vous réserve dans l'avenir. Prouvez donc à votre Jésus que vous l'aimez et donnez-lui votre volonté tout entière. Assez d'hésitations. Dites-lui qu'il fasse de vous tout ce qu'il voudra, mais que ce soit du fond du cur. La sainteté est moins difficile que vous vous le persuadez. Vous souffrez plus à résister, à lutter tous les jours contre le bon Dieu qui vous attire, que vous ne souffrirez quand vous vous serez donnée sans réserve et sans retour !

SEPT HEURES DU SOIR. - Habituez-vous à parler à Notre-Seigneur comme à l'ami le plus dévoué et le plus sincère. Ne faites et ne dites rien sans le consulter. Il y a plusieurs années qu'on vous a dit cela. Je vous l'ai dit également plusieurs fois ; aujourd'hui, je vous le répète de nouveau. Le bon Dieu veut que vous y fassiez attention et surtout que vous le mettiez en pratique. Ce regard de l'âme, toujours fixé sur Jésus, pour saisir ses moindres volontés, ce langage divin qu'il veut avoir avec vous ne vous troublera pas et ne vous empêchera pas de vous livrer à vos occupations extérieures. Au contraire, il est impossible, si l'intérieur n'est pas calme, que l'extérieur le soit. Les passions intérieures se reflètent toujours à l'extérieur et l'âme qui veille avec grand soin sur son intérieur est aussi maîtresse de son extérieur. Voilà ce que Jésus demande de vous : une vie de foi et d'union perpétuelle avec lui, une vie humble, cachée, connue de lui seul Qu'il soit tout pour vous, Jésus ! Regardez tout ce qui vous arrive comme autant de moyens dont il se sert pour vous unir à lui davantage, pour accomplir les desseins qu'il a sur vous. N'y mettez pas d'obstacles, soyez généreuse. Ni l'énergie ni le cur ne vous font défaut ; commencez donc cette vie de renoncement, de sacrifice et par-dessus tout d'amour que Jésus veut absolument de vous. Là seulement vous trouverez le calme et la paix qu'il vous offre depuis de si longues années !

Que la sainte volonté du bon Dieu soit la base de tout ce que vous aurez à faire ou à souffrir. Jésus attend beaucoup de vous, beaucoup de souffrances de corps et d'esprit et aussi beaucoup d'amour. On ne peut aimer sans que la nature souffre, vous le savez bien ; vous l'avez éprouvé par le passé. Préparez-vous pour l'avenir. Le bon Dieu vous a donné tout ce qu'il faut pour sentir la souffrance plus que personne. C'est une miséricorde et une grâce de plus. Où il y a de grands sacrifices à faire, il y a plus de mérites.

Je vous conjure de ne plus résister aux desseins que le bon Jésus a sur vous ; ne demandez pas d'autres preuves, vous en avez eu assez. Vous sentez bien aussi intérieurement que Jésus vous veut toute à lui. Pesez ces choses au pied du tabernacle ; voyez ce que vous devez faire et ne balancez plus. Que de grâces vous attendent, si vous voulez, grâces pour vous d'abord et aussi pour d'autres âmes. Vous répondrez de tout cela un jour.

Soyez toute à votre Jésus. Ne faites plus attention à ce qu'on peut dire de vous ; le démon le provoque pour vous arrêter en chemin et Jésus le permet pour vous détacher de tout ce qui vous entoure. Visez toujours à votre but : accomplir tous vos devoirs, faire toutes vos actions pour plaire à Jésus. Voilà tout pour vous, le reste n'est qu'accessoire.

Soyez bien généreuse ; mettez le moi de côté et Jésus en avant. Pensez souvent à ceci : si vous voulez que vos actions plaisent à Jésus, il faut que dans chacune d'elles il y ait toujours un petit sacrifice, quelque chose qui coûte ; sans cela pas de mérite. Ce n'est pas difficile, pour vous surtout, de donner cette satisfaction à votre Jésus. Ne croyez donc plus que quand une chose vous coûte beaucoup, il n'y a pas de mérite, c'est le contraire. Seulement que Jésus seul et vous le sachiez. Demandez-moi chaque soir si le bon Dieu est content de vous, je vous le dirai.

Vous avez bien souffert, vous souffrirez encore beaucoup ; mais en revanche, que Jésus a été bon et qu'il sera encore bon dans l'avenir pour vous !
 

*

MAI 1886. - C'est vrai que personne ne mérite les grâces du bon Dieu ; ce sont des faveurs, mais quand il nous en accorde, il faut les recevoir avec reconnaissance et en profiter.

Pour l'âme religieuse, il faut l'esprit intérieur, la vie de sacrifice, la pureté d'intention : voilà le résumé de la vie.

Apprenez à respecter la Règle et les Prêtres. Ceux qui s'attaquent aux Ministres de Jésus-Christ le blessent à la prunelle de 1'il. Malheur ! Trois fois malheur à ceux et à celles qui agissent de la sorte !

Ce qu'une Religieuse peut faire de plus agréable au bon Dieu pour le soulagement de ses parents défunts, ce n'est pas tant des prières que toutes ses actions faites avec une grande pureté d'intention et en union à Notre-Seigneur.

C'est l'âme la plus aimée de Jésus qu'il crucifie davantage sur la terre, mais la croix envoyée par Dieu a toujours des douceurs mêlées à son amertume. Il n'en est pas de même des croix qui nous arrivent par notre faute : pour celles-là, il n'y a que 1'amertume seule.

NOVEMBRE 1886. - Toutes ces épreuves ! Le bon Dieu a tout permis pour vous éprouver toutes, pour vous donner de la force d'âme et aussi pour faire triompher sa gloire, sa justice et son amour.

Il désire la vie d'union avec lui, de réparation et de prière. Si vous prenez sérieusement les intérêts de Jésus en main, il prendra aussi les vôtres.

NOËL 1886. - Si vous voulez vous serez bientôt débarrassée et moi délivrée

FEVRIER 1887. - Quand le bon Dieu a quelques desseins particuliers sur une personne, quand il ne la veut pas du commun, il lui donne une âme magnanime, un cur généreux, un jugement sain, un bon caractère, une tête solide. Quand vous ne rencontrez pas ces qualités dans une personne, le bon Dieu ne veut rien de particulier d'elle.

Ce n'est pas tout d'un coup que Jésus montre à une âme ce qu'il veut d'elle, elle s'effrayerait. Mais c'est petit à petit et, à mesure que sa grâce la rend plus forte, qu'il lui découvre ses secrets et la rend participante de sa croix.

Le bon Dieu vous aime d'une manière spéciale. Vous êtes sa fille de prédilection. Ce qui vous est arrivé était pour votre plus grand bien !

Tout le monde doit aimer le bon Dieu particulièrement, mais pour vous il y a une obligation spéciale, c'est la réciprocité.

24 JUIN. - Soyez bien unie à Jésus. Avant n'importe quelle action ou chose que vous ayez à faire ou à dire, demandez-lui avis ; parlez-lui cur à cur comme à un ami qu'on aurait toujours près de soi.

Jésus veut votre âme tout entière, avec toutes ses facultés, toutes ses puissances ; votre cur, avec toutes ses tendresses, tout son amour. Il veut, le bon Jésus, ne faire qu'un avec vous et tout ce qu'il vous faudra de grâces et de dévouement pour le prochain, vous le puiserez dans son divin Cur, dans cette source divine qui ne tarit jamais. Voilà comme doivent agir ses Epouses dévouées, vous surtout qu'il aime davantage.

Jésus désire que vous lui rendiez la réciproque. Oh ! si je pouvais vous dire toutes les grâces que le bon Dieu vous réserve, si vous ne mettez pas d'opposition à sa conduite envers vous, grâces fortes qui vous attacheront. inviolablement à lui, grâces de choix, grâces particulières, grâces intimes. Il a bien des choses à vous confier pour vous seule et pour le bien commun.

Quand vous le pourrez, passez par l'église, faites à votre Jésus une petite visite, et là épanchez devant lui votre cur. Dites-lui vos peines, vos joies, vos souffrances, tout en un mot. Parlez-lui comme on parle à un ami dévoué, à un père, à un époux. Dites-lui toutes vos tendresses à son égard et quand vous ne pourrez pas vous rendre à l'église, parlez-lui dans votre cur. De temps en temps dans la journée, laissez-vous pénétrer quelques instants de sa sainte présence, recueillez-vous devant sa Majesté. Reconnaissez votre misère, mais aussi ses bontés, et remerciez-le bien affectueusement. Vous pouvez toute la journée parler à votre Jésus cur à cur ; c'est ce qu'il veut et attend de vous depuis bien longtemps.

Si vous êtes fidèle à tout ce que je vous dis, si vous vous gênez, si vous cherchez à faire plaisir à votre Jésus en tout, si vous avez pour lui toutes les délicatesses d'un cur aimant qui a toujours l'il de l'âme ouvert pour examiner ce qui peut faire plaisir à son divin Epoux, alors Jésus, de son côté, vous gardera ses communications les plus intimes, ses caresses divines, son amour de Père et d'Epoux le plus aimant ; alors aussi vous obtiendrez tout ce que vous demanderez. Jésus ne vous refusera rien. Vous vous donnerez tout entière et il se donnera tout entier.

Le bon Dieu désire que cette Retraite vous mette dans l'état où il veut vous voir depuis si longtemps. Le bon Dieu arrive à ses fins par des moyens qui nous sont souvent bien inconnus. Eh bien ! mettez-vous à l'uvre avec courage. Jésus, de son côté, va vous accorder des grâces nouvelles ; correspondez-y bien généreusement pour vous surtout et pour le bien de la Communauté. Que le bon Jésus vous trouve facile à plier et à vous façonner comme il l'entend ! Ecoutez bien sa voix au fond de votre cur et ne perdez aucune de ses grâces. Que votre volonté ne fasse qu'une avec sa volonté adorable ! Que votre cur se perde dans le sien ! Il va bientôt accomplir en vous ses desseins, si vous n'y mettez pas d'obstacles. Ne perdez pas de vue sa divine présence... Le bon Dieu vous veut particulièrement sainte et à lui tout seul.. Si vous vouliez vous gêner ! Le bon Jésus veut surtout voir dans votre cur l'amour pur, désintéressé, généreux, qui ne craint pas sa peine, qui ne cherche pas ses aises, et tout cela pour plaire à Jésus seul.

Le bon Dieu ne défend pas qu'on soigne son corps, mais il y a des personnes qu'il veut soigner lui-même et guérir quand bon lui semble. Les remèdes ne leur sont pas profitables. Une petite mortification vaut mieux pour elles que tout le reste. Croyez ce que je vous dis et vous verrez. Le commun, voilà ce que Jésus veut pour vous qu'il aime particulièrement.
 

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Que la foi pratique anime toutes vos actions ! Que votre confiance en Jésus et en son amour vous fasse entreprendre généreusement tout ce qu'il exige de vous ! Dites, chaque matin, à votre réveil, à votre Bien-Aimé : « Mon Jésus, me voilà pour accomplir votre volonté ; que voulez-vous que je fasse pour vous plaire aujourd'hui ? »

Faites tous vos exercices de piété sous le regard de Jésus avec un grand amour. On ne fait de bien aux âmes que dans la proportion de son union à Dieu.

Le bon Dieu cherche des âmes qui réparent les outrages qu'il reçoit, qui l'aiment et qui le fassent aimer. Il vous veut de ce nombre.

A un moment donné Dieu dénoue les trames et déjoue les plans de ceux qui ne cherchent pas uniquement sa gloire.

Jésus, avant d'accorder à une âme une union intime avec lui, la purifie par l'épreuve, et plus ses desseins sur cette âme sont grands, plus aussi est grande l'épreuve.

Le démon s'aperçoit bien que le bon Dieu a des desseins sur vous ; voilà pourquoi il vous tracasse et vous fait tracasser par les siens... Ne vous découragez pas. Le bon Dieu vous aide et vous aidera. Luttez avec courage. Malgré les efforts de l'enfer, le bon Dieu arrivera à ses fins.

Le bon Dieu se sert de moi pour vous encourager puisque vous n'avez personne. Retenez bien cela et voyez que la nature a besoin de ces petits encouragements. A l'occasion, vous y penserez, puisque vous avez et aurez charge d'âmes. Le bon Dieu vous en donne l'exemple au Jardin de l'Agonie.

Ayez toute confiance en Jésus. Jamais il ne vous fera défaut.

Fixez votre demeure habituelle dans le Cur de Jésus. Que l'amour soit la chaîne qui unisse votre cur à son Cur adorable ! Votre cur si misérable se purifiera, se détachera au contact de ce Cur si pur.

Puisez aussi dans le divin Cur de Jésus ce qu'il vous faut de grâces pour les autres, pour votre charge. Il ne vous refusera rien de ce que vous demanderez avec confiance et amour.

Les peines et les souffrances du cur sont plus pénibles que celles du corps. Mais pour une âme qui aime Jésus, la grande douleur est de lui en causer chaque jour par ses péchés et ses ingratitudes !

Demandez au Cur de Jésus la force d'âme nécessaire pour qu'il accomplisse en vous ses desseins.

Si le bon Dieu exige une si grande pureté de l'âme qu'il admet, dans son Ciel, c'est parce qu'il est l'éternelle Pureté, l'éternelle Beauté, l'éternelle Justice, l'éternelle Bonté et l'éternelle Perfection !

Le bon Dieu permet que vous souffriez de corps et d'esprit afin que, morte à vous-même, il puisse accomplir en vous ses grands desseins, afin que vous connaissiez l'art de perfectionner les autres par votre propre expérience.
 

*

Pour vous fixer l'esprit dans la présence de Dieu, prenez chaque jour une des quatorze Stations de Notre-Seigneur dans sa Passion, à laquelle vous penserez davantage. Jésus aime qu'on se rappelle toutes les souffrances qu'il a endurées pour nous. Les jours de fête, prenez, pour y réfléchir, un des mystères glorieux : la Résurrection, l'Ascension. Pensez souvent aussi à l'Eucharistie, à la vie cachée de Jésus au tabernacle. Là surtout vous verrez son amour. Rester ainsi seul, sans adorateur, dans la plupart des églises du monde ! Attendre en vain que quelqu'un vienne lui dire : « Je vous aime ! »

Chaque dimanche, faites vos petites provisions pour la semaine ; en un mot, cherchez à faire plaisir à Jésus. Il vous rendu la réciproque.

Par la sainte communion, Jésus vous unira à lui très intimement et s'unira à vous plus qu'il ne l'a encore fait pour personne. Vous trouverez dans ce divin aliment une force extraordinaire pour vous élever à la perfection que Jésus demande de vous.

Tout passe et passe vite ! Ne nous donnons pas tant de peine pour des choses qui doivent finir un jour. Visons à ce qui ne finira jamais... Par nos actions saintes et unies à Jésus, embellissons notre trône du Ciel. Faisons-le monter de quelques degrés très proches de Celui que nous devons contempler et aimer toute l'éternité. Voilà quelle doit être notre occupation unique, sur la terre.

Pour une âme que Jésus aime, il fait des choses qui, à première vue, paraissent impossibles. Voilà comme il agira envers vous ! C'est Jésus qui vous attire à lui très doucement, très suavement, mais en même temps fortement. Ne résistez pas à ses divins attraits.

Jésus vous dira bientôt lui-même ce qu'il veut de vous. En attendant, c'est moi qu'il charge de vous transmettre ses volontés divines. Ecoutez bien sa voix qui vous parle intimement au fond du cur ; ne lui refusez rien et vous gagnerez tout ; car si vous êtes généreuse, il le sera bien davantage. Vous en avez déjà eu des preuves.

Le bon Dieu veut à son service des âmes généreuses qui n'aient aucun souci d'elles-mêmes, qui apportent toute leur attention, toute leur bonne volonté à le faire aimer et servir aux dépens de leurs intérêts.

Les grâces du bon Dieu sont des dons qu'il ne nous doit pas. Il les accorde à qui il lui plaît, sans que personne doive y trouver à redire. Qu'est-ce qui a le droit de faire des lois au divin Maître ? Recevez donc les grâces particulières que Jésus vous accorde humblement, mais en même temps avec une humble reconnaissance, sans chercher à en examiner le pourquoi.

Jésus veut que vous planiez au-dessus de tout ce qui est créé, que pas un lien, pas un fil ne vous retienne à la terre. Il vous faut vivre déjà de la vie des Elus dont l'unique occupation est de jouir, d'aimer et de se perdre en Dieu !

Souvenir. - 2 NOVEMBRE 1890 : dernière bénédiction du mois du Rosaire.

Je vais essayer de vous faire comprendre, autant que vous le pouvez sur la terre, ce que c'est que le Ciel. Ce sont des fêtes toujours nouvelles qui se succèdent sans interruption, un bonheur toujours nouveau qu'on n'a - ce semble - encore jamais ressenti. C'est un torrent de joie qui déborde sans cesse sur tous les Elus Le Ciel, c'est Dieu surtout, Dieu aimé, goûté, savouré ; c'est en un mot le rassasiement de Dieu, sans pourtant en être rassasié !

Et plus l'âme a aimé Dieu sur la terre, .plus elle a atteint le sommet de la perfection, plus aussi elle aime Dieu et le comprend au Ciel !

Jésus est la vraie joie de la terre et l'éternelle joie des Cieux !
 
 
 
 

Notes :

1. Ce manuscrit a été révisé et approuvé par plusieurs savants théologiens comme ne contenant rien de contraire aux données de la doctrine catholique. Nous le publions d'ailleurs comme un document purement historique et avec toutes les réserves prescrites par l'Eglise, selon le Décret d'Urbain VIII.

2. Plusieurs saints et savants théologiens rapportent que, par une faveur divine, la Sainte Vierge se montre parfois aux âmes du Purgatoire, pour leur soulagement et leur consolation, notamment aux jours de ses grandes fêtes.

3. Cette manière de parler s'adapte au langage humain qui ne perçoit dans le temps que successions et changements... Mais il n'y a pas de temps pour Dieu et par conséquent aucune succession et aucun changement : ses décrets, prévus et arrêtés de toute éternité, sont immuables et éternels comme lui-même.
 

Imprimerie Saint-Paul Bar-le-Duc
Le Gérant: A. SIMON
Dépôt légal, 4° trim. 1953. N° 1791
 
 
 
 
 

source: http://www.spiritualite-chretienne.com/ciel/purgatoire-05.html

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