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Saint Robert Bellarmin
Les Controverses de la Foi Chrétienne contre les Hérétiques de ce Temps
Disputationes de controversiis christiniæ fidei adversus hujus temporis hæreticos.
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2018 02 25 20h52 début

LIVRE 4
LES NOTES DE LA VÉRITABLE ÉGLISE (18 chap.)

CHAPITRE 1
Il est très utile de traiter des notes de l’Église

Il reste la controverse sur les notes de la vraie Église, qui est d’une extrême utilité car tous admettent que c’est dans la seule vraie église que se trouvent la vraie foi, la vraie rémission des péchés, la véritable espérance du salut éternel, et cela, au point que la simplicité de certains  prélats a fait dire à saint Cyprien : « Ils ne peuvent pas demeurer avec Dieu  ceux qui n’ont pas voulu être avec les autres chrétiens dans l’église de Dieu. S’ils sont rôtis à petit feu, s’ils sont jetés dans des brasiers ardents, s’ils  remettent leur âme à Dieu après avoir été livrés aux bêtes, ce ne sera pas pour eux la couronne de la foi, mais la peine de leur perfidie. De tels hommes peuvent être tués, mais couronnés, jamais ! » Tous les pères enseignent des choses semblables; et les hérétiques ne le nient pas, non plus. Car, chaque hérésie draine à elle seule toute l’église, et place tous les autres en dehors de l’église, comme l’enseigne Lactance (livre 4, dernier chapitre) : « L’église catholique est la seule qui retienne le vrai culte. Elle est la fontaine de vérité, la maison de la foi, le temple de Dieu.  Si quelqu’un n’y entre pas, ou s’il en sort,  il devient étranger à la vie et au salut éternel. Et, pourtant, tous les membres des sectes hérétiques se croient des chrétiens par excellence, et pensent que leur église est la catholique. » Voilà pourquoi si nous tombons tous daccord sur cette question, toutes les autres se résoudront facilement. Il faut donc parler de deux choses. La première. La réfutation de la doctrine des hérétiques de nos jours sur les notes de l’église. La deuxième. La présentation et l’explication de la position des catholiques.
CHAPITRE 2
Réfutation de la sentence des hérétiques
Dans la dernière partie de son livre sur les conciles et l’église,  Luther propose sept notes :
N°1 La prédication de l’évangile véritable et non corrompue.
N°2 L’administration légitime du baptême.
N°3 Le rite légitime de l’eucharistie.
N°4 L’usage légitime des clefs.
N°5 L’élection légitime des ministres qui prêchent et administrent les sacrements.
N°6 La prière publique, la psalmodie, le catéchisme, mais dans une langue que tous comprennent.
N°7 Le mystère de la croix, c’est-à-dire des tribulations à l’intérieur et à l’extérieur, de sorte qu’à l’intérieur on trouve la douceur, la pusillanimité, et les terreurs et, à l’extérieur, la pauvreté et  le mépris, le fait d’être considérés comme des démons par les hérétiques.

    Il est à noter que Luther s’est bien gardé de ne nommer aucune des notes qui se trouvent dans le concile de Constantinople. Mais c'est pourtant par ces notes que tous les anciens conciles ont distingué la vraie église des sectes hérétiques.
Les autres hérétiques de nos jours n’ont coutume de proposer que deux notes, qui comprennent les cinq premières notes de Luther,  c'est-à-dire, la prédication sincère de la parole de Dieu, et l’usage sincère des sacrements. Avec ces deux notes, chaque secte se démontre à elle-même qu’elle est la vraie église. C’est ce qu'enseigne la confession augustinienne (article 6) et son apologie, Brentius  (dans sa confession de Wittemberg, livre 4, chapitre 1, versets 9, 1- et 11), les centuriates (centurie 1, livre 1, chapitre 4, colonnes 173, 174;  et centurie 1, livre 2, chapitre 4, colonne 279-381.) À ces deux notes, ils en ajoutent deux autres, qu’on peut ramener à la cinquième et à la septième de Luther, c’est-à-dire la constance dans la profession de la foi, ou la persévérance, et l’obéissance aux ministres du verbe, en tant qu’ils sont des administrateurs de la parole.
Ces notes sont tous à fait insuffisantes. Car, tout d’abord, elles n’indiquent la véritable église que conjecturalement, puisque nous ne pouvons pas savoir qui sont les élus et les justes. Elles nous montrent plus où l’église se cache que ce qu’elle est. De plus, ces notes sont si générales que chaque secte peut s’en servir comme preuves. Je réponds donc que les notes doivent être propres à la seule vraie église, et non communes à toutes les prétendues églises. Car, si je voulais te décrire un homme que tu n’as jamais vu, pour que, quand tu l’apercevras, tu le distingues des autres, je ne devrai pas te dire qu’il a deux yeux, deux mains et deux oreilles, car ce sont là des choses que tous possèdent. Je ne dois pas, non plus, te le décrire par des notes qui, bien qu’elles soient réellement propres à cette personne, ne le sont pas, cependant, selon l’opinion des autres, parce que plusieurs les revendiquent pour eux. Car, même de cette façon, on ne pourrait pas trouver, non plus, celui qu’on cherche. En effet, une prédication sincère de la vérité est une note commune à toutes les sectes, selon l’idée, du moins, qu’elles s’en font. Car, ou bien  elle doit être une prédication exempte de toute erreur, ou bien elle ne doit être vraie que pour les choses essentielles et fondamentales.
Selon la première hypothèse, nous tirons de cette note la conclusion que l’église n’est chez aucun luthérien, car ils admettent eux-mêmes que leurs églises ne manquent pas de taches ou de verrues. Dans son livre sur l’église, Luther dit clairement que la parole de Dieu est connue, même si elle est prêchée avec plus ou moins de pureté.  Calvin enseigne la même chose (livre 4, chapitre 1, verset 12 de ses institutions). Selon la seconde hypothèse, cette note sera commune à beaucoup de sectes.   Il est certain que les disciples de Luther et de Zwingli ne différent pas sur le fondement principal de la foi, la trinité et l’incarnation. Les pélagiens eux-mêmes auraient eu la vraie foi, car, avant d’avoir enfanté les nestoriens, ils admettaient ces deux mystères. Et c’est par ce raisonnement que Célestin (selon saint Augustin,livre 2, chapitre 22, sur le péché originel) s’efforçait de démontrer qu’il n’était pas en dehors de l’église universelle. Et pourtant, il n’y a personne que les luthériens et les calvinistes exècrent autant que les pélagiens; et ils nous placent, nous, en dehors de l’église, parce qu’ils nous voient comme des pélagiens. De plus,  même si, selon cette deuxième hypothèse, cette note ne convient pas réellement à quelques-uns, comme aux anabaptistes, elle convient à tous, selon l’idée qu’ils se font d’eux. Car, y a-t-il jamais eu une secte qui ait affirmé ne pas avoir une prédication sincère de la vérité ? Saint Augustin (dans son épitre sur le fondement, chapitre 4), dit  qu’on peut connaitre l’église catholique par plusieurs notes; que les hérétiques n’ont rien d’autre que la promesse d’enseigner la vérité.  C’est-à-dire qu’ils ne font que promettre que leur prédication est vraie et sincère.
Ensuite, les notes doivent être plus connues que la chose dont elles sont les notes, car autrement, elles ne seront pas connues, mais ignorées. Voilà pourquoi les adversaires eux-mêmes ne veulent pas seulement la prédication externe de la parole, mais sa réception.  Car, ils disent que la vraie église est celle où est prêchée, écoutée et crue la parole de Dieu. Mais qui peut savoir où la parole est crue ?   De plus, par la prédication externe, on connait surement plus qui est la vraie église que quelle est la véritable prédication du Verbe, car cela, c’est de l’église que nous l’apprenons, comme l’enseignent  saint Irénée, Tertullien, saint Augustin, et tous les anciens. Saint Irénée (livre 3, chapitre 4) : « Si une dissension surgit au sujet d’un point de doctrine, ne faudrait-il pas recourir aux plus anciennes églises, et recevoir d’elles une réponse certaine et limpide. »   Tertullien (dans son livre sur la prescription) : « Ce que les apôtres ont prêché, ce que le Christ leur a révélé, j’ai déjà écrit à ce sujet  qu’on ne peut le démontrer autrement que par les églises fondées par les apôtres, celles qui l’ont été vraiment. Il appert donc que toute doctrine de foi qui concorde avec ce qu’enseignent les églises apostoliques, maternelles et originelles, doit être réputée vraie. Le reste, c’est la prédication du mensonge."

Nous allons prouver la même chose par la raison. Car la vraie prédication est en même temps une prédication et une interprétation de la vraie Écriture divine. Or, quelle est la vraie Écriture, et quel est son vrai sens, nous ne pouvons le savoir sans le témoignage de la vraie Écriture, comme le dit saint Augustin (dans son livre contre le fondement, chapitre 5; et dans son livre sur l’utilité de croire, chapitre 14). Ainsi que Brentius (dans sa confession de Wittemberg, au chapitre sur l’Écriture), et Philippe (lieux cités, chapitre sur l’église) qui  requiert le témoignage de l’église pour mettre fin aux litiges. Mais le gardien du trésor doit être plus connu que le trésor,  le docteur plus que la doctrine, et non l’inverse. L’église est donc plus une note de la vraie prédication que la prédication ne l’est de la vraie église.
Troisièmement. Les vraies notes sont inséparables de la vraie église.  Les églises auxquelles écrivait saint Paul, celle des Corinthiens et des Galates,  étaient de vraies églises, mais  elles n’avaient pas toujours  la vraie prédication de la parole,  comme on l’apprend par les lettres de saint Paul aux Corinthiens et aux Galates, puisque  les uns enseignaient qu’il n’y avait pas de résurrection des corps, et les autres qu’il fallait conserver la loi de Moïse avec l’évangile.  Mais, tu diras : comment ont-elles pu être de vraies églises si elles ont enseigné l’hérésie ?  Je réponds que autre est errer quand on est  prêt à apprendre ce qu’on ignore, et à obtempérer quand on a appris;  et autre est ne pas vouloir apprendre quand on entend la vérité, et ne pas obtempérer.   Aucune de ces attitudes ne peut se trouver dans l’église universelle, mais, dans une église particulière, il ne faut pas se surprendre de voir la première.   Mais la seconde, ni dans l’une,  ni dans l’autre;   seulement dans les synagogues de satan, et dans les églises des mauvais.  Mais, dans une fausse église, il peut y  avoir une doctrine exempte de toute erreur, car les schismatiques,  comme les lucifériens et les donatistes, avaient, au début, la doctrine intacte,  ce qui ne les empêchait pas d’être en dehors de l’église.   Si on dit qu’ils n’avaient pas la doctrine parfaite, parce que la vraie doctrine enseigne qu’il faut demeurer dans l’unité de l’Église, il nous faut montrer notre désaccord,  parce que ce serait faire une pétition de principe,  car c’est dans cette même note que  se trouve  être dans l’église.   De plus, les schismatiques croient qu’il faut être dans la vraie église,  et obéir à la vraie tête, même s’ils ne le font pas.  Ils n’errent donc pas dans la foi, mais manquent de charité.
Mais, au sujet de cette note,  Brentius,  Philippe et Calvin nous opposent certains passages de l’Écriture.  Comme Jean 10 : « Mes brebis entendent ma voix. »  L’Église est donc là  où on écoute la parole de Dieu.  De même, aux Éphésiens 5 : « La purifiant par l’eau du baptême dans la parole de vie. »   L’Église est purifiée dans la parole.  Donc où se trouve une parole purifiante, là est l’Église.  C’est ce que dit Philippe dans l’apologie.  Calvin (livre 4, chapitre 1, verset 9) se contente de ce passage de Matt 18 : « Où sont deux ou trois… »     Brentius (dans sa confession de Wittemberg, chapitre sur l’église) : « Il appelle dieux ceux à qui ce discours a été adressé. »  Et, au chapitre 15 : « Vous, vous êtes purs à cause de la parole que je vous ai dite. »  L’Église est celle qui est pure devant Dieu.  Et saint Paul (aux Romains) : « L’évangile est, pour tout croyant, une vertu de Dieu menant au salut. »   Saint Jean Chrysostome ajoute (homilie 49 sur Matthieu) : « Celui qui veut savoir quelle est la véritable église du Christ, comment la connaitra-t-il si ce n’est par les Écritures ? »  Et saint Augustin (épitre 166) : « Dans l’Écriture nous apprenons le Christ;  dans l’Écriture, nous apprenons l’église. »  De même (dans le livre de l’unité de l’église, chapitre 2 : « Une question est posée parmi vous : où est l’Église ?  Que vais-je donc faire ?  Vais-je chercher la réponse dans nos paroles, ou dans les leurs ?  Je pense que nous devrons plutôt chercher dans les paroles de celui qui est la Vérité, et qui connait très bien son corps. »  Et, dans le troisième chapitre : « N’écoutons pas : je dis cela ou tu dis cela, mais plutôt : voici ce que dit le Seigneur. »  Et plus bas : « Je ne veux pas qu’on me démontre la sainte église avec des documents humains,  mais avec des oracles divins. »
Je réponds que le premier passage n’enseigne pas où est l’église, mais il enseigne plutôt qui sont les élus,  ceux qui écoutent de tout leur coeur en persévérant, et qui retiennent la parole, comme l’enseigne saint Augustin.  Puisqu’on ne peut pas savoir quels sont ceux qui écoutent de tout leur cœur, cela ne peut pas être une note de l’église visible.   C’est une note qui suffit à chacun pour connaitre conjecturalement  son élection.  Le deuxième texte ne prouve rien, car cette purification est invisible, et aussi parce que saint Paul ne veut pas enseigner ce qu’est, mais où est la vraie église.  De plus, si être rassemblé au nom du Christ est une note de l’Église,  il ne s’agit certes pas d’un rassemblement quelconque.  Au nom du Christ ?   Toutes les hérésies et tous les schismes se rassemblent au nom du Christ.   Ce sera donc être rassemblé  par ceux qui jouissent de l’autorité de Dieu, comme  les évêques légitimement ordonnés,  qui ont succédé à ceux qui avaient été légitimement ordonnés,  et cela, en remontant jusqu’aux apôtres, qui ont été placés chacun par Dieu  dans leur territoire de mission.  Cette note coïncide avec nos notes, comme nous le verrons plus loin.   Le quatrième texte ne prouve rien, car on parle là des seuls princes de Dieu à qui Dieu a confié quelque chose.  Car, c’est cela devenir la parole de Dieu pour quelqu’un.   Ensuite, parce que la parole de Dieu ne fait pas des dieux,  si elle n’est que prêchée;  il faut aussi qu’elle soit reçue et crue.  Mais cela, c’est quelque chose d’invisible.   Le cinquième texte est semblable au second, celui où Brentius dit que l’église est pure devant Dieu, c’est-à-dire, non devant les hommes.  Il n’indique  pas qu’il découle  de cette note que l’église  apparait manifestement devant Dieu et non devant nous.
Le sixième texte ne prouve rien, car l’effet produit par l’évangile est invisible.  Mais Calvin insiste.  La parole de Dieu est féconde,  et partout où elle est prêchée, elle fructifie.  Donc l’Église se trouve partout où la parole de Dieu est prêchée.   Je réponds que si ce raisonnement prouve quelque chose,  il ne prouve que partout où la parole est prêchée, il y a de bonnes personnes.  Mais, ces personnes-là nous ne les connaissons pas.   Mais il ne prouve même pas cela,  car la parole de Dieu fructifie toujours quand elle est légitimement prêchée, c’est-à-dire quand elle est prêchée par des prédicateurs envoyés par le pouvoir ordinaire.   Autrement,  il ne poussera que de l’ivraie et de la zizanie, si elle est prêchée par les hérétiques des différentes sectes.  J’ai souvent répondu à la citation de saint Jean Chrysostome.   Et, au sujet du texte de saint Augustin, je réponds qu’on prouve où est l’église par l’Écriture, non par la note de l’église, mais parce que l’Écriture enseigne quelles sont les notes, en enseignant quelle elle est, où elle a commencé, et comment elle s’est développée.
 Tu en concluras  que l’Écriture est antérieure, et plus connue  que l’église,  puisque c’est elle qui la fait connaitre comme vraie.     Je réponds que, absolument parlant, l’église est antérieure et plus connue que l’Écriture.   Car, l’église a existé avant l’Écriture,  et  c’est à elle que l’Écriture a été donnée par Dieu;  que c’est elle qui la communique aux autres, et qui l’explique.  Mais, à un certain point de vue, on peut dire que l’Écriture est plus connue, quand elle est reçue,  et quand elle s’exprime clairement sur une question qui se pose sur l’église.  On peut dire la même chose de l’église quand elle est reçue et connue, et qu’une question se pose sur l’Écriture.  L’une est donc prouvée par l’autre.   Exemple.  Quand on disputa du baptême des hérétiques,  dont l’Écriture parle obscurément, alors  que l’Église était bien connue,  saint Augustin prouva que le baptême était licite selon les Écritures par  le fait qu’il l’était pour l’Église.  Inversement, quand on discuta de l’Église en se demandant si elle existait dans la seule Afrique, saint Augustin alla chercher  dans l’Écriture des preuves claires admises par tout le monde.
La seconde note est réfutée par ces mêmes arguments.  Car, d’abord, tous la revendiquent comme leur appartenant en propre.  En effet, en plus de l’être  des catholiques, les calvinistes sont séparés des luthériens, tout en pensant avoir seuls le vrai sacrement de l’eucharistie.  Les anabaptistes sont séparés des uns et des autres, car ils pensent être les seuls à avoir le vrai usage du baptême.  De plus, les pélagiens avaient tous les sacrements,  ainsi que l’ont  tous les schismatiques.  Ensuite,  l’usage légitime des sacrements est moins connu  que l’église.  Car  l’usage légitime des sacrements est celui qui est conforme à l’Écriture, comme eux-mêmes l’enseignent.  Or, les Écritures dépendent de l’église, et non le contraire,  comme nous l’avons souvent dit.  Troisièmement,  l’Église des Corinthiens était une vraie église,  et pourtant (1 Corinthiens 2), saint Paul leur reproche de ne pas recevoir avec sincérité le principal des sacrements.  On peut dire la même chose des églises africaines, au temps de saint Cyprien et des 36 évêques dont il rapporte la sentence dans la lettre à Quirinus.  Elles étaient, elles aussi, de vraies églises.  C’est ce qu’enseignent saint Augustin et saint Jérôme contre les Lucifériens  qui ne prenaient pas au sérieux le sacrement du baptême.
La sixième note à réfuter est la psalmodie et la prière.  Si on parle de l’invocation qui vient du cœur, c’est une note invisible.   Si on parle de l’invocation externe et de la psalmodie externe,  c’est une note qui est commune à toutes les églises et à toutes les sectes.  Car, à notre époque,  toutes les sectes, même celle des anabaptistes, disent l’oraison dominicale, et chantent des psaumes en langue vulgaire, comme le faisaient autrefois aussi les ariens, au témoignage de Socrate (livre 6, chapitre 8),  et de saint Ambroise (les basiliques qu’il fallait livrer aux ariens par ordre de l’empereur.)   Ajoutons que, à cette époque, on pouvait considérer comme une note de la vraie église  le chant des cantiques en langue latine.  Cette note, seule la possède encore l’antique église catholique,  qui ne change pas à chaque jour comme les sectes des hérétiques.
 La quatrième note à réfuter est la septième de Luther, à savoir la douceur, la pusillanimité, les persécutions externes,  et la persécution interne qui vient du fait d’être   appelé hérétique.  C’est évidemment une fausse note.   Car les persécutions internes sont  invisibles, si elles sont vraiment internes.  On peut dire aussi que la pusillanimité est un vice.  Et saint Paul exhorte partout à la joie interne, et dit que le royaume de Dieu est  joie dans l’Esprit Saint.   Voir  Romains 14, Coloss 3, Philippe 4, Éphésiens 5.   Mais la persécution externe n’est pas une note perpétuelle, même s’il est vrai que dans les premiers siècles,  l’Église en a souffert beaucoup.  Car,  par la suite, elle a été triomphante, comme tout cela avait été prédit.  Voir saint  Augustin épitre 50.
La cinquième note est celle des centuriates, selon lesquels la vraie église se trouve chez ceux qui persévèrent dans la confession de la foi jusqu’à la mort.   Ce qui a été déjà réfuté, car la confession de la vraie foi n’est pas plus une note de l’église que la prédication de la vraie écriture et l’usage légitime des sacrements.   Ensuite, parce qu’on pourrait en conclure qu’elle n’existe pas chez les luthériens, puisqu’ ils disent que, pendant plusieurs siècles avant la venue du Luther, la confession de la vraie foi  avait cessé, et que l’église s’était conservée dans des refuges ou dans des cachettes, et qu’elle a donc été invisible.  L’église de Luther est neuve, et donc fausse.    Cette note, nous la voyons dans toutes les sectes, et dans aucune moins que celles des luthériens.  Car, d’abord, notre église a des martyrs innombrables, qui ont persévéré avec constance dans la profession de la foi.   Les montanistes se glorifiaient aussi de leurs martyrs, comme le rapportent Eusèbe (livre 5, chapitre 18 de son histoire de l’église), et Tertullien  dans son livre sur la fuite dans la persécution, qu’il a écrit contre les catholiques quand i l était devenu montaniste, leur reprochant de mal agir en fuyant.   De même les Messaliens, d’après Épiphane (hérésie 80).  On leur donna même le nom de « martyriens », parce qu’ils se glorifiaient extrêmement du nombre de leurs martyrs.  Saint Augustin constate la même chose au sujet des donatistes (épitre 68) : « Ils vivaient comme des voleurs, et étaient honorés comme des martyrs. »  Au sujet des anabaptistes qui vivaient  de son temps,  saint Bernard écrit ceci dans le sermon 66 sur les cantiques des cantiques : « On admirait le fait qu’ils  étaient conduits à la mort non seulement avec constance, mais allègrement. »  Au sujet des adamites,  Énée Sylvius écrit (dans son livre sur l’histoire des Bohémiens, chapitre 41) : « Les hommes avec leurs épouses avaient coutume de se diriger vers le bucher en riant et en chantant. »  À notre époque, personne n’ignore que les anabaptistes occupent le premier rang dans leur obstination de mourir pour leur perfidie.  Mais c’est le dernier rang qu’occupent les luthériens,  qui sont les seuls  à proposer cette note de la vraie église.
                                                               CHAPITRE 3
                                       On propose les notes de la vraie Église
Après avoir réfuté brièvement ces pseudos notes, il nous reste à proposer les vraies notes.   Il faut noter, au tout début, que l’Église catholique est comme un soleil,  qui darde des rayons de lumière translucides dans toutes les parties de l’univers,  qui la font connaitre facilement.   Car, elle a plusieurs notes, ou témoignages ou signes,  qui la distinguent de toutes les fausses religions des païens, des Juifs et des hérétiques.  Ces notes  ne démontrent pas avec une certitude absolue qu’elle est la vraie église de Dieu,  mais elles rendent cela évidement crédible.  Comme chacun sait, évidemment vrai,  et évidemment crédible, ce n’est pas la même chose.  Car, évidemment vrai se dit de ce qui est vu en soi ou en ses principes.   Évidemment crédible se dit  de ce qui n’est pas vu en soi, ni dans ses principes,  mais qui a des témoignages si nombreux et si importants,  qu’un sage se doit d’y croire.  Comme, par exemple, si un juge voit un homme être tué par un voleur de grands chemins, ou être blessé mortellement, et puis après, expirer, il a l’évidence de la vérité que ce larron est un homicide.   Mais s’il n’a pas vu le meurtre, mais a vingt témoins très véridiques qui disent l’avoir vu tuer, il a une évidence de crédibilité.
Nous disons donc que les notes de l’Église que nous présentons ne produisent pas une évidence de vérité au sens fort du terme, car, autrement, ce ne serait pas un article de foi que cette église est la vraie église.  Et il n’y aurait personne qui le nierait, comme on ne trouve personne qui nie les axiomes.  Mais, elles produisent une évidence de crédibilité, selon le psaume 92 : « Tes témoignages sont   grandement crédibles. »  Chez ceux qui acceptent les Écritures divines,  elles font aussi une évidence de vérité.  Car, même si la vérité d’un article de foi ne peut pas  nous être totalement évidente, elle peut l’être par hypothèse,  en présupposant la vérité des Écritures.  Car, ce qui est déduit avec évidence des Écritures  est évidemment vrai, si on présuppose que les Écritures sont vraies.
Ces notes reçoivent différents noms de différents auteurs.   Saint Augustin (dans son livre contre l’épitre du fondement, chapitre 4), présente six notes.  Et saint Jérôme, dans son livre contre les lucifériens, à la fin, n’en présente que deux.  Vincent de Lérins, lui, trois.  Parmi les plus récents,  Driedo (livre sur l’église et les dogmes, livre 4, chapitre 2, part 2),  Petrus a Soto  (première partie de sa défense, chapitre 44, et ailleurs), trois.    Le cardinal Hosius, dans l’explication du symbole, 4.  Nicolas Sanderus (livre 8, chapitre 50 de la monarchie visible,) six.  Michaël Medina (livre 2 de la foi droite),  dix.  Et, dans son livre 7, au chapitre 66, il en ajoute une onzième.  Cunerus Petri (dans son petit livre sur les notes de l’église), en met douze, si je ne m’abuse.  Car, quand nous avons écrit ceci nous n’avions pas son écrit entre nos mains.   Nous, nous proposons 15 notes, que l’on pourra, si on y tient, réduire à quatre, celles qui sont attribuées au concile de Constantinople : une, sainte, catholique et apostolique.
                                                            CHAPITRE 4
                                             On explique la première note
La première note est le nom lui-même de l’église catholique et de chrétiens. Car, comme saint Augustin l’enseigne (dans son livre  contre l’épitre du fondement,  chapitre 14),  même si toute hérésie veut être considérée comme église catholique, quand des païens demandent à des  hérétiques  où est l’église catholique,  personne n’ose montrer sa maison.  C’est ce que dit saint Cyrille, dans sa catéchèse 18 : « Si tu vas dans une ville, tu ne demanderas pas où est l’église ou la maison de Dieu,  car les hérétiques disent qu’ils ont, eux aussi, une maison de Dieu.  Mais tu demanderas  où est l’église catholique, car c’est là le nom qui est propre à l’unique sainte église, la mère de nous tous.  Si tu demandes cela, aucun hérétique ne t’indiquera son église. »  Pacianus dans l’épitre à Symprhonien, qui porte sur le nom catholique : « Ce mot catholique ne désigne ni Marcion, ni Apelles, ni Montan.  Les hérésiarques ne se l’ont pas attribué. »  Et plus bas : « Mon prénom est chrétien, mon nom de famille catholique.   Le premier m’appelle, le  deuxième  me montre. »  Et, au même endroit,  il dit que le nom catholique est à la cime et au tronc de cet arbre, d’où plusieurs branches sortent  en leur temps. Car, les sectes hérétiques sont des branches, c’est-à-dire des parties de l’arbre qui ont été coupées.  L’arbre lui-même,  qui se nourrit de sa racine,  demeure toujours le même.   Il est ce qu’on appelle catholique.   De la même façon, il n’est pas d’hérésie qui ne reçoive pas son nom d’un homme qui est son auteur, et qui ne laisse pas le nom catholiques à ceux qu’elle a quittés.  Ainsi en était-il des schismatiques au temps de saint Paul (1 Cor 3) : « Je suis de Paul, je suis de Céphas, je suis d’Apollon. »
Saint Justin dans Tryphon, dit : « Et ils sont différents par leurs noms, ayant été dénommés  par quelqu’un qui a été l’auteur d’une nouvelle doctrine.  Quelques-uns, parmi eux, s’appellent  marcionistes, valentiniens, d’autres basiliens, d’autres saturniens,  d’après le nom de ceux qui ont inventé leurs dogmes. »  Saint Irénée (livre 1, chapitre 20) : « Ils tirent leur nom du dit Simon, le prince de leur doctrine impie. »  Lactance livre 4, chapitre 30 : « Quand ils se sont nommés marcionistes  ou ariens,  ils ont cessé d’être chrétiens, eux qui, après avoir perdu le nom du Christ, se sont affublés d’autres noms. »   Athanase (semon 2 contre les Ariens) : « Ce n’est jamais de ses évêques que le peuple a reçu son nom, mais du Seigneur dans lequel il a cru.  Il est certain que nous n’avons pas tiré nos noms des saints apôtres, nos précepteurs,  mais du Christ Jésus.  Ceux qui tirent d’ailleurs l’origine de leur foi ont raison de préférer le nom de leur auteur.  Comme c’est du Christ que nous nous disons et que nous sommes chrétiens,  quand Marcion inventa son hérésie, ceux qui restèrent fidèles au Christ  retinrent le titre de chrétiens  et ceux qui ont suivi Marcion n’ont plus été appelés chrétiens, mais marcionistes.  Il en de même des autres hérétiques, qui  ont pris le nom de leur secte. »
Saint Jean Chrysostome (homélie 33, dans les actes des apôtres) : « Eux ont quelqu’un de qui ils tirent leur nom.  Car la secte porte le nom de son hérésiarque.  Nous, aucun homme ne nous a donné notre nom, mais la foi. »  Saint Jérôme contre les lucifériens, à la fin, dit : « Quand vous en entendez qui se disent chrétiens , et qui ne tirent pas du Christ leur nom, mais d’un autre,  qui s’appellent, par exemple,  martionites, ou  valentiniens, sachez que ce n’est pas l’église du Christ, mais la synagogue de l’antichrist. »   Comme donc les hérétiques de nos jours  se disent maintenant martinistes, luthériens, zwingliens,  et calvinistes, et comme aucun de nous ne s’est jamais  appelé d’après un homme, il appert que seule la nôtre est la vraie église du Christ.
 Mais, ils nous répliquent,  vous êtes souvent appelés papistes, romains, romanisants.   Je réponds que, même autrefois, les catholiques ont été appelés homoousiniens (« consusbstantialistes »), mais c’était pour attester une vérité par ce nom.  Ce ne fut pas le nom d’un nouvel auteur, ou d’un hérésiarque,  comme le sont leurs noms à eux.  Homoousinien signifie celui qui croit que le Fils est consubstantiel au Père, ce qui est un dogme archi vrai.  Le mot papiste est déduit du mot pape, ce que  Pierre a été, et même le Christ.  Les mots romains et romanisants ont été, pendant  1100 ans synonymes de catholiques,  comme l’oraison funèbre de Satyre, le frère de saint Ambroise nous le montre.  Ajoutons que saint Jean Chrysostome (homélie 33)  enseigne qu’il n’y a pas de mal à ce que les catholiques soient  appelés du nom de ceux qui gouvernent l’église au nom du Christ,  pourvu qu’ils ne prennent pas le nom d’un homme privé, comme le font les hérétiques.  Il semble là avoir prévu qu’il nous faudrait un jour porter le nom de papistes.  Mais il faut ajouter que les seuls à nous donner ce nom sont les luthériens de Germanie, nos voisins.  Ce n’est pas ainsi qu’on nous appelle  en Grèce, en Asie, en Afrique,  dans les Indes,  sans parler de l’Italie et de l’Espagne.
                                                            CHAPITRE 5
                                                       La deuxième note
La deuxième note est l’antiquité.   Car, sans aucun doute, la vraie église est plus ancienne que la fausse, comme Dieu a existé avant le diable.  C’est pourquoi on nous dit, en Matthieu (13)  que la bonne semence a été semée avant la zizanie.    L’église est dite catholique  parce que, en tout temps, elle a été et est purement et simplement catholique, puisqu’elle a été fondée par les apôtres, et est donc très ancienne.   Que notre église est plus ancienne que tous les conventicules des païens, Tertullien le démontre dans son apologie, chapitre 19 et 20, et saint Augustin (dans la cité de Dieu, chapitres 37 et 38).   Que notre église que nos adversaires appellent papiste,  est celle-là même que le Christ a instituée, et est donc plus âgée que toutes les sectes des hérétiques,  on peut le déduire du raisonnement suivant.   Dans tout changement majeur de religion, on peut toujours démontrer six choses.   La première, son auteur.  La deuxième, son nouveau dogme.   La troisième, le temps où il a commencé.  La quatrième.  Le lieu où il a commencé.   La cinquième.  Qui s’y est opposé.   La sixième.   Un petit cercle d’adeptes au début,  qui s’accroit peu à peu par l’arrivée d’autres recrues.  Nous trouvons toutes ces choses même dans l’église du Christ,  qui ne fut pas une nouvelle religion, mais seulement une mutation du statut ecclésial, selon les prédictions des prophètes.  Nous savons, d’abord, que l’auteur en fut le Christ,  d’où le nom de chrétiens que nous portons.  En second lieu, on a commencé alors à croire explicitement aux nouveaux dogmes de la trinité et de l’incarnation.  Troisièmement, on a commencé à prêcher ces choses en l’an 15 du règne de Tibère César.  Quatrièmement,  elle a commencé en Judée.  Cinquièmement.  Elle fut très tôt combattue cette religion par les scribes et les pharisiens,  et ensuite par les Gentils, avec rage et férocité.  Sixièmement, nous savons qu’au début, quand la séparation a été faite,  les chrétiens étaient moins nombreux que les Juifs.  Si donc dans le changement de statut de cette église, on peut démontrer ces six points,  on pourra les démontrer plus facilement encore dans n’importe quelle autre mutation.  Toutes ces choses nous les démontrons aisément au sujet de chacune des sectes hérétiques;  les adversaires n’ont jamais pu en démontrer aucune au sujet de notre église,  après les temps apostoliques.
Et pour illustrer la chose par des exemples.  Nous savons que le fondateur de l’arianisme  fut Arius, un prêtre d’Alexandrie,  que Nestor, évêque de Constantinople,  fut le père des nestoriens, que Luther, moine de l’ordre de saint Augustin,  fut celui des luthériens.  Deuxièmement, nous savons quels dogmes ils ont inventés.  Arius, en effet, enseigna  que le Fils de Dieu était une créature; Nestorius, que, dans le Christ,  il y avait deux personnes;  Luther, que les hommes étaient justifiés par la foi seule, mot qu’il entendait d’une façon toute spéciale,  c’est-à-dire par le seul fait qu’ils se croyaient  justes.   Il a nié aussi que l’eucharistie était un sacrifice.    Troisièmement, nous connaissons les temps.  Arius commença son hérésie en l’année du Seigneur 324, Nestorius en  431, Luther en 1517.  Quatrièmement, nous connaissons les lieux.   L’arianisme commença en Égypte,  l’hérésie nestorienne en Thrace,  le luthérianisme, en Saxe.  Cinquièmement, nous savons que les ariens ont été très tôt combattus par le pape Sylvestre, par le concile de Nicée, par Athanase, Hilaire et les autres.   L’hérésie nestorienne a été combattue par le pontife Célestin, par le concile d’Éphèse, par saint Cyrille, et par beaucoup d’autres.   L’hérésie luthérienne a été combattue par le pape Léon X, par le concile de Trente,  par un grand nombre de professeurs et de docteurs catholiques.   Sixièmement.  Nous savons que les débuts de ces sectes hérétiques furent minimes,  que, au début de la séparation,  les catholiques répandus par toute la terre étaient incomparablement plus nombreux, --ce que ne nient pas les hérétiques eux-mêmes.
Il est absolument certain qu’ils ne peuvent démontrer aucune de ces choses à notre sujet.  Car, d’abord,  ils ne nous objectèrent jamais d’avoir eu  un auteur  de notre secte, ni de tirer notre nom d’un homme particulier, ce qu’ils auraient certainement fait s’ils avaient pu le faire.  Ensuite, ils ne dénoncèrent jamais l’origine première de notre dogme.  Bien plus, les centuriates, dans chacune de leurs centuries, au chapitre 4, vers la fin, écrivent  en note les noms des auteurs qui défendent nos dogmes qu’ils combattent, sans trouver d’origine autre que celle des apôtres.   Car  ils nomment aussi saint Justin et saint Irénée parmi nos auteurs,  qui étaient proches du temps des apôtres.  Et, au chapitre 5, dans chacune de leurs centuries,  ils énumèrent  les hérésies de chacun des siècles, sans  trouver jamais une hérésie inventée par un souverain pontife, mais plutôt  des hérésies condamnées par lui.  Ils ne nous opposent pas non plus beaucoup d’hérésies.
 Il est vrai que Tilmann Heshusius a un livre sur les six cents hérésies des papistes.   Car ces pseudos hérésies, si on ignore les mensonges de Tilmann,  sont des dogmes très anciens, dont on peu prouver l’ancienneté par les centuries elles-mêmes.  Car, Illyricus  trouve nos dogmes dans tous les livres des pères. Mais ce qu’il appelle dans les pères,  taches ou  verrues, il les appelle dans nos livres,  des hérésies.  L’astuce de nos adversaires consiste en cela.  Pour montrer que nous sommes en dehors de l’Église, ils appellent nos dogmes des hérésies; et pour ne pas sembler se séparer de l’enseignement des pères,  ils appellent taches ou verrues  ces mêmes dogmes,  quand ils sont enseignés par eux.  Troisièmement.  Ils n’ont jamais pu indiquer  le temps précis de notre sortie de l’église.  Ils disent qu’après les premiers cinq cents ans, cette secte a commencé à croitre, mais quand eu lieu ce commencement, ils n’ont jamais pu le dire.  Quatrièmement,  ils ne montrèrent jamais en quel lieu elle a commencé.   Car, après les premiers cinq cents ans, a vécu saint Grégoire, avec lequel toute la terre était en relations épistolaires.   On peut s’en rendre compte  par ses lettres qu’il envoyait dans toutes les provinces.   De même, après la mort de saint Grégoire, fut célébré le sixième concile général.   Ce qui nous fait comprendre que, à cette époque,  tout l’Orient et l’Occident étaient unis au pontife de Rome, comme les membres à leur tête.
Cinquièmement,  ils ne nommèrent jamais ceux  qui se sont opposés à une hérésie papale, comme venant de naître,  et les conciles qui la condamnèrent.   Ils nous opposent le concile  de Constantinople sous Copronyme,  qui semble avoir été général, celui qui a condamné les images que les romains défendaient.    Mais ce concile ne fut pas un véritable concile général, puisqu’aucun vrai patriarche ne fut présent.   De plus, ce concile  ne condamna pas un dogme nouveau qui venait d’apparaitre, mais un dogme antique, reçu dans toute l’église.  Car,  il ne statue pas que ne soit pas reçu le culte des images, mais qu’il soit aboli,  c’est-à-dire que les images, qui y étaient déjà, soient chassées des temples.  Voir Cedrenus,  Zonara,  Paul diacre. Sixièmement.  On ne peut, en aucune façon, montrer  que notre église se soit jamais séparée d’une plus grande église, de sorte que ceux qui adhéraient au pape auraient été  beaucoup moins nombreux  que les autres chrétiens, car les lettres que saint Grégoire envoyait partout nous montrent que l’Orient et l’Occident étaient d’un seul  cœur et d’une seule âme avec lui.
 Cet argument de l’antiquité ou de l’ancienneté,  les pères l’ont utilisé abondamment contre les hérétiques, pour démontrer la vraie église.  Tertullien, dans son livre sur la prescription : « Qui êtes-vous ?  D’où venez-vous ? Quand êtes-vous venus ?  Où vous êtes-vous cachés pendant si longtemps ? »   Optatus (livre 2, contre Parménien, dit : « Montrez l’origine de votre chaire, vous qui revendiquez le nom de sainte église ! »   Saint Jérôme (dans son épitre à Pammachius et à Océanus : « Toi qui es un promoteur de nouveaux dogmes, je te demande d’épargner les oreilles romaines,  d’épargner la foi qui a été louée par la bouche apostolique.   Pourquoi, après quarante ans,  t’efforces-tu de nous enseigner ce que nous ne savions pas avant?    Jusqu’à ce jour, sans votre doctrine,  le monde a été chrétien. »  Et, dans le livre contre les lucifériens, à la fin, il dit : « Du seul fait qu’ils ont été institués après,  ils indiquent qu’ils sont ceux que l’apôtre a prédits devoir apparaitre  plus tard. »  Voilà pourquoi saint Augustin, dans son livre contre  l’épitre du fondement, chapitre 4, place l’ancienneté parmi les notes de l’Église.
Ils répondent quatre choses à cet argument.   La première.   Calvin affirme (livre 4, chapitre, 2, verset 3 des institutions)  qu’on ne peut pas tirer d’argument de l’antiquité, car Ismaël fut plus âgé qu’Isaac, et on a, quand même, dit : « Faites sortir la servante et son fils. »  Or, Ismaël ne fut pas la figure d’une fausse religion, mais de l’ancien testament, qui était bon, et qui venait de Dieu.   Mais parce que le statut des hommes de ce testament  était celui de serviteurs, qui étaient motivés par la crainte,  un nouveau testament plus parfait a du lui succéder, auxquels appartiennent des hommes libres, conduis par l’amour.  Galates 4 : « Il est écrit qu’Abraham eut deux fils, ce qui a été dit par allégorie, ces deux fils étant deux testaments. »   Ils disent ensuite au sujet de notre église, qu’on ne peut montrer en quel temps, en quel lieu, et par quel auteur elle a commencé précisément,  non parce qu’elle n’était  pas réellement neuve, mais  parce que la mutation ne s’est pas faite tout d’un coup, les erreurs pénétrant sans qu’on s’en aperçoive, et pendant le sommeil des pasteurs.  Que ces mutations n’aient pas été toutes faites en même temps, mais peu à peu, c’est Luther qui nous le fait comprendre, lui qui, au début, ne nia que les indulgences.   Et pourtant, nous savons de chacune quand et comment elles sont nées.  De plus, en Matthieu 13, on ne dit pas que la zizanie est née pendant le sommeil des hommes, mais qu’elle a été semée pendant leur sommeil, qu’elles poussèrent vite  et qu’on les connue rapidement.  Comment donc concevoir que nos hérésies n’aient pas été détectées pendant mille ans ?  Ce ne sont pas seulement les pasteurs qui ont dormi, mais Dieu lui-même, si pendant tant de siècles, il ne s’est trouvé personne pour résister à ces erreurs.  Il faudrait aussi effacer cette phrase de l’évangile : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Ils répondent, en troisième lieu, que même  si on ne peut montrer quand a commencé le début de cette dépravation,  on peut quand même montrer quand une insigne mutation a été opérée.  Car, au début de l’année 600, le pape s’est ouvertement transformé en antichrist quand le pontife romain obtint de l’empereur Phocas d’être nommé tête des évêques, quand il ouvrir le panthéon le temple de tous les dieux.  C’est ce qu’enseignent les magdebourgeois (centurie 7, chapitre 1,) avec la plupart des adversaires.   Car même Theodore Bibliander (dans les tables de sa chronologie, au début des années 600), place  à cette époque l’apparition de l’antichrist,  c’est-à-dire du pape.   Luther, dans sa supputation des temps, veut que saint Grégoire ait été le dernier pape;  et la plupart des calvinistes et luthériens étendent la pureté de l’église jusqu’aux premières 500 ou 600 années.   Or, après l’année 679,  longtemps après le temps de Phocas, a été célébré un concile général (le sixième) que les adversaires non seulement reçoivent, mais appellent sacrosaint, comme on le voit pas la confession des Tiguriens et les centuries des magdebourgeois.  Dans ce concile, le pape Agathon occupa le premier plan, car sa sentence et sa lettre  lues et expliquées par les légats, ont été suivies par tous, comme les centuriates eux-mêmes le décrivent (centurie 7, chapitre 9).   Ou le pape n’était donc pas encore l’antichrist,  ou toute l’église et le saint concile  ont vénéré et suivi l’antichrist.
De plus, il est faux que Phocas soit le premier à attribuer au souverain pontife  le nom de tête de l’Église.   Justinien sénior, qui vécut à peu près cent ans avant Phocas, (dans sa lettre à Jean 11),  l’appelle, entre autres, « tête de toutes les églises ».  On trouve la même chose  dans la lettre de Jean11, en réponse à celle de Justinien,  où le pape rappelle tous les titres que l’empereur lui a donnés.    On trouve ces deux lettres dans le code (livre 1, lois 4 et 5) »  Les centuriates n’étaient pas sans le savoir car, ( à la centurie 10, chapitre 10, colonne 670), ils se sont souvenus de la quatrième loi du code,  laquelle est tirée de la lettre du pape Jean.   Ils ont donc menti contre leur conscience.   Ensuite, avant le temps de  Justinien,  le concile de Chalcédoine, dans l’épitre à Léon, l’appelle «  la tête de tous les évêques ».   Et saint Léon lui-même (sermon 1 sur saint Pierre et saint Paul), parle ainsi : « Par le siège sacré de Pierre, tête de l’univers,  présidant plus loin par la religion divine que par la domination terrestre. »  Et plus bas : « Ce que l’effort de guerre t’a conquis  est plus petit  que ce que la paix chrétienne t’a soumis. »  Phocas n’est donc pas le premier à attribuer ce nom au pontife romain, mais le premier à avoir abaissé la superbe  de l’évêque de Constantinople, qui voulait s’égaler au pontife romain.
Et au sujet de l’église dite Panthéon, je réponds d’abord que c’est plutôt un argument à retourner contre les adversaires.   Car, en  Daniel 2, nous lisons que l’antichrist  luttera contre tous les dieux, et qu’en secret seulement il adorera le dieu Maosie.  Et saint Paul (e Thess 2) enseigne qu’il s’élèvera lui-même contre tout ce qui se dit dieu.   Si donc le pape a, comme vous le prétendez, ouvert un temple à tous les dieux,  il ne peut pas être l’antichrist.   De plus, avant que le panthéon ait été consacré à Dieu, en mémoire de tous les saints,  il y avait à Rome des temples de saint Pierre, de saint Paul, de saint Laurent,  de saint Sébastien etc.   Mais Mélanchton objecte dans sa confession et dans son apologie (article 21),  que l’invocation aux saints n’existait pas avant l’époque de saint Grégoire le grand, et que c’est alors qu’elle débuta.  Je réponds que c’est un mensonge flagrant,  car plusieurs pères parlent de l’invocation aux saints, comme nous en avons  déjà abondamment parlé.
 Quatrièmement, Calvin répond que son église n’est pas neuve, mais très ancienne, celle-là même que le Christ a fondée;  qu’elle  a été sans vie pendant plusieurs  siècles,  et qu’elle  est apparue maintenant.   Saint Augustin raisonne en sens contraire  contre les donatistes (livre 3, chapitre 2, le baptême).  Ou cette église qui apparait maintenant, avait péri avant et ressuscite aujourd’hui;  ou elle n’a pas péri, mais se cachait seulement, et maintenant sort de son trou. Ce ne peut pas être la première hypothèse, car ils n’auraient pas pu renaître si la mère avait péri : « Si elle a péri, dit-il, d’où donc Donat est-il apparu ?  De quelle terre a-t-il germé ?  De quelle mer a-t-il émergé ? De quel ciel est-il tombé ? »    Et aussi, fausses seraient les promesses du Christ en Matthieu 16 : « Je suis avec vous jusqu’à la fin des siècles. »  La seconde hypothèse non plus.  Car, cette église cachée  professait sa foi, ou ne la professait pas.  Si elle la professait, elle n’était pas cachée,  mais visible à l’œil nu.   Si elle crevait les yeux, comment se fait-il que personne ne l’ait remarquée ?  Comment n’étaient ils  pas attrapés  et écroués par les inquisiteurs qui avaient commencé d’exister dans l’église de Dieu longtemps avant le temps de Luther ?  Comment se fait-il qu’il ne reste  aucun vestige, aucun souvenir d’eux ?  S’ils ne professaient pas la foi publiquement, mais se cachaient dans lieux retirés,  ils ne furent donc pas l’église,  et il n’y eut pas, dans le monde, de vraie église.  Car, ils le disent eux-mêmes, la confession de foi est une notre de la vraie église. Romains 10 : « C’est par la bouche que se fait la confession qui mène au salut. »
S’il en est ainsi, comment se fait-il  que, à l’apparition de Luther ou de Calvin, on n’ait trouvé personne qui se joigne immédiatement  à eux  à part ceux qu’il aurait séduits ?   Si plusieurs calvinistes , plusieurs luthériens étaient cachés, ils devaient,  à la prédication de Luther et de Calvin, connaître rapidement leurs compagnons, accourir à eux, sans même avoir été appelés.  Mais, les choses ne se sont pas déroulées ainsi.   Ils avouent avoir été  auparavant des nôtres, et n’avoir jamais pensé à la nouvelle doctrine.  Bien plus, Luther lui-même avoue qu’il fut un temps où il n’était pas Luther, mais un moine catholique, qu’il a  célébré la messe pendant quinze ans, et dévotement.  Voir le livre sur la messe angulaire,  ou Jean Cochlaeus, dans les actes de Luther en l’an 1534.  De même,  le livre 2 de Luther contre Zwingli, ou le soixante-dixième  de Jean Cochlaeus, chapitre 14.
De plus, si l’égalise était cachée, comme le dit Calvin, il s’ensuivrait que l’église du Christ pourrait être pire  ou plus misérable que n’importe laquelle secte,  et même que le peuple des Juifs après la destruction de Jérusalem,  ce qui est certainement un blasphème, puisque Dieu, par ses prophètes, a  prédit souvent la gloire de l’église,  et a promis qu’il demeurerait toujours avec elle.  Les conséquences qu’il faut en tirer sont claires.   Car,  chaque secte hérétique a eu ses temples, ses évêques, ses sacrements.  Et les Juifs  eurent toujours des synagogues où ils purent pratiquer librement leurs cérémonies, comme saint Grégoire nous l’apprend  (livre 7, épitre 5).  Et on ne les a pas contraints, la plupart du temps,  à adorer d’autres dieux.  Or l’église que Calvin imagine cachée,  pendant à peu près mille ans, n’eut, pendant tout ce temps, ni de temples, ni sacrements, ni évêques, ni même un coin de terre où exercer librement les actes de sa religion.  Et, ce qui est pire encore, elle aurait été forcée de servir des dieux étrangers, d’adorer des idoles, de communier à des sacrifices.  N’est-ce pas là une captivité plus horrible et plus longue  que n’a jamais été celle des Juifs ? Cette église n’est-elle pas plus difforme que les ruines mêmes de la synagogue ?
                                                                 CHAPITRE 6
                                                            La troisième note
La troisième note est une longue durée jamais interrompue.   Car, l’Église est dite catholique, non seulement parce qu’elle a toujours été,  mais aussi parce qu’elle sera toujours, selon ces paroles de Daniel 9 : « Un règne qui ne cessera jamais pendant toute l’éternité. »  Et dans les actes 5 : « Si ce projet ou cette entreprise vient des hommes, il se dissipera.  S’il vient de Dieu, vous ne pourrez pas l’abattre. »  Au sujet des hérétiques, saint Paul dit (2 Tim 3 : « Mais ils n’avanceront pas plus loin. »  Saint Cyprien (livre 4, épitre 2) dit que les schismatiques en resteront toujours  à leurs débuts, qu’ils ne pourront pas avoir de véritable croissance, mais  s’écrouleront, avec leur ambition dépravée. »  Et saint Augustin (psaume 57, commentant ce verset : « Ils n’aboutissent à rien, comme de l’eau qui coule », écrit : « Que ne vous terrifient pas, frères, certains cours d’eau  qu’on appelle torrents.   L’eau y circule à flots pendant un certain temps,  mais elle cessera bientôt.   Ils ne peuvent pas durer longtemps.  Beaucoup d’hérésies sont déjà mortes, elles ont coulé dans leur rivières tant qu’elles ont pu.  Elles ont reflué,  leurs rives sont sèches, on en conserve à peine un souvenir,  on ne se souvient même plus de leur existence. »  Il est prouvé et établi que notre Église a duré depuis le début du monde jusqu’à aujourd’hui.   Et si on s’en tient à l’église du nouveau testament,  elle a duré depuis le Christ jusqu’à 1577.  C’est en vain que l’ont attaquée les Juifs, les païens et les hérétiques.  Non seulement elle a duré, mais elle s’est développée  grâce  aux persécutions. C’est comme pour les eaux du déluge.   Elles renversèrent les palais des rois, et mirent tout en pièces,  mais elles soutinrent d’autant plus puissamment l’arche de Noé.  De la même façon, les persécutions détruisent les royaumes terrestres, mais le royaume du Christ qui est l’église, non seulement elles ne le détruisent pas, mais  elles l’exaltent.  Voilà pourquoi saint Justin dans le Tryphon,  dit que les persécutions de l’église sont comme l’émondage de la vigne : l’une et l’autre favorisent la fertilité et la fécondité.  C’est un fait que l’église croit par les persécutions.  Tertullien, dans le dernier chapitre de son apologie,  en une formule célèbre, appelle « le sang des chrétiens la semence des martyrs ».  C’est ce qu’explique saint Léon dans son sermon 1 sur saint Pierre et saint Paul : « L’église n’est pas diminuée par les persécutions, mais elle est augmentée.  Et le champ du Seigneur se revêt d’un froment plus abondant quand sont multipliés les grains qui tombent seuls. »
Bien que les hérétiques de notre époque ne concèdent pas que notre église ait duré jusqu’ l’année 1577,  ils admettent, cependant, qu’elle a duré, sans interruption, jusqu’à saint Grégoire le Grand, c’est-à-dire  environ six cents ans.   Si cette durée de l’église était la seule et la plus longue, elle serait quand même plus longue que celle de toutes les hérésies.  Mais, il est faux qu’elle n’ait pas duré plus longtemps,  car ils ne peuvent  même pas  montrer, par aucune histoire ou par aucun écrit des anciens, qu’il se soit fait  une mutation de l’église romaine au temps de saint Grégoire le grand.    Que notre église est la vraie, on peut aussi le prouver par l’argument suivant.   Avant le temps de Luther,  les seules religions qui existaient dans le monde étaient le paganisme, le judaïsme,  le mahométisme,  le grécisme,  le nestorianisme, l’hérésie des Hussites, et l’église romaine.  Or, il est certain que la vraie église du Christ n’a été dans aucune de ces religions ou sectes.  Elle était donc dans l’église romaine, ou la vraie église visible aurait péri et serait disparue, ce qui ne peut pas arriver, comme nous l’avons déjà démontré.   Or toutes ces fausses religions ou ces sectes ont eu la vie brève, et n’existent que dans les livres d’histoire.
Theodoret rapporte dans son livre sur les fables  des hérétiques  soixante-dix-sept hérésies différentes apparues avant lui.  Et au livre 3 de cette même œuvre, il atteste que toutes sont éteintes, à l’exception de quelques-unes.   Saint Augustin (dans son livre sur les hérésies), énumère 88 hérésies, dont un grand nombre ont péri, comme il l’atteste dans son commentaire du psaume  57.   Jusqu’au temps de Luther, nous  énumérons, nous,  200 familles différentes d’hérétiques.  De toutes ces hérésies, ne survivent  que quelques églises nestoriennes et eutychiennes en Orient,  et  hussites en Tchécoslovaquie.  Toutes les autres sont complètement disparues.  Il faut grandement admirer la providence de Dieu, parce que les deux cents hérésiarques qui avaient attiré à eux plusieurs  évêques, qui avaient contrôlé plusieurs églises,  et reçu la protection de puissants personnages, des empereurs et des rois,  qui avaient écrit des livres innombrables,  et semblaient ne devoir jamais cesser, sont disparus au point que leurs écrits, leurs livres, leurs dogmes, et même leurs noms, ne survivent que dans les livres des catholiques.  Et cela est si vrai que si les catholiques n’avaient pas écrit les noms de ces hérésiarques dans leurs livres, on ne saurait plus s’ils ont  jamais existé.    Quelles profondes racines ne semblait-elle pas avoir poussé l’hérésie arienne au temps de saint Athanase et de saint Hilaire ?  Et maintenant, je le demande, où est-elle ?  Elle s’est évaporée.  Elle est comme la poussière que le vent a projetée loin de la terre.  Au douzième siècle, régnait en Gaule l’hérésie des Albigeois, qui, en plus des richesses de leur doctrine,   jouissait de l’appui et du secours des soldats et des princes,  plus  que n’en a  jamais connu  l’hérésie des calvinistes, comme le rapporte Paul Émile dans son livre 6 sur les choses gauloises.  Mais où sont aujourd’hui les albigeois ?  Qui pense à eux, qui même les nomme ?
Les luthériens, à peine nés, commencèrent à croitre.   Le règne de Luther commença  en l’an 1517.  Mais, il n’a régné pacifiquement que pendant sept ans.  Car, en l’an 1525,  survint Zwingli,  et après deux autres années,  les anabaptistes,  qui séparèrent de Luther la plus grande partie des luthériens pour l’amener à eux.   Les luthériens qui demeurèrent  changèrent à ce point la doctrine de Luther que c’est à peine si on trouvait encore de vrais luthériens.  C’est de quoi se plaint amèrement Illyricus dans les préfaces de ses centuriates.   Mais Zwingli ne régna pas non plus très longtemps.   Car en 1538, Calvin est apparu qui, en peu de temps, sut s’imposer tellement qu’il ne laissa aux zwingliens que quelques villes de la Suisse.  Par la suite, le nombre des calvinistes a été réduit progressivement  par les libertins en France, les puritains en Angleterre, les trinitaires en Pologne,  les Samosatènes en Transylvanie.
 Calvin, qui était perspicace,  prévit que son règne ne durerait pas longtemps, et il le prédit, dans la préface du catéchisme de Genève, qu’il envoya à ses ministres dans la Frise orientale : « De la postérité je suis à ce point anxieux  que j’ose à peine y penser.   À moins que, dans sa grande miséricorde, Dieu ne nous secoure du haut du ciel,  il me semble qu’une grande barbarie  menace de frapper notre  terre.  Je crains que, dans quelque temps, nos fils n’arrivent à penser que cette parole évangélique  a été une  conjecture  plutôt qu’un discours prophétique. »  Cette anxiété de Calvin démontre assez clairement que sa secte était une chose humaine, qui n’avait pas été conçue par l’esprit de Dieu, mais par l’ingéniosité et  la témérité humaines.   Qu’elle était donc loin de l’Esprit qui dit : « Sur cette pierre j’édifierait mon église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point sur elle. »
Les centuriates aussi, dans la préface de la seconde centurie,  prédisent la même chose de leur luthéranisme : « Des variations  et des détournements  semblent  s’insinuer dans la doctrine la plus importante.  Et c’est ce que méritent les péchés des hommes, qui sont chaque jour plus atroces qu’au temps du prophète germanique Martin Luther, par la voix et le ministère duquel  la lumière de l’évangile a été rappelée des ténèbres égyptiennes  au temps des apôtres.  Mais maintenant, après l’avoir laissé de côté,  nous semblons être  entrés dans un autre âge de l’évangile,  dans lequel plusieurs fanatismes  commencent à pulluler,  et à régner petit à petit. »  Et, dans la préface de la centurie 5, il déplore  que les principaux articles  du libre arbitre, de la foi justifiante,  des bonnes œuvres, ne soient plus défendus  par la plupart des luthériens,  mais compris dans le sens des papistes.     Nous concluons donc, avec saint Jérôme, dans son dernier dialogue avec les lucifériens : «  Je vais exposer ma pensée en mots brefs et clairs : il faut demeurer dans l’église  qui a été fondée par les apôtres,  et qui dure jusqu’aujourd’hui. »  Et avec saint Augustin, dans son livre sur l’utilité de croire, chapitre 17 : « Hésiterons-nous  à demeurer dans le sein de cette église qui, par le siège apostolique et la succession des évêques, obtint la victoire sur les vains assauts des hérétiques ? »
                                                              CHAPITRE 7
                                                        La quatrième note
La quatrième note est l’amplitude,  ou la multitude et la variété des fidèles.    L’église catholique n’a pas seulement embrassé tous les temps, mais aussi tous les lieux, toutes les nations,  toutes les sortes d’hommes.  C’est ce qu’enseigne Vincent de Lérins, quand il explique ce que c’est qu’être chrétien.  Il dit que sont des catholiques  ceux qui tiennent ce qui a été tenu toujours, partout et par tous.  Et c’est ce qui avait été prédit dans le psaume 2 : « Je te donnerai les nations pour ton héritage et ta possession, tous les territoires de la terre. »  Et le psaume 71 : « Il dominera d’une mer à l’autre. »  Et le Seigneur lui-même dans saint Luc et les actes des apôtres, dit qu’on « doit prêcher l’évangile à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. »
Il faut faire quelques remarques avant de déployer nos preuves.  La première.    Pour que l’église soit catholique, comme l’enseignent saint Augustin (l’unité de l’église, chapitre 6) et Bède le vénérable (chapitre 6 des cantiques),  il est d’abord requis qu’elle n’exclue aucun temps, aucun lieu,  aucune sorte d’hommes.   En quoi elle se distingue de la synagogue, qui était une église particulière, non catholique, qui était d’une époque,  celle de l’attente du Messie,  d’un lieu, c’est-à-dire, le temple de Salomon, en dehors duquel on ne pouvait pas sacrifier, et d’une famille, c’est-à-dire les fils de Jacob (et  d’une tribu, celle de David). »  En second lieu, notons avec saint Augustin (épitre 80 à Hesychius) que, pour que l’église soit catholique, il n’est pas requis qu’elle soit dans tous les lieux de toutes les parties de la terre.   Il suffit qu’elle soit connue par toutes les provinces,  qu’elle fructifie en toutes,  de sorte que, de toutes les provinces, il y en ait qui soient dans l’église,  car le Christ ne peut pas revenir avant que cela ne soit arrivé (Matth 24).    Troisième remarque.   Comme le dit Triedone (livre 4, chapitre 2, par 2, les dogmes de l’église), cette note ne requiert pas que tout cela se fasse simultanément, de sorte qu’il soit nécessaire qu’à une époque donnée, il y ait des fidèles dans toutes les provinces.   Il suffit que cela se fasse successivement.   Il s’ensuit de cela que si une seule province retenait la foi, on pourrait encore l’appeler vraiment et proprement église catholique, pourvu que l’on démontre qu’elle est seule à être  la même que celle du passé, comme aujourd’hui un diocèse est dit catholique quand  il est en continuité avec les autres qui constituèrent autrefois l’église catholique.
Mais tu diras que c’est tomber dans l’erreur de  Petilien et des donatistes.   Ils  disaient  que l’église avaient été, pendant  quelque temps, dans tout le monde, mais qu’elle avait péri dans toutes les provinces, et n’était demeurée que dans la seule Afrique.  Ce sont ceux-là que blâme saint Augustin (dans  le psaume 101, sermon 2).  Il répond que les donatistes se trompent de deux façons.  La première.   En voulant que le christianisme n’existe qu’en Afrique, en un temps où elle était manifestement florissante par toute la terre.   La seconde.   Que l’église africaine ne pouvait pas continuer celle qui avait existé dans toute la terre, car, dans l’église universelle, il  y a toujours eu des bons et des mauvais, alors que dans l’église donatiste, il n’y a que des bons.  Enfin, notons que même si l’église ne doit pas nécessairement être présente dans tous les lieux , cependant, en ce temps,  elle doit nécessairement être ou avoir été dans la plus grande partie de la terre.  Car l’église, du consentement de tous et même des hérétiques, a vieilli.
Si donc, dans son adolescence et sa jeunesse, elle n’a pas cru, comment croitrait-elle dans sa vieillesse ?  Pour qu’elle ait cru, il faut donc qu’elle ait occupé  si non toute la terre, du moins une grande partie.   Que notre église ait  occupé la plus grande partie de la terre, et soit donc catholique, nous l’avons déjà prouvé.  Car, c’est au temps des apôtres qu’elle commença à fructifier dans tout le monde, comme saint Paul le dit aux Colossiens 1.  De même, au temps de saint Irénée, elle était répandue sur toute la terre, c’est-à-dire dans toutes les provinces alors connues.  C’est ce que rapporte de son temps Tertullien (livre contre les Juifs, chapitre 3).  Saint Cyprien raconte aussi la même chose (dans son livre sur l’unité de l’église).  La même chose saint Athanase (dans son livre sur l’humanité du Verbe),   La même chose, ensuite, saint Jean Chrysostome (Matt 24) et saint Jérôme (Matt 24), saint Augustin (épitres 70 et 80 à Hésychius), ainsi que Theodoret (dans son livre des lois), et saint Léon le grand (sermon 1 sur les saints Pierre et Paul), et saint Prospère (dans son livre sur les ingrats,  il rime ainsi : « Rome, siège de Pierre, que l’honneur pastoral a fait la tête du monde, tient par la religion ce qu’elle n’a pas tenu par les armes. »
Mais cela, peut-être, nos adversaires ne le nieront pas.   Montrons donc la même chose dans les temps qui sont venus après.   Au temps de saint Grégoire le Grand, notre église a été présente sur tout le globe.  C’est une chose connue, et nous l’avons plus haut démontré grâce aux lettres de saint Grégoire aux évêques d’Orient, d’Afrique, d’Espagne, des Gaules, de l’Angleterre et de la Sicile;  du commentaire des cantiques de Bède le vénérable, au chapitre 6, des paroles de saint Bernard, qui, disputant devant le roi Roger de Sicile, soutenait  que, en son temps, obéissaient au pape tout l’Orient,  et tout l’Occident, la France, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne et le Portugal,  et un grand nombre de nations barbares. (Voir la vie de saint Bernard, livre 2, chapitre 7).  Enfin, à notre époque,  en plus de l’Italie, de toute l’Espagne, de presque toute la France, de l’Allemagne, de l’Angleterre,  de la Pologne, de la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Grèce, la Syrie, l’Éthiopie, l’Égypte, dans lesquels on trouve beaucoup de catholiques,  et dans le nouveau monde lui-même, elle a des églises sans aucun hérétique, et dans les quatre parties du monde : dans l’Orient,  les Indes; en Occident, l’Amérique septentrionale, et la Laponie;  au midi, le Brésil, et la partie externe de l’Afrique.  Or, les sectes hérétiques  n’ont jamais occupé toute la planète, mi même la dixième partie.
La secte mahométane, avec les hérésies de Nestor et d’Eutychès qui survivent en Orient,  ne sont jamais passées en Occident.   Les hérésies de Luther n’ont jamais traversé l’océan, et n’ont vu ni l’Asie, ni l’Égypte, ni l’Afrique, ni la Grèce.  Ce qui nous fait comprendre l’énormité du mensonge que l’on voit au début de la préface de la concorde des luthériens,  éditée en 1580.   Car, ils disent que la confession augustinienne est parvenue  à tout l’univers, qu’elle a été prêchée et reçue par tous !  Or, de ces trois parties de la terre, deux majeures,  l’Asie et l’Afrique,  n’ont jamais entendu le nom de la confession;  en  Europe,  plusieurs provinces, comme toute la Grèce, l’Italie, l’Espagne,  ou ne savent pas ce qu’il y a dans la confession augustinienne,  ou l’exècrent.    La Gaule, la Suisse, et l’Angleterre ne la reçoivent pas.    En somme, rares sont les cités  qui soient possédées complètement par une secte hérétique.  Même si les hérétiques semblent, en ce temps, obtenir une grande partie du septentrion,  cependant, ces pays ne sont pas tenus par une secte, mais par plusieurs,  qui ne sont pas moins en guerre entre elles qu’avec nous.  Saint Augustin a donc raison d’enseigner (dans son livre sur les pasteurs, chapitre 8) que l’Église est partout, et que l’hérésie, elle aussi,  est partout;   mais  que, étant une, l’église est la même partout, alors que,  parce qu’elle n’est pas la même,  l’hérésie est multiple,  revêt  des formes diverses, qui ne se connaissent pas ou qui se combattent.  L’hérésie ne peut donc pas être catholique.  Voilà pourquoi il compare les hérésies à des branches coupées, qui demeurent là où elles sont tombées de l’arbre, tandis que, pendant ce temps, l’église, comme une vigne vivace,  étend ses sarments.  Il se sert souvent de cet argument dans  son livre contre l’épitre du fondement,  et dans son livre sur l’utilité de croire, chapitres 1 et 17, et ailleurs. »
Les hérétiques ne peuvent pas espérer que leur secte occupera toute la terre, car l’église ne peut pas commencer à croitre quand elle est déjà vieille,  comme nous l’avons dit plus haut.  Et si saint Augustin a jugé qu’il serait absurde de penser que l’hérésie des donatistes, née aux troisième siècle à Carthage,  se propagerait, un jour, sur toute la terre, (livre de l’unité de l’église, chapitres 14 et 15), combien plus absurde encore est-il   de penser que, en l’année 1577, l’hérésie luthérienne ou l’hérésie calviniste est destinée à se répandre, de Wittemberg et de Genève, sur toute la terre.
                                                                  CHAPITRE 8
                                                            La cinquième note
La cinquième note est la succession des évêques, dans l’église de Rome, depuis les apôtres jusqu’à nous.  Cette succession ininterrompue,  tous les anciens l’ont utilisée comme un argument imparable pour démontrer la vraie église.  Saint Irénée (livre 3, chapitre 3) énumère tous les évêques de Rome, de saint Pierre à Éleuthère,  qui siégeait en son temps; et affirme que, par cette succession, les hérétiques sont confondus.  Tertullien (au livre de la prescription), écrit : « Que les hérétiques indiquent les origines de leurs églises, qu’ils déroulent la succession de leurs évêques, qu’ils montrent que le premier de leurs évêques provient de l’un des apôtres, ou a eu comme prédécesseurs des pères apostoliques.  Or, c’est de cette manière que l’église des romains relie Clément à Pierre. »  Eusèbe dans son histoire et dans sa chronique,  saint Jérôme et Prospère, qui continuèrent la chronique d’Eusèbe,  insistent énormément sur la succession des évêques de Rome, pour en tirer la preuve de la continuité de l’église.  Épiphane (hérésie 27, qui est celle de Carpocrate) énumère, par ordre, tous les pontifes romains, en ajoutant : « Et  que personne ne s’étonne que nous les ayons ainsi nommés dans l’ordre, l’un après l’autre, car c’est ainsi qu’on démontre la grandeur de l’église romaine. »
Optat de Milet (livre 2, contre Parménien) énumère tous les pontifes romains jusqu’à Syricius qui siégeait alors, pour montrer que, chez les donatistes, il n’existe pas d’église capable, par une succession semblable, de remonter jusqu’aux apôtres.   Et  il ajoute : « Montrez-nous l’origine de votre chaire, que vous voulez revendiquer comme la sainte église ! »  Ensuite, saint Augustin (dans son épitre 165 à Generosus) énumère, dans le même but, tous les pontifes romains, de saint Pierre jusqu’à Anastase, qui siégeait alors.  Et dans les psaumes, il dit contre le parti de Donat : « Énumérez les prêtres, qui ont succédé à Pierre sur son siège, dans l’ordre même de succession, et examinez ses successeurs.  C’est elle  la pierre que ne vaincront pas les portes de l’enfer. » Et   (au livre contre l’épitre du fondement, chapitre 4) : « Que le seigneur Jésus me retienne dans l’église auprès du siège de l’apôtre Pierre, à qui le Seigneur a commandé de paitre ses brebis  jusqu’à son successeur actuel dans l’épiscopat et le sacerdoce. »  Si donc, pour démontrer la vraie église,  les anciens ont fait un si grand cas de la succession ininterrompue de 12 ou 20 ou 40 souverains pontifes, ne devons-nous pas attacher une importance encore plus grande  à la succession interrompue de 200 pontifes ?  Surtout quand nous voyons s’effondrer d’autres sièges apostoliques, comme ceux d’Antioche, d’Alexandrie, et de Jérusalem.   Après que, dans les années  900,  les Perses ou les Sarazins  ont  enlevé ces églises aux Romains,  la succession des évêques fut interrompue ou devint problématique.  Or, dans la ville de Rome, où fut changée si souvent la forme de gouvernement temporel,  tantôt par les empereurs, tantôt par les rois des Goths,  les exarques des Grecs, et même des consuls, dominant justement ou injustement,  et qui a même été pillée et saccagée,  le siège de Pierre n’a jamais fait défaut,  n’a jamais été renversé, mais est demeuré toujours immobile.
Mais, pour mieux comprendre cet argument, il faut donner quelques explications.  La première.   L’Église ne peut, en aucune façon, exister sans pasteurs et sans évêques, comme l’enseigne saint Cyprien (épitre 9, livre 4).  Il dit que « l’église est le peuple de Dieu uni à l’évêque; que l’évêque est dans l’église, et l’église dans l’évêque. »  C’est pourquoi, saint Jérôme (dans son livre contre les lucifériens) écrit : « Il n’existe pas d’église qui n’ait pas de prêtres. »  Ce que l’on prouve par un texte de saint Paul  (Ephèsiens  4) : « Et lui-même a donné des apôtres, des prophètes, des pasteurs,  des docteurs,  pour le perfectionnement des saints,  dans l’édification du corps du Christ, jusqu’ à ce que etc. » L’apôtre enseigne là qu’il y a aura des pasteurs dans l’église, jusqu’au jour du jugement.  C’est alors que nous accourrons au Seigneur dans l’unité de la foi, en un homme parfait, selon la mesure de l’âge de la plénitude du Christ.  Que les évêques soient les pasteurs de ce troupeau,  c’est ce que le même apôtre enseigne (actes  20) : « Veillez attentivement à tout le troupeau où le Saint-Esprit vous a placés comme évêques devant régir l’église de Dieu. »  Mais même un Luther ne nie pas cela.   Dans son livre sur l’église et les conciles, il place parmi les notes de l’Église le fait d’avoir de vrais pasteurs.  Il s’ensuit donc nécessairement que n’est pas la vraie église celle qui n’a pas de vrais pasteurs.
La deuxième explication.   Ceux-là seuls sont de vrais évêques, et sont regardés comme tels, qui peuvent montrer qu’ils descendent des apôtres par une légitime succession et ordination. Tous les autres sont des voleurs et des larrons, qui ne sont pas entrés par la porte, mais par la fenêtre.  Car, il est appert que le Christ, qui a institué l’église du nouveau testament,  n’a appelé au sacerdoce et à l’épiscopat que douze apôtres, et leur a communiqué un pouvoir semblable d’en ordonner d’autres.  C’est ce que montrent non seulement  les historiens anciens, comme Eusèbe, mais les centuries elles-mêmes des magdebourgeois.   Et Paul, qui, en dehors l’ordre établi par le Christ dans son église,  a été fait apôtre par le Christ lui-même,  après son ascension, n’aurait pas été reconnu par l’Église  s’il n’avait pas été baptisé par elle, et n’avait pas accepté les décisions du concile des apôtres;  et s’il n’avait pas été ordonné par eux,  comme nous le montrent les actes des apôtres  (9 et 13) et Galates 1.   Comme dans le peuple de l’ancien testament, qui se propageait par la génération charnelle,  nul n’était du peuple de Dieu sans descendre d’un des douze fils de Jacob, et nul n’était prêtre sans descendre de Lévi par Aaron, (et c’est pour cela qu’on conservait soigneusement les généalogies),  de la même façon, dans le peuple du nouveau testament,  qui se multiplie par la génération spirituelle,  nul n’est chrétien sans avoir été converti par les apôtres,  ou leurs successeurs, ou leurs légats; et nul n’est évêque sans succession légitime.  Voilà pourquoi les historiens annotent si scrupuleusement les successions d’évêques.
La troisième explication.   Deux choses sont requises pour qu’on dise d’un évêque qu’il descend légitimement des apôtres, et qu’il est donc un évêque légitime.  La première est la succession, et l’autre l’ordination.  Quant à la succession,  il est nécessaire que quelqu’un qui veut être un vrai évêque, succède  à un apôtre, comme saint Clément a succédé à saint Pierre, et comme saint Polycarpe a succédé à Jean,  ou à quelqu’un que saint Jean avait fait évêque.  Comme saint Ignace a succédé à Évodius,  et Anien à Marc,  que Pierre avait faits évêques.   Et s’il s’agit d’un nouvel épiscopat,   il suffit que le nouvel évêque soit ordonné par celui qui a l’autorité apostolique,  l’évêque de Rome.  Car, comme saint Augustin le dit dans l’épitre 162, « dans l’église romaine,  la principauté de la chaire apostolique a toujours été en vigueur. »  La raison en est que l’institution de nouveaux épiscopats ne peut pas appartenir à  quelqu’un  qui régit une région particulière et limitée, comme les évêques diocésains,   mais à celui qui préside à toute l’église, et à qui incombe, en propre, le devoir de la propagation de la foi,  comme l’ont été les apôtres.   Car Pierre  l’a, d’office, et les autres, par délégation.  Et quiconque entre autrement n’est pas de l’église apostolique,  puisqu’il ne peut montrer qu’il origine des apôtres.   Mais nous ne nions pas que les patriarches et les métropolitains puissent parfois ériger de nouveaux épiscopats, comme l’a fait saint Athanase en Orient, et saint Boniface en Allemagne, car ils avaient l’autorisation du siège apostolique.
Quant à l’ordination,  il est requis que le candidat à l’épiscopat  soit sacré par trois évêques, qui ont été eux-mêmes ordonnés par ceux qui ont été ordonnés par les apôtres.  C’est ce que nous voyons clairement exprimé dans le canon 1 des apôtres, où il est prescrit que l’ordination d’un évêque doit se faire par deux ou trois évêques, c’es-à-dire par deux évêques assistant le métropolitain, ou  par plusieurs.   De même, Anaclet (dans la lettre 2)  enseigne que Jacques  a été ordonné évêque de Jérusalem par Pierre, Jacques et Jean, et que c’est de cette façon, par au moins trois évêques, qu’un nouvel évêque doit être sacré.   On trouve la même chose dans le concile de Nicée 1, chapitre 4,  et dans celui de Carthage 4, chapitre 2.   L’apôtre lui-même en parle (1 Timothée 4) : « Ne néglige pas la grâce qui est en toi, qui t’a été donnée par l’imposition des mains du presbytérium. »  Par presbytérium,  il entend l’assemblée des évêques, qui, avec l’ordonnant, imposaient les mains sur la tête de l’ordonné, comme l’exposent saint Jean Chrysostome,  Theophylactus, et Oeconomius.  Il n’est pas étonnant qu’on appelle presbytérium l’assemblée des évêques, car le mot presbyte était  alors un nom commun aux évêques et aux prêtres, comme on le voit dans l’épitre de saint Irénée à Victor, (que l’on trouve dans l’histoire d’Eusèbe, livre 5, chapitre 24).  Dans cette lettre, saint Irénée appelle presbytes les pontifes romains Victor, Anicet, Pie,  Telephorus, et Xystus.   Il ne peut donc pas y avoir de doute qu’on requière ordinairement trois évêques pour l’ordination d’un nouvel évêque, sauf le cas d’une dispense, quand, par exemple, l’évêque consécrateur est accompagné de deux abbés qui tiennent la place d’évêques, ce qui arrive quand on a de la difficulté à trouver des évêques.
La quatrième explication.   Les hérétiques anciens avaient coutume d’imiter, la plupart du temps, l’église dans l’ordination des évêques, comme nous le montrent saint Cyprien (livre 1, épitre 3) et saint Augustin (épitre 165).  Voilà pourquoi  les saints pères ne leur ont reproché que le défaut de succession, et c’est par ce défaut seul qu’ils ont prouvé qu’ils n’étaient pas de vrais évêques, qu’ils n’appartenaient donc pas à l’église apostolique, puisqu’ils ne tiraient pas leur origine de la succession des apôtres.   Les hérétiques de notre époque n’ont ni l’une ni l’autre, c’est-à-dire ni l’ordination, ni la succession;  et c’est avec beaucoup plus d’insolence que les hérétiques anciens qu’ils usurpent le nom et la charge d’évêques.  Nous tirons de cela   l’argument irréfutable, que voici.  L’Église ne peut exister sans évêques, comme nous l’avons prouvé. Or, chez les luthériens, il n’y a ni évêque,  ni succession apostolique, ni ordination.  Il n’y a donc pas chez eux, d’église.  Et ni Luther, qui est considéré comme évêque de Wittemberg,  ni Zwingli,  qui est considéré comme l’évêque de Tigurinus,  ni Oecolompadius,  qui sur l’épitaphe de son tombeau est appelé  évêque de Bâle, ni Calvin, qu’on appelle l’évêque de Genève,  ni aucun des autres n’ont été ordonnés par trois évêques,  ni même pas un seul, par dispense,  en présence de deux abbés.  Cela est très connu, et eux-mêmes ne le nient pas.   Donc, au moins pour les pères de Nicée et de Carthage,  qui ont statué  qu’un évêque doit être ordonné par  trois évêques,  ceux-là ne sont pas évêques.   Et leur va comme un gant ce que Cyprien a écrit de la simplicité  de certains prélats : « Voici ceux qui s’entendent avec des téméraires,  s’avancent sans disposition divine,  qui se constituent préposés  sans la loi de l’ordination, qui, sans avoir reçu l’épiscopat d’aucun évêque, s’arrogent le nom d’évêques. »
Brentius répond : « Nous avons été, nous, légitimement appelés par le peuple et la magistrature, c’est par eux que nous avons reçu l’épiscopat.  Nous ne nous sommes pas intronisés nous-mêmes. »      Voici ce qu’on peut rétorquer à cela.   Nous ne discutons pas de l’élection d’un évêque,  que nous savons avoir été faite, par le passé,  de différentes façons.  Il est avéré, en effet, que les apôtres et les anciens pontifes romains ont envoyé des évêques à des peuples sans avoir sollicité, au préalable, en aucune manière, leur consentement.  Il est avéré  aussi que le peuple,  avec le clergé, a élu un évêque, et parfois seulement le clergé.  Or, quel qu’ait été le mode l’élection,  l’ordination a toujours été nécessaire,  que non le peuple mais les évêques,  au nombre de trois, conféraient.  Cela personne ne l’ignore, sauf ceux qui ne lisent pas.  Que Luther dise donc par quels évêques il a été ordonné évêque de Wittemberg.  Que les autres disent aussi  par quels évêques ils ont été ordonnés.  Ils ne le diront pas, parce qu’ils ne peuvent pas le dire.
De plus, qu’ils n’aient pas succédé aux anciens évêques dans l’épiscopat, cela est tout à fait certain, parce que dans toutes les villes où ils se sont faits évêques, il y avait alors et il y a encore, presque partout, des évêques catholiques,  qui avaient succédé légitimement à leurs prédécesseurs. Or, on ne succède qu’à un évêque défunt ou déposé.  Et aussi parce qu’ils prétendent  avoir été les premiers évêques de ces villes.  Certes, à Bâle, est encore debout  l’épitaphe du tombeau d’Oecolampadius  où il est écrit, comme je l’ai noté un peu avant, car je l’ai lu moi-moi-même, et non sans rire : « Oecolampadius premier évêque de cette ville ! » On peut donc dire d’eux ce que saint Cyprien a dit à Magnus (livre 1, épitre 6) : « Novatien n’est pas dans l’église, ni ne peut être compté parmi les évêques,  lui qui, après avoir méprisé la tradition apostolique,  a été ordonné par lui-même, »  Et plus bas : « Comment peut-il être considéré comme un pasteur  celui qui, pendant que demeure encore le vrai pasteur dans l’église de Dieu,  se fait président par une ordination factice,  ne succède  à personne, commence par lui-même,  et devient  étranger et profane ? »  Ces textes sont similaires aux citations que nous avons faites  d’Irénée, de Tertullien, d’Épiphane, d’Optatus et de saint Augustin, au sujet de la succession légitime.
Mais ils nous objectent d’abord que,  ayant abandonné la vraie foi,  les évêques papistes ne sont plus de vrais évêques; que les pieux ministres sont donc en droit de prendre leurs places.   Je réponds  à l’objection de Brentius (en admettant qu’il y ait  un doute sur où est la vraie foi, ce qui est, toutefois,  pour nous quelque chose de très certain), que les évêques catholiques qui, pendant tant de siècles,  possédèrent leurs sièges en paix, ne peuvent en être dépossédés  sans qu’ils aient été légitimement jugés et condamnés.  Car, dans toute controverse, la position du possédant est la meilleure.    Or, il s’avère que les évêques catholiques  n’ont été condamnés par aucun tribunal légitime.  Car, qui donc les a condamnés à part Luther ?  Or, ils sont, eux, des accusateurs, non des juges.  Car qui les a constitués nos juges?   De plus, même si les nôtres étaient déjà condamnés,  ils ne leur succèdent pas dans la continuité, puisque personne ne les a institués évêques, personne, dis-je,  qui ait eu l’autorité de le faire.  Ils ne sont pas de vrais évêques puisqu’ils n’ont été ordonnés par personne qui ait le pouvoir de les ordonner, comme nous l’avons montré plus haut.
Brentius nous faut une seconde objection au même endroit, c’est-à-dire dans le prolégomène contre Pierre a Soto.    Caïphe a succédé légitimement aux anciens pontifes, et a pu nommer ses ancêtres jusqu’à Aaron.  Cependant, les apôtres ne demandèrent pas  d’être ordonnés par Caïphe, mais malgré Caïphe et tous les autres pontifes qui l’avaient précédé légitimement, ils ont été faits évêques et pontifes sans succession.   Puisque les évêques ordinaires d’aujourd’hui imitent Caïphe, il est permis de devenir évêque sans leur ordination et leur succession.  Je réponds que le sacerdoce d’Aaron fut temporaire, et qu’il n’a  duré que jusqu’au début du nouveau testament.  Car, alors a débuté le sacerdoce selon l’ordre de Melchisédech institué par le Christ, dont les prémices sacerdotales furent les apôtres.  Ils n’avaient pas à succéder à Caïphe, mais à être le principe d’un nouveau sacerdoce, comme on le voit dans le psaume 109 « Tu es prêtre pour l’éternité, selon l’ordre de Melchisédech », et dans le chapitre 7 de l’épitre aux Hébreux.  Comme d’Aaron jusqu’au Christ ne furent de vrais prêtres  que ceux qui succédèrent à Aaron, de la même façon,  des apôtres jusqu’à la fin du monde, ne seront de vrais prêtres que ceux qui succéderont aux apôtres.   Il est vrai, cependant, que le sacerdoce d’Aaron a été vénéré et honoré jusqu’à sa sépulture.  Les apôtres eux-mêmes le respectaient, (comme on le voit dans le livre 1 de Cyprien , épitre à Corneille, et dans le livre 4, épitre 9 à Florence  Pupianus) où il cite ce texte des actes des apôtres 23 : « Je ne savais pas, frères, qu’il était le prince des prêtres. »
Troisièmement, Calvin  (au livre 4, chapitre 2, versets 2 et 3 des institutions) fait l’objection suivante : « Pourquoi n’énumérons-nous  pas  les évêques d’Afrique, d’Égypte, et de toute l’Asie, selon l’ordre de succession ? »  Et il répond avec insolence : « Parce que cette sacrosainte succession a péri »  Je réponds à Calvin en lui posant la question suivante :   du fait que la succession a péri dans ces villes, entend-il  conclure  qu’il n’y a plus d’église, ou qu’il y a quand encore une église.  Car, s’il n’y a pas d’églises dans ces villes, parce qu’il n’y a plus de succession, il reconnait  donc qu’il y a une église quand il y a une succession.  S’il y a une église, ceux qui appartiennent à cette vraie église ne peuvent, il est vrai,  montrer la succession de leurs évêques particuliers, mais ils peuvent montrer la succession continue des évêques universels qui sont les évêques romains,  à qui ils se déclarent soumis.  Voilà la raison pour laquelle les anciens écrivains se sont souciés  surtout de la succession des évêques de Rome plutôt que de celle des leurs.   Saint Irénée était évêque de Lyon, dans les Gaules,  Optatus et Augustin étaient des évêques d’Afrique,  Épiphane de Salamine, en Chypre,  Eusèbe de Césarée en Palestine, et pourtant aucun d’entre eux  n’a pensé à donner la liste de tous leurs évêques successifs, mais seulement celle des évêques de l’église de Rome.  Car il leur semblait démontrer suffisamment  la continuité apostolique  par la succession dans l’église principale, dont ils  se réjouissaient d’être membres.
Quatrièmement.  Calvin a encore quelque chose à nous opposer.   L’église grecque a conservé la succession ininterrompue des évêques, et pourtant, selon nous, elle n’est pas la vraie église.  La succession n’est donc pas une note de la vraie église.   Je réponds d’abord qu’on ne peut pas démontrer que la succession de leurs évêques n’ait pas été interrompue.  Et Calvin lui-même  reconnait qu’en Asie et en Égypte, à Jérusalem, à Alexandrie et à Antioche, la succession apostolique a été, de fait,  interrompue.  De toutes les  églises patriarcales, il ne reste plus que celle de Constantinople qui semble ne jamais avoir été privée de son patriarche à elle.  Or, l’église de Constantinople n’est pas apostolique, et n’a pas, non plus, d’origine apostolique. Même si le patriarche Nicéphore, dans sa chronologie, essaie de faire remonter à saint André la succession des évêques de Constantinople, cette origine apostolique n’a été rapportée par aucun ancien, et jamais par les pères de l’église byzantine n’ont donné à l’église de Constantinople le titre d’apostolique.  Au contraire, les pères du premier concile de Constantinople reconnaissent ouvertement, dans l’épitre au pape Damase,  que l’église de Constantinople « est une nouvelle église »  Elle a, il est vrai, une succession ininterrompue de Constantin à aujourd’hui, mais  non depuis les temps apostoliques.  Et c’est ce que nous recherchons principalement.
Je dis, en second lieu, que l’argument tiré de la succession ininterrompue nous sert surtout pour démontrer qu’il n’y a pas d’église là où il n’y a pas de succession. Ce qui est l’évidence même.   Mais on ne va pas jusqu’à lui faire dire que là où il y a succession, il y a nécessairement une vraie église.  Et c’est par cet argument que nous prouvons qu’il n’y a pas d’église chez les luthériens.  Que chez les Grecs il n’y a pas d’église, nous le prouvons d’une autre façon.  Car, ils ont été légitimement condamnés de schisme et d’hérésie par trois conciles pléniers, ceux du Latran, de Lyon, et de Florence.  Et surtout de l’hérésie de la procession du saint Esprit du seul Père, ce qui est une hérésie manifeste, comme les luthériens et les calvinistes le reconnaissent.  Ajoutons ensuite que toutes ces églises patriarcales ont eu, pendant de longues époques, des évêques manifestement hérétiques, et que, en conséquence, la succession a de bonnes chances d’avoir été interrompue.    Cinquièmement. Calvin revient à la charge.  Les anciens pères qui démontraient l’église par la succession des évêques de Rome, le faisaient parce que, à cette époque,  la foi n’avait pas connu de mutation à Rome.  Mais, aujourd’hui, c’est le contraire que l’on constate.
Je réponds ceci à Calvin.  Pense-t-il que, à cette époque,  les catholiques seuls ou bien les catholiques et les hérétiques ensemble se rendaient compte que la foi n’avait jamais changé à Rome.  S’il dit que seuls les catholiques le notaient,  il parle pour ne rien dire,  car, aujourd’hui aussi, les catholiques considèrent que l’église de Rome n’a jamais changé. S’il dit que les hérétiques s’en rendaient compte autant que les catholiques,  il ment ouvertement, car il n’y aurait jamais eu  d’hérétiques s’ils avaient été persuadés que la vraie foi était toujours à Rome.  De plus, les donatistes combattaient l’église romaine, comme le font aujourd’hui les luthériens et les calvinistes.   Optatus (live 1 contre Parménien) écrit : « D’où vient que vous, les donatistes, vous cherchiez à usurper les clefs du royaume, vous qui,  avec votre présomption et votre audace sacrilège,  militez contre la chaire de Pierre. »  Et saint Augustin (livre 2 contre Petil, chapitre 51) : « Que t’a donc fait la chaire de l’église romaine, dans laquelle a siégé  Pierre,  et dans laquelle siège maintenant Anastase ?  Pourquoi appelles-tu la chaire apostolique une chaire de pestilence ? »   Or, c’est avec  cette  succession que saint Augustin et Optatus  argumentèrent contre les donatistes, comme nous l’avons déjà dit.
CHAPITRE 9
                                                             La sixième note
La sixième note est l’enseignement de la même doctrine que celle de l’église antique.  Car, la vraie église est dite apostolique, au témoignage de Tertullien (dans son livre de la prescription), non seulement à cause de la succession ininterrompue des évêques depuis les apôtres,  mais à cause de la ‘consanguinité’ de la doctrine, pour employer son expression.  Parce qu’elle conserve la même doctrine que celle que les apôtres ont enseignée.  Il est certain que, pendant les cinq premiers siècles,  l’église antique a été la vraie église, et qu’elle a donc retenu la doctrine des apôtres.
2018 02 25 20h52 fin

2018 03 03  22h24
 Sozomène loue l’empereur Théodose (livre 7, chapitre 12 de son histoire) pour la façon astucieuse avec laquelle il a confondu les hérétiques de son temps.  Il a ordonné aux chefs des sectes de se réunir, et il leur demanda s’ils estimaient que les anciens pères qui ont dirigé l’église avant la séparation avaient la vraie foi, et étaient de vrais saints et de vrais apôtres ceux qui les avaient suivis.  Et, sur leur réponse positive,  il ajouta : « Examinons donc votre doctrine d’après leurs écrits,  et si elle concorde avec la leur, on la retiendra; quand elle diffèrera, on la rejettera. »
Nous pouvons de deux façons prouver, avec cette note, que c’est notre église qui est la vraie, et non celle des adversaires. La première,  en présentant les sentences des anciens avec lesquelles nous confirmerons chacun de nos dogmes, et réfuterons nos adversaires.   L’autre est plus courte et plus sure.  En montrant, par la confession de nos adversaires, que nos dogmes sont la doctrine des anciens.   Et ensuite, que les dogmes de nos adversaires sont des hérésies connues et condamnées par les anciens.
 Commençons donc.  Quand Calvin nous combat dans son livre,  il admet souvent qu’il rejette toute l’antiquité. D’où il suit que notre doctrine concorde avec celle de l’antiquité.  Voici ce qu’il dit (livre2, chapitre 2, verset 4) : « Chez les latins, le mot  libre arbitre a tout jours existé; les Grecs ont un mot encore plus prétentieux. »  Et plus bas : « Quant à moi,  je ne voudrais jamais faire mien un mot semblable, et je conseillerais aux autres, s’ils me demandent mon avis, de s’en abstenir. »  C’est ce que tous les anciens disent, à l’exception de saint Augustin.  Il a soit exalté les forces humaines et le libre arbitre, quand il écrivit contre les manichéens,  ou   exalté la grâce, quand il écrivit contre les pélagiens,  de telle sorte qu’on ne peut rien tirer de certain de ses livres.   Voilà pourquoi Calvin professe ne suivre aucun ancien, sauf saint Augustin.  Car (livre 2, chapitre 3, verset 7), il réprouve la sentence de saint Augustin (tirée de l’épitre 106), selon laquelle on coopère à la grâce par notre volonté, non en la prévenant, mais en l’accompagnant.  Car il n’admet pas la coopération sous forme d’accompagnement : il remet tout à la grâce.  Et (au livre 3, chapitre 11, verset 15) : « On ne peut pas accepter en tout la doctrine de saint Augustin, qui réfère la sanctification à la grâce, car c’est par l’Esprit que nous sommes régénérés à une vie nouvelle. »   De même, dans l’article sur la grâce et le libre arbitre, il admet que toute l’antiquité lui répugne.  Et (au livre 2, chapitre 14, verset 3) : « On ne peut pas excuser l’erreur des anciens,  qui, ne considérant pas la personne du Médiateur, font fi de toute la doctrine que nous lisons dans l’évangile de saint Jean, et s’impliquent eux-mêmes par de longs discours. »  Calvin enseigne, en cet endroit, que le Fils de Dieu est sujet au Père même selon la divinité.  Parce que tous les anciens enseignent le contraire, il dit qu’ils ont erré, et que leur erreur est inexcusable.
Il dit la même chose (livre 2, chapitre 16, verset 9) : « La fable du lieu sous terrain qu’on appelle limbe, même si elle est enseignée par de grands auteurs, n’est rien d’autre qu’une fable. » Ce sont les anciens pères qu’il appelle de grands auteurs; les scolastiques, il a coutume de les appeler des sophistes.  De même (livre 3, chapitre 3, verset 10) : « Quand les lecteurs veulent connaitre l’opinion des anciens sur un sujet, ils ne le demandent qu’à saint Augustin.  Or, entre lui et nous nous voyons cette différence.  Pour lui, la maladie de la concupiscence ne devient un péché que quand la volonté cède à la convoitise.  Mais nous, nous considérons que la concupiscence est un péché, parce que de n’importe quel désir désordonné l’homme tire un plaisir contraire à la loi de Dieu.  En somme, cette concupiscence qui engendre en nous toutes les cupidités, nous affirmons qu’elle est un péché. »  Calvin affirme ici clairement qu’il est contraire à tous les pères, et même à saint Augustin, sur cette question de la concupiscence.   C’est une question fondamentale, car c’est de là qu’ils déduisent que nous n’avons pas la justice véritable, mais seulement l’imputative;  qu’il n’y a pas de mérites, et que toutes les actions sont des péchés.
De même (au livre 3, chapitre 4, verset 38) : « Presque tous les anciens dont les livres ont survécu, ont parlé de la satisfaction en termes trop forts ou trop durs. »  De même (livre 3, chapitre 5, verset 10) : « Avant le treizième siècle, il était d’usage de prier pour les défunts.  Mais je pense que les anciens écrivains ont erré. »    De même (livre 3, chapitre 15, verset 2) : « Où sont les anciens docteurs qui ont mérité ce nom ? »  Et plus bas : « Il a rendu un mauvais service à la sincérité de la foi celui  qui a inventé ce mot. »  De même ( au livre 4, chapitre 4, verset 10) :  « L’antiquité a péché par une sévérité excessive, en exigeant plus  d’un évêque que  ce que Paul  exigeait de lui, et surtout le célibat, au cours de siècles. »  De même (livre 4, chapitre 12, verset 8) : « On ne peut excuser en aucune façon l’austérité excessive des anciens, qui outrepassait le précepte du Seigneur.  Et elle était grandement périlleuse la pénitence solennelle de trois, quatre ou sept ans ou perpétuelle qu’ils infligeaient au pécheur. »   Notons que la raison pour laquelle Calvin trouve cela si excessif, c’est qu’il pense qu’un homme est justifié par la foi  de façon telle qu’il ne reste rien à expier.   Si cela était vrai, il aurait raison d’accuser tous les anciens.  Il s’ensuit donc que, selon le jugement de Calvin, la satisfaction qu’il reste à faire après que la faute a été remise est la doctrine des anciens.
De même (livre 4, chapitre 11, verset 20) : « Je n’ose pas excuser en tout les anciens, eux qui ont jeté certaines semences de superstition, et ont fourni une occasion à la tyrannie qui est née après. Ils  ont parfois jugé  superstitieuse l’observance quadragésimale, par laquelle le peuple estime faire une offrande insigne à Dieu, et que les pasteurs recommandent comme une chose sainte à imiter. »  Et plus bas : « Ce fut donc une pure lubie,  pleine de superstition, qu’ils avaient ordonnée soi disant pour imiter le jeûne du Christ. »    De même (verset 23) : « Que le mariage ait été interdit aux prêtres, cela a été fait par une impie tyrannie. »  Il inscrit en marge l’époque où le mariage aurait été interdit selon lui, au temps du pape Syricius dans une lettre aux évêques d’Espagne.  Or, Syricius a vécu au quatrième siècle.  Et plus bas, il ajoute au sujet de cette loi : « Cette chose qui semblait devoir faire respecter les prêtres, a été reçue avec applaudissements par l’antiquité, je l’avoue. »  De même (livre 4, chapitre 15, verset 20) : « Je constate que c’est depuis de nombreux siècles, et même depuis le début de l’église que, en  péril de mort,  les laïques baptisent, si aucun prêtre n’est présent. Et je ne vois pas par quelle raison solide on pourrait le défendre. »  De même (livre 4, chapitre 18, verset 21) : « Je ne vois pas comment on peut excuser les anciens de tout péché, car  ils ont imité la coutume judaïque du sacrifice,  plutôt que ce que le Christ avait commandé,  ou plus que ce que la bonne nouvelle de l’évangile ne  permettait. »  Voilà pour Calvin.
Les centuriates, dans chacune de leurs centuries, annotent, à la fin du chapitre 4,  presque tous les docteurs du passé qui ont enseigné les dogmes que nous tenons aujourd’hui, dogmes qu’ils appellent des taches ou des verrues des saints pères.  Et parce qu’il serait trop long  de tout dire, je ne citerai que certaines passages des 2, 3, 4, ,5 centuries.  Dans la seconde centurie, (chapitre 4, colonne 59) sur le libre arbitre,  ils disent que ceci a été admis par tous les auteurs de ce siècle : « De la même manière, Clément affirme partout le libre arbitre.  Et  il semble bien que non seulement tous les auteurs de son siècle l’ont suivi dans ses ténèbres,  mais que, pendant les siècles qui ont suivi, ces ténèbres  ont augmenté et se sont épaissies. »  Il faut noter que les luthériens ont pour fondement de leur doctrine, un article sur le libre arbitre.  Car, Luther, dans la présentation de l’article 36 dit que cet article est excellent, et le sommet de toutes choses, comme on peut appeler des lubies ou des nuages les articles sur le pape ou les conciles.  Donc, dans cette controverse de première importance, les anciens nous sont favorables, au témoignage même des magdebourgeois.  De plus, (colonne 60) : « La doctrine de la justification a été présentée par ces auteurs négligemment et obscurément, c’est-à-dire qu’ils n’enseignent pas que nous sommes justifiés par la seule foi. »    Et (dans la centurie 3, chapitre 4, colonne 83) : « Tu verras dans les écrits des docteurs de ce siècle des vestiges non obscurs de l’invocation des saints. »  Et la colonne 85 : « Tous les docteurs de ce siècle ont porté aux nues le martyre,  sans aucune retenue. »  Car les luthériens ne veulent pas que le martyre soit une sorte de baptême, ou qu’on puisse expier quoi que ce soit par le martyre. »

Accédons, maintenant, à une autre partie.  Disons d’abord que, dans l’église ancienne,  les erreurs proviennent des hérésies que l’on trouve dans les catalogues d’Irénée, de Jérôme,  d’Épiphane, de Philastrion, d’Augustin, de Theodoret, de Damascène,  et  d’autres docteurs approuvés. Car ces doctes étant aussi des saints, ils n’auraient jamais osé recenser dans leurs catalogues des dogmes considérés douteux dans l’église.  Et de plus, nous n’avons jamais vu personne qui conteste la justesse du jugement porté par les pères sur ces hérétiques.  Cela dit, consultons maintenant le catalogue.   Saint Irénée (livre 1, chapitre 20), rapporte que les Eunomiens  enseignaient que les péchés ne pouvaient nuire à personne, pourvu qu’on ait la foi.   Saint Augustin dit la même chose (livre des hérésies, chapitre 54, et aussi dans le livre de la foi et des œuvres, chapitre 14).  Il affirme que cette hérésie de la seule foi qui suffit pour le salut sans les œuvres,  a pris naissance au temps des apôtres, par une mauvaise compréhension de saint Paul; et que c’est contre cette hérésie que les apôtres ont lancé leurs attaques  dans leurs lettres : Pierre, Jean, Jacques et Jude.  Cette doctrine était celle de tous les sectaires de cette époque.
Luther, dans le livre de la captivité de Babylone, au chapitre de l’eucharistie : « L’homme ne peut pas communiquer avec Dieu,  agir, ou croire, par une autre voie.  Dieu ne se soucie pas des œuvres. »  Au même endroit : « Le chrétien est tellement riche qu’il ne peut pas périr même  même s’il le voulait, quelle que mauvaise que soit sa vie, à moins qu’il ne veuille plus croire. » Même si Brentius, Calvin et d’autres tentent d’adoucir cette sentence en disant que les bonnes œuvres étaient nécessaires en tant qu’effet de la foi,  ils continuaient à hériter de la même erreur.  Car, même après avoir indiqué cette nécessité,  ils n’enseignent pas moins que les œuvres ne méritent en aucune façon la vie éternelle, même si Dieu les requiert comme témoignages de foi.    C’est la même hérésie que celle de Simon  le magicien, qui disait que l’homme était sauvé par la grâce, non par les œuvres justes.     De plus, même après avoir enseigné la nécessité des œuvres, tous les sectaires enseignent la même chose : si après  avoir commis tous les crimes quelqu’un a la foi en acte, aucun péché ne lui est  imputé, ce qui n’est pas différent de ce qu’enseignent Eunome et Luther.    Ajoutons que l’hérésie de Florin enseignait que Dieu est la cause des péchés.  Saint Irénée, d’après Eusèbe, livre 5, chapitre 20 de son histoire) disait que c’était plus qu’une hérésie, mais un blasphème.  Cette hérésie, Vincent de Lérins l’attribue à Simon le magicien.  C’est ce qu’enseigne Calvin (livre 1, chapitre 18,  verset 2 de ses institutions) sans rougir : «Ce n’est pas seulement par la permission de Dieu, mais par la volonté expresse de Dieu que les hommes pèchent, de sorte qu’ils ne font  rien d’autre  en délibérant que ce que Dieu avait en lui-même décrété et constitué par une décision secrète. »  Et, (au livre 3, chapitre 23, verset 24), il dit qu’Adam est tombé dans le péché non seulement de par la prévision ou la permission de Dieu, mais aussi de par la volonté de Dieu. »  Et plus bas (chapitre 24, verset 14 : « Que quelques-uns méprisent la parole de Dieu, cela vient de leur méchanceté, mais ils sont conduits par Dieu dans cette méchanceté, pour qu’il montre en eux sa puissance et sa sévérité. »
Luther a enseigné la même chose ouvertement dans son livre sur le serf arbitre, où il dit que cette volonté qu’eut Judas de vouloir trahir le Christ fut l’œuvre de Dieu,  et qu’il ne fut au pouvoir ni de Judas ni d’aucune autre créature de changer cette volonté.  Pierre martyr a enseigné la même chose dans son commentaire (chapitre 2, livre 1, Rois), et Philippe Mélanchton dans son commentaire de l’épitre aux Romains (chapitre 8) où  il dit que la trahison de Judas fut l’œuvre de Dieu de la même façon que la conversion de Paul.   Ce commentaire plut à Luther au point où il lui sembla que Philippe venait en deuxième après Paul.  Mais pourtant, Phiippe rétracta plus tard cette erreur dans ses lieux et dans son apologie (art 19 de la confession augustinienne.)  Selon l’hérésie d’Origène, Adam a perdu l’image de Dieu avec laquelle il avait été créé, au témoignage d’Épiphane (hérésie 64.) Calvin enseigne la même chose (livre 1, chapitre 1, verset 5 de ses institutions) : « Par le péché du premier homme a été oblitérée la céleste image. »  Une autre erreur d’Origène fut que l’enfer n’était rien d’autre que l’horreur de la conscience, au témoignage de saint Jérôme (dans son épitre à Avitus).  Calvin enseigne la même chose (livre 3, dernier chapitre, dernier verset).
 Les hérétiques Péputiens, selon saint Augustin (livre sur les hérésies, chapitre 27), accordent aux femmes le pouvoir au point de les honorer elles aussi du sacerdoce.   Luther (article 13 des choses que Léon a condamnées) dit que, dans le sacrement de pénitence, une femme ou un enfant peuvent absoudre aussi bien qu’un évêque ou un pape.   Chez les calvinistes et en Angleterre, une femme est pontife suprême.  L’hérétique Proclus, d’après Épiphane (hérisie 65) enseignait que, dans les renés, le péché vivait encore;  que la concupiscence, qui est un vrai péché, n’était pas enlevée par le baptême, mais seulement par la foi.  Les hérétiques messaliens enseignèrent la même chose, selon Theodoret (livre 4 sur les fables hérétiques).  C’est exactement ce qu’a enseigné Luther (articles 3 et 31, et dans les introductions de ses articles).  Philippe a enseigné aussi la même chose (lieux communs, chapitre sur le péché originel), et Calvin (livre 4, chapitre 15, verset 10 de ses institutions).    La principale erreur des novatiens ne consistait pas dans l’assertion que l’église ne possédait le pouvoir de réconcilier les hommes à Dieu que par le baptême, cars ils soutenaient aussi que le baptisé ne devait pas être oint de chrême par l’évêque.  C’est ce que rapportent Théodoret (livre 3 sur les fables hérétiques) et le pape Corneille, d’après Eusèbe (livre 6, chapitre 33 de son histoire).
La première partie de cette proposition appartient expressément aux calvinistes.   Car, Calvin (livre 4, chapitre 19, verset 17),  enseigne que, après le baptême, le sacrement de pénitence n’a aucune raison d’être. : « Ce que dit Jérôme, que le baptême est une seconde arche  après le naufrage, est tout à fait impie, et  absolument inexcusable. »  L’autre partie appartient aux luthériens.  Car Luther, dans sa captivité de Babylone, ne reconnait que trois sacrements : le baptême, la pénitence et le pain.  Cependant, plus bas, au chapitre de l’extrême onction, il rejette la pénitence.   La confession augustinienne (article 12)  rejette explicitement la confirmation.  Et Calvin (livre 4, chapitre 19, verset 5, et souvent ailleurs), dit que notre saint chrême est «  une huile du diable polluée  par des mensonges »  Voilà pourquoi les calvinistes oignent leurs jambières avec cette huile, quand ils le peuvent.   Sabellius a enseigné qu’il n’y avait qu’une seule personne dans la trinité, au témoignage d’Épiphane (hérésie 56).  Michel Servet enseigna la même chose en notre temps (livre 1 de la trinité) en toute clarté.  Et cette proposition trône en reine maintenant en plusieurs endroits.
La huitième hérésie des manichéens, selon saint Jérôme, (préface du dialogue contre les pélagiens), consiste en ce que « la nature des hommes est condamnée, et le livre arbitre enlevé. »  Et saint Augustin (livre sur les hérésies, chapitre 46), écrit : « Les manichéens n’attribuent pas l’origine des péchés au libre arbitre. »  C’est ce qu’enseignent ouvertement tous les sectaires.  Luther (article 36)  enseigne que le libre arbitre n’est quelque chose que par le seul titre.  Dans les explications de cet article il précise que c’est un titre sans la chose, et que toutes choses adviennent selon une nécessité absolue.   Et voilà pourquoi (dans le livre qu’il écrit qu’il a écrit contre le libre arbitre pour réfuter Érasme),  il a inventé le mot « serf arbitre ».  Calvin (livre 2, chapitres 2, 3, verset 4), enseigne qu’un libre choix n’est permis à l’homme en aucune chose, au point où il ne peut même pas en tolérer le mot.  Calvin se révèle un plus grand impie que Manès,  parce que c’est à un dieu mauvais que Manès  attribuait l’origine des péchés, alors que c’est au Dieu bon que Calvin l’attribue.
De plus, les manichéens accusèrent souvent les pères de l’ancien testament comme Abraham, Samson, Rébecca, et d’autres, comme l’atteste saint Augustin contre Faust (livre 22), et dans ses deux livres contre les adversaires de la loi et des prophètes). Or, Calvin a fait la même chose. Car (livre, 3, chapitre, 3, verset 31), il écrit : « Sara a péché de plusieurs façons, quand elle a proposé sa servante à son mari.  Rébecca par des fraudes et des impostures a corrompu la vérité de Dieu, quand avec un méchant artifice, elle procura la bénédiction de son fils,  trompa son mari, et força son fils à mentir. »     De même (livre 3, chapitres 5 e 7) : « Ce que Judas Macchabée a fait ne manque pas de superstition et de zèle fanatique quand il offrit, à Jérusalem, une oblation pour les morts. »  De même, (livre 3, chapitre 20, verset 15) : « Quand Sanson dit : « Fortifie-moi, Seigneur », ce fut une cupidité vicieuse dominée par la vengeance. » De même (livre 4, chapitre 14, verset 11), où il dit qu’Abraham « a été un idolâtre. »  De même (livre 4, chapitre 15, verset 22), après avoir déclaré qu’il n’était permis, en aucun cas, à la femme de baptiser, il ajoute : « On ne doit pas prendre pour exemple la sotte femme Séphora,  qui circoncit elle-même son fils, péchant gravement en cela, de plusieurs façons. »
Les donatistes ont voulu que l’église ne contienne que des justes.  De quoi ils déduisaient que l’église visible avait péri sur la surface de la terre, et était demeurée dans la seule Afrique, comme saint Augustin l’enseigne (au livre de l’unité de l’église, chapitre 12.  Les mêmes trucidaient cruellement les chrétiens.  Ils haïssaient surtout les moines et les évêques, qu’ils appelaient pharisiens, et plus que tout l’évêque de Rome, dont ils appelaient le siège une chaire de pestilence.  Ils brisaient les autels, pillait les églises, vendaient les vases sacrés, donnaient les saintes hosties aux chiens, jetaient à la poubelle le saint chrême, comme nous le raconte saint Augustin (livre 2 contre Petilianus, chapitres 51 et 61, livre 3, chapitre 40, épitre 163, et ailleurs.).  Optatus rapporte la même chose (livres 2 et 6 contre Parménien).  Il est certain que la doctrine et la vie des calvinistes sont tout à fait les mêmes.  Car, Calvin enseigne que l’église ne contient que des bons (livre 4, chapitres 1, verset 7).  Il enseigne la même chose à l’article 7 de la confession augustinienne.  Il écrit que l’église visible a péri depuis plusieurs siècles, et que maintenant,  elle existe seulement dans les pays septentrionaux où ils sont eux-mêmes.  Tous enseignent cela, surtout Calvin (livre 4, chapitre 2, verset 2).    De plus aucun des blasphèmes, aucune des cruautés, aucun des sacrilèges qu’ont commis en paroles ou en actes les donatistes sur les sacrements et les autels,  n’a été omis par les calvinistes.   Mais qu’ils en firent encore plus et de pires,  l’histoire de Surius nous le montre,  le livre récemment apparu intitulé : des fureurs gauloises, et d’autres autorités dignes de foi.
Les Ariens enseignaient que le Fils de Dieu est inférieur au Père, selon Épiphane (hérésie 69).  De plus, les mêmes ariens ne recevaient aucunement les traditions non écrites, comme l’enseigne l’évêque des ariens Maximin, d’après saint Augustin (livre 1, chapitre 2 et dernier contre Maximin. »  Cette hérésie plusieurs l’ont imitée par la suite, comme Nestor, Dioscore, Eutychès, comme on le voit dans le septième concile œcuménique à l’acte 1.  De plus, ces mêmes ariens commirent de plus grands  sacrilèges que les donatistes  dans les sacrements, les autels, les prêtres, les moines, les religieuses, comme nous le révèlent l’apologie d’Athanase sur sa fuite, Ruffin (livre 2, chapitre 3 de son histoire), Theodoret (livre 4, chapitres 19 et 20 de son histoire,)  Victor Uticensus (livres 2 et 3 de la persécution des vandales. »
Enseignent  l’hérésie arienne plusieurs auteurs de notre temps qui se disent trithéites, comme on peut l’apprendre des Prophètes de Valentin Gentilis.  Même si Luther, Philippe, Calvin  et les autres tiennent Arien pour un hérétique, on ne peut nier que dans leurs écrits se trouvent les semences de cette hérésie, d’où ont pu sortir plus tard de nouveaux ariens qu’ils combattent, comme nous l’avons montré dans les livres sur le Christ.   De plus les hérétiques de notre temps enseignent tous l’autre erreur.   Car, tous les sectaires de notre temps rejettent la tradition, comme nous le montrent Brentiius dans les prolégomènes, Calvin (livre 4, chapitre 8, verset 8 des institutions).  De plus, les crimes sacrilèges commis par les donatistes sont absolument semblables à ceux commis par les calvinistes.   Les hérétiques ariens, au témoignage d’Épiphane, (hérésie 77) et d’Augustin (livre sur les hérésies, chapitre 33)  enseignèrent trois erreurs : « Il ne faut ni prier ni offrir d’oblations pour les morts.   Il ne faut pas observer les jeûnes institués solennellement, mais que chacun jeûne quand il le voudra, pour ne pas paraitre être sous la loi. »  De plus on ne doit faire aucune différence entre les évêques et les prêtres.  Épiphane ajoute qu’ils ont plutôt l’habitude, eux, le vendredi, pendant le carême, et surtout pendant la semaine sainte, de manger gras; et que quand ils veulent jeûner, ils préfèrent le faire le dimanche plutôt qu’à tout autre jour.
Les calvinistes et les luthériens enseignent et font la même chose.   Calvin, (livre 3, chapitre 5, versets 6 et 7, et dans les suivants) disserte doctoralement contre la prière pour les morts.   Le même (livre 4, chapitres 12 et 20),  argumente contre le jeune quadragésimal, et l’appelle surérogatoire.  Ensuite (livre 4, chapitre 3, verset 8), il dit : « Les évêques, les presbytes, les pasteurs, et les ministres ont la même fonction et la même province. »  Les centuriates (centurie 4, chapitre 5, colonne 401),  quand ils énumèrent les erreurs des autres hérétiques,  ont coutume d’omettre ceux qu’ils reconnaissent pour leurs.  Quand ils en vinrent à Aetius et qu’ils s’aperçurent que ces trois erreurs seulement avaient été attribuées en propre à Aetius par Épiphane et saint Augustin,  ils n’ont pas pu les omettre.   Ils les présentèrent donc, mais peu après, ils ajoutèrent que ces propositions n’étaient pas des erreurs, mais tout le contraire.  Ils avouent donc qu’ils ont en commun ces trois sentences avec Aetius, même s’ils ne nient pas qu’elles aient été condamnées comme hérétiques par l’église antique.  Jovinianus soutenait que l’homme ne pouvait pas pécher après le baptême, s’il avait été vraiment baptisé, c’est-à-dire s’il avait vraiment reçu la foi et la grâce de Dieu.   Ensuite, que l’abstinence et le jeune n’étaient pas méritoires; que le mariage égalait, en dignité et en mérite, la virginité consacrée.  Voilà pourquoi quelques-unes de leurs nones se marièrent après les avoir entendus exalter le mariage.   De même, ils disent que toutes les récompenses des bienheureux sont égales.   Enfin, ils enseignaient qu’en enfantant, la sainte Vierge avait perdu sa virginité, selon saint Jérôme (livres 1 et 2 contre Jovinianus) et saint Augustin (livre des hérésies, chapitre 81).
La première de ces erreurs est celle de Calvin qui (livre 2, chapitre, versets 11 et 12).  Il dit là que la vraie foi qui, une fois obtenue, ne peut pas, selon son opinion,  être séparée de la grâce, ne peut jamais être perdue.  La deuxième est aussi celle de Calvin (livre 4, chapitre 12, verset 19).   Il réprouve tous les anciens qui ont loué le jeune comme quelque chose de méritoire.  On trouve cette même erreur de Jovinien dans la confession augustinienne( à l’article 24, et dans les lieux de Philippe, au chapitre de la mortification.)  La troisième erreur est celle de Martin Luther dans l’épithalame, où, expliquant le chapitre 7 de la première épitre aux Corinthiens,  il fait quatre comparaisons.  La première : la chasteté et le mariage, en eux-mêmes.  Il avoue que la chasteté est un don plus noble.  La deuxième : la chasteté et le mariage devant Dieu.  Et il déclare qu’ils sont égaux.  La troisième.  Une femme mariée et une vierge, et il dit : « Il faut admettre que, devant Dieu, une femme mariée l’emporte sur une vierge. » La quatrième. L’état des époux et celui des religieux, et le célibat prétendu  des ecclésiastiques.  Il déclare que l’état des époux est, de par sa nature, spirituel, divin, céleste, et comparable à de l’or; que celui des célibataires est séculier, terrestre, et comparable à de la boue.   La confession augustinienne dit des choses semblables (à l’article 23), ainsi que Calvin (livre 4, chapitre 13, verset 3).   Au sujet de ces erreurs, les centuriates (centurie 4, chapitre 5, colonne 381) reconnaissent qu’elles ont été condamnées par saint Jérôme et saint Augustin, et qu’ils seraient hérétiques s’ils pensaient le contraire.
La quatrième erreur est celle de Bucer et de Molina.  Ce Bucer (dans la troisième partie de l’union évangélique) affirme que Jésus naissant avait ouvert la vulve de la bienheureuse Marie.  La cinquième est celle de Luther (dans le sermon de la naissance de la bienheureuse Vierge Marie, et dans le commentaire de la première épitre de Pierre).  Il enseigne que tous les chrétiens sont tous également saints et justes, comme l’est la mère de Dieu.  Il s’ensuit donc que tous sont également heureux.  Vigilantius a enseigné lui aussi beaucoup de choses.  Les prières que les saints font pour les autres ne sont pas exaucées : c’est en vain qu’on les prie.  Les ecclésiastiques devraient être mariés.  Il ne convient pas de tout quitter pour le donner aux pauvres, ou d’entrer en religion après avoir quitté le siècle.  C’est ce qu’attribue à Vigilance saint Jérôme.
Les sectaires de nos jours enseignent la même chose.   Dans son sermon sur la sainte croix, Luther dit que les reliques des saints sont pour les fidèles une séduction;  on devrait donc les enfoncer en entier sous terre   Dans la livre de l’abrogation de la messe, il affirme, dans la troisième partie, que Dieu ne se soucie pas plus du saint sépulcre du Seigneur que de bœufs, dont saint Paul a dit : « Dieu se soucie-t-il des bœufs ? »   Le même Luther dit aux Uvaldenses que l’invocation des saints est sotte et pernicieuse.  Il dit aussi dans l’épithalame,  que le mariage est un précepte pour tous, de droit divin, et pour les moines qui sentent qu’ils n’ont pas le don de la continence.  Ce qu’il appelle don de la continence ce n’est pas la grâce par laquelle nous résistons aux tentations charnelles, mais par laquelle nous ne sommes pas tentés, don que personne ne possède.   De même, dans son livre sur les vœux monastiques, il détourne  explicitement de la religion,  et ne permet de demeurer dans les monastères qu’aux femmes de soixante ans, et aux hommes de quatre-vingt ou de quatre-vingt-dix ans.  La confession augustinienne prescrit la même chose contre l’invocation des saints (article 21), contre la continence des clercs et des moines (article 23).
De la même manière, Calvin parle contre l’invocation des saints. (livre 3, chapitre 20, verset 21) Il  dit aussi que les papistes, dans leurs litanies, dans leurs hymnes et leurs prières,-- dans lesquelles il n’est rien qu’ils n’attribuent aux saints morts--, ne font même pas mention du Christ, ce qui est un mensonge éhonté.  Il écrit aussi contre la visite aux reliques des martyrs (livre 4, chapitre 13, verset sept.)  Et, dans le livre qu’il a intitulé : « Avertissements au sujet des reliques ».   Et, en fait, les calvinistes ont brulé et consumé les corps de saint Irénée, de saint Martin, de saint Hilaire, de saint Bonaventure etc.  Il dispute contre le célibat des clercs et les vœux des religieux (livre 4, chapitres 12, et 13, et dans tous les chapitres).  De plus, les centuriates ne voulurent pas compter Vigilantium parmi les hérétiques, même s’ils écrivirent sur lui (centurie 4, chapitre 8, colonne 602).  Ils racontent là qu’il y eut un différend entre deux saints presbytres, Vigilance et Jérôme au sujet des reliques, et l’invocation des saints etc ;  que  Jérôme ne faisait que crier, mais que Vigilance avançait de solides raisons.  Au même endroit, ils ont le front d’attribuer à saint Grégoire une censure d’Érasme sur le livre de saint Jérôme contre Vigilance, comme si le saint pape avait désiré un plus de modestie chez Jérôme. Mais, de cela, ailleurs.
Les pélagiens enseignaient, parmi d’autres, deux choses en particulier. La première.  Il n’y a pas de péché originel, surtout dans les fils des fidèles, comme le rapporte  saint Augustin dans son livre contre Julien (chapitres 2 et 3, et dans le livre 4 à Boniface, chapitres 2 et 4).  La deuxième.  Par n’importe lequel péché, même le plus léger, on perd la justice; et tout péché est donc un péché mortel. C’est ce que rapporte saint Jérôme (livre 2, contre les pélagiens). La première de ces deux hérésies est enseignée clairement par Zwingli (dans son livre sur le baptême),  par Martin Buccerus (chapitre 3 de saint Matthieu), et par Calvin (4, chapitre 15, verset 20 de ses institutions).  À la différence que Zwingli nie le péché originel dans tout homme, et veut seulement que, par Adam, des misères aient été contractées. Buccerus et Calvin ne nient le péché originel que dans les fils des fidèles, qu’ils déclarent saints à leur naissance. Il dit aussi qu’ils se sauvent sans le baptême.  La deuxième erreur tous les sectaires l’enseignent.  Luther (assertions, article 32), Philippe (dans les lieux, au chapitre de la différence entre le péché mortel et le péché véniel), Calvin (livre 2, chapitre 8, verset 58; livre 3, chapitre 4, verset 28.)  Tous les autres veulent que le péché soit mortel par sa nature.
Les nestoriens ont enseigné que dans le Christ, il y a deux personnes et deux natures, selon Theodoret (livre 4, des fables hérétiques), ce qui a été condamné par tous les auteurs, au témoignage de Vincent de Lérins.  Or, c’est ce que pensent Luther, Calvin et les autres.  À notre époque, Théodore de Bèze enseigne, soit par ignorance, soit par malice, dans son livre sur l’union hypostatique des deux natures, déclare mettre deux unions hypostatiques dans le Christ,  une de l’âme avec la chair, l’autre de l’humanité avec la divinité.    Au même moment, il  y en avait quelques-uns,  qui étaient peut-être eux aussi nestoriens, qui enseignaient que, dans l’eucharistie, le corps du Christ ne demeurait pas, si on le conserve un jour de plus.  Ceux qui pensaient ainsi saint Cyprien (dans sa lettre à l’évêque à Calosiris) les déclarait fous. Buccer a renouvelé cette erreur en enseignant que, dans l’eucharistie, le corps du Christ n’est présent que quand on le mange.  Voir Cochlaeus (traité 8, livre 3, mélanges).  Philippe enseigna plus tard la même chose (dans ses lieux, au chapitre de la cène du Seigneur), ainsi que Calvin (livre 4, chapitre 17, verset 39).
Les eutychiens enseignèrent qu’il n’y avait en Jésus qu’une seule nature et une seule personne, comme le rapporte Theodoret (livre 4 des fables hérétiques). Cette hérésie a été enseignée par plusieurs à notre époque.  Gaspard Swenckfeldius (dans le livre sur la divine majesté de l’humanité du Christ) affirme que, après la résurrection, l’humanité du Christ s’est convertie en la nature divine, et qu’elle est désormais un vrai Dieu, et non une créature.  Bremtois semble enseigner quelque chose de semblable ou de pire quand, dans son sermon sur l’ascension, il enseigne que l’humanité du Christ, depuis son union hypostatique, a toujours été partout.  La même chose est enseignée par Jacques Smidelinus (dans sa dispute Tubigensis, au chapitre 34).  A ce sujet, voir nos livres sur le Christ.
 Le perse Xenaias a été le premier à affirmer publiquement qu’on ne devait pas vénérer les images du Christ et des saints, au témoignage de Nicéphore (livre 16, chapitre 27).   La même chose est maintenant enseignée par Calvin (livre 1, chapitre 11, verset 7).  Il ne veut en aucune manière que soit érigé le signe de la croix.  Il  se montre  par là le frère du diable, et le vainc en impiété.  Car le diable exècre la croix parce qu’il la craint, et en la craignant, il l’honore.  Mais Calvin l’exècre parce qu’il la méprise ou en fait un objet de risée.  Au même endroit (au verset 13), il dit que, dans les cinq premiers siècles, il n’y a eu aucune image dans les temples des chrétiens.  Ce qui est un mensonge insigne, même au témoigne de Calvin, car, dans la préface de ses institutions, il dit qu’Épiphane, dans sa lettre à Jean de Jérusalem, écrit qu’il a vu une image du Christ dans le temple, ou de je ne sais trop quel saint.  De plus, il y a plusieurs écrivains anciens qui attestent que, de leur temps, il y avait des images de saints dans les églises, comme Lactance dans sa poésie sur le crucifix, saint Basile dans son sermon sur Barlaam, vers la fin, Paulin dans la vie de Félix,  Prudence sur saint Cassien, Evodius (livre 2 des miracles de saint Étienne),  saint Athanase à Antioche (question 16). Tous ces saints ont vécu dans les premiers siècles, comme chacun le sait.  Ajoutons que Nicéphore (livre 14, chapitre 2) dit que l’image de la bienheureuse Marie peinte par saint Luc, avait été placée dans l’église que Pulchérie, sœur de Théodose de Constantinople, construisit en l’honneur de la bienheureuse vierge Marie.
Les lampetiens ont enseigé que les moines devaient demeurer libres, c’est-à-dire non liés par des vœux perpétuels.  C’est ce que rapporte saint Jean Damascène dans son livre des cents hérésies, vers la fin.  Luther, de nos jours, a enseigné la même chose dans son livre sur les vœux monastiques. Il a dit qu’on ne pouvait faire de vœux dans un monastère que de la façon suivante : je fais vœu de chasteté, d’obéissance et de pauvreté jusqu’à la mort en toute liberté, c’est-à-dire que je pourrai changer d’idée quand il me plaira.   IL y en a qui nient que l’eucharistie est vraiment la chair du Christ, et qui ne veulent y voir qu’une figure, ou une image du corps du Christ, comme le rapporte le synode 7, acte 6, tome 3.  Et saint Ignace, longtemps avant, rapporte que la même chose était enseignée de son temps, selon Theodoret (dans le dialogue dit impassible.  À notre époque cette hérésie est enseignée par Zwingli, dans son livre sur les paroles de la cène du Seigneur, et par Calvin (livre 4, chapitre 17, verset 12).
Voilà vingt hérésies d’hérésiarques qui ont été condamnées par l’église qui vécut dans les premières sept cents années.  Ces hérésies nous les considérons toujours comme des hérésies, tandis que nos adversaires les tiennent pour des articles de foi.  Il s’ensuit donc que notre doctrine est en continuité avec la doctrine de l’église antique.   Les adversaires, eux, continuent les hérésiarques anciens.
                                                         CHAPITRE 10
                                                      La septième note
La septième est l’union des membres entre eux et avec la tête, car l’église est un seul corps, une seule épouse, un seul bercail, comme l’Écriture l’enseigne souvent.  Aux romains 12, le cantique 6, saint Jean 10.  Et, dans le symbole de Constantinople, nous disons « une église. »  L’unité principale du corps consiste dans l’union des membres entre eux et avec la tête.  Il nous faudra parler de l’une et de  l’autre union.   Parce que nous avons ailleurs traité de la tête de l’Église qui est le pontife romain, nous ne démontrerons qu’une seule chose, avec quelques citations :  que les anciens ont toujours vu l’union avec le pape comme une note de l’église.  Saint Irénée (livre 3, chapitre 3) dit, en toutes lettres, qu’il est nécessaire que l’église entière, c’est-à-dire les fidèles de partout,  soit en communion avec l’église romaine « à cause de sa plus puissante principauté. »  Saint Cyprien (livre 1, épitre 3) écrit : « En plus, après s’être donné un pseudo évêque, les hérétiques osent naviguer vers la chaire de Pierre, à l’église principale, d’où est née l’unité sacerdotale, pour apporter des lettres de schismatiques et de profanes, sans penser que ce sont des romains, chez qui la perfidie ne peut pas avoir accès. »
Et, parlant de la chaire de Pierre (livre 4, épitre 8), il écrit : « On exhorte les nôtres à la reconnaitre et à la ternir comme la matrice et la racine de l’église catholique. »  Saint Ambroise dans son sermon sur la mort de son frère Satyre : « On lui a demandé s’il serait du même sentiment que les évêques catholiques, c’est-à-dire l’église romaine. »   Saint Jérôme (dans son épitre à Damase sur le mot hypostase) : « L’église est divisée en trois parts, Lui a hâte de venir me chercher.  Moi, pendant ce temps, je m’écrie : si quelqu’un se joint à la chaire de Pierre, il est mien.  Meletiius, Vital et Paulin disent avoir hérité de toi.  Je pourrais le croire si un seul le déclarait.  Ou deux mentent, ou tous mentent. »   Et dans sa lettre antérieure : «  Je m’associe à ta béatitude, à la communion de la chaire de Pierre.   C’est sur cette pierre qu’a été édifiée l’église, je le sais. Celui qui mangera l’agneau en dehors de cette maison est un profane.  Si quelqu’un n’est pas dans l’arche de Noé, il périra quand surviendra le déluge.  Je ne connais pas Vital, je répudie Mélétius, et j’ignore Paul.   Celui qui ne ramasse pas avec toi disperse.   C’est-à-dire que celui qui n’est pas du Christ est de l’antichrist. »  Et, dans l’épitaphe de Marcelle, il écrit : « Saint Athanase, et son successeur Pierre, évêques d’Alexandrie, fuyant la persécution de l’hérésie arienne, se sont réfugiés à Rome, le port commun très sur de leur communion ».
Optatus (dans le livre second contre Parménien), enseigne, dès le début, et pendant plusieurs pages, que la première richesse de la vraie église et la principale est la chaire de Pierre, qui est à Rome. Il en tire la conclusion que les donatistes n’appartiennent pas à la vraie église, parce qu’ils ne sont pas en communion avec Syricius qui siégeait alors sur la chaire de Pierre.    Saint Augustin (dans sa lettre 162),  parlant de l’évêque Cécilien, écrit : « Qui pourrait ne pas être angoissé à la pensée de la conspiration des nombreux ennemis, quand il se voit uni par lettres d’échange avec l’église romaine, dans laquelle a toujours été en vigueur la principauté de la chaire apostolique. »  Et dans sa préface contre le parti de Donat : « Venez, frères, si vous le voulez, pour être greffés dans la vigne ! C’est une grande douleur pour moi de vous voir coupés de la vigne, gisant par terre.  Énumérez les prêtres, depuis la foi de Pierre, dans l’ordre de ceux qui lui ont succédé.  Voyez ! Là est la pierre, dont ne triomphent pas les portes orgueilleuses de l’enfer ! »  Saint Léon (épitre 47 aux évêques de la province de Vienne, écrit : « Le sacrement de la prédication évangélique le Seigneur a voulu qu’il soit le lot de tous les apôtres, d’une façon telle qu’il a voulu qu’il habite dans la pierre suprême de tous les apôtres, pour que de lui, comme d’une tête, il répande ses dons dans tout le corps, pour que l’on comprenne qu’est étranger au mystère divin celui qui a osé se séparer de la solidité de Pierre. »
À tout cela, ajoutez l’expérience. Nous voyons que toutes les églises qui ont fait sécession avec cette église, se sont,  comme des branches coupées d’un arbre, assez tôt asséchées.  Il est certain que les églises asiatiques et africaines  étaient autrefois  florissantes au point d’avoir célébré de nombreux conciles, qu’elles  eurent plusieurs hommes qui se sont illustrés par la doctrine, la sainteté ou par l’une et l’autre.  Mais quand elles firent sécession avec l’église de Rome,  elles ne célébrèrent plus de conciles,  elles n’eurent plus d’hommes réputés pour leur sainteté ou leur doctrine, connus par toute la chrétienté.  Et maintenant, on ignore tout d’eux.
Venons-en, maintenant, à l’union des membres entre eux.  Il est certain que la concorde est un signe du royaume de Dieu qui doit demeurer toujours; et que la discorde est un signe du règne de Satan, qui doit toujours être en ruines.  Voir Matthieu 12 : « Tout royaume divisé contre lui-même deviendra une désolation. »   Et 1 Cor 14 : « Dieu n’est pas un dieu de dissension mais de paix. »  Et saint Augustin (dans le livre 18 de la cité de Dieu, chapitre 52), dit : « Ce que le diable désire effectuer  par les hérétiques c’est que, dans l’église de Dieu,  soient autorisées des dissensions, comme dans les académies des philosophes.  Pour que, comme ils se détruisent  par leurs multiples sectes et se dévorent les uns les autres, la même chose se passe dans l’église. »
Cette note nous fait clairement comprendre que notre église est la seule vraie église.  Dans notre église, d’abord, tous les auteurs sacrés sont tous sur la même longueur d’ondes, même s’ils ont écrit dans des lieux, des temps différents, et même dans des langues différentes. Saint Augustin y voit là le doigt de Dieu (livre 18, chapitre 41, de la cité de Dieu).  Ensuite, les décrets des conciles légitimes et des souverains pontifes concordent entre eux dans tous les dogmes sans exception, même s’ils ont été promulgués par des hommes de lieux et de temps différents, ainsi que d’occasions différentes, contre des hérésies différentes et souvent contraires.  Ce qui est un signe clair d’un unique et même Saint Esprit gouvernant cette Église.  Que cela soit vrai, le démontrent les assauts des  hérétiques qui, en dépit de toutes leurs recherches et leurs tentatives, n’ont jamais rien pu trouver à redire, comme nous l’avons démontré dans la dispute des conciles. De plus, maintenant, tous les catholiques répartis sur toute la terre pensent la même chose sur tous les dogmes de foi.   Et ils ne peuvent pas autrement penser puisque tous se soumettent à la décision d’un seul et même pasteur suprême, dirigeant l’église de la chaire de Pierre, en union avec les autres pasteurs.  Que jamais n’ait existé une secte de Gentils ou d’hérétiques dans laquelle se soit trouvée une telle unanimité, on peut facilement le démontrer.
 Au sujet des sectes des païens, saint Augustin enseigne (férie 2, paroles du Seigneur) que Junon, Hercule et les autres dieux  étaient tous de la même religion, mais étaient divisés et séparés les uns des autres au point de se combattre.   Au sujet des philosophes, c’est une chose connue de tous, comme le dit saint Basile (dans le premier sermon de l’œuvre des six jours), que nous n’avons pas à terrasser les philosophes, car, par leurs mutuelles dissensions,  ils suffisent à eux seuls pour renverser leurs doctrines.  C’est ce que dit aussi Theodoret (dans son livre sur la foi), et saint Augustin (livre 18, chapitre 41 de la cité de Dieu.)
IL est tout à fait certain, cependant,  que ce soit  le comportement habituel des hérétiques.  Saint Irénée (livre 1, chapitre, et souvent ailleurs) enseigne que l’hérésie du premier hérésiarque Simon se divisa bientôt, et que d’elle naquirent les sectes des Ménandriens, des basilidiens, des saturniniens,  etc.   Dans le livre 1, chapitre 5, il dit, en parlant des valentiniens, que bien qu’ils aient été très nombreux, deux ou trois seulement s’entendaient dans les mêmes dogmes.  Au sujet des donatistes, saint Augustin écrivait (dans le livre sur le  baptême, chapitre 26) que l’hérésie donatiste a été, de son temps,  fractionnée en plusieurs unités. Les marcionites ont été encore beaucoup plus divisés.  Ils ont donné naissance aux Lucianites, aux Apellianiens, et aux Sévériens, selon Épiphane (livre 1, tome 3 contre les hérésies).  Les montanites ont été divisés  en pépusiens, artotyrites, phrygates etc, comme l’écrit Épiphane (livre 2, tome 1.)  Saint Augustin (livre 1 sur les hérésies, 46) atteste également que les manichéens ont été divisés en sectes différentes.  Les Messaliens ont été divisés en martyriens, sathaniens, enthousiastes, selon Épiphane (hérésie 80), Théodoret (livre 4 sur les fables hérétiques.)  Les ariens se sont rapidement divisés en acaciens, macédoniens, eunomiens, comme nous l’explique Ruffin (livre 10, chapitre 25, de son histoire).  Ces mêmes ariens changeaint de foi à chaque année, comme l’écrit saint Hilaire dans ses deux livres contre Constance.  Pour une raison semblable, les eutychiens furent tellemenet divisés que presque toutes les sectes qui apparurent par la suite en Orient en proviennent, comme l’écrit Évagre (livres 3 et 4) et saint Jean Damascène dans son livre des cents hérésies.
Or, à notre époque, comme nous le révèle le libelle de Frédéric Staphylus sur la concorde des disciples de Luther, les luthériens, à peine nés, se sont divisés en anabaptistes, confessionistes, et sacramentaires, lesquelles sectes se sont divisées en d’autres sectes jusqu’au chiffre de 34.   Et cela, au temps de Staphylus.  Actuellement, on compte une centaine de sectes différentes provenant de Luther.  On peut y voir à l’œuvre la providence de Dieu, car, de cette façon, les hérésies se détruisent elles-mêmes.   C’est pourquoi il est dit en Isaïe : « J’opposerai les égyptiens aux égyptiens. »   Et saint Hilaire, au livre 7  de la trinité : « La guerre interne des hérétiques est la paix de l’Église. »  Ajoutons que les auteurs hérétiques  ne sont pas toujours d’accord avec eux-mêmes, ce qui est une note sure de fausse doctrine, comme le même Luther le dit dans les vœux monastiques : « Tu ne peux pas connaitre les mensonges avec plus de certitude que quand ils se contredisent eux-mêmes.  Car, il a été ainsi  ordonné par Dieu que les impies s’empêtrent dans leurs nouvelles doctrines, et la dissonance de leurs mensonges témoigne toujours contre eux. »  Or, les innombrables contradictions de Luther Jean Cochlaeus les a toutes relevées. Et à la fin de son travail, il ajoutait 36 sentences différentes du même Luther sur le même article, la communion sous les deux espèces. La confession augustinienne, que tous tiennent pour sacrosainte, ils l’ont modifiée et éditée de façon si différente que les luthériens eux-mêmes ne savent plus quelle est la vraie confession augustinienne.  À ce sujet, consulter l’harmonie de Fabrice Leodius.  Vous y verrez que l’édition de l’année 40 est deux fois plus épaisse que celle de l’année 30.
Mais, à cet argument les adversaires répondent comme ils peuvent.   Calvin, dans la préface de ses institutions, dit qu’il ne faut pas s’étonner que de sa religion naissent des divisions, et des sectes contraires, car cela est arrivé même à l’église des apôtres.  D’elle naquirent les simoniens, les nicolaïtes.  Car, le démon arrive toujours dès qu’il voit qu’une bonne semence a été mise en terre, et il sème par-dessus la zizanie.  De plus, le même Calvin (livre 4, chapitre 13 et 14) écrit qu’on peut déduire de cette note  que la vraie église n’est pas parmi nous, car il y a autant chez nous de conventicules de schismatiques, et de divisions que de monastères.  Autrefois, les moines vivaient séparément, mais ne participaient pas aux sacrements isolément..  Ils accourraient plutôt aux églises des ministres ordinaires.  Ils assistaient là avec la foule au saint sacrifice de la messe.  Maintenant, chaque monastère a érigé son hôtel propre, et les moines ne reçoivent pas la communion avec les  fidèles.  Ils sont donc séparés du peuple du Christ, comme on le voit pas les noms qu’ils se donnent : bénédictins, franciscains, dominicains etc.  Il ajoute que nous avons, nous aussi, plusieurs sectes comme les scotistes, les thomistes, les molinistes.
Je réponds à la première objection en disant que la différence qu’il y a entre la séparation des hérétiques de l’Église, et la division existant entre les différentes sectes consiste en ceci.   Dans l’église, on trouve une règle certaine pour régler les controverses, à savoir la décision du souverain pontife, ou d’un concile plénier.  Et voilà pourquoi une dissension ne provient pas de la doctrine de l’église, mais de la malice du démon.  De plus, partout où nait une hérésie, elle est rapidement condamnée. Et, une fois l’hérétique expulsé,  la plaie se cicatrise, et la maladie ne fait plus de nouveaux progrès dans l’église.  Mais chez les hérétiques, il n’existe pas de règle capable de mettre fin aux controverses. Chacun se met avant les autres, et veut être le juge des autres.   Voilà pourquoi une nouvelle hérésie en engendre aussitôt d’autres, jusqu’à ce qu’elle soit consumée par de nombreuses divisions, de telle sorte que cela semble  un miracle de voir une hérésie durer longtemps.  En résumé, la doctrine de l’église engendre par elle-même l’union, la cohésion, l’harmonie, tandis que, de par sa nature, l’hérésie engendre des divisions et des schismes.   Quand donc nous voyons que, à la façon des autres hérésies, la secte luthérienne a été si rapidement divisée en un si grand nombre de sectes, et que, jour après jour, elle continue à se diviser, sans qu’on espère une fin à ces divisions, nous jugeons que les luthériens  sont des hérétiques, car le nom luthérien est presque disparu.
À la deuxième objection, je réponds que Calvin ment quand il prétend que les anciens moines n’avaient pas leur propre autel, mais qu’ils allaient participer aux sacrements dans les églises paroissiales, avec les fidèles.  Car, Épiphane, dans sa lettre à Jean de Jérusalem, atteste avoir ordonné le prêtre Paulinien dans le monastère de saint Jérôme, et avoir administré les sacrements aux autres  moines dans le même monastère, parce que saint Jérôme, par une humilité presque excessive, n’osait pas offrir le sacrifice de l’autel.  De même, Cassien, (dans la conférence 18, chapitre 15, qui est celle de l’abbé Pyamon), raconte que, dans son ermitage,  les moines avaient leurs prêtres qui étaient aussi moines, qui administraient aux autres les sacrements.   Saint Augustin (livre 1, chapitres 31 et 33 sur les mœurs de l’église), enseigne que non seulement dans le désert, mais aussi dans les villes comme Milan et Rome, les moines avaient dans leurs monastères un presbytre préposé, qui était surement prêtre, qui administrait les sacrements dans le monastère, pour que les moines ne soient pas forcés de sortir de leurs maisons pour aller prier dans les églises paroissiales.   De plus, saint Jean Damascène (dans son histoire de Barlaam et de Josaphat),  écrit que l’ermite Barlaam avait célébré le sacrifice de la messe dans sa cellule, en présence du seul Josaphat.  Je dis ensuite que quelqu’un ne devient pas schismatique à cause d’un autre autel matériellement différent, mais formellement différent.  Autrement, tous les paroissiens seraient schismatiques, car ils ont des autels différents dans des villes différentes.   Seuls donc sont schismatiques ceux qui érigent un autel à eux parce qu’ils jugent profane l’autel des autres.   Il est évident que les moines d’aujourd’hui ne sont pas schismatiques, puisqu’ils obéissent tous au seul souverain pontife, sont ordonnés prêtres par les évêques ordinaires, et sont reconnus par les fidèles.  De plus les noms de dominicains, franciscains, bénédictins n’ont pas été donnés par l’auteur d’une nouvelle doctrine, mais par l’instituteur d’une discipline plus sévère, comme chacun le sait.
À la troisième objection, je dis que les thomistes, les scotistes et les molinistes ne diffèrent entre eux que dans des choses qui ne se rapportent pas à la foi, comme saint Augustin l’explique des dissensions entre les docteurs de son temps, dans le livre premier contre Julien.  Et de plus, tous ces catholiques se soumettent toujours eux-mêmes et leurs opinions aux définitions de l’église romaine.  Voilà pourquoi, même s’ils semblent se combattre en paroles, ils sont tous d’accord sur les vérités de foi, puisqu’ils professent tous croire en une seule et même chose, en ce que l’église catholique a jugé qu’on devait croire.  Or, les hérétiques   différent entre eux sur les principales vérités de la foi, et reconnaissent, cependant, Luther pour père.  Voir, à ce sujet Hosius (premier livre contre Brentius), et Canisius (dans sa préface aux livres des excuses de Vega Colonia).  Les adversaires ne peuvent pas s’en tirer si facilement. D’abord, les anabaptistes ne nient pas que, pour les luthériens et les calvinistes, ils sont des hérétiques. Et pourtant, ils procèdent tous du même Luther.   Les zwingliens sont des hérétiques pour les autres luthériens, comme on le voit dans le testament de Brentius, et dans plusieurs livres de Luther.   Or, les zwingliens et les calvinistes n’osent pas exécrer Luther, même s’ils diffèrent de lui dans des choses très graves, comme on le voit dans les livres de Calvin, de Bèze et du martyr, sur la cène du Seigneur et sur le corps du Christ.
De plus, les luthériens rigides et les luthériens accommodants sont en guerre entre eux, comme nous le montrent les livres de Jean Wigandus, et l’Illyricus  contre Georges majeur, et Philippe Melanchton, et les livres de ces derniers contre les premiers.  Voici ce que disent d’eux  les centuriates (dans leur préface  à la centurie 5,) : « Même si les docteurs de l’église de Dieu sont dispersés dans différents lieux, cependant, ils sont enviés, molestés, affligés, affaiblis,  et frappés, non seulement par les fils de ce siècle, mais même par leurs propres confrères, qui les  proclament  séditieux, stoïques, et qui leur imputent les crimes d’hérésie et de sédition. »  Jean Wigandus  (dans son livre des erreurs de Georges le majeur), écrit : « C’est toi, Georges, qui troubles Israël !  Ce n’est pas  nous,  qui t’avertissons d’erreurs sur la foi,  qui sommes en lutte avec la parole de Dieu.  Car c’est toi la zizanie, toi qui sèmes et plantes dans l’église  tes noires erreurs par des livres que tu envoies un peu partout.  Or, nous, nous exhortons l’église de Dieu à persévérer dans la pureté de la doctrine de Dieu, vraie, acceptée et reconnue, qui nous a été présentée par l’organe du salut, Luther. »  Et plus bas : « Car, ce n’est pas de laine ou de lin que nous discutons, mais des chapitres très graves de la doctrine chrétienne, qui sont corrompus par Majeur et par d’autres. »  Et, un peu après la quatrième erreur : « Majeur, avec une immense audace, tu te vantes de ne pas t’être éloigné d’un cheveu de la doctrine de Luther,  et pourtant, tu réprouves toute la doctrine de Luther sur le serf arbitre.  Et tu fais asseoir le démon sur la chaire de Luther. »  Et, un peu plus bas, après la septième erreur : « Ces erreurs pernicieuses de Majeur, Luther les avait réfutées dans ses écrits et dans ses débats publics. »
De plus, parmi les rigides eux-mêmes, une question dépravée est née sur le péché originel.  Illyricus soutient que le péché originel est une substance, et appelle la sentence contraire un spectre pélagien.  Jean Wigandus et Tilmann Heshusius et d’autres qui écrivent contre Illyricus, l’appellent un manichéen manifeste.   Et il est certain que, au commencement de l’antidote contre Illyricus,  Heshusius enseigne que cette question appartient aux fondements de la foi.  De plus, dans la même province de Saxe, apparurent, pendant dix ans, des sentences contradictoires  sur la chose la plus grave de toutes.   Car, dans le synode de Dresde célébré  en l’an 1571,  a été condamnée d’un commun accord la doctrine de Brentius, d’Illyricus et d’autres sur la personne du Christ.  Et pourtant, cette sentence condamnée par eux-mêmes, ils la reçurent, en l’année 1580, dans le livre de la concorde; et le synode et la concorde ont été publiés ensemble, en même temps,  à Wittemberg, et sous l’autorité du même prince.
                                                    CHAPITRE 11
                                                 La huitième note
La huitième note est la sainteté de la doctrine.  La vraie église est non seulement  catholique et apostolique, une, mais elle est aussi sainte, comme le professe le concile de Constantinople.   On dit que l’église est sainte parce que sa profession est sainte,  ne contenant rien de faux relativement à la doctrine de la foi, rien d’injuste par rapport à la doctrine des mœurs.  Voilà pourquoi le psaume 18 appelle la loi de Dieu immaculée un témoignage fidèle, un précepte limpide du Seigneur.  Cette note montre qu’il n’existe pas de vraie église en dehors de la nôtre, car il n’y a aucune secte de païens, de philosophes, de Juifs, de Turcs ou d’hérétiques, qui ne contienne des erreurs dénoncées, et manifestement contraires à la raison droite.  Au sujet des adorateurs païens des faux dieux,  Minutius Félix, dans Octave,  Arnobes (livres 4, 5 ,6, 7, contre les Gentils) et saint Augustin (dans la cité de Dieu)  montrent en quelles choses absurdes et honteuses ils crurent.  Théodoret,  parlant des philosophes antiques (dans son livre sur les lois, qui est le neuvième chez les Grecs), dit que les lois de Lycurgue permettaient l’adultère, que celles des perses permettaient les noces  incestueuses de mères, filles, sœurs; que les lois des massagètes permettaient aux proches de dévorer les moribonds et les vieux; celles des tibarénens, de lancer les vieux du haut des tours, celles des hiraniens de jeter aux chiens des cadavres humains, celles des scythes, d’enterrer vivants avec les morts ceux qui les aimaient.  Les lois de Platon, qui semblent les meilleures à certains, prescrivent ou louent des vices horribles, comme la communauté des femmes,  l’amour honteux, l’extinction des concepts, les meurtres d’enfants, et d’autres semblables.
Les mahométans (le Coran, chapitre 2) enseignent que tous,  les Juifs, les chrétiens et les turcs,  se sauvent dans leurs lois s’ils les observent  (chapitre 25, 8, 47 et 48).  Et le coran enseigne  que la béatitude de la vie future consiste dans la nourriture, le breuvage, et  la multitude des femmes.  Jamais, dans tout le coran, il n’est fait mention d’actes spirituels de vision et d’amour de Dieu.   Au chapitre 43, il est dit que Dieu et les anges prient pour Mahomet.  Le coran contient d’autres choses aussi absurdes.   On sait, par leurs livres, ce que pensent les Juifs qui ont écrit après l’avènement du Christ.  D’abord, dans le Talmud qui est leur parole de Dieu non écrite, on trouve d’innombrables erreurs, dont a parlé Sixte Senensis (au livre 2 de la bibliothèque sainte).  Le rabbi Salomon, que les Juifs ont en grande estime, dit, dans soncommentaire de la Genèse chapitre 2 : « Voilà maintenant un os de mes os. », qu’Adam s’était uni charnellement avec toutes les bêtes domestiques et sauvages, et qu’il n’avait pas pu satisfaire sa passion, jusqu’à ce qu’il parvint à l’étreinte d’Ève.  De même, dans le chapitre 28 des nombres, commentant « aux calendes, vous offrirez un holocauste « au » Seigneur », il lit un holocauste « du » seigneur.  Et il explique que le précepte ordonnait d’offrir un holocauste  le jour de la pleine lune pour le péché que Dieu a commis  quand il a diminué la lumière de la lune.  Cette fable Salomon la raconte au chapitre 1 de la Genèse en commentant : « deux grands luminaires ».  De même, au chapitre 4 du Deutéronome, il dit qu’Adam fut tellement grand qu’avec sa tête il pouvait toucher le ciel.  On rencontre des choses semblables dans les livres des Juifs.
On peut montrer la même chose au sujet des hérétiques du passé.  Il n’y eut aucune hérésie qui n’enseignât des erreurs manifestes.  Les gnostiques enseignaient qu’il fallait fréquenter les putains, et s’adonner à toute sorte de luxure, mais qu’il fallait empêcher la conception,  et qu’au cas où un fœtus s’ensuivrait, il fallait l’extraire de l’utérus de la femme enceinte, le déposer dans un mortier, et le manger après l’avoir fait cuire avec du miel et du poivre.  Ils disaient qu’ils célébraient ainsi une grande pâque.  C’est ce que raconte Épiphane à l’hérésie 26.  Les carpocratiens enseignaient qu’ils étaient tenus à commettre  tous les crimes. Et si, avant de mourir, ils ne les avaient pas tout commis,  ils enseignaient que leurs âmes retournaient à leur corps, et cela, autant de fois qu’il fallait pour qu’ils remplissent la mesure des crimes.  C’est de cette façon qu’ils expliquaient ce passage de l’évangile : « Tu n’en sortiras pas tant que tu n’auras pas remboursé le dernier centime. »  C’est ce qu’Épiphane rapporte à l’hérésie 27.
Les montanistes faisaient un sacrifice avec le sang d’un enfant d’un an. C’est avec une incroyable cruauté qu’ils en extrayaient le sang avec des ongles de fer. Témoin, Augustin, hérésie 25.   Les manichéens enseignaient qu’arracher une feuille d’un arbre et tuer un homme était un péché de même nature.  Ils affirmaient aussi que des parties de la divine essence étaient tenues captives par les princes des ténèbres, et que d’autres devaient être condamnées pendant toute l’éternité. (Augustin, hérésie 46).  Les donatistes,  pour se faire martyrs, se précipitaient du haut des montagnes, ou se jetaient dans la mer ou dans un brasier.  Ou bien ils menaçaient de mort, et tuaient ceux qui ne voulaient pas se tuer eux-mêmes.  C’est ce que rapportent saint Augustin (épitre 50) et Theodoret (livre 4 sur les fables hérétiques.  Que cela suffise, car on pourrait rapporter un grand nombre d’extravagances de ce genre.
Venons-en maintenant à nos sectaires.   Ils enseignent que chaque homme est justifié par cette seule foi toute spéciale, par laquelle chacun croit être juste devant Dieu à cause du Christ.  Ce qui défit tous les paradoxes.   Car cela n’est pas au-dessus ou en marge de la raison, mais tout à fait contraire à la raison.  Car, je fais la demande suivante : quand je commence à croire que je suis juste, je suis soit juste, soit injuste.   Si je suis juste, je ne suis donc pas justifié par la foi par laquelle je crois que je suis juste, car cette foi est postérieure à ma justice.  Si je suis injuste, cette foi est donc fausse, et n’est pas la foi divine justifiante, à moins de dire que les hommes sont justifiés par le mensonge.  De plus, tous les luthériens font un grand cas des prières mentales et orales. Mais cette foi enlève l’oraison dominicale, car si je crois avec certitude que je n’ai pas de péché, je mens puisque par cette foi je dis : remettez-nous nos dettes.  De plus, les calvinistes condamnent les anabaptistes, et pensent qu’ils ne peuvent être ni justifiés ni sauvés, à moins qu’ils se convertissent de leurs erreurs.  Et, cependant, ils savent pertinemment que les anabaptistes croient dur comme fer qu’ils sont sauvés.  Ils sont donc forcés de dire qu’ils sont en même temps justes et non justes.
En plus de ce dogme commun,  tous ont leurs dogmes qui leur sont propres, remplis d’une absurdité manifeste.   Les anabaptistes, en plus de beaucoup d’autres choses, ont des conventicules nocturnes, que Jean Cochlaeus a dévoilés, et ils s’unissent publiquement à leurs sœurs propres.  Voici quel est l’article 11 des anabaptistes : personne ne doit prêcher en public.  L’article 19 : il est permis à un frère d’épouser sa sœur.   Les luthériens ont eux, aussi, une erreur manifeste.  Ils enseignent que,  quand ils sont baptisés, les enfants se servent de leur raison, écoutent la parole de Dieu, croient et aiment.  C’est ce que le synode de Wittemberg de 1536 a défini solennellement.  Cela n’en répugne pas moins avec la vérité, comme saint Augustin l’écrit à Dardanus (épitre 57). Il dit que c’est faire injure aux sens humains de parler ainsi : « Comment est-il crédible qu’un enfant qui pleure, qui regimbe tant qu’il peut pendant qu’on le baptise, comprenne ce qui se passe ? »  De plus, les calvinistes ont cet enseignement, qui répugne non seulement à la piété mais aussi à la raison,  que toutes choses arrivent nécessairement, que Dieu est la cause des péchés, ce que rejettent presque tous les luthériens.
Mais l’église catholique n’a aucune de ces erreurs, aucune de ces turpitudes. Elle n’enseigne rien de contraire à la raison, même si elle croit à beaucoup de choses qui sont au-dessus de la raison.  De plus, elle est la seule à être absolument sainte, et c’est à elle seule que convient ce que nous disons dans le symbole des apôtres : « Je crois dans la sainte église. »   C’est ce qu’on démontré contre les païens Justin dans l’une et l’autre de ses apologies, Tertullien (dans son apologie, chapitre 36),  Arnobius (livres 1, 2, 3 contre les Gentils),  Minutius Felix (dans Octave),  et saint Augustin (dans les livres de la cité de Dieu, contre les païens). Et saint Thomas dans sa somme contre les gentils, en fait la démonstration contre les païens et les hérétiques.  Concluons donc avec saint Augustin (cité de Dieu, chapitre 28) : « Dans les églises catholiques, il n’y a rien de honteux, de criminel qui soit présenté come devant être admiré ou imité, là où les préceptes de Dieu sont enseignés, ou les miracles racontés, ou les dons loués, ou les bienfaits demandés. »  Et (au livre 2, chapitre 7) : « La vérité a été persuadée par des moyens nouveaux, mais qui n’étaient pas contraires à la raison. »
                                                       CHAPITRE 12
                                                  La neuvième note
La neuvième note est l’efficacité de la doctrine.  Car, seule la vrai église a une doctrine non seulement immaculée, mais qui convertit les âmes, comme on le dit dans le psaume 18 : « La parole de Dieu est vivante et pénètre jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit ».  Les philosophes anciens, même s’ils faisaient montre d’une grande sagesse, et d’une  éloquence suffisantes pour persuader le peuple de suivre leurs lois, n’ont jamais pu faire adopter leurs lois par les villes voisines, comme l’enseignent saint Athanase (dans le livre sur l’humanité du verbe), et Theodoret (dans son livre sur les lois), parce que leurs paroles n’étaient pas vivantes, mais mortes, non selon l’Esprit de Dieu, mais selon l’esprit de l’homme.  Les mahométans en attirèrent un grand nombre, mais par la terreur des armes, non par la vie et l’efficacité de la doctrine.  Voilà pourquoi Mahomet, dans le Coran, enseigne (aux chapitres 18 et 19), qu’il faut obliger les hommes à croire.  De plus, on ne lit jamais qu’ils ont converti des Juifs ou des païens à leur foi, mais qu’ils n’ont perverti que des chrétiens, ce que Tertullien avait à l’avance noté dans son livre sur la prescription des hérétiques : « Que dirai-je de l’administration du verbe ? « Comme leur plan était non de convertir des païens, mais de nous abattre, ils détruisent ce qui est à nous pour édifier ce qui est à eux. »
 Mais, tu répliqueras que, dans sa chronique (tome 2, livre 4, chapitre 20, Freculphus rapporte que, au temps de l’empereur Valens, toute la tribu des Goths a été, par les ariens, convertie du paganisme à la foi.    Je réponds que les Goths n’ont pas été convertis par les ariens, mais trompés misérablement.  Car, une fois sortis de leurs territoires, les Goths militaient sous les drapeaux de l’empire romain. Et, après avoir entendu dire beaucoup de belles choses des chrétiens, de leur propre mouvement, et sans être contraints par personne, ils demandèrent à l’empereur des évêques pour qu’ils leur enseignent leur religion, car ils étaient prêts à croire tout ce qu’ils leur diraient.   Hélas, l’empereur qui était arien, envoya des évêques ariens.  Voilà comment les Goths ont été misérablement trompés.  En voulant devenir chrétiens, ils sont devenus ariens, mais sans vertu ou miracle des ariens.  Car quelle difficulté y a-t-il à instiller un poison à celui qui est prêt à le prendre ?   Ajoutons que Freculphus ne raconte pas toute l’histoire.  Car, on apprend par Socrate (livre 4, chapitre 27), par Sozomène (livre 6, chapitre 37), par Theodoret (livre 4, dernier chapitre), que la plus grande partie de ces Goths était chrétienne et catholique, et qu’a elle été ensuite trompée par les ariens.  Les hérétiques n’ont donc pas converti des hommes à la foi, ni ne le peuvent.   Car les hérétiques ont l’Écriture, mais ils n’ont pas le vrai sens des Écritures, lequel est un glaive spirituel, car les paroles ne sont pas tant le glaive que le fourreau qui contient le glaive de l’esprit.  Comme ils ne se battent pas avec le glaive, mais avec le fourreau seulement, quoi d’étonnant s’ils ne blessent pas les cœurs des infidèles ?  Il n’y a pas non plus à s’étonner qu’ils aient perverti des catholiques, car les hommes sont disposés à accepter de descendre plutôt que de monter, et de prendre la voie large et facile qu’ils leur ouvraient.  Dieu a permis cela à cause de l’ingratitude de ceux qui avaient été illuminés, et qui, après avoir reçu l’illumination, n’ont pas répondu par de bonnes actions.
Mais l’église est vraiment sainte et apostolique, elle qui, autrefois, rapidement, par des hommes méprisables, de race et de culture différentes, sans armes, sans éloquence a attiré à elle le monde entier, c’est-à-dire des grands et des petits, des savants et des ignorants, des jeunes et des vieux, des hommes et des femmes, non pour jouir des plaisirs de la vie, mais pour croire dans des choses qui dépassent la raison,  pour les disposer à accepter la croix, les souffrances, une vie parfaite qui répugne à la chair et au sang, et tout cela pour aucune récompense pendant cette vie, mais seulement dans le futur.   Ils les persuadèrent de préférer perdre plutôt toutes les richesses, les honneurs, les amis, les terres, la vie même, plutôt que la foi dans le Christ.  C’est ce dont ont parlé saint Athanase et Theodoret dans les textes cités, et saint Augustin (livre 22, chapitre 5 de la cité de Dieu.  Il considère là comme un des plus grands miracles que quelques apôtres, par la seule efficacité de la parole divine, sans éloquence, sans armes, ait conquis l’univers.  De plus, du temps de saint Grégoire jusqu’à notre époque, plusieurs ont été convertis par les nôtres.  On peut même le prouver par le témoignage des adversaires, car qu’au sixième siècle, sur l’ordre du pape saint Grégoire, ce ne sont pas des hérétiques, qui n’existaient pas alors,  qui ont converti les Angles païens à la vraie foi, mais les moines du souverain pontife, les centuriates en témoignent (centurie 6, chapitre 2, colonne 37).
De plus, au temps du pape Conon, un envoyé du pape saint Kilianus, a converti les Francons, comme le reconnaissent les centuriates (centurie 7, chapitre 2 , colonne 31.) Ensuite, au temps des papes Grégoire 11, Grégoire 111 et Zacharie, une grande partie de l’Allemagne a été convertie, non par les hérétiques iconomaques,  dont le monde abondait alors, mais par l’évêque martyr saint Boniface, que le pape Grégoire 11 avait envoyé, comme l’admettent les centuriates (centurie 8, chapitre 1, col 20).  Ils font même sa louange en ces termes : « En ce siècle, quand arrive le temps que le Seigneur avait préparé dans sa miséricorde, de grands fruits furent produits. Car le Seigneur a suscité Winofridus, que les Romains appellent Boniface, avec ses collègues, pour propager la foi en Germanie. Cette œuvre c’est par leurs mains qu’il la conduisit et la promut. »  S’ils parlent si bien de saint Boniface à cet endroit, c’est qu’ils avaient oublié qu’il était papiste.  Car, dans la préface de cette même centurie (blasphème), ils parlent ainsi en se montrant ingrats envers leur apôtre : « Pour ce projet, le pape avait à sa disposition des aventuriers illustres, toujours prêts à ce genre d’emploi,  audacieux, téméraires, qui, alléchés par les honneurs et les récompenses, entreprenaient une œuvre semblable dans tous les royaumes. »  Et plus bas : « Tel fut l’aventurier Boniface, que l’on appelle l’apôtre des Allemands, qui mit tout son zèle, son énergie et son savoir faire pour remettre entre les mains du pape la Germanie entière.  Même si, en certains endroits, il semble avoir éliminé l’idolâtrie païenne, il ne sema pas la religion chrétienne dans toute sa pureté, et sans aucune corruption. »  Et plus bas : « Ce pseudo apôtre fut enflé d’une telle insolence que non seulement il méprisa ceux qui lui faisaient des reproches, mais  les livra au tyran des romains comme hérétiques et perturbateurs de l’Église. »  Voici comment ils parlent de l’apôtre de la Germanie, dont les auteurs contemporains font le plus grand éloge.
Ensuite (à la centurie 9, chapitre 2, colonne 15), ils reconnaissent que ce sont les moines de Corbeienses qui ont converti les Vandales, et à la colonne 18, ils admettent que les bulgares, les slaves, les polonais, les danois et les moraves ont été convertis par les pontifes romains auxquels ils se sont soumis.  C’est donc par des papistes qu’ils ont été convertis.  De même (dans la centurie 11, chapitre 2, colonne 19,) ils enseignent que plusieurs rois et des peuples ont été convertis à la foi par l’opération d’Henri 1, et du bohémien Adalbert, et de saint Méthode, l’archiprêtre des moraves.  Qu’ils aient été des papistes, les centuriates ne peuvent pas le nier, puisque ces convertis étaient soumis à l’évêque de Rome.  Ensuite ( à la centurie 11, chapitre 2, colonne 27, ils enseignent que c’est en ce siècle que les Hongrois ont été convertis en grande partie, et que c’est le roi des hongrois Étienne, récemment converti, qui a demandé leur confirmation.  Après ce temps, ne manquèrent pas, même dans  l’église catholique, de semblables conversions.   Le pape Adrien 1V, avant son pontificat, a été envoyé par le pape Eugène, pour convertir la Norvège à la foi, comme Platina et d’autres le rapportent, ainsi que les centuriates, dans la centurie 12 qui a été éditée en même temps que la treizième, dit-on.  Mais je ne l’ai pas vu.  Par le seul saint Vincent, de l’ordre des prédicateurs, on a calculé qu’il a converti à la foi 25000 personnes, y compris des Juifs et des Sarrasins, comme l’écrit saint Antonin (partie 3, 23, chapitre 8, verset 4) qui vécut à la même époque.
De plus, en notre siècle, dans une nouvelle ville, plusieurs milliers de Gentils sont devenus chrétiens. À chaque année, sont convertis et baptisés à Rome des Juifs par des chrétiens rattachés au pape.  Et il ne manque pas de gens qui en Turquie ou à Rome sont convertis par des catholiques.   Les luthériens en ont converti un ou l’autre.  Mais ils sont loin de ressembler aux apôtres et aux évangélistes;  et, en Germanie elle-même, ils ont plusieurs Juifs, et en Pologne et Hongrie, des Turcs tout proches.  Saint Augustin (livre 13, chapitre 12, contre Faust) a raison de comparer les hérétiques à des perdrix qui recueillent des poussins qu’elles n’ont pas couvés.  L’Église, au contraire, est, comme la colombe, d’une très grande fécondité, puisque, à chaque jour, elle fait éclore de nouveaux poussins.
                                                    CHAPITRE 13
                                                 La dixième note
La dixième note est la sainteté de vie de nos auteurs, ou des premiers pères de notre religion.  La vraie église n’a pas seulement une doctrine sainte et efficace, mais des docteurs saints et célèbres par la gloire des signes et des miracles.   Parlons d’abord de la probité, puis des miracles.   Si quelqu’un considère les maîtres de l’Église catholique, les patriarches et les prophètes, ensuite les apôtres, ainsi que les docteurs qui ont lutté contre chacune des hérésies,  ensuite les fondateurs des ordres religieux, il trouvera que tous étaient si  chastes, si pieux, si saints, si sobres, que les adversaires n’ont rien  d’autre à leur reprocher qu’une trop grande sainteté, comme le dit saint Augustin des moines de son temps  (livre sur les mœurs de l’église, chapitre 31, et le livre 2 sur les docteurs catholiques, contre Julien).  Voici ce qu’il dit : « Ceux-ci sont des évêques, des pasteurs instruits, graves, saints, ardents défenseurs de la vérité, qui sucèrent la foi catholique avec le lait, et qui distribuèrent magnifiquement la nourriture aux petits.  Après les apôtres, c’est par de tels planteurs, laboureurs, constructeurs, pasteurs et nourriciers que l’Église a cru. »  Ajoutons que saint Bernard, saint Dominique, saint François ont été reconnu comme saints par Luther (livre de la captivité babylonienne, chapitre 2), par Philippe dans son apologie (articles 5 et 17), et par d’autres hérétiques.
Or, les docteurs des païens furent ou des poètes légers ou des philosophes superbes.  Les uns et les autres étaient impurs, car les principaux savants grecs furent impurs outre mesure.  À un point tel que même les leurs les considéraient comme infâmes, surtout à cause des vices contre nature, comme en témoignent Atheneus (livrfe 13, chapitre 27), et, parmi les nôtres, Theodoret (livre des lois), et même aussi saint Paul (Romains 1).  À Mahomet rien ne pouvait sembler trop incontinent,  car, il dit lui-même dans le coran (c.43)  qu’il avait reçu de Dieu, comme privilège spécial, de s’unir à toutes les femmes qu’il aimait, même à celles qui étaient consanguines (même ses nièces).   Des hérésiarques, on peut dire beaucoup de choses.  Mais, le vice principal qu’ils ont en commun est l’orgueil.   Saint Augustin (livre des pasteurs, chapitre 8) : « Provenant de différents endroits, ils sont tous différents, mais une mère les a tous engendrés, l’orgueil, comme notre mère catholique a enfanté tous les fidèles chrétiens disséminés partout sur le globe. »  En effet, aucune hérésie n’arrive intentionnellement, ou après avoir été recherchée pour elle-même, mais fortuitement, malencontreusement, comme on pense que les monstres ont été engendrés.
Au sujet de Theobute, le premier de tous les hérétiques,  Égésippe écrit ceci, d’après Eusèbe (livre 4, chapitre 22) : « L’Église était alors appelé vierge, parce qu’elle n’avait pas encore été corrompue par une parole adultère.  Mais un certain Theobute, parce qu’il mérita d’être éloigné de l’épiscopat, commença à tout troubler, et à tout corrompre. »   Après lui a été Simon le magicien (actes 8).  Ayant par ambition, convoité l’épiscopat, il a voulu l’acheter avec de l’argent.  Et quand il fut exclu de l’église, il conçut une hérésie nouvelle, afin que celui qui ne pouvait pas dans l’église exercer l’autorité, le fasse du moins à l’extérieur.   Après Simon, est venu Valentin.  Tertulien (dans son livre contre les valentiniens, non loin de la fin) parle ainsi : « Valentin espérait obtenir l’épiscopat, parce qu’il était d’une grande intelligence et d’une grande éloquence.  Indigné outre mesure parce qu’un autre avait été choisi en vertu de la prérogative du martyre,  il rejeta la règle authentique de l’église, comme  ont coutume de  faire pour se venger ceux qui ont la passion du pouvoir. »  Parlons donc maintenant de Marcion.  Voici ce que rapporte de lui Épiphane (hérésie 42 au début) : « Dévoré par la jalousie, parce qu’il n’obtint pas la présidence et le premier rang, il s’inventa une église. »  Et plus bas : « Troublé par l’envie, rempli d’indignation et de superbe, il fit scission, se fabriquant une hérésie en disant : je séparerai en deux votre église, et j’y mettrai  une fissure perpétuelle.  En vérité, ce n’est pas une petite fissure qu’il pratiqua, mais ce n’est pas l’église qu’il coupa en deux, mais c’est lui-même qu’il sépara d’elle, lui et ceux qui lui ont obéi. »
Au sujet de Montan, Theodoret écrit ceci (livre 3 sur les fables hérétiques) : « Mu par l’ambition, par le désir d’obtenir la première place, il s’appela lui-même Paraclet. »  Il écrit la même chose au sujet de Novatien, (en citant la lettre de Corneille à Fabius, livre 6, chapitre 36 de son histoire) : « C’est par le désir qu’il avait de l’épiscopat, qu’il couvait à l’intérieur de lui, qu’il prit cette décision. »  « Sabellius, selon Épiphane (hérésie 57) rêva d’un plus grand faste, délira au point de dire qu’il était Moïse, et Arius, son frère Aaron. »  Et voici ce que rapporte de lui Théodoret (livre 4 des fables hérétiques, au début) : « Quand ils était compté parmi les prêtres de l’église d’Alexandrie, et qu’il vit le grand Alexandre assis sur la chaire pontificale, il fut percé par le glaive de l’envie.  Et quand il chercha un sujet pour entrer en compétition avec lui, il trouva une occasion dans l’impiété des dogmes. »  Au sujet de l’hérésie des semi-ariens, Épiphane parle ainsi (hérésie 37) : « Ils entrèrent en conflit les uns avec les autres, eux et  leurs adeptes.  Poussés par la haine et la jalousie, ils se firent la guerre, luttant pour la première place. »  Au sujet de Aetius,  le même Épiphane dit (hérésie 75) : « Quand Eustache parvint à l’épiscopat, qu’Aetius convoitait grandement, sans pouvoir l’obtenir, c’est alors que commença la rivalité. »  Dans son livre 4 sur les fables hérétiques, Thedoret  écrit que Nestor employait la majeure partie de son temps à faire la cour au peuple, avec un habit en lambeaux, une pâleur simulée, des paroles étudiées, jusqu’enfin il parvienne à l’épiscopat.    Au sujet de l’hérésiarque  Sabbatius, Socrate écrit (livre 5, chapitre 20 de son histoire) : « Il brulait du désir d’obtenir l’épiscopat. »
De la même façon, les sectes de notre époque sont nées de l’ambition, de l’orgueil, de l’envie, et de la haine.  Cela, les adversaires ne peuvent pas le nier,  car le début de toutes les hérésies de ce temps a été l’envie et l’ambition de Luther, supportant mal que la prédication des indulgences ait été transférée des moines de son ordre à ceux de saint Dominique, comme l’écrit Jean Cochlaeus dans les actes de Luther, en l’année 1517.  Voilà pourquoi, dans le premier débat qui eut lieu à Lipsis, entre Luther et Eck, Luther s’exclama : « Cette cause n’a pas été commencée à cause de Dieu, et elle ne finira pas à cause de Dieu. »  De même, dans l’épitre aux Argentins, il dit qu’il nierait volontiers que le corps du Christ n’est pas présent dans l’eucharistie,  si les Écritures n’étaient pas si claires, car, par ce moyen, il paraitrait incommoder grandement la papauté.   De même, dans son livre contre le roi d’Angleterre, il s’élève à un tel degré d’orgueil qu’il dit que les rois, les princes et les pontifes ne sont pas dignes de délier les lacets de ses chaussures; et que c’est ainsi qu’il sera, qu’on le veuille ou pas.  Il disait aussi qu’il compte pour rien mille Augustins et mille Cypriens.  Et, dans le livre de la messe angulaire, pour montrer que son père est celui qui est roi sur tous les fils d’orgueil,  il dit avoir appris du diable que la messe était une chose mauvaise, et que, convaincu par les raison du diable, il avait aboli la messe.  De plus, l’arrogance de Luther fut telle que les siens eux-mêmes ne  pouvaient pas la tolérer.  Car, voici ce qu’écrit de lui Conrad Cesnerus dans sa bibliothèque universelle : « On ne peut pas dissimuler que Luther un homme  violent, emporté, impatient, et qui ne pouvait supporter que ceux qui acceptaient tout ce qu’il disait. »   Et plus bas : « Le seigneur pourvut à ce qu’il ne fasse pas de tort  par la violence et l’impudence de sa bouche à son église qu’il  avait si heureusement promue autrefois.. »
En réponse au livre que Luther avait écrit contre Zwingli, les ministres de Turinge écrivent : « Les prophètes et les apôtres recherchaient la gloire de Dieu, non leur honneur propre, non leur opiniâtreté, non leur orgueil.   Luther recherche, lui, son intérêt, il a la tête enflée,  et est d’une insolence extrême.  Dans ses réprimandes, on remarque plus l’action d’un malin esprit que celle d’un ami ou d’un père. »   Les disciples de Luther sont semblables à lui.  Si de tous leurs livres on enlevait les vantardises,  les mensonges, les menaces, les malédictions, on ferait de gros volumes de petits libelles.
En ce qui a trait au peuple, il y a, il est vrai, dans l’église catholique, plusieurs mauvais chrétiens, mais, parmi les hérétiques, aucun n’est bon.  La chose est bien connue de ceux qui connaissent les mœurs des uns et des autres, et il ne faut pas mépriser ce témoignage de Luther que lui a arraché la vérité (une note sur  l’évangile du premier dimanche de l’avent)) : « Le monde empire de jour en jour.  Les hommes sont maintenant plus désireux de vengeance, plus avares,  plus éloignés de toute forme de miséricorde, plus immodestes, plus indisciplinés,  beaucoup plus mauvais qu’ils n’étaient sous le pape. »  Ce témoignage est vrai.  N’est pas différent le témoignage de Jacques André Smidelin, (dans le sermon 4 sur le chapitre 21 de Luc.  On trouve une partie de ce discours dans un livre de Canisius, livre 1, chapitre 4, sur les corruptions de la parole de Dieu).  Voici comment parle de ses coreligionnaires luthériens Smidelus : « Pour que le monde entier sache qu’ils ne sont pas papistes, et qu’ils ne mettent pas leur confiance dans les bonnes œuvres,  ils ne pratiquent absolument aucune de ces œuvres.  Ils boivent nuit et jour, au lieu de faire du bien aux pauvres.  Ils tournent les promesses en jurements et en blasphèmes, et en exécrations du nom divin, et cela à un point tel que le Christ n’est pas autant blasphémé par les Turcs que par eux. Au lieu de l’humilité, règne la superbe, l’orgueil.  Et ils disent que ce genre de vie a été institué par l’évangile. »
Ajoutons le troisième témoignage d’Érasme, qui les connaissait bien, et qui ne semblait pas avoir tellement horreur de leur doctrine.  Voici ce qu’il écrit à Vulturius Neocomus, en 1529 : « Examine le peuple évangélique, et observe s’il s’adonne moins au luxe, à la luxure, à l’argent, que ne font ceux que vous détestez.   Montre-moi celui que cet évangile a, de bambocheur, fait un sobre, de féroce, un doux, de rapace, un libéral, de maudit, un béni, d’un impudique un chaste. Mais moi je peux t’en montrer plusieurs qui sont devenus pires. »  Et regardez, si le cœur vous en dit, la préface du livre  de Jean Cochlaeus sur les actes et les écrits de Martin Luther.
                                                          CHAPITRE 14
2018 03 03 fin
2018 03 07 19h34 début
CHAPITRE 14
                                                             La onzième note
La onzième note est la gloire des miracles.  Il faut donner deux explications préalables.  La première.  Les miracles sont nécessaires pour la prédication d’une foi nouvelle, ou pour une mission extraordinaire.  La deuxième.  Ils sont efficaces et suffisants.  Nous déduisons de la première remarque que la vraie église n’existe pas chez les adversaires; et de la deuxième, qu’elle est chez nous.
Que les miracles sont nécessaires, nous le prouvons d’abord par l’Écriture (Exode 4).   Quand Moïse a été envoyé au peuple par Dieu, il a dit : « Ils ne me croiront pas, et ils n’écouteront pas ma parole. »  Dieu n’a pas répondu qu’ils doivent croire, qu’ils le veuillent ou non,  mais il lui a donné le pouvoir de faire des miracles, en lui disant : « Pour qu’ils croient que le Seigneur t’a apparu. »  Et par le nouveau testament (Matt 10) : « En chemin, prêchez en disant que le royaume de Dieu est proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, et chassez les démons ! »  Et en Jean 15 : « Si je n’avais pas fait, parmi eux,  des œuvres que personne n’a faites, ils n’auraient pas de péché. »
De plus, celui qui est envoyé doit montrer son mandat par le sceau de celui qui l’a envoyé.  Autrement, personne n’est tenu de le recevoir.  Car, quiconque est envoyé pour prêcher est envoyé  par Dieu,  soit  par l’intermédiaire des prélats ordinaires, soit, exceptionnellement,  par Dieu seul.  Celui qui est envoyé par un prélat ordinaire doit montrer un témoignage de ce prélat, c’est-à-dire des lettres qui portent son sceau.  Celui qui est envoyé par Dieu seul doit montrer le sceau de Dieu, qui n’est autre que le miracle.  Car, c’est ce qui est dit en Marc (fin) : « Étant partis, ils prêchèrent partout, le Seigneur coopérant et confirmant leurs paroles par de nombreux signes. »  Et cela est tellement vrai que non seulement saint Augustin (livre 22, chapitre 4 de la cité de Dieu) enseigne que les miracles ont été nécessaires pour que le monde croie, mais même un Philippe Mélanchton l’admet.   Car, (au chapitre 3 de Matth) il dit que, quand sont grandes les ténèbres,  Dieu appelle de nouveaux docteurs, et ajoute toujours des miracles pour que nous soyons surs qu’ils ont été envoyés par Dieu.
Et au sujet de la deuxième, à savoir que les miracles sont un témoignage suffisant, et que là où sont des miracles, là est la vraie foi,  il est facile de le prouver.  Les miracles, en effet, ne peuvent pas se produire sans l’intervention de Dieu, car un miracle est ce qui surpasse les forces humaines.  Voilà pourquoi il est admirable pour toutes les créatures. Et voilà pourquoi aussi on les appelle, dans l’Écriture, des témoignages de Dieu, comme nous l’avons vu plus haut.  En conséquence, ce qui est confirmé par un miracle  est confirmé par un témoignage de Dieu.  Et comme Dieu ne peut pas être le témoin d’un mensonge, ce qui est confirmé par un miracle est nécessairement vrai.  On ne peut pas objecter que les vrais miracles ne servent pas toujours à confirmer la foi, mais à illustrer la vie des saints, car quand des miracles se font pour démontrer la gloire de tel saint,  ces miracles montrent que cet homme est saint.  Et comme personne n’est saint sans la vraie foi, (parce que « mon juste vit de la foi, Hebr 10 »), ces miracles montrent et confirment la vraie foi.
Après avoir posé ces bases, il sera facile montrer que chez les païens, les turcs, les juifs et les hérétiques, la vraie foi n’est pas présente, car il n’y a, chez eux, aucun vrai miracle.  Et pourtant ils enseignent tous une nouvelle doctrine et ne sont pas envoyés par les évêques ordinaires.  Chez les païens, on nous parle de phénomènes de peu d’importance, du genre de ceux que rapporte Valère Maximus (libre 8) : des statues et des animaux qui parlent,  la vierge vestale,  de l’eau puisée avec un crible, des augures, des prophéties.  Il est facile de démontrer que toutes ces choses proviennent de démons.   C’est ce qu’ont fait Tertullien (dans son apologie, chapitres 22 et 23), et saint  Augustin ( livre 10, chapitre 16 de la cité de Dieu).
Au sujet des Juifs, il est connu que, après l’avènement du Seigneur, ils n’ont eu  aucun miracle; et que celui de la piscine probatique, qui continuait pendant la prédication du Christ,  a cessé après.  Au sujet des mahométans, saint Jean Damascène atteste (dans son livre sur les cents hérésies, vers la fin) que Mahomet n’a pu prouver sa loi par aucun miracle.  Et, dans le Coran, il reconnait qu’au Christ a été donné des miracles, à lui un glaive.  Cependant, au chapitre 64,  il dit qu’il a seulement fait un miracle dans la lune, sans donner plus d’explications.  Les commentateurs disent que la lune était autrefois divisée en deux parties, que Mahomet l’a prise dans ses mains, l’a réparée et l’a replacée dans le ciel.  Mais Mahomet est le seul à avoir vu ce miracle.
Au sujet des faux prophètes, il n’est pas moins certain qu’après avoir tenté plusieurs fois de faire des miracles, ils ont toujours été déboutés de leur espérance.  L’histoire des prophètes de Baal est bien connue.  Ils voulaient, par l’évocation de Baal, faire descendre le feu du ciel, mais échouèrent lamentablement.  Elie, lui, put le faire par la seule invocation de Dieu (livre 3, chapitre 18 des rois).  Semblablement, Simon le magicien mordit la poussière quand il tenta de ressusciter un mort, et de voler dans les airs.  Rien ne lui réussit, comme le rapporte Egésippe (livre 3, chapitre 2, de la destruction de Jérusalem).  Epiphane (hérésie 66) raconte que Manès a essayé en vain de guérir la fille malade d’un roi.  Grégoire de Tours (livre 2, chapitre 3 de son histoire des francs) écrit que le patriarche des ariens Cyrola avait rendu aveugle un misérable qui feignait de l’être, et qui lui demandait de l’aide.  Jean Cassien raconte (conférence 15, chapitre 3) qu’un eunomien a été vaincu par Macaire dans une compétition publique sur la résurrection d’un mort.  Et les actes du sixième synode (action 15) attestent que le monothélite Polychronius a tenté en vain de ressusciter un mort.    Les donatistes ont fait un miracle contre eux quand ils ont projeté sur la pierre l’ampoule du saint chrême, car un ange l’a soutenue de sa main, et l’a empêchée de se casser;  et ceux qui voulaient jeter l’eucharistie aux chiens, ont été dépecés par ces mêmes chiens.  C’est ce que raconte Optatus (dans son livre contre Parminien).  Theodore raconte dans son livre des sermons 1 que l’eutychien Timothée Aelurus  allait souvent, pendant la nuit,  dans les cellules  des moins, vêtu de noir, en leur disant qu’il était un ange envoyé par Dieu,  pour leur faire comprendre qu’ils ne devaient pas communier avec Proterius (qui était un saint homme, et l’évêque catholique d’ Alexandrie), mais avec Timothée Aelurus.        Le diacre Paul écrit (dans son livre sur les choses romaines) qu’un iconoclaste  était entré dans un sépulcre, et qu’il fit de là fit un éloge dithyrambique  de l’iconoclaste Constantin, pour confirmer leur hérésie par les témoignages des morts.
On constate la même chose chez les hérétiques de notre époque.  Luther tenta deux fois d’abord de faire un miracle.  Il essaya une fois, de chasser le démon d’une de ses disciples, mais il fut très prêt d’être tué par le démon.  Voir le témoignage de Staphylus qui fut présent à la tentative d’exorcisme.  De plus, comme l’écrit Jean Cochlaeus (dans les actes de Luther, 1523),  il essaya en vain de rappeler miraculeusement  à la vie par ses prières Nesenus qui s’était malheureusement noyé à Albe.  Même si, pendant sa vie, il ne parvint à faire aucun miracle, mais après sa mort il brilla d’un grand miracle.  On transporta son cadavre en plein hiver, et,  à cette époque, on conservait les corps morts pendant plusieurs jours.  Il était  dans un cercueil hermétiquement fermé, en attendant qu’on l’enterre à Wittemberg.  Or, en dépit de la froide température ,  il se mit à dégager une odeur si infecte et si repoussante que personne ne pouvait la supporter.  On fut donc forcé de laisser le corps en chemin.  Voir l’histoire de la mort de Luther, qu’on a coutume d’annexer au livre de Cochlaeus  sur la vie et les actes de Martin Luther.  Félicien Ninguarda rapporte un autre miracle dans le livre contre Anne Burgensen, ainsi que Lindanus dans Indubidantio, et Alanus coopus  (livre 6 des dialogues de ce même ministre).  Ce ministre, en l’an 1558, à la frontière de la Pologne et de la Hongrie,  voulait ressusciter un homme du nom de Matthieu qu’il avait persuadé de feindre la mort.  Et il mourut pour vrai.
 Au sujet de Calvin, Jérôme Bolseco raconte la même chose, mais d’une façon plus détaillée, dans la vie de Calvin (chapitre 13).  Il me plait d’en citer quelques lignes : « Je ne dois pas laisser de côté cette arnaque, ce tour sinistre qu’il joua à  quelqu’un qui s’appelait Bruleus, originaire d’Ostie.  Calvin avait projeté de ressusciter un mort, pour s’attribuer le nom de saint, de prophète du Dieu glorieux, et de thaumaturge.  En voici donc le récit.  Bruleus avait émigré d’Ostie à Genève.  Comme il était pauvre, lui et sa femme,  il escomptait,  grâce à Calvin, de devenir bénéficiaire de la quête faite pour les pauvres.  Calvin leur promit charitablement des subsides s’ils ne cherchaient pas à s’opposer à un projet qui lui tenait à cœur, et qu’il voulait réaliser par leur intermédiaire. C’était, disait-il,  un travail qui demandait de la foi et une grande discrétion.  Ils s’offrirent à lui, et dirent qu’ils étaient prêts à faire ce qu’il attendait d’eux.  Et comme Calvin le lui avait demandé, le pauvre simula la maladie.  Calvin lui apprit alors à simuler aussi la mort.  Les ministres dans leurs sermons, demandèrent au peuple de l’aider par leurs prières, et par leurs aumônes, de venir en aide à la pauvreté.  Peu de temps après, il revêt la personne du mort, c’est-à-dire qu’il feint la mort.
 Calvin en fut averti secrètement.  Entouré d’une grande troupe d’admirateurs, il alla donc marcher par là, comme s’il était ignorant de tout.  Quand il arriva là où retentissaient des cris, les hurlements de l’épouse, qui la montraient si misérable et si désolée, il chercha à savoir ce qui se passait.    On le supplia, alors,  d’entrer dans la maison.  Il se jeta aussitôt à genoux, lui et toute sa troupe,  et récitant des prières à haute voix, il suppliait Dieu de montrer sa puissance en restituant la vie au mort; de  déclarer ainsi sa gloire à tout le peuple, et de manifester par là qu’il était, lui,  son serviteur tout particulier et agréé, vraiment et particulièrement appelé par lui à la réforme de son ministère évangélique et de l’église.  Après ces prières, il s’approcha du mort, et, ayant saisi une main du pauvre homme, il lui commande au nom du Seigneur de se lever.  Il le répète encore plusieurs fois à voix basse ou à tue tête.  Que se passe-t-il donc ?  Le mort n’entend rien,  ne dit rien, et ne bouge pas.  Car, par le juste jugement de Dieu, qui déteste les hypocrites et les menteurs,  celui qui feignait d’être mort fut trouvé vraiment mort.  Et la femme, même si elle le secouait, même si elle lui criait dans les oreilles,   ne put obtenir ni de se faire entendre ni de le faire bouger.  Il était entièrement froid et raide.  S’étant rendu compte de ce qui se passait, la femme se mit à avaler ses pleurs et ses cris, et à invectiver Calvin,  le traitant d’imposteur, de sicaire, de larron, de meurtrier de son mari.  Et elle raconta  à haute voix, depuis le tout début,  comment tout s’était passé. »  Et plus bas : « Que les disciples de Calvin nient cela tant qu’ils le voudront.  C’est une histoire bien connue et démontrée, et confirmée par l’épouse elle-même. »
Nous pouvons donc leur opposer ce que dit Tertullien dans son livre de la prescription : « S’ils prêchent un autre Dieu, pourquoi se servent-ils des choses et des lettres de celui contre qui ils prêchent ? Peut-il être en même temps le même et un autre ?   Ou qu’ils prouvent donc qu’ils sont de nouveaux apôtres.    Qu’ils disent que le Christ est de nouveau descendu, qu’il leur a donné le pouvoir d’opérer les mêmes signes.  Je serais prêt à proclamer leurs vertus, si je ne comprenais pas que leur plus grande vertu est celle de se faire les émules des apôtres à rebours.  Car les apôtres ressuscitaient des mors, tandis qu’eux apportent la mort aux vivants. »
Calvin répond dans sa préface que nous leur faisons injure quand nous exigeons d’eux des miracles,  puisque la doctrine qu’ils prêchent a été confirmée par les nombreux miracles des apôtres et par les martyrs.    Mais c’est le contraire qui est vrai.  Nous avons montré plus haut que leur doctrine était nouvelle, qu’elle était en lutte avec toute l’antiquité.  Il est donc avéré qu’ils enseignent autrement que les pasteurs ordinaires de l‘église; qu’ils n’ont pas été envoyés par les pasteurs ordinaires de l’église;  que nous ne sommes pas tenus à les recevoir, et que nous ne pouvons le faire en toute sureté que  s’ils prouvent leur mission et leur apostolat par un témoignage divin.  Calvin répond que saint Jean Baptiste fut un envoyé extraordinaire, mais qu’il n’a fit aucun signe (Jean 10).  Je réponds que même si saint Jean n’a pas fait de miracles,  Dieu en a fait en lui de nombreux et de grands.  D’abord qu’il soit né d’une mère âgée et stérile; ensuite, que sont père soit devenu muet, et qu’il ait retrouvé sa voix à la naissance de son fils. Qu’il ait exulté dans le sein de sa mère, qu’il soit allé vivre dans le désert quand il était encore enfant (Luc 1).  Ensuite, Jean était fils de prêtre, et donc prêtre lui-même, et ministre ordinaire.  De plus, il n’enseigna rien contre la doctrine commune,  et ne s’est séparé ni des prêtres ni du peuple.  Et bien que les pharisiens et les princes  le haïssaient parce qu’il prêchait le Christ,  quand le Christ (Matt 21) leur demanda ce qu’ils pensaient du Baptiste, ils n’ont pas osé le réprouver.  Enfin, au livre 18 de l’antiquité, Joseph atteste que  Jean le baptiste a été considéré par les Juifs comme un homme important, en raison de sa justice et de son honnêteté.  C’est donc un mensonge ce que disent les centuriates (centurie 1, livre 1, chapitre 10, colonne 363) : « que les prêtres et les pharisiens ont tenu Jean le baptiste comme un  hérétique. »
Venons-en maintenant à l’autre partie, et démontrons que notre église est la vraie église par les miracles attestés qu’elle a eus en grand nombre, à chaque siècle. Pour les onze premiers siècles, la chose est claire, selon les magdebourgeois eux-mêmes.  Car, dans chacun de ces siècles, au chapitre 13,  ils annotent les miracles rapportés par les auteurs contemporains. Et, dans chacun de ces siècles, ils trouvent plusieurs miracles qui confirment des dogmes, comme celui de la confession sacramentelle, des  reliques, des images, de l’eucharistie, du pontificat, du monachisme, de l’invocation des saints, de la résurrection etc. Ce sont eux-mêmes qui les rapportent soigneusement, et même si, après, ils disent que ce sont là des illusions des démons, de faux récits, ils n’apportent aucune preuve pour appuyer leurs dires, si ce n’est qu’ils  s’opposent à l’évangile de Luther.
Il nous semble profitable de raconter brièvement comment, pendant tous les siècles, l’église brilla par ses miracles,  pour que nous comprenions que la vraie église est celle qui est semblable à l’ancienne, c’est-à-dire celle dans laquelle dure ce don.  Dans le premier siècle, nous avons les miracles du Christ, et des apôtres dans les évangiles et les actes.   Dans le deuxième siècle, nous avons les miracles de l’armée de Marc Antonin, dont parlent Tertullien (dans le livre sur le scapulaire, et dans son apologie, chapitre 5), Eusèbe (livre 5, chapitre 5 de son histoire), et Orosius (livre 7, chapitre 15 de son histoire), et la lettre elle-même de l’empereur annexée aux œuvres de saint Justin.    Au troisième siècle, nous avons les miracles de saint Grégoire le thaumaturge, dont parlent saint Basile (dans son livre sur le saint esprit, chapitre 29, saint Grégoire de Nysse, dans sa vie, saint Jérôme (dans les hommes illustres) et dans la version d’Eusèbe faite par Ruffin (livre 7, chapitre 25).  Au quatrième siècle, nous avons les miracles  de saint Antoine, de saint Hilarion, de saint Martin, de saint Nicolas et d’autres, racontés par saint Athanase, saint Jérôme, saint Sulpice, et d’autres.   Dans le cinquième, nous en avons un grand nombre que rapporte saint Augustin au livre 12, et au chapitre 8 de la cité de Dieu.  Au sixième, nous avons les miracles que raconte saint Grégoire dans ses dialogues, dont deux faits par des papes, Jean et Agapet (livre 3, chapitres 2 et 3).
Au septième, nous avons les miracles faits en Angleterre par saint Augustin et ses compagnons, dont parlent Grégoire de Tours et Bède le vénérable (livre 1, chapitre 31 de son histoire).  Et par le roi Oswald, le roi de la croix (livre 3, chapitre 2).  Dans le huitième, les miracles de saint Cuthberg et de saint Jean en Angleterre, au témoignage de Bède le vénérable (livres 4 e 5 de son histoire.)  Au neuvième, les miracles de Tharasius, écrits par Ignace de Nicée.  Ensuite une quantité innombrable de miracles de toutes sortes faits dans la cité de suessionsis lors de la translation des reliques de saint Sébastien martyr, qui a été faite en l’année du Seigneur 826, dont parlent les annales des Francs écrits par un auteur digne de foi, qui vécut à cette époque.  Dans le dixième siècle, nous avons les miracles de saint Romuald, écrits par Pierre Damien, ainsi que ceux du roi des bohémiens Wenceslas, de saint Uldaric et de saint Dunstan, selon Surius.  Nous avons, au onzième siècle, les miracles du roi saint Édouard,  et de la sainte Vierge,  de saint Anselme, du pape Grégoire V11, et d’autres.  Au douzième siècle, l’église catholique brilla par les miracles de saint Bernard, et de saint Malachie. De saint Malachie, légat du pontife romain, saint Bernard parle ainsi, dans sa vie : « Par quelle sorte de miracles des anciens Malachie n’a-t-il pas brillé ? Si nous y regardons de plus près, les prophéties, les révélations ne manquèrent pas, ni la grâce des guérisons, ni le changement des cœurs, ni même la résurrection des morts ».
Le saint moine Bernard lui-même, et père de moines, et très ferme soutien des papes, s’est rendu célèbre par plus de miracles que n’en ont faits les autres saints dont la vie est racontée par écrit.  Car, on rapporte qu’un jour, dans le diocèse de Constance, il a rendu la vue à onze aveugles, a guéri dix manchots, dix-huit boiteux.  C’est ce qu’a écrit Gotfritd qui a vécu avec lui au livre 4, chapitre 4 de sa vie.  Il est impossible de les énumérer tous, car ses cinq livres en sons pleins.  Au treizième siècle, il y a plus plusieurs grands saints dans l’église catholique, mais surtout saint François d’Assise, dont la vie a été remplie de miracles, selon le témoignage de saint Bonaventure.  Saint Dominique, dont la vie n’est pas parfaitement racontée, a quand même ressuscité trois morts.  Furent célèbres aussi, pendant ce siècle, pour leurs miracles Pierre le martyr, saint Thomas de l’ordre des prêcheurs, saint Bonaventure de l’ordre des mineurs, d’après saint Antonin (troisième partie, chapitres 23 et 24 de son histoire).  À la fin de ce siècle, a été connu aussi pour ses miracles saint Célestin V, autant avant son pontificat qu’après, selon le cardinal Pierre qui écrivit sa vie.
Au quatorzième siècle, s’illustrèrent par de nombreux miracles saint Bernardin, Catherine de Sienne, Nicolas de Tolentino, dont a parlé le même Antonin.  Au quinzième siècle, saint Vincent Ferrier a fait sur les vivants et les morts de nombreux miracles.  Saint Antonin précise même qu’il a ressuscité 38 morts (part 3, tit 23 de son histoire).  Ce même Antonin a été connu pour ses miracles, qu’a racontés Surius.  Dans notre siècle, ont fait de nombreux miracles saint François de Paule, (bulle de canonisation par Léon X), saint François Xavier, prêtre de la société de Jésus.  On apprend par les lettre que ses compagnons d’apostolat ont écrites qu’il a guéri des paralytiques, des sourds, des muets et des aveugles,  et qu’il aussi rappelé à la vie un mort. Et quand, après sa mort, on transportait son cadavre de Malacca à l’île Goam, une tempête s’est déchainée, et, quinze mois après, son corps a été trouvé, intègre, dégageant une suave odeur.  Et on a toutes les raisons de penser  que, jusqu’à ce jour, son corps s’est conservé intact et intègre.
Que l’on compare tout cela avec la vie et la mort de Luther.  Sa vie.  Luther a abandonné son monastère,  a pris femme après avoir fait vœu de continence perpétuelle, a déclaré la guerre au pape.  François, après être entré dans un ordre religieux, a conservé soigneusement son vœu de chasteté, et s’est lié au pape par un voeu spécial d’obéissance. Le pape l’envoie au bout du monde, et il y va.  Il est certain que ces deux là ont suivi des chemins différents, et il faut que l’en des deux soit sorti de la voie droite.  Qui pourra être un meilleur juge que Dieu, qui scrute les reins et les cœurs ?  Comment Dieu pouvait-il plus clairement exprimer son jugement  qu’en attribuant à l’un un don singulier de miracles, et en conservant son corps sans corruption, tandis que l’autre ne pouvait même pas ressusciter une mouche, et que son corps a commencé rapidement à se putréfier. Et c’est en hiver, quand tout était congelé, que son corps  dégageait une telle puanteur que nul ne pouvait la supporter !  C’est avec raison que saint Augustin (dans son livre sur l’utilité de croire, chapitre 17, et dans celui sur le fondement, chapitre 4)  déclare qu « ’il faut se sentir lié par les chaines des miracles ».   Et Richard de Saint Victor (dans son livre 1, chapitre 2 sur la trinité), ose dire : « Seigneur, s’il y a une erreur dans ce que nous croyons, c’est par toi que nous avons été trompés. Car cela a été confirmé par des signes et des prodiges qui ne pouvaient avoir été faits que par toi. »
Mais Calvin répond dans sa préface des institutions, et les magdebourgeois dans chacune de leurs centuries, que les miracles des saints sont fictifs ou imaginaires.  C'est-à-dire que les choses ne se sont pas vraiment passées ainsi,  mais que les historiens en ont fait une fausse narration; et que, dans les cas où les choses se seraient déroulés comme ils les racontent, c’était l’œuvre du démon.  Les magdebourgeois (centurie 5, chapitre 10, colonne 1393) disent que s’ils sont vrais les miracles de saint Martin rapportés par Sulpice Sévère,  Martin a été un nécromancien.  Or, ceux qui disent que ces miracles ont été fictifs, ne font que l’affirmer sans apporter aucune preuve.   Ils s’efforcent de prouver que ces pseudo miracles étaient l’œuvre du démon en affirmant que les vrais miracles confirment l’évangile, tandis que ces faux miracles confirment l’idolâtrie, le culte des reliques et des images, l’invocation des saints, le sacrifice eucharistique, et autres choses semblables.  Ils ajoutent, en second lieu, qu’on ne peut pas tirer  des miracles, d’argument solide  pour prouver la v raie foi, ce qu’ils démontrent par quatre arguments.  Le premier, parce que l’antichrist fera des miracles et de grands prodiges, (Matt 24, Apocalypse 13, et 2 Thess 2).
Le second.   Dans son traité 13 sur saint Jean, saint Augustin dit  qu’on ne pourrait pas croire les donatistes même s’ils faisaient des miracles. Et, par mépris, il les appelle des « mirabiliaires ».  Et, dans son livre sur l’unité de l’église (chapitre 16),  après avoir dit qu’il ne faut pas croire aux miracles opérés par des donatistes, il ajoute qu’il ne faut pas croire non plus à ceux opérés par des catholiques : « Ceux qui sont tels dans l’église, on les approuve parce qu’ils sont dans l’église. On n’approuve pas l’église parce qu’ils sont en elles. » Le troisième.  Les miracles qui se faisaient autrefois sur la tombe de Jérémie étaient faits par les démons,  car ils étaient faits pour l’utilité de ceux qui rendaient un culte à Jérémie plutôt qu’à Dieu  par des sacrifices et des honneurs divins.  Le quatrième. Suétone raconte que l’empereur Vespasien  a rendu la vue à un aveugle, la marche à un boiteux, à son retour.  De même les centuriates (centurie 5, chapitre 13, colonne 1463) citent l’historien Socrate, livre 7, chapitre 17 de son histoire) qui rapporte un miracle de l’évêque novatien Paul.  On ne peut pas, à cause de ces miracles, conclure que la religion que pratiquaient Vespasien et le novatien est vraie.
Nous répondrons à chacune de ces preuves.  Le premier.  Je réponds que quand ils nient les miracles rapportés par les nôtres, ils agissent honteusement.  Car, il est fou de croire plutôt à Calvin et à Illyricus se prononçant sur des choses anciennes, dont ils n’ont pas été témoins, qu’à saint Bernard, qu’à saint Bonaventure, ou saint Antonine, qui étaient  des contemporains.  De plus, comme saint Augustin répondit aux païens qui niaient les récits de nos miracles, (au livre 10, chapitre 18 de la cité de Dieu),  que s’il est permis de nier sans raison ces faits miraculeux,   la confiance dans tous les livres périra, et ce n’est pas seulement notre religion qu’on enlèvera, mais toutes les autres.   Car tous ceux qui se considèrent comme dieux  persuadent le monde de leur divinité, vraie ou fausse, par des œuvres merveilleuses.  Le second. Quand ils parlent de prodiges du démon, je dis d’abord que c’est une ancienne calomnie, car c’est ainsi que les pharisiens et les scribes parlaient des miracles du Christ (Matt 12) et que les païens dénaturaient les miracles des martyrs, en les attribuant à des magiciens ou des nécromanciens.  Les ariens, les eunomiens et les vigilantiens disaient la même chose des miracles des catholiques, comme l’attestent saint Ambroise (dans son sermon sur les saints Gervais et Protès), saint Jérôme (conre Vigilantius) et Victor  (dans la livre 2 sur la persécution des vandales).  Enfin, il n’y a aucune probabilité que saint Martin et saint François qui étaient des hommes très simples, aient utilisé l’art magique.
Mais ils disent que ces miracles renversent l’évangile.  Je dis que c’est vrai, mais que l’évangile qu’ils renversent n’est pas celui du Christ, mais de Calvin.  Qu’ils prouvent donc ce qu’ils affirment si effrontément !  Il ne sera pas plus difficile de réfuter les deniers arguments  qui prouvent que les miracles ne font pas une foi certaine.  Je réponds d’abord que les miracles de l’antichrist seront des mensonges, comme l’apôtre le dit (2 thess 2), c’est à-dire qu’ils ne seront pas réels, solides, mais purement apparents, tels qu’ils peuvent être faits par l’art du démon.  C’est ce que nous montre l’apocalypse (chapitre 13).  Comme un magicien, l’antichrist fera descendre de l’eau du ciel,  parler des statues etc… Mais les miracles des saints portent sur des guérisons d’aveugles, de boiteux, de résurrection des morts, choses que ne peut faire que celui  que célèbre le psaume 135 : « Qui est le seul à faire des choses admirables. »  Je dis ensuite que les miracles faits par les donatistes que saint Augustin a méprisés n’étaient pas de vrais miracles, semblables à ceux que font les saints, mais des visions secrètes, sans témoin, dont on se vantait.  Des visions du genre de celle qu’eut Zwingli  qui, dans son livre intitulé « un soutien apporté à l’eucharistie », raconte avoir vu un esprit, sans pouvoir discerner s’il était blanc ou noir.  C’est une vision semblable qui est rapportée dans le livre intitulé : querelle ou sommeil de Luther.  On raconte, là, que Luther est apparu à quelques luthériens, le visage triste, se plaignant de ce que bientôt ses propres disciples allaient abandonner sa doctrine. Ce n’est donc pas sans raison que saint Augustin appelle ce genre de miracles des fables.
Que saint Augustin fasse le plus grand cas des vrais miracles,  nous le montre la cité de dieu (livre 2, chapitre 8).  Il oppose aux païens de grands miracles faits par les reliques des saints, surtout par celles du proto martyr Saint Étienne.  À ce qu’a déclaré saint Augustin qu’on ne démontrait pas l’église par des miracles, mais par l’Écriture, je réponds qu’il dit exactement le contraire dans l’épitre du fondement : on démontre l’église par des miracles non par  l’Écriture, parce que l’Écriture est démontrée par l’Église.  Ce n’est pas qu’il se contredise, car dans  les deux textes, il parlait en tenant compte de ce que les manichéens admettaient les miracles et niaient les Écritures.   Car, ils disaient que l’ancien testament avait été corrompu par le diable, et le nouveau par des faussaires.  Dans son livre contre l’épitre du fondement des manichéens, saint Augustin démontre l’Église par les miracles, et ensuite, par l’église, il démontre l’Écriture.  Mais, comme les donatistes croyaient à l’Écriture, tant à celle de l’ancien que du nouveau testament, se vantaient de leurs visions,  et méprisaient les miracles de l’Église, saint Augustin suivit un autre chemin contre les donatistes.  Il démontre l’Église à partir de l’Écriture, et, ensuite c’est par l’Église qu’il veut juger des miracles.
Il est important d’observer qu’on démontre l’Église par les miracles,  et les miracles par l’Église, mais par un genre de démonstration différent, comme on démontre l’effet par la cause, et la cause par l’effet.   Car, avec les miracles on démontre l’église non selon l’évidence ou la certitude de la chose, mais selon une évidence et une certitude de crédibilité.  Et la raison en est que, avant l’approbation de l’Église, il n’est ni évident ni certain d’une certitude de foi que tel miracle soit vrai.  Mais il a tout ce qu’il faut pour rendre une chose évidemment crédible. Il ne s’agit pas d’une certitude de foi, car on n’est pas absolument sur qu’il ne soit pas faux, et produit par le démon.  Car, le démon, même s’il ne peut pas faire de vrais miracles, est fort capable de faire apparaitre vrai ce qui ne l’est pas.  Tu demanderas : pourquoi donc étaient-ils tenus de croire à la prédication du Christ ceux qui voyaient ses miracles ?  Je répons en disant que l’homme ne peut pas se sauver sans croire au Christ.  Ils sont donc tenus à accepter cette foi comme moyen nécessaire à leur salut. Dieu n’a pas voulu obliger les hommes à croire des choses incroyables, sans ce que ces choses ne deviennent  crédibles par des miracles ou des raisons de croire similaires.   Or, c’est l’église qui démontrer le miracle quant à la certitude de la chose, parce que quand l’Église déclare que tel miracle est un vrai miracle, nous sommes certains qu’il l’est vraiment.
Au troisième, je dis que c’est un mensonge de Calvin que les peuples ont rendu un culte à Jérémie par des sacrifices et des honneurs divins.  Car, il ne présente aucun témoin de ce fait, en dehors ce que saint Jérôme a écrit en marge, dans sa préface à Jérémie.  Du reste ni dans la préface de Jérémie traduite par saint Jérôme, ni dans les commentateurs de la préface de Jérémie, on ne trouve de mention de ce racontar.  Nous a été conservée une autre préface dans les livres de Benoit, pourtant le nom de Jérémie,  à laquelle Calvin semble se référer.  Mais, elle n’est pas de saint Jérôme, et on n’y fait aucune mention de sacrifices, d’honneurs divins,  mais uniquement que des miracles se sont produits à son sépulcre.  De plus, Épiphane et Isidore, dans la vie de Jérémie,   parlent eux aussi des miracles qui y ont été faits, mais ils ne disent pas un mot sur des sacrifices ou des honneurs divins.    Au quatrième, je réponds que ce n’est pas un vrai aveugle ni un vrai boiteux qui ont été guéris par Vespasien, car, comme l’écrit l’historien Tacite, quand on demanda aux médecins si c’étaient des maladies curables ou incurables, ils répondirent qu’elles étaient curables.   Il n’est donc pas étonnant que le démon ait guéri des malades qui pouvaient recouvrer leurs santés naturellement.  Ajoutons que, comme Tertullien l’enseigne dans l’apologétique, (chapitre 22) il est croyable que cette maladie ait été causée par le démon qui, pénétrant dans l’œil de l’un et la jambe de l’autre, empêchait l’usage normal des membres, afin de paraitre guérir ce qu’il cessait de paralyser.
Au dernier qui est celui du miracle du novatien, je réponds  que ce miracle a été fait non pour confirmer la foi novatienne, mais le baptême catholique.  Voici comment Socrate raconte la chose. Quand un certain imposteur Juif se rendit auprès de l’évêque novatien Paul pour être baptisé par lui, en se moquant intérieurement du baptême, l’eau des fonds baptismaux disparut subitement.  Ce ne fut donc pas un miracle de l’erreur novatienne, mais du vrai baptême.  On peut s’en rendre compte par ce que Socrate ajoute : on apprit, peu après, que ce Juif avait été baptisé dans le rite catholique  par l’évêque de Constantinople Atticus.  Donc, parce que Dieu ne voulait pas qu’on se moque d’un baptême validement reçu dans l’église catholique, il ne permit pas à l’imposteur Juif d’être baptisé une seconde fois.
                                                     CHAPITRE 15
                                               La douzième note
La douzième note est la lumière des prophètes.   Comme  le Christ (Marc, à la fin) promit à l’église le don des miracles, de même, en Joël (comme l’explique saint Pierre, actes 2),   il a promis le don de prophétie, qui est certes un don plus grand, puisqu’il est certain que, en dehors de Dieu, nul ne connait les futurs contingents.  Isaïe 41 : « Annoncez les évènements futurs pour que nous sachions que vous êtes dieux. » Et le Deutéronome (18)  appelle une fausse doctrine une prophétie qui ne se réalise pas.   Chez les païens et les hérétiques, il n’y eut aucune vraie prophétie, mais beaucoup de fausses, à moins qu’elle n’ait été faite en témoignage de notre foi, comme les prophéties des sibylles  et de Balaam. Même si les païens eurent plusieurs oracles d’Apollon, les prophétesses répondaient de façon ambigüe quand Apollon ne le savait pas, ou les prédisaient clairement quand c’était les démons qui allaient les réaliser.  Et les choses qui avaient déjà commencé à se produire elles les prédisaient à ceux qui ne les connaissaient pas comme devant arriver dans le futur, et  annonçaient d’avance des faits  qui avaient des causes naturelles à nous inconnues, mais que l’intelligence supérieure des démons comprenait.  Voir, sur ce sujet, la vie d’Antoine de saint Athanase, (au livre de la divination des démons), le livre sur les oracles de Theodoret.
À toutes les fois que les hérétiques ont voulu prédire quelque chose, ils se sont trompés. Comme le livre des rois (3, 22) nous le montre des faux prophètes. Au temps du nouveau testament, il y eut autrefois Montan, qui voulait être considéré comme prophète, avec deux prophétesses, Prisca et Maximilla.  Ils prédirent que telle chose arriverait.  Mais, c’est le contraire qui arriva, comme le note Eusèbe (livre 5, chapitres 16 et 18).
À notre époque, Luther, que les luthériens appellent toujours le prophète allemand,  et l’Hélie allemand,  prédit (d’après Cochlaeus, dans les actes de Luther de l’année 1525),  que s’il prêchait encore sa doctrine pendant deux ans, le pape s’évanouirait, ainsi que les cardinaux, les évêques, les moines, les moniales,  les clochers, les cloches, et les messes.  Il prêcha après cela non pas deux ans, mais vingt-deux ans, car il mourut en l’année 1546.  Mais aucun ne s’évanouit de ceux qu’il avait nommés.  De même Cochlaeus rapporte ceci au sujet d’un certain Thomas Muncerus, qui s’appelait Gédéon.  Il avait armé un nombre infini de paysans pour faire la guerre aux princes de l’Allemagne. Et il avait prédit une victoire certaine aux siens s’ils mettaient dans leurs manches  une boule de leurs machines  de guerre à lancer des traits.  Mais bientôt après, tous ces paysans sont tombés, Thomas a été capturé, et tué à coups de hache.  Le même Coehlaeus, dans les actes de Luther, écrit en 1535, que les prophètes de Luther avaient prédit que le jugement dernier allait arriver la même année. Ils avaient même indiqué le jour fatal, et plusieurs, en ce jour, ne voulurent ni labourer ni traire les vaches.  On a vite découvert que c’étaient des menteurs.
Mais, dans l’église catholique, en plus des prophètes de l’ancien testament et de ceux qui vécurent pendant les cinq premiers siècles de l’Église, comme Agabon (actes 11), Grégoire le Thaumaturge (dont parle saint Basile dans son livre sur le saint Esprit),  Antoine (dont parle saint Athanase dans la vie de saint Antoine), et l’abbé Jean (dont parle saint Augustin dans la cité de Dieu, livre 5, chapitre 26), il y  eut d’autres aussi dans les siècles postérieurs, pendant lesquels, selon Luther, l’église avait péri, de vrais prophètes, dévoués au pontife romain.  Au sujet de saint Benoit, voici ce qu’écrit saint Grégoire (livre 2, chapitre 15 de ses dialogues) : « Saint Benoit reprocha à un roi ses mauvaises actions, et, dans quelques-uns de ses sermons,  il lui prédit tout ce qui allait lui arriver, en précisant : « Tu  fais de grand maux, tu as fait de grands maux. Il est temps de laisser l’iniquité reposer en paix. Tu entreras à Rome, tu traverseras la mer, tu règneras pendant neuf années, et tu mourras pendant la dixième. »  Le même Grégoire atteste qu’il  a vu ces prédictions se réaliser.  On dit de saint Bernard (livre 4, chapitre 3 de sa vie), qu’il avait prédit la conversion à trois personnes qui n’y pensaient pas du tout, et à un quatrième, qui était fort éloigné de le désirer.  Mais, tout s’est passé comme il l’avait prédit.
  C’est une chose admirable aussi ce qu’on raconte d’un noble.  Quand le fils d’un noble demandait à saint Bernard de prier pour la conversion de son père, le saint lui répondit : « Ne crains rien. Je l’ensevelirai moi-même à Clairvaux, comme un moine éprouvé. »  Combien de   prédictions n’y a-t-il  pas dans cette phrase ! Qu’il deviendrait un jour un moine;  qu’il persévérerait dans l’ordre monastique jusqu’à sa mort; qu’il terminerait sa vie pieusement et saintement,   et cela avant saint Bernard, et à Clairvaux ; qu’il serait enseveli par les mains de saint Bernard.  Six prédictions en tout.  Et toutes se sont accomplies, non sans une providence singulière de Dieu. Le même auteur continue ainsi : « Et il devint un moine parfait, et il fut enseveli par un père saint à Clairvaux (comme il l’avait prédit).  Et comme s’il ne pouvait pas mourir en l’absence du saint, il fut malade pendant cinq mois, et tint le coup jusqu’au retour de son saint père, qui, comme il l’avait promis, l’ensevelit lui-même. »
 Comme une armée chrétienne était sur le point d’engager le combat avec les Sarrasins,  saint  François (comme l’écrit saint Bonaventure), avertit les chefs de ne pas se battre ce jour-là.  Dieu lui avait révélé qu’en ce jour, la victoire appartiendrait aux ennemis.  Mais les chefs militaires méprisèrent l’avertissement de saint François, et les chrétiens subirent une défaite écrasante qu’on on en voit rarement.  On pourrait en ajouter beaucoup de ce genre.  Presque tous les saints que l’église vénère ont, en plus du don des miracles, brillé par celui de prophétie.  Mais ces quelques exemples devraient suffire.
                                                        CHAPITRE 16
                                                    La treizième note
La treizième note est la confession des adversaires.   La force de la vérité est si grande qu’elle oblige les adversaires à lui rendre témoignage,  selon ce mot du Deutéronome 32 : « Que notre Dieu ne soit pas comme leurs dieux, nos ennemis eux-mêmes en sont juges. »  Or, on n’a jamais trouvé de catholiques qui aient loué ou approuvé la doctrine ou la vie des païens et des hérétiques.  Car, nous savons qu’il n’y a qu’une seule foi, et que, sans elle, il n’y a pas de vraie justice.  Voilà pourquoi nous affirmons constamment qu’errent ceux qui ne suivent pas notre doctrine.  Mais ce n’est pas ainsi que parlent de nous les païens, les Juifs, les Turcs et les hérétiques.
Nous avons   quand même beaucoup de témoignages des païens.  Pline 11, (dans son épitre à Trajan, livre 10 de ses épitres), écrit que « les chrétiens détestent tous les vices, qu’ils vivent très saintement; que la seule chose qu’on puisse leur reprocher est qu’il soient trop prompts à renoncer à la  vie pour leur Dieu; qu’ils se lèvent tôt le matin pour chanter des louanges au Christ. »  Tertullien, dans son apologie, (chapitre 1, verset 2) atteste que les païens ne voulaient pas intenter de procès aux chrétiens, et qu’ils les condamnaient sans avoir prouvé leur culpabilité, parce qu’ils savaient qu’ils ne trouveraient en eux aucune mauvaise action.  Et (au chapitre 5, verset 6), il affirme que les meilleurs empereurs ont été favorables aux chrétiens (comme Marc Aurèle, Vespasien, Antonin le pieux); et que ceux qui les ont persécutés ont été considérés, même par les païens, comme très méchants, comme Néron et Domitien.   Il nous reste encore une lettre de l’empereur Marc Aurèle qui atteste que, quand pendant cinq jours, l’armée romaine a souffert de la soif, et était entourée d’une quantité innombrables  de Germains, de sorte qu’il était impossible de s’en sortir par les seules forces humaines, il s’est réfugié en vain aux dieux de ses pères.   Des soldats chrétiens qui étaient dans l’armée, lui demandèrent alors  qu’il leur permette à eux aussi de prier leur Dieu.  Ils se sont alors mis à genoux en prière, et, aussitôt, une pluie abondante tomba du ciel, et sur les ennemis, des éclairs mêlés de grêle.  Cette lettre de l’empereur, c’est Tertullien qui la rappelle à la mémoire des romains  dans son apologie.au chapitre 5, et dans le scapulaire.  On vient de la découvrir et de l’imprimer dans les œuvres de saint Justin.
De plus, des saints comme saint Antoine, saint Hilarion, saint Martin furent honorés et vénérés par les païens,  comme l’écrivent saint Athanase, saint Jérôme et saint Sulpice, dans leur vies respectives.  Au sujet des Juifs, nous avons le témoignage de Joseph, (livre 18, chapitre 6 des antiquités), où il affirme que le Christ a été plus qu’un homme, et le vrai Messie.  Philo écrit un livre remarquable dans lequel il comble de louanges les chrétiens qui vivaient en Égypte sous la conduite de Marc l’évangéliste.  Que ce livre à la louange des chrétiens ne s’adresse pas à une secte juive, comme le pensent les centuriates (centurie 1, livre 2, chapitre 3, colonne 18),   l’attestent Eusèbe (1 histoire, chapitre 16 de son histoire), Épiphane (hérésie 29), c’est ce qu’attestent saint Jérôme (les hommes illustres, Philo), Sozomène (livre 1, chapitre 12), et Bède (sa préface sur Marc).
Mahomet, dans le Coran, enseigne que les chrétiens se sauvent, (chapitre 2), et que le Christ était le plus grand des prophètes.  Saint Bonaventure atteste aussi  qu’un sultan d’Égypte, tout mahométan qu’Il était, honorait et vénérait saint François, même s’il savait qu’il était chrétien et catholique.  On peut dire la même chose des hérétiques.  Car le catholique saint Benoit a été fort honoré par le roi arien Totila. Il l’a considéré comme un vrai serviteur de Dieu, et un prophète, comme l’écrit saint Grégoire (livre 2, chapitre 15, du dialogue).  Et Luther, qui était déjà hérétique, écrit ainsi, dans son livre contre les anabaptistes, qui, en haine du pape, rejetaient le baptême des petits enfants : « Nous avouons que sous la papauté, il y a une plus grande partie du bien chrétien, et même tout le bien chrétien, qui s’est rendu jusqu’à nous.  Nous reconnaissons donc que dans la papauté se trouve la vraie Écriture sainte, le vrai baptême, le vrai sacrement de l’autel, les vraies clefs pour la rémission des péchés, le vrai ministère de la parole, et le vrai catéchisme, comme sont aussi l’oraison dominicale, les dix commandements, et les articles de foi.  Je dis, en plus, que c’est sous la papauté qu’existe la vraie chrétienté, le vrai noyau de la chrétienté. »
Calvin (chapitre 10, verset 17 de ses institutions), appelle saint Bernard un pieux écrivain.  Et, il est certain que saint Bernard fut un papiste; et personne n’est pieux sans la vraie foi.  Philippe (dans son apologie, articles 5 et 27 de la confession augustinienne), dit que Bernard, François et Dominique sont des saints.  Et c’est ce que dit aussi Luther dans son livre sur l’abrogation de la messe, près de la fin.   De même, comme l’a écrit Cochlaeus dans les actes de Luther 1531, après plusieurs batailles entre les catholiques et les hérétiques suisses, un traité de paix avait été signé, et Luther déclara vouloir renvoyer ses confédérés en paix vers sa foi catholique ancienne et indubitable.  Les catholiques, eux, n’eurent pas à préciser à quelle foi ils retournaient.
                                                    CHAPITRE 17
                                            La quatorzième note
La dixième note est la fin malheureuse de ceux qui combattent l’Église.  Car, si Dieu punit même les siens et les afflige, cependant c’est dans le feu qu’il projette sa verge.  Deutéronome 32 : « Louez nations son nom, car il venge le sang de ses serviteurs, et montre sa vindicte aux ennemis des siens. » La misérable fin du Pharaon, premier persécuteur de l’Église, nous la lisons dans l’Exode 14.  Celle  de Dathan et d’Abiron, les premiers schismatiques,  nous la lions dans Nombres 16.  Celle  de Jézabel, dans 4 Rois 9.  Celle d’Antiochus, dans Macchabées 9, Celle  de Pilate, qu’il se soit suicidé lui-même, c’est Eusèbe qui le rapporte (livre 2, chapitre 7 de son histoire, et au dernier chapitre).  Il raconte brièvement la tragique fin de Jérusalem, que Josèphe a rapportée tout au long dans sa guerre juive.  Joseph (livre 17, chapitre 9 de ses antiquités) raconte qu’Hérode d’Ascalon mourut dévoré par les vers,  après avoir d’abord tué sa femme et ses fils, et avoir voulu se suicider lui-même. Joseph dit aussi (livre 18, chapitre 14), qu’après avoir perdu son royaume, Hérode le tétrarque, fut relégué à un exil perpétuel, et y mourut    misérablement. Au sujet de sa fille, Hérodiade, voir Nicéphore (livre 1, chapitre 20) .  Au sujet d’Hérode Agrippa, voir actes 12.     Néron, Domitien, et tous les autres empereurs qui ont persécuté les chrétiens, ont été tués cruellement par d’autres, ou se sont tués eux-mêmes, ou ont misérablement péri, comme nous le révèlent les chroniques et toutes les histoires.   Car, Trajan s’est éteint à la suite d’une horrible paralysie accompagnée d’une hydropisie.  Dioclétien abdiqua,  attristé qu’il était de n’avoir pas pu détruire tous les chrétiens.  Galère Maximien et Maximin étaient tourmentés par des douleurs si grandes et si insupportables que même les médecins païens y voyaient une punition divine.  Voir Eusèbe dans sa chronique, et au livre 8 et 9 chapitre ultime de son histoire.
Venons-en maintenant aux hérésiarques et aux apostats.   Pendant qu’il voulait s’envoler, Simon le magicien fut rabattu par les prières de Pierre, et il mourut peu après, couvert de honte. Témoins Égésippe (livre 3, chapitre 2, de la destruction de Jérusalem) et Arnobius (dans sa chronique, et dans son livre contre les Gentils).  Le roi des Perses a arraché la peau à Manès quand il était encore vivant, non pour la foi, mais parce qu’il tua la fille du roi en la soignant. (Épiphane hérésie 66).  Montan, Theodote et leurs prophétesses se tuèrent avec leurs nœuds coulants, selon Eusèbe (livre 5, chapitre 16 de son histoire).  Quand des donatistes jetèrent des hosties consacrées aux chiens, ils furent déchiquetés par ces chiens. (Optatus livre 2, contre Parmenien).  Quand Arius voulut entrer dans l’église, il sentit subitement le besoin d’accéder aux latrines publiques, et avec les excréments il expulsa  ses intestins et son âme.  Voir saint Athanase (discours 1 contre les Ariens), et Ruffin (livre 10, chapitre 13 de son histoire).  Julien l’apostat fut tué par Dieu, et privé de sépulture, car il a été absorbé par la terre soudainement ouverte, au dire de saint Grégoire de Naziance, son contemporain et condisciple à Athènes (dans son sermon sur Athanase, vers la fin).  L’arien Valens, qui succéda  à Julien dans la persécution des chrétiens, a été brûlé vivant par les Goths ariens. (Ruffin, livre 2, chapitre 7 de son histoire.)  Hunnericus, le roi arien des Vandales,  et le persécuteur de l’Église,  a été dévoré vivant par les vers avant de mourir. Voir Victor livre 3, à la fin.  L’empereur Anastase, soutien des hérétiques eutychiens,  mourut après avoir été frappé par la foudre, comme l’écrivent Cedrenus, Zonaras, et Paul diacre dans sa vie.   Au temps de Léon l’iconoclaste, une peste suivit la combustion d’images sur la place de Constantinople.  Trente mille hommes en moururent.  Voir la chronique de Matthieu Palmerius, en l’an 741.  Au sujet de Constantin Copronyme, voir Paul diacre.
Luther a été enlevé par une mort subite (il se serait suicidé selon son serviteur) après avoir fait un copieux repas, pendant lequel il s’était montré joyeux, débordant de vie, et avait provoqué le rire par ses facéties.  La nuit même, il était mort.  Voir Cochlaeus dans la vie de Luther.  Zwingli a trouvé la mort dans un combat contre les catholiques.  Peu après, son frère spirituel Oecolampadius s’est couché, un soir, plein de santé, mais fut trouvé le matin par sa femme,  mort dans son lit. Voir Cochlaeus  dans les actes de Luther, l’an 1531.  André Carolstade fut tué par le démon d’après une lettre des ministres de Bâle qu’ils éditèrent à la mort de Carlostade.    Calvin expira après avoir été dévoré vivant par des vers, comme Antiochus, Maximin, Hunnericus, comme l’atteste Jérôme Bolsecus dans sa vie.  Il ajoute même que, après avoir invoqué les démons, il mourut en blasphémant et maudissant.
                                                          CHAPITRE 18
                                                    La quinzième note
La dernière note est la félicité temporelle accordée divinement à ceux qui défendirent l’Église.  Car les princes catholiques qui ont vraiment eu foi en Dieu ont toujours triomphé facilement de leurs ennemis.  Sont bien connues les victoires que, dans l’ancien testament remportèrent Abraham, Moïse, Josué, Samson, Gédéon, Samuel, David, Ézéchias, Josias, et les Macchabées.  Dans le nouveau testament, Constantin, qui fut le premier des empereurs romains à défendre publiquement l’Église, battit Maxence à peu près comme Moïse défit le Pharaon.  Voir Eusèbe (livre 9, chapitre 9 de son histoire) : « L’empereur Constantin,  non en suppliant les démons, mais en adorant le vrai Dieu, accomplit de si grandes choses dans tant de domaines que nul n’aurait osé en désirer davantage. Il gouverna et défendit à lui seul l’empire romain dans son entier.  Il fut toujours victorieux dans les nombreuses guerres qu’il mena. Il eut toujours la force voulue pour opprimer les tyrans.  Il réussit dans toutes ses entreprises.  Il mourut dans son lit à un âge avancé, et légua son royaume à ses enfants. »   Au sujet de Théodose sénior, saint Augustin (au chapitre 5 du même endroit) écrit qu’il était pieux et catholique. Et tout lui réussit à un point tel que dans  les combats qu’il livrait aux ennemis de l’empire, les traits lancés sur lui retournaient à ceux qui les avaient lancés.  Theodoret ajoute (livre 5, chapitre 24 de l’histoire), que les apôtres saint Jean et saint Philippe apparurent sur des chevaux blancs pendant un combat que livrait Théodose, et combattant pour lui.
Honorius, qui était un vrai catholique et qui était très attaché au pontife romain, comme on le voit par les lettres qu’il écrivit au pape Boniface, ( saint Augustin, livre 5, chapitre 23 de la cité de Dieu), a reçu une aide de Dieu si manifeste  que, dans un seul combat, plus de cent mille Goths ont été fauchés, le roi Radagaisus pris avec ses fils,  sans qu’aucun soldat romain n’ait été tué ou même blessé.  Au sujet de Théodose junior, Socrate (livre 7, chapitre 18 de son histoire) rapporte que quand il se battit contre les barbares, pendant que dans la ville on avait cessé toute activité pour prier Dieu, environ cent mille sarrasins périrent misérablement, frappés par les anges à l’Euphrate.  Justinien senior, tant qu’il demeura catholique,  gouverna avec bonheur, au point qu’il restitua à l’empire romain l’Italie, l’Afrique et d’autres provinces, comme nous le raconte Évagre (livre 4, chapitre 16 de son histoire).  Mais, quand il devint hérétique, et qu’il voulut émettre un édit pour imposer son hérésie, il fut frappé de mort subite, libérant l’Église d’une grand crainte (Évagre, livre 4, dernier chapitre).   Héraclius également, (comme on l’apprend de Zonare et d’autres historiens), remporta, quand il était encore catholique,  une victoire éclatante sur les Perses, et il reçut la croix du Seigneur quand tout semblait perdu.  Mais quand il tomba dans l’hérésie des monothélites, il ne rencontra que déboires et échecs;  et il mourut d’une maladie nouvelle et inouïe.
Les historiens montrent clairement que, à partir du moment où, à cause de leur refus de vénérer les images, les empereurs orientaux se séparèrent de l’église romaine, ils ont décliné de jour en jour jusqu’à ce qu’ils perdent le peu qui restait encore de leur empire. En occident, les historiens montrent que les empereurs ont été florissants ou pas,  selon qu’ils ont été amis ou ennemis de l’église romaine.  Au temps d’Urbains 11, en l’an 1098, les chrétiens firent une guerre sainte, prêchée par le pape, pour la récupération des lieux saints.  Il y avait un nombre infini de soldats turcs et perses, et les croisés étaient peu nombreux.  Ils étaient si épuisés par la faim que même les hommes les plus forts marchaient appuyés sur un bâton.  Ils manquaient aussi de chevaux.  Godefroid était le seul à posséder un cheval, et les autres chefs avançaient assis sur des ânes.  Or, Dieu leur révéla où se trouvait la lance sacrée.  En l’utilisant comme étendard, ils remportèrent la victoire, et tuèrent cent mille Turcs.  Ils ne perdirent, eux, que quatre mille soldats.  Il tomba même divinement une rosée qui réanima leurs âmes et leurs corps.  Apparurent même dans le ciel, trois saints qui combattaient pour eux. Voir Paul Émile (livre 4), et Guillaume de Tyr (livre 6) et Dodechinum, le continuateur de Marianus Scot.
Au temps d’innocent 111, dans la Gaule, furent tués, en un seul combat,  par huit mille catholiques, cent mille Albigeois hérétiques, comme l’écrit Émile (au livre 6 de l’histoire des Francs.)  À notre époque, en l’an 1531,  les catholiques suisses ont livré pour la foi cinq combats contre les suisses hérétiques.  Les catholiques vainquirent toujours, même s’ils étaient inférieurs en nombre et en arme.  Voir Jean Cochlaeus dans les actes de Luther, en 1531.  En Gaule aussi, et en Belgique,  les catholiques ont remporté, non sans miracle, beaucoup de victoires contre les hérétiques. Les ennemis ne furent presque jamais supérieurs quand on livra une guerre juste.
Et voilà pour les notes de l’Église.
 2018 03 07 19h34 fin

 

Fichier placé sous le régime juridique du copyleft avec seulement l'obligation de mentionner l'auteur de la première édition de cette première traduction en français des Controverses de Saint Robert Bellarmin : JesusMarie.com, France, Paris, 18 mars 2019.