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Saint Robert Bellarmin
Les Controverses de la Foi Chrétienne contre les Hérétiques de ce Temps
Disputationes de controversiis christiniæ fidei adversus hujus temporis hæreticos. télécharger 


 
Tome 1 : Les règles de la foi : trois controverses générales : 

1ere Controverse :  la parole de Dieu, écrite ou conservée par la tradition, l. IV

2eme Controverse : le Christ chef de toute l’Eglise, l. V ; 

3eme Controverse : le souverain pontife, son vicaire ici-bas, l. V.

pouvoir spirituel et son pouvoir temporel.

1ere Controverse : la parole de Dieu, écrite ou conservée par la tradition, l. IV (4 livres).

livre 1 : Les livres sacrés et les livres Apocrypes (20 chap.)

livre 2 : Les Différentes éditions (16 chap.)
livre 3 : L'interprétation de la Parole de Dieu (10 chap.)
livre 4 : La parole de Dieu non écrite, la Tradition (12 chap.)

 

livre 3 L’interprétation de la Parole de Dieu

CHAPITRE 1 les Écritures : faciles à comprendre ou besoin d’une interprétation ?

CHAPITRE 2 Réponses aux objections des adversaires

CHAPITRE 3 Présentation de la question du juge des controverses, et discussion sur les sens des Écritures

CHAPITRE 4 On apporte des témoignages de l’Ancien Testament en faveur de la position des catholiques

CHAPITRE 5 On prouve la même chose avec le nouveau testament.

CHAPITRE 6 On prouve la même chose par la pratique constante de l’Église

CHAPITRE 7 On prouve la même chose avec des témoignages de pontifes et d’empereurs.

CHAPITRE 8 On prouve la même chose avec les témoignages des Pères

CHAPITRE 9 On prouve la même chose à l’aide de la seule raison

CHAPITRE 10 Solution des difficultés

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29 mars 2017 à 17:23

LIVRE 3 L’interprétation de la parole de Dieu

L’Écriture n’est pas claire, par elle-même, au point de pouvoir suffire, sans explication, à mettre un terme aux controverses.

CHAPITRE 1 les Écritures sont-elles par elles-mêmes claires et faciles à comprendre ou ont-elles besoin d’une interprétation ?

Dans ce troisième livre qui porte sur l’interprétation des divines Écritures, j’ai le goût de commencer par la question suivante : les Écritures sont-elles par elles-mêmes claires et faciles à comprendre, ou ont-elles besoin d’une interprétation ? Martin Luther, dans sa préface à un article condamné par le pape Léon, s’exprime ainsi : « Il faut tenir cette sentence avec l’Écriture pour juge. Ce qui ne pourrait se faire si nous n’accordions pas, en toute chose, la primauté à l’Écriture, comme l’ont fait les Pères. Car elle est elle-même ce qu’il y a de plus facile à interpréter, de plus certain et de plus clair, celle qui, par elle-même, prouve et qui juge toutes choses ». Il affirme là que l’Écriture est plus claire que tous les commentaires des Pères. Il enseigne la même chose dans son livre du serf arbitre, et ailleurs.


Voyant qu’on pouvait lui objecter : d’où viennent donc les controverses si le sens de l’Écriture est si clair, il proposa deux échappatoires. D’abord, même s’il y a des obscurités en certains endroits, la même chose est redite plus loin en toute clarté. Ensuite, bien que le sens de l’Écriture soit très clair par lui-même, il est obscur pour les orgueilleux et les infidèles, à cause de leur cécité et leur cœur dépravé ». Brentius en ajoute une troisième dans son livre contre Pierre a Soto. Bien qu’elle soit parfois obscure parce qu’elle est écrite dans des langues étrangères, l’hébreu et le grec, son sens est quand même transparent. Cette affirmation est manifestement fausse, car l’Écriture elle-même témoigne de sa difficulté et de son obscurité, dans le psaume 118 : « Donne-moi l’intelligence, et je scruterai ta loi ». La même chose : « Je dessillerai mes yeux, et je contemplerai tes merveilles ». Et encore : « Illumine ta face sur ton serviteur, et enseigne-moi tes justifications ». David connaissait certainement toute l’Écriture qui existait alors; il savait lire l’hébreu, et n’était ni superbe ni infidèle. Saint Jérôme a donc eu raison d’écrire à Paulin, en commentant ce passage : « Si un si grand prophète avoue des ténèbres d’ignorance, de quelle nuit d’ignorance ne penses-tu pas que nous sommes entourés, nous des enfants, et des nourrissons ? »


De plus, saint Luc nous rapporte que Jésus expliquait les paraboles à ses disciples qui comprenaient certainement la langue hébraïque, puisqu’ils étaient des Hébreux, et qui n’étaient ni infidèles ni superbes. Dans les actes des apôtres, 8, nous voyons un eunuque de la reine d’Éthiopie qui était familier avec les Écritures hébraïques, et qui les lisait attentivement. Il était simple, pieux et humble, comme l’enseigne saint Jérôme dans son épitre à Paulin sur les études scripturaires. Et pourtant, quand Philippe lui demanda s’il comprenait ce qu’il lisait, il répondit : « Comment le pourrais-je à moins que qu’on m’en montre le sens ». Saint Pierre dit dans sa deuxième épitre, que, dans les épitres de saint Paul, il y a des choses difficiles à comprendre, que les ignorants et les instables détournent de leur sens. Notez que l’Apôtre ne dit pas qu’il y a des choses difficiles à comprendre pour les ignorants et les instables, mais difficiles tout court. Car, saint Augustin, qui n’était certainement ni ignorant ni instable, avoue (dans son livre de la foi et des œuvres chap 15 et 16) avoir de la difficulté à comprendre le passage suivant : « Si quelqu’un sur-construit par-dessus le fondement ». Et il ajoute que c’est un de ces passages que saint Pierre considérait difficiles à comprendre.


En plus du témoignage de l’Écriture, on peut avoir recours au consentement unanime des anciens Pères pour montrer la même chose. Saint Irénée, au livre 2, chap 47. Après avoir dit que dans les choses naturelles et créées, plusieurs choses nous sons inconnues, il ajoute : « Si donc, parmi les créatures, certaines sont proches de Dieu, et d’autres nous sont connues, quel mal y a-t-il si, dans tous les écrits sacrés qui existent, nous en comprenons quelques-uns avec la grâce de Dieu, et nous en remettons d’autres à Dieu, non seulement en ce siècle, mais dans le futur, pour que Dieu enseigne toujours, et que l’homme apprenne toujours les choses divines ? »


Origène, dans son livre 7 contre Celse : « Ceux qui ont eu à cœur de scruter l’Écriture ont pu en découvrir le sens, bien que, à la vérité, elle soit obscure en plusieurs endroits ». Il dit la même chose dans son homélie 5 sur le Lévitique, présentant comme comparaison les hosties dont une partie était mangée par les prêtres, et une autre brûlée pour Dieu. Il dit la même chose dans son homélie 12 sur l’Exode : « Jour et nuit il faut prier pour que vienne l’agneau de la tribu de Juda, et qu’il daigne ouvrir le livre scellé ». Au sujet de saint Basile et de saint Grégoire de Naziance, Ruffin dit ceci dans le livre 2 de son histoire, chap 9. « Tous deux nobles, tous deux licenciés d’Athènes, deux amis personnels, deux collègues dans l’épiscopat, après avoir mis de côté tous les livres séculiers des Grecs, ils ne consacrèrent tout leur temps qu’aux livres de la divine Écriture, Ils en recherchèrent le sens non de leur propre présomption, mais en suivant les écrits des anciens qui faisaient pour eux autorité, c’est-à-dire ceux qui avaient reçu de la succession apostolique leur règle d’interprétation. »


Saint Jean Chrysostome, le seul que les hérétiques ont coutume de nous opposer, dit dans son homélie 40 sur Jean : « Scrutez les Écritures. Jésus, en effet, n’invitait pas les Juifs à une simple lecture des Écritures, mais à une investigation studieuse. Car, il n’a pas dit : lisez les Écritures, mais scrutez les Écritures. Les livres sacrés, on le sait, requièrent une extrême diligence, car ils parlent des plus grandes choses sous forme d’ombres, plutôt que comme elles sont réellement. C’est pour cela que Jésus ordonne de creuser en profondeur, pour que nous puissions découvrir ce qui se cache. On ne creuse pas pour trouver ce qui se trouve à la surface et qu’on aperçoit du premier coup d’œil, mais ce qui est comme un trésor profondément enfoui. Celui qui cherche ce genre de chose ne le trouvera que s’il y apporte une extrême diligence et un dur labeur ». De même, l’auteur de l’œuvre imparfaite, dans l’homélie 14 sur saint Matthieu, présente deux raisons pour lesquelles les Écritures sont obscures. La première parce que Dieu a voulu qu’il y en ait qui soient des maîtres, et d’autres des disciples. La deuxième, parce que si elle était claire, elle serait plus méprisée qu’utile.


Saint Ambroise, dans son épitre 44 à Constance : « L’écriture divine est une mer. Elle a en elle-même des sens profonds, l’altitude énigmatique des prophètes… » Saint Jérôme, dans son épitre à Paulin sur les études scripturaires, enseigne au sujet de l’enseignement, qu’on ne peut pas apprendre les Écritures sans maître, et nommant un après l’autre tous les livres de l’Écriture, il montre qu’il se trouve dans tous beaucoup de grandes difficultés. Il dit la même chose dans sa préface aux commentaires de l’épitre aux Éphésiens : « Je ne n’ai pas, depuis mon adolescence, cesser d’interroger ou de lire des savants au sujet de choses que je ne connaissais pas, et je n’ai jamais eu que moi-même pour maître. Pour cette même raison, je suis ensuite allé à Alexandrie, pour aller voir Didyme l’aveugle, et l’interroger sur toutes les choses qui me semblaient douteuses. » Et, dans son épitre à Algasia, à la question 8 : « Toute l’épitre aux Romains est enveloppée de trop grandes obscurités ».


Saint Augustin, dans le livre 2, chap 6 de la doctrine chrétienne écrit : « De nombreuses obscurités et ambiguïtés font trébucher ceux qui lisent témérairement, et les font comprendre de travers. Dans certains passages, ils ne trouvent pas ce qu’ils supposent faussement. Certaines paroles sont si obscures qu’elles engendrent une épaisse noirceur. Je ne doute pas un instant que tout cela ait été divinement prédisposé par Dieu pour dompter l’orgueil par le labeur, et sortir l’intelligence de la torpeur, car on méprise aisément les choses qu’on comprend trop facilement ». Il dit la même chose dans le livre 12, chap 14 sur la confession : « Elle est admirable la profondeur de tes paroles, qui parait superficielle et agréable à tes enfants. Mais elle est d’une profondeur admirable. Sa compréhension suscite l’horreur, l’horreur de l’honneur, et la crainte de l’amour. » Et dans l’épitre 3 au numéro 137 : « La profondeur des lettres chrétiennes est telle que, chaque jour, je fais des progrès en elles, bien que, depuis mon enfance jusqu’à mon extrême vieillesse, je ne m’efforce d’apprendre qu’elle, en lui consacrant beaucoup de temps, beaucoup de travail, et le meilleur de mon intelligence ». Et, dans l’épitre 119, numéros 55, chap 21 : « Dans les saintes Écritures, les choses que je ne sais pas sont plus nombreuses que celles que je sais ».


Saint Grégoire, dans son homélie 6 sur Ézéchiel, livre 1 : « Elle est d’une grande utilité l’obscurité des livres saints, parce qu’elle stimule l’effort, pour que la fatigue saisisse et la persévérance comprenne ce que l’oisiveté ne peut pas percevoir.  Elle a aussi un autre avantage. Si elle était trop facile à comprendre, on la mépriserait, parce que dans certains passages obscurs, on éprouve d’autant de joie à trouver qu’on a ressenti de fatigue en cherchant. » Ces pères comprenaient certainement ces phrases, et ils n’étaient ni infidèles ni superbes, et pourtant, ils avouent franchement que les Écritures offrent de grandes difficultés. Je pense que cela suffit pour rabattre la témérité et la vanité de Luther et de Brentius.


Il ne manque pas d’autres raisons, en plus de ces autorités. Car, dans les Écritures, il y a deux choses à considérer : ce qui est dit, et la façon dont on le dit. Si tu considères ce qui est dit, il te faut nécessairement confesser que les Écritures sont très obscures, car elles traitent de mystères sublimes, comme de la divine Trinité, de l’Incarnation du Verbe, des sacrements célestes, de la nature des anges, de l’opération de Dieu dans les esprits humains, de la prédestination éternelle et de la réprobation, et d’autres choses mystérieuses et surnaturelles, qu’on ne peut investiguer sans une longue étude et un grand labeur, et non sans le péril d’une très grave erreur. Certes, si l’étude de la métaphysique est plus difficile et plus obscure que toutes les autres disciplines naturelles, du fait qu’elle traite des causes les plus hautes, comment la sainte Écriture ne pourrait-elle pas être plus obscure encore, elle qui traite de choses encore beaucoup plus hautes ? Et que dire du fait qu’une grande partie de l’Écriture contient des prophéties portant sur les choses futures, et des oracles chantés ? Rien n’est, certes, plus difficile et plus obscur que cela.


Si nous considérons la façon de parler, nous trouvons des difficultés de toutes sortes. En premier lieu, il y a plusieurs choses dans les saintes Écritures, qui, à première vue, semblent se contredire. Comme par exemple, Exode 20 : « Moi, je suis un Dieu jaloux, visitant les péchés des pères sur les fils, jusqu’à la troisième et quatrième génération. » Et, ce passage d’Ézéchiel : « Le fils ne portera pas l’iniquité du père, mais l’âme qui a péché, c’est elle qui mourra ». En second lieu, il y a des paroles et des phrases ambigües, comme dans l’évangile de saint Jean 8. Les Juifs demandent : « Toi, qui es-tu ? » Et Jésus répond : « le Principe ». En grec, le texte est encore plus obscur, car le mot principe (tèn arkèn) est mis à l’accusatif. En troisième lieu, il y a des phrases incomplètes, comme aux Romains 5 : « Comme par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et par le péché, la mort, et ainsi, la mort a passé dans tous les hommes, dans lequel tous ont péché », et tout ce qui suit. Dans toute cette période, il n’y a pas de verbe principal. Quatrièmement, il y a des phrases contradictoires, comme dans le Genèse 10 : « Ceux-ci sont fils de Sem selon les parents, les langues et les régions de leurs peuples. » Mais, on ajoute tout de suite au début du chapitre 11 : « La terre était alors d’une seule langue, et ils utilisaient les mêmes mots ». Cinquièmement, il y a des idiotismes hébraïques, comme dans le psaume 88 : « son trône est comme le jour du soleil ». La même chose dans le psaume 118 : « Mon âme est dans mes mains toujours ». Et beaucoup d’autres. Sixièmement, il y a les figures de style : les tropes, les métaphores, les allégories, les hyperboles, les ironies, et autres semblables.


Se présente à la fin le témoigne lui-même de nos adversaires, qu’ils sont forcés de rendre à la vérité, bon gré mal gré. Car, si l’Écriture était si claire, comme ils le prétendent, pourquoi Luther et les luthériens ont-ils écrit tant de commentaires ? Pourquoi ont-ils fait tant de traductions différentes ? Il est certain qu’Osiander, dans la réfutation de l’écrit que Philippe avait édité contre lui, témoigne que vingt phrases sur la justification ont été traduites différemment par les seuls Confessionistes. Et Luther lui-même, dans son livre contre Zwingli et Oecolampadus ne nous a-t-il pas légué ce passage : « Si le monde durait plus longtemps, il sera de nouveau nécessaire, à cause des diverses traductions de l’Écriture qui existent maintenant, pour conserver l’unité de la foi, de recevoir les décrets des conciles, et de nous y réfugier ». Et quel besoin avons-nous, je le demande, de tant de traductions de l’Écriture, si elle est si facile et si claire ? Ne sont-elles pas clairement en guerre les unes contre les autres ?


Luther affirme dans la préface de assertion artic suor, que, par elle-même, l’Écriture est très facile à comprendre et qu’elle est très claire. Et dans son livre du serf arbitre, il se vante de ne trouver aucune difficulté dans l’Écriture, et qu’on ne pouvait lui apporter aucun passage qu’il ne puisse pas interpréter facilement. Et pourtant, il dit dans sa préface des psaumes : « Je ne voudrais pas que personne ne me voie comme quelqu’un qui, parmi les plus doctes et les plus saints, ait pu comprendre et enseigner le psautier en toutes ses parties dans son sens légitime. Il suffit d’en avoir compris quelques-uns, et en partie. L’Esprit s’est réservé beaucoup de choses qui font de nous d’éternels disciples. Il en montre beaucoup pour allécher, et il en laisse beaucoup à la réflexion. » Et plus bas : « Je sais que c’est le propre d’une témérité fort impudente d’oser prétendre avoir saisi le sens d’un seul livre de l’Écriture dans toutes ses parties ». Et dans le livre des Conciles, page 12 : « Il y a vingt ans, j’ai été forcé de mépriser les commentaires des Pères, quand on devait lire les Écritures dans les écoles, et de chercher avec sueur le sens véritable et naturel de la phrase ».


Brentius dans son proléogomène contre Pierre à Soto : « Ils imaginent que l’Écriture est obscure et qu’elle a besoin d’interprétation ». Et plus bas, il dit : « L’Écriture n’est obscure que pour les impies et pour les incrédules; elle ne l’est pas pour les pieux et les croyants ». Et dans sa confession de Wirtemberg, au chapitre de l’Écriture sacrée, il parle ainsi : « Ce n’est pas une chose obscure que le don d’interpréter l’Écriture ne vienne pas de la prudence humaine, mais du Saint Esprit. Car l’Esprit saint est infiniment libre. Il n’est pas non plus lié à une certaine sorte d’hommes, mais il distribue ses dons aux hommes selon son bon plaisir ». Je te le demande à toi aussi, Brentus, pourquoi le don d’interprétation est-il nécessaire si, comme tu le disais un peu avant, l’Écriture n’a pas besoin d’interprétation ?


Martin Kemnitius, dans son examen de la session 4 du concile a écrit : « Dieu a voulu que, dans son Église, soit le don d’interprétation, lequel comme le don de parler en langues, de guérir et de faire des miracles, n’est pas commun à tous ». Et, plus bas : « C’est avec reconnaissance et révérence que nous utilisons les travaux des Pères qui ont donné d’utiles explications à beaucoup de textes de l’Écriture ». Votre père Luther s‘est montré très reconnaissant envers les travaux des Pères quand, dans son livre sur le concile, à la page 52, il écrit que dans leurs commentaires, les Pères ont donné du charbon à la place de l’or ». Ne répugnent pas moins à Luther les auteurs des Centuries, qui sont pourtant de rigides luthériens, car ils écrivent dans la centurie 1, livre 2, chap 4, col 52 : « Les apôtres savaient que les Écritures ne peuvent pas être comprises sans le Saint Esprit, et sans un interprète ».


CHAPITRE 2 Réponses aux objections des adversaires



La première objection, ils la tirent de ces paroles du Deutéronome, 30 « Le commandement que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de toi, ni placé loin, ni situé dans le ciel, ni de l’autre côté de l’océan ». Dans ces mots nous est montrée l’extrême facilité des Écritures : « interpréter les Écritures n’est pas comme escalader des montagnes ou se rendre à Rome ». On peut répondre qu’on avait coutume de comprendre de deux façons ce passage. Plusieurs interprètent ce passage de l’ancien testament non au sens de la facilité à comprendre l’Écriture, mais d’accomplir les commandements du décalogue, avec l’aide de la grâce. Ce qui est contraire à tous les Luthériens, qui enseignent que les commandements de Dieu son impossibles à observer. C’est ainsi que l’explique Tertullien dans son livre 4 contre Marcion, Origène, saint Ambroise, saint Jean Chrysostome, et d’autres, au chap 10 aux Romains, et saint Augustin dans son livre de la parfaite justice, à l’avant-dernière réponse.


D’autres, dont Abulensis, entendent ce passage au sens de la facilité de connaitre non la Sainte Écriture, qui n’existait probablement pas encore, mais les préceptes du décalogue, qui se comprennent facilement puisqu’ils sont des formulations de la loi naturelle. Les Juifs, pour leur part, purent facilement les connaitre, après les avoir entendus expliqués par Moïse. Ils ont confessé avoir compris tout cela, et ont promis de les observer. Voilà pourquoi il a été dit ensuite : « La parole est proche de ta bouche, et elle est dans ton cœur ». C’est-à-dire, dans ton cœur, parce que tu as déjà compris ce qu’il faut faire; et dans ta bouche, car tu as confessé avoir compris. Ne s’oppose pas à ce que nous venons de dire l’aveu de David souvent cité selon lequel « la loi de Dieu est difficile à comprendre ». Car, par le nom de loi, Davide n’entend pas seulement les dix commandements, mais toutes les divines Écritures. Jésus lui-même, dans l’évangile, donne ce sens au moi « loi » quand il dit : « pour que soit accompli ce qui est écrit dans votre loi : ils m’ont haï sans raison », Jean 15.


Le deuxième argument est tiré du psaume 18 : « le précepte du Seigneur est lumineux, il éclaire les yeux ». Et, au psaume 118 : « Ta parole est une lampe à mes pieds ». Et « la déclaration de tes paroles ». Et au Prov 6 : « le commandement est une lampe, et la loi une lumière ». Je réponds d’abord qu’il ne s’agit pas de toutes les Écritures, mais des seuls commandements du Seigneur qui sont dits lumineux, une lampe, une lumière. Non qu’ils se comprennent facilement, bien que cela soit vrai également, (qu’y a-t-il de plus facile à comprendre que « tu aimeras ton prochain »), mais qu’une fois connus et compris, ils dirigent l’homme dans son action. Je réponds ensuite qu’on peut dire qu’il s’agit de toutes les Écritures, mais quand on dit que les commandements sont lumineux, une lanterne ou une lumière, on ne veut pas dire qu’ils sont faciles à comprendre, mais que, une fois compris, ils éclairent l’esprit. Car, dans le psaume 18, le prophète a parlé de la connaissance des philosophes qu’ils avaient tirée des créatures, quand il a dit : « les cieux racontent la gloire de Dieu ». Ensuite, pour montrer qu’ils n’étaient pas parvenus à cette lumière à laquelle parviennent ceux que Dieu daigne instruire, et auxquels il a donné une loi écrite, il ajoute : ‘la loi du Seigneur est immaculée, elle convertit les âmes ». Semblablement dans le psaume 118 il a voulu démontrer que la connaissance qui vient de la parole révélée de Dieu est plus grande que celle qui vient des créatures. Et, pour cette raison, il a comparé la parole de Dieu à une lampe, qui nous est très utile pour dissiper les ténèbres de la nuit, plus utile que la lumière de toutes les étoiles.


Le troisième argument vient de saint Matthieu 5, 14. Vous êtes la lumière du monde. Or, si les apôtres sont la lumière du monde, comment la prédication et les écrits des apôtres ne seraient-ils pas d’une grande clarté ? Je réponds que le Seigneur parle de la lumière des exemples, de la probité et des mœurs. Car il a voulu que les apôtres soient des exemples de sainteté proposés à l’imitation de tous les hommes. C’est pourquoi il ajoute tout de suite après : « que votre lumière brille ainsi devant les hommes, pour qu’ils voient vos bonnes œuvres ». Si donc le Seigneur avait parlé de la lumière de la doctrine, le sens ne serait pas que les écrits des apôtres sont faciles à comprendre, mais que, après avoir été compris, ils éclairent l’esprit, enseignent des choses très hautes, et mettent en fuite les ténèbres de l’erreur. Car ce n’est pas tant celui qui parle ou qui écrit clairement qui illumine, que celui qui, écrivant clairement ou obscurément, allume dans l’esprit la lumière de la vérité, et repousse les ténèbres des erreurs.


Le quatrième argument vient de Pierre 2, 1 : « Nous avons un discours prophétique plus ferme auquel vous faites bien de prêter attention, comme une lampe qui brille dans un lieu obscur ». Je réponds que dans ce lieu aussi les paroles des apôtres sont appelés une lampe, non parce qu’elles sont faciles à comprendre, mais que, après avoir été comprises, elles jettent de la lumière, et montrent le chemin qui mène au Christ, lequel est le vrai Soleil de Justice.


Le cinquième argument provient de 2 Corinth 4 : « Que si notre évangile est clair, il l’est aussi pour ceux qui se perdent. Le dieu de ce siècle a aveuglé les esprits des infidèles pour que ne resplendisse pas sur eux l’illumination de l’évangile de la gloire du Christ, lequel est l’image de Dieu ». Donc, l’Écriture est ouverte et facile à tous les fidèles. Je réponds que l’apôtre ne parle pas de la compréhension des Écritures, mais de la connaissance et de la foi dans le Christ, cette foi que les apôtres prêchaient. Il avait expliqué au chapitre précédent que la différence entre l’ancien et le nouveau testament consistait en ce que, dans l’ancien testament, ils ne voyaient les mystères du Christ, son incarnation et sa passion, que sous le voile de figures et d’ombres. Ce qui se rapporte au voile que Moïse plaçait sur sa tête quand il parlait au peuple. Mais, dans le nouveau testament, les figures ayant été toutes accomplies, nous voyons la gloire de Dieu le visage découvert, et il n’y a pas une vieille, pas un enfant chrétien qui ne sachent que Dieu s’est incarné et a souffert.


Quelqu’un pourrait demander. S’il en est ainsi, pourquoi sont-ils nombreux ceux qui ne croient pas à l’évangile qui leur est prêché, et qui ne voient, surtout les Juifs, que des ombres et des figures ? C’est l’Apôtre qui dit qu’à certains est voilé l’évangile, parce que leurs yeux internes sont aveuglés par des affections dépravées. C’est d’eux que parlait Jésus quand il a dit : « Comment pouvez croire, vous qui recevez la gloire les uns des autres ? ». Le dieu de ce siècle, il ne faut pas le comprendre au sens d’un autre Dieu créateur des choses corporelles distinct du Dieu vrai, comme les Marcionistes et les Manichéens ont interprété ce passage (comme le rapporte saint Jean Chrysostome). Ou le « de ce siècle » est uni à « infidèles », et non à « Dieu » (comme le veulent saint Ambroise, saint Jean Chrysostome, et saint Augustin dans le livre 21, chapitre 2 contre Faustus), ou celui qui est appelé le dieu de ce siècle est le diable, non donc parce qu’il est vraiment dieu, mais parce qu’il est le dieu des infidèles. Comme au psaume 90 où il est dit : « les dieux des Gentils sont des démons. » C’est ce qu’écrit saint Augustin dans son livre 21 chap 9 contre Faustus, et saint Cyrille dans d’Oecumenium.


Le sixième argument. Saint Augustin (dans le livre 2, chap 6 de la doctrine chrétienne) dit ceci : « Elle est tellement magnifique et salutaire la façon dont le Saint-Esprit a disposé le texte de la sainte Écriture que, avec les passages les plus clairs, il assouvit la faim, et avec les plus obscurs il enlève le dégout. Il n’a presque laissé aucun texte obscur qu’on ne retrouve clairement exprimé ailleurs ». Je réponds qu’il n’a pas ajouté pour rien « presque », car on en trouve de très obscurs qui ne sont jamais expliqués dans l’Écriture, comme la plus grande partie de l’Apocalypse, le début et la fin d’Ezéchiel, etc…. De plus, c’est une chose très difficile de trouver à quelque endroit clairement exprimé ce qui est dit à quelque part obscurément. S’il en était vraiment ainsi, comment saint Augustin aurait-il pu dire que « dans l’Écriture, les choses que j’ignore sont plus nombreuses que celles que je sais » ? Et peut-être que dans les passages qui nous semblent clairs, paraitront obscurs à d’autres. L’Écriture ne suffit donc pas à elle seule pour mettre un terme aux controverses.


Certes, ces paroles de Matt 26 : « cela (hoc) est mon corps » nous paraissent tellement claires qu’on ne voit pas comment l’évangéliste aurait pu parler plus clairement. Mais à Zwingli elles apparaissent obscures et imagées. Ces autres paroles « buvez-en tous » paraissent très claires à nous et aux luthériens. Et pourtant, elles sont expliquées différemment. Quand nous lisons, nous, ces mots de Marc 14 « et ils en burent tous », paroles que Jésus adressait aux 12 apôtres, nous disons en interprétant l’Écriture par l’Écriture, que c’est à ses douze disciples que le Seigneur a dit « buvez-en tous ». Mais Brentius, dans ses prolégomènes, dit qu’il est très clair que le Seigneur ait commandé de boire au calice non seulement aux douze apôtres, mais à tous les autres. Et quand nous demandons : même les Turcs, les Juifs et les enfants doivent boire ? Ils expliquent ainsi le sens du mot tous par « tous les fidèles adultes ».


Le septième argument. L’essentiel de toute l’Écriture qui se trouve dans les préceptes du décalogue, dans le symbole, dans l’oraison dominicale et dans les sacrements est présenté dans des témoignages très clairs. L’Écriture est donc entièrement claire. Je réponds en niant le conséquent et l’antécédent. Le conséquent, parce que même s’il était possible, en quelque manière, de réduire toute la bible à ces vérités de foi, il demeurerait toujours en elles des choses très obscures, comme les prophéties, le cantique des cantiques, l’épitre aux Romains, l’apocalypse etc. Il est absolument certain que l’antécédent est faux, car s’il y avait en elle des témoignages si certains de tous les articles du symbole, et même de tous les sacrements, toutes les controverses prendraient fin. Et pourtant, sur chacun des articles du symbole et sur chacun des sacrements, il y a d’énormes controverses; et ce ne sont pas seulement les hérétiques qui diffèrent entre eux au sujet de ces choses, mais les catholiques aussi.


Le huitième argument. Saint Jean Chrysostome dans son homélie 3 sur saint Lazare, montre que les philosophes ont parlé obscurément. Et il ajoute : « Les apôtres et les prophètes ont, au contraire, tout dit ouvertement. Leurs paroles étaient si claires, ces communs docteurs de la terre qui enseignèrent à tous, que chacun peut apprendre par lui-même ce qu’ils disent, et seulement en les lisant ». Il dit la même chose dans l’homélie 3 sur la 2 Thess : « Quel besoin y a-t-il d’un prédicateur ? Tout est clair et limpide dans les saintes Écritures. Mais c’est parce que vous êtes des auditeurs raffinés, qui trouvent leur plaisir à entendre de beaux discours que vous recherchez des orateurs sacrés. »


Je réponds que c’est pour secouer la torpeur du grand nombre de ceux qui pouvaient lire les Écritures avec fruit que saint Jean Chrysostome a coutume d’utiliser ces formules oratoires. Car, il affirme ailleurs que l’Écriture est difficile à comprendre. Dans la même homélie, juste avant les mots que l’on vient de citer, il dit : « Qu’arrivera-t-il donc si nous ne comprenons pas ce qui est contenu dans les livres saints, surtout si ce sont des choses profondes et mystérieuses ? Beaucoup de saintes choses naissent de la seule lecture de l’Écriture ». Et il déclare plus bas que, quand il dit que les Écritures sont faciles à comprendre, il ne parle que des histoires ou d’autres choses semblables. Et il ajoute que ces choses elles-mêmes ne sont pas toutes claires et facilement compréhensibles. « Prends un livre dans ta main, lis une histoire en entier, retiens ce que tu as noté, et relis fréquemment ce qui est obscur et peu clair. Si tu ne peux pas, par une lecture assidue, en découvrir le sens, va voir quelqu’un qui est plus savant que toi, consulte un docteur ». Et dans l’homélie 3 aux Thess 2, il ajoute après les mots cités : « De quelle obscurité parles-tu ? Ne sont-ce pas des récits ? Apprends d’abord ce qui est clair pour éclairer, par elles, les choses obscures. Il y mille histoires dans les Écritures, raconte m’en une d’elles. Mais tu ne la diras pas. Ce sont donc des prétextes, ces paroles ». De même dans l’homélie sur saint Jean, il avertit ses auditeurs de lire le texte qui sera lu à l’église avant de venir à la prédication, de noter d’avance ce qui leur semble obscur, pour en recevoir une explication du prédicateur. Enfin, dans l’homélie 44 sur saint Jean, il enseigne très clairement que les Écritures sont obscures.


Le neuvième argument. La différence qui existe entre l’ancien testament et le nouveau consiste en ceci que dans l’ancien, le livre était scellé, comme le dit Isaïe 29, et dans le nouveau le livre est ouvert, comme l’apocalypse 5 nous le dit que c’est l’agneau immolé qui a ouvert le livre scellé. Ne fait que confirmer cet argument le déchirement du voile du temple après la mort de Jésus (Matt 27). C’est ce que confirme aussi saint Jérôme dans son commentaire sur Ézéchiel 44, où il parle de la facilité et de la difficulté qu’il y a à comprendre ces textes de l’Écriture. Je réponds que la différence entre l’ancien testament et le nouveau consiste en ceci que ce que les Juifs ne comprenaient pas ce n’était pas seulement les phrases de l’Écriture, mais aussi les mystères du Christ, qui étaient tous cachés dans des figures. Et c’est pour cette raison qu’Isaïe (29) dit que le livre est scellé autant pour celui qui connait les lettres que pour celui qui ne les connait pas. Mais dans le nouveau testament, parce que le Christ a accompli les figures et les prophéties, les personnes qui, en grand nombre, ne comprennent pas toutes les phrases des Écritures, comme les paysans et les femmes, comprennent quand même les mystères de la rédemption. Que ni l’Écriture ni saint Jérôme ne parlent d’une phrase de l’Écriture, le montre clairement Origène dans son homélie 12 sur l’Exode, où il écrit que nous avons encore besoin que l’Agneau de la tribu de Juda nous ouvre les livres scellés. Saint Jérôme s’exprime dans le même sens dans sa lettre à Paul sur l’institution monastique, dans laquelle il écrit qu’un voile demeure encore aujourd’hui, non seulement sur la face de Moïse, mais même sur la face des évangélistes et des apôtres, si nous considérons la difficulté des Écritures. Et il ajoute que, pour cette raison, il faut prier comme le prophète : « Fais une révélation à mes yeux, et je considérerai les merveilles de ta loi ».


L’argument dix est proprement de Luther. Lui qui a tant de fois blâmé les sophistes, ne craint pas d’agir en sophiste. Car quand les philosophes disent que le moins connu doit être prouvé par le plus connu, ils ne parlent pas de la connaissance des mots que donne leur compréhensibilité, comme quand nous disons que le sens propre d’une phrase est plus compréhensible, c’est-à-dire plus clair, plus facile que le sens figuré, mais de la connaissance de la vérité d’une chose qui se trouve en elle, pour qu’on comprenne ce qu’on dit être vrai. Prenons pour exemple le mouvement et la vie. Car, si tu regardes ces mots, tu comprendras avec autant de facilité la phrase : « l’homme vit », que cette autre « l’homme se meut ». Et pourtant, en ce qui a trait à la connaissance de la vérité, « l’homme se meut » est plus loin de la vérité que « l’homme vit ». C’est donc ainsi que les Pères confirment leurs sentences par des témoignages de l’Écriture, car il est connu qu’est plus vrai ce qui se trouve dans les Écritures que dans les Pères. Mais ces mêmes Pères expliquent les Écritures dans leurs commentaires, parce que les paroles des Écritures sont plus obscures que celles des Pères.


Le onzième argument. Les Pères de l’église primitive lisèrent les saintes Écritures sans commentaires, Et les autres anciens firent la même chose après. Pourquoi donc sommes-nous entrés dans cette nouvelle voie des commentaires des Écritures ? Je réponds que c’est le contraire qui est vrai. Et Luther ne présente aucun exemple, alors que nous, nous pourrions en montrer un grand nombre. Il est vrai que les premiers pères qui sont venus tout de suite après les apôtres ne lisaient pas de commentaires, parce qu’il n’en existait pas alors. Mais il existait des commentaires vivants, ceux des Apôtres et de leurs disciples. Et ils ne cherchèrent pas à comprendre les Écritures à l’aide de leur seule intelligence. C’est ce que témoigne de lui-même Papias d’après Eusèbe, au livre 3, chap dernier de son histoire, et Clément d’Alexandrie au livre 1 des stromata, où il donne les noms des disciples des apôtres qui furent ses précepteurs, et, parmi eux surtout Panthène. Ensuite saint Justin et saint Irénée, ainsi que d’autres commencèrent à écrire des commentaires aux divines Écritures, comme saint Jérôme l’atteste dans son livre des hommes illustres, à Jean, Et de la même façon, ceux qui vinrent après commencèrent à parcourir les écrits des anciens. C’est ce que Ruffin écrit de saint Basile et de saint Grégoire de Naziance, dans son histoire 2, chap 9, et saint Jérôme de lui-même dans la préface de son commentaire aux Éphésiens. On pourrait montrer la même chose pour les autres, si la chose s’avérait nécessaire.


CHAPITRE 3 Présentation de la question du juge des controverses, et discussion sur les sens des Écritures



Comme l’Écriture est obscure, et qu’il s’ensuit donc qu’il faut un juge, une autre question se pose. Faut-il demander l’interprétation de l’Écriture à un juge unique, visible et commun, ou faut-il la laisser au jugement d’un chacun ? C’est une question très lourde de conséquences, et c’est d’elle que dépendent toutes les controverses. Plusieurs personnes ont écrit sur ce sujet, mais surtout Jean Driedo dans le livre 2, chap 3 des dogmes ecclésiastiques, Jean Cochlaeus, dans son livre sur l’Écriture et l’autorité de l’Église, le cardinal Warmiensis, livres 2 et 3 contre les prolegomena de Brentius, et Pierre de Soto pour la défense de sa confession contre les prolegomena de Brentius par. 2 et 3, Martin Peresius dans son livre sur la tradition, assertions 2, 3, 4, 5, et Michael Medina, livre 7 de la foi droite en Dieu, et Melchior Cano au livre 2, chap 6, 7, 8, de ses lieux théologiques.


Pour comprendre d’abord ce qu’est la chose que l’on cherche, il y a quelques réflexions préalables à faire. D’abord, sur les sens des Écritures. Car c’est le propre de la divine Écriture, du fait qu’elle a Dieu pour auteur, de posséder souvent deux sens, un littéral ou historique, un spirituel ou mystique. Le sens littéral est celui que les mots expriment directement. Le sens spirituel est celui qui se réfère à autre chose qu’à ce que les mots signifient par eux-mêmes. Cette distinction origine de l’Apôtre lui-même, dans Corinth 10, où il nous dit que « tout était arrivé aux Juifs en figure, pour notre correction ». Et ce qui est dit, au sens littéral, de la sortie des Juifs de l’Égypte, du passage à pied sec de la mer rouge, de la manne qui a plu dans le désert, de l’eau qui coula d’un rocher, toutes ces choses il les rapporte aux Chrétiens. Ces deux sens sont aussi représentés dans l’apocalypse par le livre écrit à l’endroit et à l’envers, et par Ezéchiel 2. C’est ce qu’enseigne saint Jérôme au chapitre 2 d’Ézéchiel.


Philon dans son livre de la vie divine des suppliants, et saint Grégoire de Naziance dans sa lettre à Némèse, comparent le sens littéral au corps, et le sens spirituel à l’âme. Et comme le Verbe de Dieu engendré a une nature divine invisible et une nature humaine visible, de la même façon, le verbe écrit de Dieu a un sens externe et un sens interne. C’est quelque chose qui est propre à la seule écriture divine, comme l’enseigne saint Grégoire, sans son livre 21, chap 1 des mémoires.


De plus, le sens littéral est double. Un simple, qui consiste dans la propriété des mots, et un figuré par lequel les mots sont transférés de leur sens naturel à un sens étranger. Et de ce sens, il y a autant de genres qu’il y a de genres de figures. Quand le Seigneur dit en saint Jean 10 : « J’ai d’autres brebis qui ne sont pas de ce bercail », le sens de la phrase est littéral. Mais son sens figuré est : « J’ai d’autres hommes, en plus des Juifs, à faire entrer dans mon Église ». Ce qui a été dit en mots propres en saint Jean 11 : « pour qu’ils réunisse en un seul troupeau les fils de Dieu qui sont dispersés ». Au sujet de ses expressions figurées, voir saint Augustin au livre 3 de la doctrine chrétienne.


Les théologiens récents distinguent trois sens de la sainte Écriture : allégorique, tropologique, anagogique. Ils parlent de sens allégorique quant les paroles de l’Écriture, en plus du sens littéral, signifient quelque chose dans le nouveau testament qui appartient au Christ ou à l’église. Comme, par exemple, comment Abraham qui eut, véritablement deux épouses, selon le sens littéral, et deux fils Isaac et Ismaël, représente Dieu en tant qu’auteur des deux testaments, et Père de deux peuples, comme l’apôtre l’explique aux Galates 4. Ils parlent de sens tropologique, quand les paroles ou les faits servent à représenter quelque chose qui se rapporte aux mœurs. Comme « tu ne muselleras pas le bœuf quand il foule le grain » (deut 25), dont le sens littéral, ce texte se rapporte aux bœufs réels, et il signifie ne pas empêcher les prédicateurs de recevoir de la nourriture du peuple, comme l’explique l’Apôtre aux Corinth 1, 9. Ils parlent de sens anagogique quand les paroles ou les faits se réfèrent à la vie éternelle. Comme ces mots du psaume 94 : « j’ai juré dans ma colère que jamais ils n’entreraient dans mon repose ». Littéralement, ces paroles s’entendent de la terre promise; spirituellement, de la vie éternelle, comme l’Apôtre l’explique aux Hébreux 4.


Les anciens ne tiennent pas toujours compte de cette classification des sens. Même si, dans les faits, ils reconnaissent tous les sens, ils leur donnent tous le nom d’allégoriques. Comme saint Basile, au début de son homélie 9 sur l’exode, et saint Augustin au livre 2, cahp 3, de l’utilité d’un credo. Saint Jérôme, dans sa lettre à Hedibiam, question 12, entend par tropologie le sens allégorique; et, au chapitre 4 d’Amos, il entend par allégorie le sens tropologique.


De tous ces sens, le littéral se trouve dans chaque phrase de l’ancien et du nouveau testament. Il n’est pas improbable, non plus, que plusieurs sens littéraires se trouvent dans la même phrase, comme l’enseigne saint Augustin en plusieurs endroits, et surtout dans son livre 12 sur les Confessions, au chapt 25, dans le livre 11 de la cité de Dieu, et dans le livre 3, chap 27 de la doctrine chrétienne. On trouve le sens spirituel dans l’un et l’autre des deux testaments. Car, personne ne doute que l’ancien testament a un sens allégorique, un sens tropologique et un sens anagogique. Un grand nombre pensent la même chose au sujet du nouveau testament. Et, avec raison. Car, dans son traité 122 sur saint Jean, saint Augustin donne une explication allégorique de la pêche des poissons quand le filet s’est rompu (Luc 5), et anagogique quand les filets ne se rompaient pas (Jean) » Il explique allégoriquement la parole dite à Pierre « suis-moi », et anagogiquement celle dite au sujet de saint Jean « si je veux qu’il demeure ». Il expose tropologiquement (Jean 13) le sens de l’humilité qui lui faisait laver les pieds de ses disciples.


Mais, bien qu’il en soit ainsi, on ne trouve pas un sens spirituel dans toutes les paroles de l’Écriture, ni de l’ancien, ni du nouveau testament. Ce précepte, par exemple : « tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur » (Deut 6, Matt 22) et d’autres commandements semblables n’ont qu’un seul sens, le littéral, comme l’enseigne correctement Cassien, dans sa conférence 8, chap 3, Les sens des Écritures ayant été tiré au clair, il convient, à nous et à nos adversaires de ne demander qu’au sens littéral des arguments efficaces. Car il est certain que le sens qui se dégage directement des paroles de l’Écriture est celui de l’Esprit saint. Mais les sens spirituels et mystiques sont variés, et bien qu’ils édifient quand ils ne sont pas contre la foi et les bonnes mœurs, on ne peut pas toujours être certains qu’ils aient été pensés pas le Saint Esprit. Et c’est pourquoi saint Augustin, dans sa lettre à Vincent, se moque avec raison des donatistes qui, de ces paroles interprétées mystiquement « montre-moi où tu pais, et où tu te couches le midi », concluaient que l’Église du Christ était demeurée dans la seule Afrique. Et saint Jérôme, dans son commentaire sur saint Matthieu, chap 13, enseigne que les dogmes de foi ne peuvent pas être confirmés efficacement par le sens mystique.


Au sujet du sens littéral, des doutes surgissent pour deux raisons. D’abord, de l’ambiguïté des mots, comme on le voit en Matt 26 : « buvez-en tous ». Ce mot « tous » est ambigu si on n’en regarde que les lettres qui le forment. Car, on ne sait pas alors s’il désigne tous les hommes sans distinction, tous les fidèles ou tous les apôtres. Il y a une autre propriété des mots qui apparaît après et qui est plus grave. Car, comme le sens littéraire est parfois simple et parfois figuré, on a souvent des raisons de douter s’il est simple ou figuré. Cette phrase de Matt, par exemple, « cela est mon corps », les catholiques veulent l’entendre simplement selon la propriété des termes, et les Zwingliens, comme la figure d’une métonymie. Et, pour cette raison, quelques-uns tombent dans des erreurs très graves. On peut citer Origène en exemple. Il a erré en entendant au sens figuré ce qu’il aurait du comprendre au sens littéral, comme l’enseigne saint Jérôme dans sa lettre à Pammachius sur les erreurs de Jean de Jérusalem, où il dit qu’Origène entendait le paradis terrestre d’une façon allégorique. Faisant fi de la vérité historique, il entendait par arbres des anges, par fleuves des vertus célestes, par tuniques de peaux des corps humains, comme s’ils avaient vécu sans corps avant le péché.


D’autres, au contraire, se sont trompés en prenant au sens littéral ce qui devait être compris au sens figuré. Comme Papias, et ceux qui l’ont suivi, saint Justin, saint Irénée, Tertullien, Lactance et d’autres, au sujet de ce qui est dit dans l’Apocalypse de la nouvelle Jérusalem et des mille ans, pendant lesquels les saints règneraient sur la terre avec le Christ. Saint Jérôme réprouve leur erreur dans sa préface au livre 18 sur Isaïe, et son chapitre 36 d’Ézéchiel, ainsi que saint Augustin au livre 20, chap 7 de la cité de Dieu.


Nos adversaires conviennent, tout comme nous, que les Écritures doivent être interprétées par l’Esprit qui les a faites, l’Esprit saint. C’est ce qu’enseigne saint Pierre dans son épitre 2, chap 1 : « Comprenant d’abord que toute prophétie de l’Écriture ne relève pas de l’interprétation propre. Car, une prophétie n’est pas le produit d’une volonté humaine, mais c’est inspirés par l’Esprit saint qu’ont parlé les saints de Dieu ». Saint Pierre enseigne là que les Écritures ne doivent pas être expliquées par l’intelligence propre à chacun, mais sous la dictée du Saint Esprit, car elles n’ont pas été écrites par l’esprit humain, mais sous l’inspiration du Saint-Esprit.


Toute la question se résume donc ainsi : où est cet Esprit ? Car nous estimons, nous, que, bien qu’il soit accordé souvent à des hommes privés, le Saint-Esprit se trouve dans l’Église, c’est-à-dire dans un concile d’évêques confirmé par le pasteur suprême de toute l’Église, ou dans le suprême pasteur accompagné d’une assemblée d’autres pasteurs. Nous ne voulons pas discuter présentement du pape et des conciles, si le pape peut seul décider quelque chose, ou le concile seul. Nous parlerons de cela en son lieu et place. Mais nous disons ici, en général, que le juge du vrai sens des Écritures et de toutes les controverses est l’Église, c’est-à-dire le pape et les conciles que reconnaissent tous les catholiques. C’est ce que dit en toutes lettres le concile de Trente à la session 4.


Or, tous les hérétiques de notre temps enseignent que l’Esprit saint, interprète de l’Écriture, n’est lié ni aux évêques ni à aucune sorte d’hommes, et que, en conséquence, chacun doit être le juge suprême, soit en suivant son inspiration, s’il a le don d’interprétation, soit en se faisant l’adepte de quelqu’un qu’il verra doté de cet esprit. Luther nous renvoie à l’esprit que chacun a quand il lit l’Écriture avec les dispositions voulues. Et dans les cinquante passages que Cochlaeus a extraits des œuvres de Luther, il dit : « Recevez cet évangile, car il n’a été donné ni aux conciles ni à aucun homme le mandat de déterminer et de statuer ce qui est de foi. Je n’ai donc pas à dire : pape, tu en es venu à cette conclusion avec des conciles, je possède maintenant la capacité de juger ce que je dois accepter ou rejeter. Pourquoi ? Parce que tu ne te tiendras pas à mes côtés, et tu ne répondras pas à ma place, quand je devrai mourir. Et une fausse doctrine personne d’autre ne peut la juger qu’un homme spirituel. C’est donc une chose insensée que les conciles veuillent déterminer et statuer ce que l’on doit croire. Car il n’y souvent pas là un seul homme qui ait respiré la moindre odeur du Saint Esprit » Il confirme la même chose dans ses assertions art. 27, 28, 29.


Philippe dans les lieux, chapitre de l’Église, semble vouloir attribuer quelque chose à l’Église. Mais, en réalité, il remet toute chose au jugement privé. « Qui sera le juge quand surgit une interprétation différente d’un texte scripturaire, lorsqu’on sent le besoin d’une voix qui mettra un terme à la contestation. Je réponds que la parole de Dieu est elle-même son propre juge, et la confession de la vraie église ». C’est ce qu’il dit à cet endroit. Cependant, plus bas, il ditque, par vraie église, il n’entend pas les prélats de l’Église, ni la majeure partie des fidèles, mais les peu nombreux qui ont donné leur assentiment à la parole de Dieu. En parlant ainsi, il enveloppe tout de ténèbres, et fait de chacun un juge. Car, je ne peux juger quelle est la vraie Église, avant de juger d’abord quelle est la sentence qui est conforme à la parole de Dieu. « il y a, dit-il, une différence entre les jugements de l’Église et ceux des politiques. Car, dans la société civile, ou le roi prononce seul de par son autorité, ou c’est la majorité qui décide dans le sénat. Mais ce qui a valeur de décision dans l’Église, c’est la concordance d’une pensée avec la parole de Dieu, et la profession de foi des pieux, qu’ils soient plus nombreux ou moins nombreux que les impies. » Nous en dirons davantage sur ce sujet dans les notes de l’Église.


Brentius enseigne la même chose dans sa confession de Wirtemberg, au chapitre de l’écriture sacrée, et plus amplement dans ses prolégomènes contre Pierre a Solo. Il dit deux choses. En premier lieu : « Il n’est pas permis, dans le cas de notre salut éternel, de dépendre d’une décision étrangère, au point de l’embrasser sans avoir nous-mêmes porté un jugement ». Il ajoute en second lieu : « Il appartient à tout homme privé de juger de la doctrine de la religion, de distinguer le vrai du faux, Mais la différence qu’il y a entre l’individu et le prince, c’est que le prince a le pouvoir de juger et de décider publiquement de la doctrine de la religion, et l’individu privément. » Et pendant tout son livre, il s’évertue à démontrer que le prince séculier est tenu, même par la peine capitale, de contraindre ses sujets à pratiquer la religion qu’il aura lui-même jugée vraie; et que les sujets sont obligés de suivre leur propre jugement, non celui d’un étranger, quel qu’il soit. Brentius ne se rend donc pas compte qu’il prescrit là deux choses absurdes et contradictoires, à savoir que les princes soient tenus de commander, et que les sujets soient tenus de ne pas obéir. Il ne comprend même pas que, si ce qu’il dit était vrai, César ainsi que tous les autres princes catholiques de l’Allemagne, auraient le droit de contraindre les luthériens à accepter la foi catholique par la menace de la peine capitale.


Jean Calvin, dans le livre 4 des institutions chap 9, versets 8, 12, 13, ordonne d’examiner les définitions des conciles généraux avec la règle des Écritures. Il fait donc des hommes privés, des juges en matière de foi, non seulement des Pères mais aussi des conciles, Et il ne laisse aucun jugement commun à l’Église. Ensuite, Martin Kemnitus, dans l’examen de la session 4 du concile de Trente, et tous les autres hérétiques de ce temps transfèrent des conciles des évêques à l’esprit des hommes privés. l’autorité d’interpréter l’Écriture.

29 mars 2017 à 17:23

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3 avril 2017 à 20:20

CHAPITRE 4 On apporte des témoignages de l’Ancien Testament en faveur de la position des catholiques



On va maintenant prouver la position des catholiques d’abord par des témoignages de l’Ancien Testament. Nous tirons le premier témoignage de l’Exode, 18. Nous y lisons que quand le peuple de Dieu a commencé à prendre la forme d’une république ecclésiastique, Moïse siégeait comme prince et chef de cette église, et résolvait tous les doutes qui se levaient sur la loi de Dieu. Il ne renvoyait personne à la révélation de son esprit personnel. De même, quand, d’après le conseil de son beau-père, il institua des magistrats mineurs, il s’est toujours réservé les doutes qui se rapportaient à la religion. Il agit certainement ainsi afin que nous comprenions qu’il doit y avoir un tribunal commun à qui tous demandent l’interprétation de la loi divine, et auquel tous obéissent.


Quelques-uns cherchent à éluder cet argument en disant que Moïse fut un prince politique, non un pontife ou un prêtre, que c’était Aaron qui était le pontife suprême. Et en conséquence, on ne peut déduire de ce passage que c’est aux Pontifes qu’il revient de porter un jugement en matière de foi, plutôt qu’aux rois. Je réponds que Moïse fut pontife, le pontife suprême, et plus grand qu’Aaron. Non un pontife ordinaire qui aurait des successeurs, et c’est ce que fut Aaron, mais un pontife extraordinaire spécialement établi par Dieu. Comme, dans le nouveau testament, tous les apôtres n’étaient pas plus grands que Pierre ni absolument semblables, mais ils étaient, en quelque manière, égaux à lui en pouvoir ecclésiastique, comme saint Cyprien l’enseigne dans son traité de la simplicité des prélats. Avec pourtant cette différence que Pierre était le pasteur ordinaire de toute l’Église, qui seul devait avoir des successeurs semblables à lui; et que le pouvoir extraordinaire que possédaient les autres ne devait pas passer à leurs successeurs. Que Moïse ait été prêtre, David l’atteste dans le psaume 98 : « Moïse et Aaron, parmi ses prêtres, et Samuel, parmi ceux qui invoquent son nom ».


Mais on nous rétorque que Moïse est appelé prêtre parce qu’il était premier-né, comme on lit au livre 2, chap 8 des Rois que les fils de David étaient prêtres. Au contraire. Si, en ce lieu, ont appelait prêtres des premiers-nés, Samuel lui-même qui était un premier né aurait été appelé prêtre. Ce que ne fit pas David, car il savait que Samuel avait été un juge et non un prêtre. Il ne faisait pas partie de la famille d’Aaron, mais de celle de Coré, son cousin germain (1 Paralipomen 6). Que Moïse ait été vraiment et proprement un prêtre, le livre de l’Exode (28, 29) nous le montre clairement. Nous le voyons là exercer toutes les fonctions sacerdotales. En effet, il sacrifie, enseigne, consacre des vêtements, et qui plus est, oint et initie des pontifes et des prêtres. Que Moïse était pontife tous les anciens l’enseignent. Philon dans le livre 3 de sa vie de Moïse, saint Grégoire de Naziance dans le discours qu’il a fait en présence de saint Grégoire de Nysse, saint Augustin dans le psaume 98, saint Jérôme dans son livre contre Jovinien, dans lequel il montre que Samuel ne fut pas un prêtre.


Le second témoignage nous le tirons du Dutéronome 17, où est présentée une règle générale : « Si tu te rends compte qu’il t’est difficile de porter un jugement sur telle ou telle cause, telle ou telle lèpre, et que les opinions varient dans ta maison, lève-toi et monte au lieu que le Seigneur ton Dieu a choisi, tu viendras voir un prêtre de la tribu de Lévi et un juge qui sera en fonction à ce moment, et tu leur demanderas de te montrer la vérité du jugement. Et tu feras comme te diront ceux qui président dans le lieu que le Seigneur a choisi. Ils t’enseigneront selon la loi de Dieu, et tu suivras leur sentence, et tu ne t’en détourneras ni à gauche ni à droite. Celui qui, par orgueil, ne voudra pas obéir à la décision du prêtre, ministre du Dieu très haut, sera condamné à mort par le juge. » Ce passage montre clairement que ceux qui doutent ne sont pas renvoyés à leur esprit propre, mais à un juge vivant, le prêtre suprême.


Mais Brentius fait l’objection suivante. Ce précepte est conditionnel, parce qu’on y dit : « Tu feras ce que te diront ceux qui président dans le lieu, et ils t’enseigneront d’après sa loi ». Ce texte semble laisser entendre qu’on ne doit s’en terni au jugement du prêtre que s’il présente un témoignage de la loi. Je réponds que ce « ils t’enseigneront » n’existe que dans l’édition de la vulgate que les luthériens n’acceptent pas; que ces mots n’évoquent pas une condition, mais une assertion ou une promesse. Car, il n’a pas voulu dire : Tiens-toi-s-en au jugement du prêtre s’il enseigne selon la loi, car ils auraient été encore plus perplexes qu’ils ne l’étaient auparavant. Et ils n’avaient pas de raison de se rendre chez un prêtre s’ils étaient capables par eux-mêmes de juger leur cause avec la loi de Dieu. Ce n’aurait pas été alors le prêtre qui aurait été juge, mais eux-mêmes, puisqu’ils auraient eu à juger le jugement du prêtre. Ce n’était donc pas une condition, mais une promesse. Car Dieu veut sécuriser le peuple qui acquiesce au jugement du prêtre. Et c’est ce qu’il fait quand il ajoute qu’il jugera conformément à la loi de Dieu.


Brentius a une autre objection à faire. Dans ce passage, ce n’est pas seulement à un prêtre, mais à un juge que sont envoyés ceux qui doutent. Or, le juge était un prince politique. Je réponds que par juge on peut entendre ici le prince des prêtres. Car, en hébreu, on a « monte vers des prêtres et un juge ». C’est comme si il disait : monte au conseil des prêtres, et à leur prince, le souverain pontife. Je dis, en deuxième lieu, que si nous entendons par juge un prince civil, nous aurons affaire à des fonctions distinctes. Car, au prêtre, est attribuée la sentence définitive, et au juge l’exécution dans le cas des contumaces. C’est bien ce qui est écrit : « l’orgueilleux qui ne voudra pas obéir au commandement du prêtre mourra d’un décret du juge ».


On nous fait une troisième objection. Il n’est pas question ici de doutes religieux, mais politiques. Je réponds que c’est faux. Car la loi est générale, et elle porte sur tous les doutes qui viennent de la loi. De plus, l’occasion de cette loi fut l’adoration de dieux étrangers, comme on le voit au début du chapitre : servir d’autres dieux c’est être contre la religion.


Le troisième témoignage vient de l’Ecclésiastique 12 : « Les paroles des savants sont des stimuli, comme des clous fixés dans le ciel, des paroles de maîtres données par un pasteur unique. Ne cherche rien de plus, mon enfant ». Salomon enseigne qu’il ne faut pas rechercher davantage, mais donner son assentiment quand la sentence est portée par le pasteur suprême, surtout parce qu’il est accompagné du conseil des sages. Si ces choses-là sont dites du prêtre de l’ancien testament, on peut d’autant plus les dire du prêtre du nouveau testament, lui qui a reçu de Dieu des promesses beaucoup plus grandes.


Le quatrième témoignage est d’Aggée 2 : « Le Seigneur des armées a dit ces choses : interroge les prêtres au sujet de la loi » (Malachie). « Les lèvres du prêtre garderont la science, et c’est de sa bouche qu’on s’informera de la loi, parce qu’il est l’ange du Seigneur des armées ». Ces paroles nous font comprendre qu’il ne revient pas aux hommes privés de juger du sens de la loi de Dieu, mais au prêtre, parce que, étant l’ange, c’est-à-dire l’envoyé de Dieu, c’est à lui que revient le devoir d’expliquer la parole de Dieu.


Et enfin ce denier témoignage qui nous vient du livre 2, chap 19 des paralipomènes. Voici ce que dit aux prêtres le très bon roi Josaphat : « Toute cause qui viendra vers vous de la part de vos frères qui habitent dans leurs villes, à chaque fois qu’il sera question de loi, de commandement, de cérémonies, et de justification, jugez la dans le Seigneur, pour qu’ils ne pèchent pas. Amarias, votre prêtre et votre Pontife présidera dans les choses qui se rapportent à Dieu. Et Zabadias, fils d’Ismaël, qui est chef dans la maison de Juda, présidera sur les fonctions qui relèvent du pouvoir royal. » Vous voyez ici que le roi indique clairement ce qui relève du pouvoir royal et qu’il attribue au seul pontife la solution des doutes qui proviennent de la loi.



CHAPITRE 5 On prouve la même chose avec le nouveau testament.



Venons-en maintenant au nouveau testament. Le premier témoignage vient de Matthieu 16 : « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux, etc ». Car on n’entend pas seulement, par ces clefs, le pouvoir d’effacer les péchés, mais tous les liens, tous les empêchements sans la rémission desquels on ne peut pas entrer dans le royaume des cieux. C’est une promesse générale, car Jésus n’a pas dit « tout ce qui », mais « tout ce que », pour que nous comprenions que ce sont tous les nœuds qui peuvent être dénoués par Pierre et ses successeurs, soit en dispensant des lois, soit en relâchant les punitions des pécheurs, en définissant des dogmes, ou en mettant fin à des controverses. Mais nous en dirons davantage sur ce sujet dans le livre sur les souverains pontifes.


On peut trouver un autre témoignage dans Matthieu 18 : « S’il n’écoute pas l’église, qu’il soit pour toi comme un païen et un publicain ». Il est à signaler ici que le Seigneur parle des injures que quelqu’un reçoit d’un autre. Mais, à plus forte raison, peut-on penser qu’il parle des injures qui se font envers toute l’Église, et envers Dieu lui-même, comme est l’hérésie. Car celui qui a ordonné de présenter un adultère au jugement de l’Église, ordonne certainement la même chose pour un hérétique. Or, il n’est pas possible que quelqu’un soit amené devant l’assemblée de tous les fidèles. Par le nom d’Église ont doit donc entendre les prélats, comme l’expose saint Jean Chrysostome, ou, comme d’autres le veulent, l’assemblée des prélats. L’homme ne parle, n’écoute que par sa tête, et pourtant, on dit que c’est l’homme qui parle et qui écoute; l’église, de même, parle et écoute par ses pasteurs. Si donc quelqu’un n’écoute pas l’Église, c’est-à-dire les pasteurs de l’Église, il doit être considéré comme un païen ou un publicain. Il s’ensuit donc que le jugement des pasteurs est le jugement ultime.


Troisième témoignage. Matth 23. « Sur la chaire de Moïse sont assis les Scribes et les Pharisiens. Ce qu’ils vous diront conservez-le et faites-le. Mais leurs œuvres ne les imitez pas ». Il y a ici trois choses à noter. D’abord, tout au long de ce chapitre Jésus a vilipendé les vices des Scribes et des Pharisiens. Et parce que les faibles pouvaient en conclure qu’on ne doit pas croire les prélats parce qu’ils vivent mal, il a voulu, dès le début du chapitre, enseigner clairement qu’on doit suivre leur doctrine, en dépit de leur mauvaise vie. Ensuite, notons avec saint Cyprien, livre 4, épitre 9, que jamais le Seigneur ou les apôtres ne fait des reproches aux pontifes ou aux prêtres des Juifs en leur donnant le nom de prêtres ou pontifes, mais en les appelant scribes et pharisiens. Pour ne pas sembler critiquer la chaire ou le sacerdoce, et pour que nous comprenions qu’il faut toujours rendre honneur au sacerdoce et au pontificat, même si la personne qui siège dans la chaire de vérité est moralement moins bonne. Ce passage nous montre que les hérétiques de notre époque qui insultent et bafouent les prêtres et les évêques, et le souverain pontife lui-même, n’ont rien en commun avec les mœurs du Seigneur et des apôtres.


La troisième chose à noter est que ce que le Seigneur dit de la chaire de Moïse doit s’entendre à plus forte raison de la chaire de Pierre. Car c’est ainsi que les anciens l’ont compris, et surtout saint Augustin dans son épitre 165 « Même si dans cet ordre des évêques, qui va de Pierre à Athanase, qui occupe maintenant la même chaire, un traître parvenait à s’infiltrer, cela n’affecterait ni l’Église ni les chrétiens innocents, auxquels le Christ a dit, en prévoyant les mauvais préposés : faites ce qu’ils disent, ne faites pas ce qu’ils font. »


Le quatrième témoignage est celui de saint Jean, à la fin de son évangile. « Simon Pierre, pais mes brebis ! » Ici aussi, il faut noter trois choses. D’abord, ce qu’il a dit à Pierre, il l’a dit aussi à ses successeurs. Car Jésus n’a pas voulu pourvoir à son Église pendant vingt-cinq ans seulement, mais tant que durerait le monde. Ensuite, ce « pais » s’entend principalement de la doctrine, car c’est ainsi qu’on nourrit des brebis rationnelles. Jérémie 3 : « Je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur, qui vous paîtront de science et de doctrine ». Enfin, ce « brebis » signifie tous les chrétiens. Celui qui ne veut pas être nourri par Pierre ne fait pas partie du troupeau du Christ.


Il s’ensuit que Pierre et ses successeurs ont reçu comme mission particulière d’enseigner tous les chrétiens. On ne peut comprendre mieux la signification de ces paroles qu’en disant qu’a été confiée à Pierre et à ses successeurs la charge d’enseigner ce que l’on doit croire comme doctrine de foi. Car si on ne voit dans ce passage que des prédicateurs, ce précepte ne pourra jamais être observé. Le pape ne peut pas, en effet, prêcher à tous les chrétiens; et il n’est pas nécessaire qu’il le fasse puisque, dans toutes les églises, il y a des prédicateurs.


Si on entend ce passage au seul sens de commentaires sur la sainte Écriture, à à savoir que ceux que le pape ne peut pas rejoindre par la prédication orale, il doit leur donner un enseignement écrit, ce serait faire un grave reproche à plusieurs saints souverains pontifes qui n’ont rien fait de tel. Le Seigneur parle donc d’une chaire particulière d’enseignement pour toute l’église, qu’il a établie pour que tous puissent croire. C’est de cette façon qu’a compris ce passage saint Jérôme dans sa lettre au pape Damase au sujet du mot hypostase. Dans cette lettre, il demande au souverain pontife une explication sur une controverse en matière de foi. « Demande avec instance au pasteur, dit-il, un secours pour les brebis ».


Le cinquième témoignage est de Luc 22 : « j’ai demandé pour toi que ne défaille pas ta foi. Et toi, quand tu seras revenu à toi, confirme tes frères ». De ce passage saint Bernard déduit que le pape, quand il enseigne du haut de sa chaire de vérité, ne peut pas errer (épitre 90 à Innocent), et avant lui Lucius 1 dans son épitre 1 aux évêques espagnols et gaulois, Félix 1 dans son épitre à Benignun, Marcus dans son épitre à Athanase, Léon premier, sermon 3 sur son élévation pontificale, Léon 1X, dans son épitre à Pierre d’Antioche, patriarche, Agathe, dans son épitre à l’empereur Constantin, qui a été lue au quatrième concile, art 8, et a approuvée par tout le concile, Pascal11, dans le concile romain, d’après la chronique de l’abbé Uspergensem. Auxquels j’ajoute, que les hérétiques le veuillent ou non, Innocent 111, chapitre « majores » du baptême et de son effet. Il est certain que si le Pontife romain ne peut pas errer quand il enseigne du haut de sa chaire de vérité, il faut accepter son jugement; et c’est lui qui doit être le juge suprême.


Le sixième témoignage vient des actes des apôtres 15. Car, nous lisons là que, quand s’est posée une grave question au sujet de la foi, à savoir si les païens convertis devaient observer la loi de Moïse, on n’a pas renvoyé chacun à son propre jugement, mais à un concile tenu à Jérusalem, présidé par Pierre. C’est Pierre qui a parlé d’abord au nom de tous, et ensuite Jacques (en sa qualité d’évêque de Jérusalem), a confirmé la décision de saint Pierre. Et on a mis fin à ce différend en disant : « Il a paru bon au saint Esprit et à nous ». Ce texte démontre clairement que la sentence d’un concile présidé par Pierre est la sentence du Saint Esprit. Et, à la fin du même chapitre, nous lisons que, partout où il allait, saint Paul avait coutume d’ordonner qu’on observe le décret de ce concile, c’est-à-dire qu’on l’accepte, sans porter de jugement sur cette décision de l’Église


Le septième passage est dans l’épitre aux Galates, chapitre 2 : « Je suis monté à Jérusalem avec Barnabée, j’ai parlé de l’évangile que je prêche aux Gentils en particulier à ceux qui semblaient être quelqu’un, pour ne pas avoir couru en vain, et pour ne pas courir en vain dans le futur ». Quels étaient ceux qu’il allait rencontrer, le texte l’indique plus bas, ce sont Pierre, Jacques et Jean. Expliquant ce texte, Tertullien (livre 4 de contre Marcion b), saint Jérôme (dans son épitre 89 à Augustin, qui est la onzième des épitres de saint Augustin), saint Augustin (dans son livre 28, chap 4 contre Faust) affirment éloquemment que l’Église n’aurait pas cru à Paul si son évangile n’avait pas été confirmé par Pierre. C’était donc à Pierre alors, et à ses successeurs aujourd’hui, qu’il revenait et qu’il revient de juger de la doctrine de la foi.


Le huitième témoignage est dans les Corinth 1, 12 : « À l’un est donné par l’Esprit un discours de sagesse, à un autre l’interprétation des discours, à un autre les prophéties… » Ici, il est dit clairement que n’a pas été donné à tous le don d’interpréter les écritures. C’est ce qu’enseigne saint Pierre (2,1) : « toutes les prophéties de l’Écriture ne relèvent pas d’une interprétation personnelle ». On ne peut, en effet, sans le don surnaturel d’interprétation bien expliquer l’Écriture. Il découle clairement de ces textes que le juge du véritable sens de l’Écriture n’est pas un homme privé. Car, que fera-il celui qui n’a pas l’Esprit ? Et qui sera certain de posséder ce don, quand on sait qu’il n’est pas donné à tous, et qu’on ne sait pas à qui il est donné. Il nous reste donc à reconnaître pour juge la seule Église, dont on ne peut douter qu’elle possède l’Esprit de Dieu, qu’elle enseigne à ses fils sans erreur, étant la colonne et le firmament de la vérité. Même un Luther l’a reconnu dans son livre du pouvoir du pape : « D’aucun homme privé nous n’avons la certitude qu’il ait ou qu’il n’ait pas une révélation du Père. L’Église est celle sur laquelle on ne peut avoir de doute. » Or, l’Église ne parle pas autrement que par la bouche des pasteurs et des docteurs, et surtout quand ils sont réunis en concile général. Un concile, bien entendu, présidé ou confirmé par le Pape, qui mérite, pour cette raison, d’être approuvé.


Mais on dit : celui qui demande est certain de recevoir, car il est écrit : « Combien plus votre Père du ciel vous donnera-il le Bon Esprit si vous le lui demandez » (Luc 11). Et saint Jacques 1 : « Si quelqu’un d’entre vous sent le besoin de la sagesse, qu’il la demande au Dieu qui donne à tous abondamment ». Je réponds que dans ce passage et dans d’autres semblables, le Seigneur ne parle pas du don surnaturel d’interprétation, qui est une grâce donnée gratuitement, mais des vertus de foi, d’espérance, de charité et de sagesse, qui sont nécessaires au salut. Car comme l’enseigne saint Augustin (aux traités 73, 81 et 102) la prière ne demande infailliblement que ce qui est nécessaire ou utile au salut de celui qui prie. Or, le don d’interprétation, comme le don des langues et des miracles, et d’autres qui sont énumérés en cet endroit, ne sont pas toujours utiles à celui qui le possède.


Donc, comme nous ne pouvons pas toujours demander le don de parler en langues ou de faire des miracles, même s’il est écrit « il donne l’esprit bon à ceux qui le demandent », on ne peut pas, non plus, toujours demander le don d’interprétation. Car, autrement, il pourrait arriver que tout le corps ne soit qu’un seul membre, que tous soient des yeux ou des mains, contrairement à ce que dit l’Apôtre au chap 12 de l’épitre aux Romains, et au chapitre 12 de la première épitre aux Corinthiens. Mais même si c’était du don d’interprétation qu’il parle dans ce texte, on ne pourrait quand même pas être certain d’obtenir ce qu’on demande, car on n’est pas certain de bien demander. Il est écrit, en effet : « Vous demandez et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal ». Et de plus, c’est le même Esprit que demandent les luthériens, les anabaptistes et les zwingliens. Comment expliquer qu’ils reçoivent des dons surnaturels d’interprétation différents et opposés les uns aux autres, si à ceux qui le demandent est donné l’Esprit Saint véritable et unique ?


Le neuvième témoignage vient de la lettre 1 de Jean : « Très chers, ne croyez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits pour savoir s’ils sont de Dieu, car beaucoup de pseudo prophètes sortiront dans le monde. » Il faut éprouver l’esprit privé des hommes pour savoir s’il est de Dieu. Car beaucoup ont l’Esprit saint à la bouche qui sont mus par l’esprit de vertige et de mensonge, comme il est dit dans rois 3, à la fin du deuxième chapitre, dans les paralipomènes 18, dans Isaïe 19 et 20. Le jugement privé ne peut donc pas être le juge. Comment pourrait-il être le juge puisqu’il a encore besoin d’être jugé ?


Voilà pourquoi si quelqu’un entend « ceci est mon corps » au sens de « ceci signifie mon corps », parce que l’Esprit saint le lui révèle ainsi, la question n’est donc pas tranchée définitivement. Car saint Jean nous enjoint d’éprouver cet esprit, pour savoir s’il est de Dieu ou s’il n’est pas plutôt un esprit de vertige. On ne peut pas le prouver par l’Écriture, comme ils le veulent eux-mêmes, car il a des doutes sur le sens de ce passage. Il faut donc le prouver par la conformité à l’esprit de ceux dont on est sur qu’ils possèdent le vrai Esprit, comme sont les prélats assemblés dans un concile légitime. Car, on voit dans les actes 15 que le concile dit de lui-même : « il a semblé bon à l’Esprit saint et à nous ». Tel est aussi le pontife qui enseigne (ex cathedra) de sa chaire de vérité. Comme nous le démontrons, il est toujours dirigé par l’Esprit saint de façon à ne pouvoir errer. Tels furent les apôtres et les anciens fidèles; et il est certain qu’ils ont eu le Saint Esprit.


Calvin lui-même ne peut pas nier cela, lui qui (dans ses institutions 1chap 9, 1) raisonne de cette façon contre un Svencxfeldium qui ne voulait que le Saint Esprit pour juge, après avoir répudié les Écritures. Si cet esprit était bon, il serait le même que celui des apôtres et des premiers fidèles. Or, leur esprit ne voulait pas être juge au mépris des Écritures. C’est donc ainsi que nous argumentons contre Calvin et les autres hérétiques. Nous leur disons que si leur esprit était le bon, il serait le même que celui des apôtres et des premiers fidèles. Or, leur esprit ne voulait pas être juge, mais recourrait à Pierre et à un concile, et acquiesçait à leur sentence, comme nous l’avons montré plus haut dans les actes des apôtres 15. Il nous faut donc conclure que leur esprit qui se veut juge n’est pas le bon esprit.



CHAPITRE 6 On prouve la même chose par la pratique constante de l’Église



On le prouve en troisième lieu par la pratique constante de l’Église. Car, dans tous les siècles, de nouveaux doutes ont surgi dans l’Église. Ces doutes ont toujours pris fin de la même façon, à savoir par le jugement du pontife romain et des évêques qui l’accompagnaient. Il faut être fou et insolent pour prétendre que ce que l’Église universelle a toujours fait, dit ou écrit est incorrect, comme l’enseigne saint Augustin dans son épitre 118.

Il est à noter que nous ne disons pas que toutes les causes ont été jugées par les pontifes romains et par les évêques, mais par les pontifes et les évêques qui étaient alors avec lui. Car on n’a jamais fait de nouveaux papes ou de nouveaux évêques pour clarifier un doute. Nous disons cela à cause des confessionistes qui, dans la confession d’août art 28, professent que c’est aux évêques qu’il appartient de discerner le vrai du faux. Et quand nous leur avons demandé pourquoi ils n’acceptaient pas le concile de Trente, ils répondirent que les évêques de maintenant ne sont pas des évêques mais des ennemis de l’évangile. Les Ariens et les autres hérétiques ont dit la même chose des évêques de leur temps. Et, en dépit de tout cela, pendant quinze cents ans, les doutes sur la religion ont toujours été écartés par les évêques qui, quand ces doutes apparurent, étaient présents dans les églises selon la succession apostolique. Et ceux qui n’ont pas accepté leur décision ont toujours été considérés comme des hérétiques.


Au premier siècle de l’Église ---qui va de la naissance du Christ à l’année 100--, apparut la question des cérémonies de l’ancienne loi. Fallait-il, oui ou non, les faire observer par les Gentils convertis ? Et comme c’était dans l’Église que cette première question s’était posée, la première assemblée ecclésiale a été convoquée, présidée par Pierre, et tous acceptèrent la décision de ce concile (actes des apôtres, 15), dit de Jérusalem.


Au second siècle, se posa la question de la célébration de la pâque. Quelques-uns voulaient la célébrer, comme les Juifs, le quatorzième jour du mois, que ce jour tombe un dimanche ou pas, et d’autres, seulement le dimanche. Il est certain que pour régler cette question, aucun concile n’a été convoqué. Le pape Victor, seul, a tranché la question en menaçant d’excommunier toutes les églises d’Asie qui persisteraient dans leur erreur. Eusèbe de Césarée raconte toute cette affaire dans son histoire ecclésiastique, livre 5, chap 23. Par la suite, ceux qui n’obéirent pas au décret du pape furent déclarés non seulement excommuniés, mais hérétiques. Epiphane (hérésie 3), saint Augustin (hérésie 29) et Tertullien (de la prescription des hérétiques) rangent parmi les hérétiques les quatuordécimes.


Au troisième siècle, est née l’hérésie des novatiens. Ils niaient ceux-là que l’Église puisse absoudre les péchés de ceux qui étaient tombés après le baptême. La vérité fut expliquée par un concile romain présidé par le pape Corneille, comme le rapporte Eusèbe de Césarée en citant Ruffin au livre 6, chap 33 de son histoire. Et, à partir de ce moment, les novatiens ont toujours été tenus pour des hérétiques. Au même siècle est née la question de l’anabaptisme. Et comme même des catholiques hésitaient sur ce point, le pape Corneille décréta qu’il ne fallait pas rebaptiser ceux qui avaient été baptisés par des hérétiques, comme le rapporte Eusèbe de Césarée dans son histoire ecclésiastiqe, livre 7, chap 2. Et après lui, le pape Stéphane écrivit et prescrivit de ne pas rebaptiser ceux qui avaient été baptisés selon la formule de l’Église. De ce décret parle saint Cyprien dans son épitre à Pompée, et saint Augustin, au livre 5, chap 23 du baptême, et Vincent de Lérins dans son commonitorium.


Au quatrième siècle est née l’hérésie des Ariens, qui a été renversée par le concile de Nicée. Dans ce concile, il y eut 318 évêques, et ils ont été les seuls juges avec les prêtres Vittone et Vincentio, légats du siège romain, qui, avec l’évêque Hosius de Cordoue, présidaient au nom du pape Sylvestre. A la fin du concile, les évêques participants écrivirent au pape pour lui demander de confirmer ce concile. L’empereur Constantin, il est vrai, était présent, mais il n’agit jamais en juge. Ces choses sont racontées dans les tomes des concilcs, dans les histoires d’Eusèbe, de Ruffin, de Socrate, de Sozomène et de Théodoret.


Dans le même siècle, l’hérésie de Macédoine contre l’Esprit saint a été jugée et condamnée par le concile de Constantinople, confirmé par le pape Damase, comme l’atteste Photius dans son livre des sept conciles. Ce livre a coutume d’être placé au début du premier tome des conciles. Au cinquième siècle, l’hérésie de Nestorius a été condamnée par le premier concile d’Éphèse, présidé par saint Cyrille au nom du pape Célestin, comme l’atteste Évagre dans son livre au chapitre 4. Et peu après a été condamnée l’hérésie d’Eutychès au concile de Chalcédoine, en présence des légats du pape Léon, comme l’atteste Évagre, livre 2, chap 4. Une confirmation de ce synode a été également demandée au pape. Et parmi les signatures, on ne voit ni celle de l’empereur, ni celle d’aucun laïc. Que celles des ecclésiastiques. Voir le tome 1 et 2 des conciles, et le bréviaire des libérés.


Pendant le même siècle a été condamnée l’hérésie des pélagiens, celle que Luther semblait détester entre toutes. Mais, c’est par les pontifes romains qu’elle a été condamnée. Car Augustin s’exprime ainsi dans le livre 2, chap 50 des rétractations : « L’hérésie pélagienne, avec ses auteurs, a été condamnée par les évêques de l’Église de Rome, par Innocent d’abord, par Zosime ensuite, avec l’aide apportée par les conciles africains. ». Et, dans sa chronique, Prosper raconte qu’en 420, 217 évêques au moins se sont réunis à Carthage, et ont fait parvenir au pape Zozime leurs décrets synodaux. Après l’approbation donnée par le pape, l’hérésie pélagienne a été condamnée partout.


Au sixième siècle, plusieurs hérésies ont été condamnées dans ces conciles qui n’avaient que les évêques pour juges. Au septième siècle, ont été condamnés les monothélites dans le sixième concile général présidé par les légats du pontife romain, en présence de l’empereur qui apposa, lui aussi, sa signature, mais après tous les évêques, non comme définissant ou jugeant ce que les évêques avaient écrit, mais comme y consentant. Au huitième siècle furent condamnés les iconoclastes dans le septième concile oecuménique, présidé par les légats de Rome. Aucune signature de laïcs n’apparait. Au sujet de ces conciles, lire les tomes des conciles, et le livre de Photius sur les sept conciles.


Au neuvième siècle, huit controverses ecclésiastiques furent réglées par un concile présidé par un légat du pontife romain. L’empereur y était présent, et il souscrivit après les légats du pape et les patriarches. Et il a déclaré de vive voix qu’il ne lui appartenait pas de juger les choses divines, mais seulement de souscrire pour marquer son assentiment. Nous reviendront plus tard sur ces paroles. Pendant le dixième siècle, le plus obscur de tous, aucune hérésie n’est apparue, et c’est sans doute pour cela qu’on ne voie pas qu’aucun concile ait été convoqué. Le schisme et l’erreur des Grecs, qui avaient commencé un peu auparavant, prenaient de plus en plus d’ampleur. Nous parlerons bientôt de sa condamnation.


Au onzième siècle, l’hérésie de Bérenger fut condamnée par le pape Léon 1X au concile de Vercellense, et par Nicolas 11, ensuite, en concile romain, comme le rapportent Rantfranc et Guitmundus dans leur livre 1 contre Bérenger. Au douzième siècle a été condamnée une hérésie d’Abélard par le pape Innocent 11, comme on le voit dans l’épitre 194 de saint Bernard. Fut condamnée également l’erreur de Gilbert de la Porrée par Eugène 111 au concile de Reims, au témoignage de saint Bernard dans son sermon 80 sur le cantique des cantiques.


Au treizième siècle, a été condamnée l’erreur de l’abbé Joachim par Innocent 111 au concile général de Latran. Et ensuite l’erreur des Grecs par le pape Grégoire X au concile général de Lyon. De ce concile a été conservé le chapitre « fideli » sur la sainte trinité et la foi catholique, 6. Au quatorzième siècle, ont été condamnées les erreurs des bégards par Clément V au concile de Vienne. Nous a été conservé le chapitre « ad nostrum », sur la clémence envers les hérétiques. Au quinzième siècle, ont été condamnées les erreurs de Jean Wicleff et de Jean Huss au concile de Constance, présidé par Martin V. Et, une fois de plus, les erreurs des Grecs au concile de Florence sous Eugène 1V.


Ensuite, dans notre seizième siècle, ont été condamnées les erreurs des luthériens, au concile de Trente, lequel a été confirmé par le pape Pie 1V. Qu’ils exhibent donc un seul exemple de l’antiquité qui démontre l’existence d’une seule hérésie apparue dans l’Église condamnée non par le pape, mais par l’empereur, ou un prince séculier. Ou qu’ils nomment, s ils le peuvent, ceux qui ont osé douter de la valeur d’une décision prise par un concile présidé par un pape, sans être déclarés eux-mêmes hérétiques.



CHAPITRE 7 On prouve la même chose avec des témoignages de pontifes et

d’empereurs.



Se présentent en quatrième lieu des témoignages des anciens pontifes et des anciens empereurs, c’est-à-dire des auteurs du droit canon. Comme Damase dans son épitre 3 à Stéphane, Innocent 1 dans son épitre au concile de Carthage, parlant de choses que l’on trouve dans saint Augustin 91 et 93, ainsi que saint Léon dans son épitre 84 à Anastase, et 59 aux évêques de la province de Vienne, Gélase dans son épitre à l’évêque Dardan, saint Grégoire dans le livre 4 de son épitre 52 aux évêques des Gaulles. Tous ces papes enseignent, comme leurs prédécesseurs, que relèvent du siège apostolique toutes les causes graves, et sont réservées à son jugement, surtout celles qui se rapportent à la foi. Et comme preuve de cela, le pape Jules, dans sa lettre 2, cite le concile de Nicée.


Les empereurs ont été du même avis. Au temps de l’empereur Aurélien, comme il était question de savoir à qui appartenait une église, aux catholiques ou aux adeptes de l’hérétique Paul de Samosate, l’empereur, tout païen qu’il était, répondit en ordonnant qu’on donne l’église à celui à qui écrivaient les prêtres d’Italie, le pontife romain. On lui avait fait comprendre que l’évêque de Rome était le juge suprême des causes chrétiennes. C’est ce que rapporte Eusèbe de Césarée dans son histoire de l’église, au livre 7, chapitre 26.


L’empereur Constantin, au témoignage de Césarée dans le livre 3 de sa vie de Constantin, ne s’assit pas, au concile de Nicée, avant que les évêques ne lui aient fait le signe de s’asseoir. Il montrait, par ce seul geste, qu’il n’était pas le président du concile. A la fin du concile, il écrivit une lettre à toutes les églises, qu’Eusèbe rapporte au long, et qui se termine ainsi : « Les choses étant comme elles sont, recevez avec actions de grâces ce décret conciliaire comme un don de Dieu, et un commandement véritablement descendu du ciel. Car, ce qui est décrété dans les saints conciles des évêques doit être attribué en tout à la volonté divine ».


Saint Ambroise écrit sur le même sujet dans sa lettre 32 : « Constantin n’a imposé aucune loi, mais il a donné le libre jugement aux prêtres ». C’est ce qu’atteste aussi saint Augustin dans sa lettre 162, c.7. Quand les donatistes voulurent faire juger leur cause par Constantin, il les renvoya à leur juge propre, c’est-à-dire au pape Melchiade, alors même qu’ils en avaient appelé de la sentence du souverain pontife au au jugement de l’empereur. « Il leur donna, dit saint Augustin, un autre jugement (celui d’Arles), par la bouche d’autres évêques, non parce que la chose était nécessaire, mais come cédant à leurs perversités ». Car il n’osa pas cet empereur chrétien prêter l’oreille à des récriminations tumultueuses et fausses, de façon à juger le jugement des évêques qui siégeaient à Rome.


L’empereur Gratien parle ainsi dans sa lettre à l’évêque d’Aquilée qui a été lue au concile d’Aquilée. « Les controverses sur des cas douteux ne pouvaient pas être correctement réglées qu’en faisant juges de ces altercations les évêques, pour que soient réformé tout ce qui répugne à la doctrine et à la concorde, par ceux qui enseignent ces doctrines ». Saint Ambroise a interprété ainsi ces paroles dans son concile : « Voilà ce qu’a décidé un empereur chrétien. Ne voulant pas faire d’injure aux prêtres, il a fait des évêques les interprètes ».


Théodose junior dans sa lettre au concile d’Éphèse, que cite également Nicolas 1 dans son épitre à Michel : « Candide, le magnifique comte des domestiques, a été chargé de se rendre à votre très saint synode, et de ne se mêler en rien de ce qui a trait aux dogmes pieux dont vous discutez entre vous. Car, il n’est pas permis à quelqu’un qui ne fait pas partie de l’ordre des saints évêques, de s’immiscer dans les tractations ecclésiastiques ». L’empereur Martien dans son écrit sur la sainte trinité et la foi catholique, dit ceci : « Il fait une injure au jugement du très révérend synode celui qui prétend pouvoir contester et renverser ce qui a été jugé une fois ».


Sozomène rapporte dans le livre 6, chapitre 7 de son histoire de l’église, que, quand les évêques demandèrent à l’empereur Valentinien senior la permission de se réunir en synode pour expliquer certains dogmes de foi, il répondit ainsi : « Il ne m’est pas permis à moi, qui fais partie de la plèbe, de scruter avec curiosité de telles choses, Que les prêtres, à qui ces choses son confiées, se réunissent entre eux dans le lieu qui leur convient ». L’empereur Basile parle ainsi (acte 10) du huitième concile : « De nous, laïcs, autant ceux qui sont des dignitaires que les gens ordinaires, je n’ai rien d’autre à dire qu’il ne nous est permis en aucune façon de donner notre avis dans les choses ecclésiastiques; ni de contester l’intégrité doctrinale de l’Église, ni de nous opposer à un concile universel. Car, investiguer et chercher (dans ces domaines) est une chose qui appartient aux patriarches, aux pontifes et aux prêtres, dont c’est la charge propre, c’est-à-dire à ceux qui ont le pouvoir de sanctifier, d’absoudre, et de lier, à qui ont été remis les clefs du royaume. Non à nous qui avons besoin d’être sanctifiés, absous ou liés. ». Cet empereur dit aussi ailleurs que les autres empereurs, ses prédécesseurs, Constantin, Théodose, Martien et d’autres n’ont jamais signé dans les conciles qu’après tous les évêques.


Même chose au sujet de Théodoric, roi des Goths, au synode 4 sous le pape Symmaque : « À ces choses, le roi sérénissime, inspiré par Dieu, répondit : «  Dans les synodes, il y a, pour une chose de cette importance, une seule règle à prescrire : respecter les choses qui sont du ressort de l’Église ».



CHAPITRE 8 On prouve la même chose avec les témoignages des Pères



Cinquièmement, on prouve la même chose avec les témoignages des pères grecs et latins. Saint Irénée, livre 3, enseigne qu’on ne peut pas mettre un terme aux controverses à l’aide des seules Écritures, car elles sont expliquées différemment par les hérétiques. Et ensuite, au chapitre 3, il enseigne que c’est avec la doctrine de l’Église romaine qu’on met fin aux controverses. « C’est avec cette église que, à cause de sa plus grande ancienneté, toutes les églises, c’est-à-dire tous les fidèles de partout, doivent nécessairement s’accorder, car la tradition qui vient des apôtres, c’est par elle qu’elle a été conservée ».


Saint Athanase, parlant, dans une épitre à un solitaire, de l’empereur Constance qui avait usurpé le pouvoir de juger dans les conciles : « A quelle époque avons-nous jamais entendu parler d’une chose pareille ? Quand le jugement de l’Église a-t-il jamais reçu son pouvoir de l’empereur ? Ou quand le jugement de l’Empereur a-t-il jamais été admis dans les choses ecclésiastiques ? Il y a eu plusieurs synodes par le passé, et l’Église a porté plusieurs jugements. Mais jamais les pères ne se sont efforcés de persuader au prince des choses qui relèvent de lui, et les princes n’ont pas tenté de mettre leur nez dans les choses ecclésiastiques. » Et plus bas : «  Qui, en le voyant se faire le prince des évêques, et présider aux jugements ecclésiastiques, ne dira pas, avec raison, qu’est arrivée l’abomination de la désolation prédite par Daniel ? » Saint Basile dans l’épitre 52 dit à Athanase : « Il semblerait bon, quand on ne peut réunir un synode, d’écrire au pontife de Rome, pour que, usant de son autorité, il envoie de ses légats en Orient pour dissoudre les décrets du concile d’Ariminensis. »


Saint Grégoire de Naziance, dans le discours dans lequel il s’excuse d’avoir abdiqué de sa charge épiscopale, dit : « Vous, brebis, ne paissez pas les pasteurs, et ne vous élevez pas au-dessus de leurs têtes. Car il vous suffit d’avoir un bon pasteur. Ne jugez pas les juges, et n’imposez pas de lois aux législateurs ». Comment ne jugerait-il pas les juges, et ne paîtrait-il pas les pasteurs celui qui a l’audace de juger la sentence d’un concile ou d’un pape ? Et pour que tu ne penses pas que saint Grégoire tenait un autre discours aux princes, il dit la même chose à ses citoyens tremblants de peur et au président enragé. Il dit, s’adressant au président : « Êtes-vous capable d’entendre une parole libre ? Que la loi de Dieu vous soumet à mon pouvoir et à mon tribunal ? Car nous régnons, nous aussi, et même d’un empire plus grand et plus parfait. Reçois donc une parole plus libre. Et sache que tu es une brebis de mon troupeau ! » Saint Jean Chrysostome dit dans son commentaire de saint Jean : « Par le Christ, Pierre a été institué maître pour toute la terre. Saint Cyrille dans le trésor, comme il est cité par saint Thomas dans son livre 1 contre l’erreur des Grecs : « Nous devons, nous, adhérer à notre chef, le pontife de Rome. Et cela vaut pour tous. C’est de lui qu’il faut tenir ce qu’il faut croire, ce qu’il faut recevoir. » Voir aussi saint Jean Damascène, dans son discours 1 et 2 pour les images.


Parmi les latins, Tertullien, dans son livre de la prescription des hérétiques, expose bellement ce que nous voulons. Il enseigne, d’abord, qu’il ne faut pas discuter de l’Écriture avec les hérétiques. Car comme c’est l’Église catholique qui a la possession et la véritable compréhension des Écritures, il faut d’abord établir quelle est la vraie doctrine de l’Église, et que c’est par elle qu’il faut comprendre les Écritures. Ce qu’est vraiment la doctrine de l’Église, on ne peut le quérir en toute sureté que dans les églises apostoliques, dont la principale est la romaine. Car Dieu a remis au Christ la doctrine de la vérité, le Christ aux apôtres, et les apôtres à leurs successeurs. Voilà ce qu’il dit en résumé.


Saint Cyprien, dans le livre 1 de son épitre : « Car ce n’est pas pour d’autres raisons que les hérésies et les schismes sont nés que le refus d’obéir au prêtre de Dieu, car ce n’est pas pour un peu de temps qu’il y a un seul prêtre dans l’Église, ni un seul juge qui remplace le Christ. » Car avant les définitions des pontifes sur un point particulier, il est permis, dans les choses douteuses, de tenir une position ou l’autre sans être hérétique. Mais après une définition, ceux qui n’obtempèrent pas deviennent hérétiques.


Saint Ambroise dans son épitre 32 à l’empereur Valentinien junior, qui, corrompu par les Ariens, voulait juger en matière de foi : « Il est certain que, si nous nous en rapportons aux saintes Écritures ou aux siècles passés, qui pourra nier que, dans les causes de foi, ce sont les évêques qui ont coutume de juger les empereurs chrétiens, et non les empereurs les évêques. Avec l’aide de Dieu, l’âge te rendra plus mûr, et tu pourras alors comprendre quelle sorte d’évêque ce serait celui qui accorde aux laïcs le pouvoir sacerdotal. Ton père, qui était plus âgé que toi, disait : Ce n’est pas à moi de juger parmi les évêques. Or, ta clémence dit aujourd’hui : je dois juger ». Et, plus bas : « Si on délibère sur la foi, ce ne peut être que dans une assemblée d’évêques, comme cela s’est passé sous Constantin d’auguste mémoire, qui n’imposa aucune loi, mais laissa aux prêtres le droit de juger en toute liberté. La même chose s’est passés sous l’empereur Constance d’auguste mémoire, héritier de la dignité paternelle. Mais ce qu’il avait bien commencé, il le finit autrement. Car les évêques avaient d’abord mis sincèrement par écrit une profession de foi. Puis ensuite, quelques-uns voulurent que soit jugé dans le palais ce qui venait d’être défini; et les décrets des évêques furent changés par ces contestataires ». Notez les dernières paroles. Car, en voulant porter un jugement sur le décret des évêques, des laïcs méritèrent de tomber dans l’erreur.


Saint Jérôme dans son épitre au pape Damase sur le mot hypostase :   « Décidez, je le demande, s’il vous plait. Je ne craindrai pas de dire trois hypostases, si vous l’ordonnez ainsi. » Et, plus bas : « J’implore ta béatitude par le crucifix, par le salut du monde, par la trinité, pour que, par tes lettres, me soit donnée l’autorité d’employer ou de ne pas employer le mot hypostase. » Il demande la même chose dans une autre épitre. Et il est à noter que saint Jérôme était de loin plus savant que le pape Damase, comme on le constate par le grand nombre de questions scripturaires dont il a donné les explications au pape Damase. Et pourtant, quand il est question de définir quelque chose qui se rapporte à la foi, saint Jérôme remet en entier le jugement au pape. Sulpice (dans le livre 2 de son histoire), rapporte que saint Martin aurait dit à l’empereur Maxime : « C’est une impiété nouvelle et inouïe qu’un juge séculier juge une cause de l’Église. »


Saint Augustin dans son livre 1, chap 3 contre Crescon : « Que celui qui craint de se tromper à cause de l’obscurité d’une question consulte l’Église à son sujet, cette église que l’Écriture démontre sans ambiguïté ». Et, dans son épitre 106 à Paulin, parlant des lettres du pape Innocent où il était affirmé clairement que c’est au siège apostolique qu’appartient le jugement sur les choses de la foi, il dit : « C’est à nous tous qu’il prescrit ces choses, comme pouvait et devait le faire le détenteur du siège apostolique » Et dans le livre contre l’épitre du fondement, chapitre 5 : « Je ne croirais que l’évangile est vrai si l’autorité de l’Église catholique ne m’y obligeait ».


Calvin répond : Augustin parle de la persuasion privée des fidèles, par laquelle quelques-uns sont convertis à la foi. Au sens où : je ne croirais pas à l’évangile, c’est-à-dire je ne serais pas maintenant chrétien si je n’avais pas été convaincu par les raisons apportées par les chrétiens. Mais c’est une solution boiteuse. Car, d’abord, c’est du présent que parle le saint quand il dit : si l’autorité de l’Église ne m’y poussait pas. Et ensuite, un peu plus bas : j’ai cru à ceux qui m’ont prescrit l’évangile, pas à ceux qui me l’ont fait connaître. Dans ce passage, ce n’est pas la persuasion mais l’ordre qu’il attribue à l’Église. Et plus bas, parlant du livre des actes des apôtres : « Il me faut croire à ce livre si je crois aux évangiles, parce que l’autorité catholique me commande de recevoir l’un et l’autre de la même façon. De la même façon, dans le prologue de la doctrine du Christ, comme s’il avait prévu cet esprit privé qui dédaigne d’avoir un précepteur : « Gardons-nous de ces tentations superbes et périlleuses, et pensons plutôt au centurion Corneille. Même si un ange lui avait annoncé que ses prières étaient exaucées et ses aumônes agréées, il fut quand même envoyé à Pierre pour être oint. Et il est certain que cet eunuque qui lisait le prophète Isaïe sans le comprendre ne fut pas envoyé à un ange par Philippe, et ne reçut pas d’un ange une interprétation de la prophétie. Rien ne fut divinement révélé à son esprit sans le ministère d’un homme. »


Prospère dans son livre contre la collation ne prouve pas autrement que les pélagiens étaient de vrais hérétiques qu’en rappelant qu’ils ont été condamnés par les évêques romains Innocent, Zosime, Boniface et Célestin. Vincent de Lérins au chapitre 2 de son livre : « Quelqu’un demandera peut-être : puisque le canon des Écritures est parfait, quelle nécessité y a-t-il d’y adjoindre l’autorité de l’intelligence ecclésiastique ? Parce que, à cause de sa profondeur, tous n’entendent pas l’Écriture sainte de la même manière, les uns dans un sens, les autres dans un autre sens. Et cela est si vrai qu’on peut dire qu’il y a autant d’interprétations que de lecteurs. Et voilà pourquoi il est absolument nécessaire que, pour éviter un si grand nombre d’erreurs, chacun interprète les prophètes et les apôtres selon la norme du sens ecclésiastique et catholique. » Il montre clairement que ce qu’il entend par norme ce sont les décrets des conciles, le consentement des pères, et l’enseignement des papes.


Saint Grégoire dans le livre 6 de son épitre 25 : « Il nous est bien connu que les seigneurs très pieux aiment la discipline, observent les commandements, vénèrent les canons, et ne s’immiscent pas dans les causes sacerdotales. » Saint Anselme dans son « pourquoi Dieu fait homme », s’adresse au pape Romain Urbain 11 : « Parce que la divine providence a élu votre sainteté, et vous a confié de conserver la foi chrétienne et de régir son église, c’est à nul autre qu’à vous qu’on se réfère de droit quand nait dans l’Église quelque chose qui s’oppose à la foi, pour que ce soit votre autorité qui corrige l’erreur ».


Saint Bernard dans son épitre 190 au pape Innocent : « C’est à votre siège apostolique qu’on doit référer les périls et les scandales qui émergent dans le royaume de Dieu. Et surtout en ce qui a trait à la foi. Car je crois que sont puissamment réparés les dommages causés à la foi, là ou la foi ne peut pas connaitre de défaillance ». Et un peu plus bas : « C’est pour vous le temps, père très aimant, de prendre conscience de votre pouvoir, d’éprouver votre zèle, d’honorer votre ministère. Car, vous êtes pleinement le successeur de Pierre, dont vous occupez le siège si, par votre admonition, vous confirmez dans la foi les cœurs chancelants, si par votre autorité vous écrasez les corrupteurs de la foi ». Et dans l’épitre 189 : « Je disais que ses écrits suffisent pour le condamner, et que ce n’est pas à moi à régler cette question, mais aux évêques, dont c’est le ministère de juger des dogmes ».



3 avril 2017 à 20:20

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6 avril 2017 à 16:29


CHAPITRE 9 On prouve la même chose à l’aide de la seule raison

On le prouve, en dernier lieu, avec la raison. Dieu n’ignorait pas que s’élèveraient dans la l’Église de graves difficultés au sujet de la foi. Il devait donc assigner un juge à son Église. Or, ce juge ne peut être ni l’Écriture, ni l’Esprit privé révélant. Il faut donc qu’il soit le chef ecclésiastique, agissant seul, ou en concile, ou du consentement de tous les évêques. Car on n’imagine et on ne peut imaginer rien d’autre qui puisse remplir le rôle de juge. Il saute aux yeux que l’Écriture ne peut pas être le juge, car elle reçoit plusieurs sens; et elle ne peut pas dire quel est celui qui est le vrai. Ensuite, dans toute société bien ordonnée, la loi et le juge sont deux choses distinctes; car la loi prescrit ce qu’il faut faire, et le juge interprète la loi, et dirige les hommes d’après elle. Il est donc clair que, quand il est question d’interpréter l’Écriture, elle ne peut pas remplir ce rôle, car elle ne peut pas s’interpréter elle-même.


Mais ils rétorquent qu’il est facile à un linguiste chevronné de dégager le vrai sens en comparant un grand nombre de passages différents. Mais que dire si ces experts qui sont en grand nombre, et qui décrètent sur les mêmes textes, ne peuvent pas se mettre d’accord sur le véritable sens ? Lequel d’entre eux sera le juge de tous ? Il est certain que parmi les luthériens et les zwingliens il y a eu des linguistes de premier plan; qui se sont donnés beaucoup de mal pour interpréter droitement l’Écriture. Et pourtant, ils n’ont jamais pu s’entendre sur l’explication de cette seule phrase : « Cela est mon corps ». Mais les luthériens diront : les zwingliens se sont aveuglés eux-mêmes; il ne faut donc pas se surprendre s’ils ne peuvent pas comprendre les paroles les plus claires du Seigneur. Mais si les zwingliens disent que ce sont les luthériens qui se sont aveuglés, qui sera le juge ?


Que le juge ne peut pas être l’esprit révélant la vérité à chaque homme privé, il est facile de le démontrer. L’esprit qui est en toi n’est ni vu ni entendu par moi. Or un juge doit être vu et entendu par les deux parties en litige. Car ceux qui ont des vues divergentes sont des êtres corporels. Si nous étions de purs esprits, un juge spirituel suffirait peut-être. De plus, dans la société civile, tous possèdent la vraie lumière, qui sert à faire des lois et à les interpréter, la loi naturelle. Et pourtant, l’interprétation de la loi par le jugement privé de chacun n’est jamais permise. Et si elle était permise, la société ne pourrait pas durer longtemps. On a encore beaucoup moins de raisons de permettre que l’interprétation de l’Écriture se fasse par le jugement privé de tout un chacun. Car il n’est que trop clair que tous n’ont pas la lumière surnaturelle qui est à l’origine de la loi divine, et qui est absolument nécessaire à sa juste interprétation.


De plus, le juge doit avoir une autorité capable d’imposer et de punir les infractions aux lois; autrement, son jugement ne servirait à rien. Or, les hommes privés ne possèdent pas une telle autorité. Il faut aussi ajouter qu’un grand nombre d’illettrés et d’ignorants sont assez honnêtes pour admettre qu’ils sont absolument incapables de porter un jugement sur les choses de la foi. Et puisque ces gens-là peuvent quand même être sauvés, il n’est donc pas nécessaire que tous jugent.


Ensuite, si cet esprit privé révélant était le juge, le chemin menant à la conversion serait barricadé, et il n’y aurait aucun moyen de mettre fin à aucune controverse. Car, parmi les hérétiques, il n’y en a aucun qui ne fasse pas parade de son esprit, et qui ne le fasse pas passer avant celui des autres. Nous trouvons quelque chose de semblable dans 2 parl 18. Quand le prophète du Seigneur Michée affirmait qu’il parlait au nom du Seigneur, et que les pseudos prophètes étaient sous l’action de l’esprit du mensonge, le faux prophète Sédécias lui répondit : « par quelle voie est passé l’Esprit de Dieu pour te parler ? » Si, aujourd’hui, un catholique disait : « voilà ce que l’Esprit me révèle », un hérétique lui répondrait : « et par quelle voie » ?


Que le prince séculier ne soit pas juge en matière de foi, nous le prouvons ainsi. Aucun effet ne peut être plus puissant que sa cause. Or, les causes d’un gouvernement séculier sont humaines et naturelles, sa cause efficiente étant l’élection du peuple, sa cause finale la paix et la tranquillité temporelle de la république. Le prince n’a donc qu’une autorité humaine et un pouvoir humain; le seul pouvoir que le peuple pouvait lui donner, et qui suffit à la conservation de la paix temporelle. La preuve de tout cela c’est qu’il peut y avoir de vrais rois sans l’Église, de vrais princes temporels; et que l’Église peut exister sans eux, comme cela a eu lieu pendant les trois premiers siècles de l’Église.


Ne s’oppose pas à ce que nous enseignons ce qui est dit dans l’épitre aux Romains, 13. « Il n’y pas d’autorité qui ne vienne de Dieu. Et celui qui résiste à l’autorité résiste à l’ordre établi par Dieu ». Car l’apôtre ne veut pas dire que tout pouvoir royal a été immédiatement conféré par Dieu, mais par une démarche intermédiaire. Dieu, en effet, a déposé dans le cœur des hommes un instinct naturel qui leur ferait se créer des rois. On dit, de la même manière, que les autorités humaines viennent de Dieu parce qu’elles procèdent de la loi naturelle, qu’au moment de la création, Dieu a imprégnée dans l’âme humaine. Or, l’autorité ecclésiastique a des causes divines et surnaturelles; et elle a Dieu pour cause efficiente immédiate. Car le pontife ne reçoit pas son autorité de l’Église, mais du Christ, qui lui a dit : « Pais mes brebis (sain Jean, à la fin) ». Et : « Je te donne les clefs du royaume des cieux (Matt. 16) ». La cause finale est la béatitude éternelle.


Au surplus, en dehors de l’Église ne se trouve aucun vrai pontife, pas les vrais prêtres, sans lesquels elle ne peut pas exister. C’est ce qu’a enseigné saint Grégoire de Naziance dans son discours aux citoyens tremblants de peur, saint Jean Chrysostome dans son homélie sur les paroles d’Isaïe, et saint Ambroise dans son livre sur la dignité sacerdotale, chapitre 2. Tous ces pères déclarent que l’évêque est autant élevé au-dessus du roi que l’esprit ne l’est sur la chair, le ciel sur la terre, l’or sur le plomb. Voilà pourquoi le pontificat et le sacerdoce appartiennent par eux-mêmes à l’Église, et par accident au pouvoir temporel. Donc, comme définir la foi et interpréter les saintes Écritures est un acte ecclésiastique spirituel, il est absolument certain que cet acte n’est pas du ressort du prince temporel, mais du chef ecclésiastique et spirituel.


CHAPITRE 10 Solution des difficultés



On nous objecte d’abord, ce passage d’Isaïe 54. « Je donnerai à tous tes fils d’être enseignés par le Seigneur ». Je réponds que le prophète Isaïe ne parle pas de l’esprit privé révélant, mais ou il parle de la doctrine évangélique que Dieu lui-même, c’est-à-dire le Christ, a prêchée et enseignée, comme l’explique ici saint Cyrille. Selon lui, le sens est le suivant : je n’enseignerai pas le peuple chrétien par mes prophètes, mais par moi-même, selon l’épitre aux hébreux 1. Ou (ce qui est plus subtil et plus obvie), il parle de la grâce de l’Esprit saint, par laquelle l’homme intérieur est mu par Dieu, et porté suavement à croire et à aimer, comme l’expose saint Augustin au livre de la grâce du Christ, chapitres 12, 13, et 14. Le sens n’est donc pas que tous les chrétiens, par la divine révélation, comprendront tous les passages obscurs de l’Écriture, mais qu’ils seront tels que non seulement ils écouteront le maître externe qui leur expliquera la parole de Dieu, mais qu’ils entendront aussi Dieu, le maître interne, qui leur persuade de faire ce qu’ils entendent. Pendant une prédication de la parole de Dieu, tous entendent et comprennent ce qui est dit. Mais un croit, un autre ne croit pas; un se converti en allant du péché à la pénitence, un autre ne se convertit pas. Les premiers dont on a parlé sont enseignés par Dieu, les autres ne le sont pas. Le Seigneur lui-même a tiré de ce passage un témoignage (Jean 6) : « Il est écrit dans les Prophètes : tous seront dociles à la parole de Dieu. Celui qui a écouté parler le Père, et a appris de lui vient à moi ». Et l’apôtre dans 1 Thess : « Sur la charité fraternelle il n’est pas nécessaire que nous vous écrivions, car vous avez appris de Dieu lui-même que vous devez vous aimer les uns les autres ».


La deuxième objection vient de Jérémie 31 : « Je donnerai ma loi dans leurs viscères, et je l’écrirai dans leurs cœurs, et un homme n’enseignera plus son prochain en disant : connais le Seigneur. Car tous me connaîtront du plus petit jusqu’au plus grand. » Je réponds avec saint Augustin dans son livre de l’esprit et de la lettre, 24, que ces paroles (je donnerai ma loi) signifient la grâce du nouveau testament, c’est-à-dire la foi opérant par la charité, que le Seigneur infuse dans nos cœurs, pour que non seulement nous connaissions mais pour que nous observions les commandements divins. Ces paroles (et il n’enseignera plus) signifient la récompense de la foi, c’est-à-dire la béatitude, dans laquelle tous les élus verront Dieu face à face.


Si quelqu’un veut à tout prix que ces dernières paroles s’entendent de ce siècle, on pourra répondre que le prophète ne parle pas ici des mystères absconds de l’Écriture, mais de la connaissance d’un seul Dieu. À l’époque de l’ancien testament, ce n’était pas seulement les Gentils qui adoraient les faux dieux, le peuple de Dieu lui-même se tournait fréquemment vers les idoles et les faux dieux. Jérémie a prédit qu’il arriverait un temps, celui du nouveau testament, où tous les hommes connaîtraient le Dieu unique, ce que nous voyons maintenant accompli. Car, les Gentils se sont convertis à la foi; et même s’ils sont impies, les Juifs et les Turcs adorent un seul Dieu.


Le troisième argument vient de Matth 23 : « Ne veuillez pas être appelés rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître ». Nous devons donc nous contenter du seul maître interne. Je réponds que Dieu n’interdit pas le nom et l’office de maître, mais l’ambition et le désir de cet honneur. Car, dans 2 Timothée, l’apôtre s’appelle le docteur et le maître des Gentils. De plus, dans ce chapitre 23, le Christ blâme les scribes et les pharisiens, qui aimaient les premières places, et être salués du nom de rabbis par les hommes. C’est dans le même sens qu’il dit : « n’appelez personne père sur cette terre ». Il est tout à fait certain qu’il ne prohibait ni le nom ni la fonction du père, mais une affection excessive envers les parents.


Le quatrième argument (Jean 5) : « Je ne reçois pas le témoignage d’un homme ». La parole de Dieu ne reçoit donc pas de témoignage de la parole de l’homme. Or, le pontife et le concile sont des hommes. Donc, les Écritures n’ont pas besoin de leurs témoignages, mais suffisent, par elles-mêmes, pour trancher toutes les controverses. Je réponds que le Christ n’a pas eu besoin du témoignage des hommes pour lui-même, car il en avait de plus grands, mais, que, pour les autres, il se servait du témoignage des hommes. Jean 1. « Celui-ci vint en témoignage, pour rendre témoignage à la Vérité ». Et Jean 15 : « Vous rendrez témoignage, parce que vous avez été avec moi depuis le début ». Actes des apôtres : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, et dans toute la Judée ». Et les martyrs, pourquoi leur donnons-nous ce nom, si ce n’est parce qu’ils ont été des témoins du Christ ? Donc, quand le Seigneur a dit : « Vous avez envoyés des légats voir Jean, et il a rendu témoignage à la vérité, mais, je dis cela, pour que vous soyez sauvés », le sens est : je vous présente le témoignage de Jean que vous avez-vous-mêmes sollicités, non parce que j’en ai besoin moi-même, mais parce que cela vous est utile, pour que vous croyiez plus facilement. De la même façon, l’Écriture n’a pas besoin pour elle-même de témoignage, car qu’elle soit comprise ou pas, elle est elle-même vraie; mais, pour vous, elle a besoin du témoignage de l’Église, car nous ne pourrions pas autrement savoir avec certitude quels sont les livres divins et inspirés, ni quel en est leur sens véritable et congénital.


Le cinquième argument est tiré de Jean 7 : « Celui qui voudra faire la volonté de celui qui m’a envoyé comprendra que ma doctrine vient de Dieu. » N’est donc pas requis, en plus de l’esprit de l’amour de Dieu, un autre magistère pour comprendre les Écritures. Je réponds que le Seigneur ne dit pas cela pour faire comprendre que les hommes peuvent saisir par eux-mêmes le sens de tous les passages de l’Écriture, mais que ceux qui sont honnêtes sont protégés contre les obstacles qui les empêchent de percevoir la vérité de la foi ou par eux-mêmes ou avec l’aides des autres. Car le désir de la gloire, des richesses et d’autres choses semblables rend aveugle. Voilà pourquoi le Seigneur a dit en saint Jean : « Comment pouvez-vous croire, vous qui recherchez la gloire les uns des autres ? » Et saint Luc 16 : « Ils entendaient tout cela les Pharisiens qui étaient avares, et qui se moquaient de lui ».


Le sixième argument (Jean 10) : « Mes brebis écoutent ma voix et me suivent. » Nous n’avons donc pas besoin d’un autre précepteur. Je réponds que Jésus parle des prédestinés, comme l’explique saint Augustin, « de ceux qui, pendant la vie entendent clairement l’appel de Dieu, et suivent leur vocation jusqu’à la mort ». Car, ces paroles ne se rapportent manifestement pas aux difficultés de compréhension des Écritures. Et même s’il s’agissait de l’interprétation des Écritures, nous dirions que le Christ parle à ses brebis de plusieurs façons : par l’Écriture, par une inspiration interne, et ouvertement par la bouche de ses représentants. C’est d’eux qu’il parlait quand il disait dans saint Luc 10 : « Celui qui vous écoute m’écoute ». Il ne faut donc pas penser que quand il dit « mes brebis écoutent ma voix », il exclue ses représentants. Car, il dit de même ailleurs : « Elles ne suivent pas un étranger », et « elles n’écoutent pas la voix des étrangers ».


Le septième argument est tiré des actes des apôtres 17. Les Juifs de Beyrouth scrutaient les Écritures pour vérifier si elles étaient comme saint Paul les prêchait. Si donc il a été permis à ces hommes, qui étaient sûrement des laïcs d’examiner les paroles de saint Paul, pourquoi ne nous serait-il par permis à nous d’examiner les paroles du pape et des conciles ? Je réponds que, même si saint Paul était un apôtre et ne pouvait pas prêcher une fausse doctrine, cela ne s’imposait pas comme une évidence au tout début de la prédication, car les Juifs aussi bien que les païens n’étaient pas tenus de croire avant d’avoir vu des miracles ou d’autres raisons de croire probables. Et comme saint Paul leur prouvait que Jésus était le Messie au moyen des oracles des prophètes, il n’était que normal qu’ils scrutent les Écritures pour vérifier si les citations étaient exactes. Les chrétiens, eux, savent que l’Église ne peut errer en interprétant la doctrine de foi. Ils sont donc tenus à accepter son enseignement, et à ne pas douter de sa conformité à la révélation.


J’ajoute qu’un hérétique pèche en doutant de l’autorité de l’Église, dans laquelle il a été régénéré par le baptême, car la condition d’un hérétique qui a déjà professé la foi n’est pas la même que celle d’un Juif ou d’un païen qui n’a jamais été chrétien. Mais même s’il pèche en doutant, un hérétique ne pèche pas en scrutant et en examinant les passages des Écritures et des Pères cités par le concile de Trente, s’il le fait dans l’intention de trouver la vérité, et non de calomnier. On devrait, bien sûr, accepter la doctrine de l’Église sans examen. Mais il est préférable de se préparer à accepter la vérité en examinant, plutôt que de demeurer dans les ténèbres sans rien faire, par indifférence ou négligence.


Le huitième argument vient de Romains 12 : « Ayant, selon la grâce, des dons différents à nous donnés, soit la prophétie selon la raison de foi, soit le ministère .» L’apôtre enseigne ici que le don de prophétie, c’est-à-dire le don d’interpréter l’Écriture est accordé selon la raison de la foi, (en grec, selon l’analogie de la foi), c’est-à-dire selon la mesure et la norme de la vertu de foi. On ne doit donc pas demander l’interprétation de l’Écriture au pape ou à un concile, mais à celui chez qui la foi abonde davantage, quel qu’il soit.


Je réponds qu’on peut nier la conclusion. Car dans le pape ou dans un concile, la foi abonde plus que dans un homme privé, puisque le pape qui enseigne ex cathedra ne peut errer, ni non plus un concile qui enseigne en union avec le pape, tandis que n’importe lequel homme privé le peut. On pourrait ensuite répondre que la prophétie, dans ce passage, ne se rapporte pas à l’interprétation de l’Écriture, mais au don de prédire les choses futures, comme l’expliquent saint Ambroise, Théodoret, Theophylactus, saint Thomas, saint Jean Chrysostome dans 1 Corinth 12, et d’autres. J’ajoute ceci. Que l’on prenne le mot prophétie au sens de don de prédire le futur ou d’interpréter la sainte Écriture, on ne peut, de ce passage, tirer aucun argument contre nous. Car le « selon la raison de foi » n’est pas joint au verbe « ayant », mais au mot sous-entendu « administrons ». L’apôtre explique en effet, ici, l’usage que l’on doit faire des grâces données gratuitement, et il enseigne que la prophétie doit se faire selon la règle de la foi, de façon à ce que personne ne prédise des choses contraires à la foi, comme le faisaient les pseudos prophètes; ni n’interprète les Écritures dans un sens contraire à la foi catholique, comme les hérétiques le font souvent.


Le neuvième argument (1 Corinth 1) : « Le spirituel juge de tout, et il n’est lui-même jugé par personne ». C’est donc aux spirituels et non aux papes ou aux conciles, qu’appartient l’interprétation des Écritures. Je réponds que nous nions pas qu’il y ait eu dans l’Église des hommes spirituels et parfaits qui ont interprété correctement les Écritures, qui ont prédit le futur et qui ont lu les secrets des cœurs. Ce que nous nions c’est que c’est à eux qu’il appartient de porter un jugement définitif dans une controverse portant sur la foi. Et cela, pour deux raisons. Car, d’abord, nous ne savons pas avec certitude, d’une certitude de foi, quels sont ceux qui sont spirituels; tandis que nous savons avec certitude que le pape et le concile sont spirituels, c’est-à-dire qu’ils sont régis par le Saint Esprit. Ensuite, nous savons que les hommes spirituels ne sont pas éclairés en tout temps et sur toutes choses par l’Esprit saint, et qu’ils sont parfois tenus dans l’ignorance de certaines choses. C’est ce qu’on voit clairement dans le cas d’Élisée qui avait reçu une part de l’esprit d’Élie. N’avouait-il (4) pas « que le Seigneur m’a caché cela, et ne me l’a pas indiqué ? »


Tu diras. Mais que signifie donc ce « il jugera toutes choses ». Je réponds qu’il s’agit de toutes les choses temporelles et spirituelles. Car, il avait dit : les hommes animaux ne perçoivent pas les choses de Dieu, mais ne peuvent juger que des choses terrestres. Il dit maintenant : les spirituels jugent tout, les choses terrestres et les divines. Il ne s’ensuit donc pas qu’il puisse juger toutes les choses divines. Car qui nie que plusieurs parmi les anciens pères, aient eu un excellent don d’interprétation, et qu’ils aient été des spirituels ? Et pourtant, même les meilleurs d’entre eux se sont parfois fourvoyés lamentablement.


Le dixième argument (i Corinth 12). Parlant du don d’interprétation et de dons semblables, l’apôtre dit : « Tous ces dons c’est un seul et même Esprit qui les produit en nous, les distribuant à chacun comme il le veut ». Ce don n’est donc pas lié à un concile ou au pape, mais il est donné librement par Dieu à qui il veut. Et, pour appuyer leur dire, ils ajoutent que, laissant de côté les prêtres et les pontifes, Dieu suscitait des prophètes du milieu du peuple. Car le prophète Amos était un pasteur de brebis, et la prophétesse Deborah, une femme.


Je réponds que l’apôtre parle de chacun en particulier, et ce qu’il veut dire c’est que le don d’interprétation n’est pas donné à tous les hommes. Il ne suit donc pas de cela que le don d’interpréter ne se trouve pas dans le concile ou dans le pape enseignant ex cathedra, car autre est la règle d’interprétation du concile et du pape, et autre est celle des hommes privés. J’ajoute à titre de preuve supplémentaire, que les privilèges de quelques-uns ne constituent pas une loi générale. Car si on prétend qu’il faut donner à tous ce qui a été donné à Amos et à Deborah, il faudra aussi revendiquer pour tous les chevaux le don de la parole qui a été donné à l’ânesse de Balaam. De plus, c’est une chose de parler de nouvelles révélations, et c’en est une autre de parler de l’explication d’une doctrine déjà acceptée. Car les nouvelles révélations ne sont liées aux pontifes ni dans le nouveau ni dans l’ancien testament. Dans l’ancien testament, d’abord, ceux qui étaient prophètes c’étaient Jérémie, Isaïe, et d’autres semblables, mais non Aaron et ses successeurs. Dans le nouveau testament, ensuite, Agabus et les filles de Philippe prophétisaient, mais non les papes Lin, Agapet et Clément. Mais l’explication de la doctrine reçue et le jugement à porter sur les dogmes ont toujours relevé des pontifes, comme nous l’avons montré plus haut.


Le onzième argument (1 Thess 5) : « Éprouvez tout, conservez ce qui est bien ». Et (1Jean 4) : « Ne croyez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits, pour savoir s’ils sont de Dieu ». Il faut donc examiner et passer au crible les décisions doctrinales des conciles et des papes, car saint Paul et saint Jean n’excluent rien. Ils tirent aussi de ces citations que c’est injustement que sont prohibés les livres des hérétiques, puisque l’apôtre dit qu’il faut tout éprouver. J’ai deux choses à répondre à cela. La première, c’est que, quand l’apôtre invite à éprouver toutes choses ou tous les esprits, il n’entend pas obliger d’agir ainsi tous les membres de l’Église, mais ceux-là seulement auxquels la chose incombe. Car, par exemple, si on demande à une académie d’examiner un livre, cela ne signifie pas que chaque membre de l’académie soit tenu de l’examiner personnellement, mais ceux-là seuls qui sont docteurs dans le domaine traité par le livre. Je dis ensuite que dans les deux cas il s’agit d’une doctrine douteuse, car elle seule a besoin d’une approbation. Mais elle n’est pas douteuse la doctrine des livres prohibés; car elle est manifestement mauvaise, puisqu’elle est examinée et condamnée. La doctrine des conciles, elle, n’est pas douteuse, non plus, mais tout à fait bonne. Et c’est pour cela que quand l’apôtre Paul (actes des apôtres 15) communiqua aux Églises le décret du concile de Jérusalem, il ne leur dit pas de l’éprouver, mais il leur donna l’ordre d’accepter le décret.


Le douzième argument (1 Jean 2) : « Vous n’avez pas besoin que quelqu’un vous enseigne, mais l’onction vous enseigne toutes choses. » Je réponds que saint Jean ne parle pas formellement de la connaissance des choses divines, comme si ceux qui ont reçu l’Esprit saint n’avaient plus besoin d’un maître. Car, si c’était cela le véritable sens de ses paroles, pourquoi aurait-il écrit une épitre pour avertir et instruire ceux à qui l’onction enseignait toutes choses ? Et pourquoi Dieu aurait-il établi dans l’Églises des prédicateurs et des pasteurs ? Il parle donc seulement de ces dogmes qu’ils ont déjà reçus des apôtres, qu’ils ont appris avec la coopération de l’onction du saint Esprit, et qu’ils ont crus. Il les avertit donc de demeurer fermes dans la foi, et de ne pas prêter l’oreille aux enseignements contraires des pseudos prophètes. C’est comme si un catholique écrivait aujourd’hui à des catholiques harcelés et troublés par des hérétiques : il n’est absolument pas nécessaire qu’un luthérien ou un calviniste vous enseigne la doctrine du Christ, car vous avez déjà appris tout ce qu’il vous faut savoir, et vous tenez cela de la prédication de l’Église jointe à l’onction de l’Esprit saint. Que cela soit bien le sens du texte le montrent les paroles précédentes et suivantes. Les précédentes : « Je ne vous ai pas écrit comme à des gens ignorant la vérité, mais comme à ceux qui la connaissent, pour qu’elle persévère en vous. Je vous ai écrit cela à cause de ceux qui vous séduisent ». Les suivantes : « Demeurez dans ce que je vous ai enseigné, pour que, quand il apparaîtra, nous ayons confiance, et que nous ne soyons pas confondus par son avènement ».


Le treizième argument. L’apôtre, au chapitre 2, écrit aux Éphésiens : « Vous êtes les citoyens des saints, et les domestiques de Dieu, surédifiés sur le fondement des apôtres ». Si la compréhension des Écritures dépendait du pape et des conciles, notre Église serait fondée sur les décrets des papes et des conciles plus que sur les écrits des prophètes et des apôtres. Je réponds à cet argument que Calvin répète souvent, et qu’il s’efforce d’inculquer. Je dis d’abord que nous ne nions pas, mais que nous affirmons plutôt énergiquement contre les hérétiques, que la parole de Dieu prêchée par les prophètes et les apôtres est le premier fondement de notre foi. Car ce que nous croyons, nous le croyons parce que Dieu l’a révélé par les prophètes et les apôtres. Mais nous ajoutons, qu’en plus de ce premier fondement, il en faut un deuxième, c’est-à-dire l’attestation de l’Église. Car ce n’est que par le témoignage de l’Église que nous savons avec certitude ce que Dieu a révélé. Et c’est pourquoi, comme nous lisons que le Christ est la pierre angulaire, et le premier fondement de l’Église, nous lisons aussi dans Matth 16 au sujet de Pierre : « sur cette pierre j’édifierai mon Église ». Notre foi adhère donc au Christ comme à celui qui révèle les mystères de vérité, en tant que fondement premier. Elle adhère aussi à Pierre, comme à celui qui propose et explique les mystères de vérité, en tant que fondement secondaire.


Le dixième argument. Si le pontife ou le concile est le juge des Écritures, il en résulte forcément que le pape ou le concile sont au-dessus des Écritures. Et si, sans le pontife ou le concile, le sens de l’Écriture n’est pas authentique, il s’ensuit forcément que la parole reçoit sa force et sa fermeté de la parole des hommes. Je réponds que cet argument, qui est très en vogue auprès des hérétiques, repose sur une équivoque. On peut comprendre de deux façons la façon dont l’Église est le juge des Écritures. La première. L’Église juge qu’est vrai ou faux ce que les Écritures enseignent. La seconde. Étant placée comme un fondement certain, elle se fait le juge de la véritable interprétation des paroles très vraies de l’Écriture. Il est tout à fait vrai que si l’Église jugeait de la première façon, elle serait au-dessus de l’Écriture. Mais nous ne disons pas cela, bien que les hérétiques nous reprochent calomnieusement de le dire, eux qui vocifèrent que nous mettons l’Écriture sous les pieds du pape. La deuxième façon de juger dont nous reconnaissons le droit et le devoir à l’Église ne place pas l’Église au-dessus des Écritures, mais au-dessus du jugement privé des hommes. Car l’Église ne juge pas de la vérité des Écritures, mais de la compréhension qu’on tu en as, que j’en ai, et que les autres en ont. Ce jugement ne donne donc pas à la parole de Dieu sa force, mais sa compréhension. Car l’Écriture n’est pas plus vraie ou plus certaine parce que l’Église l’a interprétée ainsi; mais ma compréhension de l’Écriture est plus vraie quand elle est confirmée par l’Église.


Le quinzième argument. Si c’est du jugement de l’Église que dépend notre foi, elle dépend donc de la parole des hommes. Elle est donc posée sur un fondement des plus débiles. De plus, l’Écriture a été composée par le Saint Esprit. C’est donc à l’Esprit de Dieu, non à l’Église, d’en donner l’interprétation. Je réponds que la parole de l’Église (d’un concile ou du pape parlant ex cathedra) n’est pas entièrement une parole d’homme, c’est-à-dire, sujette à l’erreur; mais qu’elle est, d’une certaine façon, la parole de Dieu, c’est-à-dire une parole proférée avec l’aide et la guidance du Saint Esprit. Je dis que les hérétiques sont ceux qui s’appuient sur un roseau en guise de bâton. Car il faut savoir que la proposition de la foi se conclut par le syllogisme suivant. Tout ce que Dieu a révélé dans les Écritures est vrai. Or Dieu a révélé cela dans les Écritures. Donc, cela est vrai. La première partie de ce syllogisme est vraie pour tous. La seconde est tout à fait certaine pour les catholiques, car elle s’appuie sur les témoignages de l’Église, des conciles et du pape, à qui il a été promis selon les Écritures, de ne pas errer dans la foi. Actes des apôtres 15 : « Il a semblé à l’Esprit saint et à nous ». Et Luc 22 : « J’ai prié pour que ta foi ne fléchisse pas ». Mais, pour les hérétiques, elle n’est fondée que sur des conjectures, ou sur le jugement de l’esprit propre, qui semble souvent bon, mais est mauvais. Et, comme la conclusion suit la partie la plus faible, il devient nécessaire que toute la foi des hérétiques soit conjecturale et incertaine.


Le seizième argument. Quand saint Augustin et les autres pères expliquent l’Écriture, ils n’usurpent pas le pouvoir prétorien de juger, mais permettent que leurs explications soient jugées par d’autres. Je réponds qu’autre est une explication de l’Écriture à la façon d’un juge, autre est l’explication de l’Écriture à la façon d’un docteur. L’explication d’un docteur requiert de l’érudition, celle d’un juge l’autorité. Car un docteur ne propose pas son opinion comme devant être nécessairement suivie, mais seulement dans la mesure où la raison nous le persuade. Mais le juge, lui, émet une sentence qui doit être suivie. Nous recevons les glossses de Bartholus et de Baldus autrement que nous ne recevons les déclarations d’un prince. Saint Augustin et les autres pères remplissaient donc, dans leurs commentaires, le rôle de docteurs. Mais les conciles et les pontifes remplissent la fonction de juges mandatés par Dieu.


Dix-septième argument. Saint Augustin affirme que « l’Église ne doit pas se mettre avant le Christ, lui qui juge toujours avec vérité. Les juges ecclésiastiques, comme tous les hommes, se trompent souvent ». Voilà quelles sont les paroles de Calvin dans la préface de son institution. Il en déduit que ce n’est pas aux prélats à juger des controverses. Je réponds d’abord que Calvin a fait une fausse citation de saint Augustin (chapitre 2 contre Cresconium). Contre Cresconium, saint Augustin a écrit quatre livres, et en aucun de ces livres on ne trouve au chapitre 21 ces paroles telles quelles. On en trouve, il est vrai, dans le livre 2, chapitre 21, là où saint Augustin parle des questions de fait, et non de droit, dans lesquelles les juges ecclésiastiques peuvent commettre des erreurs. Car, il enseigne à cet endroit que les juges ecclésiastiques peuvent souvent se tromper, et baptiser, par exemple, des gens qui se font baptiser pour de faux motifs, tout en paraissant sincères. Et comme il se rendait compte qu’il ne pouvait pas tirer de ce texte des objections véritables, Calvin n’a pas pris la peine de noter correctement le passage. Car il avait coutume de faire des citations exactes, surtout quand il pensait en tirer un avantage.


Les autres arguments qui se rapportent à ce sujet, nous les résoudrons quand nous nous demanderons si le pape ou les conciles peuvent errer, et quel est celui qui doit présider les conciles.


6 avril 2017 à 16:29


fichier placé sous le régime juridique du copyleft avec seulement l'obligation de mentionner l'auteur de la première édition de cette première traduction en français des Controverses de Saint Robert Bellarmin, docteur de l'Eglise Catholique Romaine : JesusMarie.com, France, Paris, juillet 2017.