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Saint Vincent de Paul

Avis et Maximes
(1581-1660)


Extraits d'un manuscrit des Archives de la Mission
(XVIIe siècle) intitulé : Quelques avis et maximes des plus importantes recueillis tant de répétitions doraison que des conférences pendant que M. Vincent parlait.

Un auditeur anonyme de M. Vincent a recueilli cent-six passages. Nous donnons ici en les classant cinquante-huit pensées qui ne furent pas utilisées par Abelly, ou qui présentent un contenu ou une rédaction notablement différents du texte des conférences précédemment éditées.

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I. CONDITION HUMAINE

1. Nous sommes aveugles en ce qui nous regarde, comme l'il qui voit tout et ne voit rien.

2. La gourmandise et l'envie sont les vices les plus ordinaires des communautés si on y prend garde de bien près.

3. Tenons ferme à notre nature car si nous lui donnons une fois pied sur nous, elle en prendra quatre.

4. Le secret est le nerf d'une communauté. Depuis que quelque affaire est divulguée elle est en la possession du diable, car c'est le prince du monde lequel a pouvoir sur icelui et sur tout ce qui y est.

5. Les inquiétudes et peines que nous ressentons viennent le plus souvent de l'amour-propre. Nous ne méritons pas d'être appelés religieux. A nous n'appartient pas de porter un nom si glorieux.
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II. LA FOI

6. Plus on s'approche du soleil, moins le voit-on il en va de même des choses de la foi.

7. Dieu permet quelquefois que nous soyons punis pour des fautes que nous n'avons pas faites, au lieu des péchés que nous avons commis, dont nous n'avons pas été châtiés l'ayant bien mérité.

III. VOLONTÉ DE DIEU

8. Tout ce qui est dans l'ordre est selon Dieu et tout ce qui n'y est pas n'est pas selon Dieu.

9. Etre dans un lieu contre la volonté de Dieu n'est-ce pas être dans un enfer ?

10. Y a-t-il chose plus souhaitable que faire la volonté d'un Dieu ? Messieurs, plaire à un Dieu, pensons ceci, je vous prie.

11. La perfection de la vie spirituelle consiste à n'avoir autre vouloir et non vouloir que celui de Dieu.

12. Le précis de la vie spirituelle est d'aimer tous les états où Dieu nous met.

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13. La clef de la vie spirituelle est d'agréer tous les états où Dieu nous met. Sommes-nous dans la tribulation, Dieu soit béni ! Sommes-nous en consolation, Dieu soit béni ! L'homme n'est jamais en même état.

14, Nous devons craindre quand nous sommes en consolation et croire que Dieu nous traite ou comme malades ou comme enfants. Nous avons pour lors suj et de craindre que ce ne soit la récompense des petits services que nous lui rendons et qu'un jour nous ne soyons privés de cette joie éternelle qui ne sera jamais troublée d'aucune désolation ou tristesse.

IV. CHARITÉ

15. Le paradis des communautés, c'est la charité. Claustra quibus Deus habitat charitas est.

16. La pierre philosophale de la dévotion et la vraie chimie spirituelle pour faire sien le bien de notre prochain sans toutefois le lui ravir, c'est de nous en réjouir, particeps vi unionis.

17. Qui prête l'oreille au médisant est aussi coupable que lui, suivant le proverbe: «Celui qui tient est aussi coupable que celui qui écorche.»

18. Un des plus grands maux qui puisse arriver à une compagnie c'est d'y avoir des gens qui murmurent et qui n'étant jamais contents trouvent à redire à tout .

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19. Il n'y a rien qui représente mieux l'harmonie et le concert des bienheureux qu'une compagnie qui est en bonne intelligence.

20. L'envie de paraître est la destruction de la charité qui est dans une compagnie.

21. D'autant plus que quelqu'un sera humble, d'autant plus il sera charitable envers le prochain.

22. Le trait de la médisance passe premièrement par les entrailles de Jésus-Christ pour parvenir à celui dont on médit.

V. HUMILITÉ

23. Ni le don de convertir les âmes, ni tous les talents extérieurs sont choses lesquelles soient pour nous, nous n'en sommes que les portefaix. Avec tout cela nous ne laisserons pas d'être damnés.

24. Il y a je ne sais quelle malignité dans les talents extérieurs que l'expérience fait voir, qu'avoir des talents extérieurs comme être savant, grand prédicateur dans la mission et être indisposé à y persévérer c'est tout un.

25. Dieu aime mille fois mieux entendre l'aboiement d'un chien que la voix de celui qui chante par vanité.

26. Ne mettons jamais les yeux sur ce qu'il y a de

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 bien en nous, mais bien sur ce qui est de mal, c'est un grand moyen pour conserver l'humilité.

VI. PRIERE ET VIE RELIGIEUSE

La dévotion sensible n'est pas à souhaiter mais quand Dieu nous la donne, à la bonne heure, recevons-là.

28. Tout ce que nous faisons du matin jusqu'au soir ne doit tendre qu'à nous rendre bons chrétiens mais tels qu'étaient ceux de la primitive Église. Nous n'aurons pas fait peu si nous pouvons arriver à leur charité, zèle, etc.

29. Estimons-nous toujours commençants à la vertu et apprentis. Dixi, nunc coepi (1).

30. La curiosité est un grand vice à un religieux. O qu'il lui sied mal d'être toujours aux écoutes pour apprendre quelques nouvelles !

31, Dieu punit quelquefois toute une communauté pour la faute d'un particulier.

32. Il n'y a rien qui gagne tant le cur de Dieu que de le remercier de ses grâces.

33. Celui qui fait peu d'état des mortifications extérieures disant que les intérieures sont beaucoup meilleures montre assez qu'il n'est ni mortifié intérieurement ni extérieurement. Faire la volonté de

1. Psaume 76,11.

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 Dieu et ne prendre plaisir qu'en icelle, c'est vivre d'une vie angélique voire même c'est vivre de la vie de Jésus-Christ.

34. Si Dieu veut exercer la compagnie et l'accoutumer de bonne heure à supporter les malades, pourquoi nous formaliserons-nous et dirons sans doute : il y a quelque chose dans la Compagnie qui cause les maladies, il y a peut-être trop de recollection.

35. Tenons nos conférences et répétitions d'oraisons comme dons précieux de Dieu qui nous ont été donnés tout divinement et privément.

36. Tout comme il y a deux façons de naviguer, à voiles et à rames, aussi y a-t-il deux façons d'aller à Dieu, à rames et à voiles. A rames, c'est quand on a beaucoup de peine en les exercices, que l'oraison dure, qu'on n'y prend point de plaisir, que tout est à contre cur; à voiles, c'est lorsqu'on vole en ses exercices, que tout rit et que le vent des consolations souffle.

37. Béni soit Dieu mille et mille fois, de ce qu'il lui a plu susciter un moyen en la compagnie si efficace pour nous perfectionner, comme celui des conférences. Béni soit Dieu qui fait que nous nous entreprêchions les uns les autres avec tant de douceur et de simplicité.

38. Si nous avons tant de soin de rccommandcr à Dieu les affaires de nos parents et les nôtres propres, à combien plus forte raison devons-nous avoir soin de prier Dieu pour les affaires qui concernent sa gloire.

39. Ne nous contentons pas seulement de pratiquer la
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 vertu en notre particulier mais demandons-la à Dieu pour tous les autres, par ce moyen-là nous nous rendrons participants de tout le bien que feront les autres.

40. Quel bonheur d'être dans une conlmunauté, on participe au bien de tous les membres.

41. Offrons les autres à Dieu, oublions-nous nousmêmes, et nous nous retrouverons mieux en lui.

42. Une des marques des plus certaines pour connaître que Dieu a de grands desseins sur une personne c'est quand il lui envoie désolations sur désolations, sécheresses sur sécheresses, etc.

VII. VOCATION MISSIONNAIRE

43. Les missionnaires sont les prêtres des champs.

44. Estimons la mission, la plus petite de toutes les Compagnies pas même la pénultième, mais bien la toute dernière.

45, Que cette compagnie soit une compagnie qui ne trouve rien à redire aux autres, et qu'elle fasse profession tout ouverte de trouver tout bien ce que les autres font; que jamais on n'entende parmi nous; telle compagnie fait cela, elle manque en cela, etc.

46. La charité est l'âme des vertus.

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47. Qu'heureuse est la condition d'un missionnaire qui n'a point d'autres bornes de ses missions que la terre habitable. Pourquoi donc nous restreindre à un point et nous donner des limites par le moyen d'une cure, puisque nous avons toute la circonférence du cercle ?

48. Il n'y aura que l'orgueil et la sensualité qui fera quitter un missionnaire.

VIII. ZELE ET PARESSE

49, Nous sommes damnés aussi bien pour n'avoir pas fait du bien que pour avoir fait du mal.

50. La paresse en a fait sortir plusieurs de la compagnie.

51. Je crois que la moitié du monde, voire même les trois quarts, seront damnés pour le péché de paresse.

52. Prenons garde, Messieurs, que l'esprit de délicatesse ne se glisse dans la Compagnie, pour voir tant de malades dans la mission, il y a quelque démon qui nous tentera de ce côté-là si nous n'y prenons garde de bien près.

53. La présence des exercitants nous doit servir d'une bride pour nous retenir en notre devoir, disons sitôt qu'il n'y aura plus d'exercitants, la congré-
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 gation aura perdu un grand moyen pour s'avancer à la vertu, elle donnera bientôt du nez en terre si Dieu n'y met la main.

IX. SUPÉRIEURS

54. J'ai vu une communauté des plus régulières dans l'Église de Dieu déchoir en moins de quatre ans par la nonchalance et la lâcheté d'un supérieur.

55. Tout le bien des communautés dépend des supérieurs.

56. On doit prier Dieu pour les supérieurs comme pour ceux qui rendront compte de nous.

X. SACERDOCE ET FORMATION

57. Les prêtres répondront à Dieu pour les péchés du peuple et le peuple s'en prendra à eux de quoi il l'a châtié vu qu'ils ont un si bon moyen pour l'apaiser.

58. Le séminariste qui dit «hé jusqu'à quand serai-je au séminaire ?» donne un indice qu'il est dans un très mauvais état et qu'il est bien proche de la ruine.

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