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Saint Isidore de Séville
Archevêque et docteur de l'église catholique -  saint patron de l'Internet
vers 560 - 636

article du Dictionnaire de Théologie Catholique, version word
col.98 début

I. Vie.         II. Œuvres.         III. Doctrine.

I. VIE.
1° Sa jeunesse. 1. Sa famille. On ignore la date exacte et le vrai lieu de sa naissance ; les précisions données plus tard par les auteurs espagnols ne sont que des conjectures. Ses parents étaient catholiques de race hispano-romaine. Son père Sévérien dut occuper un rang distingué à Carthagène : lequel ? Sobre de détails sur sa famille, saint Isidore, en parlant de son frère dans son De viris illustribus, XLI, se borne à cette phrase : Leander genitus patre Severiano, carthaginensis provinciæ. Sévérien était-il duc de Carthagène, comme l’ont soutenu dans la suite certains écrivains espagnols ? Ni saint Isidore, ni aucun témoignage contemporain n’autorisent à l’affirmer ; ce titre, en tout cas, ne lui a pas été donné dans les offices de l’Eglise de Tolède. Lors de l’invasion d’Agila, l’an 587 de l’ère espagnole, c’est-à-dire ne 549, Sévérien dut fuir sa cité d’origine, ruinée par les Goths ariens : il se réfugia à Séville. Il eut quatre enfants, tous inscrits au catalogue des saints. Les deux premiers, Léandre et Florentine, étaient nés certainement à Carthagène ; les deux autres, Fulgence et Isidore, naquirent vraisemblablement dans la capitale de la Bétique, le dernier vers l’an 560. Le père et la mère, morts peu après, avaient confié aux soins des deux aînés le plus jeune et le plus aimé de leurs enfants ; et c’est ainsi qu’Isidore, devenu orphelin, fut élevé par son frère Léandre, qui devint archevêque de Séville, et par sa sœur Florentine, qui embrassa la vie religieuse.
2. Son éducation. Léandre, en effet, traita toujours dans la suite Isidore comme son fils, et veilla avec sa sœur à son instruction et à son éducation. Florentine ayant manifesté un jour le désir de revoir les lieus de son enfance, Léandre l’en dissuada, parce que Dieu avait jugé bon de la retirer de Sodome. Malum quod illa experta fuit, lui écrivit-il en parlant de leur mère, tu prudenter evita ; ce sol natal, du reste, avait perdu sa liberté, sa beauté et sa fertilité. Mieux valait don, ajouta-t-il, qu’elle restât dans son nid et qu’elle veillât tout particulièrement sur le plus jeune de leurs frères. Regula, XXI, P. L., t. LXXII, col. 892. Isidore fut confié, tout enfant, à l’un des monastères de la ville ou des environs, où il fit des fortes études et puisa des connaissances vraiment étonnantes pour l’époque et dans le milieu où il vécut. Il n’est pas, en effet, d’auteur sacré ou profane, surtout parmi les latins, dont il n’ait lu et mis à profit les ouvrages. Mais il n’étudia pas uniquement pour le vain plaisir de savoir ; il poursuivit un double but : celui d’être utile à son pays pour le soustraire à la barbarie et celui de faire triompher la foi catholique contre l’hérésie arienne.
3. Son prosélytisme. L’Espagne presque toute entière était au pouvoir des Goths ariens, et la difficulté était de ramener ces hérétiques à la vraie foi. Il y eut une lueur d’espoir, lorsque le fils aîné du roi Léovigilde (569-585), Herménégilde, qui avait épousé la fille du roi Franc Sigebert et de Brunehaut, passa au catholicisme. Il est vrai qu’il dut aussitôt s’enfuir à Séville ou qu’il y fut exilé. Mais là, loin des menaces paternelles, et très vraisemblablement sous l’inspiration de Léandre, il chercha à former un parti pour la conversion de l’Espagne. Il sollicita le concours du lieutenant de l’empereur de Byzance et envoya Léandre en mission à Constantinople ; c’est là, en effet, que Léandre se rencontra [col.98 fin / col.99 début] avec le futur pape saint Grégoire le Grand, qui lui écrivait plus tard : Te illuc injuncta pro causis fidei Wisigothorum. Moral., epist., I, P. L., t. LXXV, col. 510. Durant cette mission, Isidore, alors âgé de plus de vingt ans, crut le moment propice pour faire œuvre de propagande en combattant ouvertement l’arianisme. Ce ne fut pas sans horreur qu’en 585 il apprit le guet-apens tendu à Herménégilde et le meurtre qui en fut la suite. Mais survint presque aussitôt la mort du roi persécuteur, suivie de l’avènement de Recarède, qui, comme son frère, abjura l’arianisme et entraîna par son exemple la conversion en masse de tout le royaume goth. Ce grand évènement, si conforme aux vœux d’Isidore, fut célébré au IIIe concile de Tolède, en 589n où siégea et signa, comme métropolitain de la Bétique, saint Léandre. Isidore rentra dès lors dans le cloître, comme clerc, ou comme moine, pour y continuer la lecture attentive des auteurs et enrichir de plus en plus sa collection d’extraits.
2° Son épiscopat. 1. Il remplace son frère Léandre sur le siège de Séville. A la mort de Léandre, du temps de l’empereur Maxime († 602) et du roi Recarède († 601), donc au plus tard en 601, Isidore fut élu pour remplacer son frère sur le siège métropolitain de la Bétique ; c’est la date consignée par un contemporain et un ami d’Isidore, saint Braulio, évêque de Saragosse, dans sa Prænotatio in libros divi Isidori, P. L., t. LXXXI, col. 15-17. Saint Ildefonse ajoute qu’il occupa ce siège une quarantaine d’années, De viris illustribus, IX, P. L., t. LXXXI, col. 28 ; exactement jusqu’au début du règne de Chintilla en 636, comme a eu soin de le préciser un disciple d’Isidore, qui a raconté la mort édifiante de son maître. P. L., t. LXXXI, col. 32. Ce long épiscopat fut consacré par Isidore aux intérêts de son siège, de sa province et de l’Espagne ; il ne fut pas sans fruits ; n’en retenons que les faits principaux.
2. Il signe à un synode de la province de Carthagène. En 610, se tint à Tolède, à la cour du roi Gondemar, un synode de la province carthaginoise, où il fut décidé que le titre de métropolitain de cette province n’appartiendrait plus au siège de Carthagène, amis à celui de Tolède, la capitale du royaume. Bien qu’étranger à cette province, Isidore, alors l’hôte du roi, fut invité à signer le premier ce décret ; c’est ce qu’il fit en ces termes : Ego Isidorus, Hispalensis ecclesiæ provinciæ metropolitanus episcopus, dum in urbem Toletanam, pro occursu regis, advenissem, agnitis his constitutionibus, assensum præbui et subscripi.
3. Il convoque lui-même des synodes. Par deux fois, en 619 et en 625, Isidore convoqua à Séville les évêques de la Bétique pour régler certaines affaires litigieuses et délicates. Dans le premier de ces synodes, il trancha d’abord le différend survenu entre son frère Fulgence, évêque d’Astigi (Ecija), et Honorias, évêque de Cordoue, au sujet de la délimitation de leurs diocèses ; puis il traita l’affaire de l’évêque eutychien Grégoire, de la secte des acéphales, qui, chassé de la Syrie, avait trouvé un refuge en Espagne. Pour couper court à toute suspicion et à toute propagande d’erreur de sa part, Isidore exigea de lui une abjuration formelle de l’hérésie monophysite et une confession de foi orthodoxe. Dans le second, il déposa le successeur de Fulgence, Martianus, et le remplaça par Habentius. Cf. Florez, España sagrada, t. X, p. 106.
4. Il préside le IVe concile international de Tolède. A titre du plus ancien métropolitain de l’Espagne, Isidore eut à présider, en 633, le IVe concile national, qui est resté le plus célèbre de la péninsule, à cause des décisions qui y furent prises tant au point de vue religieux et ecclésiastique qu’au point de vue civil et politique ; il en fut vraiment l’âme.
a) Au point de vue religieux. Le concile commença d’abord par promulguer un symbole ; puis il imposa à [col.99 fin / col.100 début] toute l’Espagne ainsi qu’à la Gaule narbonnaise l’uniformité pour le chant de l’office et les rites de la messe : Ut unus ordo orandi atque psallendi per omnem Hispaniam atque Galliam conservaretur, unus modus in missarum solemnitate, unus in matutinis vespertinisque officiis, can. 2. Il régla ensuite plusieurs points de discipline et de liturgie, 7-19. Il rappela aux prêtres l’obligation de la chasteté, can. 21-27, et aux évêques le devoir de surveiller les juges civils et de dénoncer leurs abus, can. 32. Il déclara tous les clercs exempts de redevances et de corvées, can. 47.
b) Relativement aux juifs. La question juive, en 633, n’était pas nouvelle en Espagne et ne devait pas de sitôt recevoir une solution définitive, mais elle s’imposait à l’attention du pouvoir civil et ecclésiastique dans l’intérêt de la paix et du bien public. Déjà, en 589, le IIIe concile de Tolède s’en était occupé. Il avait interdit aux juifs : toute fonction qui leur aurait permis d’édicter des peines contre les chrétiens ; toute union avec une femme chrétienne, soit comme épouse, soit comme concubine, les enfants nés d’une telle union devant être baptisés ; tout achat d’esclaves chrétiens, ceux-ci ayant droit à l’affranchissement gratuit s’ils avaient été l’objet de quelque rite judaïque ; autant de mesures sages qui, sans léser les juifs, protégeaient les chrétiens. Quelques années plus tard, Sisebut obligea les juifs à recevoir le baptême ; c’est ce que note simplement Isidore dans son Chronicon, CXX, P. L., t. LXXXIII, col. 1056, mais ce qu’il blâme avec raison dans son Historia de regibus Gothorum, LX, ibid., col. 1093, où il dit de Sisebut : Initio regni judæos in fidem christianam promovens æmulationem, quidem habuit, sed non secundum scientiam, potestate enim compulit quos provocare fidei ratione oportuit. Aussi, ayant lui-même à s’occuper des juifs, maintint-il tout d’abord les décisions prises au IIIe concile de Tolède, mais il eut soin de faire décréter qu’on ne forcerait plus désormais aucun juif à se faire chrétien. Les juifs restaient exclus des emplois publics et ne pouvaient plus posséder d’esclaves chrétiens ; si l’un d’eux avait épousé une femme chrétienne, il était mis en demeure ou de se séparer d’elle ou de se convertir. Restait à liquider le passé et à prendre des mesures pour l’avenir ; car la plupart de ceux qui avaient été contraints sous Sisebut à recevoir le baptême étaient retombés dans le judaïsme ; ceux-là devaient être ramenés de force à la vraie foi ; leurs enfants, s’ils étaient circoncis, devaient être soustraits à leur autorité pour être confiés à des communautés ou à des fidèles recommandables, et leurs esclaves, s’ils avaient été circoncis par eux, devaient être affranchis aussitôt. Désormais tout juif baptisé, qui viendrait à renier son baptême, serait condamné à la perte de tous ses biens au profit de ses enfants, si ces derniers étaient chrétiens, can. 57-66.
c) Relativement à l’Etat. C’était là, à vrai dire, l’un des points plus importants à traiter, car on était au lendemain d’une révolution : il s’agissait de mettre un terme aux discordes civiles et d’assurer la paix, en tranchant le différend survenu entre Suinthila et Sisenand. Sisenand, en effet, avait pris les armes pour détrôner le roi régnant, et Suinthila, devant la révolte triomphante, avait dû abandonner le pouvoir. Sisenand, intéressé à se faire reconnaître, s’était montré plein de déférence à l’égard de l’épiscopat et ne ménagea pas les promesses. Loin d’être inquiété pour sa révolte et son élection, qui avaient tous les caractères d’une usurpation, il fut acclamé et solennellement reconnu comme roi légitime. Quant à Suinthila, il fut condamné à la dégradation et à la perte de tous ses biens. Le concile, disposant ainsi des affaires de l’Etat, menaça d’anathème quiconque attenterait aux jours du nouveau roi, le dépouillerait du pouvoir ou usurperait son trône, et décida qu’à la mort de Sisenand son successeur serait [col.100 fin / col.101 début] élu par tous les grands de la nation et par les évêques, can. 75. Ainsi s’affirmait, en Espagne, l’action politique du clergé et l’union étroite de l’Eglise et de l’Etat.
d) Relativement à l’instruction et à l’éducation du clergé. Isidore, qui avait tant profité de son séjour dans les écoles monastiques et qui comprenait l’importance capitale de l’instruction et de l’éducation pour le clergé, avait fondé à Séville un collège pour les jeunes clercs sous la direction d’un supérieur qui fût à la fois un magister doctrinæ et un festis vitæ. C’est là que fut élevé saint Ildefonse. Il eut soin en outre de faire décréter qu’un établissement semblable serait institué dans chaque diocèse, can. 24. Voir les canons du IVe concile de Tolède, dans Hefele, Histoire des conciles, trad. Leclercq, Paris, 1909, t. III, p. 267-276.
3° Sa mort. Isidore ne devait survivre que trois ans au IVe concile de Tolède. Déjà vieux et " sentant approcher sa fin, raconte son disciple, P. L., t. LXXXI, col. 30-32, il redoubla ses aumônes avec une telle profusion que, pendant les six derniers mois de sa vie, on voyait venir chez lui de tous côtés ou une foule de pauvres depuis le matin jusqu’au soir. Quelques jours avant sa mort il pria deux évêques, Jean et Eparchius, de le venir voir. Il se rendit avec eux à l’église, suivi d’une grande partie de son clergé et du peuple. Quand il fut au milieu du chœur, l’un des évêques mit sur lui un calice, l’autre de la cendre. Alors, levant les mains vers le ciel, il pria et demanda à haute voix pardon de ses péchés. Ensuite il reçut de la main de ces évêques le corps et le sang du Christ, se recommanda aux prières des assistants, remit les obligations à ses débiteurs et fit distribuer aux pauvres tout ce qu’il restait d’argent. De retour à son logis, il mourut en paix le 4 avril 636. " Cf. Ceillier, Histoire générale des auteurs sacrés et ecclés., t. XI, p. 711 ; Leclercq, L’Espagne chrétienne, Paris, 1906, p. 310.
4° Sa célébrité. L’opinion des contemporains. Très renommé pendant sa vie, Isidore est resté l’une des gloires de l’Espagne. Déjà son ami, Braulio, évêque de Saragosse, prit soin d’insérer son nom dans le De viris illustribus d’Isidore lui-même et d’y dresser la liste de ses principaux ouvrages. Il y vante son éloquence, sa science, sa charité ; il le considère comme le plus grand érudit de son époque, comme le restaurateur des études, comme l’homme providentiellement suscité par Dieu pour sauver les documents des anciens, relever l’Espagne et l’empêcher de tomber dans la rusticité. Prænotatio librorum divi Isidori, P. L., t. LXXXI, col. 15-17.
2. Sa vaste érudition. Cet éloge enthousiaste était mérité en grande partie ; car, sans être un homme de génie, Isidore fut un grand érudit. Il connaissait une grande partie des œuvres de l’antiquité sacrée et profane, et il y puisa à pleines mains, transcrivant textuellement, au fur et à mesure de ses multiples lectures, tout ce qui lui paraissait digne d’être retenu, et amassant ainsi pour ses futurs travaux des extraits précieux qu’il n’avait plus qu’à mettre en ordre. Il fut surtout un compilateur, comme le montre l’étendue encyclopédique de ses citations.
Ayant ainsi recueilli tout ce qui touche à l’exégèse, à la théologie, à la morale, à la grammaire, liturgie, à l’histoire, à la grammaire, aux sciences cosmologiques, astronomiques et physiques, Isidore se contenta, quand il eut à traiter à traiter du sujet, d’utiliser la collection de ses notes, exprimant ainsi, comme un écho fidèle, moins sa propre pensée que celle de ses devanciers. Et telle fut constamment sa méthode ainsi qu’il a eu soin à plusieurs reprises d’en prévenir loyalement ses lecteurs, P. L., t. LXXXII, col. 73 ; LXXXIII, col. 207, 737, 964 ; si bien qu’il aurait pu écrire en tête de chacun de ses nombreux ouvrages ou qu’il a mis dans la préface de ses Questiones in [col.101 fin / col.102 début] Vetus Testamentum : Lector non nostra leget sed veterum releget, P. L., t. LXXXII, col. 209.
3. Son titre de docteur de l’Eglise. Traduisant la pensée des contemporains, le VIIIe concile de Tolède, en 653, parle d’Isidore en ces termes : Doctor egregius, Ecclesiæ catholicæ novissimum decus, præcedentibus ætate postremus, doctrina et comparatione non infimus et, quod majus est, in sæculorum fine doctissimus. Mansi, Concil., t. X, col. 1215. C’est ce même titre de docteur que lui donne encore le concile de Tolède de 688. Aussi l’Eglise de Séville n’hésita pas à insérer dans l’office de son saint évêque l’antienne : O doctor optime, et dans la messe l’évangile propre à la fête des docteurs : Vos estis sal terræ : office et messe qui reçurent, pour l’Espagne et le pays soumis au roi catholique, l’approbation de Grégoire XIII (1572-1585). Finalement ce titre fut reconnu pour toute l’Eglise, le 25 avril 1722, par Innocent XIII. Cf. Benoît XIV De beati sanct., l. IV, part. II, c. XI, n. 15. Comme ses deux frères, Léandre et Fulgence, et comme sa sœur Florentine, Isidore a été inscrit au catalogue des saints ; sa fête est fixée au 4 avril. Acta sanctorum, aprilis, t. I, p. 325-361.

II. ŒUVRES.

Durant son long épiscopat, Isidore composa un grand nombre d’ouvrages, dont quelques-uns ne sont point parvenus jusqu’à nous. Braulio, en effet, après en avoir signalé 17, ajoute ces mots : sunt et alia multa opuscula. Prænotatio, P. L., t. LXXXI, col. 17. Ceux qui restent sont caractéristiques quant au genre et à la méthode du saint. Ils roulent sur les matières les plus variées ; car, ainsi que l’a observé Arevalo, Isidoriana, part. I, c. I, n. 3, P. L., t. LXXXI, col. 11, il n’est pas de sujet qu’Isidore n’ait abordé : nil intentatum reliquit. Laissant de côté tout ce qui a trait au droit canon et à la la liturgie, et qui trouvera sa place dans les dictionnaires consacrés à ces deux sciences, nous nous bornerons à parcourir succinctement ses œuvres, non dans leur suite chronologique, car il n’y en a guère que quatre ou cinq que l’on puisse dater approximativement, mais dans l’ordre des matières adopté par Arevalo, le dernier et le meilleur éditeur des ouvrages de saint Isidore.
1° Etymologie. C’est le plus long et le principal ouvrage du saint. Isidore y travailla longtemps sans pouvoir l’achever comme il l’aurait voulu. Mais sollicité plusieurs années de suite par Braulio pour qu’il le lui envoyât complet et en ordre, il finit par céder, vers 630. Il l’expédia à son ami avec une dédicace, mais tel qu’il était encore, inemendatum, en lui laissant le soin de l’amender lui-même. Son titre général est celui d’Etymologiæ, sous lequel Isidore le désigne plusieurs fois ; mais comme il est qualifié dans la préface d’opus de origine quarumdam rerum, Margarin de la Bigne et du Breul lui ont donné aussi le titre d’Origines. Sa division actuelle en vingt livres est-elle due à Isidore ou à Braulio ? C’est ce qu’on ne saurait dire, car les manuscrits varient et pour le nombre et pour l’ordre de ces livres.
En voici le résumé : le Ier livre traite de la grammaire ; le IIe de la rhétorique et de la dialectique ; ces deux livres sont plus développés dans les Differentiæ, mais dans le même esprit, selon le même plan et la même méthode ; le IIIe, de l’arithmétique, de la géométrie, de la musique et de l’astronomie ; le IVe, de la médecine ; le Ve, des lois et des temps : celui-ci est un résumé ou Chronicon, ou abrégé de l’histoire universelle, en six époques, depuis les origines du monde jusqu’à l’an 627 après Jésus-Christ ; le VIe, des livres et des offices de l’Eglise : il y est question du cycle pascal et il est plus développé dans le De officiis ; le VIIe, de Dieu, dans anges et des différentes classes de fidèles : c’est un abrégé de théologie ; le VIIIe, de l’Eglise et des sectes ; le IXe, des langues, des peuples, des royaumes, des armées, de la population civile, des degrés de parenté ; le Xe, des mots : c’est un index alphabétique des plus curieux ; le XIe, de [col.102 fin / col.103 début] l’homme et des monstres ; le XIIe, des animaux ; le XIIIe, du monde et de ses parties : c’est une sorte de cosmologie générale ; le XIVe, de la terre et de ses parties : c’est une géographie ; le XVe, des pierres et des métaux ; le XVIe, de la culture des champs et des jardins ; le XVIIe, de la guerre et des jeux ; le XIXe, des vaisseaux, des constructions et de costumes ; le XXe, des mets et des boissons, des ustensiles de ménage et des instruments aratoires.
Il y a là, comme on le voit, une sorte de d’encyclopédie. Tout y est traité d’une manière uniforme, l’étymologie des mots servant à l’explication des choses. Mais il y a l’étymologie secundum naturam et l’étymologie secundum propositum. A défaut de la première, Isidore recourt à la seconde. Or, quelque ingéniosité qu’on y déploie, il y a toujours place alors pour l’arbitraire. Aussi, à côté d’étymologies pertinentes et parfois fort remarquables, combien qui prêtent à sourire ou même semblent ridicules ! Isidore, il est vrai, ne les a pas inventées, mais alors à quoi bon les transcrire sans tenir compte de leur invraisemblance, ni même de leur contradiction ou de leur absurdité ? Arevalo a vainement essayé de l’en excuser, quand il a écrit : Scriptores collectaneorum magis excusandi sunt, si quædam aliquantutum absurda aut minus credibilia proferand. Propositum enim illis erat, non tam ut vera a falsis discernerent, quam ut aliorum dicta congererent et aliis dijudicanda proponerent. Isidoriana, part. II, c. LXI, n. 10, P. L., t. LXXXI, col. 386. Un choix plus judicieux s’imposait. A vrai dire, dans une œuvre de ce genre, Isidore n’a pas été plus heureux que Platon chez les grecs, Varron chez les latins et Philon chez les juifs. Mais telle quelle, sa compilation n’en fut pas moins, pour tout le moyen âge, une mine de renseignements et un manuel à la portée de tous.
2. Differentiæ, sive de proprietate sermonum. Isidore dit avoir eu en vie ici le traité correspondant de Caton, mais il a aussi emprunté à d’autres. Il a divisé son travail en deux livres. Le Ier, De differentiis verborum, disposé par ordre alphabétique, comprend 610 différences, quelques-unes subtiles et bien approfondies ; par exemple : entre aptum et utile ; aptum, ad tempus ; utiles, ad perpetuum ; entre ante et antea ; ante locum significat et personam ; antea, tantum tempus ; entre alterum et alium ; alter de duobus dicitur ; allius, de multis, etc. Le IIe, De differentiis rerum, en 40 sections et 170 paragraphes, marque la différence des choses, comme par exemple entre Deus et Dominus, Trinitas et Unitas, substantia et essentia, animus et anima, anima et spiritus, etc. C’est en fait, un vrai petit traité de théologie sur la Trinité, le pouvoir et la nature du Christ, le paradis, les anges, les hommes, le libre arbitre, la chute, la grâce, la loi et l’Evangile, la vie active et la vie contemplative, etc.
3° Allegoriæ. Ouvrage dédié à Orosio, personnage inconnu, ou plutôt Orontio, qui fut métropolitain de Mérida avant 638, ces Allégories forment une suite d’interprétations ou d’explications spirituelles, d’à peine quelques lignes chacune, sur des noms, des caractéristiques, des personnages de l’écriture : 129 pour l’Ancien Testament, d’Adam aux Machabées ; 121 pour le Nouveau, la plupart de celles-ci concernant les paraboles et les miracles du Sauveur. Hæc, dit Isidore dans sa préface, P. L., t. LXXXIII, col. 97, non meo conservavi arbitrio, sed tuo commisi corrigenda judicio. Même esprit et même méthode que dans les Etymologiæ.
4° De ortu et habitu Patrum qui in scriptura laudibus efferuntur. C’est une série de très courtes notices biographiques sur 64 personnages de l’Ancien Testament, d’Adam aux Machabées, et 22 du nouveau, de Zacharie à Tite. Son attribution à saint Isidore, dans sa forme actuelle, n’est pas acceptable, dit Mgr Duchesne, [col.103 fin / col.104 début] S. Jacques de Galice, p. 156-157, dans les Annales du Midi, 1890, t. XII, p.145-179. C’est là que se trouve, en effet, De ortu, LXI, P. L., t. LXXXIII, col. 151, le passage interpolé qui, de saint Jacques le Majeur, frère de saint jean, fait l’apôtre de l’Espagne, l’auteur de l’Epître et la victime d’Hérode le Tétrarque. Or saint Jacques le Majeur n’a pas écrit l’épître en question et fut mis à mort à Jérusalem par Hérode Agrippa Ier.
5°In libros Veteris ac Novi Testamenti proæmia. Très courtes introductions à plusieurs livres de la Bible, y compris Tobie, Judith, les Machabées, précédées d’une introduction générale également très courte. A remarquer simplement que, dans la liste des livres du Nouveau Testament, les Actes sont placés à la fin de l’Epître de saint Jude et l’Apocalypse de saint Jean, Proæmia, XIII, P. L., t. LXXXIII, col. 160 ; c’est du reste la même place qu’Isidore leur assigne dans son De officiis ecclesiasticis, I, XI, P. L., t. LXXXIII, col. 746.
6° Liber numerorum qui in sanctis Scripturis occurunt. Il est question dans ce petit traité de divers nombres qui se trouvent dans l’Ecriture, à savoir de 1 à 16 de 18 à 20, puis des nombres suivants : 24, 30, 40, 46, 50 et 60. Isidore en donne une explication mystique qu’il clôture en faisant remarquer, à la suite de saint Augustin, que le nombre de 350 est la somme des dix-sept premiers chiffres. Or 153 est le nombre est le nombre de poissons pris dans le coup de filet de la pêche miraculeuse.
7°De Veteri et Novo Testamento quæstiones. D’un intérêt plus relevé que le précédent, cet opuscule, quoique beaucoup plus court, quatre pages à peine dans Migne, fait passer sous les yeux, dans une suite de 41 questions, la substance et l’enseignement de l’Ecriture. Dic mihi qui est inter Novum et Vetus Testamentum ? Vetus est peccatum Adæ, unde dicit Apostolus : Regnavit mors ab Adam usque ad Moysen, etc. Novum est Christus de Virgine natus ; unde Propheta dicit : Cantate Domino canticum novum ; quia homo novus venit ; nova præcepta attulit, etc. Quæstiones, I, P. L., t. LXXXIII, col. 201.
8°Mysticorum expositiones sacramentorum, seu quæstiones in Vetus Testamentus. Dans ce traité assez étendu, Isidore donne une interprétation mystique des principaux évènements rapportés dans les livres de Moïse, de Josué, des Juges, de Samuel, des Rois, d’Esdras et des Machabées : il y voit autant de figures de l’avenir. C’est, selon sa constante méthode, une série d’emprunts, que tantôt il abrège ou modifie, et auxquels il ajoute parfois. Veterum ecclesiasticorum sententias congregantes. . veluti ex diversis prati flores lectos. . . et pauca de multis breviter perstringentes, pleraque etiam adjicientes vel aliqua ex parte mutantes. Præf., P. L., t. LXXXIII, col. 207. L’allégorie y est souvent poussée jusqu’à l’excès, elle est du moins d’un ton très moralisant.
9° De fide catholica ex Veteri et Novo Testamento contra judæos. Ce titre pourrait faire croire à un traité d’apologétique ou de controverse, mais il n’en est pas tout à fait ainsi. Sans doute, dans son épître dédicatoire à sa sœur Florentine, Isidore dit : Ut prophetarum auctoritas fidei gratiam firmet et infidelium judæorum imperitiam probet, ce qui semble annoncer une thèse, mais il ajoute : Hæc, sancta soror te petente, ob ædificationem studit tui tibi dicavi, P. L., t. LXXXIII, col. 449 ; c’est, en effet, une exposition sereine plutôt qu’une œuvre de polémique. Dans le premier livre, on traite, texte en mains, de la personne du Christ, de son existence dans le sein du Père avant la création, de son incarnation, de sa passion, de sa mort, de sa résurrection, de son ascension et de retour futur pour le jugement, le tout terminé par cette observation : Tenent ista omnia libri Hebræorum, legunt cuncta judæi sed non intelligunt. Cont. judæos, I, 62, P. L., t. LXXXIII, col. 498. [col.104 fin / col.105 début] Dans le second, on montre les suites de l’incarnation, à savoir ; la vocation des gentils, la dispersion des juifs et la cessation du sabbat ; après quoi vient simplement cette exclamation : O infelicium judæorum defienda demential. Cont. judæos, II, 28 ; ibid., col. 536. Cette manière d’argumenter contre les juifs, quelque intérêt qu’elle offre pour l’époque, est loin de rappeler le célèbre Dialogue avec Tryphon, de saint Justin.
10° Sententiarum libri tres. Autrement dit, ajoute Braulio, De summo bono. Voici un manuel de doctrine et de pratique chrétiennes, empruntés surtout à saint Augustin et à saint Grégoire le Grand. Il est divisé en trois livres. Dans le Ier, il est question de Dieu et de ses attributs, de la création, de l’origine du mal, des anges, de l’homme, de l’âme et des sens, du Christ, du Saint-Esprit, de l’Eglise et des hérésies, de la loi, du symbole et de la prière, du baptême et de la communion, du martyre, des miracles des saints, de l’Antechrist, de la résurrection et du jugement, du châtiment des damnés et de la récompense des justes. Dans le IIe, de la sagesse, de la foi, de la charité, de l’espérance, de la grâce, de la prédestination, de l’exemple des saints, de la confession des péchés et de la pénitence, du désespoir, de ceux que Dieu abandonne, de la rechute, des vices et des vertus. Dans le IIIe, qui est d’une grande utilité pratique, il s’agit des châtiments de Dieu et de la patience qu’il faut avoir à les supporter, de la tentation, et de ses remèdes, prière, lecture et étude, de la science sans la grâce, de la contemplation, de l’action, de la vie des moines, des chefs de l’Eglise, des princes, des juges et des jugements, de la brièveté de la vie et de la mort.
11° De ecclesiasticis officiis. Dédié à Fulgence († 620), frère du saint, ce traité d’Isidore contient des renseignements précieux sur l’état du culte divin et des fonctions ecclésiastiques dans l’Eglise gothique du VIIe siècle. Le premier livre, relatif au culte, passe en revue les chants, les cantiques, les psaumes, les hymnes, les antiennes, les prières, les répons, les leçons, l’alléluia, les offertoires, l’ordre et les prières de la messe dans la liturgie gallicane, cf. Duchesne, Les origines du culte chrétien, 2e édit., Paris, 1898, p. 189 sq., le symbole, les bénédictions, le sacrifice, les offres de tierce, sexte, none, vêpres et complies, les vigiles, les matines, le dimanche, le samedi, la Noël, l’Epiphanie, les Rameaux, les trois derniers jours du carême, les fêtes de Pâques, de l’Ascension, de la Pentecôte, des martyrs, de la dédicace ; les jeûnes du carême, de la Pentecôte, du septième mois, des calendes de novembre et de janvier, l’abstinence. Le second livre, relatif aux membres du clergé et aux diverses catégories de fidèles, traite des clercs : évêques, archevêques, prêtres, diacres, sous-diacres, lecteurs, chantres, exorcistes, acolytes, portiers ; des moines, des pénitents, des vierges, des veuves, des personnes mariées, des catéchumènes, des compétents, du symbole et de la règle de foi qui précèdent la collation du baptême, de la chrismation, de l’imposition des mains ou de la confirmation.
12° Synonyma, de lamentatione animæ peccatricis. Ces deux titres, dont le premier fit plutôt penser à quelque traité de grammaire, et dont le second des gémissements d’un pécheur, se justifient également, l’un pour la forme, l’autre pour le fond. En effet, chaque idée est présentée plusieurs fois par des expressions différentes, mais équivalentes : de là le titre de Synonyma. Mais comme il s’agit d’un pauvre pécheur qui gémit son propre état, le second titre explique la matière du traité. C’est une sorte de soliloque ou plutôt de dialogue intime entre l’homme et sa raison. L’homme, sous le poids des maux qui l’oppriment, en vient à désirer la mort ; mais la raison intervient pour relever son courage, lui rendre l’espoir du pardon, le ramener dans la bonne voie et pousser jusqu’au som- [col.105 fin / col.106 début] met de la perfection. Il a tort, en effet, de se plaindre, car les épreuves ont leur utilité : Dieu les permet pour notre amendement, et elles sont la juste punition de nos fautes. Mieux vaut donc lutter, se convertir, opposer de bonnes habitudes aux mauvaises, persévérer dans la crainte de mourir comme un impie et d’encourir les châtiments éternels : tel est l’objet du premier livre, au commencement duquel se lit cette sentence : Melius est bene mori quam male vivere ; melius est non esse quam infeliciter esse. Syn., I, 21, P. L., t. LXXXIII, col. 832. Dans le second livre, la raison continue à donner des approprié et détaillés pour conserver la chasteté, résister aux tentations, pratiquer la prière, la vigilance, la mortification, et poursuivre la conquête des biens célestes, etc., et elle conclut : Donum scientiæ acceptum retine, imple opere quod didicisti prædicatione. Syn., II, 100, ibid., col. 868. Et le pécheur aussitôt de remercier la raison. Cette œuvre de direction morale est, du point de vue de la piété, la plus intéressante de saint Isidore.
13° Regula monachorum. Résumé de tout ce que l’on trouve épars dans les ouvrages des Pères relativement à la disposition et à la distribution d’un monastère, à l’élection de l’abbé et à la vie des moines.
14° Epistolæ. En dehors des lettres, qui servent de préface ou de dédicace à cinq de ses ouvrages, on n’en a conservé que quelques autres : trois à Braulio, évêque de Saragosse ; nue à Leudefeld, de Cordoue, concernant les membres et les fonctions du clergé dans l’Eglise ; une à Massona, de Mérida, sur la réintégration, après pénitence, des clercs tombés dans le péché ; une à Helladius, sur la chute de l’évêque de Cordoue ; une au duc Claude, sur ses victoires ; une à l’archidiacre Redemptus, sur certains points de liturgie ; une autre enfin à Eugène, sur l’éminente dignité des évêques, en tant que successeurs des apôtres, et plus particulièrement du pontife romain, tête de l’Eglise.
15° De ordine creaturarum. Cet opuscule, retenu comme authentique par Arevalo, traite d’abord de la Trinité, puis des créatures spirituelles, c’est-à-dire des anges distribués en neuf chœurs, du diable et des démons, ensuite des eaux supérieures du firmament, du soleil, de la lune, de l’espace supérieur et inférieur, des eaux et de l’océan, du paradis, et enfin de l’homme après le péché, de la diversité des pécheurs et du lieu de leur peine, du feu du purgatoire et de la vie future.
16° De natura reum. Dédié au roi Sisebut, après avoir été composé sur sa demande, ce petit travail résume tout ce que les anciens ont écrit sur le jour, la nuit, la semaine, le mois, l’année, les saisons, le solstice et l’équinoxe, le monde et ses parties, le ciel et les sept planètes alors connues, le cours du soleil et de la lune, les éclipses, les étoiles filantes et les comètes, le tonnerre et les éclairs, l’arc-en-ciel, les nuages, la pluie, la neige, la grêle, les vents, les tremblements de terre, etc. Pour les diverses sources, voir Becker, De natura rerum, Berlin, 1857.
17° Chronicon. Toujours fidèle à sa méthode, Isidore résume dans cette chronique, en une suite de 122 paragraphes, les six âges de l’histoire du monde, depuis la création jusqu'à l’an 654 de l’ère espagnole, c’est-à-dire jusqu’en 616, en empruntant ses matériaux aux travaux de Jules l’Africain, d’Eusèbe, de saint Jérôme et de Victor de Tunnunum, et en y rajoutant quelques renseignement sur l’histoire de l’Espagne. Il a soin, à la fin, de rappeler la victoire de Léovigilde, sur les Suèves, le soulèvement d’Herménégilde, mais sans faire la moindre allusion à sa mort violente, la conversion de Recarède et de tous les Goths d’Espagne, et la part que prît à ce grand évènement son frère Léandre. Pour les sources, voir Hertzberg, Ueber die Croniken des Isidorus von Sevilla, dans [col.106 fin / col.107 début] Forschungen zur deutschen Geschichte, 1875, t. XV, p. 289-360.
18° Historia de regibus Gothorum, Wandalorum et Suevorum. Ce résumé historique, tout à l’honneur de l’Espagne dont il célèbre la richesse, la fécondité et la gloire, est d’une valeur inappréciable et constitue la source principale pour l’histoire des Visigoths, depuis leur origines jusqu’à la cinquième année du règne de Suintila, en 621, c’est-à-dire pendant 256 années ; pour l’histoire des Vandales, depuis leur entrée en Espagne sous Gundéric, en 408, jusqu’à l’invasion de l’Afrique et la défaite de Gélimer, en 522 ; et enfin pour l’histoire des Suèves, qui, entrés en Espagne en même temps que les Alains, les Vandales s’y maintinrent jusqu’en 585, lors de leur incorporation au royaume des Goths. Cf. Hertzberg, Die Historien und die Chroniken des Isidorus von Sevilla, Gœttingue, 1874.
19° De viris illustribus. Sur une liste de 46 noms dont il est question dans ce traité, treize appartiennent à des auteurs espagnols, ce qui nous vaut des renseignements précieux sur plusieurs évêques d’Espagne, antérieurs au VIIe siècle. On y trouve une note sévère sur la mort d’Osius et un éloge mérité de Léandre au sujet de son influence religieuse et de la part qu’il prit à la conversion des Goths.

 III. DOCTRINE.

1° Observation préliminaire. Sur l’Ecriture, le dogme, la morale, la discipline et la liturgie, saint Isidore a résumé la science de son temps ; mais c’est moins sa pensée qu’il nous donne que celle des autres. Il s’est contenté d’être l’écho de la tradition, dont il a pris soin de recueillir et de reproduire les témoignages, et, à ce point de vue ; son œuvre des plus précieuse ; c’est celle d’un disciple très averti, d’un témoin autorisé, mais ce n’est pas celle d’un initiateur ou d’un maître. S’en tenant trop exclusivement à sa méthode de collectionneur et de rapporteur, il n’a pas donné, dans quelque œuvre originale et forte, toute la mesure de son talent. Dans ces conditions, il serait difficile de parler de son enseignement personnel ; il suffira de signaler quelques points particuliers sur lesquels son témoignage est bon à recueillir ou à propos desquels il a été l’objet d’accusations injustifiées.
 2° Sur l’Ecriture. 1. Le canon. Par trois fois, saint Isidore a donné le catalogue des livres de la Bible. Etym., VI, I ; In libros Veteris et Novi Testamenti proæmia, prol. 2-13 ; De officiis ecclesiasticis, I, XI, P. L., t. LXXXIII, col. 150-160 ; 229 ; 746. Pour l’Ancien Testament, c’est la liste du Prologus galeatus. Aux trois classes des protocanoniques, livres historiques, prophétiques et hagiographes, Isidore joint celle des deut rocanoniques, la Sagesse, l’Ecclésiastique, Tobie, Judith et les deux livres des Machabées, parce que l’Eglise, dit-il, les tient pour des livres divins. Pour le Nouveau testament, c’est l’ordo evangelicus ou les quatre Evangiles ; l’ordo apostolicus : les quatorze épîtres de saint Paul, les sept Epîtres catholiques rangées dans l’ordre suivant : Pierre, Jacques, Jean et Jude, et enfin les Actes et l’Apocalypse. Ce dernier livre était encore contesté en Espagne, mais Isidore eut soin, au IVe concile de Tolède, de faire porter ce décret : " L’autorité de plusieurs conciles et les décrets synodaux des pontifes romains déclarent que le livre de l’Apocalypse est de Jean l’Evangéliste et ordonnent de le recevoir parmi les livres divins. Mais il y a beaucoup de gens qui contestent son autorité et qui ne veulent pas l’expliquer dans l’Eglise de Dieu. Si désormais quelqu’un ne le reçoit ou ne le prend pas pour texte d’explication pendant la messe, de Pâques à la Pentecôte, il sera excommunié. " Can. 17.
 2. L’inspiration. Saint Isidore affirme le fait de l’inspiration divine de tous les auteurs sacrés, mais sans en spécifier la nature ; il se contente de dire : Auctor earumdem Scripturarum Spiritus Sanctus esse credit- [col.107 fin / col. 108 début] tur ; ipse enim scripsit qui prophetis suis scribenda dictavit. De offic. eccle., I, XII, 13, P. L., t. LXXXIII, col. 750. Quant au rôle et à la part de l’écrivain sacré dans la rédaction de son œuvre, il n’en parle pas, cette question n’ayant pas encore été pleinement élucidée.
 3. L’interprétation. Isidore connaît la multiple signification du texte sacré ; il sait que l’on peut entendre au sens littéral et au sens spirituel, au sens propre ou métaphorique. Scriptura non solum historialiter sed etiam mysterio sensu, id est spiritualiter, sentienda est. De fide cath., II, XX, 1, P. L., t. LXXXIII, col. 528. Scriptura sacra ratione tripartita intellegitur ; d’abord secundum litteram sine ulla figurali intentione ; ensuite secundum figuralem intellegentiam absque aliquo rerum respectu ; enfin salva historica rerum narratione, mystica ratione. De ord. creat., X, 6-7, P. L., t. LXXXIII, col. 939. Pour l’intelligence des passagers les plus obscurs, il rappelle, à la suite de saint Augustin, mais sans y joindre les judicieuses réflexions de l’évêque d’Hippone dans son De doctrina christiana, III, XXX-XXXVIII, 42-56, les sept règles du donatiste Tichonius. Sent., I, IXI, P. L., t. LXXXIII, col. 581-586.
 3° Sur le dogme. Deux points de doctrine ont paru répréhensibles dans saint Isidore : l’un sur la prédestination, l’autre sur la transsubstantiation ; qu’en est-il ?
 1. La prédestination. Saint Isidore parle dans un passage de la gemina prædestinatio, sive electorum ad requiem, sive reproborum ad mortem. Sent., II, VI, 1, P. L., t. LXXXIII, col. 606. Hincmar de Reims, au IXe siècle, a conclu de là que l’évêque de Séville était un successeur des Gaulois qu’avait combattu saint Augustin dans son De prædestinatione sanctorum et son De bono perseverantiæ. C’est bien à tort, car il n’y a pas de preuve que le prédestinatianisme ait paru en Espagne, soit de provenance gauloise, soit d’ ailleurs. L’erreur des prédestinatiens du IXe siècle fut de croire que Dieu prédestine les pécheurs, non seulement à la damnation, mais aussi au péché. Or, saint Isidore distingue avec raison l’une de l’autre, il nie la prédestination au péché ; car Dieu ne veut pas le péché, il ne fait que le permettre ; et s’il est question de l’endurcissement ou de l’aveuglement du pécheur, il faut prendre garde au rôle négatif de Dieu. Obdurare dicitur Deus hominem, non ejus faciendo duritiam, sed non auferendo eam, quam sibi ipse nutrivit. Non aliter et obcæcare dicitur quosdam Deus, non ut in eis eamdem ipse cæcitatem eorum ab eis ipse non auferat. Sent. II, V, 13, P. L., t. LXXXIII, col. 605. Quant à la prédestination à la peine, Isidore l’enseigne : Miro modo æquus omnibus Conditor alios prædestinando præeligit, alios in suis moribus pravis justo judicio derelinquit ; quidam enim gratissimæ misericordiæ ejus prævenientis dono salvantur, effecti vasa misericordiæ ; quidam vero reprobi habiti ad pœnam prædestinati damnantur, effecti vasa iræ. Different., II, XXXII, 117-118, P. L., t. LXXXIII, col. 88.
 Au sens propre et rigoureux qu’il aura dans la langue théologique, le mot de prédestination ne s’applique qu’à certaines créatures raisonnables qui doivent avoir la gloire du ciel en partage ; c’est la prescience, non des mérites de la créature, mais des bienfaits de Dieu ; c’est le plan éternel de Dieu statuant en lui-même l’obtention du ciel pour ceux qui, en effet, doivent un jour et pour l’éternité, être admis à ce bonheur. Il ne s’applique au pécheur que dans un sens impropre ; car la réprobation implique de la part de Dieu deux choses, d’abord la permission de la faute, ensuite la volonté de la punir. Dieu permet le péché : pourquoi ? C’est le grand mystère, dont il n’est point permis de demander compte à Dieu ; et Dieu très justement châtie le péché non pardonné et non expié. Cf. Arevalo, Isidoriana, part. I, c. XXX, n. 1-14, P. L., t. LXXXI, col. 150-157. [col.108 fin / col.109 début]
 2. La transsubstantiation. D’après Bingham, Origines eccles., l. XV, c. V, sect. 4, Londres, 1710-1719, t. VI, p. 801, saint Isidore aurait nié la transsubstantiation. S’il s’agit du mot, il est certain que saint Isidore ne l’a pas employé, pour la bonne raison qu’il n’existait pas encore pour exprimer la nature du changement qui s’opère au sacrifice de la messe par la consécration ; mais s’il s’agit du sens exprimé si bien plus part par le mot de transsubstantiation, on ne peut pas soutenir qu’Isidore ne l’a pas enseigné. Car, dans un passage, il dit qu’on appelle corps et sang du Christ le pain et le vin, quand ils sont sanctifiés et deviennent sacrement par l’invisible opération du Saint-Esprit. Unde hoc, eo jubente corpus Christi et sanguinem dicimus, quod, dum sit ex fructibus terræ, sanctificantur et fit sacramentum operante invisibiliter Spiritu Dei. Etym., VI, XIX. Resteraient-ils pain et vin tout en devenant sacrement ? Nullement, car, dans un autre passage, après avoir dit comme saint Paul : panis, quem frangimus, corpus Christi est, il ajoute : Hæc autem, dum sunt visibilia, sanctificata per Spiritum Sanctum, in sacramentum divini corporis transeunt. De offic. eccl., I, XVIII. Transeunt, qu’est-ce à dire ? Il s’agit bien d’un changement, d’une transformation, et n’est-ce pas là l’équivalent du mot transsubstantiation ? Cf. Arevalo, Isidoriana, part. I, c. XXX, n. 15-24, P. L., t. LXXXI, col. 157-160.
 4° Sur les sacrements. Bingham, Origines eccles., l. XII, c. I, accuse encore saint Isidore de n’avoir fait qu’un seul sacrement du baptême et de la confirmation. En effet, l’évêque de Séville a écrit : Sunt autem sacramenta baptismus et chrisma, corpus et sanguis. Etym., VI, XIX. D’où Bingham de conclure : de même que corpus et sanguis ne désignent qu’un seul et même sacrement, de même baptismus et chrisma. Conclusion erronée, car Isidore, loin de confondre le sacrement du baptême avec celui de la confirmation, les distingue l’un de l’autre : Sicut in baptismo peccatorum remissio datur, ita per unctionem sanctificatio Spiritus adhibetur, et il traite ailleurs, De offic. eccles., II, XXV-XXVIII, P. L., t. LXXXIII, col. 822-826, séparément et distinctement du baptême, de la chrismatio et de l’imposition des mains. Ce que l’on peut reprocher à son langage, c’est, tout au plus, un certain manque de précision fort excusable à une époque où la théorie sacramentaire n’était pas encore rigoureusement fixée. Cf. Arevalo, Isidoriana, part. I, c. XXX, n. 22-25, P. L., t. LXXXI, col. 160-162.
 5° Sur l’origine de l’âme des enfants d’Adam. L’âme de l’enfant qui vient au monde a-t-elle été créée dès l’origine, ou n’est-t-elle créée par Dieu qu’au moment de la conception, ou bien encore ne serait-elle pas transmise du père au fils par voie de génération ? Autant de questions soulevées parmi les Pères grecs et latins et résolues en sens divers. Saint Augustin est mort sans avoir pu y trouver une solution qui le satisfît. Saint Isidore, cela va sans dire, rappelle les opinions anciennes, en constatant que la question est des plus difficiles et n’a pas été tranchée. Differ., II, XXX, 105 ; De offic. eccl., II, XXIV, 3 ; De ord. creat., XV, 10, P. L., t. LXXXIII, col. 85, 818, 952. Toutefois il se prononce pour la création de l’âme au moment où elle doit animer un corps humain : Animam non esse partem divinæ substantiæ, vel naturæ, nec esse eam priusquam corporis misceatur, constat ; sed tunc creari eam quando et corpus creatur, cui admisceri videtur. Sent., I, XII, 4, P. L., t. LXXXIII, col. 562.
 I. EDITIONS. Margarin de la Bigne fut le premier à publier les œuvres de l’évêque de Séville sous ce titre : S. Isidori Hispalensis episcopi opera omnia, Paris, 1580. Son édition était incomplète et laissait à désirer. près de vingt ans après, Grial donna une autre édition beaucoup plus soignée, mais qui est encore loin d’être satisfaisante : [col.109 fin/col.110 début] Divi Isidori Hispalensis episcopi opera, Madrid, 1599 ; 2 vol. 1778. Le bénédiction Jacques du Breuil, profitant du travail de ses devanciers, améliora celle de Margarin de la Bigne et compléta celle de Grial sans la rendre plus correcte : S. Isidori Hispalensis episcopi opera omnia, Paris, 1601 ; Cologne, 1617. Au XVIIIe siècle, Ulloa reprit l’édition de Grial et la publia à Madrid, en 1778, revue, corrigée et augmentée de notes de Gomez. Mais il restait un examen critique à faire sur tous les ouvrages, authentiques ou supposés, de saint Isidore ; ce fut l’œuvre d’Arevalo. Ce dernier, grâce à un examen attentif et à une connaissance approfondie du sujet, passa en revue les manuscrits et les éditions et ne retint comme authentique que les ouvrages dont l’analyse a été donnée dans cet article, en suivant l’ordre de la dignité des matières et, dans chaque matière, le genre d’abord, les espèces ensuite ; c’est jusqu’ici la meilleure de toutes les éditions : S. Isidori Hispalensis episcopi opera omnia, 4 vol., Rome, 1797-1803. Migne l’a reproduite : P. L., t. LXXXI-LXXXIV, en y joignant la Collectio canonum attribuée à saint Isidore, ainsi que la Liturgia mozarabica secundum regulam beati Isidori, P. L., t. LXXXV-LXXXVI. Depuis lors quelques ouvrages de saint Isidore ont fait l’objet d’éditions critiques nouvelles. La partie historique, sous ce titre : Isidori junioris Hispalensis historia Gothorum, Wandalorum, Sueborum ad annum 624, a été insérée dans les Monumenta Germaniæ historica. Auctores antiquissimi, Berlin, 1894, t. XI, p. 304-390. G. Becker a donné une édition critique du De natura rerum, Berlin, 1857. K. Weinhold, a publié quelques fragments en vieil allemand de l’opuscule contre les juifs : Di altdeutschen Bruckstücke des Tractats des Bischofs Isidorus von Sevilla De fide catholica contra judæos, Paderborn, 1874. G. A. Hench, a publié un fac-similé du codex de Paris : Der althochdeusche Isidor. Fac-Simile Ausgabe der Pariser Codex, nebst kritischen Texte der Pariser und Monseer Bruchstücke, Strasbourg, 1893. Il reste encore beaucoup à faire. W. M. Lindsay, Isidori Hispalensis Etymologiarum seu Originum libri XX, 2 vol. Oxford, 1911 : Beer, Isidori Etymologiarum cod. Toletanus phototypice editus, Leyde, 1909.
 II. SOURCES. S. Braulio, évêque de Saragosse, contemporain et ami de saint Isidore ; Prænotatio librorum divi Isidori, P. L., t. LXXXI, col. 15-17 ; S. Ildefonse, De viris illustribus, IX, ibid., col. 27-28 ; un récit de la mort de l’évêque de Séville, ibid., col. 30-32 ; Acta sanctorum, avril, t. I, p. 325-361.
 III. TRAVAUX. Des biographies ont été publiées par Cajétan, Rome, 1616, par Dumesnil, 1843, par l’abbé Colombet, 1846. Sur la vie et les œuvres de saint Isidore, Noël Alexandre, Historia ecclesiastica, Paris, 1743, t. X, p. 195, 411-413 ; Dupin, Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, Mons, 1691, t. VI, p. 1-6 ; Ceillier, Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, Paris, 1858-1868, t. XI, p. 720-728 ; N. Antonio, Bibliotheca hispana vetus, Madrid, 1788, p. 321 sq. ; Florez, España sagrada, Madrid, 1754-1777, t. III, p. 101-109 ; t. V, p. 417-420 ; t. VI, P. 441-452, 477-482 ; t. IX, p. 173, 406-412 ; Arevalo, Isidoriana, P. L., t. LXXXI ; Bourret, L’école chrétienne de Séville sous la monarchie des Wisigoths, Paris, 1855 ; Gams, Die Kirchengeschichte von Spanien, Ratisbonne, 1862-1874, t. II, sect. II, p. 102-113 ; Ebert, Histoire générale de la littérature du moyen âge en Occident, trad. franç., Paris, 1883, t. I, p. 621-636 ; Teuffel, Geschichte der römischen Litteratur, Leipzig, 1870 ; trad. franç., Paris, 1883, t. III, p. 337-345 ; Dressel, De Isidori Originum fontibus, Turin, 1874 ; Hertzberg, Ueber die Chroniken des Isidorus von Sevilla, dans les Forschungen zur deutschen Geschichte, 1875, t. XV, p. 289-360 ; Menendez y Pelayo, S. Isidore et l’importance de son rôle dans l’histoire intellectuelle de l’Espagne, trad. franç., dans les Annales de philosophie chrétienne, 1882, t. VII, p. 258-269 ; Manitius, Geschichte der christ.-latein. Poesie, Stuttgart, 1891, p. 414-420 ; Klusmann, Excerpta Tertullianea in Isidori Hispa. Etymologiis, Hambourg, 1892 ; Dzialowski, Isidor und Ildefons als Litterarhistoriker, Munster, 1899 ; Bardenhewer, Patrologie, 3e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1910, p. 568 sq. ; Realencyklopädie für protestantische Theologie und Kirche, 3e édit., Leipzig, 1901, t. IX, p. 447-453 ; Leclercq, L’Espagne chrétienne, Paris, 1906, p. 302-306 ; Kirchenlexicon, 2e édit., t. VI, p. 969, 976 ; Smith et Wace, A dictionary of christian biography, t. III, p. 305-313 ; U. Chevalier, Répertoire. Bio-bibliographie, t. I, p. 2283-2285 ; Schwarz, Observationes criticæ in Isidori Hispalensis Origines, Hirschberg, 1895 ; Schulte, Studien über den Schriftstellerkatalog des h. Isidorus, dans Kirchengeschitliche. Abhandlugen de Sdralek, Breslau, 1902, [col.110 fin / col.111 début] t. VI ; Endt, Isidor und Lukasscholien, dans Wiener Studien, 1909 ; Valenti, S. Isidoro, noticia de sua vida y escritos, Valladolid, 1909 ; Schenk, De Isidori Hispalensis de natura rerum libelli fontibus (diss.), Iéna, 1909 ; C. H. Besson, Isidor Studien, Munich, 1913 ; J. Tixeront, Précis de patrologie, Paris, 1918, p. 492-496.

G. BAREILLE.
 
 

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