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Saint Jean de la Croix
docteur de l'église catholique
1542 - 1591

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télécharger La Montée du carmel, La Nuit Obscure et lettre à un frère carme


Jean de la Croix, traduction du père Cyprien de la Nativité de la Vierge, carme déchaussé (1641)
Le père Lucien-Marie a réalisé en 1959 une reprise de cette traduction avec de très légères modifications
Mère Marie du saint Sacrement (+ le 9 août 1939, dans le carmel de Bangalore, Inde)

Le Père Pierre Sérouet a fait "une vingtaine" de changements de mots devenus désuets

Juan de la Cruz, Obras Completas (texto-critico-populars), editadas por el P. Simeon de la Sagraga Familia, OCD, Archivo Silveriano, Burgos, 1972,
L'édition du Cerf a restructuré l'édition de Mère Marie du saint Sacrement suivant l'édition critique originale espagnole avec l'aimable autorisation de l'éditeur espagnol,
Les titres et les numéros ne sont pas de saint Jean de la Croix.
 

La Montée du Carmel - lire - télécharger - plan détaillé
La Nuit obscure - Lire - télécharger
Le cantique spirituel - lire - télécharger
La Vive Flamme d'Amour - lire - télécharger
Lettres - lire - télécharger
Lettre à un frère carme - lire
Poésies - lire - télécharger
Avis et Maximes - lire - télécharger

Saint Jean de la Croix

Né Jean de Yepes, religieux, réformateur, écrivain, mystique puis docteur de l'Église, saint Jean de la Croix est né à Fontiveros, Espagne, en 1542.

(Atlas routier de l'Europe Michelin, page 39 au F1 : suivre la N501 entre Salamanca et Avila, tourner à gauche après Penaranda de Bracamonte, direction Arevalo.)

Il est mort à Ubeda, en 1591.

(Page 44 au A2 : de Grenada, prendre la N323 en direction de Jean, puis la N321 jusqu'à l'intersection de la route N322. Ubeda est à 9 kilomètres de Baeza..)

Entre ces deux dates, Jean de la Croix a entreprit avec sainte Thérèse, la réforme de l'ordre carmélitain créant de ce fait l'ordre des Carmélites déchaussées. - Il fut persécuté par les moines de persuasion plus mitigée (les chaussés), fut déféré à l'Inquisition, prêcha, dicta, enseigna...

Ses livres, fort en demande encore aujourd'hui, ont pour titre :

La montée du Carmel
La nuit obscur
Vive flamme d'amour
 

Canonisé en 1726, il fut déclaré docteur en 1926.

On le fête le 24 novembre.

saint Jean de la Croix
 

Biographie en résumé
Carme mystique espagnol et Docteur de l'Église (1542-1591). Figure de premier plan de la réforme du Carmel, maître de la théologie dite négative, Jean de la Croix enseigne que pour parvenir à l'union d'amour mystique avec Dieu l'âme doit suivre la voie du dépouillement absolu. Ses écrits (La nuit obscure, La vive flamme d'amour) ont profondément marqué la mystique chrétienne par leur intensité, et la poésie universelle par leur beauté, ce qui lui vaut maintenant d'être appelé le Docteur de la Nuit et le Prince des poètes. La rigueur de son enseignement et de sa vie a fait dire au philosophe Gustave Thibon qu'il fut «[le] plus extrémiste de tous les saints».

Vie et oeuvre
Jean de Yepes naquit en 1542, en vieille Castille, dans un milieu familial noble vivant du tissage. En 1545, la famille de Jean fut décimée: il perdit son père et un de ses frères. Ce fut alors le début d'une période de misère et d'exclusion pour Jean, sa mère et son autre frère. En 1551, la famille trouva du travail à Médina del Campo. C'est à cette époque que les dons de Jean se manifestèrent: curiosité intellectuelle, amour du beau, piété, dévouement exceptionnel pour autrui. En 1563, à l'âge de vingt ans, il prit l'habit chez les Carmes sous le patronyme de Jean de Saint-Matthias. Quatre ans plus tard, à Médina, il rencontra Thérèse d'Avila qui venait de fonder un Carmel dans la ville. Elle convainquit Jean de se joindre à elle dans sa réforme de l'ordre. Jean devint vite un pilier de la Réforme thérésienne, en plus de développer un lien privilégié avec Thérèse. Celle-ci, impressionnée par son zèle d'ascète, l'appelait à la blague son «petit Sénèque» 1. En décembre 1577, à cause de ses convictions de réformateur, Jean de la Croix fut enlevé par des frères Carmes adversaires de la réforme: ils l'enfermèrent dans leur couvent de Tolède. Le 17 août 1578, Jean s'évada. Selon Dominique Poirot, ces mois d'emprisonnement furent pour Jean «un temps de naissance à soi-même, temps qui lui aura permis de devenir pleinement créatif 2.» En effet, c'est durant sa captivité qu'il composa ses premiers poèmes. En 1582, après la mort de Thérèse, il devint prieur du couvent de Grenade. Il rédigea alors ses grands écrits et se révéla un maître de vie spirituelle. En 1589, il fut élu prieur du couvent de Ségovie. Jean mourut le 14 décembre 1591, à l'âge de quarante-neuf ans.

Jean de la Croix fut béatifié en 1675, canonisé en 1726 et proclamé Docteur de l'Église par le pape Pie XI en 1926. Pie XII le déclara patron des poètes espagnols le 21 mars 1952 et Jean-Paul II patron des poètes de langue espagnole le 8 mars 1993.

Jean de la Croix enseigne que pour parvenir à l'union d'amour mystique avec Dieu l'âme doit suivre la voie du dépouillement absolu. Pour Jean, l'âme qui aime doit «travailler à se dépouiller et dénuer pour Dieu de tout ce qui n'est point Dieu (3)». Ses écrits (La montée du Carmel, La nuit obscure, Les cantiques spirituels, La vive flamme d'amour) ont profondément marqué la mystique chrétienne par leur intensité, et la poésie universelle par leur beauté, ce qui lui vaut maintenant d'être appelé le Docteur de la Nuit et le Prince des poètes. La rigueur de son enseignement et de sa vie a fait dire au philosophe Gustave Thibon qu'il fut «[le] plus extrémiste de tous les saints 4».
 

Notes

1. Yvonne Pellé-Douël, Saint Jean de la Croix et la nuit mystique, Paris, Seuil, 1960, p. 25.
2. Dominique Poirot, Vie de Jean de la Croix.
3. Jean de la Croix, La montée du carmel, in Oeuvres complètes. Traduction par Lucien-Marie de Saint-Joseph. Desclée de Brouwer, 1967, p. 135.
4. Benoît Lemaire, «Pour parler de l'absolu: un témoin, Gustave Thibon», L'Agora, vol. 5, no 3, 1998, p. 29
 

Oeuvres de saint Jean de la Croix
Traductions françaises

Oeuvres complètes. Traduit de l'espagnol par Mère Marie du Saint-Sacrement. Édition établie, révisée et présentée par Dominique Poirot. Paris, Cerf, 1997.

Poésies complètes. Traduction de Bernard Sesé. Préface de Pierre Emmanuel. Postface de Jorge Guillén. Édition bilingue. Obsidiane, 1983.

La montée du Carmel

La nuit obscure

Les Cantiques spirituels de saint Jean de la Croix. Traduits en vers français par le R.P. Cyprien, carme déchaussé. Préface de Paul Valéry. Paris, Louis Rouart et Fils, 1941. Réédité chez DDB en 1996. Il s'agit de la première traduction française des poèmes de Jean de la Croix.

La vive flamme d'amour

Avis et maximes

Lettres et poésies
 

Éditions critiques complètes (en espagnol)

Obras del místico Doctor San Juan de la Cruz. Edición critica y la màs correcta y completa de las publicadas hasta hoy con introducciones y notas, del Padre Gerardo de San Juan de la Cruz, C.D., Toledo, 1912-1914, 3 vol.

Obras de San Juan de la Cruz Doctor de la Iglesia. Editadas y anotadas por el P. Silverio de Santa Teresa, O.C.D., Burgos, 1929-1931, 5 vol.
Documentation
En français

1. Ouvrages fondamentaux

Baruzi, Jean. Saint Jean de la Croix et le problème de l'expérience mystique (réédition de la deuxième édition de 1931). Paris, Salvator, 1999. Coll. «Pierres d'angle».

Bruno de Jésus-Marie, o.c.d. Saint Jean de la Croix. Préface de Jacques Maritain. Avec 21 gravures hors-texte et un fac-similé. Paris, Plon, 1929. Réimprimé à Paris en 1932 et à Bruxelles en 1961.

Crisógono de Jesús. Vie de Jean de la Croix (Vida de San Juan de la Cruz). Traduction de l'espagnol par Sr Marie-Agnès Haussièttre. Paris, Cerf, 1998. Coll. «Histoire».

Poirot, Dominique. Jean de la Croix, ami et guide pour la vie. Paris, Cerf, 1990. Coll. « Histoire ».

Poirot, Dominique. Jean de la Croix et l'union à Dieu. Paris, Bayard Éditions, 1996.

Thérèse d'Avila. Le Livre des Fondations, in Oeuvres complètes. Traduites par le R.P. Grégoire de Saint-Joseph. Paris, Seuil, 1949.
 

2. Études anciennes

Bruno de Jésus-Marie. Vie d'amour de saint Jean de la Croix. Paris, DDB, 1936.

Corte, Marcel de. « L'expérience mystique chez Plotin et chez S. Jean de la Croix », in Études carmélitaines, Desclée De Brouwer, octobre 1935, pp. 164-215.

Forest, Aimé. « La doctrine de saint Jean de la Croix », dans Consentement et Création. Paris, Aubier, 1943, pp. 166-188.

Fumet, Stanislas. « Saint Jean de la Croix et la Bible », in La Vie spirituelle, tome 67, juillet-août 1942, pp.11-27.

Maritain, Jacques. « Saint Jean de la Croix praticien de la contemplation », in Études carmélitaines - Mystiques et missionnaires, Desclée De Brouwer, avril 1931, pp. 62-109.

Thibon, Gustave. « Nietzsche et saint Jean de la Croix (Étude caractérologique) », in Études carmélitaines, octobre 1935, pp. 17-86.

Thibon, Gustave. « Saint Jean de la Croix et le monde moderne », in Saint Jean de la Croix et la pensée contemporaine. Tarascon, Éd. du Carmel, 1942, pp. 52-66.

Vilnet, Jean. Bible et mystique chez saint Jean de la Croix. Desclée De Brouwer, 1949. Coll. « Études Carmélitaines ».
 

3. Études récentes

Bouillard, Henri. « La sagesse mystique selon saint Jean de la Croix », Recherches de science religieuse, 50, 1962, pp. 481-529.

Brito, Émile. « Pour une logique de la création: Hegel et saint Jean de la Croix », in Nouvelle Revue Théologique, tome 106, 1984, pp. 493-512; pp. 686-701.

Bruno de Jésus-Marie, o.c.d. « Saint Jean de la Croix et la psychologie moderne », in Études carmélitaines - Direction spirituelle et psychologie, Desclée De Brouwer, 1951, pp. 9-24.

Bruno de Jésus-Marie. « Saint Jean de la Croix: maître de sagesse », in Ephemerides Carmeliticae, 3, 1959, pp. 427-441.

Gouraud, Pierre. La gloire et la glorification de l'univers chez saint Jean de la Croix. Préface de Dominique Poirot. Paris, Beauchesne, 1998. Coll. « Théologie historique » # 107.

Lavelle, Louis. « La contemplation selon Jean de la Croix », in Quatre saints. Paris, Albin Michel, 1951, pp. 93-131.

Lucien-Marie de Saint-Joseph. « La direction spirituelle d'après saint Jean de la Croix », in Études carmélitaines - Direction spirituelle et psychologie, Desclée De Brouwer, 1951, pp. 173-204.

Lucien-Marie, o.c.d. L'expérience de Dieu - Actualité de saint Jean de la Croix. Paris, Cerf, 1968. «Cogitatio Fidei» # 36.

Stein, Edith. La science de la Croix - Passion d'amour de saint Jean de la Croix. Traduit par Étienne de Sainte Marie, o.c.d. Paris, Béatrice-Nauwelaerts; Louvain, E. Nauwelaerts, 1957.

Wojtyla, Karol. La foi selon saint Jean de la Croix. Préface du cardinal Pierre-Paul Philippe. Paris, Cerf, 1980.
source: http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/saint_Jean_de_la_Croix

14 décembre

St Jean de la croix,

prêtre et docteur de l'Eglise
Sa vie

Jean de Yepes naquit en 1542, à Fontiveros, entre Salamanque et Avila, sur la meseta de Vieille Castille ; son père, de vieille lignée tolédanne, parce qu’il s’était mésallié avec la belle et vertueuse Catherine Alvarez, fut rejeté de sa famille et dut se faire marchand de soie. Après la mort du père (1544), Catherine et ses deux enfants se retirent à Arevala où Jean est tour à tour apprenti charpentier, tailleur, sculpteur sur bois et peintre. Vers 1554, la famille s’installe à Medina del Campo où Jean apprend à lire et à écrire au collège des Enfants de la Doctrine dont les religieuses lui confie la fonction de quêteur. En même temps qu’il est infirmier à l’hôpital de Las Bubas, il étudie chez les Jésuites, la grammaire et la philosophie. Après avoir refusé une chapellenie, il entre chez les frères de la Vierge, au couvent Sainte-Anne de Médina où il prend le nom de Jean de Saint-Matthias. Il poursuit ses études de philosophie à Salamanque où il fait aussi sa théologie et reçoit l’ordination sacerdotale (1568). Conquis par sainte Thérèse d’Avila qu’il a rencontrée en 1567, il travaille à la restauration de la règle primitive des Carmes et, en novembre 1568, devenu Jean de la Croix, il obtient la permission de la vivre, avec deux compagnons, à Duruelo. Il se conforme aux anciennes austérités et s’adonne à quelques prédications.

Maître des novices à Pastrana (1570), recteur du collège des étudiants carmes à Alcade de Henares (1571), de 1572 à 1577, il dirige les religieuses du carmel d’Avila. Au chapitre général des Carmes qui se tient à Plaisance, en 1575, les primitifs de Castille sont sévèrement jugés comme désobéissants, rebelles et contumaces. Dans la nuit du 3 au 4 décembre 1577, Jean de la Croix et un de ses compagnons sont enlevés pour être enfermés au monastère de Tolède où il reste neuf mois dans un cachot d’où la Vierge le fait évader quelques jours après le 15 août 1578.

Supérieur du Calvaire, près des sources du Quadalquivir, il confesse les carmélites de Beas. En 1579, il fonde le collège carme de Baeza ; en 1582, il est élu prieur du carmel des Martyrs, à Grenade où il travaille de ses mains à construire un aqueduc et un cloître ; deuxième définiteur et vicaire général de l’Ordre en Andalousie (1585), il est prieur de Ségovie (1588) mais, le chapitre général de Madrid (1591) ne lui confie aucune charge et l’envoie à Penuela ; envoyé au couvent d’Ubeda (1591), il y meurt, le vendredi 13 décembre 1591, un peu après minuit.
 

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Purification

La connaissance purificatrice et amoureuse, ou lumière divine, purifie l'âme et la dispose à se l'unir parfaitement, comme le feu agit sur le bois pour le transformer en soi. Le feu matériel, appliqué au bois, commence tout d'abord à le dessécher ; il en expulse l'humidité et lui fait pleurer toute se sève. Aussitôt il commence par le rendre peu à peu noir, obscur, vilain ; il lui fait répandre même une mauvaise odeur ; il le dessèche insensiblement ; il en tire et manifeste tous les éléments grossiers et cachés qui sont opposés à l'action du feu. Finalement quand il commence à l'enflammer à l'extérieur et à l'échauffer, il le transforme en lui-même et le rend aussi brillant que le feu. En cet état le bois n'a plus l'action ni les propriétés du bois ; il n'en conserve que la quantité et la pesanteur qui est plus grande que celle du feu ; car il a déjà en lui les propriétés et les forces actives du feu. Il est sec et il dessèche ; il est chaud, et il réchauffe ; il est lumineux, et il répand sa clarté ; il est beaucoup plus léger qu'avant ; et c'est le feu qui lui a communiqué ses propriétés et ses effets.

Or nous devons raisonner de la même manière avec ce feu divin de l'amour de contemplation qui, avant de s'unir l'âme et de la transformer en soi, la purifie tout d'abord de tous ses éléments contraires. Il en fait sortir toutes ses souillures ; il la rend noire, obscure ; aussi apparaît-elle pire qu'avant, beaucoup plus laide et abominable que précédemment. Comme cette divine purification chasse toutes les humeurs mauvaises et vicieuses qui étaient très enracinées et établies dans l'âme, celle-ci ne les voyait pas ; elle ne s'imaginait pas qu'il y eût tant de mal en elle, et maintenant qu'il s'agit de les chasser et de les détruire, on les lui met sous les yeux. Elle les voit très clairement à l'éclat de cette obscure lumière de divine contemplation ; mais elle n'est pas pour cela pire en elle-même et devant Dieu. Néanmoins, comme elle voit alors en elle-même ce qu'elle n'y découvrait pas précédemment, il lui semble évident que non seulement elle est indigne du regard de Dieu, mais qu'elle mérite qu'il l'ait en horreur et que déjà elle est pour lui un objet d'horreur.

Saint Jean de la Croix
 

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Morceaux choisis

Détachement

Pour arriver à goûter tout, veillez à n'avoir goût pour rien.

Pour arriver à  savoir tout, veillez à ne rien savoir de rien.

Pour arriver à posséder tout, veillez à ne posséder quoi que ce soit de rien.

Pour arriver à être tout, veillez à n'être rien, en rien.

Pour arriver à ce que vous ne goûtez pas, vous devez passer par ce que vous ne goûtez pas.

Pour arriver à ce que vous ne savez pas, vous devez passer par où vous ne savez pas.

Pour arriver à ce que vous ne possédez pas, vous devez passer par où vous ne possédez pas.

Pour arriver à ce que vous n'êtes pas, vous devez passer par ce que vous n'êtes pas.
 
 

Moyen de ne pas empêcher le tout.

Quand vous vous arrêtez à quelque chose, vous cessez de vous abandonner au tout.

Car pour venir du tout au tout, il faut se renoncer du tout au tout.

Et quand vous viendrez à avoir tout, il faut l'avoir sans rien vouloir.

Car si vous voulez avoir quelque chose en tout, vous  n'avez pas purement en Dieu votre trésor.
 
 

Peu importe que l'oiseau soit tenu attaché par un lien faible ou fort. Le lien serait-il faible, tant qu'il n'est pas rompu, l'oiseau restera prisonnier sans pouvoir s'envoler. Ainsi en sera-t-il de l'âme qui se laisse attacher à une chose insignifiante.

Aimer, ce n'est pas éprouver de grandes choses, c'est connaître un grand dénuement et une grande souffrance pour l'Aimé.

Jésus-Christ est très peu connu de ceux qui se croient ses amis, car nous les voyons rechercher en lui non ses amertumes, mais leur propre consolation.

Il est mieux de souffrir pour Dieu que de faire des miracles.

Saint Jean de la Croix
 

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Encore un texte magnifique

Vous ne m'enlèverez pas, ô mon Dieu, ce que vous m'avez déjà donné en votre Fils Unique, Jésus-Christ. J'ai reçu en lui tout ce que je désire, et c'est pourquoi si j'espère, je pourrai me réjouir de votre prochaine venue. Et puis, pourquoi, mon âme, recourir à ces espérances ? Dès ce moment ne peux-tu pleinement aimer Dieu dans ton cœur ?

Les cieux sont à moi, la terre est à moi ; à moi les nations, à moi les justes, à moi les pécheurs. Les anges sont à moi, la Mère de Dieu et toutes les choses créées sont miennes ; Dieu lui-même est à moi et pour moi, puisque Jésus-Christ est à moi et tout entier pour moi ! Qu'as-tu donc à demander et à chercher, ô mon âme ? Tout cela n'est-il pas à toi et pour toi ?

Ne te rapetisse pas, ne t'attarde pas aux miettes qui tombent de la table de ton Père ; sors de ta bassesse et glorifie-toi en ta gloire ; cache-toi en elle pour y trouver tes délices et tu posséderas tout ce que ton cœur demande.

Saint Jean de la Croix
 

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Montée

Ci-dessous les strophes célèbres composées par le saint et qui servent de thèmes aux divers développements de son ouvrage “ La Montée du Carmel ” :
 
 

Strophes où l'âme chante l'heureux sort qu'elle a eu de passer par la nuit obscure de la foi pure et sa purification pour arriver à l'union de l'Amour.
 
 

Par une nuit profonde,

Etant pleine d'angoisse et enflammée d'amour,

Oh ! l'heureux sort !

Je sortis sans être vue,

Tandis que ma demeure était déjà en paix.
 
 

J'étais dans les ténèbres et en sûreté

Quand je sortis déguisée par l'escalier secret,

Oh ! l'heureux sort !

J'étais dans les ténèbres et en cachette,

Tandis que ma demeure était déjà en paix.
 
 

Dans cette heureuse nuit,

Je me tenais dans le secret, personne ne me voyait,

Et je n'apercevais rien

Pour me guider que la lumière

Qui brûlait dans mon cœur.
 
 

Elle me guidait

Plus sûrement que la lumière du midi

Au but où m'attendait

Celui que j'aimais,

Là où nul autre ne se voyait.
 
 

Ô nuit qui m'avez guidée !

Ô nuit plus aimable que l'aurore !

Ô nuit qui avez uni

L'aimé avec sa bien-aimée

Qui a été transformée en lui !
 
 

Sur mon sein orné de fleurs,

Que je gardais tout entier pour lui seul,

Il resta endormi,

Et moi je le caressais

Et avec un éventail de cèdre je le rafraîchissais.
 
 

Quand le souffle provenant du fort

Soulevait déjà sa chevelure,

De sa douce main

Posée sur mon cou il me blessait,

Et tous mes sens furent suspendus.
 
 

Je restai là et m'oubliai,

Le visage penché sur le Bien-Aimé.

Tout cessa pour moi, et je m'abandonnai à lui,

Je lui confiai tous mes soucis

Et m'oubliai au milieu des lis.

Saint Jean de la Croix
 

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Prière

Et je vis sans vivre en moi.

Embrasée par mon désir,

Je meurs de ne pas mourir [Sainte Thérèse d’Avila]

Si je vis sans vivre en moi,

 Sans Toi je ne peux pas vivre.

Exister sans moi, sans Toi,

Est-ce donc mourir ou vivre ?

Mille morts serait la vie

Hors du suprême désir.

Je meurs de ne pas mourir.
 
 

Cette vie où je crois vivre,

Où j'agonise sans Toi,

Est la mort qui va me suivre

Jusqu'à ce que je Te voie.

Ecoute, Seigneur, la voix,

Les plaintes de mon désir !

Je meurs de ne pas mourir.
 
 

Etant si loin, si loin de Toi,

Quelle vie a-t-il, mon être,

Sinon la mort sans effroi,

Sans mourir et sans renaître ?

Seigneur, j'ai pitié de moi,

J'ai pitié de mon désir.

Je meurs de ne pas mourir.
 
 

Le poisson sorti de l'eau

Voit la fin de sa misère :

La mort qu'il subit lui vaut

La Mort, une mort plénière.

Moi je vis dans la douleur

Qui n'a ni nuit ni lumière,

Car je vis plus que je meurs.
 
 

Quand j'adore Ton image

Dans le Très Saint Sacrement,

Ton regard ne me soulage

Que pour creuser mon tourment.

La chair dressant ses barrages

Sur les flots de mon désir,

Je meurs de ne pas mourir.
 
 

Si j'exulte d'allégresse

A ta présence, Seigneur,

De ne pas Te voir sans cesse

Se décuple ma douleur.

Vivant ainsi dans la peur

Terrible de mon désir,

Je meurs de ne pas mourir.
 
 

Ah ! sors-moi de cette mort,

Seigneur, donne-moi la vie !

Ouvre Ta source aux transports

De ma soif inassouvie !

Je meurs d'espoir, de remords,

Et de crainte, et de désir.

Je meurs de ne pas mourir.
 
 

Je redouterai la mort,

Je pleurerai sur ma vie

Tant qu'elles seront flétries

Par des péchés sans remords.

Quand luira, Seigneur, le jour

Où je pourrai dire : " Amour

Je vis de vivre toujours " ?

Saint Jean de la Croix
source: http://missel.free.fr/Sanctoral/12/14.htm
 

Jean de la Croix, Styles
Notes d'après Balthasar, La gloire et la Croix, tome Sytles (2-2)

Pour Balthasar, Pascal et Jean de la Croix refondent une nouvelle esthétique en contrepoids des critiques formulées par Luther et la Réforme et notamment de la sola fide de Luther.

D'après lui, Jean de la Croix centre toute sa théologie sur l'enseignement du Christ. La voie étroite tracée par Jean de la Croix se concentre sur un "Dieu seul suffit" à coté duquel, les charismes, les illuminations et toutes autres manifestations de Dieu sont des simples expressions de l'intériorité de Dieu. Il faut aller au delà, à la suite du Christ, dans une nuit obscure, mais une nuit démythisée.

Jean de la Croix affirme que l'amour peut purifier l'âme jusqu'à ce qu'elle devienne une vive flamme d'amour, anticipation de la béatitude même.

Il reprend en cela la voie de Dante mais détaché de ses images, dans un chemin plus solitaire.

Pour Jean de la Croix, l'immensité infinie et sans images de Dieu dépasse toute compréhension. Il s'agit d'un secret, indicible. L'âme peut en jouir mais ne peut lui donner de nom.

Pour lui, Dieu est non seulement le tout-autre, il est le non Aliud (cf. p.20). Balthasar reprend là probablement une définition donnée par Nicolas de Cuse en 1461 dans De li non aliud, de celui que ne pouvant nommer, il appelle le non-autre, c'est-à-dire l'unique, auquel rien n'est comparable et rien ne peut être semblable. Pour Jean de la Croix, il faut comme Madeleine chercher le vivant parmi les morts. Chercher le Christ de la croix réelle en mourant avec lui....

Balthasar note que l'essentiel de Jean de la Croix est dans ses poèmes, les commentaires n'en donnant qu'une image partielle. Si Saint Jean de la Croix s'inscrit dans la mouvance du lyrisme de son époque, il dépasse les allégories pour leur donner un sens véritablement théologique.

Chez Saint Jean de la Croix, le renoncement à l'esthétique le porte loin de Bonnaventure, là où le "glaive évangélique s'enfonce et sépare l'âme d'elle-même" (p. 27).

L'oeuvre est parcourue par la réduction. Pour Jean de la Croix, rien de créé n'est Dieu. Il faut donc dépasser la figure du créé pour atteindre Dieu.. Si Dieu est l'être, la créature n'est rien. Si Dieu est beauté, la créature est laideur...

Il faut donc tout perdre pour gagner l'essentiel. Chercher le noyau divin dans l'écorce créée. Ce chemin est un combat. On ne peut ainsi se complaire dans une manifestation du divin. Il faut se projeter tout entier dans une nudité totale vers l'être nu de Dieu.

Tous les privilèges ne sont rien... Pour Jean de la Croix, on est appelé à chercher l'indifférence, viser une résurrection intérieure de l'âme jusqu'à ce que le voile qui sépare l'âme de Dieu soit si mince qu'il se déchire.

La voie tracée par Jean de la Croix conduit à une perte de goût pour les choses qui prouve que l'on commence à goûter Dieu tel qu'il est en lui même.

"Le retrait passif de toute délectation dans les choses et même en Dieu, par le minuit de la pure foi aveugle conduit jusqu'à l'aurore d'une nouvelle délectation substantielle des voies de Dieu".

Il s'agit d'un contact substantiel, d'essence à essence, de personne à personne : comparable au baiser du Cantique des Cantiques (cf. p. 40). Au coeur du je, s'actualise le coeur du Toi. Deux fausses pistes peuvent apparaître. Un panthéisme ou l'on se perd dans un magma sans Je, ou une union à Dieu purement accidentelle. Pour Jean de la Croix la mystique s'achève plutôt dans l'ordre trinitaire.

Pour lui, sur le plan de la vie trinitaire, nous sommes au delà de la distance qui sépare comme de l'identité qui menace la personne. L'éveil du Toi au coeur du Je devient alors le contenu d'une vie d'amour.

Le Fils est un miroir sans tâche. En tant que contact, il fait sentir la main de Dieu qui touche. Et de ce contact on reçoit une brûlure intérieure qui est ni la main, ni le contact mais une blessure intérieure (l'Esprit Saint).

Alors le face à face prend une figure trinitaire.

La contemplation consiste à voir. Le regard de l'âme n'est possible que par le regard préalable de la grâce. La lumière vive de la contemplation révèle cette gloire. Il suffit d'ouvrir la main pour recevoir les grâces de Dieu dit le Ps 144,16 La gloire victorieuse de Dieu est pleine de douceur et d'amour (cf 1 rois 19) même si l'homme reste écrasé par sa grandeur (comme Job).

Pour Jean de la Croix, le véritable siège de la beauté c'est la contemplation. Il faut avec la Foi, dépasser le fini et ce dépassement est crucifiant pour l'homme terrestre mais pour l'homme céleste il signifie la liberté de l'amour.

Pour lui, tout reste centré sur le Christ, le reste est sous-entendu. La voie extrême tracée par Jean de la Croix, voie du Mont Carmel est-elle un chemin pour tous ? La question est aussi vieille que la spiritualité chrétienne, répond Balthasar.

Pour Balthasar, le chemins tracé par Jean de la Croix ouvre trois pistes : a) elle actualise l'analogia entis de la philosophie, b) elle est "normative" pour tous chrétiens : rend visible la forme de vie chrétienne c) elle rend témoignage d'une vie contemplative élevée, étoile rective pourvu que soit laissé à Dieu le choix d'appeler certaines âmes à d'autres voies et d'autres rythmes (cf. p. 67).

Elle n'est pas imitable au sens littéral. La Petite Thérèse a délivré le Carmel de cette obsession rappelle Balthasar.

Le chemin de Jean de la Croix est parabolique, hyperbolique pourrions nous ajouter à la suite de P. Beauchamp. C'est comme poète que Jean de la Croix est docteur de l'Eglise...

Source :

Hans Urs von Balthasar, La gloire et la croix.
Styles. (tome 2-2) De Jean de la Croix à Péguy Aubier Théologie,
traduit de l'allemand par Réné Givord et Hélène Bourboulon,
ISBN 2 7007 342 1
Copyright Editions Montaigne 1972
source: http://chemins.eklesia.net/cdh/jeandlc.php
 

Jean de la Croix compose cette glose sur la beauté à Grenade. Le couvent est situé dans la cadre d'une nature splendide, face à la Sierra Nevada. Jean chante l'unique beauté de Dieu, qu'aucune autre beauté ne peut surpasser et qui ne doit pas égarer le chercheur d'absolu. Expérience esthétique par excellence, infiniment respectueuse de l'absence de Dieu. Les neuf strophes décrivent les attraits et les déceptions qu'apportent les beautés passagères des créatures ; elles ne font qu'attiser le désir de la beauté de Dieu lui-même, leur auteur. Les finales répétitives et modulées des strophes sont à remarquer ; elles sont d’ailleurs en italiques dans les premiers manuscrits.

De même que la création poétique de Jean de la Croix est à situer dans sa vie, sa spiritualité s’origine chez le poète mystique.
 
 
 
 

Cour des Lions de l'Alhambra
 
 

Sa vie

Il est très parlant de chercher et trouver dans le contexte même de la vie de Jean de la Croix sa création poétique. Jean de Yepes né en 1542 à Fontiveros, bourg du plateau de Haute Castille, dans un foyer désargenté par mésalliance. Il n’a que deux ans lorsque son père meurt. Son enfance et sa jeunesse sont celles des pauvres de la paroisse. Il est remarqué pour sa piété, sa générosité et son intelligence, ce qui lui permet d’acquérir une culture humaniste. Francisco, le frère aîné de 12 ans, qui fonde famille, demeurera son confident toute sa vie. Alors que Catalina sa mère est venue s’installer à Médina del Campo, il entre à 21 ans au noviciat des Carmes et fait ses études scolastiques à l’Université de Salamanque. Au moment de son ordination sacerdotale, il rencontre Thérèse de Jésus qui l’entraîne dans la réforme de l’Ordre. Mais tout ce qu’il vit est au service de " l’union de l’âme avec Dieu par amour ".
 
 

La création poétique

L’ensemble des textes poétiques de saint Jean de la Croix qui nous est parvenu livre une œuvre assez brève, neuf cent quatre-vingt dix neuf vers. Ces textes relèvent de différents genres : toujours mystiques, tout à la fois lyriques et didactiques. Jean pratique cet art de quatre manières. La plus brillante est incontestablement celle des canciónes, les cinq poèmes : l’hendécasyllabe introduit par les octosyllabes apporte une vive musicalité ; cette versification en castillan est une reprise de la forme employée par Juan Boscán (1490 — 1550) qui publia un recueil de tels poèmes profanes ; Jean indique lui-même cet emprunt en marge du texte de ¡ Oh llama de amor viva… [Ô flamme par amour vive…] ; Boscán pratique cette nouveauté à l’école de son ami Garcilaso de la Vega (1503 - 1536) qui vécut à Tolède. Vient ensuite la manière des coplas et glosa, les cinq gloses : ensembles de trois à neuf strophes d’octosyllabes qui commentent un tercet ou quatrain dont un vers, ou plusieurs, est repris en finale de chaque strophe. Puis les romances, dix romances - au masculin -, selon une forme populaire et moyenâgeuse qui facilite la mémorisation, récitatifs faits d’ensembles d’octosyllabes assonancés par pairs et impairs. Enfin celle simple des letrillas : les versos, les vers au bas du Monte Perfecto, et deux ou trois sonnets dont la paternité n’est pas toujours établie.

Les frères P. et Y. Hébert, protestants, qui éditèrent en 1962 une traduction française des poèmes, étudient la versification utilisée par Jean dans le texte espagnol. Ils analysent particulièrement les rimes : " 1) Sur la rime. Rimes à finale fortes et rimes à finale faible ; prédominance et variété des rimes à finale faible ; genres où tous les vers sont à finales faibles, en particulier les poèmes majeurs [En una noche oscura... Adonde te escondiste ¡ Oh llama de amor viva...] ; genres où certains vers sont à finale forte, les autres à finale faible, et où s'établit une équivalence métrique entre les vers des eux catégories, par exemple des poèmes à refrain, tel et Entreme donde no supe ; les deux sortes principales de finales faibles : celles qui s'achèvent sur leur voyelle, ou bien cette voyelle est suivie d'une consonne. 2) Vers utilisés. L'endécasyllabe, vers très classique à finale faible utilisé dans les trois poèmes majeurs, l'heptasyllabe à finale faible associé à l'endécasyllabe, l'heptasyllabe à finale forte, l'octosyllabe à finale faible utilisé dans les trois poèmes à refrain, le pentasyllabe à finale faible du refrain : Que bien sé yo la fonte. Nos auteurs appliquent ces données à l'analyse des poèmes de jean de la Croix " [Cité par André Bord dans Variations autour de la poésie, Hommage à Bernard Sesé, p. 92 PUBLIDIX 2001].

Selon les témoignages de l’époque où Jean vécu ou la teneur des textes eux-mêmes, ont peut déduire le moment où il les a composés. Il est des plus probable qu'il a ainsi composé les deux gloses Vivo sin vivir en mí… [Je vis sans plus vivre en moi…] et Entreme donde no supe… [J’entrai où je ne savais…] lorsqu’il vivait dans l’enceinte du grand couvent de l’Incarnation, proche de Thérèse de Jésus et des religieuses, de 1572 à 1577. On trouve chez Thérèse de Jésus une composition analogue à partir d’un tercet Vivo sin vivir en mí… et leurs échanges sur l’extase sont connus. Ces deux gloses sont tout à fait identiques de forme. Dans la première, avec un minimum de langage religieux, Jean traduit la tension existentielle entre le désir de vivre pleinement de Dieu et la nécessité de quitter la vie présente devenue comme une mort ; d’une manière pathétique, il rapporte une expérience profondément humaine. Dans la seconde, de type hermétique mais aussi didactique, Jean relate l’expérience étrange de l’essence divine, au-delà de tout savoir.

C’est durant sa mise au secret par les frères de l’Ordre au couvent de Tolède, de décembre 1577 à Août 1578, que Jean est vraiment inspiré et que son génie poétique trouve toute sa mesure. L’épreuve du cachot aura été pour lui une nouvelle naissance. Dans la mouvance du cycle liturgique, alors qu’il est opprimé et dépossédé de tout secours religieux, son génie s’exprime. Durant le temps de l’Avent et de Noël, il compose les romances : à partir du Commencement de l’Évangile selon saint Jean, il conte l’histoire sainte ; En el principio moraba… [Dans le principe demeurait...] elle naît de la contemplation de la vie en Dieu, celle du Fils, dans le Père et leur commun Amour, jusqu’à l’incarnation et la nativité. L’amour de Dieu est montré avec beaucoup d’humanité en neuf séquences, suivies d’un romance de l’exil qui est aussi le sien, s’inspirant du psaume Super fulmina Babilonis. En carême et durant le temps pascal, germe en lui le poème Adonde te escondiste… [En quel lieu t’es-tu caché…] fruit merveilleux de sa méditation du Cantique des cantiques qu’il a mémorisé en grande partie auparavant. L’allégorie symbolique de l’amour de l’homme et de la femme chante dans l’univers et en sa propre vie l’histoire de l’amour divin. La mise en scène l’apparente à une mythologie pastorale. Il complétera plus tard les trente et une strophes de type pleinement hermétique. Alors qu’il entend de son cachot les bruissements du Tage, au temps de la Pentecôte, de la Trinité et du Corps du Christ qu’il ne peut fêter, il compose cet autre poème plus lyrique encore, mais théologique celui-là Que bien sé yo la fonte que mana y corre,/ aunque es de noche… [Je sais bien la fontaine qui coule et bruit,/ Encor que ce soit de nuit]. L’image lancinante des flots porte sa contemplation du mystère de Dieu, Père, Fils et Esprit saint, récapitulé dans le pain de vie dont il est privé.

Dans la suite de son évasion du cachot de Tolède, au lendemain de l’Assomption 1578, Jean crée le poème de type hermétique En una noche oscura… [Durant une nuit obscure…] le plus parfait littérairement, mais aussi le plus complet pour son évocation de l’ensemble de l’expérience mystique. La nuit tombée, une femme, l’amante - l’âme -, mais aussi l’humanité, s’esquive vers la terrasse de sa maison, à la recherche de son bien-aimé (les quatre premières strophes) ; guidée par un seul rai, elle trouve enfin dans la rencontre le repos de l’amour (les quatre dernières). Au cœur de la nuit, la lumière de l’amour mène à l’apaisement. L’aventure nocturne de l’emprisonnement et indicible de son âme font place à l’expérience amoureuse : Jean l’entend se murmurer en lui avec vaillance et tendresse. Il y a été envoyé en Andalousie. Là, dans la maturité, il donnera toute sa mesure.

Trois ajouts seront apportés plus tard au poème, dans la même forme Adonde te escondiste : les cinq dernières strophes Gocémonos, amado,/ y vámonos a uer en tu hermosura… [Bien-Aimé, s’esjouissant/ Allons ensemble nous voir en ta beauté…] puis les trois strophes précédentes Escóndete, carillo,/ y mira con tu haz a las montañas… [Tiens-toi caché, doux Ami,/ Et regarde avec ta face les montagnes…] et la strophe onzième Descubre tu presencia,/ y máteme tu vista y hermosura… [Découvre-moi ta présence,/ Et que me tue la vision de ta beauté !]. Ces ajouts disent aussi chacun une expérience spirituelle : la beauté, le retrait, la présence amoureuse de Dieu en sa beauté.

À Grenade, le couvent est situé dans le haut de la ville maure et face à la Sierra Nevada. C’est là que Jean rédige Traités et Commentaires. De 1582 à 1591, s’aidant du Boscán comme il le rappelle par son annotation, il écrit ¡ Oh llama de amor viva/ que tiernamente hier/ de mi alma en el más profundo centro !… [Ô flamme par amour vive/ Qui blesses de ta tendresse/ Mon âme dans son centre le plus profond !] pour Ana de Peñalosa et dans l’oraison. Le poème est encore de type hermétique. Mais c’est l’amour divin qui mène la fête au centre de l’âme. Avec sublimité, les images de la bûche enflammée et de la fraîcheur du souffle interprètent sa douceur ardente.

À Grenade aussi, avec une expérience apostolique des plus intense, Jean exprime une perception très forte de l’évangélisation par le poème du jeune berger Un pastorcico solo está penado… [Un jeune pâtre seul est dans la tristesse..]. Le poème pastoral est encore de type hermétique. Mais le sens caché et mystique est clair : l’amour du jeune berger est bafoué par sa compagne. Il pleure, non pas de la souffrance d’aimer, mais du mépris que rencontre son amour.

À Grenade encore, Jean compose trois gloses Tras de un amoroso lance… [D’un élan amoureux en quête…] Sin arrimo y con arrimo… [Sans arrimage et arrimé…] et comme nous l’avons rapporté en commençant ce texte Por toda la hermosura… [Pour la beauté des créatures/ Qu’onques je ne me fourvoie,/ Mais pour un je-ne-sais-quoi/ Qu’on obtienne par aventure !] Les trois gloses sont de type hermétique et a lo divino. La première s’apparente à la mythologie pastorale ; elle met en scène la pratique de la chasse au faucon dans l’amour courtois ; elle décrit le geste précis de l’oraison qui atteint Dieu. La seconde exploite l’image subtile de l’arrimage dans la forme de l’oxymoron ; elle pointe vers la liberté du croyant, mais l’amour appelle lui-même les vertus théologales de foi et d’espérance qui permettent au navire de voguer vers le port. La dernière reprend donc ce thème devenu le plus cher à Jean : la beauté, vécue sous le mode d’un je-ne-sais-quoi, qui mène seule à la divinité.

À Grenade enfin ont été rédigé les vers, enchâssés dans le dessin du Monte Perfecto, Para venir a gustarlo todo… [Pour arriver à goûter tout,/ ne désire avoir goût en rien ;/ pour arriver à posséder tout, / ne désire posséder quelque chose en rien] ; " nada per todo " ,le rien pour le tout, qui prendront place dans La Montée du Mont-Carmel (MC1, 13) .

Il est plus difficile de situer la composition dans les temps et lieux de ces deux autres lettrilles Navideña [C’est du Verbe divin/ Que la Vierge est empreinte;/ Elle vient au chemin,/ Ouvre-lui ton enceinte...] et Suma de perfección [Oubli dans les choses créées,/ Souvenir de leur Créateur,/ Attention à son intérieur,/ Et être aimant du bien-aimé]. Ces quatrains n’appellent pas de développement. La première " Fin d’année " pose la question : alors que c’est l’hiver, qui accueillera la femme enceinte à la veille de Noël ? Il y va de l’accueil de Dieu. La seconde s’intitule ordinairement : Somme et résumé de la perfection. Elle résume le message d’amour du poète mystique.

Jean de la Croix indique plusieurs fois que Traités et Commentaires ne sont là que pour aider à entrer plus avant dans la poésie ; et de toutes les manières à y revenir. Le texte explicatif, par la richesse des images et de la sonorité, est lui-même souvent lyrique.

Marginalisé à l’intérieur même de la réforme, en 1591 il se retire dans la solitude de La Peñuela, vivant de La vive Flamme d’amour, de la fidélité de quelques frères et de quelques sœurs et surtout de la pure amitié d’Ana de Peñalosa qui était veuve et pour laquelle il a rédigé ce texte le plus lyrique.

Refusant la prière des agonisants ce 14 décembre, il se fait relire le Cantique des cantiques. Il a 49 ans.
 
 

Sa spiritualité

Les enseignements de Jean de la Croix, passés dans le recueil de ses écrits qui peuvent heureusement être présentés en un seul volume, sont issus de son expérience d’homme de Dieu. Et cette expérience renvoie tout évidemment à celle du poète.

Le terme " spirituel " recèle des sens différents. Jean n’emploie pas le terme " spiritualité " comme nous le faisons dans notre langage , encore moins qu’il n’employait le terme " mystique ".

Le spirituel est pour lui situé dans l’ensemble de l’expérience humaine. L’âme, que nous pouvons traduire aisément par " personne " et quelquefois par " humanité " s’exprime en ses deux parties, sensible et spirituelle. L’âme sensible s’exprime par les cinq sens (l’ouïe, la vue, l’odorat, le goût et le toucher) et par les quatre passions (joie et tristesse dans le présent, crainte et espérance devant l’avenir), l’âme spirituelle s’exprime par la médiation des trois puissances (l’entendement, la mémoire et la volonté) ; plus fondamentalement, l’homme est mu par deux passions : le concupiscible (pulsion de désir) et l’irascible (agressivité), et en son centre est la substance de l’âme. Sensible et spirituel ne se meuvent pas l’un sans l’autre.

Pour que chacun puisse s’y retrouver, Jean de la Croix décrit le chemin spirituel, lui-même précédé du chemin de la vertu. Dieu est le Tout-Autre, le Christ est le maître qu’il faut toujours mieux connaître pour agir en notre vie comme il le ferait lui-même. Haute est la montagne de la perfection, profonde la nuit à traverser pour parvenir au sommet. Pour déployer sa pensée, Jean emprunte cette anthropologie. Il a l’art de reprendre catégories traditionnelles et universelles pour exprimer une pensée très personnelle et parfois en montrer l’inutilité ; purification, contemplation et illumination, " union de l’âme avec Dieu par amour " sont comme des étapes, mais nos effort doivent faire place à l’œuvre même de Dieu. Il nous faut ainsi passer de la méditation à la contemplation, de l’activité à la passivité, du sens à l’esprit. L’Esprit saint est le véritable guide. Animé par les vertus théologales, la foi, l’espérance et la charité, l’âme parvient plus rapidement et avec moins de souffrance à l’obscure contemplation ; elle y trouve le repos. La " déité " certes donne sens au chemin spirituel ; c’est dans la fine pointe de l’esprit que Dieu, par l’Esprit saint, se communique. La personne toute entière est appelée à chanter l’Amour. Humilité et charité seront les critères de la vérité.

Deux thèmes majeurs peuvent être mis ici en exergue pour montrer l’originalité de son message, tels qu’ils apparaissent dans le poème  En una noche oscura…: la nuit en les quatre premières strophes et l’amour en les quatre dernières..

Parlant de l’indicible aventure, Jean motive l’emploi du symbolisme de la nuit pour deux causes : le sensible et le spirituel en l’homme et trois raisons : la nature elle-même, Dieu, le tout-autre, et la foi en l’entendement humain. Après Que bien sé yo la fonte que mana y corre,/ aunque es de noche… et En una noche oscura… , ainsi que tout au long des Commentaires et Traités, dans la vive Flamme d’amour, Jean commente : " Mon sens et ses profondeurs,/ Auparavant aveugle et sombre,/ En singulière excellence/ Donne à la fois chaleur, lumière au Bien-Aimé…  L’âme nous dit ici qu’avant d’avoir atteint la précieuse union divine, son sens était plongé dans l’ombre sous ces deux rapports. Effectivement, tant que le Seigneur n’a pas dit : Fiat Lux ! (Gn 1, 3) les ténèbres régnaient sur la face de l’abîme (Gn 1, 2), c’est-à-dire les profondeurs du sens… "

Le but du guide spirituel sera d’aider le disciple à parvenir rapidement à l’obscure contemplation, à entrer dans la nuit de la passivité où Dieu mène le changement.

La rencontre dans la nuit est une expérience amoureuse de Dieu : dans la nuit est vécue " l’union de l’âme avec Dieu par amour ". Désir et réalisation se donnent en l’humain. C’est le thème de l’alliance dans l’histoire sainte. Filiation et épousailles dans le Fils de Dieu et le fils de l’homme, transformation et divinisation de l’homme en Dieu, selon la marche de Dieu et celle de chaque âme. En Dieu, c’est fait. Dieu est Amour, là est notre origine et notre identité, tel que le chantent les Romances, venant guérir la grande blessure de l’exil que chacun porte avec lui dès sa naissance.
 
 

Le poète mystique

Jean de la Croix avec une souveraine liberté intérieure est devenu le Docteur mystique. Nous pouvons être avec confiance de ses disciples à la suite du Christ.

Thomas Merton (1915-1968), disciple moderne de saint Jean, a porté dans sa jeunesse ce jugement sur la langue espagnole : " Il me semble qu’après le latin, il n’existe pas de langue aussi adaptée à la prière et aussi faite pour parler de Dieu ; à la fois forte et souple, la langue espagnole a cependant cette acuité, cette dureté qui lui donne la précision qu’exige le vrai mysticisme ; et cependant, elle est douce comme le veut la dévotion ; elle est courtoise, suppliante et élégante, et se prête étonnamment peu à la sentimentalité. L’espagnol possède un peu de l’intellectualité du français, sans en avoir la froideur ; il ne surabonde jamais en mélodies féminines comme l’italien. Même sur les lèvres d’une femme, l’espagnol n’est jamais faible, jamais sentimental… Puis je rentrais lire Maritain ou sainte Thérèse jusqu ‘au déjeuner. " (La nuit privée d’étoiles, Club des libraires de France, pages 250-251). Ce jugement de Thomas Merton peut commencer à nous convaincre si nécessaire, nous français, puisant dans une culture européenne commune.

Mais l’important est l’expression poétique elle-même, l’emploi d’images pour l’indicible : montagne, nuit, bûche enflammée, amour… et beaucoup d’autre : l’univers entier est invité à chanter l’expérience divine. Jean s’en explique dans le Prologue du Cantique spirituel : " L’Esprit nous aide dans notre faiblesse par des gémissements ineffables…  ce que nous sommes incapables de bien comprendre et par conséquent de manifester. Qui pourra mettre sur le papier… Personne, même pas celles en qui cela se passe… De là vient qu’elles emploient des figures, des comparaisons, des similitudes pour épancher quelque chose de ce qu’elles goûtent… Ces similitudes, si elles ne sont pas lues dans la simplicité de l’esprit d’amour et d’intelligence qui les remplit, sembleront folie plutôt que discours sensés… cf. Le Cantique des cantiques… "

Ainsi l’expérience spirituelle prend le chemin du recueillement pour en être transformé. Dans le livre trois de la Montée qui traite de la nuit de la mémoire, Jean explique : " Parle, Seigneur, ton serviteur écoute… Celui qui entra corporellement, les portes fermées, dans le lieu où étaient ses disciples et leur donna la paix, sans qu’ils pussent s’expliquer ce que ce pouvait être, celui-là entrera spirituellement… Elle tenait fermées à toute connaissance les portes de sa mémoire, de son entendement et de sa volonté. Ces puissances seront inondées d’une paix qui coulera sur elle comme un fleuve. Elle se trouvera affranchie des craintes, des inquiétudes, des troubles, des ténèbres… Qu’elle prie avec ferveur… car son bonheur est proche. "

Retenons trois repères de l’expérience poétique et mystique : L’unité de la vie, la liberté intérieure, la perception de la beauté.

La cohérence de sa pensée reflète celle de sa vie, faite d’équilibre, de simplicité de bonté. Dans un seul passage de ses Écrits, une page, l’on retrouve toute sa pensée : un seul passage dit le tout, tel l’échantillon d’un tissu. Par exemple, l’ardeur, le plus difficile, demandé au commençant, lui-même l’a vécu.

Il a manifesté sa liberté intérieure dans l’emploi du langage pour parler d’expérience mystique, alors la symbolique nuptiale pouvait apparaître suspect. Des dénonciations à ce sujet dans les milieux fréquentés par Jean existent dans les archives. Il voit l’univers et sa vie d’un regard purifié. Sa liberté intérieure apparaît évidemment dans ses choix pour la réforme et lorsqu’il se trouve marginalisé à l’intérieur même de cette réforme à la fin de sa vie. Il a su assumer l’épreuve ou s’en protéger comme il l’écrit à Ana de Peñalosa.

Par sa sensibilité et sa poésie mystique, il entrevoit la beauté de Dieu et de l’univers en Dieu. Les passage explicites de ses Écrits ne manquent pas. Por toda la hermosura… un no se que… [Pour la beauté des créatures/ Qu’onques je ne me fourvoie,/ Mais pour un je-ne-sais-quoi/ Qu’on obtienne par aventure !] Il nous est rapporté que s’entretenant avec une jeune sœur du carmel de Béas, Françoise de la Mère de Dieu, il lui demandait ce qui se passait dans son oraison. Elle répondit qu’elle pensait à la beauté de Dieu. Il revint le lendemain avec les cinq dernière strophe qui seront commentées merveilleusement dans le cantique spirituel. Gocémonos, amado,/ y vámonos a uer en tu hermosura… [Bien-Aimé, s’esjouissant/ Allons ensemble nous voir en ta beauté…]

" Faisons en sorte que par l’exercice de l’amour nous en arrivions à nous voir en ta beauté, au sein de l’éternelle vie : Que je sois tellement transformée en ta beauté, que je te devienne semblable, en sorte que, nous contemplant l’un l’autre, chacun de nous voie dans l’autre sa propre beauté, qui ne sera que ta seule beauté, mon Bien-Aimé. Ainsi je me verrai dans ta beauté et tu me verras dans ta beauté. Ainsi, dans ta beauté je paraîtrai toi-même et tu paraîtras moi-même. Ma beauté sera ta beauté, et ta beauté sera ma beauté. Je serai toi-même dans ta beauté, et tu seras moi-même dans ta beauté, parce que ta beauté sera ma beauté. Et ainsi, je serai toi-même dans ta beauté, et tu seras moi-même dans ta beauté, parce que ta beauté sera ma beauté. Et il sera vrai de dire que nous nous verrons l’u dans l’autre dans ta beauté.

Telle est l’adoption des enfants de Dieu… Tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi (Jn17, 10)… L’âme ne peut se voir dans la beauté de Dieu et y trouver la ressemblance avec lui qu’en se transformant dans la sagesse de Dieu… L’âme vraiment altérée de la sagesse veut d’abord pénétrer plus avant dans l’épaisseur de la croix, qui est le chemin de la vie (Mt 7, 14) "

Ces strophes répondaient à la strophe qui interrogeait l’univers et sa beauté dans sa recherche de Dieu au début du Cantique :
 
 

La demande aux créatures :

IV

Ô forêts, sombres fourrés,

Plantations de la main de mon Bien-Aimé !

Ô espaces verts des prés

De tant de fleurs parsemés !

Dites-moi s’il a laissé sa renommée.
 
 

La réponse des créatures :

V

Mille grâces il répandait

Dans ces bocages qu’en hâte il traversait ;

Alors il les regardait,

Son visage paraissait ;

Revêtus de sa beauté, il les laissait.
source: http://perso.p-poirot.mageos.com/poetemystique.htm
 

SAINT JEAN de la CROIX
Religieux Carme
(1542-1591)

Saint Jean de la Croix naquit près d'Avila, en Espagne. Jouant un jour au bord d'un étang, il glissa au fond de l'eau; une grande et belle dame vint lui offrir la main pour le sauver: "Non, dit l'enfant, vous êtes trop belle, ma main salirait la vôtre." Alors un vieillard se présenta, marchant aussi dans l'eau, tendit son bâton à l'enfant et le ramena sur le bord. Une autre fois il tomba dans un puits; on croyait l'y retrouver mort; il était assis paisiblement: "Une belle dame, dit-il, m'a reçu dans son manteau et m'a gardé." Ainsi Jean croissait sous le regard de Marie.

Un jour qu'il priait Notre-Seigneur de lui faire connaître sa vocation, une voix intérieure lui dit: "Tu entreras dans un Ordre religieux, dont tu relèveras la ferveur primitive." Il avait vingt et un ans quand il entra au Carmel, et dépassa de beaucoup tous ses frères, tout en cachant ses oeuvres extraordinaires. Il habitait un réduit obscur, mais dont la fenêtre donnait dans la chapelle, en face du Très Saint-Sacrement. Il portait autour du corps une chaîne de fer hérissée de pointes, et par-dessus cette chaîne un vêtement étroit et serré, composé de joncs enlacés par de gros noeuds. Ses disciplines étaient si cruelles, que le sang jaillissait en abondance.

Le sacerdoce ne fit que redoubler son désir de la perfection. Il songeait à s'ensevelir à la Chartreuse, quand sainte Thérèse, éclairée de Dieu sur son mérite, lui confia ses projets de réforme du Carmel et l'engagea à se faire son auxiliaire. Jean se retira dans une maison étroite, pauvre, insuffisante, et commença seul un nouveau genre de vie, conforme aux Règle primitives de l'Ordre du Carmel. Peu de jours après, il avait deux compagnons: la réforme était fondée.

Ce ne fut pas sans tempêtes qu'elle se développa, car l'enfer sembla s'acharner contre elle, et tandis que le peuple vénérait Jean comme un Saint, il eut à souffrir, de la part de ceux qui auraient dû le seconder, d'incroyables persécutions, les injures, les calomnies, jusqu'à la prison. Pour le consoler, Marie lui apparut et lui annonça sa délivrance prochaine; en effet, quelques jours après, il se trouva, sans savoir comment, au milieu de la ville de Tolède. Dieu le récompensa de ses épreuves par des extases fréquentes; sainte Thérèse l'appelait un homme tout divin. Il écrivit des ouvrages spirituels d'une élévation sublime. Une colombe le suivait partout, et une odeur suave s'exhalait de son corps. Au moment de sa mort, un globe de feu brillant comme un soleil entoura son corps.

Le Pape Pie XI l'a proclamé Docteur de l'Église, le 24 août 1926.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.
source: http://magnificat.qc.ca/cal/fran/11-24.htm

saint Jean de la Croix
Mystique espagnol (Fontiveros, prov. d'Ávila, 1542 — Ubeda, 1591).
Il entra chez les carmes en 1563, suivit des cours à l'université de Salamanque et fut ordonné prêtre en 1567. Il aida Thérèse d'Ávila dans sa réforme des carmélites (1568). Il fut emprisonné par ses adversaires libéraux (1577), mais parvint à s'évader. Les moines qui le suivirent prirent le nom de Carmes déchaux. Nommé par la suite vicaire provincial d'Andalousie, Jean de la Croix est aussi l'auteur de poèmes mystiques célèbres, ainsi que de quatre traités qui en sont l'exégèse: Nuit obscure, Montée du Carmel, Cantique spirituel et Vive Flamme d'amour. Docteur de l'Église (1926). Fête le 14 décembre.
source:  http://fr.encyclopedia.yahoo.com/articles/j/j0000392_p0.html

Autres livres de saint Jean de la Croix:

Conseils de Spiritualité
Paroles de lumière et d'amour
Courts traité spirituels
Poèmes
Le Cantique Spirituel
La Vive Flamme d'amour
Lettres
Textes Officiels
 

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