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Saint Robert Bellarmin
docteur de l'église catholique
1542-1621
L'échelle Sainte - lire - télécharger

Le Gémissement de la Colombe ou le Don des Larmes - télécharger
table des matières
livre 1
livre 2
livre 3

Les Discours__tome 1 et 2__tome 3 et 4

Du gémissement de la colombe, ou le don des larmes,
De gemitu columbae sive de bono lacrymarum libri tres, Lugduni, 1617.
édition par JESUSMARIE.com et Jocelyne M.
 


François-Robert-Romulus BELLARMIN
cardinal, archevêque de Capoue, l’un des principaux théologiens de la Compagnie de Jésus et, comme controversiste, l’un des plus savants et des plus habiles défenseurs de l’Eglise romaine.
article du Dictionnaire de Théologie Catholique

I. Notice biographique. II. Ecrits. III. Caractéristique, doctrine, influence.

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I. NOTICE BIOGRAPHIQUE.
1° Enfance et jeunesse religieuse, 1542-1568.
Robert Bellarmin naquit à Montepulciano, au territoire de Florence, le 4 octobre 1542. Son père, Vincent, appartenait à une famille noble, mais ruinée ; sa mère, Cynthia, était sœur du cardinal Cervin qui, sous les papes Paul III et Jules III, présida le concile de Trente et, en 1555, occupa pendant trois semaines le trône pontifical sous le nom de Marcel II. L’enfance de Robert nous est connue par des notes autobiographiques qu’il rédigea dans sa vieillesse et qui furent imprimées pour la première fois en 1676, comme pièces du dossier relatif à la cause du vénérable serviteur de Dieu. Positio super dubio an contest de virtutibus, Rome, 1712, Summarium, p. 118 sq. Quelques détails complémentaires se tirent de lettres inédites de la famille Cervin, récemment publiées par G. Buschbell, Aus Bellarmins Jugend, dans Historisches Jahrbuch, Munich, 1902, t. XXIII, p. 52 sq., 307 sq. Celui qui devait fournir une carrière si bien remplie nous apparaît d’abord comme un enfant faible et maladif, mais doué de qualités d’esprit exceptionnelles, où dominent la facilité à tout saisir, un rare talent d’appropriation et un vif penchant pour la poésie. En même temps les exemples et les leçons de sa sainte mère développaient dans cette nature d’élite une tendre et solide piété. Au milieu des difficultés qu’entraînaient pour eux l’entretien et l’éducation d’une nombreuse famille, les parents de Robert comptaient déjà sur lui pour relever leurs affaires ; il allait se rendre à Padoue, pour étudier la médecine, quand l’arrivée des jésuites à Montepulciano tourna ses pensées vers un autre objet. En 1558, il sollicita du P. Jacques Lainez, vicaire général de la Compagnie de Jésus, son admission dans cet ordre.
Cette résolution, dont la conséquence voulue était le renoncement aux dignités ecclésiastiques, renversait les espérances de Vincent ; le consentement paternel se fit attendre pendant un an ; qui devint un vrai temps de noviciat, consacré à l’étude et à la piété dans la solitude d’une maison de campagne. Libre enfin, Robert entra dans la Compagnie de Jésus à Rome le 21 septembre 1560. Bientôt, il commença l’étude de la philosophie au Collège romain, où enseignaient des maîtres tels que Tolet, Perpinien et Mariana. Malgré son mauvais état de santé, il obtint de grands succès et se signala dès lors par la netteté et la solidité de l’esprit. Quelques années, laborieuses et fructueuses, se passèrent ensuite dans l’enseignement des belles-lettres, d’abord à Florence en 1563, puis à Mondovi en Piémont, de 1564 à 1567. La poésie le charmait toujours ; pour les grandes fêtes il composait des vers qu’on affichait à la porte de l’Eglise. Autob., § 11. Mais il détruisit plus tard ses œuvres de jeunesse ; il n’en reste que très peu de chose : une petite pièce De sancta cordula, vierge et martyre, dont il fait hommage à son oncle, Alexandre Cervin, dans une lettre du 23 novembre 1558, publiée par G. Buschbell, loc. cit. ; l’hymne au Saint-Esprit, Spiritus celsi dominator axis, qui a été inséré, sans nom d’auteur, dans les Selecta carmina virorum illustrium : quelques poésies profanes qu’il avait corrigées et qui se trouvent dans le dossier de sa cause. Summarium additionale, p. 27 sq. En 1567, le jeune professeur fut envoyé à Padoue pour commencer
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ses études de théologie ; il y passa deux ans, ayant pour maîtres un dominicain et un jésuite. Dans un acte public qu’il soutint à Gênes, il fit preuve des mêmes qualités et obtint les mêmes succès qu’au Collège romain.
 2° Sermons et leçons de Louvain, 1569-1576.  L’hérésie menaçait alors les provinces de Flandre ; on demandait à Louvain un prédicateur qui pût tenir tête. Dans les divers endroits où il avait passé, Bellarmin s’était signalé par ses succès oratoires ; il fut désigné par le général de la Compagnie de Jésus, saint François de Borgia, mais il devait en même temps continuer, pendant un an, ses études de théologie. Il partit de Rome au printemps 1569, et fit route avec le célèbre William Allen, plus tard cardinal. A Louvain, le nouveau prédicateur obtint un succès remarquable, et par le nombre des auditeurs qui se pressaient autour de sa chaire à l’église saint Michel, et par les fruits de grâce ou de conversion qui s’ensuivirent parmi les étudiants, le peuple et même les hérétiques. Voir la lettre d’un témoin, Thomas Sailly, dans l’Annuaire de l’université catholique de Louvain, 1841, p. 169 sq. Au ministère de la prédication s’en joignit bientôt un autre, non moins important. Ordonné prêtre à Gand, par l’évêque de cette ville, Corneille Janssens, le 25 mars 1570, Bellarmin inaugura, au mois d’octobre suivant, l’enseignement public de la théologie au collège des jésuites. Il remplit cet office jusqu’en 1576, prenant pour texte de ses leçons la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin. En même temps, il composa pour ses élèves ou son usage personnel deux ouvrages d’inégale importance : une grammaire hébraïque, imprimée peu de temps après son retour à Rome, et une sorte de patrologie, publiée en 1613, sous le titre De scriptoribus ecclesiasticis. Autob., § 23 et appendice.
Comme professeur de théologie, le futur controversiste eut à lutter contre un adversaire de marque, Michel Baius, dont les erreurs, condamnées par saint Pie V, le 1er octobre 1567, n’en continuaient pas moins d’exercer une pernicieuse influence à Louvain. Lutte courtoise et qui n’eut d’autre objet que les vérités en jeu ; sans nommer jamais son adversaire, le jeune professeur  profitait des occasions que son cours lui offrait naturellement, pour réfuter les erreurs baianistes. De retour à Rome, il ne cessa pas de suivre cette affaire avec la plus grande attention ; on en peut juger par le rapport, intéressant et instructif, qu’il composa en 1579 et qui se trouve dans la continuation des Annales de Raynaldi par Laderchi. Annales ecclesiasticis ab anno 1566, Rome, 1728, t. XXII, p. 366 ; t. XXIV, p. 183 sq. Bellarmin n’en resta pas moins en bons termes avec l’université de Louvain. Lorsqu’en 1600, celle-ci eût à se défendre ses privilèges en cour de Rome, il y eut échange de lettres et d’aimables procédés entre les docteurs lovanistes et l’ancien adversaire de Baius, devenu cardinal influent. Annuaire de l’université, 1841, p. 164sq. La correspondance imprimée de Bellarmin contient même une lettre amicale, adressée en 1606 au fameux Jacques Janson. Venerabilis servi Dei Robert Bellarmini S. R. E. cardinalis e Soc. Jesu epistolæ familiares, epist. XLVII, in-12, Rome, 1650. Plus tard, quand on traita en cour de Rome de la béatification du vénérable serviteur de Dieu, une requête favorable fut adressée au Saint-Siège, en 1713, par le vicaire capitulaire de l’archevêché de Malines. Annuaire de l’université, 1841, p. 172.
 3° Cours de controverse au Collège romain¸1576-1588.  Les troubles excités en Flandre par l’invasion du prince d’Orange, Guillaume le Taciturne, avaient été pour Bellarmin l’occasion de grandes souffrances et de grands dangers. Autob., § 24 sq. Sa santé, toujours chétive, s’affaiblit tellement que, la dernière année de son séjour dans l’Athènes brabançonne, il dut renoncer à la prédication et se borner au travail de l’enseigne-
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ment. Mais, comme ses forces ne cessaient de décliner, en 1576, le P. Everard Mercurian, quatrième général de la Compagnie de Jésus, le rappela en Italie. Des demandes vinrent de divers côtés : à Paris, on offrait au P. Robert les chaires les plus considérables, à Milan, saint Charles Borromée le désirait pour prédicateur de sa cathédrale. Le P. Mercurian avait d’autres vues ; il se proposait de créer au Collège romain une chaire de controverse, dont les leçons s’adresseraient surtout aux jeunes gens du Collège germanique et du Collège anglais. Grégoire XIII bénit ce projet, et Bellarmin fut désigné pour occuper la chaire. A la fin d’octobre s’ouvrit le célèbre cours, d’où sortit le principal ouvrage du grand controversiste : Disputationes de controversiis christiniæ fidei adversus hujus temporis hæreticos. Dès le début, le nouveau professeur se fit admirer par sa méthode claire et compréhensive, son érudition, la franchise et la dignité de sa polémique. Aussi l’enseignement d’abord, puis la publication de ce cours de controverses, eurent, chez les protestants comme chez les catholiques, un immense retentissement. Bellarmin se trouva dès lors au premier rang parmi les champions de l’Eglise romaine, mais il eut surtout la joie d’être l’instrument de nombreuses et insignes conversions ; les Epistolæ familiares nous en font connaître quelques-unes. Epist. XI, XLVI, LXI, CVII, CL.
 D’autres travaux s’ajoutèrent à l’enseignement pendant cette période d’intense activité. Pendant ses vacances, du mois de mai au mois d’octobre1579 ou 1580, le P. Robert révisa à Naples les quatre premiers livres des commentaires de Salmeron sur l’Ecriture sainte et lui suggéra beaucoup de corrections. Autob., appendice. Les circonstances l’amenèrent ensuite à publier divers ouvrages de polémique : 1584, l’écrit Sur la translation de l’empire romain des Grecs aux Francs, en 1585, le Jugement du livre de la Concorde, augmenté plus tard d’une Courte apologie ; en 1586, sous le nom de François-Romulus, la Réponse aux principaux arguments d’une apologie, faussement intitulée catholique, en faveur du droit de succession d’Henri de Navarre, au trône de France. Enfin, un livre anonyme, paru à Monaco en 1586 et dirigé contre le pape Sixte V, à l’occasion de la bulle qu’il avait lancée contre Henri de Navarre le 9 septembre 1585, donna lieu à la Réponse au livre anonyme qui a pour titre : Aviso piacevole dato alla bella Italia. Vers la même époque, Bellarmin se trouva mêlé, comme censeur et comme apologiste, à la controverse survenue à Louvain entre la faculté de théologie et deux professeurs jésuites, Léonard Leys ou Lessius et Jean Duhamel. La faculté avait censuré, en septembre 1587, trente-quatre propositions, dont trois se rapportaient à l’Ecriture sainte, et le reste aux matières brûlantes de la grâce et de la prédestination. Sans endosser personnellement toutes les opinions des professeurs incriminés, Bellarmin émit sur la censure de Louvain un jugement motivé, où il dénonça le côté arbitraire et excessif ; il composa en même temps, pour la défense de Lessius, un petit traité dont il sera question dans la seconde partie de cette étude.
 La considération dont le P. Robert jouissait à Rome avait depuis longtemps porté le pape et les cardinaux à s’aider de ses lumières et de son concours. Il fut l’auxiliaire du cardinal Montalto dans l’édition des œuvres de saint Ambroise que le futur Sixte-Quint entreprit en 1580. Il travailla, dit-on, avec d’autres savants à l’édition du Rituale, imprimée à Rome sous Grégoire XIII, en 1584. Son nom figure enfin parmi ceux des consulteurs que le même pape adjoignit à la congrégation précédemment instituée par Pie IV pour la révision de la Vulgate, et qui, en guise de travail préliminaire, édita en 1587 l’Ancien Testament d’après les Septante. Mais bientôt une mission extérieure écarta momentanément de Rome le P. Bellarmin.
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 4° Légation de France, 1590.  Après le meurtre du roi Henri III, accompli le 2 août 1589, Sixte-Quint résolut d’envoyer en France le cardinal camerlingue Henri Gaétani, avec le titre de légat apostolique et la mission d’étudier l’état des esprits, de protéger aux mieux les intérêts du catholicisme et de faire autant que possible œuvre de paix, tout en conservant vis-à-vis des paris une entière indépendance. Comme le légat pouvait se trouver en face de questions juridiques et théologiques des plus graves, le pape voulut qu’il fût accompagné de savants prélats et que Bellarmin leur fût adjoint en qualité de théologien. Gaétani et ses auxiliaires partirent de Rome au commencement d’octobre et arrivèrent à Paris le 20 janvier 1590 ; ils y restèrent jusqu’à la fin d’août. Les incidents du voyage, le séjour à Paris dans l’inaction et les souffrances d’un siège rigoureux, puis la très grave maladie dont il fut atteint au retour, ont été racontés par Bellarmin lui-même dans son autobiographie, § 29-32.
 Le légat avait pris à l’égard du roi de Navarre une attitude d’hostilité intransigeante, qui l’a fait juger sévèrement par les historiens français, et qui provoqua le mécontentement de Sixte-Quint. H. de l’Epinois, La législation du cardinal Gaétani en France, dans la Revue des questions historiques, 1881, t. XXX, p. 460 sq., étude résumée dans le livre du même auteur sur La ligue et les papes, Paris, 1886 ; Caringi, Sixte-Quint et la Ligue, dans la Revue de monde catholique, 10 février et 10 avril 1867. De son côté, le théologien du légat ne cacha pas sa sympathie pour le parti de la Ligue, et plus tard, dans la préface du tome IV de ses Controverses, il a rendu au cardinal Gaétani un bel hommage d’estime et d’admiration. Mais, en pratique, il se renferma scrupuleusement dans le rôle qui lui avait été désigné par le pape. Consulté un jour par le légat sur une affaire purement politique, il fit cette réponse, au rapport d’un témoin, Pierre Seguier : « Monseigneur, comme je n’ai été envoyé en France que pour les questions qui touchent la religion et à ses progrès, je ne crois pouvoir sans désobéir m’occuper de celles où les intérêts temporels sont en jeu. » N. Frizon, Vie du cardinal Bellarmin, in-12, Avignon, 1827, t. I, p. 170. Pour le reste, il s’est rendu ce juste témoignage, qu’il ne fit rien qu’au nom du légat : Nihil ibi egit N. nisi nomine cardinalis legati. Des bruits alarmants ayant couru, comme celui d’un concile national où il serait question de créer un patriarche indépendant, il composa une lettre latine qui devait être adressée, au nom du cardinal, à tous les évêques français pour empêcher toute assemblée de ce genre. Le 4 août, il fut invité avec d’autres théologiens à répondre à ce problème délicat : « Les Parisiens encourraient-ils la peine de l’excommunication dans le cas où ils se soumettraient au Navarrais ? » Il se prononça nettement pour la négative. Henri IV sut gré à Bellarmin de sa conduite sage et réservée : devenu le roi Très-Chrétien, il vit toujours dans le cardinal jésuite un ami, et ne se souvint point des attaques du controversiste contre le prince huguenot. Voir, sur toute cette question, J.-B. Couderc, S. J., Le vénérable cardinal Bellarmin, l. II, c. XII, XIII, 2 in-8°, Paris, 1893.
 5° Les controverses à l’Index : préface de la Vulgate, 1590-1592.  La mort de Sixte-Quint, survenu le 27 août 1590, mit fin à la légation du cardinal Gaétani et aux appréhensions que lui causait le mécontentement connu du rude pontife. Le théologien du légat n’avait pas non plus à se louer du pape défunt. Depuis, trois ans, celui-ci avait fait travailler à la rédaction d’un nouvel Index, que vingt-deux nouvelles règles accompagneraient ; en 1590, l’ouvrage fut imprimé. Or, dans les rares exemplaires de cet Index qui ont survécu, on lit à la page 52, au verso : Roberti Bellarmini disputationes de controversiis christianæ fidei adversus hujus temporis hære-
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ticos. Nisi prius ex superioribus recglis recognitæ fuerint. Il s’agissait du Ier tome des Controverses, paru en 1586. Le fait est indubitable, non moins que le motif de cette rigueur qui atteignait en même temps et pour la même raison un théologien dominicain de mérite, François de Victoria : Sixte-Quint avait trouvé que ces auteurs limitaient trop la juridiction temporelle du souverain pontife en affirmant qu’il n’avait pas le domaine direct du monde entier, et il avait, de sa propre autorité, fait inscrire les deux ouvrages à l’Index. Autob., § 33 ; Etudes religieuses, 1870, 4e série, t. V, p. 634 sq. ; Couderc, op. cit., t. I, p. 131 sq. Toutefois, un détail généralement omis doit s’aoute : Sixte-Quint avait fait préparer, dès le 9 mars, la bulle qui devait donner au nouvel Index force de loi, mais il fut surpris par la mort avant que cette bulle eut été publiée. Aussitôt, les exemplaires imprimés de l’Index furent recueillis et, après un examen fait sur l’injonction du nouveau pape, Bellarmin et Victoria furent innocentés. Reusch, Der Index der verbotenen Bücher, Bonn, 1883, t. I, p. 501 sq. Ainsi la condamnation voulue par Sixte-Quint ne fut ni réellement consommée sous son pontificat, ni sanctionnée par son successeur. C’est ce que confirme d’une manière explicite une lettre, écrite le 9 novembre  1590 par le général de la Compagnie de Jésus, Claude Aquaviva, au P. Ferdinand Alber, provincial de la Haute Germanie ; je donne le texte même de ce document inédit : De libro P. Bellarmini Reverentia V. ita loqui videtur ac si putaret fuisse prohibitum, quod non ita est. Nam inter ceteras Dei providentias hæc fuit quod, cum Sixtus incumberet in eam voluntatem eum prohibendi, immo jam index excussus esset, in quo ipse quoque nominabatur tamen et ipse propter aliorum operam a nobis interpositam aliquamdiu inhibuit et suspendit, et multo magis eo mortuo cardinales, qui statim revocarunt vel suspenderunt indicem illum.
 En 1591 et 1592, d’abord sous Grégoire XIV, puis sous Clément VIII, Bellarmin prit une part active à la préparation et à la publication de l’édition définitive de la Vulgate, dite sixto-clémentine. Ce qu’il pensait de l’édition sixtine, parue l’année précédente, nous est connu par une lettre qu’il adressa, en 1602, à Clément VIII : « Votre Béatitude sait à quel danger Sixte-Quint s’exposa lui-même et toute l’Eglise, lorsqu’il entreprit la correction des saint Livres d’après les lumières de sa science particulière, et je ne sais vraiment pas si jamais l’Eglise a couru un plus grand danger. » Cependant, quand il s’agit de reprendre le travail en sous-œuvre, l’auteur des Controverses conseilla de sauvegarder autant que possible la mémoire du pontife ; au lieu de prohiber publiquement sa Bible, mieux valait la corriger et la réimprimer sous le nom de Sixte lui-même. L’avis prévalut, et Bellarmin fut l’âme de la nouvelle commission qui, sous la présidence et dans la villa du cardinal Marc-Antoine Colonna, à Zagaroto, poursuivit rapidement le travail et l’acheva vers le commencement d’octobre 1591. Autob., § 33.
 L’édition sixto-clémentine ne parut cependant que le 9 novembre de l’année suivante, sous le pontificat de Clément VIII. Bellarmin est l’auteur de la Præfatio ad lectorem, qui parle de « fautes d’impression » dans l’édition sixtine et attribue à Sixte-Quint lui-même le projet d’une révision et d’une réimpression ; d’où, dans l’édition clémentine, ce titre de Biblia sacra vulgatæ editionis Sixti pontificis maximi jussu recognita. Grave question, où la véracité et la loyauté du serviteur de Dieu ont été mises en cause ; car ses adversaires ont révoqué en doute la résolution attribuée à Sixte-Quint, et opposé au passage de la préface de la Bible clémentine celui de l’autobiographie où il est parlé de « changements regrettables » et de fautes dues à la précipitation « soit des typographes, soit d’autres personnes ». Mais, sur le premier chef, le doute est arbitraire, et le témoi-
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gnage de Bellarmin se trouve corroboré par celui d’Ange Rocca, secrétaire de la commission chargée de préparer l’édition de la Vulgate. Voir F. Prat, La Bible de Sixte-Quint, dans les Etudes religieuses, septembre 1890, p. 47 sq. ; Couderc, Op. Cit., l. II, c. XV. Et sur l’autre chef, la difficulté n’a-t-elle pas été grossie et exagérée à plaisir ? Sans doute, dans ce document strictement prié qu’était l’autobiographie, Bellarmin parle plus librement que dans la préface officielle d’une Bible destinée à la plus grande publicité ; mais cette différence de langage, dans des écrits d’un caractère si différent, se comprend fort bien, sans qu’il soit nécessaire d’incriminer l’écrivain ; c’est ce qui a été longuement établi dans les débats soulevés à ce sujet au procès de béatification. L’expression même de la préface, præli vitium, ne serait-elle pas susceptible d’un sens plus large que l’expression française de « fautes d’impression » ? Positio super dubio an constet de virtutibus theologalibus, part. III, c. I, § 8, in-fol., Rome, 1749. En tout cas, il n’y a dans un tel langage qu’une réticence parfaitement motivée et digne de louange, comme l’a remarqué le cardinal Cavalchini dans sa relatio, in-4°, Rome, 1753, p. 178 ; car c’est un langage dicté par la réserve et la charité, ut nimirum modestiore, quoad posset, minusque invidiosa loquendi formula uteretur, ubi necessitas non ex poscebat apertius ac liberius loqui.
 6° Emplois et travaux divers ; l’élevation au cardinalat, 1593-1599. ? Après son retour de France, Bellarmin avait repris au Collège romain la charge de père spirituel, qui lui avait été confiée en 1588, quand il eut terminé son cours de controverse. C’est dans cet office qu’il eut le bonheur de diriger et d’assister à sa mort, dans la nuit du 20 au 21 juin 1591, saint Louis de Gonzague. Plus tard, il rendit à son illustre pénitent les plus précieux témoignages ; d’abord, dans une lettre adressée au P. Cépari le 17 octobre 1601, et qu’on trouve citée dans presque toutes les histoires du saint patron de la jeunesse ; puis, dans un panégyrique prononcé en 1608 dans l’église du Collège romain, au jour anniversaire de la mort de Louis ; surtout, dans la S. C. des Rites, où son zèle et son autorité furent d’un grand poids pour promouvoir la cause de béatification. Autob., appendice. En 1618, il eut enfin le bonheur de vénérer sur les autels son illustre pénitent.
 Bientôt commença pour Bellarmin l’élévation aux plus hautes charges dans la Compagnie de Jésus, puis à la cour pontificale. Nommé recteur du Collège romain en décembre 1592, il assista l’année suivante, comme député, à la cinquième congrégation générale de son ordre. Choisi en premier lieu pour faire partie de la commission chargée de mettre la dernière main au Ratio studiorum, il proposa plusieurs règles fort sages qui furent approuvées à l’unanimité, en particulier celle qui prescrit aux professeurs jésuites d’avoir saint Thomas pour maître en théologie scolastique. Provincial de Naples en 1595, il montra dans l’exercice de sa charge, une prudence, une douceur, un ensemble de vertu qui lui méritèrent cet éloge du bienheureux Bernardin Réalino : « C’est véritablement un grand saint. » Mais, au début de l’année 1597, il fut rappelé à Rome ; le cardinal Tolet, théologien du pape, venait de mourir et, sur le conseil de Baronius, Clément VIII lui désignait pour successeur celui que Sixte-Quint avait jadis donné pour théologien au cardinal Gaétani. En même temps, il le nommait consulteur du Saint-Office ; il joignit ensuite à cette fonction celle d’examinateur des évêques. Bellarmin, de son côté, n’oubliait pas sa mission d’écrivain. Outre la publication, en 1597, du dernier tome de ses Controverses, il composa plusieurs ouvrages : en 1596, la Réfutation d’un libelle sur le culte des saints ; au début de 1597, sa Doctrine chrétienne, et, l’année suivante, l’Exposition plus complète de la doctrine chrétienne, en d’autres termes, son petit et son grand catéchisme ;
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en 1599, un traité Sur les indulgences et le jubilé, un autre Sur l’exemption des clercs, enfin la Courte apologie de son travail, contre le livre de la Concorde. L’hymne Pater superni luminis, insérée au bréviaire romain dans l’office de saint Marie-Madeleine, date plus ou moins de la même époque ; elle fut composée à Frascati dans une sorte de joute provoquée par Clément VIII entre son théologien et le cardinal Antoniani.
 Bellarmin venait d’être nommé recteur de la Pénitencerie, quand, le 3 mars 1599, le pape le créa subitement cardinal, en lui enjoignant sous peine de faute grave de s’abstenir de toute résistance. Dans le consistoire, Clément justifia son choix en des termes fort honorables pour l’élu : « Celui-ci, dit-il, nous l’avons choisi, parce que l’Eglise de Dieu n’a pas son pareil pour la doctrine, et qu’il est le neveu d’un excellent et très saint pontife. Hunc eligimus, quia Ecclesia Dei non habet parem in doctrina, et est nepos optimi et sanctissimi pontificis. » Bellarmin reçut le titre cardinalice de Sainte-Marie in via ; il l’échangea plus tard contre celui de Sainte-Praxède, par un sentiment de dévotion envers saint Charles Borromée qui avait eu ce dernier titre. Il fut nommé membre du Saint-Office, des Rites sacrés, de l’Index et de deux autres congrégations nouvellement instituées, l’une pour la réforme du bréviaire romain, l’autre pour l’examen du mariage du roi Henri IV. Bientôt il eut la joie et l’honneur de faire réhabiliter un innocent, calomnié par ceux qu’il avait voulu dénoncer, Jean de la Barrière, abbé de Feuillant, dans l’ancien diocèse de Rieux. Couderc, op. cit., t. I, p. 285 sq.
 L’élévation de Bellarmin ne diminua en rien sa ferveur ni ses habitudes de vie simple et austère ; on en peut juger parles résolutions qu’il prit alors et qu’il observa fidèlement, de ne rien changer au genre de vie qu’il avait eu dans son ordre, de ne point thésauriser ni d’enrichir ses proches, de ne rien solliciter du pape en dehors de ce qui lui serait attribué et de ne pas accepter de présents de la part des princes. Autob., § 38 ; cf. Epist. famil., XIV, XVIII, CIX, et lettre du 16 juillet 1599, dans Couderc, op. cit., t. I, p. 276 sq. Conseiller écouté de Clément VIII, il fit preuve d’une noble franchise et ne recula jamais devant la crainte de déplaire, quand il crut devoir déconseiller des mesures préjudiciables ou signaler des réformes urgentes ; ainsi dissuada-t-il le pape de fonder, au collège de la Sapience, une chaire pour enseigner la philosophie de Platon, en montrant les inconvénients de ce projet ; ainsi surtout, dans un mémorial resté célèbre : De rebus reformandis, exposa-t-il nettement les abus qu’il avait remarqué dans le gouvernement de l’Eglise et de l’état ecclésiastique. C’est l’écrit qui se trouve, avec les humbles et édifiantes réponses du pape, à la fin des Epistolæ familiares, sous ce titre : Clementi VIII P. R. De officio primario summi pontificis, et ejusdem pontificis responsiones. Bientôt les circonstances allaient mettre plus délicatement à l’épreuve la franchise du cardinal.
 7° Congrégation De auxiliis ; Bellarmin à Capoue, 1600-1605. ? La publication du livre de Molina sur la Concorde du libre arbitre avec les dons de la grâce, en 1588, avait donné le signal de la grande controverse, dite De auxiliis. Bellarmin alors professeur au Collège romain, avait pris position dans le débat : tout en faisant sur des points de détail les réserves qu’on verra plus loin, il s’était franchement rallié à la science moyenne, dont Molina faisait en quelque sorte le pivot de sons système sur la prédestination et sur la nature de la grâce efficace ; par contre, il s’était fortement prononcé contre la prédétermination physique, soutenue par Banez. Au fort de la mêlée, il rédigea, sur le désir de Clément VIII, un mémoire très net,  opusculum dilucidum, qui plut d’abord beaucoup au pape ; il y faisait voir en quoi consistait toute la controverse, et comment l’opinion des
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dominicains était plus dangereuse que celle de Molina. Autob., appendice. Banez ayant adressé, le 28 octobre 1597, une supplique au souverain pontife, pour solliciter en faveur de son ordre l’exemption de la loi du silence qui venait d’être imposée aux deux partis. Bellarmin, invité à y répondre, réfuta les raisons alléguées et montra qu’il n’y avait pas lieu de faire une exception pour les uns au détriment des autres. Voir la requête de Banez et la réponse de Bellarmin dans Liévin de Meyer, S. J. Historia controversiæ de divinæ gratiæ auxiliis, 2e édit., in-fol., Venise, 1742, t. I, p. 798 sq. Enfin, dans une lettre adressée à Clément VIII en 1598, il exposa ses vues sur les moyens propres à terminer le débat : il lui semblait difficile de définir les points en litige ; mieux vaudrait porter un décret enjoignant aux intéressés de ne point s’accuser mutuellement d’erreur ni de témérité, mais laissant à chacun la liberté de réfuter par de bons arguments les propositions qu’il jugerait insoutenables ; de plus, on devait éviter et de mettre en cause les ordres eux-mêmes, et se contenter de dénoncer au Saint-Office les doctrines réputées hérétiques, erronées ou dangereuses. Poussines, Historia controversiarum quæ inter quosdam e sacro prædicatorum ordine et societate Jesu agitatæ sunt ab anno 1548 ad 1612, in-4°, Paris, Biblioth. nation., fonds latin, n. 9757, l. IV, p. 683 sq.
 Devenu membre du sacré collège, Bellarmin fut donné pour assesseur au cardinal Madruzzi, président de la congrégation De auxiliis, Plusieurs fois il essaya, mais inutilement de trouver un terrain d’entente, en proposant de définir un certain nombre de propositions sur les quelles les deux partis ne pouvaient manquer de se mettre d’accord. Quand, en 1602, Clément VIII manifesta l’occasion d’étudier et de trancher par lui-même la question si complexe et si délicate qu’il avait évoquée à son suprême tribunal, le conseiller dont il avait tant de fois agréé les franches remarques lui écrivit une lettre confidentielle, où il le dissuadait de toutes ses forces de s’engager dans cette voie et lui représentait les embarras qui s’ensuivraient pour lui. Serry, Hist. congreg. de auxiliis, l. II, c. XXVI, in-fol., Louvain, 1700, col. 325 sq. ; Couderc, op. cit., t. I, p. 347sq. Le pape ayant affirmé un jour qu’il définirait la question, Bellarmin n’hésita pas à prédire résolument que la chose n’aurait pas lieu. Attitude où ses adversaires, le cardinal Passionei en particulier, ont dénoncé à grands cris de l’irrévérence à l’égard du vicaire de Jésus-Christ et de l’opiniâtreté à soutenir ses vues personnelles et celles de son ordre. Des esprits moins prévenus ont rapproché de la lettre incriminée le conseil de ne rien décider en cette affaire, donné plus tard à Paul V par saint François de Sales, et les paroles dites par le même pape : « Clément se repentit de s’être enfoncé dans cette affaire, et après des années et des années de discussion, il ne trouvait pas moyen de la terminer dignement. » G. Schneemann, Controversiarum de divinæ gratiæ liberique arbitrii concordia initia et progressus, in-8°, Fribourg-en-Brisgau, 1881, p. 287, 296. Prosper Lambertini, parlant comme promoteur de la foi, a déclaré n’avoir rien à objecter de ce chef. Positio super dubio. . . Rome, 1712, litt. H, Animadversiones fidei promotoris, p. 34-35.
 Clément VIII fut-il froissé par la conduite de Bellarmin, ou plutôt, voulant donner suite à son projet de trancher la grande controverse, jugea-t-il opportun d’écarter de Rome, sous un prétexte honorable, un champion dont la présence pouvait être embarrassante ? Toujours est-il, que l’archevêché de Capoue s’étant trouvé vacant, il nomma le cardinal à ce siège et lui donna de ses propres mains la consécration épiscopale, le 21 avril 1602. Le pasteur n’oublia pas en cette circonstance les principes qu’il avait toujours professés sur le devoir de la résidence et contre la pluralité des
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bénéfices ecclésiastiques. Quatre jours après son sacre, il quitta Rome et, le 1er mai, il était dans sa ville épiscopale. Il y resta près de trois ans, jusqu’en mars 1605, se consacrant à sa charge sans réserve et avec joie, parce qu’elle le rendait au ministère actif. Aussi ne composa-t-il à cette époque des sermons, restés inédits, et une Explication du symbole, rédigée pour ses prêtres au cours d’une visite pastorale. Vie simple et toute de dévouement, prédication assidue et vraiment apostolique, assistance régulière à l’office canonial ; visite annuelle de son diocèse et célébration de synodes où furent rédigés, suivant les règles du concile de Trente, de sages et durables ordonnances ; réforme des abus et rétablissement de la discipline dans la cathédrale et dans le clergé ; œuvres multiple de charité et sainte prodigalité à l’égard des pauvres ; réserve et fermeté dans les rapports avec les autorités séculières ; tels furent les grands traits de sa carrière épiscopale. Autob., § 40-47. Le pape applaudissait à cette sainte activité et, comme autrefois, sollicitait du cardinal de sages conseils ; de là, en décembre ; de là, en décembre 1603 ou en janvier 1604, la lettre sur les obligations pour les évêques d’annoncer la parole de Dieu, lettre qui fait le plus grand honneur au zèle pastoral de Bellarmin, et qu’il faut rapprocher des avis donnés, soit à son neveu, Angelo della Ciaia, dans la belle instruction de 1612 sur les devoirs d’un évêque, soit à l’archevêque de Rouen, François de Harlay, dans une lettre du 20 février 1617. Epist. famil., CXLI. Dieu lui-même se plût à récompenser les mérites de son serviteur par ces dons extraordinaires qui ont fourni à ses biographes le chapitre intitulé : « Le thaumaturge. »
 Après la mort de Clément VIII, arrivée le 3 mars 1605, le cardinal Bellarmin reparut à Rome, pour y prendre part à deux élections qui se suivirent de très près, celle de Léon XI et celle de Paul V. Dans ces conclaves, l’archevêque de Capoue vit un grand nombre de voix se réunir sur son nom ; la seconde fois il aurait été vraisemblablement élu, s’il n’avait eu contre lui son aversion bien connue pour certains abus, et surtout sa qualité de jésuite. Couderc, op. cit., t. II, p. 14 sq. Il se refusa, du reste, à toute démarche qui aurait pu favoriser sa candidature : eût-il suffi, disait-il, de lever de terre un fétu pour devenir pape, il ne se serait pas baissé pour le prendre. Plus tard, une maladie du pape ayant ouvert la perspective d’une nouvelle élection où la tiare pourrait lui être imposée, Bellarmin écrivit ces lignes, le 26 septembre 1614 : « Je fais vœu, dans le cas où je serais élu souverain pontife (ce que je ne désire pas et ce que je prie Dieu de détourner de moi), de n’élever aucun de mes parents ou de mes proches, ni au cardinalat, ni à aucune principauté temporelle, ducat ou comté, ou toute autre noblesse. Je ne les enrichirai pas non plus, je me contenterai de les aider à vivre décemment dans leur état. . . »
 Paul V retint à Rome l’archevêque de Capoue ; et comme celui-ci, fidèle à ses principes, ne voulait pas garder un titre dont il ne pouvait plus remplir personnellement les obligations, sa démission fut acceptée, et il devint conservateur de la bibliothèque du Vatican. Peu après, il fit partie de la nouvelle congrégation de cardinaux chargée de terminer la controverse De auxiliis ; il s’y trouva uni de sentiment avec le cardinal du Perron, auquel il avait écrit de Capoue, en février 1605, pour l’engager à faire voir le danger du système des prédéterminations physiques. Laemmer, Meletematum romanorum mantissa, in-8°, Ratisbonne, 1875, p. 381. Voici, au témoignage de Paul V lui-même, quel fut son avis, à la dernière réunion, tenue le 28 août 1607 : « Bellarmin ? Il est d’avis que la prédétermination physique est de Luther et de Calvin. Les pères dominicains sont dignes d’excuse, parce qu’ils n’ont pas vu les livres des hérétiques. Banez a parlé plus mal que Molina, quand il a blâmé l’explication que saint Augustin
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donne de la réprobation. Le livre de Molina a été approuvé par deux universités. On pourrait  faire une bulle dans laquelle on condamnerait quelques propositions certaines dont les deux partis conviendraient ; on laisserait de côté les questions plus difficiles, comme le fit Célestin. » G. Schneemann, op. cit., p. 290.On sait quel fut le résultat final du grand débat : le pape se contenta de dissoudre la congrégation De auxiliis, et laissa la liberté de leur opinion aux deux partis, en attendant que le Saint-Siège crût opportun de donner un jugement définitif.
 8° Controverse vénitienne, 1606. ? Pendant les quinze années qui suivirent son retour à Rome, le cardinal Bellarmin fut mêlé à toutes les grandes affaires religieuses de son temps, comme membre actif des principales Congrégations romaines et personnage influent auquel on s’adressait de toute part. De là, une vaste correspondance, dont le recueil très restreint qui porte le titre d’Epistolæ familiares, ne donne qu’une faible idée. Mais il joua surtout un rôle important dans plusieurs controverses politico-religieuses, qui se succédèrent sans interruption. La première se rapporte à la querelle qui éclata, en 1605, entre le Saint-Siège et la république de Venise, et fut provoquée par des actes et des mesures préjudiciables aux anciens privilèges de l’Eglise et du clergé. Deux ecclésiastiques avaient d’abord été emprisonnés et jugés par l’autorité séculière ; puis deux fois, portées par le sénat le 10 janvier 1603 et le 26 mars 1605, prohibèrent la fondation de nouvelles églises ou de nouveaux cloîtres ou hôpitaux, et retirèrent aux corporations religieuses, régulières ou séculières, le droit d’acheter, d’hériter et de recevoir en gage ou en don toute propriété foncière, en dehors d’une autorisation expresse du pouvoir civil. Après des protestations et des monitions restées sans effet, Paul V lança l’interdit contre Venise, le 17 avril 1606. Mais, encouragé et vraisemblablement conseillé par le trop fameux moine servite Paolo Sarpi, le sénat de la république répondit par des menaces de mort éditées contre tout ecclésiastique qui observerait l’interdit et par le bannissement des jésuites.
 En même temps se forma, sous la direction de fra Paolo, un comité de sept théologiens, les sept « fous » de Venise, avec pour mission de démontrer la justice des mesures prises et l’irrégularité de l’acte de Paul V. De là diverses publications : un écrit anonyme, de Jean Marsilli, comprenant huit propositions sous forme de réponse à la lettre d’un ami sur les censures pontificales ; un traité des sept théologiens de Venise, sur l’interdit lancé par le pape ; deux écrits de Gerson sur la validité de l’excommunication et sur cette assertion : Sententia pastoris etiam injusta est timenda, réédités par fra Paolo avec un préface tendant à prouver que, suivant les principes étables par le chancelier, la sentence de Paul V, était un acte injuste et invalide ; enfin, une défense, par Jean Marsilli, des huit propositions avancées dans son premier écrit anonyme. Il s’ensuivit toute une guerre de plume, où figurèrent une trentaine d’écrivains, en particuliers les cardinaux Baronius et Bellarmin, ce dernier au premier rang. Aux opuscules cités ici il fit autant de réponses dont les titres précis seront donnés ci-après. Il y discute, pied à pied, toutes les assertions des théologiens de Venise, et défend en même temps, d’après les principes qu’il avait exposés dans ses Controverses, les points en litige : l’exemption des clercs, l’immunité ecclésiastique, le pouvoir coercitif de l’Eglise, l’infaillibilité du pape et sa puissance indirecte sur le temporel. Sans jamais rien sacrifier à l’erreur, le cardinal garda, dans cet état, à l’égard des personnes une modération et une charité chrétienne qui est tout à son honneur, mais que ses adversaires n’ont pas eu honte de lui reprocher. La lutte de Paul V et de Venise se termina disciplinairement, sinon doctrinalement, en 1607,
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par la médiation du cardinal de Joyeuse agissant au nom de Henri IV ; l’interdit fut alors levé. L. Ranke, Histoire de la papauté pendant les XVIe et les XVIIe siècles, 2e édit., Paris, 1848, t. II, p. 438 sq.
 9° Controverse anglicane, 1607-1609. ? Une autre affaire mit le grand polémiste aux prises avec une tête couronnée, Jacques Ier, roi d’Angleterre. Alors qu’il n’était encore qu’assis que le trône d’Ecosse et semblait animé de bonnes intentions à l’égard des catholiques, ce prince avait eu l’occasion d’écrire au cardinal Bellarmin, et celui-ci lui avait adressé, le 1er juin 1600, une réponse où les remerciements et les espérances étaient accompagnés de salutaires avis. Epist. famil., I. Lettre très belle, dont la seule lecture convertit un célèbre calviniste, au rapport de Sébastien Badus, Decora Roberti card. Bellarmini, in-4° Gênes, 1671, part. II, p. 2. Devenu roi de la Grande-Bretagne, Jacques Ier trompa l’attente des catholiques anglais ; leur situation devint surtout déplorable après la conspiration des poudres, découverte le 5 novembre 1605. Non seulement les mesures pénales édictées sous le règne d’Elisabeth furent renouvelées, mais, le 5 juillet 1606, un serment leur fut imposé sous peine d’emprisonnement perpétuel et autres conséquences très graves. Voici quels étaient les termes les plus significatifs de ce fameux oath of allegiance : « Je, A. B., reconnais, confesse, atteste et déclare en toute vérité et sincérité, en ma conscience, devant Dieu et devant les hommes, que notre souverain seigneur le roi Jacques est le vrai et légitime roi de ce royaume. . ., et que le pape n’a, ni par lui-même, ni par aucun autorité de l’Eglise ou du siège romain, pouvoir quelconque ni autorité de déposer le roi, ou de disposer des domaines et royaumes de Sa Majesté. . ., ou de délier aucun de ses sujets de l’obéissance et de la soumission qu’ils doivent à Sa Majesté. . . De même je jure de cœur, que nonobstant toute déclaration ou sentence d’excommunication ou de déposition. . ., je garderai fidélité et obéissance à Sa Majesté. . . Je jure, en outre, que du fond du cœur j’abhorre, déteste et j’abjure, comme impie et hérétique, cette damnable doctrine et assertion : « Les princes excommuniés et déclarés déchus de leurs droits par le pape, peuvent être déposés et mis à mort par leurs sujets ou tous autres gens. » De plus, je crois et j’admets en conscience, que ni le pape ni personne d’autre n’a le pouvoir de me délier de ce serment, ou tout ou en partie. . . » Traduit des Opera du roi Jacques, in-fol., Londres, 1619, p. 242.
 Par un bref du 22 septembre 1606, Paul V avait déclaré ce serment illicite, cum multa contineat quæ fidei et saluti aperte adversantur. Mais l’archiprêtre Blackwell refusa de publier l’acte pontifical et, le 7 juillet de l’année suivante, se prononça pour le serment dans une lettre adressée à son clergé. Aussi Paul V publia, le 23 septembre, un second bref pour confirmer l’authenticité et l’autorité du premier. De son côté, Bellarmin, se prévalant d’une ancienne amitié avec l’archiprêtre, lui avait, écrit, le 18 du même mois, une lettre très ferme où il essayait de lui faire comprendre sa faute et lui montrait dans le serment un piège tendu aux catholiques anglais : « Il est composé avec tant d’artifice que personne ne peut détester la trahison envers le roi et faire profession de soumission civile, sans être perfidement contraint à renier la primauté du siège apostolique. » Epist. famil., LII. Paroles qu’on peut utilement rapprocher de cette appréciation portée sur le même serment, par un historien anglican : « Il était rédigé en des termes si ambigus, qu’une conscience délicate, d’ailleurs aussi bien disposée que possible à faire acte d’obéissance civile, ne pouvait pas le supporter, could not digest it. » Dodd, Church History of England, édit. Tierney, in-8°, Londres, 1841, t. IV, p. 70. Blackwell persista dans son erreur et fut déposé dans sa charge
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d’archiprêtre, le 1er février 1608. Le roi Jacques n’était pas resté indifférent à tous ces actes ; il avait voulu descendre dans l’arène comme polémiste. Au commencement de 1608 parut à Londres une apologie du serment intitulée : Triplici nodo triplex cuneus, mais sans nom d’auteur et avec une préface signée par l’aumônier royal L. Cicestriensis, c’est-à-dire Lancelot Andrewes, évêque de Chichester. Par le triple nœud, auquel il opposait son triple coin, Jacques Ier entendait les deux brefs pontificaux et la lettre du cardinal Bellarmin ; mais il attaquait surtout ce dernier, comme s’il eût eu la coquetterie de se mesurer avec un homme auquel il donnait l’épithète de viri eruditione clarissimi. Telle fut l’occasion de la Réponse au livre intitulé Triplici nodo triplex cuneus ; elle parut à Cologne, sous le nom de Mathieu Torti, chapelain du cardinal.
 Le royal polémiste ne se tint pas pour battu ; après s’être enfermé pendant un mois avec ses théologiens, il fit quelques corrections à son ancienne apologie et la publia de nouveau, mais en y mettant son nom et en l’augmentant d’une préface pompeusement dédiée à l’empereur Rodolphe II, à tous les monarques et rois, à tous les princes, états et ordre de la chrétienté. Il essayait de les convaincre tous qu’il s’agissait d’une cause commune, le débat portant sur les droits et la dignité de ceux qui ont reçu de Dieu le pouvoir suprême. A son tour le théologien du Saint-Siège reprit la plume et, en 1609, fit paraître à Rome l’Apologie de sa Réponse au livre du roi Jacques. Celui-ci ne redescendit pas dans l’arène ; son aumônier l’évêque Andrewes, continua la lutte par la publication de sa Tortura Torti, Londres, 1609. Bellarmin ne manqua pas de défenseurs ; à leur tête se signalèrent deux membres de son ordre Eudæmon-Joannès et Martin van der Beeck, ou Becanus, qui publièrent, celui-ci à Mayence, en 1610, une Refutatio torturæ Torti, et le premier à Cologne, en 1611, son Parallelus Torti et tortoris ejus L. Cicestriensis. Le cardinal faillit lui-même rentrer en scène, à propos d’un ouvrage intitulé Apologia cardinalis Bellarmini pro jure principum, Cosmopoli [Londres], 1611. Le livre portait le nom de Roger Widdrington, pseudonyme de Thomas Preston, supérieur des bénédictins anglais ; telle était du moins l’opinion commune, avant la rectification publiée récemment par dom E. Taunton, dans English historical Review, janvier 1903, t. XVIII, p. 146 sq. Comme Widdrington prétendait surtout la légitimité du serment d’allégeance en se servant des principes mêmes de Bellarmin, celui-ci prépara une réponse ; mais le pape Paul V jugea prudent d’en ajourner la publication. Malgré la mise à l’index de ses écrits, Widdrington revint plusieurs fois à la charge. Dictionary of national biography, édité par Leslie Stephen, Londres, 1900, t. LXI, p. 182. De la sorte, le débat relatif au serment de fidélité se poursuivit en dehors des deux premiers combattants. Voir J. de la Servière, De Jacobo I Angliæ rege cum cardinali Roberto Bellarmino S. J. super potestate cum  regia tum pontificia disputante, in-8°, Paris, 1900.
 10° Controverse gallicane, 1610-1612. ? Cette nouvelle lutte eut point de départ la publication faite en 1609, à Londres d’abord, puis à Pont-à-Mousson, d’un ouvrage anonyme intitulé : De potestate papæ, an et quatenus in reges et principes sæculares jus et imperium habeat. C’était l’œuvre posthume d’un juriste de renom, Guillaume Barclay. Voir col. 389. L’auteur proclamait l’indépendance absolue de la puissance civile et de la puissance ecclésiastique ; il attaquait tous ceux qui attribuaient au pape un pouvoir quelconque dans les choses temporelles, mais prenait tout particulièrement à partie l’auteur des Controverses pour la doctrine contenue dans le traité De romano pontifice, l. V, c.VI sq. L’année même où il fut publié, ce livre fut mis à l’index par décret du 9 novembre ;
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mais, parce que venant d’un catholique de marque, il ne pouvait manquer d’exercer de l’influence dans les controverses qui s’agitaient alors, une réponse parut nécessaire. De là, en 1610, le Traité de la puissance du souverain pontife dans les choses temporelles, contre Guillaume Barclay. Bellarmin y défendait longuement, en la donnant comme doctrine catholique, la thèse du pouvoir indirect, conférant au pape le droit de déposer les princes apostats ou hérétiques.
 L’ouvrage du cardinal fut déféré au parlement de Paris, puis prohibé le 26 novembre, après un long réquisitoire de l’avocat royal Louis Servin, où celui-ci avait relevé les passages attribuant aux papes « la puissance aux choses temporelles », avec le droit de déposer les rois, et ceux où Bellarmin disait « son avis sur l’établissement des puissances royales, ou autres souveraines ». Duplessis d’Argentré, Collectio judiciorum, Paris, 1728, t. II b, p. 19 sq. Cet arrêt froissa extrêmement le pape Paul V ; on voit par ses lettres et celles du cardinal Borghèse au nonce de Paris avec quelle insistance il en demanda il en demanda l’abrogation. Laemmer, op. cit., p. 293 sq. Bellarmin écrivit lui-même à la reine régente, Marie de Médicis, et celle-ci évoqua l’affaire à son conseil : intimidée par la résistance du premier président, Achille de Harlay, elle n’osa pas casser l’arrêt, mais elle en suspendit l’exécution. J.-M. Prat, Recherches historiques et critiques sur la Compagnie de Jésus en France du temps du P. Coton, in-8°, Lyon, 1876, t. III, p. 310 sq. Ce fut pour ne pas exciter davantage le parlement, que Paul V ajourna la réponse préparée par le cardinal contre Roger Widdrington. Jean Barclay, de son côté, fit paraître en 1612 une apologie en faveur de son père et de la cause qu’il avait soutenue : Pietas, sive publicæ pro regibus et principibus et privatæ pro Guilielmo Barclaio parente vindiciæ adversus Bellarminum. Ce nouveau livre fut mis à l’index l’année suivante ; mais le soin d’y répondre fut laissé au P. Eudæmon-Joannès. Les faits justifièrent ces mesures de prudence ; un théologien de Cologne, Adolphe Schulcken, ayant publié en 1613 une réfutation de Widdrington sous le titre d’Apologia pro illustrissimo Domino D Roberto Bellramino, S. R. E. card., de potestate romani pontificis temporali, l’ouvrage fut condamné par le parlement et, sur l’ordre du prévôt de Paris, brûlé en place de Grève. Le même sort échut aux livres de Lessius, Becanus, Suarez et autres qui parurent à la même époque pour défendre les droits du pape ou soutenir l’opinion des scolastiques sur l’origine du pouvoir civil.
 11° Les dix dernières années, 1612-1621 ; Bellarmin et Galilée. ? Pendant la période de lutte qu’on vient de parcourir, le cardinal était demeuré à Rome, occupé surtout aux travaux des nombreuses Congrégations dont il faisait partie. Il eut la joie, en 1609, d’assister à l’heureuse conclusion d’une cause à laquelle, de concert avec son grand ami le cardinal Baronius, il s’était consacré de tout son cœur, la béatification du fondateur de la Compagnie de Jésus, Ignace de Loyola. Aux occupations principales s’en ajoutaient d’autres dont il serait superflu de parler en détail ; tels par exemple, l’administration pendant quatre ans (27 novembre 1607-14 octobre 1611) du diocèse de Montepulciano, et le protectorat non moins actif que fécond de l’ordre des célestins. Epist. famil., LX, XCIII, XCIX, CXIV, CXXIX, CLI, CLVI. Deux écrits méritent d’être signalés : le commentaire sur les Psaumes, publié en 1611, et le mémoire autobiographique que Bellarmin composa en 1613, sur les instances du P. Eudæmon-Joannès et du P. Mutius Vitelleschi, alors assistant d’Italie, et qui, dans l’intention de ce dernier, devait servir comme source de renseignements pour l’histoire de la Compagnie de Jésus. E. Morin, La vie du cardinal Bellarmin, préface, in-8°, Paris, 1625 ; Bartoli, Della vita di Roberto cardi-
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nal Bellarmino, in-8° Rome, 1678, p. 361. Ce mémoire n’est pas à proprement parler une biographie, mais plutôt une série de notes ou de récits qui se succèdent dans un ordre chronologique et portent en général sur des évènements extérieurs déjà connus, mais qu’il importait de préciser. Document d’ailleurs plein de simplicité et de candeur où, suivant une remarque faite au cours du procès de béatification, l’auteur « a fait entrer non seulement des choses importantes et graves, mais encore des détails personnels et des anecdotes où la note joyeuse et plaisante a sa part, comme c’est l’usage entre amis ». Positio super dubio an constet de virtutibus, Rome, 1712, document F, Nova informatiæ, p. 4. Apprécié d’un point de vue faux, parfois même pharisaïque, cet écrit est devenu, aux yeux des adversaires du cardinal jésuite, la pierre de scandale et, dans leurs mains, l’arme offensive par excellence.
 Comme membre du Saint-Office, Bellarmin fût mêlé à une affaire des plus brûlantes, le premier procès de Galilée. Il avait suivi avec intérêt les découvertes de ce savant ; on en a la preuve dans une consultation qu’il adressa, le 19 avril 1611, aux mathématiciens du Collège romain, plusieurs lettres écrites à Galilée et l’hommage que celui-ci fit au cardinal, en août 1612, de son discours sur les corps flottants. Galilei, Opere, in-8°, Florence, 1851, t. VIII, p. 160, 216, 384. Une lettre écrite le 12 avril 1615 au P. Foscarini, carme, qui lui avait adressé une apologie du système de Copernic, nous renseigne exactement sur la pensée de Bellarmin. Il ne pouvait croire qu’il fût question de proscrire le système, mais il estimait qu’il fallait, en le proposant, se contenter « de parler ex suppositione, et non d’une manière absolue » ; autrement, ce serait « courir grand risque, non seulement d’irriter les philosophes et les théologiens scolastiques, mais de nuire à notre sainte foi, en accusant l’Ecriture d’erreur. . . S’il était vraiment démontré que le soleil est au centre du monde, et la terre dans le troisième ciel, que le soleil ne tourne pas autour de la terre, mais la terre autour du soleil, il faudrait apporter beaucoup de circonspection dans les passages de l’Ecriture qui paraissent contraires, et dire que nous ne les comprenons pas, plutôt que de déclarer faux ce qui est démontré. Mais, pour croire à une telle démonstration, j’attends qu’on me la présente ». Le cardinal ajoute même qu’il doute fort qu’on puisse faire cette démonstration, et conclut : « Or, dans le cas de doute, on ne doit pas abandonner  l’interprétation des Ecritures donnée par les Saints Pères. » D. Berti, pernico e le vicende del sistema copernicano in Italia. . ., in-8°, Rome, 1876, p. 121 sq. Quand Galilée se rendit à Rome, en décembre 1615, Bellarmin l’accueillit avec beaucoup de bienveillance. L’affaire avait été déférée au Saint-Office ; le 24 février 1616, les théologiens consulteurs de cette congrégation qualifièrent d’absurdes en philosophie, et d’hérétique ou du moins erronées en théologie, ces deux propositions : Sol est centrum mundi, et omnino immobilismotu locali. Terra non est centrum muni nec immobilis, sed secundum se totam movetur, etiam motu diurno. H. de l’Epinois, Les pièces du procès de Galilée, in-8°, Paris, 1877, p. 38 sq. Bellarmin fut chargé par le pape de notifier ce jugement à l’intéressé ; ce qu’il exécuta, deux jours après, dans sa propre demeure. Le 3 mars, il fit un rapport à la Congrégation sur l’accomplissement de son mandat et la soumission de Galilée. Les adversaires de celui-ci firent bientôt courir le bruit qu’il avait été forcé d’abjurer ses idées et d’accepter une pénitence ; le cardinal rétablit les faits par cette attestation donnée par écrit le 26 mai : « Galilée n’a abjuré entre nos mains, ni entre celles de nul autre à Rome ou ailleurs que nous sachions, aucune de ses opinions et doctrines ; il n’a pas non plus reçu de pénitence salutaire ; on lui a seulement dénoncé la déclaration, faite par le pape et
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publiée par la Congrégation de l’Index, où il est dit que la doctrine attribuée à Copernic, que la terre tourne autour du soleil et que le soleil reste au centre du monde sans se mouvoir d’orient en occident, est contraire à la Sainte Ecriture et ne peut en conséquence ni se défendre, ni se soutenir. » H. de l’Epinois, op. cit., p. 72. Telle fut la part prise par le cardinal Bellarmin au premier procès de Galilée ; cela ne suffit pas pour qu’on puisse voir en lui l’âme de toute cette affaire, der geistige Urheber, comme a dit Reusch. Der Process Galilei’s und dit Jesuiten, in-8°, Bonn, 1879, p. 125.
 Ni les années ni les infirmités n’affaiblissaient l’ardeur du vaillant athlète. De 1615 à 1620, il composa les divers écrits ascétiques dont le détail sera donné plus loin. En 1616, il prêta son concours à saint François de Sales, l’un de ses grands admirateurs, pour obtenir l’approbation de l’ordre de la Visitation. Œuvres complètes de saint François de Sales, édit. Peltier, in-8°, Paris1875, t. VI, p. 372-391. Il ne fut pas étranger aux mesures prises, en 1616 et en 1617, par le pape Paul V, en faveur de la doctrine de l’immaculée conception. lui-même eut l’occasion de dire toute sa pensée sur ce sujet dans une réunion du Saint-Office, tenue en présence du souverain pontife, le 31 août 1617 : « A mon avis, dit-il, on peut définir que la doctrine d’après laquelle la très sainte Vierge a été conçue sans péché, doit être acceptée par tous les fidèles comme pieuse et sainte, de sorte qu’il ne soit plus permis de soutenir ni d’adopter le sentiment contraire sans témérité ni scandale et sans être suspect d’hérésie. » Il justifia ensuite son avis et répondit aux principales objections. « Si l’on ne veut pas, conclut-il, en venir maintenant à une définition formelle, il faudrait du moins imposer à tous les ecclésiastiques, séculiers et réguliers, le précepte de réciter l’office de la conception, comme l’Eglise le récite. De la sorte on on arriverait au but sans définition. » Idée qui, par la suite, fut réalisée. H. Maracci, Purpura mariana, c. XV, § 7, rééditée dans Summa aurea de laudibus B. V. M., édit. Bourassé, Paris, 1862, t. X, col. 1340 ; J. Perrone, De immaculato B. V. M. conceptu, an dogmatico decreto definiri possit, disquisitio theologica, in-8°, Rome, 1847, p. 174 ; C. Passaglia, De immaculato Deiparæ semper virginis conceptu commentarius, in-fol., Rome, 1855, p. 1908, note 5. En 1621, le cardinal prit au conclave, qui, le 9 février, élut Grégoire XV. Comme ce pontife lui témoignait la plus entière confiance, il en profita pour rendre à l’Eglise un éminent service, en suggérant d’utiles mesures tendant à réformer les abus qui se produisaient trop facilement dans l’élection des papes ; l’élection se ferait désormais en conclave fermé et, en principe, par les suffrages secrets des deux tiers des cardinaux présents. La constitution de Grégoire XV, réglant le cérémonial qui est encore en vigueur, parut le 15 novembre1621, quelques semaines seulement après la mort du serviteur de Dieu. Voir Couderc, op. cit., t. II, p. 305 sq.
 Après de longues instances, Bellarmin avait enfin obtenu, au mois d’août de la même année, la faveur de résigner toutes ses fonctions, sauf la cause du bienheureux Philippe de Néri dont il voulu s’occuper encore, par affection pour ce saint et par attachement à la mémoire du cardinal Baronius. Il se retira au noviciat de Saint-André, pour s’y préparer à la mort ; depuis longtemps il avait fait ses dernières recommandations dans un testament plein de piété et d’humilité. Atteint mortellement à la fin du mois, le cardinal ne songea plus qu’au ciel ; on a l’impression d’assister à la mort d’un saint en lisant ses derniers jours, racontés en détail dans une sorte de bulletin quotidien qui figure dans l’Informatio de 1749, p. 377 sq. Visité par le pape Grégoire XV, il témoigna de son respect pour le vicaire du Christ en répétant les paroles du centurion. Il mourut, âgé de près de quatre-vingt ans, le 17 septembre, en
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une fête qu’il avait contribué à établir, la fête des Stigmates de saint François d’Assise. Il avait, pendant sa dernière maladie, fait une déclaration qu’il est juste de rappeler : « Il protesta de mourir en la foy, en laquelle il avait vescu, et dit au Père André Eudémon-Jean, qui estoit présent, que tout ce que le dit cardinal avoit escrit et imprimé de ce qui concernait la foy, à l’encontre des hérétiques, et aussi de la matière De gratia et de auxiliis, il le ratifioit et le confirmoit de nouveau, et vouloit que le dit Père en rendît témoignage particulier en public, principalement contre les hérétiques, qui alloient calomniant qu’il s’estoit dédict en beaucoup de choses. » Discours des choses mémorables qui se sont passées au trespas, et aux funérailles du feu cardinal Bellarmin de très illustre et glorieuse mémoire, in-12, Paris, 1622, p.32. Même témoignage dans l’Imago virtutum Roberti card. Bellarmini, par Marcel Cervin, c. XLI, Sienne, 1622.
 12° La cause de Bellarmin. ? Tout concourait à glorifier la mémoire du défunt : la vénération témoignée par la foule à ses funérailles, les magnifiques éloges que lui décernèrent un grand nombre de cardinaux et de saints personnages, les immenses travaux qu’il avait entrepris pour l’honneur de Dieu et de l’Eglise, la vie toute de piété, de zèle et de charité qu’il avait menée, enfin l’éclat des dons surnaturels qui ne lui avaient pas manqué, surtout pendant son séjour à Capoue et après sa mort. La cause fut introduite sous Urbain VIII, le 15 janvier 1627, et le titre de Vénérable fut dès lors acquis au serviteur de Dieu. Une première congrégation préparatoire fut sur l’héroïcité des vertus aboutit, le 7 septembre 1675, à un vote unanimement favorable des vingt-deux théologiens consulteurs. Dans la congrégation générale qui eut lieu sous Innocent XI, le 26 septembre 1677, et qui se composa de trente-huit membres, seize cardinaux et vingt-deux consulteurs, la pluralité des suffrages, en tout vingt-huit, restèrent favorables ; mais de vives oppositions s’élevèrent. Quelques-uns, comme le cardinal Barbarigo, ne contestaient pas au vénérable serviteur de Dieu la sainteté de la vie ; ils doutaient seulement de l’héroïcité des vertus, ou du moins n’en trouvaient pas la preuve suffisamment établie : et ce fut aussi la principale objection du promoteur de la foi, Prosper Bottini. D’autres, comme le cardinal Azzolini, allaient plus loin : s’appuyant sur les faits déjà signalés, ils accusaient Bellarmin d’avoir, en diverses circonstances de sa vie, manqué d’humilité, de charité, de prudence, de discrétion et même de véracité. A ces difficultés s’ajoutèrent des défauts de forme qui retardèrent la cause. Une nouvelle information eut lieu en 1719, sous Clément XI ; Prosper Lambertini y parut comme promoteur de la foi. Le pape, on ne sait pourquoi, ne prit aucune décision. Sur d’instances demandes, adressées au Saint-Siège, la cause fut reprise par ordre de Benoît XIV ; le 16 juillet 1748, il nomma rapporteur le cardinal Cavalchini. Une nouvelle congrégation générale se tint le 5 amis 1753 ; vingt-cinq suffrages  sur vingt-sept furent favorables, malgré l’opposition violente et tapageuse du cardinal Passionei qui, dans un vote souvent exploité depuis lors, tira de l’autobiographie de Bellarmin les mêmes objections que le cardinal Azzolini, mais en les aggravant et en y joignant des considérations d’ordre politique sur les difficultés que pourrait susciter au Saint-Siège, en France ou ailleurs, la béatification de l’auteur des Controverses et du traité contre Barclay. Voti. . . nella causa della beatificazione del venerabile servo di Dio card. R. Bellarmino, 2e édit., Ferrare, 1762.
 Contre l’attente générale, Benoît XIV en resta là. Ce n’est pas que son jugement fût opposé à celui de la majorité ; il était facile de le présumer en se reportant à ce qu’il a dit de cette cause en plusieurs passages de son grand ouvrage De servorum Dei beatificatione et
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beatorum canonizatione, l. III, c. X, n. 11 ; c. XXI, n. 10 ; c. XXXIII, n. 20 ; c. XXXIV, n. 30 ; c. XL, n. 9, 19 ; cf. l. II, c. XXXVIII, n. 4. Mais on n’en est plus à des présomptions ; dans des papiers du même pape, on a retrouvé son Votum, ou l’expression de ce qu’il dit dans la congrégation générale du 5 mai. Les conclusions pleinement favorables au serviteur de Dieu ; le point capital de l’héroïsme y est, en particulier, nettement résolu. Après avoir remarqué que la méthode ordinaire consiste à prouver l’héroïsme dans l’exercice des vertus théologales et morales que le vénérable a eu l’occasion et l’obligation de pratiquer, Benoît XIV ajoute (je traduis littéralement sur une copie du document photographié) : « C’est là que les postulateurs ses sont efforcés de faire, non seulement en répétant ce qui avait été déjà dit, mais en le renforçant de preuves plus importantes qui n’avait pas été d’abord donnés dans le sommaire. Mais pour ce qui est de l’héroïsme dans le cas dont nous nous occupons, il semble plus expédient de se demander si, présupposé ce qui dans le cas présent est prouvé, à savoir la pureté de conscience ou absence de péché dans la longue carrière d’un homme qui vécut soixante-dix-neuf ans, et l’observance continuelle des préceptes et des conseils évangéliques, selon l’état de religieux de la Compagnie de Jésus que le serviteur de Dieu avait embrassé, ? si, dis-je, le fait de n’avoir jamais manqué en rien de ce qui touche à l’état de religieux, de cardinal et d’archevêque, le fait aussi de s’être dépensé utilement toue sa vie pour notre sainte foi, ne suffit pas pour faire de ce serviteur de Dieu un héros supérieur au commun degré des autres gens de bien. Cela suffit, croyons-nous, et c’est ce que nous nous sommes efforcés de prouver, dans notre ouvrage De canonizatione, avec les auteurs que nous y avons cités. »
 Les raisons qui déterminèrent l’auteur de ce Votum à ne pas émettre le décret sur l’héroïcité des vertus, sont connues maintenant. Une série de lettres, échangées à ce sujet entre Benoît XIV et le cardinal de Tencin, montre que le grand pape fit céder sa ferme conviction et ses propres désirs à des raisons de haute prudence, à la crainte surtout de fournir une nouvelle matière au feu des fureurs gallicanes et jansénistes dans les parlements de France. Dans une lettre du 29 août 1753, Benoît XIV dit au sujet de la réunion du 5 mai : « Nous parlâmes de la cause fort au long et nous renvoyâmes notre déclaration à un autre temps. Nous l’aurions même déjà donnée conforme à la pluralité des voix, si les prudentes réflexions que vous nous avez fait faire ne nous avaient déterminé à un plus long délai et à attendre des conjonctures plus favorables. . . Nous avons dit en confidence au général des jésuites que le délai de la cause ne venait point des pauvretés débitées par le cardinal Passionei, mais des tristes circonstances du temps. » Voir Etudes religieuses, 15 avril 1896, t. LXVII, p. 668 sq. Sous le pape Léon XII, on put croire à l’existence de conjonctures plus favorables, et un nouvel examen de la cause fut entrepris en 1828 ; mais la mort du pape et celle du général des jésuites créèrent un nouvel obstacle.
 D’ailleurs, pour conclure par une remarque du docteur Hefele, « Bellarmin, sans être canonisé, reste pour tout catholique vénérable au plus haut degré, et ceux qui ont voulu le salir n’ont fait que se clouer eux-mêmes au pilori. » Kirchenlexicon, 2e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1883, t. II, col. 292. « La sincérité de sa dévotion, sa charité et le désintéressement de son zèle, lit-on dans la Grande Encyclopédie, n’ont jamais été contestés que dans des libelles émanés de basse officine protestante, tels que la Fidèle et véritable histoire de la mort désespérée de Robert Bellarmin, jésuite. » Il s’agit là d’un immonde pamphlet que les protestants eux-mêmes ont stigmatisé, comme « plein de grossiers
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mensonges et de calomnies, dont l’effet ne put être que d’augmenter la vénération des catholiques d’alors pour le cardinal. » Ersch et Gruher, Allgemeine Encyclopädie der Wissenschaften und Künste, art. Bællarmino, 8e partie, Leipzig, 1822, p. 434. Cf. Janssens, L’Allemagne et la Réforme, trad. E. Paris, Paris, 1899, t. V, p. 571 sq. Quelque chose d’analogue s’est produit, quand poussés par leurs rancunes de vieux catholiques, Döllinger et Reusch ont cherché dans une nouvelle publication de l’autobiographie de Bellarmin une occasion de notes malveillantes conte l’Eglise romaine et la Compagnie de Jésus et, contre le cardinal, d’attaques renouvelées d’Azzolini et de Passionei. Le vénérable serviteur de Dieu n’a rien perdu, mais il a plutôt grandi dans l’estime et l’amour des catholiques, comme on peut le voir par la conclusion de quatre articles parus en 1890 dans les Historisch-politische Blätter de Munich, t. CVI, sous ce titre : Cardinal Bellarmin in altkatholischer Beleuchtung.

 Le premier document à consulter, pour l’histoire de Bellarmin, est son autobiographie, souvent citée au cours de cette notice. Elle a été imprimée à part à Louvain, en 1753, sous ce titre : Vita ven. Roberti cardinalis Bellarmini quam ipsemet scripsit rogatu familiaris sui P. Eudæmon Johannis Cretensis. Elle se retrouve, texte latine et traduction allemande, dans Sammlung der neuesten Schriften, welche die Jesuiten in Portugla betreffen, Francfort et Leipzig, 1762, t. IV ; de même dans l’ouvrage polémique de Döllinger et Reusch, Die Selbstbiographie des Cardinals Bellarmin, in-8°, Bonn, 1887. A l’autobiographie s’ajoutent les Epistolæ familiares, choix très incomplet de lettres, dont la publication est due au P. Jacq. Fuligatti, in-12, Rome, 1650, etc. En dehors des lettres relatives à la jeunesse de Bellarmin qui ont été signalées, G. Buschbell a publié trois autres lettres du cardinal dans Romische Quartalschrift, 1901, p. 191 sq., 327 sq.
 Biographies principales : 1° J. Fuligatti, S. J., Vita del cardinale Bellarmino della Compagnia di Gièsu, in-4°, Rome, 1624, etc. ; trad. franç. par le P. Pierre Morin, S. J., in-8°, Paris, 1625 ; trad. lat., avec additions, par le P. Silvestre Petrasancta par un prêtre de Franconie, Leben des Cardinal Robert Bellarmin, in-12, Ratisbonne, 1846. ? 2° D. Bartoli, S. J., Della vita di Roberto cardinal Bellarmin, en quatre villes, in-8°, Rome, 1678, etc. ? 3° N. Frizon, S. J., La vie du cardinal Bellarmin, in-4°, Nancy, 1709, etc. ? 4° J.-B. Couderc, S. J., Le vénérable cardinal Bellarmin, 2 in-8°, Paris, 1893. A signaler encore l’Imago virtutum Roberti card. Bellarmini Politiani, par un neveu du cardinal, Marcel Cervin, in-8°, Sienne, 1622, etc. Les autres biographies ne sont, en général, que des extraits ou des adaptations des vies composées par Fuligatti et Petrasancta. Voir A. Carayon, Bibliothèque historique de la Compagnie de Jésus, in-4°, Paris, 1864, n. 1522 sq., 2788, 4342 ; ouvrage dont la seconde partie de la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus contiendra une édition augmentée et améliorée. On y trouvera également l’indication des actes relatifs à la cause de béatification, et celle des écrits, favorables ou défavorables, publiés à cette occasion.

 II. ECRITS. ? Cinq groupes généraux : 1° les Controverses et traités complémentaires ; 2° les œuvres de polémique spéciale ; 3° les œuvres d’exégèse et de littérature sacrée ; 4° les œuvres d’instruction pastorale et morale ; 5° les œuvres inédites.
 I. LES CONTROVERSES ET TRAITES COMPLEMENTAIRES. ? C’est le groupe le plus important, puisqu’il comprend l’œuvre capitale de Bellarmin avec quelques ouvrages qui s’y rattachent d’une façon plus étroite.
 1° Disputationes de controversiis christianæ fidei adversus hujus temporis hæreticos. ? Cours de controverse professé au Collège romain de 1576 à 1588. Il fut d’abord imprimé à Ingolstadt en trois in-folio, dont le premier parut en 1586, après l’écrit sur la translation de l’empire romain, Autob., § 28, le second en 1588, et le troisième en 1593. Bellarmin revit son œuvre et en fit faire à Venise, en 1596, une nouvelle édition en quatre volumes, qui devrait servir de modèle pour toutes celles qui suivraient. Dans l’admonitio, il dit avoir remarqué dans la première édition aliqua errata
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non levis momenti ; mais rien n’autorise à soutenir que les jésuites d’Ingolstadt s’y seraient permis des changements désapprouvés par Bellarmin. Voir Liévin de Mayer, op. cit., l. II, c. XX, t. I, p. 149 sq. Le contenu général de l’ouvrage  répond au but que se proposait l’auteur, de réunir en un seul corps les travaux de détail faits auparavant sur les points discutés en matière de religion. Le tome Ier traite des règles de la foi ; il renferme trois controverses générales : 1re, de la parole de Dieu, écrite ou conservée par la tradition, l. IV ; 2e, du Christ chef de toute l’Eglise, l. V ; 3e, du souverain pontife, son vicaire ici-bas, l. V. A cette troisième controverse se rattachent les graves questions du pouvoir du pape au spirituel et temporel. Le tome II a pour objet l’Eglise ; il se divise en quatre controverses générales : 1re, de l’Eglise réunie en concile ou dispersée par toute la terre, l. IV ; 2e, des membres de l’Eglise militante, clercs, moines et laïques, l.III ; 3e, de l’Eglise souffrante en purgatoire, l. II ; 4e, de l’Eglise triomphante aux cieux, l. III. A la seconde controverse appartiennent ces questions importantes : immunité des clercs, vœux religieux, origine et nature du pouvoir civil. Le tome III est consacré tout entier aux sacrements, répartis en cinq controverses : 1re, des sacrements en général, l. II ; 2e, du baptême et de la confirmation, l. II ; 3e, de l’eucharistie, l. VI ; 4e, de la pénitence, l. IV ; 5e, de l’extrême-onction, de l’ordre et du mariage, l. III. A la quatrième controverse se rattache les deux livres, publiés à part, des indulgences et du jubilé. Le tome IV s’occupe de la grâce en trois controverses : 1re, de la grâce du premier homme, l. I ; 2e, de la perte de la grâce et de l’état de péché, l. VI ; 3e, du recouvrement de la grâce, matière importante qui se subdivise en trois controverses spéciales : de la grâce et du libre arbitre, l. VI ; de la justification, l. V ; des bonnes œuvres, l. III. Les Controverses ont eu de très nombreuses éditions, dont les suivantes sont particulièrement appréciées : Pairs, 1608, édition des Triadelphes ; Prague, 1721 ; Rome, 1832 sq. Des traductions françaises partielles se trouvent à la Bibliothèque nationale de Paris.
 2° De exemptione clericorum liber I, in-12, Paris, 1599. ? Opuscule destiné à préciser et à compléter ce que l’auteur des Controverses avait dit précédemment de l’exemption des clercs. Dans le c. I, Bellarmin se demande si les clercs sont exempts du joug de la puissance séculière. Oui, répond-il, ils le sont, et de droit divin, dans les causes ecclésiastiques. Mais s’il s’agit des lois civiles qui ne sont point en opposition avec les sacrés canons et leurs devoirs d’état, les clercs doivent observer ces lois ; ils le doivent pour le bien commun et le bon ordre de la société, obligatione non coactiva, sed solum directiva. Aussi, en cas de violation, leurs juges naturels ne sont point les juges séculiers. Leurs biens jouissent de l’immunité ecclésiastique. Ces privilèges ont pour origine le droit humain et, dans une certaine mesure, le droit divin. Dans le c. II, l’auteur va plus loin et pose cette question : L’exemption des clercs est-elle de droit naturel ? Non, si l’on considère le droit naturel proprement dit, celui qui est fondé sur les premiers principes et leurs conséquences prochaines ; oui, si l’on considère le droit des gens, dont l’objet sont ces conséquences éloignées qui ont besoin d’être déterminées et sanctionnées par les lois positives. Le c. III résout les objections. Bellarmin dut défendre ces principes dans ses trois grandes luttes politico-religieuses. Voir surtout le traité contre Barclay, c. XXXIV sq. Dans les éditions postérieures des Controverses, l’opuscule De exemptione clericorum se trouve incorporé au tome II, De membris Ecclesiæ, l. I, c. XXVIII-XXX.
 3° De indulgentiis et jubilæo libri duo, in-8°, Cologne, 1599. ? Traité complet sur les indulgences. Il devait faire suite, dans les Controverses, au sacrement de la pénitence, mais le manque de loisirs força Bellarmin à en
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ajourner la publication ; elle eut lieu très à propos, au moment où Clément VIII se préparait à proclamer le grand jubilé de l’an 1600. Dans le l. I, l’auteur résout avec clarté et méthode les questions dogmatiques relatives aux indulgences : leur nature, leur légitimé fondée sur le trésor spirituel de l’Eglise et le pouvoir qu’elle a de le dispenser, leurs variétés, leurs fruits et leur utilité, enfin les conditions nécessaires pour leur promulgation et pour leur application aux fidèles, vivants ou trépassés. Le l. II est une réponse aux attaques des novateurs, Luther, Calvin, Hesshus et Kemnitz. C’est à tort que, dans la Selbstbiographie, p. 133 sq. , Döllinger et Reusch ont prétendu voir une sorte d’opposition entre la doctrine contenue dans cet ouvrage et les réflexions d’ordre pratique que Bellarmin expose au P. Carminata dans une lettre privée du 5 septembre 1608. Voir Couderc, op. cit., t. I, P. 244 sq.
 4° Recognitio librorum omnium Roberti Bellarmini. . . ab ipso. . . edita. Accessit correctorium errorum, qui typographorum negligentia in libros ejusdem cardinalis editionis venetæ irrepreserunt, in-fol., Rome, 1607 ; in-8°, Ingolstadt, 1608. ? Comme le titre l’indique, la partie principale de cet ouvrage est une revue des ouvrages que Bellarmin avait publiés avant 1607 : « J’ai expliqué des passages obscurs, dit-il lui-même au début, j’en ai complété d’autres trop laconiques, d’ailleurs j’ai fait des corrections, mettant ainsi la dernière main à l’ensemble de mes œuvres. » Presque toutes les remarques se rapportent aux Controverses, quelques-unes à l’opuscule De translatione imperii. Sauf ce qui concerne le traité De gratia et libero arbitrio, les changements ou additions sont, en général, peu considérables, mais il en est qu’il est nécessaire de connaître, pour avoir sur plusieurs points importants la pensée exacte et définitive  du cardinal. Ainsi, dans le traité De summo pontifice, l. IV, c. VIII, il révoque en doute la chute du pape saint Marcellin qu’il avait admise auparavant ; l. V, c. IV, il précise la nature du royaume du Christ ; De eucharistia, l. III, c. XIII, il explique en quel sens, d’après lui, la transsubstantiation peut se dire conversio adductiva ; De justificatione, l. I, c. XVII, l. III, c. IX, il justifie ce qu’il avait dit de la foi comme causa formalis inchoata justificationis, et de l’incertitude où nous sommes par rapport à notre sanctification. D’autres exemples se rencontrent au cours de cette étude. A la fin du volume il y a un correctorium ou longue liste d’errata se rapportant à l’édition des Controverses faite à Venise en 1596, édition qui, par la négligence de l’imprimeur, s’était trouvée plus défectueuse encore que celle d’Ingolstadt.
 II. ŒUVRES DE POLEMIQUE SPECIALE. ? 1° De translatione imperii romani a Græcis ad Francos, adversus Matthiam Flaccium Illyricum, libri tres, in-8°, Anvers, 1589 (et non 1584). ? Un des principaux champions du pur luthéranisme, Matthias Flack Frankowitz, avait publié à Bâle, en 1566, un livre De translatione imperii romani ad Germanos ; il y niait que l’empire romain eût été transféré des Grecs aux Germains par l’autorité pontificale ; si le fait avait eu lieu, ajoutait-il, ce transfert n’aurait été qu’un absurde abus de pouvoir de la part des papes. Comme ce livre faisait beaucoup de mal dans les cours allemandes, Bellarmin en entreprit la réfutation en 1584, mais il semble que la publication ait été différée jusqu’en 1589. Döllinger, Die Selbstbiographie, p. 88. Dans le l. I, l’auteur établit d’abord que l’empire romain a été réellement transféré des Grecs aux Francs par l’autorité du souverain pontife, Charlemagne n’étant parvenu à la dignité impériale par aucun titre ; puis il soutient, c. XII, qu’en déplaçant ainsi l’autorité impériale, le pape n’a fait qu’user de son droit et de son droit de déposer les rois et les princes chrétiens, quand la cause du Christ et de l’Eglise le demande. Dans le l. II, Bellarmin montre que ce pouvoir s’est appliqué
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une seconde fois en 962, quand le pape Jean XII fit passer l’autorité impériale de la famille de Charlemagne et de la nation franque à la famille des Othons et à la nation saxonne. Le l. III tend à prouver que l’institution des sept électeurs de l’empire est le fait du pape Grégoire V, en 996 ; thèse historique généralement abandonnée maintenant. Sur la question de droit, l’ouvrage De translatione imperii n’est qu’une application de la doctrine de l’auteur des Controverses sur le pouvoir indirect du pape dans les choses temporelles.
 2° Judicium. . . de libro, quem lutherani vocant, Concordiæ, in-8°, Ingolstadt, 1585. ? Les luthériens avaient publié Le livre de la Concorde d’abord en allemand, en 1580, puis en latin, en 1584. Bellarmin y signale de très graves erreurs contre le symbole des apôtres et de nombreuses faussetés ; il relève six erreurs sur la personne du Christ et soixante-sept mensonges. Dans une nouvelle édition, en 1599, il ajouta une Brevis apologia ; il y raconte, au début, quelle occasion l’avait amené à publier son Jugement de la Concorde.
 3° Responsio ad præcipua capita apologiæ, quæ falso catholica inscribitur, pro successione Henrici Navarreni in Francorum regnum, auctore Francisco Romulo, in-8°, Rome, 1586. ? Cet ouvrage ne figure pas dans les éditions des œuvres complètes du cardinal. Pendant longtemps on a hésité à lui en attribuer la paternité ; mais le doute n’est plus possible. Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, édit. C. Sommervogel, t. I, col. 1180. C’est la réponse à une apologie en faveur des droits de Henri de Navarre au trône de France, publiée à Paris en 1585 et qui paraît avoir eu pour auteur Pierre de Belloy. Bellarmin, désigné par ses prénoms François Romulus, s’arrête à ce seul argument : Le chef suprême de l’Eglise, Sixte V, a déclaré Henri de Navarre hérétique notoire et relaps ; il l’, comme tel, privé du droit de succession et l’a déclaré incapable de porter la couronne des rois chrétiens. Le développement contient quatre parties. L’auteur de l’apologie se dit faussement catholique ; son langage témoigne d’un hérétique, sinon d’un athée. La secte des huguenots, à laquelle Henri de Navarre appartient, est une secte hérétique, que l’Eglise catholique a depuis longtemps condamnée. Le siège apostolique a le droit de déposer les princes hérétiques, et de les priver du droit de régner sur les peuples catholiques. Ce serait donc faire acte d’imprudence et manquer de zèle pour la foi orthodoxe, que de ne pas faire tous ses efforts pour écarter du trône un prince hérétique, jugé et condamné par l’Eglise. Les idées émises sur le pouvoir du pape dans l’écrit de translatione imperii, c. XII, se retrouvent et sont même développés dans la troisième partie du présent ouvrage.
 4° De controversia Lovanii nuper exorta inter facultatem theologicam et professorem quemdam S. J. ? Tel est le titre exact du petit traité que Bellarmin composa vers 1588, pour défendre Lessius contre la censure portée par la faculté de théologie de Louvain. On le trouve imprimé dans Liévin de Mayer, op. cit., t. I, p. 1780 sq. sous ce titre : Scriptum R. P.Roberti Bellarmini in defensionem doctrinæ P. Lessii. Après avoir remarqué que les controverses relatives à la providence, à la grâce suffisante et efficace, à la prédestination et à la persévérance, viennent toutes d’une même source, la divergence de vues sur la manière dont Dieu concourt avec le libre arbitre, Bellarmin soutient que le système des prédéterminations physiques ne peut pas se recommander de la tradition catholique, la plupart des scolastiques et des Pères enseignant expressément que la volonté n’est pas prédéterminée dans les actes libres ; il justifie ensuite dans le détail les assertions de Lessius. Dans cet écrit, comme dans l’échange de lettres qui eut lieu à la même occasion, le professeur du Collège romain ne fait de réserves que sur deux points : l’élection à la gloire ex præscientia meritorum, et la troisième
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proposition de Lessius sur l’Ecriture sainte : Liber aliquis (qualis forte est secundus Machabæorum) humana industria sine assistentia Spiritus Sancti scriptus, si Spiritus Sanctus postea testebur ibi nihil esse falsum efficitur Scriptura sacra. Schneemann, op. cit., p. 138 sq., 481. On peut lire dans ce même auteur l’appréciation plus sévère que porta Bellarmin sur les vingt propositions de Jacques Janson, déférées à Rome, et son jugement sur toute la controversa : Censura ad sententias Lovanio missas, p. 366 ; Sententia Bellarmini de controversia Lovaniensi, p. 367 sq.
 5° Responsio ad librum anonynum, cujus titulus est : Aviso piacevole dato alla bella Italia. ? Cet opuscule, divisé en vingt-quatre chapitres, parut comme appendice au traité De summo pontifice, dans l’édition des Controverses faite à Venise en 1599 ; il se retrouve aussi parmi les Opuscula dans les œuvres complètes de Bellarmin. L’Avis bienveillant donné à la belle Italie par un jeune gentilhomme français n’était qu’un pamphlet, où Nicolas Perrot se déchaînait sans mesure contre Sixte-Quint et la papauté ; il prétendait montrer l’Antéchrist dans le souverain pontife, opposait à la cour romaine des textes empruntés à Dante, Pétrarque et Boccace, enfin, pour terminer dignement, lançait contre le pape cinquante et un poèmes satiriques. Après avoir relevé finement le procédé peu noble de ce gentilhomme anonyme qui traite en riant des sujets les plus sacrés, le cardinal renverse avec vigueur les arguments que le jeune pamphlétaire avait prétendu emprunter à la tradition catholique pour décrier la papauté ; aux textes invoqués des grands poètes italiens, il oppose les passages nombreux et si beaux, où ils ont fait entendre des accents tout autres ; enfin il réduit à néant  les accusations satiriques portées contre Sixte-Quint et les papes.
 6° Refutatio libelle de cultu imaginum, qui falso synodus Pariensis inscribitur. ? Opuscule très court, qui parut dans l’édition vénitienne des Controverses, comme appendice au traité De cultum imaginum ; il était dirigé contre une publication anonyme, faite à Francfort en 1596 : Synodus pariensis de imaginibus, anno 824. Ex vetustissimo codice descripta. Bellarmin soumet à une sévère critique les données du manuscrit invoqué et la doctrine, peu favorable au culte des images, qu’on y attribue au synode parisien de 824 ; il conclut à un faux synode et à un manuscrit sans autorité ; conclusion qui, aujourd’hui, n’est plus adoptée. Hefele, Histoire des conciles, trad. Delarc, t. V, p. 236 sq.
 7° Risposta del cardinal Bellarmino ad un libretto intitolato : Risposta di un dottore di teologia ad una littera scrittagli. . . sopra il breve di censure della Santita di Paolo V. . ., in-4°, Rome, 1606. ? 8° Risposta. . .ad un libretto intitolato : Trattato e risolutione sopra la validatà delle scomuniche di Giov. Gersone, in-4°, Rome, 1606. ? 9° Risposta. . . la Trattato dei sette teologi di Venizia sopra l’interdetto. . . ed ella opposizioni di F. Paolo Servita contra la prima scriturra dell’ istesso cardinale, in-4°, Rome, 1606. ? 10° Rsiposta. . . alla difesa delle otto proposizioni di Giovanni Marsiglio Napolitano, in-4°, Rome, 1606. ? Tous ces écrits se rapportent à la controverse vénitienne ; l’objet en est suffisamment connu par ce qui a été dit de cette controverse dans la notice historique. Ils se retrouvent traduits en latin et groupés autrement dans les éditions complètes des œuvres de Bellarmin, par exemple dans l’édition de Cologne, 1617, t. VII, p. 1027 sq.
 11° Responsio  Matthæi Torti presbyteri, et theologi papiensis, ad librum inscriptum : Triplici nodo triplex cuneus, in-8°, Cologne, 1608. ? C’est la réponse à l’apologie de Jacques Ier ; réponse digne et solide où, sans négliger les points secondaires, en particulier les accusations portées par le roi d’Angleterre contre ses sujets catholiques, le champion du Saint-Siège insiste avant
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tout et à bon droit sur la question capitale, le serment d’allégeance. Pour Jacques Ier, le principal moyen de défense consistait à soutenir qu’il s’agissait uniquement de l’hommage civil, dû pas ses sujets à leur prince légitime. Afin de montrer que la portée du serment dépasse l’ordre purement politique, Bellarmin en invoque d’abord le titre, qui témoigne manifestement d’une préoccupation religieuse : ad delegeradoset reprimendos papistas. Argument d’autant plus fort que, d’après un historien anglican, le serment avait été rédigé avec l’intention expresse de mettre une distinction entre les catholiques qui niaient et ceux qui admettaient dans le pape le pouvoir de déposer les rois. S. Gardiner, History of England from the accession of James 1, in-8°, Londres, 1887, t. I, p. 228. Le cardinal examine ensuite le contenu même du serment ; trois pouvoirs y sont niés qui, suivant la doctrine énoncée dans plusieurs conciles généraux, appartiennent au pape : pouvoir de déposer les rois quand le bien spirituel de l’Eglise le demande, pouvoir de les excommunier en cas d’hérésie, pouvoir de délier les chrétiens des vœux et des serments quand la gloire de Dieu et le salut des âmes l’exigent. Comparant enfin la formule de Jacques Ier avec le serment de suprématie imposé par Henri VIII, il n’y reconnaît qu’une différence d’expression, ce qui est dans l’un d’une façon nette et explicite se trouvant dans l’autre d’une façon implicite, en termes obscurs, équivoques et captieux. Appréciation qui n’étonnera guère, si l’on remarque qu’un historien protestant a dit du serment d’allégeance, qu’il était en fait une reconnaissance de la suprématie royale. L. Ranke, Englische Geschichte, in-8°, Berlin, 1859, t. I, p. 542.
 12° Apologia Robertis S. R. E. cardinalis Bellarmini, pro responsione sua ad librum Jacobi Magnæ Britanniæ regis, cujus titulus est : Triplici nodo triplex cuneus : in qua apologia refellitur præfatio monitoria regis ejusdem, in-4°, Rome, 1609. ? Comme l’écrit de Jacques Ier qui la provoqua, cette apologie était adressée à l’empereur et à tous les rois et princes catholiques. Cf. Epist. famil., LXVIII. Avec un calme et une majesté d’allure qui contrastent singulièrement avec le ton prétentieux et la marche lourde de son adversaire, l’habile controversiste relève d’abord la dignité, méconnue par le roi d’Angleterre, du souverain pontificat et de la pourpre cardinalice ; puis il discute sa prétendue justification du serment d’allégeance et défend contre ses attaques le pouvoir indirect du pape sur les choses temporelles et l’exemption des clercs. Comme pour se disculper d’être apostat et même hérétique, Jacques Ier avait fait une longue profession de foi, remarquable à titre de document historique, où il adhérait au symbole des apôtres, de Nicée et de saint Athanase, puis aux dogmes tenus d’un consentement unanime par les Pères des quatre premiers siècles, mais s’opposait vivement aux doctrines de l’Eglise romaine touchant les Ecritures, le culte du saint, des morts, des reliques et de la croix, le purgatoire, la transsubstantiation, la primauté et l’infaillibilité pontificale, etc., le cardinale le suit sur ce terrain ; on trouve par le fait même dans cet écrit une apologie substantielle et instructive des doctrines catholiques que le chef de l’Eglise anglicane avait attaquées. Les trois derniers chapitres sont consacrés à la réfutation de trois listes de prétendus mensonges, histoires fausses ou dogmes nouveaux.
 13° Tractatus de potestate summi pontificis in rebus temporalibus, adversus Gulielmum Barclay, in-8°, Rome, 1610. ? Le titre de cet ouvrage en indique l’objet. Aux quarante et un chapitres du livre inachevé de Barclay, Bellarmin en oppose quarante-deux, où il soutient, en donnant de nouveaux développements, la doctrine du pouvoir indirect du pape, répond aux objections faites par l’adversaire et défend les arguments dont il s’était servi lui-même dans sont traité De romano pon-
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tifice, l. V, c. VI sq. Dans les prolégomènes, il apporte les témoignages de nombreux auteurs de nationalités diverses, et des conciles généraux de Latran en 1215 et de Lyon en 1245.
 14° Roberti S. R. E. card. Bellarmini Examen ad librum falso inscriptum : Apologia cardinalis Bellarmini pro jure principum, etc., auctore Roger Widdringtono, catholico anglo, in-8°, Rome, 1612. ? Cet ouvrage n’est connu que par son titre et les indications données par le P. Zaccaria, qui se proposait de le publier dans une nouvelle édition des œuvres de Bellarmin. Couderc, Le vénérable cardinal Bellarmin, 2 vol. in-8°, Paris, 1893, t. II, p. 140. Le cardinal en parle lui-même dans son autobiographie, § 50, et dans une lettre du 12 septembre 1612 à l’archiprêtre d’Angleterre, Birkhead. Epist. famil., XCVI. Le cardinal Passionei et beaucoup d’autres, avant ou après, ont prétendu ce livre avec la réfutation de Roger Widdrington, publiée en 1613 à Cologne, par Adolphe Schulcken, et insérée par Rocaberti, dans sa Bibliotheca maxima pontificia, Rome, 1698, t. II. L’identification est vraie en  ce sens que le manuscrit de Bellarmin fut envoyé à Cologne avec pleine liberté d’en tirer le parti qu’on jugerait convenable. Schulcken utilisa de fait, non seulement la doctrine, mais les trois quarts du temps, la rédaction même de Bellarmin. Ces conclusions différentes  de celles qui avaient été émises précédemment reposent sur l’examen du manuscrit autographe retrouvé depuis lors par l’auteur de cet article et de la correspondance échangée entre Aquaviva et les Pères de Cologne.
 III. ŒUVRES D’EXEGESE ET DE LITTERATURE SACREE. ? 1° In omnes Psalmos dilucida expositio, in-4°, Rome, 1611. ? Commentaire remarquable, où le cœur n’eut pas moins de part que l’esprit. Epist. famil., XCVIII. De là un parfum de piété et d’onction qui s’allie heureusement avec une intelligence du texte sérieuse et approfondie. Richard Simon a donné de cette œuvre une appréciation judicieuse : « La méthode que le cardinal Bellarmin a suivie dans le commentaire des Psaumes est bonne et digne de lui. Il examine le texte hébreu qui est l’original, puis les deux anciennes versions que l’Eglise a autorisées. Il n’est pas cependant assez critique, et il me paraît avoir su que médiocrement la langue hébraïque ; de sorte qu’il se trompe quelquefois. Comme il a écrit après Génébrard, il a pris de lui la plupart de ce qui regarde la grammaire et la critique, en y changeant seulement quelque chose. Il y a aussi des endroits qu’il aurait pu expliquer plus à lettre et selon le sens historique ; mais il y a bien de l’apparence qu’il n’a pas voulu faire, afin que son commentaire fût plus utile aux chrétiens. » Histoire critique du Vieux Testament, l. III, c. XII, in-4°, Rotterdam, 1685. Les exégètes protestants ont aussi rendu hommage à la valeur de cet ouvrage. Voir le P. Cornely, Introductio generalis, Paris, 1885, p. 681-683. On compte plus de trente éditions et diverses traductions, en particulier une traduction française par l’abbé E. Darras, 3 in-8°, Paris, 1856.
 2° De editio latina vulgata, quo sensu a concilio Tridentino definitum sit, ut ea pro authentica habeatur. ? Dissertation publiée en 1749, à Wurzbourg, par le P. Widenhofer, d’après un manuscrit autographe de Bellarmin, trouvé chez les jésuites de Malines ; L’authenticité en a été défendue dans les Mémoires de Trévoux, septembre et octobre 1753, a. 94, 100, 105. L’auteur se demande en quel sens le concile de Trente a déclaré authentique la version latine de la Bible, dont l’Eglise sert depuis saint Jérôme. Réponse : « Tous ceux que j’ai pu lire jusqu’à présent paraissent s’accorder  sur deux points touchant la Vulgate, savoir : que cette version doit être regardée comme exempte de toute erreur, en ce qui concerne la foi catholique et les bonnes
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mœurs, et qu’elle seule doit être conservée dans l’usage public des églises et des écoles, quoique d’ailleurs il puisse s’y trouver des fautes. » Onze témoignages sont cités, depuis Driedo jusqu’à Génébrard ; puis la thèse est confirmée par cinq raisons, tirées soit du décret lui-même, soit de la comparaison de la Vulgate avec les textes originaux, soit de l’expérience qui nous force à reconnaître des fautes en maint endroit de cette version. Comparer, dans les Controverses, le traité De verbo Dei, l. II, c. X sq. Cette dissertation, sous sa forme actuelle, appartient à l’époque où Bellarmin était déjà professeur au Collège romain, car on y trouve cités plusieurs ouvrages, dont les premières éditions sont de 1577, 1578, 1580. Mais il est possible qu’il y ait eu une première rédaction à Louvain. L’étude que Bellarmin fit alors de la sainte Ecriture est attestée par un exemplaire de la Bible, annoté de sa main, qu’on conserve aujourd’hui à la bibliothèque de l’université de cette ville. Couderc, Le vénérable cardinal Bellarmin, 2 vol. in-8°, Paris, 1893, t. II, p. 141, note 2. En outre, une lettre adressée, le 1er avril 1575, au cardinal Sirlet, porte précisément sur le même objet que la dissertation. Voir, pour cette lettre, Mgr Batiffol, La Vaticane de Paul III à Paul V, Paris, 1890, p. 29 sq. ; J. Thomas, Mélanges d’histoire et de littérature religieuse, in-12, Paris, 1899, p. 312 sq. On trouve une traduction française de la dissertation de Bellarmin dans la Bible de Vence, généralement au t. I, parmi les préliminaires.
 3° Insitutiones linguæ hebraicæ ex optimo quoque auctore collectæ, et ad quantam maximam fieri potuir brevitatem, perspicuitatem alque ordinem revocatæ, in-8°, Rome, 1578. ? Bellarmin composa cette grammaire hébraïque à Louvain pour son propre usage, et s’en servit ensuite dans l’intérêt de ses élèves ; c’est son premier ouvrage imprimé. Autob., § 23, 28. Dans quelques éditions, on ajouta un exercice sur le Ps. XXXI et un lexique. Cette grammaire, de valeur secondaire, est depuis longtemps vieillie.
 4° De scriptoribus ecclesiasticis liber unus, in-4°, Rome, 1613. ? Catalogue des écrivains ecclésiastiques jusqu’en 1500, avec une courte chronologie depuis la création du monde jusqu’en 1612. Dans une préface qui se lit dans les anciennes éditions, Bellarmin explique comment, professeur de théologie à Louvain, il fut amené à composer cet ouvrage en parcourant les auteurs anciens pour se servir de leur doctrine et aussi pour distinguer leurs écrits authentiques des apocryphes. Il le retouche et l’augmenta quarante ans plus tard, avant de le publier. Livre assurément imparfait, mais remarquable pour l’époque et témoignant tout à la fois d’un travail considérable et d’un grand esprit d’initiative. Aussi vaut-il à son auteur l’estime des érudits, mêmes protestants, comme le proclame entre autres J. Fabricius. Historia bibliothecæ fabricianæ, part. V Wolfenbuttel, 1722, p. 448. Il a eu plus de vingt éditions, dont la principale est celle du P. Jacques Sirmond, Paris, 1617. Le P. Labbe, André du Saussay et Casimir Oudin ont travaillé successivement à le rendre plus correct et plus complet.
 IV. ŒUVRES D’INSTRUCTION PASTORALE ET MORALE. ? 1° Dottrina cristiana breve, Rome, 1597 ; puis, Dichiarazione piu copiosa della dottrina cristiana, 1598. ? Bellarmin composa ce petit et ce grand catéchisme à la prière du cardinal Tarugi, archevêque de Sienne, et sur l’ordre de Clément VIII. Autob., § 36 ; Epist. famil., XXXVII. Il y rapporte toute la religion chrétienne aux trois vertus théologales ; à la foi se rattache le symbole des apôtres ; à l’espérance, l’oraison dominicale et la salutation angélique ; à la charité, les commandements de Dieu et de l’Eglise, les sacrements qui l’engendrent et la nourrissent, puis les vertus et, par opposition, les vices et les péchés. Le tout couronné par un
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chapitre sur les fins dernières. Le développement est clair, simple, pieux et précis, sous forme de questions et de réponses ; dans le petit catéchisme, le maître interroge et le disciple répond ; dans le grand, l’ordre est inversé. Clément VIII fit examiner l’œuvre de Bellarmin par la Congrégation de la Réforme et, le 15 juillet 1598, publia un bref très élogieux où il imposait ce catéchisme aux diocèses des Etats pontificaux et exprimait le souhait qu’il fût universellement adopté. L’ouvrage commença dès lors à se répandre d’une façon extraordinaire. Par un bref du 22 février 1633, Urbain VIII en recommanda l’usage dans les missions d’Orient ; des traductions s’en firent en toute sorte de langues. Benoît XIV adressa, le 7 février 1742, à tous les évêques de la chrétienté une constitution spéciale où il formulait le même souhait que Clément VIII. La prohibition de ce catéchisme à Vienne, en 1775, et l’opposition que lui firent dans la haute Italie le P. Martin Natali, des Ecoles pies, et l’évêque janséniste Scipion Ricci, n’eurent pour effet que de recommander davantage à l’estime des catholiques attachés à Rome. Dans le projet d’un catéchisme universel qui fut proposé au concile du Vatican, le petit catéchisme de Bellarmin était désigné pour servir de modèle. Acta et decreta SS. Conciliorum recentiorum, Fribourg-en-Brisgau, 1890, t. VII, col.663 sq. Enfin, dans l’approbation donnée par Léon XIII, le 3 décembre 1901, à une nouvelle édition de ce même catéchisme, on lit ces paroles : Quoniam de eo libro agitur, quem sæculorum usus et plurimorum episcoporum doctorumque Ecclesiæ judicium comprobavit. . . Anacleta ecclesiastica, Rome, décembre 1902, p. 483.
 2° Dichiarazione del simbolo, in-16, Rome (?), 1604. ? Explication, article par article, du symbole des apôtres, que Bellarmin rédigea à Capoue, dans l’intérêt de ses prêtres. Autob., § 45. Elle fut traduite en français dès 1906, et se trouve en latin au t. VII des œuvres complètes du cardinal, Cologne, 1617.
 3° Admonitio ad episcopum Theanensem, nepotem suum, quæ necessaria sint episcopo, qui vere salutem suam æternam in tuto ponere velit, in-8°, Paris, 1616 ; Cologne, 1619 (édit. plus complète). ? Instruction courte et solide, adressée par le cardinal à son neveu, Angelo della Ciaia, promu à l’évêché de Téano, sur les devoirs des évêques, ou plutôt sur ce qui leur est nécessaire pour mettre leur salut en sûreté. Neuf questions y sont traitées, dont les principales concernent la résidence et la prédication de la parole divine, la perfection exigée par l’épiscopat, les ordinations, la pluralité des bénéfices et l’emploi des revenus ecclésiastiques, les rapports avec les princes et avec les parents. Le cardinal Passionei fit lui-même réimprimer cet opuscule ; une édition parue à Rome, en 1805, contient en appendice un traité jusqu’alors inédit de Bellarmin sur la manière de prêcher, De ratione formandæ concionis.
 4° Concionis habitæ Lovanii, in-4°, Cologne, 1615 ; Cambrai, 1617. ? Ces deux éditions des sermons latins, prêchés à Louvain par Bellarmin, sont à distinguer. La première, faite sur des notes précises par un auditeur, se trouva très défectueuse, et le cardinal s’en plaignit. Epist. famil., XCIV, CXVIII. La seconde, exécutée sur une copie qui avait été transcrite de son propre manuscrit par des religieux prémontrés, ibid., CLXXXV, reçut l’approbation de l’auteur. On y compte quatre-vingt-sept sermons, dont quarante-cinq sur les dimanches et les fêtes, cinq sur les fins dernières et autant sur le Missus est, douze sur la vraie foi et la véritable Eglise, huit sur les tribulations et douze sur le psaume Qui habitat in adjutorio. Discours méthodiques et vigoureux, mais dont on a pu dire qu’ils sont plus instructifs qu’éloquents ; ce sont plutôt, selon le mot de Dupin, des leçons de théologie. Au début de sa carrière oratoire, Bellarmin avait donné beaucoup aux ornements du style
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mais instruit par l’expérience, il avait renoncé à ce genre pour être plus apostolique. Autob., § 16. Les sermons de Louvain ont été traduits en français par l’abbé E. Berton, 4 in-8° ou in-18, Paris, 1856.
 5° De ascencione mentis in Deum per scalas rerum creatarum, in-12, Rome, 1615. ? 6° De æterna felicitate sanctorum libri quinque, in-8°, Rome et Anvers, 1616. ? 7° De gemitu columbæ, sive de bono lacrymarum libri tres, in-12, Rome ; in-8°, Anvers, 1617. ?8° De septem verbis a Christo in cruce prolatis libri II, in-12, Anvers, 1618. ? 9° De arte bene moriendi libri duo, in-12, Rome ; in-8°, Anvers, 1620. ? Petits traités ascétiques dont le titre même indique l’objet. Bellarmin les composa pendant ses retraites annuelles d’un mois au noviciat de Saint-André. Dupin les déclare « pleins d’une moral très pure et d’une piété solide. » Saint François de Sales, parlant du premier, dans la préface du Traité de l’amour de Dieu, le dit merveilleux. Aussi ces cinq opuscules ont-ils été souvent réédités et traduits en diverses langues. Le troisième, De gemitu columbæ, donna lieu, après la mort de son auteur, à des plaintes, du reste exagérés, de la part de religieux qui se crurent dénigrés par les gémissements de la colombe sur le relâchement dans quelques ordres. Couderc, op. cit., t. II, p. 295 sq.
 10° De officio principis christiani libri tres, in-8°, Rome et Anvers, 1619. ? Dans ce traité, composé sur la demande des jésuites polonais et dédié au prince Ladislas, fils du roi Sigismond III, Bellarmin développe les obligations d’un roi chrétien envers Dieu, envers ses inférieurs, envers ses égaux et envers lui-même ; puis il propose comme modèles huit princes ou chefs de l’Ancien Testament  et dix du Nouveau, dont il décrit la vie et les vertus dans une série de courtes biographies.
 11° De cognitione Dei. . . opus ineditum, in-8° de 60 p., Louvain, 1861. ? Considérations ascétiques, divisées en treize chapitres, sur Dieu, son essence et ses attributs, sagesse, science, providence, miséricorde et justice. Presque tout se retrouve dans l’ouvrage qui suit :
 12° Exhortationes domesticæ. . . ex codice autographo bibliothecæ rossianæ S. J., in-12, Bruxelles, 1899. ? Exhortations spirituelles en latin ou en italien, publiées par le P. Van Ortroy, bollandiste, d’après un autographe conservé à Vienne, en Autriche. Elles furent adressées par Bellarmin aux religieux de la Compagnie de Jésus, soit au Collège romain, soit à Naples et dans quelques autres maisons. A la fin du volume, on trouve trois panégyriques de saint Ignace de Loyola, prêchés par le cardinal au Gesù de Rome en 1599, 1605 et 1606.
 13° Tractatus de obedentia quæ cæca nominatur ; Summa responsionis ad censuram Julianii Vincentii in epistolam sanctæ memoriæ P. Ignatii. ? Deux écrits de circonstance, composés par Bellarmin, en 1588, comme réponse à des attaques portées par un religieux brouillon contre la lettre de saint Ignace sur l’obéissance. Ils ont été publiés par le P.J.-B. Couderc dans un petit volume intitulé : La lettre de saint Ignace sur l’obéissance commentée par Bellarmin, in-16, Limoges, 1898. Dans le Traité de l’obéissance dite aveugle, l’apologiste explique ce que le fondateur de la Compagnie de Jésus entendait par obéissance aveugle, et montre que cette sorte d’obéissance est autorisée par les saintes Ecritures, les témoignages des Pères et des marques de l’approbation divine ; il répond enfin à quelques objections.
V. ŒUVRES INEDITES. ? Il suffit de signaler un grand nombre de lettres et les sermons prêchés à Capoue. Couderc, op. cit., t. II, p. 143. L’opuscule De militia ecclesiastica, dont parle Döllinger, Die selbstbiographie, p. 187, paraît controversé. trois manuscrits méritent une mention spéciale.
1° Commentarii in Summam S. Thomæ. ? C’est le cours de théologie enseigné à Louvain, du 10 octobre 1570 au 17 avril 1576 ; quatre volumes petit in-4°, con-
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servés aux archives secrètes du Vatican. Dans le premier, la Ia, q. I-CXIX, 618 p. ; dans le second, la Ia IIæ, q. LV-CXIV, 760 p. ; dans le troisième, la Ia IIæ, q. I-LXIII, a. 1-2, 780 p. ; dans le quatrième, la suite de la Ia IIæ, q. I-LXIII, a. 3-CXLVII, 1668 p. Bellarmin nous a fait connaître lui-même le temps qu’il passa sur chaque partie de la Somme. Autob., § 22. Dans ces commentaires, il s’attache constamment à l’ordre des questions et des articles de saint Thomas, mais d’après une méthode qui rappelle, dans l’ensemble, le genre du P. Grégoire de Valentia. Après avoir proposé le sujet, le professeur en entreprend par lui-même l’exposition, la preuve et la discussion. Dans la suite des articles, il passe légèrement chez ceux qui sont faciles ou purement métaphysiques, mais quand une question importante se présente, il la discute ex professo, soit en la divisant en propositions ou conclusions, soit en posant des dubia qu’il résout. Divers manuscrits, dénommés Annotationes in Summam ou Rhapsodiæ in D. Thomam, ne sont vraisemblablement que des copies ou des extraits des Commentarii répandus par les élèves de Bellarmin ; on voit, par exemple, par le Diarum secundum du collège anglais de Douai, qu’en 1577 les professeurs de théologie y dictaient dans leurs cours les Commentationes P. Roberti itali, docte, breviter et perspicue elaborates, ac non ita pridem Lovanii prælectas. T. F. Knox, Records of the English Catholics under the penal Laws, Londres, 1878, t. I, p. 117, 128. Ce qu’il y a d’important dans les leçons de Louvain se retrouve, en grande partie, dans les Controverses.
 2° Sententiæ D. Michaelis Baii doctoris lovaniensis a duobus pontificibus damnatre et a Roberto Bellarmino refutatæ. ? A la bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 4320, fol. 144 sq. Ce manuscrit comprend quinze chapitres, où les propositions de Baius sont groupées par ordre de matière, et réfutées à l’aide de passages extraits des Commentarii in Summam. J’ai utilisé ce travail dans l’article BAIUS, col. 64 sq.
 3° De novis controversiis inter patres quosdam ex ordine prædictatorum et P. Molinam, 1597 (?). ? Manuscrit dont deux copies existent à Rome, aux bibliothèques Corsini, Misc. cod. 1323, et Vittorio Emmanuele, mss. Gesuitici, n. 1493 (3622). C’est, à n’en point douter, l’Opusculum dilucidum dont Bellarmin parle dans son autobiographie et qu’il composa, à la demande de Clément VIII, sur la censure portée, en 1596, par des frères prêcheurs, contre neuf propositions extraites du livre de Molina et une autre relative à la confession par lettres. Liévin de Meyer, op. cit., t. I, p. 197 sq. Cet écrit contient un jugement motivé sur les propositions incriminées, en même temps qu’une exposition vraiment claire des points essentiels du débat : grâce efficace, science des futurs contingents, concours de Dieu avec le libre arbitre, prédestination, providence et grâce du premier homme. Je reviendrai sur cet opuscule, en parlant de la doctrine de Bellarmin.

 Edition complète des œuvres de Bellarmin : 7 in-fol., Cologne, 1617-1620 ; Paris, 1619 ; Venise, 1721-1728 ; 8 in-4°, Naples, 1856-1862, 1872 ; 12 in-4°, Paris, 1870-1874. Pour les éditions, réimpressions et traductions des différents ouvrages, ou les livres publiés pour ou contre les Controverses et autres écrits du cardinal, voir la très riche bibliographie contenue dans la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, édit. C. Sommervogel, S. J., Bruxelles et Paris, 1890 sq., t. I, col. 1151-1254, avec les Addenda, p. X-XI, t. VIII, col. 1797-1807.
 Cf. Niceron, Mémoires pour servir à l’histoire des hommes illustres, Paris, 1715, t. XXXI, p. 2 sq. ; Ellies du Pin, Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, in-4°, Utrecht, 1745, t. XVII, p. 18 sq., analyse détaillée des Controverses ; Döllinger et Reusch, Die Selbstbiograpie, beaucoup de notes utiles ; Hurter, Nomenclator literarius, 2° édit., Inspruck, 1892, t. I, p. 228-229.

 III. CARACTERISTIQUE, DOCTRINE, INFLUENCE DE BELLARMIN. ? Il ne s’agira ici des œuvres exégétiques ou
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ascétiques, ni des œuvres oratoires ou pastorales, bien que toutes aient contribué pour leur part à la renommée de leur auteur ; l’étude vise le théologien dans sa physionomie proche.
 I. CARACTERISTIQUE ET TRAITS GENERAUX. ? On doit les chercher dans le rôle apologétique du cardinal, dans son œuvre et sa méthode.
 1° Rôle apologétique. ? Prosper Lambertini, parlant comme promoteur de la foi dans la cause du vénérable serviteur de Dieu, lui a rendu ce témoignage, qu’il a mérité le nom de marteau des hérétiques, en confondant l’erreur par ses écrits. C’est bien là ce qui paraît au premier plan dans l’auteur des Controverses. Mais son rôle apologétique n’est pas tout entier dans la lutte contre l’hérésie ; Bellarmin a été encore, dans les luttes politico-religieuses auxquelles nous l’avons vu mêlé, le grand champion du siège romain et des droits inhérents à la primauté du vicaire de Jésus-Christ. Sur ce double terrain il eut un rôle de premier ordre ; amis et ennemis en conviennent. « Il est sûr, a écrit Bayle, qu’il n’y a point de jésuite qui ait fait plus d’honneur que lui à son ordre, et qu’il n’y a point d’auteur qui ait soutenu mieux que lui la cause de l’Eglise romaine en général, et celle du pape en particulier. Les protestants l’ont bien reconnu. » Dictionnaire historique et critique, 2e édit., Paris, 1820, t. III, p. 264. Ranke l’a proclamé « le plus grand controversiste de l’Eglise catholique, auquel on rend la justice de dire que nul ne mena une vie plus apostolique. » Histoire de la papauté,  t. II, p. 108. Il y a là pour Bellarmin un titre d’autant plus réel à la connaissance des catholiques, qu’il comprit de bonne heure sa mission et s’y donna sans réserve. Il fut aidé, assurément, par ses qualités naturelles, cette riche mémoire, cette facilité à tout saisir et à tout s’approprier, cette netteté de pensée et cette clarté méthodique dans l’exposition qui manifestèrent dès son enfance ou pendant ses études. Les circonstances l’aidèrent aussi ; son enseignement et ses prédications à Louvain, dans un milieu où l’influence protestante cherchait à pénétrer, furent pour lui comme une première orientation. Mais il sut mettre à profit les dons reçus et les circonstances providentielles ; ses études de patristique l’armèrent d’une érudition remarquable pour l’époque ; la lecture des auteurs protestants le prépara encore plus directement à son rôle futur. Et quand il monta la chaire de controverse au Collège romain, il fut à sa place et dans sa vocation. Enfin une idée apostolique le guida dans la publication de ses Disputationes ; il comprit qu’il fallait multiplier les livres pour la défense de la vraie foi : Illa prima ratio me movit, dit-il dans l’avis au lecteur, quod non solum non obesse, sed etiam prodesse censeam ecclesiastice caussæ, si plurimi hoc tempore scribant. La publication venait, du reste, à son heure.
 2° L’œuvre et la méthode. ? Beaucoup de doctes travaux avaient paru sur les points controversés en matière de religion, mais des travaux de détail, isolés et éparpillés dans un grand nombre d’ouvrages ; Bellarmin jugea qu’il serait grandement utile de les réunir en un seul corps. On a vu comment il a réalisé ce plan. L’idée apologétique se retrouve dans l’application, comme elle fut au début ; partout, à côté des donnés traditionnelles, l’adaptation aux besoins du temps. Ainsi paraissent, dans le traité De verbo Dei, la canonicité des Livres saints, l’authenticité de la Vulgate, l’interprétation des divines Ecritures qui ne pourrait être laissée à l’examen privé, mais relève de l’Eglise, de son magistère vivant, l’existence enfin et la nécessité de la tradition. De même, dans les autres traités ; rien n’échappe au controversiste de ce que l’hétérodoxie d’alors avait avancé contre la personne du Christ, ses attributs et son rôle de médiateur, ou contre l’Eglise catholique, son chef, ses membres, ses usages, son culte, ses sacrements, sa doctrine sur
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la grâce, la justification, le mérite et les bonnes œuvres. Véritable Somme en son genre où, suivant l’expression de Montague dans la préface de l’Apparatus æd origines ecclesiasticas, n. 56, in-fol., Oxford, 1635, « seul et le premier, Bellarmin exploita, avec autant de de bonheur que de talent et d’habileté, cette énorme masse et ce vaste chaos de controverses pour y faire succéder l’ordre à la confusion. »
 Le style des Disputationes est net, précis et, quoique scolastique, n’est pas dépourvu d’élégance, clarus, non inelegans, disait Campanelle, De libris propriis et recta ratione studendi syntagma, c. IX, a. 9, in-8°, Paris, 1542, p. 84. La méthode est simple, mais parfaitement appropriée au dessein de l’auteur. Il rapporte d’abord, sur chaque question, les erreurs des hérétiques et les sentiments des théologiens catholiques, puis explique en peu de mots la doctrine de l’Eglise ou le sentiment qu’il adopte. Suit l’argumentation, serrée, vigoureuse, appuyée sur la sainte Ecriture, les définitions conciliaires ou pontificales, les témoignages patristiques, la pratique de l’Eglise et le consentement des théologiens ;  la spéculation n’a qu’une part secondaire. Bellarmin restait en cela fidèle à ce principe qu’on lui prête : la théologie est avant tout théologie et non pas métaphysique. La question se termine par une réponse concise aux difficultés. On a rendu à l’auteur des Controverses ce témoignage qu’il reproduit exactement les objections comme les sentiments de ses adversaires. Il n’épargne pas l’erreur ; il relève vivement chez les hérétiques les mendacia, les fallaciæ, tout ce qui faussait la vraie notion du dogme catholique ; mais il garde à l’égard des personnes un ton digne et respectueux, pratiquant ce qu’il avait prêché à Louvain dans un sermon De moribus hæreticorum : « Haïssons fortement l’infection, l’hérésie, les vices des hommes, mais non pas les hommes, non quidem homines, sed pestem, sed hæresim, sed vitia illorum. »
 II. PRINCIPAUX POINTS DE DOCTRINE. ? Tels sont, en premier lieu, ceux qui furent plus directement en cause dans les grandes luttes politico-ecclésiastiques où le cardinal fut mêlé activement : la primauté du pontife romain, son pouvoir indirect sur le temporel et l’origine du pouvoir civil. A ces points doit s’ajouter, pour la part qu’il prit à la controverse De auxiliis, la doctrine de Bellarmin sur la grâce et la prédestination. Les références particulières, avec indication de tome et de page, se rapporteront, sauf exception, à l’édition de Cologne de 1617.
 1° Primauté du pontife romain. ? Il y a une connexion étroite, chez l’auteur des Controverses, entre la primauté papale et l’Eglise, « assemblée d’hommes unis ensemble, par la profession d’une même foi chrétienne et la participation aux mêmes sacrements, sous l’autorité de pasteurs légitimes, principalement du pontife romain unique vicaire de Jésus-Christ ici-bas. » De conciliis et Ecclesia, l. III, c. II. L’Eglise ainsi définie n’est pas seulement une société visible, c’est une société hiérarchique, avec subordination organique des fidèles à leurs pasteurs immédiats, et de tous au chef suprême, l’évêque de Rome. Là se trouve le caractère propre du régime ecclésiastique. De romano pontif., l. I. Après avoir passé en revue et apprécié les différentes formes de gouvernement, Bellarmin établit que l’Eglise ni une démocratie, ni une aristocratie, mais une monarchie, tempérée par un élément aristocratique ; car Jésus-Christ a fait de son Eglise un royaume et un bercail ayant à sa tête saint Pierre chef unique et pasteur suprême, mais les évêques n’en sont pas moins, de droit divin, vrais pasteurs et princes, non pas simples vicaires, dans leurs églises particulières. Recognitio, de summo pontifice, l. V, c. III. Saint Pierre, ayant fixé son siège à Rome, a transmis sa primauté aux pontifes romains, ses successeurs.
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 La première fonction du pape est d’instruire ; à ce titre il est juge souverain dans les questions qui concernent la foi et les mœurs. De là son infaillibilité quand, pasteur suprême, il enseigne toute l’Eglise en matière de foi ou détermine un principe en matière de mœurs. C’est là une doctrine tout à fait certaine et qu’il faut tenir, certissima et asserenda. De romano pontif., l. IV, c. II. A l’endroit correspondant de la Recognitio, Bellarmin remplace même le mot opinio, dont il était servi dans les Controverses, par celui de sententia, ce dernier terme n’impliquant la nuance d’incertitude qui s’attache au premier. Les conciles généraux sont subordonnés au pape ; son approbation est nécessaire, pour que leurs décrets en matière de foi puissent être considérés comme infaillibles. De conciliis, l. II, c. II, sq. Mais le privilège de l’inerrance ne s’étend pas aux jugements qui portent sur de simples questions de fait, où tout repose sur des informations et des témoignages d’ordre purement humain. De romano pontif., l. IV, c. II. Restriction dont les jansénistes ont abusé et que, pour cela même, les adversaires de Bellarmin ont attaquée comme dangereuse ; mais le cardinal Calvachini s’est contenté de répondre que, la doctrine étant vraie, l’abus ne saurait être imputé qu’à la mauvaise interprétation des hérétiques. Relatio, n. 278. Autre chose  sont les faits purement personnels dont parle l’auteur des Controverses, autre chose les faits dogmatiques dont il s’agissait dans la querelle janséniste. A plus forte raison, le privilège de l’inerrance ne s’applique pas au pape parlant et écrivant comme particulier ou docteur privé ; pourrait-il alors non seulement se tromper, mais tomber dans l’hérésie formelle ? question secondaire, où la négative paraît probable et se peut tenir pieusement. De romano pontif., l. IV, c. VI. Le déraisonnable serait de confondre l’impeccabilité avec l’infaillibilité. Le pape est homme et, comme tel, peut pécher, avaient objecté les théologiens de Venise dans leur 12e proposition : rien de plus vrai, répliqua le cardinal controversiste, t. VII, col. 1108. Dans l’exercice même de son suprême magistère, le pape n’a pas à compter sur des révélations spéciales, il ne doit pas fier exclusivement à son propre jugement, mais il doit recourir aux moyens ordinaires pour parvenir à la connaissance de la vérité. De conciliis, l. I, c. XI. Telle est dans son ensemble, la doctrine de Bellarmin sur l’infaillibilité pontificale ; doctrine qu’un théologien, le Dr Hauck, trouve singulièrement modérée. Realencyklopädie für protestantische Theologie und Kirche, 3e édit., Lepizig, 1897, t. II, p. 551.
 La seconde fonction du pape est de régir le troupeau de Jésus-Christ ; il possède à cette fin la plénitude de la juridiction ecclésiastique. Comparé sous ce rapport aux autres évêques, il les dépasse non-seulement par l’étendue et l’efficacité, mais encore par l’origine de son pouvoir ; seul, en effet il tient immédiatement de Jésus-Christ sa juridiction, tout autre évêque reçoit la sienne par son entremise. Bellarmin voit là une conséquence du régime monarchique de l’Eglise. De romano pontif., l. IV, c. XXII sq. Comparé à l’ensemble de l’épiscopat, même réuni en concile, le pape garde la supériorité ; les évêques sont, à la vérité, de vrais juges de la foi, mais leur jugement reste toujours subordonné à celui du docteur suprême, De conciliis, l. II, c. XV sq. ; dans la controverse vénitienne, Responsio ad libellum Jo. Gersonis, et Responsio ad tractatum septem theologorum, prop. 9, t. VII, col. 1073 sq., 1096 sq. Le vicaire du Christ n’est justiciable d’aucune juridiction humaine. De romano pontif., l. II, c. XXVI. Un seul cas paraît faire exception, celui où un pape tomberait formellement dans l’hérésie ; alors il pourrait être déposé par un concile. Mais l’exception n’est qu’apparente ; la vérité est que par le fait même de l’hérésie, il cesserait d’être membre de l’Eglise, et le concile le déclarait plutôt déchu du
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pontificat qu’il ne le déposerait lui-même. Ibid., c. XXX ; De potestate summi pontificis in temporalibus, c. XXII, t. VII, col.939.
 En vertu de sa juridiction souveraine, le pape a sur tous les chrétiens un véritable pouvoir dans l’ordre spirituel, comme les princes sur leurs sujets, dans l’ordre temporel. Il peut faire des lois qui obligent en conscience, condamner et punir les transgresseurs de ces lois. De romano pontif., l. IV, c. XV sq. Son pouvoir coactif s’étend aux peines corporelles, même à la peine de mort, en droit du moins. Responsio ad anonymi epistolam, prop. 1 ; Responsio ad oppositiones f. Pauli, consid. 11a t. VII, col. 1039-1157 sq. Bellarmin traite, au cours des Controverses, des principales applications du pouvoir pontifical : jugement des causes majeures en particulier ; convocation et présidence des conciles ; élection ou confirmation des évêques ; canonisation des saints ; approbation des ordres religieux ; dispensation des indulgences, etc. Mais quelle que soit l’étendue de ce pouvoir, on fausse la doctrine du cardinal quand on lui fait dire, dans la Grande Encyclopédie, que le pape « est un monarque absolu, auquel une obéissance inconditionnelle est due. »C’est abuser d’une preuve ab absurdo, dont se sert l’auteur des Controverses, De romano pontif., l. IV, c. V, et dont il a compris lui-même l’équivoque, puisqu’il s’est expliqué dans le passage correspondant de la Recognitio : il affirme qu’en cas de doute la présomption est pour le supérieur qui parle ou commande, mais «  si un pape enjoignait ce qui est vice manifeste ou proscrivait ce qui est vertu manifeste, on devrait dire avec saint Pierre, Act. V, 29 : Il faut plutôt obéir à Dieu qu’aux hommes ». Cf. Responsio ad tract. septem theologorum, prop. 12, t. VII, col. 1101.
 Une autre conséquence de la primauté pontificale qu’il suffit de signaler, est le privilège de l’exemption, qui est de droit divin pour le vicaire du Christ. De potestate summi pontificis in temporalibus, c. XXXIV, t. VII, col. 972. Si, au début de l’Eglise, les souverains pontifes comme les apôtres nous apparaissent soumis aux pouvoirs civils, on n’en peut conclure au droit, mais seulement au fait. Recognitio, de summo pontif., l. II, c. XXIX. Le pouvoir temporel du pape ne relève pas des mêmes principes ; il se rattache, dans son origine, à la piété des princes et repose sur une nécessite d’ordre moral. De romano pontif., l. V, c. IX. Bellarmin s’est expliqué d’une façon défavorable à la donation de Constant dans une lettre au cardinal Baronius, du 9 avril 1607 ; elle a été publiée par Læmmer, op. cit., p. 364 sq.
 2° Pouvoir indirect du pape sur le temporel. ? Il importe de déterminer exactement ce que Bellarmin entend par ce pouvoir, quel objet il lui attribue et sur quels fondements il l’appuie. D’après la définition donnée dans le Recognitio : de summo pontifice, l. V, c. VI, il faut entendre le pouvoir que le souverain pontife possède sur les choses temporelles in ordine ad spirituala, en vue des choses spirituelles, qui seules tombent proprement et pour elles-mêmes sous sa juridiction. Les mots direct et indirect ne s’appliquent pas précisément au mode dont le pouvoir s’acquiert ; ils en visent l’objet considéré dans son rapport avec le pouvoir lui-même, lequel, atteignant proprement et premièrement les choses spirituelles, ne s’étend aux choses temporelles que secondement et par voie de conséquence. De potestate summi pontificis in temporalibus, c. V, XII, t. VII, col. 867, 901. La comparaison, empruntée par le cardinal à saint Grégoire de Nazianze, éclaire bien sa pensée. Le pouvoir spirituel est au pouvoir temporel ce que, dans l’homme, l’esprit est à la chair. Semblables à deux sociétés qui ont leurs fins propres et leurs fonctions spéciales, l’esprit et la chair peuvent se trouver dans un double état, de séparation ou d’union mutuelle.
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Qu’on les suppose unis, il y aura nécessairement connexion et subordination entre les deux éléments. L’esprit n’empêchera pas la chair d’exercer ses fonctions naturelles et de tendre à sa fin particulière ; mais, élément plus noble, il présidera, et s’il est nécessaire, réfrènera et châtiera la chair, lui imposera même de grands sacrifices, dans la mesure où sa fin propre l’exigera. L’application aux deux pouvoirs, le spirituel et le temporel, se comprend aisément. De romano pontif., l. V, c. VI.
 L’auteur des Controverses détermine au même endroit l’objet du pouvoir indirect. D’une façon régulière et comme en vertu d’une juridiction ordinaire, le souverain pontife ne peut pas déposer les rois, même pour juste motif, comme il dépose les évêques ; il ne peut pas faire des lois civiles, ni unciforme ou annuler celles qui ont été portées par l’autorité compétente ; il ne peut pas juger des choses temporelles. Mais il peut faire tous ces actes par voie d’intervention spéciale, quand le salut des âmes l’exige et dans la mesure même où il l’exige. L’exercice de ce redoutable pouvoir a, du reste, ses règles et ses limites. S’agit-il par exemple, de transférer l’autorité civile, « il n’est pas loisible au souverain pontife d’en disposer à sa guise, il doit la faire passer à celui que le droit de succession ou d’élection appelle au trône ; personne n’ayant droit, la raison guidera son choix. » De potestate summi pontificis, c. XII, t. VII, col. 901. Le pape viendra que lentement et comme malgré lui aux dernières extrémités à l’égard des princes : « L’usage des souverains pontifes est d’employer d’abord la correction paternelle, ensuite de les priver de la participation aux sacrements par les censures ecclésiastiques, et enfin de délier leurs sujets du serment de fidélité et de les dépouiller eux-mêmes de toute dignité et de toute autorité royale, si le cas l’exige. L’exécution appartient à d’autres. » Ibid., c. VII, col. 876. Inutile de se forger des craintes chimériques sur les dangers que pourrait courir la vie des rois : « On n’a jamais entendu dire, en effet, que, depuis le commencement de l’Eglise jusqu’à nos jours, aucun souverain pontife ait fait mettre à mort, ou approuvé que d’autres missent à mort un prince quelconque, fût-il hérétique, fût-il païen, fût-il persécuteur. » Epist. ad Blackvellum, t. VII, col. 662.
 Bellarmin soutient sa thèse non comme une opinion nouvelle ou simplement probable, mais comme une doctrine ancienne et certaine. De romano pontif., l. V, c. I ; De potestate summi pontificis, c. III. Il l’appuie sur des raisonnements théologiques et sur des faits d’ordre historique et juridique. Les faits nous sont déjà connus : acte pontificaux atteignant le temporel, comme la translation de l’empire romain des Grecs aux Francs, et de ceux-ci aux Germains, puis divers cas où des rois ont été déposés par des papes, ceux surtout où la déposition s’est faite dans des conciles généraux, comme celle d’Othon IV sous Innocent III au concile de Latran en 1215, et celle de Frédéric II sous Innocent IV au concile de Lyon en 1245. En principe, le pouvoir indirect du pape sur le temporel est, pour le cardinal, une simple conséquence de deux vérités dogmatiques : d’une part, la plénitude de juridiction conférée par Jésus-Christ au souverain pontife pour mener les âmes au salut éternel ; d’autre part, la subordination de la fin temporelle du pouvoir civil à la fin spirituelle de l’Eglise. Les deux sociétés sont, à la vérité, distinctes et parfaites, chacune dans sa sphère ; mais il ne s’ensuit pas, comme le prétendait Barclay, qu’elles soient totalement indépendantes, car si les fins sont subordonnées, il en doit être de même des pouvoirs. Si donc le pouvoir civil devient un obstacle au salut des âmes, il appartient au pouvoir spirituel d’apporter le remède. De là vient que, dans la décrétale Novit, Innocent III revendique le droit et le devoir de s’opposer aux crimes et aux scandales des
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princes, comme à ceux de tout chrétien, et que, dans la bile Unam sanctam, Boniface VIII dit des deux pouvoirs, symbolisés par les deux glaives, le spirituel et le temporel : « Il faut que le glaive soit subordonné au glaive, et que l’autorité temporelle soit subordonnée à la puissance spirituelle. . . Si donc la puissance temporelle s’égare, elle sera jugée par la puissance spirituelle. » Tel est l’argument fondamental, où reviennent toutes les raisons particulières qui sont développées principalement dans la controverse De romano pontifice, l. V, c. VII, et le traité contre Barclay, c. III sq. , secondairement dans les autres écrits polémiques : De translatione imperii, c. XII ; Responsio ad præcipua capita apologiæ, quæ falso catholica inscribitur, Paris, 1558, p. 73 sq. ; Apologia pro responsione sua ad librum Jacobi, c. III, XVII.
 La vigueur et le succès avec lesquels Bellarmin a défendu le pouvoir indirect ont fait attacher son nom à cette doctrine, bien qu’en réalité il n’en soit nullement l’inventeur. Dans la suite, et quoi qu’il en soit des diverses manières dont on explique maintenant encore ce pouvoir indirect, la doctrine elle-même a été généralement admise en dehors de l’école régaliste et gallicane. L’attaque a consisté surtout à opposer à l’interprétation des faits que suppose la doctrine de Bellarmin ; une autre interprétation toute différente : de droit divin, le pouvoir pontifical est purement directif, il se borne à exhorter les princes et à les enseigner sur leurs devoirs ; mais, au moyen âge, les papes acquirent un pouvoir effectif, fondé sur uniquement sur le droit public du temps, et par suite d’origine humaine et arbitraire. Fénelon, De summi pontificis auctoritate dissertatio, dans Œuvres complètes, Paris, 1848, t. II, p. 46 ; Gosselin, Pouvoir du pape au moyen âge, part. II, c. III, in-8°, Paris, 1845. A cette théorie, le cardinal aurait répondu qu’elle ne conserve pas aux faits leur vraie signification, que saint Grégoire VII, Innocent III, Innocent IV et les autres papes ont prétendu exercer un droit divin, dont ils trouvaient le titre dans leur office de vicaire de Jésus-Christ, et que pour cela même ils faisaient appel, dans l’exercice de ce pouvoir, au Quodcumque ligaveris  et au Pasce oves. De potestate summi pontif., c. III, t. VII, col. 853. Toutefois l’explication donnée par Bellarmin n’a pas été aussi généralement admise que la doctrine même du pouvoir indirect ; un certain nombre d’auteurs ont trouvé et trouvent encore qu’en réalité, cette explication suppose dans le pape un pouvoir vraiment temporel, et par suite ne différencie pas assez l’opinion du savant cardinal de celle du pouvoir direct. J. Moulart, L’Eglise et l’Etat, l. II, 2e édit., in-8°, Louvain, 1879, t. II, p. 175 sq. De là ce qu’on appelle parfois le système du pouvoir directif, mais dans un sens équivoque ; car ces auteurs ne reconnaissent pas seulement au pape le droit d’éclairer ou de diriger la conscience des princes et des peuples chrétiens ; ils lui attribuent encore le droit de déclarer nulles et de nul effet les prescriptions de l’autorité civile qui sont contraires à la loi morale, et même celui de déclarer en quels cas les princes sont déchus, pour cause de religion, de leurs droits au trône, et leurs sujets dispensés du devoir de leur obéir. On donne pour représentant le plus autorisé de cette explication le franciscain J.-A. Bianchi, Traité de la puissance ecclésiastique dans ses rapports avec les souverainetés temporelles, l. I, § 8, n. 1 ; § 13, n. 4, trad. par M. l’abbé A.-C. Peltier, Paris, 1857, t. I, p. 90, 134. Mais Bianchi a-t-il mis entre son explication et celle de Bellarmin l’opposition qu’on prétend y voir ; et n’est-ce pas mal comprendre la pensée du cardinal, que du faire du pouvoir indirect qu’il accorde au pape un pouvoir vraiment temporel ? Bianchi lui-même donnera la réponse, l. VI, § 11, n. 8 ; § 12, n. 2, t. II, p. 771, 791.
 3° Origine du pouvoir civil. ? Bellarmin traite de la société civile à propos des membres de l’Eglise, l. III,
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De laicis. Il défend d’abord contre les anabaptistes le pouvoir et la magistrature politique, puis établit qu’un prince, même chrétien, peut porter des lois et que la loi civile n’oblige pas moins en conscience que la loi divine, c. XI. Aussi cria-t-il justement à la calomnie, lorsque, dans son Triplici nodo, Jacques Ier lui prêta cette assertion : On doit obéissance au pape par devoir de conscience, mais on ne doit obéissance au roi qu’en considération de l’ordre public. Le royal polémiste avait confondu deux questions fort distinctes : l’exemption des clercs et l’obéissance due aux princes légitimes par leurs sujets. Resp. ad  apolog., t. VII, col. 701 sq. Mais ce qui porta le plus d’ombrage à jacques Ier et aux théologiens réalistes, ce fut la page relative à l’origine du pouvoir civil, c. VI. Le point n’avait été touché qu’incidemment ; après avoir prouvé que la puissance politique est bonne et légitime, parce que, suivant l’enseignement des Ecritures, elle vient de Dieu, l’auteur des Controverses avait ajouté quelques remarques pour préciser cette dernière assertion. Pris en général, abstraction faite des formes particulières, monarchie, aristocratie ou démocratie, le pouvoir civil est de droit naturel et vient de Dieu immédiatement ; mais personne n’ayant à ce pourvoir de titre déterminé et suffisant, il a pour sujet immédiat la multitude. Celle-ci, ne pouvant l’exercer par elle-même doit nécessairement le transmettre à un ou plusieurs hommes. Les formes particulières de gouvernement ne sont donc pas de droit naturel, mais elles se réfèrent au droit des gens, puisqu’il dépend de la multitude de se donner un roi ou des consuls ou d’autres magistrats, et qu’elle peut, s’il y a motif suffisant, transformer une monarchie en aristocratie ou démocratie, et réciproquement, comme il est arrivé à Rome. De là deux différences notables entre le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique : le premier réside immédiatement dans la multitude, et considéré dans ses formes particulières n’est pas de droit divin ; l’autre a pour sujet immédiat un seul homme et est simplement de droit divin. Pensée sur laquelle le cardinal revient souvent, en concluant de là que les hommes peuvent modifier la forme de leurs gouvernements, mais qu’ils ne le peuvent pas en ce qui concerne la monarchie ecclésiastique. Disput. de exemptione clericorum, c. I. Quand il révisa ses œuvres, l’auteur des Controverses compléta sa doctrine, en indiquant comme chefs d’arguments l’autorité d’un grand nombre de théologiens, l’expérience qui montre dans un même pays, à Rome par exemple, la succession de divers régimes, enfin des témoignages et des exemples empruntés à la sainte Ecriture, où le consentement du peuple intervient dans la transmission de l’autorité civile. Recognitio, de laicis, c. VI.
 Bellarmin eut l’occasion de défendre ces doctrines dans toutes ses polémiques politico-ecclésiastiques : contre Pierre de Belloy, Responsio ad præcipua capita apologiæ, Paris, 1588, p. 54 sq. ; contre les théologiens de Venise, Responsio ad anonymi epistolam, prop. 1 et ad defensionem octo porpositionum Jo. Marsilii, t. VII, col. 1030-1176 sq. ; contre Jacques Ier, Responsio ad apologiam ; Apologia pro responsione sua, c. XIII, t. VII, col. 700 sq., 801 sq. ; contre Barclay, De potestate summi pontif., c. III, t. VII, col. 860. La lecture de ces passages est nécessaire, si l’on veut connaître exactement toute la pensée du cardinal. Il n’exclut pas, dans la possession ou la transmission du pouvoir civil, mais reconnaît formellement l’existence et la légitimité de droits particuliers et permanents, élection, hérédité, donation ou conquête. Il réprouva ces assertions que Jacques Ier lui avait prêtées : Tout roi est élu par son peuple ; les princes peuvent, pour divers motifs, être déposés par leurs sujets. Il défie Jean Marsilli dans ses œuvres un seul passage où il ait affirmé que, dans le cas d’une royauté absolue, le peuple puisse
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déposer le roi ou restreindre son autorité. Il distingue enfin entre ses propres affirmations et les citations qu’il a empruntées à des auteurs universellement respectés. Ce qu’il soutient proprement, c’est que tous les titres invoqués sont de droit humain et n’empêchent aucunement que, du moins à l’origine, le pouvoir civil ne se soit trouvé dans la multitude et n’ait passé, de son consentement, à des sujets déterminés ; ce qui ne peut se dire de la monarchie ecclésiastique.
 Ainsi comprise, la théorie de Bellarmin ou plutôt la théorie commune des scolastiques sur l’origine du pouvoir civil, est une opinion discutable et discutée, dont l’examen ne rentre pas dans le cadre de cette étude. Deux remarques seulement seront utiles : les objections faites contre le caractère trop particulier et trop exclusif de cette explication supposent, en général, une interprétation incomplète et par là même inexacte de la pensée du cardinal ; sur tout, il serait aussi déraisonnable qu’injuste de confondre son opinion avec la théorie révolutionnaire de J.-J. Rousseau et autres apôtres du pacte social et de la souveraineté absolue de la multitude. Voir les auteurs cités dans la bibliographie.
 4° Grâce et prédestination. ? Dans le dernier volume des Controverses, Bellarmin ne réfute pas seulement les erreurs des protestants sur ces graves matières ; il y traite aussi des problèmes discutés entre théologiens catholiques. De singulières affirmations se répètent à ce propos. « Dans les questions relatives à la grâce, en un temps où le molinisme florissait déjà, lit-on dans la Grande Encyclopédie, il s’abstint des doctrines qui prévalaient dans son ordre, et il resta un thomiste intransigeant, à tel point que les jansénistes ont cru parfois pouvoir invoquer son autorité et le citer comme augustinien. » Cf. Gery, c’est-à-dire Quesnel, dans un passage de son Apologie historique des Censures de Louvain et de Douay, que reproduit le Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle, Paris, 1820, t. III, p. 273 sq. De leur côté, Döllinger et Reusch se sont fait l’écho d’une accusation utilisée déjà par le cardinal Passionei, Voto, p. 42 sq. : par complaisance pour ses supérieurs et par esprit de corps, le cardinal jésuite aurait transigé avec ses propres convictions, soit en laissant faire ou en faisant lui-même des modifications dans son enseignement primitif, soit en défendant dans la Concorde de Molina des propositions qu’il regardait personnellement comme fausses et erronées.
 Pour démêler les confusions étonnantes ou les suppositions gratuites que contiennent ces attaques, il suffit de rappeler quels furent, dans l’accord du libre arbitre et de la grâce, les points considérés comme fondamentaux par les théologiens jésuites et soutenus en leur nom dans les congrégations De auxiliis. Schneemann, op. cit., p. 246, 256, Tous rejetaient les prédéterminations physiques et la grâce dite efficace par elle-même et de sa nature ; tous, pour expliquer l’efficacité de la grâce, faisaient appel à la science moyenne, guidant Dieu dans le choix des grâces et l’exécution de ses desseins. Or, sur ces deux points, Bellarmin eut dès le début de sa carrière théologique et conserva jusqu’à la fin de sa vie une conviction arrêtée. Dans ses leçons de Louvain, il enseigne que la grâce efficace n’est pas une détermination invincible de la volonté, mais un appel fait par Dieu dans des circonstances où il sait qu’il sera écouté, vocationem qua Deus ita vocat sicut novit hominem secuturum. Même doctrine dans l’écrit qu’il composa en faveur de Lessius, son ancien élève, dans le jugement motivé qu’il porta sur la censure de Louvain en 1587, et dans les Controverses, qu’il s’agisse de l’édition d’Ingolstadt qu’on prétend modifiée par Grégoire de Valentia ou de l’édition de Venise, ab ipso auctore aucta et recognita. Aussi fut-il facile plus tard,
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aux jésuites de Rome de dresser une sorte de concordance entre la doctrine de Molina et de celle de Bellarmin relativement à la science de Dieu et à la grâce efficace. Liévin de Meyer, op. cit., l. II, c. XIX, XX, t. I, p. 145 sq. Pour l’époque du grand débat, il suffit d’invoquer l’opuscule De novis controversiis, dont l’auteur se déclare pleinement d’accord avec Molina en ce qui concerne le rejet des prédéterminations physiques et la science des futurs contingents ; puis toute la conduite du cardinal et son vote définitif dans la congrégation De auxiliis. Dans la Recognitio de 1607, il n’est pas moins explicite. De gratia et libero arbitrio, l. I, c. XII ; l. IV, c. XI, XIV. On connaît enfin la protestation solennelle que le serviteur de Dieu fit sur son lit de mort.
 Mais il y avait dans le livre de la Concorde des assertions de détail sur des questions difficiles, où les théologiens jésuites n’étaient pas tous de l’avis de Molina, Bellarmin en particulier. Lui-même, dans l’appendice de son autobiographie, dit à propos de cet ouvrage : « Avant qu’aucune dispute se fût élevée, N. avertit le Père Général qu’il y avait dans Molina des propositions malsonnantes, et il lui en remit la liste par écrit. Le Père Général les envoya en Espagne ; aussi, dans une nouvelle édition, le P. Molina s’efforça d’adoucir ces propositions, et déclara qu’il les énonçait par manière, on d’affirmation, mais de discussion. » De quelle nature étaient les assertions incriminées ? L’opuscule inédit De novis controversiis permet de le déterminer, et de faire en même temps le partage entre les opinions de Molina que Bellarmin n’admettait pas, mais qu’il déclarait libres, et les assertions qu’il trouvait male sonantes. Dans la première catégorie se rangent les vues exposées dans le livre de la Concorde sur la nature du concours divin, la prédestination et les prédéfinitions. Molina conçoit le concours comme une coopération de Dieu et du libre arbitre à un même effet, les deux étant causes partielles, chacun dans son ordre ; Bellarmin pense qu’il est plus exact de le concevoir comme une motion du libre arbitre, suivant l’explication qu’il en donne dans son traité De gratia et libero arbitrio, l. IV, c. XVI. Dans le problème de la prédestination, le docteur espagnol nous montre l’élection divine se portant, sous la lumière de la science de simple intelligence et de la science moyenne, sur tel ordre de choses pris dans son ensemble tombant simultanément sur la gloire et la série de grâces qu’elle suppose ; Bellarmin suppose d’abord le choix des élus à la gloire, puis la préparation des grâces efficaces comme moyen ordonné à la fin déjà voulue, mais il confesse que, du moment où Molina maintient la gratuité de l’effet total de la prédestination, la divergence de vues est plus apparente que sérieuse : non est magna controversia , si res ipsa inspiciatur,  tametsi videtur maxima, si sola verba considerentur. De même pour le problème connexe des prédéfinitions : l’auteur de la Concorde ne pense pas que tous les effets des causes secondes aient été voulus par Dieu directement et pour eux-mêmes, per se intentos ; Bellarmin préfère l’autre opinion, mais en voyant là, comme dans les deux cas précédents, un point libre.
Par contre il fait des réserves formelles sur les propositions suivantes, sans approuver toutefois les censures, excessives à son avis, que les adversaires de Molina en avaient données.

 Fieri potest ut eisdem auxiliis Dei datis duobus hominibus qui tentabantur eadem tentatione, unus ex sola libertate sua resistat, alter non resistat. (Il peut se faire que, les mêmes secours divins étant donnés, de deux hommes soumis à la même tentation, l’un résiste en vertu de sa seule liberté, et l’autre ne résiste pas.)

 Potesti fieri, ut aliquis cum pluribus et majoribis auxiliis damnetur et, alter cum paucioribus et minoribus salvetur, quia ille pro innata libertate uti volluit auxiliis, alter non voluit. (Il peut se faire qu’un homme se damne avec des secours plus nombreux et plus grands, et qu’un autre se sauve avec des secours moindres et moins nombreux, parce que, usant de sa liberté native, l’un a voulu profiter des secours, et l’autre ne l’a pas voulu.)
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 Divisio auxilii in efficax et inefficax ab effectu et arbitrii libertate pendet ; cum ille assentitur fit efficax, cum rejicitur fit inefficax. (La division de la grâce en efficace et inefficace dépend de l’effet et du libre arbitre ; quand on y consent elle devient efficace, et quand on la rejette elle devient inefficace.)

 Bellarmin estime que, prises à la lettre, les deux premières propositions sont fausses ; car celui qui résiste à la tentation ne le fait pas en vertu de sa seule liberté, mais en vertu de la congruité du secours qu’il a reçu ; pareillement si quelqu’un se sauve, ce n’est pas à sa seule liberté, mais à la congruité des grâces reçues qu’il faut attribuer. Cependant les deux assertions sont susceptibles d’une interprétation raisonnable et fondée sur saint Augustin, De civitate Dei, l. XII, c. VI, P. L., t. XLI, col. 354. Mais la 3e proposition surtout déplaît à Bellarmin ; il n’y reconnaît pas la vraie notion de la grâce efficace, considérée en elle-même ou dans sa vertu propre et distincte du consentement de la volonté. La grâce efficace doit être telle in actu primo et par conséquent renfermer un élément d’ordre sinon physique, du moins moral, qui en fasse un bienfait plus grand, un don divin plus appréciable que la grâce purement suffisante. Cet élément d’ordre, Bellarmin le ramène à la congruité du secours ou appel divin, gratia congruæ vocationis sive excitationis. Recognitio, l. I, c. XII ; l. VI, c. XV. Ainsi, ses exigences et ses conceptions personnelles se réduisaient à ce qu’on appelle communément le congruisme, appliqué directement à l’explication de l’efficacité de la grâce in actu primo, mais supposant en outre, dans la pensée du cardinal, l’élection à la gloire comme logiquement supérieure aux choix des grâces et la prédéfinition formelle de tous nos actes bons. Voir sur cette question délicate l’article CONGRUISME. Le célèbre décret, porté par le P. Aquaviva le 24 décembre 1613, eut Bellarmin pour principal instigateur ; dans son ensemble, cet acte répondait pleinement à ses vues, qui étaient aussi celles de Suarez. Denzinger, Enchiridion, n. 964.
 Il serait inutile de nous arrêter au prétendu augustinisme de l’auteur des Controverses. Si l’on entend le mot dans son acception baianiste et janséniste, la conduite de Bellarmin pendant son professorat de théologie à Louvain, son apologie en faveur de Lessius, la réfutation manuscrite des propositions de Baius condamnées par saint Pie V, la doctrine même des Controverses donne aux assertions intéressées de Quesnel un démenti éclatant. La note d’augustinisme pourrait uniquement s’appliquer à cette disposition d’esprit, très réelle et très réfléchie, qui portait l’auteur des Controverses à s’attacher étroitement à saint Augustin et à suivre dans les questions discutées ce qu’il jugeait être la pensée de ce grand docteur. Comme exemple qu’il suffise de citer ici son opinion sur la douleur qu’éprouvent les enfants morts sans baptême. De amissione gratiæ et statu peccati, l. VI, c. VI. Opinion qui a fourni l’occasion d’une violente attaque contre le cardinal, dans la Contemporary Review, Londres, 1874, t. XXII, p. 525, 992, puis d’une réplique à cette attaque dans une brochure, publiée au même endroit et la même année par W. Humphrey, sous ce titre : Mr Fitz james and cardinal Bellarmin, in-8° de 32 pages.
 III. INFLUENCE ET AUTORITE DE  BELLARMIN. ? L’influence exercée par l’auteur des Controverses est un fait notoire, qu’il s’agisse des catholiques ou des protestants. Dès qu’il parut, le cardinal Baronius salua avec enthousiasme « ce très noble ouvrage, nobilissum plane opus, qui serait dans l’Eglise comme cette forteresse bâtie par David, où l’on voyait suspendus
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mille boucliers et toute l’armure des vaillants. » Annales, an. 53, n. 32, édit. Pagi, Lucques, 1738, t. I, p. 196. Le présage s’est réalisé ; fréquente, dans la suite, est cette comparaison des Disputationes de controversiis christianæ fidei à un arsenal où les défenseurs de l’Eglise catholique sont allés chercher ou cherchent encore leurs meilleures armes ; car, suivant le mot de Montague, loc. cit., les controversistes tirent presque tout de lui, ut ab Homero poetæ. De ce point de vue, on a justement rapproché les deux grands cardinaux de Clément VIII, qui vécurent en amis et rivalisèrent de vaillance pour la défense du siège apostolique : « Dans la lutte engagée alors entre le catholicisme et le protestantisme, et à laquelle les jésuites prirent une part si active et si décisive, lit-on dans la Grande Encyclopédie, Bellarmin partage avec Baronius l’honneur d’avoir fourni aux défenseurs de l’Eglise romaine leurs armes les plus puissantes. Ce que Baronius fit pour l’histoire, par ses Annales ecclesiastici (1588), Bellarmin l’avait fait, dès 1581 (?), avec une valeur plus grande, pour la controverse théologique, par la publication de ses Disputationes. » La lettre adressée à Bellarmin que le cardinal du Perron, au mois de février 1605, montre assez quelle estime il faisait de cette œuvre capitale ; il y rappelait l’ordre qu’il avait donné à son secrétaire, Chastillon, d’en commencer la traduction française, op. cit., t. I, p. 118 sq. Cette estime du grand cardinal français pour l’œuvre de Bellarmin en saurait être infirmée par la critique de portée restreinte que lui attribue le collectionneur de Perroniana et qu’on retrouve dans Bayle, op. cit., p.276. Pour ce qui est des protestants, un fait singulier témoigne de l’émotion produite dans leur camp par l’apparition des Controverses : pendant plus d’un demi-siècle, cet ouvrage fut le point de mire de leurs principaux théologiens, à tel point qu’il n’en est peut-être pas un qui n’ait alors publié un écrit ou brisé quelques lances contre Bellarmin. En 1600, David Parée fonde à Heidelberg un Collegium antibellarminianum ; vers le même temps, la reine Elisabeth faisait donner, dans le même dessein, des leçons à Cambridge et à Oxford. On peut voir dans la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, loc. cit., le titre de près de deux cents ouvrages, soit pour, soit surtout contre les Controverses.
 L’influence du cardinal ne fut pas moins grande dans la lutte entre théologiens gallicans et théologiens pontificaux. On l’a nommé « le docteur éminent du catholicisme ultramontain ». Appellation équivoque en ce qui est du terme de catholicisme ultramontain, mais il est vrai que, dans la lutte qui se rattache à cet ordre d’idées, le nom de Bellarmin tient un rang d’honneur. Bossuet le prouve, dans sa Defensio declarationis cleri gallicani, par ces expressions et autres du même genre qui courent sous sa plume : Bellarminus, quo uno vel maxime adversariorum causa nititur ; Bellarminus, cui suo more accinunt alii, part. II, l. IV, c. XIV, XXX. Jean de Launoy le prouve aussi, mais dans un tout autre esprit que Bossuet, en traitant l’auteur des Controverses comme l’adversaire de prédilection. Anti Bellarminus Joannis Launoii, sive Defensio libertatum Ecclesiæ gallicanæ, in-4°, Deventer, 1720. Döllinger et Reusch constatent, non sans une certaine amertume, que des doctrines soutenues par le cardinal jésuite et traitées par les théologiens gallicans d’opinions ultramontaines, les plus importantes sont devenues au concile du Vatican des dogmes officiels : telles, l’infaillibilité du pape et le caractère irréformable de ses jugements ex cathedra, sa plénitude de juridiction ordinaire et immédiate sur toute l’Eglise, sa supériorité par rapport au corps entier de l’épiscopat. La doctrine du pouvoir indirect sur le temporel n’est pas dans les mêmes conditions ; mais, quand on admet la primauté du pontife romain dans son intégrité, et la subordination né-
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cessaire de la fin temporelle du pouvoir civil à la fin spirituelle de l’Eglise, si nettement affirmée par Pie IX et Léon XIII, il est difficile de ne pas arriver logiquement au même point que Bellarmin ; difficile aussi d’évite la conclusion qui se dégage naturellement de la réprobation, faite par Pie IX dans le Syllabus, de cette assertion : « L’Eglise n’a pas de pouvoir coactif, ni de pouvoir temporel quelconque direct ou indirect. » Denzinger, Enchiridion, n. 1572.
 Est-ce à dire que l’œuvre soit parfaite, et, partant ne soit pas susceptible de nombreuses améliorations ? Non certes ; l’ensemble des connaissances qui ont concouru à la production des Controverses, l’exégèse, la patristique, l’histoire, la linguistique, la critique, ont progressé, et beaucoup. En outre, l’orientation générale des traités fondamentaux, Ecriture, Tradition et Eglise, bonne contre le protestantisme orthodoxe que l’auteur des Disputationes avait devant lui, adversus hujus temporis hæreticos, n’est pas aussi directement appropriée au protestantisme libéral, si répandu de nos jours. L’adaptation est nécessaire, si elle est possible. D’ailleurs, parmi les attaques formulées du côté protestant, plusieurs se rattachent à des divergences de principe, où la question préalable serait à poser : par exemple, les attaques contre l’exégèse doctrinale de Bellarmin ou contres les preuves par voie d’autorité. D’autres lui ont reproché des contradictions plus apparentes que réelles : qu’on lise la réponse à Jacques Ier, initiateur dans ce genre d’attaques. Responsio ad librum inscriptum : Triplici nodo triplex cuneus, t. VII, col. 671 sq. Quoi qu’il en soit des critiques de détail, l’autorité du cardinal Bellarmin reste incontestable, comme son influence. On peut répéter l’éloge inscrit, à l’occasion de sa mort, dans le registre des consistoires, et que rapporte Antoine Sanders, Elogia cardinale sanctitate, doctrina et armis illustrium, Louvain, 1626, p. 67 : « Ce fut un homme très remarquable, théologien éminent, intrépide défenseur de la foi catholique, marteau des hérétiques, et en même temps pieux, prudent, humble et très charitable. »

 Hefele, art. Bellarmin, dans Kirchenlexicon, 2e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1883, t. II, col. 285 sq. ; Scheeben, art. Bellarmin, dans Staatslexicon, édité par A. Bruder, in-8°, Fribourg-en-Brisgau, 1889, t. I, col. 921 sq. ; J. Hergenröther, Katholische Kirche und christlicher Staat in ihrer geschichtlichen Entwickelung, in-8°, Fribourg-en-Brisgau, 1872, p. 411 sq., 460 sq. ; M. Liberatore, S. J., Le droit public de l’Eglise, trad. par A. Onclair, c. IV, a. 1, in-8°, Paris, 1888 ; abbé Quilliet, De civilis potestatis origine theoria catholica, in-8°, Lille, 1893, passim ; J. Costa-Rossetti, S. J., Philosophia moralis, 2e édit., Inspruck, 1886, part. IV, c. I, passim ; Jos. Herce, S. J. Super mente ven. card. Bellarmini de systemate scientiæ mediæ, in-4°, Assise, 1971.
X. LE BACHELET.
 
 

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Saint Robert Bellarmin, (1542-1621), docteur de l'Église, prélat, théologien et
jésuite italien, grande figure de la Contre-Réforme.

Pour saint Pierre Canisius, saint Robert Bellarmin incarne un des aspects fondamentaux de
l'activité de la Compagnie de Jésus : le service intellectuel de l'Eglise.

Goethe appelait Bellarmin "mon saint"!

Ce petit homme a été l'une des plus belles intelligences de la renaissance
italienne, mais loin de nous écraser, il attire. Peu de saints furent aussi aimables,
aussi attachants. Il est probablement le jésuite qui a servi avec le plus d'humilité
et de loyauté le plus grand nombre de papes.

Saint Robert Bellarmin a vécu dans l'intimité de huit papes successifs, avec la
réputation d'un don étonnant de prescience à leur sujet. A un ami qui demandait à
Saint Robert Bellarmin : "Vous avez prédit la mort du Pape Sixte, celle du Pape
Clément et maintenant celle du Pape Paul. Comment faites-vous ?", Saint Robert
Bellarmin  répondit en riant: "Eh bien ! je vais vous le
dire; tous les papes croient, et d'autres le croient pour eux, qu'ils régneront tant
d'années; j'en enlève un tiers, et je donne ce chiffre."

Saint Robert Bellarmin est né en 1542 à Montepulciano en Italie. Après s'être
demandé s'il ne deviendrait pas médecin, Saint Robert Bellarmin  choisit d'entrer
dans l'ordre nouveau des jésuites.

Pendant vingt-huit années, Robert Bellarmin sera professeur et prédicateur. Saint
Robert Bellarmin  viendra notamment à Louvain (Leuven en Belgique) pendant
sept années (1569-1576), prêchant avec grand succès à l'église Saint Michel.

En 1576, Saint Robert Bellarmin est professeur à l'université grégorienne.
Saint Robert Bellarmin y publie son ouvrage réputé : Débats sur les controverses
de la foi chrétienne, Disputationes de controversiis fidei christianae (1586-1593), dans lequel saint Robert Bellarmin réfute point par point, en plusieurs
volumes, les différentes professions de foi protestantes.
Cet ouvrage eut un très grand succès et connut vingt éditions de son vivant.

Théodore de Bèze,  un des leaders protestants de l'époque, dira : "C'est le livre
qui nous a perdu !"

C'est à Rome que Saint Robert Bellarmin  fait la connaissance de saint Louis de
Gonzague dont Saint Robert Bellarmin  deviendra le père spirituel.

A partir de 1592, Saint Robert Bellarmin  est Recteur pendant deux ans, puis
Saint Robert Bellarmin est Provincial de Naples pendant deux ans,
ensuite Saint Robert Bellarmin est  théologien du Pape pendant trois ans, lequel pape Clément VIII, le nomma cardinal en 1599. C'est à son initiative que fut révisée la Vulgate, Bible
traduite en latin par saint Jérôme. Sa révision fut amendée par Clément VIII et
publiée en 1592.

 Saint Robert Bellarmin est nommé archevêque de Capoue en 1602, mais
démissionna en 1605 pour travailler à la Curie romaine auprès du pape Paul V. Il
négocia des traités et des dossiers importants, dont l'affaire Galilée. Lors de ce
procès, Saint Robert Bellarmin , qui n'était ni physicien ni astronome, fut d'avis
qu'il ne fallait pas condamner le savant. Mais Saint Robert Bellarmin  ne fut pas
écouté.
 

En 1597, Saint Robert Bellarmin  publie le Grand et le Petit Catéchisme qui
connurent aussi un grand succès: quatre cents éditions et traductions  en soixante langues. L' exposé de la position catholique par Saint Robert Bellarmin, clair et logique,
devint le modèle des exposés doctrinaux de la foi catholique pendant plusieurs
siècles.

Saint Robert Bellarmin écrit aussi un Commentaire des psaumes qui comptera
trente-trois éditions.

Saint Robert Bellarmin  n'est pas seulement un professeur et théologien, Saint
Robert Bellarmin est un pasteur au coeur large, qui aime les hommes et veut les aider. Saint Robert
Bellarmin  a toujours voulu vivre d'abord sa vocation de jésuite : prêcher,
confesser, aider les malades et les mourants, catéchiser les pauvres et les
enfants.

Homme d'oraison, Saint Robert
Bellarmin  a écrit un livre mystique intitulé Le gémissement de la colombe, ou le
don des larmes , De gemitu columbae sive de bono lacrymarum libri tres, Lugduni,
1617.
Enfin, arrivé au terme de sa vie, en 1620, Saint Robert Bellarmin  a encore publié
un livre L'art de bien mourir, De arte bene moriendi libri duo, Viterbii, 1620)

Le 17 septembre 1621, Saint Robert Bellarmin  meurt au noviciat de Saint André,
un mois après saint Jean Berchmans.

Toute la vie de Saint Robert Bellarmin a été un service ardent, passionné de
l'Eglise et du Souverain Pontife. Mais cet amour de l'Eglise et du Pape a été
assez fort pour que Saint Robert Bellarmin  ose parler avec sa liberté de
prophète.

Saint Robert Bellarmin  a su dénoncer les abus de la Cour romaine, rédigeant à
l'adresse de Clément VIII ( 24 février 1536 - 3 mars 1605)un mémoire dénonçant les grands abus qui sévissaient
dans son entourage. Saint Robert Bellarmin  eut le courage de
soutenir que le Pape n'avait qu'un pouvoir indirect sur les Etats : en 1610, il publie
Du pouvoir du Souverain Pontife dans les affaires temporelles , De potestate
Summi Pontificit in rebus temporalibus.
 
 

À la mort de Clément VIII, plusieurs cardinaux voulaient  choisir Saint Robert
Bellarmin comme successeur. Mais au conclave, Robert Bellarmin donna cet
avertissement :"Prenez garde: dans ma famille on vit très vieux, presque
centenaire "

Robert Bellarmin était un surdoué. Mais tandis que tant d'hommes intelligents sont
tentés de suffisance ou d'orgueil, lui a reçu son intelligence comme un don de
Dieu, humblement demandé et accueilli dans la prière. "J'ai prié et l'intelligence
m'a été donnée."
 

Il fut canonisé en 1930 et proclamé docteur de l'Église l'année suivante, en 1931.
La fête de Robert Bellarmin dans l'Église catholique est le 17 septembre.

Anecdote : Saint Robert Bellarmin était de petite taille, il lui fallait
un escabeau pour prêcher en chaire mais il lui
est arrivé [d'être empêché par la foule de quitter la chaire s'il ne promettait
pas de revenir le lendemain.] que la foule empêche Saint Robert Bellarmin de
quitter la chaire s'il ne promettait pas de revenir le lendemain.
 

BELLARMIN, Robert. 1619. Petit catechisme familier Pour instruire les Enfans
aux fondemens de la Religion Chrestienne. Derniere edition. Sans nom d'auteur.
LYON : Loys MVGVET. M. DCXIX [1619]. 35 p. FA Part - Dieu : 802 657

Bellarmin, Robert, De aeterna felicitate sanctorum libri quinque, Romae, 1616

Bellarmin, Robert, De arte bene moriendi libri duo, Viterbii, 1620
 

Bellarmin, Robert, Explicatio symboli apostolici, Coloniae, 1617

Bellarmin, Robert, Roberti Bellarmini Societatis Iesu... explanatio in psalmos,
Lugduni, 1664 / Rouen, 1682
 

Débats sur les controverses de la foi chrétienne , Disputationes de controversiis fidei christianae ( 1586-1593)

En 1597, le Grand et le Petit Catéchisme

 Commentaire des psaumes qui comptera trente-trois éditions.

Le gémissement de la colombe, ou le don des larmes,
De gemitu columbae sive de bono lacrymarum libri tres, Lugduni, 1617.

L'art de bien mourir,
De arte bene moriendi libri duo, Viterbii, 1620

 en 1610,
Du pouvoir du Souverain Pontife dans les affaires temporelles,
De potestate Summi Pontificit in rebus temporalibus
 
 
 

La suite est une reprise de http://www.ulb.ac.be/philo/scholasticon/nomenB.htm.:

Cardinal Roberto Bellarmino, S.J.

Louvain, Rome

(Montepulciano 1542-Sant'Andrea 1621), neveu de Marcello Cervini, devenu le pape Marcel II.
Eduqué dans le collège jésuite nouvellement fondé de sa ville natale, il rejoint la société en 1560, il étudia ensuite la philosophie au Collège Romain,
puis enseigna les humanités à Florence et à Mondovi.
En 1567, il commence les études de théologie à Padoue, et les poursuit dès 1569 à Louvain, un lieu particulièrement exposé aux hérésies.
Il y enseigna jusqu'en 1576, date de son retour en Italie, où il obtint la nouvelle chaire "de controverses" qui venait d'être fondée au Collège Romain.
Ses leçons donnèrent son De Controversiis christianae fidei adversus huius temporis haereticos, qui est la première tentative englobante de systématiser toutes les controverses doctrinales de l'époque, principalement liées au protestantisme.
L'ouvrage eut un retentissement immense, et des chaires spéciales furent établies en Allemagne et en Angleterre pour le réfuter.

En 1588, Bellarmin devint le "Père Spirituel" du Collège Romain, mais en 1590 il partit avec le cardinal Gaetano comme le théologien de l'ambassade que Sixte V avait envoyée en France pour protéger les intérêts de l'Eglise dans les troubles de la guerre civile.

C'est alors qu'il apprit que Sixte V s'était demandé s'il ne fallait pas mettre son ouvrage De controversiis à l'index,  en raison de sa défense de la thèse d'un pouvoir seulement indirect du Saint-Siège sur les affaires temporelles (et non un pouvoir direct).
Le débat fut résolu par la mort de Sixte V, son successeur Grégoire XIV approuvant l'ouvrage de Bellarmin.

A son retour à Rome, il siégea à la commission de la révision de la vulgate (promue par le Concile de Trente).
En 1592, il devient recteur du Collège Romain, et en 1595 provincial de Naples.
En 1597, le pape Clément VIII le rappelle à Rome et fait de lui son théologien attitré et consulteur au Saint-Office.
Lors des congrégations De Auxiliis chargées d'examiner le problème de la grâce efficace et de la liberté suite à la publication de la Concordia de Luis de Molina, il est assesseur du président des congrégations, le cardinal Madruzzi.

La position de Bellarmin était que la question doctrinale ne devait pas être décidée d'autorité, mais laissée à la discussion dans les écoles, les parties en présence se voyant néanmoins fermement interdire de censurer ou de condamner leurs adversaires respectifs.

Clément VIII partagea au départ cette position, mais par la suite préféra une définition doctrinale.
La présence de Bellarmin devint alors embarrassante, et il fut nommé archevêque de Capoue (on parle de la "disgrâce du cardinal").

En 1605, Clément VIII mourut, succédé par Leon XI qui ne régna que 26 jours, puis par Paul V, et lors des deux conclaves, le nom de Bellarmin fut fréquemment cité.

Sa qualité de jésuite joua cependant en sa défaveur aux yeux de nombreux cardinaux.
Il resta cependant le principal conseiller théologique du Saint-Siège, et les congrégations De Auxiliis furent conclues avec un règlement dans l'esprit de Bellarmin.
Bellarmin continua à agir comme un grand prélat politique dans une série d'affaires.

En 1606 commença la lutte entre le Saint-Siège et la République de Venise, qui avait abrogé la loi d'exemption pour l'Eglise de la juridiction civile, ainsi que le droit de l'Eglise a posséder de la propriété.
Bellarmin mena l'offensive, avec Baronius, par de nombreux pamphlets.
A la même époque eut également lieu l'affaire du serment d'allégeance qu'étaient forcés de prendre les catholiques anglais.
Le Saint-Siège interdit aux catholiques de prendre ce serment, et Jacques Ier lui-même prit l'offensive dans son Tripoli modo triplex cuneus, auquel Bellarmin répondit par un.

Alors qu'il était autrefois vu comme trop régaliste (1590), Bellarmin devient maintenant le symbole du papalisme.

Bellarmin ne vécut pas suffisamment longtemps pour connaître les phases les plus sérieuses du procès de Galilée, mais en 1615 il participa à ses débuts.
Il avait toujours manifesté beaucoup d'intérêt à l'égard des progrès de la science moderne, et était même entré en correspondance avec Galilée.

Il y estimait que si une théorie scientifique entrait en contradiction avec l'Ecriture (comme l'héliocentrisme de Galilée), elle devrait être avancée seulement à titre d'hypothèse.
Mais si cette théorie était fermement établie, alors l'Ecriture devait être interprétée en accord avec celle-ci.
Par un excès opposé dans le sens inverse, lorsque le Saint-Siège condamna l'héliocentrisme, c'est à Bellarmin qu'incomba de le signifier à Galilée et de recevoir sa soumission.
Il mourut en 1621, avant de voir l'issue du procès.

Au cours de sa vie, Bellarmin s'était attiré une telle réputation que dès 1627, Urbain VIII l'éleva au rang de Vénérable.
Sa béatification a ensuite été introduite plusieurs fois (1675, 1714, 1752 et 1832) mais a suscité chaque fois des oppositions déterminées, il a finalement été béatifié en 1923, canonisé par le Pie XI en 1931 et déclaré Docteur de l'Eglise en 1932.
Il est le saint patron des catéchistes.

Ses oeuvres sont très nombreuses.
Des éditions complètes de ses Opera Omnia ont été publiées à Cologne (1617), Venise (1721), Naples (1856) et Paris (1870).
Oeuvres de controverse:
Disputationes de Controversiis Christianae Fidei adversus hujus temporis hereticos,

très nombreuses éditions: Ingolstadt, (1586-89), Venice (1596), revue par l'auteur, Paris ou "Triadelphi" (1608), Prague (1721), Rome (1832);

De Exemptione clericorum, et De Indulgentiis et Jubilaeo publiées comme monographies en 1599, puis incorporées aux De Controversiis;

De Transitu Romani Imperii a Graecis ad Francos (1584);

Responsio ad praeciupua capita Apologiae . . . pro successione Henrici Navarreni (1586);

Judicium de Libro quem Lutherani vocant Concordiae (1585);

quatre réponses aux écrits rédigés pour la république vénitienne par Giovanni Marsiglio et Paolo Sarpi (1606);
Responsio Matthaei Torti ad librum inscriptum Triplici nodo triplex cuneus (1608); Apologia Bellarmini pro responsi one sub ad librum Jacobi Magnae Britanniae Regis (1609);
Tractatus de potestate Summi Pontificis in rebus temporalibus, adversus Gulielmum Barclay (1610).

Ouvrages spirituels et de catéchèse :

Dottrina Cristiana breve, et
Dichiarazione più copiosa della dottrina cristiana (1598), deux ouvrages de catéchèse qui ont reçu l'approbation papale et ont été traduits en de nombreuses langues.

Dichiarazione del Simbolo (1604), à l'usage des prêtres;
Admonitio ad Episcopum Theanensem nepotem suum quae sint necessaria episcopo (1612); Exhortationes domesticae, publiées seulement en 1899 par le P. van Ortroy;
Conciones habitae Lovanii (1615);
De Ascensione mentis in Deum (1615);
De Aeterna felicitate sanctorum (1616);
De gemitu columbae (1617);
De septem verbis Christi (1618);
De arte bene moriendi (1620).

Ouvrages exégétiques :

De Scriptoribus ecclesiast. (1615);
De Editione Latinae Vulgatae, quo sensu a Concilio Tridentino definitum sit ut ea pro authenticae habeatur, inédit jusque 1749;
In omnes Psalmos dilucida expositio (1611).
 

Bibliographie. J. Brodick, The Life and Work of Blessed Robert Cardinal Bellarmin, 2 vols. (London, 1928); X.-M. Le Bachelet, S.J., Bellarmin avant son cardinalat 1542-1598. Correspondance et documents (Paris, 1911); Id., Auctarium Bellarminianum. Complément aux Oeuvres du Cardinal Bellarmin (Paris, 1913); Id., Prédestination et grâce efficace. Controverses dans la Compagnie de Jésus au temps d'Acquaviva, 2 vols. (Louvain, 1931); E.A. Ryan, The Historical Scholarship of Saint Bellarmine (New York, 1936); S. Tromp, "Progressus doctrinalis in tractatibus S. Rob. Bellarmini de praedestinatione", Gregorianum 15 (1933), 313-355; R. de Le Court, "Saint-Robert Bellarmin à Louvain 1569-1576", RHE 28 (1932), 74-83; Louis Leahy, Dynamisme volontaire et jugement libre. Le sens du libre arbitre chez quelques commentateurs thomistes de la Renaissance (Bruges-Paris, 1963), 19-49; G. Galotea, Bellarmino contro Baio a Lovanio (Rome, 1966); V. Grossi, Baio e Bellarmino interpreti di S. Agostino nelle questioni del soprannaturale (Rome, 1968); L. Perrottet, "Un exemple de polémique religieuse à la fin du XVIe siècle: la défense de la tradition par Robert Bellarmin (1542-1621) et la république calviniste", Revue de théologie et de philosophie 114 (1982), 395-413; Manfred Biersack, Initia Bellarminiana. Die Prädestinationslehre bei Robert Bellarmin SJ bis zu seinen Löwener Vorlesungen 1570-1576, Stuttgart, 1989 [Historische Forschungen, 15]; G. Parotto, "Legge e obbligo in Roberto Bellarmino", Rivista internazionale di filosofia del diritto 1989, 95-130. Richard J. Blackwell, Galileo, Bellarmine and the Bible (Notre Dame, 1991); Manfred Biersack, "Bellarmin und die Causa Baii", in M. Lamberigts (éd.), L'augustinisme à l'ancienne faculté de Théologie de Louvain, Leuven, 1994, 167-178; Lucien Ceyssens, "Bellarmin et Louvain. 1569-1576", in M. Lamberigts (éd.), L'augustinisme à l'ancienne faculté de Théologie de Louvain, Leuven, 1994, 179-205; Th. Dietrich, Die Theologie der Kirche bei Robert Bellarmin (1542-1621) (Paderborn, Bonifatius, 1999); R. Daly, "Robert Bellarmine and Post-Tridentine Eucharistic Theology", Theological Studies 61 (2000), 239-260.
reprise venant de http://www.ulb.ac.be/philo/scholasticon/nomenB.htm. (avec modification le 7 juin 2007, des fausses informations inclues dans la page d'origine concernant la soit disant mise à l'index de l'ouvrage lequel ouvrage n'a pas été du tout mis à l'index )

Voir Bellarmin, Controversiae, VI « De Ecclesia quae est in Purgatorio » II, ch. 11-13 (Opera, Paris, Vivès t. 3 1870, p. 119-20).

Robert Bellarmin, De purgatorio, Venise, 1599.

www.JesusMarie.com